Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Tome 1

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Prologue : Le Héros Ne Veut Pas Faire De Voyage

« Kazuya... Pourquoi pensez-vous que les gens construisent des familles ? » (Grand-Père)

Au cours d’une journée tranquille d’automne, mon grand-père me posa cette question. C’était juste après le service commémoratif bouddhiste tenu pour marquer le septième jour suivant le départ de ma grand-mère. J’étais seul dans le jardin avec mon grand-père, regardant distraitement vers le ciel à cet instant.

Je ne compris pas la question et alors je luttai pour trouver quelque chose à dire en réponse. Mon grand-père me répondit alors. Il avait l’air de prononcer une épiphanie.

« Pour ne pas avoir à mourir seul. Il me restait encore quelques choses, car je prenais soin de ta grand-mère. Même si nous avions perdu notre fils et ta mère si tôt, tu étais encore là pour nous. Pour cette raison, nous avons eu un sentiment d’accomplissement dans nos vies. Les liens que nous avons formés dureront même après nous ne soyons plus là. Pour tout être vivant, il ne peut pas y avoir plus grande source de fierté. » (Grand-Père)

« Grand-Père... » (Kazuya)

« C’est pourquoi je tiens à te dire ceci. Kazuya, construis-toi une famille. Et, une fois que tu l’auras, protèges là, et fais tout ce qu’il faut. Tu as toujours été une personne sensible... Non, je suppose que je devrais plutôt dire que tu as toujours tendance à réfléchir rationnellement. » (Grand-Père)

Je restai silencieux.

« Mais, écoute, tu ne dois pas le faire quand il s’agit de la famille. Une fois que tu auras pris sa main, ne la lâche jamais. Mets ta vie en jeu et protège là jusqu’à la fin même si cela devient âpre. Si tu fais cela, je suis sûr que tu pourras penser "j’ai vécu une bonne vie" lorsque ton temps sera venu. Tout comme ta grand-mère. Et aussi bientôt comme moi. » (Grand-Père)

« ... Tu dis cela comme si c’était tes dernières volontés. » (Kazuya)

Disais-je cela comme une taquinerie, mais mon grand-père hocha la tête avec un air complètement sérieux.

« Je commence à me faire vieux. Ce sont peut-être les derniers mots que je laisserais à mon petit-fils, qui sera un jour tout seul. » (Grand-Père)

À l’époque, je ne pus rien dire en réponse.

Et maintenant, comme s’il avait attendu qu’il puisse me voir accepter à l’université, mon grand-père partit rejoindre ma grand-mère. Dans cette maison où j’étais maintenant seul, je me suis mis à chuchoter.

« Je sais. Je n’ai pas oublié ta dernière volonté, grand-père. » (Kazuya)

Pour construire une famille et la protéger, peu importe comment.

En tenant cette promesse proche de mon cœur, je commencerai ma nouvelle vie. Du moins, c’était comme ça que c’était censé être.

◇ ◇ ◇

« Bonjour, Héros ! C’est bien que vous ayez répondu à ma convocation. » (Roi)

Déclara un homme d’âge moyen qui venait d’apparaître devant moi. Il possédait une carrure moyenne et il émanait de lui quelque chose de majestueux. Je dirais que son âge était dans les environs de quarante à cinquante ans. Il portait une cape rouge assez épaisse qui lui servait aussi de manteau et au sommet de sa tête se trouvait une étincelante couronne dorée. Je pouvais dire en un coup d’œil que cette personne était un roi.

Est-ce que la jeune femme semblant douce qui se tenait, debout à ses côtés, était alors la reine ? C’était une belle femme aux cheveux blond-platine, portant une magnifique robe. Elle avait l’air d’avoir environ une petite trentaine.

Examinons la situation, pensai-je. Un plafond inutilement élevé, des rangées de piliers en marbre et sous moi, un tapis rouge. Des soldats qui se tenaient en ligne de part et d’autre et mélangés avec eux se trouvaient une personne qui ressemblait au Premier Ministre Typique.

C’était un endroit qui semblait être sorti du prologue d’un RPG. Il y avait un roi, un palais et cela, la phrase « Bonjour, Héros ! » que je venais d’entendre.

D’accord, calme-toi, me suis-je dit. Paniquer n’améliorerait pas ma situation. La première chose à faire est... C’est vrai, je dois commencer à rassembler des informations.

« Po-Pourquoi me regardez-vous comme ça ? Êtes-vous bouleversé que je vous aie invoqué ici ? » (Roi)

Dis le roi nerveusement alors que je le regardais.

« Ce n’est pas cela... Je n’ai pas une bonne compréhension de la situation. Pourrais-je vous demander de m’expliquer clairement la situation ? » (Kazuya)

« V-Vous êtes très calme. C’est très enviable... » (Roi)

« Votre Majesté... » (Kazuya)

Commençai-je.

« Ce n’est rien ! » (Roi)

Le Premier ministre s’était éclairci la gorge et le roi sursauta un peu en entendant cela. En voyant cette petite interaction, la reine se mit à rire et les soldats les regardèrent avec des sourires. À partir de cet échange, je pouvais constater que le roi était vraiment un homme qui semblait être apprécié. Mais je sentais qu’il manquait de l’aura de commandement requise pour le souverain d’une nation, mais qu’il était du genre à être aimé par son peuple. Quoi qu’il en soit, la question n’était pas là.

J’avais posé ma question avec un calme délibéré afin de ne pas l’intimider.

« Donc, si je suis le héros, ceci signifie-t-il qu’il y a un Seigneur-Démon qui vous envahit ou quelque chose du genre ? » (Kazuya)

« Vous comprenez étonnamment rapidement. C’est précisément comme vous l’avez dit. » (Roi)

J’étais sans voix. Sérieusement... ? Je ne suis pas dans un rêve, n’est-ce pas ? Non, je voulais juste tenter ma chance en disant cela. Je peux distinguer les rêves et la réalité. Mais ceci n’avait pas cette sensation floue comme dans un rêve. Mes quatre sens, à l’exception du goût, me rapportaient que c’était le monde réel.

C’était donc la... réalité... Permettez-moi de le dire encore. Sérieusement ...?

« Q-Quelque chose ne va pas, Héros ? Pourquoi vous tenez-vous soudainement la tête ? » (Roi)

« Non, ne vous inquiétez pas. Je me suis senti un peu étourdi. » (Kazuya)

Ma tête avait commencé à me faire mal, mais pour le moment, je devais le supporter.

« Je vais bien maintenant. S’il vous plaît, expliquez-moi la situation. » (Kazuya)

« E-Êtes-vous certain ? Très bien, je vais vous expliquer. » (Roi)

Le roi se lança dans une longue explication à propos de l’histoire du monde, comme j’aurais pus en voir dans beaucoup de vieux RPG. C’était assez long que, si j’avais été dans un jeu, j’aurais rapidement cherché le bouton "Passez le texte" et donc, je vais vous faire un résumer de cette longue, très longue histoire.

Tout d’abord, il me parla de ce monde.

Le monde était composé d’un supercontinent (continent unique) Landia et de plusieurs îles de différentes tailles. Sur le continent Landia, il y a avait plusieurs pays, des petits et des grands. En plus des humains, il y avait des populations d’Hommes-Bêtes, des elfes, des nains, des dragonniens (homme-dragon) ainsi que d’autres races. Il y avait des pays où ces races coexistaient, des pays où une des races avait un traitement préférentiel et même des pays qui interdisaient leurs accès à tous, sauf une unique race.

Ces pays avaient pris de nombreuses formes et s’étaient battus les uns contre les autres pour leur suprématie. Cependant, depuis l’apparition du Domaine du Seigneur-Démon, il semblerait que tous ces pays avaient, en surface, pris position pour une coopération mutuelle.

Ensuite, le roi m’avait parlé du Domaine du Seigneur-Démon et du Seigneur-Démon.

Il y a environ dix ans, dans les parties les plus septentrionales (nord) du supercontinent Landia, un accès à une dimension appelée le Monde des Démons était apparu et des monstres de nombreuses tailles et formes s’étaient alors répandus, jetant les pays du Nord dans le chaos. Les pays avaient formé une alliance et avaient organisé une force punitive qu’ils avaient envoyée dans le Monde des Démons.

Cependant, cette force punitive avait été anéantie. Dans le Monde des Démons, il y avait des Monstres qui possédaient une intelligence minimale (ou selon certaine théorie, aucune), ainsi que des Démons qui étaient intelligents et aussi des combattants très puissants. Les démons étaient ceux qui avaient annihilé la force punitive. En outre, bien qu’il n’ait pas encore été vu, les gens avaient commencé à murmurer à propos de l’existence d’un roi qui régnait sur tous les démons, un Seigneur-Démon.

Après cette bataille, les pays avaient ainsi perdu leurs principales forces de combat et aucun d’entre eux n’avait encore la puissance de pouvoir se défendre contre les Monstres qui étaient apparus, provenant du Monde des Démons.

Les forces démoniaques, qui jusqu’alors n’avaient que l’équivalent des terres d’un petit pays, avaient détruit les Pays du Nord et étaient venues à dominer un tiers du continent. Ce territoire fut dès lors appelé le Domaine du Seigneur-Démon. Alors que pour le moment, leur avancée s’était arrêtée, on pouvait dire que c’était seulement parce que l’expansion des lignes de front avait disséminé les démons et les monstres, ce qui avait permis aux différents pays de résister contre eux sur la ligne de front avec leur propre force. Mais ceci ne signifiait pas que l’humanité avait un moyen décisif de faire avancer les choses. Dans les pays sur le front, les choses s’étaient rendues à une impasse.

Après cette exposition, le roi me parla de ce pays.

C’était le Royaume d’Elfrieden, une nation de taille moyenne dans le sud-est du continent. Il était gouverné sous le règne d’une monarchie. C’était un pays initialement fondé par de nombreuses races travaillant ensemble et, bien que le roi soit un humain, ceux d’autres races étaient acceptés ici sans discrimination. Indépendamment de la race, tout le monde avait la citoyenneté, et en dehors de "roi", ils pouvaient prendre n’importe quel travail qu’ils souhaitaient. Même le Premier ministre qui se plaignait au roi plus tôt était un demi-elfe, avec une parenté humaine et elfique.

Parce qu’ils n’avaient pas de frontière commune avec le Domaine du Seigneur-Démon, il y avait eu peu d’attaques de monstres. Cependant, le pays était actuellement assez faible et le trésor national n’était pas exactement en bonne forme. La pénurie de nourriture avait été particulièrement importante ces dernières années, ce qui n’avait fait qu’exacerber le problème des réfugiés dépossédés par l’expansion du Domaine du Seigneur-Démon qui avaient trouvé refuge ici.

Il y avait en plus de sombres nuages d’orage provenant d’enjeux nationaux et internationaux.

Apparemment, les relations étaient tendues avec l’Empire Gran Chaos, le plus grand pays du continent, à l’exclusion du Domaine du Seigneur-Démon. L’Empire était le pays qui partageait la plus longue frontière avec le Domaine du Seigneur-Démon. C’était aussi le pays qui avait dirigé la première invasion du Domaine du Seigneur-Démon. Après leur perte contre le Domaine du Seigneur-Démon, l’Empire avait apparemment demandé des subventions de guerre à d’autres pays. Pour le dire simplement, il avait demandé que les pays qui se trouvaient loin du Domaine du Seigneur-Démon fournissent un soutien financier à ceux qui étaient proches. Bien qu’il s’agisse de "demandes", lorsqu’elles venaient du pays le plus puissant de toute l’humanité, elles étaient plus proches d’un ultimatum. Une de ces demandes était venue dans ce royaume, mais dans les circonstances actuelles, il leur serait difficile à payer.

Enfin, le roi me parla de l’Appel du Héros, qui m’avait amené dans ce monde.

Apparemment, dans la demande de subventions de guerre venant de l’Empire, il y avait eu un verbiage [1] qui disait, " Si vous êtes incapable de payer, alors exécutez le rituel de convocation de héros qui vous a été transmis, et donnez nous ce héros. "

Il était évident que ce pays n’avait aucun moyen de payer et c’était peut-être cela l’intention de l’Empire depuis le début. Peut-être qu’ils voulaient utiliser un héros pour son potentiel de combat. Ou peut-être qu’ils voulaient en disséquer un et l’étudier après. Ou alors, peut-être qu’ils n’avaient aucun intérêt le concernant et qu’il voulait simplement utiliser la défaillance du Royaume quant à leur demande, pour pouvoir ainsi créer un casus belli [2] qui leur permettrait une invasion. Sans moyens de savoir ce que l’Empire voulait, la spéculation n’avait conduit qu’à plus de spéculations, et le royaume était devenu méfiant envers tout.

En réponse à leur situation, le royaume avait décidé d’exécuter le rituel d’invocation du héros. Ils n’avaient pas encore décidé de leur envoyer ou non le héros, mais s’ils réussissaient, au moins cela leur donnerait une carte pour négocier avec l’Empire. Pour cela, ils devaient répondre à la demande et montrer qu’ils avaient l’intention d’exécuter le rituel.

... Maintenant que vous avez entendu cela, je parie que vous avez probablement déjà deviné que le roi n’avait jamais pensé qu’il pourrait effectivement réussir à convoquer un héros.

« Hé ! » (Kazuya)

Je criais cela sans le vouloir et le roi retomba dans l’effroi.

« Eek! Oh, je suis désolé. » (Kazuya)

Dis-je.

« J’ai perdu mon sang-froid pendant une seconde. » (Kazuya)

Même s’il agit comme ça, il est quand même un roi. Je vais devoir m’abstenir de toute autre grossièreté. (Kazuya)

Donc. J’avais été convoqué vraiment par coïncidence et personne ne s’attendait vraiment à me voir arriver ! Après avoir pris un moment pour me calmer, je demandai au roi.

« ... Alors, qu’est-ce que vous envisagez de faire ? » (Kazuya)

« À-À propos de quoi ? » (Roi)

« Sur l’ensemble de ce que demande l’Empire, de " m’envoyer en tribu à l’Empire ". » (Kazuya)

« C’est... Que devrais-je faire ? Je suis dans le pétrin. » (Roi)

Le roi semblait vraiment troublé.

Ceci me surprit un peu. Je m’étais attendu à un "L’Empire est effrayant ! S’il vous plaît, allez les servir pour le bien de notre royaume !" comme pleurs, tout en me suppliant de le faire. Il avait, après tout, l’air très dégoûté de la situation.

« Qu’est-ce qu’il y a qui vous tourmente ? » (Kazuya)

Demandai-je.

« Vous avez peur de l’Empire, n’est-ce pas ? » (Kazuya)

« J’ai peur ! C’est exactement la raison pour laquelle je suis tourmenté par tout cela ! » (Roi)

« Si je peux intervenir, permettez-moi d’expliquer un peu plus, » (Premier Ministre)

Le Premier ministre demi-elfe déclara cela, tout en avançant.

« À l’heure actuelle, il existe une nette différence de puissance entre notre pays et l’Empire. Nous ne sommes tout simplement pas en mesure de dire non lorsque l’Empire nous demande quelque chose. Alors que nous sommes bloqués dans cette situation, vous êtes la seule carte chanceuse qui soit tombée entre nos mains. Cependant, une fois que nous aurons joué cette carte, nous n’aurons plus rien à utiliser lors des prochaines négociations avec l’Empire. Même si nous pouvons survivre cette fois en faisant ce qu’ils disent, que ferons-nous la prochaine fois que quelque chose viendra ? La prochaine fois, nous aurions seulement réussi à renoncer à notre seule carte chanceuse. » (Premier Ministre)

J’étais silencieux. Il n’était pas difficile de comprendre ce qu’il disait.

Ce qui était arrivé au nord de Fujiwara après avoir abandonné leur seule carte, Minamoto no Yoshitsune, était un bon exemple. Ceux qui tombent face à l’intimidation, laissant tomber leur seule carte de leur main, auront seulement de sombres fins qui les attendaient.

« Qu’est-ce qu’un héros de toute façon ? » (Kazuya)

Demandai-je.

« On dit qu’un héros est "celui qui conduira à un changement d'époque". » (Premier Ministre)

Le Premier ministre répondit cela.

Hmm... Donc n’est-il pas seulement quelqu’un qui tue le Seigneur-Démon ? (Kazuya)

« N’est-ce pas un peu vague ? » (Kazuya)

Demandai-je.

« Nous n’avons pas beaucoup de documentations, voyez-vous. » (Premier Ministre)

« ... S’il vous plaît, n’utilisez pas ce rituel si telle est le cas. » (Kazuya)

« Je ne peux pas assez m’excuser pour cette situation, » (Premier Ministre)

Déclara formellement le Premier ministre.

Me dire les excuses bureaucratiques de routine ne va pas m’aider... Malgré tout, cela reste un problème. Il n’y a pas assez d’informations pour agir correctement. Ce qui signifie que ce dont nous avons le plus besoin en ce moment est du temps. (Kazuya)

« Seigneur, j’ai une proposition, » (Kazuya)

« Qu’est-ce que c’est ? Vous pouvez me parler sans retenue. » (Roi)

« Peut-on parler de ce qui va se passer à partir de maintenant ? Ne restons pas ici. Allons quelque part où nous pourrions nous asseoir et discuter plus longuement. Juste moi, vous et le Premier ministre. » (Kazuya)

« Hm. Qu’en penses-tu, Marx ? » (Roi)

« Cela serait très bien. » (Premier Ministre Marx)

Le Premier ministre, dont le nom était Marx, hocha la tête en accord.

Puisque j’avais leur accord, je fis une autre demande.

« S’il vous plaît, rassemblez également tous les documents que vous pouvez sur ce pays. En mettant particulièrement l’accent sur les rapports sur la balance des paiements, ainsi que sur les documents sur l’agriculture, la sylviculture, la pêche, l’économie, le commerce, l’industrie, les infrastructures, et pour finir les transports. Nous pourrions être en mesure de trouver l’argent exigé par l’Empire. Aussi, j’aimerais les documents que vous avez sur les héros... mais, bien, ceci peut attendre. » (Kazuya)

« Très bien. Je les rassemblerai tout de suite. » (Roi)

Dis le roi.

Nous avons donc pris une pause à ce moment-là et je fus, un peu plus tard, appelé au bureau des affaires gouvernementales du roi.

Assis sur un canapé confortable en face du roi et du Premier ministre Marx, nous avons organisé réunion après réunion. C’est-à-dire, nous avions essentiellement parlé de tout ce dont il était question. L’industrie du pays. L’économie. Le système des taxes. La politique agricole. Les préparations militaires. Les affaires étrangères... Nous avons discuté de tout.

Les réunions avaient duré pendant deux jours entiers. Ceci avait été en grande partie causé, car j’avais posé des questions sur chaque petit détail des documents que je leur avais demandé de réunir et en partie aussi parce qu’on avait analysé la politique à un niveau qu’il leur semblait bizarre. À mi-parcours de la réunion, le roi me prêta attention, comme s’il était devenu une personne complètement différente.

Ainsi, deux jours plus tard. Les soldats qui gardaient la porte racontèrent plus tard à tous que, lorsque le roi quitta cette pièce, son expression était inhabituellement lumineuse et joyeuse et que c’était le visage d’un homme qui avait pris une décision.

Au lendemain de la fin de nos réunions, le roi fit rassembler toutes les personnes importantes du château dans la salle d’audience et proclama à haute voix,

« Mon peuple, je vous prie d’écouter mes mots avec attention. » (Roi)

*

« Moi, le treizième roi d’Elfrieden, Albert Elfrieden abdique de mon trône et le cède au héros convoqué, Kazuya Souma ! En outre, je vous annonce les fiançailles de ma fille, Liscia Elfrieden, avec Monseigneur Souma. » (Ex-Roi Albert Elfrieden)

La pièce resta totalement silencieuse. Tout le monde fut touché par un horrible mutisme. La seule présente qui restait totalement calme était peut-être la reine.

Cette annonce telle une bombe m’avait désagréablement surpris.

Notes

  • 1 Un verbiage est un discours avec une abondance de paroles qui disent peu de choses. Historiquement du moyen français (1671), de Verbier, "gazouiller". Le terme est à rapprocher de : discours creux, bavardage, phraséologie (littérature), verbosité.
  • 2  Casus belli est une locution latine, signifiant littéralement « occasion de guerre », qui désigne un acte de nature à déclencher les hostilités entre deux États.

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Chapitre 1 : Collecte de Fonds

Partie 1

Au 32e jour du 4e mois de la 1546e année du Calendrier Continental, le trône fut cédé à Kazuya Souma.

Ceci se produisit dans la capitale du Royaume Elfrieden, Parnam.

Cette ville était la capitale où se trouvait la résidence du roi du Royaume Elfrieden, le château Parnam. Une ville avait été bâtie autour de château Parnam. Avec ses murailles circulaires qui l’entouraient, ceci n’était pas sans rappeler une cité européenne du Moyen-Age.

Les toits dans les quartiers des nobles ainsi que ceux des paysans étaient uniformément orange et ceci s’adaptait bien avec l’image générale de la ville.

Avec le château Parnam au centre, relié avec le nord, le sud, l’est et l’ouest par de grandes portes qui menaient à de larges routes qui étaient toujours surchargées par des chariots et de grandes bêtes montées.

Mis à part les routes principales, il y avait aussi d’innombrables routes pavées plus petites qui rayonnaient depuis le château et ces petites routes étaient reliées par d’encore plus petites routes. Vu d’en haut, tout cela aurait ressemblé à une toile d’araignée, ou peut-être à un flocon de neige. Ces routes avaient, alignées des deux côtés, des commerçants et des gens de métier et elles étaient toujours très animées.

Puis comme aujourd’hui était un jour férié et aussi le premier jour de congé depuis que le nouveau roi (bien que, avec la cérémonie de couronnement n’avait pas encore eu lieu, le nouveau roi l’était seulement par ces actions), avait reçu le trône, le marché était encore plus occupé que d’habitude.

Ce changement soudain de monarques avait provoqué, pendant un petit moment, des tensions dans la ville du château. Mais une fois qu’ils avaient entendu dire que le trône avait été cédé au héros convoqué, que l’ancien roi, Albert, avait annoncé son abdication de sa propre volonté et pour finir, que Souma avait été promis en mariage à la princesse Liscia, la fille de l’ancien Roi, la confusion, à propos de la mort de l’ancien roi s’était dissipée naturellement.

Parce que l’ancien roi avait gouverné en voulant "être aimé", les rumeurs s’étaient donc répandues à ce propos :

« Eh bien ! Si le roi va bien, je suppose que c’est correct. »

« Oui, la pression semblait être devenue bien trop importante pour lui. Je suis content maintenant, que ce poids trop lourd lui soit retiré de ses épaules. »

« Oui, il pourra vivre plus doucement. C’est préférable pour tout le monde de cette façon. »

Les interprétations des gens de ce qui était arrivé ont été ainsi largement favorables. Il semblerait que les manières nonchalantes du roi étaient en phase avec le caractère national.

Ayant eu le trône ainsi refourgué à lui, Souma avait été inquiet qu’un mouvement de résistance puisse se soulever contre ce changement soudain, mais il fut légèrement déçu quand il n’eut jamais lieu. Quoi qu’il en soit, ce fut un autre jour paisible pour Parnam alors que des personnes de nombreuses races vaquaient à leurs occupations.

Comme si une lame tranchait cet après-midi paisible, un cheval blanc galopait à vive allure sur les pavés.

Le cheval était encouragé par une belle jeune fille portant un uniforme militaire rouge qui ressemblait à ce qui était présent dans ‘La Rose de Versailles’. [1] Elle devait avoir seize ou dix-sept ans avec la peau claire et de longs cheveux blond-platine qui, dans le vent, ruisselaient derrière elle. Son uniforme moulant accentuait les lignes bien équilibrées de son corps.

Cette belle fille sur un cheval blanc avait l’air tout droit sortie d’une scène pittoresque. Les habitants à côté de qui elle passait le long de son chemin laissaient échapper des soupires d’admiration, qui se tournèrent vers des acclamations quand ils réalisaient qu’elle était la princesse de leur pays.

« Félicitations pour vos fiançailles, Princesse ! »

« Nous vous souhaitons que du bonheur ! »

Les personnes qui lui envoyaient leurs salutations les plus chaleureuses, n’avaient aucune idée de comment elle se sentait à propos de cela. Bien sûr, il était peu probable de toute façon qu’actuellement qu’elle puisse les entendre parler.

« Père, Mère. S’il vous plaît, soyez en sécurité ! » murmura Liscia Elfrieden, se le disant à elle-même avec un regard peiné sur son visage.

Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Volume 01 – Chapitre 1, partie 1 Liscia à cheval

◇◇◇

« Père ! Quel est le sens de tout cela ? » demanda Liscia, en haussant la voix vers ceux qui étaient devant elle.

Dans la chambre du roi. C’était une assez grande pièce où même un lit "king-size" [2] paraissait petit et où chaque meuble avait été superbement conçu. À l’origine, cette chambre était censée être les quartiers privés du couple royal et aurait donc dû être remise à Souma quand il monta sur le trône, mais Souma n’avait pas voulu passer par le trouble de les déplacer, de sorte qu’il avait donné la permission pour l’ex-couple royal d’y rester et ils étaient encore en train de l’utiliser en ce moment. Souma, soit dit en passant, avait apporté un simple lit dans le bureau des affaires gouvernementales et dormait là-bas.

Lorsque Liscia accourut dans cette pièce, à bout de souffle, elle fut accueillie par la vue de ses parents, profitant non seulement avec élégance d’un thé sur le balcon ci-joint, mais plongeant aussi des cakes à la crème dedans, les levant jusqu’à la bouche de l’autre personne, tout en se disant :

« Dis Ahhhhh, mon chou ! »

« Ahhhhh ! »

Et il amena ainsi un cake dans la bouche de l’autre.

Liscia se laissa tomber au sol à cette vue, mais se remit rapidement debout et marcha jusqu’à l’ancien roi, Albert, avec de la colère dans ses yeux.

« Père, quand j’ai entendu que ton trône avait été usurpé, j’ai hâté le retour de ma patrouille se trouvant en dehors de la capitale ! Alors, pourquoi est-ce que je vous trouve maintenant, vous deux, à vous nourrir l’un et l’autre comme si vous n’aviez aucun souci !? » (Liscia)

Liscia, en plus de son titre de Princesse (bien que, après l’abdication, elle était maintenant la nouvelle fiancée du roi), avait également été diplômée de l’école des officiers et tenait maintenant un rang d’officiers dans l’armée. Elle n’était pas particulièrement élevée dans les rangs, mais en raison de sa haute naissance, elle était souvent chargée d’assister à des funérailles dans l’armée royale, ou pour d’autres missions de nature particulière. Cette fois-ci, elle était en cours d’une patrouille régionale, donc après avoir appris l’abdication de son père, elle s’était précipitée vers la capitale.

« Il n’y a vraiment pas eu d’usurpation. J’ai abdiqué par mon propre chef. » Annonça calmement son père.

« Pourquoi voudriez-vous faire cela si soudainement !? » (Liscia)

« J’étais arrivé au moment où j’étais certain que cet homme ferait un bien meilleur roi pour cette nation que je ne le serais jamais. C’était donc une décision que j’ai pris pour ainsi lui permettre de changer ce pays et je prends la pleine responsabilité. Je ne tolérerai aucune objection, même venant de toi. » (Albert Elfrieden)

Dans cet instant, Liscia vit l’autorité digne de l’homme qui avait, jusqu’à tout récemment, porté une nation sur ses épaules et se trouvait incapable d’aller plus loin.

« Urkh. Mais comment pourriez-vous décider de mes fiançailles sans même me consulter ? » (Liscia)

« Vous pouvez en discuter entre vous. Pour commencer, les fiançailles étaient quelque chose que je l’ai forcé à accepter. Si vous n’en voulez pas, je doute que Monseigneur Souma ne vous force à accepter cela. » (Albert Elfrieden)

« Mèrrrrreeee ! » cria Liscia. Elle se tourna vers sa mère pour trouver de l’aide, mais Elisha se contenta de lui sourire en réponse.

« Parlez en premier lieu avec Monseigneur Souma. Ceci est votre vie, alors vous devez décider ce que vous allez faire par vous-même. Quelle que soit votre décision, nous la respecterons. » (Elisha Elfrieden)

Avec même pas une branche pour s’y raccrocher, les épaules de Liscia s’effondrèrent.

Elle quitta la salle de l’ancien couple royal et se dirigea rapidement à travers le palais.

Ceci faisait quelques semaines depuis qu’elle avait quitté ce palais pour ses patrouilles régionales. Quelque chose à propos du palais qu’elle n’avait jamais vu, il y a quelques semaines, attira immédiatement son attention. Un grand nombre de serviteurs étaient en train de courir partout autour d’elle... Les gardes, les femmes de chambre, les bureaucrates et même les ministres... toutes ces personnes se déplaçaient tous en courant dans tout les sens. La vue des ministres grassouillets qui couraient et haletaient avec de la sueur perlant sur le front était tellement surréaliste qu’elle ne pouvait que les regarder, abasourdie.

Cela n’avait jamais été comme ça avant. Le château dont elle se souvenait avait toujours été un endroit tellement détendu qu’on avait l’impression que même le temps lui-même s’écoulait plus lentement qu’ailleurs. Avant aujourd’hui, les femmes de chambre, les ministres... tout le monde marchait si lentement et tout était si calme, qu’on pouvait entendre la formation des gardes du palais dans la cour depuis n’importe où dans le palais. N’avait-elle pas rejoint l’académie des officiers parce qu’elle était devenue malade et fatiguée de cette atmosphère ?

Mais maintenant ? Peu importe où elle allait dans le château, le bruit de pas résonnait.

Liscia appela l’une des femmes de chambre proche d’elle qui se précipitait vers un lieu inconnu. « Puis-je avoir un court instant ? » Demanda-t-elle.

« Pourquoi, Princesse !? Comment puis-je vous être utile ? » demanda la femme de chambre, ce qui l’avait fait s’arrêter.

« Heu... Tout le monde dans le château semble être pris d’une terrible hâte. Y a-t-il quelque chose qui s’est produit ? » (Liscia)

« Non. Rien en particulier. » (Servante)

« Êtes-vous sûre ? Je me sens comme si tout le monde se précipitait pour faire quelque chose de spécial. » (Liscia)

« Je suis... Ah, mais, peut-être, est-ce dû à l’influence de notre nouveau roi. Quand on voit comment cet homme fonctionne, il nous fait nous sentir mal si nous ne travaillons pas aussi. Je ne peux pas supporter d’être moi-même ralentie, quoi qu’il en soit... Ah, je suis en plein milieu de quelque chose en ce moment, donc je vais devoir vous quitter ! » (Servante)

« J-Je vois... Faites de votre mieux ! » (Liscia)

Alors qu’elle regardait la vitesse à laquelle partit la servante, Liscia en fut abasourdie.

Pour qu’il fasse que même les femmes de chambre se sentent de cette façon, comment le nouveau roi travaille-t-il durement !? Quel genre de personnes ai-je obtenue comme fiancé !?

Liscia voulut enterrer sa tête entre ses mains d’autant plus après avoir pensé cela.

Enfin, elle arriva au bureau des affaires gouvernementales du roi. Quand elle ouvrit la porte, la première chose qu’elle vit, fut une montagne de paperasse. Sur un bureau assez grand pour que deux adultes puissent y dormir dessus, des papiers avaient été empilés et semblaient prêts à déborder. Et ce n’était pas tout. Quand elle regarda autour d’elle, elle vit un certain nombre de bureaucrates assis à côté d’une autre longue table, luttant contre une bataille perdue d’avance avec des paquets de paperasse encore plus grands.

Alors que Liscia se tenait là, abasourdie, un jeune homme lui parla de l’autre côté de la montagne de papier.

« Vous, celui qui vient d’arriver. » (Inconnu)

« ... Hein !? Quoi !? » Revenant à ses sens, Liscia laissa échapper un étrange cri, mais l’orateur ne sembla pas du tout se soucier de cela.

« Pouvez-vous lire ? Pouvez-vous faire des maths ? » (Inconnu)

« Ne vous moquez pas de moi ! Bien sûr qu’on m’a enseigné cela ! » (Liscia)

« Eh bien, parfait. Asseyez-vous ici et aidez-moi avec ce travail. » (Inconnu)

« Qui pensez-vous que vous êtes, pour me demander ainsi de l’aider ? » (Liscia)

« Il suffit de le faire. C’est un ordre royal. » (Inconnu)

En disant cela, la personne derrière la montagne de papier se leva.

Maintenant, pour la première fois, les deux se firent face à face. Ce fut la première rencontre entre le nouveau roi, Souma, et sa fiancée, Liscia.

Liscia décrirait plus tard sa première impression de lui comme "un jeune homme aux yeux fatigués".

Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Volume 01 – Chapitre 1, partie 1 Souma et Liscia, la première rencontre.

◇◇◇

Dans les histoires où un héros était appelé depuis un autre monde, le héros gagnait parfois des pouvoirs à la suite d’avoir été convoqué. Il semblait que les personnes dans ce monde avaient toute une certaine capacité pour utiliser la magie et donc où était le mal en espérant que je pourrais aussi avoir acquis la capacité d’utiliser la magie, n’est-ce pas ? Techniquement, j’avais été convoqué ici en tant que héros.

Ainsi, juste après avoir reçu le trône qui m’avait été cédé, quelques personnes ressemblant à des prêtres vinrent effectuer une inspection de mes capacités.

Apparemment, il y avait différents types de magie que les gens pourraient utiliser, et ils avaient des appareils qui pourraient le tester. Celui-ci avait l’air un peu comme une ardoise en pierre. Quand une personne touchait l’ardoise, le type de magie ainsi que les capacités de cette personne étaient affichés dans la tête de cette même personne. Même les habitants de ce monde avaient compris les principes derrière la façon dont tout cela fonctionnait, mais il semblerait qu’il y avait un bon nombre de ces objets qui n’avait pas sa place dans ce monde.

Donc, quand je fis le test, voilà le pouvoir que j’avais gagné :

[Le pouvoir de transférer sa conscience dans un objet et de manipuler ledit objet.]

C’était une capacité qui me permettait de transférer ma conscience dans un objet que je touchais et ainsi je pouvais, en même temps, manipuler jusqu’à trois objets animés.

Ceci ressemblait plus à un pouvoir psychique qu’à de la magie, surtout vu la légèreté de l’objet que je pouvais contrôler librement. Je pouvais aussi obtenir une vue aérienne de ce que je contrôlais. Qui plus est, en plus de ma propre conscience, je pouvais créer ces mouvements d’objet en utilisant une sorte de conscience indépendante. En utilisant un objet en tant que focalisateur, je pouvais ainsi penser à plusieurs choses en même temps.

Bien qu’il y ait une limitation à la portée de ce que je pouvais bouger, j’étais en mesure de faire déplacer les choses autour de moi comme s’ils avaient leur propre volonté. Comme si j’activais un effet poltergeist.

Alors, voilà pourquoi j’avais appelé ma capacité Poltergeist Vivant. On dira que j’avais eu quelques cas de ce syndrome au collège, peut-être ?

Après avoir obtenu mon Poltergeist Vivant, une chose m’était immédiatement venue à l’esprit :

« Cela va être vraiment génial pour faire de la paperasse ! » (Kazuya)

... Oui ! Copiant ma conscience dans trois stylos, je pouvais examiner plusieurs documents en même temps grâce à mes consciences parallèles et en manipulant ces trois stylos, je pouvais même écrire dessus.

Franchement, depuis que j’ai appris que j’avais cette capacité, je suis devenu tellement plus performant dans mon travail. En fait, sans cette capacité, la montagne géante de paperasse que j’avais accumulée dans la confusion aurait probablement, dès maintenant, enterré mon règne sous une avalanche.

... Oui. Je sais ce que vous devez vous dire. Après que je reçus cette capacité, la plupart du temps, elle s’était révélé être excellente pour l’exécution plus en douceur du travail de bureau !

Alors que je commençais à bien utiliser ce pouvoir, ceci me faisait souvent penser à ce qu’était réellement la puissance d’un héros.

Comment est-ce que la situation a pu devenir ainsi ?

C’était une des fréquentes pensées qui me traversait l’esprit.

Par là, je voulais dire que, même si je n’avais pas obtenu une puissante capacité qui me permettrait d’oblitérer des hordes d’ennemis en une seconde, j’aurais bien aimé avoir un peu de magie défensive qui permettrait de me défendre.

... Eh bien, pour le moment, même si je souhaitais ce genre de chose, je ne pouvais qu’aller de l’avant à la place de chercher partout un pouvoir qui n’existait pas. Surtout que finalement, mon pouvoir s’avéra bien plus utile dans ma situation.

Aujourd’hui, comme d’habitude, j’affrontais encore la montagne de paperasse grâce à mes Poltergeists Vivant. Alors que je faisais cela, quelqu’un entra dans la chambre avec un bruit tel le tonnerre qui me donnait l’impression qu’il essayait de défoncer une aussi belle porte une bonne fois pour toutes. Quand je jetai un œil à travers un trou dans la montagne de papier, je vis que c’était une jeune femme portant un uniforme militaire.

Avec ses traits réguliers, sa peau si pâle qu’elle semblait être translucide et ces cheveux soyeux d’un blond-platine, elle était si belle qu’à tout autre moment de ma vie, j’aurais été captivé par sa beauté. Cependant, après avoir effectué trois nuits blanches consécutives, je ne voyais pas une belle fille devant moi, mais juste une nouvelle source de main-d’œuvre.

Après lui avoir ordonné de m’aider, la forçant à s’asseoir à côté de moi, je poussais vers elle deux piles de papier dans sa direction.

« S’il vous plaît, comparez ces deux ensembles de documents et cherchez des endroits où les valeurs ou le nombre d’articles ne sont pas identiques à ce qui est indiqué dans l’autre et faites une marque indiquant que vous avez trouvé une incohérence. » (Kazuya)

« Hein !? Quoi !? Quelle sorte de travail est-ce ? » (Liscia)

« Demandez-vous ce que c’est ? Je creuse pour déterrer un trésor. Voilà ce que c’est. » Répondis-je à une jeune fille perplexe dans son uniforme militaire. Avant de préciser.

« Je cherche pour être plus précis, des sommes non comptabilisées dans les dépenses. Une des piles de documents contient les requêtes pour des budgets, alors que l’autre contient des rapports sur les revenus et sur les dépenses. Donc même si le montant demandé et le montant dépensé sont identiques, si le nombre d’objets lié à cette demande est différent, alors ceci est une indication qu’il y ait de fortes probabilités que cela soit des investissements inutiles faits pour utiliser la totalité du budget, ou encore pire, un détournement de fonds déguisé en tant qu’investissement. Dans les deux cas, nous irons vérifier tout cela pour savoir si des lois ont été transgressées et dans ce cas, nous ferons payer les parties responsables afin de compenser la perte causée par leur acte. De plus, si nous découvrons un acte grave comme un détournement de fonds fait pour son profit personnel, alors dans ce cas, nous organisons une demande de remboursement de l’intégralité de la somme, avec en plus, une majoration dût au crime, et dans le cas où ils ne pourraient pas payer, nous l’arrêtons et nous saisissons tous leurs biens. » (Kazuya)

« J-J’ai compris. » (Liscia)

Peut-être qu’elle avait été intimidée par l’air menaçant de l’homme qui n’avait pas dormi depuis plusieurs jours, car la jeune femme ne cessa pas de hocher la tête pendant toute la durée de l’explication.

Bien.

Notes

  • 1 La Rose de Versailles (ベルサイユのばら, Berusaiyu no bara?) de Riyoko Ikeda est un manga de type shōjo paru pour la première fois au Japon en 1972.
  • 2 « King-size » : Une des plus grandes tailles de lit disponible. Sa taille varie en fonction du pays.

☆☆☆

Partie 2

Cela devait faire environ deux heures depuis qu’elle avait commencé à travailler à mes côtés.

Et c’est alors que la jeune fille en uniforme militaire se mit à me parler, avec ses mains et ses yeux qui ne cessèrent pas son travail de vérification que je lui avais confié.

« He ! » (Liscia)

« Quoi ? Êtes-vous fatiguée ? Si c’est le cas, vous pouvez prendre une pause quand vous le voulez. » (Kazuya)

« Non, ce n’est pas cela... Je ne me suis pas présentée. Je m’appelle Liscia Elfrieden. La fille de l’ancien roi, Albert Elfrieden. » (Liscia)

À ces mots, je cessai de bouger ma plume et lui répondis.

« ... Alors vous êtes la princesse, c’est bien cela ? » (Kazuya)

« Est-ce que je ne ressemble pas à cela ? » (Liscia)

« C’est que, comme vous portez un uniforme, je n’ai pas pu savoir que c’était vous. Mais... oui, vous avez vraiment l’air d’une belle princesse. » (Kazuya)

À ce moment-là, elle se rendit compte de comment elle pouvait être attrayante comme elle était.

« Je suis... Kazuya Souma. Techniquement, je suis le nouveau roi. » (Kazuya)

Liscia se tourna vers moi. Elle était assez proche de moi et nous nous regardâmes les yeux dans les yeux pendant quelques secondes. Contrairement à moi, qui étais décontenancé, ses yeux dorés semblaient essayer de m’évaluer. Après avoir regardé dans les yeux de l’autre personne, Liscia ouvrit lentement la bouche.

« Je ne suis plus une princesse. Parce que vous avez usurpé le trône, ma position actuelle n’est plus tellement claire. » (Liscia)

« Usurpé... ? Je vous fais savoir, que c’est votre père qui m’a refourgué le trône avec les charges qui lui sont rattachées sans rien me demander. Honnêtement, pourquoi dois-je passer par toute cette douleur et toutes ces histoires sans aucune raison ? » (Kazuya)

« ... Sérieusement, que s’est-il passé ? Je sais que vous êtes le héros qui avez été invoqués, mais comment cela se fait-il que tout à coup, vous vous retrouviez avec le trône ? » (Liscia)

« Me demandez-vous comment ? J’ai simplement fait ce que je sentais être nécessaire pour me protéger... » (Kazuya)

J’expliquai pendant un moment à Liscia ce qui était arrivé après l’instant où je fus invoqué ici au moyen de la cérémonie de convocation.

Comme j’avais été convoqué dans ce monde, j’étais dans la situation où je serais donné en tribu à l’Empire. Le roi n’était pas très enthousiaste à agir ainsi, mais il ne voyait aucun autre plan possible. Car si l’Empire faisait pression sur le royaume, il se verrait contraint de le faire, car selon lui, il n’avait pas d’autre choix possible. Comme il était impossible de prédire ce qui m’arriverait une fois arrivé dans l’Empire, j’avais demandé au roi de choisir une autre option qui était "ne pas donner le Héros, et le garder pour vous".

Ensuite, j’expliquai plus en détail ma proposition au roi et au Premier ministre. Elle était simplement de payer la somme d’argent demandée en tant que subventions pour la guerre pour ainsi gagner du temps. Et pendant ce temps gagné, nous allions profiter de ce répit en appliquant une nouvelle politique globale pour ainsi construire un royaume puissant et prospère. S’il nous disait "nous voulons mettre la main sur votre Héros à la place des subventions de guerre", alors il suffisait simplement de payer ces subventions sans rien leur donner d’autre. Et si nous faisions cela, alors ils perdraient automatiquement toute justification pour pouvoir faire des ingérences dans les affaires du royaume. Car finalement, ceci ne pouvait pas être une vraie menace, peu importe la manière de voir les choses. Pour garder les apparences, l’Empire ne pourrait en aucun cas insister sinon il perdrait la face. Voici quel était mon raisonnement. Et ainsi, avec tout ce temps que nous pourrions gagner, nous poursuivrons la voie qui permettra de renforcer assez ce pays pour en faire une puissance égale à celle de l’Empire.

Bien sûr, mes deux interlocuteurs avaient eu des objections. Ils m’avaient dit que ce pays n’avait aucun moyen de payer les subventions de guerre.

Mais après avoir inspecté les documents que j’avais demandés, j’avais pu leur montrer qu’en revendant certains biens appartenant à l’État, ainsi qu’en plaçant des limites à certaines dépenses du gouvernement et pour finir, en vendant quelques biens personnels du roi, il serait facile d’amasser la somme demandée.

J’avais fait un diplôme socio-économique dans une université renommée (avec en passant, le sujet que j’avais choisi pour la partie socio-économique de l’examen d’entrée était l’histoire du monde), car mon rêve pour mon futur avait été de devenir un employé du gouvernement. Donc tout ceci était parfaitement dans mon domaine d’expertise.

En entendant ce plan, le roi avait pris une expression solennelle, alors que le Premier ministre, Marx, avait été plus enthousiaste. Il devait avoir décidé que c’était mieux d’adopter des réformes économiques plutôt que de simplement donner le héros à l’Empire pour préserver le statu quo. Ceci serait plus susceptible, dans un avenir proche, de faire sortir le pays de son marasme.

Finalement, le roi devint de plus en plus enthousiaste, plus nous parlions du plan.

Et moi, en tant que la personne qui avait suggéré de faire cela, je m’attendais à devoir faire énormément de travaux concernant ces réformes, mais en tant que bureaucrate du ministère des Finances ou quelque chose comme cela. Voilà ce à quoi je m’attendais quand...

« Et c’est alors qu’il a annoncé devant tout le monde qu’il me donnait le trône. » (Kazuya)

« Heu, alors... Je suis désolée. » (Liscia)

« Vous n’avez rien fait qui nécessite que vous vous excusiez. Si l’on y pense, vous êtes aussi une victime dans cette affaire, car vous vous retrouvez fiancée avec moi sans que personne vous l’ait demandée, ce qui est aussi mon cas. » (Kazuya)

« Tout à fait, oui... Attendez, hoo ? Qui de nous deux possède actuellement le plus haut rang ? Ai-je besoin d’être super poli et formel ? » (Liscia)

Elle avait l’air de ne pas savoir si elle devait me parler comme à un homme du peuple plutôt qu’au roi, ou comme une princesse qui était la prochaine candidate pour être la reine.

« Vous pouvez tout à fait me parler d’une manière décontractée, je suppose que cela vous convient ? » Disais-je.

« ... Bien sûr. » (Liscia)

« De plus, ne vous inquiétez pas à propos des fiançailles. Je suis maintenant sur le trône juste pour l’instant. Je vais de toute façon, ne pas rester le roi très longtemps et donner le trône à quelqu’un d’autre dans quelques années. » (Kazuya)

« Hein ? Quoi !? » (Liscia)

« Parce qu’initialement, j’avais prévu de travailler aussi durement que pour gagner les subventions de guerres pour empêcher d’être donné à l’Empire. Mais comme maintenant je suis sur le trône, je ferai assez de changement dans ce pays pour le remettre sur la bonne voie, mais après cela, je vais laisser au peuple de ce pays la décision de comment le pays doit être dirigé. Bien sûr, nous pouvons annuler nos fiançailles vu qu’elles ne servent à rien. » (Kazuya)

Déclarai-je vers Liscia en faisant un sourire rassurant.

◇◇◇

« Je vais de toute façon, ne pas rester le roi très longtemps et donner le trône à quelqu’un d’autre dans quelques années. » (Kazuya)

Mes yeux s’écarquillèrent quand j’entendis Souma annoncer cela.

Il disait cela comme si c’était très simple. Ne se rend-il pas compte de la difficulté que tout cela représente ?

Mais, même pour quelqu’un comme moi qui était plus portée sur les questions militaires, et donc, mes connaissances de la politique et de l’économie étaient un peu faibles, je pouvais facilement savoir dans quelle situation était mon pays. On était dans une situation "d’échec et mat". En premier lieu, les stocks de nourriture, ainsi que l’actuelle crise économique, ce à quoi l’on rajoutait l’afflux massif de réfugiés causé par l’invasion des démons était déjà mauvais. Et pour couronner le tout, la pression exercée par l’Empire accentuait cela. Tout cela détruisait petit à petit le royaume en ne nous laissant rien à part de l’inquiétude sur notre futur.

Pour cette raison, je pouvais comprendre un peu la décision de mon père, d’immédiatement abdiquer de son trône et de le donner à quelqu’un qu’il sentait bien plus capable que lui. Mais quand même. Compte tenu de tout cela, était-il toujours possible de faire revenir ce pays sur la bonne voie ? Et à supposer même qu’il pouvait le faire, serait-ce acceptable pour le peuple de permettre à un roi qui avait accompli un aussi grand exploit de se retirer si facilement ?

« ... Alors, pensez-vous que vous pourrez obtenir les fonds pour les subventions de guerre ? » (Liscia)

« Hm ? Oui. J’ai déjà mis de côté les fonds nécessaires pour qu’on puisse l’envoyer prochainement à l’Empire. » (Kazuya)

« Hein ? » (Liscia)

« Ben oui ! Maintenant, je cherche les fonds pour pouvoir faire mes réformes. Après tout, elles vont coûter plusieurs fois les subventions de guerre. » (Kazuya)

Attendez ! Attendez ! Attendez ! Il a déjà mis de côté les fonds !? La somme demandée par l’Empire est si massive qu’elle représente l’équivalent du budget national à ce que j’ai entendu dire !

« Où avez-vous trouvé cet argent ? » (Liscia)

« Et bien, j’ai vendu des objets. Environ un tiers de ce qui se trouvait dans les coffres aux trésors. » (Kazuya)

« Les coffres aux trésors... Notre trésor national !? Ne me dites pas que vous avez vendu notre trésor national ! Vous n’avez pas fait cela j’espère !? » (Liscia)

Je me rapprochai de Souma, qui me regardait avec un air très blasé à propos de cette affaire.

« Les trésors nationaux appartiennent à tout le pays ! Les vendre de manière arbitraire est une trahison envers le peuple ! » (Liscia)

« Maintenant, calmez-vous ! Si vous dites qu’ils sont la propriété du peuple, je dirais que de les vendre au profit du peuple est donc tout à fait correct. » (Kazuya)

« Malgré cela, il y avait là-dedans des objets ayant une valeur historique et culturelle... » (Liscia)

« Ohh, si c’est cela qui vous inquiète, alors sachez que j’ai mis de côté ce genre d’objet. J’ai uniquement vendu des joyaux et des objets ornementaux qui étaient faits dans des matériaux de valeur. » (Kazuya)

Souma regarda rapidement les documents concernant l’inventaire des coffres au trésor.

« Les trésors ont été divisés en trois catégories. La catégorie A regroupe les biens historiques ou qui ont une valeur culturelle. Les objets de catégorie B sont des objets sans valeur historique ou culturelle, mais avec une valeur monétaire et la catégorie C regroupe tout le reste. J’ai uniquement vendu les objets de la catégorie B. Et au lieu de vendre les objets de la catégorie A, nous allons les placer en utilisant une rotation dans des musées. Ainsi cela nous fera une source de revenus permanente provenant de ceux qui iront les voir. » (Kazuya)

« Bien et... finalement, qu’est que la catégorie C ? » (Liscia)

« Cela regroupe les outils magiques, les grimoires, tous ces genres de trucs. Honnêtement, je ne sais pas quelle serait la meilleure façon de les utiliser. Certains pourraient être utilisés en tant qu’armes. Et donc, nous ne pouvons pas les vendre ou les mettre dans des musées sans prendre des précautions appropriées. Tout ceci ressemble énormément à l’équipement complet d’un héros et devrait donc valoir une belle somme. Que penseriez-vous si nous les vendions ? » (Kazuya)

« S’il vous plaît, ne dites pas... » (Liscia)

Techniquement, il était supposé être le héros... Ha, attendez, mais maintenant il est le roi, n’est-ce pas ?

« Mais, si nous avons tout cet argent, ne devrait-il pas être utilisé par l’armée ? Dans mon école d’officiers, j’ai appris qu’il fallait toujours l’utiliser pour la défense, et jamais le donner en tant que tribut. » (Liscia)

« Permettez-moi de répondre à cette question concise en disant cela. "Le temps, c’est de l’argent". Ce qui veut dire qu’en offrant des subventions de guerre en tant que sacrifice, nous pouvons gagner la seule ressource dont notre pays a le plus besoin en ce moment : le temps. » (Kazuya)

« ... Pourquoi avez-vous parlé d’une façon tellement détournée ? » (Liscia)

« Ne vous inquiétez pas à ce sujet. Quoi qu’il en soit, même si nous arrivons à renforcer nos forces, tout cela ne servirait à rien si nous ne pouvons pas également obtenir le contrôle des affaires nationales. Tant que les problèmes de la nourriture et des réfugiés ne se sont pas résolus, nous allons seulement continuer à perdre le soutien du peuple. Une fois qu’on perdra totalement leur soutien, nous allons nous retrouver dans un état de fragilité qui fera que des émeutes apparaîtront un peu partout, surtout si des nations étrangères s’en mêlent. » (Kazuya)

« Non... Le peuple aime aussi ce pays. Ils ne feront jamais... » (Liscia)

« Vous n’avez qu’une vision idéaliste de la chose. Ceci est uniquement si "vous êtes habillé et avez de la nourriture dans votre ventre". Mais à la fin, vous n’auriez jamais le moral ou du patriotisme si vous avez un estomac vide. Si vous êtes trop occupé à agir pour survivre, vous ne pouvez pas vous permettre de prendre soin des autres. » (Kazuya)

Les yeux de Souma étaient glaciaux alors qu’il me disait cela. C’était une vision rude et réaliste. Ceci me fit immédiatement savoir qu’il voyait correctement les choses. Avec son apparence, vous vous attendiez à faire face à un homme faible, mais ce n’était pas cela...

... il était en réalité très fiable.

◇◇◇

Après avoir passé une autre journée, j’avais enfin été en mesure d’obtenir une certaine quantité de fonds. Bien que je n’aie pas beaucoup de liquidités, j’avais, pour le moment, l’argent nécessaire pour mes réformes. J’ai réussi à extraire tout cet argent qu’en utilisant mes possessions directes, sans avoir à toucher les trois duchés, donc j’aurais au moins, aimé recevoir quelques éloges pour cela.

En regardant dans la salle... C’était un véritable désastre. Des bureaucrates étaient évanouis sur leur bureau, d’autres étaient penchés en arrière, dormant sur leurs chaises, leurs visages regardant vers le ciel. Sur le canapé, Liscia était couchée et ronflait doucement.

Je me déplaçai tranquillement vers elle, m’assis sur l’accoudoir du canapé, et regardai Liscia dormir. En fin de compte, cette jeune fille était restée jusqu’à l’aube après m’avoir aidé dans mon travail. Même si elle devait avoir voulu me dire une chose ou deux au sujet d’être forcé à être fiancé avec moi...

Je caressais sa tête endormie. Ses cheveux soyeux glissaient doucement entre mes doigts. L’exaltation d’être enfin libéré après un si long travail devait avoir eu de profondes répercussions sur moi. Dans mon état normal, j’aurais été bien trop gêné pour le faire, mais juste m’asseoir comme cela me rendait heureux.

« Mrm. » (Liscia)

Liscia gémit à ce moment-là, alors j’enlevai ma main de ses cheveux. L’instant d’après, Liscia ouvrit les yeux et se leva d’un coup. Peut-être qu’elle était encore un peu groggy, car elle regardait partout autour d’elle.

Avec un sourire ironique, j’offris un bon matin. « Bonjour, Liscia. »

« M-Matin. Hein ? Est-ce que je me suis endormie ? » (Liscia)

« Nous avons maintenant atteint un bon moment pour nous arrêter. Voulez-vous retourner dormir ? » (Kazuya)

« Oh, non. Je vais bien. Qu’en est-il de vous, Souma ? Vous n’avez pas dormi, n’est-ce pas ? » (Liscia)

Elle avait l’air comme si elle était pleinement éveillée. J’étais heureux de voir qu’elle se montrait préoccupée envers moi.

Je me levai de l’accoudoir puis je tendis les bras vers le haut pour ainsi m’étirer.

« Je prévois d’avoir un bon moment pour me reposer après cela, mais... pourriez-vous d’abord venir un peu avec moi ? » (Kazuya)

« Hm ? Où ? » (Liscia)

« Pour une petite promenade avant d’aller dormir » lui répondis-je.

Avec la lumière de l’aube qui arrivait, Liscia et moi montâmes sur le dos d’un cheval.

Tout en respirant dans la brume matinale, le cheval de Liscia filait avec un *clip-clop*, *clip-clop*, n’ayant aucune difficulté à se déplacer avec le poids de deux personnes sur son dos. Liscia était assise à l’avant, tenant les rênes, alors que j’étais derrière elle avec mes bras autour de sa mince taille, tenant chèrement à la vie.

« Hé, ne pressez pas mon ventre si fortement, » objecta-t-elle.

« Pas moyen que j’arrête, c’est trop effrayant. » (Kazuya)

« Pitoyable. Normalement, ceci devrait être vous, tel un homme, qui devrait être celui qui tient les rênes ? » (Liscia)

« Eh bien, ce n’est pas comme si j’avais vraiment le choix. Comme je ne suis jamais monté sur le dos d’un cheval jusqu’à aujourd’hui... » (Kazuya)

Dans le Japon moderne, il y avait peu d’occasions de monter sur un cheval.

Au mieux, j’étais déjà monté sur un poney dans un zoo alors que j’étais un enfant et que quelqu’un était à côté de moi à diriger le poney. C’était un peu vague dans ma mémoire.

« Dans ce pays, à peu près tout le monde du paysan jusqu’à la noblesse, sait monter à cheval, le saviez-vous ? » Me dit-elle.

« Dans mon monde, il y avait beaucoup de véhicules bien plus pratiques. » Répondis-je.

« Votre monde... Parlez-moi de lui, Souma. » (Liscia)

« Hm ? » (Kazuya)

« Avez-vous... laissé, derrière vous, toute une famille, une amoureuse peut-être... dans l’autre monde ? » Liscia me demanda cela avec hésitation. Voulait-elle faire attention avec mes sentiments ?

« Non, personne. Mon dernier parent, mon grand-père, vient de décéder l’autre jour... oui. » (Kazuya)

« ... Je suis désolée. » (Liscia)

« Il n’y a pas besoin de présenter des excuses à ce sujet. Mon grand-père a eu une vie bien remplie. Voilà pourquoi, c’est correct. Personne n’attend mon retour, donc je suppose que je ne ressens pas vraiment le besoin de revenir en toute hâte. » (Kazuya)

« Oh. Vous n’en avez pas. » Liscia semblait un peu soulagée de ma réponse.

Alors que nous parlions, le cheval continuait à faire des bruits de sabots pendant ce temps. Il était selon moi à peu près six heures du matin. Le moment où les personnes commençaient enfin à se lever.

Alors que nous traversions la rue commerçante, aucune des boutiques n’était encore ouverte et il n’y avait presque personne sur la route. Après être passés par la ville du château, nous avions atteint finalement le mur qui faisait le tour de la capitale.

Nous arrivâmes enfin à une porte massive, avec des personnes comme j’avais déjà vu dans des films fantastiques étrangers, et après avoir parlé aux gardes présents devant, nous pûmes enfin sortir vers l’extérieur de la ville par une petite porte sur le côté de la grosse, la porte principale n’étant pas encore ouverte.

Liscia avait tout le long été celle qui avait parlé avec les gardes. Si le roi nouvellement nommé leur avait dit qu’il voulait aller en dehors de la ville sans gardes du corps, je doute qu’ils l’aient permis. Ainsi, Liscia, qui occupait un rang d’officier, leur avait dit, « Je suis envoyée à l’extérieur par ordre du roi » et comme cela, c’était parfaitement concordant avec le cadre de ses fonctions, ils n’avaient pas protesté.

Une fois que nous avions traversé la porte en toute sécurité, Liscia avait ajouté, « Comme j’ai dit que c’était un ordre royal, automatiquement, il va y avoir un rapport fait sur cela. Qui sait ce que Marx va nous dire plus tard quand il le saura... »

J’ignorai ses plaintes.

Après un court voyage à travers les rues de la ville extérieur, nous avons finalement atteint notre destination. « Arrêtez-vous ici, s’il vous plaît » lui dis-je.

Après qu’elle eut arrêté son cheval, Liscia me regarda d’un air interrogateur. « C’est ici que vous vouliez venir ? Tout ce que je vois, c’est des champs d’agriculteurs dans le coin. »

En effet, il n’y avait que des champs verdoyants de plantes vertes ici. Aussi loin que l’œil pouvait voir, je vis des champs verts et l’humidité de la rosée du matin. C’était le bon lieu. Aucun ne doute là dessus.

« Liscia, c’est l’endroit que je voulais vous montrer. » (Kazuya)

« Ces champs ? Je suppose qu’ils sont assez jolis quand ils sont ainsi mouillés par la rosée du matin comme maintenant, mais... » (Liscia)

« Joli... hein !? Non, c’est à cause d’eux que tant de monde meurt de faim. » (Kazuya)

« Quoiiiii ? » Les yeux de Liscia s’élargirent de surprise.

Je soupirai avant d’ajouter. « Jetez un œil autour de nous. Ces "champs non comestibles" sont à l’origine de la crise alimentaire de ce pays. »

◇◇◇

Des champs non comestibles. C’était ainsi que Souma avait appelé les champs visibles devant moi, regardant cela avec amertume. Souma m’avait dit qu’il avait voulu me montrer ces champs, mais je ne comprenais toujours pas pourquoi.

« Que voulez-vous dire ? » (Liscia)

« Exactement ce que je viens de dire. Tous ces champs que vous voyez ici sont des champs de coton. » (Kazuya)

« Des champs de coton. Ah ! Voilà donc ce que vous vouliez dire par "non comestible" ! » (Liscia)

Les fleurs de coton étaient cultivées pour produire du fil de coton. Effectivement, ces champs ne faisaient pousser que des biens qui ne pourraient pas être mangés.

Souma assis sur le sol, posant ses coudes sur ses cuisses. « Allons directement à ma conclusion, si cela vous convient. C’est l’augmentation excessive du nombre de ces champs de coton qui a causé les pénuries alimentaires dans ce pays. »

« ... Pardon ? » (Liscia)

Maintenant, fait-il preuve de désinvolture en disant quelque chose d’aussi incroyable aussi simplement ? La cause de nos pénuries alimentaires ?

« Pendant que je triais des documents, j’ai remarqué cela. Avec l’expansion du Domaine du Seigneur-Démon, la demande de vêtements et d’autres nécessités quotidiennes a ainsi grimpé en flèche. Bien sûr, la demande pour les matières premières a aussi augmenté. Donc, avec le prix de vente des fleurs de coton en hausse et d’être en mesure de vendre autant que vous pouviez en produire, les agriculteurs ont entièrement cessé leurs cultures vivrières qu’ils avaient faites jusqu’à ce moment-là. Les cultures qui servent à vendre à d’autres au lieu de manger sont appelées des cultures de rente. Ce qui veut dire que finalement : nos agriculteurs se sont tournés vers la croissance des cultures de rente, ce qui a eu pour effet de baisser le taux d’autosuffisance alimentaire de ce pays. » (Kazuya)

J’étais sans voix. La cause des pénuries alimentaires de ce pays.

J’avais toujours simplement supposé que la cause était le mauvais temps, ou que notre pays avait simplement eu une terre qui commençait à s’appauvrir. Mais en vérité, il y avait une raison concrète à ces problèmes, et pourtant moi, qui avais vécu dans ce pays depuis plus de dix ans, n’avais rien vu venir. Alors que lui, Souma, qui avait été convoqué ici que depuis quelques jours, avait réussi à le voir si facilement.

« Si je devais aller un peu plus loin, je pourrais tout à faire dire que c’est aussi la cause principale de la faible puissance économique de ce pays. Lorsque le taux d’autosuffisance alimentaire diminue, vous devez importer d’autres pays pour ainsi éviter la famine. Toutefois, les produits alimentaires importés impliquent des coûts de transport et donc le prix des denrées alimentaires est en forte hausse. Ceci met la pression sur les budgets des ménages et donc ils ne peuvent en aucun cas réduire le budget alimentaire de leurs familles. Car après tout, si vous ne mangez pas, vous serez affamé et vous finirez par mourir. Alors bien sûr, si vous devez couper la graisse quelque part, cela va automatiquement être dans les biens non essentiels et surtout les produits de luxe. Et donc, ces changements dans les pratiques de dépenses provoquent une spirale qui affaiblit l’économie globale du pays. » (Kazuya)

Qu’avais-je regardé jusque là ? Si j’étais un simple citoyen, cela aurait été correct pour moi de rire de tout cela dédaigneusement vis-à-vis de mon manque de perspicacité. Cependant, je suis une princesse. L’ignorance de ceux en haut tue ceux en bas.

« Je suis... un échec en tant que personne de la royauté. » Je perdis toutes mes forces après avoir entendu ces mots, tombant à genoux directement où j’étais. Dans toute ma vie, je n’avais jamais si vivement ressenti un sentiment d’impuissance comme j’en avais en ce moment.

En me voyant comme ça, Souma laissa échapper un "heu," et un "Um" tout en se grattant la tête, avant de poser délicatement sa main sur ma tête.

« Ne vous laissez pas abattre comme cela. Nous avons obtenu le financement dont nous avions besoin. Il est loin d’être trop tard pour les réformes agricoles que j’ai prévues. » (Kazuya)

« ... Que prévoyez-vous faire ? » (Liscia)

« Je veux en premier, placer une limite à la quantité de cultures de rentes, et ramener au plus vite une forte croissance sur les cultures vivrières afin d’améliorer notre taux d’autosuffisance. Le pays versera des subventions pour aider à soutenir cette transition. En premier, nous commencerons par replanter les champs avec des haricots qui ont un très large éventail d’utilisations ainsi que des pommes de terre qui sont très efficaces contre la famine. Et au fil du temps, je voudrais aussi augmenter le nombre de rizières présent dans le pays. Après cela... » (Kazuya)

Souma parla avec éloquence de ses projets de réformes agricoles. Il utilisait beaucoup de mots comme "rizières" que je ne connaissais pas, mais alors que je regardai son visage de profil, il semblait si radieux.

Je sentais que je pouvais comprendre pourquoi mon père avait abdiqué. Il était ce dont ce pays avait le plus besoin en ce moment. Et nous devions faire tout ce qu’il fallait pour le garder attaché à ce pays. Nos fiançailles avaient probablement été conçues comme une autre chaîne avec laquelle le lier.

Je suppose que je ne peux pas me permettre d’être bouleversée concernant mes fiançailles qui ont été décidées sans mon accord.

Souma avait dit qu’une fois qu’il aurait mis ce pays sur la bonne voie, il abandonnerait le trône, mais nous ne pouvions pas le laisser faire. Ce serait une perte pour le pays de perdre ainsi un homme avec un talent si important. Il fallait l’éviter à tout prix.

Il m’a dit qu’il n’avait pas de famille dans son ancien monde. Si je devenais sa famille ici, je pourrais le garder dans ce pays ? Me demandai-je. En tant que sa fiancée, si je pouvais faire de ce mariage un fait accompli... Attendez, la meilleure façon de créer un fait accompli... serait essentiellement de... le faire avec lui...

Les pensées qui me vinrent à l’esprit firent que mon visage devint totalement rouge.

« Alors, dans les montagnes nous allons... Hé, Liscia, m’écoutez-vous ? » (Kazuya)

« Heuu ! Pou-Pourquoi, oui, je vous écoute. » (Liscia)

« Hm ? Votre visage est tout rouge, le saviez-vous ? » (Kazuya)

« C’est à cause du lever du soleil ! Ne commencez pas à vous imaginer quelque chose d’autre ! » (Liscia)

Mes joues étaient en feu. J’étais prête à mourir d’embarras.

À partir de là, je ne crois pas avoir entendu un seul mot des explications Souma.

☆☆☆

Chapitre 2 : Commencez à Partir de X

Partie 1

La technologie dans ce monde était partout présente et fort généreuse.

Sur Terre, la technologie s’était déplacée de la manière suivante : de la puissance de l’homme, à la roue à eau puis au moulin à vent, à la machine à vapeur, et pour finir vers le moteur à combustion. Ce fut une série d’avancées se basant sur les précédentes.

Si vous vouliez voler librement dans les cieux, avant de pouvoir construire un avion, vous devriez d’abord découvrir le concept d’ascenseur, et un système de propulsion (le moteur à combustion interne) devrait être créé. Afin de créer ce système de propulsion, vous deviez comprendre le système derrière la façon dont les choses brûlent. Dans l’histoire de la Terre, les nouvelles technologies avaient toujours été construites sur d’autres technologies qui leur avaient donné leur fondation.

Cependant, dans ce monde, il existait des créatures mystérieuses et de la magie. Si vous vouliez voler librement, vous pouviez simplement monter sur le dos d’une wyverne. Ces personnes avaient ainsi sauté au-delà du concept des systèmes de levage et de la propulsion et s’étaient simplement envolées.

Dans un monde où vous pouviez à tout moment, créer du feu, de la glace et d’autres éléments avec de la magie, la différence entre ce qui était possible, et ce qui ne l’était pas n’était plus aussi extrêmes que sur terre.

Dans ce monde, pour par exemple le domaine du transport de marchandises, ils avaient de grandes bêtes apprivoisées qui pouvaient transporter autant qu’un camion.

Il y avait des cuirassés d’acier, uniquement tirés par de grands dragons de la mer, sans autre système de propulsion.

Il n’y avait pas d’électricité, mais les nuits dans ce pays étaient aussi illuminées que sur terre. Les lampadaires contenaient des Éponges à Lumière, qui stockaient pendant la journée, de l’énergie lumineuse et étaient phosphorescents la nuit, éclairant la ville pendant toute la durée de la nuit.

Ils n’avaient pas de gaz, ils utilisaient à la place, du bois de chauffage, des fours et de la magie du feu (ou des objets magiques) pour cuisiner.

Il n’y avait pas d’aqueducs. Cependant, tout autour de la ville, il y avait des puits avec des sorts élémentaires d’eau, gravés sur eux qui tiraient l’eau des profondeurs de la terre... et bien, ce sont que quelques exemples qui sont suffisants pour comprendre la situation.

Dans ce pays, même sans science, beaucoup de choses pouvaient se faire avec de la magie. En y pensant, si vous enleviez leurs créatures mystérieuses et la magie, la civilisation de ce pays ne serait pas aussi avancée. En le comparant à un point de l’histoire de notre propre monde, ceci serait probablement vers à la fin du Moyen Âge ou au mieux, au début de la période moderne. Le système féodal était encore intact, et la révolution industrielle était encore loin.

C’était donc le genre de pays où maintenant, j’étais leur roi.

◇◇◇

« Liscia, les réformes agricoles ne se feront pas du jour au lendemain. » Souma venait de me dire cela avant de rajouter. « Donc, pour le moment, je suppose que nous devons augmenter nos importations en provenance d’autres pays pour compenser nos manques. »

J’étais assise en face de Souma, grignotant mes toasts alors qu’il me parlait. Sur l’étroite table se trouvait un panier de pains, ainsi que des assiettes contenant des œufs brouillés, des saucisses et de la salade pour deux. C’était l’heure du petit-déjeuner.

« Mais n’avez-vous pas dit que les importations coûtent cher et que cela entraîne une baisse des dépenses des consommateurs ? » (Liscia)

« Oui, je l’ai dit. C’est pourquoi, pendant un certain temps, nous allons probablement finir par devoir faire acheter des marchandises directement via le pays, puis les revendre à un prix intérieur. Nous allons faire des pertes sur ces ventes, mais nous devrions pour le moment, être en mesure de le supporter. J’aimerais compenser le manque à gagner avec les exportations, mais tout d’abord nous devons trouver un remplacement pour notre exportation primaire actuelle, le coton. » (Kazuya)

« Ceci parait difficile... Quoi qu’il en soit, mettons cela de côté pendant un moment. » Je voulais lui poser la question qui me dérangeait depuis un petit moment maintenant. « Vous êtes le roi, alors pourquoi entre tous les lieux possibles, mangez-vous ici ? »

Nous étions dans la cafétéria du château. Et pire encore, c’était la cafétéria générale utilisée par les soldats et les servantes. Ce que nous mangions actuellement était un déjeuner complet fourni le matin. Le roi de ce pays était donc assis parmi les gardes, mangeant la même nourriture qu’eux. Il devrait y avoir des limites à la faible dignité qu’un roi devrait avoir.

« Les regards curieux et constants des gardes et des servantes commencent à déranger, le saviez-vous ! » Je protestais en lui disant cela.

« Ne laissez pas cela vous déranger. En ce moment, toutes les dépenses du château sont réduites et donc je ne peux pas me permettre des dépenses inutiles pour mes repas. » (Kazuya)

« N’avez-vous pas dit que les mesures d’austérité avaient une mauvaise influence sur l’économie ? » (Liscia)

« Oui, si simplement, vous accumulez l’argent que vous économisez. » Dit-il avant de rajouter. « Mais si l’argent économisé est utilisé correctement, cela va dynamiser l’économie. »

« Pourtant, ceci ne signifie pas que nous devions manger ici. » (Liscia)

« Eh bien, voudriez-vous dans ce cas, aller manger ces repas à la grande table royale ? Je pense qu’on se sentirait encore plus insatisfait si l’on faisait cela ainsi. » (Kazuya)

« Vous avez peut-être raison, mais quand même... » (Liscia)

Même si l’on se sentait mal de manger avec toutes ces personnes qui nous regardaient. Même si j’étais habituée avec les jours passés à l’académie des officiers, j’étais techniquement la fiancée de Souma, une personne sous une observation minutieuse provenant des masses, et donc à leurs yeux, nous étions en plein rendez-vous. Alors comment pourrais-je rester calme en pensant à ça ?

Je soupirai avant de répliquer : « Si nous réduisons les coûts alimentaires, dois-je parler avec mes parents ? Ils mangent toujours des gâteaux et autres pâtisseries à l’heure du thé. »

« Oh, c’est correct. Ce sont tous des "cadeaux" de toute façon. » (Kazuya)

« Cadeau, dites-vous ? » Demandai-je avec surprise. Notre peuple pouvait-il se permettre de faire cela ?

« Eh bien, ils proviennent de grands magasins ainsi que de magasins appartenant à la noblesse. Même avec un mec comme moi en tant que roi, être un fournisseur de la famille royale est apparemment prestigieux. Donc même avec les pénuries alimentaires, nous recevons toujours beaucoup de ces choses. » (Kazuya)

« S’il vous plaît, ne parlez pas de vous comme cela. Vous êtes maintenant le roi ! » Dis-je.

« Beaucoup de ces aliments sont doux, mais ils n’ont pas une longue durée de conservation. Puisque je n’aime pas beaucoup les gourmandises, je les donne à l’ancien couple royal ou aux servantes et je leur fais rédiger des commentaires. Ensuite, pour ceux qui ont une note élevée, je leur donne un mandat royal pour un rendez-vous. Et cela marche étonnamment bien. » (Kazuya)

« Donc c’était donc pour cela... » Murmurai-je.

Dernièrement, j’avais entendu « Tout n’est pas calme sur le front de la perte de poids. » Provenant de femmes de ménage. Il y avait même eu des rapports selon lesquels certaines servantes se joignaient aux gardes pour s’entraîner.

... Moi-même, je ferais mieux d’être prudente. Pensai-je.

Contrairement à moi, qui m’étais promis quelque chose à moi-même, Souma gardait ses distances.

« Q-Quelque chose d’important s’est-il produit ? » Demandai-je.

« Non, c’est juste que... Si le budget de la nourriture était encore plus serré, nous pourrions subsister avec un régime de gâteaux, trois fois par jour... Hahaha... J’ai presque mis en pratique la phrase "S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche" [1]. » (Kazuya)

« Si les gens ne connaissaient pas les circonstances, il pourrait y avoir une révolution en réponse à ces mots... » Dis-je.

« Vous avez l’air de bien vous amuser ! » (inconnu)

Alors que je tournai la tête dans la direction de la voix soudainement entendue, je vis un jeune homme portant une armure cannelée (sans le casque) de la Garde Royal. Il était grand avec une carrure suffisamment robuste, et derrière ses longs et raides cheveux blonds était visible un beau visage qui le rendait probablement populaire auprès des dames.

« Tiens ! Sir Ludwin ? » Demandai-je.

« Cela fait trop longtemps, ma princesse. Non... Peut-être devrais-je maintenant vous appeler ma reine. » (Ludwin)

« Hum ! Et bien... en fait, je ne suis en ce moment, aucune des deux ! » (Liscia)

En voyant notre échange, Souma affichait un visage qui disait "C’est qui cette personne ?"

« Souma, ce gentilhomme est Sir Ludwin Arc, de la Garde Royale. » Lui annonçai-je, pour ainsi le présenter.

Malgré son jeune âge, moins de trente ans, Sir Ludwin était un génie qui avait été nommé chef de la Garde Royale. En temps de paix, le chef de la Garde Royale était responsable de la sécurité dans la capitale, Parnam, ainsi qu’au Château Parnam, mais en temps de crise, il avait également le pouvoir des forces personnelles du roi, l’Armée Interdite. Cela dit, le réel contrôle militaire du pays était entre les mains des Trois Duchés.

"Les Trois Duchés" faisaient référence aux deux ducs et à une duchesse, qui contrôlaient la terre, la mer et les forces aériennes.

Les titulaires actuels des Trois Duchés étaient les suivants :

Général de l’Armée du Royaume d’Elfrieden, Le Duc Georg Carmine. Un homme-bête à la crinière de lion. Il commandait ses troupes avec l’intensité d’un feu ravageant tout, infligeant la peur dans le cœur de ses ennemis.

Amiral de la marine du Royaume d’Elfrieden, La Duchesse Excel Walter. Un serpent de mer descendant des pirates. C’était une femme incroyable, habile non seulement pour les batailles navales, mais aussi pour la politique.

Général de l’Armée de l’Air d’Elfrieden, Le Duc Castor Vargas. Un homme-dragon. Il était le roi des cieux et le chef des stars de l’armée royale, les Chevaliers Wyverns.

En échange d’une fidélité envers le royaume, leurs familles avaient été autorisées à détenir des territoires (duchés) dans le royaume, où ils avaient reçu une autonomie.

Au moment de la fondation du royaume, il avait été créé par le rassemblement de nombreuses races et donc ce système avait été mis en place pour protéger leurs races contre la friction avec les autres. Cependant, même maintenant, avec toutes ces races vivant en harmonie, le système restait quand même encore en place. En échange de ce territoire, leurs familles mettaient leurs vies en jeu pour défendre le pays qu’ils aimaient. C’était la fierté des Trois Duchés.

Cependant, à l’heure actuelle, les Trois Duchés avaient repris leurs forces militaires et s’étaient repliés sur eux-mêmes en restant dans leur propre territoire. Il semblait que ces trois là, avec leur grand amour et leur respect pour l’ancien roi, n’avaient pas encore reconnu Souma, en tant que leur chef, voyant dans sa monté sur le trône, une usurpation pure et dure. C’était la source des soucis actuels de Souma.

Si vous combiniez les Trois Duchés, ils constitueraient environ un tiers du pays. Sans leurs coopérations, les réformes de Souma seraient difficiles à accomplir.

J’avais moi-même écrit à plusieurs reprises, au Duc Carmine, qui m’aimait comme sa fille, lui demandant de rencontrer directement Souma, mais la réponse était toujours, « Pour l’instant, je ne vois aucune raison de lui faire confiance. »

Il était un homme qui était résolu dans ses convictions, mais je ne l’avais jamais su aussi têtu. Alors pourquoi était-il tellement obstiné cette fois-ci ? Pour ma part, j’espérais que dès que possible, il accepterait Souma.

Sans aucune idée de ce que je ressentais, Souma serrait la main de Sir Ludwin. « Je suis Kazuya Souma. Techniquement, je suis maintenant le roi de ce pays. »

« Je me présente, je me nomme Arcs Ludwin. J’ai entendu auprès des fonctionnaires des rumeurs vis-à-vis de votre travail acharné. » (Ludwin)

« Eh bien, vous direz de ma part à ces fonctionnaires, "Si vous avez le temps de faire des commérages, alors vous devriez travailler avec encore plus de zèle". » (Kazuya)

« Hahaha, je le ferai sans faute. Est-ce que cela vous convient si je me joins à vous pour le petit-déjeuner ? » (Ludwin)

« C’est d’accord ! » (Kazuya)

« Merci beaucoup. » (Ludwin)

Sir Ludwin alla chercher un plateau contenant son petit-déjeuner et vint s’asseoir à côté de moi.

