Divas de la Bataille – Tome 1

***

Prologue

Ce jour-là, il avait rencontré une déesse. Ses longs cheveux roux coulaient le long de son dos tel une rivière de flammes et ses yeux cramoisis miroitaient avec détermination. Sa poitrine était bombée, contrastant avec sa taille serrée. Ses cuisses rebondies jaillissaient sous sa jupe courte, portées pour permettre une grande liberté de mouvement sur les champs de bataille. Un ensemble d’armures de jambe avait complété son Régalia [1], ajoutant ainsi une couche supplémentaire de protection.

Elle avait l’air tout droit sortie d’un tableau. Mais ce que cette belle jeune fille offrit au jeune roi d’Althos n’était pas un bouquet de bénédictions, mais l’extrémité pointue d’une grande épée mal adaptée à la carrure féminine de son porteur.

« Roi d’Althos, c’est un plaisir de vous rencontrer. Désolée d’être si brusque, mais il est temps pour vous de mourir ! »

Elle avait proclamé son intention avec un ton léger et un adorable sourire. En face de ses actions dignes, le vent continu rempli de poussière était apparu comme un peu plus qu’une douce brise. Il aurait pu la regarder pour toujours, mais compte tenu de son statut et de la situation, il ne pouvait pas se perdre dans ses yeux, car cela marquait la deux millième et quelques fois où Althos avait été attaqué par le pays voisin de Freiya.

« Êtes-vous une Diva ? » demanda le roi à la beauté aux cheveux rouges et aux yeux rouges, son énorme épée pointant toujours vers lui.

« Hehehe... Et si je le suis ? »

« Hein ? L’êtes-vous ou ne l’êtes-vous pas... ? »

Au lieu de se concentrer sur l’épée, il était complètement perdu dans ses yeux puissants et sa voix retentissante.

« Qu’importe ? Voulez-vous bien mourir, ici et maintenant ! »

Elle chargea vers lui et balança son épée avec une élégance digne d’une Diva.

« Je vais prendre... »

Enfin, le jeune roi revint à la raison. Mais lui aussi était en retard. Beaucoup trop tard.

« ... votre tête ! »

Elle frappa d’en haut, le son de sa lame coupant le vent fournissait à sa victoire une sonate.

Le roi ne pouvait rien faire d’autre que d’être emplie par la terreur.

Chaque spectateur s’attendait à ce que sa tête s’envole, mais...

*Boing!*

La lame fut repoussée par une force invisible à quelques centimètres du cou du roi.

« Quoi !? »

Elle n’avait pas compris. Pourquoi n’avait-elle pas touché ?

Le blocage soudain l’avait déséquilibrée et l’avait envoyée s’écraser juste devant sa cible.

« Faites attention ! »

Le jeune roi, par réflexe, tendit la main pour attraper la fille, ne pensant qu’à la sauver.

Et ainsi, elle atterrit dans ses bras.

« Euh... »

« ... »

Un silence de mort. Pendant un moment, personne n’avait dit un mot. On disait que tout pouvait arriver sur les champs de bataille, mais il était assez rare que vous vous retrouviez à tenir une fille si près que vous pouvez sentir son souffle sur votre cou.

Les joues de la jeune fille virèrent lentement du blanc au rose, puis finalement au rouge vif.

« Vos mains... »

Son calme était revenu. Elle dirigea un regard furieux vers son adversaire, rempli d’un mélange de mépris et d’inconfort.

Elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Avec elle, qui était couchée fermement dans ses mains et son corps en feu. Quelque chose clochait dans la scène, quelque chose de plus que la maladresse dans cette situation inconnue. Elle sentit quelque chose qu’elle n’avait jamais ressenti auparavant, remuant sa suspicion.

« Hé ! Qu’est-ce que vous m’avez fait ? » demanda-t-elle bruyamment, leurs visages à peine séparés de quelques centimètres.

« Hein ? Eh bien ! Euh, je pensais tout simplement que vous auriez pu vous faire mal..., » il la regarda, abasourdi.

« On s’en fout de ça !? Relâchez-moi ! »

Avec ses joues rouges et brûlantes, elle se décolla avec force de sa poigne et sauta habilement hors de ses bras.

« Que m’avez-vous fait ? Dites-moi exactement ce que vous m’avez fait ! »

Elle réprima son malaise avec son esprit brûlant, leva à nouveau son épée et regarda le roi.

Mais le roi d’Althos n’avait pas rendu son regard. Il regardait plutôt derrière elle, le panache de fumée qui s’élevait au loin.

« Hé ! M’écoutez-vous !? »

Elle lui lança un regard noir avec de la colère qui brûlait dans ses yeux.

Alors qu’elle soulevait son épée et préparait une autre attaque, un messager de l’armée freiyane sortit de la forêt et l’interrompit.

« Princesse ! Notre convoi d’approvisionnement a été attaqué ! La plupart de nos fournitures ont été volées et les esclaves ont été libérés ! »

« Ils ont libéré les esclaves !? »

Le roi d’Althos avait souri face à leur conversation. « C’est vrai ! Je ne me reposerai pas jusqu’à ce que tous les esclaves de ce continent soient libérés ! »

Le rapport du messager continua. « Nous avons essayé de les rattraper, mais une embuscade d’Althos nous a arrêtés et les esclaves se sont tous enfuis. »

La princesse freiyane cacha son désarroi et continua de regarder le roi, ses yeux enflammés de rage.

« Je comprends. Tout le monde, retraite ! » Elle rengaina son épée et ordonna calmement, mais fermement une retraite.

Le mécontentement était clair sur son visage alors qu’elle regardait le roi devant elle.

« Ne pensez pas que vous avez gagné ! J’aurai votre tête à coup sûr la prochaine fois ! »

Elle tourna les talons et partit rapidement.

Elle est magnifique, mais terrifiante... C’est une bonne chose que nous ne nous voyions pas pendant un moment, pensa-t-il à lui-même alors qu’il la regardait à contrecœur partir. Il n’avait aucune idée de ce que le Destin lui réservait.

Notes

  • 1 Régalia : Les Regalia (ou Régalia) sont un ensemble d’objets symboliques de royauté. Chaque royauté a ses propres Régalias qui ont une histoire souvent légendaire. Ils sont conservés précieusement comme des trésors et se constituent par ajouts successifs.

***

Chapitre 1 : Les deux fiancées

Partie 1

« Un mariage royal !? »

Quelques jours après avoir repoussé l’armée freiyane, le château royal était surchargé par les tractations post-bataille. Dans l’une des chambres royales, le jeune roi Alnoa tenait une conversation inattendue pendant le repas avec sa sœur, Cécilia.

« Oui. Je suis d’accord de former une alliance, mais je n’aime pas trop cette idée de mariage royal, » déclara Cécilia.

Cécilia était magnifique, comme on pouvait s’y attendre d’un membre de la famille royale. Ses cheveux dorés étaient emmaillotés dans un chignon parfait, et elle regardait le jeune roi avec des yeux bleus emplis de tristesses.

« Comment en est-on arrivé à ça ? » demanda Cécilia.

Le père d’Alnoa, le légendaire Roi-Sorcier d’Althos, avait usé de nombreux sorts et combattu vaillamment aux côtés de l’armée freiyane. Il était décédé un an plus tôt à la suite d’une épidémie.

Avec sa mort, l’influence d’Alnoa sur Freiya s’était considérablement affaiblie. Cécile, la Diva d’Althos et héritière légitime du trône, se déclara prêtresse et abdiqua. À sa place, Alnoa, le suivant dans la ligne de succession, avait été couronné roi.

Le décès du Roi-Sorcier avait déstabilisé tout le royaume. La plupart des ministres et des généraux qui avaient loyalement servi le dernier roi avaient démissionné ou s’étaient retirés. Beaucoup de nobles avaient rassemblé leurs richesses et avaient fui le pays. Les seuls restés présents étaient des citoyens qui n’avaient aucun moyen de fuir et d’anciens esclaves abandonnés par leurs maîtres.

L’empire légendaire avait été réduit à une puissance mineure, à la différence de ceux qu’il dominait autrefois. Manquant cruellement de main-d’œuvre, même Cécilia avait dû mettre la main à la pâte sur les questions diplomatiques. Alnoa ne savait pas quoi penser d’un mariage royal alors que son propre royaume était si mal en point.

Cécilia plaça une tasse de thé devant son frère et lui expliqua la situation.

« Pour résumer, immédiatement après notre bataille avec l’armée freiyane, Freiya et le royaume voisin de Subdera nous ont demandé une alliance. Comme preuve de leurs bonnes intentions, les deux pays souhaitent envoyer leurs Divas ici pour se marier au sein de la famille royale. »

Les Divas étaient sept filles qui avaient hérité du pouvoir de la Valkyrie.

Il y a longtemps, la Valkyrie avait vaincu le Roi-Démon en sacrifiant sa propre vie afin de le sceller. Afin d’empêcher le retour du Roi-Démon, elle avait créé sept artefacts qui devaient être transmis à chaque génération à sept jeunes filles. Cécilia était l’une d’elles.

Les sept Divas d’origine avaient été bénies en personne par la Valkyrie avec une force dépassant de loin celle d’une personne normale. Chacune avait fondé son propre pays, et les pouvoirs dévastateurs de la Valkyrie avaient été transmis dans la lignée royale de chaque royaume. Les Divas actuelles, en tant que descendantes des dieux, étaient annoncées comme des symboles de leurs pays respectifs et n’apparaissaient que rarement sur les champs de bataille.

Alnoa n’avait pas eu à se demander pourquoi ils le lui avaient proposé si soudainement, car il avait immédiatement compris le problème. Les coins de sa bouche se recroquevillèrent en un sourire cynique en entendant les détails de l’arrangement. Les Divas se rendraient à un mois d’intervalle, et il devrait faire un choix entre les deux filles. Les pièces étaient toutes disposées devant lui, il devait juste jouer ses cartes correctement. Les intentions des pays voisins étaient aussi claires que le ciel.

Mais sa sœur pensait tout autrement.

« Al, tu n’as pas besoin d’épouser qui que ce soit. Tu m’as, » déclara Cécilia.

Cécilia serrait doucement la tête de son frère avec ses deux bras.

« Euh, Cécilia !? Je pense que je suis assez vieux pour me marier, » répondit-il.

Il avait essayé de résister à son étreinte. Le contact physique constant de sa demi-sœur avait fait des ravages dans l’esprit d’Alnoa, âgé de 15 ans.

« La première visite est prévue pour demain. Comment osent-ils forcer mon petit frère à se marier ? » s’exclama-t-elle. Elle regarda affectueusement son précieux frère. « Mais je suppose que comme tu es roi, cela serait une bonne idée d’au moins les rencontrer. »

« J’aimerais aussi que tu me demandes mon avis de temps en temps, » déclara Alnoa.

Malgré tous ses efforts, Alnoa ne pouvait pas échapper à l’étreinte suffocante de sa sœur. Il se résigna à son sort en voyant l’expression présente sur le visage de sa sœur.

« Si tu veux, je les rencontrerai, mais..., » commença-t-il.

Cécilia lâcha son frère et l’interrompit en mettant un doigt sur les lèvres d’Alnoa. Elle avait ensuite amené son visage juste devant le sien.

« Ne t’inquiète pas. Tu ne devras jamais te marier. Je serai toujours là pour toi, » déclara Cécilia.

Alnoa ne savait pas si elle plaisantait ou pas, et il avait trop peur de le demander. Avec leurs nez se touchant presque, il pouvait sentir la chaleur de son doux regard.

« Mais tu devrais être plus proactif pour rencontrer de nouvelles personnes, » elle avait porté le coup final avec un sourire toujours présent sur son visage.

Le jour suivant, Alnoa se tenait aux portes sous le soleil chaud, habillé en tenue de cérémonie. Il ressemblait plus à un jeune acteur dans le rôle d’un roi qu’à un membre de la famille royale.

Il réprima sa réticence et attendit patiemment la première des candidates pour son mariage. Ce serait son premier visiteur étranger depuis qu’il avait été couronné roi. Les citoyens avaient déjà eu vent de la visite royale et s’étaient rassemblés près des portes du château afin d’apercevoir la Diva étrangère. C’était comme si un festival se déroulait dans la ville. Alnoa était fatigué et grincheux, mais le fait de regarder à travers la mer de ces citoyens avait réchauffé son cœur.

« Tout cela juste parce qu’une princesse étrangère est en visite, » murmura-t-il.

Cécilia l’avait informé que la première candidate serait la Diva de Subdera. Subdera était un voisin magiquement avancé par rapport à Althos, se trouvant juste au-delà des montagnes. Il était un producteur important d’objets magiques, dominant le marché en raison de leurs technologies de pointe. Leur château royal était une ville flottante, qui se maintenait dans l’air grâce à leurs prouesses technologiques. On disait que le château avait déjà traversé le sommet du ciel, mais de telles rumeurs n’avaient jamais été vérifiées.

Est-ce que Subdera désirait les terres du royaume, la vie de son roi, ou les deux ? Ou peut-être étaient-ils simplement intéressés par le fils du légendaire Roi-Sorcier ?

Les pensées oiseuses d’Alnoa furent bientôt interrompues.

« Mademoiselle Lesfina est arrivée ! » La voix du garde retentit à travers la ville, signalant l’arrivée de leur invitée. La foule avait vu leur excitation augmenter en réponse à cette annonce.

« Incroyable. Elle est en retard d’une minute ! Son retard reflète en mal sa capacité à diriger. Ne le penses-tu pas, Al ? » demanda sa sœur.

« Je suis plus inquiet vis-à-vis de toi et du fait de voir comment tu agis comme une belle-mère, » déclara Alnoa.

Il soupira, car ce n’était pas la première fois qu’il avertissait sa sœur de ses commentaires.

« Oh, est-ce mesquin pour moi d’agir ainsi ? » demanda-t-elle avec un visage impassible.

Pendant ce temps, un carrosse d’un noir éblouissant et escorté par un certain nombre de chevaliers s’arrêta juste devant eux. Un domestique ouvrit la porte latérale richement décorée.

Le temps semblait s’être arrêté pendant un moment et le cœur d’Alnoa avait sauté un battement quand la Diva était sortie de son carrosse. Il avait même oublié la foule bruyante autour d’eux.

« Je suis Lesfina, Diva de Sringara venant du royaume de Subdera. Bonjour. » Sa salutation était claire et laconique, indiquant peut-être un soupçon de nervosité de sa part.

La réaction de la foule était véritablement appropriée, considérant son titre en tant que Diva de Sringara. Sringara était l’un des huit rasas (aspects) élémentaires. Il s’agissait du principe qui définit l’amour et l’adoration qui balaie le public face à un interprète.

Les cheveux bleus de Lesfina s’arrêtaient en dessous de ses épaules. Sa robe bleue un peu simple soulignait sa peau claire. Avec ses cheveux bleus courts et ses yeux violets qui semblaient tristes, elle était telle une Gorgone si captivante. Le fait de porter son regard sur elle vous paralysait immanquablement sur place, incapable de détourner les yeux.

Captivé par sa beauté, Alnoa répondait distraitement. « Oui... Bonjour. » Il avait à peine réussi à détourner son regard et à marmonner ces mots.

Lesfina inclina la tête à la réponse d’Alnoa, indiquant qu’elle était clairement confuse. « Comment pouvez-vous me répondre ? Est-ce que mon charme n’a pas fonctionné ? »

« Hein ? De quoi parlez-vous ? » demanda Alnoa en penchant la tête comme s’il l’imitait.

Lesfina redressa son cou avant de murmurer. « Boule de feu. »

Avec ses mains jointes et son chant magique comme seul avertissement, elle envoya une boule de feu juste devant les pieds d’Alnoa.

« Quoi !? » s’écria Alnoa. Il avait sauté dans les airs en panique. « Qu’est-ce que vous faites !? »

Lesfina le regarda avec dégoût. « ... Ver. »

« Quoi ? » demanda Alnoa.

Ver ? Que veut-elle dire par là ?

« J’ai trouvé un ver, » répondit Lesfina.

Je suppose que je ne l’ai pas mal comprise.

« Ah d’accord ! » Alnoa avait finalement réussi à rassembler suffisamment de sang-froid afin de donner une réponse timide à ces actions déroutantes.

Il n’y avait aucune trace de tout ce qu’elle aurait pu se trouver sur le sol. Un cratère était tout ce qui restait après sa boule de feu. Le trou ressemblait à celui laissé par une souche d’arbre arrachée du sol. Toute créature prise dans cette explosion se serait transformée en cendres en un instant.

Une erreur et les jambes de son futur mari auraient été brûlées. Lesfina n’avait pas montré la moindre inquiétude à propos de ce quasi-désastre.

Alnoa regarda entre le cratère et le visage de Lesfina, abasourdi

« Ne vous inquiétez pas. Tant que je serai là, je ne laisserai aucun vers, aussi minuscule soit-il, près de vous... Alnoa. »

Alnoa pouvait ressentir un faible sentiment d’accomplissement irradiant de l’expression stoïque de Lesfina.

« D’accord... Merci, » il la remercia calmement afin de tenter de cacher son étonnement. Elle cherchait à être aussi dure que possible à traiter.

« Notre petite Diva ici n’est peut-être pas très bavarde, mais elle n’est pas mauvaise. » Alnoa n’avait pas pu capter ce que Cécilia murmura dans son souffle.

« En tout cas, merci de votre visite. Le nôtre est un pays terne avec peu de choses à voir, mais j’espère que vous apprécierez néanmoins votre séjour. Lilicia, s’il te plaît, montre-lui sa chambre, » il s’était finalement souvenu de ce qu’il devait dire et il avait laissé sortir les premières phrases qu’il avait répétées avant ça.

Lilicia, la chef des femmes de chambre du château se tenait derrière Alnoa en tenue de femme de chambre, attendant d’escorter la princesse dans sa chambre. Alors qu’elle semblait avoir le même âge que son jeune maître, elle servait la famille comme leur servante depuis le sacre du Roi-Sorcier. Elle était une femme vraiment mystérieuse.

« Très certainement, Votre Majesté. » Lilicia baissa la tête avant de dire ça.

« Il s’agit de notre servante, Lilicia. Sentez-vous libre de l’appeler si vous avez besoin de quelque chose, » déclara Alnoa.

« Je vous remercie, » Lesfina s’inclina devant la femme de chambre et lui remit ses bagages.

Il s’agissait d’une introduction assez intense, mais ce n’est toujours pas une excuse pour tâtonner mes salutations. Au moins maintenant, je peux enfin faire une pause.

Mais alors qu’il pensait ça...

***

Partie 2

« La voiture de Mademoiselle Sharon est arrivée de Freiya ! » La voix du garde avait encore une fois retenti dans toute la ville.

« Quoi !? » cria Alnoa avec surprise.

« Oh, qu’est-ce qui se passe ? » demanda Cécilia

Alnoa et sa sœur avaient du mal à saisir la situation. Un magnifique carrosse avait roulé afin de franchir les portes puis il s’était arrêté juste en face d’eux.

Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi l’autre candidate est-elle déjà là ? Elle ne devait arriver que le mois prochain ! C’est mauvais ! C’est vraiment mauvais !

Le destin était sourd aux préoccupations mesquines d’Alnoa. Sans lui donner le temps de recueillir ses pensées, la porte du carrosse s’ouvrit lentement.

Oh, merde !

Mais personne n’était sorti du véhicule. En fait, il était vide et même l’entourage de l’invitée avait été surpris de constater ça.

« Hein !? La princesse a disparu !? »

Mais alors, un grand cri était venu d’en haut.

« Roi d’Althos ! »

Alnoa se souvenait clairement de cette voix.

« Il est temps pour vous de mourir ! »

Alnoa se souvenait aussi de cette phrase arrogante.

« Attendez, êtes-vous... » Avant qu’il ait pu finir de parler, une fille en armure rouge avait sauté du toit du carrosse et avait frappé avec son épée géante vers le cou d’Alnoa.

« Je vais prendre votre tête ! »

Des cris remplissaient l’air. Les gardes n'avaient pas le temps de réagir face à l’embuscade de la fille. Tout ce qu’ils pouvaient faire était de retenir leur souffle et de s’attendre au pire scénario. Mais...

*Boi-oi-oi-oi-oi-oing ! — *

« Encore !? Qu’est-ce que c’est que ça !? » S’écria-t-elle.

Elle ne comprenait pas ce qui se passait, mais il était clair qu’elle ne pouvait pas le frapper. Quelque chose déviait son épée tout comme la dernière fois.

La lame de la jeune fille et Alnoa étaient presque comme des aimants avec deux pôles opposés. Tous deux seraient repoussés s’ils s’approchaient trop près.

« Gahh ! Que diable croyiez que vous faites là ? » Alnoa, méprisant l’étiquette nécessaire lors d’une rencontre diplomatique et ainsi que sa position de roi, avait fait une remarque grossière envers Sharon. Mais tout autre reproche qu’il planifiait avait rapidement été oublié une fois qu’il avait de nouveau posé les yeux sur elle.

« Ah ! » cria la fille.

Au lieu de s’écraser dans le carrosse, comme Alnoa s’y attendait, elle s’était accrochée à la porte avec ses jambes.

« Êtes-vous sérieuse ? » demanda-t-il sur un ton un peu plus normal.

Elle avait préparé sa prochaine attaque sans hésitation.

« Haaaaah ! »

La bataille n’était pas encore terminée. Elle avait sauté du carrosse une fois de plus, se projetant directement sur Alnoa. Le carrosse s’était retrouvé à trembler derrière la jeune fille aux cheveux rouges alors qu’elle avançait vers sa cible.

Cette fois-ci, elle était sûre qu’il allait mourir.

« Creveeeeezzzz ! » cria-t-elle.

« Alnoa... Je vais vous sauver. » La jeune fille aux cheveux bleus s’était approchée depuis derrière Alnoa. « Je ne laisserai pas de petits vers s’approcher de vous. »

Lesfina, l’autre candidate au mariage, était venue afin d’apporter son aide.

« Hé, faites attention ! Pouvez-vous gérer ça ? » cria Alnoa.

Lesfina hocha la tête avant de répondre. « Bien sûr, car après tout, je suis la Diva de Subdera... et mes plans seraient... si vous mouriez maintenant. »

Alnoa n’avait pas tout à fait compris la dernière partie de sa phrase.

Mais il n’y avait pas de temps à perdre, car la jeune fille aux cheveux rouges le chargeait encore.

« Hé, qu’est-ce que vous faites !? » demanda Alnoa.

« Ne vous inquiétez pas. Je déploie un bouclier. Oh, oups, » s’écria Lesfina.

« Quel est le problème ? » demanda Alnoa.

« J’ai donné ma baguette magique à la servante, » répondit Lesfina.

« QUOI !? » s’écria Alnoa.

« Ce n’est pas grave. Je trouverai une autre solution, » répondit Lesfina.

Elle s’était débarrassée de ses plans d’ériger un bouclier et s’était préparée pour un combat physique. Sa position de combat n’était vraiment pas impressionnante. Il était évident qu’elle était une novice complète lorsqu’il s’agissait de combat au corps à corps.

Elle serait découpée en morceaux en une seconde si cela continuait ainsi.

« Qu’est-ce que vous faites !? Bougez-vous de là ! Vous allez vous faire blesser ! » cria Alnoa.

Il avait attrapé Lesfina par-derrière et avait pivoté en la soulevant, en plaçant son dos entre elle et l’épée qui arrivait.

« Vous êtes mort ! » cria Sharon.

La lame s’était approchée du dos d’Alnoa, et...

*Boi-oi-oi-oi-oi-oing !*

Et elle avait à nouveau été repoussée.

« Ahh ! » s’écria Sharon.

La déviation inattendue de l’attaque de la Diva aux cheveux rouge l’avait déséquilibrée. « Hein ? »

Alnoa avait lâché Lesfina afin de la laisser partir et il s’était retourné pour voir Sharon s’envoler à nouveau vers lui. Elle paraissait à parts égales étonnée et confuse.

« Arg ! »

Sharon s’était écrasé sur Alnoa avant qu’il n’ait eu la chance de dire quoi que ce soit. Tous deux étaient tombés par terre, et elle avait atterri sur lui. C’était la deuxième fois qu’ils se retrouvaient si près l’un de l’autre.

« Attention à vos mains ! » cria Sharon

Alnoa avait tendu les mains pour tenter de s’enfuir, mais...

*Sgoing, sgoing.*

« Kyah ! » cria Sharon

La main droite d’Alnoa était entrée en contact avec quelque chose de doux et élastique.

Merde. C’est vraiment mauvais, pensa-t-il.

Même un jeune homme inexpérimenté comme Alnoa pouvait comprendre ce qu’il avait fini par attraper.

J’aurai du mal à trouver un moyen de m’en sortir. C’est tellement injuste ! Il n’y a pas de justice dans ce monde !? S’il y a un Dieu qui veille sur moi, alors s’il vous plaît, je vous en supplie. Sauvez-moi !

« Oh mon Dieu, Alnoa..., » Cécilia sursauta de surprise.

« ... » Il se sentait contraint au silence par la présence inquiétante de sa sœur et de Lesfina qui se tenait au bord de son champ de vision.

Mais la réalité lui avait donné un réveil brutal.

« Espèce de pervers ! » cria la fille assise sur lui.

À la source de la voix, il avait trouvé un visage rouge et brûlant. Et juste un peu plus bas, il avait vu sa main posée sur la poitrine de la jeune femme.

« C’était juste un accident. Je le jure ! » s’écria Alnoa.

« Vous..., » commença Sharon

« Attendez une seconde ! » demanda Alnoa.

« Commencez par me lâcher la poitrine ! » cria Sharon.

De petits nuages parsemaient le ciel chaud du printemps, et le son des cloches résonnait à travers Althos. La foule qui s’était rassemblée devant le château s’était lentement dispersée une fois les portes fermées. Ils avaient supposé que la farce dont ils avaient été témoins était une pièce de théâtre planifiée pour divertir les masses.

« C’est ainsi que le roi d’Althos accueille sa future épouse ? En “la pelotant devant toute la ville !” ? » s’écria Sharon.

« Oui, c’est peut-être vrai. N’oublions pas comment vous avez essayé de m’assassiner ! Attendez, êtes-vous bien la Diva freiyane ? » demanda Alnoa.

