Mushoku Tensei (LN) – Tome 4

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Chapitre 1 : Port Venteux

Partie 1

Je m’appelle Rudeus Greyrat, et je suis un joli garçon qui venait de fêter mon onzième anniversaire il y a quelques jours. En tant que magicien expérimenté, j’avais acquis de la notoriété pour ma capacité à utiliser la magie silencieuse et pour ma façon unique de mélanger les différents éléments.

Il y a un an, j’avais été pris dans un désastre magique et téléporté sur le Continent Démon. Ma ville natale était exactement de l’autre côté de la carte, dans la région de Fittoa du Royaume d’Asura, ce qui signifiait que je devrais voyager à l’autre bout du monde pour revenir.

J’étais devenu un aventurier pour gagner de l’argent alors que je commençais le long voyage du retour. L’année dernière, j’avais traversé avec succès le Continent Démon.

 

◇ ◇ ◇

Port Venteux, la seule et unique ville portuaire du Continent Démon, possédait un paysage urbain composé de collines vallonnées. Depuis l’entrée, vous aviez une vue imprenable sur toute la ville. La plupart des maisons étaient faites de boue et de pierre dans le style typique du continent, mais il y avait parfois ici et là des maisons en bois. À l’autre bout de la ville se trouvait le port. C’était là, plutôt qu’à l’entrée principale, que se trouvait tout le tapage. C’était aussi à cet endroit où les colporteurs s’étaient installés.

C’était une ville qui possédait sa propre saveur, différente des autres que j’avais vues auparavant. Au-delà du port, en face de la ville, la mer s’étendait à perte de vue. Quand avais-je vu l’océan pour la dernière fois ? Probablement à l’époque où je fréquentais un collège sur la côte.

Ce monde était différent du nôtre, mais la mer ne l’était pas. C’était le même bleu, avec le même bruit de vagues déferlantes et d’oiseaux qui ressemblaient à des mouettes. Il y avait même des voiliers. C’était la première fois que j’en voyais un. Je les voyais de temps en temps dans des films, mais en voyant un vrai voilier fait de bois avec ses voiles de tissu déroulées, glissant à travers l’eau, mon cœur battait comme si j’étais encore un jeune garçon.

Il devait y avoir un mécanisme dans ce monde qui permettait à un bateau de naviguer en vent contraire. En fait, vu le monde dans lequel j’étais, ils étaient peut-être propulsés vers l’avant grâce à la magie du vent.

« Regardez ! »

Dès notre arrivée en ville, la fille aux cheveux roux qui montait un lézard avec moi s’était soudainement levée. Elle s’appelait Éris Boreas Greyrat. C’était la petite-fille de Sauros, le seigneur féodal de la région Fittoa du royaume d’Asura, et aussi mon élève lorsque je travaillais comme tuteur dans sa maison. Elle était féroce et gâtée quand nous nous étions rencontrés pour la première fois, mais elle était devenue plus flexible récemment, assez flexible pour écouter ce que les gens avaient à dire. Elle avait été téléportée avec moi et je devais la ramener en sécurité à la maison.

« Regarde, Rudeus ! L’océan ! »

Les mots qui passaient sur lèvres étaient dans la langue fluide du Dieu Démon. J’avais souligné l’importance de la parler tout le temps. Ruijerd et moi parlions aussi dans la langue du Dieu Démon autant que possible. En conséquence, les compétences linguistiques d’Éris s’étaient considérablement améliorées ces derniers temps. C’était ce que je soupçonnais, la façon la plus rapide de s’améliorer dans une langue étrangère était de l’utiliser aussi souvent que possible. Certes, Éris ne savait ni lire ni écrire dans cette langue. Ce n’était pas une langue si difficile, mais ce n’était pas non plus quelque chose que l’on pouvait maîtriser en un an.

D’un autre côté, je ne lui avais pas enseigné la magie depuis mon arrivée sur le Continent Démon. Ainsi, non seulement elle ne pouvait pas jeter des incantations silencieuses, mais elle avait probablement aussi oublié les chants eux-mêmes.

« Éris, attends ! Où vas-tu comme ça ? On ne sait même pas encore où l’on va passer la nuit ! »

Éris s’arrêta quand je l’avais appelée. C’était la troisième fois que nous avions cet échange depuis notre arrivée sur le continent des démons. La première fois, elle s’était perdue, la deuxième, elle s’était battue dans une rue. Je n’allais pas avoir un troisième incident.

« C’est vrai! Je vais me perdre à nouveau si nous ne choisissons pas d’abord une auberge! »

Elle se rapprocha de nous, regardant constamment la mer par-dessus son épaule.

À bien y penser, c’était probablement la première fois qu’elle voyait quelque chose comme ça. Il y avait quelques rivières près de Fittoa et apparemment Sauros l’avait emmenée là-bas pendant ses jours de congé et il l’avait laissée jouer dans l’eau. Malheureusement, je n’étais jamais allé avec eux, alors je ne savais pas à quel point elle connaissait les plans d’eau.

« Pouvons-nous nager? »

Je penchai la tête à ses mots.

« Veux-tu nager dans le port? »

« Exactement! »

J’aurais peut-être voulu cela pour des raisons égoïstes, mais c’était un souhait destiné à ne pas se réaliser. Cela était dû au fait qu’il manquait un élément important dans cette équation.

« Tu n’as pas de maillot de bain, n’est-ce pas? »

Ai-je demandé.

« Qu’est-ce que c’est qu’un maillot de bain? Je n’en ai pas besoin! »

Sa réponse était si choquante que je ne pouvais pas cacher ma confusion. C’est quoi un maillot de bain, je n’en ai pas besoin, dit-elle. Alors elle voulait nager totalement nue… ? Non, pas possible. Cela ne pourrait pas être ça. Très probablement, elle voulait nager dans ses sous-vêtements. Je l’imaginais vêtue de son sous-vêtement, de l’eau qui coulait sur elle. Le tissu humide adhérerait à son corps et à travers le matériau transparent, je pourrais voir la couleur de sa peau, ainsi que les légères saillies sur sa poitrine.

Pourquoi ne les avais-je jamais rejoints quand elle allait jouer dans l’eau à Fittoa? Oh oui, parce que j’étais occupé. Même pendant mes congés, j’étais préoccupé par quelque chose. Malgré tout, j’aurais dû l’accompagner une fois au moins.

Non, ce n’était pas le moment d’y penser. J’avais besoin de me concentrer sur la ville juste devant moi. Vivre dans le présent. C’est ça, vis dans le présent ! Woo-hoo, l’océan !

« Non, tu ne devrais pas nager dans cet océan. »

Une voix vint par derrière comme un seau d’eau glacée.

Quand je regardais en arrière, je vis que Ruijerd était assis là, avec sa tête chauve et une cicatrice tendue sur son visage, comme un yakuza. Son nom complet était Ruijerd Superdia. C’était un démon, un démon qui aimait les enfants et qui dès le départ avait pris sur lui de nous escorter, alors que nous étions si perdus que nous ne savions même pas où donner de la tête. Maintenant qu’il était chauve, il était impossible de dire qu’il avait les fameux cheveux vert émeraude de la race des Superds. Dans ce monde, les démons aux cheveux vert émeraude étaient considérés comme un symbole de peur. Ruijerd s’était coupé les cheveux pour nous. Restaurer l’honneur du nom de son peuple n’était qu’un des moyens de rembourser ma dette envers lui.

« Il y a beaucoup de monstres là-dedans. »

Une gemme rouge incrustée dans le front de Ruijerd lui donnait une sorte de sixième sens. Il agissait comme un radar qui pouvait détecter la présence de tout être vivant à plusieurs centaines de mètres de son porteur. Avec une telle capacité pratique, il était facile de penser que nous pouvions rapidement détruire toutes ces créatures dans l’océan, mais peut-être que ce n’était pas aussi puissant que je le pensais. Peut-être que ces profondeurs sombres étaient impénétrables.

Nah. Malgré tout, on devrait quand même pouvoir nager un peu, non ? Nager dans le port était peut-être trop dangereux, mais je pourrais au moins utiliser la magie de la terre sur une plage voisine pour créer notre propre petite piscine.

Non… il y avait encore une chance que cela puisse être dangereux. Il existait des bêtes qui possédaient leurs propres pouvoirs. Certains d’entre eux pourraient sauter par-dessus ma barrière. Ça pourrait finir en un moment sexy si c’était une pieuvre, mais si c’était un requin, nous serions dans une reconstitution réelle des Dents de la mer.

Il n’y avait pas vraiment le choix. Il était préférable d’abandonner l’idée d’une baignade dans l’océan. Il n’y avait vraiment rien d’autre à faire.

« Il n’y aura pas de bain de mer cette fois. Allons trouver notre auberge et rejoignons la guilde des aventuriers. »

« D’accord… »

Éris avait l’air déprimée.

Hmm. J’étais toujours très intéressé de voir à quel point son corps était tonique. Nous n’avions pas eu beaucoup d’occasions de vérifier la croissance de l’autre au cours de la dernière année. C’était difficile de jauger quoi que ce soit à travers ses vêtements, mais peut-être que si nous étions sur la plage publique, je pourrais en voir un peu plus. Oui, c’est vrai, on devrait faire ça.

« Même si on ne peut pas aller dans l’eau, on pourrait au moins jouer sur la plage, non ? »

« La plage ? »

« Il y a quelque chose qui s’appelle sable près de l’océan. Au bord de l’eau, ce sable s’étend assez loin », expliquai-je.

« Et quelle partie est censée être amusante ? » demanda Éris.

« Sur la plage, tu peux t’asperger d’eau et… »

« Rudeus, tu as encore cet air bizarre sur ton visage. »

« Ugh. »

Apparemment, mes émotions avaient trop facilement changé mon faciès.

Tandis que j’essayais de retirer cet air lubrique de mon visage, Éris tourna les yeux vers l’océan et sourit.

« Mais ça a l’air intéressant ! Faisons ça après ! »

Elle donna un coup de pied joyeux et s’envola dans les airs, tout en retournant vers le lézard. C’était un saut incroyable. Juste le bruit de son décollage me fit sursauter, c’était comme un faible bruit de battement. Elle avait vraiment tonifié ses jambes et le bas de son corps. En ce moment, cela complétait vraiment sa carrure, mais j’imaginais qu’elle deviendrait encore plus musclée à l’avenir, et cela m’inquiétait un peu.

 

◇ ◇ ◇

Une fois que nous avions choisi notre auberge et que nous étions montés à bord de notre lézard, nous nous étions dirigés directement vers la guilde des aventuriers. Une foule diversifiée d’aventuriers criaient autour de la guilde des aventuriers de Port Venteux. Ce n’était pas un spectacle inconnu, mais il semblerait qu’il y avait un nombre considérable d’humains présents cette fois-ci. Une fois que je passerai sur le continent Millis, leur nombre allait sûrement augmenter de façon exponentielle.

Il y avait un regard incertain sur le visage de Ruijerd quand j’étais allé voir comme à l’accoutumée le tableau d’affichage

« Je croyais qu’on allait traverser la mer immédiatement ? »

« Je ne fais que regarder. De toute façon, j’ai entendu dire qu’on pouvait gagner un meilleur revenu sur le continent Millis. »

Vous pourriez obtenir un meilleur revenu sur le continent Millis parce que la devise était différente. La monnaie du continent Millis était divisée en six types : le dollar royal, le dollar, les pièces d’or, les pièces d’argent, les grandes pièces de cuivre et les pièces de cuivre. En comparant cela à la monnaie la plus faible du Continent Démon, qui était la pièce de monnaie en pierre :

1 dollar royal = 50 000 pièces en pierre

1 dollar = 10 000 pièces de monnaie en pierre

1 pièce d’or = 5 000 pièces de pierre.

1 pièce d’argent = 1 000 pièces de pierre

1 grosse pièce de cuivre = 100 pièces de pierre

1 petite pièce de cuivre = 10 pièces de pierre

***

Partie 2

Une mission de rang B sur le continent des démons vous permettait d’amasser entre cinq et dix pièces de ferraille, ce qui faisait 150-200 pièces de monnaie en pierre. Si les missions du Continent Millis classées B valaient la peine, supposons cinq grosses pièces de cuivre, cela représenterait 1 500 pièces de pierre. C’était donc dix fois plus. Il valait mieux se faire de l’argent sur le Continent Millis.

