Chapitre 17 : Liam et Isel
Partie 1
Les attaques des chevaliers mobiles de la maison Banfield, à commencer par l’Avid, avaient ébréché la formation de l’Autocratie. Bien sûr, si l’on considère l’ensemble des forces ennemies, la maison Banfield n’en endommageait qu’une infime partie. Lancer une flotte de trente mille vaisseaux contre une force de trois cent mille n’allait pas faire grand-chose. La maison Banfield avait pris une décision manifestement insensée.
L’Autocratie n’avait pourtant pas réagi comme si c’était le cas. Alors qu’Isel regardait la bataille se dérouler depuis le pont de la classe-forteresse, son cœur s’emballait devant les exploits des forces de la maison Banfield.
« Je pensais que Sir Claus n’était qu’un habile stratège, mais il semblerait qu’il soit aussi un féroce guerrier. Bien… très bien. »
L’objectif d’Isel et de l’Autocratie était de cibler Claus, et non Calvin ou Liam. Pourquoi ? Parce que, comme Claus était un chevalier de l’Empire jouissant d’une certaine réputation, celui qui l’abattrait gagnerait une notoriété correspondante.
Cela pourrait donner l’impression qu’ils étaient trop concentrés sur l’accomplissement individuel dans la bataille, mais Isel avait aussi un autre objectif. Il savait que si l’Empire perdait Claus, ce serait un coup dur en termes de main-d’œuvre. Les chevaliers comme Claus, qui pouvaient commander des millions de navires, étaient précieux. De tels commandants n’étaient pas faciles à remplacer, et Isel était ravi d’avoir l’occasion d’abattre un tel ennemi.
Ses yeux brillaient d’excitation, la pensée de ce seul ennemi digne de ce nom était tout ce qui remplissait sa tête. Isel sentit l’électricité le traverser devant la bravoure de cet homme qui les défierait avec seulement trente mille navires, et devant son impitoyable volonté de même utiliser son propre seigneur, Liam, comme un pion sur le champ de bataille.
« J’aime ton style, utilisant même ton seigneur pour tenter d’arracher la victoire ! Tu es un chevalier — non, un guerrier qui a été gaspillé par l’Empire ! »
Isel voulait Claus. Laisser un guerrier capable de détruire le Royaume-Uni comme simple vassal de la maison Banfield serait vraiment trop tragique. Les forts doivent avoir un statut à la hauteur de leur force… Sir Claus est absolument inutile pour l’Empire.
Alors qu’Isel essayait de réfléchir à un moyen de débaucher Claus de son ennemi, un subordonné lui fit un rapport. « Le seigneur de Sir Claus, le comte Banfield, mène lui-même la charge à bord d’un chevalier mobile et inflige de lourds dégâts à nos forces. »
Isel n’avait pas été trop surpris par cette nouvelle, mais il félicita le comte pour son courage à se battre lui-même en première ligne. « Il n’est pas comparable à Sir Claus, mais le chef de l’ennemi est lui-même un excellent guerrier. Il est plus que digne de nous défier ! Je graverai le nom de la maison Banfield dans mon cœur. »
Il considérait Liam comme un bon guerrier, mais rien de plus. C’était le cas jusqu’au prochain rapport qu’il reçut.
« Prince Isel ! L’un des douze Dévas sous votre commandement direct, Mathe Haj, est tombé au combat ! »
Les yeux d’Isel s’écarquillèrent. « Qu’est-ce que tu as dit ? »
Au début, il ne pouvait pas croire le rapport. Après tout, les douze Dévas étaient des guerriers qu’il avait personnellement sélectionnés. C’étaient des camarades puissants et intrépides qui avaient combattu à ses côtés sur d’innombrables champs de bataille. Ils constituaient la force centrale de l’armée d’Isel et avaient enterré d’innombrables ennemis jusqu’à présent. Ils étaient armés d’armes humanoïdes de pointe fabriquées par l’Autocratie. Il était ridicule de les croire capables de perdre. C’est pourquoi Isel sourit.
« Qui l’a tué ? » demanda-t-il, souriant alors qu’il venait d’apprendre la mort d’un ami cher.
