Chapitre 16
Partie 42
Je terminai ma lecture avant de retourner au futur… ou plutôt au présent.
« Ouf… »
Moi, Elainya Originia, je levai les yeux de mon livre et je jetai un coup d’œil autour de moi dans la bibliothèque. Je n’avais aperçu aucune trace de ce garçon curieux qui m’avait parlé plus tôt. Parfait, je vais enfin pouvoir me concentrer sur mes recherches.
Du moins, c’est ce que je croyais, mais une seconde plus tard, il revint et déposa une pile de vieux livres sur mon bureau.
« Voilà tous les livres sur Lord Veight que j’ai pu trouver ! Oh, je vois que vous avez déjà fini sa biographie ! Elle est surtout destinée aux enfants, donc ce n’est pas un récit exhaustif de sa vie, mais elle est bien écrite. Je l’aime beaucoup. »
Le jeune Meraldien me sourit. Il était beau, mais il n’arrêtait pas de me distraire de mes études. Il parlait aussi beaucoup trop.
J’ajustai mes lunettes et je le regardai d’un air renfrogné. « Par Veight, vous voulez dire Veight Von Aindorf, n’est-ce pas ? »
« Exactement. » Le sourire du jeune homme s’élargit lorsque je prononçai le nom complet de Veight.
Si vous essayez de me séduire, commencez par approfondir vos connaissances.
Je réajustai mes lunettes et parla au beau, mais agaçant jeune homme : « Je suis venue de Rolmund pour étudier Veight Gerun Friedensrichter, et non Veight Von Aindorf. J’ai entendu dire que Veight Gerun Friedensrichter était le véritable cerveau derrière l’ascension de la dynastie d’Originia. Il serait originaire de Meraldia, mais apparemment, c’était un homme mystérieux et on ne sait pas grand-chose de lui. »
« Je sais de quel Veight vous parlez », répondit-il.
Alors pourquoi m’avez-vous apporté des livres sur la mauvaise personne ? Je soupirai et dis : « L’autre problème, c’est qu’il y a beaucoup trop de gens qui s’appellent Veight à Meraldia. »
« Eh bien, tout le monde voulait appeler son fils comme lui. Il y avait aussi plein de filles qui s’appelaient Airia, Friede et Othilie ! Hahaha. »
De quel Veight parlez-vous ? m’étais-je demandée. « Je suis consciente que Veight von Aindorf est une figure légendaire de l’histoire de Meraldia. »
Apparemment, c’était un loup-garou qui avait marqué dans les tactiques militaires, la politique, la diplomatie, l’économie, l’éducation, la magie, la médecine et même l’art. Il avait été le vice-commandant de plusieurs Seigneurs-Démons, même si ce titre n’était plus utilisé. De nos jours, le dirigeant de Meraldia s’appelle le Chef de la République. Sans Veight, la République de Meraldia n’aurait jamais vu le jour, et il est probable que le Sénat corrompu de Meraldia aurait exterminé tous les loups-garous de Meraldia. Les livres d’histoire affirmaient qu’il avait jeté les bases des trois cents ans de paix qui suivirent sa mort. Il était aussi célèbre à Meraldia qu’Eleora à Rolmund. Certes, il était impossible de savoir à quel point les livres d’histoire étaient fiables, les faits ayant tendance à être exagérés.
« On a entendu parler de Veight Von Aindorf même à Rolmund, mais vous ne trouvez pas que ses exploits sont un peu exagérés ? Impossible qu’un seul humain — ou loup-garou, d’ailleurs — ait pu accomplir tout ça. »
Le jeune homme se gratta la tête, gêné. « Vous dites ça, mais voilà ce qui reste après qu’on ait effacé une bonne partie de ses exploits. Il était toujours trop modeste. Dans tous les projets de recherche auxquels il a participé, il a préféré ne pas mentionner son nom et laisser le mérite aux autres. »
Vous parlez comme vous le connaissiez personnellement… ai-je pensé avec ironie, avant d’ajouter : « Bref, vous me gênez dans mes recherches. Les frais de scolarité sont élevés, alors je veux terminer mes recherches au plus vite et rentrer chez moi. »
« N’êtes-vous pas membre de la famille impériale ? Vous devriez être richissime ! »
Comment le savez-vous ? Et si vous le savez, pourquoi me parlez-vous avec autant de désinvolture ? Vous avez des nerfs d’acier ou quoi ?
