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Mushoku Tensei (LN) – Tome 2

***

Prologue

J’avais couru.

Il n’y avait qu’un seul animal sauvage qui me poursuivait, mais tout ce que je pouvais faire, c’était courir. La terreur avait inondé mon cœur. J’avais pris l’escalier en courant, j’avais traversé le jardin à toute vitesse, et j’avais utilisé la magie pour escalader le toit tout en manquant de trébucher à la fin.

« Où est-il allé !? »

La voix terrifiante de la créature retentit, me poursuivant sans relâche.

Je pensais avoir de l’endurance. Après tout, j’avais couru de longues distances et pratiqué l’épée ces dernières années. Maintenant que j’avais perdu confiance en moi, la créature semblait se moquer de moi, ses cheveux cramoisis me poursuivaient de si près que je ne pouvais plus m’arrêter pour respirer.

N’abandonne pas, me suis-je dit. Peu importe la distance que je mettais entre nous, elle me rattraperait au moment où je commencerais à perdre ma concentration.

Huff, huff. J’étais essoufflé. Je n’avais pas pu courir plus loin. Je n’avais pas pu y échapper. La seule option qui restait était de se cacher. J’avais gémi tout en plongeant dans l’ombre des escaliers, derrière une plante décorative.

La voix grondante de la créature résonnait dans tout le manoir.

« Je ne te pardonnerai jamais ! »

Ces mots avaient fait trembler mes jambes.

Je m’appelle Rudeus Greyrat et j’ai sept ans. J’étais actuellement un beau garçon aux cheveux bruns brillants et aux joues roses. Dans ma vie antérieure, j’étais un puceau de trente-quatre ans au chômage. Un reclus.

Dans cette vie, j’avais sauté les funérailles de mes parents, ce qui m’avait fait virer de la maison. Laissé dans un état de désespoir, j’avais été renversé par un camion et j’étais mort. Mais par un coup de pouce du destin, j’avais été réincarné en bébé, tout en conservant l’intégralité de mes souvenirs.

Je ne valais guère plus que des ordures avant de mourir, mais après avoir compris comment mon comportement était incorrect, j’avais travaillé dur pour mener une vie digne durant les sept dernières années. J’avais appris la langue d’ici, étudié la magie et pratiqué l’épée. J’avais une bonne relation avec mes nouveaux parents et je m’étais même fait une jolie amie d’enfance, elle se nommait Sylphie. Mais pour que Sylphie et moi puissions fréquenter la même école, j’avais dit que je travaillerais pour gagner l’argent de nos frais de scolarité, alors mon père m’avait envoyé ici, à la Citadelle de Roa.

J’étais censé passer cinq années ici, à m’occuper des études de mon employeuse, la Jeune Maîtresse, en échange de son soutien financier.

Et voilà où j’en suis actuellement.

« Sors de là ! Je vais te pulvériser ! »

Les paroles de la créature m’avaient fait peur alors que je me cachais dans l’ombre. J’étais terrifié par cette personnification de la rage, qui se manifestait sous la forme d’un petit corps féminin.

Que s’était-il passé, me demandez-vous ?

Revenons en arrière, il y a une heure, pour trouver la réponse…

***

Chapitre 1 : La violence de la jeune maîtresse

Partie 1

Quand j’étais arrivé dans la ville de Roa, il faisait nuit.

Le village de Buena et la ville de Roa étaient à une journée de distance en calèche, c’était un trajet de six à sept heures. Juste la bonne distance, ni trop près ni trop loin. Roa est une ville animée, l’une des plus grandes de la région.

La première chose qui attira mon attention, c’était les murs de la citadelle. Les murs étaient solides, et mesuraient sept à huit mètres. Ils s’enroulaient autour de la ville. Des voitures tirées par des chevaux arrivèrent et passèrent par la porte gigantesque. Alors que notre carrosse passait à travers, j’avais vu des rangées de stands de marchands.

La première chose qui m’avait accueilli à l’intérieur de la ville était une écurie et une auberge. Une foule de gens se bousculait : marchands, citadins, et même des guerriers en armure. C’était vraiment comme dans un roman fantastique.

J’avais jeté un coup d’œil à ce qui ressemblait à une salle d’attente, où les gens s’asseyaient avec de grandes quantités de bagages. De quoi s’agissait-il ? C’était ce que je me demandais.

« Ghislaine, sais-tu ce que c’est ? », avais-je demandé à la personne qui était avec moi.

Elle avait, comme un animal, des oreilles et une queue. Elle avait une peau brun foncé que son armure de cuir clairsemée montrait en larges bandes. C’était une grande et musclée épéiste.

Il y avait sept niveaux dans le style du Dieu de l’épée et Ghislaine Dedoldia était au troisième rang à partir du haut. Elle avait des compétences si impressionnantes qu’elle était connue comme un Roi de l’épée. Ce sera elle qui m’enseignera l’art de l’épée.

Elle était comme un second maître pour moi.

« Toi… »

Elle s’était tournée vers moi, irritée.

« Essayes-tu de te moquer de moi ? »

Elle grogna férocement, j’avais sursauté.

« Non, je me demandais ce que c’était. Je ne le savais pas, alors j’espérais que tu me le dirais. »

« Oh, désolée. C’est ce que tu voulais dire. »

Elle vit que j’étais au bord des larmes et s’empressa de m’expliquer.

« C’est la salle d’attente pour la diligence. C’est ce que les gens utilisent normalement pour voyager entre les villes. L’autre option est de payer un colporteur pour voyager avec lui. »

Au fur et à mesure que le voiturier avançait, Ghislaine continuait à me montrer chaque endroit et à me l’expliquer. C’est la forge d’armes, c’est le bar, c’est une branche de la Guilde des aventuriers, et un autre endroit qu’il fallait mieux ne pas visiter. Ghislaine avait un visage sévère, mais elle était gentille.

L’atmosphère changea lorsque nous étions passés devant un coin de rue. Il y avait des rangées de magasins destinés aux aventuriers, une forge d’armes et une forge d’armures, et plus loin, des rangées de magasins pour les habitants de la ville. Les maisons d’habitation étaient construites au fond des ruelles.

Si vous y pensiez, les intrus devraient attaquer la ville de l’extérieur vers l’intérieur. Il était alors évident que la ville était construite de telle sorte que plus on s’enfonçait vers l’intérieur, plus les maisons devenaient grandes et plus les magasins de marchandises étaient luxueux. Plus tu vivais près du centre, plus tu étais riche.

Un gigantesque bâtiment était placé en plein milieu de la ville.

« C’est le manoir du seigneur », dit Ghislaine.

« On dirait plus un château qu’un manoir. »

« C’est une ville fortifiée, après tout. »

Roa était une ville ancienne au passé noble. Il y a 400 ans, c’était le dernier bastion de défense dans la guerre contre la race des démons. C’est pourquoi il y avait un château dans le centre de la ville. Cela dit, malgré sa puissante histoire d’origine, les nobles de la capitale impériale ne voyaient aujourd’hui Roa que comme un simple marécage rempli d’aventuriers.

« Le fait que nous soyons venus ici signifie que la Jeune maîtresse que je vais enseigner est d’un statut social élevé. »

Ghislaine secoua la tête.

« Pas tout à fait. »

« Hein ? »

Il y avait le manoir du seigneur juste devant nous. À mon avis, les seules personnes qui vivaient ici devaient être des gens de haut rang social. Ma théorie était-elle fausse ?

Alors que j’étais en train de faire ce genre de réflexion, le cocher fit un petit signe de tête au gardien du manoir du seigneur.

« Alors, elle doit être la fille du Seigneur. »

« Non. »

« Elle ne l’est pas ? »

« Pas tout à fait. »

J’avais l’impression qu’il y avait un sens caché derrière ses mots. Qu’est-ce que ça pourrait être ?

La voiture s’était arrêtée.

Lorsque nous étions entrés dans le manoir, un majordome nous avait conduits dans ce qui semblait être une salle de réception. On nous montra deux canapés alignés ensemble.

Ce sera mon premier entretien. Je devrais la jouer cool.

« Veuillez vous asseoir là. »

Pendant que je m’asseyais sur le canapé, Ghislaine s’éloignait silencieusement et montait la garde dans le coin de la pièce. Je parie qu’elle a choisi cet endroit pour pouvoir inspecter toute la pièce, pensais-je. Dans ma vie antérieure, je l’aurais prise pour une collégienne intello qui regardait trop d’anime.

« Le jeune maître devrait bientôt revenir. Attendez ici jusqu’à ce qu’il arrive. »

Le majordome versa ce que j’imaginais être du thé dans une tasse à l’aspect coûteux. Puis il se retira et se tint près de l’entrée de la pièce.

Je pris une gorgée de la boisson fumante. Pas mal. Je n’étais pas particulièrement versé dans les thés, mais il me semblait qu’il s’agissait d’un thé onéreux. Comme l’homme n’en avait pas versé pour Ghislaine, il était clair que j’étais le seul à être traité comme un invité.

« Où est-il !? »

Une voix retentit de l’extérieur de la salle, accompagnée de bruits de pas furieux et tonitruants.

« Ici !? »

Les portes s’ouvrirent violemment et un homme musclé et bien bâti entra dans la pièce. Il devait avoir une cinquantaine d’années. Il avait l’air dans la fleur de l’âge de sa vie, en dépit de quelques cheveux blancs dans ses cheveux bruns foncés.

Je posai la coupe, me levai et m’inclinai profondément.

« Enchanté de vous rencontrer. Je m’appelle Rudeus Greyrat. »

Ses narines se sont évasées.

« Hmph, tu ne sais même pas comment te présenter ! »

« Maître, le Seigneur Rudeus n’a jamais quitté Buena Village. Il est encore jeune, je suis sûr qu’il n’a pas encore eu le temps d’apprendre les bonnes manières. Vous pouvez sûrement oublier un peu de son… »

« Et toi, la ferme ! »

Cette réprimande réduisit immédiatement le majordome au silence.

Si c’était le maître de maison, ça signifiait qu’il était mon employeur, non ? Il était certainement en colère. Il devait y avoir quelque chose qui lui manquait chez moi. J’avais essayé d’être aussi poli que possible quand je m’étais présenté, mais l’étiquette des nobles était peut-être différente ici.

« Hmph. Alors je suppose que Paul n’a même pas jugé bon d’enseigner les bonnes manières à son propre fils ! »

« On m’a dit que mon père déteste les formalités, c’est pourquoi il a quitté la maison de son père. Je suppose que c’est aussi pour ça qu’il ne m’a rien appris. »

« Déjà avec les excuses ! Tu es comme lui ! »

« Mon père a-t-il vraiment trouvé tant d’excuses ? »

« Oui ! Une excuse chaque fois qu’il ouvrait la bouche. S’il a mouillé son lit, une excuse ! S’il s’est battu, une excuse ! S’il a fait l’école buissonnière, une excuse ! »

Il était vraiment en train de s’énerver pour ça.

« Même toi ! Si tu voulais apprendre les bonnes manières, tu aurais pu le faire ! La seule raison pour laquelle tu ne l’as pas fait, c’est parce que tu n’as fait aucun effort ! »

Une partie de moi était d’accord avec lui. J’étais tellement préoccupé par la magie et mon style à l’épée que je n’avais pas essayé d’apprendre autre chose. J’avais peut-être été trop étroit d’esprit.

La meilleure réponse avait été de reconnaître mon erreur.

« Vous avez raison. C’est de ma faute si je n’ai pas appris les bonnes manières. Je m’en excuse. »

Quand j’avais baissé la tête, il avait tapé du pied si fort que le sol avait grincé.

« Cependant ! Je reconnais que tu as fait un effort courageux au lieu d’être sur la défensive face à ton manque d’éducation sur l’étiquette ! Je t’autorise donc à rester ici ! »

Je n’étais pas sûr de ce qui se passait, mais au moins il avait dit que je pouvais rester.

Sur ce, le maître de maison se retourna et sortit de la pièce, les épaules raides et fermes.

« C’est le seigneur de la région de Fittoa, Sauros Boreas Greyrat. Il est aussi l’oncle de Maître Paul », dit le majordome.

C’était donc le seigneur féodal. Son intensité m’avait fait craindre à quel point il soit un bon gouverneur. Il y avait beaucoup d’aventuriers par ici, alors peut-être qu’il vous fallait une personnalité forte pour être un vrai seigneur féodal.

Attendez. Le majordome avait dit Greyrat et oncle ? En d’autres termes, ça voulait dire…

« C’est donc mon grand-oncle ? »

« Oui. »

Je le savais.

Paul avait ainsi utilisé son lien avec un membre de sa famille, même s’il en était éloigné. Je n’aurais jamais imaginé qu’il venait d’une famille aussi noble. Il avait eu une éducation privilégiée.

« Que se passe-t-il, Thomas ? Tu as laissé la porte grande ouverte. »

Quelqu’un apparut dans l’embrasure de la porte : un homme mince et léger aux cheveux bruns et lisses.

« On dirait que papa est d’humeur joyeuse. S’est-il passé quelque chose ? »

Parce qu’il avait appelé le seigneur père, j’avais cru que c’était le cousin de Paul.

Le majordome dit : « C’est le jeune maître. Pardon, excusez-moi. Il y a un instant, le Maître a rencontré le Seigneur Rudeus. Il semble qu’il était content de lui. »

« Ah-ha. S’il est le genre de personne que mon père aime… peut-être que j’ai mal choisi ? »

Il s’était assis sur le canapé en face de moi.

Oh, oui, je devrais me présenter, je m’en étais souvenu.

« Ravi de faire votre connaissance. Je m’appelle Rudeus Greyrat. »

Comme je l’avais fait il y a un instant, je m’étais incliné profondément tout en baissant la tête.

« Ah oui, et je suis Philip Boreas Greyrat. Les nobles se saluent en posant leur main droite sur leur poitrine et en inclinant légèrement la tête. Vous avez dû mettre mon père en colère à cause de votre approche incorrecte, n’est-ce pas ? »

« Comme ça ? »

J’avais suivi son exemple et j’avais légèrement baissé la tête.

