Mushoku Tensei (LN) – Tome 1

***

Prologue

J’avais 34 ans, je n’avais pas de travail et je n’avais nul endroit où vivre. J’étais plutôt un type sympa, j’étais plutôt costaud, mais je n’avais pas bonne mine et je regrettais.

Je n’étais SDF que depuis trois heures. Avant cela, j’avais été le cliché classique et stéréotypé du mec qui ne faisait rien de sa vie. Et puis, tout d’un coup, mes parents étaient morts. Étant donné que j’étais asocial, je n’avais évidemment pas assisté aux funérailles ni à la réunion de famille qui avait suivi.

Ils avaient fait un sacré grabuge quand ils m’avaient viré de la maison à cause de ça.

Mon comportement effronté dans la maison n’avait convaincu personne. J’étais le genre de gars qui frappait sur les murs et le sol pour attirer l’attention des gens sans quitter ma chambre.

Le jour des funérailles, j’étais en train de me branler, mon corps s’était arqué en l’air, quand mes frères et sœurs avaient fait irruption dans ma chambre dans leur habit de deuil et m’avaient donné une lettre. Ils me reniaient formellement. Et vu que j’ignorais leur lettre, mon frère cadet avait cassé mon ordinateur — que j’appréciais plus que moi-même — avec une batte en bois. Pendant ce temps, mon frère aîné, celui qui avait une ceinture noire de karaté, s’était précipité sur moi, enragé, et m’avait battu à mort.

Je l’avais laissé faire, en sanglotant inutilement tout le temps, tout en espérant que ce serait la fin. Mais mes frères et sœurs m’avaient forcé à sortir de la maison avec rien d’autre que mes vêtements sur mon dos. Je n’avais pas d’autre choix que de me promener en ville tout en subissant la douleur lancinante dans mon torse. J’avais l’impression d’avoir une côte cassée.

Les paroles mordantes qu’ils m’avaient lancées en quittant notre maison résonneront dans mes oreilles pour le restant de ma vie. Ce qu’ils avaient dit m’avait fait mal au plus profond de moi-même. J’avais le cœur brisé.

Qu’est-ce que j’avais fait de mal ? Tout ce que j’avais fait, c’était de ne pas assister aux funérailles de nos parents pour pouvoir visionner du porno de loli non censuré.

Alors, qu’est-ce que j’étais censé faire maintenant ?

Je connaissais la réponse : chercher un emploi à temps partiel ou à temps plein, me trouver un logement et acheter de la nourriture. La question était comment ? Je ne savais même pas comment faire pour chercher du travail.

Bon, d’accord, je connaissais les bases. Le premier endroit que je devais vérifier, c’était une agence de placement, sauf que j’avais sérieusement été complètement enfermé pendant plus de dix ans, donc je n’avais aucune idée de l’endroit où elles se trouvaient. De plus, je m’étais souvenu d’avoir entendu dire que ces agences ne s’occupaient que de la présentation des possibilités d’emploi. Vous devrez ensuite apporter votre curriculum vitae à l’endroit où l’offre d’emploi était faite et vous présenter à un entretien.

J’étais là, vêtu d’un sweat-shirt avec un mélange de sueur, de crasse et de mon propre sang. Je n’étais pas en état pour passer un entretien. Personne n’allait embaucher un taré qui se présenterait comme moi. Je ferais bonne impression, c’est sûr, mais je ne décrocherais jamais le poste.

De plus, je ne savais pas où je pourrais acheter du papier pour mon CV. Dans une papeterie ? Dans une épicerie ? Il y avait des épiciers à distance de marche, mais je n’avais pas d’argent.

Et si je pouvais m’occuper de tout ça ? Avec un peu de chance, je pourrais emprunter de l’argent à une société de prêt ou quelque chose du genre, m’acheter de nouveaux vêtements, puis acheter du papier pour mon CV ainsi que quelque chose pour écrire.

Puis je m’étais souvenu : Vous ne pouviez pas remplir un CV si vous n’aviez pas d’adresse ou d’endroit où vivre.

J’étais sans espoir. J’avais finalement réalisé que, malgré le chemin parcouru, ma vie était complètement ruinée.

Il se mit à pleuvoir.

« Ugh », me plaignais-je.

L’été était terminé, apportant le froid de l’automne. Mon sweat-shirt usé, vieux de plusieurs années, absorba la pluie froide, privant impitoyablement mon corps d’une précieuse chaleur.

« Si seulement je pouvais revenir en arrière et tout recommencer », murmurai-je, les mots glissant librement de ma bouche.

Je ne pouvais pas m’empêcher de prononcer ces mots. Je n’étais pas né pour devenir une racaille. J’étais le 3e fils d’une famille un tant soit peu aisée avec deux plus grands frères, une grande sœur et un jeune frère. J’étais le quatrième parmi cinq frères et sœurs.

 

 

À l’école primaire, j’étais complimenté comme quelqu’un d’intelligent malgré mon jeune âge. Même si je n’étais pas considéré comme bon pour les études, j’étais doué aux jeux et j’étais un enfant bon aux sports. Je fus même, pendant un moment, le centre d’attention de ma classe.

Puis vint la période du collège où j’étais entré dans le club informatique. Je consultai des magazines et assemblai un ordinateur. Je m’étais distingué dans ma famille, où aucun ne pouvait écrire une ligne de code.

Le tournant de ma vie fut au lycée… Non, cela commença lors de ma troisième année de collège. J’étais si occupé à bidouiller avec les ordinateurs que je négligeai mes études. En y repensant maintenant, c’est là que tout avait commencé. Je ne pensais qu’à apprendre des choses qui étaient inutiles pour le futur. Je ressentais le fait que cela ne pourrait être utilisé dans la vie réelle.

À la fin, j’étais entré dans le lycée considéré comme le pire de toute la préfecture. Cependant, je continuais à penser que ce n’était rien. Je sentais pouvoir réussir si je devenais sérieux et que j’étais différent de tous ces idiots. C’était réellement ce que je pensais.

Je me souvenais encore de cet incident. Alors que je faisais la queue pour acheter le déjeuner à la cafétéria, il y avait cette personne qui doubla tout le monde. Je lui grommelai quelques reproches comme si j’agissais avec justice. C’était sûrement dû à mon étrange fierté et ma personnalité utopiste.