Je soupirai et dis : « Mon nom de famille est Originia, et je suis une descendante lointaine de l’impératrice Micha, mais nous appartenons à une toute petite branche. Nous sommes si éloignés de la lignée impériale principale que nous n’avons même pas accès à la bibliothèque du palais impérial. »
Micha avait donné naissance à de nombreux enfants, ce qui avait engendré une multitude de branches familiales. De plus, elle avait régné il y a trois cents ans. À ce jour, des centaines de personnes pouvaient faire remonter leur lignée à l’impératrice Micha.
« Maintenant, allez-vous-en. J’essaie de terminer un maximum de recherches avant de rencontrer le professeur Pastier. »
Le professeur Parker Pastier était le plus éminent historien de l’université de Meraldia et un squelette immortel qui maîtrisait la nécromancie. J’avais prévu d’étudier sous sa direction pendant mon séjour à l’Université de Meraldia et j’étais ravie qu’il accepte de me donner des cours particuliers après que je lui ai écrit. Cependant, ma famille étant pauvre, je m’étais d’abord inscrite dans un autre département et j’avais profité de la réduction accordée aux étudiants qui changeaient de spécialisation. J’étais donc arrivée quelques jours avant le début des cours d’histoire et, d’après ce que j’avais entendu, le professeur Pastier était en vacances. Par conséquent, je ne l’avais pas encore rencontré.
« Euh… Alors… »
« Quoi ? »
Le jeune homme semblait vouloir dire quelque chose, mais après mon regard noir, il soupira et renonça.
Enfin, je vais pouvoir étudier en paix. Malheureusement, je n’avais toujours pas trouvé de documents sur Veight Gerun Friedensrichter. Étrange. Il a été noble et membre du Conseil de la République. On pourrait penser que quelqu’un qui a semé un tel tumulte à Rolmund aurait fait l’objet de davantage d’écrits, au moins dans son pays d’origine. Si je ne trouvais rien sur lui dans l’immense bibliothèque de l’Université de Meraldia, il ne me restait plus qu’à consulter les archives publiques de l’Armée démoniaque. Le problème, c’est que j’avais déjà interrogé l’employé des archives de l’Armée démoniaque, et il m’avait répondu qu’aucune trace de Veight Gerun Friedensrichter n’était disponible. Quelle situation… !
Après une nouvelle recherche infructueuse sur les étagères, je retournai à mon bureau et pris distraitement un des livres sur le Roi Loup-garou Noir que le jeune homme avait laissé.
« Oh, c’est à propos de la famille Aindorf… »
Airia Lutt Aindorf avait été la troisième Reine Démon de Meraldia et son époux, Veight Von Aindorf, son second. Ce livre semblait être un recueil de lettres écrites par différents membres de la famille Aindorf. À ma connaissance, beaucoup n’avaient jamais été publiées.
« Attendez… Est-ce qu’il s’agit de sources originales et non de copies ?! »
Je retournai au début du livre pour vérifier l’auteur et l’éditeur. Il avait été publié par l’Université de Meraldia, et l’auteur — ou plutôt, la personne qui avait rédigé les commentaires sur toutes les lettres — n’était autre que Parker Pastier, le professeur que je comptais rencontrer dans quelques jours. De plus, la date de publication était il y a quelques jours. C’était un livre flambant neuf ! Qui plus est, il avait été édité par un membre de la famille Aindorf. C’était un ouvrage d’une valeur inestimable. Il fallait absolument que je le lise !
Je commençai à lire les lettres et découvris une facette totalement inédite du célèbre Roi Loup-garou Noir.
Étonnamment, pour quelqu’un qui avait été célèbre pour avoir vaincu un Valkaan et détruit des châteaux, le Roi Loup-garou Noir semblait être un homme de famille dévoué. Les lettres qu’il avait envoyées à sa femme et à ses enfants pendant son absence en témoignaient. C’était un homme honnête et direct, mais il avait aussi un faible pour sa famille — un peu comme ces pères au foyer devenus populaires ces dernières années.
« Hehe… »
C’était touchant de lire toutes ces lettres. Franchement, il était difficile d’imaginer qu’il ait vécu dans le passé, tant ses réflexions étaient modernes. Il semblait avoir reçu de nombreuses lettres de nobles et de généraux de Wa, Rolmund ainsi que de Kuwol. Apparemment, il connaissait personnellement toutes les personnalités importantes de chaque nation. C’était impressionnant de penser que tant de gens avaient pris la peine de lui écrire à une époque où la communication magique était limitée et où il n’existait pas de système postal international dédié au courrier.
