Bienvenue au Japon, Mademoiselle l’Elfe – Tome 10 – Chapitre 1 – Partie 4

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Chapitre 1 : La fête de l’équipe Améthyste

Partie 4

Toutefois, une chose n’avait pas changé chez Kaoruko : la façon dont elle les regardait. Elle affichait une expression chaleureuse et détendue, comme si elle observait ses enfants chéris. Elle semblait ravie qu’elles nous aient emmenés ici, et je comprenais parfaitement ce qu’elle ressentait. C’est exactement pour cette raison que je les emmenais souvent manger dans de bons restaurants et visiter des endroits sympas.

« Ahh ! Quelle odeur délicieuse ! Ça n’a rien à voir avec le poulet auquel je pensais. Kitase, c’est quoi ce truc qui ressemble à du bois brûlé ? » demanda Wridra.

« Le charbon recouvert de poudre blanche s’appelle du binchotan. Contrairement à la cuisson directe au feu, il rend la peau croustillante et parfumée, tout en conservant une incroyable tendreté à l’intérieur. C’est le binchotan qui lui confère cette odeur et cette saveur si caractéristiques. Tu devrais vraiment essayer. On va bien manger ce soir, Wridra. »

C’était le moment idéal pour susciter leur enthousiasme. Tout comme l’odorat et la vue, les mots avaient le don de stimuler l’appétit. Comme je m’y attendais, les yeux de la belle brune s’illuminèrent encore davantage. Ses joues rougirent d’impatience et elle déglutit bruyamment en songeant au repas qui l’attendait.

Wridra s’accrocha à mon bras, ce qui était rare. Elle le fit simplement pour se rapprocher et regarder les yakitori, des brochettes de poulet, pendant que nous attendions d’être servis. Cela ressemblait moins à l’étreinte d’un couple amoureux qu’à une tentative de ma part de retenir un chat curieux.

Les ballades pop japonaises qui passaient dans les haut-parleurs donnaient à l’endroit une atmosphère particulière et les odeurs appétissantes le rendaient irrésistible. Mais l’endroit n’avait pas l’air vieillot. Tout le bois utilisé pour la décoration lui donnait un côté moderne. C’était un endroit populaire auprès d’une clientèle variée, y compris des touristes.

Dès que nous nous étions installés, j’avais ouvert le menu et commencé à commander. Je m’attendais à devoir expliquer les plats aux dames, car elles n’avaient pas l’habitude de fréquenter ce genre d’endroit. Mais Marie pointa immédiatement les ailes de poulet et s’exclama : « Je veux ça ! »

Wridra ajouta : « Je veux ça, ça et… » Sa commande semblait interminable.

J’avais jeté un coup d’œil aux Ichijo et j’avais croisé leur regard. Nous avions tous les trois décidé sans parler de partager l’addition. Toru hocha la tête, comme pour dire : « On avait prévu de payer, mais c’est mieux comme ça. »

Kaoruko acquiesça.

Après une attente impatiente, nous avions reçu une assiette remplie d’ailes. Le poulet doré grésillait, et les morceaux carbonisés le rendaient encore plus appétissant. Pour les non-initiés, les brochettes semblaient être une méthode de cuisson primitive, car cela paraissait être quelque chose que n’importe qui pouvait faire, mais c’était tout simplement faux. Il fallait en effet remplir certaines conditions pour cuisiner avec du binchotan : du poulet de bonne qualité, une connaissance approfondie du temps de cuisson de chaque morceau et des assaisonnements adaptés.

Les trois invitées d’un autre monde mordirent dans les brochettes de poulet. Leurs dents plongèrent dans la surface croustillante et carbonisée, puis elles sentirent l’odeur de grillé et le jus leur coula dans la bouche. Leurs yeux écarquillés témoignaient de leur incrédulité : un simple morceau de poulet saupoudré de sel pouvait-il vraiment être si bon ?

Les visiteurs étrangers auraient probablement pensé qu’il s’agissait d’un restaurant qui cuisinait simplement du poulet. Partout dans le monde, les restaurants servaient toutes sortes de plats sophistiqués et colorés. Comparé à cela, le yakitori semblait plutôt fade, mais le Japon était un pays qui cherchait sans relâche à perfectionner l’art culinaire. C’est peut-être pour cette raison que les trois femmes gémissaient de plaisir en savourant leurs brochettes. Elles se demandaient sans doute comment une viande assaisonnée de sel et réchauffée pouvait avoir un goût si riche. C’était peut-être justement cette simplicité qui faisait ressortir la saveur authentique des ingrédients.