« Hahahaha, c’est exact. Vous sentez-vous désolé maintenant ? » demanda Sharon.

« Non. Pas du tout, » répliqua Alnoa.

Ils ressemblaient à un couple de chiens féroces qui s’aboyaient dessus avant un combat de chiens clandestin. Ce n’était pas le spectacle qu’on s’attendrait à voir entre un couple marié (potentiel).

« C’est un plaisir de vous rencontrer, roi d’Althos. Je suis la princesse de Freiya, Sharon. J’ai hâte de passer le “mois” prochain avec vous, » déclara Sharon.

Après quelques minutes de regards intenses, Sharon s’était présentée avec un faux sourire et des manières dignes d’une dame. C’était presque suffisant pour faire oublier à Alnoa qu’elle était furieusement après lui il y a quelques instants. Elle n’était plus rien d’autre qu’une jeune fille essayant de gagner le cœur de son fiancé potentiel.

« Oh mon Dieu. Je ne m’attendais pas à cela de la part d’une Diva d’un pays si déchiré par la guerre. Franchement, je pensais que vous ne seriez qu’un gros gorille —, mais je dois admettre que c’était très malin de votre part de séduire mon frère avec un corps tel que le vôtre ! » déclara Cécilia.

Sharon n’avait pas bronché devant les remarques grossières de Cécilia. Son faux sourire était resté intact, même sous le regard interrogateur de toutes les personnes présentes.

« Y a-t-il un problème ? » demanda-t-elle.

Il y a un énorme problème !

Le problème n’était pas la façon dont elle avait juste essayé de le tuer. Ce n’était pas non plus ses yeux captivants alors qu’elle inclinait sa tête d’une manière mignonne en raison de la confusion. Le vrai problème était toute autre chose.

C’est elle que j’ai affrontée sur le champ de bataille, et elle s’est même présentée. Il n’y a pas d’erreur qu’elle est la Diva de Freiya. Mais alors, pourquoi... ?

« N’étiez pas censé venir ici dans un mois ? » demanda Alnoa.

« De quoi parlez-vous !? » demanda Sharon alors qu’elle ne semblait pas savoir de quoi il parlait.

« Ah ! » Puis elle avait poussé un cri, réalisant qui se tenait à côté d’Alnoa. « Attendez. Je croyais que je devais venir ici en première. »

Sharon était clairement confuse. Si c’était un rôle qu’elle jouait, elle aurait pu tromper même les meilleurs détectives du monde.

« ..., » elle avait croisé les bras et avait réfléchi à la situation. Elle était déjà là, alors elle pouvait tout aussi bien en tirer le meilleur parti, se disait-elle.

« J’étais si excitée de rencontrer enfin le roi Alnoa que je suis venue un peu plus tôt ! Hehe ! » annonça-t-elle pour faire bonne figure.

« Ce n’est pas comme ça que ça marche ! » s’écria Alnoa.

Elle semblait être une fille plutôt facile à vivre pour une princesse qui devait assumer le destin d’un pays entier.

La fille aux yeux écarlates gonfla fièrement sa poitrine, ayant donné une excuse supposée parfaite pour son arrivée précoce, mais même avec ce sourire merveilleux sur son visage, son raisonnement n’avait pas satisfait Alnoa.

Cependant, Cécilia n’était pas du même avis sur la question. « Quel est le problème ? De toute façon, vous vous seriez rencontrés tôt ou tard. »

Sharon avait immédiatement pris son parti, agissant comme si c’était son plan depuis le début. « C’est exact ! Je voulais juste me débarrasser de cette épreuve agaçante ! »

« Agaçant » !? Est-ce qu’elle vient d’appeler ça une « épreuve agaçante » !? se demanda Alnoa.

Alnoa avait fixé son regard sur Sharon, qui semblait inconsciente de la colère du jeune roi.

Cet échange terminé, Alnoa avait décidé de faire visiter les deux Divas à travers le palais et de les présenter au personnel. Bien sûr, Sharon avait donné son épée à Lilicia.

Avec un peu de chance, je suppose que je suis en sécurité maintenant...

« Elles ont des surnoms qui leur vont bien, hein ? La “Diva de l’Épée” et la “Diva de la Baguette”, » Alnoa marmonnait en montrant au groupe le chemin à travers les couloirs du château en pierre.

Selon les rumeurs, la Diva de Freiya était une épéiste légendaire bénie par la déesse de la guerre, tandis que Lesfina pouvait lancer d’innombrables sorts sans aucune préparation ou chant. En voyant Sharon et Lesfina en action, ces rumeurs s’étaient concrétisées dans l’esprit du jeune roi.

« Ce qui veut dire qu’elles peuvent probablement faire un face à face avec Cécilia, » murmura-t-il.

Les événements de la journée avaient également donné raison au mythe selon lequel les seules personnes choisies pour exercer le pouvoir des Valkyries étaient de très belles femmes.

Alnoa avait été arraché de ses pensées par Sharon se retournant et le regardant avec dégoût, comme s’il était un sale agresseur.

« Qu’est-ce que vous regardez !? » Elle était toujours sur les nerfs à cause de l’incident dans la cour.

« Rien. Je regarde juste où je vais, » répondit Alnoa.

Comme il avait été pris au dépourvu, il n’avait pas pu lui donner une réponse adéquate. À la place, il avait choisi de rompre le contact visuel avec elle.

« Mais si je vous surprends encore à me fixer, je vous arrache la tête, » déclara Sharon

« ... »

En le jugeant au regard de la jeune femme, il serait facile de supposer que la seule raison de la visite de la princesse freiyane était d’assassiner Alnoa.

« Si vous le voulez, vous pouvez me regarder fixement..., » murmura Lesfina.

La tentative timide de Lesfina d’alléger l’ambiance avait laissé Alnoa abasourdi. Son esprit pur avait cherché, sans succès, afin de trouver la bonne réaction. Voyant les joues roses et agitées de sa rivale, Sharon avait profité de l’occasion pour lancer des piques sur Alnoa.

« Son visage est d’un rouge brûlant. Ne lui avez-vous rien fait par hasard ? » lâcha-t-elle.

Je n’arrive pas à croire qu’elle me traite encore comme un pervers à cause de cet accident.

« On s’est rencontrés il y a une heure. Qu’est-ce que j’aurais pu faire ? » Alnoa voulait dissiper les inquiétudes de Sharon, mais elle n’avait pas laissé ça passer.

« Comment le saurais-je !? » demanda-t-elle.

Un plus léger soupçon de rougeur avait commencé à se répandre sur les joues de Lesfina.

« Je pardonne votre liaison. D’après ce que j’ai lu, notre “câlin agressif” fait de nous... un mari et sa femme, » Lesfina avait lâché cette bombe tout en restant d’un calme olympien comme à son habitude.

***

Partie 3

« A-Attendez un peu. Je pense que vous abusez de cette expression ! Et “affaire” !? C’était juste un accident ! » s’écria Alnoa.

« Une mésaventure !? Comment osez-vous ! Vous..., » s’écria Sharon.

« Oh, on est arrivé. Suivez-moi, s’il vous plaît, » Cécilia interrompit Sharon juste avant qu’une autre longue dispute n’éclate.

« D’accord, Cécilia, » déclara Alnoa.

En entrant dans le salon, les yeux de Lesfina avaient rencontré ceux d’Alnoa pendant un moment. Elle avait couvert son visage en raison de son embarras avant de se précipiter à l’intérieur de la pièce.

« Quand est-ce que vous deux... Argh ! Vous être le pire ! Vous n’êtes qu’une ordure ! » Sharon avait laissé échapper sa frustration sur un Alnoa sidéré et avait ensuite suivi Lesfina dans la pièce.

Ils avaient tous été conduits dans le salon le plus extravagant du château. La salle était remplie de la collection personnelle de meubles exquis de feu le Roi-Sorcier, rassemblés dans le monde entier. Deux beaux canapés étaient placés à côté d’une cheminée réalisée par un maître, apportée du royaume de Girlgon. Les meubles avaient été agencés et avaient été choisis de façon experte, donnant un air sophistiqué à la pièce.

« S’il vous plaît, asseyez-vous. » Alnoa avait offert aux filles l’un des canapés, et il s’était assis sur le canapé opposé.

« Merci, mon chéri, » murmura Lesfina.

Cécilia en avait profité pour préparer du thé, l’un de ses passe-temps.

Alnoa avait alors réfléchi à la façon dont il devait entamer la conversation embarrassante qu’il devait avoir avec les deux Divas assises en face de lui. Mais avant qu’il n’ait pu terminer ses pensées, il s’était retrouvé face à une lame.

« Je vous ai eu ! » cria Sharon.

« Wooooawww ! » cria Alnoa.

La princesse aux cheveux rouges venait de lancer sa troisième attaque sur le roi Alnoa.

N’a-t-elle pas donné ses armes à Lilicia ?

Alnoa écarta la tête juste avant que son visage ne soit touché.

« Tch. » Sharon fit claquer sa langue en raison de sa frustration.

Et ainsi, un nouveau duel de regards avait commencé.

« Quoi !? Pensiez-vous vraiment que mon épée était la seule arme présente sur moi ? » demanda Sharon.

Sharon avait fait tournoyer son couteau et avait raillé Alnoa avec un regard plein de suffisance.

« Pourquoi avez-vous un couteau sur vous !? » Alnoa avait interrogé Sharon tout en regardant l’arrière du canapé sur lequel il était assis avant ça.

« Voulez-vous vraiment le découper ? » demanda Alnoa.

« Avec plaisir ! » répondit Sharon.

« Wôw ! » s’écria Alnoa.

Sharon s’était jetée sur Alnoa qui était maintenant derrière le canapé. Il avait évité de justesse son attaque.

Elle va beaucoup trop loin ! Il est temps de mettre un terme à tout ça.

« Ne me sous-estimez pas ! Croyiez-vous que je vais m’enfuir pour toujours !? » s’écria Alnoa.

« Trop lent ! » répliqua Sharon.

La tentative de contre-attaque d’Alnoa avait été contrecarrée par Sharon, qui avait anticipé une telle manœuvre.

« Prends ça ! » cria Sharon.

« Wahh ! » s’écria Alnoa.

Alnoa n’avait pas pu réagir à son attaque rapide. Il avait perdu l’équilibre et s’était effondré sur le canapé.

Sharon se tenait au-dessus d’un Alnoa sans défense. Elle avait souri victorieusement. Certaine de sa victoire, elle leva son couteau et s’élança de toutes ses forces. Cependant...

La lame du couteau se brisa en deux avant d’arriver jusqu’à lui. Même avec toute sa force placée dans une attaque, elle n’arrivait toujours pas à l’atteindre.

« Encore !? Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi ne puis-je pas vous frapper ? » demanda Sharon.

Enragée, Sharon avait déplacé sa main droite vers sa poitrine avant de sortir un autre couteau de là. On disait que le corps d’une femme détenait de nombreux secrets, mais personne ne s’attendrait à ce que ses secrets soient aussi mortels.

« Arrêtez de résister, sale chien ! » cria Sharon.

Sharon était encore une fois en train d’essayer de commettre un meurtre sans même essayer de cacher ses intentions.

*Clang !*

Cette fois-ci, ce ne fut pas son astuce habituelle qui l’avait sauvé. Il avait reçu de l’aide sous la forme d’une boule de glace projetée depuis le côté et frappant le couteau placé dans la main de Sharon.

« Ce n’est pas comme ça qu’une princesse... Ce n’est pas comme ça qu’une Diva devrait agir, » déclara Lesfina.

Lesfina, qui observait tranquillement jusqu’à présent, avait sorti sa baguette et elle avait tracé un cercle magique devant elle.

« Et... ce serait un problème si vous tuiez mon futur mari avant que notre mariage soit conclu, » déclara Lesfina.

Un « problème » ? C’est tout ? Quoi !? Ma mort est au même niveau que si elle perdait les clés de sa maison !?

Les deux filles avaient ignoré le mécontentement d’Alnoa, préférant plutôt faire face à l’autre avec colère.

« Attendez une seconde ! Vous ne pouvez pas vous battre ici ! » cria Alnoa.

« C’est bon, chérie. J’ai également lu une fois que vous deviez protéger votre bien-aimé à tout prix, » déclara Lesfina, faisant référence à sa grande culture provenant de livres.

« Oubliez ce livre. Écoutez-moi une seconde ! » cria Alnoa.

Mais le cri désespéré d’Alnoa ne pouvait pas pénétrer l’épais voile de tension qui entourait les deux Divas étrangères.

Lesfina avait mis en avant ses bras, et une boule de feu commençant à se former dans ses paumes. Les rumeurs étaient vraies. Elle était capable d’utiliser la magie sans avoir besoin de faire la moindre incantation.

Je suppose que c’est le pouvoir d’une Diva. Attends. Elle a l’intention de faire exploser toute la pièce !? 

« Haha ! Croyez-vous que c’est assez pour me faire peur ? » Sharon avait souri tandis que la boule de flammes se refermait sur elle. « C’est assez rare que je puisse combattre une autre Diva ! »

Elle avait dévié la boule de feu avec une frappe habile de son couteau.

« Attendez ! Comment est-ce possible !? » Alnoa avait été choqué par le spectacle, bien trop abasourdi pour s’écarter de la boule de feu qui arrivait sur lui après avoir été déviée.

*Kaboom !*

L’explosion l’avait fait tournoyer dans les airs.

Hein ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Du point de vue d’Alnoa, l’explosion n’avait pas été très chaude ou douloureuse.

Cependant, les meubles joliment disposés n’avaient pas eu autant de chance. Ce qui avait été pris dans l’explosion avait été la fierté et la joie de la famille royale.

« Nooon ! Cette horloge était la préférée de mon père !? Avez-vous la moindre idée de ce que ça coûte ? » déclara Alnoa.

« Ne vous inquiétez pas. Je me suis assurée que vous ne seriez pas blessée, mon chéri, » répondit Lesfina.

Alnoa pouvait voir que Lesfina se concentrait sur la menace devant elle alors qu’il s’élançait dans les airs.

Cette horloge était un trésor national. Ça vous tuerait de ressentir au moins un peu de remords !?

« Je vais bien, mais ça ne veut pas dire... Gahh ! » cria Alnoa avant de toucher le sol au milieu de sa phrase. L’impact avait fait plus mal que l’explosion.

« Est-ce que ça va !? Cette boule de feu a explosé devant vous ! » Celle qui tentait de tuer Alnoa avait demandé des informations sur son état de santé sur un ton inquiet.

« Je viens de mettre le thé dans l’eau chaude. Pourriez-vous attendre encore quelques minutes ? » demanda Cécilia.

Alnoa avait affronté la douleur qui l’assaillait et avait regardé sur le côté. Là, il avait vu Cécilia qui préparait paisiblement le thé avec son service à thé personnel.

C’est vrai. Cécilia est également une Diva. C’en est presque impressionnant comme elle n’est pas perturbée par tout ce vacarme.

« Q-Quoi qu’il en soit... Recommençons à tenter d’assassiner Alnoa ! » déclara Sharon.

« C’est vraiment quelque chose que vous ne devriez jamais dire à voix haute !? » s’écria Alnoa.

En tant que roi, d’innombrables assassins avaient tenté de le tuer. L’assassinat était un acte méprisable et lâche qu’il ne respecterait jamais.

« Taisez-vous, oui, taisez-vous ! C’est la première fois que je fais ça ! » s’écria Sharon.

Elle est terriblement lunatique pour un assassin...

Même Sharon avait réalisé que sa tentative de meurtre flagrante la plaçait du côté des agresseurs.

« Moi aussi, je souhaite avoir ma première fois avec le roi Alnoa... »

« ... »

Lesfina avait lâché une remarque inattendue depuis les coulisses.

« Lesfina, que voulez-vous dire par là ? En fait, désolé. Oubliez ce que j’ai demandé, » déclara Alnoa.

Le mal de tête d’Alnoa devenait la partie la plus douloureuse de cette épreuve.

« Roi Alnoa, appelez-moi Feena. C’est comme ça que mes proches m’appellent, » déclara Lesfina.

« Ah, d’accord ! Alors, appelez-moi Al ! » répondit-il.

« Al.. D’accord, » déclara Lesfina.

Feena hocha la tête en signe d’accord. Si vous regardiez de plus près, vous pourriez alors voir une légère trace de bonheur digne d’une adolescente sur son visage. Pendant un moment, Alnoa avait été captivé par la belle princesse aux sourires timides.

Feena avait mis en valeur sa poitrine (espérons-le) en cours de développement et avait lancé un regard glacial vers Sharon, qui se tenait à côté d’Alnoa.

« Et à la brute là-bas. N’oubliez pas de vous adresser à moi en tant que “Madame Lesfina” ! » déclara Feena.

« Qui êtes-vous en train d’appeler une brute ? » demanda Sharon

Sharon rencontra le regard froid de Lesfina avec un éclat de feu. Son expression était celle d’une bête sauvage, prête à attaquer.

« Désolée... Je voulais dire “monstre”, » Feena continua sans même broncher devant le regard féroce de Sharon.

« Oh, vraiment ? Ne croyez pas que je vous laisserai vous en tirer comme ça ! » Sharon était furieuse, grinçant des dents en raison de la frustration. Une aura rouge avait commencé à émaner d’elle.

« Hé-Hé, calmez-vous..., » cria Alnoa.

« Al. Faites attention, » cria Feena.

Reconnaissant la gravité de la situation, Feena avait sauté pour se placer devant Alnoa afin de le protéger.

« Oh mon Dieu. Désolée de vous avoir fait attendre. Le thé est prêt, » Cécilia désamorça la bombe qui était sur le point d’exploser avec une seule remarque anodine.

« Allez, assieds-toi ! » déclara-t-elle vers son frère.

Elle avait dirigé son doux sourire à Alnoa et l’avait poussé précipitamment vers la table. Les nerfs d’Alnoa s’étaient un peu calmés, mais il avait quand même ressenti le besoin d’avertir sa sœur au sujet de la tempête qui se préparait.

« Cécilia, ce n’est pas le moment ! » déclara-t-il.

« Je comprends que vous vous méfiez tous les uns des autres puisque vous venez de vous rencontrer, mais pourriez-vous vous joindre à moi pour une tasse de thé relaxante ? S’est-il passé quelque chose ? » demanda Cécilia.

Cécilia avait incliné la tête en raison de la surprise, comme si elle n’avait aucune idée de la situation dans laquelle elle venait d’entrer. Qu’elle l’ait planifié depuis le début ou qu’elle ait été simplement inconsciente de tout ça, la Diva d’Althos était un maître tacticien qui ordonnait avec un grand sens de l’autorité.

« Voulez-vous vous joindre à moi pour boire une tasse ? » demanda Cécilia.

Ne prêtant pas attention à l’intense épreuve de force, Cécilia se tenait entre les deux filles et offrait à chacune une tasse de thé.

« La ferme ! Je ne suis pas venue ici pour... Ah ! » cria Sharon.

Un léger cliquetis métallique résonnait dans la pièce. Le couteau de Sharon avait frappé contre la belle tasse de thé offerte et quelques gouttes s’étaient répandues sur le sol.

Il s’agissait d’un véritable accident, mais le sourire de Cécilia était passé de chaleureux à inquiétant. Elle était restée plantée là, tenant tranquillement la tasse de thé à Sharon.

« Ah, euh, je ne voulais pas..., » Sharon s’empressa de prendre la tasse de la main de Cécilia.

A-t-elle peur de Cécilia ? Je ne serais pas surpris. Ça pourrait devenir moche.

« Merci, Mademoiselle Cécilia, » Feena avait comprit le message et avait aussi pris sa tasse.

« Je suis honorée de..., » commença Cécilia.

Quelque chose s’était écrasé sur le sol.

« Ah... Je suis... désolée..., » balbutia Feena.

Feena devint pâle en un instant. Cécilia se tenait encore une fois tranquille, avec un sourire troublant.

Feena avait compris la situation après que Sharon ait effleuré la coupe avec son couteau, mais elle était peut-être trop tendue. Ses doigts tremblants avaient fait tomber la tasse pendant qu’elle la prenait, et elle s’était écrasée sur le sol.

D’accord. Ça va devenir vraiment moche là.

La tension dans la pièce était palpable. On pouvait presque voir la colère s’échapper hors de Cécilia. Si vous vous étiez trop approché d’elle, alors cela vous aurait très certainement déchiqueté.

***

Partie 4

« Oh mon Dieu... C’est une chose de ruiner les meubles extravagants que mon père a collectionnés et entretenus pendant toute sa vie, mais comment osez-vous casser mon service à thé ? » s’écria Cécilia.

Au milieu de cette situation étouffante, Cécilia passa à l’action.

Merde, c’est mauvais. C’est vraiment mauvais !

Tous les trois retenaient leur souffle devant le sourire inquiétant de Cécilia.

Puis, quelques minutes plus tard...

« Il reste beaucoup de thé, alors buvez ! » déclara-t-elle.

Cécilia regardait Alnoa, Sharon et Feena boire leur thé avec son sourire toujours aussi dangereux. Ils firent tous les trois un petit signe de la tête et la complimentèrent.

« C’est délicieux ! » déclara Alnoa.

Leurs sourires étaient raides. Ils marchaient tous sur la corde raide.

« Ce thé provient de plantes de mon jardin personnel. Comment l’aimez-vous ? » demanda Cécilia.

« C’est très... aromatique..., » répondit Sharon, courbant avec force sa bouche en un sourire.

À côté d’elle, Feena répondait d’une voix frémissante. « C’est... délicieux. »

« Rien ne vaut ton thé, chère sœur ! » Et finalement, Alnoa avait répondu.

Tous les trois avaient fait de leur mieux pour calmer Cécilia, toujours souriante.

« Je n’ai rien fait ! Comment ai-je été mêlé à tout ça !? » Alnoa chuchota une plainte à Sharon et Feena au moment où Cécilia lui tourna le dos.

« Comment le saurais-je !? Pourquoi ne nous avez-vous pas dit que votre sœur se transforme en monstre quand elle s’énerve ? » demanda Sharon.

« Ce n’est pas comme si j’avais eu le temps de le faire. Vous m’avez sauté dessus dès que nous sommes entrés dans la pièce ! » répliqua Alnoa.

Leur dispute silencieuse était sur le point de se transformer en un autre combat à part entière.

« Oh, en voulez-vous une seconde tasse ? » Lorsque Cécilia avait fait demi-tour, ils s’étaient tous redressés.

« Ah, j’ai oublié les gâteaux ! » s’écria Cécilia. Puis elle s’était précipitée hors de la pièce.

Sharon avait attendu quelques secondes, puis elle avait lâché sa colère sur Alnoa. « Expliquez-vous tout de suite ! »

« Qu’est-ce que vous racontez ? » demanda Alnoa.

Il s’était déjà passé tant de choses entre eux deux alors Alnoa avait du mal à déterminer de quoi, exactement, Sharon parlait, même s’il pouvait faire des suppositions éclairées. Pourquoi ses attaques n’avaient-elles jamais pu le frapper ? Pourquoi avait-elle eu vraiment très chaud quand il l’avait tenue dans ses bras ?

« Pensiez-vous vraiment que j’oublierais que vous m’avez tripoté !? » s’écria Sharon.

Vous avez essayé de me tuer, et j’ai accidentellement touché votre poitrine quand vous êtes tombé sur moi ! Lequel de ces deux est le pire !?

« Ah... Je voudrais aussi l’entendre, » déclara Feena.

Pourquoi me trahissez-vous, Feena !?

« Expliquez-nous lentement et correctement cela, » Sharon se leva et se dirigea vers Alnoa.

Il détourna le regard, dominé par les yeux pourpres impitoyables de Sharon.

Cécilia retourna dans la pièce puis se tint à côté d’Alnoa.

Elle avait pris une gorgée de thé et s’était ensuite adressée aux autres filles. « Parliez-vous de la relation entre le Roi-Démon et les Divas ? »

« Cécilia ! » s’écria Alnoa.

Elle leva son doigt, arrêtant l’interjection d’Alnoa.

« Ce n’est pas grave, » déclara Cécilia. « Il serait déraisonnable qu’elles restent ici pendant un mois sans rien savoir. »

Tu as raison, mais...

« Et par mon pouvoir de messagère de Dieu, je leur ferai jurer de ne jamais en parler à des étrangers, » continua Cécilia.

Elle se tourna vers Sharon et Feena et commença à chanter un sort sur un ton mélodieux.

☆☆☆

Cécilia n’était pas seulement la Diva d’Althos, mais également une prêtresse. Elle avait été une petite fille joyeuse, mais après un certain temps, elle était devenue incapable d’effacer son sourire de son visage. Ainsi, tout le monde dans le royaume — qu’il s’agisse de paysans, de nobles ou d’officiers — l’avait louée comme la Diva éternellement aimable et souriante.

Bien sûr, tout le monde s’attendait à ce qu’elle devienne le prochain monarque d’Althos. Mais après la mort de son père, Cécilia avait insisté pour devenir prêtresse.

Il n’était pas rare que les Divas se joignent à l’église, qui vénérait la Valkyrie, mais Cécilia avait ses propres raisons vraiment très spéciales. L’une d’entre elles était pour qu’Alnoa puisse succéder sur le trône, mais sa principale raison d’abdiquer et de devenir prêtresse était parce que...

« Une fois que je serai prêtresse, nous ne serons plus reconnus comme frère et sœur. Ainsi, je pourrais enfin épouser Alnoa ! » avait-elle déclaré pour elle-même. Bien sûr, elle n’aurait jamais dit ça devant son frère.

Si elle devenait prêtresse, ses liens juridiques avec sa famille seraient annulés, ce qui ferait en sorte qu’ils ne seraient plus frères et sœurs. Mieux encore, l’église avait toujours permis d’une manière commode à son clergé de se marier.

Mais Cécilia n’avait pas tenu compte de la gentillesse et de la sollicitude d’Alnoa envers elle. Un jour, alors qu’elle faisait semblant d’être dévastée par l’annulation de leur relation...

« Ne t’inquiète pas, Cécilia ! Dieu ne nous reconnaîtra peut-être plus comme frères et sœurs, mais tu seras toujours ma grande sœur dans mon cœur ! » avait-il annoncé à l’époque.