Cela dit, si nous avions le temps de faire des quêtes avant que notre navire soit prêt, nous prendrions probablement l’un des emplois ici. En général, on ne prenait que des missions de rang B. Non seulement les missions classées A et S étaient dangereuses, mais la plupart d’entre elles duraient plus d’une semaine. Si nous voulions un revenu quotidien constant, les emplois de rang B étaient notre meilleure option. C’est aussi la raison pour laquelle je n’avais pas l’intention d’élever notre groupe au rang S, car cela signifierait que nous ne pourrions plus accepter de missions de rang B.

En fait, en tant que groupe de rang A, vous pourriez entreprendre de toute façon des missions classées S. J’avais d’abord mis en doute la nécessité d’avoir un rang S dans le système de classement des groupes. Quand j’avais interrogé un membre du personnel de la guilde à ce sujet, il m’avait dit qu’il y avait des avantages spéciaux si vous passiez au rang S. Je n’avais pas cherché plus loin, mais j’avais deviné que cela signifiait obtenir des rabais plus importants pour l’hébergement, se voir attribuer des emplois de guilde de meilleure qualité, ou l’assurance qu’ils fermeraient les yeux sur certains agissements douteux d’un groupe. Quelque chose comme ça.

Ceux qui bénéficiaient le plus de ces avantages étaient principalement les aventuriers qui allaient plonger dans des labyrinthes. Notre groupe n’avait pas de tels plans. C’était dangereux et il fallait des jours pour terminer une telle entreprise. Nos missions étaient principalement de rang B, et nous n’avions pas l’intention de passer au rang S dans un avenir proche.

Éris, bien sûr, n’était pas d’accord sur ce point.

Pour en revenir au point principal, nous étions des aventuriers dont le principal motif était de gagner de l’argent, donc si aller au Continent Millis était le moyen le plus rapide de le faire, embarquer immédiatement sur un bateau était dans notre meilleur intérêt.

« Au fait, d’où partent les bateaux ? » avais-je demandé.

« Du port, bien sûr. »

« Oui, mais dans quelle partie du port ? »

« Demande à quelqu’un », dit Ruijerd.

« Oui, monsieur. »

Je m’étais approché du guichet. Derrière, il y avait une femme humaine. En fait, la plupart des membres du personnel étaient en général des femmes et, pour une raison ou une autre, elles avaient tendance à être généreusement dotées, probablement à des fins esthétiques.

« J’aimerais aller sur le Continent Millis, savez-vous ce que je devrais faire pour y arriver ? », ai-je expliqué.

« Veuillez poser vos questions au poste de contrôle. »

« Poste de contrôle ? »

« Une fois à bord d’un bateau, vous serez au-delà des frontières de notre pays. »

En d’autres termes, la guilde n’avait aucune juridiction sur les voyages internationaux, donc son personnel n’avait pas la responsabilité de me guider sur ce sujet. Hm. Dans ce cas, il était temps de se diriger vers le poste de contrôle. Puis, au moment où j’allais demander une explication plus approfondie…

« Hé, toi ! »

Une voix forte résonnait dans la pièce. Quand j’ai regardé en arrière, Éris avait frappé un homme humain. Il semblait que notre ogive nucléaire se sentait particulièrement explosive aujourd’hui.

« Qui et où crois-tu avoir touché !? »

« C’était un accident ! De toute façon, qui voudrait toucher un cul comme le tien ? »

« Je m’en fiche si c’était un accident ou pas ! Tes excuses ne le sont pas ! »

Éris était devenue très compétente en langue démoniaque. Plus elle se débrouillait, plus elle se battait souvent. Après tout, le fait qu’elle comprenne ce que l’autre parti disait n’était clairement pas une si bonne chose.

« Gahahahaha ! Qu’est-ce que c’est, une bagarre !? »

« Allez, attrapez-les ! »

« Allez, ne laisse pas un gamin te botter le cul ! »

Les bagarres entre les membres de la guilde étaient si fréquentes que la guilde n’avait même pas pris la peine de s’impliquer. En fait, certains membres du personnel avaient même participé en faisant des paris.

« Je vais t’écraser sous mes pieds ! »

« Je suis désolé, j’admets ma défaite. S’il vous plaît, laissez-moi partir, ne saisissez pas ma jambe, stop ! »

Pendant que j’étais distrait, Éris avait jeté l’homme à terre. Dernièrement, elle était devenue une experte dans le blocage d’une personne contre un mur. Elle agissait sans prévenir et décimait son adversaire avec une précision incroyable. Et alors que je réfléchissais à ce qui avait pu si bien l’énerver, elle avait déjà son pied appuyé fermement dans le point sensible de son adversaire. Ces aventuriers classés C n’étaient pas de taille face à elle.

Chaque fois que ses querelles atteignaient un certain point, Ruijerd intervenait toujours.

« Stop », dit-il.

« Lâche-moi, je ne vais pas m’arrêter ! »

« Tu as déjà gagné. Laisse tomber. » Dis Ruijerd.

C’était le même spectacle que d’habitude. Je ne pouvais vraiment pas l’arrêter. Cela était dû au fait que ma façon de l’arrêter était de lui lancer mes bras par-derrière, et c’était à ce moment-là que ma vie serait en danger.

Quelqu’un avait crié : « Un chauve et une rousse féroce… ! Seriez-vous la Mort Certaine ? »

Le silence était tombé de l’autre côté du couloir, et puis :

« Mort Certaine… Veux-tu dire ce démon de la race des Superds… ? »

« Idiot ! Le nom du groupe. Ces fausses rumeurs ont fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps ! »

« J’ai aussi entendu dire que ces rumeurs étaient vraies. »

Oh ?

« J’ai entendu dire qu’ils sont brutaux, mais qu’ils ne sont foncièrement pas si méchants. »

« Tiens donc, il est brutal, mais il est gentil ? Allez, c’est un peu contradictoire. »

« Non, je voulais dire qu’ils ne sont pas tous brutaux. »

La guilde était tombée dans des murmures étouffés.

C’était la première fois que nous vivions quelque chose comme ça. Apparemment, notre groupe était devenu assez célèbre. Je suppose qu’on n’avait pas besoin de répandre la bonne réputation de Ruijerd ici, hein ?

« C’est un groupe de premier ordre ayant seulement trois membres. »

« Oui, c’est incroyable. Quoi qu’il en soit, ça doit être eux. »

« Le chien enragé Éris et le chien de garde Ruijerd, c’est ça ? »

Ils avaient tous les deux des surnoms ! Chien enragé et chien de garde, hein ? Je me demandais pourquoi ils étaient tous les deux des chiens. Et aussi, quel genre de chien serais-je, alors ? J’avais essayé de m’imaginer ça une minute. Ce ne sera certainement pas un chien de combat. Je n’avais rien fait d’assez grand pour mériter ce titre, et je n’avais pas non plus l’air vaillant. Au cours de la dernière année, j’agissais en tant que leader pour le groupe. Alors peut-être un nom plus intellectuel, comme chien fidèle.

« Alors ce nain là-bas doit être le maître du chenil Ruijerd ! »

« J’ai entendu dire que le maître du chenil est le plus méchant de tous. »

« Oui, il ne fait que des choses horribles. »

Qu’est-ce que c’est que ce bordel !

Non seulement le surnom était différent de ce que j’avais imaginé, mais ils ne se souvenaient même pas de mon nom ! Non, attendez, il est vrai que j’utilisais le nom de Ruijerd tout le temps, non ? Pourtant, chaque fois que je faisais quelque chose de bien, je proclamais toujours : « Je suis Ruijerd de la Mort Certaine, et ne l’oublie pas ! » En attendant, chaque fois que je faisais quelque chose de mal, je gloussais fort et je disais : « Mon nom est Rudeus, bwahahahaha ! » Ils n’auraient pas dû confondre les deux, n’est-ce pas ?

Hmm. Après une année de dur travail, j’avais été un peu choqué de découvrir que les gens se souvenaient du nom de tout le monde sauf du mien. Eh bien… Il semblerait que j’avais une image négative attachée à moi, mais au moins les gens n’utilisaient pas mon vrai nom. En plus, maître du Chenil n’était pas un si mauvais titre. Je me demandais ce qu’Éris en penserait ?

« Mais il est plutôt petit. »

« Je parie que c’est ce gamin là-bas, vu qu’il est tout petit ! »

« Hé, hé ! Si tu commences à l’appeler gamin, il te lâchera ses chiens ! »

« Gahahahaha ! »

Avant que je ne réalise ce qui se passait, ils commencèrent à se moquer tous de moi pour quelque chose qui n’avait aucun rapport. Dommage pour eux, j’étais encore en pleine croissance (et je m’en sortais bien, en plus), donc oui, je n’étais peut-être qu’une pousse de bambou pour l’instant. Mais le jour où je deviendrais un arbre magnifique et robuste n’était pas loin.

Ah, oublions ça. Si on se moquait de nous comme ça, Éris retournerait en mode rage démoniaque… c’était du moins ce que je pensais. Au lieu de cela, elle n’arrêtait pas de me jeter des regards avec ses joues rouge vif et rougissantes. Aww, comme c’est adorable !

« Éris, qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Ce n’est rien ! »

Heh heh heh heh. Si ça t’intéresse tant que ça, jette un coup d’œil pendant que je prends ma douche ce soir. Ne t’inquiète pas, je vais tout expliquer à Ruijerd. Si tu veux, on peut même se laver ensemble. Bien sûr, une main, une jambe, un corps ou même une langue pouvaient glisser dans le processus…

Bref, trêve de plaisanterie. Il était temps pour nous de passer au poste de contrôle. Je partirais d’ici avec toute la dignité que l’on attendait d’un « maître de chenil ».

« Mlle Éris, Monsieur Ruijerdoria ! Allons-nous-en ! »

« Pourquoi fous-tu en l’air mon nom comme ça… ? »

« Hmph ! »

Nous étions partis tout en ayant attiré l’attention de la plupart des membres de la guilde placés sur nous trois.

◇ ◇ ◇

Nous étions arrivés au point de contrôle. Cette ville était située sur le Continent Démon, mais le bateau que nous voulions prendre nous emmènerait au Saint pays de Millis. Si vous transportiez des bagages, vous devriez payer des impôts et même l’entrée au pays vous coûterait de l’argent. Il s’agissait soit de prévenir la criminalité, soit simplement d’une opportunité de profit. Ma curiosité mise à part, nous paierions s’ils disaient qu’il le fallait.

« Combien ça coûterait pour nous ? Notre groupe est composé de deux humains et un démon. »

« Cela fera 5 pièces de fer pour les deux humains. Quelle tribu de démons ? »

« Superd. »

L’officier du poste de contrôle lança automatiquement son regard vers Ruijerd. Quand il avait réalisé qu’il était chauve, il poussa un grand soupir, comme s’ils s’adressaient à nous.

« Il vous en coûtera 200 pièces de minerai vert pour le Superd. »

« D,deux cents !? »

Maintenant, c’était à mon tour d’être celui qui était sous le choc.

« Pourquoi est-ce si haut !? »

« Je suis sûr que vous connaissez déjà la réponse. »

Bien sûr que je le savais ! J’avais voyagé avec Ruijerd l’année dernière, comment ne le saurais-je pas ? Il y avait un tel mépris envers la tribu superd que tous ses membres avaient été persécutés sans fondement. Malgré tout, ces frais étaient trop élevés.

« Mais pourquoi une somme aussi élevée ? »

« Ne me le demandez pas. Demandez à la personne qui a pris la décision. »

J’avais continué.

« Pourquoi pensez-vous que c’est si élevé ? »

« Pour prévenir le terrorisme, au cas où quelqu’un en apporterait un comme esclave et le relâcherait sur le Continent Millis. »

Du moins, c’était son interprétation. En d’autres termes, ils traitaient le Superd comme s’il s’agissait d’une bombe à retardement.

« Vous êtes ce groupe, Mort Certaine, c’est ça ? Le faux Superd. Quand vous embarquerez, ils vérifieront quelle sous-race vous êtes. Ne jouez pas les durs et ne falsifiez pas sa race afin de ne pas dépenser deux cents pièces de minerai vert ici, car ils s’en rendront compte sur le bateau de toute façon. »

Les paroles d’avertissement de l’officiel étaient une bénédiction déguisée. Cela signifiait que nous ne pourrions pas prétendre que Ruijerd appartenait à la tribu des Migurds parce que nous serions de toute façon découverts.

