Jinrou e no Tensei – Tome 16– Chapitre 16 – Partie 16

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Chapitre 16

Partie 16

« Si quoi que ce soit arrive, contacte-moi immédiatement, même si cela ne semble pas important. »

« Oui, madame. Ne vous inquiétez pas, nous ramènerons Veight sain et sauf. Ce n’est pas le genre d’homme à mourir facilement. »

« … C’est bien vrai. » Airia éteignit l’émetteur-récepteur et le posa sur le bureau. Puis, épuisée, elle s’affala sur sa chaise.

« Veight, Friede… revenez vivants », murmura-t-elle avant de s’endormir.

 

* * * *

Quand j’ouvris les yeux, je me retrouvais dans une pièce inconnue…

« Nngh… » J’avais mal partout, mais surtout au ventre. Ce Burbelga m’avait bien eu.

J’avais touché mon ventre avec précaution. La plaie était toujours là, mais le saignement s’était arrêté. Il semblait que j’ai réussi à guérir suffisamment avant que ma magie de renforcement ne s’estompe pour éviter de mourir d’hémorragie. Cela dit, j’avais encore la tête qui tournait à cause de la quantité de sang perdue. Il faisait trop sombre pour distinguer le type de pièce où je me trouvais, et je n’avais pas l’énergie de me transformer et d’utiliser ma vision améliorée. Mon dernier souvenir était celui de ma chute.

« Tu es enfin réveillé. Tu me comprends ? » demanda une voix dans l’ancienne langue.

Par réflexe, je m’étais raidi, mais j’avais vite compris que ce n’était pas la voix de Burbelga.

« Détends-toi, ce vieux château est enfoui sous les dunes depuis longtemps. Tu es tombé ici par une ouverture dans le plafond. Burbelga ne pourra pas te trouver ici. Bon sang… Cet homme est devenu complètement fou. » Je tournai la tête et aperçus un vieil homme maigre, qui semblait avoir une soixantaine d’années. Il était enveloppé dans un drap délavé, semblable à une robe de moine, et coiffé d’un diadème de fer érodé. Le drap était si vieux qu’il était impossible de deviner sa couleur d’antan.

 

 

Il y avait quelque chose d’étrange chez lui. Il ressemblait à un ascète indifférent aux affaires du monde, mais il lui manquait ce détachement que je percevais chez les croyants fervents comme Yuhit. Je sentais qu’il possédait une quantité considérable de mana — probablement plus de mille Kite. De plus, il utilisait un sort pour masquer l’immensité de ses réserves. Le fait que je puisse percevoir plus de mille Kite malgré cela signifiait qu’il possédait une quantité de mana stupéfiante. Serait-il lui aussi un Valkaan ?

« Qui… Qui êtes-vous ? » demandai-je avec méfiance, et il se tourna vers moi.

« Je m’appelle Neptotes. Je suis un maître du style Dunne de l’escrime Obra, originaire de Falkan. J’étais autrefois un Kubrasa pour Yodoth. »

Je ne reconnaissais aucun de ces mots. Il me fallait vraiment réviser mes langues anciennes. Le maître savait peut-être de quoi il parlait, mais mon vocabulaire était trop limité. De toute façon, cet homme n’était manifestement pas de Kuwol, je devais donc rester sur mes gardes. Il était néanmoins de bon ton de me présenter.

« Je suis Veight, de Meraldia… Si c’est vous qui m’avez sauvé… alors merci. »

Neptotes ne réagit pas à mon nom, mais haussa un sourcil en apprenant d’où je venais.

« Meraldia. Je n’ai jamais entendu parler d’un tel pays. Est-ce au Nord ? » demanda-t-il.

« Oui », répondis-je sèchement, à la fois à cause de mon vocabulaire limité et parce que je ne lui faisais pas confiance.

Il me dévisagea et dit : « J’ai assisté à ton combat contre Burbelga. C’est la première fois que je vois quelqu’un survivre à une rencontre avec lui. Si je ne t’ai pas tué quand tu es tombé ici, c’est parce que je pensais que nous pouvions avoir une conversation digne de ce nom. »

Il semblait que Neptotes ait un passé avec Burbelga, ce qui ne fit qu’accroître mon inquiétude. Ses paroles étaient empreintes d’une arrogance insensible qui me rendait difficile de l’apprécier.