Comme Toru l’avait mentionné plus tôt, le yakitori était très apprécié des touristes. J’avais entendu dire qu’un homme qui s’était rendu au Japon pour affaires avait goûté au yakitori et l’avait tellement apprécié qu’il avait multiplié les voyages d’affaires dans le seul but de manger à nouveau ces brochettes de poulet. Un jour, alors qu’il faisait des heures supplémentaires, il avait murmuré qu’il voulait rentrer chez lui pour ouvrir un restaurant de yakitori.

Un bon repas ne serait pas complet sans de bonnes boissons. Nous attendions avec impatience que la bière arrive et nos mains s’étaient immédiatement dirigées vers les chopes glacées. La bière gazeuse était parfaite pour faire passer le gras du poulet. Mais juste avant de prendre une gorgée, je m’étais souvenu pourquoi nous étions là.

« Désolé, j’avais complètement oublié que c’était une fête », dis-je, et les trois femmes écarquillèrent les yeux. Elles éclatèrent de rire, probablement par gêne, en réalisant que leur appétit avait pris le dessus. « Nous célébrons la conquête du troisième étage de l’ancien labyrinthe, la victoire de Wridra sur le dragon de la providence et la défaite des forces de Gedovar, même si nous n’y avons pas vraiment participé. Quoi qu’il en soit, nous avons surmonté des combats incroyablement difficiles grâce à tout le monde ici présent. »

Je souris sans m’en rendre compte. En y repensant, nos exploits étaient vraiment incroyables. À une autre époque, ceux qui s’étaient rassemblés à l’oasis auraient peut-être été acclamés comme des héros; peut-être les habitants d’Arilai les considéraient-ils déjà comme tels. C’était la première fois qu’ils défendaient l’oasis contre l’armée de Gedovar et ils en étaient sortis victorieux. Je me demandais si l’on pouvait vraiment fêter cela dans un restaurant ordinaire après un exploit aussi monumental.

Mais en voyant l’expression sur le visage des femmes, j’avais su que nous avions fait le bon choix. Je voyais bien que Wridra se disait : « Dépêche-toi de finir pour que je puisse manger. » Je devais conclure avant qu’elle ne me déteste. Son regard me faisait peur.

« Alors, à votre santé. Profitez de ce délicieux repas digne de la gloire de l’équipe Améthyste. »

Nos chopes de bière tintèrent et je fus heureux de voir les visages souriants de tous.

Il existe toutes sortes de règles de savoir-vivre à table dans le monde, mais ici, on n’y prête pas attention. Après tout, les brochettes étaient assez primitives : il suffisait de les prendre et de mordre dans la viande. Quiconque y goûtait comprenait rapidement pourquoi ce plat était si populaire depuis si longtemps.

« Mmmh ! Délicieux ! Ce n’est que du poulet grillé, mais il a un goût si intense et savoureux ! Le gras est tout simplement incroyable ! » s’exclama Wridra.

« Mon Dieu, la peau du poulet japonais est tellement parfumée ! » s’écria Marie. « Oh, c’est trop bon ! Je vais prendre du poids ! Ah, et cette viande est tellement savoureuse ! Il a une texture si fondante et une saveur à la fois légère et corsée ! Je lui donne un dix sur dix ! »

Le poulet, cuit à haute température sur du binchotan, était croustillant à l’extérieur et moelleux et sucré à l’intérieur. C’était amusant de voir Shirley acquiescer vigoureusement avec les autres.

Comme ils étaient en public, Marie cachait ses longues oreilles d’elfe caractéristiques. Elle semblait particulièrement apprécier les ailes et en prit une autre bouchée avant d’essuyer le jus sur ses lèvres.

« J’ai goûté à de nombreuses cuisines différentes, mais j’adore la façon dont la cuisine japonaise met en valeur les vraies saveurs des ingrédients grâce à des méthodes de cuisson simples. C’est incroyable qu’il n’y ait que du sel comme assaisonnement, ça me rend étrangement nostalgique », dit-elle.

Cela m’a rappelé son village elfique, où nous avions passé du temps ensemble quand nous étions jeunes. Le village était en symbiose avec la nature et la vie y était rythmée par la chasse et la cueillette. Peut-être ce genre de repas lui rappelait-il son enfance. À la différence de la volaille qu’elle avait l’habitude de manger, le poulet jidori semblait regorger de la saveur authentique du poulet. La simplicité de la cuisson rendait cette différence encore plus flagrante. Les Ichijo étaient les mieux placés pour expliquer en quoi le poulet de marque et le jidori se distinguaient des autres, et ils lui firent un résumé.

Marie répondit simplement : « Ils élèvent leurs poulets comme s’ils étaient de la royauté. » Cette remarque fit rire tout le monde à table.