« Si nous mentons au sujet de la tribu, aurons-nous à payer une amende ? »

« Oui. Cela sera juste de l’argent que vous aurez gaspillé en mentant à ce sujet. »

Autrement dit, tant qu’on versait l’argent comme il nous l’avait dit, tout irait bien. Le pouvoir de l’argent était impressionnant.

***

Partie 3

Le soleil se couchait déjà lorsque nous étions partis du poste de contrôle. Nous avions décidé de retourner à l’auberge et de manger. Nous avions eu droit à la cuisine unique à base des fruits de mer de la ville portuaire. Le plat principal avait la taille d’un poing. Il était cuit à la vapeur dans de l’alcool de riz avec une touche de beurre à l’ail. C’était délicieux. C’était facilement la meilleure chose que j’avais mangée depuis notre arrivée sur le Continent Démon.

« C’est trop bon ! » dit joyeusement Éris en mâchant, les joues pleines de nourriture.

Au cours de l’année écoulée, elle avait complètement oublié les manières de table habituelles du Royaume d’Asura. Elle coupait sa nourriture avec le couteau dans la main droite, puis la poignarda et la mit directement dans sa bouche. Au moins, elle ne l’enfouissait pas avec ses mains, mais il n’y avait rien de gracieux ou de raffiné. Edna, sa professeure d’étiquette, pleurerait sûrement à chaudes larmes si elle pouvait voir Éris maintenant. C’était aussi ma responsabilité.

« Éris, tes manières à table sont affreuses ! »

Munch, munch.

“Qui diable s’inquiète des manières ?”

En comparaison, les manières de Ruijerd étaient bien meilleures, même si ces manières n’avaient rien de très élégant. Il n’utilisait jamais son couteau, il utilisait sa fourchette pour couper la nourriture et la manger. Il glissa sa fourchette dans le poisson aussi facilement que si c’était du beurre. C’était sans doute les compétences d’un expert.

« Je sais qu’on est encore en plein repas, mais commençons notre réunion stratégique. »

« Rudeus, parler pendant un repas, c’est mal élevé », dit Éris, portant soudainement sur son visage l’expression d’une dame guindée et correcte.

◇ ◇ ◇

Nous avions commencé notre réunion une fois le repas terminé et le ventre plein.

« Il nous en coûtera 200 pièces de minerai vert pour traverser la mer. C’est un tarif exorbitant. »

« Désolé. C’est à cause de moi. »

Le visage de Ruijerd s’était assombri.

Même moi, je n’aurais jamais imaginé que ça coûterait autant. Franchement, j’avais complètement sous-estimé les frais. J’avais pensé qu’en nous faisant un peu d’argent en cours de route, nous pourrions traverser l’océan facilement. En réalité, cela coûtait cinq pièces d’argent pour les humains. Les autres tribus de démons auraient payé une ou deux pièces de minerai vert au maximum. Seuls les frais pour la tribu superd étaient anormalement élevés.

« Ne disons pas des choses comme ça, papa. »

« Je ne suis pas ton père. »

« Je sais. C’était une blague. », avais-je dit.

Cela mis à part, deux cents pièces de monnaie n’étaient pas une somme d’argent facile à obtenir. Même si nous donnions la priorité aux emplois classés S et A, il nous faudrait des années pour économiser autant. Il semblait que le Continent Millis ne voulait vraiment pas qu’un Superd traverse ses frontières.

« Nous sommes dans le pétrin. On ne peut pas laisser Ruijerd derrière nous. »

Laisser Ruijerd derrière serait le moyen le plus rapide de traverser. Nous étions tous les deux des aventuriers assez expérimentés et nous pourrions donc continuer notre voyage même sans lui. Cela dit, je n’avais pas l’intention de le faire. Ruijerd allait rester avec nous jusqu’à la fin de notre voyage. Notre amitié était inébranlable et éternelle, après tout.

« Bien sûr qu’on ne l’abandonnera pas. »

« Alors qu’est-ce qu’on va faire ? »

« Nous avons… trois options », dis-je, en tenant le nombre de doigts correspondant.

Il y avait toujours trois options pour tout. L’une était d’aller de l’avant, l’autre de revenir en arrière et la dernière de rester où nous étions.

« Ah. »

« Incroyable, il y a trois options ? », demanda Éris.

« Heh-heh! »

J’avais ri.

Attends un peu, me suis-je dit. Je n’ai pas encore réfléchi à tout ça. Voyons voir…

« La première option est une attaque frontale : on reste ici, on gagne de l’argent et on va au Continent Millis en payant les frais. »

« Mais si on fait ça… »

« Oui, ça prendra beaucoup trop de temps », avais-je répondu.

Si nous accordons la priorité à l’argent, nous pourrions économiser la somme requise dans un délai d’un an. Cependant, il n’y avait aucune garantie que quelque chose ne nous arriverait pas à un moment donné, comme la perte de notre porte-monnaie.

« La deuxième option : nous entrons dans un donjon et obtenons un cristal magique ou un objet magique. Ce serait une tâche laborieuse, mais nous pourrions peut-être obtenir l’argent dont nous avons besoin en une seule mission. »

Un cristal magique rapporterait gros. Quant à savoir combien exactement, je ne pourrais pas le dire, mais si nous le donnions à l’officiel au point de contrôle, il pourrait même laisser passer un Superd.

« Un donjon ! J’aime bien cette idée ! Allons-y ! »

« Non. »

Ruijerd détruisit immédiatement ce plan.

« Pourquoi !? »

Ruijerd pouvait facilement détecter des créatures vivantes avec son sixième sens, mais les pièges dans un immédiats étaient probablement une autre histoire.

« Je veux vraiment y aller », dit Éris en faisant la moue.

« C’est une option, mais je préfère ne pas l’accepter. »

Nous pourrions nous en sortir si nous procédions avec prudence, mais comme j’étais plutôt négligent avec mes pieds, nous commettrions certainement un faux pas fatal à un moment donné. Il semblait prudent de tenir compte des paroles de Ruijerd sur ce point.

« La troisième option : on trouve un contrebandier dans cette ville qui peut nous emmener. »

« Un contrebandier ? Qu’est-ce que c’est que ça ? »

« Lorsqu’il s’agit de frontières nationales, il faut généralement payer des impôts pour faire passer les choses. C’est pourquoi on nous a dit de payer des frais. Si tu es un commerçant, tu devras probablement payer des taxes sur tes marchandises, n’est-ce pas ? »

« Je ne sais pas, et toi ? »

« C’est la vérité », répondis-je.

Sinon, il ne servirait à rien d’exiger des frais plus élevés en fonction de la race d’une personne.

« Et il y a probablement des articles pour lesquels tu devras payer une grosse taxe. Il devrait donc y avoir quelqu’un ici qui fait ce travail à moindre coût, en plus de s’occuper de marchandises illégales. »

Eh bien, peut-être qu’il n’y en avait pas. Mais s’il y en avait, nous pourrions sûrement le faire traverser pour un prix beaucoup moins élevé que deux cents pièces de minerai vert. Il y avait clairement quelque chose qui se passait avec les frais au point de contrôle. Ce fonctionnaire nous avait dit que nous ne serions pas punis même si nous mentions sur la tribu de Ruijerd.

Quoi qu’il en soit, je venais d’apprendre à mes dépens que le chemin le plus facile était celui truffé de pièges. Donc, bien que j’avais inclus cela comme option potentielle, je voulais si possible éviter de faire quoi que ce soit d’illégal. Pour l’instant, les trois options que j’avais proposées étaient :

L’approche simple de gagner de l’argent et de payer les frais.

Faire un malheur en plongeant dans un donjon.

Conclure un marché avec un contrebandier.

Aucune d’entre elles n’était particulièrement bonne. Oh, c’était vrai, il y en avait une de plus. Je pourrais vendre mon bâton, Aqua Heartia. Il possédait un énorme cristal magique et c’était un chef-d’œuvre du Royaume Asura. Cela permettrait au moins de gagner assez d’argent pour qu’un membre de la race des Superds traverse l’océan.

Le pour et le contre mis à part, je ne voulais pas le vendre, si c’était possible. C’était le précieux cadeau d’anniversaire d’Éris, et j’en faisais bon usage. Éris et Ruijerd n’accepteraient sûrement pas que je m’en débarrasse si facilement.

◇ ◇ ◇

Ce soir-là, un message divin m’était parvenu.

L’Homme-Dieu m’avait dit : « Achète de la nourriture dans une échoppe et fouille les ruelles tout seul. »

Ça avait l’air d’être un vrai emmerdeur. Mais comme je n’avais pas d’autre choix, j’allais essayer d’être optimiste et d’essayer.

« Alors tu le fais parce que tu n’as pas d’autre choix ? »

Non, je sais déjà ce qui va se passer depuis que tu m’as dit les mots « nourriture » et « ruelle ».

« Vraiment ? »

Oui, c’est cliché, non ? Laisse-moi deviner, je vais trouver un gamin affamé qui s’est perdu. Et il va avoir un type bizarre qui va essayer de le récupérer. Qu’est-ce que tu en dis ?

« Tu as tout à fait raison. Incroyable ! »

Ce gosse est le petit-fils du chef de la guilde des charpentiers maritime ou quelque chose comme ça, n’est-ce pas ?

« Heh heh heh. Je garde la surprise pour demain. »

Quelle surprise ? Il n’y a pas eu une seule surprise agréable tout ce temps. En plus, mec ! Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Ça fait un an que tu n’as pas fait ça. J’avais même pensé que je n’aurais plus jamais à revoir ta tronche !

« Ah, vois-tu, la dernière fois, mon conseil ne s’était pas terminé d’une manière agréable pour toi, n’est-ce pas ? C’était donc un peu difficile pour moi de me montrer à nouveau. »

Huh! Je suppose que l’Homme-Dieu avait tout de même un peu honte. Mais ne te fais pas de fausses idées, d’accord ? C’était mon erreur la dernière fois. Cela dit, quel était le bon choix que j’aurais dû faire ?

« Eh bien, si tu veux utiliser un terme “correct”, ce serait de ta faute. Le choix “normal” aurait été d’apporter ces personnes aux gardes, consolidant ainsi votre amitié avec Ruijerd. »

Quoi ? Me dis-tu que la solution était si simple ?

« C’est exact. Je n’aurais jamais imaginé que tu en ferais tes alliés et que tu attirerais l’attention de ces petites frappes complices dans la Guilde des aventuriers. Quelle aventure divertissante c’était pour moi ! »

Ouais, mais je ne me suis pas du tout amusé.

« Mais grâce à ça, tu as réussi à aller aussi loin en un an. »

Donc tu dis que la fin justifie les moyens ?

« Les résultats signifient tout. »

Tch, je n’aime pas ça.

« Tu ne le sais pas, hein ? Eh bien, c’est à toi de voir. Quoi qu’il en soit, tu as l’air d’être de mauvaise humeur, alors je m’en vais. »

Attends une seconde ! Il y a une chose que je veux confirmer.

« Et qu’est ce que c’est ? »

Si je ne réfléchis pas trop aux conseils que tu me donnes, est-ce que ça veut dire que tout ira bien ?

« C’est plus amusant pour moi si tu y réfléchis bien. »

Aha, alors c’est ça ! C’est ton jeu. Maintenant, j’ai compris. Merci pour le tuyau. La prochaine fois, ce ne sera pas aussi divertissant pour toi.

« Heh heh. J’ai hâte d’y être aussi. »

Ouais, ouais, ouais. Si tu le dis.

Ma conscience s’était estompée à mesure que ces derniers mots résonnaient dans ma tête.

***

Chapitre 2 : Rencontre manquée

Partie 1

Le lendemain, j’étais sorti et j’avais chargé mes bras avec de la nourriture de l’un des stands avant d’errer un peu dans les ruelles. La nourriture avait été rôtie et mise en brochette. Il y avait des pétoncles semblables à ceux que nous avions au Japon, un poisson semblable au chinchard et quelques autres créatures marines que je ne pouvais pas identifier. Le propriétaire de l’étalage n’avait pas précisé quelles étaient ses marchandises, et les étalages de rue en avaient une variété. J’avais donc décidé d’acheter ce qui était le plus facile à transporter.

