Jinrou e no Tensei – Tome 16– Chapitre 16 – Partie 41

***

Chapitre 16

Partie 41

« Tu devrais utiliser cette phrase dans un discours », dis-je en plaisantant, surtout pour masquer ma gêne. Hésitante, je demandai : « Alors, es-tu prêt à devenir le Seigneur-Démon ? »

« Je suppose que oui. Du moins, si une personne aussi compréhensive que toi est prête à m’aider. Tu amèneras aussi ton équipe de conseillers, n’est-ce pas ? »

Je lançai un regard perplexe à Ryuunie et demandai : « Mon… équipe de conseillers ? »

« Je parle de Shirin, Yuhette et tes autres amis. Ils peuvent rester à leurs postes actuels, mais nous aurons besoin de leur force et de leur sagesse de temps en temps. Oh, et de leurs relations aussi. »

« Euh, je le leur demanderai. Ils diront probablement oui », répondis-je. Je n’aurais sans doute pas dû accepter aussi facilement, mais papa le fait tout le temps, alors ça va.

 

 

Ryuunie leva les yeux vers la lumière du soleil qui filtrait à travers la fenêtre. « Je pense à Rolmund chaque fois que je viens ici. Il y a aussi une grande serre dans le palais impérial. Elle abritait autrefois le jardin de plantes médicinales d’Ashley. Enfin, je suppose que cette serre a également été conçue par Ashley, donc c’est logique qu’elle soit identique. »

« Ça te rend nostalgique ? »

« Pas vraiment. La plupart des plantes qu’Ashley cultivait étaient toxiques, il fallait donc faire attention. J’étais encore jeune et je n’avais même pas le droit d’y entrer. Il y a plus de liberté à Meraldia qu’à Rolmund. » Ryuunie sourit et ajouta : « Tu sais, je suis venu aujourd’hui pour te dire que je ne deviendrais pas le prochain Seigneur-Démon, car je ne pensais pas qu’un type ordinaire comme moi soit à la hauteur. »

Ouf, c’était moins une ! Ah, voilà pourquoi il évitait le sujet en entrant. Ryuunie est gentil, il cherchait sans doute à me rassurer en douceur.

« Désolée de t’avoir poussé pour que tu deviennes le Seigneur-Démon », dis-je en m’excusant.

« Ce n’est rien. J’ai l’impression de réfléchir enfin clairement après une longue période. Merci, Friede. » Ryuunie sourit et ajouta : « Je compte sur toi, Vice-Commandante. »

« Je… je ferai de mon mieux », affirmai-je. Il semblerait qu’il y ait encore du travail qui m’attend. Je vais devoir y aller étape par étape.

* * * *

La cérémonie de couronnement eut lieu dans le grand stade de battleball de Doneiks.

Maman s’avança devant Ryuunie, agenouillé, et déclara : « En ce jour, moi, Airia Lutt Aindorf, je cède mon titre de Seigneur-Démon. Avec la bénédiction de l’Impératrice démoniaque Gomoviroa et du Conseil de la République de Meraldia, je nomme Ryuunie Bolshevik Doneiks quatrième Seigneur-Démon. »

En tant que membre de la famille impériale, le nom complet de Ryuunie était en réalité Ryuunie Bolshevik Rolmund Doneiks, mais il avait abandonné le Rolmund depuis son exil.

Maman ôta la couronne cérémonielle et la posa sur la tête de Ryuunie.

« La couronne te va bien, Ryuunie, » dit-elle. « Tu as l’allure d’un vrai roi. »

« Merci pour vos paroles aimables, Dame Airia. Je ferai de mon mieux pour être à la hauteur de vos attentes. »

Maman sourit doucement à Ryuunie, le faisant rougir et détourner le regard. Tiens, elle est vraiment comme une mère pour lui. Maman ne paraissait pourtant pas si vieille, si on ne connaissait pas son âge, on aurait pu la croire plus jeune que Ryuunie. Apparemment, son vieillissement avait été ralenti, car elle était devenue temporairement une Valkaan dans sa jeunesse.

Tous les membres importants de l’Armée démoniaque et du Conseil de la République étaient assis dans les tribunes du stade. Il y avait aussi des invités de Rolmund et de Kuwol, la sécurité était donc renforcée. Normalement, j’aurais du faire partie du service de sécurité, mais là, j’étais la garde du corps d’Othilie Aindorf. Autrement dit, je gardais ma petite sœur. Tes joues sont toutes potelées et mignonnes. Malheureusement, elle allait souvent aux selles, alors peu importe le nombre de couches qu’on avait préparées, il n’y en avait jamais assez.