« Alors, comment vont les choses ? Je voulais parler des réformes, Votre Majesté. » (Ludwin)

« ... Elles ne se déroulent pas si bien. » (Kazuya)

Souma se plaignait entre deux morsures de son pain grillé.

« Nous souffrons particulièrement du manque de personnes qualifiées. À l’heure actuelle, j’ai hérité des conseillers du précédent roi. En d’autres termes, les fonctionnaires qui par leurs propres inactions, ont laissé le pays pourrir jusqu’à ce qu’il finisse dans un aussi mauvais état. En mettant de côté le Premier ministre Marx, le reste est inutile. » (Kazuya)

Ce pays était un état autocratique. La volonté du roi s’était fortement reflétée dans sa politique.

Il y avait bien un Congrès du Peuple dans lequel tous les citoyens avaient le droit de voter pour ses représentants, mais c’était simplement un lieu où des « Suggestions » de lois et des politiques étaient discutés, et ces « Suggestions » étaient ensuite suggérées au roi par le Premier ministre. Pour le dire plus simplement, c’était une grosse boîte à idées, et la mise en application de ces idées dépendait entièrement du roi.

Cela dit, si le roi avait agi comme il le voulait, sans tenir compte de l’avis des autres, il aurait perdu l’amour que lui vouait son peuple et se verrait probablement déchu de son trône par les Trois Duchés...

En outre, lorsque le roi souhaitait prospecter du côté d’une politique différente, il pouvait toujours convoquer des conseillers autres que le Premier ministre pour l’aider lors de ses réflexions. Le roi s’entretenait alors avec ses conseillers, décidant ainsi si ses politiques seraient efficaces ou non. Le choix des conseillers était laissé au bon vouloir du roi. Il pouvait engager quiconque dans le royaume et autant qu’il le souhaitait.

En vérité, même avant de monter sur le trône (dans ce royaume, à partir du moment où l’on était un prince), un futur roi commençait à prospecter afin de rassembler des gens qui pourraient devenir de bons conseillers. Mais Souma, étant monté sur le trône si brusquement, n’en avait aucun.

« Des personnes qui peuvent me dire les choses que je veux savoir et qui travailleront durement aux tâches que je leur ai assignées. Voici le personnel dont j’aurais besoin. » Annonça-t-il.

« Je comprends parfaitement. Tous ceux qui se tiennent au-dessus des autres souhaitent avoir des subordonnés compétents. » Répondit Ludwin.

« Est-ce la même situation pour vous dans l’Armée Interdite ? » (Kazuya)

« Oui. La plupart des diplômés de l’Académie des Officiers demandent pour être assignés aux armées des Trois Duchés. Puisque, même si l’on nous appelle l’Armée Interdite, nous sommes uniquement la force de défense de la capitale. Ce n’est pas une affectation très populaire, n’est-ce pas, Princesse ? » (Ludwin)

« Et bien... je suppose que non. La plupart de mes camarades de promotion ont tous voulu aller dans les armées des Trois Ducs. » (Liscia)

J’étais pour ma part dans les forces terrestres, mais c’était uniquement parce que je ne pouvais pas rejoindre l’Armée Interdite, car elle existait pour protéger la famille royale.

« Et maintenant, c’est la situation actuelle. Ces jours-ci, l’Armée Interdite contient beaucoup d’inadéquations et d’excentriques. Nous avons même un scientifique fou qui nous a été transféré de la Direction du Développement des Armes. » (Ludwin)

« Oh, cela ressemble à quelqu’un que je voudrais bien rencontrer ! » Annonça Souma.

En voyant l’enthousiasme de Souma, Sir Ludwin lui répondit : « Alors, je vous le présenterai dans peu de temps. »

Il rigolait ironiquement de cela.

Après cela, nous avons tenu quelques petites conversations pendant un certain temps tout en mangeant, puis finalement, nous quittâmes la compagnie de Sir Ludwin.

Quand je serai de retour dans ma chambre, j’enverrai une autre lettre encourageant le Duc Carmine à rencontrer Souma au plus vite, pensai-je.

◇◇◇

« Nous souffrons vraiment d’un manque de personnes capable ! » Me plaignis-je.

« J-Je présume. » Me répondit Liscia.

J’essayais de persuader Liscia, mais elle avait l’air un peu déconcertée par mes propos.

Parce que j’avais énormément utilisé ma capacité, elle aurait au moins dû monter un peu plus de niveaux. Dernièrement, je pouvais l’utiliser sur quatre objets en même temps (effectivement, je pourrais faire le travail de cinq personnes), mais même avec cela, ce n’était que l’équivalent d’avoir une personne supplémentaire par rapport au départ.

Une personne qui manquait de connaissances ou de compétences que je n’avais pas non plus. Ce dont j’avais besoin, c’était des personnes ayant des connaissances que je n’avais pas.

— Et donc, j’avais décidé de les rassembler.

« Donc, étant donné cette situation, je pense que je vais utiliser le Joyau de Diffusion de la Voix. » (Kazuya)

« Le Joyau de Diffusion de la Voix ? » (Liscia)

Le Joyau de Diffusion de la Voix était un système pour la diffusion de la voix du roi dans toutes les régions du pays. Dans la salle du palais du Joyau, il y avait une gemme flottante qui devait avoir un diamètre d’environ deux mètres. On m’avait dit que la gemme était imprégnée de la magie des esprits de l’air, les sylphes et des esprits d’eau, les ondines. Il transmettait la voix du roi à tout le pays ainsi que dans les villes et si on le configurait spécifiquement, il pouvait même projeter les images d’une personne. Les rois du passé avaient apparemment utilisé le Joyau de Diffusion de la Voix pour dévoiler une nouvelle constitution nationale, ou pour déclarer la guerre à une autre nation, uniquement ce genre de chose.

« Je parie que vous serez le premier à l’utiliser pour rassembler des personnes capables, » Liscia me déclara, apparemment impressionnée.

Était-ce vraiment une idée si bizarre ? « Comment les rassemble-t-on normalement ? » Demandai-je.

« Grâce à des connexions personnelles, ou à la tenue d’examens écrits et à l’embauche de ceux qui passent. »

« Ces méthodes ne sont-elles pas trop biaisées ? Quel est le taux d’alphabétisation dans ce pays ? » (Kazuya)

« La moitié des gens peuvent lire, et trois dixièmes peuvent écrire. » (Liscia)

« Ce n’est pas bon du tout. Seulement trois dixièmes de la population peuvent donc passer les examens. » (Kazuya)

« Juste pour que vous le sachiez, c’est assez dans la moyenne dans ce monde... » Déclara-t-elle.

Hmm... Devinez ce qui se produit lorsque vous n’avez pas d’éducation obligatoire.

Je continuai mon point de vue en lui disant : « On peut apprendre à lire et à écrire. Certes, la qualité d’un candidat ne devrait pas être décidée par sa capacité à se permettre de prendre des leçons. Ce sont quand même sept dixièmes de la population. Combien de diamants peut-on envisager à tailler à partir de leur forme brute ? »

« ... Je ne peux rien dire contre ça, » Liscia déclara cela, semblant un peu honteuse.

Bien sûr, je suppose qu’elle n’est pas celle à qui j’ai besoin de le dire, hein ? Vraiment, ce pays doit être reconstruit à partir de ses fondations.

« Alors, quelles conditions allez-vous utiliser lors de cet appel ? » Demanda-t-elle.

« Je cherche encore la formulation exacte. Bien sûr, j’ai l’intention d’emprunter les mots d’un grand homme que j’admire. » (Kazuya)

« Un grand homme ? » (Liscia)

« Oui. Un héros rusé dans un pays troublé. » (Kazuya)

◇◇◇

« Si vous avez un don, je le mettrai à l’emploi ! » (Kazuya)

Aussi bien dans la capitale, les citées, les villes et les villages, la voix de Souma fit écho.

Dans la capitale, les citées, et même les grandes villes, l’image de Souma avait également été projetée. Les récepteurs se trouvaient toujours au centre de larges places. Ils libéraient un brouillard dans l’air, puis utilisaient la réfraction de la lumière pour recréer la scène qui se déroulait à l’intérieur de la salle du Joyau.

Pour le mettre en termes modernes, ils recevaient un flux vidéo du lieu du tournage et le projetaient en direct sur un écran de brouillard. La qualité était comme granuleuse, mais les gens étaient ravis d’avoir leur premier aperçu de leur nouveau roi.

Certains ont été déconcertés par sa jeunesse, d’autres par son apparence emplie de simplicité. La faute de tout cela venait surtout de Souma, qui avait jugé trop gênant de porter la tenue formelle ou même de porter sa couronne.

En voyant la princesse Liscia debout à ses côtés sans avoir l’air particulièrement tendue, la population fut ainsi rassurée. Bien qu’elle ait entendu dire qu’il n’avait pas obligé le roi à abdiquer et n’avait donc pas usurpé le trône, jusqu’à ce que les habitants du royaume ne le voient pas pour eux-mêmes, ils avaient gardé une certaine incertitude au plus profond de leur cœur. Surtout que, vis-à-vis de la princesse Liscia, dont la beauté si digne en avait fait une idole pour le peuple, certains avaient exprimé leur inquiétude pour son bien-être.

Alors qu’ils vaquaient à leurs occupations, le discours de Souma continua.

« Notre pays est confronté à une crise de proportions jusqu’alors inédites ! Le problème de la crise alimentaire, ainsi que le ralentissement économique qui en découle et l’afflux de réfugiés provenant des terres saisies par le Seigneur-Démon... Déjà, l’un de ces problèmes serait déjà une grave difficulté qui menacerait ce pays. Pourtant, il n’y a pas que cela face à nous ! L’Empire a élargi son influence, et certains de nos voisins nous regardent avec impatience, prêts à bondir ! L’ancien roi, reconnaissant que cette situation était hors sa portée, a confié ce pays à une humble personne telle que moi. » (Kazuya)

Après quelques secondes, Souma poursuivit.

« Reconnaître ce qu’on ne peut pas faire, et donner sa place à celui qui peut le faire. Même quand on sait que ceci est le bon choix, ce n’est jamais un choix facile à faire. En y pensant, en temps de paix, l’ancien roi aurait eu la capacité d’être un grand chef. » (Kazuya)

Pendant un moment, la princesse Liscia pensa : "Cela lui donne beaucoup de crédits..." avec un sourire amer, mais personne ne le remarqua.

« Cependant, nous nous trouvons en une période troublée ! Dans une telle période de turbulences, nous ne cherchons pas que notre dirigeant soit une personne aux saintes vertus. Mais plutôt quelqu’un qui sera prêt à se salir les mains, disposé à faire obstinément ce qu’il faut faire pour survivre. Et non pas, un souverain qui est au-dessus de la moyenne en toutes choses, mais un souverain qui ne renonce pas à sa survie, et sur ce point j’excelle au-delà de tous les autres. Parce qu’en fin de compte, c’est ce qui protégera vos familles et vos moyens de subsistance ! C’est pourquoi l’ancien roi m’a confié ce pays ! Je suis tenace, et sur ce point je suis bien supérieur à l’ancien roi. » (Kazuya)

« À l’heure actuelle, je suis en train de lancer de nombreuses réformes. Cependant, nous sommes confrontés à un manque accablant de personnes capables d’aider à leurs mises en œuvre. Ainsi, je lance un appel aux talentueux se trouvant parmi vous. Je vous le dis à nouveau : si vous avez un don, je le mettrai à l’emploi ! » (Kazuya)

« Dans ces temps de confusions, ceux dont nous avons besoin ne sont pas ceux qui sont moyennement meilleurs que d’autres. Ce sont ceux qui, par leur capacité, se tiennent au sommet de tous les autres. Ce n’est pas la forme que le don prend qui est importante. Et ce n’est pas grave si vous n’avez pas des qualifications au-delà de ce don. S’il y a une chose à propos de laquelle vous avez la fierté de dire, "Je suis meilleur que quiconque à ce sujet," alors, venez devant moi me le présenter ! » (Kazuya)

« Éducation, âge, classe, origine, race, genre. Rien de tout cela ne me concerne. Que vous puissiez ou non lire, faire de l’arithmétique, avoir de l’argent, avoir un corps sain, être beau ou moche, ou avoir une égratignure sur votre tibia, ça n’a pas d’importance ! Si vous pouvez penser, "Je suis meilleur que quiconque à ce sujet, à cette seule chose, où je ne perdrai face à aucune autre personne dans le pays," alors, montrez-vous devant moi ! Si je décide que votre don est quelque chose dont le pays a besoin, vous serez accueillis comme un de mes conseillers personnels ! » (Kazuya)

Le discours passionné du nouveau roi brillait aux yeux de la population.

Comme ils l’avaient tous écouté, ils devaient tous être en train de se tordre les méninges pour trouver quelque chose où ils étaient plus doués que les autres. Mais en même temps, cependant, s’ils trouvaient quelque chose, la plupart d’eux penseraient qu’ils ne seraient pas embauchés si cela n’était pas utile d’une manière ou d’une autre. Quand ce sentiment de résignation serait établi, il deviendrait un barrage bloquant le flot d’enthousiasme qui résultait de son discours passionné.

Le roi cherchait des personnes capables qui pouvaient résoudre les problèmes de ce pays. Tout le monde avait du mal à imaginer que leurs propres dons seraient utiles au pays.

« Je suis sûr que parmi vous, certains sont hésitants à croire que leurs dons peuvent être utiles. » Souma déclara cela, comme s’il était conscient de l’hésitation du peuple.

« Cependant, ce n’est pas quelque chose que vous pouvez décider par vous-même ! Moi, le roi, déciderai si le pays a besoin de votre don ! Je ne me soucie pas si d’autres refusent votre don en disant qu’il est sans valeur ! Je serai le seul juge ! Donc, n’hésitez pas ! Venez et dévoilez votre don devant moi ! » (Kazuya)

Souma s’arrêta pour respirer et pour se calmer.

« Si vous êtes encore hésitant, alors voici ce que nous allons faire. Si votre don est prouvé sans comparaison dans ce pays, alors au nom du Royaume d’Elfrieden, je vous délivrerai un Certificat de Possession d’un Don Hors Pair et vous recevrez un prix en espèces sonnantes et trébuchantes. Alors, comment est-ce avec un peu plus de motivation ? » (Kazuya)

L’image de Souma leva son poing en l’air.

À ce moment-là, une grande émotion fut ressentie à travers tout le pays, dans chaque ville qui valait la peine d’être appelée une ville.

Le barrage dans le cœur des gens venait d’été brisé. C’était aussi la même chose dans la capitale.

« Oh... ! Je peux entendre les acclamations dans la ville du château depuis ici. Heureux que vous soyez tous excités, » Souma annonça cela, en entrant dans un discours un peu plus décontracté.

Debout à ses côtés, Liscia voulait tenir sa tête entre ses mains, mais personne ne semblait être du même avis.

Puis Souma continua : « Vous pouvez vous proposer ou quelqu’un d’autre peut le faire. Si la nomination est faite pour quelqu’un d’autre, les trois dixièmes du prix iront pour le candidat, et le restant ira, à la personne qui l’a amené. S’il y a des gens qui refusent de le faire et qui jouent à l’ermite quand ce pays est en pleine crise, je veux que vous alliez les chercher et que vous le fassiez venir ici. En outre, pour des dons comme "je suis plus fort que d’autres" ou "Je suis meilleur en chant", donc là où il y a une possibilité pour faire une compétition, nous mettrons les candidats en concurrences pour choisir un unique représentant pour ce don. Alors, soyez prêt pour cela. Maintenant... Je pense que j’ai dit tout ce dont j’avais besoin. »

Enfin, Souma coupa sa diffusion du Joyau de Diffusion de la Voix avec les mots suivants : « Maintenant, oh porteurs de don, venez me serrer la main dans la capitale, Parnam. »

Liscia le regarda avec rage après la diffusion. « C’était quoi cette dernière ligne ? » Demanda-t-elle.

« C’était juste une phrase dite dans le feu de l’action. » Déclara Souma avec le sourire.

Elle se demanda :

Maintenant, comment les gens réagiront-ils ? Est-ce qu’ils vont vraiment venir ? J’espère que beaucoup de personnes viendront.

◇◇◇

Notes

  • 1 Référence à une citation française souvent attribué à tort à Marie Antoinette.

☆☆☆

Partie 2

Dans l’histoire, il a toujours existé des scènes qui étaient aisément dramatisées par les générations ultérieures. Mais pour que cela arrive, il fallait certaines conditions :

Tout d’abord, l’événement devait se produire au cours du passage d’une époque à une autre.

Deuxièmement, il fallait qu’une personne possédant un certain talent soit au centre de cette scène, pour ainsi pouvoir la mettre en valeur.

Voici donc les deux conditions requises.

Dans la Période de Sengoku, ceci serait certainement la scène où Oda Nobunaga jouait avec Atsumori, une scène du théâtre juste avant la bataille d’Okehazama.

Dans la Romance des Trois Royaumes, ce serait la scène où Liu Bei recrutait Zhuge Liang après avoir effectué personnellement trois visites.

Dans l’Histoire Romaine, ce serait, sans aucun doute, la scène où César déclara "Le sort en est jeté.", alors qu’il traversait le Rubicon.

Alors, si l’on devait se demander quelle serait la scène qui aurait été le plus souvent dramatisée dans les années ultérieures, à suite de l’époque où le roi avait abdiqué et que le trône avait été donné au nouveau roi Souma, la réponse serait probablement ce rassemblement de personnes possédant un don.

Devant Souma, qui avait cherché tous ceux ayant des dons. Cinq jeunes doués furent ainsi convoqués. Parmi eux, le roi en accueillerait un seul avec une joie sans réserve.

Du point de vue de Souma, ce fut l’une de ses plus grandes réalisations. Du point de vue d’une autre personne présente, ce sera le moment décisif dans l’histoire de sa vie qui devint comme dans le conte de fées raconté dans l’histoire de Cendrillon. Et du point de vue de "Celui qui regardait cette scène à travers des yeux différents de ceux des autres", tout cela était pour devenir, "le tournant d’une nouvelle ère".

Oui. Dans cette scène, il y avait, bel et bien, trois personnages principaux.

◇ ◇ ◇

Je m’étais inquiété de combien de personnes répondraient à l’appel, mais la réponse fut bien supérieure à ce que j’avais prévu. N’ayant pas imposé de limites au type de dons, mais le fait d’avoir offert un prix en espèces avait certainement aidé.

Actuellement, la capitale étant remplie d’une énorme quantité de monde, et nous avions donc dû imposer des restrictions concernant le nombre de personnes autorisées à accéder, en même temps, au palais. La situation était tellement écrasante que les fonctionnaires, y compris Marx, avaient couru tout au long de cet événement, telle la queue d’une vache.

Et il me semblait que trop de gens s’étaient retrouvés ici, mais apparemment, depuis que j’avais fait une telle annonce, les masses s’étaient précipitées vers la capitale pour voir quel genre de personnes attireraient l’attention du roi.

Et quand les personnes bougeaient, les choses aussi bougeaient avec elles.

Les marchands qui avaient ressenti une opportunité commerciale s’étaient rassemblés pour s’installer à proximité de là, de sorte que la ville du château avait toute l’air d’un festival. C’était un coup de pouce inattendu pour notre économie, mais, en même temps, cela signifiait encore plus de travail pour les officiels locaux.

Maintenant, en ce qui concernait le recrutement, la réponse fut : elle fut aussi massive.

Une multitude de dons, certains immédiatement utiles, d’autres n’ayant, à première vue, aucune utilisation apparente, était présentée devant la station de jugement. Là-bas, cinq officiels jugeaient si les dons des participants étaient uniques. S’ils étaient reconnus, des prix leurs étaient attribués, et cela, quel que soit le don. Liscia et moi étions dans une pièce séparée de là, lisant les rapports des juges et sélectionnant les personnes que nous aimions le plus.

Il y avait énormément de candidats, mais cela signifiait également une superposition considérable de leurs dons. La concurrence fut particulièrement féroce pour les dons tels que ceux du "Don pour les Arts Martiaux", "Don de Talent" et le "Don de la Beauté". Alors on décida d’en sélectionner qu’un seul dans chacune des catégories en utilisant un principe de compétitions qui furent installées sur d’autres sites.

Sur chacun de ces sites, nommés le "Tournoi pour le Meilleur du Royaume en Arts Martiaux", le "Tournoi pour le plus Talentueux du Royaume" et le "Grand Prix de la plus Jolie Fille d’Elfrieden", les spectateurs étaient très heureux de pouvoir observer les procédures de sélection.

... Au fait, après cet événement, à la demande de la guilde des marchands, ces tournois devinrent des événements annuels dans la capitale, Parnam, et attirèrent ainsi, chaque année, une foule de touristes venus spécialement là, pour les voir.

En outre, vis-à-vis du "Grand Concours de la plus Jolie Fille d’Elfrieden", des rumeurs se répandirent rapidement selon lesquelles, en réalité, le roi choisissait ses maîtresses lors de cet événement. En conséquence, tous les nobles qui voulaient lier leur propre lignée, à la famille royale, avaient envoyé leurs proches pour y participer, mais comme ce n’était pas pertinent pour le moment, je l’avais tout simplement laissée de côté. Cependant, un peu plus tard, lorsque Liscia avait entendu ces rumeurs, j’avais eu droit à des regards emplis de froideur pendant un bon moment...

*

Le processus de jugement avait initialement été planifié pour durer une journée, mais il dura finalement trois jours. Ceux possédant des dons qui m’avaient fait penser à "C’est bien ce que je cherchais !" avaient été amenés devant moi le quatrième jour.

J’étais assis sur le trône, avec Liscia debout à mes côtés. (Techniquement, alors même que nous étions fiancés, le mariage n’ayant pas encore eu lieu, il lui était donc interdit, à cause des lois du pays, de ne serait-ce que toucher le trône de la reine.) À un pas de nous, le Premier ministre, Marx, était placé à notre droite, tandis que le capitaine de la Garde Royale, Ludwin était à notre gauche.

Au fait, nous avions directement transporté le Joyau provenant de la salle de communications, dans la salle du trône et donc, cette scène était ainsi diffusée partout dans le royaume.

Cinq jeunes avaient été amenés devant nous :

L’une d’elles avait des cheveux argentés et des oreilles d’elfe. Une fille qui ressemblait énormément à un guerrier, avec des muscles qui se manifestaient à travers sa peau de couleur marron.

Le deuxième portait une robe noire qui couvrait l’intégralité de son corps. Un jeune homme mince affichant sur le visage, un regard quelque peu apathique.

La troisième présentait un air distingué, mais différent de Liscia. Une belle fille aux cheveux bleus avec, émanant d’elle, une aura de douceur se diffusant autour d’elle.

La quatrième possédait de petites oreilles de renard qui sortaient de sa tête, sans aucun doute, une fillette des campagnes d’environ dix ans.

Et, enfin, le dernier était un gros homme d’âge moyen, trempé de sueur.

« Votre Majesté. Les nombreux habitants doués de ce pays, qui ont daigné venir en réponse à votre convocation ont tous été inscrits dans ce grand livre. Les personnes ici présentes sont celles qui possèdent des dons particulièrement rares et utiles. » (Marx)

Alors que Marx avait annoncé ça, le gros homme se prosterna immédiatement devant moi, sautant littéralement dans les airs tel une sauterelle. La jolie fille aux cheveux bleus se prosterna elle aussi, mais tous ses mouvements étaient remplis de grâce, et la petite fille-renarde suivit maladroitement le mouvement. Le jeune homme en robe noire les regardait tous d’un air endormi, puis se prosterna en dernier, devant moi.

Quant à la dernière personne, l’elfe sombre, elle resta quant à elle debout. Toutes les personnes présentes dans les lieux en furent horriblement choquées.

« N’oubliez pas que vous êtes devant le Roi. Ne devriez-vous pas immédiatement, vous prosterner devant lui ? » Ludwin l’avait ainsi mise en garde d’une voix calme, mais emplie de force.

La fille aux oreilles d’elfe ne semblait pas s’en préoccuper le moins du monde. Et pour rajoutée à la scène dramatique qui se déroulait là, elle me regarda droit dans les yeux avant de déclarer cela :

« Je demande votre indulgence, car il s’agit d’une des coutumes ancestrales de ma tribu. Les guerriers de ma tribu ne baissent jamais la tête devant une autre personne que leur maître. Et, pour nous, les femmes de la tribu, ne pas baisser la tête devant quiconque, sauf votre mari, est la preuve de votre chasteté. » (elfe sombre)

« Malgré tout... » Ludwin voulut répliquer à cela.

« Ça ne me dérange pas. » Déclarai-je tout en tendant la main pour empêcher Ludwin de parler avec elle avant de continuer moi-même à annoncer. « Nous leur demandons d’aider le pays. Il n’est donc nullement nécessaire d’être aussi collet monté. »

« ... Si tel est votre souhait, Votre Majesté. » Déclara Ludwin, en abandonnant facilement son point de vue.

... Il a fait cela en sachant pertinemment ce qui se passerait ensuite. J’en suis sûr. Il a agi de manière à empêcher les gens de nous prendre à la légère, tout en montrant combien le roi est tolérant. C’est un acteur impressionnant. Dans ce cas, je devrai répondre aux attentes et jouer le roi tolérant. Pensai-je.

Je me levai alors de mon trône avant de me tourner vers eux.

« S’il vous plaît, ne vous prosternez pas devant moi. Comme c’est moi qui suis en position de vous demander une faveur, tout ceci ne sera pas nécessaire. Ne restez donc pas si cérémonieux. Allez-y et mettez-vous à l’aise. » (Kazuya)

Les quatre se relevèrent en réponse à mes mots, alors que moi, je regardai vers Marx, indiquant qu’il devait continuer.

Marx acquiesça, commençant juste après, à lire un rouleau de papier. « Nous allons maintenant annoncer les dons détenus par ces individus et effectuer l’attribution des prix ! Madame Aisha Udgard, elfe sombre de la Forêt Protégée par Dieu, avancez d’un pas ! »

« Oui. Monsieur ! » (Aisha)

Cette fois-ci, l’elfe obéit humblement.

Elle avait l’air d’avoir moins de vingt ans, mais j’avais entendu dire que les elfes sombres restaient jeunes pendant longtemps. Et donc leur apparence et leur âge ne correspondaient jamais. Elle avait une peau marron et une queue de cheval argentée qui lui convenait à merveille. Portant un plastron et des gantelets, elle était habillée comme un guerrier. Ses jambes minces donnaient un bref aperçu d’elles par la fente dans son tissu drapé à sa taille. Elles étaient modérément musclées et avaient l’air d’appartenir à quelqu’un en bonne santé.

Une elfe sombre, pensai-je. L’une des races minoritaires d’Elfrieden, c’est une race ayant des capacités de combat de haut niveau. Au lieu des villes, ils résident dans la Forêt Protégée par Dieu, nom donné à leur région forestière et bénéficient de l’autonomie en tant que protecteurs de cette forêt. Ils ont un fort sentiment d’unité raciale et rejettent instinctivement les étrangers... Hum !

Tout en agissant comme si rien ne sortait de l’ordinaire, je manipulai en même temps, dans une autre pièce du château, des gants que j’avais laissés là, imprégnés de ma conscience pour ainsi pouvoir feuilleter dans l’Encyclopédie pour Enfants d’Elfrieden (comme elle était destinée aux enfants, les paragraphes étaient courts, ce qui l’avait rendue indispensable lors de recherches rapides d’informations). Ceci m’avait permis d’y lire un article concernant les elfes sombres.

Les elfes sombres dans ce pays n’étaient pas des elfes déchus qui avaient perdu la bénédiction des dieux, comme on le verrait dans beaucoup de romans fantastiques. Il semblait que les elfes blonds à la peau pâle s’appelaient "Elfe Clair" et que les elfes à la peau brune et aux cheveux d’argent s’appelaient les "Elfes Sombres" pour ainsi pouvoir se distinguer entre les deux.

« Celle-ci s’est révélée remarquablement douée en capacités martiales. Elle a remporté, haut la main, la première place au Tournoi pour le Meilleur du Royaume en Arts Martiaux. Cette réussite montre à quel point, elle est vraiment apte à être appelée la plus grande combattante de ce royaume, et pour cela, nous la félicitons ! » Déclara Marx.

Hein ? Donc elle est la gagnante du tournoi d’arts martiaux. Elle doit être très solide dans ce cas. Pour ma part, il n’y avait qu’une chose qui me concernait. Alors je déclarai cela pour faire suite aux propos de Marx.

« Je fais appel à des personnes capables, qui aideront le royaume, mais est-ce que vous allez m’aider quand le moment sera venu ? J’ai lu que les elfes sombres étaient fidèles uniquement à leur propre espèce. » (Kazuya)

« ... Ce n’est plus une époque où nous pouvons survivre simplement en protégeant notre forêt. Si ce pays tombe, la forêt sera elle aussi menacée. Certaines personnes estiment que les elfes sombres doivent changer. Je suis l’une d’elles, » annonça-t-elle très clairement.

« Bien... Ceci est une déclaration plutôt libérale pour une race connue pour être plutôt conservatrice, » répondis-je.

« Oui, c’est vrai ! Je suis vue par certains comme une hérétique. Mais si nous ne faisons pas quelque chose... Roi Souma !? » (Aisha)

« Oui ? » (Kazuya)

« Je n’ai nul besoin de l’argent du prix. Au lieu de cela, je vous demande de me permettre de m’adresser directement à vous. » (Aisha)

La salle devint immédiatement en effervescence. Aisha essayait de faire un appel direct au roi. Même au Japon, faire ceci dans le passé aurait été considéré comme un crime capital. Et il semblait que ce pays ne soit pas si différent.

Les mains de Liscia et Ludwin allèrent directement se poser sur leurs épées, mais je leur intimai l’ordre de s’arrêter.

« Je vais vous le permettre. Dites ce que vous avez à me dire. » (Kazuya)

« Souma !? Ce n’est pas — ! » (Liscia)

« Elle était prête à risquer sa vie pour me dire quelque chose. Alors, en tant que le roi, je me dois de l’écouter. » (Kazuya)

« Merci beaucoup. Je vais dans ce cas parler. » Aisha bomba avec fierté son torse tout en continuant à parler.

« Récemment, nous avons subi un grand nombre d’incursions faites par d’autres races et cela, directement au sein de notre forêt sacrée. Ils récoltent des champignons et d’autres plantes sauvages comestibles, et ils chassent les bêtes de la forêt. Je comprends parfaitement que vous subissez actuellement une grave crise alimentaire. Cependant, si vous nous volez toutes la nourriture se trouvant dans notre forêt, nous serons ceux qui auront finalement faim ! Nous n’avons donc pas eu d’autre choix que de prendre les armes contre ces intrus. Même au moment où je vous parle, des affrontements se déroulent dans toute la forêt. Roi Souma, s’il vous plaît, réprimandez les contrevenants ! » (Aisha)

« Je comprends... » (Kazuya)

Fondamentalement, elle veut que j’interdise à la population qui n’a aucune nourriture et qui va donc chasser ou récolter des plantes sauvages dans la forêt. Lors d’une crise alimentaire, si vous allez dans une zone où la distribution était déjà limitée, alors la crise deviendra là-bas, encore plus grave. S’il y a une forêt à proximité contenant de nombreuses ressources, j’imagine que les gens du peuple y entreraient même si pour cela, ils doivent braver de nombreux dangers et cela même s’ils doivent subir les attaques directes des elfes sombres. (Kazuya)

« Bien sûr, vous aurez cela. En ce qui concerne la Forêt Protégée par Dieu, il existe déjà des lois limitant l’entrée, donc je ne peux pas créer de nouvelle interdiction, mais je veillerai à ce que l’aide alimentaire atteigne immédiatement les populations à proximité d’elle. Si, même après ça, il en reste encore qui ose entrer dans cette forêt, alors nous les reconnaîtrons officiellement comme étant des braconniers et nous les poursuivrons sans pitié. » (Kazuya)

« Merci beaucoup. Je vous en suis reconnaissante. » (Aisha)

À ces mots, au lieu de s’incliner, Aisha posa sa main sur sa poitrine et ferma les yeux. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un geste de gratitude ou simplement d’une position montrant un soulagement pour avoir accompli sa tâche.

« Pourtant, Aisha, le braconnage est un crime innommable, mais si nous nous tournons vers l’avenir, ne serait-il pas plus sage, de considérer le commerce avec ceux qui sont en dehors de la forêt ? N’y a-t-il pas des biens dans le monde extérieur qui attirent votre intérêt ? » Demandai-je.

« Eh bien... bien sûr que oui, mais... Nous n’avons aucune ressource ou bien pouvant être vendu à l’extérieur. » (Aisha)

« Hmm... Et qu’en est-il du bois ? N’êtes-vous pas obligé de procéder à des éclaircissements périodiques ? » (Kazuya)

Vivant dans une forêt, ils devaient avoir plus de bois qu’ils n’en avaient besoin. D’autre part, dans le monde extérieur, la demande étant très élevée, ceci devrait donc faire du bois, une marchandise facilement vendable. C’était ce que je pensais, mais...

« Des éclaircissements périodiques... De quoi s’agit-il ? » Demanda Aisha avec un regard si sérieux affiché sur son visage que je ne pus m’empêcher pendant un moment d’être stupéfait de sa question.

Hein !? Ne me dites pas que dans ce monde, ils ne font pas de défrichage périodique de la forêt ?

« Je parle de l’abattage périodique d’un nombre déterminé d’arbres afin de protéger la forêt... » (Kazuya)

Après l’avoir déclaré, je regardai Liscia, Marx et Ludwin, mais tous me répondirent d’un non de la tête. Apparemment, c’était la première fois qu’ils entendaient parler de cela. C’était aussi pareil pour Aisha.

« Pour protéger la forêt... Vous coupez des arbres ? » (Aisha)

« Bien sûr. Si vous laissez les arbres pousser, ils vont continuer à grossir. Leurs feuilles et branches vont donc s’étaler sur une grande surface. Et ainsi, si elles bloquent totalement la lumière du soleil, les jeunes arbres ne pourront pas pousser en dessous. En outre, si le nombre de ces vieux arbres augmente trop dans une même zone, cela aura une incidence directe sur leur durée de vie et donc vous finirez par n’avoir rien d’autre que de vieux arbres qui sont minces et fragiles, tout comme des germes de soja. Ce type de forêt peut facilement être détruit par la neige ou le vent. En plus, si le soleil n’atteint plus le sous-bois, tout va se dessécher. Et ceci va certainement faire que la terre va perdre progressivement sa capacité à absorber l’eau, ce qui peut être à l’origine de glissements de terrain. Tout ceci est de notoriété publique, n’est-ce pas ? » (Kazuya)

En regardant autour de moi, tout ce que je pouvais voir était une collection de figurines qui ne pouvait que secouer leurs têtes de gauche à droite.

Aisha se prosterna brusquement devant moi avant de proclamer : « Roi Souma... non ! Votre Majesté ! »

« Qu-Quoi !? » (Kazuya)

« Je vous supplie humblement de me pardonner pour ma grossièreté de tout à l’heure ! » (Aisha)

« Heu. Je ne me souciais pas vraiment de cela, mais... attendez un instant ! Est-il normal que vous baissiez ainsi la tête ? » (Kazuya)

« Ceci ne me dérange nullement ! Parce que, dès cet instant, je m’engage à vous servir loyalement pour le restant de ma vie ! » (Aisha)

Wow, wow, halte-là. Que se passe-t-il ici... ? Je crois que j’ai loupé un épisode. Pensai-je, totalement abasourdi par les événements.

« Utilisez ma vie comme vous le désirez ! Mon corps, mon cœur et ma chasteté, je vous offre tous cela ! Si vous me dites d’aller me battre, alors j’irai me battre sans peur ! Si vous me dites de vous aimer, alors je vous aimerai de tout mon cœur ! Si vous me dites de devenir votre concubine ou votre esclave, je le ferai sans aucune hésitation ! Si vous me dites de mourir, alors je me donnerai la mort à l’instant ! » (Aisha)

« D’où vient cette folle fidélité envers moi !? Qu’est-il arrivé dans ces dernières minutes !? » (Kazuya)

« Cependant, avant de m’ordonner de mourir, je vous demande de répondre à ma dernière requête ! » (Aisha)

« Hein !? Vous m’ignoriez on dirait !? Oui, vous m’avez totalement ignorée !? » (Kazuya)

« S’il vous plaît, dès que possible, venez dans la Forêt Protégée par Dieu ! » Puis une fois de plus, elle fit plaquer sa tête fermement contre le sol, rependant un *clack* dans la salle et par la même occasion, dans tout le royaume.

À ce stade, même Liscia était complètement décontenancée par la scène.

... Cette prosternation proche de l’automutilation est pratiquement une menace pour sa vie...

« D’accord, écoutons votre histoire. Fondamentalement, vous voulez m’emmener à la Forêt Protégée par Dieu, n’est-ce pas ? » Demandai-je.

« Oui, c’est très précisément ma demande. Et, une fois là-bas, veuillez nous apprendre cet "éclaircissement périodique" ! Ces dernières années, la forêt a fait face exactement aux problèmes que vous venez de décrire, Monseigneur ! Là où les arbres étaient devenus plus denses, ils sont devenus minces et peu résistants, les jeunes arbres ne poussent plus, l’eau est boueuse, et quand le vent ou les forts orages les traversent, ils tombent, laissant le terrain mis à nu. Avec vos mots, j’ai enfin pu comprendre la cause de tous nos maux ! » (Aisha)

« La Forêt Protégée par Dieu possède une histoire remontant à des milliers d’années, n’est-ce pas ? Avant cela, est-ce que jamais personne n’avait remarqué ? » Demandai-je, mais j’eus comme réaction que Liscia et Aisha hochèrent négativement et honteusement leur tête.

« Les arbres dans la forêt sont connus pour posséder une très longue espérance de vie. C’est pourquoi, jusqu’à maintenant, quand ils atteignaient la fin de leur cycle de vie, personne ne le remarquait. » Me répondit Aisha.

« C’est vrai... Mais ce n’est pas seulement leurs problèmes. Nous ne faisons pas d’éclaircissement périodique dans les montagnes d’Elfrieden, donc la situation peut être la même partout ! » Surenchérit Liscia.

« Eh bien, peu importe l’endroit, la forêt ne doit pas être trop dense si nous voulons qu’elle puisse bien se développer. Lorsque les vieux arbres tombent, de nouveau se développent. Même si une catastrophe naturelle oblitère totalement une forêt de soya, elle se régénérera en environ dix ans. La nature fonctionne après tout, selon des cycles de ce genre. » (Kazuya)

« Ne serait-ce pas dévastateur pour les elfes sombres se trouvant dans la Forêt Protégée par Dieu ? » Demanda Liscia.

... Je parie que c’est probablement le cas. Ils vivent, après tout, directement dans la forêt elle-même. Si la forêt venait à disparaître, nous aurions instantanément un nouveau groupe de réfugiés sur les bras. Je n’avais nul besoin de plus de réfugiés, alors je ferais mieux d’agir rapidement. Pensai-je.

« Je comprends. Gardons cela en tête pour que dans un avenir proche je me déplace personnellement dans la Forêt Protégée par Dieu. » (Kazuya)

« Ohhhh ! Merci beaucoup, Votre Majesté ! » Cria littéralement Aisha.

« Cependant, lorsque je viendrai, vous devrez permettre l’entrée d’autres personnes avec moi. Il semblerait que la gestion forestière soit une tâche nécessaire pour l’ensemble du pays. Je saisirais donc cette occasion pour organiser des cours sur la façon d’établir une industrie forestière. » (Kazuya)

« Comme vous le souhaitez, Monseigneur. » Me répondit Aisha.

« Parfait alors. Ludwin. » (Kazuya)

« Monseigneur. » (Ludwin)

« On dirait qu’elle souhaite me servir. Alors j’aimerais que vous voyiez ce qu’Aisha est capable de faire. Nous connaissons sa prouesse martiale en tant qu’individus, mais il reste à savoir si elle peut être une générale dirigeant toute une troupe. Ceci reste une question encore ouverte. Si elle en possède le potentiel, alors je ferai d’elle, un général dirigeant toute une armée. Sinon, je l’engagerai comme mon garde du corps personnel. » (Kazuya)

« Oui, Votre Majesté. Je comprends ! » (Ludwin)

Beaucoup plus tard, après l’avoir testée, Ludwin m’annonça : « Elle possède le potentiel pour être une générale tout à fait décente. Cependant, sa capacité en tant que combattant en solo est largement supérieure, et ce serait un gaspillage de l’utiliser en tant que simple général. »

C’était le type de soldat polyvalent comme Lu Bu [1]. Apparemment, c’était le genre de combattant qui pourrait agir en tant que général, mais qui pourrait également être envoyé seul pour faire des ravages au sein de l’ennemi. Dès lors, je garderais Aisha à mes côtés, en tant que mon garde du corps.

C’était la fin du tour d’Aisha, mais les choses étaient devenues quelque peu intenses avec la toute première personne. J’avais eu l’intention au départ de distribuer rapidement des prix et d’appeler toutes les autres personnes qui m’avaient l’air utiles...

S’il vous plaît, dites-moi que les quatre autres ne viendront pas tous avec autant de bagages, je l’espère ?

*

« Suivant. Monsieur Kwonmin Hakuya. Un pas en avant. » Proclama Marx.

« Oui, monsieur ! » (Kwonmin)

Comme son nom avait été appelé, le jeune homme à la robe noire s’avança tranquillement.

C’était un jeune homme d’environ vingt ans, portant une tenue distinctive qui ressemblait à la combinaison d’une soutane de pasteur et du kimono traditionnel d’un kannushi [2] et qu’on aurait ensuite teint la tenue résultante en noire. Ses cheveux, eux aussi noirs, touchant ses épaules lui donnaient l’air déprimé. Il était pâle et très mince, ressemblant plus à un type qui vit cloîtré à l’intérieur. Il agissait de manière apathique, mais ses yeux endormis étaient rivés sur moi.

« Cet homme, bien que sa recommandation provienne d’un autre, a démontré le don de la sagesse ! » M’annonça Marx avant de poursuivre. « Il a réussi à mémoriser toutes les lois de ce pays, et ses connaissances et sa mémoire sont sans pareil dans cette nation ! »

Je suppose que cela devait être comme si je pouvais réciter de mémoire, l’intégralité des Six Codes [3]. Oui, ce serait vraiment génial. Hein ! S’il est ici, pour donner suite à la recommandation de quelqu’un d’autre, alors cela devrait être le fait d’un de ces proches. Je me demande bien qui cela peut être. Mais voilà que quelque chose me revint en mémoire.

« ... Votre don est vraiment splendide. » Déclarai-je. « Si vous le souhaitez, je vous recommanderais pour un poste bureaucratique au Ministère de la Justice. Qu’en pensez-vous ? »

« Non, juste la récompense en argent sera déjà bien suffisante, » déclara immédiatement Hakuya, rejetant ma proposition de recommandation. « Je ne suis venu ici que parce que mon oncle, qui s’occupe de moi, m’a dit : "À ton âge, tu dois cesser de ne rien faire, à part lire des livres et donc, tu dois aller faire quelque chose d’utile pour la société" et il a envoyé la demande sans me le demander, alors je ne souhaite nullement une récompense trop excessive. »

« Ces livres que vous mentionnez, sont-ils tous liés aux lois ? » Demandai-je.

« Non. Je ne me concentre pas sur un genre spécifique. Droit, littérature, manuels techniques, j’ai lu à propos de n’importe quel sujet. » (Kwonmin)

« Je vois ! » (Kazuya)

Je me demande pourquoi. Mais il y a quelque chose qui me dérange actuellement.

« Hmm... Dans ce cas, que diriez-vous de devenir le bibliothécaire pour les archives de ce palais ? » Demandai-je avant de poursuivre. « Il y a probablement là-dedans des livres que vous ne trouverez jamais sur le marché public, et avec votre autorité en tant que bibliothécaire, vous seriez capable de tous les lire. »

« Oh, ça a l’air intéressant. Si c’est le cas, alors, permettez-moi de le faire. » (Kwonmin)

Enfin, quelque chose que je pourrais reconnaître comme étant une expression heureuse avait traversé le visage d’Hakuya. Il semblait satisfait.

Saisir toutes les opportunités. Pensai-je. C’était probablement mieux pour moi de garder une carte intéressante comme lui dans ma main que de le laisser partir.

*

« Suivant. Madame Doma Juna. Un pas en avant. » (Marx)

« Oui, monsieur. » (Doma)

Changeant de place avec Hakuya, une très jolie fille aux cheveux bleus s’avança.

Elle avait l’air d’avoir le même âge que moi, dix-neuf ans, mais l’aura qu’elle dégageait autour d’elle, rendait cette femme bien plus mature que son âge réel. Avec ses cheveux duveteux derrière elle, elle était la photo de la beauté alors qu’elle baissa légèrement la tête. Alors que ses vêtements n’étaient pas très révélateurs, la moitié supérieure ressemblait à un dirndl [4] des Alpes, tandis que le bas était transparent et lui montrait clairement les jambes, comme vous pourriez le voir dans un sari [5] d’une danseuse indienne. Le pourtour de ses hanches était enveloppé dans un vêtement à franges.

Si je n’avais pas senti le regard perçant provenant de Liscia, j’aurais facilement pu admirer cette beauté pendant une heure entière.

« Oui. Je n’ai pas oublié mon travail, alors cessez de me foudroyer du regard. » Murmurai-je.

« Je n’ai rien fait de telle... » Répondit Liscia, montrant clairement sa colère.

Marx toussa, puis s’éclaircit la gorge avant de déclarer. « Monseigneur, cette demoiselle a démontré qu’elle était dotée d’une rare beauté et d’une capacité de chanteuse ô combien impressionnante. Avec ces dons, elle a pris la couronne de deux compétitions. Le "Grand Prix de la plus Jolie Fille d’Elfrieden" grâce à sa beauté, et le "Tournoi pour le plus Talentueux du Royaume" avec son chant. En vérité, elle est la plus belle chanteuse de cette génération. »

Une double couronnée !? C’est très impressionnant !

« Parfois, les cieux donnent deux dons, semble-t-il, » déclarai-je.

« Vous êtes bien trop gentil, » me répondit Juna, calmement et avec élégance à mes louanges quelque peu impressionnées, avant de continuer à parler. « J’ai entendu dire que la famille Doma est descendue des Loreleis. Le chant est dans mon sang. »

Loreleis. Ce sont bien des monstres marins qui utilisent leur beauté et leurs chansons pour mener les marins à leur malheur, n’est-ce pas ? Certes, sa beauté et ces cheveux bleus qui se répandaient autour d’elle me faisaient tellement penser aux Loreleis. Et c’est alors que je lui demandai : « J’aimerais beaucoup vous entendre chanter. »

Genjitsushugisha no Oukokukaizouki_Volume 01 03 Présentation de mademoiselle Juna Doma.

« Si vous le souhaitez, alors je le ferais. » (Doma)

« Bien entendu, cette scène est actuellement diffusée tout autour d’Elfrieden grâce à ce joyau. Pourriez-vous chanter une petite chanson pour animer le cœur de nos compatriotes ? » (Kazuya)

« Une chanson pour les encourager ? » Juna sembla troublée en demandant cela. « La plupart des chansons de Lorelei qui ont été transmises dans ma famille sont de belles chansons d’amour, comprenez-vous... »

« Ohh ! S’il y a une règle ou quelque chose comme çà, qui vous empêche de chanter, alors, ce n’est pas grave. » (Kazuya)

« Non, c’est juste que je ne connais rien d’autre. Si je pouvais en entendre une autre, alors je pourrais cependant tout de suite, l’apprendre. » (Doma)

« Hmm... Ha, et à propos de ça, alors ? » (Kazuya)

Je sortis donc mon téléphone intelligent. C’était l’une des rares choses que j’avais eues sur moi lorsque j’avais été convoqué en ce monde. J’ouvris mon dossier contenant des musiques, je choisis alors une chanson, la première chanson qui m’intéressait, puis j’allai à côté de Juna et lui plaçai les écouteurs sur ses oreilles.

« Qu’est-ce que cela pourrait être ? » Me demanda Doma, surprise.

« C’est quelque chose comme une machine qui est capable de jouer de la musique. Quoi qu’il en soit, je vais l’activer, alors écoutez, maintenant. » (Kazuya)

Les yeux de Juna s’élargirent.

Au moment où j’appuyai sur le bouton, le corps de Juna frémit. Elle semblait perplexe au début, mais elle s’habitua rapidement, comme si son corps capturait progressivement le rythme. Ensuite, cinq minutes plus tard, elle enleva les écouteurs.

« Je l’ai mémorisée. » (Doma)

« Déjà ? Vous pouvez vraiment la mémoriser après seulement l’avoir entendue une seule fois ? » (Kazuya)

« Oui. Maintenant, permettez-moi de la chanter pour vous. » (Doma)

Je suis ainsi retourné à mon trône et elle commença alors à chanter.

La chanson était de Masashi Sada [6] "Ganbaranba". Cette chanson joyeuse, qui avait même un Minna no Uta [7] en version courte était différente des autres chanson, à cause de l’utilisation du rap dans le dialecte de Nagasaki, mélangé avec une chanson pour enfants provenant de Kyushu "Denderaryuba". Mon grand-père était un fan de celle-ci, et donc je l’ai toujours écoutée avec lui.

Pourtant, je fus impressionné par cette Lorelei. Elle avait même réussi à chanter les parties de rap dans le dialecte de Nagasaki. C’était complètement incompréhensible pour les gens de la région de Kanto, mais elle les a chantées sans aucun problème.

Soit dit en passant, Liscia m’annonça plus tard qu’elle n’avait pas compris les paroles. Je pouvais comprendre la langue que les personnes de ce pays utilisaient, et quant à eux. Ils pouvaient comprendre mon japonais. Il semblait que c’était une partie de mon pouvoir en tant que héros. Je pouvais même écrire dans la langue du monde. Ce que j’essayai d’écrire dans ma tête était traduit dans la langue d’ici.

Ainsi, le japonais (dans le dialecte de Nagasaki) qui était sorti de la bouche de Juna était dans une langue inconnu pour les gens de ce pays. Pourtant, même sans connaître les mots, si une chanson était bonne, alors vous pouviez toujours l’apprécier. Tout le monde écouta alors cette mélodie accrocheuse et l’apprécia.

Quelques minutes plus tard, au milieu d’un tonnerre d’applaudissements, Juna acheva sa chanson puis s’inclina.

« C’était une chanson amusante. Je vous en remercie. » (Doma)

« Non, c’est moi qui vous remercie, » lui dis-je. « Votre façon de chanter était vraiment merveilleuse. »

« Si possible, j’espère que vous pourrez m’apprendre plus de chansons de votre pays, Votre Majesté. » (Doma)

« Oui, j’aimerais beaucoup que vous les chantiez. ... Ho, je sais ! Nous espérons pouvoir augmenter le nombre de joyaux à travers le pays, mais même si cela n’était pas possible, nous pourrions éventuellement convertir la salle du Joyau en un studio d’enregistrement afin que les gens puissent entendre vos chansons depuis n’importe où et en tout temps. » (Kazuya)

« Oh mon Dieu ! Ce serait comme un rêve devenu réalité, Monseigneur. » Juna portait sur son visage, un sourire de sincère bonheur. C’était un sourire si merveilleux.

« Je compte sur vous quand le moment viendra, » déclarai-je. « Vous avez, aujourd’hui, fait un excellent travail. »

Juna recula ensuite pour ainsi laisser la place à la suivante. C’était le tour de la petite fille-renarde.

« Suivante. Madame Inui Tomoe, de la mystérieuse race des hommes-loups. Un pas en avant. » (Marx)

« O-Oui ! » (Inui)

Notes

  • 1  Lu Bu : Nom d’un seigneur de guerres très connu, car il était considéré comme invincible lors des batailles et aussi connu pour avoir perpétré de nombreuses victimes dans les rangs ennemis, montés sur son cheval fétiche. Soit dit en passant, aussi connu pour ces nombreuses trahisons et meurtres de deux pères adoptifs.
  • 2  Kannushi : Un kannushi (神主« maître dieu »?, prononcé kamunushi à l’origine), aussi appelé shinshoku (神職?), est la personne responsable de l’entretien d’un sanctuaire shinto (Jinja) ainsi que du culte d’un kami donné
  • 3  Six Codes : Fais référence aux 6 codes juridiques constituant le cœur du code juridique au Japon, Corée du Nord et Taïwan. (Constitution, Code civil, Code de procédure civile, Code criminel, Code de procédure pénale et Code de commerce)
  • 4  Dirndl : Le dirndl est une robe typique basée sur le vêtement traditionnel des paysannes des Alpes. Elle est portée dans plusieurs pays voisins : le sud de l’Allemagne (particulièrement en Bavière), l’Autriche, la Suisse et le nord de l’Italie (Tyrol du Sud).
  • 5  Sari : Le sari est un des vêtements traditionnels portés par des millions de femmes en Asie du Sud (Inde, Népal, Bangladesh...)
  • 6 Masashi Sada : C’est un compositeur, chanteur, écrivain, acteur et producteur de film japonais.
  • 7  Minna no Uta (みんなのうた?), littéralement « Chansons pour chacun », est un programme radio/télévisé de cinq minutes de la NHK diffusée plusieurs fois par jour depuis 1961 au Japon. Son programme est généralement utilisé comme moyen de remplissage à la fin des programmes de la télévision ordinaire. Bien que plusieurs des épisodes visent les enfants, un grand pourcentage est destiné pour un plus large public.

☆☆☆

Partie 3

La voix brisée, la jeune fille aux oreilles d’animaux qui avait l’air d’avoir environ dix ans s’avança vers moi avec son bras droit en mouvement en même temps que sa jambe droite.

La race des hommes-loups mystiques... Pensai-je. Je suppose que ce ne sont pas des oreilles de renard, mais plutôt des oreilles de loup.

Elle était adorable avec sa peau bronzée et ses jolis petits yeux ronds. Les vêtements qu’elle portait étaient cependant quelque peu misérables. Ils étaient déchirés à différents endroits, et peut-être parce qu’elle était tendue par la situation, sa queue moelleuse qui s’écartait de sa croupe était dressée toute droite.

Oui, je veux la croquer.

« Si jeune qu’elle soit, celle-ci possède le don exceptionnellement rare de pouvoir parler aux animaux et aux bêtes. Lorsque nous l’avons amenée aux écuries, elle a réussi à tout nous dire, de l’état actuel de santé des chevaux, à leur histoire. Selon elle, les chevaux lui ont raconté toutes ces choses. En vérité, il s’agit d’une capacité divine. » (Marx)

Le don de parler aux animaux, hein ? On dirait que nous avons une étonnante petite bête devant nos yeux.

Alors que je pensais à cela, à côté de moi, Liscia murmurait discrètement, « Le pays des hommes-loups mystiques est loin vers le Nord. Il ne devrait pas en avoir dans ce pays. »

« ... Une réfugiée donc... » murmurai-je. Ha, cela expliquerait que ces vêtements soient dans un tel état, n’est-ce pas ?

Avec l’expansion du Domaine du Seigneur-Démon, un certain nombre de pays et de villages avaient été détruits. Ceux qui avaient perdu leurs terres avaient fui vers le Sud, devenant ainsi des réfugiés dans d’autres pays, et ils commençaient à mettre sous pression l’économie des pays qui les accueillaient. Les différentes nations les avaient donc traités de différentes manières. Certains les ont activement intégrés, tandis que d’autres avaient tout mis en œuvre pour les expulser. Cela dit, même quand il s’agissait des pays qui les avaient acceptés ouvertement, la plupart les obligeaient à travailler dans les mines ou les envoyaient en tant que main-d’œuvre supplémentaire pour lutter contre les démons, de sorte que ces deux types de pays étaient pour l’accueil du maximum de réfugiés.

Même dans mon royaume, les camps de réfugiés avaient commencé à prospérer partout à l’extérieur de la capitale. En ce moment, la décision sur ce qu’il fallait faire avec eux était toujours "En Attente". Si nous aidions les réfugiés alors même que nous n’avions même pas assez de nourriture pour nourrir notre propre peuple, les émeutes pourraient bien éclater. Si nous les expulsions ou les contraignions dans des travaux laborieux, nous devrions alors faire face au ressentiment des réfugiés. Et donc, s’ils se cachaient et devenaient des terroristes, ce serait terrible pour tout le royaume. Dans l’état actuel des choses, ils avaient provoqué une baisse de la sécurité publique, mais nous n’avions pas d’autre choix que de maintenir le statu quo.

Afin de pouvoir aider les autres, nous devons d’abord être dans un bon moment pour pouvoir aider, pensai-je.

« J’ai dit s’ils avaient un don, je l’utiliserais, et je n’ai pas l’intention de rompre ces paroles, » prononçai-je cela à voix haute. « Si elle possède un don, peu m’importe si elle est une étrangère ou une réfugiée. Nous ne sommes après tout, pas en mesure d’être trop regardant sur ce sujet. »

« Vous avez raison. » (Liscia)

Après avoir dit cela, la jeune fille qui venait d’être présentée ouvrit avec beaucoup hésitation, sa bouche pour me parler.

« Heu... Heu... Roi Souma... » (Inui)

« Hm ? Qu’est-ce qu’il y a ? » (Kazuya)

« Heu... Et bien... Heu, moi aussi... j’ai quelque chose que je voudrais dire... » (Inui)

Parce qu’elle était extrêmement tendue, elle parla comme si elle forçait les mots à sortir de sa petite bouche. Il était donc difficile de comprendre ce qu’elle disait.

« Avez-vous quelque chose que vous vouliez me dire ? Ça ne me dérange pas. Dans ce cas, allez-y et parlez-moi. » (Kazuya)

« O-Oui... Um...Actuellement... » (Inui)

« Hm ? Quoi ? Vous devriez parler plus fort, ou je ne pourrai pas vous entendre... » (Kazuya)

« Heu... Je... » (Inui)

Tomoe avait des larmes aux yeux. Elle était encore assez jeune pour être appelée une fillette, alors c’était douloureux de la voir avec un tel visage.

« ... Je comprends. Je vais venir à côté de vous, alors vous devriez arrêter de pleurer, » lui dis-je très doucement.

« Merci... » (Inui)

Je me dirigeai alors à côté de la jeune fille et m’accroupis devant elle, plaçant ainsi mon oreille juste en face de sa bouche. Ludwin, en tant que responsable de ma protection personnelle avait, sur son visage, un regard de désapprobation, mais je l’ignorai tout simplement.

« Maintenant, je devrais pouvoir vous entendre, » dis-je doucement. « Dites ce que vous voulez. »

« Oui. En vérité... » (Inui)

Ce qu’elle me murmura par la suite me fit douter de mes oreilles. Je me levai alors puis regardai le visage de Tomoe.

« ... Êtes-vous certaine de ça ? » (Kazuya)

« O-Oui. » (Inui)

« L’avez-vous déjà dit à quelqu’un d’autre ? » (Kazuya)

« N-Non... Personne, sauf ma maman... » (Inui)

« Je vois... » (Kazuya)

Je poussai alors un profond soupir. C’était à moitié du soulagement et à moitié de l’inquiétude quand je pensais à ce qui allait arriver, à la suite à cette révélation. C’était bien plus qu’un don rare. Cette fillette avait le potentiel d’être une "bombe" pour ce monde.

... Calme-toi. Prends de grandes respirations. Ne laisse personne remarquer à quel point tu es agité.

« Wow... Je suis quelque peu épuisé. J’aimerais faire une petite pause maintenant. » (Kazuya)

« Souma !? » (Liscia)

Après que j’annonçais cela tout en regardant autour de moi, Liscia me regarda avec douceur. Les autres avaient eu la même réaction, mais je les ignorai, haussant la voix.

« Je voudrais maintenant prendre une pause d’une trentaine de minutes. La présentation des récompenses pour ces deux, cette fille incluse, aura lieu après cela. Mademoiselle Juna ? » (Liscia)

« Qu'y a-t-il, Monseigneur ? » (Juna)

Après que j’ai appelé son nom, la belle musicienne lorelei avança vers moi.

« À l’heure actuelle, tous nos compatriotes nous regardent à l’aide du Joyau de Diffusion. Cela me dérangerait de faire attendre toutes ces personnes alors que je prends une pause. Alors, pourrais-je vous demander de les divertir à l’aide de vos chants pendant environ une demi-heure ? » (Kazuya)

« Bien sûr, Monseigneur ! Nos chansons sont la fierté de ma famille. Je vais chanter de tout mon cœur. » (Juna)

À la suite à ces mots, Juna fit une élégante révérence.

Nos yeux se rencontrèrent à cet instant. Ces yeux me donnèrent l’impression qu’ils me jaugeaient. Il y a une raison à tout cela, n’est-ce pas ? Mais, même si elle avait choisi de ne pas le demander, elle a fait comme je le lui avais répondu.

Même sans sa beauté et son chant, je voudrais avoir une personne attentionnée comme elle parmi mes subordonnés.

Alors que Juna m’avait permis de gagner du temps, je rassemblai dans le bureau des affaires gouvernementales, tous ceux dont je pouvais avoir confiance. Cela comprenait en plus de moi, Liscia, Marx, Ludwin et Tomoe. C’était tout. Quant à Aisha, qui ne voulait plus être séparée de moi maintenant qu’elle m’avait juré sa loyauté, je l’avais laissée debout devant la porte pour ainsi m’assurer que personne n’écouterait.

« Est-ce que toutes ces précautions sont-elles vraiment nécessaires ? » Me demanda Liscia, avec stupeur. Ce à quoi, je lui répondis simplement, en hochant la tête.

« Nous sommes dans une situation très critique. Est-ce que quelqu’un a entendu ce que Tomoe m’a dit un peu plus tôt ? » Vérifiai-je auprès des trois autres personnes, mais tous secouèrent négativement la tête.

« ... Je n’ai rien entendu. Sa voix était tellement faible... » (Liscia)

« Moi non plus. » (Ludwin)

« Moi de même ! » (Marx)

« ... Alors, y a-t-il un risque que les gens l’aient entendu au moyen du Joyau de Diffusion de la Voix ? » (Kazuya)

« Non, ceci devrait probablement être correct, » annonça Liscia « Il n’est pas aussi sensible. »

Dès que j’entendis ça, je sentis comme si un poids imposant avait été enlevé de mes épaules.

« Est-ce si grave ? » Me demanda-t-elle.

« Malheureusement, oui ! C’est littéralement une nouvelle information qui fera l’effet d’une bombe. » (Kazuya)

Le regard de chacun s’était alors dirigé sur Tomoe, l’amenant encore plus, à se replier sur elle même. Je pensais qu’il serait difficile de la faire parler, alors j’avais décidé de répondre en son nom.

« Elle peut converser avec des animaux. Vous avez tous entendu ça, n’est-ce pas ? » (Kazuya)

« Oui. C’est un don incroyable, n’est-ce pas ? » (Liscia)

« Apparemment, elle a déjà utilisé ce pouvoir pour parler avec un démon. » (Kazuya)

Au moment où je lâchai cette information, l’atmosphère dans la pièce devint instantanément glacée. Tout le monde devint sans voix, tous bougeant simplement leur bouche, tels de gros poissons rouges. Avant d’entrer dans les détails concernant cette affaire, il y avait certaines choses que vous devez d’abord connaître.

De ce que les habitants de ce monde pensaient quand ils parlaient de démons ou de monstres et de ce que je pensais savoir après avoir entendu les habitants de ce monde parler de démons ou de monstres. Ces deux visions étaient sans aucun doute légèrement différentes. Dans ce monde où j’étais maintenant, les monstres n’étaient pas des "personnes" ou des "plantes et des animaux", ils étaient toujours considérés comme des aberrations ou des monstres.

Cependant, dans ce monde, les mots "personne" et "animaux" avaient une définition très étendue.

Pour être plus précis, les humains, les elfes, les Hommes-Bêtes et les dragonewts étaient tous des "personnes" et appartenaient à la catégorie "humanité".

Dans la catégorie des "plantes et animaux", même avec ces quatre mètres de haut, un grizzly rouge était quand même un mammifère. Même s’il ressemblait à un dinosaure, un varan était encore un reptile. Même si elle était aussi grande qu’une personne, une fourmi géante était quand même un insecte. Et même si elle mangeait des personnes, une plante carnivore mangeuse d’hommes restaient une plante. En outre, les limons, ces créatures du genre des slimes, qui étaient composés d’une certaine matière qui leur permettait de fusionner, de se séparer, de faire fondre n’importe quel objet et plus, étaient également tombés dans la catégorie des "plantes et animaux" pour quelques étranges raisons.

En passant, les dragons et autres créatures semblables étaient surnommés les "animaux divins", et ils étaient classifiés séparément.

La raison pour laquelle aucune de ces créatures n’était appelée des "monstres" était parce qu’ils étaient tous originaires de ce monde. Parce qu’ils faisaient partie de l’écologie de ce monde depuis très longtemps, chacun d’eux avait leurs zones respectives d’habitats, loin d’où vivaient les humains. En fait, les chevaux à huit pattes se trouvant dans ce pays, seraient tous appelés des Sleipnir [1] selon les normes du monde d’où je venais, et le bétail, comme les vaches et les poulets, semblait avoir été conçu pour avoir l’air le plus monstrueux possible.

Cependant, si vous leur demandiez ce qu’étaient les monstres, alors ils vous répondraient que le terme se référait à des chimères, qui étaient un mélange de différents animaux fusionnés ensemble, ou alors à des zombies, des squelettes et d’autres types de morts-vivants, ainsi qu’aux gobelins, orcs et aux ogres, qui ressemblaient presque à des personnes. Mais personne ne les confondrait avec des êtres sensibles.

Depuis l’apparition du Monde des Démons, il y avait eu une grande explosion du nombre de ces monstres dans le nord du continent, mais même avant l’apparition de ce monde démoniaque, ils habitaient souvent dans des lieux connus sous le nom de donjons qui se trouvaient partout sur le continent.

Les donjons étaient des espaces souterrains avec un écosystème mystérieux. J’avais l’habitude de les voir dans les jeux, mais ils existaient réellement dans ce monde. Par ailleurs, j’avais entendu dire que, dans ce monde, il y avait des gens appelés "aventuriers" qui allaient explorer ce type de donjons, protéger les commerçants, éliminer les bêtes dangereuses qui détruisaient les champs et aussi tuer les monstres qui sortent des donjons.

Avant que le Monde des Démons n’apparaisse, les monstres étaient considérés comme étant dépourvus d’intelligence. En fait, les monstres dans ces donjons, même les humanoïdes comme les gobelins, et autres ne possédaient qu’intelligence équivalente aux animaux.

Cependant, parmi les monstres du Domaine du Seigneur-Démon, il y avait ceux qui se comportaient comme s’ils étaient intelligents.

Ces monstres pouvaient agir en groupes, utilisaient des armes et de la magie, et pouvaient même mettre en place des stratégies. Ceux-ci agissaient presque comme les "personnes". Quand l’humanité avait échoué dans son invasion du Domaine du Seigneur-Démon, le manque de connaissance approfondie sur l’existence de ces monstres avait été le facteur le plus déterminant de leur défaite. L’humanité avait choisi d’appeler ces monstres intelligents, des "démons", pour les distinguer des monstres classiques, plus proches des animaux dans leurs caractéristiques.

Mais maintenant, revenons à notre histoire. Fondamentalement, Tomoe m’avait dit qu’elle avait parlé avec un de ces démons.

Apparemment, jusqu’à présent, personne n’avait réussi à parler à un démon. Avec l’apparition soudaine d’une armée qui parlait une langue étrangère, et avec en plus, de l’hostilité entre eux, réussir à se comprendre pourrait ne jamais se produire.

Liscia s’approcha de Tomoe.

« Juste de quoi avez-vous parlé et sur quoi avez-vous parlé ? » (Liscia)

« A-Avec Monsieur le Kobold. Ils sont différents de nous... Ils sont tout petit, et leurs visages entiers, et pas seulement leurs oreilles, ressemblent à ceux d’un chien... Le jour avant que notre village ne soit attaqué, il a dit : "Je ne peux pas supporter de voir ceux qui ont le même parfum que ceux qui m’ont attaqué. Alors, dépêche-toi et fuis." C’était un miracle que je pouvais comprendre ce que M. Kobold m’avait dit, mais... grâce à lui, nous avons pu éviter les problèmes... » (Inui)

« Donc, pour résumer... Les démons ont leur propre volonté, n’est-ce pas ? » Demande Ludwin, comme s’il gémissait.

Les habitants de ce monde considéraient que les démons étaient seulement des monstres légèrement plus intelligents. Comme les sauterelles qui grouillaient sur les terres, ou les barbares qui causaient des ravages. D’après ce que j’avais entendu, ce n’était pas une impression erronée en ce qui concerne les monstres. Toutefois... Pour les démons, peut-être qu’un autre point de vue serait nécessaire.

Si les démons avaient leur propre volonté, comme Tomoe l’avait suggéré, alors l’humanité aurait peut-être combattu dans une "guerre" contre la race des démons sans s’en rendre compte. Dans ce cas-là, une guerre sans voies diplomatiques possibles. Avec leurs familles tuées, leurs maisons rasées et leurs pays volés, l’humanité avait eu un grand ressentiment envers les monstres et les démons. S’il s’agissait réellement d’une guerre, il était possible que les démons aient les mêmes sentiments que l’humanité avait.

« Si cette connaissance s’étendait à tous les autres pays... » Commençai-je.

« ... Il y aurait partout le chaos, » Finit Liscia.

Liscia et moi nous avons tous deux abaissé nos épaules.

Je ne pensais pas que le dialogue serait possible avec chaque démon ou monstre du Domaine du Seigneur-Démon. Ceux avec qui nous pourrions parler, comme le kobold qui avait laissé échapper les hommes-loups mystiques, ne seraient qu’une minorité d’entre eux. Cependant, si les personnes devaient découvrir que certains de ces démons étaient comme ça, cela empêcherait la race des démons d’être l’ennemi commun de toute l’humanité.

Genjitsushugisha no Oukokukaizouki_Volume 01_04 Tomoe au centre des intrigues.

À l’heure actuelle, même s’il ne s’agissait que d’une alliance en surface, tous les autres pays étaient unis contre le Domaine du Seigneur-Démon. Si cette information devait se propager, que se passerait-il ? Si cela signifiait qu’ils essayaient de poursuivre pour la paix avec les démons, ce serait génial, mais il serait tout à fait surprenant que certains d’entre eux ne mettent pas d’abord les intérêts de leur propre pays, s’alliant avec les démons pour envahir d’autres pays. Si cela devait arriver, l’humanité tomberait en morceaux.

« Pensez-vous que l’Empire le sait ? » Demandai-je.

« ... Je ne suis pas sûre. » Me répondit Liscia avant de poursuivre. « Ce n’était qu’avec le don unique de Tomoe que quelqu’un pourrait enfin communiquer avec eux. Même s’ils le réalisaient, ils n’auraient aucun moyen de le vérifier. »

« Donc, pour le moment, fondamentalement, notre pays possède le monopole de cette information. Quelle joie... » Répondis-je avec amertume.

C’était vraiment une chose à me faire tomber sur les genoux.

Elle est comme une bombe. Je peux l’utiliser comme un atout, mais si je la dérange, tout pourrait exploser dans mon visage. Analysai-je avec beaucoup de sérieux.

« J-Je suis désolée... » Tomoe faisait une grimace, alors Liscia me poussa.

« Oh non ! Ne vous blâmez pas. » Répondis-je précipitamment. « En fait, je suis heureux que vous soyez venu dans ce pays. Ceci me fait frémir quand je pense à ce qui aurait pu arriver si vous étiez parti dans un autre pays. »

« Pourtant, allez-vous dissimuler ces informations ? » Me questionna Ludwin. « Si les personnes découvrent que nous avons caché une telle information vitale, n’est-il pas possible que nous soyons condamnés comme un ennemi de toute l’humanité ? »

« ... Vous marquez un point. » En répondant cela, je voulais coincer la tête entre mes mains à la suite aux faits soulignés par Ludwin. « Faire une mauvaise action en le cachant, puis avoir des personnes qui penseraient que nous avons des ambitions serait des conséquences trop lourdes et donc, ceci ne serait pas un excellent plan. En outre, si nous sommes actuellement réellement en guerre, la situation où les deux opposants combattraient jusqu’à l’extermination ne serait pas une bonne chose non plus. Afin de nous assurer que la guerre ne se poursuit pas jusqu’à ce qu’un tiers soit oblitéré, il faut que nous trouvions peu à peu des informations plus précises sur tout cela. »

Je dois me résoudre à tout cela. Je continuai à parler après cela, tout en regardant ceux qui m’entouraient. « Peut-être qu’il y a ceux parmi les démons avec lesquels nous pourrions communiquer. Nous laisserons donc fuir quelques informations aux autres pays, et ceci fera que cela ne ressemblera à rien d’autre qu’à une hypothèse. Si nous procédons ainsi, ils devraient être un peu plus prudents à l’avenir. Et au minimum, ils devraient essayer de découvrir s’il y a une vérité derrière ces rumeurs. »

« Dans le cadre de ce processus, n’est-il pas possible qu’ils acquièrent la même information que nous avons ? » (Marx)

« Ce n’est pas faux, Marx. Mais notre atout est Tomoe elle-même. » (Kazuya)

« M-Moi ? » Répondit Tomoe tout en poussant de petits cris.

Je hochai la tête avec fermeté vers Tomoe, dont les yeux montraient sa confusion. « Même si les démons ont une volonté propre, il est nécessaire d’avoir des moyens de communication pour négocier avec eux. Par exemple, quand les autres pays rechercheront toujours un moyen pour négocier avec les démons, nous, nous pourrons leur parler en utilisant Tomoe en tant que médiatrice. C’est un énorme avantage. »

Je ne savais pas si notre royaume pourrait négocier seul. Cependant, en ayant notre propre ligne de communication indépendante, nous pourrions empêcher une situation où un autre pays monopolisait le droit de négocier et nous refusait ainsi toute possibilité de dialogue. En échange, nous prendrions le fardeau sur nous-mêmes, mais c’était largement préférable que de laisser le destin de notre royaume entre les mains d’un autre pays.

« Alors, Tomoe, mon pays a besoin de tout faire pour vous protéger. » Annonçai-je.

« Me protéger, moi... !? » (Tomoe)

« Oui. Ce n’est pas exagéré de dire cela, maintenant, vous êtes beaucoup plus important qu’un gars tel que moi. Honnêtement, si cette information s’échappait, au moment où vous nous seriez enlevé, ce pays sera en ruine. » (Kazuya)

« Aucune chance... vous me faites marcher... n’est-ce pas. » Tomoe regarda autour d’elle sans relâche, mais personne ne réfuta mes mots.

Il n’était pas exagéré de dire que Tomoe tenait le destin de ce pays entre ses mains. Bien que je ne le fasse jamais moi-même, un autre pays aurait pu prétendre qu’il n’avait jamais entendu parler de cela et ce serait "occupé" d’elle. C’était exactement l’importance de l’existence de Tomoe.

« Donc, afin de vous garder avec le plus haut niveau de sécurité que nous pouvons, je veux que vous viviez ici, dans le palais. Si cela se résume à cela, nous pourrions ne pas pouvoir vous protéger dans les camps de réfugiés. » (Kazuya)

« Maisss... » Gémit Tomoe à la suite de mes mots.

« Attendez un moment. » Déclara Marx, tout en levant la main. « Si nous avons quelqu’un sans aucun sang royal qui vit dans le palais, est-ce que cela ne pourrait pas faire l’objet de questions indésirable ? »

« Hmm. Eh bien, dites-moi comment nous pourrions l’accueillir en tant que membres de la royauté dans ce cas. » Demandai-je à Marx.

« Vous dites cela, comme si c’était si facile à faire... Il existe plusieurs façons pour une personne du bas peuple pour devenir un noble. On pourrait faire que vous l’adoptiez, Monseigneur. Cependant, comme le mariage n’a pas encore eu lieu, ce n’est pas possible. Après tout, votre cérémonie de mariage prendra plus d’un an avant d’être prête. » (Marx)

« Vous avez entendu cela, Liscia, » déclarai-je.

« Hé, ne me lancez pas cela. » Répondit précipitamment Liscia, tout en détournant les yeux.

Vivre avec Liscia en tant que ma femme et Tomoe, qui a déjà environ dix ans, comme ma fille, hein... Ouais, je ne peux pas vraiment l’imaginer.

« Personne d’autre à une idée. » Demandai-je.

« Vous pourriez la prendre comme votre seconde épouse, Votre Majesté. » (Marx)

« C’est... en quelque sorte trop étrange comme possibilité. » (Kazuya)

Merde, elle était assez jeune pour être à l’école primaire. Je m’imaginais déjà tout le monde qui me regardait en disant : "Toi, le sale lolicon." [2]

Marx s’éclaircit la gorge avant de parler. « Elle est à peine dans la tranche d’âge acceptable pour un mariage politique, enfin je crois. »

« ... Souma. Dix ans est quand même un peu trop jeune... » (Liscia)

« Pourquoi me blâmez-vous moi et pas celui qui l’a proposé ? » (Kazuya)

Et maintenant, Liscia me regarde froidement. Je n’ai pas ce genre de penchants, d’accord !?

« Hé, attendez. L’ancien couple royal pourrait, tout simplement, l’adopter. » (Kazuya)

« Hmm. Je crois que cela serait acceptable. » Répondit Marx tout en riant.

Ce bâtard, il a dit toutes ces choses quand il savait que c’était possible !

« Cela sonne bien ! J’ai toujours voulu avoir une petite sœur ! » Annonça Liscia qui semblait ravie par l’idée.

« Whuwhuh ! » cria tout à coup Tomoe, en pleine confusion.

Liscia s’avança jusqu’à Tomoe et la prit dans ces bras. Tomoe se mit alors à bredouiller et à paniquer à la suite de ce développement inattendue. Quand je regardai Liscia, je la vis avec l’apparence la plus heureuse et détendue que je n’avais jamais vue jusqu’à présent.

En y pensant, puisque Liscia est ma fiancée, alors Tomoe va être ma belle-sœur. Une belle-sœur-louve et loli... C’était bien trop de chose réunie.

« Mais, mais... j’ai déjà une famille. Ma maman et mon petit frère m’attendent dans le camp. » Déclara Tomoe, en se libérant de l’étreinte excessivement vorace de sa future grande sœur.

« Ohh ! L’adoption est uniquement pour les apparences, donc vous ne devez pas vous en soucier. Si vous devenez ma belle-sœur, votre mère et votre frère seront également de la famille. Donc cela ne me dérange pas s’ils vivent aussi au palais. Nous leur fournirons de l’argent pour vivre correctement, et s’ils veulent travailler, nous leur donnerons quelque chose à faire dans le palais. » (Liscia)

« Et bien... dans ce cas... c’est d’accord. » Accepta Tomoe timidement.

Bien. Cela ne correspond pas tout à fait à ce que je voulais au départ, mais je pense que j’ai fait ce que je pouvais pour le moment. Et d’une certaine manière, j’ai gagné une belle-sœur au cours du processus, mais... et comme elle est si mignonne, tout va bien. Pensai-je.

« Maintenant, retournons dans la grande salle. » Dis-je. « Nous ne devons pas faire trop attendre Madame Juna. »

Ceci fait déjà près de trente minutes, après tout. Elle ne peut vraisemblablement pas continuer à les faire patienter encore longtemps.

« Pour l’instant, nous ne donnerons à Tomoe que le prix en argent en tant que récompense. Si l’ancien couple royal devait annoncer dès maintenant qu’il l’adoptait, cela reviendrait à dire à tout le monde que quelque chose d’étrange se déroule ici. Nous allons laisser passer un peu de temps et ensuite l’annoncer au grand jour. J’aimerais que vous tous, vous agissiez ainsi à cet égard, le comprenez-vous bien ? » (Kazuya)

« « « Oui Votre Majesté » » » (tous)

◇ ◇ ◇

Trente minutes après que le roi Souma ait appelé à une pause, la cérémonie de remise des prix repris. À l’heure actuelle, la jeune fille-louve était sur le devant et recevait toutes les félicitations.