Malheureusement, c’était mon aîné et l’une des deux personnes les plus dangereuses du lycée. Je me pris des coups de poing à la figure jusqu’à ce qu’elle fut gonflée. Puis ils m’accrochèrent à la porte de l’école, tout nu, pratiquement crucifié pour que tout le monde puisse voir. Ils avaient pris une tonne de photos, qu’ils avaient fait circuler dans toute l’école comme s’il s’agissait d’une simple farce. Mon statut social parmi mes camarades de classe s’était effondré du jour au lendemain, me laissant avec le surnom de Prépuceau.

J’avais arrêté d’aller à l’école pendant plus d’un mois, me cachant à la place dans ma chambre. Mon père et mes frères aînés virent dans quel état j’étais et m’avaient dit de garder la tête haute et de ne pas abandonner ainsi que d’autres choses condescendantes comme ça. J’avais tout ignoré.

Ce n’était pas ma faute. Qui pourrait se résoudre à aller à l’école dans des circonstances comme la mienne ? Sûrement personne. Donc, quoi qu’on en dise, je restais bien caché. Tous les autres enfants de ma classe avaient vu ces photos et se moquaient de moi. J’en étais sûr.

Je n’avais pas quitté la maison, mais avec mon ordinateur et ma connexion Internet, j’étais encore capable de tuer beaucoup de temps. J’avais développé un intérêt pour toutes sortes de choses grâce à Internet, et j’avais fait toutes sortes de choses aussi. J’avais construit des maquettes en plastique, j’avais essayé de peindre des figurines et j’avais créé mon propre blogue. Ma mère voulait me supporter et me passer de l’argent pour tout ce que je lui demandais.

Malgré cela, j’avais abandonné tous ces passe-temps en un an. Chaque fois que je voyais quelqu’un qui était meilleur que moi, je perdais toute motivation. Pour un étranger, je donnais probablement l’impression de jouer et de m’amuser. En réalité, j’étais enfermé dans ma coquille sans rien avoir à faire pendant mon temps libre.

Non. Rétrospectivement, c’était juste une autre excuse. Tout du moins, cela aurait été un meilleur choix de devenir mangaka et de commencer à publier des bandes dessinées sur Internet ou de devenir un romancier Internet et de publier des romans. Beaucoup de gens partageaient des circonstances similaires et faisaient ça.

Je m’étais beaucoup moqué de ces gens-là.

Je riais de ces personnes, de leurs créations, me prenant moi-même pour un critique, écrivant des commentaires comme « c’est pire que de la merde ». Même si je ne faisais rien du tout…

Je voulais retourner à l’école — idéalement à l’école primaire, ou peut-être au collège. Même un an ou deux en arrière, ça m’allait. Si j’avais un peu plus de temps, je pourrais faire quelque chose. J’ai peut-être fait tout ce que j’avais fait, mais je voulais reprendre là où je m’étais arrêté. Si je m’appliquais vraiment, je pourrais être un pro dans quelque chose, même si je n’étais pas le meilleur.

J’avais soupiré. Pourquoi ne m’étais-je jamais donné la peine d’accomplir quoi que ce soit avant maintenant ?

J’avais eu le temps. Même si j’avais passé tout ce temps enfermé dans ma chambre devant l’ordinateur, j’aurais pu faire beaucoup de choses. Encore une fois, même si je n’étais pas le meilleur, j’aurais accompli quelque chose en étant à mi-chemin de la décence et en m’appliquant.

Comme le manga ou l’écriture. Peut-être des jeux vidéo ou de la programmation. Quoi qu’il en soit, avec des efforts appropriés, j’aurais pu obtenir des résultats, et de là, j’aurais pu gagner de l’argent et —.

Non. Ça n’avait plus d’importance. Je n’avais pas fait l’effort. Même si je pouvais revenir en arrière, je ne ferais que trébucher à nouveau, arrêté dans mes traces par un obstacle similaire. Je n’avais pas réussi à traverser des choses que les gens normaux avaient réussi à traverser sans réfléchir, et c’était pourquoi j’étais là où j’en étais maintenant.

Soudain, au milieu de la pluie diluvienne, j’avais entendu des gens se disputer.

« Hm ? », avais-je murmuré.

Quelqu’un s’était-il disputé ? Ce n’était pas bon. Je ne voulais pas m’impliquer dans ce genre de choses. Même si je pensais que mes pieds me portaient dans cette direction.

« Regarde, c’est toi qui… »

« Non, c’est toi qui… »

Ce que je vis quand j’arrivai sur les lieux, c’était trois lycéens au milieu de ce qui était clairement une querelle d’amoureux. Il y avait deux garçons et une fille, vêtus respectivement des vestes d’universitaires et d’un costume de marin, ce qui était aujourd’hui très rare. La scène ressemblait presque à un champ de bataille, avec l’un des garçons, un homme particulièrement grand, qui avait une joute verbale avec la fille. L’autre garçon s’était interposé entre les deux pour tenter de les calmer, mais ses supplications avaient été complètement ignorées.

Oui, j’avais moi-même vécu ce genre de situation.

J’avais eu une amie d’enfance quelque peu mignonne au lycée. Elle pouvait être considérée comme mignonne. Elle portait les cheveux très courts depuis qu’elle était dans l’équipe d’athlétisme. Sur dix personnes qu’elle croisait dans la rue, au moins deux ou trois se retournaient pour la regarder. J’étais très passionné par un certain anime à l’époque, alors j’avais trouvé qu’une athlète aux cheveux court, c’était mignon.

Elle habitait à proximité, donc nous étions dans la même classe pendant beaucoup d’années à l’école primaire et au collège. Jusqu’au collège, on rentrait souvent ensemble. Nous avions eu beaucoup d’occasions de parler, mais nous avions fini par nous disputer énormément. J’avais fait des choses regrettables. C’est dommage. Dans mon état actuel, juste entendre les mots « collège », « amie d’enfance » et « club d’athlétisme » était suffisant pour me faire jouir 3 fois.

En y repensant, j’avais entendu dire qu’elle s’était mariée il y a environ sept ans. J’avais surpris cette rumeur depuis la salle à manger lorsque mes frères et sœurs discutaient.