« Oui, c’est ça. Bien que votre tentative il y a un instant ne soit pas mauvaise. C’était toujours poli. Je suis sûr que si un ouvrier saluait mon père comme ça, il serait content. Maintenant s’il vous plaît, asseyez-vous. »

Il se retourna sur le canapé avec un bruit sourd et fort.

J’avais suivi son exemple et j’avais pris mon siège. L’entretien allait maintenant commencer.

« Que vous a-t-on dit ? »

« On m’a dit que si je passais cinq ans ici à enseigner à la Jeune Maîtresse, on me donnerait assez d’argent pour couvrir les frais de scolarité à l’Université de Magie. »

« C’est tout ? »

« Oui. »

« Je vois. »

Il posa la main sur son menton et regarda la table comme s’il était perdu dans ses pensées.

« Aimez-vous les filles ? »

« Pas autant que mon père. »

« Oh, vraiment ? Alors vous passez. »

Attendez, quoi ? N’était-ce pas un peu rapide ?

« Pour l’instant, les seules personnes que cette fille aime, c’est Edna, sa professeure d’étiquette, et Ghislaine, son entraîneuse d’épée. J’ai déjà congédié plus de cinq personnes. Parmi eux, il y avait un homme qui enseignait dans la ville impériale. »

J’avais compris qu’il insinuait que ce n’était pas parce que quelqu’un enseignait dans la ville impériale qu’il était bon à cela.

« Et en quoi ça a un rapport avec le fait que j’aime ou non les filles ? »

« Aucun rapport. C’est juste que Paul était le genre d’homme qui travaillerait aussi dur qu’il le pourrait si c’était pour une jolie fille. Alors j’ai pensé que vous étiez probablement le même. », dit-il en haussant les épaules.

C’était moi qui aurais dû hausser les épaules. Ne nous mets pas dans la même catégorie.

« Je vais être honnête, je n’attends pas grand-chose de vous. Je me suis dit que puisque vous êtes le fils de Paul, je ferais aussi bien d’essayer. »

« Vous avez raison, c’était très honnête », avais-je dit.

« Quoi, vous voulez dire que vous êtes sûr de pouvoir le faire ? »

Non, pas du tout. Bien que ce ne soit pas quelque chose que je puisse dire dans cette situation.

« Je ne le saurai pas avant de l’avoir rencontrée. »

D’ailleurs, je pouvais imaginer le rire moqueur de Paul si j’échouais dans ce travail et que je devais en trouver un autre. Je le savais, tu n’es encore qu’un enfant, dirait-il. Ce n’était pas une blague. Je ne tolérerais pas d’être méprisé par quelqu’un qui était techniquement plus jeune que moi.

Hmm…

« Écoutez, je vais aller la rencontrer et si elle a l’air de me donner du fil à retordre… je peux essayer d’utiliser un de mes trucs. »

C’était l’occasion d’utiliser certaines connaissances de ma vie antérieure. La façon parfaite de faire en sorte qu’une fille gâtée et miteuse m’écoute.

« Un truc ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

Je lui donnais une explication simple.

« Voici les grandes lignes. Quelqu’un associé à votre maison nous kidnappera pendant que je suis avec la Jeune Maîtresse. Ensuite, j’utiliserai mes compétences en lecture, en écriture et en arithmétique, ainsi que ma magie, pour que nous puissions tous les deux nous échapper et revenir ici en toute sécurité. »

Philippe me fixa, le regard distant, pendant un moment, mais il revint à lui même subitement et il hocha la tête.

« En d’autres termes, vous essayez de l’amener à étudier de son plein gré. Intéressant. Mais êtes-vous sûr que ça va marcher ? »

« Je pense que ça a plus de chance de marcher que si des adultes la forcent à le faire. »

C’était une intrigue fréquente dans les anime et manga : un enfant qui détestait étudier et qui avait besoin d’apprendre l’importance de l’éducation après avoir été pris dans quelque chose dont ils avaient besoin pour s’échapper. Ça n’avait pas vraiment d’importance si ceux qui l’orchestraient étaient sa propre famille, n’est-ce pas ?

« C’est quelque chose que Paul vous a appris ? Comme l’un des moyens pour qu’une fille tombe amoureuse de vous ? »

« Non. Mon père n’a pas besoin d’aller si loin pour être populaire auprès des femmes. »

« Populaire, hein… Pfft. »

Philip éclata de rire.

« C’est exact. Il a toujours été populaire. Il n’a rien à faire et les filles viennent le voir de toute façon. »

« Chaque personne qu’il m’a présentée a été l’une de ses maîtresses. Même Ghislaine. »

« Oui, je suis incroyablement envieux de lui. »

« J’ai peur qu’il ne mette la main sur l’ami d’enfance que j’ai laissé au village de Buena. »

L’anxiété m’avait frappé au moment où ces mots quittèrent mes lèvres. Dans cinq ans… Sylphie aura beaucoup grandi. Je détesterais rentrer chez moi pour découvrir qu’elle faisait partie du harem de mon père.

« Ne vous inquiétez pas. Paul ne s’intéresse qu’aux femmes adultes. »

Tandis que Philippe disait cela, il regarda Ghislaine dans le coin de la pièce.

« Oh. »

J’avais compris ce qu’il voulait dire. Ghislaine avait à tous les coups une silhouette très… développée. En y repensant, Zenith et Lilia aussi. Qu’est-ce qui était si développé, demandez-vous ? Leurs seins, bien sûr.

« Ça devrait aller, ça ne fait que cinq ans. Elle peut mûrir un peu, mais je doute qu’elle puisse devenir si grosse, puisqu’elle a du sang d’elfe dans les veines. Même Paul n’est pas si démoniaque. »

Pouvais-je lui faire confiance ? D’ailleurs, comment savait-il que Sylphie était en partie elfe ? Peut-être que j’aurais mieux fait de supposer qu’il n’y avait rien de secret sur le temps que j’avais passé au village de Buena.

« Ce qui m’inquiète le plus est de savoir si vous séduirez ma fille. »

« Pourquoi ça vous inquiète alors que je n’ai que sept ans ? »

Bon sang, c’est impoli de dire ça. Je n’allais rien faire. Et si elle était tombée amoureuse de son plein gré, ce ne serait pas ma faute.

« Dans la lettre de Paul à votre sujet, il a dit qu’il vous renvoyait parce que vous passait trop de temps à jouer avec les femmes. Je pensais que c’était juste une blague, mais après avoir entendu votre plan, je commence à en douter. »

« C’est seulement parce que je n’avais pas d’amis à part Sylphie. »

De plus, ce n’était pas ses affaires.

« Eh bien, nous ne ferons aucun progrès en parlant. Vous devez rencontrer ma fille. Thomas, amène-la-lui. »

Philippe se leva.

Et ainsi, je l’avais finalement rencontrée.

***

Partie 2

Arrogante.

C’était ma première pensée quand je l’avais vue. Elle avait deux ans de plus que moi, ses yeux étaient vifs et étroits, et ses cheveux ondulés. Ces cheveux étaient d’un rouge si pur qu’on aurait dit que quelqu’un lui avait jeté un seau de peinture dessus.

Ma première impression d’elle était qu’elle était féroce. Je n’avais aucun doute qu’elle serait un jour une beauté, mais j’avais prédit que la plupart des hommes la trouveraient trop difficile à manœuvrer. Peut-être que si vous étiez un masochiste sérieux… Bon, d’accord, elle était peut-être pas si mal.

Quoi qu’il en soit, elle était dangereuse. Mon instinct me lançait des avertissements quand je m’approchais d’elle.

Mais ce n’était pas comme si je pouvais m’enfuir. Je l’avais donc saluée comme Philip me l’avait demandé.

« C’est un plaisir de vous rencontrer. Je suis Rudeus Greyrat. »

« Hmph ! »

Elle me regarda, ses narines s’évasèrent, comme celles de son grand-père. Elle avait les bras croisés fermement sur la poitrine alors qu’elle me regardait fixement, au sens figuré et au sens propre du terme, puisqu’elle était plus grande que moi. Son expression avait tourné au vinaigre quand elle a dit : « Qu’est-ce que c’est, il est plus jeune que moi ! Et pourtant, il est censé m’apprendre ? Arrêtez de plaisanter ! »

Je le savais, elle était très fière. Mais je ne pouvais pas reculer.

« Je ne pense pas que l’âge ait quoi que ce soit à voir avec ça », avais-je dit.

« Ah ouais !? Tu as un problème avec moi !? »

Sa voix était si forte que mes oreilles sonnaient.

« Ce que je dis, mademoiselle, c’est que je peux faire des choses que vous ne pouvez pas faire. »

Dès que j’avais dit cela, ses cheveux semblèrent se redresser, comme une manifestation physique de sa colère.

C’était terrifiant.

Merde, pourquoi ai-je peur d’une fille qui n’a même pas dix ans !

« T’es certainement imbu de toi-même, n’est-ce pas ! Pour qui me prends-tu ? »

J’avais calmé ma peur et je lui répondis.

« Vous êtes ma cousine germaine, c’est ça ? »

« Hein… ? Qu’est-ce que c’est que ça ? »

« Ça veut dire que mon père est le cousin de votre père. En d’autres termes, vous êtes la petite-fille de mon grand-oncle. »

« De quoi parles-tu !? Je ne comprends pas ! »

Peut-être que ce n’était pas la meilleure façon de le formuler ? Je devrais peut-être lui dire qu’on était parents.

« Vous avez entendu parler de Paul, n’est-ce pas ? »

« Bien sûr que non ! »

« Oh, d’accord. »

C’était inattendu. Apparemment, elle ne savait pas qui il était. Peu importe comment nous étions liés. C’était plus important de la faire parler. Après tout, lorsque vous démarrez un jeu vidéo pour la première fois, la meilleure façon d’établir une relation avec un PNJ était de lui parler à plusieurs reprises.

Alors que je pensais ça, elle leva la main et me gifla.

« Hein… ? »

C’était si abrupt. Elle me frappa juste au visage. Je lui avais demandé, un peu confus : « Pourquoi m’avez-vous frappé ? ».

« Parce que tu agis de façon si suffisante alors que tu es plus jeune que moi ! »

« Alors c’est comme ça. »

Ma joue était encore chaude là où elle m’avait giflé. Ça m’avait piqué. Ça fait mal, pensais-je.

Ma deuxième impression d’elle était qu’elle était violente.

Je crois que je n’avais pas d’autre choix.

« Très bien, alors je vais vous rendre la pareille. »

« Quoi !? »

Je n’avais pas attendu sa réponse, je l’avais giflée. Smack ! Ce n’était pas un son très agréable.

C’était probablement faible parce que je n’avais pas l’habitude de gifler les gens. C’est très bien. Au moins, elle a ressenti la douleur. Je m’étais rassuré.

« Maintenant, vous comprenez… »

C’est ce que j’essayais de dire, mais du coin de l’œil, j’avais vu ses cheveux se dresser et elle tira son poing en arrière. C’était exactement la même pose qu’une statue de Nio, l’un des gardiens divins et courroucés du Bouddha.

Juste comme je le pensais, son poing entra en contact avec moi. Sa jambe attrapa la mienne dès que j’avais commencé à trébucher. Puis sa main claqua contre ma poitrine, me forçant à m’effondrer. Quelques secondes plus tard, elle était perchée sur moi. Quand j’avais réalisé ce qui se passait, elle avait mes bras coincés sous ses genoux.

H-huh ? Je ne peux pas bouger ? J’avais paniqué.

« Hé, attendez ! »

Le son de ma consternation avait été noyé par ses hurlements.

« Contre qui crois-tu avoir levé la main !? Je vais te le faire regretter ! »

Son poing tomba sur moi comme un marteau.

« Aïe, aïe, ça fait mal ! Attendez, quoi, non, arrêtez ! »

J’avais pris cinq coups de poing avant de pouvoir utiliser ma magie pour m’échapper. Bien que mes jambes menaçaient de s’effondrer sous moi, je m’étais forcé à me redresser et à les plier pour porter une contre-attaque. Je l’avais frappée au visage avec une vague de magie du vent.

« … Tu ne vas pas t’en tirer comme ça. »

Mon attaque l’avait ébranlée, mais ça ne l’avait pas arrêtée un seul instant. Elle était venue en volant vers moi avec l’expression du diable sur son visage.

J’avais réalisé mon erreur dès que j’avais vu son expression. En trébuchant, je m’étais enfui. Elle n’était pas le genre de jeune maîtresse à laquelle j’étais habitué. Elle n’était pas du genre capricieux et égoïste, qui prenait des décisions en fonction de leurs sentiments du moment. Elle était plutôt la protagoniste délinquante d’un manga !

J’aurais peut-être pu la frapper avec ma magie, mais je doutais qu’elle m’écoute. Elle attendait son heure pour se rétablir, puis elle reviendrait pour se venger. Je pourrais la frapper avec de la magie à chaque fois, mais sa détermination ne faiblira jamais.

Contrairement à un protagoniste de manga, elle semblerait aussi être du genre à se battre salement. Elle pouvait me jeter un vase du haut de l’escalier ou venir vers moi dans l’ombre avec une épée en bois. Elle ferait n’importe quoi pour s’assurer qu’elle rende dix fois les dommages qu’elle avait reçus. Si l’occasion se présentait, elle ne cacherait rien.

Ce n’était pas une blague. Je ne pouvais pas utiliser la magie de guérison parce que je ne pouvais pas m’arrêter pour chanter le sort. Mais tant que l’on continuait comme ça, elle n’écouterait pas ce que j’avais à dire. J’allais devoir utiliser la force brute pour qu’elle m’écoute.

Mais c’était la seule décision que je ne pouvais pas prendre pour l’instant.

Voilà, maintenant elle était sur le point de m’attraper.

◇ ◇ ◇

Épuisée par sa poursuite, la Jeune Maîtresse finit par abandonner et retourna dans sa chambre. Elle n’avait pas réussi à me trouver, mais c’était proche.