« Liam Sera Banfield ! »
Isel et tous les autres guerriers présents sur le pont échangèrent un regard et sourirent à l’unisson.
« Il est fort ! »
« C’est un gâchis de le laisser en tant que simple comte ! »
« Si j’étais un peu plus jeune, j’irais moi-même prendre sa tête ! »
Les guerriers de l’Autocratie étaient toujours enthousiastes lorsqu’un ennemi puissant apparaissait. Il fallait s’attendre à ce que des guerriers meurent sur le champ de bataille, et le respect des ennemis qui les avaient tués était tout aussi naturel.
Isel écarta les bras. « Gah ha ha ha ! Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit un ennemi aussi puissant ! Eh bien, il est tout à fait poli que je l’affronte moi-même, n’est-ce pas !? »
L’équipage de la passerelle avait applaudi lorsque leur commandant suprême annonça sa propre participation à la bataille, sans qu’aucun d’entre eux ne tente de le décourager.
« Le prince Isel rejoint le combat ! »
« Le guerrier le plus fort de l’Autocratie entre en scène ! »
« Prévenez le reste de la flotte ! »
Les troupes de l’Autocratie avaient poussé un grand cri de joie alors même que l’Avid continuait à déchirer les armes humanoïdes sur l’écran devant eux.
☆☆☆
J’avais remarqué quelque chose en parcourant le champ de bataille à bord de l’Avid.
« Ces personnes sont-elles vraiment folles ? »
Dans l’Empire, l’Autocratie était perçue comme l’étaient les guerriers de Shimazu ou de Kamakura dans mon existence précédente. Ils se battaient sans peur sur le champ de bataille — et le fait de voir cela de mes propres yeux me fit vraiment comprendre à quel point c’était contre nature.
Dans l’Avid, j’avais attrapé la tête d’une unité ennemie et je l’avais écrasée en la jetant au loin. Les ennemis suivants s’étaient mis à grouiller autour de moi. J’avais balancé ma lame sur eux, les détruisant tous d’un seul coup, et d’autres ennemis encore s’étaient pressés autour de moi. J’avais eu beau démontrer l’énorme différence entre nos capacités, les chevaliers mobiles de l’Autocratie continuaient à charger.
J’avais alors donné un coup de pied à la tête d’un chevalier mobile qui s’était précipité sur moi, l’écrasant, et j’avais tiré à travers son cockpit avec le fusil que l’Avid tenait en main. Les ennemis explosaient sans cesse autour de l’Avid, mais d’autres continuaient à se précipiter sur moi. S’il s’était agi de pirates de l’espace, ils se seraient enfuis depuis longtemps. Ces Autocrates étaient méchants, ils me pressaient avec joie, quel que soit le nombre d’ennemis que j’éliminais.
« Ces gars-là n’ont-ils pas peur ? Comprenez maintenant la différence de nos capacités ! »
J’avais coupé en deux un chevalier mobile qui s’approchait avec ma lame laser, puis j’avais bougé sur le coté. Lorsque je m’étais libéré des essaims d’ennemis qui se pressaient autour de l’Avid, j’avais plissé les yeux, observant l’état de la bataille dans son ensemble.
« On dirait que les choses se corsent. »
Nous avions porté un coup puissant à l’ennemi pendant qu’il était désorienté, mais notre position supérieure ne durerait pas éternellement. Ils allaient finir par nous submerger par leur nombre. Les chevaliers mobiles de la maison Banfield s’étaient battus avec acharnement, mais ils commençaient à être repoussés.
« Est-ce que j’utilise mon atout maintenant, ou… ? »
Avant que je puisse me décider, j’avais senti quelque chose au loin.
« Cela va poser des problèmes… »
☆☆☆
« N’est-ce pas génial d’être entouré d’ennemis partout où tu regardes !? »
L’Ericius que pilotait Chengsi avait la particularité d’avoir son armature interne exposée. C’était un chevalier mobile tellement axé sur l’offensive qu’il n’utilisait que le strict minimum en matière de blindage. Chengsi était probablement la seule personne à avoir choisi de piloter un tel engin.