Nous n’avions certainement pas de mauvaises relations. On se connaissait depuis qu’on était petits, alors on avait pu se parler assez ouvertement. Je ne pensais pas qu’elle ait eu le béguin pour moi, mais si j’avais étudié plus fort et que j’étais entré dans le même lycée qu’elle, ou si j’avais rejoint l’équipe d’athlétisme et obtenu une admission de cette façon, cela aurait peut-être envoyé de bons signaux. Si je lui avais dit ce que je ressentais, on aurait peut-être fini par sortir ensemble.

Bref, on se battrait en rentrant chez nous, comme ces trois gamins. Ou, si les choses se passaient bien, nous nous mettrions ensemble et ferions des choses obscènes dans une classe abandonnée après l’école.

Merde, ça ressemble à l’intrigue d’une simulation de rencontre d’adultes que j’ai dû jouer.

Et puis, j’avais remarqué quelque chose : il y avait un camion qui roulait à toute allure en direction du groupe de trois étudiants. Le conducteur était affaissé, endormi au volant.

Les enfants n’avaient pas encore remarqué.

« Ah, h-hey, attention… attention ! »

J’avais crié, ou du moins j’avais essayé de crier. J’avais à peine parlé à voix haute depuis plus d’une décennie, et mes cordes vocales déjà faibles s’étaient encore resserrées à cause de la douleur dans mes côtes et du froid de la pluie. Tout ce que j’avais pu rassembler, c’est un grincement pathétique et hésitant qui s’était perdu dans le vacarme de la pluie diluvienne.

Je savais que je devais les aider, mais en même temps je ne savais pas comment. Je savais que si je ne les sauvais pas, cinq minutes plus tard, je finirais par le regretter. Genre, j’étais presque sûr que de voir ces trois adolescents écrasés par un camion se déplaçant à une vitesse incroyable était quelque chose que je regretterais.

Mieux valait les sauver. Je devais faire quelque chose.

Selon toute vraisemblance, je finirais mort sur le bord de la route, mais je m’étais dit qu’au moins, avoir un peu de réconfort ne serait pas si mal. Je ne voulais pas passer mes derniers moments à regretter.

J’avais titubé au moment où j’avais commencé à courir. Plus de dix ans sans avoir à peine bougé avaient rendu mes jambes lentes à réagir. Pour la première fois de ma vie, j’aurais aimé faire plus d’exercice. Mes côtes cassées me frappaient avec une douleur implacable, ralentissant chacun de mes pas. Pour la première fois de ma vie, j’aurais aussi aimé avoir plus de calcium.

Malgré tout, je m’étais déplacé. J’étais capable de courir.

Le garçon qui criait avait remarqué que le camion s’approchait et avait rapproché la fille de lui. L’autre garçon avait détourné le regard et n’avait pas encore repéré le camion. Je l’avais attrapé par le col et je l’avais tiré derrière moi de toutes mes forces, puis je l’avais poussé hors de la trajectoire du véhicule.

Bien. Il ne restait plus que les deux autres.

À cet instant même, j’avais vu le camion juste devant moi. J’avais simplement essayé de mettre le premier garçon en sécurité, mais au lieu de cela, j’avais changé de place avec lui, me mettant en danger. Mais c’était inévitable, et cela n’avait rien à voir avec le fait que je pesais plus d’une centaine de kilos, en courant à toute vitesse, j’avais simplement trébuché un peu trop loin.

À l’instant où le camion était entré en contact, une lumière s’était épanouie derrière moi. Allais-je voir ma vie défiler devant mes yeux, comme on disait ? Ça n’avait duré qu’un instant, alors je n’avais pas pu le dire. Tout s’était passé si vite.

C’était peut-être ce qui arrivait si l’on n’avait pratiquement rien accompli dans sa vie.

J’avais été heurté par un camion de plus de cinquante fois mon poids et je fus projeté contre un mur de béton.

« Hurgh ! »

L’air avait été expulsé de mes poumons, qui étaient encore à la recherche d’oxygène à la suite d’un manque d’air.

Je ne pouvais pas parler, mais je n’étais pas mort. Ma graisse devait m’avoir sauvé.

Sauf que le camion bougeait encore. Il m’avait coincé contre le béton, m’écrasant comme une tomate. J’étais bel et bien mort.

***

Chapitre 1 : S’agit-il d’un autre monde ?

Quand j’avais ouvert les yeux, la première chose que j’avais vue était une lumière éblouissante. Elle avait pris de l’ampleur pour englober tout mon champ de vision, et j’avais plissé les yeux pour ne pas être gêné.

Une fois ma vision ajustée, je m’étais rendu compte qu’une jeune femme blonde me regardait fixement. C’était une fille magnifique, attendez, non. C’était réellement une femme.

Qui est-elle ? pensais-je

À ses côtés se trouvait un jeune homme du même âge, il avait des cheveux bruns, et un sourire maladroit était dirigé vers moi. Il avait l’air fort et fier, et possédait une musculature impressionnante.

Cheveux bruns et têtus ? J’aurais dû réagir négativement dès l’instant où j’avais vu ce gros lourdaud, mais à ma grande surprise, il n’y avait aucun sentiment de mauvaise volonté. Ses cheveux avaient dû être teints de cette couleur. C’était une nuance de brun très attirante.

La femme me regarda avec un sourire chaleureux et me parla. Ses mots étaient cependant bizarrement indistincts et difficiles à distinguer. Est-ce qu’elle parlait japonais ?

L’homme répondit en disant quelque chose, son visage perdant un peu de sa tension. De même, je n’avais aucune idée de ce qu’il disait.

Une troisième voix inintelligible s’était jointe à la conversation, mais je ne voyais pas qui parlait. J’avais essayé de me lever pour savoir où j’étais et pour demander à ces gens qui ils étaient.

Ah, laissez-moi vous dire ceci : je suis peut-être enfermé, mais cela ne veut pas dire que je ne sais pas comment parler aux gens. Mais d’une façon ou d’une autre, tout ce que j’avais pu dire, c’était ceci :

« Ahh ! Waah ! »

Ce n’était rien d’autre que des pleurnicheries et des gémissements confus.

Mais je ne pouvais pas bouger mon corps. Je pouvais bouger le bout de mes doigts et mes bras, mais je ne pouvais pas m’asseoir.

