Je suis le Seigneur maléfique d’un empire intergalactique ! – Tome 8 – Chapitre 20

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Chapitre 20 : Princesse de l’autocratie

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Chapitre 20 : Princesse de l’autocratie

Partie 1

Trois mois plus tard, la délégation de l’Autocratie G’doire arriva sur la planète Augur. Lorsqu’ils étaient arrivés au spatioport, ils étaient habillés plus normalement que je ne l’aurais cru. Je m’attendais à ce qu’ils soient une bande de barbares, alors j’avais été un peu déçu.

Des fonctionnaires de la planète capitale s’occuperaient des négociations. Je n’avais pas de rôle à jouer. Ce problème était entre l’Empire et l’Autocratie. Cela n’avait rien à voir avec moi. Je serais présent à la cérémonie de signature puisque l’Autocratie avait demandé à ce que je sois impliqué, mais je n’avais aucune autorité pour parler ou négocier.

De toute façon, je n’avais pas grand-chose à dire. Ma force était sortie relativement indemne du conflit, et je me moquais bien de ce qu’il adviendrait du territoire de l’Empire. Comme je n’avais aucune responsabilité ici, les fonctionnaires ne m’avaient pas demandé mon avis sur quoi que ce soit, et je ne pensais pas qu’ils avaient une raison de le faire.

Quoi qu’il en soit, j’avais assisté à ces réunions pendant quelques jours sans avoir le droit d’y participer, et à la fin, tout le monde avait signé à l’amiable un accord de cessez-le-feu de trente ans. Trente ans, cela peut paraître long, mais c’était plutôt court dans cet univers, où les cessez-le-feu de cent ou deux cents ans n’étaient pas rares.

Bien sûr, le fait que ces cessez-le-feu aient été respectés jusqu’à leur terme était une tout autre affaire. Dans cet univers aussi, beaucoup d’idiots croyaient que les promesses étaient faites pour être rompues. J’étais l’un d’entre eux. Je rompais une ou deux promesses si cela me profitait d’une manière ou d’une autre. Tenir des promesses juste pour le plaisir de faire du bien était de la pure stupidité. Mais je ne pensais pas non plus qu’il était bon de les rompre à tort et à travers.

Une fois les négociations terminées, il était temps de faire la fête, et c’est là que j’étais intervenu. En tant que responsable du port spatial, j’avais été chargé d’en organiser une. Heureusement, pour ce qui est de l’organisation des fêtes, j’avais un homme de confiance qui travaillait pour moi. Je pouvais tout lui confier, ce qui faisait de l’événement une responsabilité facile pour moi.

Maintenant, je pense que je vais aussi m’amuser à cette fête que Wallace a organisée.

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La fête qui avait suivi la signature du cessez-le-feu avait été plus paisible que ce à quoi je m’attendais. La délégation de l’Autocratie s’amusait pleinement, comme pour montrer qu’elle n’était pas rancunière, et les représentants de l’Empire n’étaient qu’un peu nerveux, rien de plus. La plupart des officiels cachaient leur frustration à l’égard des soldats qu’ils avaient perdus, ne participant à l’événement qu’avec des sourires un peu forcés. D’après la façon dont les représentants de l’Autocratie agissaient, il ne me semblait pas que nous aurions d’autres problèmes avec eux. Bien sûr, ils avaient déjà envahi et pillé de nombreux territoires de l’Empire.

J’avais amené Marion avec moi à la fête, portant une autre tenue comme la robe d’une idole de ma vie précédente. Ça me faisait plaisir de la revoir ainsi parée. Marion, elle, ne cachait pas son irritation à mon égard ni le fait qu’elle était mal à l’aise dans cette tenue.

« Tu es vraiment un abruti », dit-elle. « Je ne comprends pas ce qu’il y a de si amusant à m’habiller comme ça. »

« C’est amusant parce que tu t’énerves tellement à ce sujet. De toute façon, si tu détestes tellement les vêtements de filles, tu peux tout simplement changer de sexe. » Dans cet univers, les gens peuvent librement changer de sexe, alors j’étais curieux de savoir pourquoi elle ne l’avait pas fait.

