***Chapitre 14 : Chevalier et sauveur
Une attaque de toute la puissance d’un corps semblable à celui d’un ogre se rapprocha de moi. Je ne pouvais pas réagir; je voyais seulement mon corps se faire couper en deux au niveau de la taille et mourir, quand soudain, mon bras gauche se leva.
« Wh-wôw ! »
Mon bouclier bougea et m’obstrua la vue. Je ne comprenais pas ce qui se passait, mais par réflexe, je mis toute ma force dans mon bras gauche. L’instant d’après, l’épée de l’ogre frappa.
« Gah ! »
C’était un coup violent et je n’avais pas pu résister à l’impact. Mes pieds s’étaient détachés du sol. La seule chose que mon cerveau avait enregistrée, c’est que je volais. Je fus projeté contre quelque chose, le transperçant de part en part.
Je m’étais retrouvé dans un couloir en bois avant même de m’en rendre compte. J’entendais des cris provenant d’une autre pièce. J’avais été projeté à travers la porte de la maison que je protégeais, puis j’avais dégringolé dans l’un de ses couloirs. C’était assez grave.
Mon corps tout entier était engourdi par l’impact. S’ils s’en prenaient à moi maintenant, je ne pourrais rien faire… Mais la poursuite que je redoutais n’eut pas lieu.
« Allez, Ayame ! »
« Graooooh ! »
Une série d’explosions retentit à l’extérieur du bâtiment. La brume que j’avais à peine réussi à maintenir avait localisé Kei et Ayame au sommet du toit. Elles faisaient pleuvoir des boules de feu et de la magie de grade 2 sur les deux chevaliers.
« Quelle emmerdeuse ! » rugit Edgar.
C’était une embuscade, mais il avait réussi à repousser les attaques. Il utilisa sa grande épée pour couper une boule de feu qui se dirigeait droit sur lui, puis recula d’un bond devant la magie que Kei avait dirigée vers ses pieds. Malgré tout, leurs efforts avaient été plus que suffisants pour gagner le temps dont j’avais besoin.
« Bien joué… » remarquai-je en rassemblant du mana en moi. « Loge de brume… »
J’avais également utilisé le mana qui permettait à Salvia de se manifester pour répandre notre brouillard magique de façon dense autour de toute la maison. La visibilité d’Edgar et de Zoltan avait ainsi disparu. Il ne nous restait plus qu’à…
« C’est à toi de décider, Ayame… »
« Graooh ! Graooh ! Graooh ! »
Des explosions éclataient par intermittence à l’intérieur du monde blanc scellé. Ayame avait compris l’intention de ce brouillard et continuait à faire pleuvoir des boules de feu. On lui avait souvent laissé garder la manamobile ces derniers temps, mais elle n’était pas seulement notre petite mascotte. Elle était minuscule, mais n’en était pas moins un monstre des profondeurs. Personne ne pouvait se moquer de son pouvoir.
Les flammes qui sortaient de son ventre étaient aussi destructrices que la magie de grade 3, et contrairement à cette dernière, elle n’avait besoin que d’un seul souffle pour préparer son prochain coup. J’avais été surpris par la quantité de mana qu’elle utilisait pour maintenir ce barrage incessant, et pourtant, elle ne montrait aucun signe d’affaiblissement.
« Merde ! » maugréa Edgar. Il était obligé de rester sur la défensive, et même l’ogre de combat ne pouvait pas riposter à un ennemi qui l’attaquait à longue distance, alors qu’un épais brouillard lui bloquait la vue. Ayame ne pouvait pas non plus voir sa cible, mais dans son cas, elle essayait d’éloigner les ennemis de la maison; elle pouvait donc simplement tirer sans discernement.
Grâce à la portée restreinte, nous avions pu maintenir la Loge brumeuse pendant un certain temps, ce qui m’avait permis de gagner du temps.
« TTTTtrrrree ? »
Asarina se déploya depuis ma main gauche, se déplaçant devant mes yeux alors que j’étais allongé sur le sol. Elle pencha la tête en signe d’inquiétude.
« Merci, Asarina. Tu m’as sauvé. »
Le blocage avec mon bouclier tout à l’heure était l’œuvre d’Asarina. Comme elle était enroulée autour de mon bras gauche, elle l’avait immédiatement brandi pour me défendre. Malheureusement, comme j’avais dû bloquer le coup d’Edgar, mon bras gauche était maintenant cassé. Du sang coulait au bout de mes doigts. Il était hors service jusqu’à ce que je puisse le soigner avec de la magie. Pourtant…
« J’ai réussi… » avais-je murmuré.
