Chapitre 18 : Spectateurs
Partie 1
Je ne pouvais pas pardonner à Isel, qui avait attaqué ma planète juste parce qu’il voulait se battre. Je me sentais vraiment meurtrier face à sa joie idiote de se battre contre des adversaires forts.
Tu t’en prendrais à Augur juste pour ça ? Tu me rends malade ! J’avais décidé de le tuer.
Une fois cet appel passé, j’avais vérifié l’état du Griffon. Son blindage était en lambeaux, il avait perdu son bras gauche, et il avait été percé à tant d’endroits qu’il y avait des trous ici et là. Plusieurs explosions s’étaient déjà produites à l’intérieur de l’engin, et à ce stade, il luttait pour continuer à avancer.
Une alerte rouge retentissait encore à l’intérieur du cockpit, m’avertissant de chaque composant en danger. La fonction d’autoréparation était active, mais elle ne pouvait pas suivre. Il était clair que si je continuais à me battre ainsi, je ne ferais que perdre face à Isel.
« Tu sais, ce truc n’était pas donné. »
Avec les frais d’entretien du Griffon, j’aurais pu payer l’entretien d’une flotte entière de navires. Les coûts de développement et de construction avaient également été astronomiques, et je n’aurais jamais fait créer cette chose si elle ne répondait pas à un de mes rêves d’homme. Dans son état actuel, la réparation de ce vaisseau massif et transformateur construit à partir de métaux rares prendrait probablement des années.
Le moteur de l’Avid avait gémi, presque comme s’il rugissait de fureur. Au même moment, plusieurs éléments s’affichaient sur mon écran principal pour demander mon autorisation. J’avais haussé un sourcil en voyant le contenu de ces demandes.
« Est-ce à cause du cœur de la machine ? Tu veux te venger du Griffon ? Très bien, fais ce que tu veux, Avid. »
L’Avid était tout aussi furieux que moi. Il était furieux qu’Isel ait joué avec le Griffon et contrarié par le fait qu’il se soit vanté de son propre appareil. Il semblerait que l’Avid voulait prouver qu’en tant que mon partenaire de confiance, il n’était pas inférieur.
Une fois que j’avais donné mon autorisation à l’Avid, il purgea les connexions le maintenant en place à l’intérieur du Griffon. Mon écran passa de la vue du Griffon à celle de l’Avid. L’Avid fit tomber les bras qui le maintenait en place et sauta par l’écoutille ouverte.
À l’extérieur, Isel détruisait toujours joyeusement le Griffon, mais il se tourna vers nous lorsqu’il se rendit compte que nous étions sortis du vaisseau.
« Alors, tu es enfin sorti ! Maintenant, comte Liam, c’est l’heure de notre duel ! »
Je ne pouvais pas supporter son amusement. Pensait-il pouvoir s’en sortir en cassant mon précieux jouet ?
Le réacteur de l’Avid générait un surplus d’énergie, des étincelles crépitaient alors que cette énergie s’échappait de ses articulations.
« Désolé, mais tu seras confronté à l’Avid. Il semblerait que tu l’aies énervé. »
Isel fut confus. « Qu’est-ce que tu racontes ? Est-ce un assistant pilote ou un truc du genre ? Je veux me battre avec toi. »
« Pilote » était sans doute le mot qui convenait le mieux.
« Bien sûr. Mais je dirais que pour l’instant, Avid est le pilote principal, et moi l’assistant. »
« Alors tu t’enfuis ? »
J’avais ri de sa tentative de provocation. « Si tu étais vraiment fort, je me serais enfui avant que le combat ne commence. Réfléchis bien à la raison pour laquelle je suis ici en train de me battre contre toi. C’est évidemment parce que je sais que je peux gagner. »
La victoire — comme tout le reste — m’était promise parce que je bénéficiais de la protection du Guide. Et je ne manquais jamais de me préparer à la victoire. J’avais continué à m’entraîner au pilotage depuis mon arrivée sur la planète Augur, et je ne prenais jamais un jour de congé pour mon entraînement à la Voie du Flash.
Alors que je saisissais les manettes de commande, une fissure traversa le blindage de l’Avid. Une lumière rouge jaillit de la fissure, donnant l’impression que l’Avid allait éclater en morceaux à tout moment.
