☆☆☆Chapitre 81 : Bêtes atroces
Partie 6
C’est précisément pour cette raison qu’Aferka existe, mais ils sont actuellement la garde personnelle de la souveraine. Non seulement la chaîne de commandement était différente, mais rien ne garantissait que Cicelnia ne commettrait pas d’erreur. S’il y avait des criminels vicieux qui se cachaient dans Alpha, Alus devrait y aller. Il est vrai que personne d’autre ne peut y aller.
« Gouverneur général, est-ce pour cette raison que Cicelnia s’est empressée de réorganiser Aferka ? » Alus demanda d’un ton raide.
Berwick répondit, un peu intimidé : « Je ne sais pas non plus… C’est possible. »
Cicelnia avait l’Œil d’Alpha, qui travaillait directement sous ses ordres. En tant que souveraine, elle avait accès à des informations qu’Alus et Berwick n’avaient pas, ce qui pourrait expliquer pourquoi Cicelnia était si pressée. Le timing était trop parfait pour être vrai.
« Alors, Aferka a déjà identifié les mouvements des prisonniers évadés ? » demanda Alus.
Il aurait aimé qu’il en soit fait mention lors de la cérémonie d’investiture de Lilisha, mais peut-être n’avaient-ils rien trouvé de tangible. Ou peut-être…
Alus se demanda si elle avait agi de la sorte pour se faire remarquer.
C’était exactement le genre de choses auxquelles Cicelnia aurait pensé, mais il n’y avait aucun moyen de confirmer quoi que ce soit. Lilisha avait pris quelques jours de congé à l’institut.
« Qui sait ? Et Aferka n’est pas sous ma juridiction. Je ne sais pas non plus jusqu’où Lady Cicelnia a pu voir. Mais elle se déplacera pour le bien d’Alpha, alors elle ne se mettra pas en travers de notre chemin », dit Berwick.
« Je suis étonné que tu puisses dire ça alors que nous sommes déjà entourés d’ennuis », dit Alus. Il n’avait pas envie de penser à Cicelnia. La façon dont elle considérait tout comme un jeu était extrêmement fatigante. « Si je peux refuser, j’aimerais bien y échapper, mais je suppose que ce n’est pas possible. J’apprécierais au moins que tu puisses alléger un peu le fardeau. » Alus ne pouvait qu’espérer.
« Oh ! Alors tu vas le faire ! » s’exclama Berwick.
Tu parles d’une effronterie ! pensa Alus en fixant l’écran d’appel noir. Il imaginait le gouverneur général en train de joindre joyeusement les mains à l’autre bout du fil.
« Je t’ai envoyé le registre des prisonniers. Jettes-y un coup d’œil. Vizaist a l’air d’avoir du mal avec ça aussi. Il y a également des notes concernant certains des prisonniers évadés que nous avons pu identifier. Et bien que top secret, la nouvelle de l’incident a déjà été entendue par les hauts gradés des autres nations. Bien sûr, ils ne s’en mêleront pas inutilement. »
Alus décida de ne pas tenir compte de sa frustration quand au fait que Berwick n’ait pas simplement envoyé ces informations avec les données de la carte. Il ouvrit négligemment la liste qui contenait les noms et les numéros des prisonniers, ainsi qu’un relevé de leurs crimes avant d’être capturés. Alors qu’il parcourait la liste des yeux, il remarqua quelque chose. Son corps se raidit un instant.
Loki l’avait remarqué et lui avait demandé avec impatience : « Sire Alus ? »
Alus avait le regard fixé sur un nom de la liste. Après un moment, il prit la parole d’un ton bas et grondant. « Gouverneur général, j’ai tué cette femme. Alors, pourquoi est-elle sur cette liste ? »
Son ton glacial avait figé Loki sur place. La tension croissante pouvait même être ressentie de l’autre côté de la communication.
Il y eut un moment de silence, puis Berwick prit la parole d’un ton retenu pour transmettre les faits sans détour. « Nox, c’est ça ? Cela signifie simplement qu’elle n’était pas morte à ce moment-là. Tu devrais le savoir mieux que quiconque. »
Même s’il voulait blâmer Berwick, Alus avait l’impression de porter une part de la responsabilité. Nox était une femme de main de Kurama et son travail dans l’ombre avait causé bien des ennuis à Alus et Vizaist.