J’avais obtenu une réponse à laquelle je ne m’attendais pas. « Il se trouve que je m’aime bien comme je suis, pour ton information. Je n’ai jamais été mécontente de mon sexe. En fait, c’est une chose dont je suis fière. » Je suis heureuse d’être née femme ! semblait-elle proclamer.

« Mais tu aimes les filles, n’est-ce pas ? » avais-je demandé, ayant supposé que la raison pour laquelle elle se vantait tant de ses conquêtes était qu’elle voulait être un homme.

« Je veux aimer les femmes et être aussi une femme. »

« Je ne comprends pas », dis-je en hochant la tête.

Marion se moqua. « Les hommes sont dégoûtants. »

Elle aimait donc son propre sexe, et elle trouvait les femmes attirantes, mais pas les hommes.

« Je pensais que tu t’amusais beaucoup avec le prince Cléo. » J’avais fait cette remarque pour voir si Marion connaissait bien les préférences du prince Cléo.

Comme si elle se souvenait de quelque chose de désagréable, Marion déclara : « Il s’amusait juste avec moi. »

D’après son comportement, elle n’avait pas l’air d’avoir compris le secret du prince. Je ne savais pas s’il n’était jamais allé jusqu’au bout avec elle, ou s’il avait réussi à garder son secret. Mais je m’en moquais et j’avais décidé de changer de sujet et de taquiner Marion.

« Dommage. Si tu n’avais pas vendu le prince Cléo, tu serais peut-être vicomte maintenant. »

« Tout est de ta faute, » dit Marion d’un ton de reproche. Cela devait vraiment la ronger qu’elle soit tombée dans mon piège. Elle devrait être heureuse qu’on ne lui fasse pas répéter son entraînement comme Randy.

« C’était hilarant de te voir si triomphante, alors que je savais que tu avais perdu depuis le début », lui avais-je dit honnêtement.

Le visage de Marion s’était crispé. Oui, c’est l’expression que je voulais voir. Je n’aimais pas les femmes qui essayaient de se servir de moi, mais j’aimais bien celles qui dansaient dans le creux de ma main. Je les aimais encore plus quand je pouvais me servir d’elles.

Maintenant que je m’étais amusé, j’étais passé aux choses sérieuses. J’allais devoir interagir avec l’Autocratie à partir de maintenant, que je le veuille ou non, et je devais donc rassembler des informations sur eux.

« Alors, que veut l’Autocratie ? »

« On parle de travail maintenant ? Tu es diligent comme toujours. »

« Et tu es ravie de travailler pour moi, n’est-ce pas ? C’est pour cela que je t’ai laissé vivre, après tout. »

Si Marion avait été tuée pour ce qu’elle avait fait, elle n’aurait pas pu se plaindre. Et je ne l’avais laissée en vie que pour pouvoir l’utiliser. Quand je lui avais fait remarquer que je l’avais laissée en vie sur un coup de tête, Marion cessa de répondre. Elle détourna le regard, frustrée, les joues légèrement roses. « Tu es vraiment une ordure. Tu es pire que le prince Cléo. »

« C’est de ta faute si tu as pensé que tu pouvais m’utiliser, mais je veux qu’on soit amis à partir de maintenant. Dois-je t’appeler “Mari” pour te montrer mon affection ? »

Elle devint rouge jusqu’aux oreilles. « Arrête ça ! Sérieusement ! C’est tellement gênant que j’ai envie de mourir ! »

Peut-être parce qu’elle avait touché le fond et que je l’avais ramenée à la surface, sa fierté avait été totalement brisée. J’avais trouvé qu’elle était un peu mignonne comme ça, même si j’aurais aimé qu’elle ait encore cette attitude effrontée.