Il y avait une ferveur inconsciente dans ma voix. Un feu brûlant au plus profond de ma poitrine s’échappait de ma bouche.
Ils m’avaient traité de naïf.
Ils l’avaient dit parce qu’ils pensaient que je ne tiendrais pas jusqu’à l’arrivée de Gerbera ou de Lily, et pourtant, j’étais encore en vie. Je ne pouvais plus bouger le bras gauche, mais je pouvais encore me battre. La défense sacrificielle d’Asarina, l’embuscade d’Ayame et de Kei : autant de cartes que nous avions cachées. Nous n’avions survécu à l’atout de l’ennemi que grâce aux préparatifs que nous avions faits pour le pire. Il est faux de me traiter de naïf.
Ils m’avaient traité de naïf.
Ils m’avaient étiqueté comme tel pour avoir pensé qu’un sermon pourrait les amener à se repentir, mais je n’avais jamais cru qu’ils le feraient. Je n’avais pas l’intention de les critiquer quand je leur avais demandé pourquoi ils avaient attaqué les villageois. Je ne pensais pas que des gens comme eux pourraient se repentir si facilement. Néanmoins, au fond de moi, j’avais senti que je devais poser la question, que je devais confirmer quelque chose.
Ils m’avaient traité de naïf.
Ils m’avaient tellement dénigré pour avoir de telles illusions sur les chevaliers… et peut-être que celle-ci était fondée. Je ne les connaissais pas et ils étaient eux-mêmes chevaliers, alors je ne pouvais pas le nier. Peut-être les chevaliers n’étaient-ils que des pions, des avant-gardes sacrifiables, destinés à mourir à la place de sauveurs irremplaçables. À tout le moins, certaines personnes de la Sainte Église, qui avait une grande autorité dans ce monde, le croyaient. Si c’était le cas, qui étais-je pour le contredire ?
Peut-être que les chevaliers et les sauveurs n’étaient que de simples pions, l’un remplaçable et l’autre non. Je ne pouvais pas le nier non plus. Quant à son commentaire sur le fait qu’il n’y avait rien de noble là-dedans… Eh bien, c’était différent. Il avait tort. Il avait tout à fait tort.
J’en avais fait l’expérience au fort de Tilia, après tout. Shiran, la commandante, et tous les chevaliers de l’Alliance qui s’étaient battus à mes côtés avaient risqué leur vie pour protéger les autres. Ils étaient sérieux, déterminés et purs. J’avais ressenti la noblesse de leurs actions.
C’était ma vérité. Quoi qu’on en dise, ma réalité se limitait à ce que je voyais, touchais et sentais par moi-même. Même si les chevaliers n’étaient que des pions, mon point de vue ne changeait pas.
« C’est pourquoi… Je dois… »
Je m’étais traîné jusqu’à une position assise quand une voix rauque parvint à mon oreille.
« Takahiro… ? »
C’était une voix de fille, si faible qu’elle pouvait disparaître à tout moment, et pourtant si forte. J’avais levé la tête et j’avais aperçu une elfe qui s’approchait de moi au fond du couloir.
« Shiran… ? »
J’avais appelé son nom dans un état second. Elle devait être plus faible que jamais et alitée dans sa chambre. Elle était agenouillée sur le sol et semblait avoir du mal à se relever. Son expression hagarde laissait deviner qu’elle n’était pas en état de se déplacer.
Pourtant, je ne m’étais pas demandé pourquoi elle était là. J’étais surpris, mais pas troublé. C’est parce que Shiran tenait fermement son épée.
« Je vois… » C’était plus que suffisant pour que je comprenne la situation. J’avais poussé un soupir de compréhension.
« Elle est chevalier. Désespérément, en fait. Quoi qu’il arrive, cela ne changera jamais. »
La voix d’Helena résonna au plus profond de mon esprit.
« C’est un chevalier. S’il vous plaît, n’oubliez pas ça. »
Puis, je repensai aux mots que la commandante m’avait dits. Je savais pourquoi elle m’avait confié Shiran. Je savais ce que je devais faire. Avec cette nouvelle conviction, j’avais serré mon poing ensanglanté.
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merci pour le chapitre