Je me sentais engourdi quand cette démone rousse passa à côté de moi. Je n’aurais jamais imaginé être ainsi le protagoniste d’un film d’horreur. Totalement épuisé, j’étais retourné vers Philippe, qui m’attendait avec un sourire amer sur son visage.

« Alors, comment ça s’est passé ? »

« Pas bien du tout », répondis-je au bord des larmes.

Quand elle me frappait, j’avais cru qu’elle allait me tuer. Quand je m’étais enfui, j’étais presque en larmes.

Ça faisait si longtemps que je n’avais pas ressenti ça. Pourtant, j’en avais déjà fait l’expérience. Non pas que je portais le traumatisme avec moi ou quoi que ce soit d’autre.

« Alors, vas-tu abandonner ? »

« Il en est hors de question. »

Comment pourrais-je ? Je n’avais rien accompli. Si je reculais maintenant, cela voudrait dire que j’avais été frappé pour rien.

« Je veux que nous puissions faire ce dont nous avons parlé tout à l’heure. »

J’inclinai la tête devant lui, la tête pointue et basse. J’allais apprendre à cette bête ce qu’était vraiment la vraie peur.

« D’accord. Thomas, fais les préparatifs. »

Juste à ce moment, le majordome prit congé. Philip avait dit : « Tu as vraiment des idées intéressantes. »

« Le pensez-vous vraiment ? »

« Effectivement. Tu es le seul professeur à être venu me voir avec un plan aussi ambitieux. »

« Mais je pense que ce sera efficace. »

J’étais quand même un peu nerveux. Est-ce que mon petit truc marchera vraiment sur quelqu’un ayant sa personnalité ?

Philip haussa les épaules et dit : « Ça dépendra du travail que tu feras. »

Naturellement.

C’était ainsi que nous avions commencé à travailler sur notre plan.

◇ ◇ ◇

J’étais entré dans la pièce qu’ils m’avaient donnée. C’était délicieusement meublé. Il y avait un grand lit et d’autres meubles lourdement décorés, de beaux rideaux et une bibliothèque toute neuve. Tout ce dont elle avait besoin, c’était d’un climatiseur et d’un ordinateur et ce serait un vrai paradis. C’était une belle chambre.

Ce devait être une chambre d’amis, plutôt qu’une chambre de domestiques, qui m’avait été donnée parce que je portais le nom de Greyrat. Pour une raison ou une autre, la plupart de leurs domestiques étaient des hommes bêtes. J’avais entendu dire qu’ils faisaient de la discrimination contre les démons dans ce pays, mais il me semblait que les choses étaient différentes.

« Ah, Paul, salaud. C’est un sacré endroit dans lequel tu m’as envoyé. »

Je m’étais couché sur le lit et j’avais mis ma tête palpitante dans mes mains. Probablement un effet persistant du coup de poing. J’avais murmuré un chant pour guérir mes blessures.

« Au moins, c’est mieux que ce qui s’est passé dans ma vie antérieure. »

Bien sûr, la partie où j’avais été frappé et viré de la maison était la même. Mais cette fois, les choses seraient différentes. Je ne serais pas laissé pour compte dans le froid. Il y avait un monde de différence entre mon présent et mon passé.

Paul s’en assurerait. Il m’avait déjà préparé un travail et un endroit pour dormir. Il m’avait même donné de l’argent de poche. C’était plus que suffisant.

Si mon ancienne famille avait tant fait pour moi, j’aurais peut-être pu changer ma vie. S’ils m’avaient trouvé un travail, un endroit où vivre et veillaient sur moi pour s’assurer que je ne m’enfuyais pas…

Non, ça ne serait jamais arrivé. J’avais 34 ans et je n’avais pas d’antécédents professionnels. Ils m’avaient abandonné parce qu’ils ne pouvaient rien faire de moi.

De toute façon, je doutais que j’aie changé même s’ils l’avaient fait pour moi. Je n’aurais probablement même pas essayé de trouver du travail. S’ils m’avaient pris mon ordinateur, mon seul amour, je me serais probablement suicidé.

Les choses étaient différentes maintenant parce que j’étais différent. Parce que j’avais décidé cette fois de travailler et de gagner de l’argent. J’avais peut-être été forcé de me retrouver dans cette situation, mais le moment était parfait. J’avais peut-être mal compris Paul.

« Mais il n’avait pas besoin de m’envoyer ici pour gérer ça. »

De toute façon, c’était quoi cette créature enragée ? En quarante ans de vie, je n’avais jamais rien vu de tel auparavant. Terrifiant n’était pas assez fort pour décrire ça. C’était violent. Comme une cocotte-minute qui explosait. Assez pour te donner un TSPT. J’avais peut-être un peu mouillé mon pantalon. (NdT : Trouble de Stress Post Traumatique)

Alors que la plupart des lames japonaises avaient un côté émoussé, elle était comme une épée à double tranchant. Comme une bouteille de poison qui avait été renversée partout.

Maintenant, je comprends pourquoi elle a été virée de l’école.

Il y avait de l’expérience dans la façon dont elle me frappait avec ses poings. C’était des poings qui avaient l’habitude de frapper les gens. Des poings qui avaient battu des gens, qu’ils aient résisté ou non.

Elle n’avait que neuf ans et pourtant, elle savait si bien rendre ses adversaires impuissants. Pourrais-je vraiment enseigner à quelqu’un comme ça ?

J’avais parlé à Philip de notre plan.

D’abord, on la kidnappait et on lui donnait un avant-goût de ce que c’était que d’être impuissant. C’était à ce moment-là que je venais l’aider. De cette façon, elle apprendrait à me respecter et à suivre mes cours avec obéissance. Un plan simple, mais je savais comment ça devait se passer. Tant qu’elle réagissait bien, tout se passera bien.

… Mais est-ce que cela marchera vraiment ? Elle était bien plus violente que je ne l’aurais jamais imaginé. Elle mugissait et criait jusqu’à ce que son adversaire morde à l’hameçon, puis les battait à mort. Sa violence montrait clairement à quel point son désir de gagner était fort.

Était-il possible que, même après avoir été enlevée, elle ne soit pas du tout affectée ? Et que quand je serais allé l’aider, elle ne soit pas du tout surprise et dirait : « Tu en as mis du temps, sac à merde. »

C’était possible. Avec elle, c’était tout à fait possible.

Il était probable qu’elle réagirait d’une façon que je ne pouvais prévoir. J’avais donc besoin de me préparer mentalement à ça. L’échec n’était pas une option.

J’y avais réfléchi. J’avais essayé de trouver un plan qui me permettrait certainement de réussir. Pourtant, plus j’y pensais, plus mes pensées s’embrouillaient.

« S’il te plaît, mon Dieu, fasse que ce plan fonctionne. »

À la fin, j’avais prié. Je ne croyais pas en Dieu, et pourtant, comme tout Japonais, je m’étais tourné vers la prière quand j’étais en difficulté.

S’il te plaît, d’une façon ou d’une autre, faites que ça marche, j’avais prié.

C’était alors que j’avais réalisé que j’avais laissé ma culotte chérie dans le village de Buena. J’avais pleuré. Il n’y avait pas de Dieu (alias Roxy) ici.

◇ ◇ ◇

NOM : « Jeune maîtresse »

OCCUPATION : Petite-fille du seigneur féodal de Fittoa.

PERSONNALITÉ : Féroce

NE FAITES PAS ÇA : Écoute ce que les gens disent

LECTURE/ÉCRITURE : Peut écrire son propre nom

ARITHMÉTIQUE : Peut faire des additions à un chiffre

MAGIE : Aucune idée

ESCRIME : Style du Dieu de l’épée — Niveau débutant

ÉTIQUETTE : Peut faire le salut à la Boreas.

LES GENS QU’ELLE APPRÉCIE : Grand-père, Ghislaine

***

Chapitre 2 : Tout se déroule-t-il comme prévu ?

Partie 1

Quand j’avais ouvert les yeux, je m’étais retrouvé au milieu d’un entrepôt miteux. La lumière du soleil était filtrée à travers une fenêtre en fer.

J’avais mal, mais autant que je pouvais le dire, aucun os n’était cassé, alors j’avais murmuré un sort de guérison pour me rétablir.

« Nous y voilà. »

J’étais complètement guéri. Mes vêtements n’étaient même pas déchirés. Ça se passait exactement comme je l’avais prévu.

Mon plan pour piéger la jeune maîtresse était exactement le suivant :

  1. Allez dans un magasin de vêtements en ville avec la Jeune Maîtresse.

  2. Qu’elle laisse sa nature mal élevée faire son travail et qu’elle ait envie de sortir seule.

  3. Demandez à Ghislaine de l’escorter comme d’habitude, puis « accidentellement » de détourner le regard et de laisser la Jeune Maîtresse lui faire la sourde oreille.

  4. Je la suivrais, mais comme je n’étais qu’un grincheux qu’elle tabassait, elle s’en ficherait de moi.

  5. Elle m’emmènera aux confins de la ville (parce qu’apparemment, elle s’intéresse beaucoup aux aventuriers).

  6. Faire venir quelqu’un de la famille Greyrat.

  7. Qu’ils nous assomment tous les deux, nous emmènent et nous enferment quelque part dans une ville voisine.

  8. J’utiliserais la magie pour mettre en scène une évasion.

  9. Une fois dehors, je lui dirais que je pensais qu’on était dans une ville voisine.

  10. J’utiliserais l’argent que j’aurais caché dans mes sous-vêtements pour nous mettre dans une diligence.

  11. Nous arriverions sains et saufs à la maison, et je tiendrais mon menton haut pendant que je donnerais une conférence à la Jeune Maîtresse.

Pour l’instant, mon plan avait tranquillement atteint l’étape sept. Il ne me restait plus qu’à utiliser ma magie, mes connaissances, ma sagesse et mon courage pour faire une magnifique évasion. Pour rendre les choses plus réalistes, j’improviserais un peu ici. J’étais un peu nerveux à propos de la façon dont ça se passerait.

« Hm… ? »

Cependant, les choses étaient un peu différentes de ce que j’avais prévu. L’entrepôt était couvert de poussière, et dans un coin il y avait une chaise cassée et une armure jetée avec un trou dans un coin. Mon plan était d’être dans un endroit un peu plus propre que ça.

D’un autre côté, nous avions dit que nous ferions en sorte que ce soit aussi crédible que possible, alors je supposais que cela devait se passer ainsi.

« Mm… uungh… ? »

La Jeune Maîtresse se réveilla quelques instants plus tard. Elle ouvrit les yeux, ne reconnut pas son entourage et essaya de se lever en sautant. Mais comme ses mains étaient attachées derrière son dos, elle était tombée et se tordit comme une chenille.

Elle avait perdu son sang-froid dès qu’elle avait réalisé qu’elle ne pouvait plus bouger.

« Qu’est-ce que c’est que ça !? Arrêtez de déconner ! Pour qui me prenez-vous !? Détachez-moi immédiatement ! »

Sa voix était insupportablement forte. Je l’avais aussi noté au manoir. Elle n’avait vraiment pas baissé le volume dans ce petit espace. Je pensais qu’elle avait peut-être élevé la voix parce que le manoir était si grand et qu’elle voulait que les gens l’entendent dans tous les coins du manoir quand elle parlait.

Mais non, c’était la petite-fille de son grand-père. Sauros était aussi du genre à crier contre son adversaire, même s’il en pinçait pour sa petite-fille. Elle avait dû voir comment son grand-père intimidait les domestiques et Philippe. Les enfants aimaient imiter ce qu’ils voyaient, surtout si c’était quelque chose de mauvais.

« Ta gueule, sale gosse ! »

La porte s’ouvrit et un homme entra, probablement à cause de ses cris.

Ses vêtements étaient tous déchirés et une odeur nauséabonde s’accrochait à lui. Il était chauve et son visage n’était pas rasé. Je n’aurais pas été surpris s’il avait sorti une carte de visite qui disait : « Salut, je suis un bandit ! »

Joli choix, pensais-je. Maintenant, elle ne comprendrait jamais qu’on avait tout mis en scène.

« Eww! Tu pues ! Ne t’approche pas de moi ! Tu sens mauvais ! Pour qui me prends-tu !? D’une minute à l’autre, Ghislaine va venir ici et te couper en deux ! »

Whack! Elle avait été envoyée en vol avec un « whoosh » audible. Un grand cri avait quitté sa bouche quand elle s’était cognée contre le mur.

« Sale gosse ! Tu crois que tu peux me le dire, hein !? Nous savons déjà que vous êtes les petits-enfants du seigneur ! »

L’homme n’avait rien caché lorsqu’il avait commencé à piétiner la Jeune Maîtresse, dont les mains étaient encore attachées derrière son dos.

Ça va un peu loin, non ?

« Ça fait mal… Arrête-toi ! Stop, agh… Arrête ça… »

« Puh ! »

Pendant un moment, il continua à lui donner des coups de pied. Quand il avait fini, il cracha sur son visage et me regarda fixement. J’avais tourné la tête pour éviter son regard, et un coup de pied m’avait frappé au visage.

« … Argh ! »

Ça fait mal ! On était censés faire semblant, mais il aurait pu faire preuve d’un peu de retenue. Je leur avais dit que je pouvais utiliser la magie de guérison, mais…

« Tsk! C’est pour avoir l’air si heureux ! »

Il était sorti de l’entrepôt. J’entendais des voix derrière la porte.

« Ils se sont tus ? »

« Ouais. »

« Tu ne les as pas tués, pas vrai ? Si la marchandise meurt, elle perdra de sa valeur. »

Il y avait quelque chose d’étrange dans cette conversation. C’était trop réaliste… ce qui aurait été bien si c’était juste une mise en scène. Le problème, c’était que ça n’en avait pas l’air. Ce qui se passait là était peut-être quelque chose de bien réel.