Après leur rencontre avec Nox, Alus avait proposé d’éliminer Kurama, mais les hauts gradés avaient rejeté cette idée. Même s’ils n’avaient pas la force nécessaire pour le faire, les hauts gradés étaient intransigeants à l’époque, et même Berwick n’avait pas réussi à les convaincre. Alus avait donc fait tomber Nox en coulisses, mais il n’avait pas réussi à terminer le travail.
« C’est donc de ma faute. »
Nox avait acquis une certaine notoriété dans le milieu du crime organisé en tant que tueur en série du siècle. Il avait fallu beaucoup d’argent et d’efforts aux militaires pour dissimuler ce fait, et ils avaient dû se concentrer sur le contrôle de l’information.
Si elle est encore en vie et qu’elle utilise cette chose contre une ville, il y aura des centaines, voire des milliers de morts, pensa-t-il, l’expression raide.
Berwick prit la parole, comme pour le calmer. « Ne t’inquiète pas. Ce n’est pas un problème. J’ai oublié de te le dire, mais il s’agit d’une liste de toutes les personnes enfermées dans la prison de Troie. La plupart d’entre eux se sont échappés, mais il y a quelques exceptions. Lettie a confirmé sur le chemin de la prison que Nox était morte. Le corps était très décomposé, mais le dossier et le numéro de cellule indiquent qu’il s’agit bien de Nox. Regarde la coche noire à côté de son nom. »
Alus regarda à nouveau la liste et vit effectivement une coche noire à côté de plusieurs noms. Cela signifiait qu’ils n’étaient pas comptabilisés comme des cibles, car ils étaient soit encore emprisonnés, soit morts, comme Nox.
« Au passage, nous ne connaissons pas la cause de son décès. Sache que tu n’es pas le seul à être mécontent de cette situation. Il y a beaucoup de mystères autour de cet incident. Il n’y a même pas beaucoup de signes de conflit dans la prison de Troie », dit Berwick.
« Je m’en doute. Si le directeur et le vice-directeur travaillaient avec eux, le chaos n’aurait pas eu le temps d’éclater », dit Alus.
« Oui. Ils ont également trouvé les corps de ce chercheur et de plusieurs gardes, tous la tête écrasée. Quand bien même s’agissait-il de maniaques ayant un penchant pour les expériences humaines, leur contribution à l’humanité est une certitude. »
Après que Berwick eut terminé son rapport, un silence s’installa tandis qu’il attendait la réponse d’Alus. Berwick avait découvert ce qui s’était passé à la prison de Troie plus rapidement que n’importe quelle autre nation grâce au travail de Vizaist, mais il avait été contraint de prendre des mesures extrajudiciaires en raison des lois internationales. L’enquête de Lettie avait probablement également été menée en secret.
Pourtant, l’affaire prenait de l’ampleur. Berwick attendit une quelconque réaction, mais Alus se contenta de lui répondre d’un air las : « Et ? »
« Je suis également en train de former une autre escouade », déclara Berwick. « Ils ne sont pas aussi expérimentés que toi dans les batailles contre les humains, mais me plaindre ne me mènera nulle part. Je veux que tu t’occupes des évadés les plus dangereux. »
« Je comprends. Je ne sais pas ce qu’ils préparent, mais qui sait où le chaos pourrait éclater tant qu’ils sont en Alpha ? » dit Alus en acquiesçant à contrecœur. « Ce serait trop pénible d’être traîné partout si cela devait arriver. Je veux au moins en finir rapidement pour pouvoir passer une bonne nuit de sommeil. »
« Dois-je attacher quelques personnes ? » Berwick demanda, mais rien ne garantissait que les magiciens du monde extérieur soient aussi efficaces à l’intérieur. Beaucoup étaient réticents à l’idée d’utiliser la magie sur un autre être humain; sinon, Aferka n’aurait jamais été nécessaire. Pendant ce temps, les forces de sécurité intérieures manquaient de puissance, et il s’agissait de criminels magiques dangereux.