Ce fut un coup dur pour ses aspirations. Mais en s’appuyant sur cette expérience, elle travaillait maintenant en coulisses pour faire de son rêve de mariage frère-sœur une réalité, un fait inconnu de tous sauf de Lilicia.

☆☆☆

Sans laisser transparaître ses véritables intentions, elle termina le rituel, leva la main gauche et récita les mots qui la liaient.

« Je suis une messagère de Dieu. Ceux qui me jurent de leur serment ne le briseront jamais. »

Sa main gauche s’illumina d’une lumière divine. En regardant sa sublime silhouette, on pourrait confondre la pièce avec une église sacrée.

Tout ce qu’elles avaient maintenant à faire, c’était de faire leurs promesses à Dieu.

Mais les lèvres de Cécilia se transformèrent en un sourire espiègle.

« Si ces sales paysannes osent rompre leur promesse faite à mon très cher Alnoa, alors qu’elles fassent l’expérience de xxxx puis de xxxx et de leur xxxx, pour qu’elles ne puissent plus jamais xxxx à nouveau ♪, » déclara Cécilia.

Elle ne peut pas y mettre fin normalement, n’est-ce pas ?

« Quoi !? » s’écria Sharon.

« M-Mademoiselle Cécilia !? » s’écria Feena.

Sharon et Feena avaient regardé leur future belle-sœur avec étonnement. Elles n’avaient pas la capacité à comprendre ce qu’elles venaient d’entendre.

« Cécilia, qu’est-ce que tu dis !? Avec quel genre de dieu fais-tu un serment ? » demanda Alnoa.

« Oh, ne t’inquiète pas. Il n’y aura pas de problème tant qu’elles tiendront leur promesse, » répliqua Cécilia.

Elle marque un point.

Sharon et Feena acquiescèrent docilement d’un signe de tête, allant à l’encontre de leur comportement confiant habituel.

« D’accord, allons-y ! Je le jure ! » déclara Sharon.

« C’est d’accord, je le jure, » déclara Feena.

Ainsi, leurs vœux avaient été achevés.

« Alors... Al ! » Une fois le sort terminé, Cécilia regarda Alnoa.

« D’accord. Nous allons le leur expliquer. » Ne connaissant pas les véritables intentions de sa sœur, Alnoa avait accepté à contrecœur.

« La réincarnation du Roi-Démon !? »

Le cœur d’Alnoa sauta un battement en regardant l’expression complexe de la jeune femme. Il n’avait aucune idée de la raison pour laquelle Cécilia voulait qu’il leur dise un secret si bien gardé, un secret que seules quelques personnes choisies connaissaient auparavant.

A-t-elle l’intention de les effrayer en révélant ma lignée ?

« Connaissez-vous l’histoire du Roi-Démon et de la Valkyrie ? » leur demanda Alnoa, en partie par frustration.

« Bien sûr, bien sûr. Il y a très longtemps, un roi avait accueilli le Roi-Démon dans son corps pour repousser une invasion de son voisin. Il ne pouvait pas contrôler le Roi-Démon présent en lui et il est devenu fou. Sept de ses belles suivantes ont alors sacrifié leur vie pour invoquer une Valkyrie qui a scellé le Roi-Démon, » déclara Sharon.

Sharon avait fièrement gonflé sa poitrine à la fin de son explication. Ses seins étaient un spectacle plaisir à contempler, mais Alnoa n’avait pas le luxe de les apprécier.

« Pour empêcher la renaissance du Roi-Démon, la Valkyrie a divisé sa conscience et sa force en sept parties et les a distribuées entre sept filles. C’est ainsi que nous, les Divas, sommes nées. On dit que l’une des jeunes filles choisies était même une enfant de trois ans, » Feena avait repris avec indifférence l’histoire là où Sharon s’était arrêtée.

« Exactement. Alors, qu’en pensez-vous, où est scellé le Roi-Démon ? » demanda Alnoa.

Alnoa croisa les bras et donna sa meilleure apparence de professeur alors qu’il donnait une conférence aux Divas.

« Attendez... Vous ne pensez pas que..., » Feena avait eu le souffle coupé.

« Exactement. Juste ici ! » Alnoa avait poussé un soupir exagéré et il pointa du doigt vers le bas.

« Sous ce château !? » demanda Sharon.

Ce n’est pas comme si je l’avais moi-même vu, mais elles n’ont pas besoin de le savoir.

« Et j’ai été choisi comme réceptacle du Roi-Démon, » il avait porté un dernier coup aux filles perplexes.

« C’est exact ! Mon cher petit frère possède les attributs du Roi-Démon de la légende ! » Contrairement à un Alnoa déprimé, Cécilia avait triomphalement gonflé sa poitrine.

« Ce qui veut probablement dire qu’il a aussi les pouvoirs du Roi-Démon. » Sharon, profondément dans ses pensées, la main sur le menton semblait avoir accepté l’explication.

« Oui. J’ai été choisi pour hériter de son pouvoir. Puisqu’il est encore scellé, je ne peux en utiliser qu’une faible partie, mais il ne peut pas non plus s’emparer de mon corps, » déclara Alnoa.

« Attendez une minute ! » Sharon leva les yeux vers Cécilia. « Cécilia est une Diva normale. Elle n’est pas impliquée dans cette affaire. »

« Alors... Vous êtes le réceptacle du Roi-Démon, et votre sœur est une Diva... ? » Feena leva les sourcils.

C’était la vérité, aussi improbable que cela puisse paraître.

« Oh, ce n’est pas exactement ainsi. Nous sommes de mères différentes », dit Cécilia, en jouant avec ses boucles d’or.

« Cécilia est de la Reine précédente, alors que je suis du second mariage de mon père, » déclara Alnoa.

« Exactement. Ce qui veut aussi dire qu’on peut se marier ! » déclara Cécilia.

« Non, on ne peut pas, » répliqua Alnoa.

Alnoa avait poussé un lourd soupir face aux yeux étincelants de sa sœur. Son amour romantique envers son frère était de plus en plus intense et cela avait commencé à user de plus en plus sa patience.

J’espère qu’elle essayait juste de faire une blague pour détendre l’atmosphère. Je l’espère vraiment...

« Ne vous inquiétez pas ! Dieu dit qu’il n’y a rien de plus fort dans ce monde que le pouvoir de l’amour ! » déclara Cécilia.

Même si c’était le cas, qui interpréterait cette déclaration de cette façon !? Je doute que Dieu ait voulu promouvoir l’inceste.

À ce moment-là, la tête d’Alnoa était fermement tenue dans ses mains.

« Alors, qu’est-ce qui se passe avec votre technique folle ? » Sharon avait ramené la conversation sur la bonne voie.

« Je n’en sais rien. » Alnoa leva les mains et haussa les épaules. Il n’avait jamais vécu une telle chose auparavant.

Parmi les trois Divas, Alnoa était le plus proche de sa sœur. Mais Cécilia l’aimait plus que n’importe quelle sœur. Si le monde était condamné et que la mort d’Alnoa était le seul moyen de le sauver, Cécilia sacrifierait volontiers le monde. Elle ne lèverait jamais son épée contre lui comme Sharon l’avait fait.

Sans compter cette fois...

Cécilia avait été collante avec Alnoa depuis qu’elle était petite fille, lui posant des questions comme : s’il l’aimait et s’il allait l’épouser quand ils seraient grands.

Je lui disais souvent qu’elle faisait une tête effrayante quand elle posait ces questions. Elle me regardait avec curiosité et me lâchait. Oh, maintenant que j’y pense, c’est à l’époque où elle a commencé à sourire en permanence.

« Hé, m’écoutez-vous !? »

« Ah ! » s’écria-t-elle.

La Diva aux cheveux cramoisis le sortit de ses pensées.

***

Partie 5

« Sharon, peut-être que le Roi-Démon à l’intérieur d’Al réagit à la puissance de la Valkyrie qui réside au plus profond de vous. Ou peut-être..., » Cécilia avait répondu à sa question avec un sourire éclatant. Et puis elle s’était blottie contre Alnoa.

« Peut-être que les âmes des sept belles servantes résident encore dans les Divas, et qu’elles sont incapables de blesser leur roi bien-aimé. Ah, ce serait si romantique ! Pas vrai, Al !? »

« Nous nous battons habituellement avec nos armes et notre magie... les artefacts et le pouvoir de la Valkyrie. Le Roi-Démon réagit peut-être aux restes de la Valkyrie qui l’a scellé, » tout en ignorant complètement Cécilia, Feena avait annoncé avec confiance sa propre proposition.

« C’est pour ça que mon épée ne pouvait pas vous frapper ! » Sharon semblait également convaincue par cette explication.

« Maintenant, je sais pourquoi mon charme n’a pas fonctionné. » Feena murmura pour elle-même.

« Ah ! Et c’est pour cela que quand vous me touchez, je... euh..., » Sharon avait un peu rougit et elle jeta un coup d’œil à Alnoa.

« Oh, ça aurait pu être un Déferlement Céleste ? » déclara Cécilia.

« Qu’est-ce qu’un Déferlement Céleste ? » demanda Sharon.

Sharon avait regardé Cécilia avec stupéfaction, qui buvait calmement son thé.

C’était Feena qui avait répondu à sa question. « “Le pouvoir de contrôler le monde apparaît quand le Démon et la Sainte se rencontrent”. Freiya, est-ce que vous vivez si loin dans la cambrousse que vous n’avez même pas les écritures ? »

« Ah ! J’en ai entendu parler ! Je ne l’ai pas moi-même lue, mais c’est écrit dans un livre d’il y a environ mille ans, » Alnoa avait répondu à la provocation de Feena avant que Sharon ne puisse répondre.

Attends, pourquoi elle a l’air en colère ?

« Ne vous inquiétez pas, Al. Je vous en parlerai plus tard, quand nous serons seuls, » répondit Feena, d’un ton poli.

« N’êtes-vous pas un peu biaisé envers Al ? » Sharon avait fait un regard furieux sur Feena.

Alnoa avait haussé les épaules.

Les choses se compliquent à nouveau...

« De toute façon, alors, qu’est-ce que c’est exactement ce Déferlement Céleste ? » Il avait désespérément essayé de remettre la discussion sur les rails avant qu’elles ne recommencent à détruire la salle.

« Fondamentalement, c’est quand les énergies saintes et maléfiques se mélangent, ce qui donne alors naissance à une puissance capable d’aller côte à côte avec les dieux eux-mêmes. Je parie que ton pouvoir s’est infiltré en Sharon, ce qui a provoqué sa réaction si extrême, » Cécilia récitait les détails de mémoire, le doigt sur les lèvres.

Alnoa avait résisté aux attaques de Sharon. Puisque Sharon avait reçu la protection divine de la Valkyrie, ses attaques n’avaient pas pu atteindre le Roi-Démon, retenu par le même sceau de la Valkyrie. Mais on ne pouvait pas dire la même chose de l’autre côté. Les Divas ne pouvaient pas résister aux pouvoirs du Roi-Démon.

« Attendez. Êtes-vous en train de me dire que je ne peux pas lui faire de mal !? » s’écria Sharon.

C’était exactement comme elle le pensait. Tenter d’attaquer Alnoa était pour elle comme essayer de vaincre un grand maître d’échecs avec seulement un roi sur l’échiquier.

Cécilia regarda Sharon comme si elle venait de réaliser quelque chose. « J’ai aussi entendu dire que lorsque ton pouvoir se mélange à l’intérieur d’une Diva, le pouvoir de la Valkyrie les protège du mal. Mais l’un des effets secondaires est qu’elles ressentent quelque chose qui ressemble à de l’excitation sexuelle. »

« Quoi !? Comment avez-vous... Ah, je veux dire... ! » Sharon était visiblement énervée.

« Oh, son Déferlement Céleste vous a excité ? » demanda Cécilia.

« Vilaine Sharon... La Diva de l’Obscénité, » déclara Feena.

Sharon se leva du canapé lors de la provocation de Feena.

« Qu’est-ce que vous venez de dire ? Un mot de plus, et je vous coupe la langue et je la donne aux chevaux ! » s’écria Sharon.

Sharon tremblait en ayant un visage rouge vif. Il était difficile de dire si c’était à cause de la colère ou de l’embarras.

« Les chevaux sont herbivores. Ne le savez-vous même pas ? Quelle imbécile ! » s’exclama Feena.

« C’est ça, vous êtes fichue ! » cria Sharon.

Est-ce que je viens d’entendre quelque chose craquer ?

Sharon, qui en avait assez des insultes de Feena, avait posé sa main sur sa poitrine.

Attendez, elle cache quelque chose d’autre !? Quelle sorte de sorcellerie est-ce que c’est ?

À côté d’Alnoa, Feena se préparait aussi pour la bataille.

« Il est temps de vous abattre, » répliqua Feena.

Un silence sinistre s’installa dans la pièce alors qu’elles se regardaient l’une et l’autre. C’était comme le calme avant la tempête. Une tempête qui s’était intensifiée au cours de la dernière heure grâce à un nombre incalculable de prises de bec. Le moment de son atterrissage était imminent.

« Oh ! Je sais ! Faisons-leur une démonstration en direct ! » murmura Cécilia.

Avec cela, la tempête avait été déclassée de la force d’un ouragan à un simple orage passager.

Je vais devoir traverser la tempête pour l’instant. Mais je préférerais qu’on s’entende tous à l’avenir.

Alors que la situation était sur le point d’exploser, Cécilia sauta gracieusement entre les deux filles et saisit les mains d’Alnoa.

« Al, s’il te plaît, » déclara Cécilia.

« Cécilia, qu’est-ce que tu es..., » demanda Alnoa.

« Hehe... » Elle plaça doucement les mains d’Alnoa contre sa poitrine.

« Attends, Cécilia ! » s’écria Alnoa.

Cécilia ne laisserait pas passer cette opportunité, même si sa vie en dépendait. Elle avait ignoré les protestations de son frère et avait serré les mains d’Alnoa avec encore plus de force sur sa propre poitrine.

« Hyahh ! Ahhhh ! » Ses cris indécents résonnaient dans la pièce.

« Qu’est-ce que tu fais !? » demanda son frère.

« Oh, ne t’inquiète pas. Je vais juste leur faire une démonstration d’un Déferlement Céleste, » Cécilia avait réussi à calmer suffisamment sa forte respiration pour lui donner une réponse.

« Est-ce que cela ne marche que si j’attrape tes seins !? » demanda Alnoa.

La prise de Cécilia sur la main d’Alnoa tenait fermement, peu importe à quel point il luttait contre elle.

Les seins de Cécilia étaient doux au toucher et élastiques.

Qu’est-ce que tu fais devant mes futures mariées !?

Le sourire de Cécilia devint sournois en voyant le regard désespéré dans les yeux d’Alnoa.

« C’est assez ! Lâche mes mains ! » demanda Alnoa.

« Je n’ai pas encore fini. Je dois vérifier si cela marche bien ! » déclara Cécilia.

« Laisse-moi partir ! » redemanda Alnoa.

« Non ! Je ne te laisserai pas t’éloigner de moi ! » répliqua Cécilia.

« Cécilia !! » cria Alnoa.

« Hehe ! » Cécilia se mit à rire.

« Mademoiselle Cécilia est effrayante..., » Feena murmura cela, mais Cécilia l’entendit quand même.

« Effrayante... ? » demanda Cécilia.

Cécilia avait grimacé face à la déclaration de Feena et avait lâché les mains d’Alnoa. Elle tremblait comme une feuille.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Ses joues rouges avaient immédiatement perdu toute leur couleur.

« Hein !? Qu’est-ce qui se passe !? » demanda Alnoa.

Alnoa était devenu en pleine panique en voyant la réaction de sa sœur. Sans qu’il le sache, toutes les fois où il lui avait dit qu’elle avait l’air effrayante l’avaient ébranlé jusqu’à la moelle. Il s’agissait d’un traumatisme provenant de l’enfance qui ne l’avait jamais quitté.

« Suis-je effrayante... ? » demanda Cécilia.

« Cécilia ? » demanda Alnoa.

« Al, je ne suis pas effrayante, n’est-ce pas ? » demanda Cécilia.

« Cécilia, qu’est-ce qui ne va pas ? » demanda Alnoa en retour.

« Ne joue pas à l’idiot ! » déclara Cécilia.

Alnoa remarqua un regard aiguisé sur son dos. Sharon, qui avait été bruyante quelques instants plus tôt, le regardait dans un silence de mort.

Alnoa n’avait pas besoin de la voir pour savoir quel genre de visage elle faisait. Effrayé pour sa vie, il avait décidé de faire demi-tour et de s’expliquer, mais Sharon avait parlé avant lui.

« Jusqu’où pouvez-vous vous rabaisser en caressant votre propre sœur comme ça !? » s’écria Sharon.

« Même en tant qu’épouse, je ne suis pas sûre de pouvoir soutenir ce..., » murmura Feena.

Les deux Divas querelleuses avaient été réunies par un dégoût mutuel vis-à-vis de l’acte dont elles venaient d’être témoins.

Qu’est-ce que c’était ?

Peut-être que la méthode utilisée était mauvaise, ou peut-être que Cécilia voulait simplement dire que tout cela n’était qu’une blague. Quoi qu’il en soit, il n’y avait pas eu de Déferlement Céleste, et les frères et sœurs n’avaient rien appris de nouveau de cette expérience.

« Oh, désolée. J’étais juste excité à l’idée de l’essayer ! » déclara Cécilia.

Cécilia s’était enfin calmée. Cependant, les autres filles regardaient encore froidement Alnoa.

Pourquoi est-ce toujours ma faute !? Ne connaissent-ils pas le sens du mot « accident » ? Ou est-ce le destin des hommes de toujours prendre le blâme, chaque fois qu’un accident indécent se produit !?

« Ne rêvez jamais de pouvoir poser vos sales mains sur moi ! » cria Sharon. C’était ce que Sharon avait conclu de la situation.

Je sais ce que vous ressentez, croyez-moi. Mais le fait d’entendre ça d’une fille aussi mignonne fait toujours mal, vous savez !

« Ne vous inquiétez pas. Je ne le ferais pas, même si vous me le demandiez, » déclara Alnoa.

« Grr... Bien ! C’est après tout ce que je veux, » déclara Sharon.

Cécilia avait pris une gorgée de thé. Elle pouvait sembler calme à l’extérieur, mais à l’intérieur, elle ne voulait rien d’autre que de s’enfuir dans sa chambre et de s’enrouler en boule.

Sharon, par contre, était un livre ouvert. Son faux sourire n’avait pas réussi à cacher sa colère.

« Oh, Lilicia ! Pourriez-vous aussi préparer une chambre pour Mademoiselle Sharon ? » demanda Cécilia.

Lilicia ouvrit lentement la porte du salon et répondit à Cécilia. « Très certainement. La chambre a déjà été préparée. »

Depuis quand se tenait-elle là ?

« Merci. Sharon, Lesfina, permettez-moi de vous guider jusqu’à vos chambres. Je vous ferai visiter le château en cours de route, » déclara Cécilia.

Cécilia avait quitté le salon avec Lilicia qui la suivait de près.

« Votre Majesté, merci de me laisser rester ici et tout le reste..., » déclara Sharon.

C’est si superficiel !

Avec un sourire moqueur, Sharon s’était levée avec grâce et avait suivi Cécilia.

« ..., » Feena s’inclina rapidement avec son visage habituel sans expression et quitta la pièce.

Le jeune roi fut laissé en silence, libéré de l’animosité nue à laquelle il faisait face depuis une heure.

« Enfin..., » murmura-t-il.

Après avoir réussi à sortir de la tempête, Alnoa avait poussé un soupir de soulagement. Il s’était alors penché en arrière sur son siège et avait posé ses jambes sur la table.

La vie est pleine de surprises, hein ?

En fin de compte, il avait été décidé qu’elles resteraient toutes les deux ici pour le mois prochain.

Que dois-je faire maintenant ? Je n’étais pas préparé à ça.

« Quelle tournure absurde des événements ? » murmura-t-il.

Il se souvient de la bataille d’Althos et de Freiya quelques jours plus tôt.

Contre toute attente, ils avaient été victorieux. Personne ne s’attendait à ce qu’une armée dirigée par un jeune roi inexpérimenté triomphe de la puissance militaire de Freiya. Voyant leur chute, les pays voisins avaient changé de stratégie. Ils étaient encore certains d’une éventuelle victoire, mais ils craignaient la possibilité d’une longue et pénible guerre. Toute victoire les aurait affaiblis, ce qui en aurait fait des proies faciles pour leurs voisins.

Ce qui voulait dire qu’il valait mieux s’emparer de notre pays sans combattre.

Ainsi, deux des voisins d’Althos avaient envoyé leurs atouts, les Divas, des demoiselles capables d’abattre des milliers de soldats par leur propre force. Les deux pays étaient parvenus à la même conclusion, mais leurs approches différaient. On cherchait à prendre le contrôle du Roi et, à son tour, de son royaume. L’autre cherchait à prendre la couronne plus agressivement en tuant le Roi. Freiya avait refusé de donner l’initiative à Subdera, alors Sharon avait été envoyée un mois plus tôt.

Comme c’est odieux. J’aurais presque préféré une guerre totale.

Alnoa avait poussé un grand soupir et avait avalé les dernières gouttes de sa tasse de thé.

***

Partie 6

Le lendemain, alors que des rumeurs sur les plans de mariage arrangé du roi se répandaient dans tout le pays comme un feu de forêt, Alnoa faisait tranquillement de la paperasse dans sa chambre. Il était au travail depuis l’arrivée des deux candidates au mariage. C’était vraiment compliqué d’accueillir deux princesses.

Alnoa devait envoyer une confirmation quant à leur arrivée dans leurs pays respectifs dès que possible, tout en s’assurant de garder pour lui autant de détails. Il ne voulait pas savoir ce que Freiya et Subdera feraient si jamais ils apprenaient ce qui s’était passé la veille. Il ne pouvait qu’imaginer l’indignation à laquelle il serait confronté.

L’autre défi était de prendre en charge leurs besoins pendant leur séjour dans son pays.

« Al, avez-vous un moment ? »

La porte de son bureau s’était ouvert sans que la personne frappe à la porte avant. Mais il est vrai que l’on pouvait difficilement l’appeler un bureau en raison de ce qui s’y trouvait. Il y avait un lit pour faire la sieste et une collection de livres préférés d’Alnoa qu’il avait là pour ses pauses, rendant la pièce plus proche d’une chambre à coucher secondaire.

« Sharon, qu’y a-t-il ? » demanda Alnoa.

« Et si j’arrêtais de tenter de vous tuer et que j’essayais de devenir votre femme pour de vrai ? » demanda Sharon.

Son visiteur inattendu n’était autre que Sharon. Elle portait la même robe qu’hier, mais elle était beaucoup plus séduisante maintenant. Pour la première fois aux yeux d’Alnoa, elle ressemblait à une véritable et belle princesse.

Attends, êtes-vous sûre de vouloir admettre que vous êtes venue ici pour m’assassiner ? Eh bien, je suppose que beaucoup de vos actes disent déjà que c’est une évidence.

Alnoa était silencieux alors qu’elle s’approchait de lui. Il se méfiait beaucoup de ce changement d’attitude. Quelque chose lui disait que ça ne finirait pas bien.

À un moment donné, Sharon avait commencé à l’appeler « Al » au lieu de « Votre Majesté ». Il avait décidé qu’il valait mieux ne pas lui demander la raison.

Elle avait probablement changé parce qu’« Al » est plus facile à dire.

« ... Vraiment ? » demanda Alnoa.

« Oui. Vraiment, » déclara Sharon.

« N’est-ce pas un nouveau stratagème pour m’attaquer ? » demanda un Alnoa septique.

« ... Non, ça ne l’est pas, » répondit Sharon.

« Je suis heureux de l’entendre, mais pourriez-vous me dire ce que vous cachez derrière votre dos ? » demanda Alnoa.

« C’est un secret. Teehee ! » répondit Sharon.

Alnoa ne voulait rien de plus que de pouvoir faire confiance à Sharon, mais malheureusement pour elle, son secret jaillissait de derrière ses cheveux ardents.

Des assassins aussi mauvais en tromperie sont exceptionnellement rares.

« OK, arrêtez de jouer la comédie. Je peux voir votre épée derrière votre tête, » déclara Alnoa.

« Vraiment ? » Sharon regarda Alnoa, perplexe.

« Oui, vraiment ! Êtes-vous stupide ? Me prenez-vous pour un idiot ? » demanda Alnoa.

« Tsss. Et là, j’avais pensé que cela vous tromperait, » déclara Sharon.

« Oui, j’ai bien vu... ! » Alnoa avait poussé un soupir.

On ne s’est rencontrés qu’hier, et elle pense déjà que je suis un idiot, non ?

« N’avez-vous pas donné cette épée à Lilicia ? » demanda Alnoa.

« Je suis une princesse. Je viens de dire aux servantes que garder mon épée loin de moi conduirait à un incident diplomatique ! » expliqua Sharon.

« Oh, pour l’amour de..., » commença Alnoa.

Sharon avait saisi la poignée de son épée en affichant un sourire sournois. « Assez parlé ! »

« Vraiment !? » demanda-t-il.

Ils étaient piégés dans une petite pièce sans espace pour pouvoir esquiver la moindre attaque.

« Allez-vous vraiment réessayer ? » Alnoa ajouta ça tout en restant calme.

Les événements d’hier lui avaient traversé l’esprit. Le résultat était évident, mais le fait d’avoir une épée sur lui faisait encore peur. Il garda ses yeux serrés.

« Mourrrezzzz ! » cria Sharon.

Sharon avait frappé avec son épée au niveau de la tête d’Alnoa, mais, comme prévu, l’arme avait rebondi avant qu’elle ne puisse l’atteindre. La table avait pris le coup à la place de son visage et elle avait été coupée en deux, y compris la pile de documents qui reposait sur le dessus.

« Non ! Je viens de les finir ! » cria Alnoa.

« Qui s’en soucie ? Vous n’en aurez pas besoin là où vous allez ! » répliqua Sharon.

Elle l’avait regardé avec un visage suffisant, comme si elle n’avait même pas compris ce qui venait de se passer.