Lorsque cette scène s’était déroulée, je m’étais retrouvé, avec les autres possesseurs de don, à regarder cela.

« Votre don est remarquable, » lui dit-il à la fille-louve. « J’espère que vous l’utiliserez pour notre pays. »

« O-Oui ! D-D’ac...cord ! » (Tomoe)

... elle n’arrêtait pas bégayer. Comme c’est adorable !

Qu’est-ce que cette adorable petite fille aurait dit au roi pour qu’il demande ainsi une pause ? Il était clair que cela avait été quelque chose d’important, mais pour le moment, il n’y avait aucun moyen pour moi de savoir ce que c’était.

Depuis que j’étais venu ici, j’avais observé le roi en question. Il avait l’air tout à fait banal. J’avais entendu dire qu’il avait été convoqué ici, en tant que le héros de ce pays, mais il ressemblait exactement à l’un des citadins. Il ne portait même pas de couronne, ne portait aucun sceptre, ne portait pas de cape, et bien que leurs conceptions soient inhabituelles, il portait des vêtements décontractés. Il ne ressemblait pas à un roi même s’il était debout devant le trône.

Si je cherchais bien, de temps en temps, ses yeux prenaient l’apparence de ceux des Hommes d’État. Il était un homme très dur à évaluer. De la manière dont il avait agi jusqu’à présent, je suppose que vous pourriez dire qu’il était un roi passable.

Avec l’appel direct de la guerrière elfe sombre, il avait montré de la magnanimité et, même sans le vouloir, il avait trouvé une solution à son problème. Et de ce qui s’était passé avec la fille-louve mystique, il semblerait qu’il avait aussi fait le nécessaire. C’était un peu gênant, mais dans ce cas, je lui donnerais la note de passage.

Cependant, son véritable examen commencera seulement, ici et maintenant.

L’homme obèse à côté de moi suait en grande quantité, bien que je ne puisse pas dire si c’était une sueur froide ou une sueur grasse. Je me tournai vers lui pour le regarder. C’était le prochain qui recevrait son prix.

Sur le chemin ici, il m’avait dit lui-même quel était son don. Et, en ce qui me concernait, c’était selon moi "le don dont ce pays avait, en ce moment, le plus besoin."

Quand il le verra, quel sera le jugement de ce jeune roi ?

Va-t-il regarder l’apparence de l’homme (un grand ventre rond et un visage bouffi), que personne n’appellerait attrayant, tout en lui disant de vaines flatteries ?

Se moquera-t-il de lui devant tout le pays ?

Et même s’il n’allait pas aussi loin, est-ce qu’il ratera l’importance du don de cet homme ?

S’il fait l’une de ces choses, je..

« Suivant, Poncho Panacotta du village de Potte, avancez d’un pas ! » Proclama Marx.

« O-Oui. Je viens. Oui ! » (Poncho)

Lorsque le Premier ministre Marx appela son nom, le gros homme appelé Poncho s’avança avec de lourds pas, son ventre rond oscillant. La manière comique avec laquelle il marchait fit que toute l’assemblée présente commença à rire de lui. Même la princesse Liscia luttait pour s’empêcher de sourire.

Quand je regardai pour voir la réaction du roi, je vis que son visage était très sérieux. Il ne souriait pas, il ne semblait pas mécontent. Il regardait tout simplement Poncho avec une expression extrêmement sérieuse affichée sur son visage.

« Le don de cette personne, comme vous l’avez peut-être supposé en le voyant, est lié au fait de manger. » Annonça Marx. « Au cours du processus d’attribution des prix pour les dons, un certain nombre de personnes ont prétendu avoir le "don d’être le plus grand mangeur du Royaume", mais aucun n’a pu le vaincre. De plus, sa poursuite des choses liée à la nourriture est inhabituelle. Il a parcouru le monde en mangeant des plats célèbres et bizarres de chacune des régions qu’il a traversées. Selon ses propres mots, "si c’est comestible, alors je l’ai mangé". Quoi qu’il en soit, on peut dire qu’il possède un don unique dans ce pays, mais... »

« Je vous aie tant attendu ! » s’exclama le roi tout en avançant vers Poncho, avant même que Marx puisse terminer sa phrase. Quand il atteignit Poncho, il prit une de ces mains avec ses deux mains, ne cachant pas le moins du monde sa joie. « Je suis tellement heureux que vous ayez répondu à mon appel ! Vous êtes le genre de personne que j’attendais ! »

« Hein... heu. Quoi ? » Les yeux de Poncho regardaient partout. Son cerveau ne pouvait pas comprendre la situation. Finalement, son esprit réussit à se stabiliser et son visage se raidit.

« Moi, Votre Majesté ? » (Poncho)

« Exactement ! Vous êtes celui que ce pays attendait ! Plus que n’importe laquelle de ces autres personnes douées, je suis content que vous soyez venu ! J’ai toujours pensé que si quelqu’un comme vous était parmi les fonctionnaires civils, cela vaudrait la peine de recommander ce qu’il avait comme idées. » (Kazuya)

« V-Vous sentez-vous intéressé par moi, n’est-ce pas ? » (Poncho)

« Oui ! Vos connaissances que vous avez eues lors de vos voyages culinaires et le fait d’avoir mangé des aliments célèbres et bizarres seront la clé pour sauver ce royaume ! » (Kazuya)

Quand le roi annonça cela, Poncho se mit à pleurer à chaudes larmes. « Je-Je... Tout le monde m’appelle le gros... Que j’étais un idiot de dépenser tout mon argent en nourriture... Quant à moi, je ne faisais que manger parce que je voulais manger, alors je pensais qu’ils avaient raison... peut-être même que ma gourmandise pourrait être utile pour ce pays ? »

Le roi tapota l’épaule d’un Poncho en pleurs. « Laissez-les dire ce qu’ils veulent. Quelque chose comme cela est si trivial, mais si vous le maîtrisez, c’est un don. Alors, soyez fier de lui ! L’appétit qui a fait que vous n’avez pas hésité à dépenser votre fortune sauvera ce pays ! S’il vous plaît, partager votre sagesse avec moi ! »

En entendant la demande sérieuse de son roi, Poncho essuyait ses larmes avec sa manche. « B-Bien sûr ! Si mes connaissances peuvent être utiles, alors utilisez-la ! » Répondit-il joyeusement.

Quand je regardai autour de moi, la plupart des spectateurs étaient là, bouche bée, incapables de digérer la situation. Au milieu de cette scène, le roi Souma retourna au trône, puis se tourna vers Marx et lui dit : « Dans ce pays, il y a bien une tradition qui permet à un roi de gratifier des serviteurs méritants, ou ceux en qui il a de grands espoirs, en leur attribuant un nouveau nom, n’est-ce pas ? »

« ... Ah oui. C’est vrai, Votre Majesté. » (Marx)

« Dans ce cas, Poncho, je vous donne le nom Ishizuka. Dans ma patrie, c’est le nom d’un "insatiable chercheur et évangéliste de la nourriture". Alors, travaillez dur, afin de ne pas faire honte à ce nom. » Proclama le roi.

« Ou... oui, Votre Majesté ! Merci, je le ferais ! » (Poncho/Ishizuka)

Ce fut le moment explosif au cours duquel naquit Poncho Ishizuka Panacotta. La première personne que le roi Souma accueillit personnellement comme étant l’un de ses conseillers. Un homme obèse ayant un vorace appétit, Monsieur Poncho.

Devant cette scène, je voulais pleurer de joie. Splendide !

Le fait qu’il engagerait ou non Poncho était l’élément clé pour ce roi. J’avais pensé que s’il ne reconnaissait pas la valeur de cet homme, mais qu’il l’engageait en se basant sur le potentiel qu’il pourrait avoir un jour, il aurait droit à la note de passage. S’il avait choisi de ne pas l’engager uniquement en fonction de son apparence, alors ceci serait un échec total. Je n’ai jamais osé imaginer qu’il l’accueillerait avec autant d’enthousiastes. C’était une énorme erreur de calcul que j’avais fait.

Et c’est alors que je fus sûr d’une chose : cet homme peut bien sauver ce pays.

Voilà ce que je ressentais au plus profond de moi en ce moment.

Il semble que je ne pourrai plus regarder plus longtemps sans agir.

« Roi Souma ! J'aimerais vous parler, si vous me le permettez. » Dis-je à haute voix.

◇ ◇ ◇

« Roi Souma ! J'aimerais vous parler, si vous me le permettez. » (Hakuya)

Avec tous les prix remis, alors que j’étais sur le point de déclarer la fin de la cérémonie, le jeune homme à la robe noire, Hakuya Kwonmin, s’avança et se mit à genoux. Maintenant, ses yeux endormis étaient grands ouverts. Juste en faisant cela, il avait, maintenant, mystérieusement un air totalement différent d’avant.

En ayant comme une sorte de prémonition, je me tournai vers Hakuya et lui demandai :

« Avez-vous quelque chose dont vous voulez vous entretenir avec moi ? » Lui demandai-je alors.

« Effectivement. Bien que je sois là sur la recommandation d’un autre, il me faut maintenant me recommander moi-même. » (Hakuya)

Une auto-recommandation. Dans ce cas, est-ce qu’il veut me vendre ses mérites ?

« Hmm... Je vous ai déjà promis le poste de bibliothécaire aux archives royales. Si vous voulez faire une auto-recommandation, cela signifie-t-il que vous n’êtes pas satisfait du poste ? Qu’est-ce que vous cherchez dans ce cas ? » (Kazuya)

« Dans tous les cas, je souhaite me mettre à votre service, Votre Majesté. » (Hakuya)

« Mais pas en tant que bibliothécaire, n’est-ce pas ? » (Kazuya)

« Correct. Avec ma sagesse, je cherche à soutenir votre suprématie. » (Hakuya)

« M-Ma suprématie !? » (Kazuya)

La suprématie est une chose audacieuse à réclamer selon moi. S’il veut soutenir cela avec sa sagesse, qu’est-ce qu’il envisage de devenir ? Un général, traitant des affaires militaires et étrangères, ou un Premier ministre qui s’occupe des affaires intérieures ?

Je regardai alors directement Hakuya. « Amusant, mais avez-vous un don assez grand pour accomplir ce que vous me dites ? »

« Je soutiens humblement que c’est bien le cas. » (Hakuya)

« Alors, dans ce cas, pouvez-vous faire plus que réciter de mémoire les textes de la loi ? » (Kazuya)

« Avec tout le respect que je vous dois, je crois que je vous l’ai déjà dit avant. "Droit, littérature, manuels techniques, je lis de tout". Je possède donc des informations sur tous les domaines d’étude stockés dans ma tête. » (Hakuya)

« Je vois... » Maintenant, je savais ce qui m’avait dérangé avant cela. Bien qu’il puisse réciter de mémoire la loi, il avait dit qu’il lisait toutes sortes de livres. Cela signifiait que sa connaissance n’était pas juste limitée aux lois. Pour lui, les lois qu’il avait mémorisées n’étaient qu’un petit fragment des connaissances diverses qu’il possédait. « Pourquoi ne l’avez-vous pas dit plus tôt ? »

« J’ai cherché simplement à juger si vous étiez un souverain digne de mes services. » (Hakuya)

« Alors, cela signifie-t-il que je sois digne de cela ? » (Kazuya)

« Je suppose qu’on pourrait dire que vous recevez la note de passage. » (Hakuya)

Quelle insolence ! pensai-je. Mais... c’est tellement amusant en même temps. Se vante-t-il, ou a-t-il la compétence nécessaire pour le soutenir... ? Quoi qu’il en soit, je suppose que tout à l’heure, je n’avais aucun moyen de savoir.

« Je vous le laisse, Marx ! » Dis-je. « Estimez le don de cette personne et donnez-lui un poste adapté. »

« Très bien, Votre Majesté. » (Marx)

« Merci beaucoup, Votre Majesté ! » (Hakuya)

Les deux s’inclinèrent respectueusement devant moi.

Quelques jours plus tard, Marx se précipiterait dans le bureau des affaires gouvernementales, en pleurant : « Votre Majesté, voulez-vous me demander d’enseigner à une wyverne à voler !? » C’était une expression idiomatique de ce monde pour dire qu’on essayait d’enseigner à quelqu’un qui en savait déjà plus que vous.

Mais en ce moment, juste après la fin de la remise des prix, je n’avais aucun moyen de savoir que ce fut mon premier rendez-vous avec l’homme qui viendrait être connu sous le surnom "Le Premier ministre à la Robe Noire".

◇ ◇ ◇

Dans l’histoire, il a toujours existé des scènes qui étaient aisément dramatisées par les générations ultérieures. Mais pour que cela arrive, il fallait certaines conditions :

Tout d’abord, l’événement devait se produire au cours du passage d’une époque à une autre.

Deuxièmement, il fallait qu’une personne possédant un certain talent soit au centre de cette scène, pour ainsi pouvoir la mettre en valeur.

Voici donc les deux conditions requises.

Dans l’histoire d’Elfrieden, la scène la plus dramatisée au cours de ces dernières années fut celle du "Rassemblement des Conseillers du Roi Souma". On avait dit qu’il y avait trois personnages principaux dans cette scène.

Du point de vue de Souma, ce fut l’une de ses plus grandes réalisations. Du point de vue de l’homme qu’on surnommait désormais "le Premier ministre à la Robe Noire", Hakuya Kwonmin, tout cela était pour devenir, "le tournant d’une nouvelle ère". Et du point de vue d’une autre personne présente, ce sera le moment décisif dans l’histoire de sa vie qui devint comme dans le conte de fées raconté dans l’histoire de Cendrillon.

Cependant, il existait différentes théories sur la personne qui est cette dernière personne.

Certains disent que c’était la Guerrière du Vent de l’Est, Aisha Udgard, qui, en dépit d’être une elfe sombre qui vivait dans la forêt, jura sa fidélité absolue envers le roi, et qui à partir de ce moment-là fut toujours à côté de lui pour le servir.

Certains disent que c’était la "Prima Lorelei", Juna Doma, qui avait été reconnue par le roi, avait appris les chansons de son pays, et avait donné naissance au concept des Loreleis, qui devint le mot signifiant une chanteuse idole en Elfrieden, et qui fut adorée par le roi et par le peuple.

Certains disent que c’était la Princesse-Louve, Tomoe Inui, qui, en dépit d’être une réfugiée, fut adorée par le Roi Souma et la Reine Liscia, et fut aimée en tant que la sœur adoptive de la Reine.

Cependant, le plus souvent présenté dans les dramatisations était sans aucun doute Poncho Ishizuka Panacotta.

Avant cela, il était moqué par tous à cause de son poids, la gloutonnerie indescriptible de cet homme lui valut le surnom du "Roi de la Recherche de Personnel", qui transforma sa vie à tout jamais. Pour les gens épuisés de leur vie quotidienne, cette histoire totalement vraie les poussa à se déplacer et cela leur redonna un regain d’énergie, et c’est ainsi que cet événement fut dramatisé à de nombreuses reprises.

Il semblait étrange d’appeler le récit d’un homme obèse comme étant identique à l’histoire de Cendrillon. Pourtant, en dépit d’être un peu étourdi, il était difficile de ne pas l’aimer. Il fut aimé par tous, et ils disaient que tout cela lui convenait parfaitement.

En outre, comme l’accueil empli d’émotions que le roi avait faites à Poncho, fut diffusé dans tout le royaume, cela eut l’effet secondaire inattendu que de nombreuses personnes douées se rassemblèrent en Elfrieden en se disant, « Si même une personne comme lui peut devenir quelqu’un d’important, alors je peux aussi le faire... » Et à partir de cet événement, quelques années plus tard, un nouveau proverbe fut ainsi créé et signifiant "Commencez avec de petites choses." Et ce proverbe était :

« Commencez à partir d’Ishizuka. »

Notes

  • 1  Sleipnir : Le Sleipnir est, dans la mythologie nordique, un cheval fabuleux à huit jambes capable de se déplacer au-dessus de la mer comme dans les airs, monture habituelle du dieu Odin.
  • 2  Lolicon : qui aime sexuellement les petites filles.

☆☆☆

Chapitre 3 : Création d’un Programme de Diffusion

Partie 1

À la même époque où l’agitation du rassemblement du personnel de Souma s’était produite, une certaine histoire de fantôme commença à se répandre dans la ville de Parnam.

Selon les récits, il existait un mannequin qui pendant la nuit, parcourait les rues. C’était le type de poupée que vous pouviez voir dans les magasins de vêtements : sans visage, avec des joints en tissu au niveau des bras et des jambes. Maniant une épée dans chacune de ses mains, il parcourait les rues chaque nuit, chassant les animaux et les monstres qu’il rencontrait.

Un aventurier avait à l’époque, déclaré ceci :

« Il y a quelque temps, alors que j’avais pris une quête de la guilde pour escorter un colporteur et alors que je me promenais dans les rues, le soir, nous avons eu la malchance de nous faire encerclé par un certain nombre de créatures d’une sous-espèce de slimes. Bien qu’ils soient faibles individuellement, mais cette fois-ci, nous fûmes attaqués par un grand nombre. Et alors que la bataille allait mal tourner, un mannequin portant une épée dans chacune de ses mains chancela vers nous, provenant de la direction du palais et il attaqua les slimes. C’était un spectacle effrayant qui nous a tout de suite fait fuir, mais... Je me demande ce qui s’est passé avec cette chose. »

Un autre aventurier avait déclaré ceci :

« Il y a une semaine. J’ai pris une mission de la guilde qui nous annonçait : "Un groupe de hobgobelins a traversé la frontière du nord et se dirige maintenant vers le sud. Nous voulons que vous les interceptiez". Nous attendions donc dans une vallée qui était sur leur route pour pouvoir les intercepter, mais malgré tout, ils ne sont jamais apparus. Quelque chose semblait étrange, alors nous sommes allés les chercher plus au nord, et ce que nous avons trouvé était un mannequin, debout au milieu d’un tas de cadavres de hobgobelins brutalement tués. En pensant que c’était un nouveau type de monstre, moi et mon copain guerrier nous l’avons attaqué, mais il para tous nos coups avec les deux épées qu’il portait. Lorsque notre mage essaya de le frapper avec du feu, il se mit à courir avec une vitesse incroyable. Cette chose... C’est probablement une nouvelle arme autonome créée par le Seigneur-Démon, n’êtes-vous pas d’accord avec moi ? »

Il y avait à l’époque, beaucoup d’observations, et bien que beaucoup avaient dit que c’était une histoire de fantôme, il était presque certain qu’il existait. Cependant, lorsque la Guilde des Aventuriers eut reconnu son existence et que des quêtes de capture ou de destruction furent émises, toutes les observations le concernant cessèrent totalement du jour au lendemain.

Après cela, certains s’étaient même demandé si tout ceci n’avait pas été une farce de mauvais goût perpétré par quelqu’un.

◇ ◇ ◇

« ... Alors, il y a, dans la ville du château, des rumeurs comme celle-là. Le saviez-vous ? » Me demanda Liscia.

« Ha bon ! Est-ce qu’il y en a beaucoup ? » Lui demandai-je.

Alors que j’étais couché dans un canapé, ma main qui tenait une aiguille ne s’arrêtait même pas au moment où je lui répondis. Liscia, qui était assise sur son lit, prit un ton légèrement bouleversé.

« ... Quoi ? Des histoires comme celles-là ne vous intéressent-elles pas ? » Me demanda-t-elle.

« Non, ce n’est pas vraiment ça, mais... » (Kazuya)

« Souma, vous êtes le roi, alors les histoires qui causent des troubles dans la ville du château ne devraient-elles pas être importantes pour vous ? » Me dit-elle.

« Vous n’avez pas à vous en préoccuper. Ce mannequin ne reviendra plus jamais. » (Kazuya)

« Savez-vous quelque chose à ce sujet ? » (Liscia)

« Oui, en quelque sorte... » (Kazuya)

Je bourrais le coton tout en lui faisant de vagues réponses à ces questions. Maintenant, je devais juste finir de coudre le dos après avoir fermé les deux côtés et tout sera terminé.

« ... Et, attendez, qu’est-ce que vous faites là, Souma ? » (Liscia)

« Quoi ? Exactement ce à quoi cela ressemble. Je fais de la couture. » (Kazuya)

« Non, mais je demande pourquoi vous venez dans ma chambre pour y coudre ! » (Liscia)

« Et bien, où pourrai-je aller sinon ? Ma chambre est après tout, le bureau des affaires gouvernementales. » (Kazuya)

Récemment, la quantité de travail à accomplir avait légèrement diminué, donc, pendant que mes stylos animés à l’aide de mon Poltergeist Vivant fonctionnaient, mon corps principal pouvait agir indépendamment. Cela dit, le bureau des affaires gouvernementales, où mon lit se trouvait toujours, avait beaucoup trop de fonctionnaires qui entraient et sortaient, il était donc un peu difficile de se la couler douce là-bas.

« En outre, savez-vous comment Aisha a agi récemment... ? » Lui demandai-je.

« Je peux le deviner... » Me répondit-elle.

Récemment, Aisha était devenue si collante qu’elle ne quittait jamais mes côtés de plus de quelques mètres.

Genjitsushugisha no Oukokukaizouki – Volume 01 – Chapitre 3, partie 1 Souma qui fait de la couture chez la princesse

Apparemment, quand les elfes sombres juraient leurs fidélités envers quelqu’un, ils se glorifient de rester aux côtés de cette personne et de la protéger jusqu’à leur propre mort. C’était pourquoi Aisha s’était désignée elle-même en tant que mon garde du corps, et qu’il s’agisse du temps de travail, des repas ou même du sommeil, elle essayait de me suivre partout où j’allais, même dans le bain et dans les toilettes. Je pensais que cela pourrait être problématique d’avoir quelqu’un qui n’avait même pas été officiellement engagé, qui soit si proche du roi, mais comme elle était belle, très loyale, et que ses compétences étaient bien connues de tous, Ludwin et la Garde Royale avaient fermé leurs yeux vis-à-vis de cela. Quant à Hakuya, qui avait repris le poste de Premier ministre de Marx, il avait déclaré :.

« N’est-il pas charmant d’être entouré par de telles beautés ? La princesse, Madame Aisha, Madame Juna... Cela m’importe peu que vous les choisissiez toutes, mais dépêchez-vous et donnez-nous rapidement un enfant. Cela apportera ainsi de la stabilité au sein du royaume. »

C’est facile à dire. Mon Dieu !

Alors que j’étais en train de penser à cela, Liscia vint me pousser dans le dos.

« Je parie que vous ne prêtiez attention à rien de ce que je disais, n’est-ce pas ? » (Liscia)

« Laissez-moi tranquille. Juste au moment où j’avais réussi à me reposer... Attendez, hein ? En pensant à ça, où est Tomoe ? » (Kazuya)

« Tomoe a fini dans la chambre de ma mère et mon père. Ma mère fait preuve d’un fort attachement envers elle... » (Liscia)

Il y a quelques jours, Tomoe était venu au château pour y vivre en tant que la sœur adoptive de Liscia. Bien sûr, comme nous l’avions promis, sa famille était aussi venue avec elle.

Par ailleurs, la mère de Tomoe travaillait maintenant à la garderie du palais, garderie que nous avions créée comme expérience pour favoriser l’avancement des femmes dans la société. Elle était ainsi restée avec les nourrices, prenant soin des enfants des autres personnes en même temps que la sienne. Cette garderie fut un énorme succès chez les jeunes filles, qui avaient déclaré à la suite de sa création : « Maintenant, je peux me marier sans problèmes. »

Le congé maternité étant inexistant à l’heure actuelle, les femmes étaient donc souvent renvoyées au moment où elles tombaient enceintes. C’était pourquoi, à moins qu’elles ne deviennent une des maîtresses du roi, la plupart des servantes devaient passer toute leur vie seules.

Mais je divaguais. Fondamentalement, cela signifiait que Tomoe avait deux mères dans le palais. Elle avait d’abord semblé déconcertée, mais maintenant les deux l’adoraient.

Liscia se leva et posa ses mains sur l’arrière du canapé, puis elle regarda par-dessus mon épaule. « Pourtant, lorsque vous avez du temps libre, pourquoi faites-vous de la couture ? Est-ce une poupée ? »

« Oh, cela ? C’est le Petit Musashibo. » (Kazuya)

J’avais enfin fini de coudre le dos de la poupée, puis la présentai à Liscia.

« Petit Musashibo ? » (Liscia)

« Oui. Il provient de mon monde... On peut dire que c’est quelque chose comme une bête rare et exotique ? » (Kazuya)

Le Petit Musashibo était une mascotte super-déformée et mignonne, basée sur Musashibo Benkei qui provenait de la ville où je vivais avant. Un visage de soie blanche. Portant une étole de prêtre bouddhiste et des perles de prière. De grands sourcils épais qui semblaient imposants, mais d’adorables yeux noisette juste en dessous. Les gens avaient toujours aimé cette disparité, donc elle était très bien acceptée.

En passant, la ville où j’avais vécu n’avait absolument aucun lien avec Musashibo Benkei. Alors, pourquoi pas Benkei dans ce cas, vous pourriez vous demander ? Eh bien, "parce que, il y a longtemps, la Préfecture de Saitama était connue sous le nom de Province de Musashi." C’était la seule raison.

Maintenant, vous pourriez demander : "Alors, Musashi Miyamoto ou Musashimaru n’auraient-ils pas fonctionné tout aussi bien ?" ou "Si c’est à cause de la province de Musashi, cela ne couvre-t-il pas tout Saitama ?" Mais le faire serait ennuyant.

Vous ne pensez pas, vous le ressentez. Voilà comment les personnages de mascotte étaient.

« Urkh...Cela me rend folle à quel point elle est étonnamment mignonne, » dit Liscia, en regardant la poupée Petit Musashibo. « Pourtant, pourquoi feriez-vous quelque chose comme ça ? »

« Eh bien, en fait... Mes Poltergeists Vivants fonctionnent très bien avec les poupées. » (Kazuya)

À la suite de ces mots, je me concentrai, et Petit Musashibo commença à se déplacer sous nos yeux. Il utilisa ses petits bras et jambes pour faire du smurf [1]. Et le fait qu’il était bon dans cela l’avait rendu encore plus surréaliste.

Liscia regarda cela, stupéfaite. « Qu’est-ce que... ? »

« Quand je l’utilise sur un stylo, tout ce que je peux faire, c’est de le faire flotter dans les airs. Mais avec une poupée, je peux le déplacer presque comme si j’y étais. De plus, avec les poupées, les portées maximales augmentent considérablement. » (Kazuya)

Jusqu’à maintenant, je n’avais pu manipuler que des objets jusqu’à une portée de cent mètres, mais avec des poupées, je pouvais les envoyer non seulement dans la ville du château, mais bien au-delà des murs.

« C’est certainement impressionnant, mais... qu’allez-vous faire avec cela, devenir un artiste de rue ? » Répondit Liscia. Elle avait l’air exaspérée du Petit Musashibo.

« Haha. C’est une idée possible. Peut-être que je devrais arrêter d’être le roi et de gagner ma vie sur les routes. » (Kazuya)

« Ne dites pas des idioties. Je ne vous laisserai pas abandonner le travail à mi-chemin. » (Liscia)

« ... Je sais déjà cela. Quoi qu’il en soit, voici le point important. » (Kazuya)

Je donnai au Petit Musashibo deux épées courtes. Quand je l’avais fabriqué, en dépit d’être fait de feutre et bourré de coton, le Petit Musashibo avait réussi à tenir deux épées qui auraient été lourdes même dans les mains d’un homme adulte. Le Petit Musashibo se positionna comme l’aurait fait Musashi Miyamoto, avec ses deux épées.

Les yeux de Liscia s’élargirent en grand à cette vue. « Aucune chance... C’est une simple poupée, n’est-ce pas ? »

« Il semble que lorsqu’une poupée tient quelque chose sur elle, ceci est considéré comme un objet optionnel de la poupée. De plus, elles peuvent librement utiliser n’importe quel élément que je leur ai équipé. En tant que test, j’ai donné à une autre poupée des armes et j’ai essayé de l’envoyer pour lutter contre les monstres. Il a finalement très bien réussi à se battre au cours de vrais combats. » (Kazuya)

« Une poupée monstre combattante. Attendez... Le mannequin des rumeurs !!! » (Liscia)

« Oui. J’ai utilisé une poupée que j’avais trouvée, pour faire des expérimentations à l’extérieur du palais. » (Kazuya)

Cependant, je n’aurais jamais imaginé qu’il y aurait finalement des rumeurs à ce sujet. J’avais essayé de faire mes tests la nuit, au moment où il n’y aurait plus personne pour le voir. Mais peut-être que cela n’avait fait qu’accentuer encore plus les choses à propos de cette histoire de fantômes.

« Grâce à cela, j’ai pu découvrir qu’ils peuvent faire face à des monstres. Et pour couronner le tout, plus ils gagnent d’expériences et plus les poupées peuvent se déplacer aisément. » (Kazuya)

Alors que je disais cela, le Petit Musashibo plaça ses bras devant lui. Il tenait encore ses épées courtes. Et ensuite, il les fit tournoyer en cercles assez rapidement que vous vous attendiez presque a entendre un effet sonore. Il avait l’air d’une grosse toupie, mais il était en fait plutôt comme une scie circulaire qui serait tourné de côté. Il était donc beaucoup plus dangereux qu’il n’en avait l’air.

« Est-ce que l’entrainement effectué par les poupées, se reflète-t-il sur votre corps principal ? » Me demanda Liscia.

« Si tel était le cas, alors cela deviendrait une capacité trop puissante. Mais malheureusement non. Peut-être que c’est parce que je n’ai pas la force musculaire pour cela ? Mon corps est trop faible. » (Kazuya)

« Hmm... Alors, pourquoi ne pas le faire ? » (Liscia)

« Je pense que l’utilisation la plus efficace de mon temps consiste en l’amélioration de ma capacité de contrôler des poupées au lieu d’essayer de renforcer mon propre corps. Peu importe combien je travaillerais, je ne deviendrais pas assez fort pour que ce soit mieux que de contrôler trois puissantes poupées qui se battent autour de moi. » (Kazuya)

« Ce n’est pas ainsi qu’un héros combat. » Dis Liscia, exaspérée.

Malheureusement, j’étais totalement d’accord avec cette évaluation.

Dans les œuvres fantastiques de mon ancien monde, ma classe aurait probablement été "Maîtres des Poupées" ou "Marionnettiste". Ce type d’emplois avait tendance à être le genre de classe qui soutient les autres à distance moyenne. Et c’était totalement différent de ce à quoi l’on s’attendait d’un héros se trouvant en première ligne et chargeant bravement ses adversaires. Voilà ce que la population pensait.

« Quand je vous regarde, je peux sentir l’image que je me faisais d’un héros voler en éclat. » Déclara froidement Liscia.

« Hahaha... » Riais-je à ces mots. « Ne vous inquiétez pas. Je ressens la même chose me concernant. »

Cela faisait un mois environ depuis que j’avais été convoqué ici. Et tout ce que j’avais fait jusqu’à présent était de la politique intérieure au pays. Et tout ce que je prévoyais de faire au cours des prochains mois était aussi de la politique intérieure. Alors comment pourrai-je être appelé un héros en vue de mes actes si peu héroïques et si peu glorieux ?

Soudain, un coup fut frappé sur la porte.

« Excusez-moi, » annonça la personne venant de rentrer, avant de saluer en baissant légèrement la tête.

C’était la femme de chambre en chef du palais et l’assistante personnelle de Liscia, Serina. Une beauté intellectuelle qui était cinq ans plus âgée que Liscia, elle était aussi talentueuse qu’elle le paraissait, une femme qui savait faire son travail correctement.

Quand Serina vit mon visage, elle baissa la tête tout en réalisant une révérence.

« Votre Majesté. Monseigneur Hakuya me demande de vous dire cela : "Monsieur Poncho et les autres se sont rassemblés comme vous l’aviez demandé". » (Serina)

« Hein ? Ils sont ici ? Je les ai tant attendus !! » Après avoir déclaré ces mots, je me levai de mon siège avec empressement, prenant Liscia par la main avant de rajouter. « Allons-y, Liscia. »

« Hein ? Quoi !? » (Liscia)

Au moment où j’attrapai soudainement sa main, Liscia se mit à rougir.

« Oh, ma parole, princesse, » dit Serina. « Penser que vous rougiriez juste en vous faisant prendre la main. Avec une telle innocence, comment allez-vous pouvoir faire face à vos devoirs nocturnes avec Sa Majesté ? »

« Serina !? De quoi est-ce que vous parlez !? » (Liscia)

« S’il vous plaît, permettez-moi de bientôt pouvoir tenir entre mes mains votre enfant. Mais vous savez comment les bébés sont faits, n’est-ce pas ? » (Serina)

« Arggg! Vous n’arrêtez pas de me taquiner ! » (Liscia)

... Serina était une femme de ménage très capable, mais elle avait la mauvaise habitude d’être facilement sadique envers les filles mignonnes. Sa maîtresse, Liscia, ne faisait pas exception à la règle. Eh bien, je suppose que cela signifiait que leur lien de confiance entre eux était assez fort pour se l’autoriser. Tant qu’elle ne tournait pas cela en sadisme envers moi, alors elle était une travailleuse très compétente à mes yeux.

« Eh bien, nous partons. » Déclarai-je.

« He ! Attendez un peu, Souma. » S’opposa Liscia.

« Prenez soin de vous ! » Dis Serina. En sortant de la pièce, elle nous fit face avant de faire une révérence.

En cours de route, nous avions récupéré Aisha qui attendait à côté de la porte de la princesse, et au moment où nous arrivâmes à la salle de réunion, tous ceux qui avaient été convoqués étaient déjà rassemblés là.

À cette table ronde installée au centre de la pièce, était assis Hakuya, le Premier ministre, Tomoe, ma belle-sœur, Juna la Lorelei et Poncho Ishizuka Panacotta. Si nous excluons Ludwin, qui était occupé avec une autre affaire, et Marx, qui avait abandonné le titre de Premier ministre à Hakuya et maintenant gérait le palais, tous ceux qui avaient assisté au rassemblement étaient présents ici.

« Votre Majesté, » déclarèrent-ils tous, en cœur.

« S’il vous plaît. Restez assis, » leur demandai-je, tendant la main vers eux. « Je suis après tout celui qui vous a convoqués tous ici. »

Liscia et moi, nous nous assoyions aussi sur nos sièges. Aisha était la seule qui restait debout, se positionnant juste derrière moi afin qu’elle puisse agir immédiatement au cas où quelque chose se passerait. Honnêtement, cela me dérangeait de l’avoir ainsi derrière moi, debout, alors je lui demandai de s’asseoir, mais elle refusa obstinément.

N’êtes-vous pas censé suivre les ordres de ton maître ? pensais-je avec ennui.

Eh bien ! Pour l’instant, nous allons mettre cela de côté.

« À vous tous, ici présente, merci d’être venu. » Déclarai-je. « Je vous remercie sincèrement. »

« P-P-P-P-Pas du tout ! C-C-C-C-Ce n’était rien ! » bégaya Poncho.

« Votre Majesté, n’inclinez pas la tête si facilement, » déclara Hakuya. À côté d’un Poncho agité, Hakuya avait un regard désapprobateur sur le visage. « Si la personne au sommet s’abaisse ainsi, il se peut que les personnes qui viendront devant vous vous considèrent avec mépris. »

« Toute dignité que je ne peux que maintenir en agissant de manière suffisante est une dignité dont je n’ai pas besoin. En outre, je ne considère pas les personnes présentant dans cette salle comme étant des serviteurs ou des citoyens, mais comme des camarades. » (Kazuya)

« Vous êtes trop gentil, Votre Majesté. » Juna fit une petite révérence. Ses petits gestes avaient toujours été conçus pour donner une image si belle.

Tomoe, d’un autre côté, était tellement nerveuse qu’elle était raide. Ses vêtements de la dernière fois avaient été en lambeaux, mais maintenant, elle portait ce qui ressemblait à une tenue de miko avec une minijupe, ce qui était apparemment une tenue traditionnelle pour les loups mystiques. « E-Est-ce que je suis aussi votre camarade, mon roi ? »

« Non, sûrement pas ! Tomoe, vous, vous êtes ma belle-sœur, vous en souvenez-vous ? » (Kazuya)

« Oh, oui c’est vrai. » (Tomoe)

« Oui. Alors ne m’appelle pas ton roi, et appelle-moi "Grand Frère Souma". » (Kazuya)

« Ah, ce n’est pas juste ! Alors, appelle-moi aussi "Grande Sœur" dans ce cas ! » Cria Liscia.

« Um... Grand Frère Souma. Grande Sœur Liscia, » Dit Tomoe avec les yeux tournée vers le haut.

« « Super ! » » Liscia et moi avions tous deux réagi à la suite de la réaction mignonne de Tomoe, en affichant un enthousiasme en hausse.

Splash ! Splash !

Nous avions alors été frappés tous les deux avec un éventail en papier. C’était bien sûr Hakuya qui l’avait fait.

« Vous deux ! Ça va nous prendre une éternité si vous continuez avec ce genre de choses, alors écoutez-les. » (Hakuya)

« « Je suis désolé. » » Nous nous sommes tous deux excusés.

Soit dit en passant, cet éventail de papier était quelque chose que j’avais donné à Hakuya quand il avait reçu le poste de Premier ministre, tout en lui disant : « Si j’agis trop loin de ce que je devrais, alors n’hésitez pas à me frapper la tête avec ça ». C’était une blague que j’avais fait pour alléger un peu le côté trop sérieux d’Hakuya, mais comme on pouvait s’y attendre d’un homme qui était le plus grand génie de l’histoire d’Elfrieden (ou du moins, ce que prétendait Marx), il utilisait l’éventail en papier d’une manière très brillante.

« Alors, ça fait quel effet à la dignité royale si un serviteur du royaume gifle son roi avec un éventail de papier ? » Questionnai-je.

« Cela m’a fait très mal de devoir le faire, Votre Majesté, mais comme c’est un ordre royal alors j’y étais contraint. Le comprenez-vous ? » Répondit Hakuya avec un regard effronté sur son visage. « Cela dit, Votre Majesté, vous devriez expliquer à tous pourquoi ils ont été appelés ici. »

« Oh, oui, c’est vrai... Poncho. » (Kazuya)

« O-Ouiiiiii! » (Poncho)

Alors que la conversation se tourna soudainement vers lui, Poncho se leva si vigoureusement qu’il faillit faire tomber sa chaise. Il était aussi rondelet que jamais, mais il était plus bronzé qu’il ne l’avait été pendant l’audience royale de l’autre jour.

« Avez-vous préparé ce que je vous ai demandé ? » Lui demandai-je.

« O-Oui ! Avec votre coopération, Monseigneur, j’ai pu visiter tous les endroits en deux semaines, alors qu’il m’avait fallu huit ans avant cela. » (Poncho)

« Coopération. Qu’avez-vous fait pour lui venir en aide ? » Me demanda Liscia tout en me regardant d’un air dubitatif...

« Oh, il veut parler de comment j’ai clarifié les choses avec les pays concernés et je l’ai laissé utiliser une des wyvernes royales utilisées exclusivement pour les visites de la famille royale pour qu’il puisse se déplacer. »

Les wyvernes royales étaient utilisées quand le roi voyageait à l’étranger. L’Armée Interdite en avait seulement une poignée. La tâche de Poncho avait nécessité un transport rapide, alors je lui en avais prêté une. La plupart des wyvernes appartenaient à l’armée de l’air, mais avec leur amiral Castor, n’étant pas coopératif, si nous lui avions demandé de nous prêter une wyverne, cela n’aurait probablement pas fonctionné... Tout cela me causait d’importants maux de tête rien qu’à y penser.

« Alors, Poncho, montrez-nous ce que vous avez recueilli, » dis-je.

« O-Oui ! Ici, Monseigneur, j’ai les "ingrédients que personne n’a l’habitude de manger dans ce pays" que vous m’aviez demandé d’aller chercher, n’est-ce pas ? » Avec ces mots, Poncho sortit un gros sac de sous la table.

Quand Liscia le vit, ses yeux s’élargirent avant de crier. « Hee! Mais c’est le Sac du Héros ! »

« Oui. Je trouvais qu’il en ferait un bon usage pour cette situation un peu spéciale, du moins, c’est ainsi que je vois les choses, et en plus de cela, les aliments mis à l’intérieur se détériorent bien plus lentement. Je pensais que ce serait parfait pour la collecte des ingrédients, alors je le lui ai prêté temporairement. » (Kazuya)

« Mais même ainsi, vous ne devriez pas le faire... Oh bon, peu importe ! » Liscia abaissa ses épaules dues à sa résignation vis-à-vis de mes actes avant de poursuivre. « Alors, qu’est-ce que c’était ? Les "ingrédients que personne n’a l’habitude de manger dans ce pays" ? »

« Pour être plus précis, il s’agissait des "ingrédients consommés à l’étranger, et que certaines régions de notre propre pays possèdent aussi, mais dont leurs consommations n’est pas dans les mœurs des citoyens de notre pays". » Lui répondis-je.

Différents endroits possédaient des aliments différents, et différentes personnes avaient des goûts différents. Vous entendiez souvent des choses comme quoi certains mets immangeables dans un tel endroit, étaient appréciés en tant qu’un met raffiné et très prisé dans un autre. Même au Japon, dans certaines régions, vous pouviez trouver des choses qui vous feraient dire : « Hein !? Cela se mange vraiment ? » Au point qu’il y avait eu des programmes télévisés comme "Bizarre Foods" qui avaient mis l’accent sur le sujet.

« À l’heure actuelle, notre pays cultive des choses comme le coton, le thé et le tabac, alors nous les remplacerons en partie avec des cultures vivrières. » Leur expliquai-je alors. « Cependant, nous ne verrons pas leurs effets rapidement, du moins, pas avant l’automne. Donc, pour empêcher les personnes de mourir de faim jusque là, un plan avec des résultats instantanés est nécessaire. »

Afin de résoudre la crise alimentaire, des réformes sérieuses devant durer sur une longue période de temps seraient nécessaires. Cependant, pendant ce temps-là, il y aurait des gens qui auront très faim, et il y avait aussi l’inquiétude que certains puissent même mourir de faim, vu que tout cela prendrait beaucoup de temps avant de voir des résultats concrets. De plus, les premiers à mourir seraient automatiquement les bébés en bas âge, qui, avec leurs constitutions faibles et leurs besoins élevés de nutrition, étaient les plus fragiles et les plus demandeurs d’une source stable de nourriture de qualité.

Les enfants étaient un trésor national. Je ne pouvais donc pas les laisser mourir de faim.

Cela dit, même si je voulais livrer de la nourriture à toutes les personnes affamées du pays, il y avait des limites à la quantité de soutien qui pouvait être offert par le pays. C’est pourquoi, parallèlement aux stratégies à plus long terme, des contre-mesures à court terme avec des effets immédiats seraient nécessaires.

« Et ce sont ces ingrédients que nous n’avons pas coutume de les manger ? » Demanda Liscia.

« Ils sont mangés dans d’autres pays, mais nous n’avons pas l’habitude de les manger ici, » lui répondis-je. « Si nous développons ces habitudes, il sera plus difficile de mourir de faim. Car après tout, ceci augmentera très facilement l’approvisionnement alimentaire dans le pays. »

« Y aura-t-il quelque chose de si utilisable et si pratique que cela, là-dedans ? » Demanda-t-elle, d’un air dubitatif.

« C’est ce que nous devons vérifier... Maintenant, changeons de lieu. » (Kazuya)

« Changer de lieu ? » Bredouilla Liscia, surprise de ma phrase.

En voyant Liscia incliner la tête sur le côté avec curiosité, je lui répondis avec un rire. « Nous allons analyser si nous pouvons utiliser ces ingrédients ou non. Donc évidemment, nous allons voir cela dans la cafétéria. »

« Hey, Souma. Je comprends pourquoi vous souhaitez utiliser la cafétéria, mais... n’avons-nous pas trop de personnes présentes là-bas en ce moment ? » Me demanda Liscia.

Comme elle l’avait souligné, la cafétéria était toujours bruyante, mais d’une manière différente de l’habitude.

Dans cette cafétéria qui était utilisée par les gardes et les servantes (et récemment, même par le roi), il y avait généralement plus d’une trentaine de longues tables mises en place pour accueillir un grand nombre de personnes, qui pouvaient ainsi toutes manger en même temps. Cependant, à l’heure actuelle, toutes les tables longues, sauf une, avaient été emmenées plus loin, pour ainsi créer un large espace ouvert. Malgré cela, la cafétéria était pleine de personnes et d’équipements, et il n’y avait qu’un petit espace libre autour de la longue table restante.

Un joyau massif flottait dans la salle et occupait beaucoup d’espace.

« Encore à vouloir utiliser le Joyau de Diffusion de la Voix ? » Me demanda Liscia.

« C’est un gaspillage horrible qu’une chose si utile ne soit utilisée que pour lire des déclarations de guerre, » lui répondis-je. « Je me dois de trouver un meilleur usage pour cette merveille. »

Ce Joyau de Diffusion de la Voix était tout comme la télévision. Ceci pourrait immédiatement transmettre des informations aux personnes, ainsi que diffuser certains programmes de divertissement qui devrait nous aider à gagner le soutien de la population. J’avais déjà remarqué qu’il y avait quelques défauts. Par exemple le manque de technologie d’enregistrement de l’image et du son qui obligeait à ce que toutes les émissions soient automatiquement en direct ainsi le fait que la vidéo ne soit disponible que dans les plus grandes villes (bien que les émissions diffusées uniquement en sonores soient disponibles même dans les plus petites). C’était juste une chose où je devais attendre que la technologie magique progresse dans ce sens pour pouvoir l’utiliser à son plein potentiel.

J’avais pensé commencer comme premier programme de divertissement avec un équivalent de Nodo Jiman, un concours de chant amateur. À travers le café chantant où Juna travaillait, j’avais pu faire venir les personnes qui étaient venues montrer leur "don pour le chant" lors de mon rassemblement de personnes douées, et nous nous préparions maintenant à faire leurs débuts en tant que chanteurs et idoles.

Le premier diffuseur public d’Elfrieden, Hehe... Pensai-je. Les rêves sont illimités.

« Pourquoi est-ce que vous souriez comme cela ? » me demanda froidement Liscia, alors que j’étais en train d’imaginer les possibilités offertes devant moi. « Vous avez l’air effrayant. »

Je toussai avant de répondre. « Hum ! Pour notre projet actuel, l’objectif est d’introduire l’habitude de manger des aliments qui ne sont pas consommés dans ce pays. Les rendre publiques en même temps aux personnes du royaume serait plus efficace, n’est-ce pas ? »

« En utilisant Juna ? » (Liscia)

« Oui, mais vous aussi, Liscia. Oh ! Et aussi Aisha ainsi que Tomoe. Ils disent que le B.A.-BA [2] pour capter l’auditoire est les animaux, les beautés et les enfants. C’est pourquoi j’ai besoin de vous, Liscia, en tant que la jolie fille plutôt classique, de Juna possédant un charme mature, malgré son jeune âge, d’Aisha avec sa peau sombre et en pleine santé, et de Tomoe, qui possède des oreilles d’animaux, ainsi que la beauté et est aussi une enfant. Avec vous toutes ici, les yeux des personnes seront définitivement collés à l’écran. » (Kazuya)

« M-Moi, aussi... ? » À la suite de mes mots, Liscia rougissait d’un profond rouge écarlate. Quant aux trois autres.

« J’en serais honoré, Monseigneur. » Déclara Juna.

« Oui, Votre Majesté ! Je m’efforcerai de répondre à vos attentes ! » me répondit Aisha, pleine d’enthousiasme.

« Ouais ! J-J-Je ferais de mon mieux ! » Cria Tomoe.

Chacune d’elles m’avait ainsi montré son enthousiasme. Pendant ce temps, Hakuya mit rapidement les choses en ordre pour pouvoir commencer la diffusion, et Poncho vérifiait à la hâte les ingrédients qu’il avait recueillis. Quand je les voyais agir comme ça, j’avais la certitude d’avoir formé un groupe de personnes pouvant travailler ensemble pour surmonter toutes les difficultés auquel ils feront face. Bien sûr, j’en voulais encore plus.

Quand tout fut prêt, je donnai l’ordre à tous. « Tout est prêt, alors que la diffusion commence maintenant. »

◇ ◇ ◇

Notes

  • 1  Smurf : Nom français pour le breakdance.
  • 2  B.A.-BA : Connaissance élémentaire d’une science, d’un domaine intellectuel.

☆☆☆

Partie 2

Ce jour-là, chaque ville méritant ce nom dans le royaume d’Elfrieden était remplie de personnes.

Lorsque la rumeur se répandit comme quoi le jeune roi, qui avait agité le pays avec son rassemblement de l’autre jour, allait utiliser le Joyau de Diffusion de la Voix pour faire encore une nouvelle activité, les habitants se précipitèrent vers les places dans les grosses villes ayant des fontaines de diffusion. (Les systèmes qui permettaient de disperser le brouillard dans l’air pour projeter les images du Joyau de Diffusion de la Voix étaient généralement installés sur la fontaine se trouvant sur la place centrale des villes.)

Les personnes qui vivaient dans des villages qui ne pouvaient recevoir que le son ne tardèrent donc pas à venir dans les villes voisines, de sorte qu’ils pouvaient ainsi voir aussi la vidéo. Finalement, tout ceci fit qu’il y avait encore plus de citoyens que d’habitude qui se rassembla sur ces places.

Dans ce monde, où les seules formes de divertissements étaient de discuter à propos des expositions en cours, de boires, et de jouer à des jeux de hasard, le Joyau de Diffusion de la Voix commença rapidement à être reconnu par les habitants comme étant une nouvelle forme de divertissement.

Et comme toujours, lorsque les gens se rassemblaient, l’argent bougeait. Il existait déjà certaines installations dans les places de chaque ville. Et donc, tout ceci commença à prendre des airs festifs. Tout le monde posa donc des tapis ou des draps devant la fontaine, attendant impatiemment que la diffusion commence.

« He ! Le joyau va-t-il encore recommencer à diffuser quelque chose comme la dernière fois ? » demanda une enfant.

« Oui chérie. Je me demande ce que cela sera cette fois-ci. » Une mère sourit, tout répondant à sa petite fille avec le léger zézaiement.

« Chacun semble s’amuser. L’époque a certainement bien changé. » Déclara une autre présente sur les lieux.

« C’est certainement le cas. Pourquoi, de notre temps, n’avons-nous jamais pensé que le Joyau de Diffusion de la Voix puisse être quelque chose de si agréable. » Rajoute une personne d’âge moyen présente sur le lieu.

Les personnes âgées, qui connaissaient bien le Joyau de Diffusion de la Voix, et qui savaient bien que le Joyau n’avait été utilisé par les générations précédentes des rois que pour des déclarations de guerre et des annonces publiques sur la situation militaire actuelle, avaient fermé les yeux en silence. À cette époque, le pays avait près de deux fois son territoire actuel, mais seulement la moitié de sa population actuelle.

Le Joyau de Diffusion de la Voix avait toujours été pour des choses comme « Nous avons gagné la bataille de X. » ou « Nous devons bravement nous battre contre X, et nous devons continuer jusqu’au bout à lutter ». C’est pourquoi pour toutes les personnes de plus d’un certain âge, le Joyau de Diffusion de la Voix avait toujours eu une connotation de mort.

« C’est sûr que notre nouveau jeune roi soit un homme qui ne ressemble pas à cette image-là — » (vieil homme)

« Wooooooooo ! » (foule)

La voix du vieil homme fut noyée par des acclamations des personnes présentes autour de lui.

Un homme et une femme en uniforme apparurent subitement dans les airs.

« Bonjour, peuple d’Elfrieden, » déclara la femme.

« Bonjour à tous. » Rajouta l’homme.

« Je viens à vous depuis le Château de Parnam avec une toute nouvelle émission. Le Génial Déjeuner du Roi. Je serais votre hôtesse, Juna Doma... » (Juna)

« ... ainsi que moi, P-Poncho Ishizuka Panacotta ici présent. » (Poncho)

« ... monsieur Poncho, vous n’avez pas besoin d’être si tendu. » (Juna)

« E-Et bien, voyez-vous, je n’ai aucune expérience dans ce domaine. Madame Juna, vous êtes tellement confiante à ce sujet. Je vous envie tellement. » (Poncho)

« Eh bien dans mon cas, je chante tout le temps devant les clients du café où je travaille. À ce propos, si vous visitez Parnam, venez voir notre café chantant, la Lorelei. » (Juna)

« S’il vous plaît, ne commencez pas avec de la publicité ! » (Poncho)

« Hahahahaha. » Le contraste entre la beauté ludique et l’homme grassouillet amena beaucoup de rires sur les places de fontaines, aux quatre coins de la nation.

« Maintenant, ce gentleman va vous expliquer le but de notre programme. » (Juna)

« L-Le 14e roi d’Elfrieden. Sa Majesté Kazuya Souma. » (Poncho)

Ohhh ! Des cris s’élevèrent depuis la place.

Le jeune roi qu’ils avaient déjà vu lors du rassemblement du personnel apparu alors sur l’écran. « Je n’ai pas encore été couronné, alors à proprement parler, je ne suis pas encore le roi, mais... oh bonjour. Je suis Kazuya Souma, le gars qui agit actuellement comme votre roi. Maintenant, pour aller droit au but, j’aimerais parler de l’état de ce royaume. »

« Il ne ressemble pas vraiment à un roi. » Dis une personne sur la place. De la manière qu’il agissait, vous ne pouviez pas les culpabiliser d’avoir de tels pensées.

Ne semblant pas se rendre compte de tout cela, Souma se tenait devant une table qui avait été préparée pour l’occasion, expliquant les choses avec des cartes et des schémas. Il était particulièrement minutieux sur les causes de la crise alimentaire.

« ... En réponse à cette augmentation de la demande, cela a donc créé des conditions dans lesquelles vous pouviez vendre autant que vous pouviez produire, de sorte que les agriculteurs sont passés de la culture alimentaire à la culture du coton, et c’est donc l’origine de notre actuelle crise alimentaire. Bien sûr, ce n’est pas seulement la faute des agriculteurs. La responsabilité incombe également aux commerçants qui les ont forcés à le faire pour ainsi pouvoir vendre leurs produits, ainsi qu’aux soldats qui ont bénéficié de ces produits et à la famille royale pour avoir ignoré ces faits jusqu’à ce qu’ils deviennent un réel problème. Pour cela, je m’excuse profondément. » Avec avoir déclaré ces mots, Souma baissa la tête.

Pour qu’un roi s’incline devant ses sujets et ses serviteurs, c’était inouï. Surtout que la situation actuelle n’avait même pas été causée sous le règne de Souma.

« À l’heure actuelle, notre royaume fait passer les cultures commerciales aux cultures vivrières. Cependant, je ne m’attends pas à voir les effets de cela avant l’automne ou plus tard. Nous envisageons l’importation de denrées alimentaires provenant d’autres pays, mais la situation n’est pas non plus favorable de leurs côtés. L’une des raisons est que nous n’avons rien pour remplacer notre principale exportation, le coton, et nous ne pouvons donc pas garantir la monnaie étrangère. L’autre raison est que chaque pays se trouve dans une situation similaire à la nôtre. Ils ne peuvent pas nous vendre ce qu’ils n’ont pas. » (Souma)

Les paroles de Souma étaient plus que suffisantes pour déprimer le peuple. Mais ils furent plus que surpris que Souma ait diffusé publiquement ces informations à son peuple. Normalement, ceux qui se tenaient au sommet ne divulguaient pas ces informations à ceux qui se trouvaient sous eux. Parfois, c’était parce que ces informations comprenaient des erreurs qu’ils avaient eux-mêmes faites. Et à de nombreuses reprises, ils croyaient aussi que ceux qui étaient au-dessous ne comprendraient pas même s’ils avaient été informés des questions de politique nationale.

En fait, l’explication du roi avait été assez simple pour qu’un lycéen du Japon puisse la comprendre, et pourtant, seulement environ trois dixièmes de la population de ce pays le pourraient quant à eux. Cependant, ce jeune roi avait quand même divulgué l’information.

Plus une personne était instruite, plus grande fut sa surprise. Pourquoi avait-il exposé à la population, une telle disgrâce nationale, qui pourrait conduire à sa propre perte ?

« Hum. Heu... Est-ce que c’est correct de dire cela à la population du royaume ? » Poncho hésitant lui posa la question que tout le monde était en train de penser. Cependant, l’expression de Souma ne changea pas le moins du monde.

« Plus vous cachez quelque chose, et plus les gens douteront de vous. Il y a des choses que nous devons cacher en ce qui concerne les affaires étrangères, mais pour la politique interne, j’ai l’intention de continuer à divulguer de telles choses. Voyez-vous, je veux que mes compatriotes utilisent aussi leurs têtes. Quelle est la meilleure chose à faire pour ce pays ? Mes politiques sont-elles correctes ? Je veux qu’ils pensent avec moi. » (Souma)

« Je n’ai jamais vu un roi agir comme ça avant aujourd’hui. » Chuchota quelqu’un dans l’assemblée.

Il était inouï pour une personne au pouvoir de demander à son peuple de penser à la politique avec lui. Techniquement, même dans ce pays, il y avait le Congrès du Peuple qui représentait leurs volontés, mais c’était, simplement, « Un lieu pour décider des plaidoyers du peuple qui devait être fait au roi. » Le roi était libre de mettre en œuvre ou non selon ses propres désirs, et le contenu de ce congrès était limité à des demandes de correction de l’inflation des prix pour X ou des demandes de dépenses pour des travaux publics. Il était utile d’avoir une boîte à suggestions, mais ce n’était pas un lieu propice pour débattre des décisions politiques.

Le système féodal était encore puissant dans ce pays. Pour le dire d’une manière la plus simple possible, le système politique dans ce pays était. « Ceux du dessous paient des impôts. Ceux du dessus protègent les vies et les biens de ceux du dessous. » C’était tout ce qu’il y avait à dire sur l’actuel système.

Les gens du peuple payaient des impôts à leurs seigneurs, et les seigneurs garantissaient leurs vies et leurs propriétés en retour. Leurs seigneurs (la noblesse) devaient, quant à eux, payer des impôts au roi en plus de le servir dans son armée en temps de crise, et de son côté, le roi leur garantissait leurs vies et leurs propriétés. C’était une société ayant un système de caste des plus complets.

Mais quand il y avait de la pourriture au sommet d’un tel système, la pourriture risquait de s’étendre jusqu’à la base. Cependant, pour le regarder d’une manière inversée, tant que les personnes au-dessus de vous étaient compétentes, les gens d’en dessous n’avaient pas besoin de réfléchir à la politique nationale. Donc, c’était un système facile à faire fonctionner de cette manière.

Cependant, ce jeune roi avait demandé à la population d’utiliser leur tête. Il leur avait demandé de penser à ses actions politiques avec lui.

Il n’y avait pas encore de cheminement clair concernant cette participation politique que pourrait effectuer le peuple. Et même si on leur donnait ce droit, il était clair que de voir les citoyens non scolarisés qui commenceraient à s’impliquer dans cela n’était pas pensable. Cependant, même ainsi, il avait semé les graines du changement.

« Ce pays va certainement changer... » déclara une personne dans la foule.

« J’envie les jeunes qui vont pouvoir voir ce changement » rajouta un vieil homme juste à côté de lui.

« Nous n’avons pas encore fini de voir ces changements. » Dis une autre personne.

En regardant ce jeune roi, les vieux regardèrent directement ses yeux, et ce fut comme s’ils étaient aveuglés par leurs intenses rayonnements.

Sans aucune façon de savoir ce qui se déroulait un peu partout dans son royaume, Souma continua son explication.

« Comme vous le voyez ici, nous devrons attendre jusqu’à l’automne pour qu’une solution fondamentale au problème soit effective. Il va sans dire que nous avons l’intention de fournir un soutien au maximum de personnes possible, mais il y a des problèmes dus aux volumes impliqués et à la géographie qui nous empêchent d’atteindre toutes les personnes dans le royaume. Après tout, tout le monde ne vit pas dans des plaines. » (Souma)

C’était un pays ayant de nombreuses races vivant ensemble. Des elfes sombres qui vivaient dans la forêt, aux dragonewts qui préféraient vivre à haute altitude comme dans les montagnes, aux nains qui vivaient dans des grottes souterraines, et il y avait ceux qui vivaient dans des endroits où les lignes d’approvisionnement ne traversaient pas. Il en était de même pour ceux qui vivaient dans des villages marginaux en pleine montagne.

« C’est pourquoi je viens à vous, mes compatriotes, avec une demande... Non, un ordre. » À ce moment-là, Souma s’arrêta de parler. Puis, après avoir repris son souffle, il déclara très clairement. « Tout le monde, vous devez survivre jusqu’à l’automne. »

Quand ils entendirent les mots provenant de la bouche du jeune roi, les gens déglutirent. Le sens de ces mots était simple. Cependant, l’intention derrière eux était impénétrable.

« Parce que nous n’avons pas d’atout dans la manche, vous devrez tous survivre par vous-mêmes, » déclara le roi. « Pour la recherche de nourritures, allez dans les montagnes, dans les rivières, dans la mer. Coopérez les uns avec les autres et même, inclinez vos têtes envers les autres si cela vous est nécessaire. Peu importe combien cela peut être humiliant, vous devez le faire ! Parce que je veux que tout le monde survive jusqu’à l’automne. »

Ces mots auraient pu être entendus comme une abdication de ses responsabilités. Après tout, il disait à ceux qui souffraient d’aller travailler dur par eux-mêmes. Cependant, il était vrai que seuls ceux qui travaillaient durement seraient sauvés.

Le jeune roi baissa sincèrement la tête. « S’il vous plaît. Quand je dis tout le monde, je veux parler de tous, jusqu’au dernier d’entre vous. Ne tuez pas les autres parce que vous souffrez. N’abandonnez pas vos enfants parce que vous avez trop de bouches à nourrir. Ne jetez pas les anciens et ceux qui sont frêles. Je veux que vous puissiez tous saluer la générosité de l’automne. Cette émission est donc quelque chose que nous avons mis en place dans l’espoir que ce sera une aide pour vous aider à réaliser cela. »

Souma entra maintenant dans le vif du sujet. Il parlait des objectifs de l’émission en cours de diffusion. Elle devait permettre de gagner du temps jusqu’à ce que la crise alimentaire puisse être résolue. Il voulait introduire de nouveaux ingrédients qui n’étaient généralement pas consommés dans ce pays en montrant des moyens pour les préparer. Ces ingrédients pouvaient être obtenus à un faible coût (ou même gratuitement puisqu’ils poussaient librement dans la nature). De plus, en consommant ces ingrédients au cours de l’émission, ils démontreraient qu’ils étaient comestibles.

Même les citoyens qui avaient été indignés de sa déclaration antérieure, alors qu’il avait semblé abandonner sa propre responsabilité, avaient alors senti leur colère se refroidir alors qu’ils écoutaient l’explication de Souma. Parce que ce roi réfléchissait vraiment pour eux et qu’ils pensaient énormément à eux. Ils pouvaient très clairement sentir cela à ses paroles et à sa présente attitude.

« ... Maintenant, vous savez tout. Donc, je vais redonner la parole à vos hôtes, Poncho et Juna. » Avec son explication complétée, Souma revient sur son siège.

Souma ne pouvait pas savoir cela, mais en ce moment, un tonnerre d’applaudissements avait éclaté à travers toutes les places du pays. Des applaudissements spontanés de ces citoyens qui avaient été profondément impressionnés par les mots de Souma. Sans le savoir, Souma commençait lentement à être vraiment reconnu comme étant leur roi.

La vidéo retourna à nouveau sur Poncho et Juna.

« Bon ! Sans plus attendre, place à l’émission. » Déclara Juna. « Poncho, quel sera le premier ingrédient ? »

« Oui ! Notre premier ingrédient est juste ici ! » Après avoir dit cela, Poncho prit une boîte couverte d’un tissu, puis la plaça sur la table où Souma, Liscia, Aisha et Tomoe étaient assis en tant qu’invités commentateurs.

C’était une boîte assez grande pour contenir un large aquarium.

Après s’être arrêté un moment pour ainsi créer un effet dramatique, Poncho retira le tissu.

◇ ◇ ◇

Nous étions maintenant dans la salle à manger du château de Parnam au cours de la diffusion en direct de l’émission.

« Urkh... » (Aisha)

« Eeeeeeeeek! » (Tomoe)

« Quo — quoi !? » (Liscia)

Quand elles virent ce qui était apparu sur la table, Aisha, Tomoe et Liscia poussèrent toutes à leur façon leurs propres cris causés par le choc de la révélation.

Juna, d’autre part, regardait cela et semblait penser, « Ohhhh, alors donc c’est ça ! »

« C’est une pieuvre. »

« Bien sûr, c’est une pieuvre. »

La chose dans la boîte en face d’eux était la créature à corps souple, à huit pattes, que vous connaissez tous pour être une pieuvre.

Bien que beaucoup de créatures dans ce monde avaient été comme affecté par une touche de fantastique, par exemple pour les vaches et les poules qui possédaient des carapaces blindées, ce n’était dans son cas qu’une simple pieuvre (même si elle était plutôt grande). Eh bien ! Même dans les mondes fantastiques, les pieuvres géantes étaient souvent bien plus grosses que celle-là, alors je supposais que cela devrait quand même aller.

Soit dit en passant, dans ce pays, ils appelaient les pieuvres "ocatos", mais cela était tout simplement déroutant pour moi, alors nous resterons avec le mot "pieuvre". Et de toute manière, avec ma mystérieuse capacité de traduction, le mot me semblait tout comme si c’était bien "pieuvre".

« Hein ? Vous ne mangez pas de pieuvres dans ce pays ? » Demandai-je.

« Bien sûr que non ! Attendez ! Souma, avez-vous vraiment déjà mangé avant cela une de ces choses effrayantes !? » Liscia déclara cela tout en me regardant d’un air incrédule.

Allez, c’est juste une pieuvre, le savez-vous ? J’ai du mal à accepter cette réaction. Pensai-je.

« Eh bien ! Compte tenu de leur apparence, je suis sûr qu’ils ne sont consommés que dans certaines régions côtières. Cependant, ma ville natale est l’une d’entre elles. » Expliqua doucement Juna à l’ensemble de la population.

Eh bien, même sur terre, en Europe (à l’exception de l’Italie et de l’Espagne), ils sont appelés "poisson-diable" et, dans certains pays, les gens refusent même de les manger... Je suppose donc que cette réaction normale ? pensai-je.

« Mais ils sont tellement savoureux... » Dis-je.

« Vraiment ? » Me demanda Liscia.

Une fois qu’elle avait entendu qu’ils étaient délicieux, Aisha était prête à attaquer le repas. Comme elle était mon garde-corps, cela signifiait que nous mangions souvent ensemble, alors je savais déjà, que cette fille était une véritable gloutonne. Elle avait une faiblesse particulière en ce qui concernait les aliments sucrés (comme les collations qui venaient en tant que cadeaux pour le roi et les servantes), et elle les grignotait jusqu’au point où les servantes gémissaient de jalousie, « Comment peut-elle manger autant, tout en arrivant à maintenir une si belle silhouette ? »

« Oui ! Il existe des opinions divergentes sur la façon de les cuisiner qui les rend encore plus délicieux. Mais si vous les frottez avec du sel, que vous lavez le mucus et que vous les faites bouillir, alors c’est déjà très bon. Cuit, frit, servi avec du riz, c’est vraiment un délice comme vous les aimez. » (Souma)

Il y eut un silence en réponse à mes paroles.

« Aisha, vous bavez. » Rajoutai je.

« Oups... Pardonnez-moi. » (Aisha)

« Honnêtement, il est hyper protéiné, faible en calories, donc c’est aussi super bien si vous suivez un régime. »

« Hyper proté ? J-Je ne suis pas très sûr de ce que c’est. Mais mes oreilles ont été attiré par cela quand j’ai entendu le mot "régime"... » Maintenant, Liscia semblait aussi être prête à passer à table.

Honnêtement, je pensais que Liscia pourrait supporter de mettre plus de viande sur ses os. C’est peut-être parce qu’elle était dans l’armée, mais elle était déjà assez mince.

« Je ne pense pas que vous devriez vous inquiéter autant de votre poids, » lui déclarai-je donc, révélant une partie de mes pensées.

« Souma... Une fille cesse d’être une fille au moment où elle arrête de prendre soin de son poids, » Liscia me réprimanda avec ses yeux qui semblaient regarder dans le vide.

Puisque Juna et Tomoe indiquaient également qu’elles étaient d’accord avec cela, je supposais donc que c’était exactement ce que c’était. Aisha était la seule dissidente, avec un visage qui semblait dire, « Oubliez ça, je veux juste manger cela... »

« D’accord, alors... Pour l’instant, ne devrions-nous pas aller dans la cuisine ? » Demandai-je.

Nous passâmes à la cuisine attachée à la cafétéria et commençâmes à préparer la pieuvre. Les cuisiniers qui y travaillaient protestaient. « Si vous nous l’aviez dit, nous l’aurions fait pour vous. » Mais comme j’aimais faire de la cuisine, alors j’avais décidé de le faire moi-même.

Tout d’abord, je plaçai la pieuvre dans un grand bol, puis coupai les organes internes, le sac d’encre et les globes oculaires avec un couteau de cuisine. (Ceci provoqua un. « Uwah... » des filles, mais je les ignorai). Puis je frottai avec le sel la totalité de la surface de la pieuvre, j’attendis que la surface gluante se durcisse, avant de la laver correctement avec de l’eau. J’avais également nettoyé les ventouses, car il pouvait parfois avoir de la boue.

Après cela, j’amenai de l’eau à ébullition, puis lâchai la pieuvre dedans, avec ses tentacules en premier, et pour finir, je laissai cette créature en forme de poulpe bouillir. En attendant jusqu’à ce que sa chair brun-jaunâtre ait tourné en un rouge violet ferme, je la sortis de l’eau, et j’avais maintenant un bel exemple d’une pieuvre bouillante prête à être mangée. Après l’avoir laissé refroidir un peu, je coupai un des tentacules en morceaux de la taille d’une bouchée. C’était déjà délicieux ainsi.

« Eh, c’est correct comme cela. Il est temps de manger. » Dis-je.

« Quoi !? » Liscia et les autres furent choqués de déjà me voir le grignoter sans montrer la moindre hésitation.

Quelques instants plus tôt, alors que j’avais pris une bouchée dans ma bouche, je pus constater que oui, ceci avait certainement le goût d’une pieuvre. Ce goût légèrement salé était génial. Et parce que c’était si génial, je ne pouvais m’empêcher de regretter qu’il n’y ait pas encore de sauce soja dans ce monde !

« ... Est-ce vraiment comestible ? » Murmura Liscia.

« Allez-y, Liscia. Vous savez, vous pourriez essayer et le découvrir par vous-même. » (Souma)

« Heu, non... Je ne suis pas encore émotionnellement préparée pour cela... » (Liscia)

« Vous êtes sûr ? Car c’est délicieux. » (Souma)

Ignorant la Liscia hésitante, Juna plaça une tranche dans sa bouche.

« Ahh ! Ce n’est pas juste, madame Juna ! » Cria Aisha. « Dans ce cas, moi aussi ! »

En voyant cela, Aisha alla largement piocher dans l’assiette et —

Hé, attendez ! Ne mordez pas juste dans la tête ! Jusqu’à quel point cette elfe sombre peut-elle être gloutonne ? pensai-je.

« Oh ! C’est croustillant et délicieux ! » (Aisha)

« ... Vraiment, alors maintenant... » (Souma)

... D’accord, il est temps que je reprenne le contrôle des choses.

Après le premier essai, j’enduisis les morceaux de pieuvre de la taille d’une bouchée dans de la farine de blé, des œufs et de la farine blanche, puis les plaçai sur des brochettes, trois à la fois. Puis, je mis toutes ces brochettes dans un pot d’huile chaude. Je les laissai frire jusqu’à ce que la pâte soit brun clair et croustillante. Après cela, je les sortis du pot, et une fois que j’eus apporté la touche finale avec la sauce Worcester, qu’ils avaient même dans ce monde, et une mayonnaise faite maison avec des œufs, du vinaigre et d’autres choses, mon deuxième plat fut prêt.

« Une 'Brochette de pieuvre frite'. Je suppose que c’est ainsi qu’il faut l’appeler. Continuez, et essayez de les manger. » (Souma)

Liscia et Tomoe les amenèrent timidement jusqu’à leurs bouches. Et au moment où elles les mordirent...

« C’est quoi cela !? C’est exquis ! » (Liscia)

« Grand frère, c’est vrai que c’est... vraiment délicieux ! » (Tomoe)

Leurs yeux indiquaient clairement à quel point tout ceci était vraiment bon.

Super ! Je pensais, en me donnant un petit coup de pouce mental.

« Ceci est vraiment succulent. La pieuvre cachée à l’intérieur de la pâte croustillante est tellement juteuse. » Déclara Juna.

« C’est vraiment le cas ! Même si je ne savais pas que la pieuvre irait si bien avec la sauce Worcester ! » cria Poncho.

« Cette sauce blanche va aussi très bien avec la pieuvre. Vraiment magnifiquement réalisée, Monseigneur. » Rajouta Juna.

« Monsieur, v-vous savez aussi cuisiner ! Ceci m’a beaucoup surpris ! » (Poncho)

Juna et Poncho firent des commentaires tels des critiques alimentaires professionnelles. Puisque les deux avaient déjà mangé des pieuvres, ils pouvaient prendre le temps de bien le savourer. Pendant ce temps, Aisha était en train de manger, manger, et encore manger, produisant un énorme tas de brochettes vides.

... Il n’y avait rien de plus que je puisse dire de plus à propos de ça.

◇ ◇ ◇

« C’est vraiment succulent. » Put être entendu, provenant de l’émission. « Enroulée dans cette pâte croustillante, la pieuvre à l’intérieur est très juteuse. »

« ... Hey Papa ? » demanda un enfant.

« Oui ? Si tu veux des pieuvres, alors beaucoup d’entre eux ont été pris dans nos filets d’aujourd’hui. » Répondit son père.

« Vraiment !? Je veux l’essayer ! » (enfant)

« C’est sûr. Normalement, je les jette, mais pour cette fois, essayons de les manger. » (père)

Il semblerait qu’à ce moment-là, il y avait eu beaucoup de conversations comme celle-ci dans de nombreux villages proches de la mer.

Genjitsushugisha no Oukokukaizouki_Volume 01_06 Aisha dévorant une pieuvre.

◇ ◇ ◇

« Notre prochain ingrédient est cela. » (Poncho)

Après avoir fini de manger les brochettes de pieuvre qui ont été plutôt bien accueillies, nous retournâmes à nos sièges. Poncho ouvrit alors une nouvelle boîte en face de nous. Lorsque nous vîmes l’ingrédient, cela nous donna l’impression de voir un objet brun et mince recouvert de saletés à l’intérieur de la boîte

« Est-ce que... c’est des racines ? » Demanda Liscia.

« Je pense que ce sont bien des racines... » ajouta Juna.

« Elles ne me semblent pas très bonnes... Sont-elles vraiment comestibles ? » Demanda Tomoe d’un ton hésitant.

Liscia, Juna et Tomoe avaient toutes agi comme si elles avaient un point d’interrogation qui flottait au-dessus de leurs têtes. Aisha et moi, en revanche, n’avions absolument pas été surpris.

« Oh, c’est de la grande bardane, n’est-ce pas ? » Lui demandai-je.

« Oui, c’est bien de la grande bardane. » Me confirma Aisha.

Eh bien, j’avais entendu dire qu’en Occident, la racine de bardanes était perçue comme une chose étrange à manger. Alors je ne trouvais pas étrange qu’elle n’ait pas été mangée ici, mais qu’Aisha, qui ressemblait à une Occidentale, savait cela, et ceci m’étonna.

« Dans la forêt, nous devons manger tout ce que nous pouvons, sinon nous succomberons à la malnutrition en un rien de temps. » Dis Aisha tout en ayant un regard lointain.

Peut-être, que cette situation alimentaire était ce qui avait rendu cette elfe sombre aussi gloutonne qu’elle l’était aujourd’hui.

« Puisqu’elles sont présentées ici, cela signifie qu’elles sont donc mangeables, n’est-ce pas ? » Demanda Liscia, ce à quoi je hochai la tête en réponse.

« Vous pouvez les manger. Mais plutôt que de les apprécier pour leur propre saveur, vous appréciez la saveur du bouillon dans lequel vous les placez, ou alors pour leur texture. Elles sont principalement faites de fibres alimentaires, que vous ne pouvez pas digérer, mais elles ont un effet médical et peuvent vous aider à garder vos mouvements intestinaux réguliers. Elles sont un bon ami pour ceux qui sont souvent constipés. » (Souma)

« ... J’aimerais que vous ne parliez pas des mouvements intestinaux et de la constipation pendant que nous mangeons. » Me déclara Liscia.

« Cela aide à expulser les déchets du corps. Bien sûr, c’est bon pour votre santé et votre beauté. » (Kazuya)

« Urkh. Lorsque vous dites cela ainsi, ceci à l’air tentant, mais... » (Liscia)

Eh bien ! Maintenant que Liscia en a discuté, est-ce que nous devrions manger tout de suite ? pensai-je.

Cette fois, je restais simple quant à ma préparation. Après avoir raclé la saleté à l’aide d’un couteau, je coupai la bardane en de longs et minces copeaux. Puis je les recouvrais d’amidon de pomme de terre et pour finir, je les plaçai dans le pot d’huile que nous avions utilisé plus tôt. Une fois qu’ils avaient été correctement frits, je les sortis du pot, puis les séparai en les plaçant dans deux bols. Dans l’un d’entre eux, je saupoudrai du sel, tandis que l’autre je le saupoudrai avec du sucre. Avec cela, la préparation des chips de bardane (un dans le style des chips et l’autre dans le style biscotte) était complète.

Quant aux réactions de chacun, après les avoir mangées.

« Huh, ils sont croustillants et délicieux. » Dis Liscia.

« Celles-ci... iraient probablement très bien avec la bière. » Dis Poncho.

Liscia et Poncho mangeaient les salés comme une collation.

« L’huile qui sort lorsque vous les mordez, fusionne avec le sucre, et la douceur se répand dans toute votre bouche. » Dis Juna.

« J’aimerais bien que mes deux mamans essayent aussi cela. » Dis Tomoe.

Juna et Tomoe, qui mangeaient celles avec du sucre, firent des commentaires qui méritaient des bons points respectivement en tant, qu’un critique gastronomique et une enfant.

Quant à Aisha...

« Si vous les mangez ensemble, ils sont salés, doux et délicieux ! » Annonça-t-elle, en grignotant des deux en même temps.

Oui, bien sûr, je suppose qu’il est correct de les manger aussi de cette façon.

Les ingrédients comestibles suivants étaient la patte d’ours rouge, le foie du tigre à dent de sabre et de la salamandre géante, mais nous n’avions fait que les présenter.

Il était vrai qu’ils n’étaient pas habituellement mangés dans ce pays, mais à la place, des friandises rares que seul un aventurier pouvait espérer attraper. Et ce n’était pas quelque chose que je voulais que la population essaye par tous les moyens d’en acquérir. Mais si on leur donnait la chance d’y accéder, je voulais juste qu’ils sachent qu’ils pouvaient les manger à la place de les jeter comme cela se faisait avant. D’ailleurs, je ne sais pas moi-même comment préparer de la patte d’ours.

Ah, en passant, au stade de la sélection des ingrédients, j’avais enlevé de la liste, le poisson-globe, les champignons toxiques et autre chose toxique. Je savais qu’ils pouvaient être mangés s’ils étaient préparés correctement, mais si des amateurs affamés devaient essayer de le faire, il était clair que cela ne finirait que très mal.