Ryuunie se leva, se tourna vers mon père et s’inclina.

« Lord Veight, merci de m’avoir permis de nommer Lady Friede comme ma vice-commandante. »

« Il n’y a pas besoin de me remercier, Votre Majesté. C’était le souhait de Friede après tout. »

Ryuunie fronça les sourcils. « Votre Majesté ? Je n’aurais jamais pensé qu’on m’appellerait ainsi… »

En tant que prince exilé, Ryuunie ne s’attendait probablement jamais à porter la couronne d’une nation étrangère. Et voilà que j’étais la vice-commandante de ce prince exilé devenu Seigneur-Démon. On ne peut vraiment jamais prévoir où la vie nous mènera.

Tandis que j’acquiesçais, quelqu’un me poussa dans le dos.

« Friede, ce n’est pas le moment d’être dans la lune. Tu te souviens de ce qui est censé se passer ensuite dans cette cérémonie, n’est-ce pas ? »

Je me retournai et vis Micha me regarder d’un air inquiet, tout en faisant légèrement la moue.

« Ça fait longtemps, Micha. Merci d’être venue ! » ai-je dit.

« Il n’y a pas moyen que je rate ton accession au poste de vice-commandante du Seigneur-Démon… Euh, je veux dire, je suis juste venue féliciter le nouveau Seigneur-Démon. Je ne suis là qu’en tant qu’ambassadrice officielle. Ne te méprends pas ! »

« Pourquoi est-ce que tu t’énerves ? »

« Parce qu’une certaine personne a passé les dernières semaines enfermée chez elle ou dans la serre à s’occuper de plantes ! »

Oh, elle s’inquiétait pour moi. « Désolée de t’avoir inquiétée. Héhé. »

« Sache que je serai couronnée impératrice l’année prochaine ! En tant que vice-commandante du Seigneur-Démon, tu as intérêt à venir prononcer un discours ! »

« Bien sûr ! Je suis sûre que tout le monde sera ravi de t’avoir comme impératrice, Micha ! »

« Tu n’as vraiment aucun don pour comprendre les émotions, n’est-ce pas ? Mais merci. » Micha me prit la main et la serra fort. « Nous aurons toutes les deux les affaires de nos régions à régler après ça, alors ce sera peut-être la dernière fois que nous pourrons avoir une conversation franche. Souviens-toi, quoi qu’il arrive, je suis ton amie. Je t’aimerai toujours, Friede. »

« Moi aussi, Micha. Si tu es chassée du pouvoir lors d’une rébellion, je viendrai te sauver, quoi qu’il arrive. »

« Pourquoi penses-tu qu’une rébellion va éclater ? »

Les rébellions, c’est monnaie courante à Rolmund, non ?

Micha sourit à Othilie et dit : « Enchantée, Othilie. Je suis la meilleure amie de ta grande sœur. Tu peux me considérer comme ta grande sœur aussi. Tiens, tu veux un câlin ? »

« Ne m’en veux pas si elle vomit sur ta robe… »

Heureusement, Othilie semblait apprécier les bras de Micha et se comportait bien. Elle paraissait même plus heureuse que lorsque je la tenais dans mes bras. Est-ce que ça veut dire que je suis une mauvaise grande sœur ? Grrr… Oh, attends, le discours de Ryuunie va commencer.

« Excuse-moi, Micha, peux-tu t’occuper d’Othilie un instant ? » demandai-je.

« Bien sûr, laisse-la-moi. Regarde, c’est ta grande sœur, Micha-Wicha. »

Alors c’est comme ça qu’elle se comporte avec les bébés… C’était amusant de voir ce nouveau côté d’elle.

Je m’approchai ensuite du nouveau Seigneur-Démon et dis à haute voix : « Seigneur-Démon, quelques mots, s’il vous plaît. »

« Bien sûr. » Ryuunie regarda la foule rassemblée et dit : « En cette journée ensoleillée et paisible, je ressens distinctement le poids de la couronne que Dame Airia m’a conférée. »

Tu insistes sur la paix pour te venger de Rolmund ? J’avais entendu dire que jusqu’à ce qu’Eleora monte sur le trône, il y avait des luttes incessantes entre les familles impériales pour la couronne. Connaissant Ryuunie, je l’imaginais bien profiter de ce moment unique pour lancer des piques à Rolmund.