J’étais alors devenu nostalgique en pensant à Nitta. Tout comme Marion, il avait été mon collègue de travail, même si c’était un homme et qu’il n’était pas du tout mignon. Il l’emportait cependant sur Marion dans un domaine : il ne m’avait jamais trahi.

« Dépêche-toi de me donner ton rapport. »

Comme je n’avais pas été autorisé à participer aux négociations, j’étais un peu à l’écart. Cela m’ennuyait, alors j’avais demandé à Marion de se renseigner sur les termes de l’accord de cessez-le-feu. Je m’étais dit qu’elle aurait des contacts puisqu’elle était originaire de la région.

« L’Empire n’est pas le seul à bénéficier du cessez-le-feu. L’Autocratie a perdu son prince héritier, après tout. Ils vont devoir gérer le chaos qui en découle pendant un certain temps. »

Cela ne me paraissait pas correct. « Hein ? Ses frères et sœurs ont quand même réussi à rassembler leurs forces et à gagner contre l’Empire, n’est-ce pas ? Ils ont l’air d’être très attachés aux liens du sang là-bas, alors pourquoi y aurait-il du chaos ? »

Même après avoir perdu leur commandant suprême, l’Autocratie avait rallié ses forces et finalement triomphé de l’Empire grâce aux exploits des proches d’Isel. Compte tenu de ce caractère clanique, je ne les voyais pas se battre entre eux après avoir perdu leur prince héritier.

Marion secoua la tête. « Tu ne sais rien de l’Autocratie. Comment crois-tu que les autres commandants ont réagi lorsqu’ils ont appris la mort de leur prince héritier ? Ils ont tous essayé d’accomplir suffisamment de choses pour devenir le prochain prince héritier. »

Ils n’avaient donc pas du tout pleuré la mort d’Isel, mais l’avaient considérée comme une opportunité. Je m’étais dit que cela ne me surprenait pas vraiment.

Marion jeta un coup d’œil aux fonctionnaires envoyés par l’Empire intérieur, qui ne savaient rien de la situation ici. Elle semblait agacée qu’ils soient satisfaits du cessez-le-feu qu’ils avaient réussi à obtenir.

« Personnellement, je pense que ce cessez-le-feu est une erreur. S’ils en savaient plus sur l’Autocratie, nous aurions peut-être pu négocier la récupération de quelques planètes dont ils se sont emparés. »

Ce n’était pas seulement une question d’incompétence des fonctionnaires. Ils avaient peut-être perdu des territoires au profit de l’Autocratie, mais de leur point de vue, il serait beaucoup plus rentable d’éviter complètement la poursuite de la guerre que de se quereller pour quelques planètes frontalières. L’Empire avait encore beaucoup de planètes, même s’il en avait perdu quelques-unes qui étaient habitables ou contenaient des ressources précieuses. À l’heure actuelle, ils étaient probablement plus préoccupés par le maintien de leurs frontières avec d’autres nations intergalactiques. Leur position était probablement qu’ils pourraient tout simplement reprendre ces planètes un jour.

J’avais jeté un coup d’œil à quelques nobles et généraux locaux qui avaient été postés à la frontière. Comme Marion, ils arboraient des expressions frustrées et lançaient parfois des regards mauvais aux fonctionnaires. Depuis que la délégation de l’Empire central était ici, ils voulaient sans doute protester contre la position des fonctionnaires, mais ils ne le pouvaient pas.

Il était peu probable que ces deux groupes parviennent à s’entendre. J’avais plutôt posé des questions sur le fonctionnement interne de l’Autocratie. « Les frères et sœurs d’Isel vont se disputer pour savoir qui va lui succéder, hein ? »

« Ce sera probablement une pagaille sanglante entre eux. »

« Et c’est pour cela qu’ils veulent gagner du temps. »

« Je pense que nous aurions pu demander plus. Je suis persuadée que nous aurions pu obtenir cela d’eux. »

Elle n’avait même pas assisté aux négociations, mais voilà qu’elle parlait ainsi. « Ce n’est pas quelque chose que je m’attendais à entendre de la part de quelqu’un que j’ai pris pour un parfait imbécile. »

« Je me rends compte maintenant que je n’aurais pas dû me frotter à toi. Tu es différent. »

J’avais été un peu impressionné par l’Autocratie. Ils avaient obtenu exactement ce qu’ils voulaient de ces négociations : un cessez-le-feu pour pouvoir se concentrer sur leurs querelles internes.