Attention, même les parties toxiques pourraient être mangées si vous le vouliez vraiment. Dans la Préfecture d’Ishikawa, il y a des "ovaires de poissons-globes marinés dans de la pâte de riz", et dans la Préfecture de Nagano, il y a des régions où ils mangent le célèbre champignon empoisonné amanite tue-mouches.

... L’appétit humain est vraiment quelque chose de spécial, n’est-ce pas ?

Revenons à notre histoire, l’ingrédient suivant nous avait, quant à lui, tous choqués.

« Voici notre prochain ingrédient. » (Poncho)

« «  «  C-C’est... » » »

Cette fois, tous nos yeux s’élargirent à cette vue.

À l’intérieur de la boîte que Poncho avait ouverte, il y avait un objet gélatineux d’un vert bleuâtre.

« C’est... une gelée, n’est-ce pas ? » Lui demandai-je.

C’était l’une des créatures de type slime qui se trouvaient partout dans les champs. Ils ressemblaient et agissait comme l’ennemi qu’on trouvait dans les JDR. Leur caractéristique principale était leur faiblesse. Si vous les coupiez, ils mourraient. Si vous les écrasiez, ils mourraient aussi. Ils se collaient sur des créatures vivantes et mortes et ils aspiraient leurs substances nutritives. Ils n’avaient pas de sexe : ils se multipliaient par division. Ils étaient probablement ce que vous obtiendriez si vous aviez une amibe ou un autre organisme monocellulaire qui grossissait jusqu’à avoir une taille gigantesque.

Hein ? On va manger ça ? Ou plutôt, pouvons-nous vraiment même manger ça ?

Ensuite, je remarquai qu’Aisha avait l’air de pencher sa tête vers le côté dû à la confusion.

« Attendez. Est-ce que cette gelée est morte ? » (Aisha)

« Oui. Cette gelée a déjà été tuée. » Déclara Poncho.

« Ceci n’est pas possible. Je n’ai jamais entendu parler d’un cadavre d’une gelée avant aujourd’hui. » (Aisha)

« Oh ! C’est vrai. Maintenant que vous le mentionnez, c’est étrange. » Avait convenu Liscia, semblant avoir remarqué quelque chose.

En revanche, je ne l’avais pas compris de mon côté. « Liscia, pourriez-vous me dire ce qui se passe là ? »

« C’est quoi ce ton ? Les gelées sont faibles et fragiles. Elles ont une mince membrane, et si vous les coupez, ne serait-ce qu’un peu, cela la vide rapidement de tout son liquide corporel en un jaillissement de liquide. C’est pareil si vous les écrabouillez avec une masse. Tout ce que vous aurez finalement, sera une flaque bleu-verdâtre sur le sol. » (Liscia)

« Vraiment ? » (Souma)

Aisha aussi hocha la tête. « Oui. C’est pourquoi un cadavre si bien conservé semble impossible. »

Je vois... Aisha en tant que guerrière, et Liscia en tant que soldat, ont toutes deux de l’expérience dans la lutte contre les gelées, alors elles ont remarqué quelque chose d’étrange dans la situation.

« Alors, qu’avez-vous à faire pour obtenir une gelée dans cet état ? » demandai-je.

« Eh bien ! Voyez-vous, il y a une petite astuce. C’est une technique que j’ai apprise d’une tribu qui vivait à l’ouest, dans l’Empire. Ils utilisent un petit objet semblable à une perche pour frapper le noyau sans casser la membrane. Si vous faites cela, la gelée gardera sa forme même après sa mort. Dans ce domaine, ils l’ont appelé 'ike-jime pour les gelées' [1]. » (Poncho)

Ike-jime ? Voyons, ce n’est pas vraiment comme de drainer le sang d’un poisson... Mais, quand même, cela a du sens. Il me semble que je n’avais pas tort de penser à eux comme des organismes unicellulaires.

« Les fluides d’une gelée perdent graduellement leurs fluidités et elles durcissent une fois que le noyau est détruit. » Rajouta Poncho.

« Je suppose que c’est comme la rigidité cadavérique. » Dis-je.

« Oui. Si vous le laissez plus longtemps, les liquides s’évaporeront totalement et la gelée se transformera en une coquille sèche, mais environ deux heures après la mort, alors qu’elle s’est quelque peu durcie, sa chair est encore souple, et donc, il est possible de la cuire. C’est l’état dans lequel elle se trouve là. » (Poncho)

Hmm. Je comprends que vous puissiez le cuisiner, mais n’est-ce pas une question distincte de savoir si vous pouvez le manger ? Alors que je pensais cela, Poncho sortit un couteau et commença à couper verticalement la gelée.

« Lorsque la gelée est dans cet état, vous pouvez insérer le couteau verticalement et le couper en morceaux sans que le corps s’effondre. Les fibres du corps de la gelée sont dures dans ce sens, ce qui fait que de les couper dans ce sens donnera la meilleure texture. » (Poncho)

Poncho coupa délicatement la gelée en longues et minces tranches, comme s’il faisait des "ika somen". Il s’agissait de nouilles avec une certaine épaisseur de type Udon. Poncho les ramassa tous et les plaça dans une marmite d’eau bouillante.

« Maintenant, si on les fait bouillir dans un pot d’eau avec un peu de sel, la chair se raffermira davantage. » (Poncho)

Maintenant, ceci commençait sérieusement à se transformer en quelque chose comme du Soba ou de l’Udon. Au fur et à mesure de leur ébouillantage, cette vibrante couleur vert-bleuâtre s’obscurcit progressivement, commençant à ressembler à la couleur du thé vert que le Soba avait aussi. Ensuite, Poncho ajouta des ingrédients comme des champignons séchés et du varech dans le chaudron avec la gelée bouillante.

Est-ce qu’il fait bouillir tout cela ensemble exprès ?

Enfin, après avoir ajouté plus de sel pour ajuster la saveur, il en servit à chacun d’entre nous dans un bol à soupe.

« Voilà, vous pouvez y aller. C’est de la Gelée Udon. » (Poncho)

« Il l’appelle aussi Udon ! » M’exclamai je.

« Q-Quelque chose ne va pas, Votre Majesté. » Me demanda Poncho.

« Hoo, non ! ce n’est rien ! » Lui répondis-je.

J’avais entendu la langue de ce pays comme si c’était du japonais. "Udon" était probablement un autre mot qui avait été traduit sous cette forme. Quelle confusion ? Quoi qu’il en soit, ce qui avait été présenté devant nous ressemblait exactement à l’Udon vert mise dans un bouillon clair, dans le pur style du Kansai.

Renard Rouge et Gelée Verte, n’est-ce pas ? pensai-je. Ouais. Actuellement, ce n’est pas le moment d’échapper à la réalité en me remémorant d’anciens jingles commerciaux pour l’udon instantané.

Quand je regardai autour de moi, tout le monde me regardait comme pour dire. « Allez-y, allez-y ! »

Je n’ai pas levé la main et ai dit « D’accord, je vais manger cela ! ». Pourtant vous avez l’air de penser ainsi.

Eh bien, je suppose que j’ai fait manger à Liscia des choses dont elle n’a pas l’habitude. Ce ne serait pas juste pour moi d’être le seul à refuser de manger des choses nouvelles !

*Slurp*

« !? »

« Eh bien ! Comment est-ce, Souma ? » Me demanda Liscia avec un regard inquiet.

« ... C’est étonnamment bon... » Lui répondis-je.

Ouais. Je me demande bien ce que c’est. Mais ceci est complètement différent de ce que j’avais imaginé.

J’avais imaginé quelque chose comme de l’ika somen, avec une texture gluante et une saveur de poisson, mais ils étaient lisses et moelleux, et pas du tout de saveur de poisson. Plutôt que de l’Udon, c’était comme kuzu-kiri que vous faites cuire dans un chaudron, ou des nouilles Malony. Cependant, lorsque vous l’aviez mordu, il y avait comme une texture unique. Est-ce que c’était dû à la fibre, peut-être ?

Si je devais le décrire comme un tout, alors je dirais. « On dirait du Udon, avec certaines caractéristiques du kuzu-kiri, ainsi que la texture d’un plat régional de Kyushu. »

Ouais, ce n’est pas mal. Pas mal du tout.

« Vous avez raison... C’est étonnamment bon. » Dis Liscia.

« C’est délicieux, c’est comme s’ils avaient absorbé la saveur du bouillon. » Rajouta Juna.

« C’est vraiment une gelée ? Je suis choquée. » Déclara Tomoe.

« SLURRRRRRRPPPPPPPPP!!!! »

Ceci, c’était la réponse d’Aisha.

Il semblait que tout le monde qui en avait mangé après moi avait eu une bonne impression du plat. Bien sûr que c’est normal qu’ils aient eu cet avis, car c’était délicieux. Si vous deviez demander quel goût était mieux entre cela et du Udon normal. Alors je dirais que la question était absurde. Ceci serait comme de demander qui était le plus délicieux entre le Soba et l’Udon. Finalement, c’était juste une question de préférence personnelle.

« Soit dit en passant, quel genre de nutriments est présent dans cette chose ? » Demandai-je.

« Nutriments... Je ne sais pas ce que c’est, mais je soupçonne que c’est similaire à la gélatine que vous pouvez extraire des os. » Me répondit Poncho.

« Hein ? Du collagène donc. » (Souma)

Donc, c’est la protéine que vous trouviez dans les os d’animaux avec de la fibre comme vous trouveriez dans des plantes. C’est vraiment difficile de décider si les gelées sont des plantes ou des animaux.

« Quoi qu’il en soit, il semble qu’il soit très nutritionnel. » Dis-je. « Les gelées sont présentes partout. Si les gens les mangent, alors cela devrait atténuer la crise alimentaire, n’est-ce pas ? »

« Oui, je suppose. En plus, l’élevage des gelées est facile. Si vous leur donnez à manger tous vos restes et autres choses que vous avez, alors elles grandiront et se multiplieront elles-mêmes. » Annonça Poncho.

« Uh, non, je ne veux pas donner des choses bizarres à quelque chose que je vais manger. » Lui répondis-je. « Je ne veux pas manger une gelée qui a absorbé des substances toxiques et que ça me donne une intoxication alimentaire. »

« Je suppose que non. » (Poncho)

« Quoi qu’il en soit, essayons de les élever en tant qu’expérience. Les chasser dans la nature est bien aussi, mais je ne voudrais pas trop réduire leur nombre et avoir ainsi un impact sur l’écosystème local. » (Souma)

« Je pense que ce serait la meilleure façon. » Poncho était d’accord avec moi.

Tout cela mis de côté, nous continuâmes à déguster le reste de la Gelée Udon jusqu’à ce qu’il n’en reste plus du tout.

◇ ◇ ◇

« Sont-ils vraiment comestibles ? » demanda une personne de l’assemblée.

« Eh bien, le roi et les autres semblaient les apprécier, » répondit une autre personne à côté d’elle.

« Je pense que je vais demander pour une quête de capture de gelée à la Guilde des Aventuriers. »

« Oh ! Dans ce cas, moi aussi. »

Il semblerait qu’il y ait eu des conversations du genre dans beaucoup des places de fontaines, partout dans le royaume.

« L’une des spécialités culinaires d’Elfrieden est la gelée. » Qui aurait pu prédire que beaucoup de personnes du continent diraient cela dans un avenir pas si lointain ?

◇ ◇ ◇

« Maintenant, avec notre dernier ingrédient. J’ai déjà préparé et cuisiné quelque chose. » Lorsque nous avions vu ce qui se trouvait à l’intérieur du conteneur que Poncho venait d’ouvrir après avoir dit cela.

« « « Uwah... » » »

... fut notre réponse universelle.

Parce qu’il y avait dedans des "insectes". De plus, ce genre de plat existait dans mon monde. Au Japon aussi ils existaient.

« C’est de l’inago no tsukudani [2], n’est-ce pas ? » Demandai-je.

« Oui. Il s’agit bien de sauterelle géante préparée dans le style "tsukudani". » (Poncho)

« D’accord... C’est certain qu’elles sont vraiment immenses. » (Souma)

Dans le plat classique d’inago no tsukudani dont je me souvenais, chacun avait environ la taille d’un grillon. Avec ceux-ci, chacun était de la taille d’une crevette de Kuruma. [3]

Bien que la couleur suggérait qu’ils avaient en eux cette saveur épicée et sucrée une fois bouillie. Une saveur correctement conservée tout au long de la cuisson. Attendez ? Tsukudani ?

« Si c’est Tsukudani. » Dis-je. « cela signifie que... »

« Hein !? Souma, vous allez vraiment les manger ? » (Liscia)

Alors que j’avais soudainement planté ma fourchette dans l’une des grosses sauterelles, Liscia me regarda maintenant, très choquée. Bon d’accord ! Si j’avais été plus calme, j’aurais peut-être mangé un peu plus doucement. Mais, en ce moment, il y avait quelque chose que j’étais très intéressé à découvrir.

*Croque* *Croque*

« !? »

La texture était comme celle de la crevette avec sa coquille, mais il y avait quelque chose de plus important.

Ce goût. Il n’y a aucun doute.

« Ce tsukudani... est fait avec de la sauce soja ! » (Souma)

« Sauce soja ? » (Liscia)

De la sauce soja

Oui, de la sauce soja.

La saveur préférée de tout Japonais.

Vous ne pouviez pas avoir de sashimi ou de nimono sans lui. C’était la sauce magique qui pouvait transformer ramen, hamburger steak, spaghetti et tout autre plat étranger en un plat "japonais". C’était la saveur que j’avais probablement souhaitée le plus depuis mon arrivée dans ce pays. La sauce mystique qui, en raison de son processus de fermentation, ne pouvait pas être recréée aussi facilement que ma mayonnaise. Mais maintenant, un plat fait avec elle était juste devant mes yeux !

« Que se passe-t-il ? Actuellement, Souma, êtes-vous en train de pleurer ? » s’écria Liscia.

« Comment ne puis-je pas être dans cet état ? Ceci est... le goût de ma patrie d’origine. » (Souma)

« Le goût de votre patrie d’origine... » (Liscia)

« Grand frère, est-ce qu’ils ont aussi de grosses sauterelles tsukudani dans votre patrie ? » (Tomoe)

Quand je la regardai, Tomoe était en train de croquer une grosse sauterelle tsukudani et elle semblait clairement l’apprécier. En y pensant, quand tout le monde avait été en train de reculer à ce spectacle, cette enfant avait été la seule à ne pas être surprise.

« Peut-être, ce plat est... » Dis-je.

« Oui. J’en ai beaucoup mangé dans le village des loups mystiques. » (Tomoe)

« Alors, les loups mystiques font-ils aussi de la sauce soja ? » (Souma)

« Sauce soja... peut-être, voulez-vous parler de l’eau d’Hishio ? » (Tomoe)

« L’eau d’Hishio ? » Demandai-je.

« L’eau d’Hishio est une sauce que les loups mystiques aiment utiliser. » Poncho se joignit à la discussion pour m’expliquer cela. « À l’origine, les loups mystiques recouvraient le soja avec du sel et le laissaient fermenter, créant une sauce appelée "haricot d’Hishio". Et quand ils prenaient le liquide clair qui était créé dans ce processus et le laissaient fermenter, ceci produisait de l’eau d’Hishio. Les deux sont des sauces avec une saveur unique non trouvable dans ce pays. »

« Je vois. » (Souma)

Après cette explication, j’en étais certain. J’avais lu dans un livre que la sauce soja était née du processus de fabrication du miso. Donc, fondamentalement, le haricot d’Hishio était du miso et l’eau d’Hishio était la sauce soja. (La raison pour laquelle je n’avais pas entendu ces mots comme du miso et de la sauce soja était peut-être parce qu’ils étaient semblables, mais avec certaines différences vis-à-vis de la sauce soja moderne.) Peut-être que les loups mystiques avaient des habitudes alimentaires similaires aux Japonais. Attends, attends. Cette saveur qui pénètre dans la sauterelle est...

« Hey, Tomoe. L’alcool est également utilisé pour fabriquer ce plat, n’est-ce pas ? » (Souma)

« Ah oui. C’est un alcool issu de graines provenant d’une plante bien spécifique. » (Tomoe)

« Quel genre de graines ? » (Souma)

« Voyons voir. C’est une plante qui se développe dans les zones marécageuses, il a des épis qui ressemblent comme à la fin d’un balai, et sur elles, il y a beaucoup de petites graines comme du blé. » (Tomoe)

Aucun doute là dessus ! Elle parle du riz ! Mon espoir pour l’avenir !

Pour la transition des cultures de rente aux cultures vivrières, j’avais voulu cultiver du riz, parce que j’avais entendu dire que les rizières ne dégradaient pas la fertilité du sol, contrairement au blé dans des champs secs, mais parce que cette si importante plante de riz n’existait pas dans ce pays, ce plan avait été abandonné.

Maintenant, je comprends mieux. Il se développe donc plus au nord, n’est-ce pas ? Pourtant, ces loups mystiques, entre la sauce soja, le miso et maintenant le riz, leur race avait eu beaucoup de choses que je regrette.

Je pris à ce moment-là une pause avant de déclarer devant tout le monde. « D’accord. C’est décidé ! Je vais donner aux réfugiés loups mystiques, l’un des districts de Parnam. »

« Quoiiiiiiiiiiiiiii !? » S’exclama Tomoe.

Je voulais qu’ils produisent du haricot d’Hishio et de l’eau d’Hishio directement ici. Nous allions avoir beaucoup de soja, puisque nous les avions plantés dans le cadre du processus de restauration des sols.

« Attendez, Souma, êtes-vous sérieux !? » Liscia semblait confuse et agitée, mais j’étais aussi sérieux que je pouvais l’être...

« Avec la sauce soja et le miso. Je veux dire, l’eau d’Hishio et les haricots d’Hishio, je peux recréer la plupart des plats du pays d’où je viens. Il semblerait qu’il y ait aussi du riz ici. Ne voulez-vous pas essayer les aliments savoureux provenant d’un autre monde ? » (Souma)

« C-C’est... » (Liscia)

« Oui ! Je veux vraiment les essayer ! » Aisha leva la main avec enthousiasme.

« Haha... Même si tout le monde n’a pas autant d’enthousiasme qu’Aisha, je suis sûr que nos concitoyens voudraient aussi les essayer. Si je publiais les recettes, ils rassembleront les ingrédients et les cuisineraient par eux-mêmes, ou alors, ils iront dans un restaurant qui leur en servira, j’en suis sûr. Quoi qu’il en soit, cela entraînera beaucoup de mouvement favorable à notre économie. » (Souma)

Une énorme liquidité du marché apporterait la prospérité à ce pays. En cela, j’y croyais fermement. C’était pourquoi je l’avais ainsi déclaré à toutes les personnes qui nous regardaient...

« Ma recherche pour les personnes douées est encore en cours. Si ces personnes ont un don, alors je les utiliserais même s’ils sont des réfugiés. Cette race possède des techniques supérieures au niveau de la production alimentaire, donc je n’ai aucune raison de ne pas les accepter. Oh ! Je sais ! Pour les cinq prochaines années, je vais accorder aux loups mystiques un monopole sur l’eau d’Hishio et les haricots d’Hishio. Nous éliminerons la production illicite de toute autre zone productrice. Cependant, dans cinq ans, j’annulerais ce droit de monopole sur les haricots et l’eau d’Hishio pour créer ainsi un marché libre, alors je recommande aux loups mystiques d’avoir pu créer une base économique solide en prévision de ce moment-là. Je n’ai rien d’autre à ajouter ! » (Souma)

◇ ◇ ◇

Après cette déclaration, un quartier pour les loups mythique fut construit dans la capitale de Parnam, et des haricots d’Hishio ainsi que d’eau d’Hishio y furent rapidement produits avec l’aide du pays.

Dans ce monde, il y avait eu beaucoup de cas où les réfugiés avaient été transférés dans un district et ce district était rapidement devenu un bidonville. C’était parce que les réfugiés avaient été confrontés à des limitations économiques importantes (manque d’emplois, utilisation d’une main-d’œuvre bon marché, voir pire) et qu’ils devaient lutter tous les jours contre la pauvreté.

Cependant, dans le cas des loups mystiques, parce qu’ils avaient eu le monopole accordé par le roi sur les haricots d’Hishio et l’eau d’Hishio, ils avaient pu construire une base économique pour eux-mêmes, et leur quartier ne s’était jamais transformé en un bidonville.

En outre, même après que les haricots d’Hishio et l’eau d’Hishio aient été rebaptisés respectivement "Miso" et "Sauce Soja" et que leur monopole ait pris fin, ils avaient continué à prospérer. Le miso et sauce soja que les loups mystiques produisaient sous la marque Kikkoro, marqué d’un logo hexagonal avec un loup au centre, continuerait d’être aimé longtemps après cela.

◇ ◇ ◇

« Maintenant, il est temps pour cette émission, Le Génial Déjeuner du Roi, d’arriver à sa fin. Poncho, comment allez-vous après avoir servi de présentateur pour ce programme ? » (Juna)

« Oui. Si mes connaissances ont pu aider nos compatriotes ne serait-ce qu’un petit peu, ceci me rendrait très heureux. Pourtant, je pense que faire office de présentateur fut un fardeau trop lourd pour moi. S’il vous plaît, que quelqu’un d’autre prenne ma place pour la prochaine fois. » (Poncho)

« Je me demande s’il y aura une prochaine fois ? Qu’en pensez-vous, Monseigneur ? » me demanda Juna.

« Si les personnes le souhaitent. » (Souma)

« Alors, voilà. J’espère qu’ils vont le demander. À vous la parole, Poncho ! » (Juna)

« Je pense que je préférerais qu’il n’y ait aucune demande. » (Poncho)

« Oh, ne dites pas ça. Faites-le à nouveau avec moi dans quelque temps ! » Juna cria cela en utilisant un ton proche de celui d’un chant.

« Eeek! S’il vous plaît, épargnez-moi cela ! » Cria-t-il.

« Maintenant, merci à tous d’avoir regardé cette émission. Voici vos hôtes, Juna Doma... » (Juna)

« ... et Poncho Ishizuka Panacotta. » (Poncho)

« Et maintenant, à tout le monde, je vous souhaite une bonne journée. » (Juna)

La musique s’arrêta, et la vidéo s’est évanouie dans les airs. Il semblerait que le programme ait pris fin.

Un peu partout sur les places, des soupirs pouvaient être entendus.

« Hein... c’est fini ! »

« C’était plus intéressant que prévu. J’aurais bien aimé pouvoir le regarder un peu plus longtemps. »

« Ouaip ! Il ne faudrait pas que ce soit tous les jours, mais j’espère qu’ils feront des diffusions assez régulièrement. »

« S’il y a de la demande, ils en feront plus, n’est-ce pas ? Et bien ! Pourquoi n’enverrions-nous pas une requête par le biais du Congrès du Peuple ? »

« Oh ! Voilà une idée qui ne me serait jamais venue à l’esprit ! Je vais maintenant aller en parler au maire à ce propos. »

Des conversations comme celle-ci se produisirent dans toutes les villes du royaume.

Les gens avaient été complètement captivés par cette nouvelle forme de divertissement appelée une "émission de variétés". Souma l’avait initialement prévu en tant qu’"émission d’informations" au sujet de la crise alimentaire, mais avec Juna et Poncho jouant respectivement leurs rôles, en plus des aspects de l’émission de cuisine et des jolies filles qui étaient présentes et qui mangeaient des ingrédients bizarres, vous ne pourriez pas les culpabiliser de penser ainsi.

Plus tard, le Congrès du Peuple présenta une "demande pour la tenue régulière de l’émission l’aide du Joyau de Diffusion de la Voix". Avec l’assentiment de Souma, un temps fut attribué pour une diffusion publique qui aura finalement lieu tous les soirs.

Il y avait ceux qui avaient pris une vue différente de la société en général.

« Quand le nouveau roi est soudainement monté sur le trône, je soupçonnais une usurpation, mais ce jeune roi semble être un homme étonnamment affable. » Déclara un vieil homme.

« C’est vrai. » Lui répondit un autre homme. « Je vois pourquoi le roi Albert a choisi d’abdiquer en sa faveur. »

« La princesse semblait aussi être de bonne humeur. J’avais soupçonné qu’elle ait été contrainte quant à ces fiançailles. »

« Ils agissaient entre eux très naturellement. Ils ne semblaient pas du tout être en mauvais termes. »

« Ho ho ho. Je pense que nous pourrions tout à fait avoir un héritier d’ici l’année prochaine. »

« Un enfant conçu par un roi si sage et si doux ainsi que d’une si digne princesse. He ! La prochaine génération pourrait tout à fait être attendue avec impatience. »

« Oui, elle le sera, sans aucun doute possible. Ho ho ho. »

Les vieillards se mirent à rire tous ensemble.

Un roi sage et doux... C’était ainsi qu’ils avaient évalué Souma. Cependant, environ la moitié de cette évaluation était fausse.

Souma n’était pas un roi si doux comme ils le pensaient.

◇ ◇ ◇

Assis sur ma chaise dans le bureau des affaires gouvernementales du roi, je parlais avec Hakuya, qui se tenait juste devant moi. « Donnez-moi votre rapport sur les pays environnants. »

À l’heure actuelle, Hakuya et moi étions les seuls présents dans la salle. Liscia et les autres étaient ailleurs, ayant probablement prévu de faire la fête pour célébrer le lancement de l’émission diffusée à l’aide du Joyau de Diffusion de la Voix. Même Aisha, qui habituellement restait toujours à mes côtés en tout temps, prétendant que c’était pour me protéger, était très occupée avec la nourriture qui avait été préparée pour l’occasion.

Nous avions quitté la célébration à mi-chemin, venant au bureau des affaires gouvernementales pour une réunion secrète.

Hakuya avait étalé une carte du monde sur mon bureau.

« Je vais maintenant vous faire mon rapport. Tout d’abord, je vais passer en revue les pays environnants. Notre pays, situé au sud-est du continent, partage une frontière avec trois pays. En premier, l’Union des Nations de l’Est se situant au nord. En deuxième, la Principauté d’Amidonia qui est à l’ouest et finalement, la République de Turgis au sud-ouest. En outre, à travers la mer au sud-est, il y a l’Union de l’Archipel de Kuzuryu. De plus, à l’ouest d’Amidonia, il existe la nation mercenaire de Zem qui pourrait également être appelé en tant que l’un de nos pays environnants. Parmi ceux-ci, aucun ne nous est amical. Quatre sont neutres et un est clairement hostile envers nous. » (Hakuya)

Genjitsushugisha no Oukokukaizouki Carte du Monde

« Ainsi, nous sommes assez isolés. » Déclarai-je.

« Avec tout le respect que je vous dois, étant donné que ce sont des temps troublés par le développement du Domaine du Seigneur-Démon, c’est tout à fait normal. Dans ce genre de jours où chaque nation regarde les autres avec suspicion, les seuls pays ayant des liens amicaux sont ceux étant dans une relation de type suzerain et vassal. » (Hakuya)

« Vous appelez cela une relation amicale ? » (Souma)

« S’il n’y a pas la présence de peur causée par une possible trahison, alors c’est assez amical. » (Hakuya)

Il déclara cette phrase des plus scandaleuses avec un visage impassible. Ce qu’il avait dit signifiait, fondamentalement, qu’il ressentait qu’une relation de contrôle et de subordination qui ne permettait pas la moindre plainte, même si une nation était utilisée comme un outil puis jetée, pouvait être jugée comme étant amicale, n’est-ce pas ?

« Alors, quel est le pays hostile envers nous ? » Demandai-je. « Amidonia ? Zem ? »

« Ce n’est certainement pas Zem. Certes, la question courante a aggravé notre relation avec eux, mais pas au point où ils seraient considérés comme nous étant hostiles. Cela dit, si Amidonia leur demandait des renforts, je doute un peu qu’ils expédient des mercenaires en leur nom. » (Hakuya)

« Hein ? Amidonia... Si je me rappelle, ils nous ont envoyé une "offre d’assistance", n’est-ce pas ? » (Souma)

« Oui. "La stabilité de notre voisin Elfrieden est directement liée à notre propre défense nationale. Si une demande est faite, alors nous allons envoyer des forces pour vous aider à subordonner les Trois Duchés". Voilà ce qu’il nous avait offert. » (Hakuya)

« Hahahaha... C’est dit si simplement. » (Souma)

Il était clair qu’ils voulaient profiter de la discorde entre les Trois Duchés et moi-même pour étendre leur propre territoire.

« C’est cela. Les Trois Duchés ont probablement été informés avec quelque chose de similaire. » (Hakuya)

« "Laissez-nous vous aider à abattre l’usurpateur Souma", n’est-ce pas ? Difficile de rire à ce sujet. » (Souma)

Genjitsushugisha no Oukokukaizouki_Volume 01_07

Eh bien, je pourrais probablement compter sur les Trois Duchés pour voir le schéma d’actions d’Amidonia. Ils ne laisseraient pas des étrangers mettre la main sur ce pays simplement parce qu’ils ne m’aimaient pas. Bien sûr, Amidonia le savait aussi, donc à la base...

« En faisant des offres d’aide aux deux côtés, ils veulent se donner une raison pour mobiliser leurs troupes. » Dis-je très simplement.

« Tout en saisissant les villes de l’ouest, ils enverront des renforts sur le côté qui "a gagné le duel". » Déclara-t-il, montrant qu’il était d’accord avec mon point de vue. « Ensuite, ils trouveront des raisons d’assumer le contrôle de facto des villes qu’ils occupaient, les intégrant ainsi dans leur pays. Selon moi, c’est une stratégie classique, mais très efficace. » (Hakuya)

Ben ouais. Il y avait eu beaucoup d’exemples dans l’histoire de mon monde. Comme So’un Hojo avec son. "Emprunter un sentier de chasse au cerf, pour aller voler un château". Plus la stratégie était simple, et plus les personnes étaient susceptibles d’être trompées.

Amidonia s’efforçait de nous tromper, Zem s’inclinait vers l’hostilité et le Royaume d’Elfrieden ne parvenait pas à l’unité nationale à cause de mon conflit avec les Trois Duchés. Tout ceci était des problèmes difficiles à résoudre.

« Cependant, cela fait partie du scénario que vous aviez écrit, n’est-ce pas ? » Demandai-je, en regardant vers Hakuya.

Hakuya resta impassible.

« Oui. En ce moment, tous les protagonistes se déplacent comme il se doit. La situation est comme je l’avais prévue. » Déclara-t-il simplement. Cette expression sérieux fit que je me mis à me gratter vigoureusement la tête.

« Vous. Réalisez-vous bien toutes les conséquences ? » Lui demandai-je, en me référant au nombre de personnes qui seraient sacrifiées par le plan de Hakuya.

Le scénario que Hakuya avait mis en place signifierait de grandes pertes pour nos ennemis, et de grands gains pour nos alliés. Il était vrai que j’avais besoin de changement, peu importe ce que cela pouvait être, qui permettrait à ce pays de devenir une nation forte. Cependant, pour le faire fonctionner, ce pays devrait également faire couler une quantité suffisante de sang.

Malgré cela, Hakuya déclara sans manifester de culpabilité. « Oui. Je crois que nous devrions prendre toute opportunité qui nous est ainsi offerte. »

Je restai silencieux.

« Monseigneur. Vous devriez déjà le comprendre. Ces actions sauveront de nombreux compatriotes. » (Hakuya)

« ... Oui, je sais déjà cela. Mais, quand même, je n’accepterai de faire "cela" qu’une fois. » Lui déclarai-je en regardant Hakuya directement dans les yeux. « Un penseur politique de mon monde, Machiavel, a écrit à ce propos dans "Le Prince". Si un dirigeant fait "cela" une seule fois, et règle ainsi la situation, ne le répétant jamais, il sera considéré comme un grand dirigeant. D’autre part, si la fois qu’il utilise "cela" ne devient pas un acte décisif, alors tôt ou tard, il se retrouvera considéré comme un tyran. »

« ... Ce Machiavel avait une vision horriblement réaliste des choses. » Dis Hakuya qui avait été légèrement surpris.

Oui. C’était pourquoi j’appréciais la vision réaliste qu’avait cet homme. J’avais été captivé par le pragmatisme sans fin de Machiavel, et j’avais donc lu le Prince plusieurs fois. Bien que je n’avais jamais espéré que cette connaissance me soit utile comme ça un jour.

« Quoi qu’il en soit, j’ai jugé que votre plan était la situation parfaite pour faire "cela". » Dis-je. « Mais... »

— Si nous devons le faire, alors faisons-le en un seul coup.

Notes

  • 1  Ike-jime : Il s’agit d’une technique originaire du Japon qui permet de paralyser un poisson pour en garder la fraicheur. En gros, on cause une mort cérébrale du poisson pour le garder frais le plus longtemps, car le reste de son corps continu à vivre.
  • 2  Inago no Tsukudani : l’Inago no Tsukudani est un plat japonais de sauterelles bouillies dans de la sauce soja et du sucre. Inago est le mot japonais pour les criquets. Les criquets sont préparés dans le style de cuisine "tsukudani" (bouillis dans de la sauce soja et du sucre). Ce plat est traditionnel dans les régions intérieures et montagneuses du Japon, y compris Nagano et Fukushima, où il servait autrefois de complément nutritionnel important.
  • 3  Crevette Kuruma : aussi appelée crevette impériale ou crevette japonaise. Font environ 19-22 cm.

☆☆☆

Entracte 1 : Serina et la Panique de l’Esprit de la Mort

Château de Parnam dans la capitale du royaume, Parnam.

Vous savez déjà que c’était dans le palais royal que résidait le roi, mais, récemment, une histoire de fantôme se propageait partout dans le château. Voici la manière dont tout cela s’était déroulé :

Tout avait commencé au cours d’une chaude soirée d’été, à l’heure des sorcières, quand même l’herbe et les arbres dorment d’un sommeil profond.

L’une des servantes résidentes du château dormait alors dans sa chambre quand elle fut réveillée en raison de la chaleur de l’été. Elle essaya de retourner dormir, mais elle réalisa bien vite qu’elle ne pourra sans aucun doute jamais réussir.

En acceptant le fait qu’elle allait rester éveillée tout la nuit, elle décida de se faire quelque chose à boire et c’est ainsi qu’elle se dirigea vers la salle à manger utilisée par les gardes et les servantes. L’eau fournie dans les salles à manger du château était récupérée en provenance directe d’une montagne voisine, et les servantes étaient invitées à prendre un verre chaque fois qu’elles le souhaitaient.

Alors cette histoire commença réellement lorsque la femme de chambre entra dans la salle à manger. Elle vit à ce moment-là quelque chose qui ressemblait à une faible lumière près du four de la cuisine. Quand elle plissa les yeux, elle put enfin voir ce qui semblait être les contours d’une personne.

Oh ! L’un des cuisiniers est toujours présent. La femme de ménage fut soulagée de voir une autre personne. Et cela même si nous étions dans le palais royal, ce qui impliquait que la sécurité était très sévère en tout temps. Ce n’était pas le genre d’endroit où un intrus était possible.

C’est pourquoi la femme de chambre pensa que c’était simplement l’un des cuisiniers encore présents dans la cuisine. Quand elle s’approcha de lui, il semblait que la personne mélangeait quelque chose dans un chaudron. La femme de ménage s’apprêtait à l’appeler, mais à l’instant suivant, un froid sembla couler tout le long de sa colonne vertébrale...

« Hehe Haha Hehe... » (inconnu)

La cause en était que la personne devant elle fit à ce moment-là un rire effrayant.

La femme de chambre sentit alors que quelque chose d’anormal était présent dans ce rire et, malgré elle, regarda dans le chaudron que la personne remuait. Dans ce pot, flottant dans une bouillie huileuse semblable à de la boue, elle put discerner la présence d’os, encore des os, et toujours des os...

Voyant cela, la femme de chambre tomba inconsciente.

« ... Donc vous savez tout. Un nécromancien est apparu dans le château, et peut-être, essaye-t-il de convoquer quelque chose en provenance de l’autre-monde. Tout le monde en parle en ce moment ! Qu’en pensez-vous, Madame la Gouvernante en Chef ? » L’un des collègues de la femme de chambre qui s’était effondrée demanda cela à Serina.

Serina la regarda alors, avec son habituel visage ne laissant pas paraître la moindre émotion, avant de demander. « ... je vois. Et qu’est-il arrivé à cette femme de chambre ? »

« Hein ? Que voulez-vous dire ? » (femme de chambre)

« Ne s’est-elle pas transformée en quelque chose comme "Stop !? Vous allez me faire des choses perverses ", n’est-ce pas ? Comme dans les tirages de Shunga [1] !? » (Serina)

« Non !? Au lieu de déchirer ses vêtements, en réalité, il a déposé un manteau sur elle, et les membres du personnel du château l’ont découverte encore endormie, le lendemain matin. » (femme de chambre)

« Eh bien, c’est ennui..., je veux dire, c’est correct alors. » (Serina)

« N’alliez-vous pas dire le mot "ennuyeux" !? » (femme de chambre)

Serina laissa la question de la femme de chambre en suspens en lui répondant avec un vague sourire.

Serina était la servante et l’adjointe personnelle de la princesse de ce pays, Liscia, tout en étant capable d’être chargée, en tant que Gouvernante en Chef, de toutes les servantes du château. Mais tout le monde était d’accord sur un point, aussi bien, les gardes, les servantes et même les nobles. Il y avait quelques problèmes avec sa personnalité. Elle était quelque peu sadique.

De plus, quand il s’agissait de filles mignonnes, elle voulait toujours les “taquiner”. Pas "brutalement", mais elle voulait simplement les "taquiner" pour jouer psychologiquement avec elles. Rien de bien insidieux. Elle aimait par exemple leur faire porter des tenues très osées pour susciter un peu leur sentiment de honte. Et quand on connaissait sa cible numéro un du moment, sa propre maîtresse Liscia, cela la rendait encore plus incroyable.

Tout de même, est-ce que cela pourrait être un nécromancien ? se demanda-t-elle.

À la base, Serina était une femme qui était compétente dans son travail. Si des histoires de fantômes s’étendaient dans un château qui était laissé à sa gestion, elle n’était pas assez irresponsable pour se permettre de les ignorer.

Elle a dit que cela s’était produit à l’heure des sorcières, n’est-ce pas... ? On dit que les couchés tardifs sont l’ennemi naturel de votre peau, mais... tout en pensant à de nombreuses choses qui l’appelaient à sortir une réplique spirituelle, Serina lâcha un soupir.

*

— Enfin, à l’heure des sorcières.

Une lanterne à la main, Serina se dirigea vers la salle à manger. Elle marchait avec un pas tellement audacieux que vous n’imagineriez jamais qu’elle se promenait dans un château au milieu de la nuit. Et bientôt, elle arriva enfin devant la salle à manger du personnel.

Il est un peu tard pour y réfléchir maintenant, mais... Si ce nécromancien n’apparaît pas ce soir, je me demande combien de nuits je vais devoir rester si tard.

Après un petit soupir, Serina entra dans la salle. Heureusement pour le beau visage de Serina, elle repéra rapidement la personne en question.

Près du four dans la cuisine, il y avait bien une lumière allumée, et là-bas, quelqu’un faisait quelque chose. Serina s’approcha silencieusement, puis regarda le chaudron par-dessus l’épaule de cette personne. À l’intérieur, elle vit que le chaudron était rempli d’un liquide bouillonnant huileux et qu’un grand nombre d’os flottaient dans celui-ci.

« Hehe Haha Hehe... Bientôt... Bientôt, cela sera fini... » (inconnu)

La personne remuait le contenu du chaudron, laissant échapper des rires comme il l’avait fait précédemment. C’était un spectacle qui aurait causé l’évanouissement des autres servantes, mais Serina n’était pas ainsi et en plus, elle était capable d’identifier les os pour exactement ce qu’ils étaient.

Ce ne sont pas des os humains. Ils proviennent peut-être d’un sanglier géant ? Je vois également un certain nombre d’oiseaux et de gros poissons. En outre, alors qu’il semble de prime abord peu appétissant, ce liquide boueux possède une odeur très alléchante.

Serina se résolut à bouger, puis frappa légèrement l’épaule de la personne.

« Que faites-vous ici ? » (Serina)

« Quoiiii !? » (inconnu)

Elle devait avoir surpris la personne, car le grand corps rondelet sauta dans les airs. Quand il fut retourné, elle put enfin clairement voir son visage.

« M-Madame Serina !? Que faites-vous ici ? » (Poncho)

« Je devrais être celle qui vous demande cela, monsieur Poncho. » (Serina)

Celui qui brassait le chaudron était l’homme qui avait reçu, l’autre jour, le nom de l’évangéliste culinaire "Ishizuka" de la part du roi Souma et qui avait été nommé ministre royale concernant la crise alimentaire, Poncho Ishizuka Panacotta.

« Répondez-moi. Qu’est-ce que vous faites à la salle à manger à cette heure si tardive ? » Lui demanda-t-elle.

« C-Ceci est... et bien... » Poncho agitait dans tous les sens ses bras dus à l’angoisse. Il avait actuellement l’air très suspect.

Serina était sur le point de le forcer à répondre, quand...

« ... Qu’est-ce que vous faites tous les deux ? » (Souma)

Prise par surprise, elle se retourna, et elle vit que celui qui venait de parler était le roi Souma Kazuya.

« Il y avait des histoires de fantômes à cause de ça ? » dit-il. « Liscia va de nouveau se fâcher après moi... »

Après que Souma ait entendu parler des rumeurs par Serina, il resta là, se grattant la tête.

« Finalement, qu’est-ce que vous faisiez, Monseigneur ? » Demanda-t-elle.

« Oh ! Tant pis... Nous faisions exactement ce que vous voyez là. » Répondit-il. Il y avait trois bols posés sur la table vers laquelle Souma pointait. « Dans le monde, d’où je viens, on l’appelle ramen. » (Souma)

« Ramen... c’est ça ? » (Serina)

Comme Souma l’avait dit, les trois bols étaient remplis de ramens. De plus, c’était le genre huileux, fabriqué avec des fruits de mer et des os de porc. Souma poussa ses baguettes dans un bol et se mit à fouetter bruyamment les nouilles.

« Oui... Cette soupe est presque parfaite. Mais puisque nous utilisons de la Gelée Udon, cela reste un peu fade. » (Souma)

« On ne peut rien y faire à ce propos. Actuellement, le blé est trop précieux. » (Poncho)

« Voilà une raison en plus pour rapidement résoudre la crise alimentaire... » (Souma)

En regardant Souma et Poncho parler, Serina goûta ses propres ramens. Enroulant les nouilles autour de sa fourchette comme des pâtes, elle les amena dans sa bouche.

Après avoir fait cela, la saveur riche et savoureuse des fruits de mer et du bouillon d’os de porc semblèrent comme exploser de partout. C’était épais, avec un goût profond, et il était relevé, mais le goût des légumes avait comme fondu dans le bouillon, ce qui l’empêchait d’être trop riche. Quelle saveur complexe qu’elle savourait là ! C’était gras, mais malgré cela son instinct exigeait une autre bouchée.

Souma et Poncho regardaient Serina en souriant.

« À la base, je me demandais si nous pouvions utiliser, pour faire une soupe, les os et les restes de légumes que nous allions autrement jeter. Le comprenez-vous. » Déclara Souma. « J’ai donc demandé à Poncho d’étudier la question. Et il a commencé à le faire tard dans la nuit comme maintenant, afin que nous ne dérangions pas les cuisiniers. »

« Oh, c’était beaucoup de travail. » Dis Poncho. « Car après tout, c’était un plat que je n’avais jamais mangé moi-même. »

« Je vois... alors, c’était donc cela la vérité derrière le nécromancien. » Déclara Serina. Essuyant sa bouche avec une serviette. « Pourtant, c’est délicieux... monsieur Poncho ? »

« O-Oui. Qu’est-ce qu’il y a ? » (Poncho)

« Est-ce que vous pourriez m’apprendre à faire cette soupe ? » (Serina)

« Bien sûr que je le peux. » (Poncho)

Il semblait que Serina, aussi, avait été charmée par la magie de cette soupe grasse.

Après cela, l’histoire de fantôme s’était répandue en disant qu’il n’y avait finalement pas un, mais deux nécromanciens.

Et au même moment, Serina, dont la peau était étrangement plus lisse qu’avant (un effet du collagène ?), disait : « Monsieur Poncho, à propos des os que vous utilisez dans cette soupe, pourquoi ne pas les brûler, puis les écraser en poudre avant de les mettre dedans ? »

« C-Ceci a du sens ! Je suis impressionné, Serina ! Vous regardez les choses différemment de moi ! » (Poncho)

« Ce soir. Si vous avez l’occasion de l’essayer, laissez-moi en goûter. » (Serina)

« Bien sûr que je le ferais. » (Poncho)

Quand les servantes virent ces deux personnes se parler de manières si intimes, leurs imaginations devinrent sauvages, mais ceci est une histoire pour une autre fois...

Notes

  • 1 Shunga : Gravure érotique japonaise. "Shunga" signifie littéralement "image du printemps", un euphémisme pour faire référence à l’acte sexuel. Très fréquente aux alentours de 1600 à 1868 au cours de l’époque d’Édo. Viens à l’origine de la Chine.

☆☆☆

Chapitre 4 : Un jour de Congé à Parnam

Partie 1

Nous sommes maintenant quelques semaines après que le premier épisode de "Le Génial Déjeuner du Roi" ait été diffusé.

Ce jour-là, une pétition venait d’être remise au Premier ministre Hakuya Kwonmin.

Le département du personnel avait été le seul à s’être occupé de cela, mais la pétition comprenait des noms de personnes provenant de la Garde Royale, des femmes de ménage ainsi que de tous les autres groupes du palais. Marx, qui était maintenant le chambellan, et Ludwin, le chef de la Garde Royale, avaient tous deux également été mentionnés dessus.

Se demandant ce que cela pourrait être, Hakuya examina rapidement le contenu pour trouver...

« ... Ha, je vois. » (Hakuya)

Hakuya était d’accord malgré lui avec cette pétition.

◇ ◇ ◇

« Vous savez tout. Je vais insister jusqu’à ce que vous preniez un congé, Votre Majesté. » Déclara Hakuya.

« Qu’est-ce qui se passe exactement ? » Demandai-je. « Tout ce que vous m’avez dit est vraiment sans queue ni tête. »

Alors que je travaillais dans le bureau des affaires gouvernementales, Hakuya était soudainement entré et il m’avait dit sans préambules : « Prenez un congé. » Puis, il avait abandonné le paquet de papiers qu’il tenait dans ses mains sur le bureau sur lequel je travaillais.

« Ceci est une pétition que je viens de recevoir en provenance directe du département du personnel. » M’informa-t-il. « Selon ce document, “Lorsque ceux se trouvant au sommet ne se reposent pas, ceux qui sont en dessous ont du mal à prendre un congé”. Vous trouverez dans ce document les signatures de Messieurs Marx et Ludwin. Quant à moi, votre humble serviteur, j’ai aussi ajouté mon propre nom à cette longue liste. »

Ah. Maintenant qu’il le mentionne, je crois que je n’ai pas pris de repos depuis que j’ai été convoqué ici, n’est-ce pas ? pensai-je.

Ce n’était pas comme si je ne me reposais pas du tout. Récemment, comme j’étais devenu habitué à utiliser mon pouvoir de Poltergeist Vivant, j’avais pu parfois laisser la paperasse à ma capacité et j’avais pu faire des choses comme coudre des poupées dans la chambre de Liscia. Si je laissais une partie de mon esprit fonctionner pendant qu’une autre partie de celle-ci se reposait, je pouvais travailler 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sans me sentir le moins du monde épuisé... Cependant, selon Hakuya, il semblerait que ce n’était pas le problème ici.

« Même si vous vous reposez, vous êtes toujours dans le palais. N’est-ce pas ? » Me demanda-t-il.

« Oui. Pour le cas où quelque chose se passerait. » (Souma)

« Je vous dis simplement qu’il semblerait que vous ne vous reposiez pas quand vous agissez ainsi. Et, parce qu’il semblerait que vous ne vous reposiez pas, toutes les personnes du palais ont elles aussi, du mal à se reposer. Veuillez prendre cela en considération. » (Hakuya)

« C’est facile pour vous de dire cela... » Dis-je.

« Normalement, je voudrais que vous preniez plusieurs jours de repos pour pouvoir pleinement vous reposer. » Dit-il. « Mais... »

« Avons-nous ce genre de temps à disposition ? » Demandai-je.

« Nous ne l’avons pas. » (Hakuya)

« C’est bien ce que je pensais. » (Souma)

En fait, il y avait une montagne de choses à faire. Sans parler du développement et du renforcement de l’armée, de rencontrer des VIP, de créer des documents à usage externe, de faire avancer toutes sortes de réformes. La liste pourrait durer pour toujours. Même la demande d’Aisha d’aller à la Forêt Protégée par Dieu dès que possible était encore en attente. Je leur avais au moins expliqué comment l’éclaircissement périodique fonctionnait, donc j’espérais que leur situation soit devenue meilleure depuis. Dans ce pays assailli par des problèmes internes et externes, il n’y avait pas de temps que nous pouvions nous permettre de gaspiller.

« Cependant, si cela réduit le moral et, par conséquent, l’efficacité du travail, je crois que votre travail acharné pourrait être autodestructeur en soi. » M’expliqua Hakuya.

« Eh bien ! Dans ce cas, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? » Demandai-je.

« D’une manière ou d’une autre, je vais trouver le temps de vous donner un jour de congé. » Dit-il. « Pourquoi ne pas l’utiliser pour une sortie quelque part ? »

Hein ? Une sortie...

« Puisque je n’ai pas beaucoup de jours de congé, que se passerait-il si je disais que je voulais l’utiliser pour me reposer dans ma chambre ? » Demandai-je.

« Votre requête est rejetée. Je dois vous demander de prendre vos vacances de manière à ce que vos sujets puissent vous voir heureux de les prendre. » (Hakuya)

« ... Et vous appelez toujours cela des vacances ? » (Souma)

À mon avis, il s’agit d’un jour de congé seulement quand vous êtes en mesure de faire ce que vous voulez avec. Je tentai de faire à Hakuya un regard éloquent pour tenter de lui transmettre cela, mais il l’encaissa avec une totale indifférence.

« N’est-ce pas l’occasion parfaite ? Vous pourriez utiliser ce temps pour visiter la ville du château avec la Princesse Liscia. » (Hakuya)

« Vous désirez donc que j’aie un rendez-vous galant ? » Demandai-je.

« Vous êtes tous deux fiancés, alors, s’il vous plaît, veuillez montrer à la population à quel point vous êtes proche l’un de l’autre. » (Hakuya)

« Oh, allez ! Maintenant, tout cela se transforme en quelque chose qui fait partie de mes devoirs officiels. » Protestai-je.

Voulez-vous que nous fassions des trucs comme ils l’ont fait à l’émission sur l’album Famille Impériale ?

« ...Et que ferez-vous pour me protéger ? » Rajoutai-je.

« N’avez-vous pas Aisha pour ce genre de situation ? » Me répondit-il.

« D’abord, vous me dites d’avoir un rendez-vous gallant, et maintenant, vous me dites d’apporter une autre femme avec moi ? » (Souma)

« Quel est le problème ? Ce sera comme avoir une belle fleur dans chaque main. » Commenta Hakuya. « Juste à y penser, je suis très jaloux de vous. »

« Vous ne le pensez pas vraiment... » (Souma)

*Soupir*... Eh bien, c’est certainement un moment très intéressant pour me détendre. Je suppose que je pourrais l’apprécier en me disant que je vais simplement aller m’amuser avec des amis. Je pourrais aussi aller dans tous les endroits de la capitale qui m’intéresse. Voyons voir... je pourrais visiter le café chantant dans lequel Juna travaille. Cela pourrait être sympa.

« ... D’accord. Vous avez gagné. Je vais prendre un jour de congé. » Dis-je.

« Votre compréhension est appréciée. » (Hakuya)

Alors qu’Hakuya s’inclinait de façon révérencieuse, je lui fis un regard froid.

« Actuellement, où est Liscia ? » Me demandai-je.

Je voulais lui faire savoir que nous avions un jour de congé, mais elle n’était pas dans sa chambre. Habituellement, cela signifiait qu’elle était quelque part dans les installations de formations du palais. Quand j’étais monté sur le trône, la position de Liscia en tant que membre de la royauté était partie en fumée. Maintenant, tout ce qui lui avait été laissé était son grade dans l’armée, alors agir en tant que mon conseiller (ce qui, selon vous, était un travail très difficile) était le seul travail qu’elle avait maintenant. Et dernièrement, ne s’était-elle pas plainte du fait qu’elle n’avait plus rien à faire autre que de se joindre aux gardes royaux pour s’entraîner ?

En premier, j’allai visiter le champ de tir, puis les terrains d’entraînement intérieur. Et finalement, lorsque je vérifiai dans les jardins intérieurs, je trouvai Liscia avec Aisha au milieu d’une des cours intérieures.

« Haaaaaaaaaaa! » (Aisha)

Avec un grand cri, Aisha balança une épée aussi grande qu’elle.

En revanche, Liscia avait lu silencieusement les attaques de son adversaire, frappant rapidement à l’aide de sa rapière.

Il était difficile pour un amateur de dire laquelle des deux avait l’avantage. Était-ce Aisha, qui relâchait une attaque qui écraserait tout ce qui serait touché par elle. Ou était-ce Liscia qui esquivait avec grâce cette attaque, libérant trois attaques consécutives avec sa rapière ?

Était-ce Aisha, qui avait pu créer ces poussées sur le côté en n’utilisant rien de plus que le gantelet qu’elle portait ? Ou était-ce Liscia qui avait utilisé l’ouverture créée par Aisha pour marcher sur la grande épée d’Aisha, empêchant Aisha de la soulever ?

... Est-ce vraiment un match d’entraînement ? Leurs tactiques à l’épée étaient si intenses, que je ne pouvais pas être sûr qu’elles ne soient pas sérieuses.

« Vent Sonique ! » (Aisha)

« Épée de la Montagne de Glace ! » (Liscia)

Maintenant, elles commencent à utiliser la magie et leurs compétences !

Le Vent Sonique d’Aisha était apparemment une compétence qui libérait un "vent tranchant" depuis son épée à deux mains. Quand Liscia l’esquiva, elle coupa sans difficulté l’arbre qui se trouvait derrière elle. L’arbre avait été coupé en deux, en diagonale.

Pendant ce temps, l’Épée de la Montagne de Glace de Liscia semblait être une compétence qui gelait instantanément le sol au point ou il devenait une sorte de patinoire, puis elle lui permettait de projeter des pieux de glaces sur son adversaire, mais Aisha avait alors facilement coupé tous les projectiles qui semblaient pouvoir la frapper en utilisant son épée.

... Pourquoi sont-elles dans une lutte qui ressemble étrangement à une bataille à mort ?

J’avais déjà vu la magie en action dans ce monde. Récemment, pour pratiquer ma capacité à manipuler des poupées, j’avais utilisé un mannequin pour sortir et chasser des monstres, alors j’avais souvent rencontré des aventuriers lors de ces sorties qui utilisaient la magie (bien que c’était généralement lorsque mon mannequin était vu comme un monstre et qu’ils l’attaquaient).

Cependant, avec la magie utilisée par les aventuriers ordinaires, ce qu’ils pouvaient faire était de simples projectiles de flammes, de glaces ou des soins des blessures mineures. Je n’avais jamais pensé que la magie utilisée par quelqu’un d’expérimenté soit si incroyable.

Aisha était forte, mais Liscia semblait elle-même assez capable. Alors que les deux combattaient, leurs yeux étaient remplis de vie, étincelants même, comme si elles avaient découvert une rivale digne d’elles.

Donc voici ce qu’est un véritable guerrier. Attendez, si je les laisse se battre ainsi, elles vont finir par détruire tout le château !

« Vous deux... Arrêtez ça ! » (Souma)

« « Oui Monseigneur ! Attendez, quoiiiiiiiii !? » » (Les deux)

Les deux qui reprirent ainsi conscience de leur environnement atterrirent sur le sol gelé, puis, totalement synchronisées, elles glissèrent toutes deux sur la plaque de glace et tombèrent à l’unisson sur leurs fesses.

*

« Un-Un-Un rendez-vous tous les deux !? » s’exclama Liscia.

« Oui ! » (Souma)

Quand je lui avais expliqué que j’avais un jour de congé obligatoire et qu’Hakuya m’avait recommandé d’avoir un rendez-vous avec elle, Liscia avait l’air stupéfaite.

« Attendez... Est-ce quelque chose que nous devrions faire parce que quelqu’un d’autre nous a dit de le faire ? » (Liscia)

« Je ressens la même chose que vous, mais... Dans l’esprit de Hakuya, les rendez-vous royaux font probablement partie de nos tâches à accomplir. » (Souma)

« Quelle façon inhumaine de penser ! » Murmura-t-elle.

« "Avant d’être un être humain, je suis le Premier ministre." C’est très probablement ce qu’il nous dirait si on lui faisait la remarque. » (Souma)

« Hahaha ! » À la suite de ma réplique, elle se mit à rire. « Oui, sans aucun doute ! »

« Alors pour lui, fondamentalement, avant même que nous soyons des êtres humains, il veut que nous soyons le roi et la reine. » (Souma)

« ... Pardon. De cela, je ne peux vraiment pas en rire. » (Liscia)

Tous les deux, nous avions alors soupiré à l’unisson à cette pensée.

Hakuya était brusque, fiable, et il avait pris dès le départ son travail très au sérieux. Mais il pouvait quelques fois aller bien trop loin à cause de sa fidélité sans faille qui le caractérisait. Eh bien, ce n’était pas pour dire qu’il n’avait pas quelques fois un certain côté empli de douceur. Récemment, il avait commencé à s’occuper personnellement de Tomoe en lui donnant des cours à la suite de la demande de Tomoe.

« Eh bien ! je suis heureux d’avoir un jour de congé, et je pense que c’est correct si j’en profite pour ainsi aller visiter divers endroits, n’est-ce pas ? » Demandai-je.

« Je suppose que oui. » Accepta-t-elle.

« Oh, oh ! Dans ce cas, s’il vous plaît, venez dans ma forêt ! » Aisha leva la main, essayant d’attirer notre attention, mais je secouai la tête.

« J’ai encore une tonne de travaux officiels à finir pour pouvoir y aller. Il ne peut se faire que des choses que nous pouvons faire lors d’une excursion d’une seule journée. » (Souma)

« Ohh... Même à cheval, il faut trois jours pour arriver jusqu’à la Forêt Protégée par Dieu... » (Aisha)

Oui, c’est pourquoi c’est hors de question d’y aller maintenant.

« Vous devrez abandonner cette idée pour cette fois-ci. Mais je vous ai appris comment faire des éclaircissements périodiques, n’est-ce pas ? » (Souma)

« Oui. Cependant, il y a parmi les elfes sombres des individus qui sont aveuglément têtus... qui dirait à coup sûr. "Quelle est cette absurdité ? Comment pouvez-vous suggérer que nous, les elfes sombres, les protecteurs de la forêt, nous abattions les arbres ?" » (Aisha)

Ah. Ouais, vous pouvez facilement trouver des types de ce genre dans tous les endroits possibles.

Je respectai grandement leur désir de protéger la nature, mais quand cette envie allait trop loin, elle atteignait un niveau d’arrogance et là, cela pouvait devenir un réel problème. La nature n’était pas si faible qu’elle nécessiterait que les humains la regardent de haut et la "protègent". Si quelque chose...

« C’est pourquoi je veux que vous veniez, Monseigneur. » M’expliqua-t-elle. « Pour leur donner un coup de pied au cul. »

« ... Je comprends. Quand j’aurai le temps, j’irai. » (Souma)

Il me semble que le nombre de choses que je devais faire était en constante augmentation, mais... dire cela ne serait de toute manière d’aucune aide, n’est-ce pas ? pensai-je.

« Je vous en prie. Si cela vous aide, utilisez mon corps, ainsi que ma vie, de quelques manières que vous pourrez trouver utiles. » Annonça Aisha en inclinant sa tête.

« Eh bien, j’ai actuellement une faveur à vous demander... » (Souma)

« Oui, Monseigneur ! Voulez-vous que je réponde à vos besoins physiques ? » Me demanda-t-elle immédiatement.

« Pourquoi est-ce la première chose qui vous vient à l’esprit ? » (Souma)

« Eh bien, je viens juste de vous offrir mon corps ! » (Aisha)

« Souma... » Liscia se mit à parler à côté de moi, très agressive.

« Bien sûr, ce n’est pas ce que je vous demande ! Liscia, arrêtez de me regarder avec ce visage ! » (Souma)

Quand Aisha était excitée, il semblerait qu’elle se contrôle bien moins, et qu’elle devenait souvent quelque peu sauvage.

« Je voulais simplement vous demander d’être mon garde du corps pendant que nous irons dans la ville du château. » Lui expliquai-je.

« V-Vous voulez que je me joigne à vous pour votre rendez-vous ? » Me demanda-t-elle.

« Eh bien ! Si nous étions juste Liscia et moi, nous serions en difficulté si quelque chose venait à se produire. » Dis-je ?

Après quelques secondes, je rajoutai. « Nous pouvons bien l’appeler un rendez-vous, mais en vérité, nous allons juste marcher ensemble dans la ville, et donc vous ne devriez pas être dérangée par cela. »

« ... Mais dans mon cas, cela me dérange quand même. » Pour une raison quelconque, Liscia faisait la bouche en cœur.

Peut-être qu’elle aurait voulu être seule à ce rendez-vous ? ... Non, cela ne pouvait pas être cela. Je veux dire, même si nous étions fiancés, il s’agissait juste d’une formalité.

« Eh bien, c’est comme ça. » Dis-je. « Je compterai sur vous deux quand ce jour viendra. »

« Oui, Monseigneur ! Compris ! » Déclara Aisha avec enthousiasme.

« ... Bien, j’ai compris. » Contrairement à l’enthousiasme d’Aisha, Liscia semblait peu satisfaite.

*

Et ainsi, notre jour de congé arriva enfin.

Liscia, Aisha et moi marchions alors le long d’une rue commerçante dans la ville du château de Parnam. Hakuya nous avait dit. « S’il vous plaît, sortez et montrez aux gens du peuple à quel point vous êtes proche l’un de l’autre. » Mais apparemment, cela avait été juste une blague. Car quand le jour fut enfin venu, il nous avait demandé de rester discret. Eh bien, dans le cas où le roi descendît dans la ville du château, après tout, Aisha seule n’était probablement pas assez sécuritaire.

Donc, je portais en ce moment l’uniforme de l’Académie Royale des Officiers de Parnam et je me faisais passer pour un de ses étudiants... Ce qui était plus ou moins vrai, étant donné que j’étudiais encore à l’université avant d’être invoqué ici.

En passant, Aisha et moi portions tous deux des uniformes scolaires, mais nous nous étions rapidement rendu compte que les gens reconnaîtraient Liscia, et donc, en tant que déguisement, elle avait ses cheveux en tresses et portait des lunettes de soleil, lui donnant une apparence d’étudiante d’honneur. Avec cela, si quelqu’un nous regardait, tout ce qu’ils verraient était simplement trois étudiants se baladant dans la ville lors d’un jour de congé.

« Houla, mon pote, vous avez de vraies beautés avec vous ! Si vous êtes un vrai homme, alors vous devez obligatoirement m’acheter certaines marchandises en tant que cadeau pour les leur offrir sur le champ, cela leur montrera ainsi comme vous êtes généreux. » L’homme qui venait de m’interpeller était un homme d’âge moyen se trouvant devant une étale de marchandises avec des accessoires posés dessus. Il m’avait dit cela dans un accent du Kansai. Apparemment, l’argot marchand de ce monde était automatiquement traduit, pour mes oreilles, en tant qu’un faux accent du Kansai.

En répondant à l’homme d’un sourire plein de tact, je parlai à Liscia. « Liscia, vous avez une belle apparence avec ces lunettes. Elles vous vont bien ! »

« V-Vraiment ?... Merci. » (Liscia)

« Monseigneur ! Et pour moi ! Que pensez-vous de moi dans un uniforme scolaire ? » Aisha leva rapidement sa main. Dernièrement, elle avait été très agressive à ce sujet.

« ... Euh, oui, ça ne vous convient pas vraiment. » Dis-je.

« Pourquoi, pas vraiment !? » (Aisha)

Parfaitement... L’uniforme des officiers de l’Académie était quelque chose comme un blazer, et cela ne correspondait pas à sa peau brune et à ses cheveux d’argent. Je ne savais pas trop comment le lui dire, mais il me semblait que je regardais quelqu’un qui se déguisait en un personnage (cosplay) qu’on trouverait dans un animé scolaire. À l’instar de la façon dont il n’y avait pas de filles aux cheveux roses dans la vie réelle, et même lorsque les filles teignaient leurs cheveux de cette façon, ça n’avait pas l’air totalement naturel ? Vous pourriez parfaitement dire qu’il y avait ici un affrontement entre le réaliste et le fantasme.

« Personnellement, je ne pense pas que cela a l’air si mauvais sur elle, vous savez ? » Dis Liscia.

« Princesse ! » S’exclama Aisha.

« Oui, c’est possible. Eh bien, je suis sûr que c’est probablement juste parce que je la jugeais selon les normes de mon monde. » Dis-je.

Vraiment, il s’agit d’un monde diversifié avec de nombreuses races. Ainsi devrais-je essayer de m’y habituer aussi vite que possible.

*Bruit de roulettes, Bruit de roulettes, Bruit de roulettes*...

« Et, de toute façon, Souma, ce n’est pas Aisha qui me dérange là, mais cette chose que vous traînez derrière vous. » Annonça clairement Liscia, pointant du doigt la chose en question.

« Hmm ? Vous voulez dire, cette valise à roulettes ? » (Souma)

« C’est une valise ? Et elle a des roues sous elle ! » Répliqua Liscia, étonnée.

« Oui. » Dis-je. « Il y a des roulettes en dessous, ce qui facilite le transport de lourdes choses. »

« Ma parole, qu’est-ce qu’il est commode de l’avoir avec nous ! » Les yeux d’Aisha étaient largement ouverts dus à la surprise. Pas surprenant, car ce n’était pas du tout courant dans ce pays.

J’avais demandé spécialement la fabrication de celui-ci à un artisan de la ville du château. La personne qui l’avait fait pour moi avait dit qu’il voulait en faire plus pour en vendre à tous. Je l’avais autorisé à le faire tant qu’il n’essayait pas de garder le monopole sur ce concept. S’il s’avérait qu’il y avait de la demande pour en acheter, ils se pourraient bien qu’il ne soit plus si inhabituel d’en voir dans quelques années.

« Mais Monseigneur, si vous voulez que vos bagages soient transportés, il vous suffisait de me demander... » Protesta Aisha.

« Nous sommes censés être déguisés en camarades de classe. Ce serait hors de propos qu’un garçon laisse une fille porter ses affaires. » Lui expliquai-je. En outre, une bonne partie de mon équipement d’autodéfense était là-dedans. Je ne pouvais pas le laisser loin de moi. « De plus, Aisha, arrêtez de m’appeler Monseigneur. Techniquement, nous sommes censés être incognito ici. »

« D’accord ! Monseigneur. Heuu... Monsieur ! Mais dans ce cas, comment dois-je vous appeler... ? » (Aisha)

« Adressez-vous à moi normalement, mais sans le titre. Si vous le souhaitez, vous pouvez même utiliser mon prénom, 'Kazuya'. » (Souma)

« « Hein ? » » Les deux filles s’exclamèrent de concert, emplies de confusion.

Hein ? Pourquoi Liscia est-elle aussi confuse ?

« Mais... Souma, n’est-ce pas votre prénom 'Souma' ? » Me demanda Liscia.

« Hein !? Souma est évidemment mon nom de famille. Kazuya est mon prénom. » (Souma)

« Mais le premier jour, vous avez dit que vous étiez Souma Kazuya, n’est-ce pas ? » (Liscia)

« ... Ha ! » (Souma)

Zut ! Dans ce pays, ils suivent le style européen, où le prénom arrive en premier. J’aurais donc dû me présenter en tant que Kazuya Souma. Oh ! Je vois ! C’est pourquoi tout le monde m’appelle le roi Souma. Maintenant que j’y pense, il est étrange d’avoir le titre de "roi" attaché avec le nom de famille. Dans un système héréditaire, vous auriez alors un grand nombre de rois avec le même nom si vous l’aviez fait de cette façon.

« E-Est-il trop tard pour corriger cela ? » Demandai-je.

« Probablement ? Tout le monde pense que vous êtes Souma, et je pense que toute votre correspondance externe a été faite sous le nom Souma Kazuya. » (Liscia)

« Arggg! Quand je pense que j’ai fait un terrible quiproquo... » Me lamentai-je.

« Eh bien, ce n’est pas si grave ? » Dis Aisha. « Pourquoi ne pas utiliser un nom en public et l’autre en privé ? Donc, à des occasions privées comme aujourd’hui, je vous appellerai 'Sir Kazuya'. »

Avec Aisha en train de chercher des moyens de couvrir mon erreur, je me sentis tout simplement encore plus déprimé. « Maintenant, j’ai Aisha, de toutes les personnes présentes, qui essaie de couvrir mes erreurs.. »

« Et que pensez-vous de moi, Sir Kazuya ? » (Aisha)

« Qu’est-ce que vous me demandez... ? Une elfe sombre qui me semble très déçue ? » (Souma)

« C’est méchant ça ! » S’exclama-t-elle.

« Franchement, vous deux, arrêtez avec ces stupides plaisanteries, et allons-y. » insista Liscia alors que j’étais encore confronté à une Aisha aux yeux larmoyants.

Ouais... Il est bien de dire que nous devons continuer, mais nous n’avions pas encore choisi une destination particulière. Pensai-je. « Est-ce qu’il y a un endroit où vous, les filles, souhaitez aller ? »

« Non. » Répondit Liscia.

« Partout où vous irez, je vous suivrais, Sir Kazuya. » Rajouta Aisha.

« Ouais. Au moins, vous deux, vous pourriez faire semblant d’y réfléchir. » (Souma)

Si elles repoussaient vers moi la décision, je ne saurais pas quoi faire. Maintenant que j’y pense, c’était la première fois que je marchais par mes propres moyens dans la ville du château. Après tout, la dernière fois que j’étais venu ici, nous étions passés uniquement en galopant à dos de cheval.

Hmm. Dans ce cas, peut-être que c’est d’autant plus une raison pour laquelle je devrais jeter un coup d’œil dans les environs. Même si nous nous promenons, tout cela sera encore nouveau pour moi.

« Et bien ! Allons-y alors doucement. » Dis-je.

*

Parc Central de Parnam.

Un grand parc au centre de la capitale royale, Parnam.

Même si on l’appelait parc, il n’y avait pas de terrain de jeux ou quelque chose du genre. Il y avait juste des arbres, des arbustes et des fleurs qui avaient été plantés là-bas. Mais ce terrain était trois fois plus grand que le Dôme de Tokyo. Au centre du parc, il y avait une fontaine impressionnante avec un récepteur de Joyau de Diffusion de la Voix. Quand une émission était diffusée, il pouvait projeter une image si massive qu’elle était assez grande pour être vue à plus de 100 mètres. Il y avait donc des sièges dans le style d’un amphithéâtre qui avait été placé tout autour de la fontaine, et d’après ce que je savais, lors de la dernière diffusion du Joyau de Diffusion de la Voix, une foule qui comptait plus d’une dizaine de milliers de citoyen s’était rassemblée ici.

En y pensant, ceci pourrait être intéressant de faire un concert en direct depuis ici. Pensai-je. Dès que le programme de diffusion de Juna utilisant le Joyau de Diffusion de la Voix sera prêt et mis en place, j’aimerais vraiment planifier quelque chose comme ça. Un jour, cette place possédant une fontaine pourrait devenir une scène pour tous les chanteurs d’Elfrieden qui aspirent à se tenir debout, comme l’est le théâtre extérieur de Budokan ou de Hibiya.

... Eh bien ! C’est assez proche de mon fantasme de l’oisiveté. De toute façon, nous étions venus dans le Parc Central.

« C’est un endroit si charmant qui est plein de beauté de la nature. » Déclara Aisha.

« C’est vrai que même si nous sommes encore au milieu de la ville, l’air est tellement pur ici. » Commenta Liscia. « Mmmm. »

Aisha regarda tout autour d’elle avec curiosité tandis que Liscia s’étirait de tout son long.

« Hein !? Mais je ne me souviens pas si l’air était si pur avant... » murmura-t-elle.

« Eh bien, c’est vrai que j’ai travaillé dur pour arranger ça. » Dis-je.

« Vous avez arrangé ça ? Avez-vous fait quelque chose de particulier dans ce parc ? » Demanda-t-elle, intriguée par ma remarque.

Alors que Liscia semblait toujours perplexe, je gonflai fièrement le torse avant d’expliquer. « Pas seulement à ce parc. J’ai fait installer de nombreuses infrastructures dans tout le sous-sol de Parnam, et je pourrais aller plus loin en disant que j’ai aussi fait des préparatifs en ce qui concerne les lois concernant cela. Si vous comparez ces choses-là il y a quelques mois, je pense que vous verrez que la qualité de l’environnement et l’hygiène se sont considérablement améliorées. »

Pour être franc, avant mes actions, l’hygiène et la qualité de l’environnement dans ce pays étaient au même niveau qu’en plein milieu du Moyen Âge européen. Ce qui veut dire que c’était déplorable.

Le fumier de cheval était laissé en plein milieu des rues comme si cela était parfaitement normal, et les habitants jetaient leurs eaux usées domestiques dans des fossés se trouvant le long des routes. J’avais entendu dire que tout cela sentait une odeur absolument infecte lors des chaudes journées d’été.

Comme le concept d’hygiène n’existait pas, ces problèmes étaient délaissés. De même que lorsque le fumier des chevaux séchait, il se transformait alors en poussière qui s’élevait dans l’air. Lorsque cela pénétrait dans les poumons des personnes, cela provoquait alors une variété de maladies respiratoires.

C’était pourquoi la première chose que j’avais faite dès le début de mon règne fut la mise en place d’un aqueduc et d’un système d’égout, partout dans la capitale.

« Un aqueduc et un système d’égout. » Répéta Liscia estomaquée. « Quand avez-vous eu le temps de faire faire ce genre de chose !? »

« En vérité, il n’a pas fallu tant d’efforts que ça. » Lui répondis-je en haussant les épaules. « Pour commencer, il y avait déjà des passages souterrains qui parcouraient l’ensemble des sous-sols de Parnam. Le saviez-vous ? Presque tout ce que j’avais à faire était de faire passer un cours d’eau proche dans certains passages de ce réseau. »

« Attendez, ne serait-ce pas les tunnels d’évacuation pour la famille royale !? » Cria-t-elle, scandalisée.

Comme Liscia l’avait dit, dans le cas où la capitale était attaquée, et que la chute de la famille royale devenait incontournable, ces tunnels avaient été destinés à la famille royale afin qu’elle puisse s’échapper en les utilisant. Et même si les ennemis les découvraient, ils avaient été construits sur le principe d’un labyrinthe afin d’entraver la poursuite, et de plus, ils couvraient l’intégralité de Parnam. De plus, ils avaient été construits en trois couches. Tout cela avait été très pratique pour les réutiliser afin de les transformer en un aqueduc et un système d’égout. Ceci n’avait nécessité que très peu de travaux finalement.

Pour commencer, l’eau de la rivière qui coulait près de Parnam avait été conduite jusqu’à arriver dans la première couche, qui servait d’aqueduc souterrain. Cette eau était maintenant utilisée par les puits et les salles de bains publics qui dépendaient autre fois de l’eau souterraine présente dans la nappe phréatique. La troisième couche, quant à elle, était utilisée en tant qu’égout, se vidant finalement dans des étangs de sédimentation se trouvant à l’extérieur de la capitale où les eaux usées seraient finalement entièrement filtrées avant de retourner une fois de plus dans la rivière. Le système avait été conçu de telle sorte que l’eau qui avait fait le tour entier de la ville dans la première couche serait automatiquement drainée dans la troisième couche. Nous avions rempli la deuxième couche et avions modifié les accès de manière à ce que les mauvaises odeurs de la troisième couche ne se propagent jamais dans la première.

« Comme vous les avez transformés en un système d’aqueduc et d’égout, alors que prévoyez-vous de faire en cas d’urgence !? » Me demanda Liscia.

« Si nous arrivons au point où la famille royale doit fuir la capitale, le pays est dans ce cas déjà fini, n’est-ce pas ? » Lui répondis-je. « Si cela dépendait de moi, je me rendrais vraisemblablement au point où l’ennemi arriverait proche de la capitale. »

« Si facilement ? » S’écria-t-elle.

« Liscia, tant qu’un roi a son peuple à ses côtés, il est en sécurité. » (Souma)

C’était une autre leçon provenant de Machiavel. Selon lui. La meilleure forteresse possible était de ne pas être détestée par son peuple.

Un prince doit faire face à deux types d’ennemis [1]. Des traîtres provenant de l’intérieur et des ennemis étrangers venant de l’extérieur.

Et donc, si vous avez le soutien de votre peuple, les traîtres ne peuvent pas rassembler de partisans ou inciter la population à se rebeller. Donc ils devront tout simplement abandonner. D’autre part, si vous êtes détesté par votre peuple, il n’y aura jamais de pénurie de citoyens désireux d’aider des étrangers pour vous conduire à votre éventuelle chute. Voilà ce que Machiavel avait déclaré.

« Même si je perdais mon titre, tant que les habitants du royaume sont encore là, il y aura toujours une chance de reprendre le trône. » Dis-je. « D’autre part, si le roi venait à être le seul à survivre, sans aucun peuple qui le soutenait, il sera alors lui aussi tout simplement dévoré par son prochain ennemi qui se présentera devant lui. »

« ... Hein !? C’est vraiment un monde difficile. » Murmura Liscia.

« C’est tout simplement la réalité. Eh bien ! De toute façon, les systèmes d’aqueduc et d’égout étaient assez faciles à réaliser, mais quand il a été nécessaire de créer les étangs de sédimentation... Ah ! Allons nous asseoir à l’ombre. » (Souma)

Il n’y avait pas vraiment de problème à rester dans le coin un peu alors que nous discutions, donc nous sommes allés nous asseoir sous l’ombre fournit par quelques arbres se trouvant dans le parc.

Peu de temps après, nous pûmes nous asseoir dans un coin tranquille, et Aisha s’appuya quant à elle contre un arbre avant de commencer à s’assoupir. Elle ne pouvait probablement pas suivre cette conversion concernant un sujet si compliqué. Je devrais me demander si c’était acceptable pour quelqu’un qui était censé être mon garde du corps de faire cela, mais, bon, en connaissant Aisha, elle pourrait probablement même me protéger durant son sommeil. Je continuai donc à parler.

« Je ne pouvais pas laisser les eaux usées non traitées s’écouler directement dans la rivière. Les eaux usées domestiques ont souvent des bactéries pathogènes et des parasites, le saviez-vous ? Afin de nous protéger contre ceux-ci, nous devons laisser l’eau s’accumuler dans un endroit où elle peut être filtrée en passant à travers du sable et des cailloux... En d’autres termes, un étang de sédimentation. » (Souma)

« B-b-bactéries patho—gènes ? » bégaya Liscia tout en penchant la tête sur le côté. Il semblerait que ces mots soient inconnus pour la population de ce monde.

Eh bien, il n’était probablement pas nécessaire de se révéler trop sensible à ce sujet. Les habitants de ce pays ne connaissaient pas le concept de la pollution. C’était probablement parce qu’avec le niveau de vie et le niveau technologie de ce pays, même s’ils déversaient toutes leurs eaux usées non traitées dans la rivière, cela ne provoquerait pas beaucoup de différences.