« C’est un honneur de savoir que j’ai été choisi non pas pour ma lignée ou mes exploits, mais pour la confiance que vous placez en mon leadership. Je le jure de servir Meraldia jusqu’à mon dernier souffle. Je consacrerai ma vie à faire en sorte que chacun puisse vivre heureux et en paix, sans distinction de race, de religion ou de croyance. »

C’est un beau discours. On sentait, à ses paroles, qu’il avait traversé bien des épreuves. Sans surprise, l’assistance applaudit.

Dans les mois précédant le couronnement de Ryuunie, il avait progressivement assumé toutes les fonctions et responsabilités de maman. Son comportement était unanimement salué, et il semblait être l’homme idéal pour mener Meraldia vers une ère de paix. Le fait que Ryuunie soit apprécié de tous y était aussi pour quelque chose. Bien sûr, je me doutais bien que les applaudissements nourris visaient en partie à s’attirer ses faveurs.

Après le discours de Ryuunie, papa prit la parole.

Normalement, un Vice-commandant n’était pas jugé suffisamment important pour prononcer un discours. Pourtant, papa avait, à lui seul, donné une telle importance à ce rôle qu’il en était presque plus grand que celui du Seigneur-Démon. Je comprenais pourquoi tout le monde voulait l’entendre.

Papa s’approcha de l’estrade et dit de sa voix calme habituelle : « Ce fut un immense plaisir de servir sous les ordres de trois Seigneurs-Démons, mais aujourd’hui, je peux enfin me libérer du fardeau d’être vice-commandant. Je tiens à remercier Ryuunie et tous les autres de m’avoir permis de prendre ma retraite. Je leur suis profondément reconnaissant. »

Mon père avait adoré être vice-commandant, mais je savais aussi qu’il était épuisé par un travail si long et si intense.

Il se tourna vers moi et dit : « Comme vous le savez tous, la nouvelle vice-commandante du Seigneur-Démon sera ma fille, Friede Aindorf. Je sais qu’elle manque encore d’expérience… beaucoup d’expérience même, mais je suis convaincu qu’elle deviendra une grande vice-commandante. J’espère que si je reste dans l’histoire, ce ne sera pas comme Veight, le Roi Loup-Garou Noir, mais comme le père de la plus grande vice-commandante que Meraldia n’ait jamais connue, Friede. »

Attends, c’est une pression énorme ! Mon père me sourit et leva la main pour calmer les acclamations.

« Merci. Meraldia est une nation de diversité. Nous avons des humains, des démons, des gens de Rolmund et de Kuwol, de vieux vétérans ayant survécu à d’innombrables guerres, et des jeunes qui n’ont jamais vu de combats. La paix dont nous jouissons est plus fragile qu’on ne le croit, mais en même temps, plus puissante que vous ne pouvez l’imaginer. »

Mon père se tourna vers la foule.

« Je suis vraiment heureux d’avoir pu contribuer à guider cette nation vers une paix durable durant mon mandat de vice-commandant. Mais je n’aurais rien pu faire seul. C’est grâce aux efforts de chacun d’entre vous, ici présents, et de tant d’autres que nous sommes arrivés jusque-là. Je vous demande d’offrir au Seigneur-Démon Ryuunie le même soutien que vous m’avez apporté, à moi et à Airia. Il est la lueur d’espoir pour Meraldia, celle pour laquelle j’ai risqué ma vie. Je vous promets qu’il vous guidera tous vers un avenir meilleur. » En disant cela, mon père essuya une larme. « Enfin… enfin… je vois une Meraldia qui n’a plus besoin de moi. Ce spectacle compte plus pour moi que tout le reste. Merci à tous. »

Il y avait sans doute beaucoup de gens dans l’audience qui n’avaient pas compris ce que papa essayait de dire. Son principal souci était de créer une nation capable de fonctionner efficacement sans dépendre d’un seul dirigeant exceptionnel. Après tout, si ce dirigeant venait à tomber, le pays vacillerait. Une nation véritablement forte peut prospérer, quel que soit son dirigeant. C’est pour cela que papa a consacré des décennies à bâtir les fondations. C’est aussi pour cela qu’il a fondé l’Université Meraldia, il savait que nous avions besoin de nombreuses personnes instruites pour bien gérer le pays. Bravo, papa. Tu as enfin réussi.