« Je suis presque sûr que vous auriez encore besoin de ces documents même si je mourais, » déclara Alnoa.

« Ne vous inquiétez pas. Je rendrai votre mort aussi indolore que possible ! » annonça Sharon.

Merde... On ne peut pas parler à cette fille quand elle est si excitée.

Face à cette agression insouciante, Alnoa ne pouvait penser qu’à une seule option. Au moment où Sharon avait encore abaissé son épée, Alnoa s’était élancé vers l’avant.

« Écoutez-moi bien ! » cria-t-il.

Les mots longs sont inutiles dans un combat au corps à corps. Je n’ai qu’à pousser vers l’avant !

« J’arrive ! » cria-t-il.

« Gahh ! »

Alnoa l’avait poussée. Sharon avait crié et avait reculé comme un animal effrayé. Se sentant coincée, elle s’était effondrée à genoux avec des larmes se formant dans le coin de ses yeux rouges.

« Quel est le problème ? » demanda-t-il

Elle avait tremblé devant les paroles d’Alnoa. Avec ses mains couvrant ses seins, elle le fixait du regard.

« Qu’est-ce que vous croyez faire ? » cria Sharon.

« C’est moi qui devrais vous demander ça ! » répliqua Alnoa.

C’est quoi cette réaction ? Je visais juste sa poitrine, attends, non. J’essayais juste de retenir ses bras. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle réagisse ainsi.

« Ne m’avez-vous pas promis de ne jamais me toucher ? » demanda Sharon.

« Dans ce cas, c’était de la légitime défense ! » répondit Alnoa.

Oh, c’est vrai ! Elle a peur du Déferlement Céleste. C’est logique, mais ça fait mal de la voir comme ça. Suis-je vraiment si effrayant ?

« R-Reculez ou bien je vais crier ! » déclara-t-elle avec force.

Sharon se précipita avec désespoir vers l’arrière comme un chiot effrayé.

Je me demande ce qu’elle pense maintenant de moi.

« H-Hey..., » dit-il.

« Je vous ai dit de reculer ! » répondit-elle.

« C’est vous qui m’avez attaqué ! » déclara Alnoa.

« Taisez-vous ! » dit Sharon.

Aussi charmante, mais toujours aussi déraisonnable que jamais.

Alnoa avait eu une soudaine et sournoise étincelle d’inspiration.

Attends, c’est plutôt amusant. C’est l’heure de la vengeance. Je peux peut-être même l’empêcher d’essayer de me tuer.

« Hé, reculez ! » cria Sharon.

« Excusez-vous, » déclara Alnoa.

« Pourquoi ? » demanda-t-elle.

« Pour avoir ruiné mon travail, » répondit Alnoa.

Premier pas.

« Pourquoi devrais-je le faire ? » demanda Sharon.

Deuxième pas.

« D’accord, d’accord ! Je m’excuserai ! » déclara Sharon.

Troisième pas.

« Je suis désolée ! Je suis désolée d’avoir détruit vos documents ! Eh bien ? Êtes-vous heureux ? » demanda-t-elle. Sharon l’avait regardée avec les yeux larmoyants. Elle était sur le point de pleurer.

« Toujours pas assez, » chuchota Alnoa. « Jurez-moi que vous n’essaierez plus de m’assassiner. »

Alnoa, inébranlable, continua son avance.

« Impossible, car c’est ma mission, » répliqua Sharon.

Quatrième pas.

« D’accord, d’accord ! Arrêtez ! S’il vous plaît, arrêtez ! Je vous en supplie ! » supplia Sharon.

Cinquième pas.

« Pourquoi ne vous arrêtez-vous pas ? » demanda une Sharon larmoyante.

Sixième pas.

« Ahh ! » Elle avait heurté le lit d’Alnoa. Elle n’avait nulle part où s’enfuir.

Alnoa avait réfléchi sur les actions qu’il devait entreprendre tout en regardant la fille qui gémissait.

Je suis peut-être allé trop loin.

Les puissants yeux pourpres de Sharon avaient perdu leur lumière et étaient maintenant remplis de larmes.

« Espèce de lâche ! Comment osez-vous jouer des tours aussi sales !? » S’écria Sharon.

Arg, cette fille...

« Résistez-vous toujours ? » demanda-t-il.

Je suppose que parler ainsi aux autres fait partie de sa nature. Mais je pense que c’est suffisant. Après tout, il s’agit d’une princesse.

« Je ne perdrai jamais ! » déclara Sharon.

Sharon avait roulé sur le lit et avait tendu la main afin d’ouvrir la porte proche de là.

« Pour l’instant, je vais mettre cette bataille en attente, mais la prochaine fois, la prochaine fois, je vous aurai ! » déclara Sharon.

« Hé, c’est..., » commença Alnoa.

Alnoa avait l’intention de dire « c’est la porte de la salle de stockage, une pièce remplie à ras bord de documents », mais Sharon était trop pressée pour écouter. Elle avait ouvert la porte qui grinçait avec force.

« Attendez, ne faites pas ça ! » cria Alnoa.

« Ahh ! » cria Sharon.

« Attention ! Wowww ! » s’écria-t-il.

La force mise dans l’ouverture de la porte avait fait tomber de grandes piles de documents. Alnoa haleta et se précipita pour protéger Sharon. Les documents s’étaient effondrés tout autour d’eux avec un bruit sourd et fort.

« Outch... »

La poussière des vieux documents remplissait la pièce. Alnoa et Sharon étaient restés silencieux un moment, ayant évité de justesse le désastre.

Je ne veux pas penser à ce qui se serait passé si Freiya avait découvert que leur princesse a été blessée dans mon bureau par une pile de vieux documents poussiéreux qui lui sont tombés dessus. J’espère qu’elle a... euh... Attends, est-ce sa culotte !?

Passons en revue l’enchaînement malheureux des événements qui avaient mené à la situation actuelle.

1) Sharon, agenouillée sur le lit, ouvrit la porte du débarras.

2) Toujours sur le lit, Sharon est tombée sur ses fesses.

3) Alnoa se précipita sur le lit et s’étendit sur Sharon afin de la protéger.

Et maintenant, ce scénario était sur le point d’atteindre sa fin évidente.

« Lâchez-moi, pervers ! Arrêtez de pousser votre entrejambe contre mon visage ! Espèce de monstre ! » Sharon avait lâché un barrage d’insultes vers Alnoa avec un visage rougissant et brûlant.

« Je suis désolé ! Je ne voulais pas le faire ! » répondit Alnoa.

Est-elle comme ça à cause d’un Déferlement Céleste ?

Sharon avait tiré sur sa jupe, masquant sa culotte de la vue d’Alnoa.

« Maintenant, je suis souillée pour toujours. » Sharon marmonnait ça d’une voix faible et tremblante.

« Quoi ? » demanda-t-il.

« Rien ! » Elle avait détourné le regard.

« Lâchez-moi, c’est tout ! » lui demanda Sharon.

« Ah, oui. Désolé, » déclara-t-il après s’être déplacé

Elle avait poussé un soupir de soulagement une fois qu’Alnoa était descendu d’elle.

Ne vient-elle pas de dire qu’elle a été souillée ?

Au moment où les choses s’installaient, un son avait retenti dans la pièce. Le couple turbulent s’était ébranlé et avait dirigé leurs attentions vers la source de ce bruit — l’entrée de la pièce.

Oh merde ! Bien sûr que quelqu’un entendrait tout ce bruit !

« Vraiment ? Vous faites... un 69 dès le deuxième jour ? » demanda une voix féminine.

« Non ! Nous ne le faisons absolument pas ! » cria Alnoa.

Alnoa espérait que sa sauveuse venait d’entrer dans sa chambre, mais ce qu’il avait eu à la place, c’était un démon. Un démon sous la forme de Lesfina, son autre candidate au mariage.

« Qu... Qu’entend-elle par “le 69” ? » demanda Sharon.

« Rien ! Ne vous inquiétez pas pour ça ! » répondit Alnoa.

« Eh bien, vous voyez, quand un homme et une femme vraiment..., » commença Feena.

« Feena ! Ne le dites pas ! S’il vous plaît ! » demanda Alnoa.

« Hein ? » Feena était curieuse de savoir pourquoi Alnoa l’avait arrêtée.

Sharon n’arrivait pas à comprendre ce à quoi Feena faisait référence, mais elle s’était finalement rendu compte que c’était quelque chose d’assez obscène.

« Je ne suis PAS comme ça avec ce cochon ! » déclara Sharon.

Sharon s’était un peu calmée. Feena en avait profité pour regarder Alnoa dans les yeux et dire ce qu’elle était venue dire. « Al. J’ai pris ma décision. »

« Quelle décision ? » demanda-t-il en retour.

Alnoa avait rencontré son regard et s’était levé du lit comme si rien ne s’était produit avant ça.

« Je veux devenir une bonne épouse. Je veux vous faire mien..., une marionnette pour mon usage exclusif. Donc, même si vous me trompez, même si vous couchez avec votre sœur... Je ferai de mon mieux pour regarder ailleurs, » annonça Feena.

Elle avait dit de très bonnes choses jusqu’à arriver sur la partie à propos de la « marionnette ».

« Je ferai de mon mieux pour faire... ce que vous faisiez ensemble juste avant ça, » continua Feena.

« Vous vous méprenez encore. Elle essayait de me tuer ! » s’écria Alnoa.

Le déni d’Alnoa était tombé dans l’oreille d’une sourde.

« Cependant..., » continua Feena.

Feena jeta son regard vers sa rivale, affichant du dégoût sur son visage habituellement sans expression.

« Quoi !? » s’écria Sharon.

Alnoa voyait Feena sérieuse pour la première fois. Il s’agissait d’un spectacle qui lui avait causé des frissons dans toute sa colonne vertébrale.

« Vous ! » cria Feena.

Sentant la colère de Feena, Sharon s’était mise en garde.

« Je ne vous pardonnerai jamais ! Quoi qu’il arrive, je protégerai Al ! » Feena marcha avec fermeté jusqu’à se positionner devant Sharon.

Elle est trop cool ! C’est le genre de phrase qui ferait pâlir n’importe quelle femme si elle était prononcée par un homme.

« Arrêtez de vous mettre sur mon chemin ! » cria Sharon.

« Je ne peux pas faire ça. Je ne vous laisserai pas faire du mal à mon mari, » déclara Feena.

Sharon avait jeté un coup d’œil vers Alnoa, espérant qu’il la soutienne. Mais Alnoa ne voulait pas se ranger de son côté.

Feena dirigea une fois de plus son regard froid et tranchant sur Sharon.

« Au fait..., » commença Feena.

« Quoi ? » demanda Sharon.

« Quel est votre objectif ? » demanda Feena.

Sharon avait haussé les sourcils face à la question inattendue. Il s’agissait d’un petit geste que Feena n’avait pas manqué de remarquer.

« Je suis ici pour tuer cet homme ! » répondit Sharon.

« Non. Je veux savoir ce que vous espérez obtenir en le tuant, » répliqua Feena.

Elle n’arrête pas de dire qu’elle est là pour me tuer comme si ce n’était rien !

« Tch. »

« Je le savais. On ne peut pas vous faire confiance. Vous êtes venue ici pour..., » commença Feena.

Sharon avait chargé Feena avant qu’elle n’ait pu finir sa phrase.

*Clac !*

Un cliquetis métallique aigu avait résonné dans la pièce.

« Hé, c’est votre..., » commença Sharon.

« Je ne vous laisserai pas prendre le dessus aujourd’hui, » répliqua Feena.

Feena avait tenu sa baguette au-dessus de sa tête, bloquant ainsi la frappe de Sharon.

« Oh ? Vous êtes plutôt bonne ! D’accord, allez-y ! Voyons voir quelle relique est la plus forte ! » déclara Sharon.

Feena avait bloqué la frappe de Sharon d’une main, et elle n’avait même pas bronché.

« Est-ce donc la relique de Subdera ? » demanda Alnoa.

Alnoa ne pouvait que regarder avec admiration. Sa baguette était faite d’un matériau mystérieux, peut-être de l’obsidienne.

Ces reliques étaient considérées comme le symbole des Divas et elles auraient été créées par la Valkyrie elle-même. Une autre théorie était que ces reliques étaient les armes préférées des sept jeunes filles. Chaque Diva avait sa propre relique, y compris Cécilia, dont la relique était un khakkhara, une sorte de bâton également connu sous le nom de crosse.

« N’avez-vous pas été assez bavarde aujourd’hui ? » demanda Sharon.

« ... »

« Votre farce froide et silencieuse a disparu ! Ne vous inquiétez pas. Je vais vous abattre ! De cette façon, vous pouvez garder le silence pour toujours ! » déclara Sharon.

Sharon avait serré sa poignée sur la poignée de sa lame.

*Wlam !*

Avec cela, une véritable tragédie s’était produite.

« Nooon ! Mes livres ! Mes documents ! » cria Alnoa.

L’épée déviée de Sharon avait tranché proprement à travers son étagère. Les pleurs d’Alnoa avaient rempli la pièce emplie de tensions.

« Mes précieux livres..., » se lamenta Alnoa.

Sharon et Feena n’avaient pas été troublées par les sanglots d’Alnoa. Elles n’avaient pas quitté les yeux l’une de l’autre une seconde.

« Dégagez le passage ! » cria Sharon.

Sharon avait saisi son épée afin de tenter de l’effrayer, mais Alnoa n’arrivait pas à penser clairement. Tout ce qu’il pouvait voir, c’était les documents détruits devant lui.

« Hé vous ! » cria Alnoa après s’être tourné vers Sharon et avoir tendu la main vers elle. « Regardez où vous balancez ce truc ! »

« Ahh ! » cria Sharon. « Je suis désolée ! » Sharon avait paniqué et avait crié des excuses pour l’arrêter.

« Si vous voulez y aller toutes les deux, faites-le dehors ! » Alnoa avait laissé échapper tout son stress refoulé sur les deux Divas.

« D’accord. Je serai une bonne épouse et j’écouterai mon mari, mais..., » Feena s’était arrêtée.

Une bonne épouse ne détruirait pas la chambre de son mari !

« Non... Mes documents ! » murmura Alnoa.

Il voulait s’effondrer et pleurer après avoir vu combien son travail avait été détruit. Feena tapota légèrement son épaule afin de le réconforter.

« Ne vous inquiétez pas. Au moins, votre cachette secrète n’est pas dans cette pièce, » déclara Feena.

« Ouais, au moins... Attends, comment savez-vous ça !? » S’écria Alnoa.

« C’est un secret, » répondit Feena.

Alnoa s’était demandé un instant si Feena était peut-être la plus dangereuse des deux filles.

« Arg. Espèce de pervers ! » Sharon avait regardé Alnoa depuis l’autre côté de la pièce et avait couvert sa poitrine avec ses bras.

Attendez, comment ai-je fini par être vu comme celui qui a attaqué ?

« Je vois que tout le monde s’amuse. Mais selon Cécilia, dans ce pays, les relations sexuelles illicites avec des princesses étrangères sont un crime passible de la peine de mort, » déclara avec clarté une autre femme.

Alnoa regarda la voix de son sauveur et trouva Lilicia qui lui souriait doucement.

Elle plaisante, n’est-ce pas ? Je l’espère vraiment...

« Lilicia, qu’es-tu... ? » demanda Alnoa.

« Un avis urgent est venu de l’un des avant-postes, » Lilicia avait coupé la parole à Alnoa et avait déclaré le but de sa venue, mais elle s’était arrêtée.

« Hmm... »

« Il s’agit d’une lettre urgente, Votre Majesté ! » annonça Lilicia.

***

Partie 7

La lettre en question était coincée entre ses seins.

Ne met-elle pas en valeur ses seins alors qu’elle fait ça ?

Alnoa avait tranquillement saisi la lettre. En réponse, Lilicia avait produit un gémissement obscène.

Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? C’est d’un niveau d’embarras vraiment ridicule.

« Est-ce l’un de vos fétiches, mon chéri ? » demanda la Diva aux cheveux bleus.

« Non, cela ne l’est certainement pas ! » répondit Alnoa.

« Vous forceriez votre femme de chambre à faire quelque chose d’aussi pervers ! Espèce de monstre ! » cria Sharon.

« Pourquoi supposez-vous que j’ai demandé ça ? » demanda Alnoa.

 

☆☆☆

 

Alnoa avait essayé d’ignorer leurs poussées de critiques et de se concentrer sur le contenu de la lettre présent dans ses mains.

Voyons voir...

« Lilicia ! Dis à ma sœur que j’aurai besoin d’elle plus tard, » l’expression d’Alnoa avait changé en un instant. Il avait rapidement donné cet ordre et avait quitté la pièce.

« Très certainement. Je dirai aussi à Jamka de préparer les troupes et les faire immédiatement vous suivre, » répondit Lilicia.

« Lilicia, s’est-il passé quelque chose ? » demanda Sharon.

Lilicia avait ignoré la question de Sharon et avait vu Alnoa partir avec un sourire.

« Al..., » murmura Feena.

Feena regarda tranquillement à travers la fenêtre quand Alnoa quitta le château. Une brise printanière avait soufflé sur son visage et avait guidé sa vision vers le haut. Althos se prélassait sous les doux rayons du soleil. À ce moment-là, le royaume était apparu comme une fière nation, et non comme une puissance mineure.

Alnoa avait relu la lettre du haut de son cheval alors qu’il était au galop. Il ne s’attendait pas à ce que les choses en arrivent là. Un groupe d’anciens citoyens vivant dans les plaines du nord d’Althos avait été attaqué.

Ce doit être eux qui ont fui le pays quand j’ai été couronné.

Il n’était pas surprenant que les personnes abandonnent leur pays en période de troubles. Le Roi-Sorcier avait lui-même construit ce pays, ce qui rendit sa mort particulièrement troublante. Son décès avait réduit Althos au statut de puissance mineure. S’ils perdaient une guerre et devenaient un état vassal, ils auraient eu autant de valeur que des esclaves.

Alnoa ferma les yeux et murmura pour lui-même. « Ils ont peut-être jeté leur pays, mais pour moi, ils sont toujours citoyens d’Athos ! »

Il avait alors ouvert les yeux sur une vaste plaine sans limites. Le soleil doux brillait, enveloppant les plaines devant lui de lumière et le remplissant d’espoir.

Alnoa rêvait d’un monde sans faim, sans vol ni crime, où tout le monde pourrait vivre heureux, même dans les étés les plus chauds et les hivers les plus amers. Et le premier pas vers la réalisation de ce rêve avait été de libérer tous les esclaves. D’un bout à l’autre du pays, ils avaient travaillé jour et nuit pour une once de nourriture. Ils avaient été maltraités et tués selon les caprices de leurs propriétaires.

Je vais changer ce monde pourri.

Après un long voyage à travers les champs verts, des signes de civilisation apparurent.

« Je suis enfin là. Attendez. Non..., » déclara-t-il.

La fumée s’élevait à l’horizon. Il avait entendu dire qu’il n’y avait que quelques centaines de personnes vivant ici, mais il n’en avait pas vraiment l’impression. Bien qu’encore en développement, il s’agissait d’une ville agréable avec des rues bordées de bâtiments en briques. Dans d’autres circonstances, Alnoa aurait été impressionné.

« Qu’est-ce que..., » commença-t-il.

La réalité de la situation l’avait durement frappée, le rendant sans voix. Il était arrivé en retard, et la ville naissante était engloutie par les flammes. Les cris désespérés des habitants de la ville en fuite remplissaient l’air et se fondaient en un seul cri, comme si le village lui-même pleurait. Leur vie ne tenait qu’à un fil.

« Bon sang..., » murmura-t-il.

Des soldats en armures marchaient à travers la ville en feu. La lettre avait fait en sorte qu’Alnoa s’attendait à ce que des bandits ou des mercenaires pillaient le village, mais il avait été naïf. Les soldats portaient des uniformes assortis et se déplaçaient dans un but précis, exécutant clairement les ordres. Il s’agissait d’une armée avec laquelle il avait affaire.

« Attendez, qu’est-ce que c’est !? » s’écria Alnoa.

Un groupe de créatures bizarres était mélangé aux forces ennemies, cela avait attiré l’attention d’Alnoa. Ils étaient à peu près de taille humaine, mais leurs membres étaient longs et en forme de brindilles, et leur tête était enfouie à l’intérieur de leur poitrine. Ils avaient l’air d’être sortis tout droit d’une histoire d’horreur, mais ils avaient aussi une aura emplie de désir et de solitude. Alnoa n’avait jamais rien vu de tel.

Il secoua la tête, essayant d’écarter leur sentiment d’isolement écrasant.

C’est mauvais. Je suis venu ici pour me débarrasser de voleurs. Je n’étais pas prêt à combattre des monstres. Mais je ne peux pas laisser ces hommes et ces femmes aller jusqu’à leur mort. Je ne sais pas si ça va marcher, mais...

Alnoa galopa et se mit à chercher dans son sac à dos. Il sortit une pochette en cuir remplie d’huile et la jeta sur le sol entre l’armée mystérieuse et les habitants des villes en fuite.

« Feu ! » cria-t-il.

La tache d’huile s’était enflammée en raison de ce simple chant. Des fleurs rouges fleurissaient sur les plaines verdoyantes.

« Wôw ! »

Le cheval aguerri d’Alnoa n’avait pas bronché, mais les chevaux des maraudeurs avaient été envoyés dans une frénésie à la simple vue de l’explosion de flammes. Alnoa avait alors tiré sur les rênes de son cheval et s’était tourné vers ses anciens citoyens.

Il leur avait alors déclaré, « L’aide est en route ! Courez vers le sud ! »

Les habitants de la ville s’étaient dirigés vers le sud comme le demandaient ses instructions. Voyant cela, Alnoa avait dégainé son épée courte et avait tourné son attention vers l’ennemi. Mais avant même qu’il puisse se retourner...

*Wham !*

Alnoa frappa durement le sol. Il s’était retrouvé allongé sur le dos, regardant l’une des créatures sans tête présente devant lui et qui venait de l’attaquer.

« Gahh ! »

La douleur n’était venue qu’après avoir réalisé qu’il avait été projeté loin de son cheval par les bras longs et minces de ce monstre.

Alnoa s’était recroquevillé sur le sol en raison de la douleur. Un homme en armure, probablement le commandant du groupe, criait triomphalement. « Excellent ! Capturez-le ! S’il résiste, n’hésitez pas à lui casser un bras ou deux ! »

Tous les soldats du commandant s’étaient précipités vers Alnoa.

« J’appelle..., » Alnoa s’était lentement relevé et avait commencé à chanter en un murmure. Il se permettait même d’afficher un sourire suffisant aux soldats qui l’entouraient, et puis... « Vent ! »

Il avait terminé le chant et avait relâché le sort. Un tourbillon avait émergé d’Alnoa, se transformant rapidement en tempête de sable.

« Argh ! Mes yeux ! Je ne vois rien ! »

« Où cachait-il le catalyseur ? »

Alnoa n’avait pas besoin d’un catalyseur comme une baguette ou un anneau, il n’en avait jamais eu besoin. Il était possible que les pouvoirs du Roi-Démon l’aient permis, ou que le corps d’Alnoa lui-même soit devenu un catalyseur en tant qu’effet secondaire du fait d’avoir accueilli le Roi-Démon. Alnoa ne savait pas. Cependant, sa puissance magique était faible bien qu’il n’avait pas besoin d’un chant. En pratique, cela signifiait que son pouvoir n’était utile que pour les attaques-surprises. Et l’attaque-surprise avait fonctionné cette fois-ci. Les soldats et les créatures étaient bloqués à devoir protéger leurs yeux de la tempête de sable.

« Désolé, mais je n’ai pas le temps pour ça ! » déclara Alnoa.

Ne se souciant pas des apparences, Alnoa s’était éloigné de la scène. Mais un soldat avait été séparé du reste, le commandant. Il avait détecté Alnoa et avait foncé vers lui, la lance à la main.

« Espèce d’enfoiré de tricheur ! Meurs ! » cria le commandant.

Il s’était précipité vers l’avant et avait tenté d’enfoncer sa lance dans le cou d’Alnoa. Alnoa avait évité de justesse l’attaque, au prix de quelques mèches de cheveux. Maintenant que le commandant était déséquilibré, Alnoa l’avait frappé à l’estomac avec le pommeau de son épée.

« Arg ! » cria le commandant.

Ce fut un dur coup que le commandant avait ressenti à travers ses nombreuses couches d’armure et de graisse. L’impact l’avait même fait tomber de son cheval.

« Ne vous inquiétez pas, je ne vous tuerai pas, » annonça Alnoa.

Le commandant était inconscient, couché sur le sol. Alnoa s’était placé au-dessus de lui et tenait son épée au-dessus du cou du commandant.

« C’est assez ! Si vous voulez qu’il vive, lâchez vos armes et libérez les habitants de la ville ! » cria Alnoa.

Leur vue revenant finalement, les soldats avaient tourné leur regard vers Alnoa.

J’espère que ce type n’est pas aussi impopulaire qu’il en a l’air.

Le plan d’Alnoa aurait échoué si les soldats avaient réfléchi rationnellement à la situation, mais...

« Espèce de lâche ! »

Les soldats avaient lâché leurs armes à contrecœur.

Je suppose que ça a marché d’une manière ou d’une autre.

« Ouf, je suis content que tout le monde se soit enfui..., » la déclaration d’Alnoa était restée inachevée, ses mots avaient été remplacés par un afflux de sang sortant dans sa bouche. « Gahh ! »

Une douleur intense rayonnait de son épaule droite, forçant son épée courte à être lâchée par ses mains. Une brindille sortait de son épaule. Il tourna la tête, essayant de trouver la source, et vit au loin l’un des monstres en forme d’arbre, étirant son bras à travers le champ de bataille et à travers son épaule.

« Ce n’est pas juste ! » murmura-t-il. Alnoa avait réussi à faire sortir cette phrase avant de s’effondrer sur ses genoux.

Ayant repris connaissance entre temps, le commandant se leva, brossa ses vêtements, puis cria un nouvel ordre. « D’accord ! Laissez-le aux abominations et continuez avec le plan. Compris ? »

« A-Attends ! » Alnoa avait essayé de se relever et de poursuivre le commandant, mais une autre brindille était arrivée, cette fois en perçant une de ses jambes.