« Oh ? Eh, je suis sûr que ça ira. Au moins, on devrait s’en sortir tant qu’on a encore le garçon. »

Ce n’est pas bon.

« … »

Après la disparition des voix, j’avais compté jusqu’à 300 avant de brûler les cordes qui me liaient les mains. J’étais allé là où se trouvait la Jeune Maîtresse. Du sang coulait de son nez. Elle regarda fixement en marmonnant quelque chose pour elle-même.

Je m’étais rendu compte qu’elle marmonnait : « Tu ne t’en tireras pas comme ça » et « Je vais le dire à mon grand-père », parmi d’autres expressions plus dangereuses que je n’avais pas envie d’écouter

Pour l’instant, j’avais besoin d’évaluer ses blessures.

« Eek! »

Ça avait dû faire mal, parce que sa tête s’était relevée quand elle m’avait regardé, la peur dans les yeux.

J’avais mis un doigt sur mes lèvres et j’avais surveillé sa réaction en la regardant. Elle avait deux os cassés.

« Ô déesse de l’affection maternelle, referme ses blessures et redonne de la vigueur à son corps, Grande Guérison ! »

J’avais incanté d’une voix grave un sort de guérison de niveau moyen, restaurant le corps de la Jeune Maîtresse. Malheureusement, le simple fait d’ajouter de l’énergie magique ne rendrait pas les sorts de guérison plus efficaces. J’espérais que ce que j’avais fait était suffisant pour guérir ses blessures correctement. Elle irait bien tant que ses os étaient bien liés ensemble.

« H-Hein ? La douleur est… ? »

Elle baissa les yeux vers son corps, perplexe.

Je lui murmurai à l’oreille : « Chut, tais-toi. Tes os étaient cassés, alors j’ai utilisé la magie de guérison. Jeune maîtresse, il semblerait que nous ayons été enlevés par des gens qui en veulent au seigneur. Par conséquent… »

Elle n’écoutait pas.

« Ghislaine ! Ghislaine, à l’aide ! Ils vont me tuer ! Sauve-moi, vite ! »

Sa voix sifflante résonnait dans toute la pièce.

J’avais immédiatement caché la corde qui me liait les mains sous mes vêtements et je m’étais précipité au coin de la pièce. J’avais caché mes mains entre mon dos et le mur, prétendant que j’étais encore attaché.

Le pouvoir de la voix de la Jeune Maîtresse suffisait à ramener l’homme, la porte s’ouvrit violemment.

« Ferme ta gueule ! »

Cette fois, il l’avait frappée encore plus fort qu’avant.

Elle n’apprend vraiment pas, pensai-je.

« Petite merde, la prochaine fois que tu fais des histoires, je te tue ! »

Et bien sûr, j’avais aussi reçu un deuxième coup de pied.

Je n’ai rien fait, pourquoi m’as-tu frappé !? Maintenant, j’ai envie de pleurer, pensai-je en retournant aux côtés de la Jeune Maîtresse.

« Guhuh, guhuh... »

C’était mauvais. Je n’étais pas certain que c’était une côte cassée, mais elle vomissait du sang. Un de ses organes internes s’était probablement rompu. Ses bras et ses jambes étaient cassés aussi. Je ne connaissais pas grand-chose aux traitements médicaux, mais ces blessures semblaient suffisamment graves pour qu’elle meure si je la laissais comme ça.

« Que ce pouvoir divin soit comme une nourriture satisfaisante, donnant à celui qui a perdu sa force le pouvoir de ressusciter, guérison ! »

Pour l’instant, j’avais décidé d’utiliser un sort de guérison de base pour un léger rétablissement.

Le sang qui sortait de sa bouche s’était arrêté. Au moins maintenant, elle ne mourrait pas… probablement.

« Guhuh… Ça fait encore mal. Guéris… tout ça. »

« Non. Si je te guéris, tu te feras encore donner des coups de pied, d’accord ? Utilise ta propre magie. »

« Je ne peux pas faire ça. »

« Tu pourrais si tu apprenais comment. »

Sur ce, j’étais allé à l’entrée de l’entrepôt et j’avais pressé mon oreille jusqu’à la porte. Je voulais entendre la conversation de nos ravisseurs. C’était complètement différent de mon plan. Peu importe la raison, ils étaient allés trop loin.

« Alors, on va vendre à ce type ? »

« Non, on va les utiliser pour une rançon. »

« Ils ne vont pas nous traquer ? »

« Je m’en fiche. Si ça arrive, on ira dans un pays voisin. »

Donc, ils avaient vraiment l’intention de nous vendre. Il semblerait que nous n’avions pas confié le plan d’enlèvement à un proche de la famille, mais que nous nous étions plutôt mêlés à de vrais kidnappeurs.

Je me demandais où le plan avait mal tourné. Était-ce au moment où on avait été kidnappés ? Ou Philipe essayait-il vraiment de vendre sa fille ? Non, cette dernière option était peu probable. Eh bien… Quoi qu’il en soit, mon travail était toujours le même. Cela signifiait simplement que nous n’avions pas de filet de sécurité.

« On obtiendrait plus avec une rançon qu’en les vendant, non ? »

« Décidons d’ici ce soir. »

« Oui, vendre ou demander une rançon. »

Ils ne semblaient pas d’accord sur la question de savoir s’ils devaient nous vendre quelque part ou demander une rançon au seigneur féodal. Quoi qu’il en soit, ils nous feraient sortir d’ici ce soir. Nous devions nous mettre en mouvement tant qu’il faisait encore jour.

« D’accord. » Que faire ?

Je pourrais défoncer la porte et soumettre nos ravisseurs avec de la magie. Peut-être que si elle me voyait vaincre les gens qui l’avaient battue sans raison, la Jeune Maîtresse apprendrait à me respecter…

Non, c’était peu probable. Elle était du genre à penser qu’elle aurait pu faire la même chose s’ils ne l’avaient pas battue. En plus, ça lui montrerait que la violence porte ses fruits. J’avais besoin de lui apprendre que la violence ne lui rapportait rien, sinon elle continuerait à me frapper. Je ne voulais pas qu’elle ait l’impression d’avoir ce pouvoir.

J’avais réalisé ceci : il n’y avait aucune garantie que je puisse être capable de battre ces kidnappeurs. S’ils étaient aussi forts que Paul ou Ghislaine, j’étais sûr que j’allais perdre. Et si je perdais, ils me tueraient.

D’accord, alors partons d’ici sans embêter les kidnappeurs.

J’avais jeté un coup d’œil en arrière pour voir la Jeune Maîtresse. Oups. Elle me regardait fixement, les yeux remplis de colère.

Hmmmm.

Commençons par mettre le plan en action.

Dans un premier temps, j’avais utilisé la magie de la terre et du feu pour remplir les fissures de la porte. Puis j’avais fait fondre le bouton de la porte pour que la poignée ne puisse pas être tournée. Maintenant, c’était juste une porte qu’on ne pouvait plus ouvrir. Bien sûr, ça ne voulait rien dire s’ils l’avaient percé, mais ça nous ferait quand même gagner du temps.

Ensuite, la fenêtre. C’était un petit trou avec des barres de métal. J’avais envisagé de concentrer ma magie du feu sur un endroit pour brûler le fer des barreaux, mais cela nécessiterait des températures trop élevées pour être pratiques. Finalement, j’avais utilisé la magie de l’eau pour desserrer les briques qui encadraient les barres de fer. Une fois que j’avais réussi à les enlever, il ne restait plus qu’un trou juste assez grand pour qu’un seul enfant puisse y passer.

Maintenant, nous avions une issue de secours.

« Jeune maîtresse. Il semblerait que les gens qui nous ont kidnappés en veuillent au seigneur. Leurs amis seront là ce soir. Ils parlaient justement de la façon dont ils vont nous battre à mort. »

« Ça doit être un mensonge… pas vrai ? »

Bien sûr que ça l’était. Mais le visage de la Jeune Maîtresse était de toute façon devenu pâle.

« Je ne veux pas mourir ainsi… au revoir. »

J’avais attrapé le rebord du cadre vide de la fenêtre et je m’y étais hissé. Au même moment, une voix se fit entendre à travers la porte.

« Hé, ça ne s’ouvre pas ! Qu’est-ce qui se passe, bon sang ? »

Bang, bang ! Ils frappèrent à la porte.

La Jeune Maîtresse me regarda avec désespoir, moi et la porte.

« Ne me laisse pas derrière… à l’aide. »

Oh wôw. Elle avait cédé plus vite que je ne le pensais. Je supposais que cette situation était terrifiante, même pour elle.

J’étais tombé par terre, je m’étais approché d’elle et j’avais chuchoté :

« Peux-tu me promettre d’écouter tout ce que je dirais jusqu’à ce qu’on rentre à la maison ? »

« J’écouterai, bien sûr. »

« Peux-tu aussi promettre que tu ne crieras pas ? Ghislaine n’est pas là, OK ? »

Elle acquiesça d’un signe de tête vigoureux.

« Je-Je promets. Alors, dépêche-toi… ou ils viendront… Ils viendront ! »

Son comportement avait complètement changé depuis qu’elle m’avait frappé. Elle était remplie de peur et de malaise. Bien, maintenant elle avait compris.

J’avais essayé d’avoir l’air calme et cool.

« Si tu romps ta promesse, je te laisserai derrière. »

J’avais renforcé la porte avec de la magie de Terre. Puis j’avais utilisé le feu pour lui enlever ses liens et la guérir afin de la remettre en pleine santé.

Finalement, je glissais par la fenêtre tout en sortant la Jeune Maîtresse avec moi.

***

Partie 2

Une fois sortis de l’entrepôt, nous avions été accueillis par une ville inconnue. Il n’y avait pas de murs fortifiés. On n’était pas à Roa. Ce n’était pas assez petit pour être un village, mais c’était une très petite ville. Il fallait que je réfléchisse vite, sinon ils allaient nous trouver.

« Hmph, c’est assez loin ! » déclara la Jeune Maîtresse à haute voix.

Elle semblait penser que nous avions déjà semé notre ennemi.

« Tu avais promis de ne pas crier avant notre retour. »

« Hmph ! Pourquoi dois-je tenir mes promesses ? » dit-elle, comme si c’était la chose la plus évidente au monde.

Cette petite morveuse !

« Oh vraiment ? Alors c’est ici que nous nous séparons. Au revoir. »

« Hmph ! » Elle avait ouvert les narines et commença à s’éloigner, mais nous avions ensuite entendu des cris lointains et furieux.

« Ces foutus gosses ! Où diable sont-ils allés !? »

Ils avaient dû défoncer la porte et voir que les barreaux des fenêtres avaient disparu. Quoi qu’il en soit, ils savaient que nous nous étions enfuis et ils nous cherchaient.

« … Eek! » la Jeune Maîtresse hurla et se précipita vers moi.

« Ce que j’ai dit il y a quelques secondes était un mensonge. Je ne crierai plus. Maintenant, ramène-moi à la maison ! »

« Je ne suis ni ton serviteur ni ton esclave. »

Le fait qu’elle ait changé d’avis si facilement m’irritait.

« Qu’est-ce que tu dis ? Tu es mon tuteur, c’est ça ? »

« Non, ce n’est pas le cas. »

« Hein ? »

« Tu as dit que tu ne m’aimais pas, alors je n’ai pas été engagé. »

« Eh bien, dans ce cas je t’engagerai », dit-elle à contrecœur.

J’avais besoin d’une vraie promesse cette fois.

« Encore ces promesses. Une fois de retour au manoir, tu la casseras comme tu l’as fait il y a une seconde, hein ? » avais-je dit, tout en espérant que je n’avais pas l’air affecté et distant, mais sûr qu’elle ne tiendrait pas sa parole.

« Je ne romprai pas ma promesse, alors… j’exige… non, je veux dire… aide-moi. »

« Tu peux venir avec moi, tant que tu tiens ta promesse de ne pas crier et d’écouter ce que je dis. »

« Compris. »

Elle hocha la tête doucement.

Très bien. Passons maintenant à l’étape suivante, avais-je pensé.

D’abord, j’avais récupéré les cinq grosses pièces de cuivre que j’avais glissées dans mes sous-vêtements. C’était tout l’argent que je possédais. Dix grosses pièces de cuivre constituaient une pièce d’argent. Ce n’était pas beaucoup d’argent, mais ce serait suffisant pour nos besoins.

« Maintenant, viens avec moi, s’il te plaît. »

Nous nous étions dirigés vers l’entrée de la ville, loin du bruit lointain des cris de colère. Un garde endormi était de service. Je lui avais passé l’une de mes pièces.

« Si quelqu’un vous demande si vous nous avez vus, dites-lui qu’on a quitté la ville. »

« Hein ? Quoi ? Des enfants ? D’accord. Vous jouez à cache-cache ou quoi ? C’est beaucoup d’argent. Bon sang, de quelle famille riche êtes-vous tous les deux… ? »

« S’il vous plaît, dites-leur ce que j’ai dit. »

« Ouais, compris. »

C’était une réponse grossière, mais nous ne pouvions pas nous permettre de traîner.

Ensuite, je m’étais dirigé vers la salle d’attente de la diligence. Le tarif et les conditions d’utilisation étaient écrits sur le mur, mais j’avais déjà lu cette information il y a quelques jours. Au lieu de cela, je cherchais l’emplacement de la ville.

« On dirait qu’on est à deux villes de Roa, dans une ville appelée Wieden », murmurai-je à la Jeune Maîtresse.

Tenant sa promesse, elle répondit d’une voix feutrée : « Comment le sais-tu ? »

« C’est écrit juste là. »

« Je ne peux pas le lire. »

Nous y voilà, pensai-je.

« Savoir lire est vraiment bénéfique. La façon dont la diligence fonctionne est aussi écrite ici. »

Pourtant, c’était incroyable qu’ils aient réussi à nous emmener si loin en une journée seulement. Être dans une ville que je ne connaissais pas me rendait nerveux. C’était presque comme si je revivais un traumatisme antérieur.