L’Ericius était également équipé d’armes à rayons à divers endroits de son corps. Il excellait dans les combats à courte et à longue distance, ses maigres défenses étant son seul point faible.
Au milieu du chaos, Chengsi avança en évitant les attaques de l’ennemi. Lorsqu’un appareil ennemi s’approchait d’elle, elle armait son chevalier mobile d’aiguilles laser, ce qui lui donnait la forme d’un hérisson avec plein de piques qui lui sortait de tout le corps.
« Tu es sur mon chemin. »
Elle passa en trombe devant l’unité ennemie, qui explosa, en étant découpé en rubans. Se faufilant à travers l’explosion, l’Ericius engagea chaque nouveau chevalier mobile ou vaisseau ennemi qu’il rencontrait.
Cependant, même Chengsi commençait à être fatiguée. À l’intérieur du cockpit, elle était couverte de sueur et respirait bruyamment.
« Haaah... haaah... J’aimerais jouer davantage, mais mes réserves d’énergie commencent à être un peu faibles. »
En plus de ses faibles défenses, cette arme « hérisson » était en fait un autre des défauts de l’Ericius. C’était une caractéristique qui mangeait rapidement les réserves d’énergie de l’engin, si bien qu’il devait se ravitailler grâce à des réservoirs stockés avec de la magie spatiale. Les guerriers de l’Autocratie s’étaient avérés être des ennemis difficiles. En les combattant, Chengsi avait dépensé tellement d’énergie qu’elle avait déjà épuisé ses réservoirs.
« J’aimerais au moins éliminer une grosse cible avant de prendre la fuite. »
Chengsi jeta son dévolu sur la classe-forteresse de l’Autocratie, qu’elle ne pouvait même pas voir sur son écran à moins de zoomer. D’après son positionnement, elle pouvait deviner que le commandant ennemi se trouvait à bord de ce vaisseau.
Mais dans l’état actuel des choses, l’Ericius serait à court d’énergie avant d’atteindre la classe-forteresse. Elle envisagea d’abandonner, puis lécha ses lèvres peintes.
« Eh bien, n’est-ce pas un spectacle intéressant ? Alors je vais te faire face. »
L’arme humanoïde qui venait d’être lancée de la classe-forteresse avait un design unique à huit bras. Elle se dirigeait quelque part, ignorant complètement l’Ericius.
« Je ne crois pas que j’aime ton attitude ! »
L’Ericius ouvrit une partie de l’armure sur sa cuisse pour révéler une arme à rayons dispersés. Plusieurs faisceaux fins en sortirent et s’incurvèrent, se dirigeant vers l’arme humanoïde à huit bras. Cependant, l’engin ennemi avait alors brandi d’une main une arme ressemblant à un khakkhara, déviant les rayons de Chengsi.
« Désolé, mais je n’ai pas le temps de jouer avec toi. Le comte Banfield m’attend. »
En entendant le nom de Liam, Chengsi ouvrit en grand la bouche pour rire. « Ce n’est pas la peine que tu l’affrontes. Tu vas mourir ici, après tout ! »
L’Ericius fila vers le vaisseau ennemi, qui avait fait signe aux vaisseaux de garde qui l’entouraient de se retirer.
« Tu as l’air d’être un sacré guerrier toi aussi, mais tu n’es pas de taille face à moi. »
L’Ericius était équipé de griffes acérées sur ses deux mains. Chengsi déploya ces lames et les poussa en avant, mais l’engin ennemi repoussa l’attaque facilement avec son khakkhara.
« Argh ! » Chengsi tenta alors de s’éloigner de l’ennemi, mais celui-ci le poursuivit.
« Est-ce tout ce que tu as ? »
« Tu es bon… ! J’ai des frissons ! »
L’Ericius déploya ses aiguilles à rayons et fonça sur l’engin ennemi, qui avancait trop près et entrait dans sa portée de son attaque spéciale.
« Maintenant, danse avec moi ! »
L’Ericius tournoya vers l’ennemi en faisant feu de ses aiguilles, mais le khakkhara de l’ennemi bloqua chaque faisceau.
« Hein… ? »
Chengsi resta sans voix. L’unité ennemie avait repoussé son attaque sans effort.
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