Le commandant avait grogné vers Alnoa et était retourné jusqu’à son unité.

« Attendez ! Je serai votre adversaire ! Laissez ces personnes en dehors de tout ça ! » cria Alnoa.

Immobilisé par les abominations arboricoles, Alnoa était impuissant et il ne pouvait donc pas intervenir.

« Grâce à votre petite farce, le plus gros de ces racailles a réussi à s’échapper, » le commandant plissa son front et s’approcha de nouveau d’Alnoa, cette fois avec un fouet à la main.

« Oh, Dieu merci. Si de toute façon ils ne sont que de la racaille pour vous, alors laissez-les partir et... ah ! » déclara Alnoa.

L’impudence d’Alnoa s’était heurtée à un claquement impitoyable du fouet sur ses joues. La douleur était atroce. C’était comme si tout son corps était en feu.

Le commandant, grassouillet, regarda la douleur d’Alnoa avec plaisir. « Mais nous dépassons toujours notre quota, alors il ne devrait pas y avoir de problèmes. »

Le commandant sourit d’une manière sadique avant de continuer. « L’Armée impériale est heureuse de récupérer n’importe quel homme en bonne santé en tant qu’esclave, mais toi... Les salauds comme toi sont trop insolents pour être des esclaves. »

L’Armée impériale ? Bien, continuez comme ça. Laissez fuir plus d’informations, espèce de cochon bavard !

Alnoa avait penché sa tête pour supporter la douleur et rendre son visage plus difficile à lire pour le commandant. Regardant le sol, Alnoa ne pouvait pas voir les flammes sombres qui brûlaient dans les yeux du commandant.

« Guh ! »

Alnoa avait été envoyé sur le sol avec un coup de pied dans le ventre.

« J’adorerais continuer à jouer avec toi, mais j’ai des endroits où je dois aller. Abominations ! Rejoignez-nous une fois que vous en aurez fini avec ce plaisantin ! » Après avoir donné ses ordres, le commandant et ses cohortes avaient quitté les lieux.

Ils prendront ces civils comme esclaves si je ne me dépêche pas !

Alnoa avait un atout dans sa manche pour cette occasion. Depuis quelque temps, il préparait un mouvement secret, alors même qu’il était sur le sol, se tordant de douleur, cela pouvait marcher. Il avait attendu que les abominations se rapprochent, puis...

***

Partie 8

« Maintenant ! » murmura Alnoa.

Il plaça la paume de la main vers eux et relâcha son sort magique. « Sois banni dans ces flammes ! Boule de feu ! »

La boule de feu était le sort magique le plus puissant dans l’arsenal d’Alnoa. Il aurait dû facilement détruire les monstres arboricole, mais...

« Quoi !? » s’exclama-t-il.

Alnoa s’était contracté sur lui-même, mais non pas à cause de la douleur cette fois-ci, mais en raison de son état de choc. Il était sûr que cela aurait été suffisant pour se débarrasser des monstres, mais la boule de feu n’avait eu aucun effet sur leur corps en forme d’arbre.

« Vous foutez-vous de moi ? » se demanda-t-il.

« Guhuhuhuh ! Gahahaha ! »

L’un des monstres s’était approché de lui et l’avait attaqué. Il n’avait fallu qu’un seul coup pour le faire voler. Brisé au niveau de son esprit et de son corps, il n’avait plus la force de se relever. Il gisait là alors que les branches de l’abomination s’enroulaient autour de lui.

Ahh, alors est-ce comme ça que je vais mourir ?

Alnoa avec son visage encore par terre, regardant le monstre. Une partie de lui était certaine qu’il ne mourait pas. Quel genre de roi mourrait ici ? Comment quelqu’un avec un rêve aussi splendide que le sien pourrait-il périr maintenant ? C’était l’hôte du Roi-Démon. Il ne pouvait pas mourir.

Mais la cruelle réalité de la situation était qu’il ne pouvait pas vaincre un seul de ces monstres arboricoles. Au moment où le désespoir s’installait, un nouvel espoir était arrivé. Avec un bruit sourd, les branches enroulées autour de lui avaient perdu leur adhérence et étaient tombées au sol.

« Vous êtes bien plus fringant que la dernière fois que nous nous sommes rencontrés ! » déclara une voix féminine.

« Sharon ? » demanda Alnoa.

La Diva aux cheveux rouges avait sauté entre Alnoa et le monstre.

« Pourquoi ? » demanda Alnoa.

Alnoa était trop déconcerté pour montrer sa gratitude.

« Pourquoi ? Pas pour vous aider, c’est sûr ! Mais cela aurait été un problème si quelqu’un d’autre vous avait tué à ma place. C’est tout ! » répondit Sharon.

Est-ce vraiment important de savoir qui me tue ?

Alnoa s’était dit que ce serait mieux s’il gardait ses pensées pour lui pour le moment.

« Je suis également là, » La Diva tranquille aux cheveux bleus avait lancé une énorme boule de feu qui avait explosé entre Sharon et le monstre.

« Hé ! Essayez-vous aussi de me faire frire !? » cria Sharon.

« Autant pour moi, » répondit l’autre Diva.

« Dois-je vous couper en deux à la place de ce monstre arboricole !? » s’écria Sharon.

« Maintenant, ça suffit. Vous aurez tout le temps de vous battre une fois que nous aurons fini ici, » une voix familière les avait arrêtées.

« ... Cécilia, tu es aussi là ? » demanda Alnoa.

« Oh, Al. Ne t’ai-je pas dit de ne pas aller trop loin ? » demanda Cécilia.

La gentille voix de sa sœur et son toucher doux et guérisseur avaient presque suffi à endormir Alnoa.

« Je vais vous anéantir ! »

« Comment osez-vous ? Je vais vous transformer en charbon de bois ! »

Mais il avait été rapidement ramené à la réalité par les cris de guerre impitoyables des deux Divas.

« Non... Ne le tuez pas, » cria Alnoa.

Leur cible était le monstre qui tentait de tuer Alnoa il y a quelques instants. Il n’avait pas de raison d’essayer de le sauver, mais son intuition était de leur dire qu’elles ne devraient pas le tuer.

« Huh. Si c’est ce que vous voulez, je le laisserai cette fois-ci vivre, » déclara Sharon.

« Je suis une bonne épouse, alors... J’écouterai la demande de mon mari. Je vais le congeler, » répliqua Feena.

Les deux Divas avaient compris la gravité de la demande d’Alnoa. Ensemble, elles avaient préparé leur prochaine attaque.

« C’est parti ! » Sharon avait chargé, se dirigeant vers le monstre à une vitesse fulgurante avec un large sourire bien visible. « Haahh ! »

Elle avait frappé avec son épée avec force, visant le centre de la créature.

« Attendez, c’est trop puissant ! » cria Alnoa.

Alnoa s’attendait à ce que l’attaque de Sharon sectionne la créature en deux, mais elle avait résisté à l’impact et avait propulsé un peu en arrière.

Bon sang. D’une certaine façon, la solidité de cette créature est impressionnante.

« Boule de glace, » Feena envoya une boule de glace vers le monstre, le gelant en un instant.

Franchement, elles forment une bonne équipe.

« Pensiez-vous vraiment que je le tuerais après que vous m’ayez spécifiquement demandé de ne pas le faire ? » Sharon fronça les sourcils à Alnoa. Elle avait expliqué qu’elle n’avait frappé le monstre qu’avec le plat de la lame. Même une abomination inhumaine n’aurait aucune chance contre l’une des Divas, de jeunes femmes capables d’affronter des centaines de soldats à la fois.

« Alors, Cécilia, que s’est-il passé avec les civils capturés ? » demanda Alnoa.

Cécilia avait répondu à la question d’Alnoa avec un sourire triste. Il n’avait pas réussi à sauver tout le monde. Ce n’était pas la faute de Cécilia ou des princesses, c’était la sienne, et il le savait. C’était naïf de sa part de penser qu’il pouvait tout régler seul.

Sharon s’approcha d’Alnoa et le regarda d’un air renfrogné. « Pourquoi ? Pourquoi risqueriez-vous votre vie pour sauver ceux qui vous ont abandonné, vous et votre pays ? »

Il était facile de se tromper et de penser Sharon cherchait la confrontation, mais Alnoa avait reconnu à quel point elle était sérieuse.

« Ne vous attendiez-vous pas à ce que le réceptacle du Roi-Démon aille sauver ses ex-citoyens... pour sauver les personnes dans le besoin ? » demanda Alnoa.

Alnoa s’était assis avec l’aide de Cécilia et il avait regardé Sharon profondément dans les yeux. Après avoir pris une grande respiration, il avait continué à parler.

« Je veux débarrasser ce monde de toute guerre, » avoua Alnoa.

« Quoi !? » s’écria Sharon.

Elle est plus perplexe que ce à quoi je m’attendais.

« Je ne tuerai personne, et cela même si mon ennemi n’est pas un humain, » continua Alnoa.

Tuer mène à la tristesse, la tristesse mène à la rage, la rage mène à plus de meurtres. Il s’agissait d’un cercle vicieux. Alnoa avait insisté pour y mettre fin et avait ordonné à son armée de ne jamais prendre de vie, peu importe le nombre de personnes qui se moquaient de ses idéaux.

Sharon pouvait se moquer de lui, Feena pouvait dire qu’il était stupide, et elles pouvaient toutes les deux rentrer chez elles, mais Alnoa s’en fichait. Il partagerait son rêve avec n’importe qui. Si l’autre personne refusait de le suivre, alors qu’il en soit ainsi.

« Un Roi-Démon bienveillant, hein ? Ça a l’air plutôt cool..., » Sharon murmura cela et évita le contact visuel, espérant qu’il ne l’entendrait pas.

« Bref, qu’est-ce que ce monstre qui vous a causé tant de problèmes ? J’y allais assez sérieusement, mais il ne semblait pas trop être affecté par ça, » Sharon avait pointé du doigt vers le monstre gelé. Elle pensait que si ce n’était qu’un simple arbre, il aurait été réduit en copeaux par elle.

« Je n’en sais rien. Les soldats impériaux l’ont qualifié d’abomination, » répondit Alnoa.

« L’Armée Impériale ? Une abomination ? » Sharon avait froncé les sourcils lors de la première déclaration et avait incliné la tête lors de la seconde.

Feena se fit entendre avec la réponse à ses questions. « J’ai entendu dire que l’Empire du Nord utilisait des soldats barbares qu’ils appelaient “abominations” pour aider à étendre leur territoire. On disait qu’ils étaient très forts. »

« Attendez, est-ce un soldat impérial ? » Sharon avait pointé son épée vers la créature gelée.

« Hein... ? »

Est-ce que je vois des choses, ou est-ce que le monstre arboricole a un peu frémi quand Feena a dit son nom ?

« Je ne faisais pas que voir des choses. Ce truc n’est toujours pas bloqué ! » déclara Alnoa.

Alors qu’il n’était pas encore totalement guéri, Alnoa avait titubé et avait préparé son arme aussi vite qu’il le pouvait.

« Voulez-vous un autre essai !? » s’écria Sharon.

Sharon avait saisi avec force son épée tout en se mettant en position pour le deuxième round avec le monstre arboricole.

« C’est bon, Al. Je vous protégerai, » déclara Feena en se plaçant devant Alnoa.

Cécilia se leva sans dire un mot avant de se placer à côté d’Alnoa, s’emparant de son fidèle khakkhara. Les quatre individus regardaient les fissures se répandre à travers le corps du monstre gelé. Ce n’était pas du sang, mais une lumière aveuglante qui avait surgi de là. Au moment où ils avaient retrouvé leur vision, l’arbre s’était desséché et avait fait germer un gros cristal.

« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda Alnoa.

Puis le cristal s’était brisé, donnant naissance à un petit enfant qui lui semblait incroyablement fragile. Il y avait une marque d’esclave sur son bras.

« Hé, vas-tu bien !? » s’écria Alnoa, puis il avait boité pour aller jusqu’à lui avant de bercer le garçon dans ses bras.

Même pour un enfant, il est vraiment très léger.

Surpris par le poids si faible de l’enfant, Alnoa était tombé sur le dos. Il avait appelé à l’aide, ne se souciant pas des apparences.

« Il respire encore ! Cécilia ! » cria-t-il.

Cécilia avait étendu le petit garçon et avait immédiatement commencé à chanter un miracle. Feena ne pouvait pas enlever ses yeux de son bras.

« C’est la marque de l’Empire Gaust. C’est un esclave de l’Empire, » déclara Feena.

En entendant l’explication de Feena, Alnoa fut encore plus confus qu’avant.

Leurs soldats ne sont-ils pas suffisants ? Ont-ils vraiment besoin d’amener ces monstres à la chasse à l’homme ?

« Je suis content que vous ne tuiez personne, » murmura Feena.

« Wôw ! »

Le murmure soudain de Feena avait prit de court Alnoa. Il pensait qu’elle était encore à quelques mètres de lui.

« J’utilise un sort qui masque ma présence et ma forme, » murmura Feena.

« Est-ce que cela vaut vraiment la peine d’utiliser une telle magie de haut niveau ? Bref, qu’est-ce que vous voulez ? » demanda Alnoa.

« Je veux juste que vous sachiez que c’est bon. Ça ne me dérange pas, » répondit Feena.

Alnoa n’était pas tout à fait sûr de ce dont parlait Feena.

« Pff, » il avait regardé dans la direction des troupes disparues et avait ruminé contre son impuissance. Il avait presque contracté les poings assez fort pour casser la peau et faire couler le sang.

« Mais Al, êtes-vous sûr ? » demanda Feena.

« À propos de quoi ? » demanda-t-il en retour.

Ses pensées lugubres l’avaient mis dans une humeur sombre. Feena avait été déconcertée par la réaction agitée d’Alnoa pendant un moment avant de continuer.

« Maintenant, l’empire va tout découvrir à propos de nous, » répondit Feena.

« Oh. C’est vrai..., » répondit-il.

L’Empire Gaust était situé au nord d’Althos. Il s’agissait d’un vaste royaume qui abritait la plus grande armée du continent. Son empereur précédent, Meldis l’empereur d’Ashen, ne l’avait pas beaucoup développé et avait gaspillé les ressources du pays.

Leur empereur actuel était monté sur le trône à peu près en même temps que l’ascension d’Alnoa. Sa première action avait été d’envahir leur voisin le plus faible et de les annexer totalement. Gaust avait fait exécuter leur famille royale et toute la caste de nobles, et les rumeurs disaient qu’ils avaient réduit en esclavage toute la population.

« C’est vrai. Ils pourraient nous voir comme une menace s’ils savent que nous hébergeons actuellement trois Divas, » déclara-t-il.

Malgré cela, Alnoa n’avait pas la moindre hésitation dans les yeux. Il savait qu’Althos n’avait aucune chance si Gaust envahissait maintenant. Mais il savait aussi qu’ils étaient incapables de frapper immédiatement. Il n’était pas facile pour une armée d’atteindre Althos. L’Empire Gaust n’avait que trois voies d’invasion.

L’une d’entre elles traversait la forêt qui borde Althos et Freiya, mais pour la traverser avec une force d’invasion importante, il faudrait d’abord la brûler jusqu’au sol. Freiya interviendrait sûrement pour empêcher que cela se produise. Même l’Empire Gaust ne pourrait pas faire la guerre à deux pays à la fois.

Un autre itinéraire serait Labona, une ville libre située entre Althos et l’Empire. Il s’agissait d’une ville gouvernée par des marchands qui préféraient la neutralité à la prise de position, l’Empire aurait à proposer une offre extrêmement généreuse pour les faire bouger.

La dernière route possible serait Esanthel, le voisin du nord-ouest d’Althos, gouverné par la Diva de Vira, le rasa de l’envie. Mais les relations de l’Empire avec Esanthel étaient mauvaises et l’armée d’Esanthel était dite extrêmement solide.

Négocier des alliances ou conquérir les personnages contrôlants ces routes prendrait beaucoup de temps.

« De toute façon, nous n’avons pas à nous soucier d’eux pour l’instant. Concentrons-nous sur le problème actuel, » déclara Alnoa.

Alnoa avait mis de côté son épuisement et avait regardé l’esclave qui respirait à peine.

« Un esclave impérial... Qu’est-ce qu’ils planifient ? » demanda-t-il.

Alnoa se tourna vers Feena, mais elle était à nouveau partie.

« Feena ? » l’appela-t-il, mais sans réponse.

Il l’avait finalement repérée alors qu’elle était en train de ramasser les éclats du cristal.

« Je veux me pencher là-dessus. » Puis, Feena avait continué à les collectionner en silence.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Sharon.

Sharon avait rejoint Feena et l’avait aidée à ramasser les morceaux de cristal, peut-être parce qu’elle avait fait l’expérience directe de la puissance du monstre.

« Je ne peux pas le dire avant d’y avoir jeté un coup d’œil, mais... Il faut des esclaves, comme des expériences humaines... Utilise leur pouvoir magique... L’amplifier..., » les pensées disjointes de Feena faisaient apparaître la raison pour laquelle l’Empire traitait ses esclaves comme ils l’avaient fait.

 

☆☆☆

 

« Hmmm, il y a trois Divas se trouvant en Althos ? Et elles ont vaincu une abomination sans difficulté ? »

Dans une pièce pavée de pierre et ne contenant qu’un bureau et une chaise, un jeune homme aux yeux féroces écoutait le rapport de son subordonné.

Il s’agissait de Gil. Il s’était battu dans les arènes comme esclave afin de trouver une place dans l’Armée Impériale. Il avait gravi les échelons pour devenir commandant en chef. Et maintenant, il naviguait dans le paysage politique pour devenir le chef de fait de l’Empire, du moins selon les rumeurs.

Une fille vêtue d’une tenue de servante, disant être sa sœur, suivait Gil partout où il allait.

« Gil, comment riposter contre Althos ? Dois-je envoyer une armée ? » demanda la femme.

« Laisse-les, c’est tout. Ce n’est pas le moment de s’occuper d’eux, » répondit Gil.

Gil s’était tourné vers un soldat dans la pièce.

« Nous devons nous hâter avec nos plans actuels, » déclara Gil.

« Oui, Sire ! » Le soldat s’inclina avec respect puis il s’en alla rapidement.

« Gil..., » murmura la jeune femme.

Après avoir confirmé qu’ils étaient seuls, la jeune fille enlaça tranquillement Gil par-derrière.

« Ne t’inquiète pas, Eleanor. J’ai prévu quelque chose pour Althos. Et j’ai autre chose à te demander. Quelque chose que toi seule peux faire. Veux-tu bien faire ça pour moi ? » demanda Gil.

Gil la regarda avec douceur et posa ses mains sur les siennes. Son regard tranchant se détendit un peu.

« Oui, Gil ! » répondit-elle. Un léger rougissement était apparu sur les belles joues d’Eleanor. Elle s’accorda encore quelques instants de la chaleur réconfortante de Gil puis elle quitta la pièce, le laissant seul.

« Le roi d’Althos, hein ? Je vois, je vois..., » il murmura dans la chambre vide. Il affichait une expression complexe, une expression qui aurait pu être soit heureuse ou triste.

***

Chapitre 2 : Le Visiteur

Partie 1

Au moment où Alnoa était retourné au château, il s’était immédiatement dirigé vers le bureau de son père. Il y avait trouvé tous les livres qu’il pouvait sur le Déferlement Céleste et sur les abominations, puis il avait passé toute la nuit à les étudier dans son propre bureau.

« Pfff ! »

Mais il n’avait pas trouvé de pistes. Il s’était étiré, et ses articulations avaient craqué après être restées dans la même position pendant des heures.

« Arg..., je suis crevé, » murmura-t-il pour lui-même.

Il regarda autour de lui, se frottant les yeux endormis. Les nuits à Althos étaient étonnamment froides, et cela même au printemps. Le feu bien actif qui brûlait dans la cheminée de la pièce était tout ce qui maintenait Alnoa à l’abri du froid. Alors qu’Alnoa était sur le point de s’endormir en regardant les flammes danser, un léger coup sur la porte l’avait réveillé.

« Roi Al, es-tu réveillé ? Oh, as-tu travaillé toute la nuit ? » Lilicia était entrée dans la pièce.

« J’ai un peu dormi..., environ 30 minutes dans mon lit près du feu, » Alnoa répondit distraitement, espérant que Lilicia pourrait saisir l’essentiel de la situation par elle-même.

« Au fait, m’as-tu obtenu les documents supplémentaires que je t’ai demandés ? » demanda Alnoa.

L’expression de Lilicia s’était immédiatement transformée pour ainsi afficher le visage quand elle travaillait sérieusement. Alnoa n’arrivait pas à la quitter des yeux quand elle se rapprochait de plus en plus de lui. Son décolleté avait été clairement mis en valeur et ses cuisses bien charnues étaient apparues sous sa jupe. Il réalisait maintenant à quel point l’uniforme de femme de ménage pouvait être révélateur lorsqu’il était porté de la bonne façon.

Pourquoi ?

En voyant Alnoa abasourdi, Lilicia s’était mise à sourire.

« J’ai pensé que je pourrais présenter à tes yeux quelque chose d’agréable afin de te changer les idées. Je suis également venue t’informer que ton petit-déjeuner est prêt, mais je suppose que tu préfères dormir un peu, non ? » demanda Lilicia.

J’apprécie vraiment la pensée, Lilicia, mais...

Ignorant la perplexité d’Alnoa, Lilicia s’était glissée toute joyeuse dans le lit d’Alnoa.

Pourquoi ?

Alnoa avait affiché un regard confus vers Lilicia, mais elle n’y avait pas prêté attention. À la place, elle lui avait renvoyé un sourire séducteur.

« Lilicia, je ne suis plus un enfant. Je n’ai pas peur des orages, et je peux dormir seul. De plus, tes vêtements vont empester la fumée si tu dors ici ! » déclara Alnoa.

« Hein ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Viens, je vais te chanter une berceuse, comme au bon vieux temps ! Allez, juste cette fois, d’accord ? » demanda Lilicia.

« Je n’ai pas besoin d’être bercé pour pouvoir dormir ! » répondit-il.

Pourquoi est-ce qu’elle rend ça si suggestif ?

Lilicia faisait la moue comme une petite enfant. Cette manière d’agir avait aidé à remettre l’esprit d’Alnoa sur la bonne voie. Il était dans une position très délicate. D’une part, le roi dormant avec sa servante dans sa chambre royale serait un délit hautement scandaleux qui pourrait entraîner une décapitation si cela était découvert. D’autre part, Lilicia s’occupait de lui depuis qu’il était petit. Elle était comme une seconde mère pour lui. Alnoa ne voulait pas la blesser.

Ma sœur a également fait beaucoup de blagues peu drôles ces derniers temps.

En pensant à ce dilemme, elle avait poussé le front d’Alnoa avec son doigt.

« Quel est le problème ? Tu auras des rides si tu continues à te plisser les sourcils comme ça. Ne t’inquiète pas, je suis ta loyale servante. Ton souhait est un ordre pour moi, Roi Al, » déclara Lilicia.

Lilicia souleva la couverture et tapota le lit, invitant Alnoa à venir la rejoindre.

« Lilicia, je ne suis plus un enfant. Même pour plaisanter, coucher ensemble, ce serait allé trop loin, » déclara Alnoa.

« Oh, ne t’inquiète pas de ça. Quoi qu’il se passe entre nous, cela restera entre nous, » déclara Lilicia.

Lilicia posa son index sur ses lèvres et sourit.

« Non, je ne peux pas le faire ! » répliqua Alnoa. Il avait résisté à la douce invitation de Lilicia en secouant la tête.

« Oh... Eh bien, tu devrais au moins prendre un petit-déjeuner ! Tout le monde attend dans la salle à manger, » déclara-t-elle.

Comme si son temps pour l’amusement s’était terminé, Lilicia sauta énergiquement du lit et se tint tranquillement à côté de la porte.

Franchement. C’est impossible de dire ce qui est une blague et ce qui ne l’est pas avec elle. Peut-être qu’elle ne me voit pas comme un adulte vu qu’elle s’occupe de moi depuis que je suis enfant ?

Lilicia poussa un soupir de déception. « Roi Al. Même si tu n’as pas trouvé ce que tu cherchais hier soir, je suis sûre que tu l’apprendras bientôt. »

Qu’est-ce qu’elle veut dire par là ?

« Oui, merci. » Il répondit sans y réfléchir et la suivit jusqu’à la salle à manger.

« Mademoiselle Lilicia ! » En chemin, une autre femme de chambre se précipita vers Lilicia et lui chuchota quelque chose à l’oreille.

« Votre Majesté, je m’excuse sincèrement de vous déranger avant le petit-déjeuner, mais il semble que nous avons un invité qui aimerait vous voir, » annonça Lilicia sur un ton inhabituellement formel.

« Et ? Que veut-il ? » demanda Alnoa.

Lilicia était sur le point de répondre, mais leur conversation fut interrompue avec un minutage impeccable. Les deux Divas s’étaient rapprochées par derrière Lilicia.

« Bonjour, Al. Vous souvenez-vous quand vous nous avez promis de nous dire tout ce qu’il y a à savoir sur ce pays ? » demanda Sharon en souriant.

« Non, eh bien, bon, » l’objection d’Alnoa avait été de courte durée. Il avait vite abandonné et avait poussé un soupir vaincu. « Je vais vous dire tout ce que vous voulez savoir, mais il y aura une condition. Vous devez vous asseoir et vous comporter correctement pendant toute la discussion. J’espère que vous êtes prête à apprendre mes secrets les plus sombres ! »

« ... C’est d’accord. Garder les secrets de son mari est le devoir d’une bonne épouse, » déclara Feena.

« C’est exact ! Et la moindre information sur mon ennemi sera utile quand j’essaierai de le tuer ! » déclara Sharon.

Pourquoi n’êtes-vous d’accord l’une avec l’autre que pour ce genre de choses ?

Une fois les arrangements faits, Alnoa s’était dirigé vers la porte arrière du château.

« Alors, avez-vous dit que nous avions un invité ? » chuchota Alnoa.