Non, non, non. C’est complètement différent de l’époque où je ne savais pas comment trouver l’emplacement du Pole Emploi, pensais-je

Alors que j’étais perdu dans mes pensées, des cris se firent entendre.

« Merde ! Où diable se cachent-ils !? Sortez de là ! »

« Cache-toi ! »

J’avais attrapé la Jeune Maîtresse et je m’étais caché dans les toilettes, verrouillant la porte derrière nous. Dehors, il y avait des bruits de pas lourds.

« Où sont-ils, bon sang !? »

« Tu ne vas pas me faire croire qu’ils nous ont échappé ! »

Whoa, effrayant.

Oh, arrêtez ça tout de suite. Vous pourriez au moins parler d’une voix douce, comme un propriétaire qui essaie de faire sortir son chat. Vous auriez peut-être une chance de nous tromper et de nous faire sortir. Ça ne marcherait pas, bien sûr, mais au moins vous auriez une chance.

« Merde, ils ne sont pas là ! »

Peu de temps après, leurs voix s’éloignèrent. Nous avions eu le temps de nous détendre un peu, mais c’était trop tôt pour baisser la garde. Après tout, lorsque les gens paniquaient, ils avaient tendance à tourner en rond et à fouiller la même zone à plusieurs reprises.

« Tout est OK maintenant ? »

Elle posa sa main tremblante au-dessus de sa bouche.

« S’ils nous trouvent, on devra se battre. »

« D’accord… D’accord ! »

« Bien que je doute qu’on puisse gagner. »

« Vraiment… ? »

Je l’avais dit parce qu’elle avait l’air de retrouver son esprit combatif. Je ne voulais pas me faire tabasser par eux une autre fois.

« Je regardais le prix de la diligence, et on dirait qu’il va falloir changer deux fois de calèche pour revenir. »

« Changer de calèche ? »

Elle semblait confuse quant à l’importance de cela.

« Seulement cinq diligences partent chaque jour, une toutes les deux heures à partir de huit heures du matin. C’est la même chose pour toutes les villes. Et il faut trois heures pour arriver à la prochaine ville d’ici. Si nous partons maintenant, nous serons sur la quatrième diligence de la journée. En d’autres termes… »

« En d’autres termes… ? »

« Quand nous atteindrons la ville voisine, la dernière diligence sera déjà partie pour Roa. Il nous faudra donc passer une nuit dans cette ville avant de pouvoir partir. »

« Non… O-oh, je vois. Hm. »

Elle voulait se mettre à crier, mais elle s’était retenue. Ouais, s’il te plaît, essaie de retenir ta forte voix.

« Il me reste quatre grosses pièces de cuivre, mais nous devons aller dans la ville voisine, y dormir une nuit, puis aller à Roa. Cela va être juste. »

« Mais ce sera suffisant, n’est-ce pas ? »

« Ce sera le cas. »

Elle avait l’air soulagée, mais il était trop tôt pour se détendre.

« Tant que personne n’essaiera de nous escroquer quand il nous rendra le change, bien sûr. »

« Rendra le change… ? »

Elle fit une grimace, comme si elle ne savait pas de quoi je parlais. Peut-être qu’elle n’avait jamais utilisé l’argent pour elle-même avant.

« Quand les gens qui dirigent l’auberge ou les diligences verront que nous sommes des enfants, ils penseront probablement que nous ne pouvons pas calculer les prix, non ? Cela signifie qu’ils pourraient essayer de nous tromper en augmentant le prix et en ne nous rendant qu’un peu de monnaie. Maintenant, si tu fais remarquer que le montant rendu n’est pas le bon, ils te donneront le reste. Mais, si tu ne sais pas comment le calculer, alors… »

« Alors ? »

« Nous n’aurions pas assez d’argent pour la dernière diligence. Et ces gars d’avant nous rattraperont. »

Elle s’était mise à trembler, comme si elle allait se pisser dessus à tout moment.

« Les toilettes sont là-bas. »

« Je le sais. »

« Très bien, alors je vais jeter un coup d’œil dehors. »

Quand j’avais essayé de partir, elle attrapa l’ourlet de ma chemise.

« Ne pars pas. », dit-elle.

Je l’avais laissée faire pipi avant de retourner dehors.

Nos deux poursuivants semblaient partis, mais je ne savais pas s’ils cherchaient encore à l’intérieur ou à l’extérieur de la ville. Si nous les rencontrions, je devrais les maîtriser avec ma magie.

Alors que nous nous cachions dans un coin de la salle d’attente, j’avais prié pour qu’ils soient des adversaires que je puisse vaincre. Quand il était temps de partir, j’avais remis mon argent au cocher et nous étions montés à bord.

***

Partie 3

Nous étions arrivés dans la ville voisine sans problème.

Pour la nuit, j’avais choisi une cabane délabrée pour apprendre à la Jeune Maîtresse à quel point le monde pouvait être dur. Nos lits étaient faits de paille.

La Jeune Maîtresse était si tendue qu’elle ne pouvait pas dormir. Chaque fois qu’elle entendait un bruit, elle sursautait et regardait, effrayée, à l’entrée de la pièce. Quand tout semblait aller bien, elle poussait un soupir de soulagement. Elle fit cela encore et encore.

Le lendemain matin, nous avions sauté dans la première diligence jusqu’à Roa. La Jeune Maîtresse n’avait pas dû beaucoup dormir, car ses yeux étaient injectés de sang. Et pourtant, elle ne semblait pas du tout fatiguée. Au lieu de cela, elle jetait un coup d’œil à l’arrière de la diligence, à la recherche d’éventuels poursuivants. Plusieurs fois, un cavalier solitaire nous avait dépassés sur sa monture, mais aucun d’eux n’était nos ravisseurs.

Nous avions parcouru une bonne distance, alors peut-être qu’ils avaient abandonné. C’était du moins ce que je pensais naïvement.

Les heures passèrent. Nous étions arrivés à Roa sans aucun problème. Une fois que nous avions franchi ces murs solides et que nous avions vu le manoir du seigneur au loin, un sentiment de sécurité s’installa. Inconsciemment, j’avais baissé ma garde, pensant que nous étions en sécurité maintenant que nous étions arrivés aussi loin.

Nous avions débarqué et nous nous étions dirigés vers le manoir à pied. Nos pas semblaient légers. Après avoir roulé pendant des heures dans une diligence, sans compter le fait d’avoir dormi sur du foin pour la première fois, j’étais épuisé.

Puis, comme s’ils avaient attendu ce moment précis, deux hommes saisirent la jeune maîtresse et la tirèrent dans une ruelle.

« Quoi !? »

J’avais baissé ma garde. Il m’avait fallu deux secondes pour m’en rendre compte. Pendant les deux secondes où je l’avais quittée des yeux, elle était partie. Je pensais qu’elle avait peut-être vraiment disparu. Mais au coin de l’œil, j’avais aperçu des vêtements qui correspondaient à ce que portait la Jeune Maîtresse, juste avant qu’elle ne soit traînée au coin d’une bâtisse.

Je les avais immédiatement poursuivis. En entrant dans la ruelle, j’aperçus les deux hommes, dont l’un portait la Jeune Maîtresse dans ses bras, essayant de s’échapper.

J’avais rapidement utilisé un sort de terre pour créer un mur. La magie avait surgi du bout de mes doigts et une barrière s’était dressée devant eux. Leur chemin avait été coupé si soudainement que les hommes n’avaient pas pu s’arrêter à temps.

« Qu’est-ce que c’est que ça !? »

« Nggh ! »

La Jeune Maîtresse mordit son bâillon, les larmes perlaient dans les yeux.

Incroyable… Ils ont réussi à la bâillonner en quelques secondes ? Ils devaient être bien entraînés, pensai-je. On aurait dit aussi qu’ils l’avaient frappée parce que sa joue était enflée et rouge.

Mes adversaires étaient les deux qui nous avaient kidnappés. L’un d’eux était le violent qui m’avait donné un coup de pied, et l’autre était probablement l’homme que j’avais entendu parler devant l’entrepôt. Ils ressemblaient tous les deux à des bandits, et chacun avait une épée gainée à leurs côtés.

« Aha, c’est donc ce morveux. Tu sais que tu aurais pu rentrer chez toi en toute sécurité si tu ne t’étais pas mêlé de ça. »

Bien qu’ils aient été pris au dépourvu par l’apparition soudaine de mon mur de terre, ils avaient souri quand ils virent que j’étais leur adversaire.

Le type violent s’approcha de moi, sa garde baissée. L’autre portait la Jeune Maîtresse. Je me demandais s’ils avaient d’autres camarades dans le coin. Quoi qu’il en soit, je fis apparaître une petite boule de feu au bout de mes doigts pour l’intimider.

« Hngh ! Bâtard ! »

Dès qu’il vit ça, l’homme violent dégaina son épée.

L’autre homme se mit aussitôt en garde et plaça le bout de son épée contre le cou de la Jeune Maîtresse en reculant.

« Espèce de sale gosse ! Je te trouvais trop calme ! On dirait que tu es son garde du corps, hein ? Pas étonnant que tu te sois échappé si facilement. Merde, j’ai été dupé par ton apparence ! Tu es un démon ! »

« Je ne suis pas un garde du corps. Je n’ai même pas encore été embauché », dis-je.

Je n’étais pas un démon non plus, mais il n’y avait pas besoin de le corriger à ce sujet.

« Quoi ? Alors pourquoi te mets-tu en travers de notre chemin !? »

« Eh bien, ils ont l’intention de m’engager après ça, alors… »

« Huh, donc tu veux de l’argent ? »

De l’argent, hein ? Il n’avait pas nécessairement tort. Je faisais ça pour gagner assez d’argent pour que Sylphie et moi puissions aller à l’université ensemble.

« Je ne le nierai pas. »

Dès que j’avais dit ça, les coins de ses lèvres se courbèrent.

« Alors tu devrais te joindre à nous. J’ai des relations avec un noble pervers qui paiera le prix fort pour une jeune fille d’une famille noble. J’ai entendu le seigneur féodal parler de sa petite-fille, alors on peut aussi la tenir en otage. De toute façon, on aura une tonne d’argent. »

« Oho. »

Je fis ce bruit pour lui faire croire que j’étais impressionné par leur proposition. La Jeune Maîtresse se tourna vers moi, son visage pâle. Peut-être savait-elle que je cherchais un emploi auprès de sa famille pour gagner de l’argent pour payer mes frais de scolarité.

« Et combien d’argent exactement ? »

« Il ne s’agit pas d’un travail rémunéré d’une ou deux pièces d’or par mois. Ça doit être au moins une centaine de pièces d’or. », dit-il avec un sourire satisfait.

C’était presque comme s’il n’avait aucune connaissance réelle de l’économie et qu’il essayait de se vanter comme un élève du primaire en disant : « C’est comme un million de yens! Peux-tu le croire!? »

« Et toi ? Tu as l’air d’un enfant, mais je parie que tu es beaucoup plus vieux que tu n’en as l’air. », me demanda-t-il.

« Pourquoi penses-tu cela ? »

« Cette magie que tu viens d’utiliser et le fait que tu sois aussi calme. C’est évident. Je sais qu’il y a des démons dehors comme ça. Je parie qu’on t’a donné du fil à retordre à cause de ton apparence, non ? Tu comprends l’importance de l’argent, pas vrai ? »

« Je vois. »

C’était donc à ça que je ressemblais d’un point de vue extérieur ? Eh bien, c’était certainement vrai vu que j’avais plus de quarante ans.

Ta-da ! Félicitations, tu as deviné correctement ! Bon travail.

« Tu as raison. Après avoir vécu aussi longtemps que moi, tu comprendras l’importance de l’argent. Je sais ce que c’est que d’être jeté dans un monde dont on ne sait pas grand-chose, sans argent et avec seulement les vêtements sur le dos. »

« Heh, ouais, tu nous as eus, pas vrai ? »

Tout à fait, parce que jusqu’à présent, je ne m’étais jamais soucié de l’argent. Au lieu de cela, j’avais passé presque vingt ans reclus. La moitié de ma vie n’avait été consacrée qu’à des jeux éroge et à des jeux en ligne. J’avais appris quelque chose grâce à tout ça. Je savais ce qui m’en coûterait si je la trahissais ici même, ainsi que ce qui arriverait si je l’aidais.

« C’est exactement pourquoi je sais qu’il y a des choses plus importantes que l’argent. »

« Ne commence pas à nous cracher des mots fleuris ! »

« Ce ne sont pas des mots fleuris. On ne peut pas acheter “dere” avec de l’argent. » (NdT en Japonais dere signifie moi. On aurait pu traduire par On ne peut pas m’acheter avec de l’argent mais la réponse du bandit serait incompréhensible)

Merde, mon moi intérieur s’était échappé. Ce n’était pas comme si ces hommes savaient ce que voulait dire le mot tsundere.

« Dere ? Qu’est-ce que c’est que ça ? »

L’homme violent avait l’air abasourdi, mais au moins il comprenait que notre négociation avait échoué. Son sourire effrayant avait été remplacé par un regard sinistre alors qu’il posait son épée sur le cou de la Jeune Maîtresse.

« Alors elle sera notre otage ! D’abord, lance cette boule de feu en l’air. »

« Tu veux que je le lance en l’air ? »

« C’est exact. Tu ferais mieux de ne pas le pointer sur nous, même pas par accident. »

« Peu importe la vitesse à laquelle tu agis, nous trancherons la gorge de cette petite morveuse et l’utiliserons comme bouclier humain plus vite que tu ne pourras nous frapper. »

Ne demanderais-tu pas à quelqu’un de disperser sa magie à la place ? Attends, peut-être qu’il ne savait pas. C’était logique : un sort chanté continuera jusqu’à ce qu’il soit libéré. Si vous n’appreniez pas la magie correctement, vous ne comprendriez probablement pas la différence entre utiliser un chant et ne pas en utiliser un.

« Bien reçu. »

Avant de décharger la boule de feu au bout de mon doigt, j’avais utilisé la magie pour y insérer une autre boule de feu spéciale. Puis je l’avais lancé en l’air.