L’homme aux cheveux bruns avait dit quelque chose, puis s’était soudainement penché vers le bas et m’avait soulevé. C’était absurde ! Je pesais plus de cent kilos. Comment avait-il pu me soulever aussi facilement ? Peut-être que j’avais perdu du poids après quelques semaines de coma ?

Après tout, c’était un sacré accident. Il y avait de fortes chances que je ne m’en sois pas sorti avec tous mes membres. Pour le restant de la journée, je n’avais pensé qu’à une seule chose :

Ma vie allait être un enfer.

Un mois c’était passé depuis.

Apparemment, j’étais né de nouveau. La réalité de ma situation s’était enfin installée : J’étais un bébé.

J’avais finalement pu confirmer qu’après avoir été soulevé et avoir eu la tête bercée, je pouvais voir mon propre corps. Mais pourquoi avais-je encore tous mes souvenirs de ma vie antérieure ? Non pas que je me plaignais, exactement, mais qui pourrait imaginer que quelqu’un puisse renaître avec tous ses souvenirs — sans parler du fait que cette folle illusion soit vraie ?

Les deux personnes que j’avais vues pour la première fois à mon réveil devaient être mes parents. Si je devais deviner, je dirais qu’ils avaient une vingtaine d’années. Ils étaient en tout cas clairement plus jeunes que je ne l’avais été dans ma vie antérieure. Mon moi de trente-quatre ans les aurait vus comme des enfants.

Ils avaient pu faire un bébé à cet âge. J’en étais jaloux.

Très tôt, j’avais réalisé que je n’étais pas au Japon, que la langue était différente et que mes parents ne portaient pas les marques caractéristiques d’un visage japonais. Ils portaient aussi ce qui semblait être une sorte de vêtements d’autrefois. Je n’avais rien vu qui ressemblait à des appareils électroménagers. Une femme en tenue de bonne était passée et avait nettoyé avec un chiffon. Les meubles, les ustensiles de cuisine, etc. étaient tous faits de bois grossier. De ce que je pouvais voir, ce n’était pas comme si c’était un pays développé.

Nous n’avions même pas d’éclairage électrique, seulement des bougies et des lampes à huile. Peut-être que mes parents étaient si pauvres qu’ils n’avaient pas les moyens de payer la facture d’électricité.

Mais dans quelle mesure était-ce vraiment probable ? Puisqu’ils avaient une bonne, je m’étais dit qu’ils devaient avoir de l’argent, mais peut-être que la bonne était la sœur de mon père, ou celle de ma mère. Ce ne serait pas trop bizarre. Elle aiderait au moins à l’entretien ménager, non ?

J’aurais aimé pouvoir tout recommencer, mais naître dans une famille trop pauvre pour payer les services publics n’était pas exactement ce que j’avais en tête.

◇ ◇ ◇

Six mois s’étaient écoulés.

Après six mois à écouter mes parents échanger, j’avais commencé à apprendre une partie de leur langue. Mes notes d’anglais n’avaient jamais été excellentes, mais je suppose que ce que l’on disait sur la façon dont le fait de s’en tenir uniquement à sa langue maternelle rendait plus difficile l’avancement dans ses études était vrai. Ou peut-être que, étant donné que j’avais un nouveau corps, mon cerveau était mieux adapté pour apprendre cette fois-ci ? J’avais l’impression d’avoir un don inhabituel pour me souvenir des choses, peut-être parce que j’étais encore très jeune.

C’était à cette époque que j’avais commencé à apprendre à ramper. Pouvoir bouger était une chose merveilleuse. Je n’avais jamais été aussi reconnaissant d’avoir le contrôle de mon propre corps.

« Dès que je le quitte des yeux, il s’enfuit quelque part », dit ma mère.

« Tant qu’il va bien et qu’il est en bonne santé. J’étais inquiet quand il est né, il n’a jamais pleuré. », répondit mon père en me regardant ramper

« Il ne pleure pas non plus maintenant, n’est-ce pas ? »

Je n’avais pas exactement l’âge de pleurnicher parce que j’avais faim. Les seules fois où ils m’avaient entendu pleurer, c’était quand j’avais essayé, sans jamais réussir d’ailleurs, de m’empêcher de salir mon pantalon.

Même si je ne pouvais que ramper, j’avais appris beaucoup de choses grâce à cela. La première chose que j’avais apprise était que je me trouvais dans la maison d’une famille riche. La maison avait une structure en bois de deux étages avec plus de cinq pièces séparées, et nous avions une femme de chambre parmi le personnel. Au début, j’avais supposé qu’elle était ma tante ou quelque chose comme ça, mais vu son attitude déférente envers ma mère et mon père, je doutais qu’elle soit de la famille.

Notre maison était située à la campagne. À l’extérieur des fenêtres s’étendait un paysage bucolique et paisible. Il n’y avait pas beaucoup de maisons, seulement deux ou trois nichées au milieu des champs de blé d’un côté ou de l’autre. On était vraiment dans la cambrousse. Je ne voyais ni poteau téléphonique ni lampadaires. Il n’y avait peut-être même pas de centrale électrique à proximité. J’avais entendu dire que dans certains pays, on faisait passer des câbles électriques sous terre, mais si c’était le cas ici, il était étrange que notre maison n’ait pas d’électricité.

Cet endroit était beaucoup trop pastoral. Cela m’avait fait peur, car j’étais habitué au confort de la civilisation moderne. J’étais là, je venais juste de renaître, et je mourrais d’envie de mettre la main sur un ordinateur.

Mais tout cela avait changé en début d’après-midi.

Comme les choses que je pouvais faire étaient assez limitées, j’avais décidé de regarder le paysage. Je grimpais sur une chaise comme d’habitude pour jeter un coup d’œil par la fenêtre, puis mes yeux s’ouvrirent.

Mon père était dans notre jardin, en train de balancer une épée. Qu’est-ce qu’il faisait ? Il était assez grand pour pouvoir faire quelque chose de plus utile que ça. Mon père était-il ce genre de personne là ? Une sorte de crétin fantastique ?

Uh-oh. Dans mon étonnement, je commençais à glisser de la chaise.

Mes mains sous-développées avaient saisi la chaise, mais n’avaient pas pu supporter mon poids — ce n’était pas à cause du poids de ma tête — et j’étais tombé.