J’avais trop réfléchi la dernière fois que l’Homme-Dieu m’avait donné un conseil. Tout comme un cuisinier amateur ajoute trop d’ingrédients à un plat, trop réfléchir m’avait mis réellement dans la merde. Cette fois, j’allais suivre son conseil à la lettre. Je suivais ses instructions sans réfléchir, j’achetais la nourriture qu’il me demandait, puis je me frayais un chemin sans réfléchir à travers n’importe quel événement qui allait se produire dans l’allée du fond. C’était un jeu de rôle. Ce qui allait se passer à partir de maintenant ne sera pas du tout planifié. Je ne réfléchirais pas trop, j’agirais avec la plus grande simplicité d’esprit possible. Cet abruti aimait le divertissement. Il comptait sur moi pour repenser les choses. Tant que je ne faisais pas ça, il ne serait pas diverti.

Ces pensées me préoccupaient alors que j’errais sans but pendant plusieurs minutes. C’était à ce moment que je me suis rendu compte de quelque chose.

« Attendez, n’est-ce pas exactement ce qu’il attend ? »

J’avais été trompé ! Il m’avait guidé avec son discours impressionnant et maintenant j’étais sur le point de faire exactement ce qu’il voulait que je fasse. Je m’étais énervé à partir du moment où j’avais réalisé cela. Je dansais dans la paume de sa main.

Souviens-toi de son intention originelle, m’étais-je dit. Souviens-toi de ce que tu as ressenti la première fois que tu l’as rencontré. L’Homme-Dieu n’était pas quelqu’un en qui je pouvais avoir confiance.

D’accord, ce sera la dernière fois que je ferai ce qu’il me dit. Je suivrais ses conseils et verrais comment les choses se passeront cette fois-ci, mais il n’était pas question que je lui obéisse la prochaine fois. Il n’était pas question que je devienne sa marionnette et que je le laisse m’entraîner avec lui ! Point final !

◇ ◇ ◇

Je marchais dans l’allée. Tout seul, bien sûr.

De toute façon, pourquoi devais-je être seul ? C’était l’élément clé de son conseil cette fois-ci. Ce devait être quelque chose que Ruijerd et Éris n’approuveraient pas. Non, n’y pense pas trop, m’étais-je dit. Si tu veux penser à quelque chose, alors penses à quel point tu seras heureux si cela s’avère être quelque chose de sexy.

J’avais dit à Ruijerd et à Éris que je serais seul pour la journée. C’était dangereux de laisser Éris seule, alors j’avais confié sa protection à Ruijerd. Peut-être qu’ils étaient tous les deux partis voir la plage en ce moment.

« Attends… ce n’est pas un rencard ? »

Dans ma tête, je les avais vus tous les deux ensemble sur la plage juste avant que leurs silhouettes ne disparaissent à l’ombre d’un gros rocher.

Non, non, non ! Il n’y a aucune chance ! Calme-toi, d’accord ? C’est de Éris et Ruijerd qu’on parle, non ? Ce n’est pas un fantasme sexuel. Ce n’est rien de plus que du baby-sitting. Baby. Sitting!

Mais Ruijerd était après tout très fort, et Éris semblait le respecter beaucoup ! Dernièrement, elle me traitait comme un maître de chenil.

Non, non, pourquoi paniques-tu ? Je m’étais réprimandé. Respire profondément, tout va bien. Monsieur Ruijerd, ne me dis pas que tu veux la violer, hein ? Je n’ai pas à m’inquiéter, hein ? Quand j’y retournerai, vous ne vous serez pas mystérieusement rapprochés l’un de l’autre, non ? Je vous fais confiance, d’accord !?

Dans ma tête, j’avais simulé un combat entre Ruijerd et moi. Je ne pouvais pas gagner au combat rapproché. Si je voulais m’occuper de lui, je devrais commencer quelque part en dehors de sa zone de détection. Alors je devrais utiliser de l’eau pour l’achever. Après tout, il s’était opposé quand on avait voulu se rendre sur la plage. Je l’attaquerais avec de l’eau pour me venger de ça. Si je produisais une énorme quantité d’eau, je pourrais l’emporter jusqu’à l’océan. Et ce sera fini ! Il pourrait dériver en mer jusqu’à ce qu’il se noie. Mwahahaha !

Attendez, ne vous méprenez pas. Je faisais confiance en Ruijerd. C’était juste que, eh bien, vous connaissez ce dicton. L’amour est un champ de bataille, non ?

◇ ◇ ◇

Les ruelles étaient calmes. Dans mon esprit, le mot « ruelle » était associé à cette image négative d’une bande de personnages sans scrupules réunis en un seul endroit. En réalité, des garçons tendres et innocents comme moi risquaient d’être kidnappés pour avoir marché dans un endroit comme celui-ci. Dans ce monde, l’enlèvement était l’une des formes de criminalité les plus courantes pour gagner de l’argent. Bien sûr, si quelqu’un était assez stupide pour me kidnapper, je lui écraserais les bras et les jambes afin de lui arracher son adresse, puis je prendrais tout ce qui avait de la valeur chez lui avant de le livrer aux autorités.

« Heh heh heh heh. Petite fille, si tu viens avec moi, je te donnerai assez de nourriture pour te rassasier. »

Comme par enchantement, une voix se fit entendre dans une ruelle. J’avais rapidement jeté un coup d’œil dans sa direction et je vis un homme à l’air sombre tirer sur la main d’une fille qui était affalée contre le côté d’un immeuble.

Il était facile de déduire ce qui se passait. Celui qui bougera en premier gagnera. Je m’étais donc équipé de mon bâton. Puis j’avais créé un canon de pierre modifié avec la vitesse et la puissance d’un coup de poing d’un boxeur et je l’avais dirigé vers le dos de l’homme. J’avais réussi à limiter la puissance de mes sorts l’année dernière.

« Yowch !! »

Alors qu’il regardait par-dessus son épaule, j’avais tiré une autre balle. Cette fois, je l’avais un peu renforcée.

« Gah ! »

Avec un violent bruit sourd, le sort lui frappa le visage. La balle se fragmenta et s’effondra au sol. L’homme tituba et trébucha avant de s’effondrer. J’étais sûr qu’il n’était pas mort. J’avais fait du bon travail en limitant mon pouvoir.

« Ça va, jeune fille ? »

J’avais essayé d’avoir l’air aussi cool que possible en tendant la main à la fille qui avait failli être kidnappée.

« Oui… »

Elle était jeune et vêtue d’une tenue de cuir noir révélateur : des bottes à hauteur du genou, un pantalon coupe-vent et une camisole. La peau pâle de sa clavicule, sa taille fine, son nombril et ses cuisses étaient exposés. En plus de tout cela, elle avait des cornes semblables à ceux d’une chèvre et des cheveux volumineux, ondulés et pourpres.

D’un seul regard, je savais que c’était une succube. Une jeune en plus. Il ne faisait aucun doute qu’elle était plus jeune que moi. C’était peut-être une façon pour l’Homme-Dieu de me récompenser pour mon dur labeur. Après tout, peut-être qu’il avait un peu de bon sens en lui.

Non, attendez, ce n’était pas un succube. Pour autant que je sache, il n’y avait pas de succube parmi les races de démons. Si je me souvenais bien, les succubes habitaient le continent Begaritt. Paul avait l’air exceptionnellement tendu quand il m’avait dit :

« Notre race n’a aucune chance contre eux. »

Même moi, je serais sûrement impuissant face à une succube si j’en rencontrais une. Les succubes étaient l’ennemi naturel de la famille Greyrat.

Cela mis à part, il n’y avait pas de monstres dans la ville. En d’autres termes, ce n’était pas une succube. C’était juste une gamine démoniaque dans des vêtements minces.

« Toi… oui toi, qu’est-ce que tu as… ? »

Elle tremblait comme un faon.

« Cet homme est… Il est… ! »

Il y avait sur son visage un regard d’incrédulité total. Un regard disant : ô, mon Dieu, qu’est-ce que tu as fait !?

« Ah, désolé. Tu le connaissais ? » Avais-je demandé, tout en inclinant la tête.

Le regard de cet homme âgé ne m’avait pas donné l’impression qu’il connaissait cette gamine. Si je devais le décrire, c’était plutôt le regard d’un homme qui avait dépassé la fleur de l’âge et qui se fait exciter par une petite fille. Regardez-le, ce visage roux était déformé par un sourire alors qu’il était inconscient. Je n’avais aucun doute sur le fait qu’il l’emmènerait à la maison, lui fournirait un repas somptueux et la mettrait au lit, mais en retour, il s’attendrait à une longue et chaude nuit.

« J’ai mal au ventre à cause de la faim… et cet homme allait me fournir un repas. »

Un gargouillement bruyant ponctua sa phrase, assez fort pour qu’il puisse être le signe avant-coureur d’un tremblement de terre. Quand le bruit s’arrêta, les genoux de la fille s’effondrèrent sous elle et elle se recroquevilla.

« Est-ce que ça va ? »

Je m’étais agenouillé et je l’avais prise dans mes bras. Elle ne s’enfuyait pas. Ne vous méprenez pas, le seul but de ma présence ici était de suivre les conseils de l’Homme-Dieu et de la sauver. Je n’étais pas du même genre que ce pervers.

« Ça fait 300 ans que je n’ai pas repris connaissance. S’évanouir dans un endroit comme celui-ci est inconcevable. Laplace ne doit jamais le savoir. »

J’avais l’impression d’avoir trébuché sur le tournage d’un mini-feuilleton. Cette apparition était-elle en fait un cosplay ou quelque chose du genre?

« De toute façon, mange ça et récupère un peu de tes forces. »

J’avais fourré trois des brochettes frites que j’avais achetées dans sa bouche.

Munch, munch. Dès qu’elles étaient entrées dans sa bouche, ses yeux s’ouvrirent et restèrent comme ça pendant qu’elle dévorait la viande en quelques secondes. Puis elle m’arracha les autres brochettes. J’en avais douze au total, mais en un claquement de doigts, elle en avait déjà mangé dix.

« Wh-whoa ! Délicieux ! C’est la première chose que je mange en un an et c’est si bon ! »

La fille semblait s’en être remise. Elle sauta en l’air de sa position couchée, faisant une seule rotation avant d’atterrir sur ses pieds. Elle était inopinément en forme.

« Un an ? Je ne sais pas quelles sont tes circonstances, mais c’est un peu extrême. »

Ce n’était pas comme si elle était un isopode géant qui pouvait vivre des années sans manger et ne pas mourir de faim.

« Hm ? Ce n’est pas comme si j’avais compté les lever et coucher de soleil, mais comme j’avais l’estomac vide, ça devrait être une bonne estimation. »

Uh-huh. Donc elle n’avait donc probablement pas mangé depuis deux jours.

« Quoi qu’il en soit, tu m’as sauvée ! Toi ! Je peux sûrement tenir un an de plus avec ça ! »

La jeune fille avait finalement croisé mon regard. Elle avait des yeux mal assortis, un violet et un vert. Cela devait être un autre aspect de son cosplay. Non, les verres de contact colorés n’existaient pas dans ce monde, c’était peut-être la couleur naturelle de ses yeux.

« Oh ? » Son œil droit s’était retourné et était devenu bleu. Dégueux !

« Whoa! Whoa! Qu’est-ce qui ne va pas chez toi, tu es horriblement dégoûtant ! Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est !? Ahahahahaha ! Je n’avais jamais vu cela auparavant », cria-t-elle avec beaucoup trop d’excitation en me regardant en face.

Euh ouais, inutile de dire que c’était un choc. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu quelqu’un me regarder en face et me traiter de dégoûtant. Mais j’avais pensé la même chose quand je l’avais regardée. Au moins, on était quittes.

« Est-ce que c’est possible ? Étiez-vous deux dans le ventre de ta mère, mais que l’autre soit mort quand tu es née, c’est ça ? »

… Hein ? De quoi diable parlait-elle ?

« Non, je ne pense pas que ce genre de chose soit arrivé. »

« Es-tu sûr ? »

« Oui. »

« Mais ta réserve de mana… est plus grande que celle de Laplace. »

Mon quoi était plus grand que qui ? Je n’avais aucune idée de quoi elle parlait. Avec sa façon bizarre de parler et ses yeux bizarres, cette gamine était une déception.

« Cela mis à part, donne ton nom ! »

« Rudeus Greyrat. »

« Très bien ! Je suis Kishirika Kishirisu ! On m’appelle le Grand Empereur du Monde des Démons ! »

Elle poussa fièrement ses hanches vers l’avant, ses mains perchées sur sa taille.

Ses cuisses étaient apparues si soudainement devant moi que j’avais sorti ma langue sans réfléchir.

« Aaaaaah ! Qu’est-ce que tu fais !? C’est dégoûtant ! »

Elle tourna les orteils vers l’intérieur et frotta vigoureusement ses cuisses ensemble là où je l’avais léchée, avant de me regarder fixement.