« Trois minutes. Je te donne trois minutes, Avid. »
J’avais réglé une minuterie sur le moniteur, et l’Avid avait gémi en réponse.
Isel pointa l’une des armes de son humanoïde vers l’Avid. La sphère dans sa main tira des centaines de lasers dotés d’une fonctionnalité d’autoguidage. L’Avid n’avait pas pu les éviter et ils frappèrent son armure. Cependant, ils n’avaient fait aucun dégât, le blindage était simplement devenu rouge là où il avait été touché. J’avais tout de même été impressionné par la capacité de l’arme à percer mon champ de défense.
« Ce ne sera pas suffisant pour te faire tomber, hein ? Eh bien, c’est justement ce qui fait de toi un adversaire de taille ! » s'écria Isel.
Je devrais peut-être lui couper la tête avec le Flash. Alors qu’Isel fonçait sur moi, je décidai de corriger son incompréhension. « Ne sois pas arrogant. Penses-tu vraiment que tu es un adversaire digne de moi ? »
Un cercle magique se manifesta devant la main de l’Avid, et une poignée apparut à l’intérieur. L’Avid saisit la poignée et en sortit un katana conçu pour son usage personnel. Puisqu’il avait choisi ce katana plutôt que sa lame laser, l’Avid était sérieux.
Isel prit position devant moi, brandissant deux de ses armes. Dans la main avant droite de l’engin se trouvait un khakkhara, et dans sa main gauche une épée à l’ancienne — un gladius, peut-être.
« Alors je n’ai qu’à te faire reconnaître comme un ennemi digne de ce nom ! Je te trancherai avec cette épée qui peut annuler n’importe quel champ, et te fracasserai avec ce khakkhara qui peut contrôler des armées ! »
Lorsque l’épée que tenait l’appareil d’Isel se mit à briller, le champ de défense autour de l’Avid fut neutralisé. Au même moment, les épaves de chevaliers mobiles ennemis et alliés qui flottaient autour de nous commencèrent à se réactiver. J’avais plissé les yeux en voyant les engins morts se relever comme des zombies.
Une épée qui coupait les champs de défense, et un khakkhara qui contrôlait des chevaliers mobiles détruits. C’étaient certes deux armes incroyables… mais elles seraient toutes deux inutiles.
L’Avid déplaça son katana, tailladant les armes humanoïdes réactivées et les chevaliers mobiles.
Le spectacle choqua Isel. « Tu les as tous détruits en frappant une seule fois ? »
« As-tu fini de te vanter de tes armes ? Sois déjà sérieux. » Cela devrait l’inciter à se méfier de moi. « Tu en as d’autres, n’est-ce pas ? »
Isel me fonça dessus, ses huit armes prêtes à l’emploi. Son arme humanoïde, qui était aussi grande que l’Avid, combla la distance en un instant. Malgré sa taille gigantesque, elle se déplaçait rapidement. Elle abattit son épée, mais l’Avid évita le coup d’un cheveu et brandit son katana.
Le khakkhara d’Isel dévia le coup. « Es-tu en train de prédire mes mouvements ? Mais j’ai… »
« Est-ce que son unité prédit l’avenir ? » murmurai-je. « Est-ce qu’il utilise une sorte de prévoyance ? »
L’engin d’Isel semblait anticiper les mouvements de l’Avid en utilisant soit une sorte d’algorithme sophistiqué, soit une technique magique.
Alors que les deux engins s’affrontaient, continuant à prédire les mouvements de l’autre, j’avais aiguillonné Isel. « Penses-tu que c’est suffisant pour te considérer comme un ennemi digne de moi ? Tu as dû combattre beaucoup de faibles. »
Prévoir les mouvements d’un ennemi était l’une des bases de la Voie du Flash. L’Avid écarta d’un coup de pied la lance qu’Isel lui tendait, tranchant une autre arme avec son katana. La partie qui avait été hachée se liquéfia immédiatement et retourna dans l’engin, redonnant à l’arme sa forme précédente.