Pendant que Marion et moi parlions, une grande femme s’approcha de nous. Elle portait un tailleur noir avec un pantalon au lieu d’une jupe, et à sa façon de marcher, je pouvais deviner qu’elle avait suivi une sorte d’entraînement martial. Sa silhouette était féminine, mais son corps était manifestement incroyablement tonique sous ses vêtements. Elle avait de longs cheveux roux un peu bouclés et des yeux rouges pleins d’entrain. La femme au caractère bien trempé qui s’approcha de nous avait un peu l’air d’une dominatrice. J’avais pensé que Marion pourrait s’intéresser à elle, mais quand je l’avais regardé, elle semblait nerveuse.

La femme n’avait même pas jeté un coup d’œil à Marion. Elle s’était concentrée sur moi et sur moi seul.

« Voulez-vous quelque chose ? » avais-je demandé.

« Je m’intéresse beaucoup à toi, mon garçon. »

Elle était terriblement hautaine, mais cela lui allait bien. Elle avait l’air d’une guerrière, et il semblait qu’elle avait aussi l’esprit d’une guerrière. Je ne pensais pas qu’elle était de l’Empire, alors j’avais supposé qu’elle faisait partie de l’Autocratie.

« Quoi ? Veux-tu te battre ? » Je lui avais fait un sourire d’encouragement.

La femme sourit sans crainte en réponse. « Bien sûr que oui, mais je suis ici pour une autre affaire en ce moment. »

Elle était probablement du genre à s’énerver si on la traitait comme une personne délicate, alors je lui avais parlé franchement, ce qu’elle avait semblé apprécier. Pourtant, je n’aimais pas du tout ce sourire bestial qu’elle arborait.

« Je voulais voir de mes propres yeux l’homme qui a tué mon frère Isel », m’avait-elle dit. « C’était un grand homme, même de mon point de vue. J’étais fière de lui. » Elle devait donc me mépriser pour avoir tué son impressionnant frère. C’est du moins ce que je pensais, mais ses paroles suivantes avaient défié mes attentes. « Merci. »

Lorsqu’elle déclara soudainement cela, j’avais cru que j’avais mal entendu. « Quoi… ? » J’avais jeté un coup d’œil à Marion. Elle avait l’air confuse elle aussi, donc j’avais apparemment bien entendu.

La femme me sourit. « J’avais prévu de tuer Isel moi-même, mais maintenant je connais une personne plus forte — toi. Je ne remercierai jamais assez mon frère. »

Elle voulait remercier la personne qui avait tué son frère ? Qu’est-ce qu’il y a avec ces gens de l’Autocratie ? N’avait-elle pas d’amour pour lui ?

« Ne viens-tu pas de dire que tu étais fière de lui ? »

« C’est ce que j’ai fait. Je respecte toujours mon frère pour sa force, et cela ne changera jamais. »

« Et tu ne me détestes pas pour l’avoir tué ? »

« Tu étais plus fort qu’Isel. C’est tout ce qu’il y a à dire, n’est-ce pas ? C’est de sa faute s’il a perdu, alors je ne peux pas te blâmer pour sa mort. » La femme avait semblé comprendre que j’étais confus. « C’est vrai… Nos cultures sont différentes. Pardonne-moi. Mon frère a perdu contre toi en combat singulier, je ne t’en veux donc pas. Plutôt que de t’en vouloir, je veux te dire… » Elle me regarda avec des yeux brûlants, semblant même légèrement nerveuse. Le vernis dominant s’était effacé de son visage, et elle avait l’air d’une adolescente sur le point d’avouer son amour à quelqu’un. « Je jure qu’un jour, je me hisserai à une position qui me permettra de te défier. En attendant, reste en bonne santé. »

« Veux-tu te battre avec moi ? Ça demande du courage. »

***

Partie 2

C’était normal avec l’Autocratie. Elle m’avait défié avec une expression de fille sur le visage. Mais, oui, j’ai l’habitude de ce genre de choses maintenant. C’est du moins ce que je me disais quand elle enchaîna en me lâchant une bombe.