***

Partie 2

Mais maintenant, j’avais compris. Le Grand Empereur du Monde des Démons Kishirika Kishirisu était un nom que j’avais déjà entendu : l’immortel Empereur Démon qui avait mené les démons dans la Grande Guerre Homme-Démon, uniquement pour subir une défaite écrasante.

Était-ce la vraie ? Après tout, j’étais venu ici sur le conseil de l’Homme-Dieu. Il était possible qu’elle soit vraiment celle qu’elle prétendait être. Pourtant, comment aurait-elle pu être ici, dans la ruelle d’une ville en bordure du continent Démon, sur le point de mourir de faim ? C’était peu probable, peu importe la façon dont on y réfléchissait.

Ah, c’était probablement ça, avais-je réalisé. Les enfants de ce continent aimaient prétendre être l’un des grands héros du passé. Le plus populaire de ces personnages était le Dieu Démon Laplace. C’était écœurant pour moi depuis que je connaissais la vérité sur lui, mais il était populaire. Même s’il avait perdu la guerre, il avait réussi à subjuguer toutes les tribus du continent et avait donné à son peuple un endroit fixe qu’ils pouvaient appeler chez soi, leur apportant ainsi la paix. Il était considéré comme l’un des plus grands démons de l’histoire. Les enfants jouèrent souvent ses histoires, en particulier l’épisode où il s’était battu contre un roi démon immortel. C’était celui que j’avais vu plusieurs fois sur le chemin de Port Venteux.

J’avais supposé que le Grand Empereur du Monde Démon, Kishirika, était un autre des grands personnages de l’histoire, mais je n’avais jamais vu d’enfants prétendant être elle avant. Cette fille devait être une fan passionnée du Grand Empereur. Et elle n’avait pas d’amis avec qui jouer, c’était pourquoi elle était toute seule dans une ruelle comme celle-ci. C’était la façon la plus logique d’interpréter la situation.

Hm. C’était si triste de jouer tout seul. Je n’avais donc pas le choix, je devais jouer le jeu.

« A-ah, oui ! Quelle impolitesse de ma part, Votre Majesté ! »

J’avais réagi à son introduction avec beaucoup d’exagération et m’étais agenouillé comme si j’étais l’un de ses serviteurs.

« Oh? Ooh oui! Très bien très bien! C’est la réaction que j’attendais! Vois-tu, les jeunes de nos jours n’ont plus de manières ! »

Elle hocha la tête avec satisfaction.

Oui, je le savais. Elle voulait vraiment que quelqu’un joue à ça.

« Quel imbécile j’étais pour ne pas avoir réalisé que tu étais ressuscité ! S’il te plaît, pardonne-moi mes mauvaises manières! »

« Très bien. Tu m’as sauvé la vie. J’accorderai tout ce que tu ce que tu désires, mais un seul. »

Sa vie? Je n’ai fait que lui donner à manger, car elle avait faim.

« Euh… que dirais-tu d’une abondance de richesse! »

« Imbécile! Tu peux voir que je suis sans le sou! »

Mais elle avait dit que je pouvais demander n’importe quoi ! Non, attendez, ça faisait peut-être partie du numéro. Il y avait peut-être eu un épisode où quelqu’un avait demandé de l’argent au Grand Empereur afin qu’elle puisse répondre qu’elle n’en avait pas.

« Très bien, dans ce cas donne-moi la moitié du monde, s’il te plaît. »

« Quoi!? La moitié du monde, dis-tu!? C’est énorme! Pourtant, tu l’as dit sans conviction. Pourquoi seulement la moitié? »

« Oh, c’est parce que je n’ai pas besoin des hommes. »

Oh merde, j’avais laissé accidentellement mes vrais sentiments surgir là. Ce n’était pas quelque chose qu’elle était supposée entendre.

« Je vois, c’est ce que tu veux. Tu es peut-être jeune, mais tu es lubrique. Je m’excuse quand même. Même moi, je n’ai pas réussi à prendre le monde pour moi. »

Il était vrai que Kishirika avait perdu toutes les batailles qu’elle dirigeait.

« Très bien, je vais donc me contenter de ton corps. S’il te plaît, paye-moi avec ton corps. »

« Ohh? Mon corps? Le fait que tu sois aussi plein de convoitise à ton âge me préoccupe pour ton avenir. »

« Ha ha, bien sûr, je ne fais que plaisanter. »

Alors que j’essayais de lui dire que je plaisantais, elle attrapa son pantalon.

« Oh bien, je suppose que je ne peux rien y faire. C’est la première fois depuis que je ressuscite, alors sois gentil avec moi, d’accord? »

Hein? Sérieusement? Je disais ça pour plaisanter. Non, attends! Il était maintenant trop tard pour lui dire que je ne faisais que plaisanter. Je devrais simplement observer comment elle se révélait, puis refuser en affirmant que j’étais indigne de Sa Majesté.

« Ah, non, je ne dois pas faire ça. »

Avant que j’aie pu faire ça, Kishirika s’était arrêtée.

« J’ai déjà un fiancé. Vraiment désolé, mais je ne peux pas faire ça. »

La peau qu’elle avait exposée disparut quand elle remonta son pantalon. C’était comme si elle jouait avec mon pauvre cœur pur.

Bref, c’était non pour l’argent, non pour le monde et non pour son corps.

« Très bien, alors que peux-tu faire ? » Avais-je demandé.

« Imbécile ! Je suis Kishirika, Grand Empereur du Monde des Démons ! Ce que je vais te donner n’est-il pas évident ! Des yeux de démon ! »

Alors, c’était ça. Je ne connaissais pas bien la mythologie héroïque de ce monde. En y repensant, Ghislaine n’avait-elle pas aussi un œil de démon ?

« Par “yeux de démon”, veux-tu dire des yeux qui peuvent voir la ligne de vie d’une personne ? Une ligne qui, si elle est coupée, tuera la personne avec une certitude absolue ? »

« Quelle horreur ! Qu’est-ce que c’est que ce pouvoir !? Je n’ai rien d’aussi terrifiant que ça ! »

Donc ce n’était pas ça. La seule autre sorte d’œil de démon que je connaissais était celle qui transformait la personne que vous regardiez en pierre. Je m’étais dit que les yeux qui tiraient des rayons ou des lasers ne pouvaient pas être considérés comme des yeux de démon.

« Pour que tu convoites un pouvoir si dangereux… Dis-moi, en veux-tu à ce point à quelqu’un ? » demanda-t-elle.

« Non, pas vraiment. »

« Rien de bon ne vient de la vengeance. J’ai été tuée deux fois, mais je n’en veux pas à ceux qui m’ont tuée maintenant. Une rancune est une chaîne qui vous pèse. C’est ce qui a déclenché la Grande Guerre des Démons Humains. »

Je me faisais faire la leçon par une petite fille ! Ce n’était pas comme si j’avais prévu de cibler un vampire quelque part et de le découper en morceaux.

« Pour être honnête, je ne connais pas grand-chose aux yeux de démons. Quels sont les types ? », avais-je dit.

« Hm, comme je ne me suis revenue à la vie que récemment, je n’en possède pas tant que ça, mais il y a des Yeux de pouvoir magique, des Yeux d’identification, des Yeux de vision aux rayons X, des Yeux de vision lointaine, des Yeux de vision prospective et des Yeux d’absorption… Des choses comme cela. »

Ce n’était que des noms.

« Peux-tu m’expliquer ce que chacun d’eux fait ? »

« Hm ? Tu veux dire que tu ne le sais pas ? Honnêtement, les jeunes de nos jours ne passent pas assez de temps sur leurs études… »

Malgré ces plaintes, elle avait commencé son explication.

« D’abord, tu as les Yeux du Pouvoir magique. Avec ceux-ci, tu peux voir le mana directement. Ce sont les plus courants. Une personne sur dix mille en possède un. »

« Ah, le plus populaire à l’époque, hein. »

« Les yeux d’identification. Tu peux les utiliser pour identifier les objets et leurs détails. Cependant, ils ne peuvent te donner que les informations que je connais. Tout ce que je ne connais pas sera considéré comme inconnu. »

« J’ai compris. C’est un peu comme un dictionnaire. »

Elle continua.

« Les yeux de la vision aux rayons X. Ces yeux peuvent voir directement à travers des objets comme les murs. Tu ne pourras pas voir à travers des créatures vivantes ou dans des endroits ayant une forte concentration de mana. Mais tu pourrais t’en servir pour voir toutes les filles nues. C’est parfait pour un pervers comme toi, non ? »

« Tant que je ne vois pas que des os », avais-je paniqué.

« Les yeux de vision lointaine. Ils peuvent voir les choses de très loin. C’est cependant difficile de se concentrer sur les choses. Bien que tu puisses voir les choses de loin, tu ne pourras rien faire pour influencer ce qui se passe, alors je ne te les recommande pas. »

« Inutile de regarder si tu ne peux pas toucher », avais-je accepté.

« Les yeux de vision prospective. Ceux-ci peuvent voir des choses qui se produiront quelques instants à l’avance. Ils sont difficiles à mettre au point, mais je te les recommande. »

« Les entreprises qui aiment avoir une longueur d’avance adoreraient quelque chose comme ça. »

« Les yeux d’absorption. Ces yeux peuvent consommer du mana. Cela inclut les manas que tu utilises, donc je ne les recommande pas vraiment. »

« Consommer et récupérer, hein ? »

Kishirika était très bien informée. Elle avait dû apprendre tout ça quelque part. Peut-être que ses parents étaient bien éduqués. Ou peut-être qu’il y avait un livre sur tous les types d’yeux de démons.

« D’accord, alors j’en prends deux pour que mes deux yeux soient des yeux de démon. »

« Tu en veux deux dès le début ? Tu es plus avide que tu n’en as l’air. » Dit-elle.

« Viens, je vais te donner une autre brochette de viande. »

J’avais tendu mes deux dernières brochettes et elle les prit avec un large sourire.

« Yaay ! Nom, nom… Tu sais, ça ne me dérange pas de te donner deux yeux de démon, mais je ne te le recommande pas. »

« Pourquoi ? » avais-je demandé.

« Tu ne pourras pas les utiliser constamment. La plupart des gens couvrent généralement leur œil de démon avec un cache-œil. Si tu as deux yeux de démon, tu ne pourras plus rien voir. »

« Ahh, maintenant que tu en parles, je connais quelqu’un qui utilise un cache-œil. »

Mon maître-épéiste Ghislaine en portait un. J’avais découvert plus tard que ce n’était pas parce qu’elle avait perdu un œil, mais parce qu’elle avait un œil de démon.

« Aussi, une personne qui vit plusieurs centaines d’années pourrait être capable de contrôler deux yeux de démon à la fois, mais un enfant comme toi se casserait la tête à essayer. »

Je perdrais donc la tête ? Les utiliser avait donc un impact sur le cerveau. Effrayant.

« Très bien, dans ce cas je n’en prendrais pas deux. »

« C’est préférable. Eh bien, qu’est-ce que ce sera ? Je te recommande l’œil clairvoyant. »

Des yeux de démon, hein ? Si j’en obtenais vraiment un, qu’est-ce que je préférerais avoir ? J’avais beaucoup réfléchi à chacun d’eux, mais ils avaient tous leur utilité. L’œil pour le pouvoir magique semblait un peu inutile. Cela pourrait être utile, mais bon nombre de personnes semblaient en avoir un. Si j’en voulais un, j’en voulais un qui me semble plus unique.

Je n’avais pas vraiment besoin d’un œil d’identification. Ne pas savoir ce que sont les choses n’était pas un si grand inconvénient. D’ailleurs, tout ce que le Grand Empereur démoniaque ne savait pas serait répertorié comme inconnu. Je pouvais imaginer qu’il me sera inutile au moment où j’en avais vraiment besoin.

Je n’avais pas vraiment besoin d’un Oeil de la vision aux rayons X, non plus. Cela prendrait un certain temps avant que je puisse le contrôler correctement, et je m’imaginais devoir voir Ruijerd nu tout ce temps.

***

Partie 3

L’Oeil de la vue lointaine pourrait être bénéfique, mais pour le moment, je n’en avais pas envie. Je pouvais déjà deviner ce que Ruijerd et Éris faisaient sans vision lointaine, mais si j’en avais une, je verrais probablement Éris menacer quelqu’un pendant que Ruijerd essayait de l’arrêter.