Lilicia avait répondu à la question chuchotée d’Alnoa avec une expression inquiète. « Oui. Qu’aimeriez-vous faire avec lui ? »

« Pourquoi parlez-vous à voix basse ? Ne voulez-vous pas qu’on l’entende ? » demanda Sharon, complètement inconsciente de leur conversation. « Ou alors, cela serait-il mal si quelqu’un l’entendait ? Wôw, je ne pensais pas que vous pourriez être si attentionné, Al ! »

« Je ne veux pas entendre ça de votre bouche ! » Alnoa avait lâché ça sur la remarque sarcastique de Sharon.

« Le Roi Alnoa est une personne très attentionnée. De plus, notre invité actuel est un marchand d’esclaves. La plupart des personnes qui travaillent ici sont des esclaves libérés, donc ce ne serait pas une bonne idée de leur faire savoir que nous avons un marchand d’esclaves dans le château. »

Alnoa avait reçu de l’aide d’une source inattendue, alors que Lilicia avait expliqué la situation aux autres d’une voix claire, mais calme.

Elle était calme, mais elle aurait vraiment dû le chuchoter.

Ses efforts avaient été insuffisants, les membres du personnel à proximité l’avaient très clairement entendue. Ils avaient immédiatement arrêté ce qu’ils faisaient et avaient froncé les sourcils. Entendre cette explication arrêta même Sharon qui le suivait jusqu’à maintenant, et Feena regarda Alnoa en étant étonnée.

Leurs réactions étaient tout à fait naturelles. Un marchand d’esclaves était celui qui achetait et vendait d’autres êtres humains. Les marchands d’armes étaient parfois appelés trafiquants de morts, mais ce titre était beaucoup plus approprié pour les marchands d’esclaves. Il y avait probablement des esclaves présents ici qui avaient été séparés de leur famille et traités comme du bétail par un marchand d’esclaves. Ils avaient été achetés, puis on leur avait posé des colliers et ils avaient fini enchaînés, avant d’être vendu aux enchères.

Dans cette atmosphère pesante, la voix maladroite, mais claire d’Alnoa résonna dans le couloir. « Oh, allez, vous tous ! Depuis combien d’années travailliez-vous maintenant ici ? Combien de temps allez-vous laisser le mot “esclave” vous contrôler ? »

« Roi Alnoa, nous ne sommes pas liés par ce mot. En tant qu’anciens esclaves, nous y faisons face de front, » l’un des membres du personnel à proximité avait donné au roi une réponse digne, ce qui avait fait éclater de rire tout le monde présent autour de lui.

J’avais tort. Je n’avais pas besoin de m’inquiéter pour eux, car l’esprit humain est fort. Ils vivent déjà des vies épanouissantes en tant que citoyens libres d’Althos. Mais peut-être qu’ils sourient un peu trop...

Alnoa les regarda joyeusement et leur montra un sourire exagéré et rassurant. « Je vois. Je suis content de l’entendre ! »

Après avoir fini leur conversation dans le couloir, ils s’étaient dirigés vers la porte arrière du château. De l’autre côté se trouvait un grand espace dégagé utilisé comme terrain d’entraînement pour leurs troupes. En raison des ordres d’Alnoa, elle avait été largement vidée de ses occupants habituels. Seule une poignée de gardes avaient été autorisés à rester dans la zone.

Une poignée de charrettes étaient garées sur le côté de la porte pour ne pas se démarquer.

« Oh, Votre Majesté, quel magnifique accueil ! » Un vieil homme maigre de petite taille et, flanqué de ses gardes, était apparu de derrière les chariots et s’était incliné devant Alnoa. Il s’agissait de Bouzen, le célèbre marchand d’esclaves de la ville marchande indépendante de Labona. Alnoa n’avait pas une très haute opinion de l’homme. La rumeur disait qu’un jour, il avait vendu ses propres frères et sœurs pour engraisser ses poches.

Il s’agissait d’une rumeur qu’Alnoa ne pouvait pas corroborer, mais cela lui importait peu. Alors même qu’ils échangeaient des salutations, le vieil homme regardait Sharon et Feena, considérant clairement quel genre de prix il pouvait obtenir pour eux sur le marché aux esclaves. Il s’agissait de l’une des pires ordures qu’on espérait ne jamais avoir le malheur de rencontrer. Mais il était difficile pour Alnoa de nier son utilité. Peu de marchands traiteraient avec un royaume appauvri comme Althos.

« Elles étaient juste curieuses, alors elles ont suivi. Bref, désolé de vous avoir appelé si vite, Bouzen. Je veux parler de quelque chose avant de passer aux choses sérieuses, » déclara Alnoa.

Alnoa avait forcé un sourire avant de s’avancer vers lui pour empêcher Bouzen de regarder les filles. Bien sûr, Alnoa ne pouvait pas lui dire qu’il s’agissait de Divas de pays voisins.

« Bien sûr, bien sûr. Votre Majesté est un client précieux, donc je suis prêt à vous écouter, » Bouzen avait dirigé son sourire effrayant vers Alnoa. Il semblait se soucier plus des affaires que des filles.

« Un client de valeur ? » Sharon lâcha un murmure d’inquiétude depuis derrière Alnoa, mais Alnoa n’avait pas eu le temps de lui répondre.

Bouzen affichait maintenant son sourire jauni et pourri, rendant difficile le fait de dire s’il avait entendu Sharon ou non.

***

Partie 2

« J’ai donc entendu dire que l’Empire maltraite ses esclaves..., » déclara Alnoa.

Je ne peux pas faire confiance à cet homme, alors je ferai de mon mieux pour partager le moins possible.

« Hmm ? Et alors ? » avait répondu le marchand d’esclaves avec le même sourire.

C’était rare de trouver quelqu’un avec un sourire aussi désagréable.

« Je sais que ce sont des esclaves, mais ne vous sentez-vous pas mal quand vos marchandises sont traitées comme des déchets ? » demanda Alnoa.

« ... » le marchand n’avait rien dit.

« Alors je me demandais si vous envisageriez de couper les liens avec..., » commença Alnoa.

« Dois-je considérer cela comme une ingérence dans les affaires gouvernementales de Labona, Votre Majesté ? » demanda Bouzen avec une lueur dans les yeux.

« N-Non, j’étais juste..., » Alnoa avait bégayé, déconcerté par le changement soudain de personnalité de Bouzen.

« Nous ne sommes que des marchands, Votre Majesté. Un commerçant présente son produit au client le jour désigné, pour le montant désiré. C’est notre raison d’être, et nous en sommes fiers, » répliqua Bouzen.

« Arg..., » grogna Alnoa.

Bouzen, marchand astucieux comme il l’était, continua sans donner la chance à Alnoa de réagir.

« Si Votre Majesté essayait de nous influencer avec votre puissance militaire derrière vous, alors je suis sûr que les marchands de Labona, aussi fiers que nous le sommes, cesseraient de commercer avec le royaume de Votre Majesté, » annonça Bouzen.

« ... »

Alnoa avait réalisé sa naïveté. Même les marchands d’esclaves avaient leurs propres moyens de subsistance et leur fierté à protéger. Bouzen l’avait eu à la loyale.

« Honnêtement, tant que mes clients paient pour mes biens, quoi qu’il leur arrive par la suite, cela ne me concerne pas, » continua Bouzen.

J’ai été idiot de penser que je pourrais discuter face à l’avidité de cet homme.

« D’accord, terminons notre discussion et passons aux affaires. Montrez-moi vos marchandises. » Alnoa se sentait mal d’utiliser le mot marchandise, mais il n’avait pas d’autre choix.

« Mes excuses pour avoir parlé avant tant de force. Votre Majesté est un client de valeur qui paie un bon prix pour des marchandises dont on se débarrasserait autrement, » déclara Bouzen.

Tout en gardant son sourire effrayant, il avait fait signe aux deux hommes de main se tenant dans son dos. Ils étaient allés à l’arrière des chariots et avaient fait sortir ce que nous avions appelé des marchandises.

« Esclaves..., » murmura Sharon.

Les Divas savaient qu’il s’agissait d’esclaves, mais le fait de les voir en personne leur avait causé un choc. Sharon était horrifiée par leur apparence.

« C’est horrible, » déclara Sharon.

Même les yeux de Feena, habituellement sans expression, montraient un soupçon d’inconfort. Je suppose que voir des esclaves de première main est un peu trop pour eux.

Les hommes de main avaient sorti les esclaves de la charrette par leurs chaînes et les avaient alignés devant Alnoa. Avec des colliers en fer serrés autour de leur cou et leurs membres enchaînés ensemble, ils avaient été dépouillés de toute dignité humaine.

Alnoa s’intéressait surtout aux esclaves dans les pires conditions possible. Ils étaient tous sous-alimentés et couverts d’égratignures et de bleus, et même quelques-uns avaient du mal à se tenir debout.

« Votre Majesté achète toujours les esclaves les plus inutiles... Contrairement à l’Empire, » déclara Bouzen.

Bouzen avait affiché un rire sinistre, laissant entendre qu’il avait compris pourquoi Alnoa était si curieux en ce qui concernait les esclaves. Alnoa avait esquivé son regard et lui avait tendu un sac rempli de pièces d’or.

« J’ai reçu des revenus supplémentaires dernièrement, alors excusez-moi si cela prend un certain temps, mais j’aimerais acheter autant d’esclaves que possible, » déclara Alnoa avant de montrer à Bouzen une pile de biens pillés par l’armée freiyane il y a quelques jours.

« Hoho ! Eh bien, regardez ça... Je ferais mieux de compter, » déclara Bouzen puis il commença joyeusement à estimer la valeur du butin.

« Hé, Alnoa. Si vous prévoyez de les traiter de la même façon que l’Empire traite leurs esclaves, je ne vous le pardonnerai jamais ! » Sharon avait fait de son mieux pour apaiser sa rage et pour baisser le ton de sa voix devant le marchand d’esclaves.

« En tant qu’épouse, je ne resterai pas assise toute la journée sans jamais lever le petit doigt vis-à-vis de ça, » Feena dirigea son regard glacial vers un Alnoa encore célibataire.

« N’avez-vous pas fait attention à ce que Lilicia a dit ? Ce sont nos futurs citoyens. Pourquoi transformerais-je mon propre peuple en abominations sans raison ? » répondit Alnoa.

« Mais ils sont..., » murmura Sharon.

Sharon regarda les esclaves en étant confuse. Elle avait peut-être la langue bien pendue, mais elle n’était pas assez stupide pour creuser sa propre tombe.

« Ne vous inquiétez pas. On va les soigner. Nous avons quelque chose de mieux que les médecins pour cela, » déclara Alnoa.

« Quelque chose de mieux ? » demanda Sharon.

La rage des filles s’était peu à peu refroidie face à leur perplexité.

Bouzen s’était approché du groupe avec un sourire étrange.

« Ah, vous avez un bon butin, si je peux le dire. Je peux vous offrir ceci, » déclara Bouzen en affichant trois de ses doigts maigres, en forme de brindilles.

« Trois cents pièces, hein ? C’est une assez bonne somme, » Alnoa avait croisé les bras comme s’il envisageait son offre pendant une seconde, mais il avait déjà décidé qu’il s’agissait d’un commerce équitable.

« Notre armure valait bien plus que ça ! » La Diva aux cheveux rouges criait derrière eux, mais elle avait été tout simplement ignorée.

« Alors, combien pourrais-je en avoir ? » demanda Alnoa.

Alnoa avait déjà acheté l’une des charrettes d’esclaves — les vingt soi-disant esclaves inutiles.

J’aimerais avoir autant d’esclaves que possible, peut-être les deux charrettes. Même si ce n’est peut-être pas possible. Je vais voir ce que je peux faire.

« Voyons voir, si je soustrais les frais de manutention et autres, je pense que Votre Majesté pourrait obtenir environ... dix esclaves de plus, » déclara Bouzen

« Quoi !? » Alnoa avait été surpris par le nombre étonnamment bas. « Hé, attendez un peu ! Je devrais pouvoir obtenir plus que ça pour cet argent ! »

Bouzen fixa froidement un Alnoa s’enflammant avant de lui dire. « Non, vous voyez, certains esclaves sont en route pour l’entraînement. Et ce chariot se dirige vers l’Empire. »

Alnoa avait fait claquer sa langue en réalisant les erreurs qu’il avait faites. Après la demande bâclée d’Alnoa, Bouzen avait compris pourquoi Alnoa demandait cela et avait augmenté ses prix. Bouzen le regarda avec un large sourire sur son visage.

Merde, je suis sur le point de perdre ! Je veux mettre ce crétin à plat sur son cul ! Il joue avec des vies humaines !

Alnoa ferma les yeux et prit une grande respiration.

Je ne peux pas pardonner ça !

Il avait serré sa main en un poing, avait choisi le bon moment, et...

« Quoi !? » s’exclama-t-il.

Quelque chose de froid avait touché le poing fermé d’Alnoa.

« Qu’est-ce que c’est ? » demanda-t-il.

La Diva aux cheveux bleus essayait de lui donner quelque chose.

« Utilisez ceci, » déclara Feena.

En jetant un coup d’œil à son offrande, le sang en ébullition d’Alnoa s’était refroidi en une seconde. Il tenait maintenant un magnifique collier incrusté de cristaux magiques bleus — le collier qu’elle portait toujours.

« C’est impossible. Pourquoi offrir ça ? Ils ne sont rien pour vous, » déclara Alnoa.

Il ne comprenait pas pourquoi elle allait si loin. Elle n’avait jamais été vue sans ce collier depuis son arrivée. Il aurait dû avoir beaucoup plus de valeur pour elle, selon l’estimation d’Alnoa.

« Hm ? » Feena n’avait pas compris la confusion d’Alnoa. « Mais j’ai lu qu’il s’agit du travail d’une bonne épouse de soutenir sa marionnette... Je veux dire, son mari depuis l’ombre. »

« Euh, est-ce vrai ? » demanda Alnoa.

« Cela l’est, » Feena acquiesça d’un signe de tête confiant. Ses yeux débordaient de détermination.

Je suppose qu’elle ne peut pas fermer les yeux et ignorer ces esclaves. Feena, je vous rembourserai d’une façon ou d’une autre.

« D’accord. Merci, Feena, » déclara Alnoa.

Alnoa avait suspendu le collier coûteux devant Bouzen sans expliquer ce que c’était.

« Avec ça, je devrais avoir assez pour acheter deux chariots. »

N’étant plus furieux, Alnoa avait fièrement donné le collier au marchand d’esclaves.

« Ooh, laissez-moi voir ! » déclara Bouzen.

Bouzen avait pris le collier, avait sorti ses lunettes vieillissantes de l’une de ses poches et avait commencé à évaluer l’article.

« Huh. Malheureusement, la monture est assez ancienne et il y a des rayures. Même avec cela, un chariot et demi est le meilleur que je puisse offrir, » déclara Bouzen.

Ce fils de...

La colère d’Alnoa s’enflamma à nouveau rapidement.

« Alors, utilisez aussi ça, » mais avant qu’il ne puisse faire quoi que ce soit, une main élégante tenant un ornement de cheveux en argent apparut devant lui.

« Oh ! » s’exclama Alnoa.

« C’est un ornement en argent de Freiya. C’est de l’argent de haute qualité, et le meilleur artisan du pays l’a fait. Si vous jouez bien vos cartes, il pourrait vous acheter un manoir entier ! » déclara Sharon.

Selon ce que Sharon avait dit, son ornement valait à peu près la même chose ou même plus que le collier de Feena.

« Êtes-vous sûre ? » demanda Alnoa.

Alnoa avait été déconcerté par sa décision. C’était assez surprenant que Feena offre son aide, mais Sharon avait encore moins à gagner.

En raison de la situation, Alnoa était comme ces esclaves qui n’étaient pas habitués à la gentillesse. Il ne pouvait que s’étonner de l’attitude de Sharon.

« Quel est le problème !? » Sharon avait rompu le contact visuel en raison de son embarras alors qu’elle demandait ça.

« Pourquoi voudriez-vous... ? » commença Alnoa. Il n’arrivait pas à comprendre ce que cela voulait dire. Il était déconcerté.

« C’est très bien ainsi. En premier lieu, ce n’était qu’un cadeau... Alors, prenez-le, c’est tout ! » déclara Sharon.

Incapable de supporter son regard plus longtemps, Sharon avait placé l’ornement dans ses mains.

« Alors ? Si cet ornement ne suffit pas, je le vends à un autre marchand et j’achète des esclaves avec cet argent. J’ai le sentiment que je pourrais en tirer beaucoup plus de cette façon. » Sharon avait repris les négociations et avait fait pression sur le marchand.

Alnoa ne savait pas si elle bluffait ou non, mais il était difficile de nier la conviction présente dans ses yeux.

« Uhh..., » Bouzen semblait ressentir la même chose. Il n’était pas aussi arrogant qu’il y a quelques instants.

« Vous marchandez durement, » Bouzen avait regardé entre Sharon et l’ornement pendant un moment, mais avait fini par céder. « D’accord. C’est plus que suffisant. »

Les yeux de Sharon s’illuminèrent devant la main agitée de Bouzen.

« Vous avez raison. C’est plus que suffisant. Ce qui signifie que nous pouvons soustraire l’équipement offert au départ, n’est-ce pas ? » proposa Sharon sur un ton empli de force.

Sharon avait proposé un marché vraiment agressif, mais après avoir changé ses yeux entre elle et le collier et l’ornement dans ses mains, Bouzen avait finalement cédé. « Très bien. Vous avez gagné. » Le vétéran chevronné avait cédé. « Pour cette fois-ci, c’est moi qui perds. »

Il avait rapidement signé des documents, en grognant pendant tout ce temps. Mais malgré toutes ses plaintes, il était rentré chez lui avec le sourire aux lèvres. Il était certain qu’il faisait encore un profit admirable.

« Merci, Feena, Sharon. Vous avez toutes les deux été d’une grande aide. » Alnoa s’inclina devant les deux Divas.

« Merci. Mais j’ai fait ce que toute bonne épouse ferait, » répondit Feena en mettant en valeur sa modeste poitrine.

« Ce n’est pas comme si je l’avais fait pour vous ! Je ne voulais pas que ces esclaves soient vendus à l’Empire et transformés en abominations ! » répliqua Sharon en détournant la tête pour ne pas voir Alnoa.

Cela aurait normalement blessé Alnoa, mais il était déjà habitué à ce comportement.

« Oui, je sais. Mais, quand même. Merci, » il s’était incliné une nouvelle fois devant les filles.

« Oh, je vois que votre rencontre avec lui s’est bien passée, » déclara une nouvelle arrivante.

***

Partie 3

« Oh, je vois que ta rencontre avec lui s’est bien déroulée, » déclara Cécilia.

Cécilia et plusieurs de ses collègues membres du clergé étaient arrivés à la porte, portant une grande quantité de médicaments et de bandages. Ils s’étaient rapidement mis à travailler en commençant par détacher les esclaves libérés et en les divisant en groupes en fonction de leurs blessures et de leurs maladies. Bien sûr, Alnoa avait aussi aidé. Sharon et Feena s’étaient toutes deux montrées hésitantes quant à savoir quoi faire.

« Ah, donc c’est le “quelque chose de mieux que les médecins” dont vous avez parlé ? » Sharon jeta un coup d’œil vers eux, cherchant une confirmation de ça.

« Oui. Cécilia est une prêtresse et Diva qui se spécialise dans la magie sainte, » répondit Alnoa.

Épuisé de sa rencontre avec le trafiquant d’esclaves effrayant, Alnoa murmura distraitement tandis qu’il regardait sa sœur aider les esclaves libérés. « Bien qu’elle ne soit membre de l’église qu’à cause de moi. »

L’épuisement d’Alnoa l’avait amené à divulguer plus d’informations qu’il n’aurait dues, ce que Sharon et Feena avaient immédiatement compris.

« À cause de vous ? » demanda Sharon.

« Une marionnette doit tout raconter à sa femme, » déclara Feena.

Vraiment ? Dois-je le faire ?

Il ne savait pas si c’était une bonne idée de leur dire la vérité, mais comme elles l’avaient aidé avec Bouzen, il avait décidé de parler.

« Après le décès de mon père, le pays s’est divisé en deux parties avec la menace d’une guerre civile imminente. Les ministres et les officiers militaires voulaient que la Diva du pays, ma sœur, hérite du trône, mais il y avait des personnes qui s’opposaient fortement à cette idée. »

Bien qu’environ quatre-vingt-dix pour cent de la puissance militaire était du côté de ma sœur, principalement à cause de ses prouesses au combat, de sorte que la faction adverse n’avait jamais vraiment eu une chance.

« À ce moment-là, j’envisageais sérieusement de quitter le pays, quand ma sœur a déclaré devant tout le monde qu’elle abdiquait du trône et qu’elle rejoindrait l’église, » continua Alnoa.

Son sourire avait totalement disparu de son visage alors qu’il regardait sa sœur guérir affectueusement les esclaves libérés. Il était facile d’imaginer à quel point elle aurait été une bonne reine si son amour pour son frère ne l’avait pas gênée.

« Ses paroles de l’époque m’accompagnent encore aujourd’hui. Elle m’avait dit : “Peut-être que cela finira par être une grosse erreur, mais je crois en toi. Même si les ministres et les nobles ne te comprennent pas maintenant, j’espère qu’un jour ton rêve deviendra aussi leur rêve. N’écoute pas ce que les autres disent de toi. Continue et n’oublie pas... ‘Je serai toujours à tes côtés’.” Franchement, si nous n’étions pas frères et sœurs, je serais certainement tombé amoureux d’elle, » déclara Alnoa.

Sharon et Feena l’avaient regardé, perplexes, bien que leurs regards ne puissent jamais entamer la fierté qu’il avait pour sa sœur.

« Quoi qu’il en soit, elle n’est vraiment une prêtresse que de nom, elle n’étudie pas avec eux et elle ne fait aucune autre action avec eux. Elle est toujours au château à faire ce qu’elle veut. Son projet actuel est une proposition de loi qui permettrait à quiconque de se marier avec quelqu’un d’autre, qu’il s’agisse d’un paysan et d’un membre de la famille royale, d’un frère et d’une sœur ou d’un parent et d’un enfant. »

« Est-ce... normal ? » Sharon, qui avait écouté tranquillement jusque-là, avait posé une question ambiguë, bien qu’il n’avait pas été difficile pour Alnoa de comprendre à quoi elle faisait référence.

On s’attendait à ce que les prêtres et les prêtresses mènent des vies régimentaires dépourvues de tout vice afin d’apprendre leurs saintes magies — une forme de magie bien différente de la sorcellerie, où l’accent était plutôt mis sur la guérison.

« Probablement pas. Cependant, ils ne sont pas très stricts avec ma sœur, » répondit-il.

Alnoa avait fait un sourire ironique en voyant l’ironie présente dans sa propre déclaration.

« Eh bien, il faudra un certain temps pour qu’ils se rétablissent complètement, donc ils sont encore faibles, mais il n’y a pas eu de problèmes majeurs, » déclara Cécilia.

Ayant fini de guérir tout le monde, Cécilia était arrivée au milieu de leur joyeuse conversation. Elle parlait sur un ton léger, mais un peu de sueur s’était formée sur son front et l’utilisation d’une grande quantité de pouvoir magique l’avait énormément affectée.

« Merci pour ton dur labeur, Cécilia, » déclara Alnoa.

La conversation précédente étant toujours dans sa tête, il s’inclinait devant elle.

« Oh mon Dieu. Un roi ne devrait pas baisser la tête devant un simple subalterne comme moi, » comme toujours, elle l’avait réprimandé. Alnoa avait ri à leur échange habituel avec un léger rougissement visible sur son visage.

Cependant, sentant une pression sur son dos, Alnoa s’était retourné.

« Avez-vous encore des questions ? » demanda-t-il.

Il y avait Sharon, qui avait l’air d’être pensive.

« Oui, » Sharon s’était penchée pour être plus prêt de lui et elle avait baissé la voix.

Whoa, elle est si proche, et elle sent vraiment bon.

Il s’était retiré un peu vers l’arrière et avait exhorté Sharon avec ses yeux à poursuivre la discussion.

« L’église sait-elle que vous êtes le réceptacle du Roi-Démon ? Je demande, car les prêtresses ne peuvent pas mentir à l’église ou leur cacher des choses, » elle avait essayé de chuchoter pour que seul Alnoa l’entende, mais cela n’avait pas vraiment fonctionné.

« Oh mon Dieu. Vous êtes très bien informée. Bien sûr que je ne cache rien à l’église, » répondit Cécilia.

« Attendez, mais alors..., » commença Sharon.

« Comme je l’ai dit, je ne cache rien à l’église, » Cécilia s’était répété avec fierté et avait mis en évidence sa poitrine bien garnie.

L’église du continent considérait la Valkyrie comme l’un de leurs nombreux dieux, et le Roi-Démon comme le mal absolu. Les filles avaient une idée de la raison pour laquelle l’église avait laissé Alnoa en vie, mais elles avaient tranquillement écouté l’explication.

« Je leur ai tout raconté. Je leur ai dit qu’Al est le réceptacle du Roi-Démon et que je suis une Diva. Je leur ai aussi dit que s’ils devaient tuer Al, je grimperais sur le sommet de la cathédrale et je me suiciderais après les avoir maudits pendant trois heures et demie d’affilée, » déclara Cécilia.

Pourquoi trois heures et demie ? C’est étrangement précis.

Sharon et Feena avaient été stupéfaites de ses paroles menaçantes.

« Avez-vous menacé l’église ? » demanda Sharon.

« C’est à ça que ça ressemble..., » murmura Feena.

La déclaration de Cécilia avait clarifié sa relation avec l’église. Pour que l’église reste pertinente sur le continent, ils avaient donné la priorité au maintien d’une Diva de leur côté plutôt qu’au meurtre du réceptacle du Roi-Démon. Après avoir saisi la raison de la situation actuelle, elles s’étaient détournées de Cécilia.

« Al, n’aurait-il pas mieux valu laisser la négociation avec le marchand d’esclaves à votre sœur ? » demanda Sharon.

« Absolument pas. Ça aurait immédiatement dégénéré en violence physique, » répondit Alnoa.

« Ahh..., » pendant qu’Alnoa secouait la tête en signe de refus, Sharon hocha la tête en signe de compréhension.