« Une dernière chose… Je désire tes gènes ! »

Sa voix a traversé toute la salle. Naturellement, tous les regards se sont portés sur nous.

Pendant une seconde, mon cerveau a refusé de comprendre, mais ce déni n’a pas changé les faits.

« Qu’est-ce que tu dis ? »

Cette femme de l’Autocratie avait débarqué de nulle part pour se retrouver dans la même catégorie que Tia et Marie. Pourquoi étais-je entouré de filles qui étaient jolies, mais complètement folles ?

La femme avait rougi et s’était agitée comme si elle était gênée, et en fait j’avais envie de lui dire qu’elle devrait avoir un peu de honte.

« Vas-tu me le faire répéter ? Tu es méchant, n’est-ce pas ? Bon, d’accord — je vais le répéter », dit-elle avec indignation, s’embarrassant de la mauvaise chose. « Je veux produire un enfant à partir de tes gènes solides. »

« Je refuse », lui avais-je dit avec mon expression la plus sévère.

« Pourquoi ? Tout ce que l’homme a à faire, c’est de donner la marchandise, n’est-ce pas ? » Elle pencha la tête, l’air vraiment mystifié.

Marion se racla la gorge de façon théâtrale.

Bien joué, Marion !

« Ce n’est pas un sujet à discuter lors d’une si belle fête », déclara Marion. « Je pense que continuer sur ce sujet serait plutôt grossier, princesse de l’Autocratie. »

Les paroles de Marion m’avaient choqué. Hein ? C’est une princesse !? Je sais qu’elle a dit qu’elle était la sœur d’Isel, mais… L’autocratie est d’accord avec une princesse qui agit comme ça !?

Personnellement, je ne voudrais pas d’une princesse qui irait voir des hommes au hasard et leur dirait des choses comme « Je veux avoir un enfant avec toi ! »

 

 

La femme sembla se rendre compte de sa bévue et soupira. « Je vous prie de m’excuser. C’est une ouverture banale là d’où je viens. Mais, encore une fois, il semble que les choses soient différentes ici. J’ai un peu le choc des cultures. »

« C’est moi qui suis choqué. » J’étais tellement choqué que j’avais laissé échapper mes sentiments honnêtes. Comment diable as-tu pu demander ses gènes à un gars que tu viens de rencontrer ?

La femme se présenta enfin. « Je suis Arjuna Balandin. Héros de l’Empire, Lord Liam Sera Banfield, n’hésite pas à visiter l’Autocratie quand tu le souhaites. Tes gènes bénéficient d’une réservation permanente dans mon ventre. »

La vue de son clin d’œil avant qu’elle ne se retourne et parte était certainement attrayante, mais sa dernière réplique était si terrible qu’elle gâchait tout l’effet. Terrible. Tout simplement la pire. Je n’aurais jamais cru entendre un jour un tel discours.

« Je n’irai pas. »

L’échange avec Arjuna avait probablement été le plus grand choc que j’ai reçu de mémoire récente. On m’avait déjà volé mes gènes à mon insu, mais c’était la première fois que quelqu’un me demandait de les lui remettre. L’espace est vraiment grand.

Marion affichait un sourire gêné. « Maintenant, je me souviens de la valeur qu’ils accordent aux gènes forts dans l’Autocratie. »

« Tu aurais dû me le dire plus tôt ! Ça m’a fait flipper ! »

« C’était aussi la première fois que j’entendais quelqu’un de l’Autocratie demander quelque chose comme ça. En tout cas, je parie que tu es très populaire dans leur pays maintenant, Seigneur Liam. »

Et alors ? Je ne veux pas aller là-bas si des femmes comme Arjuna vont exiger que je leur remette mes gènes.