« De la régénération, hein ? »
« C’est exact. Tu auras beau le découper en tranches, mon bébé se régénérera. Tu ne pourras même pas m’égratigner avec des attaques aussi pitoyables ! »
L’appareil et ses armes se liquéfieraient et se régénéreraient si des parties étaient coupées. L’Avid pourrait découper l’unité d’Isel, il aurait toujours l’avantage. Les armes anciennes, c’est vraiment quelque chose.
L’Avid entailla l’estomac de l’engin d’Isel, et j’avais senti l’attaque se connecter au cockpit. Naturellement, Isel avait également été touché… Mais son appareil s’était immédiatement réparé, et avait apparemment même régénéré son pilote.
« Ha ha ! Celle-là m’a un peu surpris ! »
Il avait été coupé en deux par la lame d’un chevalier mobile, mais Isel s’était immédiatement régénéré et avait repris vie. Cette pensée me dégoûta.
« Ton engin t’a absorbé. » Je ne savais pas si c’était possible parce qu’il s’agissait d’une arme ancienne. Quoi qu’il en soit, c’était dégueulasse de penser que la machine subsumait son pilote.
Le chevalier mobile d’Isel prit alors la pose d’une statue d’un être sacré à huit bras. « Non, je l’ai absorbée. Cette machine a aspiré et tué d’innombrables pilotes par le passé, mais j’ai réussi à la subjuguer ! C’est pour cela que je suis toujours là ! »
Si le pilote de cette chose pouvait lui aussi se régénérer, même s’il était coupé ou abattu, c’était un problème. Quelle que soit la façon dont il l’interprète, cela signifiait qu’il était devenu une partie de la machine, un peu plus qu’un composant. J’aurais dû renoncer à quelque chose comme ça, mais il n’avait pas l’air d’y voir d’inconvénient.
Quant à l’Avid, il continua à frapper l’appareil d’Isel sans se décourager. Il frappait verticalement, de haut en bas, de bas en haut, de toutes les façons possibles. Sa puissance et sa vitesse commençaient à submerger l’unité d’Isel.
« C’est incroyable ! Dire que l’Empire a des armes humanoïdes comme ça ! »
« Nous les appelons ici des “chevaliers mobiles”. »
J’avais jeté un coup d’œil au chronomètre. Il restait un peu moins de deux minutes à l’Avid.
☆☆☆
Le Guide agita les bras en l’air en encourageant Isel et ses armes anciennes. « Allez ! C’est ça ! Achève-le ! »
À côté du Guide, G’doire agitait également ses tentacules pour encourager Isel. Les deux avaient exactement l’air d’une paire d’hommes d’âge mûr regardant un match d’arts martiaux.
« Iseeel ! Utilise plus de puissance ! »
G’doire prêta sa force à Isel, en faisant monter en puissance son arme humanoïde. L’Avid commençait à peine à le submerger, mais sa puissance et sa vitesse avaient soudainement dépassé celles de l’Avid. La force de l’autre appareil avait lentement fait reculer l’Avid.
Isel était alors devenu très enthousiaste. « Aujourd’hui, je me sens plus fort que je ne l’ai jamais été ! Voilà donc ce que signifie pour ton cœur de s’éveiller devant un puissant ennemi ! »
Bien qu’Isel fasse preuve de plus de force que jamais, ce n’était toujours pas suffisant pour abattre l’Avid.
Le guide était sur le bord de son siège. « Encore un peu ! Tu es à deux doigts d’ôter la vie à Liam ! Je ne vais pas abandonner maintenant ! Je t’en prie ! Tu es mon seul espoir, Isel ! »
Le Guide envoya à Isel le peu d’énergie qu’il pouvait encore, ce qui fut suffisant pour transformer l’appareil d’Isel. L’énergie amplifiée de l’engin le rendit physiquement plus grand d’une taille et le renforça encore davantage. L’engin à huit bras dégageait une aura divine, les armes anciennes qu’il tenait entre ses mains faisant preuve d’une puissance qui dépassait leurs limites naturelles.
Les chevaliers mobiles qui s’étaient précipités pour aider Liam avait été repoussé, et les attaques des navires de la maison Banfield s’étaient dispersées avant de frapper l’appareil d’Isel. Personne ne pouvait interférer dans le combat de l’Avid, tout ce qu’ils pouvaient faire, c’était regarder.