De plus, il semblerait que l’impératrice Micha et le roi Shumar l’aient tous deux appelé Professeur. L’université de Meraldia avait toujours été le plus prestigieux établissement d’enseignement du continent, mais je ne m’attendais pas à ce que des rois et impératrices étrangers y aient étudié. Bien que je sache que Veight Von Aindorf était célèbre, j’ignorais qu’il avait personnellement côtoyé tant de personnes importantes. S’il l’avait voulu, il aurait pu contrôler chaque nation du continent dans l’ombre.
« Qu’en pensez-vous ? Plutôt intéressant, non ? » dit une voix.
Je repris mes esprits en sursaut. J’étais tellement absorbée par ma lecture que je n’avais pas remarqué le jeune homme bruyant qui s’approchait à nouveau. Il tenait une canette de thé noir d’un distributeur automatique voisin.
Il me la tendit et dit : « N’oubliez pas de faire des pauses, sinon vous allez vous fatiguer les yeux. Tenez, buvez ça. »
« Euh, j’apprécie, mais nous n’avons pas le droit d’apporter de nourriture ni de boisson à la bibliothèque. » J’avais pointé le panneau derrière moi, et le garçon inclina la tête.
« Ah oui, c’est vrai. Je n’ai pas à me soucier de manger ou de boire, alors je n’y avais jamais fait attention. »
Qu’est-ce que ça vous voulez dire par là ?
Perplexe, j’avais tout de même pris la canette de thé. « Merci, je le boirai plus tard. »
« De rien », répondit le jeune homme avec un sourire.

« Puisque vous êtes là, pourquoi ne pas vous renseigner sur Veight Von Aindorf ? Vous pourriez faire des découvertes intéressantes. »
« J’avoue qu’il a l’air d’un personnage fascinant, mais… toutes les pièces du Roi Loup-garou Noir lui donnent une dimension mythique. Les livres qui lui sont consacrés regorgent d’exagérations, si bien qu’il est difficile de démêler le vrai du faux. »
« En réalité, les livres ne contiennent que la vérité. Même les pièces sont globalement fidèles à la réalité, malgré quelques embellissements. »
À Meraldia, tout le monde dit la même chose, c’est pourquoi je ne les prends pas au sérieux. Certes, ces lettres prouvent au moins que Veight exerçait une influence considérable sur toutes les nations du continent, ainsi qu’à Kuwol. L’impératrice Micha et son père, le duc Lekomya, lui avaient écrit comme à de vieux amis. Le roi Shumar avait même envisagé de nommer son premier fils Veight, et n’y avait apparemment renoncé que lorsque Veight l’en avait supplié. Il avait également interrogé Veight sur des secrets d’État qui n’auraient absolument pas dû quitter la famille royale et avait sollicité son avis sur des questions confidentielles. Les conseils de Veight s’étaient avérés judicieux, mais il me paraissait insensé que quiconque puisse demander de l’aide à un fonctionnaire étranger sur de tels sujets.
Si toutes ces lettres étaient effectivement des sources viables, cela signifiait que ce Veight était responsable du lent déclin du système esclavagiste archaïque de Rolmund, qu’il avait aidé Rolmund à rétablir les relations avec le culte de Sternenfeuer et qu’il avait aidé Kuwol à nouer des relations amicales avec les tribus nomades voisines. Sans compter qu’il semblait que Veight se soit rendu secrètement auprès de Rolmund et Kuwol pour influencer directement les événements. Il avait emmené avec lui son unité d’élite de loups-garous pour réprimer les rébellions à Rolmund et assister les impératrices Micha et Eleora dans leurs activités cachées.
Attends… Il a aidé l’impératrice Eleora, était membre du Conseil de la République et était un stratège expert en opérations secrètes, ainsi qu’un négociateur et un diplomate hors pair. N’est-ce pas exactement ce que l’on dit de Veight Gerun Friedensrichter ?
« Ne me dites pas… »
J’avais levé les yeux pour demander au jeune homme si mes soupçons étaient fondés, mais il avait disparu. J’avais pris la canette de thé qu’il m’avait laissée, me réchauffant les mains. Qui était-il, au juste ? Bien qu’il m’intriguât un peu, les livres devant moi m’intéressaient bien plus.
Ce n’était pas directement lié à mon objectif initial, mais les études consistaient justement à découvrir de nouveaux domaines. Le chemin le plus direct n’était pas toujours le bon, alors autant faire un détour pour l’instant.
« Ce Veight a l’air d’un personnage intéressant, hein… »
J’avais alors sorti ma tablette magique et j’avais commencé à noter des points sur Veight Von Aindorf au fur et à mesure de ma lecture.
Qui était donc cet homme étrange et pourtant si captivant ?
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merci pour le chapitre