Maintenant que j’y pense, il semblerait qu’aucune femme digne de ce nom ne veuille d’eux. Tia, Marie, et maintenant Arjuna… Je suppose que leur type m’aime vraiment.

« Pas intéressé. »

« Heureuse de l’apprendre. Quoi qu’il en soit, quand retournes-tu sur la planète capitale ? Tu m’emmèneras ? Je ne peux pas rentrer chez moi, à cause d’une certaine personne. »

« Tu as ce que tu mérites. Si tu veux repartir avec moi, vas-y et prépare-toi après la fête. »

☆☆☆

Sur la planète capitale, Lady Annabelle, furieuse, était venue dans la tour située sur le terrain du palais où vivait Cléo.

Dès qu’elle entra dans son bureau, elle s’écria : « Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Lady Annabelle était probablement contrariée par le fait que son neveu Randy soit obligé de refaire son entraînement. Après tout, le scandale l’affecterait, elle aussi, et pas seulement lui. La maison Lengrand lui avait probablement demandé de parler à Cléo en leur nom.

Cléo s’arrêta de parcourir les documents électroniques devant lui et leva les yeux. « Qu’est-ce qui te préoccupe, maman ? »

Lady Annebelle trembla de rage devant l’ignorance feinte de Cléo. « Ne fais pas semblant de ne pas savoir ! Je suis ici pour ton cousin, Randy ! Retire sa punition ! »

Cléo serra subtilement le poing face à la présomption de sa mère qui pensait pouvoir obtenir ce qu’elle voulait simplement en l’exigeant. Il jeta un coup d’œil au chevalier qui se trouvait à ses côtés, Lysithéa. Elle poussa un soupir. Le refus total de Lady Annabelle de reconnaître sa propre fille mettait également le prince en colère.

« Le détournement de fonds est un crime. » Il rejeta la responsabilité de la situation sur Randy.

Lady Annabelle n’était pas satisfaite. « Tout le monde détourne des fonds ! C’est idiot d’en faire tout un plat et de perdre ton plus grand soutien ! »

« Idiot, hein ? Est-ce comme ça que tu me considères, maman ? » Cléo avait ri devant l’absence totale de honte d’Annabelle.

À ce moment-là, Lady Annabelle trembla et son visage rougi pâlit.

Voyant ce changement s’opérer en elle, Cléo s’expliqua d’un ton froid. « Je n’ai jamais eu l’intention de compter sur la maison Lengrand pour quoi que ce soit. »

« Qu’est-ce que tu as dit ? »

« S’acoquiner avec moi quand ça les arrange et prétendre être mes plus grands supporters ? C’est très astucieux de leur part, surtout quand on sait qu’ils n’ont jamais montré le moindre intérêt pour moi auparavant. »

Lorsque l’attitude de Cléo changea, Lady Annabelle vacilla, son assurance se dissipant. Elle semblait choisir ses prochains mots avec soin. « Ce n’est pas vrai, Cléo. J’ai toujours eu de l’affection pour toi. »

« Tu ne t’es jamais préoccupé de nous. Sais-tu au moins que Cécilia est fiancée ? Tu n’as pas dit un mot à Lysithéa, alors qu’elle a été à mes côtés pendant tout ce temps. C’est exactement le genre d’individu que tu es. »

Essayait-elle vraiment de se comporter comme leur mère, après les avoir ignorées pendant tout ce temps ? Lady Annabelle n’avait aucun moyen de contrer les paroles de Cléo. Il avait apparemment visé juste en disant qu’elle ne s’intéressait pas du tout à Cécilia et à Lysithéa.

« Tu dois être terriblement simple si tu penses sérieusement que j’accepterais volontiers tout ce que tu dis », ajouta Cléo.