« Oh mon Dieu. Al, tu crois vraiment que je... oh, les choses deviennent assez bruyantes là-bas, » Cécilia avait remarqué un tumulte qui apparaissait derrière eux. Elle avait incliné la tête et écouté attentivement.

Il se passe certainement quelque chose là-bas.

« Je ne deviendrais pas une esclave ! Vous pouvez oublier ça ! »

« Ouais ! Je préfère me battre et mourir ici plutôt que de vivre en esclave ! »

Certains des esclaves libérés étaient en train de s’énerver. Évitant la confrontation, les prêtres avaient quitté la zone du conflit.

Je vois. Comme l’a dit le marchand d’esclaves, ils n’ont pas encore reçu de formation. Ils sont toujours intacts et féroces. On dirait qu’une bagarre peut éclater à tout moment.

Alnoa avait fait signe aux gardes de se retirer, puis s’était précipité vers la source de l’agitation.

« Reculez ! C’est un ordre ! » ordonna Alnoa.

Alnoa avait avalé sa salive et avait préparé son cœur pour faire face au conflit. Il avait ensuite jeté son épée courte, avait pris une grande respiration, puis s’était approché de la source de la perturbation avec les bras levés.

« Quel est le problème ici ? Ne réalisez-vous pas qu’on vous libère ? » demanda Alnoa.

Il avait l’intention de les calmer en parlant d’une manière douce et amicale, mais cela n’avait pas fonctionné. La foule s’agitait encore plus.

« La ferme ! Je ne te laisserai plus nous tromper ! »

Une grande fille assez musclée se tenait à l’écart de la foule et fixait Alnoa d’un air dubitatif. Il ne savait pas ce qui lui était arrivé pour la rendre ainsi, mais ses yeux, son langage corporel, son expression... tout son corps signalait sa suspicion.

« Hé, j’ai juste..., » commença Alnoa.

« J’ai dit, tais-toi ! »

Elle avait envoyé son coup de poing empli de furieux vers Alnoa.

« Wôw ! » s’écria Alnoa alors qu’il avait à peine réussi à esquiver son attaque, mais il avait perdu l’équilibre au cours de l’attaque et était tombé au sol.

Il pouvait voir Sharon et Feena du coin de l’œil qui suivaient de loin le vacarme avec des regards déconcertés.

C’est mauvais.

Il pouvait déjà voir comment cela se passerait.

« Allons, débarrassons-nous de ce type ! » cria la femme.

Je le savais !

Quelques hommes l’avaient immédiatement entouré et avaient commencé à le battre et à lui donner des coups de pied en cœur, libérant leur ressentiment refoulé et leur colère sur lui.

« Attendez, arrêtez ! » cria Alnoa.

Malgré le fait que plusieurs personnes s’étaient liguées contre lui, Alnoa n’avait pas ressenti beaucoup de douleur. Ce n’était pas seulement parce que les agressions incessantes de Sharon l’avaient endurci (ou du moins, Alnoa l’espérait). C’était parce que leurs coups de poing n’avaient aucune puissance. Leurs visages enragés indiquaient clairement qu’ils ne se retenaient pas. Mais il était fort probable que leur impudence avait conduit Bouzen à les sous-alimenter.

Les coups de la fille musclée avaient autant de poids qu’une petite frappe venant du poing d’un enfant. Il pouvait les battre sans problème tant qu’il protégeait ses parties vitales. Il pouvait tout encaisser. Il avait lancé un regard vers sa sœur alors qu’il était allongé sur le sol.

Cécilia avait compris son intention et avait simplement secoué la tête. Il était clair qu’Alnoa n’était pas vraiment en danger, surtout avec les deux autres Divas qui surveillaient la situation sur la ligne de touche.

« Merde ! »

Comme il s’y attendait, ils avaient rapidement manqué de force et avaient cessé leur assaut. Certains d’eux étaient si essoufflés qu’ils étaient tombés à genoux.

« Outch... Alors, vous êtes-vous calmés ? » demanda Alnoa.

Alnoa s’était assis et avait un peu grimacé. Leurs attaques n’avaient peut-être pas beaucoup de force, mais le nombre de coups qu’il avait subis causait des souffrances dans tout son corps.

Alnoa avait trébuché en se remettant sur ses pieds puis il s’était retrouvé face à face avec une petite fille. D’après ses traits et ses cheveux, elle était encore en cours de croissance. Probablement... Elle était petite et maigre, et ses membres étaient entièrement faits de peau et d’os. Sa peau sombre était sale et ses cheveux étaient mal coiffés.

« Maintenant, venez. Si nous allons tous manger ensemble, nous pourrions en discuter, non  ? » demanda Alnoa alors qu’il avait tendu avec gentillesse ses bras vers la fille. « Ne vous inquiétez pas, vous pouvez faire confiance ! »

Il s’était mis à gémir en raison de la douleur et il s’effondra sur ses genoux, n’ayant aucune idée de ce qui s’était produit. La gentillesse sur son visage s’était rapidement transformée en une immense douleur. Il venait de vivre le genre d’agonie aiguë que seuls les hommes peuvent vivre.

« Je suis une guerrière de la même tribu que Juju ! Je préfère mourir en me battant plutôt que d’être dupée afin que je devienne une esclave ! » Elle avait proclamé avec grâce et fierté son intention à Alnoa, qui se tortillait de douleur sur le sol. Son discours l’aurait profondément ému s’il n’avait pas ce traumatisme aveuglant dont il souffrait.

« Gahh ! Ahh... » Alnoa avait eu des sueurs froides.

La princesse aux cheveux de feu avait porté un coup dévastateur d’une autre variété par-derrière. « Est-ce que vous laissez vraiment les petites filles toucher votre machin juste parce que vous ne pouvez pas le faire avec une fille de votre âge ? » Le regard froid de Sharon avait percé son dos.

Comment cela a-t-il pu m’arriver ? Je pensais que j’étais gentil avec elle ! Et ce n’est pas comme si je la laissais me caresser. Elle m’a donné un coup de pied !

À l’extérieur, Alnoa criait de douleur, mais à l’intérieur, son cœur hurlait d’agonie à la suite de l’attaque-surprise de Sharon.

« Laissez-moi vous demander quelque chose », déclara tranquillement Sharon, ignorant complètement la douleur intérieure d’Alnoa.

« Qu’est-ce que tu veux !? Si tu te mets en travers de mon chemin, je t’écrase aussi ! » répondit la jeune fille.

« Qu’est-ce que vous avez dit !? » s’écria Sharon.

La fille avait dit quelque chose d’impardonnable à Sharon. Sharon s’en était alors pris à la jeune fille, intimidant non seulement elle et les hommes qui l’entouraient, mais aussi la jeune fille forte connue sous le nom de Juju. Cécilia et Feena s’étaient ensuite jointes à Alnoa et Sharon, ce qui avait fait reculer la foule de plusieurs pas en arrière.

« Je comprends que vous avez pitié de ces personnes. Moi aussi, je ressens ça. Mais il doit y avoir de meilleures ressources pour bâtir un pays ! Pourquoi êtes-vous si concentré sur ces esclaves ? » demanda Sharon.

Il s’agissait d’un argument valable.

***

Partie 4

Il ne pouvait pas voir son visage, mais il était sûr que Sharon était sérieuse.

Elle a raison. Vous n’avez pas besoin d’esclaves si vous voulez faire un pays... Je le sais, mais...

« Il faudra un certain temps pour vous l’expliquer, alors..., » commença Alnoa.

Alnoa s’était tapoté le bas du dos, se remettant de l’attaque précédente. Il avait essayé de repousser Sharon avec une réponse vague, mais son regard aiguisé lui avait indiqué qu’elle s’attendait à une réponse dès maintenant.

Il avait alors poussé un long soupir. Après un moment passé à recueillir ses pensées, il s’était mis à parler.

« Je vivais avec ma mère et mon frère jumeau, en plus de mon père et de ma sœur aînée. C’était une famille aimante. Ensemble, nous avons réfléchi à ce que nous devrions faire pour que je devienne le réceptacle du Roi-Démon, » déclara-t-il.

« Quoi !? » s’écria Sharon.

Je suppose que cette histoire était un peu inattendue.

Après sa surprise initiale, Sharon avait fixé son regard sur Alnoa. Écrasé par son regard, Alnoa avait redressé son dos et avait continué. « Mes parents qui s’aimaient, mes frères et sœurs aimables — c’était vraiment une famille chaleureuse. Je pense encore beaucoup à eux même aujourd’hui. »

Son expression s’était détendue alors qu’il se remémorait de son passé.

« Mais nos jours heureux n’ont pas duré longtemps. Ils ont pris fin peu après mes six ans, » continua-t-il.

Son expression détendue s’était transformée en un sourire amer rempli de culpabilité.

« Un jour, alors que mon père et ma sœur étaient sortis, ma mère nous a emmenés, mon frère et moi, faire une promenade dans la forêt pour arrêter une crise de colère que j’avais eue, » continua-t-il.

Derrière son sourire forcé, Alnoa grinçait des dents. Il avait continué à raconter l’histoire, faisant sortir les mots de sa bouche un par un.

« Pendant notre marche, nous avons été attaqués par des bandits. Je n’ai entendu cela que plus tard, mais il semble qu’il s’agissait en fait d’assassins engagés par des nobles qui visaient le trône. Bien sûr, j’étais complètement désarmé. Et même si je ne l’étais pas, j’aurais été incapable de me défendre. J’aurais dû mourir ce jour-là, » il avait continué son monologue empli d’amertumes.

« Mais ma mère nous protégeait, moi et mon frère... et cela même si elle avait déjà transmis le pouvoir de la Valkyrie à ma sœur, » continua Alnoa.

« Al..., » murmura Cécilia.

« Et c’est comme ça qu’elle est morte — afin de me protéger. Mon frère a aussi essayé de me protéger, mais il ne pouvait pas faire grand-chose. Même au bord de la mort, ma mère n’a pas pleuré. Elle m’a serré dans ses bras et m’a dit : “Al, mon cher fils. C’est normal de pleurer maintenant. Mais une fois que tu arrêteras de pleurer, tu dois t’endurcir. Deviens un homme fort. Deviens un homme qui protégera les faibles. Tu peux encore...” Et puis elle a fermé définitivement les yeux. »

Alnoa avait laissé échapper tout l’air qui restait dans ses poumons en un profond soupir.

« Ses dernières paroles n’ont peut-être pas été des plus profondes. Elles étaient même presque un classique. Mais ce sont les derniers mots que ma mère m’a laissés. C’était son dernier souhait qu’elle avait pour moi, » déclara-t-il.

Après une courte pause, il avait continué. « Alors, comme ma mère le souhaitait, je dois devenir fort. Je dois être un roi qui sauve le plus de personnes possible, quel qu’en soit le prix que je devrais payer. »

Puis, son histoire terminée, Alnoa s’était enfin levé.

« C’est pourquoi vous aidez les fugueurs et les esclaves, » demanda Sharon. Elle avait détourné son regard d’Alnoa, mais... « Eh bien, j’ai entendu ce que je voulais entendre, donc je suppose que je devrais maintenant vous donner un coup de main. »

Son sourire semblait beaucoup plus chaud que d’habitude.

« Vous avez entendu cet homme, » déclara Sharon, d’une voix digne, mais froide. « Si vous ne voulez toujours pas coopérer, je vous forcerai à changer d’avis. J’espère que vous êtes tous prêts pour ça. »

Sharon avait sorti son épée longue pour intimider la foule.

« Alors, qu’en dites-vous ? » demanda Sharon.

Elle avait fait un pas en avant sans crainte, mais malheureusement, sa stratégie s’était retournée contre elle.

« Recule ! Tu inventes juste une histoire larmoyante pour nous faire sentir malheureux ! » cria Juju.

Juju avait concentré son énergie magique dans ses mains. En la voyant agir, les hommes qui l’entouraient l’imitèrent aussi. Il semblait qu’ils pouvaient utiliser la magie sans catalyseur.

« Ne faites pas ça ! » criai-je.

Je dois mettre un terme à tout ça tout de suite, sinon...

Alnoa cherchait désespérément des paroles qu’il pouvait utiliser pour calmer la foule agitée.

« Attendez une minute ! Vous ne comprenez pas mes intentions ! » déclara Sharon alors qu’elle se dépêchait de rengainer son épée, mais il était trop tard. Beaucoup trop tard.

Devrons-nous vraiment les combattre ? Il n’y a pas d’autre moyen !?

Feena était apparue à côté de lui alors qu’il cherchait désespérément une réponse.

« H-Hé ! » Feena avait fait un regard rassurant sur Alnoa avant de continuer vers la foule.

« Je t’ai dit de reculer ! » cria Juju.

Feena et Juju étaient dans une impasse. Juju était une grande fille musclée. Elle avait même l’air un peu plus grande qu’Alnoa. Feena aurait normalement l’air d’une petite enfant à côté d’elle, mais pour Alnoa, à ce moment-là, Feena dominait Juju.

« Pensez-vous pouvoir sauver quelqu’un avec vos misérables pouvoirs magiques ? » Un froid glacial avait traversé les épines d’Alnoa et de Sharon en entendant les paroles glaciales de Feena.

« Feena ? » demanda Alnoa.

Feena avait fait un autre pas en avant.

« Qu’espérez-vous sauver avec votre pathétique magie ? Vous qui êtes devenus des esclaves ? Votre cœur est-il perdu quand vous êtes devenu des esclaves ? Ou peut-être..., » Feena avait plissé ses yeux en des fentes tranchantes et mortelles. « Vous voulez juste sauver votre orgueil faible et fragile ? »

Feena avait impitoyablement brisé le dernier pilier de soutien de Juju avec ses mots cruels et sans émotion.

« Argh ! La ferme ! Ferme-la, c’est tout ! » Juju avait déclenché son sort, rempli de toute sa fureur refoulée.

« Aarrrrrgh ! »

Son sort avait déclenché une réaction en chaîne, déclenchant également les attaques des autres. Toute la foule avait dirigé sa magie vers Feena, mais...

« C’est le mieux que vous pouvez faire ? » D’un simple coup de baguette magique, Feena dissipa leur magie envoyée sur elle.

« Merde ! On ne peut rien faire ! »

« Non ! Je refuse d’abandonner ! »

Juju avait poussé pour se frayer un chemin à travers la foule et avait chargé vers Feena, mettant toute sa force restante dans son poing. Feena se tenait parfaitement immobile, suivant calmement l’assaut de Juju, la jeune fille épuisée arriva sur Feena avec une détermination inébranlable dans les yeux.

Son poing s’était connecté avec la joue de Feena, puis l’avait légèrement fait frémir, n’infligeant aucun mal. Juju était complètement dépouillée de sa force magique et physique. Le combat s’était terminé par un échec total.

Ou, du moins, c’était comme ça que ça aurait dû être.

« Outch. J’ai perdu, » déclara Feena d’une voix monotone, puis elle s’effondra dramatiquement sur le sol.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda Alnoa.

Même Juju ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Elle alternait son regard entre son poing et Feena, effondrée sur le sol.

Qu’est-ce qui se passe ?

Puis, Feena se leva, comme si rien ne s’était passé, et regarda une Juju abasourdie dans les yeux, confirmant que ce n’était rien de plus qu’une blague qu’elle lui avait jouée.

« Je suis désolée de vous avoir testé comme ça. Vous êtes une puissante guerrière et une puissante mage. Et vous avez un cœur fort, » déclara Feena.

« Hein ? Quoi ? » demanda Juju.

Feena s’approcha lentement de la jeune fille complètement abasourdie et saisit ses mains. Puis, les mains de Juju dans les siennes, elle avait regardé la foule devant elle.

« Vous êtes tous forts. Esclaves ou pas, je... non, Althos a besoin de citoyens forts. Nous avons besoin d’un lien fort pour construire un pays. Un lien semblable à celui qui existe entre les membres d’une famille. Oui, c’est vrai que nous vous avons acheté, mais ce n’était pas pour vous garder comme esclaves. Nous avons fait un investissement... croyant que vous deviendriez l’un des nôtres, que vous seriez en mesure de nous aider à réaliser nos rêves, que vous seriez en mesure de nous aider à construire un pays. Alors s’il vous plaît, je vous en supplie. Libérez-vous de vos chaînes. Vous n’êtes plus des esclaves. Vous êtes citoyens d’Althos. Vous faites désormais partie de notre famille. »

Sa petite voix portait à travers les terrains d’entraînement abandonnés. À la grande surprise d’Alnoa, le discours de Feena avait eu un énorme effet sur la foule furieuse.

« Wooo ! »

Certains d’eux criaient de joie, tandis que d’autres pleuraient ou s’enlaçaient. Les esclaves libérés étaient remplis de bonheur.

Eh bien, je suppose que tout est bien qui finit bien.

Alnoa avait placé sa main sur sa poitrine soulagée.

« Wahhhh, Mademoiselle ! Je ne sais pas encore comment nous pouvons vous aider, mais nous n’allons pas vous laisser tomber, vous ou votre pays ! » Une Juju, profondément émue, enveloppa ses bras autour de Feena et la serra dans ses bras.

« Ah ! » Et la Diva confuse n’aurait pas pu repousser la fille même si elle le voulait. Elle n’avait pas d’autre choix que d’accepter l’affection de Juju.

Alnoa avait regardé ça, ne laissant pas la vérité se mettre en travers de la scène réconfortante se trouvant devant lui. Il se fichait que Feena ne fût pas une citoyenne d’Althos, ou que ce n’était pas lui qui résolvait le problème. La seule chose qui comptait, c’était que Feena avait accompli en quelques minutes ce qui lui avait pris des années auparavant. Elle avait réussi à les libérer de leurs liens. Alnoa ne pouvait s’empêcher de l’admirer.

Feena avait courbé les coins de sa bouche en un sourire maladroit et avait salué la foule, puis elle était retournée du côté d’Alnoa.

« Beau travail, » déclara Alnoa.

« Bon travail, Feena, » déclara Sharon.

Sharon et Alnoa avaient accueilli Feena. Feena était revenue à son attitude stoïque habituelle tandis qu’Alnoa avait un énorme sourire et Sharon faisait la moue pour une raison inconnue.

« Ce n’était rien de spécial... J’étais juste une bonne épouse, comme le dit le livre, » déclara Feena.

Les joues de Feena avaient été tachées d’un rose pâle pendant un bon moment après les événements de la journée.

***

Partie 5

« Préparez-vous, sale tripoteur d’enfant ! Espèce d’obsédé sexuel ! »

Le lendemain, le bureau d’Alnoa s’était à nouveau transformé en champ de bataille. Sharon avait dégainé son épée et l’avait pointée vers Alnoa, qui reposait sa joue sur sa toute nouvelle table, mais cette fois, elle ne le frappait pas.

« Haha ! Vous croyez que je serais assez stupide pour répéter la même erreur ? Je ne vais pas vous frapper pour que mon épée soit à nouveau déviée ! Mais comme je l’ai déjà dit, aujourd’hui est le bon jour. Alors, préparez-vous ! » cria Sharon.

« Ça suffit, » déclara Feena.

« Je suis en train de l’assassiner ! Alors, sortez d’ici ! » cria Sharon.

« Vous regretterez de m’avoir dérangée pendant que j’étais seule avec lui, » répliqua Feena.

« N’avons-nous pas eu la même conversation hier ? » demanda Alnoa.

Alnoa avait un fort sentiment de déjà-vu. Il semblait que les filles allaient se battre, peu importe à quel point il protestait. Mais alors qu’Alnoa était sur le point d’accepter son destin cruel, un sauveur inattendu était arrivé.

« Al, es-tu là !? J’ai quelque chose à... wôw, » s’écria une voix d’homme.

Un jeune homme costaud et grandement bronzé était arrivé. Il était un peu plus âgé qu’Alnoa et revêtu d’une armure de cuir. Il se tenait en ce moment complètement désorienté au pas de la porte. Il était ensuite entré dans la pièce juste au centre du conflit entre Sharon et Feena. Il s’agissait d’un geste qui aurait signé l’arrêt de mort de la plupart des autres hommes, mais celui-ci n’avait même pas bronché devant le danger. D’un seul geste, il avait dégainé l’épée attachée à son dos et avait dévié la frappe de Sharon, tout en érigeant un mur de glace pour se protéger de la boule de feu de Feena.

« Wôw, maintenant ! » Il avait regardé dans la pièce après avoir paré les attaques des deux Divas en même temps comme si cela n’était pas de son fait.

« Qui êtes-vous ? » Réalisant immédiatement le potentiel du jeune homme, Sharon avait fait quelques pas en arrière et avait réajusté la prise sur son épée.

« Il est dangereux... On devrait l’éliminer avant qu’il n’arrive à Al, » annonça Feena alors qu’elle avait plissé ses yeux et s’était préparée à déclencher à l’improviste plus de magie.

« Attendez, non, il est..., » commença Alnoa.

Alnoa avait essayé de reprendre le contrôle de la situation volatile. Cependant, après avoir regardé du côté de Sharon et de Feena pendant un moment, le jeune homme avait interrompu Alnoa avant qu’il ne puisse continuer. « Al, espèce de play-boy ! Quand t’es-tu dégoté ces deux jolies filles ? Comme si tu n’en avais pas déjà assez ! Tous ces satanés rois sont comme ça ! Ne m’oblige pas à brûler ton château ! »

« Hé, Jamka ! Je vois que tu n’as toujours pas de filtrage présent sur ta grande gueule ! » s’écria Alnoa.

Alnoa avait poussé un soupir avant de se déplacer pour présenter l’homme aux deux Divas, quand il avait à nouveau été interrompu.

« Alnoaaaaaaaa ! » cria quelqu’un d’autre venant du pas de la porte.

Une ombre agile avait surgi de derrière Jamka et s’était lancée sur la poitrine d’Al.

« Oomph ! » s’écria le roi alors que l’ombre le faisait tomber sur le sol, sans défense.

Il s’était mis à parler à cette nouvelle arrivante. « Outch... Brusch, c’était un sacré salut que tu me fais là. »

Malgré la douleur que subissait Alnoa, il avait serré la tête de la fille dans ses bras. Du côté de la nouvelle venue, elle s’était blottie joyeusement contre la poitrine d’Alnoa alors qu’il lui caressait doucement ses cheveux courts et désordonnés.

« Hehehehe ! Alnoa, je t’offre quatre jours d’amour avec moi ! » déclara Brusch.

Brusch leva énergiquement son visage bronzé de la poitrine d’Alnoa afin de pouvoir regarder le visage d’Alnoa. Ses yeux de jeune enfant débordaient de bonheur.

« Haha, oui. Quatre jours, » répondit-il.

Elle deviendra certainement une femme magnifique.

Il lui avait caressé une dernière fois la tête avant de se lever, mais...

« Je savais que vous étiez un tripoteur d’enfant ! » cria Sharon.

« Je peux aussi faire semblant d’être une enfant... si c’est ce que tu aimes, » annonça Brusch sur un ton mignon.

« Al, combien de fois dois-je te dire de ne pas caresser ma petite sœur ? » s’écria Jamka.

Le jeune roi se retrouva pris dans un feu croisé provenant de trois sources avant de pouvoir se libérer de l’étreinte de la petite Brusch. Alnoa avait évalué ses options. D’un côté, il voulait protester contre leurs revendications, mais, en regardant la fille heureuse se trouvant dans ses bras, il ne pouvait pas la laisser prendre tout le blâme. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était de pousser le soupir du vaincu.

« Laissez-moi vous présenter ces deux-là. L’homme qui se tient là est mon commandant en chef, le ministre des Finances publiques et un ami très proche. Il s’agit de mon bras droit, Jamka, » Alnoa avait continué les présentations, ignorant les regards froids de tout le monde.

« Et cette fille est sa sœur, l’actuelle chef du rensei..., » commença Alnoa.

« Salut, je suis Brusch ! Dans le futur, je vais devenir la femme d’Al ! Hehehe ! Wôw, je l’ai vraiment dit ! » Elle avait déclaré avec innocence son aspiration la plus intime tout en s’accrochant à Alnoa.

Merde.

Un silence mort remplissait la pièce, suivi d’une colère si épaisse qu’elle était palpable.

« Je ne peux pas laisser cette position..., » Feena s’était approchée de la petite fille. « Je suis la future femme d’Al, Lesfina. Je suis la favorite de ses candidates fiancées. Puisque vous êtes une amie d’Al, appelez-moi Feena. Enchantée de vous rencontrer. »

Elle met vraiment l’accent sur le mot amie, n’est-ce pas ?

« Attendez une minute. Qu’est-ce qui fait de vous la favorite ? » demanda Sharon. « Pas que ça me dérange, mais... En fait, ça me dérange ! »

Sharon se tourna vers Brusch et lui fit un sourire raide.

« Je suis la plus forte candidate fiancée d’Al, Sharon. C’est agréable de rencontrer quelqu’un qui n’est pas encore au courant de ça, » déclara Sharon.

Sharon s’était ensuite retournée vers Feena et lui avait rendu son regard glacial avec un regard stimulant. Des étincelles rouges et bleues avaient semblé traverser la pièce.

« Vous savez, vous n’avez vraiment pas à vous battre pour tout ça parce que vous êtes toutes les deux des Divas, » grogna tranquillement Alnoa.

« Je l’ai poussé au sol au moment où nous nous sommes rencontrés, » déclara Feena, en prenant l’initiative.

« Ouais ? Ce n’est rien ! Non seulement je l’ai poussé au sol, mais il m’a touché. Vous savez, là-haut..., » Sharon répliqua avec un peu moins d’entrain que Feena, néanmoins, ses yeux semblaient briller d’un certain flamboiement.

« C’était juste un accident. Ça ne compte pas, » répliqua Feena.

« Le vôtre aussi était un accident ! » répliqua Sharon.

« Hahahaha ! Tu as déjà recruté des concubines avant notre mariage ? Tu es si attentionné, Al ! » déclara Brusch.

« Concubines !? » s’exclamèrent Sharon et Feena.

Leurs regards combinés auraient pu faire fuir n’importe qui au loin, mais Brusch avait bravement tenu bon lors de l’affrontement entre les trois jeunes femmes.

« Ouah, Al, espèce de bête ! Tu es un vrai prédateur de dames, n’est-ce pas ? J’espère que tu mourras dans un incendie, que tu reviendras à la vie, puis que tu mourras à nouveau ! » ajouta Jamka, à moitié en plaisantant.