Les plats savoureux, accompagnés de boissons bien choisies, nous avaient bien délié la langue, sauf pour une femme. Wridra, les joues rougies par l’alcool, soupirait avec un air mécontent, pour une raison que j’ignorais. Ses cheveux noirs et soyeux ondulaient lorsqu’elle se tourna vers moi, me regarda dans les yeux et me dit : « J’aimerais tellement ramener ce goût au manoir ! Le vrai goût du poulet, du bœuf et aussi du porc ! Mais je dois malheureusement admettre que je n’ai pas les moyens de me les procurer. Que le destin est cruel ! Malgré ma richesse dans l’autre monde, je suis incapable d’obtenir ce que je désire le plus ! »

Euh… C’est donc du poulet que Wridra désire le plus ?

Je m’attendais à ce qu’elle aborde un sujet plus sérieux. J’avais du mal à croire que ces mots sortaient de la bouche de quelqu’un qui avait atteint le summum de la maîtrise de la sorcellerie. Tout d’abord, si elle amenait du poulet dans l’autre monde, il caquetterait sous mon oreiller toute la nuit. C’était hors de question pour moi, mais Marie et Shirley acquiesçaient vigoureusement.

« C’est vraiment dommage que l’argent de l’autre monde ne serve à rien ici. On aurait pu l’utiliser pour acheter de la nourriture, des vêtements ou partir en vacances. Je ne suis même plus très contente quand je reçois des récompenses pour avoir accompli des missions ces derniers temps », dit Marie.

« Je comprends », lui ai-je répondu. « Dans le monde des rêves, je veux de l’aventure et du combat, et l’argent ne m’intéresse pas. Rien n’est plus exaltant que de se mesurer à un adversaire qui semble invincible, et c’est une bonne façon de se détendre après le travail. C’est ce que tu veux dire, non ? »

« Non, pas du tout. Tu parles d’autre chose », répondit-elle avec un regard froid. Même Shirley secouait la tête. « Je pensais vraiment qu’on était sur la même longueur d’onde. »

Les Ichijo trouvèrent cependant cet échange amusant et éclatèrent de rire. Cela me confirma que notre relation avait beaucoup changé depuis que nous leur avions révélé notre situation; nous communiquions beaucoup plus facilement avec eux.

Après avoir bien ri, Toru reprit son souffle, puis sourit et dit : « Je ne comprends pas vraiment cet amour pour le combat, mais je comprends à quel point une cuisine exceptionnelle peut être impressionnante. La moitié de la raison pour laquelle je voyage partout avec Kaoruko, c’est pour découvrir toutes sortes de cuisines. »

« Il a raison. Mais dans son cas, l’autre moitié, c’est l’alcool », dit Kaoruko en jetant un regard réprobateur à son mari qui gémit en se couvrant le front de sueur froide.

Les brochettes, les assiettes et les bières utilisées par Kaoruko étaient soigneusement rangées sur la table, reflétant sa personnalité de bibliothécaire assidue. Toru, en revanche, manipulait ses assiettes avec une notable grossièreté. J’avais l’impression d’avoir un aperçu de leur comportement pendant leurs voyages.

« Désolé… Il est difficile de résister à l’envie de goûter les boissons locales quand on voyage. Mais se promener dans ce labyrinthe ancien et goûter des plats qu’on ne trouve qu’ici a aussi été une expérience incroyable », dit Toru avec sincérité.

« Je comprends ce que tu veux dire », répondit Kaoruko d’un ton sincère en hochant la tête.

Le deuxième étage avait retrouvé une nouvelle vie grâce à Shirley, qui venait de manger un plat composé d’algues, de poulet et de piments shishito sur du riz blanc. Ceux qui connaissaient l’état précédent de cet étage auraient été choqués de le voir aujourd’hui recouvert d’une végétation luxuriante. La terre était pleine de vie, et Shirley était sur le point de devenir une déesse. Pourtant, elle regardait fixement son bol, comme si elle pensait : « C’est tellement bon ! » Shirley mâcha un moment, puis jeta un coup d’œil à Wridra, comme pour lui dire : « Faisons ça ensuite. »

Mais l’Arkdragon acquiesça simplement en la regardant dans les yeux.

Êtes-vous en train de remodeler complètement le labyrinthe historique selon vos propres intérêts ?

Je me demandais comment le légendaire Arkdragon, qui existait depuis des temps immémoriaux, avait pu devenir si glouton. Puis, le jour où je lui avais tendu ma boîte à lunch alors qu’elle avait pris forme humaine, me revint à l’esprit.

Elle avait été tellement fascinée qu’elle avait enlacé la boîte à lunch. Est-ce que cela avait pu la pousser à changer ? Est-ce que c’était la pomme interdite qui avait conduit la maîtresse de la magie sur la voie de la gastronomie ? Non, c’était impossible, ce n’était qu’une coïncidence. Je me l’étais répété plusieurs fois, pâle, assis sur le bord de ma chaise.

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