J’avais frappé le sol avec un bruit sourd et j’avais immédiatement entendu un cri d’alarme. J’avais vu ma mère faire tomber le sac de linge qu’elle portait, son visage pâlissant alors qu’elle portait sa main à sa bouche.

« Rudy ! Est-ce que ça va !? »

Elle s’était précipitée à mes côtés et m’avait ramassé. Alors qu’elle rencontrait mon regard, son expression se relâcha avec soulagement et elle me caressa la tête.

« Oh, tu vas bien à ce que je vois. »

Doucement, madame, pensais-je. Attention à ma tête. Je viens juste de frapper ce truc.

Vu sa panique, j’avais dû faire une mauvaise chute. Je pouvais le dire, j’étais tombé sur ma tête. Peut-être que j’allais être définitivement stupide. Cela ne sera pas un grand changement par rapport à avant.

J’avais mal à la tête. J’avais essayé d’atteindre la chaise, mais je n’avais pas pu rassembler assez d’énergie. Ma mère n’avait plus l’air si nerveuse, ce qui signifiait que je ne saignais probablement pas. Selon toute probabilité, je devrais juste avoir une bosse ou quelque chose comme ça.

Elle avait regardé attentivement ma tête. Son visage indiquait que, blessée ou non, elle prenait cela très au sérieux. Finalement, elle posa sa main sur ma tête.

« Juste pour être sûre… », commença-t-elle.

« Que ce pouvoir divin soit comme une nourriture satisfaisante, donnant à celui qui a perdu sa force la force de ressusciter — guérison ! »

Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Enseignait-on dans ce pays qu’il fallait embrasser le bobo pour que celui-ci disparaisse ? Ou était-elle une autre intello fantasque comme mon père qui balançait en ce moment son épée ? S’agissait-il d’un cas où le combattant avait épousé une prêtresse ?

Mais alors que je le pensais, une faible lumière brillait dans la main de ma mère, et la douleur dans ma tête disparue instantanément.

Bwuh ?

« Nous y voilà. Tout va bien ! Tu sais, maman était une aventurière assez célèbre. », dit-elle. Sa voix retentit avec fierté.

Mon esprit était terriblement confus, divers termes tourbillonnant dans mon esprit : épée, combattant, aventurier, guérisseur, incantation, prêtre…

Sérieusement, qu’est-ce qui venait de se passer ?

Mon père, après avoir entendu le cri de ma mère, avait passé la tête à travers la fenêtre.

« Qu’est-ce qu’il y a ? », demanda-t-il.

Il transpirait, probablement parce qu’il avait balancé son épée.

« Chéri, tu dois être plus attentif », répliqua ma mère.

« Rudy a réussi à monter sur la chaise. Il aurait pu être gravement blessé. »

Mon père semblait beaucoup plus calme.

« Hé, les garçons seront des garçons. Le gamin a beaucoup d’énergie. »

Ce genre de va-et-vient était assez courant chez mes parents. Mais cette fois, ma mère n’était pas simplement en train de reculer, probablement à cause de la façon dont je m’étais cogné la tête.

« Chéri, il n’a même pas encore un an. Ça te tuerait de montrer un peu plus d’intérêt ? »

« C’est comme je l’ai dit : c’est en tombant, en trébuchant et en se faisant des bosses et des bleus que les enfants deviennent des durs à cuire. En plus, s’il est blessé, tu peux le guérir ! »

« J’ai peur qu’il soit blessé au point que je ne puisse pas le guérir. »

« Il va s’en sortir », lui assura mon père.

Ma mère me serra plus fort, son visage devenant rouge.

« Tu t’inquiétais plus tôt du fait qu’il ne pleurait pas. Pour un petit polisson comme lui, cela n’est rien. », poursuit mon père, qui s’était ensuite penché vers moi pour embrasser ma mère.

Très bien, vous deux. Vous allez monter dans votre chambre, hein ?

Après cela, mes parents m’avaient emmené dans l’autre pièce pour me mettre au lit, puis ils étaient montés afin de pouvoir me donner un petit frère ou une petite sœur. Je pouvais le dire parce que j’entendais des grincements et des gémissements qui provenaient du deuxième étage. Je suppose qu’il y a une vie en dehors d’Internet.

Et aussi… de la magie ?

◇ ◇ ◇

À la suite de tout cela, j’avais prêté une attention particulière aux conversations que mes parents avaient eues entre eux et à l’aide qu’ils m’avaient apportée. Ce faisant, j’avais remarqué qu’ils utilisaient beaucoup de mots que je ne connaissais pas. La plupart de ces noms étaient des noms de pays, de régions et de territoires - tous des noms propres que je n’avais jamais entendus auparavant.

Je ne voulais pas tirer de conclusions hâtives, mais à ce stade, cela ne pouvait signifier qu’une chose : je n’étais plus sur Terre, j’étais dans un monde différent.

Un monde d’épées et de magie.

Ceci m’était venu à l’esprit : si je vivais dans ce monde, je pourrais faire aussi toutes ces choses. Après tout, c’était un monde fantastique, un endroit qui n’obéissait pas aux mêmes règles du bon sens que ma vie passée. Je pourrais vivre comme une personne typique, faisant les choses typiques de ce monde. Là où je trébucherais, je me relèverais, je me dépoussiérerais et j’irais de l’avant.

Mon ancien moi était mort plein de regrets, frustré par son impuissance et par le fait qu’il n’avait jamais rien accompli. Mais maintenant, je connaissais tous mes faux pas. Avec toutes les connaissances et l’expérience de ma vie passée, je pourrais enfin le faire.

Je pourrais enfin vivre ma vie correctement.

***

Chapitre 2 : La femme de chambre effrayée

Lilia était une servante royale dans le harem du palais d’Asura. En plus de ses fonctions habituelles de dame d’honneur, ce rôle l’obligeait également à agir comme gardienne. On s’attendait à ce qu’elle prenne les armes et vienne à la défense de son maître en cas de besoin. Elle était dévouée à ses tâches et s’acquittait de sa tâche de servante sans faille ni défaillance.

Cependant, lorsqu’il s’agit de son rôle de combattante, son maniement de l’épée est, au mieux, tout juste suffisant. Par conséquent, Lilia s’était trouvée complètement dépassée lorsqu’un assassin avait frappé la princesse nouveau-née, le poignard de son adversaire l’ayant surprise en s’enfonçant dans la jambe. La lame avait été enduite d’un poison, du genre à tuer même un membre de la famille royale, une toxine gênante qui ne pouvait être guérie par la magie purifiante.