« Tu es un mage, n’est-ce pas ? » demanda Neptotes sans détour. « J’ai vu la magie de renforcement que tu as utilisée. »

« C’est exact. »

Cela sembla piquer sa curiosité.

« Dis-moi. Qu’y a-t-il dans les terres du Nord ? »

Honnêtement, je n’avais aucune envie de répondre, mais je lui devais bien ça pour m’avoir sauvé la vie, alors je répondis à contrecœur : « Des villages et des villes peuplées de lycanthropes et d’humains. »

« Oh ! Il reste donc encore des humains. »

Cela signifie-t-il que tous les humains vivant aussi loin au Sud ont disparu ? S’il existait des Valkaans comme Burbelga errant dans ces contrées désolées, il était facile de deviner ce qui avait conduit à l’extinction des humains ici. L’ancienne civilisation avait créé les Valkaans pour servir d’armes nucléaires tactiques, leur conférant le pouvoir de détruire des civilisations. Neptotes me fixa quelques secondes avant de me donner quelques informations : « Ces terres du Sud sont devenues un désert aride de sable et de roches. Personne n’y a vécu depuis des siècles. »

Je ne sentais pas de mensonge, alors je le fis confiance.

La curiosité l’emporta sur ma prudence et je demandai : « Que s’est-il passé ? »

« Je te le dirai si tu m’en dis plus sur le nord. Y a-t-il des Valkaans là-bas ? Ne me mens pas. »

« … Non. » Je ne voulais pas révéler la vérité, mais un échange équitable d’informations exigeait un minimum de confiance. Mentir allait à l’encontre de mes principes. Soit je lui disais la vérité, soit nous n’échangerions rien du tout.

« Alors, ce sont les Werecats qui règnent sur les humains ? » demanda Neptotes.

« Non. Si vous voulez en savoir plus, parlez-moi d’abord du Sud. »

« Très bien. Il me semble judicieux de t’informer malgré tout », répondit Neptotes avec un sourire. « Les grandes nations d’Akuneion et de Kainetiros, au Sud, étaient autrefois constamment en guerre. »

Ah oui, carrément ! Une leçon d’histoire ! Si ce type est un témoin vivant de ce qui s’est passé il y a des siècles, j’aurais tellement à apprendre de lui ! J’imagine que devenir un Valkaan prolonge l’espérance de vie indéfiniment, hein ?

« Les Valkaans ont été créés comme une super-arme pour mettre fin à ces guerres une fois pour toutes. Un seul Valkaan pouvait anéantir des civilisations entières. Mais, face à leur puissance écrasante, les deux nations ont cherché à se surpasser en créant plus de Valkaans que leurs rivales, plutôt que de s’affronter directement. Contrairement aux armes conventionnelles, les Valkaans étaient des êtres dotés de leur propre conscience, et tous ne se contentaient pas de rester passifs. »

En effet. Contrairement aux armes nucléaires, les Valkaans étaient autonomes. « Bien sûr, les chercheurs qui ont créé les Valkaans ont utilisé des sorts et des artefacts pour les maintenir sous leur joug, mais contrôler totalement un être doté d’une telle quantité de mana est impossible. Finalement, les Valkaans se sont libérés de leurs chaînes, et les deux nations ont péri. »

Oui, je pouvais facilement imaginer la scène.

Neptotes laissa échapper un long soupir. « Tu as dit qu’il n’y avait pas de Valkaans au Nord… Que leur est-il arrivé ? »

Une fois de plus, je n’avais pas envie de lui dire, mais il avait eu la gentillesse de me donner une leçon d’histoire. De plus, il n’était pas encore confirmé que nous étions ennemis.

« Les archives racontent qu’un humain a convaincu quelques Valkaans de se rallier à sa cause, puis il a éliminé ceux qui semaient le chaos. »

« Je vois », dit Neptotes en réfléchissant à mes paroles. « Alors, qu’est-il arrivé aux Valkaans traîtres qui se sont alliés à cet humain ? »

« J’ai bien peur de ne pas le savoir. Les archives ne font aucune mention de leur sort. » C’était la vérité. Il ne restait plus aucun Valkaan à Kuwol, mais nous ignorions ce qu’il était advenu des Valkaan qui avaient pris le parti du Héros antique.