Elle fit un bruit ridicule en s’envolant dans les airs. Une énorme explosion éclata au-dessus de nous.

« Huh ! »

« Ouah !? »

« Ngh !? »

La détonation était assez forte pour fendre les tympans. La lumière qui en sortait était aussi aveuglante. La chaleur qu’elle émettait était assez chaude pour vous brûler.

Comme tout le monde regardait le ciel, j’avais couru vers l’avant. Tout en courant, j’avais conjuré de la magie. Par habitude, j’avais invoqué deux sorts différents. Dans ma main droite, j’avais la magie du vent de niveau intermédiaire, mur du son. Dans ma main gauche, j’avais de la magie de terre de niveau intermédiaire, canon de pierre. J’avais jeté un sort à chacun des hommes devant moi.

« Gyaaaaah ! »

Le mur du son coupa le bras de l’homme violent, qui avait été distrait par l’explosion. J’avais pris la Jeune Maîtresse dans mes bras, comme une princesse, alors qu’elle tombait en hurlant.

« Tch ! Ce n’est pas si facile ! »

J’avais jeté un coup d’œil à l’autre bandit et j’avais réalisé qu’il avait coupé mon canon de pierre en deux avec sa lame.

« Ugh... »

C’était mauvais. En fait, il avait réussi à couper à travers. Je ne savais pas quelle école d’art d’épée il utilisait, mais ce n’était pas bon. S’il était aussi fort que Paul, nous aurions des ennuis. Ce n’était peut-être pas quelqu’un que je pourrais battre.

« Wah, wah, wah, wah ! »

J’avais utilisé un mélange de magie du vent et du feu pour créer une explosion qui me propulsa dans les airs. Sa force était telle que j’avais cru que j’avais cassé quelque chose.

L’épée tomba un instant trop tard, me manquant de peu. Elle traversa l’air juste devant mon nez, le sifflement persistant dans mes oreilles.

Ce n’était pas loin.

***

Partie 4

Mais il n’était pas aussi rapide que Paul, ce qui voulait dire que je n’avais pas à paniquer. J’avais déjà fait de nombreux exercices d’entraînement contre des adversaires avec une épée. Tant que j’étais aussi performant, je pouvais sortir d’ici.

J’avais préparé ma prochaine attaque magique en planant dans les airs. D’abord, j’avais envoyé une boule de feu droit sur son visage. Elle partit lentement vers lui.

« C’est tout ce que tu as ! »

Il étudia sa trajectoire, puis prépara son épée pour la contrer. Pendant qu’il attendait que la boule de feu l’atteigne, j’avais utilisé la magie de l’eau et de la terre pour transformer le sol sous lui en une masse tourbillonnante de boue.

Quand il essaya de couper à travers ma boule de feu, il coula jusqu’aux genoux dans de la boue épaisse et collante. Maintenant, il ne pouvait plus bouger.

« Quoi !? »

Oui, j’ai gagné ! J’avais gagné, j’en étais sûr. Il ne pouvait plus courir maintenant. Il avait peut-être dévié ma boule de feu, mais nous étions déjà au-delà de sa portée d’attaque. Avec la Jeune Maîtresse dans les bras, tout ce que j’avais à faire était de disparaître dans la confusion de la foule et nous serions en sécurité. Ou, si j’en avais besoin, je pourrais crier à l’aide.

Et juste au moment où je pensais cela…

« Tu crois que je vais te laisser partir ! »

Il nous avait lancé son épée.

C’était alors que je m’étais souvenu de ce que Paul m’avait enseigné. Dans le style d’épée Dieu du Nord, même si vous coupiez la jambe de l’adversaire, il y avait toujours une technique qui consistait à lancer son épée sur vous.

La lame s’était dirigée vers moi à une vitesse fulgurante, mais je l’avais regardée comme si elle était au ralenti. Elle était dirigée droit sur ma tête.

La mort.

Juste au moment où ce mot m’était venu à l’esprit, un flou brun devant moi apparu. J’avais entendu un bruit, comme une porcelaine qui se brisait, puis l’épée était tombée.

« Hein ? »

Quelqu’un s’était interposé entre moi et les bandits. Il se tenait debout, le dos large et solide vers moi. J’avais reconnu les oreilles à l’arrière de leur tête. C’était Ghislaine Dedoldia. Elle m’avait regardé et avait hoché la tête.

« Laisse-moi faire le reste », m’avait-elle dit.

Dès qu’elle posa sa main sur l’épée à sa taille, le bout de celle-ci se transforma dans l’air en un éclair de lumière rouge.

« Hein… ? »

La tête de l’homme ayant de la boue jusqu’aux genoux tomba de son cou. Et ce, malgré la distance considérable qui le séparait de Ghislaine, trop grande pour qu’une épée puisse l’atteindre.

« Hé, où diable as-tu… »

Sa queue vacilla et, dans l’instant qui suivit, la tête de l’autre homme tomba. J’imaginais l’avoir entendue frapper le sol.

Mon cerveau n’arrivait pas à comprendre ce qui se passait. Tout ce que j’avais pu faire, c’était regarder, stupéfait, les deux corps s’effondrer jusqu’au sol, à quelques mètres de l’endroit où nous nous trouvions. Ça ne semblait pas réel. Je n’avais aucune idée de ce qui venait de se passer. Hein ? Ils sont morts ? C’était tout ce qui m’était venu à l’esprit.

« Rudeus, ces deux-là étaient-ils nos seuls ennemis ? »

J’étais revenu à l’instant présent.

« Euh, ouais. Je te remercie. Mademoiselle… Ghislaine ? »

« Arrête avec ce mademoiselle, appelle-moi Ghislaine. »

Elle regarda en arrière et hocha la tête.

« J’ai vu une explosion soudaine dans le ciel, alors je suis venue voir. On dirait que j’ai fait le bon choix. »

« Oui, tu as été très rapide. Je veux dire, tu les as vaincus en quelques secondes. »

Une minute seulement s’était écoulée depuis mon premier sort. Elle était arrivée trop vite, peu importe quel chemin elle avait pris pour cela.

« J’étais tout près. En plus, ce n’était pas si rapide. N’importe quel guerrier de la famille Dedoldia peut tuer une personne en quelques secondes. Au fait, Rudeus, c’était la première fois que tu te battais avec quelqu’un qui utilisait le style du Dieu du Nord ? »

« C’était la première fois que j’étais dans une bataille de vie ou de mort », avais-je dit.

« Alors, laisse-moi te dire que ce genre de personnes n’abandonnent pas tant que son adversaire n’est pas mort. Fais attention. »

Jusqu’à ce qu’un adversaire soit mort…

C’était vrai, j’avais failli mourir. Je tremblais en me rappelant comment l’épée du bandit avait volé vers moi. C’était une bataille de vie ou de mort. Une vraie bataille de vie ou de mort.

« Rentrons à la maison. »

Si j’avais fait une seule erreur, je serais mort. C’était vraiment un monde différent. Un monde avec de la magie et des épées.

Que se passerait-il si je mourais cette fois-ci ?

Un frisson de peur indescriptible me parcourut la colonne vertébrale.

◇ ◇ ◇

« Ouf… »

Lorsque nous étions enfin arrivés au manoir, la Jeune Maîtresse tomba à terre, complètement épuisée. Ses jambes avaient dû lâcher maintenant que ses nerfs s’étaient calmés.

Les servantes l’encerclaient, angoissées. Quand elles tendirent la main pour l’aider, elle leur enleva les mains et se leva toute seule. Ses jambes tremblaient comme celles d’un cerf nouveau-né.

Elle se tenait debout de façon imposante, les bras croisés sur la poitrine. Peut-être qu’elle avait retrouvé le moral maintenant qu’elle était à la maison. En la voyant de cette façon, les servantes semblaient se rendre compte que quelque chose d’étrange se passait, et elles étaient restées en arrière.

La Jeune Maîtresse me tendit le doigt et me souffla : « J’ai tenu ma promesse et maintenant nous sommes de retour à la maison ! Alors je peux parler maintenant, pas vrai ? »

« Oh, oui. Tu peux parler maintenant. »

En entendant à quel point elle était encore bruyante, j’avais réalisé que j’avais échoué. Ce que nous avions vécu n’était évidemment pas suffisant pour changer cette fille égoïste et violente. En fait, elle aurait pu deviner que j’avais eu peur pendant la bataille. Peut-être qu’elle me montrerait à quel point j’avais agi haut et fort malgré ma faiblesse.

« Je t’accorde le privilège spécial de m’appeler par mon nom, Éris ! »

Ses paroles m’avaient pris par surprise.

« Hein ? »

« Ce n’est pas n’importe qui qui peut faire ça, OK !? »

Alors, ça veut dire que… j’avais réussi ? Que je pourrais travailler ici en tant que son tuteur ? Oh, oh wôw ! Franchement ? Alors, j’ai réussi !? Oui !

« Merci ! Maîtresse Éris ! »

« Arrête avec ce Maîtresse ! Appelle-moi Éris ! »

Elle imitait Ghislaine. Mais au moment où elle avait fini, elle s’était évanouie.

C’était ainsi que j’étais devenu le tuteur d’Éris Boreas Greyrat.

◇ ◇ ◇

NOM : Éris B. Greyrat

OCCUPATION : Petite-fille du seigneur féodal de Fittoa.

PERSONNALITÉ : féroce

NE FAITES PAS ÇA : écoute ce que les gens disent

LECTURE/ÉCRITURE : Peut écrire son propre nom

ARITHMÉTIQUE : Peut faire des additions

MAGIE : Pas intéressée

ESCRIME : Style du Dieu de l’épée — Niveau Débutant

ÉTIQUETTE : Peut faire le salut à la Boreas.

LES GENS QU’ELLE APPRÉCIE : Grand-père, Ghislaine

***

Histoire parallèle : Les conséquences de l’enlèvement et la demande de faveur selon le style Boréas

Celui qui avait tiré les ficelles derrière le kidnapping était le majordome, Thomas. C’était la personne qui avait des liens avec un noble pervers dont parlaient les voyous. La Jeune Maîtresse avait apparemment attiré l’attention de ce noble il y a quelque temps, et il voulait lui faire perdre son esprit féroce et inébranlable. Thomas, séduit par l’argent, avait engagé les deux hommes que le noble pervers avait sélectionnés dans mon plan.

Il y avait vraiment des gens sans vergogne dans le monde. S’il devait recommencer, j’aimerais qu’il me parle d’abord.

Mais il avait mal calculé son coup, car il n’avait pas pris en compte deux choses. Premièrement, que je possédais assez de prouesses magiques pour échapper aux deux bandits, et deuxièmement, que ces deux-là n’avaient aucune loyauté envers lui.

Quant au noble pervers, il avait joué l’innocent et échappa à la punition. En partie parce que le témoignage de Thomas était inadéquat et en partie parce que les deux bandits étaient morts, de sorte que nous n’avions pu trouver aucune preuve de l’implication du noble. Il y avait trop de variables inconnues. Je soupçonnais des machinations politiques.

L’incident avait été considéré comme entièrement réglé grâce à l’implication de Ghislaine. La famille Greyrat pouvait se vanter du fait que le Roi de l’Épée Ghislaine restait avec eux, empêchant ainsi d’éventuels incidents futurs tout en proclamant la force et la richesse de leur maison.

On m’avait ordonné de donner tout le crédit à Ghislaine, même après que je leur avais dit ce qui s’était passé. Il semblerait qu’ils ne voulaient pas que d’autres membres de la famille Greyrat soient au courant de mon existence. Encore plus de marchandage politique, supposais-je. La plus grande surprise pour moi, c’est qu’il y avait encore d’autres Greyrats.

« Cela s’est donc passé comme ça. Compris ? »

« Oui… compris. »

Philip m’expliqua tout cela dans la salle de réception. Je pensais qu’il n’était que le fils du seigneur, mais il était aussi le maire de la ville. Je me demandais si c’était lui qui avait réglé toute l’affaire.

« Vous semblez plutôt détendue pour quelqu’un dont la fille a été kidnappée. »

« Je le suis maintenant. Je paniquerais si elle était toujours portée disparue », avait-il dit.

« Certainement. »

« Maintenant, à propos de votre travail comme tuteur d’Éris… »

Alors que nous étions sur le point de commencer à discuter de mon avenir, la porte s’ouvrit. Celle-ci fut claquée férocement et le grand-père incroyablement exubérant d’Éris se montra.

« J’ai tout entendu », déclara Sauros.

Il entra dans la salle de réception et m’ébouriffa les cheveux d’une main ferme.

« J’ai entendu dire que tu as sauvé Éris ! »

« Qu’est-ce que vous racontez ? C’est Ghislaine qui l’a fait. Je n’ai rien fait ! »

Ses yeux brillaient sombrement, comme un oiseau de proie.

C’était terrifiant !

« Toi ! Tu crois que tu peux me mentir ! »

« Non ! Mais le Seigneur Philip m’a dit de dire… »

« Philip ! »

Il s’était retourné vers son fils et, sans hésiter, il leva le poing. Il l’avait frappé d’une manière vicieuse.

« Ugh ! »

Le jeune seigneur prit le coup sur le visage et tomba sur le dos du canapé. Le poing du seigneur avait été si rapide. Plus rapide même qu’Éris, trop rapide pour que les yeux puissent le suivre.

« Bâtard ! Voici le garçon qui a sauvé ta fille ! Comment oses-tu ne même pas offrir un seul mot de gratitude ! Juste pour que tu puisses participer à ton stupide théâtre de nobles !? »

Philippe, encore étendu sur le sol, répondit sans bouger.

« Père, Paul a peut-être été renié par notre famille, mais il est toujours un Greyrat. Cela signifie que son fils Rudeus, qui porte aussi notre sang, fait aussi partie de notre famille. Alors plutôt que de le louer et de le récompenser en apparence, j’ai pensé que la meilleure façon de le remercier était de le traiter avec gentillesse en tant que membre de notre famille. »

Il parlait très franchement pour quelqu’un allongé sur le sol. Peut-être qu’il avait l’habitude d’être frappé par Sauros.