Quant à l’Oeil clairvoyant, j’avais certainement compris pourquoi elle l’avait recommandé. C’était vrai que je ne pouvais pas battre Éris ou Ruijerd en combat rapproché en ce moment. Les créatures (et les gens) de ce monde étaient après tout rapides. Être capable de voir l’avenir ne serait-ce que quelques secondes seraient un énorme avantage pour moi.

L’Œil d’absorption était naturellement hors de question. Cela tuerait les avantages que j’avais en tant que magicien. C’était quand même bon de savoir qu’un tel œil de démon existait. Sinon, j’aurais paniqué si j’avais rencontré quelqu’un qui aurait pu rendre ma magie complètement inefficace.

Peu importe lequel je choisissais. Ce n’était qu’un jeu de toute façon.

« Très bien, donne-moi celui que tu m’as recommandé, l’Oeil de la Clairvoyance. »

« Es-tu sûr ? La plupart des gens ignorent mes recommandations et choisissent quelque chose d’autre pour eux-mêmes, en se disant : “Qu’est-ce qu’il y a de si bien dans le fait de pouvoir voir quelques instants dans le futur ?”. »

« Si tu peux voir ne serait-ce qu’une seconde dans le futur, tu peux contrôler le monde. »

Malgré tout, les épéistes de ce monde étaient rapides. Je ne pourrai peut-être pas les battre, même avec le pouvoir de la clairvoyance. Après tout, la longue épée de Lumière existait bien.

« Pas l’œil de la vision aux rayons X, hm ? Ne souhaites-tu plus voir toutes les filles nues ? »

Cette petite fille n’avait pas compris, n’est-ce pas ? Bien sûr, je pouvais voir le corps nu de n’importe quelle belle fille ou femme qui passait dans la rue et ça m’exciterait probablement. Mais c’était tout. J’en aurais vite marre de ça. De toute façon, ce qui me plaisait le plus, c’était la manière de les imaginer en train de se déshabiller.

« Je vois, je vois. Très bien, amène ton visage par ici. »

« D’accord. »

« C’est parti ! »

Squelch. Elle enfonça son doigt dans mon œil droit.

Une forte sensation de douleur me traversa.

« Gyaaaah ! »

Instinctivement, j’avais essayé de battre en retraite, mais Kishirika me rattrapa. Je ne pouvais pas bouger. Elle était plus forte que je ne le pensais.

Ça fait mal, ça fait mal, hurlait mon cerveau.

« Gaaaaah ! Qu’est-ce que tu fous, sale gosse !? »

« Oh la ferme. Tu es un homme, non ? Supporte un peu la douleur ! »

Elle avait mis ses doigts dans mon orbite comme si elle bricolait avec, puis les retira avec un pop ! J’étais complètement aveugle dans cet œil.

« L’iris de l’Oeil de la clairvoyance est un peu différent de ta couleur normale, mais les gens ne pourront pas faire la différence de loin. »

« Espèce d’abruti ! Il y a une différence entre ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire quand on joue ! »

« Je suis le grand empereur du monde des démons. Te donner un œil de démon n’est certainement pas un jeu. »

Merde, mon œil… Mon œil est… Aaaaaaaaah-attendez, quoi ? Je fis une pause dans ma confusion. Je pouvais voir. Mais j’avais l’impression de tout voir en double… ? Qu’est-ce qui se passait, bon sang ? Cela donnait la nausée.

« Selon la façon dont tu lui fourniras du mana, tu devrais être en mesure de le rendre aussi fin que possible. Eh bien, fais de ton mieux pour apprendre à l’utiliser. »

« Hein ? Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? »

« Je dis que tout dépend de toi. »

Kishirika semblait satisfaite d’elle-même, même si ses paroles me laissaient perplexe. J’avais vu une image postérieure de son hochement de tête, et à l’intérieur de cette image postérieure se trouvait une ombre épaisse. Qu’est-ce que c’était ?

« Très bien, donc tu peux le voir. Alors, je m’en vais. Je dois chercher Badigadi. J’ai beaucoup apprécié la nourriture. »

Une fois qu’elle avait fini de parler, elle sauta dans les airs et atterri sur le toit au-dessus avec un bruit sourd.

« Adieu, Rudeus ! Bwahahahahaha ! Bwahahahahahah-gah ! »

Il y eut un effet Doppler au moment où elle était partie, le son de son grand rire s’estompant graduellement. Je l’avais écouté avec stupéfaction.

« Attendez… C’était la vraie ? »

Et c’était ainsi que j’avais obtenu l’Oeil de la clairvoyance.

◇ ◇ ◇

Un œil de démon. La plupart des gens seraient choqués de recevoir une telle chose si soudainement. Par hasard, elle se trouvait dans cette ruelle, et par hasard, elle me l’avait donné. C’était une telle tournure du destin, mon esprit n’avait pas compris ce qui se passait.

Cela mis à part, j’avais fait exactement ce que l’Homme-Dieu m’avait demandé. Donc ça voulait dire que les choses s’étaient passées exactement comme il le voulait. Cette pensée m’avait donné envie d’arracher l’œil et de l’écraser sous mes pieds. Je ne l’avais cependant pas fait, parce que ça semblait trop douloureux et effrayant.

En tout cas, j’étais retourné à l’auberge et j’avais maudit ma propre naïveté. Les gens qui se promenaient en ville étaient tous doublés. Quel était l’avenir, et quel était le passé ? Même si je pouvais le dire, les mouvements des gens étaient imprévisibles. Je n’arrêtais pas de les juger avec mes yeux tout en me cognant régulièrement contre eux.

« Tsk! Regarde où tu marches ! »

D’après l’apparence de l’homme, j’avais deviné que c’était un petit voyou. Il avait une barbe volumineuse sur le menton et une cicatrice sur le visage. Je n’avais pas eu l’impression que c’était un aventurier, mais plutôt un des nombreux ravageurs qui infestaient la ville.

« Oui, je m’excuse. Mes yeux ne sont pas en bon état. »

« Tes yeux ne sont pas en bon état, hein ? Alors, marche sur le bord de la route ! Connais-tu donc beaucoup des gens qui ne voient pas ou n’entendent pas bien s’excuser quand ils se promènent dans le coin ! »

Il essayait juste de se battre. Ses menaces étaient intimidantes, mais je pouvais dire qu’il n’était pas très en colère. Il était juste un peu irrité.

« Je ferai attention à partir de maintenant », avais-je dit.

« C’est ça, fais attention ! »

Je ne voulais pas que les choses s’aggravent, alors j’avais tenu ma langue et j’avais fermé les yeux.

Le voyou avait reculé d’un pas et cracha par terre avant de s’en aller. Puis il fit une pause.

« Tch… ah, c’est vrai, j’ai juste une question pour toi. As-tu vu un abruti bourré se balader par ici ? Il n’est jamais revenu hier. », dit-il

Je l’avais vu juste quand il m’avait regardé en arrière : un pot de fleurs allait se briser juste au-dessus de sa tête. Ce qui s’était passé ensuite avait été instantané. J’avais canalisé le mana avec ma main droite et je relâchais une magie du vent qui l’écarta du chemin.

« Gah ! »

Il fit un saut périlleux sur le sol, puis se mit sur ses pieds dans une position défensive. Il sortit son épée et la pointa vers moi.

« Bâtard, c’est quoi ce bordel ? »

C’était alors que le pot de fleurs s’écrasa contre le sol, se brisant. Nous avions tous les deux suivi sa trajectoire vers le haut. Une femme d’âge moyen nous regarda d’un air étonné.

« Je suis vraiment désolée ! Est-ce que ça va en bas ? »

« Ah, oui, on va bien ! »

Elle était retournée à la maison après que je lui ai répondu. Le regard du voyou vola entre moi, l’endroit où le pot était tombé et sa position actuelle. Il déglutit.

« À propos de cet ivrogne, il s’est évanoui dans l’une des ruelles. Il s’est sûrement disputé avec quelqu’un. Quoi qu’il en soit, je m’en vais. »

J’avais parlé aussi vite que possible avant de tourner le dos à la scène. Je ne voulais pas être plus impliqué avec ce voyou.

Après tout, cet œil semblait avoir son utilité, même si c’était une nuisance s’il causait constamment des problèmes de ce genre. Il fallait donc que je m’entraîne à le maîtriser rapidement.

◇ ◇ ◇

J’étais retourné à l’auberge. Quand j’avais dit à Éris et Ruijerd que j’avais rencontré le Grand Empereur du Monde des Démons, ils étaient tous les deux sidérés.

« Le grand empereur du monde des démons ? Je ne pensais pas qu’elle renaîtrait. »

Un rare regard de surprise se trouvait sur le visage de Ruijerd.

« Et je n’aurais jamais imaginé que j’aurais un œil de démon si soudainement. »

« Offrir des yeux de démon est un pouvoir que seul l’Empereur possède », expliqua-t-il.

Le Grand Empereur du Monde des Démons, Kishirika Kishirisu, était aussi connu comme l’Empereur Démon de la Résurrection. Un autre nom pour elle était l’Empereur Démon des Yeux de Démon. Apparemment, elle n’était pas très habile au combat, mais avec douze yeux de démon en sa possession, elle pouvait voir beaucoup de choses que la plupart ne pouvaient pas voir. Son pouvoir le plus redoutable était sa capacité à transformer l’œil d’une autre personne en œil de démon. C’était par ce pouvoir qu’elle avait donné des yeux démoniaques à tous ses disciples, leur donnant la capacité de régner sur toutes les tribus de démons. Il y avait même ceux qui étaient devenus ses disciples juste pour obtenir plus de puissance.

« Je me demande ce qu’elle faisait dans cette ville ? » avais-je dit.

« Qui sait ? Je n’ai aucune idée de ce qui se passe dans l’esprit des Rois Démons ou des Empereurs Démons », dit Ruijerd avec un haussement d’épaules.

C’est vrai, pensais-je. Après tout, tu ne connaissais même pas les véritables intentions du Dieu Démon que tu as servi pendant tant d’années. Je n’avais pas l’intention de lui en dire autant, sachant que ça ne ferait que le déprimer.

Éris, quant à elle, avait les yeux rivés sur le titre « Le grand empereur du monde des démons ».

« C’est incroyable. Je veux aussi la rencontrer ! »

« Vraiment ? »

Éris et Kishirika. Quel genre de conversation auraient-elles toutes les deux si elles se rencontraient ? Même moi, j’étais un peu curieux. Aussi improbable que cela puisse paraître, elles pourraient trouver un terrain d’entente.

« Je me demande si elle est toujours en ville. »

« Je ne suis pas sûr », avais-je dit.

Qui sait ? Peut-être que si je retournais dans les ruelles demain, je la retrouverais évanouie par la faim. C’était un gag très plausible, vu son caractère. Mais quand même, c’était peu probable. Il semblait qu’elle cherchait quelqu’un, donc elle avait probablement déjà tourné la page. C’était comme si elle était une fille magique guidée par la Loi des Cycles, ou quelque chose comme ça.

« Je suis sûr qu’elle a probablement déjà quitté la ville. »

« Vraiment ? C’est dommage », dit Éris.

Elle irait probablement vérifier les ruelles demain de toute façon, malgré ce que j’ai dit.

« Quoi qu’il en soit, cela étant dit, je vais me terrer dans l’auberge. Vous êtes libres de partir tous les deux. »

Chacun d’eux fit un signe de tête.

***

Partie 4

Il m’avait fallu une semaine pour apprendre à utiliser l’œil démoniaque. Pour résumer, ce n’était pas si difficile. Vous pourriez contrôler l’œil par le mana. C’était très semblable à la façon dont j’utilisais la magie silencieuse, ce que j’avais fait plusieurs fois auparavant. Grâce au mana, vous pouviez contrôler ce que vous voyiez. J’étais confus jusqu’à ce que je réalise qu’il y avait deux types de concentration. Puis, les choses s’étaient rapidement enchaînées.

L’un des types de focus contrôlait l’opacité. C’était équivalent au changement d’ombrage des fenêtres de dialogue dans un jeu érotique. Au début, il était tourné au maximum, de sorte que tout semblait entièrement doublé. J’avais rendu l’opacité aussi faible que possible. En canalisant le mana dans la partie interne de mon œil, j’avais pu affaiblir suffisamment ma capacité de clairvoyance pour voir le présent. J’avais donc ajusté l’opacité au point exact où elle n’était pas distrayante, mais quand même visible. Puis j’avais essayé de le maintenir comme ça. Si je perdais la mise au point ne serait-ce qu’une seconde, l’opacité changeait. Il avait fallu trois jours avant que je puisse maintenir la cohérence.