Isel avait dépassé l’humanité, posant le pied dans un domaine d’existence supérieur.
G’doire était ravi. « Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Mon pion est en train de transcender son humaaanité ! » s’écria-t-il, comblé d’assister à ce moment.
Le Guide encouragea Isel jusqu’à ce que sa voix s’enroue, voulant que tout — quoi que ce soit — détruise Liam. « S’il te plaît ! Finis-en avec Liam ! »
Leurs voix renforçaient d’autant plus la puissance d’Isel, et l’arme humanoïde déployait une force qu’elle n’avait jamais possédée. Elle submergeait l’Avid, inversant leurs positions au début de leur affrontement.
« Personne ne peut me vaincre tel que je suis maintenant ! »
Isel abattit son épée sur l’Avid, mais juste avant qu’il ne puisse ôter la vie à Liam, les mouvements de l’Avid se modifièrent et l’arme humanoïde d’Isel fut repoussée.
« Le temps est écoulé », dit Liam. « À mon tour, Avid. »
☆☆☆
Dans la salle privée de Liam à bord du vaisseau amiral Argos, Amagi observait le combat. Trois robots domestiques fabriqués en série se tenaient autour d’elle et analysaient les données de la bataille. Plusieurs hologrammes flottaient dans l’air autour d’Amagi. Alors qu’elle vérifiait chacun d’entre eux, son expression s’assombrit.
« L’arme humanoïde de l’Autocratie a grandi d’une taille ? Aucune donnée ne suggère que les armes anciennes possédaient une telle fonctionnalité. »
Avant que l’intelligence artificielle ne détruise la civilisation humaine de cet univers, les appareils humanoïdes qu’elle avait produits étaient plus avancés que ceux d’aujourd’hui. Amagi possédait des données sur cette époque, mais il n’y avait aucune trace d’armes humanoïdes ayant grandi en taille comme l’avait fait l’engin d’Isel. S’il s’était associé à un autre appareil comme l’Avid avait fait, elle aurait pu comprendre. Cependant, l’engin d’Isel ne semblait pas naturel d’une certaine façon.
Amagi jeta un coup d’œil à Shiomi, l’un des robots domestiques qui recueillaient et traitaient les informations, et lui demanda son avis. « As-tu appris quelque chose de ton analyse de données ? »
Shiomi avait l’air de rester simplement debout, mais son esprit continuait à traiter les informations alors même qu’elle parlait. « Non concluant. »
Amagi plissa ses sourcils et rétrécit ses yeux. « Je vais devoir préparer plus d’unités pour l’analyse des données. Pourquoi le maître continue-t-il à rencontrer ces phénomènes étranges ? »
Une autre servante, Arashima, continuait d’analyser des données en réagissant au commentaire d’Amagi. « On pourrait en conclure que le maître lui-même a quelque chose à voir avec cela », se dit-elle. « D’après ses propres paroles et actions, il pourrait croire qu’il y a une raison à ces événements. »
Amagi l’avait elle-même envisagé, car Liam disait parfois des choses qui ne semblaient pas avoir de sens. Au début, elle avait pensé qu’il s’agissait simplement d’une lacune naturelle dans le mode d’élocution d’un être vivant. L’intelligence artificielle acceptait les paroles et les actions illogiques comme allant de soi chez les êtres humains, car les êtres vivants affichaient parfois des comportements qui ne peuvent pas être expliqués en termes strictement rationnels. Cependant, lorsqu’elle réévalua les données du passé, elle trouva des modèles qu’elle ne pouvait pas ignorer.
« Il est fort probable que le Maître ait quelque chose à voir avec ces occurrences inexplicables. Pourquoi… »
Avant qu’elle ne puisse continuer, le troisième robot — Shirane — signala : « L’Avid est passé des commandes automatiques au fonctionnement manuel. »
Amagi tendit la main vers l’hologramme qui affichait l’Avid. « Pourquoi le maître prend-il toujours le chemin le plus difficile ? »
Il n’avait jamais eu besoin de se battre personnellement, et pourtant, il était toujours allé lui-même sur le champ de bataille. Amagi ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour son maître imprudent.
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