Cependant, à mesure que le pays allait s’agrandir et que sa technologie allait progresser, il y aura automatiquement des problèmes de pollution qui apparaîtront. Plus tôt, j’aborderais ce problème, et mieux cela vaudra. Les Japonais avaient appris beaucoup sur les effets de la pollution après avoir subi la maladie de Minamata [2], la maladie d’Itai-Itai [3] et l’asthme d’Yokkaichi [4]. Il n’y avait aucun besoin pour les personnes de ce pays de vivre quelque chose de si horrible que ça.

« Alors, est-ce que quelque chose s’est produit avec ces étangs de sédimentation ? » Me demanda-t-elle.

« C’est vrai, ainsi j’ai utilisé l’Armée Interdite pour creuser des trous pour créer les étangs de sédimentation. » (Souma)

« Qu’avez-vous fait faire à Sir Ludwin et à ses hommes ? » S’exclama-t-elle.

Eh bien ! Si j’avais embauché des travailleurs, cela aurait coûté cher. De plus, j’avais envie d’enseigner aux soldats de l’Armée Interdite des techniques du domaine du "Génie Militaire". Creuser des trous, les remplir, et les renforcer. C’était l’entraînement parfait pour savoir comment creuser des tranchées. Il semblerait que les batailles dans ce monde étaient toujours orchestrées sur des champs de bataille en plein air, alors un groupe qui pouvait utiliser des tactiques de guerre de tranchées comme dans la Première Guerre mondiale pourrait tout à fait se tenir au sommet.

Quoi qu’il en soit, je divaguais.

« Pendant que je les faisais creuser, nous avons rencontré une grande pile d’os de monstre. » (Souma)

« Des Os ? » Me demanda-t-elle.

« Oui, j’ai bien dit des os. Des os de dragons, ainsi que de géants et de plein d’autres espèces. » (Souma)

L’un des soldats qui avaient été affectés aux travaux avait dit. « C’est comme si nous nous trouvions au milieu d’un cimetière de monstres. »

Des dragons, des géants, des gargouilles et bien d’autres. Il y avait eu une grande quantité d’os clairement non humains tout simplement dispersés au hasard dans toute la zone.

Soit dit en passant, des créatures que je venais d’énumérer, les dragons étaient les seuls qui n’étaient pas des monstres.

Les dragons avaient un degré de puissance magique incomparablement supérieur à ce que les wyvernes avaient, ils étaient intelligents, et apparemment ils pouvaient même prendre forme humaine. Ils avaient fait, depuis des temps immémoriaux, un pacte de non-agression mutuelle avec la race humaine et avaient construit leur propre pays dans la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon. La dirigeante de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, la Matriarche Dragon, était bien plus forte même par les normes des dragons. Elle était considérée comme un spécimen incroyablement beau et elle était même adorée par certains peuples. Fondamentalement, les dragons étaient des Bêtes Divines terribles, mais ils étaient aussi l’une des races de ce monde, tout comme l’étaient les humains et les dragonewts.

Quoi qu’il en soit, revenons à notre histoire.

Selon les chercheurs qui avaient alors enquêté sur ces os, ils se trouvaient dans une strate géologique depuis des milliers d’années.

« Alors, cela veut-il dire qu’il y avait un donjon là-bas ? » Liscia inclina la tête due à la curiosité, mais je hochai négativement la tête.

« N’ai-je pas dit qu’ils étaient dans une certaine strate géologique ? Il y a des milliers d’années, cet endroit était lui-même, la surface. » (Souma)

« La surface... ? Non, vous ne pouvez pas vouloir dire cela. Parfois, des monstres sortent d’un donjon, mais jamais sur une si grande échelle. En dehors du Domaine du Seigneur-Démon, les monstres ne se montrent jamais à la surface comme ça... Ah ! » Liscia haleta, secouant la tête comme si elle essayait de dégager la pensée qui était venue dans son esprit. « Halte-là ! Le Monde des Démons n’est apparu pour la première fois qu’il y a dix ans ! »

« En d’autres termes, cela signifie que même avant cela, il y eut une époque où des monstres erraient à la surface. » Dis-je. « Si vous y réfléchissez bien, il existe actuellement des donjons dans tout ce continent avec des monstres qui vivent à l’intérieur d’eux. Pour une raison quelconque, les monstres qui vivaient sur ce continent, il y a des milliers d’années, ont disparu, et une petite partie d’entre eux ont survécu en s’isolant dans les donjons. C’est l’idée que les savants ont eue en analysant cela. »

C’était un peu comme découvrir qu’il y avait encore des dinosaures vivant dans une région inexplorée du monde. Ou comme la pandémie d’un virus dont on pensait qu’il était éradiqué. Bien que cette hypothèse ait été juste émise, et qu’il restait à la confirmer.

« Eh bien, alors !? Les monstres et les démons qui ont détruit les pays du Nord ne sont pas "venus ici", ils sont "revenus", n’est-ce pas ? » (Liscia)

« Cela, je ne le sais pas encore. » Lui répondis-je. « C’est dangereux de sauter à cette conclusion avec le peu de connaissances que nous avons. »

Contre quoi essayions-nous de lutter ? Quels étaient nos ennemis ? C’était une question où les possibles réponses faciles n’allaient pas se réduire si aisément.

« De plus, il y a encore une chose qui me dérange... » Annonçai-je, sans prendre des gants.

« Encore une autre !? » (Liscia)

« Même en mettant de côté la question concernant les os, je devais faire construire ce bassin de filtration d’eau. Donc, les savants ont conservé des archives archéologiques de tous les os qui ont ainsi été découverts. La chose qui me dérange est que la quantité représentant un squelette complet d’os de dragons, l’un des plus grands et les mieux conservés a totalement disparu. Et cela même si je sais qu’il était censé être démonté pour une présentation et qu’il avait donc été envoyé pour être stocké au Musée Royal de Parnam... » (Souma)

« Alors, il aurait donc été volé ? » Me demanda Liscia.

« Dans ce cas, ce serait une bonne nouvelle... Eh bien, non, toujours pas de bonne nouvelle. Le squelette entier d’un dragon de plus de 20 mètres de haut, même si vous le désassemblez, il ne sera en aucun cas facile à transporter. Malgré cela, il n’y a aucun signe qu’il a été sorti de Parnam. Et pourtant, les os sont toujours portés disparus. C’est comme si l’ensemble complet avait soudainement commencé à bouger, avait battu des ailes avant de s’envoler au loin. » (Souma)

« Ha ! Non, ce n’est pas possible ! Un dragon squelette !? » Se mit-elle à crier.

« C’est ce que les érudits suspectent. » (Souma)

Un dragon squelette. Apparemment, il y avait des monstres comme ça en ce monde.

On disait qu’un dragon en colère peut oblitérer un royaume. Les dragons avaient accès à de vastes réserves de pouvoirs magiques au plus profond de leur corps, et ces réserves restaient dans leur corps après la mort. Normalement, le pouvoir magique diminuait progressivement, mais quand un dragon mourait en ayant encore des regrets (ou plutôt, quand son corps était laissé dans un mauvais environnement pendant trop longtemps), en de rares occasions, il se transformait en un dragon squelette.

Ces dragons squelettes étaient désignés par les pays comme étant des créatures particulièrement dangereuses appartenant à la classe spéciale de catégorie A. Pouvant quand même voler, bien qu’ils n’y aient plus de membranes entre leurs os de leurs ailes, ils répandaient un miasme qui apportait rapidement la mort à tous les êtres vivants se trouvant dans son rayon d’action. Ils pouvaient également utiliser la technique du Souffle du Dragon comme quand il était vivant. Alors quand un seul de ces individus apparaissait quelques parts, il était vu comme une catastrophe vivante (qui en réalité ne vivait pas) qui nécessitait la mobilisation complète des militaires d’un pays pour espérer pouvoir le vaincre. C’était aussi la seule raison qui faisait que les pays les plus petits allaient dans la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon, où vivaient les dragons, pour y chercher de l’aide.

Cependant, cette fois, les choses étaient différentes.

« Si c’était le cas, Parnam serait déjà enveloppé par le miasme. » Dis-je. « Après tout, les érudits ont effectué, dès la découverte, un test magique pour s’assurer qu’il n’y avait aucun risque que cela se produise. Il ne devrait plus y avoir assez de magie dans ce fossile pour cela. »

« Je vois... C’est une bonne chose alors. » (Liscia)

« C’est pourquoi je n’ai pas compris ce qui s’est passé. Actuellement, où est-ce que les os du dragon disparu sont ? » (Souma)

Ceci faisait déjà près d’un mois depuis que les os du dragon avaient disparu. Malgré cela, il n’y avait toujours aucun signe d’eux, alors, cela signifiait-il qu’ils avaient été transportés à l’extérieur des murs d’une manière ou d’une autre ? Ils avaient dès le départ perdu leur valeur en tant que catalyseur magique. La meilleure chose qui pourrait être faite avec eux était de les mettre dans un musée (bien sûr, j’aurais besoin de la permission de la dirigeante de la Chaîne de Montagnes de l’Étoile du Dragon pour cela) et ainsi les utiliser comme attraction touristique.

Je n’avais donc pas compris la raison derrière tout cela. C’était pour ça que cela me dérangeait tant.

Je me couchai alors sur mon côté. Liscia fronça les sourcils en me voyant faire, mais je ne m’en souciais pas.

« Vous allez avoir vos vêtements sales après cela. L’avez-vous réalisé ? » Commenta-t-elle.

« Ils peuvent être lavés. D’ailleurs, compte tenu de mon poste, je peux demander à quelqu’un d’autre de les laver pour moi. » (Souma)

« Un roi ne peut se laisser se salir ainsi. » Dit-elle.

« Oui, je suis sûr que la dignité est importante et tout, mais... qu’est-ce que c’est pénible. » (Souma)

« En tant que l’une des personnes qui vous a contraint à le faire, ce n’est peut-être pas à moi de vous le dire, mais vous devriez céder et finalement, accepter tout cela. » (Liscia)

« C’est vrai. Vous avez raison. Wow ! Avoir du temps où je suis complètement détendu est aussi très agréable. » Dis-je tout en étendant mes bras et mes jambes écarquillés. Comme il était agréable de ne pas avoir une seule partie de mon esprit en train de travailler.

Maintenant que j’y pense, je travaillais constamment depuis mon arrivée dans ce monde. Il y avait des choses à faire, des choses que je devais faire, des choses que je n’avais pas d’autre choix que de faire, des piles et encore des piles d’entre eux, et donc, j’avais utilisé ma tête pendant tout ce temps. J’avais actuellement un moment différent où je n’avais pas besoin de penser à quoi que ce soit. Finalement, c’était vraiment merveilleux.

« Ahh. J’aimerais pouvoir me disperser et revenir dans la terre. » Murmurai-je.

Liscia resta silencieuse pendant un petit moment. Après m’avoir vu ainsi, elle semblait réfléchir, puis, hésitante, me demanda. « Si vous le voulez... vous pouvez mettre votre tête sur mes genoux !? »

◇ ◇ ◇

Notes

  • 1 En parlant de Prince, c’est une référence directe au livre de Machiavel, Le Prince.
  • 2 La Maladie de Minamata : On appelle hydrargyrisme toutes les formes d’intoxication par le mercure, mais en référence à une maladie qui a touché durant des décennies des milliers d’habitants des pourtours de la baie de Minamata, on parle de la maladie de Minamata pour désigner les symptômes et syndromes subis par ces malades (en particulier les symptômes physiques et neurologiques graves et permanents induits par l’intoxication in utero aux composés de mercure (monométhylmercure principalement). Il s’agit là d’un des exemples les plus souvent cités pour évoquer les "maladies industrielles".
  • 3 La maladie d’Itai-Itai : La maladie Itai-Itai (イタイイタイ病, Itai-Itai byō, littéralement : maladie aïe aïe) est un cas documenté d’intoxication massive au cadmium survenu dans la préfecture de Toyama, au Japon. L’intoxication au cadmium provoque un ramollissement des os et une insuffisance rénale. La maladie est ainsi nommée à cause des violentes douleurs (痛い, itai), localisées à la colonne vertébrale et aux articulations. Le terme de maladie Itai-Itai a été inventé par la population locale. Le cadmium avait été déversé dans les cours d’eau des montagnes par les industries minières. Les compagnies minières ont été poursuivies pour les préjudices subis. La maladie Itai-Itai est connue comme l’une des quatre grandes maladies provoquées par la pollution au Japon.
  • 4 L’asthme d’Yokkaichi : De 1960 à 1972, les résidents de la ville d’Yokkaichi ont souffert de problèmes de santé provoqués par l’émission du SOx dans l’atmosphère par les usines chimiques d’huile locale. Au Japon, une maladie appelée le zensoku d’Yokkaichi (asthme d’Yokkaichi) dérivé du nom de la ville, et elle est considérée comme l’une des quatre grandes maladies dues à la pollution au Japon.

☆☆☆

Partie 2

Je m’assis donc avec mes genoux pliés, faisant reposer la tête de Souma sur mes cuisses.

Quand quelqu’un repose sa tête sur vos genoux, il peut soit le faire avec leur corps horizontalement ou verticalement à partir de votre point de vue. Dans mon cas, c’était le type vertical.

Alors que je l’observais discrètement, je pus voir que mon visage se reflétait à l’envers dans ses yeux. La tête de Souma reposait actuellement entre mes deux cuisses, et cela me chatouillait un peu.

« C-c’est... un peu embarrassant. » Le visage de Souma possédait une certaine nuance de rouge clairement visible.

... J’étais sûre que le mien aussi devait être dans cet état.

« Pour qui pensez-vous que cela soit le plus embarrassant ? » Lui demandai-je. « La personne qui sert de coussin ou la personne qui l’utilise ? »

« Je ne sais pas trop... Peut-être que cela l’est plutôt pour les personnes qui regardent cela, n’est-ce pas ? » Me répondit-il.

« Hahaha ! Vous pourriez tout à fait avoir raison. » Lui répondis-je.

Et si Aisha ne s’était pas endormie, quelle expression ferait-elle actuellement ?

Quand elle nous verra agir comme un couple, son visage deviendra-t-il rouge ? Ou alors elle dira, « Princesse, je ne peux pas vous permettre de faire ça ! Si quelqu’un doit devenir son oreiller, alors cela doit être moi ! » Ou quelque chose d’étrange comme ça ?

Quand je voyais l’affection que cette fille affichait envers Souma, parfois je sentais comme s’il y avait quelque chose de plus fort que de la fidélité envers lui...

D’une certaine façon, je soupçonnais que, parmi ces deux possibilités, ce serait bien le cas.

« ... Pensez-vous que nous ressemblons à un couple ? » Lui demandai-je.

« Et bien, seulement de nom. » Me répondit-il.

« Seulement de nom... » (Liscia)

À chaque fois que c’était nécessaire, Souma disait toujours à tous ceux qui étaient proches de lui que notre engagement mutuel était juste quelque chose de temporaire, et qu’il n’avait accepté la couronne que pour une période plus ou moins longue. Selon lui, une fois que le royaume serait devenu suffisamment stable et prospère, il avait déjà prévu d’abdiquer. Je sentais que ceci était la raison pour laquelle il prenait toujours son temps pour m’expliquer en détail toutes les réformes qu’il menait ainsi que celles qu’il avait prévu de faire. Je pense avoir bien saisi le caractère de Souma depuis que je l’avais rencontré il y a quelques mois, et maintenant, j’étais capable de comprendre de telles intentions ainsi que ses désirs.

Souma ne désirait pas une richesse excessive ou une renommée. Il voulait simplement vivre en paix et dans la tranquillité. Pour Souma, être un "roi" lié par "ses obligations de noblesse" était exactement le contraire de ses désirs. Même si c’était mon père qui avait pris la décision, je me sentais très mal que nous devions lui faire peser un tel fardeau sur ses seules épaules.

... Mais, en ce moment, ce royaume changeait pour se centrer entièrement tout autour de Souma.

Ce pays, qui avait toujours été considéré par les nations environnantes comme étant un vieux royaume entièrement pourri qui jamais ne changerait et qui était figé dans des concepts désuets, était en train de radicalement changer. Et c’était aussi grâce à Souma que nous avions pu faire face à l’aggravation de la crise alimentaire. Si l’on y réfléchit bien, que ce soit Hakuya, Poncho et les autres, ils s’étaient portés volontaires pour servir le royaume uniquement parce que Souma était là. Même si le trône m’était donné après son abdication, est-ce que je pourrais les garder tous avec moi ?

Mais en plus de cela, plus que toute autre chose à mes yeux, je voulais moi-même que Souma reste dans ce royaume. Et donc...

« Souma... Est-ce que cela vous dérange de m’avoir comme fiancée ? » Ces mots venaient ainsi naturellement de sortir de mes lèvres.

Les yeux de Souma s’écarquillèrent à la suite à mes mots, et il fit rapidement pivoter son visage d’un rouge vif sur le côté. « ... Il n’est pas très juste pour vous de le dire comme ça. »

« O-Oh, vraiment ? » Balbutiai-je.

« Liscia, est-ce que tout cela vous convient ? Je veux parler du fait de m’avoir moi en tant que votre fiancé ? » (Souma)

« Cela ne me dérange pas. » Je me surpris moi-même d’être ainsi capable de dire cela si facilement. Cependant, après ce que je venais de dire, je me sentis quand même un peu embarrassée. « Souma, vous savez, je pense que vous êtes bien mieux adapté pour gouverner ce pays que moi. »

« Même si je conviens mieux à cela... Est-ce que vous allez accepter d’être ainsi engagé avec quelqu’un que vous n’aimez même pas ? » (Souma)

« N’est-ce pas ce que cela signifie d’être quelqu’un de la famille royale ? » Lui demandai-je.

« Je ne suis nullement quelqu’un de la famille royale. En outre... je voudrais me marier par amour. » (Souma)

« Alors... est-ce que vous me haïssez, Souma ? Pouvez-vous dire avec certitude que vous ne deviendrez jamais amoureux de moi ? » Lui demandai-je.

« Urgh...Je vous le dis, ce n’est pas correct quand vous dites des choses comme ça. La chose à propos des êtres humains est que, si une fille a, ne serait-ce que le moindre soupçon que quelqu’un l’aime, alors elle tombera amoureuse de lui. C’est le genre de créatures que nous sommes. Si une beauté telle que vous me dit cela, Liscia... Alors il n’y a vraiment aucune chance que je ne me sente pas conscient de vous. » (Souma)

Souma avait dit quelque chose qui ressemblait vraiment à une excuse. Il était étonnamment calme et réaliste lorsqu’il s’agissait de ses devoirs, alors c’était quelque peu drôle de le voir gêné dans une situation comme celle-ci.

Je gloussai un peu avant de dire. « Vous pouvez faire bouger tout le pays, mais vous devenez désespéré quand il s’agit de cela. »

« ... Je manque d’expérience. De bien des manières. » (Souma)

« Quant à moi, vous savez, j’ai passé tout mon temps en études et pour mes devoirs militaires, alors je n’ai pas eu beaucoup d’expériences non plus. » Lui dis-je.

« Ne dites pas cela comme si cela était le même pour les garçons et les filles. Nos spécifications de base en matière d’amour sont complètement différentes. » (Souma)

Alors que nous en parlions, une voix hésitante se mit à parler. « Hum... »

Quand je me retournai pour faire face à cette voix, je vis qu’Aisha devait s’être réveillée depuis un petit moment. Et en ce moment, elle nous regardait avec un sourire ironique qui semblait au moins trois fois plus intense que son attitude habituelle.

« Combien de temps ai-je encore besoin de prétendre que je m’étais endormie ? » Nous demanda-t-elle.

« « ... » »

En entendant cela, nous avions tous deux bondi.

◇ ◇ ◇

Après avoir quitté le parc, nous nous promenâmes dans la ville du château. Il était midi et comme nous avions faim, nous avions donc décidé de nous diriger vers le café chantant où Juna travaillait.

Alors que nous marchions dans un chemin pavé, Liscia déclara. « À propos du sujet dont nous avons parlé plus tôt... » et me posa une question. « Vous avez aussi parlé de modifier les lois, n’est-ce pas. De quoi s’agissait-il ? »

« Oh ! Voilà ce que j’ai fait. J’ai tout d’abord converti les petites routes en paradis pour les piétons et nationalisé l’élimination des ordures. » (Souma)

« ... Je suis désolée. Je n’ai aucune idée de ce que tout cela veut dire. » (Liscia)

Je pense que j’aurais dû y penser. Nous étions tous deux retournés à la discussion concernant le problème de l’hygiène et de l’assainissement.

« Eh bien, permettez-moi d’expliquer ce que j’entends par paradis pour les piétons. C’est simple. J’ai interdit aux chariots l’utilisation de toutes les routes sauf les plus grandes. Les chariots qui transportent des marchandises reçoivent une exemption spéciale, mais seulement pendant quelques heures au cours de la matinée. Ne sommes nous pas passés tout ce temps dans des rues de moyennes tailles, et n’avez vous pas constaté que nous n’en avons croisé aucun ? » (Souma)

« Maintenant que vous le mentionnez... » Liscia regarda alors autour de nous, ne voyant pas un seul cheval.

« Ceci permet de réduire facilement le nombre d’accidents causé par les chevaux, créant ainsi un environnement sécurisé pour permettre à la population de commercer, ce qui par la même occasion, pousse l’économie sur la bonne voie, mais... Le but principal de tout cela étant de nettoyer tout le crottin des chevaux présent dans les rues. » (Souma)

« Le crottin des chevaux ? » Répéta Liscia.

« Quand un cheval est en déplacement, il laisse généralement ses excréments au sol, n’est-ce pas ? Eh bien ! Quand ce crottin devient sec, il est emmené par le vent, et cela nuit aux poumons de ceux qui l’inhalent. Plus une zone est devenue insalubre et plus elle doit contenir de cette poussière de crottin que les nombreux chevaux ont laissé là. Si nous limitons les chevaux aux routes principales, cela facilite la collecte de leurs excréments. Et ainsi, cela devrait réduire considérablement le nombre de personnes qui contractent une pneumonie. »

« Hein !? C’était tout ce qu’il fallait faire !? » S’exclama Liscia.

« ... Oui. » Lui répondis-je. « C’est tout ce qu’il aurait fallu faire pour sauver des vies. »

« Arg... » (Liscia)

Ma manière de décrire les faits était peut-être un peu difficile à encaisser, mais je ne pouvais pas oublier que ce quelque chose signifiait la différence entre la vie et la mort pour les personnes qui n’avait pas eu la chance d’être après ce « C’est tout ce qu’il aurait fallu faire ».

« Eh bien ! À certains égards, je ne peux pas vous le reprocher. » Dis-je. « Le concept d’hygiène n’existe pas encore dans ce pays. Si l’on regarde les faits, seuls deux professionnels de la santé que j’ai rencontrés l’ont compris alors que tant d’autres... »

Je pense que je l’avais déjà mentionné, mais à cause du fait que ce pays possédait la magie, ses connaissances en matière de technologies et de concepts étaient emplies de nombreuses lacunes. Eh bien, c’était aussi le cas dans le domaine de la médecine.

Comme vous pouvez vous attendre d’un monde fantastique, cet endroit possédait ce qu’on appelait la magie de soin. En convertissant la magie en une certaine longueur d’onde que vous injectiez dans le corps, elle augmentait de manière significative la capacité de guérison naturelle du corps. Et c’était aussi efficace pour traiter les blessures externes, telles que les perforations, les coupures et les bleus. Des pratiquants de la magie vraiment remarquable pouvaient même rattacher un bras qui venait d’être coupé.

En voyant de telles actions, vous seriez sûr d’avoir assisté à un miracle.

Mais en contrepartie, la magie de soins ne pouvait pas traiter les virus et les infections que la capacité naturelle du corps ne pouvait pas traiter. Toutes les personnes devaient diminuer les symptômes en demandant à des hommes et des femmes médecins qui pouvaient préparer des herbes médicinales. En outre, pour les personnes âgées, dont la capacité de guérison naturelle avait diminué, la magie n’était presque plus efficace dans le traitement des blessures externes, et donc...

Une fois que vous saviez comment quelque chose fonctionnait, il pourrait être facile de penser, "Ho ! mais c’était aussi simple que ça." Mais la plupart des personnes de cette contrée ne savaient rien à propos des microbes et encore moins des virus. Lorsque les gens essayaient de trouver des réponses aux questions, s’ils n’avaient pas les connaissances nécessaires pour y répondre, alors ils étaient plutôt enclins à trouver des réponses qui relevaient simplement du bon sens.

"La magie de soins ne fonctionne pas" était équivalent à dire "Alors même qu’un miracle ne peut pas la sauver de cela" devenait rapidement un "Il s’agit donc de la malédiction du diable".

Les personnes faisaient naturellement ce genre de cheminement dans leur tête. Et tout cela finissait le plus souvent comme une sorte de résultat occulte et bizarre quand il s’agissait de traiter une maladie.

"Si vous achetez ce pot, vous ne serez jamais malade" était actuellement un argument de vente infaillible en ce monde, mais ce n’était pas du tout quelque chose qui vous poussait à en rire. Si vous pensiez à acheter quelque chose comme ça, alors vous pourriez tout aussi bien vous envelopper le cou avec un poireau avant d’aller vous coucher.

Cependant, il y avait quand même des cris d’espoir venant des deux médecins que je venais de mentionner. Si je pouvais faire que ces deux dirigent une réforme concernant la pratique médicale dans ce pays, alors...

« Hey ! Souma ! Qu’est-ce que vous marmonnez là ? » Me demanda Liscia, me faisant ainsi revenir à la réalité.

« Désolé. » Dis-je. « Je réfléchissais en ce moment. »

« Bon sang... D’accord ! Mais qu’est-ce que vous vouliez dire lorsque vous avez déclaré que vous avez nationalisé l’élimination des ordures ? » (Liscia)

« Exactement ce que cela sous-entend. » Lui répondis-je. « Liscia, savez-vous qu’est-ce qui était fait des déchets présents dans ce royaume ? »

« Les déchets sont récoltés avant d’être triés en ‘brûlable’ et ‘Non brûlable’ en fonction de ce que c’est. N’est pas cela ? » (Liscia)

« Wow, vous avez répondu si facilement à ma question. » Dis-je.

« Avez-vous vraiment pensé que j’étais ignorante de la vie de mon peuple simplement parce que je suis une personne de la famille royale ? Ne m’insultez pas ! Je vous ferais savoir que je vivais dans un dortoir alors que j’étais à l’académie militaire ! » Me déclara-t-elle, indignée de ma remarque.

Je vois. Donc, elle n’est pas aussi ignorante vis-à-vis de ce genre de chose que je le pensais.

« Mais ce que vous dites est faux ! » (Souma)

« Hein !? » S’exclama-t-elle.

« Je devrais plutôt dire ‘Généralement’, n’est-ce pas ? Car votre réponse est uniquement représentative des classes supérieures de la société. Mais pour le reste du monde, ce n’est nullement leur façon de penser. » (Souma)

« M-Mais, qu’est ce que la façon de pensée du peuple a à voir avec tout cela ? » Me demanda-t-elle.

« Aisha, comment est-ce que votre peuple dispose des ordures dans la Forêt Protégée par Dieu ? » Questionnai-je Aisha.

« Hm ? Les déchets ? » Les yeux d’Aisha montraient clairement qu’elle était surprise d’avoir ainsi été rajoutée à la conversation, mais elle fut capable de répondre rapidement. « Laissez-moi y réfléchir... Selon moi, tout est brûlé. »

« Est-ce que c’est tout ? » Demandai-je.

« Oui, c’est tout. » (Aisha)

« Cela ne peut pas être vrai ! Mais que faites-vous des choses qui ne peuvent pas brûler ? » Objecta Liscia, mais Aisha se retourna pour lui faire face.

« Voulez-vous parler de rejeter les choses qui ne sont pas susceptibles de brûler ? » Demanda Aisha.

« Bien sûr que vous devez le faire ! Que pouvez-vous bien faire avec des outils brisés ? » Demanda Liscia.

« Nous le réparons et ainsi, nous pouvons continuer à l’utiliser. » (Aisha)

« ... Hein ? » (Liscia)

« Par exemple, nous utilisons des déchets de cuisine comme engrais. Avec la poterie qui est trop endommagée pour être capable d’être réparée, nous la brisons en petits morceaux avant de les répandre sur les chemins. Si les outils métalliques se brisent, alors nous les réparons afin qu’ils puissent être utilisés à nouveau. S’ils ne peuvent pas être réparés, alors nous les vendons à un marchand spécialisé dans l’achat du métal usagé. Les seules choses que nous nous débarrassons sont le bois brisé ainsi que les armures en cuir trop endommagées, mais... dans ce cas, nous les brûlons dans nos feux de camp. » (Aisha)

Cette fois, il s’agissait du tour de Liscia d’avoir les yeux écarquillés, surprise par la tournure de la discussion. Je ne pus pas m’empêcher de rire un peu en voyant leur échange.

« Haha ! Aisha a réussi cette fois-ci. » (Souma)

« Soumaaaaa... » Liscia gémissait.

« Ne vous laissez pas atteindre par si peu. » Dis-je. « Pour les classes supérieures qui doivent conserver des apparences somptueuses, et pour les militaires dont l’équipement peut signifier la différence entre la vie et la mort, il est probablement préférable pour eux si leurs possessions sont pratiquement toujours de nouveaux objets. Toutefois, pour les ménages ordinaires, ce n’est pas le cas. Après cela, l’exemple d’Aisha nous emmène jusqu’au plus extrême, mais les personnes de la capitale agissent avec les objets d’une manière assez similaire. Je suppose que la principale différence entre eux serait qu’ils brûlent aussi leurs déchets de cuisine. » (Souma)

Dans ce monde, il n’y avait rien en plastique ou en styromousse qui nécessitait un traitement spécial avant de pouvoir être réutilisée. La plupart des outils étaient en fer, en pierre, ou issu directement du sol (ce qui comprend le verre et de la céramique) ou alors en bois. Ils pouvaient donc réutiliser le fer en le fondant, et s’ils abandonnaient la pierre, alors elle se fonderait dans le paysage naturel qui l’entourait. La seule exception était les substances artificielles créées par les mages en utilisant la magie (substances magiques), mais elles étaient précieuses en elles-mêmes, donc elles n’étaient presque jamais jetées.

Et en ce qui concerne les objets en métal, ils étaient certainement aussi très chers, de sorte que les gens du peuple faisaient tout pour les réparer. Remettre en forme un objet était après tout très facile. Et quand il n’y avait vraiment rien qu’ils pouvaient faire, et qu’il semblait moins cher d’en acheter un nouveau, alors ils le vendaient à un marchand de métal usagé contre une petite somme. Les revendeurs de métaux usagés récoltaient donc ce métal avant de le refaire fondre. Et avec cela, il confectionnait de nouveaux produits en métal.

Cependant, quand cela était réalisé par de tels individus, qui n’avaient finalement pas les bonnes installations ni la possibilité de consacrer beaucoup de temps, les objets produits étaient par conséquent toujours de piètre qualité.

Dès le départ, ce qu’ils avaient fait était de faire fondre tous les objets ensemble, puis de laisser tout cela se durcir, mais ce faisant, un grand nombre d’impuretés étaient mélangées au cours du processus. En conséquence, des objets en métal de très mauvaise qualité avaient fini par circuler partout dans le royaume.

Pour couronner le tout, ce pays était pauvre en ressources. Si le métal de mauvaise qualité était tout ce qui pouvait être obtenu localement, alors les personnes qui avaient besoin d’une meilleure qualité, seraient forcés d’importer du métal de haute qualité en provenance d’autres pays. Je voulais limiter autant que possible les dépenses. Cependant, si je tentais de dire aux marchands de métaux usés, qui agissaient en tant qu’individus, de refondre le métal pour en faire un métal sans impuretés et donc de haute qualité, alors cela ne fonctionnerait jamais.

« Donc, voilà pourquoi j’ai nationalisé l’élimination des ordures... Fondamentalement, j’ai fait que le pays prenne le contrôle de tout cela. Même si tout cela est très difficile pour un individu de le faire correctement, l’État, lui, doit le faire s’il en est capable, alors nous pouvons dans ce cas nous permettre de dépenser de l’argent afin d’organiser des installations spécialisées ainsi que d’allouer le temps requis pour faire le travail correctement. Par exemple, nous pouvons nous permettre de retirer tous les clous des panneaux de bois que la population a jeté pour ainsi pouvoir recycler le maximum de fer. » (Souma)

« C’est vraiment génial, mais tout cela... Mais qu’en est-il des vendeurs de métaux usagés ? Ne leur volez-vous pas leurs emplois ? » (Liscia)

« Oh, cela c’est correct. » Dis-je. « Pour réussir cette opération, j’ai simplement recruté tous les vendeurs de métaux pour en faire des officiers du service public. »

À la base, ils étaient des salariés ayant un faible revenu. Ils payaient un petit montant pour acheter de la ferraille, puis le fondaient pour ensuite aller la revendre en grosse quantité aux guildes marchandes. Cependant, étant donné qu’ils ne pouvaient produire que du métal de mauvaise qualité, leurs prix n’étaient jamais importants et donc ils ne pouvaient pas se faire de gros profits. En fait, les revendeurs de métaux usagés étaient tout en bas de la hiérarchie de ce monde. Et parce qu’ils s’occupaient des ordures, les personnes les regardaient toujours dédaigneusement.

« Cependant, comme maintenant il s’agit d’une entreprise du secteur public qui s’occupe de cela, le coût de l’achat du métal sera payé par le pays. » Dis-je. « Les articles à fondre peuvent être refondus en métal de haute qualité dans de bonnes installations fournies par le pays, et le pays négociera lui-même avec les guildes commerçantes, et donc il n’est pas nécessaire de s’inquiéter de ce que leurs prix sont l’équivalent d’une bouchée de pain. De plus, ils recevront un salaire mensuel égal au revenu mensuel moyen dans ce pays. Si vous comparez cela à ce qu’ils se recevaient auparavant, il s’agit probablement d’une augmentation de près de dix fois leur revenu, n’est-ce pas ? »

« Et bien... je doute qu’ils aillent se plaindre après cela. » Admit Liscia.

En fait, nous n’avions pas reçu une seule plainte. Bien au contraire : lorsque le ministre d’État qui avait reçu la charge de l’élimination des ordures était allé enquêter dans l’installation de retraitement, il avait été salué chaleureusement et avec beaucoup de remerciements de la part de tous les travailleurs présents.

« Mais, si vous ne faites pas attention, ne serait-il pas plus coûteux que de l’importer d’un autre pays ? » Me demanda Liscia.

En réponse à la question de Liscia, je hochai la tête avant de dire. « Ouais, un petit peu. »

Pour développer un peu ma réponse, je rajoutai donc. « À ce stade, nous ne somme probablement pas dans la bonne situation pour le faire de cette façon. Cependant, l’argent dépensé à l’intérieur du pays possède une signification complètement différente de l’argent dépensé à l’extérieur du pays. Si nous dépensons de l’argent à l’extérieur du pays, il s’agit donc d’une fuite de capitaux, mais si nous le dépensons à l’intérieur du pays, cela va stimuler notre propre économie. »

« H-Hein!? E-Encore et toujours cette économie... » Pour Liscia, avec son passé de militaire, il semblerait qu’elle ne soit pas aussi bonne pour traiter ce genre de sujet. L’armée avait sa propre bureaucratie, de sorte que les officiers n’avaient probablement qu’à penser à maintenir leurs lignes d’approvisionnement en fonction.

« D’accord alors, dans ce cas, je vais vous donner une explication en utilisant le point de vue des militaires. » Dis-je. « Parlons de la diplomatie. Si nous pouvons conserver les ressources dans notre pays, d’autres pays ne pourront donc pas utiliser les ressources que nous leur importons comme élément clef dans leur négociation. Par exemple, que ferions-nous si la Principauté d’Amidonia, qui regarde avec impatience les territoires de notre pays, devait subitement arrêter leur exportation de fer ? »

« ... Cela nous mettrait dans l’embarras. » Me répondit Liscia. « On ne saurait pas ce qu’ils nous demanderont pour rouvrir ce marché. »

« Vous avez raison ! Je l’ai donc aussi fait en vue d’éviter ce genre de situation. » (Souma)

Je ne voulais pas donner des noms, mais même dans mon monde, il y avait bien eu un pays qui avait utilisé des ressources rares qu’ils produisaient, en tant qu’outil diplomatique pour faire pression sur d’autres nations. Cependant, une fois qu’un certain pays insulaire était devenu sérieux, il avait ainsi pu trouver de nouvelles routes d’importation vers d’autres pays possédant ces ressources, et il avait par la même occasion, développé des technologies alternatives, ce qui avait finalement entraîné une perte importante de valeur des ressources rares produites par cet autre pays.

« Si nous pouvons être économes avec nos ressources, cela limiterait les dégâts si un autre pays arrêtait ses exportations, et si nous stockons l’excédant que nous pouvons acquérir en temps de paix, nous pouvons encore mieux nous préparer à cela. » Lui expliquai-je.

« Je vois. » Répondit Liscia. « Donc, même si cela nous met dans le rouge, il y a toujours un intérêt à la nationalisation de ce secteur. »

Liscia était apparemment capable d’assimiler rapidement les informations et les concepts quand il s’agissait de questions militaires et diplomatiques. Elle était probablement le type de personnes dont la capacité ou l’incapacité à apprendre sur un sujet reflétait fidèlement ses préférences personnelles.

Par ailleurs, alors que nous parlions de ces choses-là, Aisha annonça. « Oublions tout cela pour le moment. Moi, je veux manger ! »

Elle avait tout l’air d’être prête à pleurer, tel un chien qui avait dû attendre trop longtemps la venue de son maître.

Le café chantant, la Lorelei, était là, devant nous, au coin d’une rue ensoleillé. C’était l’endroit où Juna travaillait.

Quand j’avais entendu, pour la première fois, les mots "Café Chantant", je m’étais imaginé un endroit avec une machine à karaoké, où les clients pouvaient chanter librement, mais les cafés chantants dans ce pays étaient un endroit où vous alliez pour profiter de votre thé de l’après-midi, tout en écoutant les loreleis chanter.

Et dans la soirée, il restait aussi ouvert et se transformait en quelque chose proche d’un bar de jazz. Est-ce que cela ressemblait à ce qu’on avait aussi au Japon ?

« Vous allez là-bas pour montrer votre visage, n’est-ce pas ? » Me demanda Liscia. « Alors, dépêchez-vous et entrez. »

« Je suis si affamée... » se lamenta Aisha.

☆☆☆

Partie 3

Les deux filles me poussèrent ainsi à me dépêcher et donc, je passai rapidement la porte avant d’entrer dans le café Lorelei.

Dès l’instant où nous arrivâmes dans les lieux, je pus percevoir la voix de Juna qui chantait. Quand je l’entendis, j’eus comme une faiblesse dans mes jambes.

Ha oui ! C’est vrai ! C’est moi qui lui avais appris cette chanson après tout. Réalisai-je ainsi.

C’était tout à fait dans les cordes de Juna de faire cela. Après tout, elle avait été capable de maîtriser un chant dont les paroles étaient en anglais alors que moi-même suis si mauvais en cela.

« Oh, quelle merveilleuse chanson que voilà et une si belle voix. Il faut vraiment rendre justice sur cela envers madame Juna. » Déclara Liscia.

« Je ne sais pas ce que signifient ces mots, mais il s’agit d’une belle mélodie. » Rajouta Aisha.

Aisha et Liscia semblaient profondément impressionnées. Eh bien, c’était normal qu’elles le soient. Car après tout, il s’agissait d’une bonne chanson.

J’avais promis d’enseigner à Juna des chansons provenant de mon monde. Mais après avoir réfléchi à cela plus attentivement, j’avais constaté que je ne connaissais que les anciennes chansons que j’avais apprises à la suite de l’influence de mon grand-père, ainsi que des chansons qui avaient marqué le monde de l’animé ainsi que les tokusatsu [1] parce que j’étais fan des deux.

Vous pourriez tout à fait mieux connaître la chanson que Mami Ayukawa avait utilisée comme OST pour Z Toki wo Koete, l’ouverture de l’anime de Mecha Mobile Suit Zeta Gundam. Après ça, ce n’est que mon opinion personnelle, mais je pensais que la musique d’Hiroko Yakushimaru, et celle pour les chansons d’anime de Hiroko Moriguchi correspondaient bien à la voix de Juna. Je voulais entendre "Tantei Monogatari" et "Mizu no Hoshi ni Ai wo Komete" avec sa voix.

Le café avait un style relaxant et rétro. En nous arrêtant à l’une des tables, nous avions alors écouté Juna chanter pendant un moment. Quelques minutes plus tard, Juna qui venait de finir sa chanson vint jusqu’à nous.

« Pourquoi votre... » Commença-t-elle.

« Bonjour Juna. » Dis-je rapidement. « Vous ne vous souvenez peut-être pas de moi, mais je suis Kazuya, le successeur d’un marchand de crêpe d’Echigo ! »

Afin de couper les paroles de Juna, je commençai à parler à haute vitesse. Juna, étant la femme intelligente et talentueuse qu’elle était, comprit immédiatement ce qui se passait. « Ha oui !, Kazuya. C’est vrai, cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus. Et comment va votre père ces derniers temps ? »

« Et bien, il est un peu trop énergique pour son propre bien. Tout récemment, ma mère a découvert qu’il avait une liaison. Mais maintenant, ce n’est plus un problème. » (Kazuya)

« Je vois. Kazuya, faites attention à la façon dont vous-même vous manipulez les femmes. » Déclara-t-elle afin d’accompagner mon histoire.

Après tout, je ne serais pas très bien si elle s’inclinait devant moi et m’appelait "Votre Majesté" dans un endroit comme celui-ci avec tant de gens qui regardaient. Je devais donc être déguisé. Pourtant, j’étais impressionné par sa capacité à créer instantanément une réponse à mes absurdités déclarée au hasard. Je la voulais absolument dans mon château.

« Je vous paierai cinq fois ce qu’ils vous paient ici, alors viendriez-vous pour être ma secrétaire personnelle ? » Lui demandai-je alors.

« J’apprécie l’offre, mais je pense que ce travail où je peux laisser les clients profiter de mes chansons est ma vocation, alors je vais devoir refuser. » Lâcha-t-elle avec légèreté.

Ouais. Même la façon dont elle m’a rejeté avait de la classe.

« C’est bien dommage. Mais, ils disent que plutôt que de mettre des fleurs sauvages à l’affiche dans votre chambre, les fleurs sont plus belles lorsqu’elles sont en pleines floraisons dans les champs. » (Kazuya)

« Oh ! Mais si vous les aimez et les adorez, alors il ne faut pas seulement les mettre en évidence, car les fleurs brillent même dans un vase. » Rétorqua-t-elle.

« Je vois. Alors dans ce cas, je dois m’efforcer d’être digne de les aimer et les adorer. » (Kazuya)

« Oui ! Assez digne pour convaincre les fleurs qu’elles veulent que vous les butiniez vous-même. » (Juna)

« Ha ha ha ha ha. » (Kazuya)

« Hee hee hee hee hee. » (Juna)

Juna et moi avions alors eu le même rire.

Alors qu’elle nous regardait, Liscia semblait légèrement surprise. « D’une façon ou d’une autre, lorsque vous vous parlez, c’est vraiment comme si vous étiez chacun en train de sonder les intentions de l’autre. »

... Ou alors elle pensait cela. Vous avez tort, Liscia, me dis-je dans la tête. C’est plus probablement comme un frère cadet qui veut agir d’une manière plus mature qui se fait réprimander avec douceur par sa grande sœur.

... Je parie que c’est plus ainsi, alors même que nous avions pratiquement le même âge.

« Slurrrrrp... le gelin udon est vraiment délicieux, n’est-ce pas ? » Déclara Aisha toute contente.

Nous avions décidé de rester au Lorelei et de déjeuner là-bas.

Finissant rapidement son gelin udon aussi vite qu’on pouvait réellement boire un bol de nouille, Aisha se mit alors à crier. « Un second, s’il vous plaît. » Tout en poussant son bol vers notre serveur.

Vous savez, un café n’est pas l’endroit où manger comme ça... Pensai-je.

« Pourtant, du gelin udon est quand même disponible dans un café ? » Me demandai-je.

« N’avez-vous pas aimé ? » (Juna)

Juna avait l’air inquiète, alors j’ai secoué la tête avant de dire. « Oh, non. Je pensais juste que c’était étrange d’être, pour ainsi dire, envahit par de l’udon même dans un endroit chic comme celui-là. » (Kazuya)

« Depuis cette émission, il y a eu beaucoup de personnes désireuses d’en goûter. » M’expliqua-t-elle. « En outre, nous n’avons pas encore passé à travers la crise alimentaire, alors nous sommes tous reconnaissants d’avoir ces sortes d’ingrédients peu coûteux que nous pouvons utiliser. » (Juna)

« Je travaille énormément là-dessus, mais... désolé de n’avoir pas fait assez contre cela. » Dis-je.

« Oh non, Votre... Kazuya. Je pense que vous avez très bien agi. » (Juna)

Quand Juna me fit un doux sourire, ceci me fit me sentir tout chaud et flou à l’intérieur.

Boum ! Boum !

OK ! OK ! Liscia, s’il te plaît, arrêtez ces coups de pied sous la table,

« Ne pensez-vous pas que Souma traite Juna différemment de la façon dont il traite les autres ? » Demanda Liscia.

« Haaa, slurp... J’ai... slurp... aussi remarqué cela. » Acquiesça Aisha.

« ... He ! Je ne peux rien y faire. » Protestai-je. « Je suis juste très nerveux quand je parle à une belle fille plus âgée. Et en plus Aisha, mangez ou parlez, mais choisissez-en un seul. » (Kazuya)

« Slurp. » (Aisha)

Quoi, avez-vous choisie de manger ? J’aurais pu me moquer d’elle, mais ce classique de la comédie était trop exagéré, alors je laissai simplement tomber.

« ... Juste après m'avoir dit que j'étais belle. » Murmura Liscia.

« En fait, Liscia, je pense que vous êtes belle d’une manière différente de celle de Juna, comprenez-vous ? » Dis-je.

« Co-Comment avez-vous pu m’entendre !? » S’exclama-t-elle.

Hein ! Si vous ne voulez pas être entendu, alors baissez votre volume encore un peu plus, d’accord ?

... Mais une partie de cela était aussi due au fait que j’étais étrangement conscient d’elle parce qu’elle m’avait laissé utiliser ses genoux comme un oreiller.

« V-Vous auriez pu faire semblant de n’avoir rien entendu. » Balbutia-t-elle.

« Comment pourrais-je laisser passer cela ? » Rétorquai-je. « Je suis un jeune homme en pleine santé. Alors, ne dites pas aussi ouvertement des choses qui vont me rendre encore plus conscient de vous. » (Kazuya)

« Oh, mon dieu. Vos visages deviennent à tout les deux tout rouges. Vous êtes tous deux si innocents. » Déclara Juna alors qu’elle nous observait avec un sourire sur les lèvres.

À côté de nous, Aisha entortillait son udon comme si elle boudait. « Slurp... Pourquoi remarque-t-il les sentiments de la princesse... Slurp... alors que les miens sont ignorés... ? Slurp. Ah ! Je voudrais un autre bol, s’il vous plaît. » (Aisha)

« Ce n’est peut-être pas mon rôle de le dire... Mais peut-être qu’il ne vous prend pas au sérieux parce que vous agissez comme ça ? » Suggéra Juna.

« Madame Juna !? Qu’est ce que j’ai mal fait ? » S’exclama Aisha.

« Cet appétit de votre part. Quand je vous ai vu dans le château, vous étiez telle une femme courageuse et digne qui souhaitait s’adresser directement au roi, mais récemment, vous êtes une déception qui mange tout le temps. »

« Q-Quoiiiiiiii !? » S’écria Aisha avant de commencer à nous regarder avec des yeux qui semblaient nous supplier. « Dites-moi que ce qu’elle vient de dire est un mensonge, Votre Majesté, Princesse. » (Aisha)

Liscia et moi avions alors souri, puis nous avions levé les bras devant nous pour former un X.

Après tout, j’étais entièrement d’accord avec Juna.

« Poncho a clairement volé l’attention de chacun dans le peuple. » Déclara Liscia.

« Où est-ce que cette digne Aisha est-elle allée, je me le demande ? » Demanda Juna.

« Wahhh! C’est la faute de la forêt qui fait que nous n’avons pas autant de types de nourriture ! » Se défendit Aisha.

« Et d’ailleurs, que pensez-vous du fait que vous essayez de séduire un gars qui possède déjà une fiancée... ? » Rajoutai-je.

« « « Hein !? » » » Toutes les trois me regardaient d’un air ébahi.

Ai-je dit quelque chose de si étrange ?

« Heu... Souma ? Dans ce pays, la polygamie est acceptée tant que vous avez la richesse pour soutenir plusieurs épouses, est-ce que vous comprenez ? » Me dit Liscia.

Juna hocha la tête avant d’ajouter. « Ceci fonctionne également dans l’autre sens. Des arrangements polyandriques sont aussi possibles pour les femmes puissantes. » (Juna)

« Car après tout, si les hommes étaient limités à une seule femme, la maison pourrait mourir si quelque chose n’allait pas. » Rajouta Aisha.

Liscia, Juna et Aisha m’avaient alors déclaré cela avec des visages sérieux.

Êtes-vous sérieuse... ? Ah non ! Je suppose qu’elles sont probablement très sérieuses.

Après tout, la société de ce monde n’était pas encore sortie de l’Âge des Ténèbres. Ils n’avaient pas de taux de natalité stable et leurs connaissances médicales et au sujet de l’hygiène étaient sous-développées. Et pour couronner le tout, ils vivaient dans des temps troublés, donc il y avait probablement peu de personnes qui arrivaient à vivre jusqu’à atteindre l’espérance de vie moyenne. En outre, dans une société de type Moyenâgeuse, où la « maison » était un concept important, et pourvu que vous ayez la richesse pour supporter cela, alors posséder un plus grand nombre d’héritiers potentiels était la meilleure des situations. C’était probablement la raison pour laquelle ils avaient permis la polygamie. Mais même si je pouvais comprendre ça...

« Mais la mère de Liscia est la seule reine que j’ai rencontrée... » Objectai-je alors.

S’il s’agissait d’un système polygamique, le père de Liscia, le roi, n’aurait-il eu plus de femmes ? Je veux dire que comme j’étais toujours poussé par Hakuya de me dépêcher et de produire rapidement un héritier, alors...

« Oh ! En fait, c’est ma mère qui était celle qui détenait l’autorité royale. » M’expliqua Liscia. « Voyez-vous, elle est la fille de l’homme qui était le roi avant mon père. » (Liscia)

« Attendez ! Ce roi s’est donc marié dans la famille !? » M’écriai-je.

« Oui. Cependant, après leur mariage, elle lui a laissé la direction du pays. C’est pourquoi mon père n’a jamais voulu blesser ma mère en prenant une autre femme en tant que sa reine... Cependant, je ne peux pas dire avec certitude qu’il n’a pas eu de bâtards. » Déclara calmement Liscia.

« Hein !? Est-ce que c’était d’accord dans ce cas que je prenne le trône quand il a abdiqué ? » Me demandais-je.

« Il n’y a aucun problème. Mon Père était celui qui s’est mis en avant à propos de cela, mais il n’aurait pas pu abdiquer sans l’accord de ma mère. » Me répondit-elle.

Hein ? En d’autres termes, cette abdication n’avait pas été une décision arbitraire du roi, mais quelque chose qui avait été mûrement réfléchit avec la reine.

« D’ailleurs, j’étais la seule avec le droit de succession, et donc de toute façon, j’aurais dû prendre un mari, alors ce n’était vraiment pas une grande différence. » Rajouta Liscia. « Il était juste question de savoir si je garderais l’autorité royale ou si c’était mon partenaire qui l’aurait. » (Liscia)

« ... Eh bien ! Liscia, n’auriez-vous pas voulu être la dirigeante dans ce cas ? » Lui demandai-je.

« Dans ce cas-là, vous auriez dû demander mon approbation pour chacune de vos réformes, comprenez-vous ? Ne serait-ce pas un calvaire de devoir agir ainsi ?  » (Liscia)

« Et bien.. Oui. » (Kazuya)

Maintenant, Liscia n’était pas quelqu’un de borné sur ce genre de chose, mais si j’avais eu besoin de son approbation pour chaque petite chose, alors mes réformes auraient été beaucoup plus lentes. En outre, si la personne ayant le pouvoir de décision ultime et la personne qui conduisait la réforme étaient des personnes différentes, alors il n’y aurait aucune garantie que des membres d’une faction opposée à ces réformes n’essayeraient pas de s’immiscer entre les deux afin de susciter des problèmes inutiles.

« He oui ! Votre père a pris une décision courageuse en me transférant tout cela. » Déclarai-je.

« Vous avez raison... Maintenant, je suis sincèrement capable de voir combien il était impressionnant. » (Liscia)

Cependant, ceci signifiait que le fardeau nous avait été transféré à nous.

Nous avions alors tous deux soupirés à l’unisson.

« Donc, si vous le vouliez, Souma, une relation polygamique est... possible. » Déclara Liscia.

« Liscia, vous seriez vraiment d’accord avec ça ? » Lui demandai-je alors.

« Je ne serais pas très contente, mais si cela vous faisait rester sur le trône, alors... » (Liscia)

« Ceci est un cheminement bien trop compréhensif... » Murmurai-je.

« Cependant, je ne pourrais pas tolérer plus de huit, moi y compris. » Rajouta-t-elle.

« C’est vraiment beaucoup trop ! Je ne peux pas prendre la responsabilité pour autant de fille ! » M’exclamai-je, totalement surpris par sa réplique inattendue.

Et bien, quand elle m’avait dit que je pourrais avoir un harem avec son consentement, ce n’était pas comme si l’idée n’était pas attrayante, cependant... je ne savais pas trop. Je pouvais déjà imaginer la quantité de travail que tout cela représenterait. Après tout, je n’étais pas le genre d’homme qui pourrait être en désaccord avec les femmes, et je pouvais vraiment dire que plus j’en avais à mes côtés, et plus j’aurais des contraintes vis-à-vis de mes actions.

« Mais à ce propos, pourquoi avez-vous choisi ce nombre ? » Lui demandai-je.

« Car comme ça, je pourrais vous avoir pour moi toute seule pendant un jour par semaine. » Me répondit-elle.

Les semaines dans ce monde comptaient huit jours. Par ailleurs, il y avait quatre semaines dans un mois, ce qui faisait 32 jours pour un mois. Et il y a douze mois dans l’année, donc ce monde avait une année qui durait 384 jours.

Attendez, c’est quoi cela !? Je me suis rendu compte alors que j’analysais ce qu’elle m’avait dit précédemment. Quand elle avait dit cela, Juna et Aisha avaient alors commencé à chuchoter à propos de quelque chose.

« Si nous étions huit, alors pensez-vous que nous ne l’aurions avec nous qu’une fois par semaine ? » (Aisha)

« Je pense que cela ne devrait pas être comme ça ? Si vous et une autre femme invitiez, à chaque fois, une autre alors que c’était vos jours... » (Juna)

« J’ai compris. Alors il ne serait plus nécessairement de ne l’avoir qu’une seule fois par semaine ! Madame Juna, vous êtes vraiment brillante. » (Aisha)

« ... Mais ne voudriez-vous pas l’avoir pour vous seule ? » (Juna)

« Ooh. C’est vraiment un casse-tête tout cela. » (Aisha)

Non, non, Aisha, Juna, pourquoi est-ce que vous parlez à propos de ça ?

Les avoir toutes en même temps... Je ne pouvais pas dire que je ne serais pas partant pour ça, mais j’avais besoin de rester le roi pour cela. J’étais déchiré entre ma personnalité réaliste, qui voulait éviter le travail acharné qui était obligatoire si je gardais le trône, et mon désir de poursuivre vers cet idéal masculin.

À ce moment-là, alors que je commençais à me sentir incroyablement maladroit...

« Non, vous ne pouvez pas faire ça ! C’est absolument impossible ! Haa ! »

« Pourquoi ne comprenez-vous pas cela !? »

À une table un peu plus loin de la nôtre, un jeune couple en tenue militaire avait une dispute.

L’homme était un humain grand avec des cheveux roux distinctifs. Il avait l’air d’avoir plus de 190 centimètres de haut. Il possédait de larges épaules, et même à travers son uniforme, je pouvais dire qu’il avait une solide carrure.

La fille, d’autre part, avait des cheveux blond coupé court, avec deux oreilles triangulaires sur le sommet, et était vraiment petite à côté de lui.

Est-ce que cette jeune fille est un loup mystique, je suppose que oui ?

« Cette fille est un renard mystique. » M’avait alors dit Liscia. Mais je ne pouvais vraiment pas voir de différences entre eux. « Vous pouvez le savoir grâce à leur queue. Elle a une queue de renard, la voyez-vous ? » (Liscia)

« Ils sont tous les deux des canins, alors ne pouvons-nous pas les regrouper ensemble en tant que chiens mystiques ? » Lui demandai-je.

« Si vous dites ça. Alors vous obtiendrez qu’à la fois les loups mystiques et les renards mystiques soient en colère. Les Kobolds sont les chiens mystiques, donc ce serait comme mettre ensemble les humains avec les singes. » (Liscia)

« ... Plus tard, s’il vous plaît, veuillez me parler de toutes ces choses que je ne devrais jamais dire à certaines races. » (Kazuya)

C’est un autre monde pour moi. Vous ne savez jamais quand vous marcherez sur une mine terrestre comme celle-là. Pensai-je alors.

Comme je le pensais, la fille renarde mystique était en train d’implorer l’autre. « Je t’en supplie, Hal. Actuellement, tu ne peux pas aller au duché de Carmine ! Le Général de l’Armée de Terre, le Duc Georg Carmine, est hostile au nouveau roi. Il pourrait tout à fait y avoir prochainement une guerre civile ! »

« C’est exactement pourquoi je veux y aller. S’il y a des combats, alors c’est une chance parfaite pour moi d’être promu, n’est-ce pas ? » Celui qui s’appelait Hal, qui semblait être un jeune homme d’environ 18 ans, lui fit alors un sourire intrépide.

De l’autre côté, la fille de la race des renards mystiques affichait une expression emplie d’anxiété. « Hal, la façon dont tu penses à la guerre est bien trop simpliste. Votre père vous a rappelé à la maison parce qu’il était inquiet que vous agissiez ainsi ! »

« Ce ne sont pas les affaires de mon vieillard de père ! Il a servi sous les ordres du duc Carmine pendant des années, mais maintenant que les choses ne semblent plus si bonnes, il se cache désormais dans la capitale, le lâche ! Je n’ai nul besoin de l’écouter ! » (Halbert)

« Votre père comprend parfaitement ce qui se passe. Le Duc Carmine se rebelle sans posséder une cause juste. » (jeune fille)

Les deux continuèrent ainsi à se quereller.

Alors qu’elle les regardait, Liscia fit claquer ses mains montrant qu’elle venait de le reconnaître. « Je pensais bien le reconnaître ! Cet homme est l’Officier Halbert Magna. »

« Est-ce quelqu’un que vous connaissez ? » Lui demandai-je alors.

« Il est le fils aîné d’une famille distinguée de la coterie de l’armée. Lors de son passage à l’académie, ses capacités de combat l’ont placé au-dessus du reste de ses pairs. Il est entré au sein des forces terrestres après avoir obtenu son diplôme, mais... Je suppose qu’il est depuis rentré chez lui. »

« Il semble étonnamment bien connu. » Dis-je. « Eh bien ! Alors, qu’en est-il de la fille ? »

« Je ne sais pas... Je ne l’ai jamais vue dans l’armée... » (Liscia)

« Cette fille est Kaede Foxia. » Juna répondit à la place de Liscia.

Hein ? Comment ceci se fait-il qu’elle la connaisse ? Me demandai-je.

« C’est parce qu’elle vient régulièrement ici. » Déclara Juna sans que je ne le demande. « Si je me rappelle bien, elle a mentionné qu’elle est une mage servant dans l’Armée Interdite. » (Juna)

« Si elle est dans l’Armée Interdite, alors cela veut dire qu’elle est un mage de type Terre, n’est-ce pas ? » Demandai-je.

Dans ce monde, la magie pouvait être divisée en six éléments. Le feu, l’eau, la terre, le vent, la lumière et pour finir, les ténèbres.

Le feu, l’eau, le vent et la terre manipulaient leur élément respectif pour pouvoir ainsi créer des sorts d’attaques. La lumière était généralement une magie de type curatif. Et les ténèbres étaient uniques, car elle n’était pas à proprement parler un pouvoir de manipulation des ténèbres. Tous les sorts uniques qui ne relevaient pas des cinq éléments précédents avaient été regroupés sous la catégorie "type ténèbres".

En matière de type magique, mes "Poltergeists Vivants" étaient une magie de type ténèbres.

Chaque personne dans ce monde était alignée selon l’un de ces éléments, et ils pouvaient utiliser cette magie dans une certaine mesure. Comme vous l’aviez appris au cours de la formation de Liscia et Aisha, les gens pouvaient aussi imprégner leurs armes ou leurs attaques avec la magie de leur élément. Et ceux qui pourraient créer de plus grands effets magiques que les gens ordinaires s’appelaient les mages. Les mages pouvaient manipuler les flammes, provoquer des tourbillons, former des cratères dans le sol et couler les cuirassés avec leurs incroyables pouvoirs.

Lorsque des mages décidaient de rejoindre l’armée, leur type de magie déterminait où ils allaient être envoyés. Les mages de feu rejoignaient les rangs de l’armée de terre. Les mages de l’air étaient affectés aux forces aériennes, les mages d’eau étaient bien sur envoyé dans la marine et les mages de terres ainsi que ceux maîtrisant la magie de l’obscurité étaient quant à eux affectés à l’Armée Interdite. Pour le dernier type de mage, ils étaient répartis équitablement entre les différentes forces armées et jouaient donc le rôle de force mobile de soins.

Honnêtement, je m’opposerais si je le pouvais à cette façon inflexible de distribuer les mages, mais l’armée, la marine et les forces aériennes étaient sous le contrôle des Trois Ducs, et donc je ne pouvais pas faire grand-chose à l’heure actuelle.

Toutefois, je souhaite dès que possible réformer ce stupide système.

Alors que je pensais à tout cela, Kaede et Halbert continuaient à se disputer.

« Le Duc Carmine ne perdra jamais face à ce roi si inexpérimenté ! » (Halbert)

« Mais ces derniers temps, le Duc Carmine agit de manière étrange ! Si nous commençons à nous battre entre nous, alors seuls nos voisins en profiteront ! Amidonia veut absolument récupérer les terres qu’ils ont perdues face à Elfrieden. Et quant à la République de Turgis, plus de la moitié de leur territoire se trouve en permanence gelé, ils veulent donc plus de terres fertiles ainsi qu’un port en eau chaude. S’il y a une guerre civile dans notre pays, alors ils vont sans aucun doute intervenir dans le conflit. Le Duc Carmine doit bien se rendre compte de cela... » (Kaede)

Hehe, il semblerait que Kaede ait une bonne compréhension de la situation vis-à-vis des pays voisins.

Le pays à l’ouest du nôtre sur la carte du monde, la Principauté d’Amidonia, avait vu environ la moitié de leur territoire leur être volé sous la politique expansionniste du grand-père de Liscia. Cela s’était produit il y a environ 50 ans, mais ils regardaient toujours ce pays pour avoir l’occasion de retrouver leurs terres perdues. Pour ce pays, il s’agissait clairement d’un pays ennemi.

Au sud d’Amidonia, sur l’extrémité sud de ce continent, se trouvait la République de Turgis, qui, comme Kaede l’avait dit, était une terre glaciale qui était en tout temps gelée.

Lorsque vous analysiez la carte de ce monde, vous constateriez que plus vous allez au sud et plus la température chutait de manière draconienne. Je ne savais pas si c’était parce que (parlant du point de vue d’une personne japonaise) ce continent était dans l’hémisphère sud, ou si leur concept de nord et de sud était inversé, ou même s’il s’agissait d’un effet magique mystérieux, mais dans tous les cas, plus vous alliez au sud d’Elfrieden, et plus il faisait froid. Et plus vous alliez au nord, et plus il faisait chaud.

En raison du genre de pays dans lequel ils vivaient, "Aller vers le nord" était la politique nationale principale pour la République de Turgis.

Cependant, des pays avec qui ils avaient des frontières communes, l’Empire Gran Chaos était bien trop massif, de sorte qu’ils ne pouvaient se permettre un conflit avec eux, avec en plus le fait que l’état mercenaire de Zem était leur allié. Ce qui signifiait qu’ils ne pouvaient non plus les envahir. Ceci réduisait donc leurs cibles potentielles pour une expansion qu’en prenant des terres à Amidonia ou à Elfrieden.

En d’autres termes, Amidonia et Turgis étaient comme des loups affamés, prêts à se jeter sur ce pays à la moindre occasion.

« Que pensera le duc Carmine quand les pays voisins auront des visées sur notre territoire ? » (Kaede)

« ... C’est quand même du Duc Carmine que tu parles. Il a sûrement déjà un plan. » (Halbert)

« Hal, ne peux-tu pas penser aussi par toi-même !? » (Kaede)

« Les faits sont aussi que de nombreux nobles ont abandonné la cause du roi et ils sont allés servir sous le duc Carmine, n’est-ce pas ? Son incapacité à les garder avec lui est bien la preuve de l’incompétence de ce roi. » (Halbert)

« Je ne sais pas si le nouveau roi est compétent ou pas, mais jusqu’à maintenant, je n’ai vu aucune erreur commise de sa part ! En outre, la plupart de ces nobles réunis sous le duc Carmine sont ceux qui ont perdu des droits dans le cadre des réformes financières du nouveau roi ou qui ont fait l’objet d’une enquête pour corruption et sont mécontents d’avoir eu leurs biens saisis pour leurs crimes. Est-ce que tu te rends bien compte de tout cela ? Même si tu allais rétablir leurs droits, alors penses-tu vraiment que cela ferait de ce pays un meilleur endroit ? » (Kaede)

Quand Kaede le mit sous pression de cette manière, le regard de Halbert se fit comme fuyant. « Je suis sûr que le Duc Carmine a déjà pensé à tout cela. »

« C’est parti ! Encore à parler du Duc Carmine de cette manière. Hal, n’aurais-tu pas ta propre opinion à propos de tout cela ? » (Kaede)

« T-Tais-toi, d’accord ! C’est quoi ça ? Kaede, penses-tu pouvoir voir l’avenir ? Le peux-tu ? » (Halbert)

« Je le peux ! » Halbert lâcha cela tel un défi, mais Kaede lui répondit alors avec fermeté. « Je peux tout à fait voir comment cela va devenir ! Cet homme me fait peur. Je suis sûr que le nouveau roi va... »

« OK, OK ! Arrêtez-vous maintenant ! » Coupai-je ainsi la parole à Hal, m’insérant par la même occasion entre les deux.

Les deux paires d’yeux s’ouvrirent largement à cette soudaine intrusion.

Note

1 Ce sont des séries japonaises très riches en effets spéciaux.

☆☆☆

Partie 4

J’avais ignoré un Halbert étonné qui me disait « Hé toi ! Tu te prends pour qui ? », puis, je fis un sourire à Kaede alors qu’elle me regardait bouche bée.

« Si vous continuez à ouvrir la bouche, j’utiliserai mon autorité afin de vous faire arrêter, vous comprenez ? » Dis-je.

« Vous êtes... ! » Kaede semblait avoir immédiatement compris qui j’étais.

« Oui, je le suis. Mais gardez le silence, d’accord ? » Dis-je. « Honnêtement, je ne sais pas quelle est votre compréhension de la situation, mais si vous parlez avec tant de confiance sur un tel sujet et cela dans un endroit comme celui-ci, alors vous pourriez tout à fait nuire au pays. »

« Je suis désolée. » Balbutia-t-elle. « Mais... pourquoi êtes-vous ici... ? J’espère que vous n’êtes pas venu ici pour saisir Hal pour sa rébellion ? Ce n’est pas ce que vous croyez. Hal est juste un peu léger quand il s’agit de penser, il ne se rebellera jamais... »

Kaede avait complètement mal compris ce que je faisais ici et elle commençait déjà à faire des excuses. Qui sait jusqu’où allait sa capacité analytique qu’elle avait plus tôt démontrée, mais elle essayait quand même désespérément de défendre Halbert.

« Non, je me moque de ce qu’un seul soldat pense. » Dis-je.

« M-Mais alors pourquoi êtes-vous ici ? » balbutia-t-elle.

« Simplement parce que j’ai soudainement eu un congé à disposition. » Expliquai-je. « Je venais juste ici afin de voir la place où travaille Juna. »

« J-Je vois... » Kaede était clairement soulagée.

Halbert, d’autre part, m’avait regardé fixement pendant tout ce temps. « Hé toi ! Pour qui te prends-tu pour t’immiscer ainsi dans notre conversation et menacer Kaede ? »

« Hein !? Hal ? Il ne me menace nullement, tu vois... » (Kaede)

« Tais-toi ! Kaede, veux-tu bien te taire !? » (Halbert)

« Ah ! » (Kaede)

Quand Halbert fit claquer ses mains sur la table et se leva. Par la même occasion, il effraya Kaede.

« Qu’est-ce qu’il y a de bon à effrayer tout le monde ici ? » Demandai-je.

« Je te l’ai dit, ta gueule ! » Il tendit la main, essayant de m’agripper par le col, quand...

« Urkh! » (Kaede)

... il fut arrêté à mi-chemin. En un instant, Halbert fut entouré par les trois femmes qui étaient avec moi.

Normalement, être entouré de trois beautés serait une situation fantastique, mais... Dans tous les cas, je n’étais pas jaloux de sa position. Après tout, Liscia avait dégainé sa rapière se trouvant avant ça à son flanc et pointait le bout de celle-ci contre le cou d’Halbert, Aisha (qui avait dû laissé sa grande épée dans le château parce qu’elle était trop volumineuse) avait agrippé le visage de l’autre, et Juna, toujours souriante, avait un couteau à fruits qu’elle pressait dans le dos de l’homme.

Wow... leur niveau de force est vraiment très haut...

« Attendez, même vous, Juna ? » Demandai-je, surpris.

« La violence est strictement interdite dans cet établissement. » Dit-elle avec un sourire.

« Heu, c’est vrai... » (Kazuya)

S’étant retrouvé dans telle situation, même Halbert, sûr de lui, transpirait à grosse goutte. Il ne pouvait pas bouger d’un pouce, alors il me regarda avec frustration par l’écart entre les doigts d’Aisha.

« Hé toi... c’est vraiment dégueulasse ! Si tu es un homme, alors pourquoi restes-tu planqué derrière un groupe de femmes !? » (Halbert)

« Plaignez-vous tant que vous voulez, mais c’est en quelque sorte leur tâche de me protéger. » Dis-je. « En fait, si je devais me tenir en première ligne sans avoir de gardes du corps, je pense que ce serait un problème bien plus grave. »

Après avoir énoncé ce fait, les filles hochèrent toute la tête en accord à mes paroles.

« Si vous comprenez ça, alors j’aimerais que vous ne placiez pas votre cou dans des difficultés comme celle-là. » Liscia me gronda par la même occasion.

Hum. Bien sûr, désolé, je serai plus prudent à l’avenir.

Le regard irrité de Halbert semblait me poignarder. « Hé toi, qui es-tu en vérité ? »

« Hm. Permettez-moi de répondre avec cette excellente ligne provenant d’un drame de la période des samouraïs. “Halbert, avez-vous oublié mon visage ?” » (Kazuya)

« Hein !? » (Halbert)

« Pourquoi est-ce que vous semblez soudainement si fier de vous ? » Liscia me fit alors une tape sur la tête.

Arg, bon, j’ai toujours voulu le dire.

Et c’est alors Aisha haussa la voix, parlant en mon nom. « À genoux ! À qui pensez-vous vous en prendre ? »

Oui, c’est une autre ligne que je voulais utiliser un jour. Attendez, qu’est-ce qu’Aisha vient de dire là ?

« Vous êtes en présence du 14e roi provisoire d’Elfrieden, Sa Majesté Souma ! » Déclara Aisha.

Je pensai à ce moment-là que je pouvais même entendre la musique de ce spectacle, mais j’étais sûr que ce n’était que mon imagination.

Quoi qu’il en soit, j’avais donné à l’elfe sombre très décevante une légère tape sur la tête. « Vous êtes trop bruyante. Nous étions censés être ici incognito. Vous ne vous en rappelez pas ? »

« Ha... ! J-Je suis désolé, Votre Majesté ! » (Aisha)

« Majesté... ? Ne me dites pas que vous êtes le roi ? » Halbert avait alors agi d’une façon surprenante après avoir compris. Il était le seul présent qui n’avait pas découvert cette information à ce moment-là. Donc il semblait être très lent à la détente. Quoi qu’il en soit, avec lui-même étant menacés d’une rapière, une main posée sur son visage et un couteau, nous ne pourrions pas avoir une discussion calme, alors je demandai à tout le monde d’arrêter.

Fixant mon regard sur Halbert qui était debout, je lui posai alors une question. « Alors, Halbert Magna, vous parliez avant ça de vouloir vous en prendre à moi, n’est-ce pas ? »

« C-C’est... » Halbert écartait les yeux.

Oh, allons donc ! Est-ce que votre détermination était-elle si faible ?

« Devrais-je considérer qu’il s’agit là de la volonté de la Maison des Magna dans son ensemble ? » Demandai-je.

« Quoi !? Mon vieux n’a rien à voir avec ça ! » (Halbert)

« Bien sûr qu’il l’est. » Dis-je. « Alors que je pourrais tout à fait négliger un soldat en le forçant à suivre les ordres, les nobles qui trahissent doivent être jugés en vertu de la loi. Surtout ceux qui montrent une volonté claire de se rebeller. Vous savez, dans ces cas-là, l’accusation sera “trahison contre l’État”... Il s’agit là d’un crime très sérieux. Et dans ce genre de cas, ceux qui sont à moins de trois degrés de filiations seront tous considérés comme des complices. »

« Quoi... !? » Halbert était en perte de mots. Car après tout, tout ce que je faisais était de l’obliger à faire face aux faits.

« Non... C’est un peu trop dur... » Kaede essaya d’intervenir, mais je levai la main afin de l’arrêter.

« Maintenant, permettez-moi de vous le dire, mais je ne fais ces actes nullement parce que j’ai une rancune personnelle contre vous, » dis-je. « Il s’agit là simplement ce que dictent les lois de ce pays. Honnêtement, je sais que, avec ces races ayant une longue durée de vie, il n’est pas rare qu’ils aient des arrière-petits-enfants ainsi que des arrière-arrière-arrière-petits-enfants, mais, dans ce genre de situation, le nombre de personnes impliquées dans ce crime est bien trop grande. Personnellement, face à une loi comme celle-ci qui punit même de jeunes enfants innocents, j’aimerais la réformer tout de suite, mais j’ai tellement de choses à faire que je n’ai pas encore réussi à le faire. »

Il était devenu sans voix.

« Halbert Magna, » dis-je formellement. « Vous êtes né dans la Maison de Magna, une noble maison tout à fait adéquate. Donc, si vous êtes avec les Trois Ducs, s’ils se rebellent, et je gagne, alors tous les parents ayant trois degrés de parenté avec vous seront exécutés. C’est ce que dit exactement la loi, alors il n’y a rien que je puisse faire à ce sujet, n’est-ce pas ? »

Ce serait la loi qui l’aura jugé et punit, et non pas moi. Il n’y aurait pas de place à mes propres souhaits dans une telle situation.

« Maintenant, considérons ce qui se passera si les Ducs gagnent. » Continuai-je.

« Hé ! Oui, c’est vrai ! Aussi longtemps qu’ils gagnent, alors cela sera correct ! » (Halbert)

« Dans le cas où ce fait se produirait, qu’est-ce qui lui arrivera selon vous ? » Je posai en même temps une main sur l’épaule de Kaede.

Halbert fut clairement ébranlé. « Non, vous n’oserez jamais prendre Kaede en otage ! »

« Oh, je ne ferais jamais quelque chose comme ça. Cependant, elle est membre de l’Armée Interdite. Si les Trois Ducs se rebellent, elle sera envoyée au front de “mon côté”. En d’autres termes, elle serait votre ennemie. » Je regardai alors attentivement Kaede. « Au fait, quelle est votre relation avec Halbert ? »

« N-Nous sommes justes des amis d’enfance. » (Kaede)

« Amis d’enfance... je vois. » (Kazuya)

De par la manière qu’ils avaient parlé et interagi entre eux, j’avais vu des signes de leurs affections l’un envers l’autre, mais... eh bien, je n’avais aucune raison de le souligner dans cette situation.

« Si vous êtes des amis d’enfance, alors vous devez vous motiver davantage pour elle que pour toute autre personne, » dis-je. « Et alors ? Si vous vous joignez aux forces des trois Ducs, qu’est-ce que vous envisagez de faire à propos d’elle ? »

« Que voulez-vous dire, que ferai-je... ? À propos de quoi ? » (Halbert)

« Si nous imaginons que les Trois Ducs gagnent. Dans ce cas, j’aurais peut-être été abattu, et vous seriez peut-être celui qui aura pu me couper la tête. » (Kazuya)

« Haha ! Et ce fait d’armes me garantirait une promotion ! » (Halbert)

« ... Je suppose que vous l’auriez sûrement, » dis-je. « Alors, qu’en est-il de Kaede ? Une fille mignonne comme elle, se trouvant dans l’armée des perdants. Quand ils la découvriront, que feront selon vous les soldats du côté des gagnants... ? Vous-même, en tant que soldat, je pense que vous pouvez parfaitement l’imaginer, n’est-ce pas ? »

Au moment où je soulignai ces faits, Halbert avait visiblement pâli. Très probablement, il se l’imaginait parfaitement. Après la conclusion d’une guerre, il n’était pas rare de voir les vaincus ravagés par les vainqueurs. Les pillages, les incendies volontaires, les viols, les massacres... La folie de la guerre incitait à ce que ces actes de barbarie se produisaient à chaque fois.

Mais même alors, Halbert haussa la voix, comme s’il essayait d’effacer ses doutes. « Les forces de Duc Carmine sont bien disciplinées ! Elles ne feraient jamais quelque chose de si indécent ! »

« Je ne sais pas quelle est la situation au sein de l’armée, mais le Duc Carmine a bien plus que les forces régulières dans son duché. » Dis-je. « Il y a aussi ceux que j’ai dépouillés de leurs droits ou sur qui j’ai enquêté pour corruption. Des nobles qui ont levé le drapeau de la rébellion contre moi. Ils n’ont rien à perdre. S’ils perdent, la mort pour eux et leur lignée familiale les attendent. Alors ils vont mettre en jeu tous leurs biens personnels, embauchant ainsi un grand nombre de mercenaires Zemish. »

L’État Mercenaire de Zem.

À l’ouest d’Amidonia et au nord de Turgis, il s’agissait d’un pays de taille moyenne, fondé par le commandant mercenaire Zem. Il avait utilisé son intelligence et son charisme pour détruire le pays qui l’avait engagé et ensuite construit à sa place sa propre nation de mercenaires. Il s’était déclaré "éternellement neutre", mais leur industrie principale consistait à envoyer des mercenaires dans d’autres pays. Et donc, en vérité, cette attitude signifiait en vérité : « Si l’on nous le demande, alors nous expédierons des mercenaires dans n’importe quel pays. » Leurs mercenaires étaient ridiculement forts, de sorte que la plupart des pays reconnaissaient qu’il valait mieux les avoir comme allié qu’en tant qu’ennemi, et ils avaient donc passé des contrats afin d’obtenir des mercenaires.

« C’est absurde ! Il y a aussi des mercenaires zemishs sous contrat avec l’Armée Interdite ! S’ils envoient des mercenaires face aux Trois Ducs, ils se battront contre eux-mêmes ! » (Halbert)

« Oh, ça n’arrivera pas, » l’ai-je rassuré. « Il y a quelque temps, j’ai fait terminer leur contrat de travail avec l’Armée Interdite. »

Maintenant, ça me semblait être le bon moment, alors laissez-moi vous parler du système militaire de ce pays.