La suivante était la durée, ou plutôt la latence. Je pouvais changer la distance que je pouvais voir dans le futur en canalisant le mana au premier plan de mon regard. Le futur le plus éloigné que je pouvais normalement voir n’était que d’une seconde, mais avec l’utilisation du mana, je pouvais voir deux secondes ou plus dans le futur. Les choses s’estompaient en deux ou trois, comme la branche d’un arbre se séparant et représentant différentes possibilités.

Je pouvais voir jusqu’à trois ou quatre secondes avec plus de mana, mais si j’essayais de voir jusqu’à cinq secondes à l’avance, l’image se divisait et se brouillait tellement qu’elle me donnait mal à la tête. C’était représentatif du nombre de façons dont l’avenir pourrait changer. De plus, plus vous essayiez de voir loin dans le futur, plus cela vous mettait à rude épreuve. Kishirika avait même dit qu’avoir deux yeux de démon te paralyserait. C’était peut-être l’influence de tous ses yeux démoniaques qui l’avait fait passer pour une telle tête de mule.

Quoi qu’il en soit, je savais que je pouvais voir une seconde dans le futur en toute sécurité. Il m’avait fallu trois jours pour maîtriser cela, puis un jour de plus pour apprendre à contrôler les deux facteurs à la fois. Au total, il m’avait fallu sept jours pour apprendre les bases de l’utilisation de mon Œil de la Clairvoyance.

◇ ◇ ◇

Pendant que j’étais occupé à canaliser le mana dans mon œil et à le commander : fais ce que je te dis, Oeil de la Clairvoyance ! Éris et Ruijerd allaient quelque part ensemble tous les jours. À leur retour, Éris était toujours baignée de sueur tandis que Ruijerd semblait toujours aussi calme, ne transpirant qu’un peu plus que d’habitude. Que pouvaient-ils bien faire tous les deux pour être autant en sueur ? Et tous les jours, en plus !

« Pour votre information, j’aimerais vous demander. Qu’est-ce que vous faites tous les deux ? »

Éris était en train de tordre un chiffon trempé de sueur quand je le lui avais demandé.

« C’est un secret ! », répondit-elle.

Elle avait l’air de vraiment s’amuser.

Donc elle faisait quelque chose en secret qu’elle ne pouvait pas me dire ? Oh, j’ai compris. Une petite douceur d’après-midi, hein ? Je supposais que mon seul espoir d’action était de me noyer dans l’odeur de ce chiffon imbibé de sueur qu’elle tenait.

Ne vous méprenez pas, ça ne m’inquiétait pas trop. Ils étaient probablement en train de s’entraîner. Alors que son attitude aurait pu suggérer le contraire, Éris était en fait du genre à travailler dur en secret. Quand nous étions dans la région de Fittoa, elle faisait la même chose, s’entraînant souvent avec Ghislaine pendant ses jours de congé. À l’époque, quand je lui demandais ce qu’elle faisait, elle avait le même sourire sur son visage et disait : « C’est un secret ! » J’étais donc sûr qu’elle devait s’entraîner cette fois aussi.

Cette nuit-là, j’avais rêvé d’un trentenaire de trente-quatre ans qui me pressait la joue tout en me murmurant à l’oreille : « Désormais, ton surnom sera “pathétique perdant” ». J’avais pensé que c’était l’œuvre de l’Homme-Dieu. Ce salaud n’était vraiment bon à rien.

◇ ◇ ◇

Une semaine plus tard, j’informais Éris et Ruijerd de ma capacité à contrôler l’Œil de la Cairvoyance. Quand je l’avais fait, Ruijerd me suggéra ceci :

« Alors, pourquoi ne pas faire un combat avec Éris ? ».

Était-ce pour tester si cette chose était utilisable au combat ? Ou était-ce pour me montrer les résultats de son entraînement spécial ? Réaliser les deux à la fois serait une bonne affaire, alors j’avais accepté.

On s’était déplacé sur la plage. Ruijerd se tenait sur la ligne de touche pour observer pendant que nous prenions position l’un en face de l’autre, épées à la main.

« Crois-tu vraiment que tu puisses me battre maintenant juste parce que tu as cet œil de démon !? »

Éris se sentait particulièrement confiante aujourd’hui. Elle avait dû apprendre une nouvelle technique la semaine dernière.

Je voulais garder ce sourire effronté sur son visage.

« Non, c’est bon si je perds. Je veux juste savoir ce que je peux voir au milieu d’une bataille avec cet œil, c’est tout. »

C’était pour ça que je n’allais pas utiliser la magie aujourd’hui. Je voulais aussi voir les fruits de mon propre travail. J’avais ajusté mon œil pour pouvoir voir une seconde dans le futur. Le combat commença.

« Hmph, ça ressemble à quelque chose que tu dirais, mais… »

Je pouvais voir ce qu’elle allait faire même si elle parlait encore. Elle allait soudainement balancer son poing gauche vers moi. Si je n’avais pas eu cet œil, je n’aurais pas pu réagir à temps. Éris était naturellement douée quand il s’agissait de lancer des frappes préventives.

« Hah! »

« Oho! »

J’avais pu éviter son attaque. Je l’avais contrée en lui frappant des mains sur le côté du visage.

Puis vint la vision suivante. Éris ne bronchera même pas, elle commencera plutôt un assaut d’attaques, avec l’épée dans la main droite. C’était le point fort d’Éris. Elle pourrait ignorer un certain nombre d’attaques et se lancer dans une offensive. Son bas du corps était si fort que la plupart des attaques ne l’ébranlaient pas. En fait, plus elle subissait de dégâts, plus sa rage s’intensifiait et plus ses attaques devenaient agressives.

« Tah ! »

« Très bien ! »

Je lui frappais fort l’avant-bras. Éris lâcha l’épée. Auparavant, j’aurais considéré la bataille terminée à ce moment-là. En lâchant ton épée, tu as perdu, du moins quand je m’entraînais avec Ghislaine. Cependant, j’avais pu voir de mes yeux que ce n’était pas encore fini.

Éris est déjà en train de lancer sa deuxième salve d’attaques.

En d’autres termes, ce n’était qu’une de ses feintes. Elle avait lâché l’épée pour que je baisse ma garde.

Elle va me frapper au menton avec son poing gauche.

En d’autres termes, elle avait délibérément lâché l’épée pour m’attirer dans un faux sentiment de sécurité, afin de pouvoir se lancer dans son style habituel de combat au corps à corps : le spécial coup de poing d’Éris Boreas.

« Quoi… ! »

« Tes jambes sont ouvertes. »

J’avais accroché mon pied autour du sien, la déstabilisant. Son poing avait glissé dans le vide et elle tomba au sol.

Pourtant, la bataille n’était pas terminée.

Elle va se rattraper avec ses mains, utiliser le rebond et un mouvement de torsion pour tourner, et s’accrocher à ma jambe droite.

« Uh-uh. »

J’avais reculé et, en même temps, j’avais baissé les genoux, l’épinglant pour qu’elle ne puisse plus bouger.

Grâce à la manière dont elle s’était tordue dans une tentative désespérée de me mordre, le corps d’Éris était tout tordu. Un bras était écrasé sous elle, tandis qu’une de ses jambes était pliée vers le bas. Je me demandais ce qu’elle allait faire ensuite, mais tout ce que je pouvais prévoir, c’était qu’elle se débattrait davantage.

« Ça suffit », cria notre arbitre.

Éris s’était affaissée, comme si l’énergie avait été drainée hors d’elle.

Ai-je gagné ? Ai-je vraiment gagné ? C’était la première fois que je battais Éris en combat rapproché et sans magie.

« J’ai échoué, hein… »

Éris avait un regard étonnamment calme sur son visage alors qu’elle me regardait.

Je l’avais lâchée. Elle s’était levée lentement et dépoussiéra sa tenue.

Elle va me frapper.

L’expression d’Éris s’était amoindrie quand j’avais arrêté son poing avec ma main.

« Je rentre chez moi ! » avait-elle déclaré haut et fort.

Ses épaules tremblaient en partant pour l’auberge.

L’ai-je vraiment énervée ? Je me le demandais. Non, ce n’était pas ça. Je lui avais probablement fait perdre confiance. Elle avait toujours eu du mal à me battre jusque-là. Tout à coup, j’étais devenu plus fort. Si j’étais à sa place, j’aurais probablement été aussi jaloux.

« Éris est encore une enfant », dit Ruijerd en la regardant partir.

« C’est normal pour son âge », répondis-je avant de le regarder en arrière.

Il me regarda dans les yeux tout en hochant la tête.

« Bon travail. »

« N’importe qui ayant un œil de démon pourrait faire ça. »

J’étais un peu plus en forme, mais il y avait des douzaines d’autres personnes dans ce monde qui avaient des capacités physiques similaires. Quiconque avait un œil de démon devrait pouvoir faire la même chose.

« Un œil de démon n’est pas quelque chose qu’une personne peut immédiatement maîtriser quand elle l’a. »

« Oh, vraiment ? »

« Il y avait un Superd dans ma troupe de combat qui avait un œil de démon. Il le surveillait constamment et n’arrivait jamais à le contrôler, pas même jusqu’au jour de sa mort. Il est étrange que tu puisses être capable de le contrôler après seulement une semaine. »

Oh, d’accord. D’accord, ouais. Oui, j’ai compris ce qu’il voulait dire.

Eh bien, j’avais travaillé très dur pour contrôler mon flux de mana, et je l’avais maîtrisé en seulement une semaine. Donc j’étais le seul capable de le contrôler aussi rapidement, hein ? Je vois, je vois. Mwahahaha !

« Je pourrais peut-être même te battre, Ruijerd. »

« Si tu utilises la magie », dit-il.

« En combat rapproché ? »

« Veux-tu essayer ? »

J’avais décidé d’accepter cette offre. Pour être franc, j’allais trop vite.

« Oui, s’il te plaît. »

Ruijerd mit sa lance de côté et prit position, les mains vides. En d’autres termes, il n’avait pas besoin de son arme contre un avorton comme moi.

« Tu peux utiliser la magie si tu veux », dit-il.

« Non, si on doit faire ça, on le fera à mains nues. »

Avant même que j’aie fini, une vision s’était manifestée devant moi. La paume de Ruijerd allait venir droit sur moi.

Je pouvais le voir. Je pouvais voir ce qu’il allait faire, et je pouvais réagir.

« Oho! »

J’avais tendu ma main pour l’arrêter.

Il va me prendre la main.

Dès que j’avais vu la vision, j’avais instinctivement retiré ma main. L’instant d’après, la vision s’était brouillée.

Il va m’attraper au visage avec son poing.

Maintenant, il y avait deux visions. En d’autres termes, deux avenirs potentiels distincts. Un dans lequel il m’attrapait le bras, et un autre dans lequel il me claquait le poing au visage. Qu’est-ce qui se passait ? Le doute s’était éveillé en moi. Ma vision n’était pas censée s’estomper en une seconde.

« Whoa! »

J’avais courbé mon corps en arrière, évitant de justesse son attaque.

Le poing de Ruijerd va me tomber dessus.

Je pouvais le voir. Je pouvais le voir clairement. Mais mon corps était déjà déformé à cause de sa dernière attaque. Même si je pouvais voir ce qu’il allait faire ensuite, je n’avais pas pu bouger à temps pour l’éviter.

« Bwah ! »

***

Partie 5

Son poing m’avait touché au milieu du visage. Ma tête heurta le sable de la plage tout en tombant au sol. J’avais été laissé allongé là, face contre terre.

J’avais tendu la main pour vérifier s’il n’y avait pas de blessures. J’allais bien, n’est-ce pas ? J’espérais qu’il n’abîmerait pas complètement mon beau visage. Je n’avais pas un visage détruit maintenant, n’est-ce pas ?

« Te rends-tu ? »

Je pouvais sentir que c’était au moment où il me le demandait.

« Oui, j’admets ma défaite. »

Je pensais que je pouvais gagner quand j’avais vu la première vision, mais les choses n’étaient pas si simples.

« Mais maintenant, tu comprends, n’est-ce pas ? »

J’avais pris la main qu’il m’avait tendue et je m’étais levé.