Alus y réfléchit et répondit immédiatement. « Non, ce ne sera pas nécessaire. Mais… Gouverneur général, aurais-tu programmé cela juste après la période des examens ? »
« Malheureusement, non. J’aimerais seulement avoir autant de marge de manœuvre. Il s’agit d’un incident majeur pour la nation. Tu comprends ce que cela signifie, n’est-ce pas ? » demanda Berwick.
Alus resta silencieux.
En cas de fuite d’informations, les nobles pourraient se montrer mécontents du gouvernement actuel et s’impliquer activement. Ils critiqueraient alors Berwick et montreraient à la population ce qu’ils valent. Or, Berwick avait beaucoup d’adversaires politiques, ce qui rendait la situation dangereuse pour lui. Avec le recul, la position intransigeante de Cicelnia concernant la réorganisation d’Aferka pourrait s’avérer payante, car elle creuserait un fossé entre ces nobles.
Berwick attendait également un rapport de suivi de la part de Vizaist. Pendant ce temps, Alus n’appréciait guère de rester dans l’armée. Il maudissait le devoir de soldat qui le liait. Il était également fatigué de ce genre d’échanges.
« Alors, à propos de la récompense, cette fois-ci… » Alus commença. Alus n’était franchement pas intéressé par une récompense monétaire. Il avait déjà plus que ce dont il avait besoin, et il ne voyait aucune raison d’augmenter cette pile. C’est la raison pour laquelle il avait demandé des choses qui l’intéressaient, autres que de l’argent. Mais cette fois-ci… « Je n’en ai pas besoin. Si je devais le dire, ce serait des crédits, mais je suppose que cela n’a plus d’importance à ce stade. En tout cas, il n’y a plus rien que je veuille », déclara-t-il.
Berwick se crispa légèrement. « Hmm… tu es sûr ? Tu peux demander n’importe quoi, même si c’est difficile à se procurer ou si cela demande de la main-d’œuvre. » Les vieux livres qu’Alus avait demandés à Berwick auparavant avaient été difficiles à trouver; il avait donc probablement utilisé de la main-d’œuvre militaire pour cela. « Je peux t’accorder n’importe quoi, sauf du temps. »
Alus n’avait même pas daigné montrer de l’intérêt pour cette offre. Il est vrai qu’il voulait du temps; il pouvait mettre la main sur n’importe quoi d’autre, pourvu qu’il ait du temps. Il y avait encore beaucoup de choses qui l’intéressaient, mais il n’avait pas l’intention de les demander à quelqu’un d’autre.
À ce rythme, ils allaient se disputer sans fin.
« Alors, rediscutons-en une fois que tout cela sera terminé », dit Alus.
« Hmm, très bien. Le gouverneur général a généralement beaucoup d’autorité, mais tes demandes sont si spécifiques qu’il est difficile d’y répondre efficacement. » Les excuses de Berwick traversèrent rapidement le haut-parleur. En réalité, Berwick pouvait exaucer à peu près tous les souhaits, sauf ceux d’Alus, mais cela n’avait plus d’importance pour ce dernier. Soudain, Berwick prit la parole d’un ton sérieux. « Cela mis à part, Alus, essaie de dissimuler ton identité autant que possible pour cette mission. As-tu un déguisement que tu pourrais utiliser ? »
Alus jeta un regard dubitatif au moniteur. « Pourquoi ? Il est sûrement trop tard pour cela. »
« Les cibles sont des évadés vicieux d’une prison secrète », expliqua Berwick. « Il se peut qu’il faille les éliminer sans laisser le moindre indice derrière eux. »
« Tu veux dire qu’il ne faut pas vraiment rien laisser ? » demanda Alus.