Je regardais papa s’éloigner de la scène, et il me jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.

« Il sourit… » ai-je murmuré.

C’était ce genre de sourire satisfait qui disait : J’ai accompli tout ce que je voulais. Je ne l’avais jamais vu sourire ainsi. Maman rayonnait elle aussi.

Papa s’approcha alors de moi, prit ma main et s’inclina discrètement. C’était la passation du rôle de vice-commandant. Du moins, c’est ce que je crois. Papa me reconnaissait enfin comme une adulte à part entière. J’étais si émue que des larmes de joie coulèrent sur mes joues et je m’inclinai à mon tour devant lui tandis qu’il s’éloignait.

 

« Même à la retraite, je ne serai pas complètement libre », me dit papa au manoir Doneiks après la cérémonie.

Il avait raison. Même s’il n’était plus le vice-commandant du Seigneur-Démon, il restait le légendaire Roi Loup-garou Noir. Tous l’aimaient et le respectaient, et maintenant qu’il n’avait plus de fonctions officielles, on pouvait plus librement solliciter son aide. Une file de personnes attendait déjà de le consulter pour obtenir des conseils sur toutes sortes de sujets. Il avait dû se frayer un chemin à travers la foule pour arriver à destination. Il allait dans cette pièce pour se reposer. Mais il serait tout de même moins occupé qu’avant.

« Papa, qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? »

Tout en jouant avec Othilie, il répondit : « Une fois que ta mère sera rétablie, je pensais explorer la forêt avec elle. C’est une source essentielle de bois, mais aussi un élément crucial de notre stratégie de défense nationale. Nous devons déterminer la couverture de la forêt ainsi que cartographier le tout. Il y a aussi l’enquête à mener dans la zone au Sud de Kuwol, mais comme nous serons occupés à nous occuper d’Othilie, je ne peux pas m’y rendre pour le moment. »

« Tu comptais t’en charger toi-même ? » demandai-je. Pas étonnant que maman essaie toujours de le retenir. Il part dès qu’il en a envie.

Papa se gratta la barbe grisonnante et sourit. « Tous les héros célèbres de ma vie antérieure n’ont pas réussi à former des successeurs compétents, et c’est pourquoi leurs empires se sont effondrés. Je ne suis pas un héros, mais j’ai au moins réussi à m’assurer qu’il y aurait des personnes capables de prendre la relève après ma mort. Alors, en ce sens, j’ai accompli plus que les héros du passé. »

« Par successeur compétent… tu veux dire moi ? »

Papa me lança un regard pensif et dit : « Qui d’autre ? Othilie porte encore des couches. Bien sûr, beaucoup de mes autres élèves sont doués dans leur domaine, mais tu es la seule à pouvoir devenir la vice-commandante du Seigneur-Démon. »

« Ehehe, merci. » Rougissante, je baissais la tête. Je savais que papa se sentait enfin soulagé, son plus grand souci étant apaisé. Il n’avait plus à craindre ce qui arriverait après sa disparition. « Je sais que je manque d’expérience, mais je ferai de mon mieux pour aider Ryuunie. Alors, ne t’inquiète pas et profite du reste de ta vie, papa. »

« Tu es vraiment devenue fiable. Merci. Mais tu sais, j’ai tellement de choses à faire, je ne sais même pas par où commencer. Je veux passer autant de temps avec Othilie qu’avec toi, alors je risque d’être encore plus occupé ces quinze prochaines années qu’avant. Hahaha. »

Je m’étais redressée et j’avais dit : « Vraiment, merci beaucoup pour tout, papa. Je sais que tu ne te prends pas pour un héros, mais à mes yeux, tu es le plus grand héros du monde. »

« Oh… » Papa sourit, rougissant, et posa une main sur mon épaule.

« Merci, Friede. Puis-je te confier la suite ? »

« Bien sûr ! »

Je devais faire de mon mieux pour que l’avenir de Meraldia reste radieux et prospère.

Merci pour tout, notre cher Roi Loup-garou Noir. Tu peux enfin te reposer.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Un commentaire :

  1. merci pour le chapitre

Laisser un commentaire