« Non, pas du tout. Le futur que j’ai vu s’estompait. Comment as-tu fait ça ? »

« Je n’ai aucune idée de ce que tu as vu, mais j’avais décidé que si tu essayais de te défendre avec ta main, je l’attraperai et si tu ne le faisais pas, je te frapperais. C’était tout ce qui m’était passé par la tête. »

En d’autres termes, tant qu’il pouvait deviner ce que j’allais faire ensuite, il pouvait y réagir. Il y avait une telle lacune dans nos niveaux de compétences que ma capacité de voir une seconde dans l’avenir ne signifiait finalement rien. On pourrait dire que c’était semblable au shogi. Même si un novice pouvait voir un coup d’avance, il ne lui était toujours pas possible de battre un maître.

Les habitants de ce monde étaient, à un degré inhabituel, hautement qualifiés. Il y en avait probablement beaucoup d’autres qui pouvaient se battre comme Ruijerd.

« Plus important encore, j’ai déjà combattu quelqu’un avec le même œil de démon. Depuis, je me bats avec l’idée que tout le monde a les mêmes capacités. Toi et moi avons différents niveaux d’expérience. »

« C’est vrai. »

Il avait donc utilisé son expérience pour combattre l’Oeil de la Clairvoyance. Peut-être que les styles d’épées de ce monde avaient aussi des moyens de contrer le pouvoir d’un œil de démon, par exemple, la longue épée de lumière du Style du Dieu de l’Épée. J’avais eu l’impression que même si vous pouviez le voir, vous ne pourriez pas l’éviter.

« On dirait que j’ai pris un peu d’avance sur moi-même. »

Il semblerait que les faiblesses de l’œil du démon étaient déjà établies de longue date, comme trouver un moyen de bloquer la vision du possesseur, utiliser un bouclier, attaquer par-derrière, ou même combattre dans le noir.

Tout cela mis à part, cet œil avait toujours son attrait. J’avais après tout battu Éris. Rien que de penser à la façon dont je pourrais l’utiliser à partir de maintenant me faisait battre mon cœur. J’avais prédit tout ce qu’Éris ferait. C’était un revirement complet de la façon dont les choses se déroulaient avant. En d’autres termes, avec de la pratique, je pourrais même être capable de prédire les mouvements de Ruijerd.

C’est alors que l’ermite était apparu avec un pouf dans ma tête, avec sa tête chauve et ses lunettes de soleil.

« Maintenant, tu n’as plus besoin de te faire frapper tout le temps pour voir jusqu’où tu es allé », dit-il.

Très bien, alors. Merci, ermite aimant les seins. Hmm. En pensant à toutes les façons dont je pourrais utiliser cet œil, mon cœur s’était envolé!

◇ ◇ ◇

Quand j’étais rentré à l’auberge, l’air rêveur, je trouvais Éris perchée sur le lit, les genoux serrés contre sa poitrine. Oh, c’était vrai, je l’avais oubliée. Elle était déprimée. Pendant ce temps, mon ermite intérieur avait sauté sur sa tortue et avait disparu ailleurs.

« Euh, Éris ? »

« Que veux-tu ? »

Après notre bataille, Ruijerd m’avait dit ce qu’ils avaient fait la semaine dernière. Apparemment, c’était un entraînement spécial. Pas du genre pervers, bien sûr. Pour se fortifier, Éris se consacrait chaque jour à la pratique de l’épée. En conséquence, elle avait réussi à le battre une fois.

Elle avait battu Ruijerd une fois. C’était extraordinaire. Je n’y arriverais probablement jamais de toute ma vie. Apparemment, Éris était devenue assez arrogante à cause de ça. C’était pour ça que Ruijerd m’avait utilisé pour dégonfler son ego.

Sérieusement, c’était quoi cette histoire ? C’était sa propre erreur et pourtant ce guerrier loliconique m’avait fait nettoyer son bordel. Pourtant, c’était efficace. Son ego avait tellement gonflé après avoir revendiqué la victoire contre un adversaire qu’elle n’avait jamais battu auparavant (Ruijerd), pour se faire ensuite percer en perdant contre un adversaire qui ne l’avait jamais battue auparavant (moi).

Cela dit, je ne pensais pas que c’était la bonne façon de procéder. Je savais ce que c’était de commencer enfin à penser ainsi, et peut-être que j’avais compris le problème. Vous vous sentiez complètement malheureux, comme si tout ce que vous aviez fait jusqu’à présent n’avait servi à rien.

Bien sûr, peut-être que ça l’avait aidée à se rafraîchir la tête. Peut-être qu’elle ne ferait plus de grosses erreurs maintenant. Mais Éris était probablement dans une période de croissance rapide. Je ne pensais pas que vérifier son ego était la bonne réponse. Au lieu de cela, il était préférable de la laisser monter aussi haut pour qu’elle puisse se développer encore plus vite. Ensuite, vous pourriez souligner ses lacunes et les corriger par la suite.

« Tu es vraiment devenue très forte, Éris. »

« C’est bon, tu n’as pas besoin de me réconforter. Je savais que je ne pouvais pas te battre, de toute façon. »

Toujours irritable, elle se mordit la lèvre inférieure.

Hmm, que pouvais-je lui dire ? Je n’avais pas de bonnes phrases pour ces moments-là.

Ruijerd n’était pas revenu dans la chambre avec moi. C’était de sa faute si son ego était devenu incontrôlable, alors j’avais souhaité qu’il fasse quelque chose, même s’il était vrai que c’était moi qui avais vraiment fait éclater sa bulle.

Mais si je pouvais la réconforter correctement, son compteur d’affection s’élèverait sans aucun doute. Elle tomberait follement amoureuse de moi, et nous resterons collés l’un l’autre, joue contre joue, dans une parade nuptiale. Ruijerd avait dû supposer que c’était ce qui allait arriver, et c’était pour ça qu’il nous avait laissés seuls.

« Ne perds pas toute ta confiance. J’ai entendu dire que tu as réussi à battre Ruijerd une fois. C’est incroyable, non ? »

J’avais pris place à côté d’elle pendant que je parlais. Quand je l’avais fait, Éris appuya son corps contre le mien. Le doux parfum de sa sueur me remplissait les narines. C’était une bonne odeur, mais j’avais dû me retenir. J’avais besoin d’être un gentleman dans cette situation.

« C’est de la triche, Rudeus. Tu as obtenu un œil de démon pour toi-même pendant que je me cassais la gueule… »

J’avais frémi. Ma tête s’était engourdie instantanément. Mon loup intérieur s’était rétracté, la queue fermement repliée entre ses pattes. Je n’avais rien pu répondre.

Elle avait raison. Qu’est-ce qui me rendait si heureux ? C’était de la triche. Ce que j’avais fait était malhonnête. Le pouvoir de l’œil du démon n’était pas quelque chose pour lequel j’avais travaillé durement afin de l’obtenir. C’était juste tombé sur mes genoux. Tout ce que j’avais fait, c’était d’acheter de la nourriture dans un stand et errer dans les ruelles. C’est vrai, il m’avait fallu une semaine pour maîtriser ses pouvoirs. Mais c’était tout. Je n’avais pas du tout lutté. Qu’est-ce que je faisais en utilisant ce pouvoir et en faisant semblant d’être heureux d’avoir battu Éris quand elle avait passé une semaine entière à travailler dur, trempée de sueur ?

« Je suis désolé. »

« Ne t’excuse pas. »

Éris était devenue complètement silencieuse après ça. Mais elle ne s’était pas éloignée de moi. Mon cœur battait normalement face à son odeur ou la chaleur de son corps, mais cette fois-ci, ce n’était pas le cas. Au lieu de cela, j’avais juste eu honte, comme si sa chaleur et l’odeur de sa transpiration me critiquaient. L’air était lourd.

Peut-être qu’il était préférable pour moi de ne pas utiliser l’œil du démon à moins que ce ne soit absolument nécessaire. Sa commodité pourrait entraver ma croissance. Je l’avais compris après avoir combattu Ruijerd.

Pour l’instant, le plus important n’était pas de savoir comment utiliser cet œil de démon. Au lieu de cela, j’avais besoin d’affiner ma capacité de combat. C’est vrai, j’étais un meilleur combattant quand j’utilisais l’œil. Mais mes compétences finiraient par plafonner si je comptais là-dessus. Compter sur une béquille ne reviendrait me hanter que plus tard. C’était dangereux. J’avais failli me laisser prendre au piège dans les projets de ce diable perfide, l’Homme-Dieu.

J’avais décidé de n’utiliser mon œil de démon qu’en ultime recours.

◇ ◇ ◇

Cette nuit-là, j’avais passé du temps à réfléchir par moi-même.

En fin de compte, nous n’avions pas encore trouvé le moyen de traverser l’océan. Avais-je foiré quelque part? J’avais assez bien suivi les conseils de l’Homme-Dieu, mais je n’avais gagné que l’œil du démon.

Était-ce censé aider d’une manière ou d’une autre? Comme avec le jeu? Mais les plaisirs comme le jeu n’existaient pas ici, sur le Continent Démon. Et s’ils existaient, ils seraient probablement en train de parier sur des bagarres entre deux personnes. Cela ne me rapporterait pas beaucoup d’argent. Nous pourrions utiliser Ruijerd comme gladiateur et facturer des frais de participation d’un fer brut avec une cagnotte de cinq pièces de minerai vert, mais il finirait par manquer d’adversaires.

Hmm. Peu importe à quel point j’y pensais, je ne pouvais trouver aucune solution. Nous étions toujours dans la même situation que lorsque nous avions reçu le conseil de l’Homme-Dieu. D’une certaine manière, nous avions perdu une semaine. Gaspillé une semaine entière.

« OK… je suppose que je vais devoir le vendre. »

Prononcer ces mots à voix haute m’avait aidé à renforcer ma détermination.

Heureusement, Ruijerd n’était pas là ce soir et Éris était déjà au bord de son lit avec son ventre découvert. Cela serait gênant si elle attrapait un rhume, alors j’avais mis une couverture sur elle.

Il n’y avait personne pour m’arrêter. Vraisemblablement, le prêteur sur gages de la ruelle était toujours ouvert, non? Après tout, les magasins qui traitaient d’articles suspects étaient toujours ouverts la nuit. Avec mon bâton dans une main, je quittais l’auberge.

Je n’avais descendu que trois marches à l’extérieur.

« Où vas-tu si tard dans la nuit? »

Ruijerd était sur mon chemin. Il n’était pas dans la chambre, alors j’avais pensé qu’il était ailleurs. Clairement, je m’étais trompé. Bon sang, qu’est-ce qu’il essayait de faire, espionnez les gens? Je devais en quelque sorte le duper.

« Euh, j’allais juste dans l’un des bordels, afin d’aller m’amuser de manière sexy et dangereuse jusque tard dans la nuit. »

« Et tu as besoin de ton bâton pour coucher avec une femme? »

« Euh… c’est un accessoire pour des jeux sexuels. »

J’étais silencieux. Je savais que ça ne suffirait pas.

« As-tu l’intention de le vendre ? »

« … Oui. »

Sa question était si précise que j’avais dû avouer.

« Je vais te le redemander. Vas-tu vendre ce bâton ? »

« Oui. Ce bâton est fait de matériaux de très bonne qualité, donc il devrait se vendre assez cher. »

« Je ne parle pas de ça. Ce bâton n’est-il pas important pour toi ? Comme ce pendentif. »

Il avait tenu le pendentif de Roxy, pendu autour de son cou.

« Oui, c’est tout aussi important. »

« Si des problèmes similaires se produisaient à l’avenir, vendras-tu aussi ce pendentif ? »

J’avais fait une pause.

« Si c’était nécessaire. »

Il prit une grande inspiration. Je pensais qu’il allait crier, même s’il n’était pas du genre à élever la voix, à moins que cela n’ait quelque chose à voir avec les enfants. Mais il n’avait pas crié. Au lieu de cela, il poussa un soupir, me disant.

« Je n’abandonnerais jamais ma lance, même si j’étais accolé contre un mur. »

« C’est parce que c’est un souvenir de ton fils, non ? »

« Non, parce que c’est l’incarnation de l’esprit d’un guerrier. »

Un esprit de guerrier, hein ? C’était des mots élégants, mais ils ne nous feraient pas traverser l’océan.

Il y avait une tristesse dans les yeux de Ruijerd.

« Tu as dit qu’on avait trois options avant. »

« Oui », avais-je validé.

« Je ne me souviens pas t’avoir entendu dire que la vente de ton bâton était l’une de ces options. »

« Ça ne l’était pas. »

***

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