Ce royaume avait une ressource en hommes totale d’environ 100'000 soldats. Ils étaient divisés selon la répartition si dessous :

40'000 dans l’armée de terre, dirigée par le Duc Georg Carmine.

10'000 dans la marine, dirigée par Duchesse Excel Walter.

1'000 dans l’armée de l’air, dirigée par Duc Castor Vargas.

(Cependant, un Chevalier Wyvern était équivalent à 100 soldats de l’armée de terre.)

Parmi ceux-ci, seule l’armée de l’air avait un titre de chevalier accordé à chacun de ses membres (il était composé entièrement d’unités de Chevalier Wyvern, selon le schéma suivant : "1 wyverne + 1 ou 2 chevaliers" donc c’était évident), mais plus de la moitié de l’armée de terre et de la marine étaient constituées de soldats de carrière. Ils étaient formés le jour et la nuit dans les Trois Duchés, et ils percevaient un salaire en provenance des Trois Duchés.

Vous pourriez tout à fait dire que le droit à l’autonomie gouvernementale et l’exonération fiscale sur les bénéfices de leurs terres, ainsi que les nombreux autres droits spéciaux accordés aux Trois Duchés, étaient là pour soutenir ces troupes.

Maintenant, les troupes restantes, qui comptaient un peu plus de 40'000 personnes, appartenaient à l’Armée Interdite, mais elles étaient encore divisées encore plus après ça.

Il y avait la Garde Royale, qui était assignée directement au roi, et les soldats de carrière qui étaient attachés à l’Armée Interdite. Ensuite, il y avait les nobles domaines (qui avaient moins de droits que les Trois Duchés) et leurs forces personnelles en plus de ça. En outre, en raison de notre contrat avec l’État Mercenaire de Zem, il y avait avant ça une unité de mercenaires sous le commandement de l’Armée Interdite, mais j’avais déjà mis fin à leur contrat.

La raison pour laquelle l’Armée Interdite était plus petite que les forces des Trois Duchés était directement en rapport avec le concept derrière ce pays.

À l’origine, ce pays était né à travers de nombreuses races travaillant de concert. En conséquence, un membre de la race ayant eu la plus grande population, un humain, était devenu le roi, mais pour protéger les droits des autres races, les commandants de l’armée, de la marine et des forces aériennes seraient toujours choisis parmi les autres races.

Donc, si un tyran prenait le trône et commençait à opprimer les autres races, le système avait été mis en place afin que les armées des Trois Ducs, qui possédaient une plus grande armée que l’Armée Interdite, puissent le détrôner. En retournant ce principe, si l’un des Trois Duchés prévoyait d’usurper le trône, le système avait été mis en place de telle sorte que, même si l’une des armées était en face du roi, la rébellion pouvait être écrasée.

Dans une époque pacifique, ce principe aurait pu être une bonne configuration. Cependant, maintenant que le Domaine du Seigneur-Démon était apparu, et ces temps étaient devenus troublés avec tous ces pays à la recherche d’occasions afin de se jeter sur nous, ce système devenait un problème. Avec ce genre de structure de commandement divisée, il était possible que nous ne puissions pas réagir rapidement à une soudaine crise. En fait, j’essayais d’aller de l’avant avec des réformes, mais les Trois Ducs refusaient le moindre contact avec moi.

Maintenant, revenons à la façon dont j’avais libéré les mercenaires de leurs contrats de travail.

« Attendez, qu’est-ce que vous venez de dire ? Avez-vous libéré les mercenaires zemishs de leurs contrats qui nous liaient ? » Me cria Liscia.

« Oh, oui ! Je ne vous ai pas encore parlé de ça ou l’ai-je fais ? » J’avais alors souri avec ironie du fait que, plutôt que Halbert, ce fut cette fois-ci Liscia qui avait exprimé sa surprise.

« C’est exactement ce à quoi ça ressemble. Les mercenaires sont inutiles et ils ne font que consommer des tonnes d’argent. Est-ce que vous vous rendez compte de ça ? » (Kazuya)

Machiavel avait dit. « Les mercenaires et les armées mixtes ne doivent pas se faire confiance, » et j’étais d’accord avec lui. « Les mercenaires ne sont liés à vous que par leur propre profit. Et donc, même lorsqu’ils se battent pour vous, ils ne protègent leur employeur que pour leur propre bénéfice, de sorte que leur loyauté n’est pas à prévoir. Il n’y a aucune raison d’embaucher des mercenaires incapables, et pourtant, ils sont capables d’utiliser leur intelligence pour saisir un poste chez leur employeur. »

Dans les romans fantastiques et les JDR, les protagonistes ayant un travail mercenaire apparaissent souvent, mais la façon dont un système de mercenaires fonctionnait réellement était très différente de l’image que vous aurez vue ici et là.

Fondamentalement, ce sont des gens qui sont là pour se faire de l’argent en allant sur le champ de bataille. Ils n’avaient aucune fidélité envers le pays ou le prince, changeant rapidement de camps lorsque la balance des avantages changeait.

Après une bataille perdue d’avance, ils étaient du genre à fuir immédiatement. Et même quand ils étaient victorieux, ils se déchaîneraient sur ce qui était à leurs portées. Par rapport aux armées permanentes de même taille, leur entretien pourrait coûter moins cher, mais ils étaient très négatifs sur le long terme vis-à-vis du pays lui-même.

« Nous n’avons pas d’argent que nous pourrions utiliser pour payer des gens inutiles comme eux. » Expliquai-je.

« Même ainsi, le contrat avec les mercenaires était aussi une preuve de nos relations amicales avec Zem, vous vous en rendez compte !? » Cria-t-elle.

« C’est vrai. Les choses sont devenues tendues avec eux depuis lors, même vous m’aviez dit “Mettez toujours tout en défense, et ne donnez jamais de tributs”, n’est-ce pas ce que vous m’aviez dit, Liscia ? Contrairement à l’empire, ils ne peuvent pas se permettre de nous envahir par eux-mêmes. Leur donner un tribut afin de gagner du temps est donc inutile avec eux. » (Kazuya)

Bien que le pays me causait en retour des problèmes en envoyant des mercenaires aux Trois Ducs.

Je regardai alors directement Halbert. « Ces mercenaires assoiffés de sang sont donc du côté des Trois Duchés. Pensez-vous qu’ils vont laisser une fille dans l’armée vaincue tel que Kaede sans lui causer du tort ? Alors, quand Kaede sera tourmentée par les mercenaires, et qu’ils seront sur le point de la tuer parce qu’ils auront fini de s’amuser avec elle, où serez-vous et que ferez-vous ? »

« C’est... » Halbert semblait hésitant.

Cette attitude indécise me rendit en colère. « Voulez-vous pouvoir encore lever la tête avec fierté ? Voulez-vous chanter des chansons afin de célébrer votre victoire ? Pendant ce temps, votre ami d’enfance sera peut-être en train d’être utilisé en tant que jouet, puis laissé morte au bord d’une route ! »

« Arg... » (Halbert)

Après que je lui ai crié ça, les jambes de Halbert semblaient cesser de le soutenir et il dut mettre ses mains sur la table afin de se soutenir. Il n’avait pas répondu à ma question, et sa bouche était totalement fermée. Kaede le regardait avec inquiétude.

Quand je vis qu’il réagissait ainsi, je m’étais alors un peu calmé. « Halbert Magna. Le cheminement que vous étiez sur le point de choisir abouti sur une impasse. Si je gagne, vous serez exécuté. Si les Trois Duchés gagnent, Kaede sera... Eh bien ! Après tout, elle ne peut pas s’en sortir. Si vous voulez faire le pari d’une vie, alors assurez-vous au moins que l’avenir que vous voulez soit sur la table de jeu. »

Il ne répondit rien.

« Avant de faire quelque chose d’imprudent, réfléchissez toujours avant, » lui ai-je dit. « Pensez d’abord à ce que vous voudriez, pour quoi et pour qui ? Regardez autour de vous, et réfléchissez-y. »

« Pourquoi... Et pour qui... » Halbert regarda autour de lui.

Ses yeux rencontrèrent alors Kaede, qui le regardait avec inquiétude. Il n’y avait pas eu de mots entre eux, mais Halbert ressemblait fortement à un homme libéré de tout ce qui l’avait possédé jusqu’à présent.

... Ce qui se passe ici, c’est à eux de le décider, pensai-je.

« Désolé, Juna. Nous causons des tumultes dans votre café, n’est-ce pas ? » Demandai-je. « Nous allons donc maintenant partir. »

Juste avant de partir, je m’étais excusé pour avoir fait une scène dans son café, mais Juna secoua la tête. « Non... Votre Majesté. Vos mots ont directement été au plus profond de mon cœur. »

Après avoir dit cette phrase, Juna sembla hésiter un instant. Elle avait clairement quelque chose à dire, mais ne savait pas si c’était correct de me le dire.

J’avais alors attendu un peu, et finalement Juna leva les yeux, affichant un visage résolu. « Votre Majesté... Il y a un sujet dont je voudrais discuter avec vous. »

***

« Hé, Souma, il y avait aussi quelque chose que je voulais demander, » Déclara Liscia.

« Hm ? » (Kazuya)

Nous étions dans le carrosse que nous avions appelé afin de nous ramener au château lorsque Liscia, qui était assise à côté de moi, me posa une question. Aisha agissait en tant que conductrice. Alors nous étions ensemble, seuls dans la voiture.

« À propos de ce qui s’est passé plus tôt, » dit-elle. « Avez-vous essayé de persuader Halbert ? Lorsque vous avez dit que les traîtres seraient jugés selon la loi, vous aviez l’air si sérieux. »

« ... Après tout, c’était uniquement parce qu’il n’avait toujours pas agi contre moi que je l’ai fait de cette manière. Mais si après ça, il fait quand même ce qu’il avait prévu de faire, alors je ne montrerai aucune pitié envers lui. » (Kazuya)

« En fin de compte, vous êtes quand même toujours une personne sympathique, n’est-ce pas ? » Dit-elle.

« Soyez gentil avec vos alliés, et sévère avec vos ennemis, » dis-je. « C’est bien le genre de roi que les gens veulent soutenir. Ce n’est pas comme si j’étais sévère parce que j’apprécie de le faire. Moins nous aurons d’ennemis, et mieux cela sera. »

« Tout comme je le pensais... Vous êtes une personne gentille. » Dit-elle, avant que Liscia reposât sa tête sur mon épaule.

***

— Le jour suivant.

Alors que j’étais dans le bureau des affaires gouvernementales pour m’occuper d’un grand nombre des documents, Hakuya entra. Et alors.

« Le chef de la Maison des Magna, Sir Glaive Magna, a amené son fils, Sir Halbert Magna et la Mage de l’Armée Interdite Kaede Foxia, et il demande une audience avec vous, » m’informa-t-il.

... On dirait qu’il y a encore un autre différend à résoudre, pensai-je.

Quand j’arrivai dans la salle d’audience accompagnée par Liscia et mon garde du corps, Aisha, il y avait déjà trois personnes se trouvant à genoux. Devant les deux que je connaissais déjà, lui aussi la tête abaissée, se tenait un homme d’âge moyen aux cheveux poivre et sel. Ainsi équipé de son armure, il ressemblait vraiment à un guerrier qui avait vu de nombreuses batailles. Derrière lui se trouvait Kaede Foxia et Halbert Magna, que j’avais rencontrés la veille. Dans ce cas, j’avais donc déduit que cet homme devant eux avec la tête baissée devait être le père de Halbert, Glaive.

« Tous les trois, levez la tête, » déclarai-je.

« « Oui, Votre Majesté. » »

Quand Halbert et Kaede levèrent la tête, je me retrouvai paralysé quand je vis le visage de Halbert. Je voulais dire par là qu’il avait des marques qui montraient clairement qu’il avait été frappé à plusieurs reprises. Ses joues étaient enflées, et il avait deux yeux au beurre noir. Ce n’était pas présent lorsque je l’avais vu hier, alors ces blessures devaient être arrivées après que nous nous étions séparés.

« Halbert... Vous me semblez encore plus beau que la dernière fois que je vous ai vu. » Commentai-je.

« Arg... Oui Mon Seigneur ! » Un regard de frustration avait alors traversé son visage pendant un court instant, mais il ne s’était pas opposé à moi comme il l’avait fait hier.

Je me demande ce qui lui est arrivé après notre départ d’hier.

Puis je parlai à Glaive, dont la tête était encore penchée. « Glaive Magna, levez la tête. »

« Je vous prie humblement de faire preuve de pitié pour la récente mauvaise conduite de mon fils ! » Il s’agissait d’une réaction de lamentable qui arriva en retour. Il pressait son front contre le sol. Il était difficile à dire, car il était à genou, mais il faisait ce que nous appellerions probablement un dogeza au Japon.

« Par mauvaise conduite, voulez-vous parler ce qui s’est passé hier ? » Demandai-je.

« Oui Votre Majesté ! J’ai entendu tous les détails de madame Kaede. Bien qu’il ne soit pas en service, il vous a insulté. Votre Majesté, de plus en plus souvent, il se vante qu’il rejoindrait bientôt les Trois Duchés rebelles, ce qui est totalement scandaleux... ! Cependant, mon fils est encore immature. Il a dit ces choses à cause de son cerveau sous-développé. Votre Majesté, votre colère est entièrement justifiée, mais, je vous en supplie, faites retomber la faute sur moi pour ne pas l’avoir correctement éduqué ! » (Glaive Magna)

Um. C’était un peu long, mais en gros, j’imagine que ce qu’il disait était. « Je vais accepter le châtiment, alors épargnez la vie de mon fils, » cependant, je ne suis même pas en colère.

« Les événements d’hier sont arrivés alors que j’étais là incognito. » Dis-je. « Je n’ai donc pas l’intention d’en faire une grosse affaire. Et d’après ce que je vois ici, il a déjà été puni d’une manière appropriée. »

« Votre Majesté, vous êtes généreux. » Glaive s’excusa abondamment, se prosternant à nouveau devant moi.

Halbert et Kaede se mirent à baisser à nouveau la tête.

Puis enfin, Glaive leva son visage. « Maintenant Votre Majesté, je me rends compte que c’est incroyablement grossier, mais je voudrais vous dire quelque chose de plus. »

« Qu’est-ce que c’est ? » (Kazuya)

« Et bien... ce serait beaucoup mieux que cela ne soit pas entendu par beaucoup de personnes. » (Glaive Magna)

Était-ce donc un secret ? J’avais avec moi Liscia, Aisha, Hakuya, Glaive, Halbert et Kaede, puis je fis sortir tout le monde, y compris les gardes. Aisha semblait hors de propos, mais tant qu’elle était avec moi, s’il s’avérait que cette promesse d’informations secrètes était en vérité un projet afin de m’assassiner, j’avais quelqu’un pour y faire face.

« J’ai fait évacuer la salle, » dis-je. « Alors, à propos de quoi vouliez-vous me parler ? »

« Alors, c’est à propos de... » Glaive commença à un rythme détendu.

Alors que nous écoutions ce qu’il avait à dire, les yeux de Halbert s’agrandirent, Kaede baissa les yeux, serrant fermement ses poings, Hakuya ferma les yeux en silence, tandis qu’Aisha regardait autour d’elle, dérangée par les réactions de tous les autres.

Liscia, pendant ce temps, était raide et sans expression, ne disant pas un mot. Il y avait des larmes coulant le long de son visage.

Pour moi, il s’agissait d’un sentiment compliqué. Colère, exaspération, résignation, tristesse... Tous ces sentiments étaient entremêlés dans ma poitrine, et j’avais alors travaillé durement pour les garder à l’intérieur.

J’avais alors parlé aussi calmement que possible. Il s’agissait là d’une voix que je pouvais encore contrôler, afin de ne pas trahir mes véritables sentiments. « Maintenant que vous m’avez dit ça. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse à ce sujet ? »

« Rien. Votre Majesté, je voulais juste vous prévenir. » (Glaive Magna)

« ... C’est vraiment une affaire sérieuse. » Je m’étais alors levé, donnant des ordres à Kaede et Halbert. « Mage de l’Armée Interdite Kaede Foxia. Cette sagacité est trop précieuse et dangereuse pour que je vous laisse là en tant que simple mage. Je vous ordonne donc de servir sous la direction de Ludwin de la Garde Royale en tant qu’officier d’état-major. »

« Hein !? O-Oui, Votre Majesté ! » S’exclama-t-elle.

« Officier de l’Armée de Terre, Halbert Magma. Je vous ordonne de rentrer dans l’Armée Interdite. » (Kazuya)

« Hein !? Moi, je dois me joindre à l’Armée Interdite !? » (Halbert)

« C’est bien ça. Vous serez le commandant en second de Kaede et vous serviez à l’informer. Son rang effectif la place en tant que numéro 2 dans l’Armée Interdite. Mais parce qu’elle est encore une jeune femme, il y a le risque que ses subordonnés ne la prennent pas au sérieux. Dans le cas où cela se produirait, vous devez vous assurer qu’ils font comme elle a ordonné, compris ? »

« ... Oui, Votre Majesté. » (Halbert)

Et ainsi, un nouveau jeune officier avait rejoint l’Armée Interdite.

Cependant, je ne me sentais pas assez émotif pour être content qu’un nouvel allié se soit joint à nous. Comme quelques instants avant, j’avais dû réfréner mes violentes émotions, mes vrais sentiments s’étaient alors mis à sortir par mes dents serrées encore une fois.

« Honnêtement, ces personnes... » (Kazuya)

☆☆☆

Entracte  2 : Les Soupirs de la Duchesse Excel Walter

Parlons du système de noblesse dans ce pays.

Une fois que vous avez mis de côté la royauté et les trois ducs, les personnes peuvent être divisées en trois groupes : les nobles et les chevaliers, les bourgeois et les esclaves. (Les réfugiés, car ils ne sont pas des citoyens, ne tombent dans aucun de ces groupes.)

À une autre occasion, nous détaillerons l’institution de l’esclavage, mais ce qui divise les nobles et les chevaliers des bourgeois est le fait de posséder ou non des terres.

De ce fait, la classe des nobles et des chevaliers peut également être appelée celles des seigneurs, et les roturiers qui vivent sur leurs terres peuvent être désignés comme étant leurs sujets. (Les esclaves sont considérés comme des biens et ne sont donc pas inclus dans ce groupe.) Les seigneurs ont un certain nombre de droits sur leurs terres et, en même temps, ils ont des responsabilités militaires et civiles envers le pays.

Les titres et les terres de la noblesse et de la chevalerie sont généralement héréditaires, mais les roturiers qui se distinguent peuvent se voir attribuer un titre et des terres par le pays, en les élevant à la chevalerie (pour ceux dont les accomplissements sont militaires) ou à la noblesse (pour ceux dont les accomplissements sont liés à l’administration).

En outre, se marier au sein d’une famille noble ou chevalière (dans ce cas, la personne fournit ses propres terres) est également possible. Ces personnes sont appelées les nouveaux nobles ou les nouveaux chevaliers.

Ce n’est pas une distinction qui existait formellement, mais certaines personnes un peu obtuses les considèrent comme étant les "parvenus qui ne sont pas nés pour être des nobles ou des chevaliers" et les appellent de cette manière.

Les nouveaux nobles et les nouveaux chevaliers peuvent passer leurs titres de façon héréditaire. (Généralement, une maison devient acceptée après environ trois générations.)

À l’inverse, même les nobles et les chevaliers peuvent, si leurs crimes sont assez graves, perdre leur rang et devenir ainsi des roturiers ou des esclaves. Dans ces cas, leurs terres et leurs titres sont saisis par le pays et dans le pire des cas, toute la maison peut perdre son statut. C’est ce qu’on appelle une "destruction".

La raison pour laquelle, comme on l’a noté plus haut, les nobles et les chevaliers se distinguent des nouveaux nobles et des nouveaux chevaliers est qu’ils sont fiers d’avoir maintenu le statut de leur maison et d’avoir évité cette "destruction" pendant trois générations.

Il n’est pas nécessaire pour la noblesse et la chevalerie de gérer personnellement leurs terres. En particulier pour les chevaliers, qui doivent passer la majeure partie de l’année à servir dans l’armée, la gestion de leurs terres est laissée aux membres de sa maisonnée. Le capitaine de la Garde Royale, Ludwin Arcs, en était un exemple parfait.

En outre, parmi la noblesse, il y a ceux qui laissent la direction de leurs terres aux membres de leur maison, résidant à Parnam où ils servent à des postes importants tels que les postes supérieurs de la bureaucratie ou en tant que conférencier dans le Congrès du Peuple. Ces gens sont appelés des nobles de la Capitale, avec l’ancien premier ministre (et actuel chambellan) Marx étant un exemple de ce type de noble.

Cependant, à l’heure actuelle, le nombre de nobles de la Capitale était tombé à près de la moitié de ce qu’il avait été l’année précédente. Ceux qui avaient disparu étaient ceux dont les actes répréhensibles avaient été découverts au cours de l’audit des dépenses du gouvernement demandé par Souma. Les personnes qui font l’objet d’une enquête avaient été renvoyées de leurs postes dans la capitale et avaient été mises en résidence surveillée dans leurs propres terres.

Pour ceux dont les crimes étaient mineurs, s’ils remboursaient l’argent qu’ils avaient détourné et qu’ils abandonnaient le commandement de la famille à un autre membre de la famille, leur maison serait autorisée à continuer à exister, mais pour ceux dont les crimes étaient graves, tous leurs biens avaient été saisis et leur maison serait détruite dès la fin de l’enquête. Bien sûr, on ne saurait s’attendre à ce que les personnes qui suscitent une telle corruption acceptent tranquillement la destruction de leurs maisons. Elles avaient donc pris leurs armées et leurs biens personnels et avaient tenté de fuir.

Cependant, parce que Souma et Hakuya pouvaient facilement deviner leurs intentions, les frontières étaient scellées et ces nobles ne pouvaient pas transporter leurs biens dans un autre pays.

Incapables de rester dans leurs terres ou de fuir dans un autre pays, finalement, elles s’étaient dirigées vers le duché de Duc Carmine. Elles étaient allées jusqu’à Georg Carmine, qui était hostile au roi, et avaient attendu là-bas l’occasion de se rebeller.

La ville centrale du Duchée Carmine était Randel.

Bien que n’étant pas aussi grande que la capitale royale de Parnam, elle était encore très grosse par rapport à d’autres villes, avec une population assez importante pour pouvoir avoir le statut de cité.

Le Château du général de l’armée de terre Georg Carmine était là, et la ville du château avait grandi tout autour de lui.

Cependant, les généraux précédents avaient été indifférents à la gestion de la ville et, contrairement à Parnam, qui pourrait changer considérablement sous la direction choisie par le roi, la ville générait un sentiment de nostalgie, probablement le même aujourd’hui qu’il y a 100 ans.

À un coin de rue de cette ville de Randel, un seul carrosse était garé. À l’intérieur de la voiture, il y avait une beauté dans le milieu de la vingtaine. Tout homme qui l’aurait vue aurait presque certainement laissé sortir un soupir d’admiration.

Même enveloppée comme dans un kimono d’un style similaire à ceux portés au Japon, sa silhouette voluptueuse était encore très apparente. Cependant, la queue reptilienne qui s’écroulait depuis ses fesses hors de son kimono et de ses petites cornes qui jaillissaient sous ses cheveux bleus indiquait qu’elle n’était pas une humaine ordinaire.

De l’intérieur de sa voiture, elle écoutait l’agitation de la ville se trouvant autour d’elle. Il devait y avoir une taverne à proximité, parce qu’elle pouvait entendre un groupe d’ivrognes râler assez clairement.

« Sérieusement, ce nouveau roi... À quoi pense-t-il au juste... ? Hic ! » (ivrogne A)

« Effectivement. C’est nous qui avons soutenu ce royaume pendant tant de longues années. » (ivrogne B)

« Mais le roi arrive et nous ignore, poussant ses propres politiques à la place des nôtres ! » (ivrogne C)

« Pourquoi le roi Albert a-t-il donné le pays à ce morveux... ? » (ivrogne A)

« Ses serviteurs ne sont pas meilleurs ! Ils sont aussi un tas de novices inexpérimentés ! Qu’y a-t-il avec ce lugubre crétin de robe noire ? Et qu’en est-il de ce porc humain ? » (ivrogne C)

« Hehehe. Je suis sûr qu’il ne les garde avec lui que parce qu’ils sont bons pour le flatter. » (ivrogne B)

« Les jeunes sont enclins à de telles choses ! Ils jettent des personnes expérimentées comme nous, et n’écoutent que des personnes qui les flattent. Un roi comme ça ne durera pas longtemps. » (ivrogne A)

« C’est vrai ! Prenons ce pays de nos propres mains ! » (ivrogne C)

« Oui ! Pour le royaume que nous aimons tant ! » (ivrogne A)

« « Pour le royaume que nous aimons tant ! » » (ivrognes)

Pour le royaume, est-ce... ? Mon Dieu, comme ils aiment ouvrir leur bouche. La femme dans la voiture soupira. Mais même ce soupir était fascinant.

Vous êtes ceux qui ont trahi le pays avec vos actes illégaux. Quand il est venu le temps de faire face à la loi, vous avez fui, donc il vous faut certainement de l’humour pour dire que le roi vous a renversé. Et le roi ne valorise-t-il que ceux qui le flattent ? Ne regardiez-vous pas quand il a effectué son rassemblement de personnel ? Ce roi utilisera même ceux qui n’étaient pas satisfaits de lui tant qu’ils en valaient la peine. Il utilise Sir Hakuya et Sir Poncho parce qu’ils sont capables. Et la raison pour laquelle il ne vous utilise pas, c’est parce que vous ne l’êtes pas.

Comme ils ne comprenaient même pas ces faits, elle ne pouvait même pas se moquer afin de les ridiculiser.

Il y a déjà quelques mois que la couronne a été transférée à Sa Majesté Souma, mais il n’a pas fait de grandes erreurs politiques et n’a nullement perdu le soutien du peuple. Au contraire, il a montré une capacité extraordinaire dans la façon dont il résolvait sans cesse la crise alimentaire que nous craignions tant. Peu importe combien ils ont respecté le roi Albert pour sa sagacité, il est absurde de demander : « Pourquoi a-t-il choisi ce morveux ? »

La femme fit reposer ses coudes sur le rebord de la fenêtre, son menton dans les mains.

De penser que la noblesse est tombée si bas en comparaison des personnes fières et nobles qui ont fondé le pays. Leurs ancêtres doivent se retourner dans leurs tombes.

Bien qu’elle ait l’air d’être dans la vingtaine d’années, cette femme se souvenait de l’époque de l’aube de ce royaume qui s’était déroulé il y a plus de 500 ans. Elle réfléchissait à ses camarades, souriant tristement.

En tant que descendant des serpents de mer, il lui faudra bien plus de 500 ans avant qu’elle ne soit à leurs côtés.

« Il est temps de faire ça lorsque l’appartenance à une race de longue durée de vie devient difficile à supporter. Je me suis habituée à devoir faire des adieux, mais je suis obligée de voir des choses désagréables comme celle-ci. Je vous envie, vous les personnes qui ont pu mourir sans s’occuper de ce qui viendrait après. » (Excel Walter)

Avec ces mots, l’Amiral Excel Walter, l’un des trois ducs, effectua un rire plein d’autodérision.

« Princesse des Mers. » (agent)

Quand une voix lui parla depuis l’extérieur de la voiture, Excel se replaça bien droit sur son siège. « ... Oui ? »

« Madame, un rapport est arrivé de Canaria, » déclara la voix.

« Montrez-le-moi. » Ordonna-t-elle.

« Oui Madame. Le voici. » Celui qui parlait poussa alors les documents à travers un espace se trouvant dans la porte du carrosse.

Excel prit les documents, les ouvrit puis en examina le contenu. Alors elle les lisait, enfin son visage effectua un vrai sourire.

Je vois... C’est ainsi que vous l’avez jugé. Pourtant vous dites que vous souhaitez être à ses côtés. Hmm... Tout va bien dans ce cas, mais je pense que vos éloges amoureux visibles dans votre écriture vont me donner des brûlures d’estomac. Vraiment, alors maintenant... Je dois envier votre jeunesse.

Excel froissa les documents avec un soupir, puis les laissa tomber au sol. Au moment où les documents touchèrent le sol, ils se brisèrent en morceaux avant de disparaître.

Permettez-moi de me corriger. Lorsque vous vivez si longtemps, il y a des moments où vous trouverez une nouvelle lumière de la manière la plus inattendue. Ce sentiment est quelque chose que les gens qui sont morts ne pourront jamais goûter, n’est-ce pas ?

Bien fait pour vous !

Excel affichait le sourire d’une jeune fille, ne montrant pas le moins du monde de soupçons concernant son véritable âge.

☆☆☆

Chapitre 5 : Le Légendaire Vieil Homme

Partie 1

Dans la salle d’audience du château de Parnam.

Un grand nombre de personnes avaient été alignées dans l’endroit même où la convocation du héros ainsi que la cérémonie de remise des talents avaient eu lieu. Il s’agissait des bureaucrates du ministère des Finances.

Chacun affichait une expression d’extrême épuisement sur leur visage.

Leurs joues étaient enfoncées, ils avaient des poches sous leurs yeux, certains affichaient des sourires secs, tandis que d’autres cherchaient un accotement afin d’éviter de s’effondrer. Malgré tout ça, chacun d’entre eux possédait un scintillement dans leurs yeux.

Il s’agissait là des yeux des guerriers qui avaient survécu à une bataille sanglante.

Depuis que j’étais devenu roi et j’avais lancé mes réformes afin de sauver une économie qui était au bord de l’effondrement, ils m’avaient servi en tant que mains et pieds, travaillant durement, tels des chevaux tirant une voiture. Quiconque travaillait pour s’enrichir avait été renvoyé, ne laissant en fonction que les plus sérieux. Il s’agissait de personnes qui avaient travaillé durement, étant même réticentes à prendre du temps afin de dormir.

L’un d’entre eux pourrait passer une journée entière en comparant les nombres dans un ensemble de documents, tandis qu’un autre pourrait passer la plus grande partie de la journée à cheval, en train de s’assurer que les fonds étaient correctement utilisés. Ils avaient passé leurs jours à rentrer chez eux seulement pour dormir. Non... Beaucoup d’entre eux n’étaient même pas retournés chez eux, ils avaient juste dormi dans la salle du château affecté aux siestes, revenant au travail dès qu’ils s’étaient réveillés.

Certains avaient des familles.

Certains avaient des enfants.

Certains s’étaient même récemment mariés.

Cependant, le temps qu’ils auraient passé avec leurs familles, ils l’avaient mis de côté, continuant à travailler. Le visage d’une femme mécontente du fait que son mari avait mis le travail avant elle, le visage d’un enfant seul parce que son père ne jouerait pas avec lui, le visage d’une femme nouvellement mariée sincèrement préoccupée par son mari. Ils avaient détourné les yeux de ces visages, se disant qu’il s’agissait juste pour une certaine période de temps, et ils s’étaient mis à travailler avec diligence.

En essayant de sauver ce pays de l’effondrement.

En essayant de protéger les personnes vivant dans ce pays qu’ils aimaient.

Je les regardais en étant assis sur mon trône. Je n’avais probablement pas l’air beaucoup mieux que ce qu’ils étaient en ce moment. Alors que je pouvais reposer des parties inutilisées de ma conscience pendant mes quarts de travail, je pouvais m’occuper de cinq fois une charge de travail normale et je travaillais toutes les heures du jour et de la nuit. Alors que mon corps pourrait paraître en forme, je pouvais sentir mon esprit comme s’il était en train de mourir.

« Maintenant, c’est un beau regard que vous avez tous sur vos visages. » Dis-je en me levant et leur parlant d’une voix calme. Puis je descendis vers eux, en plaçant ma main sur l’épaule d’un homme mince. « Vos yeux sont creux et sans vie. Vous avez le visage d’une goule. »

Mais ils ne m’avaient alors rien dit en retour.

« Je sais comment cela s’est passé, » dis-je. « Ces jours de renoncement au sommeil, se battant avec les chiffres, jour après jour, ignorant les plaidoyers de vos familles vous demandant de vous arrêtez de venir au château. Ces personnes sont mon plus grand trésor ! Soyez fier de ça ! Chaque fois que vous avez travaillé sans relâche, vous avez sauvé des personnes de ce pays ! »

« « Ohhhhhhhhhhhhhhh ! » »

Pâle et décharnée, n’importe qui pouvait voir ces hommes comme étant ce genre de personnes, mais maintenant, ils rugissaient tels des barbares. Ils levèrent leurs poings dans l’air, criant, « Souma ! Souma ! » J’attendis un moment pour que leur ferveur s’installe complètement, puis continuai à parler.

« Merci à vous tous, car nous avons réussi à sécuriser les fonds dont nous avons besoin actuellement. Maintenant, le Projet Venetinova peut sérieusement commencer. Lorsque ce projet se concrétisera, la crise alimentaire de ce pays sera complètement résolue. Ce sera grâce à vous tous qui avez rempli vos devoirs, afin de remettre cette économie en difficulté dans la ligne droite ainsi que d’avoir permis de trouver les fonds pour y arriver ! À la place que cela soit le peuple lui-même qui le fasse, je vous en remercie ! » (Souma)

« Roi Souma ! »

« Roi Souma ! »

« Vous avez travaillé dur dans l’ombre pour ce pays ! Contrairement aux héros, vos noms ne seront pas laissés dans les livres d’histoire. Cependant, vous avez sauvé beaucoup plus de vies que n’importe quel héros pourrait sauver sur le champ de bataille ! Moi, Souma Kazuya se souviendrait de ce fait pour toute ma vie ! Vous êtes les héros sans nom de ce pays ! » (Souma)

« Gloire à notre roi ! »

« Gloire au Roi Souma et à Elfrieden ! »

« Vous vous êtes vraiment dépassé, » continuai-je. « Ainsi, je vais vous donner ce cadeau. Je vous accorde cinq jours de vacances, qui commenceront à partir de demain ! Retournez à vos familles, reposez votre corps et rétablissez vos esprits ! »

« « Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! » »

C’est la plus grande joie qu’ils affichent aujourd’hui, pensais-je. Je peux comprendre comment vous vous sentez. Vous êtes tous affamés vis-à-vis de ce repos. Je suis désolé d’avoir dû diriger cet endroit comme un atelier clandestin.

« En vérité, je tiens à vous payer avec un bonus, mais si je voulais prendre dans les fonds que vous avez travaillés si fort afin de les créer, ceci irait à l’encontre du but. Alors je suis vraiment désolé. » (Souma)

Ils étaient silencieux.

« Au lieu de ça, après avoir conféré avec le Premier ministre, j’ai décidé de vous donner chaque bouteille de grande valeur en provenance de la cave à vin du château ! Faites une fête avec elle, ou vendez-la comme bon vous semble ! » (Souma)

« «  Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhh Votre Majesté ! Roi Souma ! » »

Alors, après avoir regardé les bureaucrates enthousiastes, je hochai la tête, pleine d’émotions. Cependant, Liscia, qui était debout à côté de moi en train de regarder, était clairement dégoûtée par cette scène.

« Souma... vous êtes épuisé, » dit-elle.

« ... je ne peux pas le nier, » répondis-je.

Dès que nous fûmes retournés au bureau des affaires gouvernementales, Liscia me parla, apparemment préoccupée.

Oui, je n’aurais pas dû être aussi excité. En regardant comme j’étais, je devais sembler un peu vaseux.

« C’est parce que j’ai travaillé jusqu’à l’aube. Le manque de sommeil m’a, comme qui dirait, fait avoir une poussée d’adrénaline. » Je lui avais répondu tout en étant allongé dans le lit installé dans un coin du bureau des affaires gouvernementales, tout comme je le faisais habituellement.

« Je ne vais pas insister pour que ce soit fastueux, mais obtenez au moins votre propre chambre, » Hakuya m’avait dit une fois avec d’un ton acerbe. « Si le souverain de la nation dort dans le bureau des affaires gouvernementales, il ne donnera pas un exemple approprié pour ses sujets. »

Mais je ne pouvais pas renoncer à la commodité de pouvoir travailler dès que je me réveillais, donc les choses étaient restées telles qu’elles étaient au départ. Je pensais maintenant que je dormirais probablement jusqu’à ce que les choses se rétablissent un peu dans le pays.

Liscia alla s’asseoir sur le bord du lit. En ce moment, ses petites fesses bien galbées apparurent soudainement devant mes yeux, alors malgré moi, je m’étais retourné vers l’autre côté. Liscia portait toujours cet uniforme d’officier très serré sur son corps, alors je pouvais facilement distinguer les lignes de ses hanches.

« Mais, Souma, vous êtes capable de vous reposer dans les quarts de travail, n’est-ce pas ? » Me demanda-t-elle.

« Hein !? Heu... oui, en quelque sorte. Mais nous étions au moment où nous pouvions nous permettre d’avoir le budget pour un projet à grande échelle, alors j’ai fini par travailler avec la totalité de mon esprit pendant la dernière phase des travaux. » (Souma)

Quand j’avais annoncé cela, Liscia poussa un soupir. « Je sais que vous travaillez durement, mais... mais... ne me causez pas tant d’inquiétude en agissant ainsi. Car après tout, vous êtes irremplaçable, non ? »

« Haha, mais dans le pire des cas. Vous pouvez simplement convoquer un autre héros, n’est-ce pas ? » Demandai-je.

« Espèce d’imbécile ! Si vous rajoutez un autre mot à ce sujet, alors je vais vous gifler ! » (Liscia)

Je tournai la tête afin de pouvoir voir Liscia. Il y avait une véritable colère clairement visible dans ses yeux.

« Même si nous convoquions un autre héros, cette personne ne serait pas vous, » dit-elle d’un ton brusque. « Souma, vous êtes celui que je veux. »

« C’est vrai... » Vacillai-je en entendant ça.

« Ne l’oubliez jamais. Souma, vous êtes celui que je veux en tant que roi. Je n’accepterai aucun remplaçant. Si mon père exigeait la couronne, alors je le combattrais à vos côtés. » (Liscia)

Quand elle fit cette déclaration incroyable avec un visage sérieux, tout ce que je pus faire était de hocher la tête.

D’une certaine manière, j’avais l’impression à l’instant d’avoir vu une partie de son courage maternel. Liscia allait un jour faire une épouse incroyable. J’avais prévu d’être le marié, cependant, c’était quelque chose pour laquelle je ne me sentais pas bien.

Pour l’instant, Liscia semblait satisfaite de ma réponse. « Alors ? Vous parliez avant ça d’un budget, mais pour quoi avez-vous besoin de tout cet argent ? »

« Oh ! Pour commencer, je pensais déjà faire construire une nouvelle cité. » (Souma)

« Une cité !? » Demanda-t-elle.

J’avais cherché une carte du pays sur mon bureau pour la montrer à Liscia. Dans l’ensemble, le territoire du pays ressemblait à une forme d’un <, et j’avais alors pointé du doigt le centre.

« Nous allons construire une cité côtière ici. En outre, nous allons en même temps faire progresser la construction de routes dans les environs. Si nous construisons un réseau de transport d’une ville côtière vers toutes les autres villes, alors nous pouvons contrôler le transport maritime et terrestre. Cela devrait nous permettre de rendre la distribution beaucoup plus fluide. Honnêtement, c’est merveilleux pour moi comment de tels biens immobiliers primordiaux soient restés intacts jusqu’ici. » (Souma)

Par ailleurs, au nord-est de cet endroit se trouvait La Cité Lagune, une ville côtière gouvernée par l’un des trois ducs, l’Amiral de la Marine Excel Walter. Actuellement, La Cité Lagune était le plus grand port commercial de ce pays, mais en même temps il s’agissait aussi d’une base navale avec des quais pour les cuirassés. Avoir un port commercial où les marchandises du monde entier se rassemblaient et une base navale ayant des besoins de confidentialité liés entre eux n’était pas bon. Il y avait des priorités incompatibles qui posaient rapidement des problèmes insurmontables.

Dans une crise, cela pourrait entraîner l’arrêt total du commerce. Et c’est pour cette raison aussi qu’il était urgent que nous construisions une nouvelle ville possédant uniquement un port commercial.

« Cette ville côtière sera le cœur palpitant de ce pays, et les routes qui s’étendent de là seront ses veines. » Expliquai-je. « Si la distribution est fluide, quand il y aura une pénurie de certains produits dans le sud, ils pourront être expédiés depuis où ils sont nombreux dans le nord. Vous savez ce que ça veut dire ? »

« Hum... Vous achetez des biens où les prix ont été abaissés en raison de son abondance, puis vous les revendez dans des endroits où le prix a augmenté en raison de la demande. Ou quelque chose comme ça ? » Me demanda-t-elle.

« Non et non, je ne suis pas un marchand. Le roi ne peut pas être celui qui agit ainsi. » (Souma)

« Vous ne pouvez pas ? » Demanda-t-elle, surprise.

« À quoi servira-t-il que je prenne l’argent de mon peuple quand j’essaie de les rendre prospères ? » Demandai-je alors.

Eh bien ! Si nous parlions purement du commerce extérieur, elle aurait eu raison, mais pour le commerce intérieur, il fallait penser non pas en tant qu’individu, mais en tant que pays.

« Certes, d’abord, il y aura des marchands qui le feront et cela fera que l’argent arrivera dans leurs mains. Cependant, la pénurie d’approvisionnement sera éventuellement résolue. Une fois que l’offre et la demande sont en équilibre, les prix élevés devraient progressivement redescendre. Nous pouvons ainsi planifier l’homogénéisation des prix à travers le pays. En gros... » (Souma)

« ... la population pourra acheter des produits qui étaient trop chers pour eux avant ça ? » Acheva-t-elle.

Je lui donnai une réponse affichant ma satisfaction à la réponse de Liscia. « À l’heure actuelle, la plus grande demande croissante dans la majorité de ce pays concerne les denrées alimentaires. Afin de stabiliser les prix sur ceux-ci, nous devons d’urgence sécuriser les itinéraires de distribution. En outre, plus de la moitié de la frontière de ce pays se trouve être la mer. Nous devrions ainsi pouvoir récolter beaucoup de produits de la mer. Si ceux-ci peuvent être transportés sur la terre, nous pouvons résoudre la crise alimentaire en un rien de temps. »

« Vous savez, même maintenant, nous pouvons apporter des produits séchés ou marinés à l’intérieur des terres. » Déclara-t-elle.

« Eh bien, pouvez-vous vivre tout le temps avec uniquement des poissons séchés et marinés ? » Lui demandai-je. « Moi, à la longue, je risque de me lasser d’eux. »

« Et bien... Oui, je suppose que moi aussi je suis dans le même cas. » (Liscia)

Le maquereau séché était quelque chose de savoureux, mais je n’aurais certainement pas voulu le manger tous les jours. Le sel était là afin de lutter contre les bactéries et la dégradation, mais en contrepartie, vous ne pouvez pas changer sa saveur, même si vous en étiez fatigué. Pour commencer, le poisson se gâte très rapidement, et même une fois séchée, il se transformerait en quelque chose d’impropre en quelques jours s’il n’était pas correctement salé. C’est pourquoi la vitesse à laquelle nous pouvions expédier des poissons et des crustacés à l’intérieur des terres était si importante.

« C’est pour ça que cela transite par le réseau de transport, n’est-ce pas ? » Dit-elle après avoir réfléchi.

« Exactement... Mais maintenant. » Je fis un grand bâillement avant de fermer les yeux. « Permettez-moi de dormir un peu. Quand je me lèverai, nous irons ensemble au site prévu pour la nouvelle ville. Ludwin et ses hommes sont probablement déjà là pour le commencement des travaux... Je dois aller les voir... »

« D’accord. » Dit-elle en hochant la tête. « Souma, dormez bien. »

« Oui, bonne nui... !? » (Souma)

Il y eut alors une sensation douce et chaleureuse sur ma joue droite. J’ouvris alors les yeux en état de choc, mais Liscia était déjà partie.

Oh... un bisou de bonne nuit... C’est ce que c’était, n’est-ce pas ? Ne sont-ils pas communs dans d’autres pays ? Oui, c’est correct. C’est tout à fait normal. Ce n’est donc rien de spécial ce qu’elle a fait. Je parie que Liscia l’a fait d’une façon décontractée. Il ne devrait y avoir aucun sens profond derrière ce baiser. Probablement... Oui, j’en suis sûr.

À la fin, je n’avais jamais réussi à trouver le sommeil...

☆☆☆

Partie 2

Vous souvenez-vous de ce que j’avais dit quand j’avais parlé de la façon dont la technologie de ce pays était totalement désordonnée. J’avais mentionné qu’il y avait des cuirassés d’acier, uniquement tirés par de grands dragons des mers. Lorsque Liscia et moi étions arrivés au site prévu pour la nouvelle ville, nous avions été accueillis par l’un de ces cuirassés d’acier.

Le Cuirassé Albert.

Portant le nom de l’ancien roi, il s’agissait du seul cuirassé en possession de l’Armée Interdite et il était par la même occasion le navire amiral de la Marine Royale.

Sa forme était semblable au Mikasa, qui était le vaisseau amiral de la Flotte Combinée à l’époque de la Bataille de Tsushima. Il possédait deux batteries principales, l’une à l’avant et l’autre à l’arrière, pour un total de quatre canons, avec des canons auxiliaires le long des flancs. Bien que les batteries principales et les canons auxiliaires soient tous placés sur un navire, ils ne l’étaient pas en tant qu’artillerie fixe. En outre, parce qu’il n’était pas équipé d’un moteur à combustion interne, l’absence de cheminée était une autre différence entre les deux.

Sa source d’énergie était un dragon des mers. (Ceux-ci ressemblaient à des plésiosaures, mais avec un cou plus court et large, ainsi que des cornes de chèvre.) Avec un dragon de mer géant le tirant, ce cuirassé pourrait fendre l’eau. Pour un navire ordinaire, un dragon suffisait, mais ce navire était un modèle à deux dragons.

Maintenant, ça me semble être le bon moment, alors laissez-moi vous expliquer quelques déséquilibres vis-à-vis de la technologie de ce pays.

Vous pourriez trouver étrange qu’un pays qui n’avait même pas atteint la révolution industrielle eût ces sortes de navires de guerre quasi modernes. Cependant, grâce aux créatures magiques et mystérieuses de ce monde, ils avaient pu faire des choses qu’ils ne pourraient autrement pas faire.

Même si quelque chose était fait en fer, s’il avait été construit avec les calculs appropriés concernant sa flottabilité, il pouvait être à même de flotter. En d’autres termes, le cadre extérieur d’un cuirassé pouvait être construit même avec la technologie du Moyen Âge. La raison pour laquelle ils n’avaient été construits qu’après la révolution industrielle était parce que les moteurs qui devaient leur permettre de se déplacer n’existaient pas avant ce moment-là. À une époque où votre seul moyen de propulser un bateau était d’attraper le vent avec des voiles ou de se propulser avec des rames, un navire de fer ne pourrait pas faire autre chose que de flotter sur place.

Cependant, dans ce monde, il existait de puissants dragons de la mer qui étaient assez forts pour remorquer un navire en fer. En les entraînant afin de tirer les navires, la navigation sur l’océan était devenue possible. C’est pourquoi les navires en fer avaient été construits.

C’était pareil pour les grands canons se trouvant à bord du cuirassé.

Ce monde avait déjà de la poudre à canon. Maintenant, en soi, il n’était pas étrange qu’ils en aient. Même sur Terre, il y avait des traces dans l’histoire concernant l’utilisation de poudre à canon qui avaient précédé l’apparition de la poudre noire, qui était l’une des trois grandes inventions de la Chine. Au deuxième siècle, pendant le temps des Romances des Trois Royaumes, le général défendant Chencang avait utilisé une arme explosive (quelque chose comme un pétard) pour pulvériser l’armée envahissante dirigée par Zhuge Liang.

Cependant, dans ce monde, il n’y avait pas d’arquebuses.

Parce qu’ils avaient de la magie pour leurs attaques à longue portée, ils n’avaient jamais développé les armes à feu. Les mages de Terre pouvaient tirer des pierres aussi bien qu’une mitrailleuse, les mages de feu pouvaient lancer des attaques qui ressemblaient à des bombes au napalm, les mages de vent pouvaient lancer une frappe de vide avec une portée incroyable, tandis que les mages de l’eau pouvaient, à plus court terme, pénétrer des obstacles en utilisant de l’eau sous pression.

En outre, il y avait ce qu’on appelait des "sorts pouvant être liés à un objet". En attachant des sorts possédant différents effets à un objet, il pourrait être renforcé ou capable de mieux couper. À cause de ça, les armes ayant des masses supérieures, qui pouvaient avoir plus de sorts encastrés en elles, avaient tendance à être plus puissantes.

Ainsi, une flèche était plus forte qu’une balle, une lance plus forte qu’une flèche. Pour l’expliquer plus en détail, avec la petite masse d’une balle, même si vous aviez intégré un sort d’attaque, elle ne pouvait pas percer une armure ayant un sort défensif intégré à elle. On pourrait tout à fait dire qu’il s’agissait de la raison du fait qu’ils n’avaient jamais développé de fusils. Cependant, alors qu’ils n’avaient pas de fusils, ils avaient des canons.

Mais c’était uniquement parce que, sur l’eau, l’utilisation d’autres éléments était limitée, donc ils avaient été obligés de les développer en tant que moyen d’effectuer des attaques à longue distance tout en étant sur l’eau.

La magie de ce monde proviendrait du mélange d’ondes spéciales émises par des personnes avec une substance appelée magicium se trouvant dans l’atmosphère pour ainsi produire une variété de phénomènes. Le Magicium avait un alignement élémentaire (à l’exception de l’obscurité), et la composition du magicium dans l’atmosphère était fortement influencée par le terrain environnant. Au-dessus de l’eau, il y avait surtout du magicium de l’eau, ce qui signifiait que la magie des autres éléments était affaiblie là-bas. Et ainsi de suite pour d’autres endroits.

En raison de ça, s’ils utilisaient de la magie au cours des batailles navales, tous les éléments, sauf l’eau, seraient affaiblis, et ils finiraient dans une situation critique vu que la magie élémentaire de l’eau n’avait pas une assez grande portée efficace. (Mais il pouvait encore être utilisé pour contrôler la direction des courants, et donc les mages de l’eau avaient été affectés à la marine.)

C’était précisément pour cela que les canons avaient été développés comme moyen d’attaquer des navires. En fin de compte, la technologie ne se développait que là où il y avait une demande.

Fin de la digression.

Maintenant, revenons au cuirassé Albert.

Quand j’avais vu l’Albert, voici ce que je pensais :

Que dois-je faire avec un seul navire ? Ce n’est que lorsqu’ils sont défendus par des destroyers et des croiseurs qu’un cuirassé ou un transporteur peut exhiber son véritable pouvoir. Ce que j’ai ici n’est qu’un épouvantail.

« Eh bien ! Vous savez, on a supposé qu’il fonctionnerait aux côtés de la marine. » Les mots de Liscia ne le rendant que plus triste. De toute évidence, il s’agissait d’un éléphant blanc.

« Dans ce cas, si nous ne prenions pas le navire amiral de la marine, ne pensez-vous pas que ça nous permettrait d’économiser une grosse somme sur le coût d’entretien ? » Demandai-je.

« M-Mais... Nous pourrions l’utiliser comme un navire transportant le matériel, n’est-ce pas ? » Me demanda-t-elle.

« Et bien... Oui, je suppose que c’est bon... » (Souma)

Nous avions utilisé ce grand cuirassé inutile afin de transporter du matériel pour la ville côtière. Une fois que nous avions retiré les armements se trouvant à l’intérieur, ceci avait permis de libérer une bonne capacité de transport. Avec le réseau de transport qui n’était pas encore en place à ce stade-là de la construction, il nous avait permis d’expédier les matériaux plusieurs fois plus rapidement que ce que nous pourrions envoyer à l’aide de la voie terrestre.

« Mais, dans ce cas, il aurait été encore plus efficace si nous l’avions construit dès le départ en tant que navire de transport. » Dis-je.

« Arg ! Ne soyez pas si négatif sur tout ! » Protesta-t-elle.

« Je me bats avec le budget, alors quand je vois quelque chose engloutir tant de fonds, je ne peux pas m’empêcher de dire ça. » (Souma)

C’était alors qu’Aisha revint vers nous, amenant Ludwin avec elle.

« Votre Majesté, j’ai fait venir Sir Ludwin comme vous me l’aviez demandé. » Dit-elle.

« Votre Majesté, Votre Altesse, je vous souhaite la bienvenue sur le site planifié de la nouvelle ville. » Le beau capitaine de la Garde Royale, Ludwin Arcs, nous salua avec un sourire. Au château, il portait toujours son armure en argent, mais là, il était habillé d’une manière plus décontractée. Avec la chemise blanche et la veste en cuir qu’il portait, il ressemblait à un beau marin qui pourrait apparaître dans un film de pirates.

J’utilisais l’Armée Interdite afin de travailler sur la construction de la ville. Bien sûr, j’avais fait aussi venir un grand nombre d’artisans de la guilde du génie civil et de construction, mais à l’échelle du projet, ils ne pouvaient pas tout gérer.

C’est pourquoi j’utilisais l’Armée Interdite, en pensant que je ferais rapidement face à la tactique des vagues humaines. Après que j’avais eu l’envie d’enseigner aux soldats des techniques modernes de construction, j’avais du mal à ne pas les utiliser. J’avais deux dixièmes des forces permanentes de l’Armée Interdite ici, et les huit dixièmes restants construisant le réseau de transport qui relierait toutes les villes.

« Alors, comment progresse la construction de la ville ? » Demandai-je.

« Nous avons déjà fini d’arpenter le site. Le travail est ainsi devenu soutenu... Ou plutôt, l’était... » Ludwin déclara cela avec hésitation, un sourire amer sur son visage.

« Je vous le dis, vous devez arrêter la construction ! » Une personne se mit à crier.

« Écoutez, vieil homme. Nous construisons cette ville sur les ordres du roi, comprenez-vous ça ? » Lui répondit un autre homme.

J’avais alors entendu des voix se disputer dans la tente qui servait de bureau central de la construction.

« Je vous le dis pour le bien du roi ! Vous ne devez pas construire une ville ici ! » (Vieil homme)

« Vous ne comprenez toujours pas, vous, le vieux ? Ce n’est pas comme si nous avions essayé de vous évincer ou quelque chose du genre. » (Soldat)

« Vous êtes ceux qui n’ont rien compris ! » (Vieil homme)

... Non, ce n’était pas un argument. C’était plus comme si ce vieil homme les avait critiqués unilatéralement.

J’avais alors parlé à Ludwin. « Donc, fondamentalement, un vieil homme qui vit dans la région s’oppose avec véhémence à ce que nous construisions une nouvelle ville ici ? »

« Oui. Il s’agit d’un pêcheur local. Mr Urup. » (Ludwin)

« Ne vous avais-je pas dit de ne pas acheter de façon agressive des terres ou quelque chose comme ça ? » Lui demandai-je.

« Bien sûr. Nous cherchons des résidences temporaires à leur donner en remplacement, de sorte que les résidents précédents peuvent rester dans la même région de là où ils sont actuellement. Nous ne les facturons pas pour la terre qu’ils acquièrent de cette manière. Et lorsque nous travaillerons sur l’aménagement résidentiel, nous prévoyions de reconstruire leurs maisons sans frais. » (Ludwin)

« Hmmm... selon moi, cela sonne vraiment comme étant de bonnes conditions. » Dis-je.

Mais pour autant que je puisse le voir, il n’y avait ici que des villages de pêcheurs abandonnés. Il était difficile de vivre dans un endroit aussi rural que celui-ci. Si une ville était construite ici, avec l’afflux de personnes, beaucoup des inconvénients du fait de vivre ici allaient disparaître. Non seulement ils n’étaient pas chassés de cet endroit, mais en plus, on leur offrait un meilleur avenir. Ils avaient même leurs maisons reconstruites gratuitement. Alors qu’est-ce qu’il avait comme raison à s’opposer à ça ?

« Mais pourquoi le vieil homme s’oppose-t-il à nous ? » Demandai-je.

« Eh bien... » (Ludwin)

« Je vous le dis, vous allez provoquer la colère du dieu de la mer ! » J’avais à nouveau entendu des cris depuis l’intérieur de la tente.

Le dieu de la mer ?

« Vous comprenez. Il dit qu’il s’agit ici du domaine du dieu de la mer et la construction de maisons va le mettre en colère. » (Ludwin)

« Quoi, vous avez même des dieux de la mer dans ce monde ? » Demandai-je.

Liscia et les autres avaient tous secoué négativement leur tête avec vigueur.

« Je n’ai jamais entendu parler d’un tel dieu avant aujourd’hui. » Répondit Liscia.

« Moi aussi, je ne suis au courant de rien. » Déclara Aisha.

« C’est probablement des imbécillités d’un vieil homme. » Rajouta Ludwin.

Il semblerait que personne n’avait entendu parler d’un tel dieu avant aujourd’hui.

Un dieu de la mer ? Me demandai-je alors.

« Je n’ai jamais entendu parler de ce dieu de la mer de toute ma vie, » déclara une voix se trouvant dans la tente. « Alors, pourriez-vous ne pas interrompre la construction avec votre étrange religion ? »

« Ce n’est pas une religion ! Le dieu de la mer est réel ! Si vous violez la sainteté de sa terre sacrée, alors vous provoquerez sa colère et tout sera détruit ! En fait, le dieu de la mer entre en colère environ une fois tous les cent ans ! » Cria le vieil homme.

Hein !?

« Quand j’étais un jeune garçon, le dieu de la mer est entré une fois en colère. À l’époque, toutes les personnes qui avaient construit des maisons sur la terre sainte du dieu de la mer ont été englouties par lui ! » Rajouta-t-il.

Se pourrait-il qu’il parle de ce que je pense en ce moment ?

J’étais alors entré dans la tente. À l’intérieur se trouvaient un jeune soldat de l’Armée Interdite et un vieillard bronzé portant une serviette tordue en tant que bandeau.

« Je suis désolé, Monsieur. Pourriez-vous me dire en détail ce dont vous parlez à l’instant ? » Lui demandai-je poliment.

« Et vous, qui êtes-vous ? » Me demanda-t-il en retour. « Je suis déjà occupé à parler à ce type... »

« Qu-Quoi, Votre Majesté ! » Bégaya le soldat.

« Votre Majesté !? » Quand il vit le soldat se tenir debout et me saluer, le vieil homme lâcha un cri bizarre.

« Oui. » Dis-je. « Je suis le Roi d’Elfrieden, Souma Kazuya. » Dis-je tout en allant vers lui afin de lui serrer la main.

« ... Mon nom est Urup. » Le vieillard répondit avec un regard tendu sur son visage.

Une fois que nous avions fini de nous saluer, j’avais immédiatement plongé au cœur de la question. « Maintenant, Urup. Revenez à ce dont vous parlez avant. »

« Hm !? Oui, c’est vrai. Votre Majesté, veuillez reconsidérer le fait de construire une cité ici ! » (Urup)

« Vieil homme, vas-tu vraiment déranger Sa Majesté lui-même avec tes bêtises ? » demanda le jeune soldat.

« Non, je veux l’entendre. » Je fis un geste au soldat qui essayait de l’empêcher, afin qu’il se retire. « Pouvez-vous m’en dire davantage sur ce sujet ? »

« Mais bien sûr. » Et ainsi, Urup m’expliqua entièrement la légende locale.

Apparemment, cette terre avait appartenu au dieu de la mer, mais il l’avait perdue après avoir été vaincu par le dieu de la terre lors d’une grande bataille. Cependant, le dieu de la mer croyait toujours que cette terre était la sienne, et quand les gens y construisirent des maisons, il tuait les personnes qui y vivaient.

C’est pourquoi il y avait une règle dans le village des pêcheurs à proximité que personne ne devrait construire de maisons ici.

Une fois qu’ils avaient tous entendu l’histoire d’Urup, Liscia avait dit, « C’est trop vague. Je n’y crois pas vraiment. »

« L’écouter était une perte de temps, » Rajouta Aisha.

Les deux semblaient exaspérés par le vieil homme, mais je me sentais différemment d’elles.

À mi-parcours de son récit, j’avais demandé à Ludwin d’apporter une carte, en demandant à quel point la terre sainte du Dieu était étendue. Alors, une fois que j’avais regardé pour un endroit assez loin de la portée de "la terre sainte du dieu de la mer", j’avais regardé à nouveau la carte et j’avais dit à Ludwin, « Nous devons apporter des changements majeurs au plan de la ville. »

« Attendez Souma, pourquoi dites-vous ça tout à coup ? » Demanda Liscia.

« Monseigneur, croyiez-vous ce que dit ce vieillard ? » Cria Aisha.

« Si nous modifions maintenant les plans, il y aura un retard majeur dans la construction... » Protesta Ludwin.

Je pouvais parfaitement comprendre comment ils se sentaient. Je ne voulais pas non plus faire quelque chose de si problématique. Cependant, lorsque j’avais considéré la sécurité de la nouvelle ville, j’avais la certitude qu’il fallait le faire.

« Souma, vous ne pouvez pas me dire que franchement vous croyez à ce dieu de la mer ? » Demanda Liscia.

« Non, ce n’est sûrement pas un dieu de la mer. » Répondis-je.

« Mais... » (Liscia)

« Liscia, les légendes sont après tout les souvenirs des personnes. » Je pointais du doigt ma tempe. « Les légendes sont quelque chose que nous transmettons. Alors, pourquoi les transmettre, vous pourriez vous poser la question ? Parce que nos ancêtres ont décidé qu’il était important de le faire. Des histoires sans valeur ne seront jamais transmises. Si celle-ci a été transmise, c’est qu’il y a une “leçon” derrière cette légende, ou “la sagesse de vie quotidienne” en elle. » (Souma)

« Et vous dites que cette malédiction du dieu de la mer est quelque chose comme ça ? » Me demanda-t-elle.

« Oui. Dans cette légende, la “leçon” est de ne pas construire de maisons dans une zone spécifique. Si les personnes ignorent cette leçon et construisent des maisons là-bas, ils seront sûrs d’être détruits. » Je regardai alors directement Urup avant d’ajouter. « À l’aide d’un tsunami, ai-je raison ? »

Les yeux d’Urup devinrent écarquillés et soudainement, il commença à trembler.

« O-Oui ! À l’aide d’un tsunami ! Tout le monde se trouvant dans les maisons, ils ont été emportés, les maisons et tout le reste ! » (Urup)

« Est-ce qu’il y avait eu un grand tremblement de terre avant le tsunami ? » Demandai-je.

« Comment pouvez-vous le savoir !? » Urup se mit à pleurer, comme s’il venait de se souvenir de quelque chose se trouvant dans sa mémoire qu’il avait voulu oublier. Peut-être que la vue des personnes aspirées par l’eau, ainsi que les maisons et tous les autres objets dans la zone, avait été tellement choquante qu’il avait inconsciemment oublié ce souvenir.

« En d’autres termes, la véritable identité du dieu de mer est “un raz de marée déclenché par un séisme sous-marin” », dis-je.

Même sur Terre, ce n’est que récemment que le mécanisme derrière les tremblements de terre avait été découvert. Nous avions dû attendre jusqu’au 20e siècle, lorsque la structure intérieure de la Terre avait été découverte. Jusqu’à ce jour, même si nous avions connaissance des tremblements de terre en tant que phénomène, nous pensions que c’était à cause de raisons telles que "l’activité volcanique" ou "l’eau souterraine se transformant en vapeur et provoquant ainsi la formation d’une cavité creuse" que de tels tremblements arrivaient.

J’avais utilisé mes mains pour simuler un plateau plus petit sous un autre, comme vous le voyez souvent sur les schéma concernant les activités sismiques des programmes d’informations, mais tout ce que j’avais obtenu était un tas de regards vides.

« Hummm... Désolée. Je n’ai vraiment rien compris. » Déclara Liscia.

« Plaques ? Vibration ? Monseigneur, parlez-vous de magie ? » Demanda Aisha.

« Je suis totalement perdu dans ces explications. » Rajouta Ludwin. « Comme il s’agit de choses tellement avancées, je ne sais même pas s’ils enseignent ce genre de chose à l’Académie Royale. »

Aucun d’entre eux n’avait compris. C’était bien trop tôt pour leur époque, alors je ne pouvais pas les blâmer pour ça.

« D’accord. Alors, oublions le mécanisme permettant à tout ça de fonctionner. » Dis-je. « L’important, c’est qu’il y a un tremblement de terre sous l’eau, et parfois il provoque un tsunami. En d’autres termes, la “colère du dieu de la mer” d’Urup ne se produit pas parce que les personnes y construisent des maisons. »

« Mon Dieu ! Donc ceci se produira même si nous ne construisons pas de maisons là-bas ? » Demanda Urup, les yeux grands ouverts.

Je traçai les contours des côtes sur la carte puis les lui montrai. « Je pourrais également mentionner que la côte de ce pays est en forme de <, et cet endroit se trouve dans ce coin. Des endroits comme celui-ci seront endommagés plus lourdement que d’autres zones côtières lors d’un tsunami. La raison en est... quelque chose que vous ne comprendriez pas même si j’essayais de vous l’expliquer, alors acceptez simplement que cela fonctionne ainsi. »

Si j’avais construit un modèle miniature de la côte et que j’y avais placé de l’eau afin qu’ils puissent voir les ondes converger, alors ils auraient pu comprendre. Mais ça demanderait bien trop d’efforts pour pouvoir attendre ce but.

« Pourtant, si cet endroit est si dangereux, la nouvelle ville ne risquera-t-elle pas quelque chose ? » Demanda Liscia en pointant du doigt.

Je gémis un peu avant de dire. « Hrm... Certaines zones de la côte pourraient être meilleures que celui-ci, mais toutes les régions côtières sont à peu près les mêmes, et je peux dire avec certitude qu’il s’agit là du point le plus proche du centre du pays. Et d’après ce que j’ai entendu, il y a une longue période de temps entre les phénomènes. Ils ne se produisent qu’une fois au cours d’une centaine d’années, alors si nous concevons la ville en supposant qu’elle sera touchée par un tsunami, ça devrait être correct. »

Avec ça, Ludwin et moi avions regardé la carte, en précisant les détails de mon plan.

« Tout d’abord, nous devons accumuler de la terre afin d’augmenter le niveau du sol, » dis-je.

« Maintenant ? Si nous le faisons à la main, ceci prendra un bon moment, » répondit-il.

« Les mages de terre dans l’Armée Interdite auront l’occasion parfaite de travailler sur ça. Ceci aura un impact sur le temps de construction, mais il n’y a pas d’autre possibilité. » (Souma)

« Compris. » Hocha-t-il. « Maintenant que j’y pense, j’ai entendu dire que la ville côtière de la Duchesse Walter a ce que l’on appelle des digues. Devons-nous en faire aussi ici ? »

« Des digues, hum... Ceci va nuire à la vue. » Je pensai alors à certaines considérations. « Si possible, je veux que ce port commercial soit utilisable comme destination touristique. En outre, ils ne seront pas en mesure de résister à un tsunami de cette ampleur. »

« Alors, nous ne devrions pas en construire ? » Me demanda-t-il.

« ... Laissez-moi voir. En fait, je préfère construire une ville qui ne dépend pas de digues. Il semblerait que la guilde du génie civil et de construction ait un expert en contrôle des inondations, alors on va le convoquer et il nous donnera son avis. » (Souma)

« Compris. » Dit-il. « Maintenant, en ce qui concerne les spécificités du plan de la ville. »

« Grâce au vieil homme Urup, nous connaissons à peu près le secteur que le tsunami peut atteindre, » dis-je. « Nous l’éviterons lorsque nous placerons les quartiers résidentiels, commerciaux et industriels. Bien sûr, cela concerne aussi bien d’importantes installations comme les consulats. »

« Vous n’allez pas développer la région que le tsunami peut atteindre ? » Me demanda-t-il.

« Le port de pêche et le quai ne peuvent être nulle part ailleurs. Quant au reste, nous le développerons comme s’il s’agissait d’un parc au bord de mer. » (Souma)

« J’ai compris. Vous allez développer en supposant que cela peut être totalement submergé. » (Ludwin)

« Oui, c’est bien ça. » Dis-je. « Oh, une autre chose, vieil homme Urup. »

« Hm ? Qu’y a-t-il ? » (Urup)

« Je vais faire de vous un conteur d’histoire homologué par l’État, alors, s’il vous plaît, veillez à ce que la légende du dieu de la mer soit transmise à tous. Je vais en faire un travail d’utilité public qui nécessite une certification, alors avant de mourir, travaillez durement afin de former la prochaine génération qui s’occupera de transmettre cette légende. »

« Moi, un fonctionnaire !? » S’exclama-t-il.

« Oui. En plus de la leçon “Ne construisez pas des maisons où le tsunami peut venir”, travaillez aussi sur “Si vous ressentez un tremblement de terre, alors supposez qu’il y aura un tsunami très bientôt” et aussi “Parce qu’un tsunami arrive, vous devez évacuer vers des zones élevées”. Vous pouvez utiliser la colère du dieu de la mer, mais assurez-vous simplement que le récit soit facile à se transmettre. » (Souma)

« ... Compris ! Je vais passer le restant de ma vie sur ce devoir ! » Cria-t-il.

« Bien. Soit dit en passant, à propos de la muraille qui entourera la ville... » (Souma)

Les trois hommes avaient alors parlé avec enthousiasme du plan de la ville. Liscia et Aisha les regardaient avec des sourires désabusés.

« Sa Majesté... Il semblerait qu’il s’amuse, » Commenta Aisha.

« Il s’amuse, » acquiesça Liscia. « Du moins, par rapport à la recherche de fonds. »

« Je me demande pourquoi, mais je pense que j’ai finalement vu le côté jeune de Sa Majesté. » (Aisha)

« Hehe, jeune... La raison pour laquelle Souma ne semble pas jeune est presque certainement parce que... » (Liscia)

« Hm !? Princesse, qu’est-ce que c’est ? » Demanda Aisha.

« Non, ce n’est rien... Hé Aisha. » (Liscia)

« Qu’est-ce qu’il y a ? » (Aisha)

« Aisha, aimez... vous Souma ? » Demanda-t-elle avec hésitation.

« Oui ! J’ai beaucoup de respect et d’affection pour lui ! » (Aisha)

« ... Je vois. Eh bien. Travaillons afin de soutenir Souma pour qu’il puisse rester souriant. » (Liscia)

« Oui, bien sûr ! » Cria Aisha.

À l’époque, je ne m’étais pas rendu compte qu’une conversation comme celle-ci avait eu lieu.

***

Trente ans plus tard, un tremblement de terre et un tsunami sans précédent frappèrent cette zone.

La terre fut inondée par des eaux turbulentes et de nombreux bateaux furent emmenés en mer, mais étonnamment, peu de vies furent perdues. Et tout cela parce que tout le monde dans la région avait grandi en entendant en provenance des conteurs la légende du dieu de la mer, ils avaient donc pu commencer à évacuer dès qu’ils avaient ressenti le tremblement de terre.

Après la catastrophe, une statue intitulée « Le roi et le vieil homme » fut construite dans le parc maritime.

Il s’agissait d’une statue pour commémorer le vieillard qui, au moment de la construction de la nouvelle ville, avait risqué sa vie pour faire un appel direct au roi et lui dire comment se préparer au tsunami et le sage roi l’avait écouté. Si les deux avaient pu l’entendre, ils auraient réussi à rire en disant : « Cela embellit la zone. »

En particulier pour le vieil homme Urup, qui avait autrefois été le conteur, mais maintenant, il apparaissait dans des histoires contées par ses descendants en tant que le Légendaire Vieil Homme. Quelle sorte d’expression avait-il sur son visage alors qu’il les surveillait depuis le prochain monde ?

☆☆☆

Chapitre 6 : Les Secours

Partie 1

Je m’appelle Halbert Magna, 19 ans.

Je suis le fils aîné de la famille Magna, bien connu dans les forces terrestres du Royaume d’Elfrieden. J’avais l’habitude d’appartenir à cette armée, mais après que quelque chose me fut arrivé, j’ai été transféré de force dans l’Armée Interdite.

Pour ajouter une insulte à ma blessure, mon commandant était mon ami d’enfance, la mage de la Terre, Kaede Foxia, qui commençait ses phrases avec des "Tu sais". Pour résumer, maintenant, je devais suivre ses ordres... Je souhaiterais que ce soit tout simplement une blague. Et pour couronner le tout, que faisais-je maintenant ? En ce moment, plutôt que de tenir une épée, j’utilisais un outil afin de faire des tranchées (une pelle à arêtes rondes qui peut aussi être utilisée lors des combats au corps à corps).

Les ordres de marche étaient venus pour l’Armée Interdite, et quand j’étais arrivé sur le site, j’avais été chargé d’empiler la terre, de creuser au milieu, puis d’y verser un liquide poisseux (?), puis de renforcer les côtés avec du gravier, et enfin, de planter des pousses d’arbres de chaque côté. Ensuite, je devais mettre en place les lampadaires remplis d’éponge à lumière qui sont communs dans la capitale, le genre qui absorbe la lumière pendant la journée et est phosphorescent pendant la nuit, répétant ces mêmes tâches encore et encore.

Pour résumer, je participais à la construction d’une route.

L’été s’était terminé, mais le soleil était encore chaud, et je creusais de la terre et faisais des tas avec elle, encore et encore.

« Pourquoi... l’Armée Interdite... doit faire... de la construction de routes ? » (Hal)

« Vous ici. Arrêtez de bavarder et remettez-vous au boulot. Ceci me donne envie de vous faire avoir un peu plus de conscience au travail, au pas de course. » (Kaede)

En essuyant la sueur de mon front, je regardai afin de voir Kaede debout sur un simple échafaud, frappant la balustrade avec son mégaphone alors qu’elle donnait des ordres. Elle devait aussi se sentir mal à cause de la chaleur. Ses oreilles de renard duveteuses étaient retombées comme s’il s’agissait d’oreilles de chien.

« Hé, Kaede, est-ce que ça va bien... ? » Commençai-je.

« Tu ne peux pas faire ça ! » Protesta-t-elle. « Hal, tu sais, tu es mon subordonné. Alors tu dois m’adresser correctement la parole en tant que contremaître du site. »

« ... Contremaître, est-ce vraiment un travail pour l’Armée Interdite ? » (Hal)

« Tu sais, c’est le genre de travail que l’Armée Interdite doit maintenant faire. » Répondit-elle.

« Nous pourrions certainement laisser ces choses aux travailleurs de la construction. » (Hal)

« Tu sais, il n’y en a pas assez. Tu sais, ceci fait partie d’un plan afin de construire un réseau routier à l’échelle du royaume. J’ai entendu que nous avions également embauché tous les chômeurs de la capitale. Mais nous manquons encore de mains, alors je demanderais même à un Warcat de nous aider. » (Kaede)

Comme si, normalement, les militaires faisaient ce genre de travail. Pensai-je.

« En outre, tu sais, nous ne pouvons pas avoir juste des travailleurs de la construction qui viennent travailler seuls ici. » Dit-elle. « Car après tout, plus nous allons loin d’un village ou d’une ville et plus, les créatures sauvages sont présentes. Et si nous engagions des aventuriers afin de les protéger, ceci nous coûterait une fortune. »

« Donc, en fin de compte, nous ne sommes que de la main-d’œuvre pas chère, n’est-ce pas... ? » Demandai-je.

« Si tu comprends cela, alors reprends le travail, et au pas de course. » Répondit-elle.

« Tu es une mage de Terre. Alors ne pourrais-tu pas faire ça plus rapidement avec de la magie ? » (Hal)

« Tu sais, je ne peux pas dépenser ma magie ici. » Dit-elle. « Hal, vas-tu creuser à ma place des tunnels à travers les montagnes ? »

Je ne répondis rien.

J’étais alors retourné à mon travail afin de creuser de la terre et de l’empiler à côté.

Au moins, c’est mieux que d’être forcé de creuser un tunnel sans magie. Pensai-je. Quel genre de peine à l’ancienne génère une telle charge de travaux comme celle-là... ?

*

Midi était alors venu. Nous étions retournés au camp et avions eu une pause de deux heures.

À l’intérieur de la tente, nous avions mangé, bavardé ou utilisé les lits basiques (il s’agit plus de civières qui avaient été faites avec un peu de fourrure) pour effectuer une sieste pendant l’après-midi. Apparemment, ce roi avait fortement encouragé les siestes après avoir mangé. Il s’agissait de savoir comment un tel acte améliorait l’efficacité du travail.

Donc maintenant, travailler dans l’Armée Interdite était littéralement accompagné par le fait de devoir avoir "trois repas et une sieste". Mais, une fois que les autres avaient découvert quel type de travaux serait impliqué, il n’y avait aucune chance qu’ils soient jaloux de nous.

Quoi qu’il en soit, je n’allais pas pouvoir passer l’après-midi si je ne mangeais pas, alors j’avais rapidement fini la boîte à repas qu’on m’avait fournie.

Le repas d’aujourd’hui était de la viande et des légumes mis entre deux tranches de pain. C’était délicieux.

La viande était légèrement épicée, ce qui semblait aider à soulager mon épuisement. Il s’agissait apparemment d’un plat appelé Shogayaki que le roi avait inventé. Il s’agissait d’un menu expérimental qu’il testait maintenant que la production des assaisonnements dont le roi avait besoin était possible grâce aux loups mystiques. Il s’agissait de "miso", de "sauce soja" et de "mirin" — c’était selon moi sur la bonne voie.

Dans l’Armée Interdite, on nous servait souvent des menus expérimentaux que le roi créait tout comme celui d’aujourd’hui. Ces repas avaient été l’une des rares choses qui m’avaient rendu heureux après que j’avais été transféré dans l’Armée Interdite. Les repas que nous recevions dans l’armée de terre avaient toujours priorisé la quantité sur la qualité. Le genre de chose que vous imaginez en pensant aux mots "Un Repas d’Homme". Honnêtement, manger ici même une fois avait été suffisant pour me convaincre que je ne voulais pas revenir en arrière.

« Ce roi... Au moins, je dois reconnaître son don pour la cuisine, » j’avais admis ce fait.

« Tu sais, ils sont vraiment délicieux. » Admit Kaede. « Les repas que notre roi propose. »

À un moment donné, Kaede s’était assise à côté de moi et elle mangeait le même menu.

« En outre, tu sais, il est incroyable que nous puissions manger des légumes frais tous les jours. » Continua-t-elle. « Ils viennent du village le plus proche qui est connecté au château et ils ont été transportés à l’aide de cette route. Tu sais, la raison pour laquelle les routes sont géniales, c’est qu’elles facilitent le maintien des lignes d’approvisionnement. »

« Les routes que nous construisons sont utiles dès maintenant, n’est-ce pas ? » Demandai-je.

« Tu sais, avec cette capacité de transport, tu peux déjà dire que la crise alimentaire est résolue. Nous pouvons apporter de la nourriture en provenance des régions possédant un excédent et les acheminer dans les zones où il y a pénurie. Nous pourrons transporter des aliments que nous ne pouvions pas avoir avant, car ils ne restaient pas en bon état assez longtemps. » (Kaede)

« ... Est-ce qu’il fait ça parce qu’il connaissait déjà tous ces effets ? » Demandai-je. « Je veux dire, ce roi. »

« Tu sais, c’est un homme incroyable. Sa prévoyance en est presque effrayante. » (Kaede)

Eh bien, je pensais aussi que Kaede était très étonnante pour pouvoir comprendre tout cela. À certains égards, elle pourrait être un peu stupide, mais Kaede avait des spécifications de bases assez élevées. Elle pouvait utiliser la magie, et elle était aussi assez forte. C’était probablement pourquoi elle avait été choisie par le roi lui-même.

Cependant, en tant que son ami d’enfance, ceci m’avait un peu frustré.

... moi aussi, je dois faire de mon mieux.

« Eh bien, maintenant que tu as mangé, Hal, vas-tu aussi faire une sieste ? » Me demanda-t-elle.