« Et vous deux, vous savez, Al et moi l’avons déjà fait..., » annonça fièrement Brusch.

« « Quoi !? » » S’écrièrent les deux Divas.

En essayant de rivaliser avec ses rivales, Brusch, aux joues roses, avait laissé échapper l’une de ses plus folles illusions.

« Brusch, je suis sûr que je m’en souviendrais, » Alnoa avait immédiatement essayé de protester contre ses affirmations scandaleuses, mais ses mots avaient été interrompus par les deux Divas.

« Haha, quelle bonne blague ! Il n’a certainement pas les couilles de faire quelque chose comme ça ! » lâcha Sharon.

« Je suis d’accord. Al ne lèvera pas le petit doigt sur nous, peu importe à quel point nous essayons de l’amener, à... Il ne ferait jamais rien avec vous, » déclara Feena.

« Je suis toujours là, vous savez ! Pourquoi tous les combats entre vous déchirent-ils toujours mon âme ? » s’écria Alnoa.

« Arghh ! Je me casse le cul pour toi jour après jour, et tout cela seulement pour que tu corrompes ma petite sœur !? Et tu fais ça tout en jouant avec deux autres filles !? Est-ce que tout ça n’est qu’un jeu pour toi ? » Jamka avait porté sans pitié le coup de grâce.

Les gars, ça suffit !

« Je ne suis pas après Brusch, et je ne joue pas avec ces deux-là ! Ce sont elles qui..., » commença Alnoa.

« Argh ! » s’écria Sharon.

« Mourrez ! » Lâcha Feena.

À ce moment-là, Sharon trancha en deux parts un vieux livre qui traînait par là, tandis que Feena faisait apparaître une boule de feu plus grande que le haut de son corps. Alnoa n’avait pas d’autre choix que de concéder une défaite.

« D’accord. Je suis désolé... Attendez ! Jamka ! Es-tu venu ici pour me faire passer pour un idiot ?! » s’écria Alnoa.

« Et maintenant, pourquoi es-tu en colère ? » demanda Jamka.

Libérant sa colère, Alnoa avait regardé Jamka. Après avoir interrompu son travail et déchiré son cœur par leurs folles accusations, personne ne pouvait blâmer Alnoa pour sa soudaine flambée de colère.

Quand ils virent Alnoa si frustré, tout le monde avait décidé de faire une trêve temporaire. Jamka sauta sur le canapé, ignorant l’atmosphère de colère présente dans la pièce.

« Alors, tu as acheté un autre lot d’esclaves, hein ? Je sais que nous avons besoin de plus de populations, mais maintenant nous avons tellement de conneries bureaucratiques à gérer ! Il s’agit de cartographier les relations de chacun, de trouver des lieux de vie, de tester leurs aptitudes professionnelles... Dès maintenant, tiens-moi au moins au courant à l’avance ! » déclara Jamka.

Jamka s’était finalement souvenu de ce qu’il était venu chercher et avait essayé de remettre la conversation sur les rails.

« Oh. C’est de la faute, » mais Alnoa avait rapidement cessé ses plaintes avec une seule phrase. Tout le monde dans la pièce, sauf Alnoa, avait réalisé qui était la véritable colonne vertébrale d’Althos.

« Eh bien, » continua Jamka. « Nos finances seront bonnes pour encore un certain temps grâce au butin que nous avons obtenu lors de la bataille de l’autre jour contre Freiya, mais... Je ne pense pas qu’on achètera d’autres esclaves pendant un bon moment. »

« Pourquoi pas ? » demanda Alnoa.

Jamka gloussa et sourit à Alnoa, retardant cruellement l’annonce pendant un moment avant de laisser tomber la grande nouvelle.

« Parce que l’Empire a capturé Labona hier soir, » lâcha Jamka

« Hein ? » s’écria Alnoa.

Alnoa avait compris ce que Jamka avait dit, mais tout ce qu’il avait pu faire, c’était d’être étonné par l’annonce. Cela ne faisait même pas vingt-quatre heures qu’il avait rencontré Bouzen, le célèbre marchand d’esclaves de Labona.

« Les dix gouverneurs ont été décapités, et ils ont massacré tous ceux qui résistaient ou s’enfuyaient. Les autres ont été réduits en esclavage par l’Empire. Il ne restait plus qu’une petite équipe squelettique pour que la ville puisse continuer à fonctionner, » Jamka haussa les épaules avant de continuer. « Les chanceux qui étaient loin de la ville au moment de l’attaque sont toujours en sécurité. Une poignée de personnes ont également réussi à passer à travers les griffes de l’Empire, mais il n’y en a pas beaucoup. Seulement une cinquantaine de marchands. »

Cela me fait me souvenir d’une chose. Je pense que Bouzen a mentionné qu’il faisait un détour vers l’est, afin de faire du colportage, avant de retourner à Labona. Je suppose que sa chance s’est désormais épuisée avec ça.

« Je suis désolée, Alnoa. Labona est tombée avant que je puisse les prévenir..., » déclara Brusch.

Brusch s’agita et pencha la tête en raison de sa déception. Malgré son âge, elle avait quand même assumé la responsabilité de diriger l’agence de renseignement d’Althos.

« Ne t’inquiète pas. Ce n’est pas ta faute, » sans tenir compte du regard froid des Divas, Alnoa lui tapota doucement la tête.

« Comment cela s’est-il passé si vite ? » demanda Alnoa. « Je sais qu’ils étaient neutres et n’avaient pas d’alliances, mais ils avaient une énorme puissance militaire. La ville grouillait de mercenaires et d’armées privées. »

« Je n’en sais rien, » Jamka leva les mains et haussa les épaules en répondant à Alnoa. « Les quelques chanceux qui se sont échappés avaient tous des histoires farfelues à propos de monstres d’ours ou des créatures volantes qui se déchaînaient dans la ville. L’Empire a-t-il une telle magie ? »

Est-ce comme ce monstre que j’ai combattu lors de la chasse à l’homme ? Oh, c’est vrai. Jamka est resté pour défendre la ville, donc il ne sait rien d’eux.

Alnoa et les Divas avaient échangé un regard et ils avaient ensuite expliqué à Jamka et Brusch tous au sujet des abominations.

« Je vois. Ils ont utilisé une créature comme ça ? » Intrigué, Jamka plissa les sourcils.

« Ouais. Feena examine encore les détails, mais je suis sûr que le fait qu’ils occupent la principale plaque tournante du commerce des esclaves est lié d’une façon ou d’une autre aux abominations, » déclara Alnoa.

Nous avons vraiment besoin de plus d’informations.

Alnoa étant perdu dans ses pensées, la pièce était restée silencieuse pendant un certain temps.

« Je vais... Je vais y jeter un coup d’œil ! » Brusch, qui était encore accrochée au bras d’Alnoa, fut celle qui avait rompu le silence. La minuscule chef des renseignements leva les yeux vers Alnoa, ses yeux débordant de détermination.

« Non, je ne te laisserai pas faire. Il y a trop de choses que nous ne savons pas encore. C’est trop dangereux, » Alnoa avait immédiatement rejeté l’idée, mais quelqu’un d’inattendu était intervenu.

« Ce qui la rend encore plus importante, » Jamka, qui avait un cas sérieux de complexe de sœur, avait pris sa défense.

« Huh !? Mais quand même..., » commença Alnoa.

Jamka avait gonflé sa poitrine en toute confiance devant un Alnoa agité. « Ne t’inquiète pas ! Je m’assurerai que les personnes les plus compétentes l’accompagnent ! Même si elle échoue, elle... Aïe ! »

Brusch se déplaça rapidement derrière Jamka et lui donna un coup de pied sur ces fesses.

« Je ne veux pas entendre ça de quelqu’un qui ne peut même pas couvrir ses propres fesses ! Al, ne t’inquiète pas ! Je vais rassembler toutes les informations que je peux. Je serai à la maison avant même que tu réalises que je suis partie ! » Puis Brusch avait sprinté hors de la pièce, ne donnant pas à Alnoa une chance de l’arrêter.

« Franchement, pourquoi personne n’écoute mes ordres !? » s’écria Alnoa.

Depuis Jamka, se tenant à côté de lui, des rires violents avaient éclaté. « Ne t’inquiète pas, Al ! Je l’ai personnellement formée ! Je lui ai appris tout ce qu’il y a à savoir sur la magie et l’épée, et elle a un vrai don pour l’arc ! Et il n’y a personne dans le royaume de mieux qu’elle pour recueillir des informations. Elle reviendra saine et sauve, c’est sûr. »

La confiance de Jamka en sa sœur était absolue.

« Tu as raison. Je devrais avoir foi en elle, » répondit Alnoa.

Le sourire inébranlable de Jamka avait mis Alnoa à l’aise. Alnoa était toujours inquiet, mais il avait également décidé de faire confiance à Brusch.

« J’avais d’autres choses à dire, mais je crois que j’ai assez grondé Al pour cette journée. Je suppose que je vais retourner travailler, » déclara Jamka.

« Merci, » déclara Alnoa.

Jamka s’étira et commença à quitter la pièce, mais il s’arrêta à l’entrée.

« Hein ? Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda Al.

« Dis-moi, Al. Je sais que leur traitement dans l’Empire est inacceptable, mais penses-tu vraiment que la libération des esclaves peut leur apporter le vrai bonheur ? » Le dos tourné vers Alnoa, Jamka avait posé une question inattendue.

« Bien sûr, bien sûr. Tu es heureux, n’est-ce pas ? » Ne saisissant pas le sens des paroles de Jamka, Alnoa avait donné une réponse rapide et simple.

« Hahaha. Oui, je suppose. Désolé. Oublie ce que j’ai demandé, » sa voix habituelle, légère et joyeuse, semblait vide.

 

☆☆☆

Le bruit des chevaux au galop remplissait la nuit totalement noire.

« Capitaine Brusch, ennemis sur notre... gahhh ! » cria un homme.

« Luu ! » Brusch n’avait pas le luxe de s’arrêter et de voir ce qui était arrivé à son subordonné. Elle ne pouvait que crier son nom.

« Contre quoi nous battons-nous ? » Il n’y avait personne pour répondre à sa question.

L’équipe de reconnaissance de Brusch avait été attaquée par un assaillant inconnu. L’équipage d’élite que Jamka avait choisi pour sa précieuse petite sœur avait senti le danger et avait mis en scène une retraite rapide et ordonnée, laissant derrière eux un piège pour ralentir leurs poursuivants. Mais l’ennemi avait chargé en étant imprudent quant à tout ce qui pouvait les attaquer, passant à travers le piège de l’équipe de reconnaissance sans s’en formaliser puis il était resté sur leurs talons.

« Comment ont-ils pu passer à travers la bombe au poivre d’Al !? » s’écria-t-elle.

Brusch s’était retrouvée dans une situation très dangereuse. Son équipe d’éclaireurs d’élite avait été anéantie, la laissant seule. Elle ne pouvait même pas dire s’ils avaient été capturés ou tués. Mais malgré la gravité de sa situation, Brusch réfréna son anxiété et galopa à travers les plaines aussi vite qu’elle le pouvait. Elle avait douloureusement promis à son équipe déchue qu’elle reviendrait les chercher.

La première règle de Jamka pour l’équipe de reconnaissance : Ne faiblissez jamais, même si vos camarades sont tombés. Rapportez l’information chez nous en toute sécurité, même si vous revenez seul. Cela faisait partie du code de conduite interne de l’équipe, tenu secret même pour le roi Alnoa. Brusch n’arrêtait pas de répéter cette règle à elle-même, essayant de garder ensemble les fragments de son cœur brisé.

« Ahh ! »

De l’obscurité vint une boule de feu qui s’écrasa sur le flanc de son cheval. Tout son abdomen avait été réduit en charpie, le tuant instantanément et l’envoyant s’écraser sur le sol.

« Qu’est-ce qui se passe... !? »

Brusch avait sauté du cheval mort et avait atterri en toute sécurité.

« Qu’est-ce que c’est... ? »

Ses mots ont été pris dans sa gorge. Une obscurité indicible, plus sombre que le ciel sans étoiles, la consumait lentement.

« Al... »

Elle ne pouvait que murmurer ce dernier mot. Le silence régnait alors sur la plaine noire. Un silence complet et absolu, loin du silence typique de la nuit. Pas une seule chose vivante ne pouvait être entendue ou vue dans l’obscurité impénétrable.

***

Chapitre 3 : Rêves et désespoir

Partie 1

Pour la première fois depuis longtemps, Alnoa s’était réveillé dans sa propre chambre.

Se réveiller dans sa propre chambre est si relaxant. Je me sens complètement rafraîchie et reposée. C’est tellement bon, mais... il y a quelque chose qui cloche.

« J’espère que je me trompe..., » murmura Alnoa.

Alnoa fixait le plafond, perdu dans ses pensées. Il était incapable de se résoudre à quitter le confort de son lit. En ce moment, il se baignait sous la chaude lumière du soleil printanier qui brillait à travers ses fenêtres.

Montrez-moi une personne qui sortirait du lit dans cette situation et je vous dirais que c’est un imbécile. Je resterai au lit jusqu’à ce que Lilicia vienne allumer la cheminée. Je suis sûr que ce sera bientôt fait.

Enveloppé dans ses couvertures, Alnoa avait regardé dans la pièce, mais il n’avait rien trouvé qui aurait pu être la source de son malaise antérieur.

« Je suppose que ce n’est rien. En parlant de ça, je n’ai même pas eu le temps de passer une bonne nuit de sommeil ces derniers temps avec tout le vacarme qui se produit dans le château, » murmura Alnoa.

Alnoa s’était blotti dans ses couvertures si moelleuses. Il s’était rendu à l’appel de son lit et avait recommencé à somnoler.

« C’est bon si je prends un jour de congé, n’est-ce pas... ? » murmura-t-il pour lui.

« C’est bon... J’ai de la place pour une seconde... »

Une voix inattendue venant d’une autre partie de la pièce avait choqué Alnoa, ce qui l’avait réveillé.

Je ne fais pas que rêver, n’est-ce pas ?

Il pouvait sentir que quelqu’un était présent dans le coin de la pièce. Ou, plus précisément, il pouvait entendre quelqu’un parler dans son sommeil. Il s’était assis à contrecœur, toujours enveloppé dans ses couvertures, et regarda vers le canapé au milieu de la pièce. Il était vide, mais à côté de lui, il y avait quelque chose qui attirait l’attention d’Alnoa.

« Franchement ? » murmura Alnoa avant de soupirer.

Il voulait ignorer son invitée surprise, se retourner et se rendormir, mais il ne pouvait pas risquer d’être attaqué et de voir son lit détruit pendant qu’il dormait dans la félicité. Alnoa avait frotté ses yeux endormis et il avait regardé de plus près de l’endroit d’où venait la voix.

Là, il avait vu un grand panier à l’allure suspecte, recouvert d’une couverture. Le panier était assez grand pour contenir une personne à l’intérieur, et il n’était certainement pas dans la pièce lorsqu’il s’était endormi.

Vous devez vous moquer de moi. Vous vous attendez vraiment à ce que je joue avec votre routine d’assassinat si tôt le matin ?

Il avait songé à se lever et à quitter tranquillement la pièce, mais le mystérieux panier avait piqué sa curiosité.

Que prévoit-elle de faire pour aujourd’hui ?

Cédant à la tentation, il avait rampé tranquillement hors de son lit, mais s’était mis à frissonner dès qu’il avait été libéré de ses couvertures.

Il fait si froid ! Je devrais juste retourner au lit et prétendre que je n’ai rien vu.

Il s’était déplacé dans le froid du matin en se faufilant vers le panier.

« Il y a quelqu’un ? » demanda Alnoa.

La couverture avait tremblé en réaction à la question d’Alnoa. Alnoa avait retiré nerveusement la couverture du panier, préparé à toute embuscade qui l’attendait.

« Quoi !? Sharon, qu’est-ce que..., » murmura Alnoa.

Les yeux d’Alnoa s’étaient grands ouverts sur la scène qui l’avait accueillie lorsqu’il avait retiré la couverture.

« Hmm ? Bonjour. »

À l’intérieur du panier se trouvait Sharon. Un seul long ruban rose enroulé légèrement serré autour d’elle était tout ce qui couvrait sa nudité. Alnoa avait du mal à croire que cela faisait partie d’un stratagème d’assassinat.

« Nngh... Ahh ! Je me suis endormie ! Euh... Surprise ! » annonça Sharon.

Je parie qu’elle faisait semblant d’être un cadeau et qu’elle avait prévu de me tendre une embuscade quand je serai allé « l’ouvrir », mais à la place elle s’est endormie. Est-ce qu’elle prend vraiment ça au sérieux ?

Même sa cible s’inquiétait de voir à quel point ses idées étaient pleines de trous.

« Fwahhhhhh ! » gémit-elle alors que Sharon s’était assise.

Après ça, elle s’était frotté les yeux, puis s’était étirée comme un chat. Considérant qu’elle n’était vêtue que d’un mince ruban, son étirement donnait à Alnoa une vue imprenable, ce que Sharon avait mis du temps à réaliser en raison de sa somnolence.

« Hmm ? Pourquoi me fixez-vous autant... ? » demanda Sharon.

Normalement, ce serait le moment où Sharon aurait fait un énorme vacarme et Alnoa aurait poussé un soupir exagéré, mais cette fois-ci, c’était différent.

« Ah ! Nooon ! Pourquoi est-ce que je porte ça ? Qu’est-ce qui se passe ? » s’écria Sharon.

Réalisant la situation dans laquelle elle se trouvait, Sharon avait timidement essayé de cacher ses seins avec ses bras, mais elle n’avait pas pu échapper au regard anormalement froid d’Alnoa.

« Ne faites pas... Ne me regarde pas comme ça ! Dites quelque chose ! Vous n’avez rien à dire à une jolie fille qui se présente à vous !? » Elle avait regardé Alnoa après avoir déclaré ça, et ses joues rougissaient à cause de l’embarras.

« Quand êtes-vous arrivée ? » demanda Alnoa.

« Hmm... Tout à l’heure, » répondit Sharon.

« Il n’y a aucune chance que cela soit vrai. Dites-moi quand, » demanda Alnoa avec plus de force.

Bouleversée par les questions obstinées d’Alnoa, Sharon avait oublié un instant sa colère et avait réfléchi soigneusement à la façon dont elle y était arrivée. « Je pense que... c’était hier soir. »

« Vous êtes ici depuis hier soir, tout en portant ça ? » demanda Alnoa.

Elle avait hoché la tête avec une certaine anxiété.

Comme s’il attendait cette réponse, Alnoa s’était approché de Sharon tout en restant silencieux.

« Attendez ! Je voulais juste vous tendre une embuscade ! J’avais ce plan et c’est tout ! Je l’ai appelé “Surprise, vous êtes mort !” » Sous la menace des bras d’Alnoa se rapprochant d’elle, Sharon avait avoué ses intentions tout en frissonnant.

 

 

« Sharon, allez-vous bien ? » demanda-t-il.

Ses lèvres d’un pourpre clair tremblaient. Non seulement à cause du froid, mais aussi parce que le contact avec Alnoa était devenu une expérience traumatisante pour elle.

« Ne vous approchez pas ! J’ai un couteau dans le panier avec lequel j’avais prévu de vous poignarder, alors restez où vous êtes ! » cria Sharon.

Une effrayante et effrayée Sharon avait ainsi menacé Alnoa. Alnoa se demandait si le fait qu’elle lui révèle tous ses plans était l’idée la plus intelligente. Il avait continué à tendre la main et avait ensuite saisi avec force ses épaules.

« Non ! Attendez, quoi ? » s’écria-t-elle.

Alnoa était désormais devant elle, comme elle l’avait prévu, mais elle tremblait de peur. Cependant, ses craintes s’étaient avérées sans fondement. Car il n’y avait pas eu de Déferlement Céleste activé.

« ... Pourquoi ? » demanda-t-elle.

« Quoi ? Déçue qu’il ne se soit vraiment rien passé ? » demanda Alnoa.

« N-Non... !!!! Pourquoi le serais-je !? Soyez plus réaliste ! » cria Sharon.

« On dirait que je peux vous toucher si c’est fait de cette manière, » déclara-t-il, puis il avait doucement recouvert Sharon avec sa veste. Le Déferlement Céleste n’était pas activé par son toucher indirect.

« Je n’en ai pas besoin ! » répliqua Sharon avant de lui rendre en fureur sa veste chaude.

Alnoa ne pouvait pas supporter de voir la fille tremblante, gelée. Il avait alors haussé la voix en conséquence. « Arrêtez de déconner ! Vous êtes gelée ! Avez-vous la moindre idée à quel point les nuits printanière d’Althos sont froides  !? Ce n’est pas une blague ! Vous avez passé toute la nuit à ne porter qu’un ruban ? Avez-vous perdu la tête ? Essayez-vous d’attraper un rhume ? »

« Ah..., » Sharon avait été surprise par la réaction inattendue d’Alnoa. « C-Ce n’est pas si froid que ça. Je vais très bien ! »

Alnoa avait fait plisser son front pendant un moment, puis il avait enveloppé sa veste autour de Sharon qui fronçait les sourcils et il l’avait prise dans ses bras.

« Là-bas ! Vous êtes beaucoup plus légère que ce à quoi je m’attendais, » déclara Alnoa.

« Ah, hé !!! »

« Sharon, arrêtez de gigoter ! Je peux voir, euh, vous savez..., » commença-t-il.

« Quoi !?? Pourquoi, vous..., » sa timidité l’avait emporté sur sa colère. Sharon avait mis de côté ses sentiments conflictuels et avait cessé de résister, bien qu’elle s’était assurée de continuer à le regarder pendant tout ce temps.

« Vous êtes vraiment très pâle à cause du froid, donc vous n’avez pas le droit de vous plaindre. Vous allez dans mon lit tout de suite ! » déclara Alnoa avec force, puis il l’avait installé avec gentillesse dans son lit.

« Je vais vous chercher une tasse de lait chaud, » déclara Alnoa.

« Ahhhh. Il fait si bon et si chaud. » Sharon s’était installée confortablement dans le lit d’Alnoa. Les frissons qu’elle avait niés auparavant avaient rapidement disparu.

« Attendez ici. Ne bougez pas ! » déclara Alnoa avant de sortir de la pièce.

Sharon, couverte jusqu’au nez, regarda Alnoa quitter la pièce.

Le silence était alors apparu dans la pièce une fois que le son des pas d’Alnoa s’était estompé.

« Qu’est-ce qui ne va pas chez lui... ? Je n’ai même pas demandé son aide, » murmura Sharon.

Sharon gonfla ses joues et agrippa le bout de sa couverture en colère. Elle ne voulait rien d’autre que de montrer à Alnoa ce qu’il était en sautant hors du lit, mais sa chaleur résiduelle l’enveloppait et la liait sur place.

« Ahh... Si chaud. »

Son défi n’était pas à la hauteur du confort du lit. Son confort chaleureux lui rappelait un souvenir qui lui tenait à cœur.

« Oh... C’est un peu comme cette fois où j’étais vraiment petite. J’ai rampé dans le lit de mon père après avoir fait un cauchemar... C’était si chaleureux et doux..., » murmura-t-elle.

Elle avait essayé de résister à la chaleur nostalgique par peur que ce soit une sorte de piège tendu par Alnoa, mais elle n’avait pas pu le faire. Elle agrippa les couvertures et se plaça sur le côté.

« Cette odeur est plutôt agréable... »

Elle s’était assoupie en pensant au moment qu’elle avait passé avec son père et cela s’était attardé encore plus longtemps dans son esprit.

« ... euh... Sharon ! » murmura une voix d’homme proche d’elle.

« Mmnn... Papa ? Hein ? Alnoa !? » demanda-t-elle.

En entendant une voix familière, elle s’était rapidement levée dans le lit.

« Ah, désolé. Je ne savais pas que vous vous étiez endormie, » déclara la même voix d’homme.

Elle regarda autour d’elle avec un visage endormi, essayant de trouver la source de la voix. Là, elle vit sa cible d’assassinat tenant une boisson chaude et fumante. Elle avait immédiatement changé son expression pour afficher une expression plus hostile.

« Jusqu’où pouvez-vous vous rabaisser ? Vous me bercez avec un faux sentiment de sécurité avec votre lit étonnamment chaud et confortable, et tout cela seulement pour me faire toutes sortes de choses flippantes et perverses pendant mon sommeil ! » s’écria-t-elle.

À la surface, elle semblait en colère, mais le rougissement de ses joues indiquait à Alnoa qu’elle n’était qu’une réplique agressive en raison du contenu embarrassant de ses marmonnements faits lorsqu’elle était à moitié endormie.

« C’est vrai que je vous ai mise dans mon lit, mais vous vous êtes endormie toute seule, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

Alnoa avait trouvé sa réaction plutôt mignonne. Il lui avait tendu la tasse de lait chaud et fumant avec un sourire. Bien qu’elle soit sur ses gardes, elle avait pris la tasse. Le lait était sa boisson préférée depuis son arrivée à Althos.

Sharon avait jeté un coup d’œil sur Alnoa, mais l’avait remercié à l’intérieur de sa tête. Elle avait soufflé sur le lait puis elle l’avait bu précautionneusement.

« Mmm, c’est bon, » murmura-t-elle.

Sa bouche se détendit en un sourire face au goût légèrement sucré.

« J’ai ajouté quelques cuillères de miel pour vous. C’est comme ça que vous le buvez d’habitude, non ? » demanda Alnoa.

Alnoa s’était assis au bord du lit et avait pris une gorgée de sa propre tasse.

« Quoi !? Comment le savez-vous ? M’avez-vous fait suivre partout où je vais ? Êtes-vous l’un de ces harceleurs dont les citadins parlent ? » Au lieu de lui montrer de la gratitude, elle l’avait frappé avec des insultes.

« Pourquoi est-ce bizarre pour moi de le savoir ? Nous avons mangé ensemble tous les jours depuis votre arrivée ! » répondit Alnoa.

Alnoa avait pris une autre gorgée de sa coupe après avoir lâché sa réponse. Sharon avait fait la même chose en regardant timidement du côté d’Alnoa.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît.

Laisser un commentaire