« Très bien ! Alors, vas-y et continue ta farce avec ces nobles ! »

Le vieil homme s’était assis sur le canapé vide. Il n’allait pas s’excuser d’avoir frappé Philip. C’était le genre de personne qu’il était. La punition physique était aussi naturelle que la respiration ici.

Maintenant que j’y pense, Éris ne m’a aussi jamais présenté d’excuses. Elle ne m’a jamais remercié de l’avoir sauvée.

Ah eh bien, cela ne me dérange pas.

« Rudeus ! »

Le seigneur croisa ses bras, releva le menton et me regarda fixement.

Cela me semblait familier.

« J’ai une requête ! »

Est-ce vraiment le genre d’attitude qu’il faut avoir quand on demande quelque chose à quelqu’un ? Il était comme Éris ! Non, c’était à l’envers, c’est elle qui l’imitait en tout point.

« Je veux que tu enseignes la magie à Éris. »

« Pourquoi ? Puis-je le savoir ? »

« Elle est venue me le demander. Elle a dit que ta magie était tellement gravée dans son esprit qu’elle n’arrivait pas à la sortir de sa tête. »

Je suis certain qu’elle souhaitait apprendre la magie qui brûlait les yeux.

« Bien sûr… »

Je m’étais mordu la langue quand j’avais commencé à répondre instinctivement. La raison la plus probable de son horrible personnalité était que Sauros la gâtait toujours comme ça. Ce n’était peut-être pas la seule raison, mais elle avait certainement été influencée par lui, en fonction de la mesure dans laquelle elle imitait sa personnalité.

Si elle devait grandir en tant que personne, je devais l’empêcher d’être gâtée. Ce n’était peut-être pas ma responsabilité de veiller à ce qu’elle grandisse bien, mais si les choses continuaient ainsi, cela affecterait ma capacité à lui enseigner.

Il était préférable de traiter chaque problème tel qu’il se présentait.

« Ce n’est pas à vous de me le demander, Seigneur Sauros. Éris devrait me le demander elle-même. »

« Qu’est-ce que tu as dit !? »

Indigné, il leva le poing.

J’avais paniqué et je m’étais couvert le visage de mes mains. Il était quoi, une sorte de bombe nucléaire qui attendait d’exploser ?

« Voulez-vous vraiment faire d’Éris une adulte qui ne peut pas baisser la tête pour demander quelque chose quand elle le veut ? »

« Oho ! Tu marques un point ! Tu as raison ! »

Il claqua le poing sur les genoux et hocha la tête vigoureusement. D’une voix forte et claire, il dit :

« Ériiiiis ! Viens à la salle de réception tout de suite ! »

J’avais cru que mes tympans allaient éclater. De quelle capacité pulmonaire une personne avait-elle besoin pour pouvoir crier aussi fort… ? Éris agissait exactement de la même façon. Personne dans ce manoir n’avait compris le concept de demander aux gens de délivrer des messages ?

Ces sauvages, pensai-je.

Philippe retourna s’asseoir sur le canapé pendant qu’un majordome (un autre type, apparemment nommé Alphonse) fermait la porte qui avait été laissée ouverte. J’avais appris plus tard que, parce que Sauros était comme une tempête qui faisait rage dans les pièces aussi vite qu’il entrait, ils attendaient un certain temps avant de fermer une porte. C’était un vieil homme égoïste qui aimait ouvrir les portes, mais qui n’aimait pas vraiment les fermer.

« Okaaaaay ! »

Une voix répondit d’un autre endroit dans le manoir. Au bout d’un moment, on entendit le bruit des pas qui s’approchaient.

« Me voici, comme tu l’as demandé ! »

Elle n’avait pas tout à fait la force de son grand-père, mais Éris avait quand même ouvert les portes avec énergie avant d’entrer.

Chaque geste qu’elle fit avait été fait en pensant à son grand-père. Après tout, les enfants aimaient imiter les adultes. Si je n’avais pas été frappé mon premier jour ici, j’aurais peut-être souri en voyant la ressemblance. Au lieu de cela, je pourrais dire fermement que cela devait aussi cesser.

« Oh… »

Dès qu’elle me vit, elle leva le menton et me regarda fixement. Cette pose intimidante s’était-elle transmise dans la famille Boreas ?

« Grand-père, tu lui as dit de quoi on avait parlé !? »

Il se tint soudain debout et croisa les bras en la regardant fixement. C’était exactement la même pose.

« Éris ! Si tu veux demander quelque chose à quelqu’un, tu dois baisser la tête et demander ! »

Ses lèvres firent la moue.

« Mais tu as dit que tu lui demanderais pour moi… »

« Assez ! Si tu ne lui demandes pas toi-même, nous ne l’engagerons pas ! »

Hein ? Qu’est-ce qu’il vient de dire !? Non non, attendez, je veux dire, je suppose que c’est vrai. Ce serait un peu problématique pour moi, mais je suppose que c’est ce que vous appelez récolter ce que vous semez !?

« Grr… »

Éris me regarda fixement, ses joues rougissaient beaucoup. Ce n’était pas une rougeur d’embarras, elle était furieuse et humiliée. Son visage disait que si son grand-père n’était pas là, elle me poursuivrait jusqu’aux profondeurs de l’enfer et me transformerait en viande hachée.

Effrayant…

« S’il te plaît… »

« C’est le genre d’attitude à adopter quand on demande quelque chose à quelqu’un !? », beugla Sauros.

Comme si tu avais le droit de parler à ce sujet, m’étais-je dit.

« Grr… »

Éris avait pris une poignée de ses longs cheveux roux dans chaque main. Elle avait fait une queue de chaque côté de ses tempes, des queues jumelles instantanées. Puis, comme ça, elle m’avait fait un clin d’œil.

« S’il te plaît, apprends-moi la magie, mew ✩ »

◇ ◇ ◇

Attendez. Est-ce que je rêvais ? Je m’étais évanoui une minute. J’avais l’impression d’avoir fait un rêve horrible.

« Ce n’est pas la peine de m’apprendre à lire ou à écrire, mew ✩ »

Merde, ce n’était pas un rêve ! Qu’est-ce que c’était que ce bordel ? Qu’est-ce qui se passait, bon sang ?

Est-ce que je viens d’être transporté dans une autre dimension bizarre ? Transportez-moi au moins dans le monde bidimensionnel d’un anime si vous voulez aller aussi loin !

« Je n’ai pas besoin d’arithmétique non plus, mew ✩ »

En tout cas, c’était anormal. Terrifiant même ! La pose d’Éris aurait dû être mignonne, mais elle me faisait peur. Ses lèvres étaient levées, mais ses yeux ne souriaient pas. C’était les yeux d’un prédateur.

Plus important encore, était-ce vraiment comme ça que tu devais agir quand tu demandais une faveur dans ce monde !? Tu te fous de moi !

« La magie est tout ce dont j’ai besoin, mew ✩ »

Arrête de te foutre de moi ! Honnêtement, c’est pire que ce qu’elle était avant. Allez, regardez son visage.

Ses joues brûlaient d’un rouge vif et son expression disait : si les circonstances étaient différentes, je te frapperais si fort que tu volerais des profondeurs de l’enfer jusqu’au ciel. Elle avait l’air en colère, deux parts d’humiliation et zéro part de timidité. Il n’y avait rien de mignon chez elle, rien du tout.

Allez, Sauros, laissez-la faire, l’avais-je suppliée mentalement.

« O-ooh ~ Notre Éris est si mignonne. Rudeus, il ne fait aucun doute que tu vas lui apprendre, pas vrai ? »

Il s’était soudainement transformé en un vieil homme affectueux. Qui diable es-tu !? avais-je pensé. Où est passé mon grand-oncle strict et fiable !?

« Le Maître a une grande affection pour les races bestiales. Il a également eu le dernier mot quand Dame Ghislaine a été embauchée », m’expliqua poliment le majordome.

Ah, maintenant j’ai compris. Donc ces queues jumelles étaient censées être des oreilles d’animaux. On aurait dit des oreilles tombantes. Maintenant que j’y pense, la plupart des domestiques étaient aussi des bêtes.

Oui, bien sûr, maintenant j’ai compris. Oui… Mon monologue intérieur s’était étiré.

« Éris. »

Son père était intervenu.

Oh oui, j’avais oublié qu’il était là, pensais-je. OK, Monsieur Philip, c’est à vous de briller, dites-lui de partir !

« Mets tes hanches un peu plus en avant pour avoir l’air plus attirante. »

Super, celui-là aussi est sans espoir.

Très bien, maintenant j’avais compris. J’avais compris maintenant quel genre de personnes étaient les Greyrats, y compris Paul. En fait, Paul était peut-être un peu plus normal qu’eux.

« Seigneur… Sauros. Puis-je vous demander une seule chose… ? »

« Parle ! »

« Est-ce que les hommes demandent aussi des faveurs comme ça ? »

« Imbécile ! Un homme devrait faire des demandes comme un homme ! »

Je n’étais pas sûr de ce que cela signifiait, mais j’avais compris la réprimande. Eh bien, j’avais raison. Comparés à ce lot, les penchants de Paul étaient presque normaux. Il aimait juste les femmes avec de gros seins.

OK, calme-toi, m’étais-je dit. Réfléchissons un peu à tout ça. Est-ce une victoire ou un échec ?

On me regardait fixement. Je m’étais calmé et j’avais regardé Éris. En colère et humiliée, elle semblait sur le point de perdre le contrôle. Comme un lion aux dents serrées autour d’une des barres de fer de sa cage.

Je devrais peut-être oublier ce qui viendra après et accepter ça.

Non, j’avais besoin d’y réfléchir. J’avais besoin d’anticiper les possibles conséquences.

C’est vrai, elle n’aime pas ça, avais-je réalisé. Elle est contre cette étrange coutume qu’ils ont ! Si jamais je lui demandais personnellement une faveur alors qu’il n’y avait que nous deux, elle pourrait me déchiqueter en lambeaux !

OK, j’ai changé d’avis. J’avais besoin d’arrêter cette étrange coutume qui était la leur.

« Est-ce le genre d’attitude que vous avez quand vous demandez une faveur à quelqu’un !? »

Ma voix était si forte qu’elle résonnait dans tout le manoir.

J’avais passé des heures à lui faire un long discours. Ma passion semblait passer à travers, parce qu’après cela, demander des faveurs dans le style des Boréas avaient été abandonnées. Ghislaine fit l’éloge de mes efforts une fois que c’était terminé, mais Éris me regarda d’un air froid.

***

Chapitre 3 : Une férocité inébranlable

Partie 1

Cela faisait un mois que j’étais devenu le tuteur d’Éris.

Dès le moment où j’avais commencé à lui donner des leçons, elle n’avait pas voulu m’écouter. Dès qu’il était temps de lire, d’écrire et de compter, elle disparaissait. Elle ne montrait son visage qu’au moment de s’entraîner à l’épée.

Il y avait eu des exceptions, bien sûr. Le cours de magie était le seul auquel elle prêtait fidèlement attention. La première fois qu’elle avait produit une boule de feu, elle était heureuse et enthousiaste. Elle regarda son feu rugir, engloutissant le rideau, et dit :

« Un jour, je ferai des feux d’artifice dans le ciel comme tu l’as fait. »

Bien sûr, j’avais immédiatement éteint les flammes et je lui avais dit de ne pas utiliser la magie du feu quand je n’étais pas là.

Éris rayonnait devant le rideau à demi brûlé, satisfaite d’elle-même. Elle ressemblait à une pyromane, mais au moins elle était motivée. Je m’étais senti rassuré, elle pourrait terminer le reste de son programme.

C’était du moins ce que je pensais. Plus tard, j’avais réalisé que ma prédiction était complètement fausse. Éris refusait d’écouter pendant les leçons de lecture, d’écriture et d’arithmétique. Si j’essayais de la réprimander, elle s’enfuyait. Quand j’essayais de l’attraper, elle me frappait et s’enfuyait. Si je la rattrapais, elle ne revenait que pour me frapper une fois de plus et s’enfuir à nouveau.

Je pensais qu’elle comprendrait l’importance de l’arithmétique et de l’alphabétisation après notre enlèvement. Elle devait vraiment détester ces sujets.

Quand j’étais allé voir Philip avec mon problème, il m’avait simplement dit :

« Faire en sorte que ton élève assiste à tes cours fait aussi partie de ton travail en tant que tuteur à domicile. »

Je n’étais pas en désaccord. Ghislaine assistait à mes cours et les avait pris au sérieux, mais elle n’était qu’une figurante. Je ne pouvais pas lui faire des cours que pour elle. J’avais donc dû chercher Éris.

Éris n’était pas si facile à trouver. Elle avait vécu ici toute sa vie, alors que je n’étais là que depuis un mois. Il y avait une énorme différence dans notre connaissance du terrain, et cela s’appliquait aussi à ce problème de cache-cache.

Apparemment, d’autres tuteurs à domicile s’étaient débattus avec le même problème. Parfois, ils finissaient par la trouver. Elle avait peut-être une vaste zone où se cacher, mais elle était encore limitée au manoir. Ceux qui l’avaient trouvée, cependant, avaient été réduits en bouillie. C’était la raison pour laquelle son premier tuteur avait démissionné.

Un tuteur avait essayé de la frapper à la place, en luttant contre la violence par la violence. Éris s’était glissée dans sa chambre au milieu de la nuit et l’avait attaqué avec une épée en bois pendant son sommeil. Inutile de dire qu’il avait démissionné après avoir subi des blessures dont il fallait des mois pour s’en remettre complètement.

Ghislaine était la seule à avoir réussi à battre Éris à son propre jeu. Je n’étais pas sûr de pouvoir faire la même chose. Si la trouver signifiait que j’allais être envoyé à l’hôpital, je ne le voulais pas. Je n’étais pas enthousiaste à l’idée de la découvrir, mais d’être battue et meurtrie par la suite.