« Et bien... je suis fatigué. Alors je suppose que oui. » (Hal)

« Dans ce cas, tu sais, tu peux reposer ta tête sur mes genoux. » Déclara-t-elle.

« Bwuh ! » J’avais alors craché mon thé.

Tout à coup, tout le monde me regardait. Plus de la moitié de ces regards étaient des hommes qui voulaient vraiment me tuer. Maintenant, même si je n’étais pas impartial en tant que son ami d’enfance, mais je pensais que Kaede était vraiment mignonne. À la base, il n’y avait rien d’extraordinaire, mais son visage n’était pas mauvais, et ces oreilles et sa queue de renard travaillent vraiment en sa faveur. Il n’était donc pas surprenant qu’elle ait été traitée comme une idole dans l’Armée Interdite. Le roi m’avait dit de servir sous ses ordres afin que les hommes ne la regardent pas avec dédains, mais, honnêtement, je pensais que, à la suite d’un ordre de Kaede, ces soldats auraient volontiers été jusqu’à leur mort. C’était pourquoi leurs colères meurtrières étaient dirigées vers moi, à cause du fait que j’étais si proche d’elle.

Je toussai désespérément. « Qu’est-ce que tu viens de dire ? »

« Tu sais, les personnes parlaient il y a pas longtemps de la façon dont la princesse l’a fait pour le roi dans le parc de la capitale. » Dit-elle. « Je suis étonnée qu’ils puissent le faire dans un endroit où tant de gens pouvaient les voir. »

Eh bien ! Après tout, ils sont fiancés, alors peut-être que ce n’est pas si étrange. Me suis-je dit pour moi-même. C’est bien mieux que de ne pas s’entendre.

« Les gens disent que l’année prochaine nous aurons un héritier royal. Bien que, en partie à cause du fait que le roi provienne d’un autre monde, les paris concernant le nom de l’héritier n’ont pas pu affiner une liste de candidats assez réduite. » (Kaede)

« ... vous parlez énormément de choses qui ne vous concerne pas. » Déclara une voix proche.

Kaede hurla.

Quand je tournai pour regarder dans la direction de la soudaine voix, je vis le roi Souma, soupirant et baissant ses épaules, et la princesse Liscia, le visage ayant une profonde nuance de rouge, debout à l’entrée de la tente.

« Hé bien, vous deux. Comment allez-vous ? » Demanda le roi Souma, s’adressant à nous.

« Vous savez, je suis pleine d’énergie, » répondit Kaede. « Votre Majesté, je vois que vous et la princesse êtes toujours les mêmes. »

« Oui, je n’ai pas beaucoup changé. Et qu’en est-il de vous, Liscia ? » Demanda le Roi Souma.

« Vous avez raison. Ceci me donne envie de vous faire avoir un peu plus conscience de votre position en tant que roi. » (Liscia)

Le roi Souma et la princesse s’assirent à notre table, comme s’il s’agissait de quelque chose de parfaitement naturel pour eux, et ils commencèrent à discuter avec Kaede.

Hein !? Attends !? Que se passe-t-il là ?

Le roi Souma et la princesse étaient assis en face de Kaede et de moi, tandis que l’elfe sombre qui les accompagnait au café attendait à l’entrée. Alors que je me sentais mieux en sachant que cette femme aux cheveux bleus n’était pas là, je me suis dit que c’était probablement une preuve que j’avais été traumatisé par l’expérience que j’avais eue la dernière fois.

Et c’est alors que le roi Souma fit dévier la conversation vers moi. « Halbert, vous êtes-vous aussi habitué à ces choses que vous effectuez dans l’Armée Interdite ? »

« Oui Votre Majesté ! Je n’ai eu aucun problème ! » (Hal)

« Si formel... » murmura-t-il. « Où est-elle allée l’énergie que vous aviez avant ? »

« Je m’excuse pour mon comportement que j’ai eu à ce moment-là ! » Dis-je immédiatement. « Votre Majesté, j’étais terriblement désagréable envers vous. »

« Ordres du roi : ne soyez pas si tendu et formel. De plus, rien de tout ça. Souma est largement suffisant. » (Souma)

« Non, mais... » (Hal)

« Hal, ne m’avez-vous pas entendu ? Il s’agit d’un ordre. » (Souma)

« ... J’ai.. J’ai compris... Souma. » (Hal)

« C’est bien. Je pensais juste que j’aimerais connaître un homme de mon âge avec lequel je pourrais discuter de façon décontractée, » Le Roi Souma... Souma. Avait dit ça, semblant satisfait.

C’est quoi ce bordel ? C’est sérieux ? pensai-je. Eh bien ! S’il le demande lui-même, alors c’est correct. De toute manière, je ne ressens pas beaucoup de respect pour son autorité...

« Alors Souma, pourquoi êtes-vous là ? » Demandai-je.

« Pour une inspection, c’est tout. Je voulais voir comment les travaux routiers progressaient. » (Souma)

« Vous n’avez pas besoin de nous dire de prendre nos travaux au sérieux. Nous le faisons déjà. » Dis-je.

« C’est bien ce que je vois là. J’ai suivi la route qui ira jusqu’ici. » (Souma)

« Il vaut mieux être reconnaissant, » dis-je. « Nous sommes en train de nous rompre l’échine afin de la construire pour vous. »

«  N’est-ce donc pas déjà le cas ? Je vous récompense avec de la nourriture et des salaires. » (Souma)

Je m’étais ainsi habituée à parler au couple en un rien de temps. Pour commencer, Souma ne m’avait jamais donné l’impression d’être un roi. Quand il vit que nous avions fini de manger, Souma s’était alors levé de son siège. « Et maintenant ! Vous deux, pourquoi ne venez-vous pas avec nous pour une inspection de la route ? J’aimerais en profiter pour expliquer à Liscia des choses concernant la construction des routes. »

« ... Quoi ? Est-ce que Kaede n’est-elle pas suffisant pour faire ça ? » Demandai-je. « Elle est la responsable ici. »

« Vous savez, j’aimerais lui montrer les travaux réellement faits pour cette route. » M’expliqua-t-il. « En outre, c’est parfois comme ça, lorsque vous devez faire face à ce genre de demandes en provenance de vos supérieurs que vous pouvez avoir la chance de créer des liens avec eux. Ça pourrait peut-être vous être utile plus tard ? »

« Comment cela pourrait-il m’aider ? » Demandai-je.

« Et bien... à l’heure actuelle, nous étudions les méthodes afin de fabriquer du gelin udon instantané. » Dit-il. « Ajoutez simplement de l’eau et n’importe quand, n’importe où, même dans un champ, vous pourrez profiter d’un bon bol de gelin udon. Je pourrais peut-être faire en sorte que certains des échantillons se déplacent vers votre unité... »

« Votre Majesté, si c’est ainsi, alors je vais vous montrer la zone se trouvant autour de nous. » Je me levai avant de saluer Souma.

Du Gelin udon instantané. Il était maintenant question de ça. Je n’allais pas laisser cette chance d’ajouter une certaine variété à notre sélection déjà limitée de rations utilisables sur le terrain.

La princesse et Kaede semblaient se divertir par mon brusque changement d’attitude, mais je n’allais pas me laisser déranger par ça. Après tout, la nourriture était ma priorité numéro un.

*

Nous cinq — Kaede, Souma, la princesse, la garde elfe sombre et moi — étions rapidement arrivés à une section de la route actuellement pavée. Là, Souma me demanda d’effectuer une démonstration des procédures que nous faisions ici afin de créer la route.

D’abord, j’avais empilé de la terre afin de créer les côtés de la route.

« Une fois qu’on a empilé de la terre sur les deux côtés, nous versons ce genre de choses au centre, » Souma déclara ça, expliquant la construction de la route à la princesse.

« Qu’est-ce que ça fait, cette chose visqueuse ? » Demanda-t-elle.

« Du béton romain... Il s’agit d’un mélange de cendres volcaniques et de citron vert. Il durcit à mesure que le temps passe. Il a également une viscosité assez unique, et donc, il ne craque pas facilement. Si vous voulez voir combien il est dur... Eh bien ! Si vous regardez ça, je pense que vous comprendrez rapidement. » (Souma)

Après avoir dit ça, Souma pointa du doigt un lézard géant qui était plus grand que de nombreux bâtiments. Le lézard géant remorquait un certain nombre de conteneurs à roulettes attachés derrière lui. Ces conteneurs à roulettes étaient remplis de matériaux de construction et de provisions pour les soldats.

Le lézard géant, le rhinosaurus.

Aussi connu comme étant le grand lézard à cornes. Ce lézard de grande taille était reconnaissable pour les deux grandes défenses qui poussaient au sommet de son nez. (Si Souma l’avait décrit, il aurait pu le décrire avec quelque chose du genre de "Prenez un rhinocéros, ajouter un dragon Komodo, diviser le en deux, puis multiplier la taille par dix".) Ils étaient omnivores et doux, devenaient facilement attachés aux personnes, de sorte qu’ils étaient utilisés dans les grandes villes afin de transporter de gros volumes de marchandises comme celle actuellement attachée derrière lui. Quand ils étaient enragés, ils avaient une charge inarrêtable, alors j’avais entendu dire qu’ils étaient habituellement utilisés lors d’assaut contre des châteaux.

« Il est si dur que, même si ce rhinosaurus marche dessus à toute vitesse, il ne fissurera pas, » expliqua Souma.

« C’est vraiment incroyable. » Déclara la princesse. « C’est si dur que ça ? »

« Non. Actuellement, il est flexible là où il doit l’être, donc il distribue la force qui lui est appliquée dessus. Dans le monde d’où je viens, il y avait des bâtiments fabriqués avec ce béton qui ont plus de 2000 ans et qui sont toujours debout. » (Souma)

2000 ans ? C’est quatre fois plus longtemps depuis que ce pays a été fondé. Pensai-je. Wôw, c’est vraiment fantastique.

« En cours de route, les lampadaires qui sont installés de chaque côté de la route sont les mêmes que ceux de la capitale. Il y a beaucoup de créatures sauvages, donc je doute que les gens se déplacent souvent de nuit, mais avec eux, ils ne se perdront pas s’ils le font. En ce qui concerne les arbres en bordure de la route qui sont actuellement plantés, il s’agit d’“arbres protecteurs” en provenance de la Forêt Protégée par Dieu. » (Souma)

« Des arbres protecteurs ? » Demanda la princesse.

« Aisha, pouvez-vous lui expliquer ? » (Souma)

« Oui, Monseigneur ! Ces arbres protecteurs émettent constamment des ondes que les monstres et les animaux sauvages n’aiment pas. Ils le font probablement pour empêcher les sangliers géants de les manger. Dans la Forêt Protégée par Dieu, nous plantons ces arbres protecteurs autour de nos villages afin d’éviter les incursions de monstres et d’animaux. » (Aisha)

« J’ai compris. » Répondit la princesse, pensive. « Ils agissent donc comme une barrière simple. »

Quand il entendit la réponse de la princesse, le roi Souma fit un signe de tête, satisfait. « Maintenant, c’est ce que j’appelle le savoir-faire local. Quoi qu’il en soit, si nous les plantons ainsi sur une large zone telle qu’une route, on ne sait pas ce que cela ferait à l’écosystème. Donc, plutôt que de les bloquer complètement, nous laisserons un nombre raisonnable de failles afin que nous les découragions simplement de s’approcher de la route. »

« Pourquoi ? Ne serait-il pas préférable de les arrêter entièrement ? » Demanda la princesse.

« Bon, d’accord, Liscia. Si les loups cendrés et les ours rouges, qui changent leurs terrains de chasse de façon saisonnière, ne peuvent pas migrer en raison de la route, alors ils restent là où ils sont actuellement, manquant rapidement de proie, puis commençant à s’attaquer aux bétails et aux maisons. Alors, que ferez-vous quand cela arrivera ? Ou, que faire si les singes géants et les sangliers géants, qui finissent par rester dans un même endroit, descendent dans les villages pour éventrer les champs et, ce faisant, répandent des sangsues qui n’existaient auparavant que dans les montagnes proches du village. Qu’allez-vous faire si cela se produit ? » (Souma)

« Je comprends que nous ne devrions absolument pas le faire, mais pourquoi vos exemples sont-ils si spécifiques ? » Demanda-t-elle.

« Parce que faire face à des animaux dangereux est un problème auquel tous les organismes locaux autonomes doivent faire face, » Répondit Souma. Un regard épuisé visible sur son visage.

Qu’est-ce que c’est que cet “organisme local autonome” ? pensai-je.

Contrairement à moi, Kaede semblait comprendre, et elle était très impressionnée.

« Wôw... Vous avez réfléchi aussi loin que ça. Vous savez, j’aurais dû m’attendre au moins à ça de vous, notre roi. » Déclara Kaede.

« Hmm. Eh bien, tout ce que j’ai fait était d’amasser un tas de connaissances du monde dans lequel j’étais auparavant, » Déclara Souma.

Les yeux de Kaede étincelaient, et Souma rougit un peu alors qu’elle le regardait fixement.

Alors qu’elle regardait ces deux-là, la princesse semblait un peu fâchée.

« Hum, Princesse ? » Demanda l’elfe sombre.

« Quoi ? » Répondit la princesse.

« C’est un regard effrayant que vous avez là sur le visage. » Déclara l’elfe sombre.

« V-Vraiment ? ... Eh bien ! C’est vous qui dites ça ? » (Liscia)

« Hein !? » (Aisha)

Ensuite, à ce moment-là.

« Non !!!! » (Aisha)

... Il y eut un cri soudain. Me demandant ce que c’était, je m’étais alors tourné pour regarder dans sa direction et je vis l’elfe sombre regarder une lettre, son visage déformé par l’émotion. Il y avait un oiseau blanc perché sur son épaule tremblante.

Est-ce que c’était un messager kui ?

À l’aide de l’instinct d’une kui et de la capacité à capter les ondes émises par son maître sur une longue distance, il était possible de communiquer entre un individu et un lieu fixe. À l’exception de Joyaux de Diffusions de la Voix, qu’on pourrait presque voir comme une tricherie, il s’agissait là de la méthode de communication la plus rapide. Alors, cela signifiait donc que quelqu’un l’avait contactée ?

« Aisha, que se passe-t-il ? » Demanda Souma.

Et c’est alors que l’elfe sombre parla à travers ses lèvres tremblantes. « Je viens de recevoir un message en provenance de la Forêt Protégée par Dieu. Il vient de se produire un glissement de terrain majeur ! »

☆☆☆

Partie 2

« J’ai reçu un message de mon père, le chef du village des elfes sombres, » dit Aisha. « “La nuit dernière, un glissement de terrain soudain a emporté près de la moitié du village”, a-t-il déclaré. Récemment, il y a eu beaucoup de pluie dans la Forêt Protégée par Dieu. Oui. Il y a... beaucoup de personnes disparues... Ohh... » La voix d’Aisha dérailla.

Sa patrie et sa famille venaient d’être touchées par un terrible désastre. C’était sûr que ce serait un choc pour elle.

... Je suis préoccupé, mais je n’ai pas le temps de la réconforter, pensai-je. Dans cette situation, en tant que roi, que devrais-je faire ?

Pendant que je pensais à cela en silence, Hal déclara. « Hé, vous pourriez au moins la réconforter... » Mais Kaede le tirait déjà par l’oreille avant que je puisse dire quelque chose en réponse.

« Actuellement, le roi réfléchit. » Elle lui fit un sermon. « Tu sais, tu ne dois pas l’interrompre. »

Je l’avais alors vue traîner Hal. Quelle bonne amie d’enfance, elle était !

... D’accord, je dois mettre de l’ordre dans mes pensées. Je levai la tête, et immédiatement, je m’étais mis à agir.

« Cette unité va aider le village des elfes sombres ! » Déclarai-je.

Hal s’arrêta avant de cligner des yeux à plusieurs reprises. « Cette unité ? Nous ne sommes qu’une cinquantaine. »

« Un désastre est une bataille contre le temps, » lui ai-je dit. « Nous n’avons pas le temps de retourner à la capitale. Heureusement, la Forêt Protégée par Dieu est plus proche que la capitale. Tout d’abord, je vais expédier cette unité comme une équipe de première urgence ! »

Je leur avais donné des ordres.

« Liscia, retournez à la capitale et demandez-leur d’envoyer une unité de secours. Parlez également à Hakuya et demandez-lui d’envoyer de la nourriture, des vêtements, des tentes et d’autres fournitures de secours jusqu’au village des elfes sombres. » (Souma)

« J’ai compris, mais... n’avez-vous pas une “conscience” en train de travailler dans la capitale ? Si vous l’utilisiez, ne serait-elle pas plus rapide afin de contacter Hakuya par ce biais ? » Me demanda Liscia.

« Je ne peux pas. Les Poltergeists Vivants ne sont effectifs que sur une portée d’une centaine de mètres. Les poupées peuvent ignorer cette limitation de portée, mais elles ne peuvent pas faire de la paperasse, donc je n’en ai pas laissé là-bas. » (Souma)

Si j’avais su que cela se produirait, j’aurais laissé au moins une poupée à la capitale. Si je l’avais fait, j’aurais au moins pu communiquer ce qui s’était produit.

... Je suppose qu’il est trop tard pour avoir des regrets. Pensai-je.

« Donc voilà. » Disais-je. « Quelqu’un doit faire la demande en personne. »

« J’y vais. » Déclara-t-elle. « Laissez-le-moi. »

« Quand vous irez là-bas, prenez avec vous les gardes du corps que nous avons amenés ici ! Ce ne serait pas du tout drôle si quelque chose devait vous arriver en chemin. »

« Je pense que tout va bien se passer, mais... j’ai compris. Vous aussi, faites également attention à vous. » Déclara Liscia avant de se mettre à courir juste après.

Si je m’étais arrêté pour y réfléchir, il était très étonnant que je fasse de la princesse de cette nation une femme messagère, mais Liscia ne semblait pas troublée par ça. Nous étions en phases sur ces choses-là.

« Aisha, à quelle distance sommes-nous de la Forêt Protégée par Dieu ? » Lui demandai-je.

« À une demi-journée avec un cheval rapide, » répondit-elle. « Avec une marche normale, il faudra deux jours, peu importe comment nous nous dépêchons. »

« Deux jours... Et quand est-ce que la catastrophe s’est produite ? » Demandai-je.

« C’était pendant l’heure des sorcières, du moins, c’est ce que j’ai compris. » (Aisha)

« Cela fait déjà près d’une demi-journée ? Donc le plus tôt envisageable pour arriver là bas est deux jours et demi après la catastrophe. Le fait d’avoir seulement une demi-journée avant que nous atteignions la marque de 72 heures sera vraiment très limite. » (Souma)

Hal avait l’air confus. « Qu’est-ce que c’est ? Qu’entendez-vous par “la marque de 72 heures” ? »

« Lors de catastrophes naturelles comme celle-ci, il s’agit de la ligne temporelle après laquelle le taux de mortalité augmente fortement concernant ceux qui ont besoin de sauvetage. Et c’est exactement trois jours après la catastrophe. C’est ce qu’on appelle “le mur de 72 heures”. » (Souma)

« Je suis désolé. Pourriez-vous dire cela d’une manière qui soit plus facile à comprendre ? » Demanda-t-il.

« Cela signifie que beaucoup de vies peuvent être sauvées si nous agissons avant ces 72 heures. » (Souma)

« J’ai compris. Attendez. Dans ce cas, nous ne pouvons pas attendre ici ! Mais dans ce cas, ne devrions-nous pas faire bouger nos fesses jusqu’à la Forêt Protégée par Dieu ? Cela prendra deux jours complets, n’est-ce pas ? » Me demanda-t-il.

« Je sais déjà cela. » Dis-je. « Avons-nous un chariot ? »

« Le plan original nous demandait de seulement utiliser des chariots lorsque nous sommes venus ici et quand nous allions repartir d’ici. Si nous devons obtenir suffisamment de chariots pour cinquante personnes, alors cela prendra du temps. » (Hal)

« Merde ! » Dis-je. « Il n’y a pas d’autre moyen de nous déplacer ? »

J’avais remarqué quelque chose. Hal et les autres avaient alors regardé pour voir ce que je regardais, puis déglutirent tous.

Je regardais les bêtes tirant les conteneurs. Si vous prenez un rhinocéros, ajoutez un dragon Komodo, divisez-le en deux, puis multipliez la taille par dix, les rhinosauruses. Ils étaient gros, mais ils pouvaient fonctionner en permanence à des vitesses élevées comparables à celle d’une locomotive à vapeur.

« ... Hé, Hal, Kaede. » Dis-je.

« Quoi ? » Répondit Hal avec précaution.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » Demanda Kaede.

« Ceci nous causera peut-être à tous des nausées, mais êtes-vous prêt à le faire ? » Demandai-je.

« Vous savez, je suis assez résistante au mal du transport. » Répondit Kaede.

« ... Je peux faire avec. » Murmura Hal.

« D’accord. Alors, je vais aussi y résister. » (Souma)

J’avais immédiatement donné l’ordre aux cinquante membres de l’Armée Interdite présents en ces lieux.

« Décharger tout ce qui se trouve sur les chariots à conteneurs ! Heureusement, la route est proche de la Forêt Protégée par Dieu, mais une fois que nous entrerons dans les bois, nous allons devoir voyager à pied ! Plus notre charge est légère, mieux c’est ! Déchargez les matériaux là où ils sont présents ! Même s’ils sont perdus, vous ne serez pas blâmés pour ça ! Je vous écrirais une explication à fournir à Hakuya qui me vaudra sûrement quelques remontrances de sa part. Et aussi ! Prenez avec vous tous les aliments disponibles ! Dans une telle situation, nous ne pouvons pas faire quelque chose de boiteux afin d’offrir de l’aide aux demandeurs, puis aller quémander de la nourriture aux gens du coin ! » (Souma)

« « Oui, Monseigneur. » »

À la suite de mes ordres, les soldats de l’Armée Interdite avaient rapidement déchargé les conteneurs.

Comme vous pouviez vous attendre de personnes qui n’avaient fait que des travaux de construction, ils avaient rapidement agi. La façon dont ils avaient travaillé ensemble avec efficacité afin de s’occuper des matériaux prouvait qu’ils étaient tout à fait rodés. On pouvait voir qu’ils étaient vraiment fiables.

« Non, nous sommes des soldats, est-ce que vous vous en souvenez ? » Se plaignit Hal.

« Hal, arrête de radoter et mets-toi au travail, » Répliqua Kaede.

Kaede utilisait sa magie afin de déplacer facilement des matériaux qui auraient normalement pris quelques hommes forts travaillant ensemble pour juste le lever.

La magie de la terre était, en fin de compte, la magie de la manipulation de la gravité. Il n’y avait pas de création de terre ou de pierre, rien de ce genre. Elle pouvait juste manipuler ce qui existait déjà. C’était probablement pourquoi elle pouvait faire des actions comme celles-ci. Il s’agissait là d’une contribution énorme.

À l’heure actuelle, j’étais probablement la personne la moins utile présente ici. Comme j’avais une force inférieure à la moyenne, même si je me joignais aux soldats, je serais probablement une gêne pour eux.

Alors que je l’étais là, les regardant travailler par manque de pouvoir faire quelque chose, Aisha s’approcha de moi. « Votre Majesté... »

Elle avait l’air faible, comme si elle pouvait se briser à tout moment. Depuis que je l’avais recrutée, Aisha avait toujours été à mes côtés en tant que mon garde du corps, alors j’avais l’impression que j’avais vu beaucoup de ses expressions. Son visage déterminé quand elle m’avait demandé de me parler directement, son imposant visage de guerrier, son visage enfantin quand elle mangeait quelque chose, son visage tel un chien abandonné qu’elle faisait quand elle devait attendre de la nourriture... J’avais vu beaucoup d’expressions, mais celle-ci était nouvelle.

Voir une fille qui était tellement plus puissante que moi, mais qui là avait l’air si faible me faisait mal au cœur. Aisha me protégeait toujours en tant que mon garde du corps, mais maintenant il était temps pour moi de la protéger. J’avais alors mis ma main sur le dessus de sa tête, qui était à peu près à la même hauteur que la mienne.

« S-Sire ? » Demanda-t-elle.

« Laissez-moi m’occuper de ça. » Je la pris contre moi, lui faisant ainsi reposer son front sur mon épaule. « Je n’ai pas de pouvoir, et je suis beaucoup plus faible que vous, Aisha, mais je suis en mesure de faire déplacer beaucoup de personnes. Alors, laissez moi m’en charger. S’il y a des vies qui peuvent être sauvées, alors je sauverai tout ce que je pourrai. »

« Sire... Siiiiiiiire! » Enfouissant son visage dans mon épaule, Aisha commença à pleurer.

Je caressai doucement sa tête. Jusqu’à ce que nous soyons prêts à partir, j’avais réconforté Aisha qui pleurait.

La Forêt Protégée par Dieu était une zone forestière au sud du pays. Le nom provenait apparemment de la légende selon laquelle un dieu-bête qui prenait la forme d’une antilope protégeait cette forêt.

Cela dit, il n’y avait eu aucune observation de ce fait qui avait été faite ces dernières années, et actuellement, la seule preuve de son existence était que sa protection divine empêchait les sauterelles d’attaquer la forêt, empêchait les sécheresses de la dessécher, empêchait les vagues de froid de la congeler et il gardait la verdure en tout temps verte. Ce dieu-bête qui avait seulement montré qu’il existait en raison de sa protection divine. Est-ce qu’il existait vraiment ?

Les elfes sombres étaient ceux qui clamaient que leur forêt était sous la protection de Dieu-Bête.

La forêt devait être approximativement aussi grande que la mer d’arbres se trouvant autour du mont Fuji. Ils l’appelaient en tant que forêt, mais c’était en fait le domaine autonome des elfes sombres, et cette race xénophobe n’avait jamais laissé les autres races entrer dans leur forêt. Même Aisha était venue me faire une demande afin de réprimer ces intrus.

Mais cette fois-ci, il y avait près d'une cinquantaine (des centaines, une fois que vous considérez les unités qui allaient suivre), d’humains qui venaient fournir une aide, et nous entrions dans la forêt, mais c’était à la demande de la fille du chef, Aisha, et donc apparemment, nous serions traités en tant que cas spéciaux. Les elfes sombres vivant dans la forêt défendaient leur indépendance et détestaient les étrangers.

En fait, malgré le glissement de terre catastrophique qu’ils venaient de subir, ils n’avaient apparemment pas envoyé de demande d’aide à la capitale. Si Aisha n’avait pas été contactée, nous n’aurions jamais su que la catastrophe s’était produite. Il était admirable d’essayer de résoudre leurs problèmes par eux-mêmes, mais c’était stupide pour eux d’augmenter le nombre de morts à cause de cela.

« Ils sont devenus têtus parce qu’ils n’essaient même pas de regarder le monde extérieur, » Aisha, toute triste, avait discuté avec moi lors du voyage jusqu’à la Forêt Protégée par Dieu. « Parce que j’ai pris contact avec vous, sire, et vous avez écouté mon opinion, il y avait des signes de changements, mais... »

Sa voix était alors devenue inaudible.

« Ce n’est pas une époque où nous pouvons vivre seuls dans la forêt. Avec la menace du Domaine du Seigneur-Démon, on ne sait jamais quand ils commenceront à se déplacer vers le sud ! Si nous nous réfugions dans notre forêt, croyez-vous que le dieu nous sauvera vraiment quand le moment viendra ? Le dieu-bête est le protecteur de la forêt, il n’est pas le protecteur de la race des elfes sombres ! » (Aisha)

« Oui... » Dis-je, déconcerté.

« C’est pourquoi nous, les elfes sombres, devons étudier et connaître le monde entier ! » Aisha semblait être passionnée quand elle disait ça. J’avais alors l’impression de la voir comme la première fois alors qu’elle avait l’air si respectable.

« De plus, si je restais dans la forêt, comment pourrais-je manger les plats délicieux de Votre Majesté ? » Rajouta-t-elle.

... Voilà, elle est revenue comme avant. Aisha restera toujours Aisha. Eh bien, il vaut mieux qu’elle soit ainsi que de l’avoir tendue et anxieuse comme avant. Pensai-je.

Peu après, nous arrivâmes dans le village des elfes sombres. Là-bas, nous avions été accostés par un bel homme qui avait l’air d’être dans sa vingtaine.

« Oh ! Votre Majesté ! » Cria-t-il. « Que c’est gentil que vous soyez venu ici personnellement ! »

Son beau visage avait une certaine ressemblance avec Aisha. Est-ce que c’était son grand frère ?

Il était grand, probablement au moins un 1m90. Je pourrais dire aux accessoires qu’il portait sur sa tête et ses bras qu’il était d’un haut rang, mais la superbe robe qu’il portait était couverte de terre. Et aussi qu’il avait l’air quelque peu fatigué.

Alors qu’elle se plaçait devant ce jeune elfe, Aisha frappa sa poitrine une fois avec sa main. « Père. J’ai amené Sa Majesté ici avec moi. »

« Bien joué ! » Dit-il. « Ton amitié avec Sa Majesté doit provenir des chemins offerts par notre dieu protecteur. »

« Père !? » M’écriai-je alors.

Ma surprise fit venir un sourire sur le visage épuisé du jeune elfe.

« Mon roi, c’est un plaisir de vous rencontrer. Je suis le chef des elfes sombres et le père d’Aisha, Wodan Udgard. Merci de prendre soin de ma fille. » (Wodan Udgard)

« Oh, bien sûr. Hum... mais vous semblez terriblement jeune. » (Souma)

« Les elfes de sang pur arrêtent de vieillir une fois que leurs corps arrivent à maturité, et cela jusqu’à un certain point de leur existence. » M’expliqua-t-il. « Nous vivons trois fois plus longtemps que les humains, ainsi, bien que je puisse paraître jeune, j’ai quand même déjà vécu 80 ans. »

Je comprends. Pensai-je. C’est à peu près la même chose que les elfes et les elfes noirs que vous voyez dans les histoires, n’est-ce pas ? Celles-ci disent que les elfes ont une longue vie, restent jeunes pendant longtemps, et qu’ils sont tous beaux. Cependant, mon chambellan, le demi-elfe Marx, était un vieil homme, alors qu’en est-il d’eux ? Ou alors, c’est que les demi-elfes vieillissent différemment, je me le demande ?

En mettant ça de côté, je murmurai à Aisha, « Il semble accueillant. Je pensais que les elfes sombres étaient censés être xénophobes ? »

« Mon père est le chef de la faction prônant la libéralisation culturelle, donc ceci comprend l’échange culturel avec l’extérieur. Mon Père était aussi le seul qui ait approuvé le fait que je fasse appel à vous. » (Aisha)

« Je vois. La raison pour laquelle vous ne vous inquiétez pas des règles est en raison de son influence, hein ? » Dis-je. Je serrai alors la main de Wodan. « Je suis le roi, Souma Kazuya. Je suis ici à la demande d’Aisha afin de vous fournir de l’aide. »

« C’est bien que vous soyez venu. » Dit-il. « De plus, vous êtes le roi, alors s’il vous plaît, vous n’avez pas besoin d’être si formel avec moi. »

« D’accord. Est-ce mieux ainsi ? » (Souma)

« Oui. Pourtant, je ne m’attendais jamais à ce que le roi en personne vienne ici. » (Wodan Udgard)

« À ce moment-là, j’étais en cours d’une inspection. » Expliquai-je. « J’ai donc amené avec moi les cinquante membres de l’Armée Interdite qui étaient à portée de main en tant que premier groupe d’intervention. Dans quelques jours, un deuxième groupe avec des fournitures de secours devrait arriver. »

« Je vous en suis reconnaissant. La vérité est que j’aimerais que le village entier vienne vous accueillir, mais compte tenu des circonstances, j’espère que vous comprendrez que cela ne soit pas possible. » (Wodan Udgard)

« Je comprends. » Dis-je. « C’est vraiment une horrible situation. »

Le village des elfes sombres était au centre d’un cercle épais d’arbres de protection. Il y avait des villages comme ça parsemés dans toute la forêt, et les elfes sombres y vivaient. Si vous regardiez la Forêt Protégée par Dieu en tant que pays, ce village en serait la capitale, et il y avait une grande différence quant au nombre d’elfes sombres qui vivaient ici par rapport aux autres endroits. Le tiers oriental de ce village avait été comme découpé par le glissement de terrain. Il semblait qu’une pente légèrement surélevée se trouvant sur un côté était ce qui s’était effondré. Peut-être qu’en raison d’un long épisode de pluie, il y avait eu une grande quantité d’eau qui avait coulait sur la surface exposée. Le terrain s’était un peu affaissé à la suite de ça. Notre seul salut était que maintenant, il faisait beau. S’il avait encore plu, nous aurions dû nous soucier de subir un autre effondrement pendant que nous travaillions.

« Quels sont les dommages ? » Demandai-je.

« Nous avons déjà dénombré près d’une centaine de victimes. Il y a encore plus d’une quarantaine de disparus. » (Wodan Udgard)

C’est beaucoup. Pensai-je. Ce sera vraiment une bataille contre le temps pour voir combien nous pourrons en sauver.

« Commençons immédiatement l’opération de secours, » dis-je. « Cependant, il y a un risque de catastrophes secondaires, donc il serait judicieux de faire évacuer les femmes. Et aussi, s’il vous plaît, demandez à certaines personnes afin qu’elles surveillent en permanence la montagne. Si la montagne se déplace, même légèrement, ou s’il y a des bruits étranges, demandez-leur de nous le signaler. Si cela s’effondrait alors que nous effectuons des opérations de secours, ce serait un sérieux problème. »

« Je vais le faire tout de suite. » Acquiesça-t-il. « Y a-t-il autre chose que vous voudriez me demander ? »

« Veuillez me fournir une liste des personnes portées disparues. Nous allons les effacer de la liste une fois qu’elles seront en sécurités. » (Souma)

« Compris. » (Wodan Udgard)

Une fois que j’avais dit à Wodan ce dont j’avais besoin, j’avais donné des ordres à Aisha et à l’Armée Interdite.

« Aisha. » (Souma)

« Oui, Sire ! » (Aisha)

« Demandez aux femmes d’évacuer vers un endroit qui ne semble pas prêt de s’effondrer. Consultez votre père pour décider où serait le meilleur endroit. Vous les escorterez et vous vous assurerez qu’elles arrivent là-bas en toute sécurité. » (Souma)

« Oui, Sire ! Compris. » (Aisha)

« Bien. » Dis-je. « À partir de maintenant, l’Armée Interdite commencera ses opérations pour rechercher ceux dont la sécurité n’est pas confirmée. Je suis sûr que vous êtes très compétent pour creuser. Écoutez attentivement, et si vous entendez des voix qui demandent de l’aide en provenance de dessous la terre, alors sauvez-les en prenant toutes les précautions possibles ! »

« « Oui, Sire ! » »

« Cependant, soyez absolument sûr que vous ne faites rien que vous ne pouvez pas gérer. S’il vous semble qu’il va y avoir un autre effondrement, alors retirez-vous, et cela même si vous êtes en train de sauver quelqu’un. Les secouristes ne peuvent pas se permettre de subir une seule perte. Compris ? » (Souma)

« « Oui, Sire ! » »

Puis, à la tête des soldats de l’Armée Interdite, je criai mon dernier ordre. « Nous allons maintenant commencer les opérations de secours ! »

L’effort afin de porter secours était une bataille totale.

Tous s’étaient réunis, faisant tout ce qu’ils pouvaient. Ils appelaient les noms des disparus, écoutant le sol, et s’il y avait même la moindre réponse, ils déplaceraient sur le côté et avec précaution la terre et le sable. Peu importe qui c’était, un soldat ou un homme du village, ils avaient travaillé ensemble en déplaçant la terre et en coupant les arbres tombés, puis en retirant les gens piégés se trouvant en dessous. Kaede utilisait sa magie pour déplacer d’énormes roches. Alors que les femmes du village nourrissaient les personnes sauvées et leur faisaient les premiers soins.

Quant à moi, j’avais fait équipe avec Hal, et nous menions des opérations de recherches.

« Hal, sous cet arbre épais ! Quelqu’un respire encore ! » L’appelai-je ainsi.

« Hein !? Je n’entends aucune voix. » Me répondit-il.

« Et bien, il est ici ! Alors, creusez ! » (Souma)

Hal avait un regard sceptique sur son visage, mais quand il creusa où je lui avais dit de faire, il trouva rapidement la main d’une petite fille.

« Sérieusement... ? Attends un peu, tu seras bientôt en sécurité. » (Hal)

Hal déplaça la terre sur le côté, puis tira la jeune elfe sombre hors de là.

Elle avait déjà la peau brune, donc c’était difficile à dire, mais son teint avait l’air malsain. Après avoir été piégé dans une terre humide pendant si longtemps, c’était à prévoir.

C’était bien que la chaleur de l’été persistait encore. Si nous avions été un peu plus tard dans l’automne, elle aurait pu mourir du froid pendant qu’elle était enterrée.

Quand je revins vers elle avec une couverture, Hal tenait la jeune fille dans ses bras et lui tapotait le dos. « Tout va bien, oui, tout va bien maintenant. »

« ... Wah... Wahhhhhhhhhh! » (Jeune elfe sombre)

« C’est bon. Tu es en sécurité maintenant ! » Hal essaya désespérément de calmer la fille qui pleurait.

Si vous me le demandez, les hommes étaient parfois inutiles comme maintenant. Hal et moi étions tous deux perdus vis-à-vis de ce qu’il fallait faire, alors, tout simplement nous répétions. « C’est bon ! » encore et encore.

J’avais enveloppé la jeune fille dans une couverture, attendant qu’elle se calme un peu avant d’appeler un soldat de l’Armée Interdite. « Emmenez cette fille dans un lieu sûr. »

« Oui, sire ! À vos ordres ! » Dis le soldat.

Une fois que nous avions vu la fille partir, Hal m’avait dit. « Je suis étonné que vous sachiez qu’elle était là. Je ne pouvais pas du tout entendre sa voix. »

« Alors même que nous parlions, je cherchais en même temps. » Dis-je.

« Connaissez-vous quelque chose comme un sort de recherche ? » Demanda-t-il.

« Nullement... J’utilisais juste ça. » Après que j’avais ouvert ma paume devant Hal, une petite chose sortit hors du sol et sauta dessus.

Hal regarda cela surpris. « Est-ce que c’est... une souris ? »

« Oui, c’est une souris fabriquée en bois. » (Souma)

Il s’agit d’une souris taillée en bois d’environ 10 cm de long. Je l’avais manipulée avec ma capacité poltergeist vivant afin de chercher des survivants sous les décombres. Ma capacité était capable de fonctionner à de longues distances si j’utilisais des poupées, mais il semblerait qu’elles n’avaient besoin que d’être façonnées comme une créature vivante, mais pas nécessairement un humanoïde. Même si j’étais en train de montrer celle-ci à Hal, il y avait encore quatre souris en bois qui se déplaçaient presque comme de vraies souris et qui cherchaient ceux qui avaient besoin d’aide.

« Il est étonnant que vous transportiez quelque chose comme ça avec vous, » dit-il.

« Je les ai trouvées dans un magasin alors que j’étais à mon rendez-vous avec Liscia, » dis-je. « Je pensais pouvoir les utiliser pour quelque chose, alors je les ai mises dans la valise roulante avec mes autres objets d’autodéfense. »

Soit dit en passant, cette valise contenait aussi deux petites poupées Petit Musashibo que j’avais maintenant placées en patrouille dans la région. Même dans les endroits où le glissement de terrain avait endommagé les routes, ces petites choses légères pouvaient sauter assez facilement sans cause de nouveaux glissements.

« Votre capacité est plus incroyable que je ne l’aurais jamais imaginé... » Dit-il.

« Oui. Je pense que c’est la première fois en dehors des tâches administratives que je peux l’utiliser efficacement. Arggg! » Je me pliai et commençai à vomir.

« Wow, que se passe-t-il pour avoir agi ainsi si soudainement ? » Hal m’appela, semblant déconcerté. « Hé, Souma »

« Beuu... » J’essayai de me contrôler, mais je toussais encore violemment.

« Allez-vous bien ? Que s’est-il passé pour que vous soyez ainsi ? » (Hal)

« ... D-Désolé. Pendant qu’elle cherchait, une de mes souris en bois... a soudainement trouvé un corps très endommagé... » (Souma)

« Endommagé... ? » (Hal)

« Les globes oculaires étaient — » (Souma)

« Non, arrêtez ! Je ne veux pas entendre ça ! » Hal détourna les yeux et se boucha les oreilles.

Je regardai alors la terre se trouvant devant nous.

Lorsque les nouvelles couvraient ce qui se passait dans des zones sinistrées, elles se concentraient toujours sur les tragédies des personnes touchées et les espoirs des survivants. Cependant, maintenant que je l’éprouvais en personne, c’était un enfer plus grand que ce que j’avais imaginé. Cette réalité était trop sévère pour un public non averti. Ceci briserait leurs cœurs.

Pourtant, je n’avais pas le temps de penser à cela.

« Hal ! J’ai trouvé deux autres personnes qui ont besoin d’aide. À l’ombre de ce rocher à 50 mètres de nous. Et un peu sur la gauche. » (Souma)

« Dessous ça ! » (Hal)

— Pour l’instant, j’avais juste dû refréner mes émotions.

Nous avions dès lors poursuivi avec diligence nos efforts afin de porter secours aux elfes. Nous avions réussi à sortir un grand nombre d’elfes sombres de la terre et des décombres où ils se trouvaient avant.

Tous avaient été blessés d’une manière ou d’une autre, et beaucoup avaient subi des blessures graves qui ne pouvaient être prises à la légère même une fois qu’ils avaient été sauvés. Mais souvent aussi, au moment où nous avions réussi à les sortir de là, ils avaient déjà rendu leur dernier souffle.

Au début, le rapport entre les vivants et les morts que nous sortions de là était de cinquante pour cent, mais maintenant, la balance se penchait davantage vers les morts. Quand j’avais considéré les centaines de décès que Wodan avait mentionnés lorsque nous étions arrivés au village, une partie des disparus avait pu être sauvée. Mais il était clair que les choses s’aggraveraient lorsque le temps s’écoulera.

Et aussi, les secouristes montraient des signes d’épuisement intensif. Ils s’étaient reposés lors de leurs quarts de travail, mais cela faisait maintenant trois jours depuis la catastrophe. Bien sûr, c’était dur pour les elfes, mais aussi pour les soldats qui avaient parcouru un long chemin et avaient passé une journée à chercher. Ils avaient déjà creusé un bon nombre de trous, trouvant ainsi beaucoup de ceux qui avaient été portés disparus (certains vivants, certains non).

Je pensais alors qu’il serait judicieux de vérifier auprès de Wodan pour confirmer combien de personnes manquaient encore. Si nous pouvions réduire la liste des victimes, nous pourrions concentrer notre main-d’œuvre afin de rechercher dans les régions où nous pensions qu’elles seraient.

C’était ce que je pensais quand...

« Ho Dieu-Bête ! Pourquoi avez-vous laissé cela se produire ? »

... J’entendis un cri de désespoir.

Quand je regardai d’où provenait ce cri, je vis un jeune homme de la race des elfes sombres qui ressemblait beaucoup à Wodan et qui pleurait alors qu’il frappait ses poings et sa tête contre le sol.

Aisha était maintenant revenue après avoir évacué les femmes et les enfants, alors je lui avais demandé à propos de lui. « Aisha, qui est-il ? »

« C’est... mon oncle. Robthor Udgard. Il s’agit du frère cadet de mon père. » (Aisha)

« De la façon dont il pleure et crie, je suppose que cela signifie que... » (Souma)

« Oui. » Me confirma-t-elle. « Sa femme et son enfant, en d’autres termes, ma tante et ma nièce, n’ont pas encore été trouvés. »

« Ça doit être... dur. Aisha, allez-vous bien ? » (Souma)

« Et bien, vous voyez... Si mon père est le chef des libéraux, mon oncle est le chef des conservateurs. Je n’avais donc pas beaucoup de contact avec eux. Sa fille était encore jeune et mignonne, et ça me fait mal de voir ce qui lui est arrivé. » (Aisha)

« Je comprends... » (Souma)

Nous étions bien après la date limite de 72 heures. Si elles n’avaient pas encore été trouvées, cela signifiait que...

Puis, Robthor regarda dans notre direction. Quand il nous vit, il se dirigea vers nous, trébuchant comme s’il était saoul.

« Roi... ô Roi... Pourquoi ? » (Robthor Udgard)

Robthor m’avait saisi par les revers de ma veste, ce qui avait mis Aisha en position défensive, mais je lui avais alors fait signe de se retirer. Plutôt que de les serrer fortement et d’essayer de me soulever, il les saisissait simplement, comme s’il voulait avoir un appui sur moi. Si je l’avais simplement repoussé, il se serait probablement effondré.

« Ô Roi. J’ai fait tout mon possible pour protéger cette forêt. Alors pourquoi est-ce que ma famille a été emmenée loin de moi ? » (Robthor Udgard)

Je ne savais pas quoi répondre. Je regardai alors Aisha.

« Mon oncle s’opposait à l’éclaircissement périodique, » dit-elle. « Il a dit qu’il était impensable que les elfes sombres, en tant que protecteurs de la forêt, coupent inutilement des arbres. L’endroit qui s’est effondré était celui où nous ne pouvions pas faire un éclaircissement périodique à cause des objections de mon oncle, » m’expliqua-t-elle.

C’est pour... Je ne sais pas trop quoi lui dire...

« Ô Roi ! Dites-moi pourquoi ! Pourquoi la forêt que j’ai protégée a-t-elle tué ma famille ? Si j’avais abattu des arbres comme Wodan et les autres, est-ce que ma famille aurait été épargnée ? » (Robthor Udgard)

« À cela... je n’ai aucune possibilité de vous répondre. » Dis-je.

« Non ! » Se mit-il à hurler.

« C’est vrai. Si vous effectuez un éclaircissement périodique, que vous prenez soin des sous-bois et augmentez la capacité de la terre à contenir de l’eau, il est possible de créer des conditions qui réduisent la probabilité d’un glissement de terrain. Cependant, ceci ne le rend que moins probable. Dans un cas comme celui-ci, où la forte pluie au cours d’une longue période était la cause... Cela aurait pu arriver n’importe où. » (Souma)

« Non... Vous dites donc que nous avons eu de la malchance... » Murmura-t-il.

« En ce qui concerne l’endroit où le glissement de terrain s’est produit, oui. Cependant, l’éclaircissement périodique signifie qu’il y a toujours des travaux à effectuer dans la forêt. Les travailleurs peuvent entendre des bruits suspects, voir la forêt sembler se déplacer et remarquer d’autres signes avant-coureurs qu’un glissement de terrain est sur le point de se produire. S’ils le remarquent, alors il y a des choses qui peuvent être faites. Les personnes auraient pu être évacuées. » (Souma)

C’était également l’avantage d’utiliser des montagnes pour les transformer en rizières.

Vous penseriez que réduire les arbres pour créer de la place pour les rizières rendrait les glissements de terrain plus susceptibles, mais cela réduirait réellement les risques de glissements de terrain qui entraîneraient des pertes humaines. Parce que les personnes devaient aller dans les champs tout le temps, ils remarqueraient rapidement les signes avant-coureurs, ce qui facilitait une réponse appropriée. La contre-mesure la plus performante contre les glissements de terrain était de regarder la forêt en tout temps. Les elfes n’avaient pas de systèmes de détection de ce genre de phénomène comme dans le Japon moderne, de sorte que les personnes qui surveillaient étaient d’autant plus importantes.

« J’ai protégé la forêt tout ce temps. Est-ce que j’ai eu tort de le faire ? » Gémit-il.

« Votre conviction que vous protégiez ainsi la forêt était fausse, » dis-je. « La nature n’est pas si fragile qu’elle a besoin de personnes afin de la protéger. »

Aisha m’avait dit avant que les arbres dans la Forêt Protégée par Dieu vivaient très longtemps. C’est pourquoi ils n’avaient pas remarqué qu’il s’était transformé en une forêt vulnérable et que le sol avait été affaibli. Comme ils avaient eu la chance que rien ne se soit produit jusqu’à maintenant, ils s’étaient eux-mêmes convaincus qu’ils protégeaient efficacement la forêt.

« S’il est égoïste pour l’homme de détruire la forêt, il est aussi égoïste d’essayer de la protéger, » dis-je. « La nature est destinée à passer par des cycles de mort et de renaissance, mais nous essayions de la garder dans un état qui nous convienne. Toutes les personnes peuvent faire ce genre de chose grâce à un éclaircissement périodique, en gardant ainsi la forêt dans un état où nous pouvons coexister avec elle. Nous essayions simplement de ne pas la réveiller de son sommeil. »

Il semblait sans voix.

À ce moment-là, une de mes souris en bois découvrit quelque chose.

« Là-bas ! J’ai trouvé une mère et son enfant ! » Criai-je.

« O-Où !? » (Hal)

« Attendez... Elles sont dans une maison effondrée à gauche de nous, à deux mètres de la crête de la montagne ! » (Souma)

Nous nous étions alors précipités sur place, avant de déplacer le sable et la terre qui se trouvaient là. Après l’avoir fait, nous avions trouvé une petite fille et une femme qui selon mes suppositions était sa mère. Elles se trouvaient dans un espace entre des poutres effondrées. La mère tenait fermement sa fille, essayant de la protéger. Quand Robthor les vit, il lâcha un soupir haletant. De toute évidence, il s’agissait bien là de sa femme et de sa fille.

Lorsque nous les avions sortis de là, la femme avait déjà rendu son dernier souffle. Alors que je pensais que tous les espoirs étaient perdus. Aisha haussa la voix. « Sire ! L’enfant respire encore ! »

« Apportez-là immédiatement à l’équipe chargée des premiers soins ! » Criai-je. « Dépêchez-vous ou elle va mourir ! »

« Compris ! » (Aisha)

Après avoir enveloppé l’enfant dans une couverture et après l’avoir vu partir avec Aisha, je regardai Robthor qui pleurait à côté du corps de sa femme. Je pensais peut-être que je devais le laisser faire, mais cet homme avait encore des choses dont il avait besoin de protéger. Je ne pouvais pas le laisser s’arrêter là.

Mettant une main sur son épaule, je lui dis calmement. « Elle a protégé votre fille jusqu’à la toute fin... »

« ... Oui... » (Robthor Udgard)

« Alors, ressaisissez-vous immédiatement ! Car c’est maintenant à votre tour de le faire  ! » (Souma)

Il sembla surpris avant de dire. « Oui... Oui... ! »

Parlant tout en sanglotant, Robthor hocha la tête à plusieurs reprises.

Quelque temps après, la deuxième équipe de secours que Liscia avait appelée arriva. Après avoir fini la recherche de toutes les personnes disparues, la première équipe fut relevée de ses fonctions. Pour le travail de reconstruction, la deuxième équipe, la plus nombreuse et la mieux équipée, reprendrait la tâche.

Après avoir offert une dernière prière silencieuse aux morts, la première équipe retourna à la capitale. Les membres couverts de terre et épuisés de la première équipe furent entassés dans les chariots à conteneurs comme du thon congelé sur le point d’être expédié à l’usine. Mais à l’heure actuelle, Hal était probablement en train de poser sa tête sur les genoux de Kaede alors qu’il dormait.

J’étais dans un état similaire, transporté dans le carrosse avec lequel Liscia était venue me chercher.

Nous avions laissé Aisha dans son village. Avec sa patrie dans un tel état, il n’y avait aucune chance qu’elle puisse se concentrer correctement sur ses tâches. Pour l’instant, je lui avais dit d’attendre dans la Forêt Protégée par Dieu.

Alors que je me penchais pour voir par la fenêtre, je somnolais...

« Cette fois-ci, je n’ai rien pu faire pour aider. » Déclara Liscia avec de la tristesse dans sa voix.

« Vous êtes bien celle qui est allée chercher une partie de secours, n’est-ce pas ? » Demandai-je. « Tout le monde a vraiment travaillé très durement. En vérité... s’il y a quelqu’un qui ne pouvait rien faire, c’était bien moi. »

« Pas si sûr. J’ai entendu dire que vous aviez été très utile là-bas, » Liscia essaya de me rassurer, mais je secouai négativement la tête.

« Je suis le roi. En temps de crise, donner des ordres sur le terrain n’est pas le devoir du roi. Le devoir du roi est de se préparer à une crise avant qu’elle ne se produise. Je... n’ai pas su faire cela. » (Souma)

« Ce n’est pas... » (Liscia)

« Je pense que l’Armée Interdite a bien fonctionné en tant qu’unité de secours. Pourtant, il y a beaucoup de points où nous sommes trop faibles. Les moyens de communication, l’expédition sur de longues distances, l’accumulation de fournitures afin de pouvoir fournir une aide dans chaque zone, des équipes médicales rattachées aux secouristes, des psychiatres afin de traiter les patients atteints du trouble de stress post-traumatique... j’ai manqué de toutes ces choses-là. Parce que j’étais tellement concentré sur la crise alimentaire et la question concernant les trois ducs, j’ai été laxiste concernant mes préparatifs. »

J’avais alors regardé mon reflet dans la fenêtre, couvert de boue et affichant clairement une expression d’épuisement.

Liscia me regardait avec inquiétude, mais j’avais prétendu ne pas le remarquer.

☆☆☆

Épilogue

La ville centrale du duché de Carmine, Landel.

En ce moment, au centre de cette cité, dans la salle de réunion du château de Landel où résidait le Duc Georg Carmine, les trois ducs qui contrôlaient les forces terrestres, maritimes et aériennes de ce pays s’étaient rassemblés.

Tout d’abord, à la pointe de la table se trouvait le seigneur de ce château, Georg Carmine.

Ce homme-bête à tête de lion avait une carrure large et musclée qui était apparente même à travers son uniforme militaire. Il avait l’apparence d’un guerrier qui avait fait face à de nombreuses batailles. Les hommes-bêtes ne vivaient pas plus longtemps que les humains, mais même à l’âge de cinquante ans, il ne montrait aucun signe de déclin. Sa présence était suffisante pour que l’atmosphère soit tendue.

Assise à la droite de Georg se trouvait l’amiral de la marine, Excel Walter.

Vêtue d’un kimono de style similaire à ceux portés au Japon, elle était une belle femme-serpent de mer avec des petits bois poussant hors de ses cheveux bleus. Les serpents de mer étaient une race qui pouvait vivre pendant plus de mille ans, et elle-même avait déjà atteint plus de cinq cents ans, mais elle avait toujours l’apparence de ses vingt-cinq ans. Cependant, contrairement à son apparence, son commandement affichait toute l’expérience qui venait avec cet âge.

Assis en face d’elle se trouvait le général de l’armée de l’air, Castor Vargas.

Il ressemblait à un galant jeune homme, mais les deux cornes de style démons qui sortaient hors de ses cheveux roux, ainsi que ses ailes membraneuses qui semblait comme poussé dans son dos, et sa queue lézard indiquaient clairement qu’il était un demi-dragon, un dragonewt. Il avait près de cent ans, mais en tant que membre d’une race qui vivait jusqu’à cinq cent ans, il était encore traité comme un jeune homme. Lui aussi, il semblait être de mauvaise humeur.

En regardant les deux autres, Excel soupira. « J’ai l’impression que nous nous réunissions ici pour éviter un conflit inutile. »

« Quoi ? Duchesse Excel, avez-vous peur de ce gamin ? » Castor prit un ton agressif envers Excel. « Est-ce que la Duchesse Serpents des Mers qui était crainte de tous est elle devenue trop vieille ? »

« Ho, moi ? Et qui, il y a cinquante ans, a essayé de séduire cette vieille grand-mère, Hmm ? » Demanda Excel.

« Urkh. » (Castor)

« De plus, lorsque vous vous adressez à moi, ce n’est pas “Duchesse Excel”, mais cela devrait être “Mère”, n’est-ce pas ? » (Excel)

« ... C’est vrai. » (Castor)

Avec cette réfutation ludique, elle avait découragé Castor.

En vérité, Excel avait été le premier amour de Castor. Peut-être parce qu’il avait été incapable de l’oublier, même après que ses tentatives aient échoué magnifiquement, quand il avait rencontré plus tard Accela, sa fille qui était plus proche de lui en termes d’âge, il était tombé amoureux d’elle dès le premier regard et ils s’étaient mariés. En bref, Castor était le beau-fils d’Excel. Elle n’était pas quelqu’un contre laquelle il était en mesure de discuter et de gagner dans un tel affrontement.

« Castor, voulez-vous toujours vous opposer au roi ? » Demanda-t-elle.

« Bien sûr ! Je ne me soucie pas de s’il est un héros, ou le fait qu’il ait été appeler. Ce faux roi a usurpé le trône, forcé la princesse Liscia à être en fiançailles avec lui et a injustement pris le pouvoir dans ce pays ! Comment pourrais-je servir un gars comme ça ? » (Castor)

« Les seuls qui le disent sont les nobles qui font l’objet d’une enquête pour corruption, » corrigea-t-elle. « Le roi Albert a abdiqué de sa propre volonté en faveur de l’homme qu’il croyait être un meilleur successeur. La relation du roi avec la princesse Liscia est aussi assez intime. »

« Je ne sais rien à ce sujet ! Il pourrait simplement faire en sorte qu’on pense de cette façon ! S’il voulait reconstruire ce pays, il aurait pu le faire en tant que vassal ! Est-ce qu’il avait un problème avec l’ancien règne du roi ? » Craqua-t-il.

Excel ne répondit rien, restant sage.

Il n’y a pas de problèmes, mais il n’y a pas non plus de points positifs, et c’est ça le problème, pensa Excel, car le dire serait trop irrespectueux envers l’ancien roi, alors elle s’était abstenue.

Excel avait trouvé la vitesse avec laquelle Albert avait abdiqué suspecte, mais tous les signes depuis lors avaient montré qu’il s’agissait d’une décision judicieuse. Excel ne se souvenait pas qu’Albert puisse, en tant que dirigeant, prendre une telle décision, mais peut-être que cela signifiait qu’il avait mûri en tant que personne.

« En outre, nous avons trois ducs qui ont protégé ce pays pendant de longues années. » Beugla l’homme. « La lettre qu’il m’a envoyée dès que le trône lui fut donné était “Servez-moi, ou non, mais choisissez”, est-ce que vous le saviez ? »

« C’était plutôt “Si vous coopérez avec mes réformes, je vais vous fournir une aide alimentaire et créer des routes vers vous.”... à la place ? » Demanda-t-elle.

Les Trois Duchés avaient une population inférieure à celle de la juridiction de la couronne, et parce qu’ils avaient des armées à fournir, ils avaient des réserves, de sorte que la crise alimentaire n’avait pas été aussi ressentie chez eux. Cependant, lorsque la crise alimentaire avait quand même frappé, les Trois Duchés avaient dû ouvrir leurs réserves et commencer à rationner, de sorte que tous les marchands qui s’occupaient des denrées alimentaires avaient été mis en faillite en raison du manque de demandes. Ensuite, en raison de la hausse du chômage, les magasins avaient cessé leurs activités parce que leurs marchandises ne se vendaient pas. Puis, dans une réaction en chaîne, les artisans qui les avaient fournis jusqu’à maintenant avaient aussi cessé de travailler.

Sur ce point, Souma avait résisté à la crise en fournissant des subventions aux pauvres, n’en distribuant pas plus que nécessaire, en encourageant les gens à manger des aliments que la population n’avait pas l’habitude de manger auparavant et avait augmenté la capacité de transport du pays en construisant des routes. En faisant cela, il avait réussi à minimiser le degré de contraction de la conjoncture économique. De plus, des Trois Duchés, seul le Duché Walter avait des routes commerciales indépendantes et avait ainsi pu à peine arrêter la boucle de rétroaction négative en vendant son excédent de marchandises à d’autres pays.

Mais c’est quelque chose que j’ai pu faire parce que mon duché a une ville portuaire, Pensa Excel. Ni le duché de Carmine ni le Duché de Vargas n’ont des routes commerciales à l’intérieur des terres. Avec sa grande armée, avec les nobles en fuite et leurs personnels à prendre en charge, le duché de Carmine doit souffrir de graves problèmes économiques. Si c’est le cas, pourquoi Georg est-il si catégorique à propos de son opposition avec le roi ?

Alors qu’elle réfléchissait, Castor rugit. « “Je vais vous nourrir comme un animal de compagnie, alors obéis-moi”, c’est essentiellement ce que ça veut dire ! »

« Si c’est au bénéfice de votre peuple. Qu’y a-t-il d’autres choses à faire ? » Demanda Excel.

« Je ne l’aime pas ! Est-ce qu’il pense qu’il peut nous apprivoiser avec un tel appât ? » (Castor)

« Je doute que le roi ait besoin d’un animal de compagnie avec de la fierté et pas grand-chose d’autre. » Déclara Excel.

Castor fit claquer ses deux mains sur la table. « ... Qu’y a-t-il avec vous aujourd’hui ? C’est comme si vous défendiez le roi ! Je sais que vous ne l’aimez pas non plus. C’est pourquoi vous avez ignoré les demandes d’assistance en provenance du roi ! »

« S’il vous plaît, n’agissez pas comme si nous étions les mêmes, » dit-elle doucement. « Ce que la race des serpents des mers doit prioriser avant tout, c’est la paix et la sécurité de notre bien-aimée Cité Lagune. Si simplement il me le garantissait, alors je suis prête à lui obéir. »

La race des serpents des mers, avec Excel à leur tête, avait un système de valeurs unique. Les serpents de mer avaient toujours pensé aux besoins de leur ville, la ville Lagune, d’abord et avant tout. Leurs ancêtres vivaient autrefois dans une île dans l’Archipel de Kuzuryu, mais après avoir perdu une lutte de pouvoir au sein de ces îles, ils avaient été chassés en mer, devenant des pirates errants.

Ensuite, à la fin de leurs longues années d’errance, leurs ancêtres avaient finalement construit une base d’opérations à l’endroit qui était actuellement la Cité Lagune. Les serpents des mers se protégeaient sur cette terre qu’ils avaient finalement gagnée par eux-mêmes avec amour et avec fierté. La seule raison pour laquelle ils avaient participé à la guerre de fondation de cet État multiracial, le Royaume d’Elfrieden, avait été de protéger la Cité Lagune.

« Si ceci profite à la Cité Lagune, je serrerai la queue à n’importe qui, et si elles menacent la Cité Lagune, je les éliminerai, quelle que soit leur taille. Il s’agit là de la fierté des serpents des mers, » Expliqua Excel.

« Hmph, se tordre la queue, est-ce quelque chose qui vous rend si fier ? » Rétorqua-t-il.

« Oui. Je lutte pour protéger les choses que je dois protéger. Je ne suis pas un nourrisson qui provoque une crise uniquement parce qu’il n’aime pas quelqu’un. Si ceci peut être résolu juste en parlant, alors il n’y a pas de meilleur résultat que ça. Il serait absurde de commencer à nous disputer maintenant, lorsque nos voisins nous regardent pour saisir une opportunité de nous frapper. » (Excel)

« ... La Principauté d’Amidonia, n’est-ce pas ? » Murmura-t-il.

Il se référait au pays qui bordait Elfrieden à l’ouest.

Quand ils s’étaient retrouvés à la fin de la politique expansionniste du roi qui avait été roi avant Albert, la Principauté d’Amidonia avait perdu près de la moitié de son territoire. Maintenant, ils surveillaient attentivement toute chance de retrouver leur territoire perdu. Amidonia semblait désireuse d’intervenir dans le conflit entre le roi Souma et les trois ducs, qui leur avait déjà envoyé une lettre disant : « Si vous avez l’intention de détrôner le faux roi, alors nous sommes prêts à envoyer des troupes pour vous aider. »

« Honnêtement, quelle bande d’acharnés, » renifla-t-il. « Leurs intentions sont si transparentes. »

« Je suis sûr qu’ils ont aussi envoyé une lettre au roi, » Déclara Excel. « Je doute que le roi les accepte, mais ils peuvent de toute façon envoyer des “renforts”. Vous voyez ce que je veux dire ? Et que diriez-vous de l’imprudence qui fait que nous nous disputions. »

« Hmph. Bien, alors pourquoi n’allez-vous pas dès maintenant au côté du roi ? » (Castor)

« Il y a un certain nombre de choses que je veux voir et juger pour moi-même, et j’ai l’intention de faire exactement cela. Les choses concernant le roi ainsi qu’à propos de vous. » (Excel)

Excel jeta un regard silencieux vers Georg Carmine.

Après quelques plaisanteries légères qui furent sorties après être arrivées dans la pièce, il avait fermé les yeux et n’avait plus rien dit. Est-ce qu’il écoutait Excel et Castor parlant de leurs affaires, ou pensait — il a quelques choses ? Elle ne pensait pas qu’il était endormi, mais... Excel commençait à devenir irrité par son comportement.

« Georg, à quoi pensez-vous ? » Craqua-t-elle.

« ... Qu’entendez-vous par là ? » (Georg)

« Oh Mon Dieu ! Donc, après tout, vous étiez réveillé, » dit-elle. « Bien sûr, je demande pourquoi, vous, celui qui est le plus patriotique et le plus loyal de notre pays prendra des mesures hostiles contre le nouveau roi. »

« Duc Carmine, vous n’aimez pas ce faux roi, n’est-ce pas ? » Demanda Castor.

« Je ne vous demandais pas ça, Castor, » Dit Excel. « Répondez-moi, Georg. En mettant de côté sa légitimité, son règne a toujours été stable. Pourquoi sortiriez-vous de votre voie pour causer des turbulences comme ça ? »

Avec Excel le pressant avec ses réponses, Georg ouvrit sa bouche avec sérieux. « Je l’ai jugé incapable de gouverner ce pays. C’est tout. »

« Et pourquoi est-ce ainsi ? Pourquoi ses capacités, avec lesquelles il va bientôt surmonter la crise alimentaire et les difficultés économiques qui poussaient avant ça ce pays au bord du gouffre, vous dérangent-elles tant ? » (Excel)

« Pour accomplir cela, ce roi écarte beaucoup de choses sans la moindre hésitation. » Georg ouvrit les yeux. C’était suffisant pour rendre l’atmosphère dans la pièce tendue.

Excel et Castor avaient tous deux dégluti. Il était le plus jeune présent en apparence, mais en mentalité, il était le plus mature de tous. Il s’agissait là de la présence imposante du plus grand guerrier du pays.

« J’ai entendu dire que ce roi a été convoqué d’un autre monde, » dit-il. « De ce simple fait, il n’a aucun lien avec les choses déjà présentes et peut les jeter sans hésiter. S’il le juge inefficace, qu’il s’agisse d’histoire, de traditions, de soldats ou de vassaux, il les jettera. Suis-je dans l’erreur, Duchesse Excel ? »

« C’est... » Excel se trouva en perte de mots. C’était vrai, elle pouvait voir que le règne du roi Souma avait ce côté-là de présent.

« Les vassaux qui ont servi ce pays pendant de longues années ont été abandonnés par ce roi, » continua-t-il.

« Oui, c’est parce qu’ils étaient corrompus. » (Excel)

« Est-ce que vous dites toujours cela, alors que la situation a donné ce résultat ? Je crois que vous-même vous avez parlé de la folie de mettre en danger le pays en ce moment. Ce roi est celui qui a semé les germes de tout ça. » (Georg)

« Vous dites ça alors, mais vous êtes celui qui accueille ces nobles, » dit-elle.

« Ceux qui ont une rancune contre le roi seront des pions utiles pour le vaincre, » répondit-il. « Bien sûr, je n’ai pas l’intention de rétablir ces personnes une fois la guerre terminée. »

Excel frissonnait au fur et à mesure que les coins de la bouche de Georg s’agrandissaient alors qu’il faisait sortir ces mots. Cet homme veut-il transformer les nobles corrompus en mort au cours de cette guerre ?

Il voulait abattre le roi, travaillerait afin de tuer les nobles corrompus, et même s’il ne pouvait disposer de tous ces moyens, il trouverait une excuse après la guerre pour les faire exécuter. Il s’agissait de personnes pour lesquelles un certain nombre de raisons pouvaient facilement être trouvées.

Puis, après que la faction du roi actuel et les nobles corrompus avaient disparu de la capitale, seul un terrain vide sur lequel il pourrait construire tout ce qu’il souhaitait resterait. S’il l’avait souhaité, il pourrait réintégrer le roi Albert en tant que sa marionnette. Ou il pourrait s’élever pour devenir lui-même le roi.

Excel se leva. « Êtes-vous assez fou pour avoir l’ambition de monter sur le trône ? »

« Hé ! Maintenant, calmez-vous, » Castor était alors intervenue, essayant d’aplanir la situation. « C’est du Duc Carmine que vous parlez. Je suis sûr qu’il ne prévoit pas d’usurper le trône, n’est-ce pas ? »

Georg fit un signe de tête. « Bien sûr que non. Une fois que le roi Souma sera détrôné, le roi Albert reprendra le trône, et nous l’appuierons tous. »

« ... Je ne suis pas convaincue. » Excel abaissa sa position. Elle feignit le calme, mais elle était vraiment très agitée.

La situation est pire que prévu. C’est le pire scénario possible. Peut-être que je dois agir en supposant que Georg a déjà des liens non divulgués avec Amidonia. Arg, si Castor savait juger les caractères, alors nous aurions pu travailler ensemble pour affronter le Duc Carmine. Excel maudissait son beau-fils pour sa myopie.

Sa fille s’était mariée dans sa maison et avait depuis porté ses deux petits-enfants. Elle s’inquiétait de ce qui pourrait arriver si elle laissait gagner le Duc Carmine, mais si Excel était la seul à se joindre à la faction loyaliste et que le roi Souma gagnait alors, en tant que la femme et les enfants du traître Castor, que deviendrait Accela et ses enfants ? En vertu des lois de ce pays, lorsqu’une infraction grave avait été commise, des membres d’une famille avec trois degrés de liens du sang étaient coupables du même crime. Si elle avait coupé les liens avec la Maison de Castor, alors la Maison des Walter éviterait cette chaîne de responsabilité, mais si elle le faisait, Accela et ses enfants seront...

« Castor » dit-elle.

« Quoi ? » (Castor)

« Coupez vos liens avec Accela, Carl et Carla. » (Excel)

« Essayez-vous de dire que nous allons perdre face à ce gamin !? » Cria-t-il.

« C’est au cas où le pire se produirait. Si vous avez l’intention de faire face au roi, alors au moins soyez prêt pour cette possibilité. » (Excel)

Excel regarda Georg, mais ses yeux étaient fermés, comme pour dire qu’il n’avait pas l’intention d’intervenir. Même si elle parlait de ce qui se passerait s’il avait perdu... Est-ce que c’était une preuve de confiance, peut-être ?

Castor qui avait été invitée à couper les liens avec sa femme et ses enfants, d’autre part, avait un regard troublé sur son visage. « Accela et Carl, peut-être... Mais Carla, je ne peux pas. »

« Pourquoi pas !? » Demanda Excel.

« ... Parce qu’elle ne m’écoutera jamais. » (Castor)

À ce moment, les portes de la salle de conférence s’ouvrirent.

Par la porte ouverte, une belle jeune fille entra. Ses cheveux roux enflammés et leurs brillants yeux dorés étaient assez distinctifs. Elle avait seize ou dix-sept ans. Elle portait une lourde armure de couleur rouge métallique, et de son dos et de son arrière dépassait les ailes et la queue d’un dragon.

« Carla... » Chuchota Excel.

Il s’agissait de la fille de Castor, Carla.

Elle avait obtenu ses traits du visage d’Excel et était une jeune beauté, mais quand il s’agissait de son tempérament, le sang de Castor semblait avoir gagné. Au lieu de faire quelque chose de féminin, elle avait rejoint l’unité de l’armée de l’air dirigée par Castor, s’entraînant jour après jour.

En raison de son beau visage, de nombreux fils de la noblesse et de l’aristocratie avaient cherché ses attentions, mais elle avait déclaré sans équivoque : « Je ne prendrai jamais un homme plus faible que moi en tant que mari. »

En fait, elle était la deuxième plus forte de l’armée de l’air après Castor, et donc elle avait viré tous ses prétendants. En tant que père, Castor avait été soulagé, mais en tant que parent, ses sentiments étaient plus compliqués, et il craignait qu’elle prenne trop de temps et ne puisse jamais se marier.

En voyant Carla apparaître ici, Excel avait eu une mauvaise impression à propos de ce qui se passerait dès maintenant.

Et, comme elle l’avait prévu, Carla déclara. « Grand-mère ! Si mon Père est décidé à se battre, alors je me battrai aussi ! »

Excel cria en réponse, une veine pulsant sur son front, « Non, tu ne dois pas faire ça ! Veux-tu devenir un traître à ton âge ? »

« Je ne peux pas lui pardonner d’avoir renversé le roi Albert et de forcer un mariage avec mon amie, la princesse Liscia ! » Déclara-t-elle. « Je vais le punir personnellement pour son insolence ! »

« Vous avez mal compris ! » cria Excel. « Le roi Souma est... »

« Ah... C’est inutile, mère. Une fois qu’elle est décidée, Carla ne bougera pas d’un pouce. » Castor haussa les épaules en démission.

« Vous êtes... Franchement... » (Excel)

Même si Excel maintenait sa tête consternée, Georg resta silencieux.

***

La capitale de la Principauté d’Amidonia, Van.

Sur le territoire de la Principauté d’Amidonia, qui était plus long sur la carte que large, cette ville du côté Est était la capitale.

Certains avaient estimé qu’il était trop proche du royaume Elfrieden pour être une capitale, mais sa sélection avait probablement été faite en manifestation de leur volonté ininterrompue de retrouver le territoire volé de l’Est.

Dans le bureau des affaires gouvernementales du château au centre de Van, un homme d’âge moyen avec une moustache examinait des documents.

Sa figure encapuchonnée avait l’air plutôt grasse, mais ce n’était que parce qu’il avait des épaules larges. Il n’était pas réellement obèse. En fait, sous son manteau, il était extrêmement musclé.

Cet homme était le prince Gaius VIII d’Amidonia.

« Ho. Ho... » Dit-il.

« Qu’est-ce qu’il y a, Père ? » Un jeune homme de vingt ans qui attendait à son côté l’interrogea. Il possédait un beau visage, mais ses yeux avaient un reflet froid qui refroidissait ceux qui les regardaient. Il était le prince héritier et l’héritier actuel de la Principauté d’Amidonia, Julius Amidonia.

Gaius remit le document qu’il avait lu à Iulius. « C’est de Georg Carmine. Il semble qu’il soit prêt à “se lever.” Contre le roi. »

« Je vois. » Dis Iulius. « Enfin. J’ai entendu parler des attaques rapides et puissantes qu’il faisait dans son jeune âge, ne nous donnant jamais le temps de respirer. Pour un personnage ayant une telle capacité, il était terriblement lent à agir. »

« Je suis sûr que c’est qu’il a vieilli. » Déclara son père. « Si son esprit était toujours clair, il n’aurait jamais accepté notre offre. »

« C’est vrai... » (Julius)

Après qu’Iulius lui ait rendu le document, Gaius se leva de son siège. « Nous allons nous déplacer lorsque le nouveau roi déclarera la guerre. Envoyant des “renforts” dans son royaume. »

« Oh...? Et de quel côté ? » (Julius)

« Côté ? Du côté du roi, nous disons : “Nous sommes là pour écraser les trois ducs”, et du côté des trois ducs : “Nous sommes là pour écraser le nouveau roi.” » (Gaius)

« Je comprends. » Dis Iulius. « Mais de toute façon, nous n’avons aucune raison d’obéir à l’un ou l’autre côté. »

« Hehehe, précisément. » (Gaius)

Gaius et Iulius se regardèrent et affichèrent tous deux un sourire sombre.

À côté d’eux, il y avait une paire d’yeux froids qui les regardaient.

Bonté divine. Parfois, je ne suis pas sûr de ce que je dois faire à propos de mon vieux père et mon idiot de frère.

Les yeux froids appartenaient à une jeune fille. Elle avait seize ou dix-sept ans. Elle avait un visage attrayant, comme Iulius, mais sans son air de cruauté. Quoi qu’il en soit, ses yeux étaient petits et mignons, et avec son visage rond, elle était adorable tel un animal en peluche comme un chien ou un raton laveur. Ses cheveux étaient attachés en deux tresses positionnées sur sa nuque.

Cette fille qui avait une belle apparence avec ces deux couettes était la première princesse de ce pays, Roroa Amidonia. Cependant, contrairement aux apparences, sa voix intérieure était tranchante (et parlait souvent en dialecte mercantile).

Ce pays n’en a déjà pas très longtemps pour ce monde tel qu’il est. Mais ces idiots tentent-ils de raccourcir le peu de temps qu’il nous reste ? pensa-t-elle.

Amidonia était un pays montagneux. Il avait de nombreuses ressources en métal, mais d’autre part, il avait peu de terres arables, donc il était toujours confronté à des pénuries alimentaires. La crise alimentaire dans le voisin Elfrieden était grave, mais ce n’était rien par rapport à ce que ce pays rencontrait en ce moment. Même une récolte légèrement médiocre signifierait que des personnes mourraient de faim.

Je comprends pourquoi mon vieux père essaie d’avoir encore un peu plus de terre fertile pour nous, mais il a versé tout l’argent que j’avais travaillé si fort à obtenir dans les fonds militaires. Roroa fit grincer ses dents de derrière ensemble de frustration.

Alors que Roroa était une princesse, elle avait également un sens financier étrange, et elle avait soutenu les politiques financières de ce pays depuis l’ombre. Après avoir fait passer l’économie par le commerce extérieur, elle avait limité l’importation de ressources et encouragé l’exportation de produits finis pour protéger et développer leurs industries. La raison pour laquelle ce pays au bord du gouffre n’avait pas vu son économie s’effondrer était en grande partie grâce au sens des affaires de Roroa. Cependant, Gaius n’avait pas pu utiliser pleinement la capacité de Roroa.

S’ils avaient utilisé les fonds que j’avais gagnés pour développer l’industrie, alors ils auraient pu apporter encore plus de fonds, mais ces personnes avaient placé ses économies dans la guerre, dépensant tout cela sur l’armée. Ce qui rend encore pire cette situation, c’est qu’ils croient sincèrement avoir bien agi. « Si nous renforçons l’armée, nous pouvons voler tout ce dont nous avons besoin. » Sont-ils des imbéciles ? Vous dépensez de l’argent pour gagner de l’argent, c’est ce cycle qui est important. Si vous utilisez de l’argent dans quelque chose d'inutile, alors cela s’appelle un gaspillage ! Mais même si je devais leur crier ça, ils ne voudraient probablement pas m’écouter.

« Es-tu d’accord avec ça, Roroa ? » Demanda son frère.

« Oui frère. » Quand la conversation se tourna brusquement vers elle, Roroa répondit avec un gros faux sourire. Bien que, en vérité, elle n’ait pas écouté un mot qu’ils avaient dit juste avant...

... La fin peut enfin arriver pour ce pays. Oh, comme j’envie le royaume Elfrieden. Avec leur grande population, ils doivent avoir beaucoup de recettes fiscales, ils peuvent se déplacer, et le meilleur de tous, leur roi est le genre de personne qui pourrait comprendre ce que je dis. Honnêtement, je suis si jalouse des atouts de notre voisin... Leurs atouts ?

À ce moment, Roroa réalisa.

Si je suis jaloux des atouts de mon voisin... Pourquoi ne pas les combiner avec les miens ? Aussi légalement que possible. Peut-être que je peux faire ça ? Ouais, peut-être que je peux. Dans ce cas, je peux contacter le vieil homme chargé de la garde de Nelva...

Roroa commença à formuler son propre plan. Risque élevé, rendement élevé.

Ils diront plus tard que lorsque Roroa avait entrepris la plus grande intrigue de sa vie, son sourire ressemblait un peu à celui de son père et son frère.

***

À la capitale du Royaume d’Elfrieden, Parnam...

J’étais au bureau des affaires gouvernementales à Chateau Parnam, en écoutant le rapport final sur la crise alimentaire.