« Oui. Même aujourd’hui, ils restent cachés sans nous donner la moindre piste. Je crois qu’ils disposent d’un formidable réseau de renseignements et de personnes qui travaillent avec eux. S’il y a trop de trous de rats, en détruire un seul ne suffira pas à fermer leur réseau. »
« Alors ce serait mal si je ne parvenais pas à faire tomber l’un d’entre eux après qu’ils aient vu mon visage ? »
« Quelque chose comme ça », dit Berwick. « Lady Cicelnia et moi suffirons à te couvrir à la surface, mais ce serait un problème si ton visage était divulgué dans le monde souterrain. »
Alus était certainement capable de travailler en coulisses, voire de commettre des assassinats, mais cela n’était pas très connu. Ils ne pouvaient pas se permettre de diminuer le prestige d’un Single. La méfiance à l’égard de l’armée était directement liée à celle des magiciens. Et la méfiance à l’égard des magiciens signifiait la méfiance à l’égard de la magie elle-même, ce qui entraînerait des accusations et de l’hostilité à l’égard de ceux qui détenaient le pouvoir.
« On a insisté de façon agaçante sur le fait qu’Aferka, ensanglantée, renaissait sous la forme d’une garde royale propre. Tout comme l’apparence et le comportement doux de Jean Rumbulls de Rusalca jouent un rôle dans l’image de la nation. En d’autres termes, il s’agit d’un changement de stratégie diplomatique », expliqua Berwick. Il se tourna ensuite vers sa propre nation. « Quant à Lettie, elle ne sait pas comment agir. »
Elle était susceptible de donner un coup de poing à quiconque se plaignait auprès d’elle.
« Lettie n’est toujours pas… Restons-en là. Mais ce n’est pas comme si les magiciens étaient censés être des sortes de célébrités », dit Alus.
« Je le sais. Je ne vais pas exiger que tu t’assoies à une séance de dédicaces pour fans. Et puis, avoir un visage différent pour agir incognito peut s’avérer assez pratique. Par exemple, tu pourrais aller au théâtre ou dîner avec ta chérie », dit Berwick.
« Je n’ai personne comme ça. »
« Oh, je me le demande. Ah ah ah. » Berwick éluda le sujet avec un rire délibéré, mais Alus se contenta de soupirer et de faire la grimace.
« Eh bien, si nous parlons de déguisement, je suppose que j’en ai un », répondit-il en jetant un coup d’œil au coin de la pièce, l’air dégoûté.
« Alors, utilise-le. Nous nous occuperons des détails comme d’habitude. Collabore avec Vizaist », dit Berwick.
« Compris », dit Alus en tendant la main pour mettre fin à l’appel, mais Berwick laissa échapper quelques mots comme un cadeau d’adieu.
« Cette fois, nous avons des coopérateurs officieux de Clevideet. Je ne pense pas que vous vous rencontrerez, mais au cas où. »
« Compris », dit-il une nouvelle fois, puis il mit fin à l’appel avant que Berwick ne puisse ajouter quoi que ce soit d’inutile. Il ignorait l’identité de ces coopérateurs, mais cela n’avait pas d’importance tant qu’ils ne le retenaient pas; il n’avait donc pas jugé utile de s’y intéresser davantage.
Alors qu’Alus s’affala dans son fauteuil, Loki se redressa, le dos bien droit. Il lui indiqua sa propre chambre et Loki hocha la tête en retour. Il ne savait pas s’il devait être heureux ou triste que ce seul geste suffise à transmettre ses intentions, surtout cette fois-ci.
Loki disparut joyeusement dans sa chambre, puis en ressortit avec une valise noire. En voyant Alus hocher la tête, elle l’ouvrit avec un sourire éclatant, mais pour Alus, c’était un spectacle déprimant.
« C’est ce que tu portais lors de la démonstration d’arts martiaux magiques au Tournoi Amical de Magie des Sept Nations, n’est-ce pas, concurrent Ulhava ? » demanda Loki.
« Ne dis pas “concurrent”, » dit Alus.
« Mais je trouve ça cool », dit Loki.
Il s’agissait d’une tenue noire avec un masque que Cicelnia lui avait offert. C’était un déguisement pratique, mais Alus ne le trouvait absolument pas esthétique. Mais en voyant l’excitation de Loki, il se rendit compte qu’il était apparemment le seul à penser ainsi, et qu’il devrait peut-être se remettre en question.

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