Grâce à la magie de guérison qui avait pu rapidement soigner la plaie et aux tentatives du médecin de neutraliser le poison, Lilia avait réussi à survivre, mais elle en conservait des séquelles persistantes. Cela n’entravait pas sa vie quotidienne, mais elle ne pouvait plus courir à toute vitesse, sa démarche était devenue maladroite et chancelante.

La vie de guerrière de Lilia était terminée. Le palais l’avait rapidement retirée de sa position. Lilia comprenait parfaitement pourquoi. C’était logique de perdre un travail qu’elle n’était plus capable de faire. Bien que cela l’ait empêchée de payer même ses frais de subsistance de base, étant donné sa position à la cour, elle s’estimait chanceuse de ne pas avoir été exécutée en secret. Lilia avait donc quitté la capitale.

Le cerveau derrière la tentative d’assassinat de la princesse n’avait pas encore été trouvé. Connaissant bien le fonctionnement intérieur du harem du palais, Lilia savait très bien qu’elle était une cible probable. Ou peut-être que le palais l’avait-elle libérée pour attirer celui qui était derrière ce complot ?

Quand elle avait été amenée à la cour, elle se demandait pourquoi ils avaient employé une femme de bas niveau social comme elle. Peut-être voulaient-ils engager une simple bonne dont on pourrait facilement se débarrasser.

Quoi qu’il en soit, pour sa propre sécurité, Lilia devait s’éloigner le plus possible de la capitale. Peu importe si le palais l’utilisait vraiment comme appât, elle n’avait plus à recevoir d’ordre, et plus rien ne la retenait.

Elle ne ressentait plus aucun sentiment d’obligation envers son ancienne vie.

Après avoir pris une série de diligences, Lilia arriva dans la région de Fittoa, une vaste zone agricole aux confins du royaume. En dehors de la citadelle de Roa, la ville où résidait le seigneur local, la région n’était guère plus qu’une grande étendue de champs de blé.

C’était là que Lilia avait décidé de chercher du travail.

Sa jambe étant affaiblie, elle n’avait plus envie de se battre. Il était concevable qu’elle puisse encore enseigner l’art de l’épée, mais elle préférait trouver du travail comme servante, surtout parce que cela payait beaucoup mieux. Ici, à la périphérie du royaume, il y avait beaucoup de gens qui pouvaient manier une épée et enseigner aux autres comment faire la même chose. Il y avait beaucoup moins de personnes qui étaient des servantes royales bien entraînées, capables de superviser le fonctionnement d’un ménage entier. Même si le salaire était inférieur à ce qu’elle espérait, cela restait quand même de l’argent.

Être engagé comme servante par le seigneur de Fittoa, ou même par les nobles de haut rang qui le servaient était une perspective risquée. Les gens de ce niveau avaient la possibilité de retourner à la capitale. S’ils découvraient qu’elle était une ancienne servante qui avait travaillé dans le harem royal, il y aurait de fortes chances qu’elle soit prise dans les machinations politiques d’un autre. Lilia ne voulait pas en faire partie. Elle avait déjà vu la mort de près une fois, et c’était suffisant pour elle.

Sans vouloir offenser la princesse, Lilia allait faire ce qu’elle voulait, loin de cette guerre de succession.

Le problème était que les familles moins riches ne pouvaient pas se permettre de retenir ses services. Trouver un endroit à la fois sûr et bien payé s’était avéré assez difficile.

◇ ◇ ◇

Après un mois d’errance dans Fittoa, Lilia avait finalement trouvé une offre d’emploi qui avait attiré son attention. Un chevalier de bas rang du village de Buena était à la recherche d’une gouvernante. L’offre précisait qu’ils recherchaient une personne ayant de l’expérience dans l’éducation des enfants, et qui pourrait également agir comme sage-femme.

Le village de Buena était un petit hameau à l’extrémité de la région de Fittoa. C’était au milieu de nulle part, même au milieu de cette cambrousse. L’endroit n’était pas pratique, mais sinon, c’était exactement ce que Lilia cherchait. Le fait que son employeur soit un chevalier, même de rang inférieur, était une autre aubaine inattendue.

Mais c’était le nom de l’employeur qui avait vraiment attiré son attention. Lilia l’avait reconnu : Paul Greyrat.

Paul était un autre élève de l’ancien maître de Lilia. Un jour, alors qu’elle étudiait l’art de l’épée, le fils paresseux et bon à rien d’une famille noble s’était présenté à la salle d’entraînement. Évidemment, il avait été renié par son père à la suite d’une bagarre et étudiait l’épée pendant qu’il dormait dans la salle.

Paul avait déjà étudié l’art de l’épée à la maison. Ainsi, bien qu’il ait pratiqué un style différent, ses compétences avaient rapidement dépassé celles de Lilia. Cela ne l’amusait pas du tout, mais quand on y repensait, elle n’avait jamais eu le moindre talent pour ça.

Paul, d’un autre côté, était un vrai talent brut resplendissant. Un jour, cependant, il quitta abruptement la salle d’entraînement après avoir provoqué une sorte de grand remue-ménage pour des raisons inconnues de Lilia.

Il était parti en faisant cette dernière déclaration :

« Je vais devenir un aventurier. »

Cet homme était comme un ouragan.

◇ ◇ ◇

Cela faisait sept ans que Lilia n’avait pas vu Paul. Non seulement il avait réussi à devenir chevalier, mais il était maintenant marié. Lilia avait du mal à le croire. Elle ne savait pas les hauts et les bas qu’il avait traversés, mais s’il était toujours l’homme dont elle se souvenait, alors il n’était pas du tout un mauvais garçon. S’il savait qu’elle avait des ennuis, il l’aiderait probablement.

Et s’il ne le faisait pas… eh bien, elle n’aurait qu’à déterrer quelques trucs du passé. Elle avait plusieurs histoires dans sa manche qu’elle pouvait utiliser comme monnaie d’échange au besoin. Après avoir fait ce petit calcul mercantile dans sa tête, Lilia se dirigea vers le village de Buena.