« Comme vous le voyez dans les documents fournis, nous pouvons nous attendre à de bons résultats lors de la récolte d’automne. En outre, le réseau de transport que vous avez mis en place a accéléré le mouvement des personnes, et maintenant les biens se sont répandus dans l’ensemble de la terre sans trop d’excès ou de pénurie. Bien sûr, cela s’applique aussi aux denrées alimentaires. De ce fait, je crois que nous pouvons considérer que la crise alimentaire, dans l’ensemble, est pour l’instant résolue. » (Hakuya)

« C’est une bonne chose à entendre. » Dis-je. « Oui, c’est bon à entendre ça après ce travail acharné... »

C’était un long parcours, mais maintenant je pouvais enfin respirer et me détendre. En tant que personne qui avait été confrontée à ce problème dans son ensemble, c’était un moment particulièrement émouvant pour moi.

Toutefois...

« Oui. Avec ça derrière nous, nous pouvons maintenant passer à l’étape suivante, » Déclara Hakuya, sans aucune considération pour mon instant émouvant !

La prochaine étape, hein...

« Et bien... il nous faut absolument le faire, n’est-ce pas ? » Demandai-je.

« Est-ce que cela pèse sur vous ? » Me demanda-t-il.

« Eh bien oui. Cependant, je comprends la nécessité... » (Souma)

Oui. Car c’était nécessaire.

Le théoricien politique Machiavel l’avait dit dans son "Le Prince".

« Si un prince doit se tacher les mains avec de la cruauté, même en temps de paix, il aura des difficultés à tenir son pays. Cependant, pour certains tyrans, même après avoir commis des cruautés infinies, ils vivent longtemps et sont en sûreté dans leur pays, se défendant contre les ennemis extérieurs et ne les laissant jamais conspirer contre leurs propres citoyens. Je crois que cela résulte du fait que les cruautés sont bien ou mal utilisées. Ceux qui peuvent être appelés comme étant d’un usage correct sont ceux appliqués d’un seul coup à un moment où il est nécessaire afin d’assurer la sécurité. Si un prince ne continue pas après ça, régnant d’une manière qui améliore le bien-être de la population, alors il peut même être considéré par tous comme étant un grand dirigeant. Cependant, celui qui ne parvient pas à éliminer la racine des problèmes et cela, dès le début, laissant traîner les choses et qui infligeait des cruautés répétées, alors lui les utilisait incorrectement. »

Ce passage était une des raisons pour lesquelles le Prince de Machiavel avait été, depuis longtemps, critiqué par les humanistes de l’Église chrétienne. Cependant, les cruautés dont il avait parlé ne se référaient pas aux massacres de gens ordinaires. Il parlait d’utiliser des astuces pour éliminer définitivement ses adversaires politiques.

Si vous pouvez stabiliser votre prise de pouvoir avec un acte de cruauté, et régner bien après ça, alors c’était une bonne chose pour le peuple. D’autre part, si vous passiez tout votre temps à vous soucier de ce que pensent vos adversaires politiques et que vous ne faites pas avancer de politiques valables, que vous n’éliminez pas la racine des problèmes d’un seul coup, et que vous ne purgez pas tous les traîtres d’un coup, mais que vous deviez le répéter encore et encore, alors vous perdrez la confiance du peuple.

Le prince Machiavel avait considéré comme idéal les actes d’une personne telle que Cesare Borgia, qui avait massacré les nobles influents qui l’avaient accueilli lors d’une fête, assurant le pouvoir absolu pour lui-même.

Oda Nobunaga avait aussi utilisé cette sévérité, enlevant la famille des daimyos ruraux pour devenir le plus grands des daimyos en une seule étape. Cependant, en fin de compte, parce que Nobunaga avait persisté avec ses sévérités, il avait raccourci sa propre vie, finissant par mourir d’une mort offerte par un de ses vassaux.

En d’autres termes, la "cruauté" était comme l’épée précieuse du prince qui pouvait couper tout, mais s’il devenait accro à son utilisation, c’était aussi comme une épée maudite qui finirait par le détruire.

« Comme je vous l’ai déjà dit avant. » Dis-je. « J’ai jugé votre plan cruel. »

« Oui. » Confirma-t-il. « Vous avez également dit : “Si nous devons le faire, alors faisons-le d’un seul coup.” »

« Je suppose que vous pouvez le faire de cette façon ? » Demandai-je.

« Toutes les préparations ont déjà été faites. » (Hakuya)

« ... Très bien alors. » (Souma)

Je pourrais dire que c’était pour ce pays, mais je n’étais pas attaché à l’endroit.

Je n’avais pas une cause juste, ou un grand but.

Mais, lorsque je m’étais interrogé sur les raisons pourquoi je le faisais, tout à coup, Liscia et les visages des autres me venaient à l’esprit. Ceux qui vivaient, souriant, dans ce pays. Les visages de Liscia, Aisha, Juna et Tomoe.

Je pensais alors aux liens que j’avais perdus dans mon Ancien Monde. Et je pensais aux liens que j’avais formés dans ce nouveau monde.

Je pensais déjà à ces filles comme faisant partie de ma famille.

« Kazuya, construis-toi une famille. Et, une fois que tu l’auras, protèges là, et fais tout ce qu’il faut. » (Grand-père)

... Je sais, grand-père. Je protégerai ma famille jusqu’à la fin, peu importe ce qui se passera et ce que je devrais faire.

Pour ce faire, juste une fois, je deviendrai un roi cruel.

« Nous allons maintenant commencer l’assujettissement. » (Souma)

☆☆☆

Histoire Supplémentaire : L’Histoire d’un certain Groupe d’Aventuriers

Les Aventuriers.

En tant que personnes qui allaient contester et nettoyer des donjons et que découvraient de nombreux mystères qui s’y trouvaient, leur profession était remplie d’aventures romanesques.

Cependant, en même temps, ils étaient également des touches à tout concernant les métiers, effectuant ainsi des quêtes délivrées par la guilde (protéger les commerçants, tuer des bêtes dangereuses et plus) en échange de récompenses.

Maintenant, voici quelque chose à propos de ces aventuriers. Elle se trouvait présente parmi les plus récentes légendes urbaines qui se propageait dans Parnam, la capitale d’Elfrieden.

« L’aventurier qui porte un kigurumi. »

On disait que cet aventurier portait en permanence un kigurumi, une sorte de costume couvrant l’intégralité de son corps et qui faisait 1 mètre 70 de hauteur. Son arme était un naginata, posé sur son dos. Il possédait un corps assez rondelet, mais pouvait se déplacer rapidement et était apparemment très talentueux. Il ne formait aucun groupe, prenait en solo des quêtes de subjugation de bêtes dangereuses, mais de temps en temps, s’il y avait un groupe à la recherche de membres temporaires, il les rejoindrait le temps de nettoyer un donjon.

Par ailleurs, son nom enregistré dans la guilde était Le "Petit Musashibo".

***

« Hm... Alors, vous êtes l’aventurier qui entre temporairement dans notre équipe ? » Demanda un guerrier homme, empli de doute.

Un kigurumi se tenait là, debout devant le tableau de quête de la guilde. Il se trouvait devant un groupe de quatre aventuriers (composition de l’équipe : un guerrier, un prêtre, une voleuse et une magicienne).

Dans les mains de Kigurumi se trouvait un naginata, et sur son dos, un panier en osier. Son visage était recouvert de soie blanche (en fait, il était cousu), et ses yeux en forme de gland ainsi que ses sourcils épais qui faisaient surface étaient adorables.

Qui était-ce ? Était-il un bonhomme de neige ? Était-ce une poupée à fond rond ? Non, c’était le Petit Musashibo !

« ... » (Le Petit Musashibo brandissait les bras autour de lui, signifiant : « C’est vrai. »)

« Oh. Se pourrait-il que vous soyez l’aventurier kigurumi dont les personnes ont parlé ces derniers temps ? » Demanda Dece. Il était l’épéiste mâle avec un visage attrayant qui n’aurait pas été hors de propos dans un Boy Band.

« ... » (Petit Musashibo hocha la tête.)

« Et vous êtes maintenant... ? » L’expression de Dece était devenue un peu tendue.

Compte tenu de l’apparence du Petit Musashibo, cette réaction était à prévoir. Le reste de ses camarades étaient également déconcertés.

« Alors, venez. Je sais que nous manquons de personnes en première ligne, mais cela signifie-t-il vraiment que nous devons amener une personne comme elle avec nous ? » demanda une belle jeune fille dont les yeux provocants laissaient une forte impression. Sa voix était pleine de venin. Cette fille avec des cheveux légèrement redressés était la voleuse, Iuno. Les aventuriers, appelés des voleurs, n’étaient évidemment pas de véritables voleurs. Il s’agissait d’un rôle de soutien dans une équipe qui détectait les ennemis et désamorçait les pièges dans le donjon et ils pouvaient aussi se battre dans la mêlée.

Le prêtre, Febral, la réprimanda. « Et bien, sa tenue est peut-être ridicule, mais tout ce que j’ai entendu de lui indique qu’il est un aventurier fiable. Je ne pense pas qu’il devrait y avoir de problèmes. Nous ne sommes pas là aujourd’hui pour aller au plus profond du donjon, alors la difficulté est censée être d’un niveau accessible pour les débutants. »

Son rôle de prêtre était vraiment ce que les gens appelaient des guérisseurs. Il n’avait pas vraiment de croyance religieuse derrière ça.

« Oh, c’est sûr. Quel est le danger ? En plus, il est tellement mignon !!! » Cette douce beauté aérienne, la magicienne Julia, commença à se frotter lubriquement contre le Petit Musashibo, jouissant de sa douceur. Le Petit Musashibo semblait gêné par cette action.

Avec un rire sec en voyant cette scène, Dece tendit sa main vers le Petit Musashibo.

« Dans tous les cas, c’est un plaisir de travailler aujourd’hui avec toi. » (Dece)

« ... » (Le Petit Musashibo tendit lui aussi une main.)

« ... Seriez-vous capable de parler ? » (Dece)

« ... » (Le Petit Musashibo hocha négativement la tête.)

Dece n’avait rien dit pendant un moment. Puis il laissa sortir d’un coup. « Oh, allons-y ! Est-ce que tout va bien aller ? »

Il n’y avait personne qui puisse répondre aux doutes d’Iuno.

Avec Petit Musashibo qui les avait rejoints, le groupe se dirigea vers un passage souterrain de la capitale. Apparemment, ces tunnels avaient été créés à l’origine pour permettre l’évasion de la famille royale au cas où une attaque ennemie atteignait la capitale. Pour cette raison, pour confondre les intrus, les passages avaient été construits tel un labyrinthe complexe de trois niveaux.

À cette occasion, les aventuriers recevaient une quête leur demandant d’"Explorer les passages souterrains et investiguer sur les créatures qui y vivent (et, si possible, leur élimination)".

Parce que ce pays avait été sans guerres ni chaos depuis l’époque de l’ancien roi, le roi Albert, l’importance de ces tunnels avait diminué et ils n’étaient plus correctement entretenus. En conséquence, des rats géants et d’autres créatures énormes avaient rapidement élu domicile ici. Avec la situation à l’intérieur des tunnels, il n’aurait pas été hors de propos de les appeler un donjon.

Maintenant, voici la question concernant ces tunnels souterrains. Apparemment, le roi récemment intronisé voulait les réutiliser, et pour cette raison, avait fait placer cette quête dans la guilde. Jusqu’à ce que les passages souterrains soient sûrs et sécurisés, toutes les personnes étaient invitées à s’occuper de cette mission. La récompense offerte dépendait des créatures chassées. Il s’agissait là d’une quête à faible risque et faible récompense bien adaptée aux débutants.

Le groupe d’aventuriers, comprenant maintenant le Petit Musashibo, progressait dans ces tunnels.

Dans l’air froid et humide, une Iuno irritée poussa la tête du Petit Musashibo.

« Hé, ne laissez pas cette personne debout se tenir à l’avant ! Elle bloque ma ligne de mire ! » (Iuno)

« Avoir un combattant de première ligne restant dans le dos serait inutile, » Répliqua Dece. « On va faire avec. »

Après que Dece ait dit ça, Iuno fit claquer sa langue de mécontentement. C’était ce qui s’était passé.

Un serpent géant apparut soudain devant les aventuriers. Le serpent de dix mètres de long et trop gros pour qu’on puisse envelopper ses bras autour de lui. Il releva la tête, sifflant de manière menaçante envers les aventuriers. Immédiatement, Dece et Musashibo se déplacèrent.

« Nous allons gérer la ligne de front ! Tous les autres, soutenez-nous depuis derrière ! » (Dece)

« ... » (Petit Musashibo effectuer un rapide coup d’œil.)

À l’instant suivant, le serpent géant attaqua. Il voulait Dece. Mais là, le serpent ignora le Petit Musashibo pour une raison quelconque, essayant seulement d’attaquer Dece.

« Attends. Pourquoi s’en prend-il uniquement à moi !? » Cria Dece.

« !? » (Petit Musashibo fut confus.)

Permettez-moi d’expliquer la raison. Comme les serpents cherchent leur proie en détectant leur chaleur corporelle, il ne pouvait rien détecter en provenance de Petit Musashibo, qui était juste un kigurumi.

Dece encaissa un coup de queue du serpent géant et, bien qu’il avait réussi à la bloquer avec son bouclier, il fut poussé en arrière. Tout en profitant de l’occasion favorable, le serpent se glissa entre les deux, attaquant les trois personnes se trouvant à l’arrière. La première à être ciblé fut Iuno, qui jouait le rôle de soutien dans le milieu du groupe.

« Wôw. Pourquoi ignore-t-il le kigurumi et vient-il directement sur moi !? Je ne peux pas supporter les serpents ! » (Iuno)

Il semblait que l’attaque soudaine de serpents avait touché les jambes d’Iuno. Après qu’elle soit tombée sur ses fesses, incapable de bouger, le serpent ouvrit sa bouche en s’approchant d’Iuno. À ce moment-là, juste quand elle était sûre qu’elle allait mourir.

Tranche !

Alors que le serpent était sur le point de planter ses crocs dans Iuno, Le Petit Musashibo utilisa son naginata pour couper en deux le serpent. Avec une coupe au centre, séparant ainsi sa tête de sa queue, les deux moitiés du serpent continuèrent à se débattre pendant un moment avant de finir par cesser de bouger.

Petit Musashibo déplaça rapidement son naginata afin de nettoyer le sang se trouvant dessus.

Après avoir retrouvé ses sens, Iuno déclara timidement au Petit Musashibo, « M-Merci beaucoup... »

« ... » (Le Petit Musashibo lui fit un coup d’œil avant de faire une petite tape sur la tête d’Iuno.)

Quand elle vit que le Petit Musashibo ne se vantait nullement, mais qu’il s’inquiétait pour elle, Iuno posa une main sur sa poitrine. Elle devait avoir été terriblement effrayée se dit-elle, parce que son cœur était encore en pleine folie, et cela pour une raison inconnue.

C’est un type bizarre. Mais il ne semble pas être un méchant...

Après avoir réévalué son opinion sur cet homme, Iuno courut afin de rattraper le reste de son groupe.

L’équipe continua son exploration. Quand ils entrèrent dans le deuxième niveau, les attaques de créatures géantes devinrent seulement plus intenses. Maintenant, ils n’étaient pas seulement confrontés à des ennemis solitaires, mais ils affrontaient des groupes.

« ... » (Le Petit Musashibo découpa un essaim de chauves-souris géantes avec une attaque tourbillonnante.)

« Ho, c’est vraiment magnifique. » (Dece)

« ... » (Petit Musashibo leva le pouce en l’air.)

« ... Hm ? Hé... » (Dece)

« ... » (Petit Musashibo inclina la tête vers le côté, comme pour dire : « Quoi ? »)

« Tu sais, il y a un certain nombre de petits monstres accroché sur ton dos. » Déclara Dece.

« !? »(Petit Musashibo regarda autour de lui.)

« Hé... Ici. Je vais les enlever pour toi. » (Dece)

Permettez-moi d’expliquer. Le Petit Musashibo n’avait aucune sensation de douleur, et n’avait donc pas remarqué qu’il était mordu par de nombreuses créatures.

— Quelques minutes plus tard.

Splash ! Splash !

« ... » (Petit Musashibo était tombé dans un trou plein d’eau et se débattait.)

Splash ! Splash !

« ... » (« Dépêchez-vous, aidez-moi » était ce qu’il indiquait aux autres membres du groupe.)

Cette vue fit que Julia et Febral se sentirent étranges.

« Il a l’air de jouer. » Déclara Julia.

« Il semblerait. » Répondit Febral.

« Hé ! Dépêchez-vous et allez l’aider ! » Déclara Iuno. « Allez, vous aussi. Attrapez-le. »

Iuno tendit la main, attrapant le Petit Musashibo. Ayant été sauvé, le Petit Musashibo s’inclina à nouveau devant Iuno.

« ... » (« Merci beaucoup ! Je n’oublierai jamais votre gentillesse », disait-il.).

« V-Vous n’avez pas besoin de me remercier. » Balbutia Iuno. « Je vous le devais pour avant. Il est tout naturel pour les camarades de s’entraider. »

« ... » (« Vous êtes prête à me reconnaître comme étant votre camarade ? » Il devint submergé par l’émotion.)

« Qui cela dérangerait-il ? Allons-y maintenant ! » (Iuno)

« ... » (« Ah, attendez-moi ! » Il courut après Iuno.)

Les pas lents et agiles du Petit Musashibo réduisirent la distance entre eux. Les autres membres de l’équipe étaient stupéfaits.

« Iuno... Est-ce qu’elles parlent vraiment avec ce kigurumi ? » Demanda Dece.

« Selon moi, c’était bien à ça que cela ressemblait, » Confirma Febral. « Cependant, le kigurumi n’a rien dit. »

Julia rit. « Si c’est le cas, alors c’est peut-être le pouvoir de l’amour. »

« « Amour !? » » Les réponses simultanées des deux hommes firent écho dans le sombre tunnel.

— Un peu plus d’une heure plus tard, les aventuriers atteignirent finalement le troisième niveau.

Peut-être avait-il été construit pour être spacieux, car les plafonds se trouvaient à une hauteur de vingt mètres et les chemins étaient bien plus larges qu’avant. Ce troisième niveau était le plus bas des passages souterrains. Bien qu’il y ait eu quelques petits inconvénients en cours de route, leur progression ici était plus facile.

« Ce n’est pas un défi, » Déclara Iuno. « Je peux voir pourquoi ils ont dit que c’était au niveau des débutants. »

« ... » (Petit Musashibo leva la tête vers le côté comme pour dire : « Vraiment ? »)

« Après tout, nous sommes habitués aux monstres se trouvant dans les donjons. » Expliqua Iuno. « Peu importe leur férocité, nous ne perdrons pas face à quelques animaux. »

« ... » (Il la regardait comme pour lui dire : « Vous dites ça, mais vous avez eu horriblement peur de ce serpent. »)

« Celui-ci ne compte pas ! Chacun a des choses dont ils ont peur ! » Explosa Iuno.

« ... » (Il haussa les épaules comme s’il disait : « Bien sûr, je le savais déjà. »)

« Hé ! Si vous avez quelque chose à dire, alors dites-le ! » Ragea-t-elle. « Si je suis sérieuse... »

Le reste du groupe semblait stupéfait alors que les deux se disputaient dans le tunnel souterrain. (Même si Iuno était la seule à parler.)

« Sérieusement, comment fonctionne cette conversation ? » Demanda Dece.

« Je suis enclin à commencer à croire la suggestion de Julia concernant “l’amour”. » Déclara Febral.

Ensuite, ceci arriva.

« Hein !? Vous tous, soyez sur vos gardes ! » Cria Iuno.

L’atmosphère décontractée disparut d’un coup, et tout le monde se plaça en position pour le combat. La façon dont ils pouvaient faire cela comme de tourner une page rendait les aventuriers si impressionnants.

Dece demanda. « Iuno, combien de créatures sont présentes ? »

« Une seule. » Répondit-elle. « Mais elle est extraordinairement grande ! »

Les voleurs possédaient des sens affûtés et donc, ils pouvaient utiliser le moindre bruit ou vibration pour juger avec précision du nombre et de la taille des adversaires se trouvant dans un tel endroit.

« À quel niveau de taille parlons-nous ici ? » Demanda Dece.

« Le serpent géant était minuscule face à lui. » Répliqua-t-elle.

« C’est juste un passage souterrain, n’est-ce pas ? » Demanda Julia. « Pourquoi y a-t-il quelque chose de si gros ici ? »

Febral fut celui qui répondit. « J’ai entendu dire que, dans des espaces souterrains comme celui-ci, les créatures peuvent atteindre des tailles qui seraient impensables dans des circonstances normales. Une fois qu’ils atteignent une certaine taille, elles n’ont plus de prédateurs naturels et, parce que les températures restent à peu près égales toute l’année, plutôt que de mourir, elles continuent à grossir. »

« Donc, vous dites qu’il y a une chose qui avance vers nous et qui est grande comme ça ? » Demanda Dece.

Au moment où ces mots quittèrent la bouche de Dece, l’air sembla comme trembler. Il n’avait nullement fallu les compétences d’un voleur pour savoir que l’énorme chose était presque à leur niveau.

« Il arrive ! » Cria Iuno.

Et la créature apparut devant eux. Son corps massif avait presque atteint le plafond, ce qui était déjà très grand pour un tunnel souterrain. Il possédait une peau gluante et, contrairement à sa bouche qui semblait pouvoir ouvrir démesurément, ses yeux étaient si petits qu’ils ne se rendirent pas compte au départ qu’il s’agissait de ses yeux.

« « « Une salamandre ! » » » Crièrent les quatre personnes à l’unisson.

Une seule personne, le Petit Musashibo déclarant « ... » (« Une salamandre ridiculement énorme ? »), eut une réaction différente des autres.

Dece ne pouvait pas croire ses yeux. « Oh ! Normalement, les salamandres ont tout au plus... heu... peut-être deux mètres de long, n’est-ce pas ? »

« ... » (« Les salamandres de ce monde sont habituellement de la taille d’un dragon de Komodo !? ») Le Petit Musashibo fut surpris, mais personne ne put le remarquer.

« Celui-ci semble avoir plus de dix mètres de long, » Déclara Dece.

« Ils peuvent ainsi devenir si grands... » Febral semblait impressionné. « Cependant, il s’agit là d’une salamandre. Leur muqueuse est très acide. Il serait dangereux d’attaquer avec des armes de mêlée, et il résiste à la chaleur. D’autre part, si nous pouvons le congeler, ce combat pourrait être un combat facile. »

« Nous n’avons personne qui puisse utiliser la magie de glace, » dit Dece. « Si les flammes fonctionnaient, Julia pourrait l’avoir en utilisant sa magie, mais... Et vous, monsieur. Kigurumi ? »

« ... » (« Non. » Il secoua la tête.)

« Eh bien, il n’y a rien d’autre à faire, alors. Courons... » dit Dece, le chef du groupe, appelant à une retraite. « Notre mission était d’explorer et d’enquêter. Il ne faut pas prendre trop de risques. Si nous signalons simplement que nous avons trouvé cette chose, le château devrait pouvoir plus tard envoyer une équipe de subjugations. »

« ... Je comprends ce que tu dis, mais pouvons-nous nous éloigner si facilement ? » Demanda Febral.

Comme l’avait souligné Febral, la salamandre avait les aventuriers en plein de sa ligne de mire.

Dece serra la mâchoire, levant après ça son bouclier puis avança. « Nous allons devoir partir. Febral et Julia sont les plus rapides, alors ils vont y aller en premier. Iuno n’a pas beaucoup d’équipement, alors elle peut y aller juste après eux. Monsieur Kigurumi, puis-je compter sur vous pour assurer l’arrière avec moi ? »

« ... » (« D’accord ! » Dit-il en levant le pouce.)

« D’accord... Allez-y. » (Dece)

Ils se déplacèrent tous lorsque Dece en donna l’ordre.

Febral et Julia avaient alors couru sur le chemin d’où ils venaient, alors que Dece et le Petit Musashibo restaient en arrière, gardant la salamandre en échec. Iuno avait mis ses jambes en fonction, courant dans la zone, rendant ainsi confuse la salamandre. La salamandre avait essayé de foncer sur les deux qui avaient fui, mais, avec Dece et le Petit Musashibo qui lui bloquait la route et les mouvements d’Iuno qui le déconcertaient, elle ne pouvait pas beaucoup avancer. Finalement, elle sembla s’impatienter, car à ce moment-là, la salamandre lâcha un cri avant de frapper avec sa longue queue. Quand ceci se produisit, le mucus attaché à sa queue vola partout.

« Oh ! Un tir ! Tout le monde, regardez bien ! » Cria Dece.

« Argg ! » Julia cria d’effrois.

Le mucus très acide avait plu, touchant les aventuriers. Il s’était collé au bouclier de Dece, à l’armure pectorale d’Iuno, au dos des vêtements de Febral et à la longue jupe de Julia, sifflant et libérant une odeur désagréable, et dissolvant le tissu et le métal.

« Le mucus de Salamandre peut aussi faire fondre la chair ! Enlevez tout équipement sur lequel il y en a ! » Febral cria ça tout en enlevant le haut de ses habits. Quand ils entendirent cela, Dece laissa tomber son bouclier et Julia retira sa jupe, continuant à courir en affichant ses sous-vêtements.

« Attends, il a eu mon armure pectorale ! » Cria Iuno.

« Et bien ! Dépêche-toi de l’enlever ! Si tu ne le fais pas, tu peux déjà oublier tes seins, car tu afficheras bientôt tes côtes ! » Ordonna Dece.

« Arg... » (Iuno)

Avec Dece en train de lui crier dessus, Iuno se dépouilla de son armure pectorale et sa chemise, devant ainsi seins nus. Elle avait alors fait de son mieux pour se couvrir avec son bras droit tout en tenant son épée courte dans la gauche, mais elle devint rapidement d’un rouge vif d’embarras.

« Iuno, vas-y maintenant ! Monsieur Kigurumi, allez-vous bien !? » (Dece)

Une fois que Dece avait confirmé qu’Iuno avait commencé à courir, il regarda vers le Petit Musashibo pour trouver son visage, couvert de mucus.

« Hé ! Que se passe-t-il ? Retirez immédiatement ce kigurumi ! » (Dece)

« ... »

Malgré les soucis de Dece, le Petit Musashibo secoua sa tête en avant et en arrière. Après avoir effectué une observation plus attentive sur lui, il constata que malgré le fait qu’il y avait du mucus sur lui, il ne montrait aucun signe de destruction.

« ... Attendez. Est-ce que votre kigurumi est immunisé aux acides ? » Demanda Dece.

« ... » (Petit Musashibo lui fit un signe affirmatif.)

Permettez-moi d’expliquer.

Pour la "peau" du Petit Musashibo, son créateur avait payé très cher, utilisant ainsi son salaire qu’il avait accumulé et qu’il n’avait pu dépenser ailleurs. Elle était donc spécialement résistante à la chaleur, aux balles, aux lames, à la perforation et de très hautes qualités.

Pendant un moment, Dece se figea, l’air stupide. « Hahahah...! D’accord, alors dans dix secondes, nous allons aussi courir. Soit prêt. ... Trois, deux, un, zéro. »

Arriver à un, les deux personnes se mirent à courir. La salamandre les poursuivit. Cependant, peut-être en raison de la taille si importante de son corps, elle n’était pas très rapide.

Alors que tous pensaient, nous allons bientôt pouvoir nous échapper ! Une fois de plus, la salamandre frappa avec sa queue. Parce que cette fois-ci, elle l’avait fait tout en courant, le mucus fut projeté dans des directions aléatoires.

« Arg ! » Cria Iuno.

« Iuno ! » Cria Dece.

Le mucus n’avait pas frappé Dece ou Musashibo, mais malheureusement il avait touché la jambe d’Iuno. Iuno s’était accroupie, tenant sa jambe serrée. Il semblait qu’elle ne pouvait pas passer à travers cette douleur extrême. À ce rythme, elle allait les rattraper. Et c’est alors que...

« ... ! » (Petit Musashibo courut vers elle.)

« Wôw ! » Cria Iuno.

... Le Petit Musashibo la leva dans ses bras, puis la jeta dans le panier d’osier se trouvant sur le dos. Puis, avec Iuno encore dans le panier, le Petit Musashibo couru avec des pas plus lent qu’avant. Iuno sortit sa tête hors du panier, regardant le visage du Petit Musashibo de profil alors qu’il courait.

« Hum... Merci beaucoup » (Iuno)

« ... » (Petit Musashibo lui fit un pouce vers le haut.)

Alors, après un certain temps, Dece et le Petit Musashibo traversèrent un trou plus étroit.

Après avoir échappé difficilement à la salamandre et être retournés à la surface, les aventuriers firent leur rapport à la guilde. Bien qu’ils n’aient pas réussi à massacrer la salamandre, leur rapport d’observation fut jugé valide, et ils reçurent ainsi une forte somme. Il semblerait que bientôt, une force de subjugation serait envoyée pour traiter les problèmes causés par cette salamandre. Quoi qu’il en soit, la quête était maintenant terminée.

Avec leur récompense en main, le groupe prévoyait de diviser le butin entre eux. Cependant, pour une raison inconnue, le Petit Musashibo n’avait pas voulu prendre de part. Dece n’était pas en mesure de savoir pourquoi.

« Ce n’est pas juste, nous vous le devons pour avoir sauvé Iuno ! Veuillez prendre votre récompense, » Plaida Dece.

« ... » (Petit Musashibo secoua silencieusement sa tête.)

« Êtes-vous vraiment, mais vraiment sûr de ne pas en vouloir ? » (Dece)

« ... » (Petit Musashibo hocha la tête positivement. Puis il bougea pour leur dire « Au revoir. »)

Le Petit Musashibo s’éloigna alors du groupe avec ses larges pas. Julia et Iuno, qui s’étaient déjà changées pour être dans des vêtements propres, regardèrent cet homme partir, affichant des regards égarés sur leurs visages.

« Je me demande, qui était vraiment cette personne ? » Demanda Julia.

« Ne me le demandez pas. » Dis Iuno. « Est-ce que c’était vraiment une personne ? »

« Je parie qu’il s’agit d’une petite fée qui se trouve à l’intérieur. » Taquina Julia.

« J’en doute. » Répondit Iuno. « Mais, s’il y avait... Je suis sûr que... »

Oui, je suis sûr que dans ce cas il s’agit d’une bonne fée, Pensa Iuno.

Et ainsi, le Petit Musashibo disparut, laissant derrière lui un mystère. Le mage pensait-elle correctement et était-ce réellement une fée ?

Et ainsi, une autre légende urbaine naquit dans la capitale.

***

Au sein de la grande salle de bain commune se trouvant à l’intérieur du château de Parnam.

Ici, il y avait le torse d’un Petit Musashibo de grande taille qui trempait dans une baignoire, Souma qui lavait l’acide et la boue, et Liscia qui le regardait avec un regard froid dans ses yeux.

« ... Est-ce simplement mon imagination, ou est-ce encore plus grand que lorsque je l’ai vu la dernière fois ? » Demanda-t-elle.

« L’autre fois, c’était juste un prototype, » expliqua-t-il. « Je l’ai utilisé comme modèle lorsque j’ai envoyé la demande afin de trouver des artisans se trouvant dans la ville du château. »

« Ha ! Ne me dites pas que l’“Aventurier Kigurumi” dont parlent les rumeurs partout dans la ville est... » (Liscia)

« Oui, c’est probablement cette chose... Attendez Liscia ? Pourquoi faites-vous ce regard effrayant ? » (Souma)

« Tout d’abord, le mannequin, maintenant ça ! Essayez-vous de convaincre la population que Parnam est la capitale du démon ? » Cria-t-elle.

« Ha, ça fait mal... ! Arrêtez, woaashhhh ! » (Souma)

Quand Liscia lui lança le seau, Souma recula, tombant en arrière dans un bain d’eau froide avec ses vêtements toujours sur lui. Alors qu’il était dans l’eau, Souma pensa à tout ce que le Petit Musashibo avait connu aujourd’hui comme expérience.

Je n’aurais jamais imaginé qu’il y avait une créature géante comme celle-ci sous la capitale. Je suis content que nous ayons pu le trouver avant que les rapports sur les dommages ne commencent à arriver, mais j’ai quand même mis en danger Iuno et ses amis.

Il avait supposé avec optimisme que même les aventuriers débutants devaient être en mesure de s’occuper des animaux sauvages qui y vivaient, alors il avait agi ainsi, réglant le niveau de difficulté trop bas. Et des aventuriers avaient été à deux doigts de subir une mort inutile lors d’une quête qu’il avait créée. La raison pour laquelle il n’avait pas pris la récompense à la fin était qu’il avait l’impression que c’était la moindre de chose après les problèmes qu’il avait causés à Iuno et aux autres.

... Bien que la plus grande raison soit qu’il serait idiot d’accepter la récompense pour une quête qu’il avait lui-même créée.

Quoi qu’il en soit, je dois vraiment réfléchir à ce qui s’est passé aujourd’hui. Bien que...

« Hum... Merci beaucoup » Dit Iuno.

Quand il se rappela le visage d’Iuno quand elle avait dit cela timidement, alors que le Petit Musashibo la portait, les coins de la bouche de Souma se levèrent un peu.

... L’aventure elle-même était amusante. J’espère que je vais avoir la chance de le faire à nouveau.

C’est ce que pensait Souma alors qu’il était assis là, trempé dans l’eau sale.

☆☆☆

Histoire courte en prime : La Petite Princesse Tanuki d’Amidonia

La capitale de la Principauté d’Amidonia, Van.

Comme on pouvait s’y attendre d’une nation de guerriers, la ville était entourée de hautes murailles et les bâtiments étaient gris cendré, sans excès de style. Peut-être parce que l’attention de leur dirigeant était si fortement tournée vers l’armée, le plan de la ville était un désordre alambiqué et plein de ruelles.

En ce moment, une jeune fille courait dans ces ruelles. Elle avait seize ans, peut-être, avec un physique petit et mince. Son visage possédait des traits réguliers et elle attachait ses cheveux en tresses jumelles.

Elle était la fille de l’actuel Prince Souverain Gaius VIII, Roroa Amidonia.

Elle avait un air différent de son père austère et sévère Gaius ou de son frère froid et calculateur Julius. La façon dont elle était curieuse de tout et de rien la rendait aussi adorable qu’un petit animal.

Quand elle sortait en ville, les gens étaient toujours prompts à l’appeler.

« Oh, mon Dieu, c’est la petite Roroa. Bonjour, » déclara une femme à Roroa, se préparant à ouvrir un magasin.

« Bonjour, Madame. Faites-vous un joli profit ? » demanda Roroa.

« Pas du tout. L’économie est maigre partout, » répondit la femme.

« Je vois. Désolée à ce sujet. Mon stupide père n’est pas très doué pour gouverner, » répondit Roroa.

« ... Vous devez être la seule dans ce pays à pouvoir dire cela, » déclara la femme avec un sourire tendu. Comme ce n’était pas rare dans les États militaristes, toute critique à l’égard des personnes au pouvoir entraînerait rapidement l’arrestation d’une personne dans une telle situation. La seule raison pour laquelle Roroa pouvait s’en tirer en parlant comme elle l’avait fait, c’était parce qu’elle était la première princesse de ce pays.

Cependant, Roroa répondit avec un sourire qui ne semblait pas du tout venir d’une princesse.

« Attendez, c’est tout. Je vais faire quelque chose pour résoudre ça, » déclara Roroa.

« Hahahaha, j’ai hâte d’y être, » répondit la femme.

« Bien sûr ! » s’écria Roroa.

Et avec un signe de la main à la femme, Roroa s’était encore mise à courir au loin.

 

☆☆☆

 

Dans la rue commerçante de Van, il y avait un magasin de vêtements pour hommes. Le petit panneau à l’avant indiquait « Le Cerf d’Argent » dans une police de caractères élégante. Roroa avait ouvert la porte du Cerf d’Argent avec une grande force, appelant haut et fort le propriétaire.

« Sébastiennnnn ~ ♪ laisse-moi jouerrrrrr ~ ♪ » déclara Roroa.

« ... Lady Roroa, » répliqua une voix masculine.

Après qu’elle l’eut fait, un homme d’âge moyen aux cheveux grisonnants qui était habillé comme un barman était sorti de l’arrière de la salle. Il semblait être le genre d’homme élégant et profondément intellectuel à qui l’arôme du thé noir conviendrait bien, mais il se tenait la tête, comme s’il souffrait soudainement d’un mal de tête.

« Ne criez pas les noms des personnes si fort. Qu’est-ce que vous voulez dire par jouer ? » demanda Sébastien.

« Tu n’es pas drôle, Sebas, » répondit Roroa.

« C’est Sébastien, et je travaille en ce moment..., » répondit-il.

« Hmm ? Je n’ai pas eu l’impression que tu avais des clients, » répondit Roroa.

Roroa avait regardé l’intérieur du magasin, mais elle n’avait pas vu de clients. L’atmosphère du magasin était agréable, et beaucoup d’articles exposés étaient de bon goût, donc c’était étrange de voir les affaires si mortes.

« ... Eh bien, les hommes de Van n’ont jamais beaucoup aimé la mode, » déclara Sébastien en riant.

Le Cerf d’Argent avait des succursales tout autour d’Amidonia, mais bien que le magasin de Van soit le siège social, ses ventes étaient terribles. Étant donné l’austérité qui était le caractère national, les hommes d’Amidonia ne se préoccupaient pas de ce qu’ils portaient, et cette tendance était particulièrement prononcée à Van.

« Normalement, ce sont les femmes qui préfèrent ce genre de choses élégantes, » déclara Roroa.

« Le jour où je commencerais à stocker des vêtements stylés pour femmes, ce sera le jour où ce magasin fait faillite, » répondit-il.

Dans la société patriarcale d’Amidonia, les femmes étaient regardées avec dédain si on les voyait sortir dans des vêtements inutilement voyants. C’est pourquoi les femmes amidoniennes ne portaient que des vêtements aux couleurs discrètes, donc même si ce magasin avait des vêtements stylés pour femmes, il ne se vendrait pas du tout.

C’était une autre chose dont Roroa n’était pas satisfaite.

« Franchement, c’est stupide. Le marché est défini par la demande des clients. C’est l’expansion du marché qui mène au développement économique, mais la demande des clients est limitée par notre société. »

Alors que Roroa était une princesse, elle avait aussi un rare sens de l’économie. Avec des individus comme Colbert, le ministre des Finances, elle se déplaçait dans la capitale financière du pays pour faire des profits et enrichir le pays. Cependant, son père Gaius avait dépensé la majeure partie de ses bénéfices presque entièrement sur l’expansion de l’armée.

« Si je veux vraiment reconstruire ce pays, il faudra peut-être que je doive d’abord rajuster quelques points. Les idées fixes que les gens ont mises dans leur tête s’en trouveraient anéanties, » déclara Roroa.

« Franchement... pourriez-vous ne pas dire des choses aussi dangereuses dans mon établissement ? » dit Sébastien avec un soupir de consternation.

« Alors, Lady Roroa, en quoi puis-je vous être utile aujourd’hui ? » demanda-t-il après ça.

« Hm ? Oh, c’est vrai. Je voulais te demander quelque chose, » déclara Roroa.

Alors que Roroa déclarait ça, elle s’était rapprochée de Sébastien comme un chaton dans le besoin. Quand elle faisait ce genre de gestes, elle était vraiment comme un petit animal.

« Écoute, es-tu lié à des marchands à l’étranger, Sébastien ? » demanda-t-elle.

« Eh bien... Oui, dans une certaine mesure, » répondit-il.

« Donc, en gros, cela signifie que tu disposes d’informations sur un tas d’autres pays. Dans ce cas, il y a quelque chose que j’espérais que tu pourrais me dire sur le royaume d’Elfrieden, » déclara Roroa.

« À propos du Royaume d’Elfrieden ? » demanda-t-il.

Le Royaume d’Elfrieden était l’un des pays qui étaient voisins avec la Principauté d’Amidonia. De plus, il y a une cinquantaine d’années, la Principauté avait perdu près de la moitié de son territoire dans une guerre contre le Royaume et, de ce fait, il était considéré, entre autres, comme un ennemi juré.

« Alors, qu’est-ce que vous voulez demander ? » demanda-t-il.

« J’ai entendu mon père dire qu’il y a eu un changement soudain de rois. Est-ce que tu sais quelque chose à ce sujet ? » demanda-t-elle.

« Ahh. Vous devez parler de la façon dont le roi Albert a cédé son trône à Souma Kazuya, » répondit-il.

« Ouais, c’était ça ! Je voulais te parler de Souma ! » déclara Roroa.

Quand elle avait fini de parler, Roroa avait croisé les bras et avait incliné la tête sur le côté.

« J’en sais un peu moi-même. C’est le héros qu’ils ont invoqué d’un autre monde, non ? Je ne comprends pas comment il a fini par devenir roi, mais ce que je ne comprends vraiment pas, c’est que même si c’est un héros, on n’entend pas parler de ses actes héroïques. Les héros ne sont-ils pas censés vaincre des monstres et parcourir des donjons, et tout ça ? » demanda-t-elle.

La façon dont Roroa avait parlé en utilisant des petits gestes pour tout cela avait fait apparaître un sourire sur le visage de Sebastian.

« C’est vrai, je n’ai jamais entendu de telles histoires sur le roi en question, » répondit Sébastien.

« Je sais, n’est-ce pas ? Mon père pense qu’un chiot inexpérimenté a été mis sur le trône, et il pense avoir raison et est prêt à en profiter, mais... quelque chose m’ennuie à ce sujet. J’ai entendu dire que leur dernier roi était un leader médiocre et trop gentil, mais est-ce qu’il rendrait vraiment son trône si facilement si ce type était juste un enfant ? » demanda Roroa.

« ... Je suppose que non, » répondit-il.

Roroa était intelligente. Elle avait une plus grande capacité à aller au fond des choses que son père ou son frère. Si elle avait pu monter sur le trône, la principauté se serait sûrement beaucoup développée. Cependant, elle n’avait pas la cruauté dont elle aurait besoin pour faire du mal à son père et à son frère et prendre le trône pour elle. Sébastien regrettait qu’elle ne puisse jamais s’asseoir sur le trône, mais il la considérait aussi favorablement parce qu’elle n’avait pas une personnalité qui lui permettrait de le faire.

C’est pourquoi Sébastien avait donné à Roroa les informations dont il disposait.

« J’ai entendu dire que ce Souma construit des routes pour lutter contre une crise alimentaire, ou quelque chose comme ça, » déclara Sébastien.

« Hein ? Construire des routes pour lutter contre une crise alimentaire ? » demanda Roroa.

Pendant un moment, Roroa avait été prise par surprise, mais elle s’était vite mise à rire. Ce rire, cependant, n’était pas du genre à se moquer d’une politique malavisée.

« Ahahahahaha ! Je vois. Il veut construire un réseau de transport pour augmenter leur capacité de transport et traverser la crise de cette façon. Bien qu’il soit jeune, il a déjà de meilleures politiques que mon père, » déclara Roroa.

Roroa avait su aller au cœur de la politique de Souma. En augmentant la fluidité de la distribution, il entendait compenser les excédents et les pénuries d’approvisionnement. Roroa s’essuya les yeux et reprit son souffle.

« Ouaip ! Ce nouveau roi Souma a toute mon attention. Sébastien, ça te dérangerait d’utiliser ton réseau pour me donner le plus d’infos possible sur Souma ? » demanda Roroa.

Voyant à quel point Roroa était devenue pleine d’énergie, Sébastien haussa les épaules.

« Ça ne me dérange pas, mais... qu’est-ce que j’y gagne ? » demanda-t-il.

« Considère ça comme un investissement dans l’avenir. Je suis à peu près sûre..., » commença Roroa.

*

— On va s’en tirer à bon compte.

*

Tandis qu’elle prononçait ces mots, Roroa avait un sourire audacieux.

☆☆☆

Histoire courte en prime : Aisha : Le jour du départ

Cela s’était passé dans la vaste région boisée du sud du Royaume d’Elfrieden, également connue sous le nom de Forêt Protégée par Dieu.

Cette forêt, que l’on disait protégée par un dieu-bête, était aussi le domaine des elfes sombres.

Pouvant réaliser beaucoup de prouesses martiales, ils étaient fiers de leur rôle de protecteurs des forêts et se considéraient comme un peuple qui vivait et mourait avec la forêt. Ils ne socialisaient pas avec d’autres races et, même s’ils faisaient partie du royaume, c’était seulement parce qu’ils avaient déterminé que, si le royaume tombait, la Forêt Protégée par Dieu serait en danger.

Cependant, récemment, la situation dans la forêt avait changé. D’ordinaire, l’entrée dans la Forêt Protégée par Dieu était interdite à tous sauf à ceux de la race des elfes sombres, mais maintenant les membres des autres races du royaume avaient commencé à s’y aventurer. La cause en était la crise alimentaire qui avait surgi après l’apparition du Domaine du Seigneur-Démon. D’autres races dans les environs, luttant pour trouver quelque chose à manger, avaient commencé à pénétrer dans la forêt à la recherche de ses richesses naturelles.

Cependant, la générosité de la forêt n’était pas sans limites. Les elfes sombres pouvaient comprendre que la crise alimentaire rendait la vie difficile à ces personnes, mais ils avaient eux-mêmes besoin de la générosité de la forêt pour survivre. En conséquence, il y avait eu des affrontements à la lisière de la forêt entre les elfes sombres qui se protégeaient contre les intrusions et les membres d’autres races qui voulaient entrer dans la forêt.

Si on laissait les choses suivre leur propre cours, cela risquait de dégénérer en un conflit armé plus vaste. Il fallait faire quelque chose.

Ayant décidé de faire exactement cela, une jeune femme était sur le point de quitter la forêt.

 

☆☆☆

 

« Au revoir, mon père. Je reviendrai bientôt, » déclara une jeune fille à la peau marron clair qui semblait avoir 18 ou 19 ans, en plaçant une grande épée sur son dos.

Il s’agissait d’Aisha Udgard, l’unique fille de Wodan Udgard, chef du village des elfes sombres.

« Je jure que je sortirai victorieuse du tournoi d’arts martiaux et que je me tiendrai devant le roi, » ajouta Aisha, se frappant la poitrine une fois avec fierté.

Récemment, il semblait que le trône avait été transmis à un nouveau roi. Qui plus est, ils avaient entendu dire que le nouveau roi faisait maintenant de larges recherches de personnes talentueuses. Dans le cadre de ce processus, il organiserait le tournoi d’arts martiaux, le Meilleur du Royaume, où les combattants s’affronteraient pour démontrer leur don en compétences martiales. Si elle remportait ce tournoi, elle pourrait assister à une cérémonie de remise des prix organisée par le roi. En d’autres termes, elle pouvait rencontrer le roi en personne. Si elle en avait l’occasion, elle pourrait faire un appel direct à lui au sujet du sort de la forêt.

Les affrontements commencent déjà à s’intensifier au-delà de ce que nous pouvons nous-mêmes gérer. Je dois faire en sorte que le nouveau roi prenne des mesures pour empêcher les intrusions !

C’était le plan d’Aisha.

« ... Dois-tu y aller ? » Alors qu’il la regardait partir, Wodan semblait inquiet. « Un appel direct au roi sera considéré comme un affront. Ce jeune homme, Souma, vient de monter sur le trône. On ne sait pas quelle décision il prendra. Il n’est pas nécessaire d’en envoyer un aussi jeune que toi, n’est-ce pas ? »

Voyant l’inquiétude de son père, Aisha secoua la tête en silence. « Père, tu sais combien je suis compétente au combat. Je suis la plus forte de notre village. Il devrait m’être possible de gagner le tournoi et de rencontrer le roi. Là, je m’adresserai directement à lui au sujet de la situation critique que traverse notre forêt. »

« Hmph ! Un roi humain n’écoutera jamais nos demandes, » déclara une voix méprisante. C’était le frère cadet de Wodan (l’oncle d’Aisha), Robthor, qui était également venu la voir. Robthor avait toujours été un conservateur, mais dernièrement, chaque fois qu’il y avait eu un affrontement, il avait emmené les guerriers et s’était dirigé vers le site de l’échauffourée. Cela l’avait conduit à développer une méfiance à l’égard des autres races.

« Mon oncle, nous devons d’abord le rencontrer et lui parler, » déclara Aisha. « Heureusement, j’ai entendu dire que le nouveau roi est un sage. »

« Tu es trop optimiste, » rétorqua son oncle. « Tu trouveras peut-être à la place qu’il est rusé. »

« Je dois d’abord voir quel genre d’homme il est, » déclara Aisha.

« Hmph ! Fais donc ce que tu veux, » répondit-il.

En laissant derrière lui ces mots, Robthor était rapidement parti. Alors qu’il affichait un sourire amer face au comportement de son jeune frère, Wodan posa une main sur l’épaule d’Aisha.

« Quoi qu’il en soit, je te demande juste de rentrer à la maison en toute sécurité. Quel qu’en soit le résultat, je ne t’en blâmerai pas. Tant que tu reviens saine et sauve, c’est bien et c’est tout ce que je te demande, » déclara son père.

« Oui ! Dans tous les cas, je le ferais ! » Aisha hocha la tête fermement, et Wodan hocha la sienne.

« Cela dit, » poursuivit-il, prenant un air inquiet, « Tu n’as jamais quitté la forêt auparavant, n’est-ce pas ? C’est ce qui m’inquiète. »

« Qu’y a-t-il à craindre ? Même parmi les hommes de ce village, aucun ne peut égaler ma force, » répondit Aisha.

« Tous les dangers du monde extérieur ne viennent pas de ceux qui te sont hostiles. » Wodan avait essayé de le dire en des termes qu’Aisha comprendrait. « Aisha, tu es une excellente guerrière. Cependant, tu es une sorte de glouton. »

« L-Le suis-je vraiment... ? » demanda-t-elle.

« Si quelqu’un à l’extérieur t’offrait de la nourriture délicieuse, ne se pourrait-il pas que tu le suives avec insouciance là où il voudrait t’emmener ? » demanda son père.

« Je n’oublierai pas ma tâche ! » Aisha protesta, mais Wodan ne semblait pas trop enclin à la croire.

« Alors qu’en sera-t-il lorsque ta tâche sera terminée ? Et si celui qui t’offre à manger est un homme ? Si un homme t’apprivoise avec de la nourriture, viendras-tu tellement à vouloir être avec lui que tu ne désireras plus retourner dans la forêt ? »

Maintenant, ses plaintes étaient devenues celles d’un père qui craignait que sa fille ne traîne avec de mauvais hommes, alors Aisha répondit avec indignation. « Je ne prendrai jamais un homme plus faible que moi comme mari ! Et je ne me laisserai pas apprivoiser par la nourriture ! »

« Vraiment, et maintenant..., » commença-t-il.

« C’est la vérité ! Je jure, je ne céderai pas à la tentation de la nourriture ! » déclara Aisha.

« D-D’accord..., » déclara-t-il.

D’une façon ou d’une autre... cela semble être une cause perdue, Wodan semblait penser.

« Aie un peu plus confiance en moi ! » déclara Aisha avec indignation. « ... Maintenant, je dois y aller ! »

C’est ainsi qu’Aisha quitta la Forêt Protégée par Dieu.

 

☆☆☆

 

Plus tard, Wodan avait reçu d’Aisha un kui messager (quelque chose comme un pigeon voyageur). Dans la lettre, il était dit qu’elle avait gagné le tournoi et qu’elle avait pu faire un appel direct au roi comme prévu. Le message indiquait aussi que le roi avait donné une réponse favorable, et qu’elle n’avait pas été blâmée pour avoir fait appel direct. En outre, le message indiquait que le roi lui avait donné des indications précieuses sur la façon de gérer la forêt.

... Cela disait toutes ces choses, mais cela ne représentait qu’environ les deux dixièmes de ce qu’Aisha avait écrit dans sa longue lettre. Sur les huit dixièmes restants, les deux dixièmes exaltaient la merveille que représentait le nouveau roi, les cinq dixièmes racontaient à quel point tous les aliments qu’elle avait mangés pendant son séjour chez Sa Majesté étaient délicieux, et son rapport sur les événements récents représentait moins d’un dixième de cette lettre.

Tandis que Wodan était soulagé que sa fille ait accompli sa tâche avec succès, il savait que ce qu’il craignait s’était produit, et il poussa un profond soupir en tant que père.

« Soupir... eh bien, elle a l’air joyeuse, alors je suppose que c’est suffisant, » murmura Wodan, regardant vers la capitale.

 

☆☆☆

 

À cette époque, la voix d’Aisha retentit joyeusement dans la salle à manger du château de Parnam : « Votre Majesté ! Quelques secondes de plus, s’il vous plaît, j’ai presque fini ! »

☆☆☆

Histoire courte en prime : Le journal de Tomoe sur l’observation des personnes

Je m’appelle Tomoe Inui.

Je suis une louve mystique de dix ans. Quand le Domaine du Seigneur Démon a surgi, j’ai été chassée de chez moi dans le nord et je suis venue dans le Royaume Elfrieden en tant que réfugiée. Ma mère et mon petit frère sont aussi venus avec moi.

C’est ce que j’étais, mais il y a peu de temps, j’ai été adoptée par l’ancien roi et l'ancienne reine de ce pays.

Ils l’ont fait parce que je pouvais parler aux animaux et aux monstres, et cela a attiré l’attention du nouveau roi, Grand Frère Souma. Il m’a dit que c’était une capacité très importante. Ils m’ont adoptée, mais ma vraie mère et mon petit frère Rou ont aussi été autorisés à vivre dans le château, pour que je puisse toujours les voir.

Ça veut dire que j’ai deux mamans maintenant. Maman et l’ancienne reine ont bien pris soin de moi, alors je suis très heureuse.

Aujourd’hui, j’aimerais parler des gens qui font partie de ma vie.

 

☆☆☆

 

Pour commencer, je vais parler par ma Grande Sœur Liscia.

Elle est la fille de l’ancien couple royal, et elle a un mariage arrangé avec Grand Frère Souma. Je suis aussi sa petite sœur par adoption. Elle est courageuse, forte, jolie et cool. C’est une très gentille Grande Sœur.

« Souma, allez-vous vraiment importer quelque chose comme ça ? » demanda-t-elle.

« Oui. J’en ai absolument besoin, et je ne peux après tout pas l’avoir dans ce pays, » déclara Souma.

« D’accord, j’ai compris. Mais... pourquoi voulez-vous utiliser de la cendre volcanique ? » demanda Liscia.

« Eh bien, attendez de voir ce que je vais en faire, » répondit-il.

– C’est à ça que ressemble ma Grande Sœur Liscia, mais...

« Merci pour votre aide, Liscia, » déclara Souma.

« Qu... ? Ce n’est pas grand-chose... Je veux dire, vous le faites pour le pays..., » déclara Liscia.

... elle ne peut toujours pas aller de l’avant et être honnête quant à ses sentiments pour Grand Frère Souma.

 

☆☆☆

 

« Eh bien, Madame Tomoe. Êtes-vous venue déjeuner ? » Aisha m’avait parlé de devant la cantine du château de Parnam.

Mademoiselle Aisha Udgard est une elfe sombre, et elle protège toujours Grand Frère Souma. Elle est vraiment forte. J’ai entendu dire que même si tout un tas d’hommes s’était ligué contre elle, ils ne pourraient toujours pas battre Aisha. Elle est aussi jolie, grande et est « bien fournie ». J’admire sa silhouette. Serai-je comme ça un jour ?

– C’est comme ça qu’est Aisha, mais...

« Bonjour, Aisha. Poncho développe une nouvelle sauce pour les plats à base de farine. Il reste quelques échantillons. Voulez-vous les manger ? » Grand Frère Souma avait fait apparaître sa tête dans la cantine et l’avait appelée.

« Je vous suivrai pour le restant de ma vie, Votre Majesté ! » Aisha s’était précipitée vers lui.

... c’était tellement bizarre. Aisha est une elfe sombre, mais quand Grand Frère Souma et sa nourriture sont devant elle, elle secoue ses fesses d’avant en arrière. On dirait qu’elle a une queue.

 

☆☆☆

 

Il y a une autre personne que j’admire. Elle s’appelle Juna.

C’est une très bonne chanteuse avec de beaux cheveux bleus. Elle a de la grâce et elle semble être une femme mûre. Je l’admire, mais d’une manière différente que pour ma Grande Sœur Liscia et Aisha.

Elle a l’air de toujours prendre du recul par rapport à tout le monde et d’avoir une vue d’ensemble de la situation. Elle soutient tout le monde dans l’ombre. Elle est très mature. Je l’admire de plus en plus.

– C’est comme ça que Juna est, mais...

« ... »

« Euh... Juna ? » lui demandai-je.

« Qu’y a-t-il, Tomoe ? » demanda-t-elle.

« ... Non, ce n’est rien, » répondis-je.

« Hm ? »

... il y a des moments où Juna a l’air un peu solitaire quand elle regarde Grand Frère Souma avec Grande Sœur Liscia ou Aisha. Mais quand Grand Frère Souma se retourne pour la regarder, elle affiche toujours un doux sourire pour le cacher.

Je pense que si elle se sent seule, elle devrait le dire, mais Juna ne laisse jamais Grand Frère Souma la voir comme ça. Je ne comprends vraiment pas les adultes.

 

☆☆☆

 

Il y a une certaine pièce que je vais toujours visiter.

Elle appartient au Premier ministre de ce pays, Monsieur Hakuya Kwongmin.

Alors que j’avais frappé à la porte puis que j’étais rentrée dans la pièce, j’avais vu que Hakuya regardait une pile de papiers. Grand Frère Souma semblait occupé, mais Hakuya était lui aussi toujours occupé. Même s’il était toujours si occupé, Hakuya prenait du temps pour moi.

Quand Hakuya m’avait vue entrer, il avait dit. « Oh, petite sœur. Est-ce déjà l’heure ? » Il l’avait dit avec un petit sourire.

J’avais fait un petit salut. « Merci de m’accorder de votre temps aujourd’hui encore, professeur. »

« D’accord, » dit-il. « Eh bien, commençons par passer en revue l’histoire de ce pays. »

« D’accord ! » déclarai-je.

Depuis que j’étais arrivée dans ce château, Hakuya s’était mis à m’enseigner beaucoup de choses. La lecture, l’écriture, les maths, et même l’histoire de ce pays. Hakuya en sait beaucoup, et c’est un bon professeur. Je ne suis pas obligée d’étudier, mais c’est moi qui lui avais demandé de m’apprendre.

Même si c’est grâce à ma capacité, je suis reconnaissante que Grand Frère Souma et Grande Soeur Liscia m’aient adoptée comme leur petite sœur honorifique, alors je veux être une petite sœur intelligente dont ils peuvent être fiers.

Quand j’avais dit cela à Hakuya, il avait dit : « Je suis sûr que Sa Majesté et Lady Liscia veulent que vous vous amusiez comme un enfant de votre âge... » avec un sourire tendu.

Je veux quand même pouvoir aider, mon Grand Frère et ma Grande Soeur, le plus tôt possible. Je veux faire en sorte que nous puissions tous marcher ensemble dans ce pays. C’est pour ça que je vais travailler dur !

 

☆☆☆

 

Toc toc !

« Votre Majesté, puis-je avoir un moment ? » demanda Hakuya.

« Hm ? » demanda Souma.

« J’ai amené votre petite sœur, » déclara Hakuya.

« Zzzzz... »

« Ah, elle s’est encore endormie, hein ? » demanda Souma.

« Oui. Elle travaille dur sur la lecture, sur l’écriture et les mathématiques, mais cela arrive toujours quand on arrive à l’histoire... Croyez-vous que mes cours d’histoire sont ennuyeux ? » demanda Hakuya.

« Ne vous laissez pas abattre. Elle a dix ans, donc vous ne pouvez pas vraiment lui en vouloir. Je l’emmènerai voir sa mère plus tard. Allongez-la dans le lit là-bas pour moi, » demanda Souma.

« Oui, Sire, » déclara Hakuya.

« Franchement... Elle n’a pas besoin d’essayer de grandir si vite..., » déclara Souma.

« Elle est à l’âge où elle veut agir en adulte. Vous avez dû avoir un moment de votre vie comme ça aussi, n’est-ce pas ? » demanda Hakuya,

« ... Vous avez raison. Mais, pour l’instant..., » répondit Souma.

– Bonne nuit, Tomoe.

☆☆☆

Histoire courte en prime : Juna — Des jours meilleurs arrivent.

Dans la capitale royale du royaume des Elfrieden, Parnam.

Le café chantant Lorelei se tenait à un coin de la rue commerçante de cette ville-château.

Cette entreprise, dont le siège social se trouvait dans la Cité Lagune de la Duchesse Excel Walter, était très populaire et permettait à ses clients de déguster du thé et des collations le jour et de l’alcool la nuit, dans une atmosphère élégante, tout en écoutant les belles voix des chanteuses qui y travaillaient.

Il y avait une chanteuse dont la popularité était de première classe même selon leurs standards. C’était une diva aux cheveux bleus qui descendait des Loreleis, Juna Doma.

Son beau visage envoûtait tous ceux qui la regardaient, chacun de ses gestes était d’une élégance rare, et sa voix chantante était forte et belle.

Dans l’événement organisé l’autre jour pour rechercher les personnes possédant des dons, elle avait gagné dans les catégories « Beauté » et « Talent », et même lors de son audience avec le roi, il avait été dit que sa voix lui avait volé son cœur.

Cette grande chanteuse, Juna, chantait encore aujourd’hui au Lorelei.

La chanson était « Des jours meilleurs arrivent. »

Il s’agissait de l’une des chansons que Souma lui avait apprises.

Fermant les yeux, elle chantait avec puissance. Et dans son esprit, elle imaginait ce jeune roi.

Il est vraiment... un homme mystérieux..., pensa-t-elle.

Pendant que Juna chantait, elle repensait à ses souvenirs avec le roi Souma.

 

☆☆☆

 

« Eh bien, c’est un plaisir de travailler avec vous, Votre Majesté, » déclara Juna.

« Oh, oui... C’est un plaisir..., » déclara Souma.

Dans une pièce du château, Souma et Juna étaient assis face à face.

À part ces deux-là, dans la pièce, il n’y avait que deux servantes qui se tenaient près de la porte. Du côté de Souma, il n’y avait qu’une chaise, mais du côté de Juna, il y avait un bureau avec du papier et du matériel d’écriture. Comparé à l’audacieuse Juna, Souma semblait un peu nerveux et agité.

« ... Vous savez, je n’arrive pas à m’habituer à faire ça, » déclara-t-il.

C’était peut-être l’aura mature de Juna, mais bien qu’il ait à peu près le même âge et qu’il soit le roi, Souma avait tendance à parler d’une manière rigide en présence de Juna.

C’était trop aimable pour Juna, mais même si elle lui demandait de ne pas le faire, il semblait peu probable qu’il changerait facilement sa façon de parler.

« J’ai vraiment besoin que vous vous y habituiez. En plus, c’est vous qui nous avez suggéré de faire ça, vous savez ? » déclara Juna.

« C’était... Eh bien, oui. Mais quand même, chanter devant quelqu’un d’autre est un peu difficile pour moi..., » déclara Souma.

« Ce n’est embarrassant qu’au début. Cela se changera en plaisir une fois que vous vous y serez habitué, » déclara-t-elle.

« Vous le rendez un peu indécent, vous savez !? ... Quoi qu’il en soit, c’est parti, » déclara Souma.

Après avoir dit cela, Souma s’était mis à chanter avec hésitation.

Souma avait chanté une chanson du monde d’où il venait. Juna avait écrit la mélodie sur une partition. Tout avait commencé par le désir de Souma de partager les chansons de son monde avec les habitants de celui-ci.

Au début, Juna avait écouté directement les fichiers musicaux de son smartphone. Cependant, comme les piles étaient mortes au bout d’un certain temps, elles avaient adopté ce format. D’abord Souma chantait, Juna écrivait les partitions, puis elle les lui chantait pour vérifier qu’elles correspondaient.

Puis, quand la chanson était terminée, Juna lui lisait les paroles dans la langue de ce pays, faisant de son mieux pour ne pas en changer le sens. Parce que le sens musical de Souma n’était pas assez bon pour saisir l’harmonie ou les subtilités de la mélodie, le résultat finissait toujours par ressembler à une reprise, mais même ainsi, bon nombre de chansons de la Terre étaient venues dans ce monde par ce processus.

... Bien sûr, comme c’étaient toutes des chansons que Souma connaissait, la sélection était manifestement biaisée vers ses propres goûts, ce qui signifiait qu’il y avait inévitablement plus de chansons d’anime, de jeux vidéo et de tokusatsu.

En ce moment, Souma chantait le thème d’ouverture d’un certain jeu.

« Cela donne-t-il quelque chose comme ça... ? », demanda-t-elle.

Après avoir fini d’écrire ses partitions, Juna avait fredonné la mélodie.

La chanson était « Reset » de Ayaka Hirahara.

À ce moment-là, « Ah ! » Les yeux de Souma s’ouvrirent et les larmes commencèrent à couler sur son visage. Quand elle avait vu cela, la Juna normalement calme et composée avait cessé de chanter et s’était précipitée aux côtés de Souma.

« Y-Y a-t-il quelque chose qui ne va pas !? Ai-je fait quelque chose de mal ? » demanda-t-elle.

« Non... Ce n’est pas ça... Ce n’est pas ça du tout..., » répondit Souma.

Cela dit, Souma s’était couvert les yeux d’une main et leva la tête.

« J’ai toujours adoré cette chanson... La mélodie aussi, elle a un côté nostalgique, donc... Quand j’ai entendu quelqu’un la chanter, je n’ai pas pu m’en empêcher... Ça m’a rappelé des souvenirs..., » déclara Souma.

Juna avait parfaitement compris. Elle avait entendu dire que ce jeune roi avait été convoqué ici en provenance d’un autre monde.

En d’autres termes, il avait été arraché de force de sa patrie.

La chanson de Juna avait dû provoquer le mal du pays.

« Sire..., » déclara Souma.

Juna avait placé sa main sur la sienne. Elle pensait être réprimandée pour son impertinence, mais les servantes qui se tenaient près de la porte avaient fermé les yeux sur ça.

Juna avait parlé à Souma de la voix la plus douce possible. « Sire... S’il vous plaît, ne vous forcez pas. »

« Juna ? » demanda Souma.

« Il y a plus de personnes qui prennent soin de vous que vous ne le pensez. La princesse, Madame Aisha, ainsi que... Et moi aussi. Je souhaite faire tout ce que je peux pour vous soutenir, » déclara Juna.

Ayant éloigné sa main de ses yeux, Juna l’avait regardée droit dans les yeux et lui avait fait un sourire.

« C’est normal de pleurer. Si cela vous permet de sourire à nouveau après ça... si vous ne pouvez pas laisser la princesse vous faire plaisir parce qu’elle est plus jeune, permettez-moi plutôt de le faire. Les femmes des villes portuaires ont l’esprit large. Permettez-moi d’avaler vos petites larmes avec une compassion aussi grande que la mer, » déclara Juna.

« ... On dirait presque une confession d’amour, » déclara Souma, souriant d’un sourire ironique à travers ses larmes.

« Heehee, qui sait si c’est le cas ? » déclara Juna.

« Vous moquez-vous de moi ? » demanda-t-il.

« Non, il n’y avait tout à l’heure aucun mensonge dans mes paroles, » déclara Juna.

Après avoir dit ça, Juna avait pressé la tête de Souma contre sa poitrine.

« Si la princesse fait ressortir vos forces, alors je cacherai votre faiblesse, » déclara Juna.

 

☆☆☆

 

Pendant qu’elle chantait, Juna repensa à ce jour-là. Aux larmes que Souma avait versées.

Quand j’ai dit que je voulais le soutenir... Les mots sont venus si facilement. Je suis sûre... C’est parce que je parlais avec mon cœur..., pensa-t-elle.

Quand la chanson était arrivée au niveau du refrain, elle avait vu la porte du café s’ouvrir.

Trois personnes étaient entrées à ce moment-là. Un jeune homme, une fille humaine et une elfe sombre. Parce qu’ils étaient déguisés, car ils portaient tous des uniformes de l’Académie des officiers.

Quand elle avait vu le jeune homme, un sourire involontaire était apparu sur le visage de Juna.

... C’est bon, Votre Majesté. Peu importe à quel point les choses sont douloureuses, comme il est dit dans cette chanson, « des jours meilleurs s’annoncent ». Nous ne vous laisserons pas monter sur le « bateau de la tristesse. » (Dans la chanson originale, il s’agissait d’un « train », mais comme ceux-ci n’existaient pas dans ce monde, Juna l’avait traduit par « navire ».)

Ayant pris sa décision, Juna avait mis toutes ses forces dans son chant.

☆☆☆

Histoire courte en prime : Ce qu’ils voulaient être

Liscia : Souma, y avait-il quelque chose que vous vouliez devenir ?

Souma : C’est quoi cette question qui arrive tout d’un coup ?

Liscia : On vous a forcé à devenir le roi pour notre propre bien, non ? C’est pour ça que je pensais au moins vous le demander. Eh bien ?

Souma : Hmm... fonctionnaire. En gros, je visais un emploi bureaucratique. Mais si vous me demandez si je voulais vraiment en devenir un, peut-être pas tant que ça. Je voulais juste un emploi stable... Ah ! Mais quand j’étais petit, je voulais devenir professeur. Vous savez, comme ce que fait la mère de Tomoe au château.

Liscia : Wôw, je ne m’attendais pas à ça. Aimez-vous les enfants ?

Souma : Cela me fait sourire de voir ce que les petits enfants font et disent, comprenez-vous ? Bien que les enseignants s’occupent des enfants des autres, je suis sûr que cela aurait été un travail difficile... Que vouliez-vous faire quand vous étiez petite, Liscia ? Vouliez-vous être soldat au lieu d’être princesse ?

Liscia : Moi ? Quand j’étais petite, je voulais être... une fiancée puis une épouse.

Souma : V-VRAIMENT... !?

Souma & Liscia :... E-Eh bien, c’est devenu étrangement embarrassant...

☆☆☆

Histoire courte en prime : Liscia : Choisir une tenue

« Argh ! Qu’est-ce que je devrais porter ? » demanda Liscia.

Dans une certaine pièce du château de Parnam, capitale du royaume d’Elfrieden, Liscia passait en revue le contenu de sa commode en murmurant à elle-même.

Il s’agissait de la chambre de Liscia. En raison de ses longues années à l’école des officiers et dans le service militaire, ainsi que de sa propre personnalité volontaire et trop sérieuse, elle ne ressemblait en rien à ce que l’on pourrait attendre de la chambre d’une jeune fille de dix-sept ans.

Techniquement, elle avait déjà été la princesse de ce pays, et donc elle possédait de magnifiques robes, et parce qu’elle avait tendance à prendre soin de ses biens, les poupées que ses parents lui avaient données il y a longtemps étaient bien rangées dans sa commode et en bon état, mais il était très fidèle à la personnalité de Liscia qu’elle ne laisse pas de telles choses dehors à découvert.

Pourtant, Liscia, avec sa personnalité calme, éparpillait maintenant ses vêtements dans toute la pièce. La cause de tout cela résidait dans les paroles de l’homme qui était l’actuel roi (provisoire) de ce pays, ainsi que le fiancé de Liscia, Souma.

« On a un jour de congé. Et si on sortait dans la ville du château ? »

Depuis que Souma avait reçu le trône de son père, Albert, il s’acharnait jour et nuit à sa tâche, travaillant comme un forcené. Elle savait que c’était la raison pour laquelle le Premier ministre Hakuya devait le forcer à prendre un jour de congé. Même d’après ce qu’elle avait vu, Liscia savait que Souma travaillait trop dur.

Mais, tout de même... se voir soudainement demandé à venir à un rendez-vous avait laissé Liscia dans un état de confusion et de désarroi.

Liscia n’avait jamais eu de sérieuses perspectives romantiques auparavant. Au cours de ses années à l’Académie des officiers, de nombreux fils de la noblesse l’avaient convoitée en raison de son statut, mais leurs arrière-pensées avaient été évidentes, de sorte qu’aucun d’eux n’avait jamais été à la hauteur des attentes de Liscia, la princesse collet monté. En un rien de temps, elle était devenue plus populaire auprès des filles que des garçons, et son statut de conquête romantique inaccessible lui avait valu le surnom du « Palais des Glaces Doré. »

Liscia pensait franchement que cette réputation était exagérée. Elle ne repoussait pas les hommes. C’était simplement qu’il n’y avait pas un homme digne de son intérêt. Pour preuve, maintenant qu’elle avait été invitée à sortir avec un homme pour qui elle commençait à développer des sentiments, elle perdait la tête.

« Serina, Tomoe, quelle tenue me conviendrait bien ? » demanda Liscia.

Liscia tenait deux tenues pour qu’elles les examinent toutes les deux. Tomoe était une louve mystique qui était récemment devenue sa sœur adoptive, et Serina, sa servante personnelle, était comme une grande sœur pour Liscia. Toutes les deux avaient observé Liscia, et Serina avait trouvé la scène à voir mi-réconfortant et mi-exaspérante.

« Euh... Tout te va bien, Grande Soeur, » s’aventura Tomoe. « Et je pense que... peu importe ce que vous portez, Grand Frère Souma dira que vous êtes belle dedans. »

Tomoe avait offert quelques mots d’encouragement inoffensifs et anodins. Serina, en revanche...

« Si vous vous cramponnez à une fillette de dix ans pour obtenir de l’aide, alors c’est vraiment pitoyable, » déclara Serina.

... ses mots étaient brusques.

« Argh... » murmura Liscia. « Très bien, tu choisis pour moi, Serina. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? C’est vous qui choisissez les vêtements pour vous-même et vous leur donnez un sens. Vos sentiments pour l’homme de votre cœur, et la façon dont vous souhaitez être vue par lui seront évidents dans les vêtements que vous choisirez, » déclara Serina.

« L-L’homme de mon cœur... Souma n’est pas comme ça, du moins, pas encore..., » répondit Liscia.

« Si vous traînez trop longtemps, votre position de première reine vous sera enlevée par une autre femme qu’il trouvera plus tard, » déclara Serina avec vivacité. « Je sais... peut-être devrais-je me présenter devant Sa Majesté ? Habillée dans une tenue que j’aurais moi-même choisie ? »

« T-Tu ne peux pas faire ça ! » s’exclama Liscia.

« Hee hee, je plaisantais. Regardez comme vous êtes bouleversée. C’est tout simplement adorable, » déclara Serina.

« Bon sang ! » s’écria Liscia.

Serina était une servante compétente, mais elle avait la mauvaise habitude d’intimider les jolies filles. En d’autres termes, c’était une sadique en tous points. Mais plutôt que d’infliger des douleurs physiques, elle préférait jouer avec eux psychologiquement et les embarrasser avec ses paroles. Aujourd’hui, c’était Liscia qui avait reçu le plus d’« affections » de sa part.

« D-De quoi à l’air cette tenue ? » Demanda Liscia, brandissant un uniforme militaire féminin aux couleurs vives. C’était quelque chose qui n’aurait pas semblé déplacé dans une production théâtrale sur la Révolution française.

Serina avait enfoui son visage dans sa paume. « Pourquoi... ? Pourquoi est-ce un uniforme militaire ? »

« Parce que Souma a dit... que j’ai l’air bien avec eux, alors peut-être ? » demanda Liscia.

La façon embarrassée dont Liscia avait dit cela était pleine du charme d’une jeune fille, et un festin pour les yeux de Serina, mais...

« Un uniforme militaire ne fera tout simplement pas l’affaire, » déclara Serina en soupirant. « C’est vrai que vous êtes belle avec eux, mais ce n’est pas une tenue à porter pour un rendez-vous galant. D’ailleurs, par un jour spécial comme celui-ci, plutôt que de le laisser vous voir comme vous êtes d’habitude, ne pensez-vous pas qu’il serait mieux de lui montrer un autre côté de vous ? »

« Un autre... côté de moi-même..., » murmura Liscia.

« Tomoe ! De votre point de vue, de quoi a l’air la princesse ? » demanda Serina.

« Elle est courageuse et détendue, » dit Tomoe, ses yeux brillaient.

Serina acquiesça d’un signe de tête. « Oui. C’est comme ça que les autres vous voient, princesse. Maintenant, si la princesse courageuse et détendue montrait une facette d’elle-même différente de la normale, ne pensez-vous pas que cela pourrait s’emparer du cœur de Sa Majesté Souma ? »

« Une facette de moi-même différente de la normale..., » murmura Liscia.

« Par exemple, je sais... Pourquoi ne pas aller avec quelque chose de plus sensuel ? » Avec ces mots, Serina avait sorti une robe de cocktail rouge. Il avait un dos ouvert et une encolure assez osée.

Bien qu’elle possédait des robes comme celles-ci pour des événements sociaux, Liscia ne pouvait pas imaginer qu’elles lui convenaient et elle ne l’avait jamais portée une seule fois. « Veux-tu que je porte ça ? »

« Normalement, vous êtes si amplement habillées, » dit Serina. « C’est amusant de se déshabiller plus tard, mais pourquoi ne pas essayer de garder ses yeux collés à vous en montrant un peu de ce sex-appeal d’une manière dont vous ne feriez pas normalement ? »

« Je sens une aura indécente à chaque mot que tu dis ! Et, attends ! Je m’inquiète de ce que je vais porter à un rendez-vous là ! Je ne pourrais pas porter une chose pareille en ville ! » s’écria Liscia.

« Eh bien, c’est vrai, ils vous prendraient pour une dame de la nuit, j’en suis sûre, » acquiesça Serina.

« Tu l’as recommandée en sachant ça !? » s’écria Liscia.

« Dans ce cas... Que pensez-vous de celle-ci ? » demanda Serina.

Ignorant les protestations de Liscia, Serina retira une autre tenue. C’était une robe en une pièce rose avec beaucoup de volants blancs.

« C’est... C’est... » balbutia Liscia.

Cette pièce unique avait été quelque chose que sa mère lui avait pratiquement forcé à accepter comme cadeau il y a environ six mois. Elle s’était probablement inquiétée pour une Liscia masculine, et « Deviens une fille qui sera belle en portant cela » avait été le message qu’elle avait voulu lui donner par souci maternel. Cependant, parce que ce n’était pas au goût de Liscia, elle l’avait enfouie dans le fond du placard sans même l’essayer.

« C’est mignon, je suppose qu’on peut l’appeler ainsi, » déclara Serina. « Cela pourrait vous aider à développer un tout nouveau côté de vous, princesse. »

« Je ne veux pas de quelque chose comme ça ! Toutes ces fioritures sont absolument affreuses ! » s’écria Liscia.

« Je pense que vous seriez surtout adorable dedans, comme une poupée..., » déclara Serina.

« Non ! Jamais ! » s’écria Liscia.

Après cela, elles avaient retiré de nombreuses tenues, se disputant à tour de rôle à leur sujet. Enfin, Tomoe, qui regardait avec hésitation depuis la ligne de touche, leva la main pour parler.

« Euh..., » murmura Tomoe.

« Ah, qu’y a-t-il, Tomoe ? » demanda Liscia.

« Vous êtes tous les deux très célèbres. Si vous allez dans la ville du château, n’avez-vous pas besoin de porter des vêtements qui ne se démarqueront pas trop ? » demanda Tomoe.

Liscia était devenue silencieuse.

Maintenant qu’elle l’avait dit, Liscia comprit que Tomoe avait raison. Hakuya avait dit quelque chose à propos du fait de montrer à quel point ils étaient proches du peuple. Mais si le futur roi et la future reine se promenaient en plein jour, cela ferait sensation. En d’autres termes, elle n’aurait pas dû choisir une tenue convenable pour un rendez-vous, et elle aurait dû choisir des vêtements qui ne permettraient pas de savoir qui elle était vraiment. Les jambes de Liscia avaient lâché et elle s’était effondrée sur un plancher jonché de vêtements.

Pendant ce temps, Serina, qui s’en était rendu compte depuis le début, affichait un sourire radieux.

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