« Cela signifie-t-il que les Valkaan ont été complètement éradiqués du Nord ? »

« Pas tout à fait. Ils réapparaissent de temps à autre. J’ai moi-même servi sous les ordres de l’un d’eux. »

Techniquement, puisque Friedensrichter ne m’avait jamais relevé de mes fonctions, j’étais toujours son second. Neptotes semblait se méfier des autres Valkaan, alors je lui avais volontiers laissé tomber ce détail. De plus, c’était la vérité.

« Qu’est-il arrivé à votre maître ? »

« Il est mort… en combattant un autre Valkaan. Pouvons-nous parler d’autre chose maintenant ? »

Ayant vécu deux vies, j’étais devenu assez perspicace pour juger de la fiabilité des gens, et Neptotes ne l’était certainement pas.

Il hocha la tête et dit : « J’ai mes méthodes pour déceler les mensonges, et je peux dire que tu ne m’as pas menti. Réjouis-toi, car ta sincérité t’a sauvé la vie. » Neptotes laissa échapper un rire tonitruant.

Alors tu m’aurais tué si j’avais menti ? Il était impossible que je m’entende avec ce type.

Sans même dissimuler mon mécontentement, je demandai : « Alors, que comptez-vous faire maintenant que vous avez entendu parler des terres du Nord ? »

Ses paroles suivantes confirmèrent mes craintes.

« C’est simple. Je les conquerrai. »

« Pourquoi ? » Je me préparai au combat, m’efforçant de ne pas laisser Neptotes remarquer mon changement d’attitude.

Il rit et répondit : « S’il reste des humains au nord, je pourrai m’assurer une vie bien meilleure en les conquérant. J’en ai assez de vivre dans ce château poussiéreux et d’éviter ce fou de Burbelga. Sais-tu combien de siècles se sont écoulés depuis mon dernier verre de vin ? »

Écoute, je comprends ce que tu ressens, mais tu l’as bien cherché. Le pouvoir seul n’apportera pas le bonheur. J’aurais voulu le lui dire, mais je m’étais retenu. S’il avait voulu me tuer, je n’aurais pas tenu cinq secondes. Neptotes sourit et dit : « Bref, assez parlé du passé. Parlons de l’avenir. »

« Bien sûr. »

« Je t’ai sauvé la vie. Tu me dois une fière chandelle. J’aurai besoin d’un guide et d’un interprète pour conquérir le Nord. Prête-moi allégeance. Si tu le fais, je te promets, ainsi qu’à tes suivants, une vie aussi confortable que dans ton pays. Si tu me sers bien, je pourrais même faire de toi mon bras droit. C’est une proposition alléchante, n’est-ce pas ? »

Tu veux que je t’aide à envahir Kuwol ? Allons donc ! Jamais je ne prêterai allégeance à qui que ce soit. C’est moi qui décide de ma vie, et personne d’autre. J’utilisai un sort de renforcement pour accélérer la guérison de ma blessure à l’estomac et me relevai lentement.

« Je vous suis reconnaissant de m’avoir sauvé. Mais cela ne signifie pas que je vais vous servir. »

« Si tu refuses, je te tuerai », dit simplement Neptotes. Je ne connaissais pas l’étendue réelle de son mana, puisqu’il me la dissimulait, mais il était manifestement un Valkaan. Et s’il était mage de surcroît, il pouvait utiliser cette immense réserve de mana bien mieux que Burbelga. Je n’avais aucune chance. Malgré tout, jamais je ne m’agenouillerais devant cet homme. J’avais passé la majeure partie de ma vie passée à me prosterner devant des supérieurs qui ne méritaient pas mon respect. Je préférerais mourir plutôt que de recommencer.

Je fis un geste de la main et dis : « Si vous êtes un Valkaan, vous pouvez facilement mentir, et personne ne pourra vous en tenir responsable. Il est inutile de négocier avec quelqu’un comme ça. Je ne peux pas vous faire confiance. »

Ceux qui ne s’appuient que sur la force finissent toujours seuls. En effet, plus ils deviennent puissants, plus ils s’isolent.

Le visage de Neptotes se crispa en une grimace hideuse, et je perçus une pointe de peur en lui. Il semblait que mon refus était quelque chose qu’il craignait réellement. « Imbécile ! Si tu ne me suis pas, péris ! Vaz gues erpimanues ! Vaz dan ! » Il psalmodia dans une langue inconnue, puis des éclairs jaillirent du bout de ses doigts. Si j’étais touché, la mort serait certaine. Mais l’éclair décrivit un arc loin de moi et jaillit par le trou dans le plafond.

Neptotes me fixa, stupéfait.

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