Si la magie était la seule chose qui l’intéressait, pourquoi ne pas abandonner les autres leçons et se concentrer là-dessus ? Mais Philip avait insisté pour que je lui apprenne à lire, à écrire et à calculer. Apprends-lui ces choses de la même façon que tu lui apprends la magie, avait-il dit.

« En fait, c’est plus important que la magie », m’avait-il dit.

J’étais d’accord.

Peut-être que j’avais besoin de la faire kidnapper encore une fois. Les enfants qui n’apprenaient pas devaient être punis.

Juste comme je le pensais, je l’avais enfin trouvée.

Elle était dans les écuries, cachée dans une botte de paille avec son ventre exposé, reposant paisiblement.

« Zzzzz... zzzzz... »

Elle dormait profondément. Son visage inconscient ressemblait presque à celui d’un ange. Non, je ne me laisserais pas tromper par son apparence, elle était le diable incarné. Et bien sûr, par diable incarné, je voulais dire celui qui vous frapperait jusqu’à ce que vous vomissiez du sang.

Malgré tout, j’avais besoin de la réveiller.

Je l’avais appelée d’une voix calme.

« Jeune maîtresse, réveillez-vous s’il vous plaît. Mlle Éris. C’est l’heure de s’amuser en arithmétique ! »

Elle ne se réveillait pas. Pour l’instant, j’avais décidé de lui mettre sa chemise sur le ventre pour qu’elle n’attrape pas froid. Et juste au moment où j’essayais de mettre discrètement le vêtement en place…

Les yeux d’Éris s’ouvrirent. Son regard s’éloignait de son ventre, où étaient mes mains, jusqu’à mon visage.

« Grrr ! »

Elle n’avait plus l’air à moitié endormie. Au lieu de cela, ses dents se broyaient les unes contre les autres alors que son visage s’obscurcissait de colère.

La voilà qui arrive, avais-je réalisé. Je le réalisais un moment trop tard. Son poing vola. Mon visage ! J’avais croisé les bras devant moi pour me protéger.

« Agh ! »

L’impact toucha plutôt mon estomac. Son poing s’était enfoncé profondément. Je m’étais évanoui, agonisant, mes genoux se tordant sous moi.

Je n’avais pas vomi de sang, mais on m’avait frappé.

« Hmph ! »

Elle me renifla dessus une fois, puis me frappa. Une fois qu’elle avait fini, elle enjamba mon corps effondré et sortit de l’étable.

◇ ◇ ◇

Je n’avais rien pu faire. J’avais finalement demandé de l’aide à Ghislaine. La femme qui, selon Paul, avait des muscles à la place du cerveau. Si elle parlait des raisons pour lesquelles elle voulait apprendre à lire, à écrire et à calculer, cela ferait sûrement écho à Éris. La jeune fille était sûre d’écouter ce que Ghislaine avait à dire.

C’était du moins ce que je pensais naïvement.

Au début, Ghislaine m’avait dit de me débrouiller toute seule, mais quand j’avais utilisé la magie de l’eau pour simuler des larmes, elle avait accepté avec réticence. Trop facile.

OK, maintenant montre-moi ce que tu as, avais-je pensé.

Ghislaine et moi n’avions pas travaillé sur un plan, je l’avais laissé faire. Elle avait choisi de commencer pendant la pause de notre leçon de magie.

« Il y a longtemps, je pensais que je me porterais bien tant que j’avais une épée… »

Elle commença à parler à Éris de son passé. À propos de la façon dont son Maître l’avait acceptée alors qu’elle était une mauvaise enfant… À propos de ses premiers amis quand elle était devenue une aventurière…

Le long préambule s’était avéré être une simple histoire d’elle et de ses propres luttes.

« Quand j’étais une aventurière, les autres faisaient tout pour moi. L’achat et la vente d’armes et d’armures, de nourriture, de fournitures et de nécessités quotidiennes. En plus de lire les contrats, les cartes et les panneaux. Après notre départ, j’ai appris l’importance de beaucoup de choses : le poids d’une gourde remplie, la nécessité de faire brûler du charbon et l’inconvénient de ne pas pouvoir utiliser sa main gauche quand on porte une torche. »

Son groupe avait été dissous il y a sept ans. Ils avaient été forcés de le faire après que Paul et Zenith se soient mariés et se soient isolés en allant à la campagne. Je m’en doutais, il me semblait que Paul et Ghislaine avaient vraiment été ensemble dans un groupe.

« Ceux d’entre nous qui restèrent avaient proposé de rester ensemble, mais Paul, notre attaquant éclair, et Zenith, la seule guérisseuse de notre groupe, étaient partis. Même si nous ne nous étions pas dissous à ce moment-là, nous aurions fini par le faire. C’était évident. »

Un groupe de six personnes.

Un guerrier, 2 épéistes, une magicienne, un prêtre et un voleur. C’était probablement la composition de leur groupe si je devais trier les personnes par profession. Même si Ghislaine n’était à l’époque qu’une jeune épéiste, sa force d’attaque devait être assez élevée.

Guerrier (Personne inconnue) : Tank

Épéiste (Paul) : Tank secondaire et DPS

Épéiste (Ghislaine) : DPS

Magicien (Personne inconnue) : DPS

Prêtre (Zénith) : Guérisseur

Cela avait l’air d’un groupe équilibré.

C’était comme si le terme « voleur » était un terme général pour désigner quelqu’un qui faisait des petits boulots, qu’il s’agisse de crocheter des serrures, de repérer des pièges, de construire une tente ou de faire des affaires avec des marchands. C’était un poste réservé à quelqu’un qui savait bien lire, qui avait l’esprit vif et qui était agile. La plupart venaient de familles de commerçants.

« Vous pourriez au moins les appeler des chasseurs de trésors ou quelque chose comme ça », avais-je dit sans réfléchir.

Les narines de Ghislaine s’enflammèrent.

« Le voleur convient à quelqu’un qui a toujours volé notre argent et l’a mis en jeu. »

« Ne vous êtes-vous pas fâchés quand vous l’avez su ? »

« Non. Il était habile au jeu, alors la plupart du temps, il revenait avec plus d’argent qu’il n’en prenait. Il était rarement revenu avec moins de la moitié. Et il s’était retenu quand on n’avait pas beaucoup d’argent. »

C’était du moins ce qu’elle avait dit. Malgré tout, peu importe le profit qu’ils avaient réussi à tirer de leur jeu, pourquoi tout le monde les avait-il laissés s’en tirer comme ça ? J’avais lutté pour comprendre. Je ne voulais pas me vanter, mais je n’avais jamais touché au jeu. Bien que j’aie dépensé plus de 100 000 yens pour des jeux en ligne…

D’un autre côté, ils avaient un coureur de jupons comme Paul dans leur groupe, alors ils n’étaient probablement pas si préoccupés par la moralité de leurs membres. Tout le monde imposait ses limites quelque part. Il y avait autant de règles qu’il y avait de gens.

« Quelle est exactement la différence entre un guerrier et un épéiste ? », demandais-je avec curiosité.

Si les deux professions faisaient partie de l’avant-garde, il ne semblait pas y avoir de raison de les distinguer.

« Si tu utilises une épée et l’un des trois styles primaires, alors tu es un épéiste. Si tu utilises un style différent tout en utilisant une épée, tu es un guerrier. Si tu utilises l’un des styles, mais sans utiliser d’épée, alors tu es aussi un guerrier. »

« Ooh, donc ça veut dire qu’épéiste est un titre spécial. »

Plus précisément, c’était les trois principaux styles d’épées qui rendirent leurs compétences spéciales. La technique que Ghislaine avait utilisée quand elle avait vaincu nos kidnappeurs était tout à fait incroyable. Je ne l’avais même pas surprise en train de dégainer son épée. Elle bougeait à peine et leur tête était tombée. J’avais découvert par la suite que cette technique s’appelait l’Épée de Lumière, une technique secrète du style du Dieu de l’épée.

« Et chevalier ? »

« Un chevalier est un chevalier. Les chevaliers sont nommés par le Roi ou les seigneurs féodaux. Ils sont instruits en lecture et en arithmétique. Certains d’entre eux peuvent même utiliser la magie basique. Comme beaucoup d’entre eux sont des nobles, ils sont aussi emplis de fierté. »

Ils étaient probablement si instruits parce qu’ils allaient à l’école.

« À l’époque, mon père n’était pas encore chevalier, n’est-ce pas ? »

« Je n’en suis pas tout à fait sûr, mais à l’époque il se disait épéiste. »

« Et les chevaliers magiques ou les guerriers magiques ? J’ai aussi entendu dire que ça existait. »

« Il y a des gens qui utilisent de la magie offensive qui s’appelle ainsi. Tu es libre de t’appeler comme tu le veux, quelle que soit ta profession. »

« Aha. »

Les yeux d’Éris s’illuminèrent pendant qu’elle écoutait la conversation. J’espérais qu’elle n’était pas sur le point de décider de traîner Ghislaine ou moi dans le donjon le plus proche. Ça m’avait rendu anxieux. Ce n’était pas le genre d’aventure que je voulais. Passer chaque jour entouré de belles femmes ? Oui, c’était bien meilleur.

Ah, merde. Je suis censé faire parler Ghislaine de l’importance d’apprendre à lire et à écrire, pas de cela, me lamentais-je intérieurement. J’ai merdé.

J’avais eu une petite pitié.

Le lendemain, Éris assista à toutes ses leçons : lecture, écriture et arithmétique. C’était grâce à Ghislaine. Après cela, chaque fois qu’il se passait quelque chose, Ghislaine commençait à raconter ses luttes d’aventurière. J’avais mal au ventre à chaque fois, mais grâce à cela, Éris avait finalement compris l’importance de la lecture, de l’écriture et du calcul.

Ou peut-être que sa principale raison d’être était qu’elle trouvait les histoires de Ghislaine si intéressantes. Quoi qu’il en soit, c’était un bon résultat pour moi.

Une partie de moi aurait aimé y avoir pensé dès le début… mais bien sûr, si nous n’avions pas été kidnappés, elle ne m’aurait probablement jamais écouté. À l’époque, elle m’avait regardé comme si j’étais un ver. Donc mon plan n’était pas inutile.

En tout cas, les choses s’étaient bien passées.

◇ ◇ ◇

Nos premières leçons consistaient à enseigner à Éris les quatre opérations arithmétiques de base. Puisqu’elle avait fréquenté l’école et qu’elle avait déjà été formée par des tuteurs, elle savait déjà comment faire des ajouts simples.

« Rudeus ! »

Mon élève leva énergiquement sa main en l’air.

« Oui, Éris ? »

« Pourquoi la division est-elle nécessaire ? »

Elle ne comprenait pas l’importance de la multiplication et de la division. En plus de ça, elle était nulle en soustraction. Si quelque chose dépassait un chiffre, elle abandonnait.

« Plutôt que de s’inquiéter de la nécessité, il suffit de penser que c’est l’inverse de la multiplication », expliquai-je.

« Je te demande quand je vais m’en servir ! »

« Par exemple, disons que tu as cent pièces d’argent et que tu dois les répartir également entre cinq personnes. »

« Mon dernier tuteur a dit la même chose ! »

Elle claqua son poing contre la table.

« Alors pourquoi dois-je le faire ? Répartis-la en deux ! »

Elle chicanait comme une enfant défiante.

Pour être honnête, ce n’était pas nécessaire.

« Qui sait ? C’est quelque chose qu’il faudrait demander à ces cinq personnes. C’est juste que si tu veux la partager également, c’est plus pratique si tu sais comment utiliser la division. »

« Plus pratique ? Donc ça veut dire que je n’ai pas vraiment besoin de l’utiliser !? »

« Si tu ne veux pas l’utiliser, alors non, tu n’as pas à le faire. Bien qu’il y ait une grande différence entre ne pas utiliser quelque chose et être incapable d’utiliser quelque chose. »

« Ugh… »

Se demander si elle pouvait faire quelque chose ou non était une bonne façon de faire taire quelqu’un aussi fière qu’Éris, bien que cela n’ait guère contribué à résoudre le problème à la racine. Elle essayait de faire valoir qu’elle n’avait pas besoin d’apprendre l’arithmétique.

Dans ces moments-là, il valait mieux chercher de l’aide auprès de Ghislaine.

« Ghislaine, as-tu déjà eu des problèmes pour répartir les choses également ? »

« Oui. Une fois, j’ai perdu ma nourriture dans un donjon, alors j’ai essayé de retrouver mon chemin. Mais j’ai merdé quand j’ai essayé de rationner ma nourriture jusqu’à ce que je m’en sorte. J’ai passé trois jours sans manger ni boire. J’ai cru que j’allais mourir. Quand je n’en pouvais plus, j’ai mangé des excréments de démon que j’ai trouvés sur le sol, mais ça a déchiré mon ventre. J’ai réussi à surmonter les douleurs à l’estomac, les nausées et la diarrhée, mais j’ai remarqué une grappe de… »

L’histoire dura presque cinq minutes, me rendant malade. J’écoutais avec une teinte maladive sur mon visage. Mais pour Éris, c’était une histoire héroïque. Ses yeux étaient éclairés tout le temps.

« Et c’est pourquoi je veux apprendre la division. Continue la leçon. »

Dès que Ghislaine dit cela, Éris cessa de chicaner.

Toute la famille Greyrat semblait avoir une affinité pour les hommes bêtes, mais peut-être pas autant que les Sauros. Éris était clairement attachée à Ghislaine. Elle écoutait toujours tranquillement quand Ghislaine commençait une de ses histoires. C’était comme un petit frère qui s’accrochait à sa sœur aînée, désireux de l’imiter.

« Alors, faisons d’autres opérations ennuyeuses aujourd’hui. Apportez-moi ces problèmes une fois que vous les aurez tous résolus. S’il y a quelque chose que vous ne comprenez pas, demandez-moi. »

Avec cela, les choses avaient graduellement progressé.

***

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