« Comment peux-tu parler à ta propre mère comme ça !? C’est toi qui — ! »

Avant qu’Annabelle ne puisse terminer, Lysithéa l’interrompit pour annoncer un visiteur dont elle venait d’être prévenue de l’arrivée sur sa tablette.

« Cléo, le comte Banfield vient d’arriver. Il souhaite te rencontrer tout de suite. »

Lorsque Lysithéa prononça le nom de Liam, Lady Annabelle comprit enfin la vérité. « Tu nous as trahis ! »

Cléo jeta un regard de pitié à Lady Annabelle lorsqu’elle avait compris comment son fils l’avait poignardée dans le dos. « Tu nous as trahis en premier. De plus, le comte Banfield me soutient depuis bien avant que j’ai le moindre pouvoir. Pensais-tu vraiment pouvoir te comparer à lui en quoi que ce soit ? »

Face au sourire glacial de Cléo, Annabelle serra les poings. « T-Tu n’iras pas loin en ignorant tes liens de sang. »

Dans la société noble, les gens étaient considérés comme indignes de confiance s’ils ne traitaient pas bien leurs parents de sang, mais dans ce cas, on pourrait faire le même reproche à la maison Lengrand — et à Lady Annabelle.

Cléo ne put s’empêcher de rire. « Ha ha ha ! C’est riche venant de toi ! En plus, les parents de sang s’entretuent depuis tout ce temps. Pourquoi hésiter maintenant ? »

Beaucoup avaient perdu la vie dans le conflit de succession de l’Empire, et Cléo pensait que ce n’était pas le moment de se préoccuper du respect entre parents de sang.

Lady Annabelle était restée sans voix en apprenant que Cléo ne lui avait jamais fait confiance, et le choc sur son visage s’était rapidement transformé en désespoir. Elle était cependant assez têtue pour lui laisser une dernière remarque de mauvais augure.

« Les ténèbres de l’Empire sont bien plus profondes que tu ne le penses. Je ne pense pas que tu serais aussi confiant si tu savais au juste qui en veut à ta vie. »

En riant à son tour, Lady Annabelle était restée dans la pièce alors que Cléo et Lysithéa s’en allaient.

☆☆☆

Dès qu’il rencontra Liam, Cléo le remercia. « Vous m’avez vraiment aidé cette fois-ci. »

Les deux avaient discuté des événements récents autour d’un thé et de sucreries. Liam ne semblait pas différent des autres fois, bien qu’il venait de combattre l’Autocratie. « Ce n’est pas un problème », dit-il. « Je me suis bien amusé. J’ai aussi pu faire des farces à Randy. »

C’est ainsi qu’il parlait de la fermeture de tout son lieu de travail, mais même ce qu’il avait fait à Randy pouvait difficilement être qualifié de farce.

« Si vous pouvez appeler ça une farce, vous êtes plutôt effrayant », déclara Cléo. « Je ne pense pas que Randy s’en remettra un jour. » Même si Liam considérait simplement ses actions comme une farce, Randy n’avait plus sa place dans la noble société, et Liam l’avait conduit à ce point. À l’intérieur, Cléo était désespérément jaloux de lui. Tu es toujours si confiant. Rien ne t’ébranle jamais.

Cléo s’était confié à Liam sur tout depuis le début, l’informant des moindres faits et gestes de la maison Lengrand et de Marion.

« Quand je vous ai dit que la maison Lengrand voulait me soutenir, vous m’avez dit de les laisser faire ce qu’ils voulaient. Aviez-vous prévu que tout se passerait ainsi ? »

En posant sa tasse, Liam expliqua pourquoi il avait pris la méthode détournée qu’il avait choisie. Son visage semblait nettement plus sérieux que d’habitude. « J’ai cherché à savoir qui se cachait derrière la maison Lengrand. Mon premier suspect était Calvin, mais ce n’était apparemment pas lui. »

« Calvin n’a pas la vie facile en ce moment », se dit Cléo. « Nous avons perdu la guerre, et il a l’air encore plus mal en point parce que vous avez vaincu le commandant suprême de l’ennemi. »

Le simple fait de perdre la guerre n’aurait peut-être pas été désastreux, mais le fait que Liam ait tué Isel compliquait les choses. De plus en plus de gens sur la planète capitale se demandaient s’ils auraient gagné si Liam avait été sur le terrain dès le début. À présent, Calvin se trouvait dans une position encore pire que lorsqu’il avait décidé de battre en retraite devant les forces de l’Autocratie.