Paul avait accueilli Lilia à bras ouverts. Sa femme, Zenith, devait bientôt accoucher, le couple était très fatigué. Lilia possédait les connaissances techniques essentielles pour s’occuper de la naissance et de l’éducation de la princesse. En plus, elle était une connaissance de l’un d’entre eux, qui pouvait donc se porter garant. La famille était heureuse de l’avoir à bord.

De plus, le salaire était meilleur que ce que Lilia espérait. Pour elle, c’était comme un rêve devenu réalité.

◇ ◇ ◇

Et puis l’enfant était né.

L’accouchement s’était déroulé sans problème et tout s’était déroulé comme il se doit selon les normes de Lilia. Même aux moments où l’on pouvait s’attendre à des complications, tout s’était bien passé.

Mais une fois qu’il était né, l’enfant n’avait pas pleuré. Lilia en avait eu des sueurs froides. Le visage du nourrisson était inexpressif, son nez et sa bouche ayant expulsé du liquide amniotique, il ne faisait toujours aucun bruit. Pendant un moment, il avait l’air d’être mort-né. Mais quand Lilia avait tendu la main, elle pouvait sentir le pouls chaud du bébé et les mouvements de sa respiration.

Pourtant, il n’avait pas pleuré. Lilia se souvint de quelque chose qu’elle avait entendu de l’une des servantes qui l’avaient formé : Les enfants qui ne pleuraient pas à la naissance avaient tendance à présenter une foule d’anomalies.

Mais à cet instant même, ses pensées furent interrompues.

« Ahh ! Waah ! »

Le bébé tourna son visage vers Lilia, avec une expression détendue, murmurant des bruits aléatoires. À cette vue Lilia fut soulagée.

Elle ne savait pas pourquoi, mais tout allait bien se passer.

◇ ◇ ◇

L’enfant avait reçu le nom de Rudeus, et c’était vraiment un enfant troublant. Il n’avait jamais pleuré et n’avait jamais fait d’histoires. Peut-être qu’il était simplement fragile physiquement, mais cette idée s’était vite avérée fausse.

Une fois que Rudeus avait appris à ramper, il avait commencé à se frayer un chemin partout dans la maison, la cuisine, la porte arrière, la remise à provisions, le placard de nettoyage, la cheminée, et ainsi de suite. Parfois, d’une manière ou d’une autre, il s’était même frayé un chemin jusqu’au deuxième étage. Dès que quelqu’un le quittait des yeux, il partait.

Quoi qu’il en soit, on le trouverait inévitablement à l’intérieur de la maison. Pour une raison quelconque, Rudeus ne s’était jamais aventuré dehors. Il regardait par la fenêtre, mais il avait peut-être encore trop peur pour quitter la maison.

Lilia ne savait plus quand elle avait développé une peur instinctive de l’enfant. Était-ce à ce moment-là, quand il s’éloignait chaque fois qu’on ne le regardait pas et qu’il avait toujours besoin d’être repéré ?

Rudeus souriait tout le temps. Qu’il soit dans la cuisine en train de regarder des légumes, ou devant le scintillement d’une bougie dans son support, ou devant des sous-vêtements non lavés, il bafouillait, tout en montrant un sourire dégoûtant sur son visage.

C’était le genre de sourire qui repoussait viscéralement Lilia. Cela lui rappelait les sourires qu’elle avait reçus dans le passé d’un ministre particulier alors qu’elle se frayait un chemin entre le harem et le palais royal. C’était un homme chauve, sa tête lisse brillait à la lumière du soleil et son ventre corpulent vacillait en marchant. Le sourire de Rudeus ressemblait au sourire visible sur le visage du ministre lorsqu’il regardait la poitrine de Lilia. Un sourire comme ça, venant d’un simple bébé !

Ce qui s’était passé quand Lilia était venue chercher Rudeus était particulièrement inquiétant. Ses narines s’évasaient, les coins de sa bouche se dressaient, et il se mettait à haleter et à enterrer son visage contre sa poitrine. Sa gorge se tortillait tandis qu’il faisait des petits rires bizarres et joyeux.

C’était suffisant pour donner des sueurs froides à Lilia. Par réflexe, elle avait presque envie de jeter le garçon au sol. L’enfant ne montrait absolument aucune affection. Son sourire était, tout simplement, effrayant… c’était le même sourire que celui du ministre du Cabinet, dont on disait qu’il avait acheté un certain nombre de jeunes femmes comme esclaves. Et celui qui souriait comme ça n’était autre qu’un bébé. Rien n’était plus troublant. Lilia se sentait en danger à cause d’un bébé.

Elle ne pouvait que se demander pourquoi cet enfant était si étrange. Était-il possédé par quelque chose de malveillant ? Une malédiction lui avait-elle été jetée ? Quand elle avait envisagé ces possibilités, Lilia savait qu’elle ne pouvait pas rester les bras croisés.

Elle s’était précipitée au magasin, dépensant une petite somme pour ce dont elle avait besoin. Puis, quand les Greyrats dormaient, et sans demander la permission de Paul, elle exécuta un charme traditionnel de bannissement de sa patrie.

Quand Lilia était allée chercher Rudeus le lendemain, elle était certaine que ça n’avait pas marché. Le bébé avait toujours la même aura troublante. Rien que regarder son visage lui avait donné la chair de poule.

Zenith elle-même avait souvent dit des choses comme :

« Quand ce garçon se nourrit, il s’y donne vraiment à fond, n’est-ce pas ? »

Elle n’était pas du tout perturbée par tout ça ! Même Paul, un homme aux principes faibles et qui était un beau coureur de jupons, ne dégageait pas les mêmes vibrations que son fils.

Lilia avait déjà entendu une histoire dans le harem du palais. Quand le prince d’Asuran était encore un bébé, il rampait tout autour du harem, nuit après nuit. Il s’avérait qu’il était possédé par un démon. Ne le sachant pas, l’un des préposés l’avait ramassé. À ce moment-là, il sortit un couteau qu’il avait caché dans son dos et le tua en la poignardant dans le cœur.

C’était une histoire affreuse. Et Rudeus était comme ça. Lilia n’avait aucun doute : C’était un autre cas de possession démoniaque. Oh, le garçon était calme et placide maintenant, mais une fois que le démon en lui se réveillerait, il se frayera un chemin dans la maison pendant que la famille dormira et les tuera tous un par un.