« Calvin n’a pas de chance, n’est-ce pas ? C’est à se demander s’il n’est pas victime d’une malédiction de la part d’un dieu maléfique. »

Cléo avait ri à la blague de Liam, mais il n’avait pas pu rire de ce que Liam avait ensuite dit.

« Oh, c’est vrai — quant à savoir qui était derrière la maison Lengrand, c’était Sa Majesté l’Empereur. »

« Quoi… ? »

« Mes agents ont mené une enquête approfondie. Cela explique pourquoi Lady Annabelle était si confiante, n’est-ce pas ? Elle travaillait pour l’empereur, après tout. »

Liam était toujours aussi blasé, mais Cléo ne pouvait pas cacher sa surprise. Il ne s’attendait pas à apprendre si vite ce qu’Annabelle avait voulu dire à propos des ténèbres de l’Empire. Ce qui l’avait le plus ébranlé, cependant, c’est…

« Mon père essaie de me tuer !? »

… que l’empereur de l’empire Algrand lui-même cherchait à se débarrasser de lui.

« Nous savons maintenant qui est notre véritable ennemi. Sa Majesté elle-même », dit Liam en sirotant calmement son thé.

Cléo ne pouvait pas s’empêcher de trembler. « Si mon père est notre ennemi, je suis foutu. » Une seule pensée occupait son esprit : il n’y a aucune chance que nous gagnions !

Liam, quant à lui, était toujours aussi calme. C’était extrêmement rassurant. « Ne vous inquiétez pas… Je suis là pour ça. Mais nous n’avons pas encore l’influence nécessaire. Faisons en sorte de continuer à renforcer notre pouvoir de façon régulière. »

En écoutant le conseil banal de Liam de reprendre des forces pour le présent, Cléo fut abasourdi par son attitude blasée.

Pendant ce temps, Liam se força à sourire. « Dans un autre ordre d’idées, j’ai entendu dire que vous aviez rendu service à de petits nobles. » Son regard s’était aiguisé.

Cléo donna au comte l’excuse qu’il avait préparée, en essayant de l’empêcher de soupçonner quoi que ce soit. « Juste pour tromper la maison Lengrand. Je voulais qu’ils pensent que je gaspillais votre soutien parce que notre relation se dégradait. J’ai même caché tout cela à Lysithéa. J’ai dû jouer la comédie pour que tout le monde y croie. C’est vrai — une comédie. Mais je m’excuse d’avoir gardé le silence devant vous. »

Il était un peu plus bavard que d’habitude, mais Liam ne semblait pas trouver cela suspect. « Ça ne me dérange pas. »

Cléo avait décidé de son propre chef de donner de l’argent aux nobles dans le besoin, et ce n’était pas seulement un acte pour tromper la maison Lengrand ou Lysithéa. C’était dans un but précis, mais il ne pouvait pas le dire à Liam. Tu es vraiment fort, Liam. Tu peux tout faire. Je suis… Je ne suis rien de plus que ta marionnette. Mais un jour…

Cléo ne s’était pas allié à la maison Lengrand parce qu’il savait qu’ils ne pourraient pas battre Liam. Il avait profité de l’occasion pour s’attirer les faveurs des petits nobles, afin que certains se sentent redevables envers lui et lui jurent fidélité, et non envers Liam. Il se préparait à asseoir sa propre influence pour l’avenir.

Alors que Liam buvait du thé devant lui, Cléo sourit, mais son visage était glacé en dessous.

Je ne serai pas ta marionnette pour toujours, Liam.

***

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