Lilia avait été beaucoup, beaucoup trop hâtive. Elle n’aurait jamais dû accepter ce travail. À un moment donné, elle savait qu’elle allait être attaquée.

Après tout, elle était du genre à prendre très au sérieux les superstitions.

◇ ◇ ◇

Ainsi, Lilia vécut dans la peur pendant toute une année environ.

À un moment donné, cependant, le comportement toujours imprévisible de Rudeus avait changé. Au lieu de disparaître et de réapparaître au hasard, il restait enfermé dans le bureau de Paul, dans un coin du deuxième étage. Eh bien, « bureau » était peut-être un mot généreux pour cette simple pièce qui n’abritait que quelques livres.

Rudeus s’enfermait là-dedans et ne sortait pas. Un jour, Lilia avait jeté un coup d’œil et il était là, fixant attentivement un livre tout en murmurant à lui-même. Ce qu’il disait ne ressemblait pas à des mots, du moins, pas des mots de la langue commune du continent central.

De plus, il était trop jeune pour parler, et personne ne lui avait appris à lire. Ce qui voulait dire que le garçon ne faisait que regarder les livres — et non les lire — tout en faisant des bruits aléatoires.

C’était encore quelque chose de très bizarre.

Malgré cela, Rudeus avait l’air pour une raison quelconque de parler avec une cadence réelle et significative, et il semblait comprendre le contenu du livre qu’il regardait. Beurk, c’est bizarre, pensa Lilia en regardant secrètement à travers l’ouverture de la porte.

Et pourtant, elle ne ressentait étrangement aucune de ses répugnances habituelles envers lui. Depuis que le garçon se cachait dans le bureau, sa bizarrerie difficile à définir et troublante s’était quelque peu atténuée. Oh, il riait ou souriait encore de temps en temps, bien sûr, mais Lilia n’avait plus de frissons quand elle le tenait dans ses bras. Il avait cessé d’enterrer son visage dans sa poitrine et de haleter.

Mais de toute façon, pourquoi était-elle si troublée par lui ? Ces derniers jours, il lui avait donné un sentiment de sérieux et de diligence qu’elle n’osait pas s’ingérer. Lilia en avait parlé à Zenith, et elle avait apparemment eu la même impression. À partir de ce moment, Lilia s’était dit qu’il valait mieux laisser le garçon tranquille.

C’était un sentiment étrange. Laisser un enfant seul n’était pas quelque chose que les adultes responsables faisaient. Mais maintenant, l’intelligence brillait dans les yeux de Rudeus, contrairement à il y a quelques mois à peine, où il ne montrait que des yeux pervers. On y voyait maintenant la lueur d’une volonté résolue d’accompagner cet éclat intellectuel.

Que devraient-ils faire ? Rien dans la maigre expérience de Lilia ne lui avait donné les outils nécessaires pour prendre une bonne décision. Il n’y a pas une seule bonne façon d’élever un enfant, lui avait-on dit. Est-ce que ça venait d’une des anciennes servantes royales ? Ou peut-être de sa mère ? Au moins, il n’y avait maintenant plus rien d’anormal ou d’inquiétant à propos de ce garçon, il n’y avait plus rien à craindre.

Finalement, Lilia avait décidé de laisser tomber. Toute interférence pourrait faire en sorte que le garçon redevienne ce qu’il était avant.

***

Petite histoire – Une oasis de Vie

La vie était un désert.

L’homme ne pouvait errer, sans but, sans jamais manquer de rien.

Serpentant sous un soleil brûlant pour disparaître lentement.

Peut-être que c’était de cette manière que beaucoup ont perdu la vie.

Pourtant, il y avait des oasis au milieu de ce désert.

En oasis, c’était là que réside le meilleur.

En effet, l’homme ne vivait que pour obtenir cette bénédiction.

Et j’étais actuellement, au milieu de cette oasis.

Une oasis particulièrement douce.

Celle qui changeait de forme au toucher, donnant ainsi une chaleur apaisante.

Et cela avait un bel arôme, ayant en lui le parfum du bonheur.

En elle s’élevaient deux montagnes, deux sommets jumeaux, et entre ces deux se trouvait la vallée du paradis.

Je ne pourrais jamais partir de cet endroit.

Je voudrais vivre ici pour toujours.

Mais malgré ma pensée, une voix venait d’en haut.

« Hey, Rudeus, voyons donc… »

Une voix joyeuse, mais timide s’abattit du ciel.

Celle du paradis qui m’accordait cette oasis.

Quel paradis glorieux !

Je glorifierai le ciel de toutes les louanges et de toutes les gloires.

Mais à ce moment-là !

« Ah, Lilia, puis-je te déranger ainsi que ce garçon ? »

Le ciel voulait me forcer à partir de cette oasis !

C’était un test.

Me repousser au loin de cette oasis chaude et douce, vers ce désert desséché.

Comment pourrais-je accepter ?

Donner mon tout, je resterais pendu sur mon oasis.

Cette oasis, mon but de la vie.

Ah… Même si…, c’était terriblement cruel.

Mes membres doux n’avaient pas réussi à s’accrocher à mon oasis. J’avais été repoussé.

Les déserts sans fin de la jeunesse s’étendaient sans fin devant mes yeux.

Mon cœur une fois rempli avait soudainement perdu sa subsistance, seules les cicatrices étaient restées.

Pourquoi les cieux devaient-ils placer de telles épreuves en moi ?

Je ne pouvais pas tenir le coup.

Tout était fini.

J’allais m’écraser et mourir.

Mais en ce moment, un rayon de lumière avait brillé.

« Compris, madame. »

Soudain, une oasis apparut devant mes yeux !

Les cieux ne m’avaient pas encore abandonné !

Ce paradis, différent d’avant, mais correspondant en taille et en forme.

Chaud, doux, plein.

Ah, cette fois j’y resterai pour toujours.

« Em… Madame, Rudeus semble être… »

« Qu’est-ce qui se passe, Lilia ? »

« Non, ce n’est rien. »

« Comme c’est étrange, Lilia, très bien, par ici. »

« Oui madame. »

Encore une fois, un test.

Un tourbillon.

Impuissant une fois de plus, j’avais été repoussé de mon oasis.

De retour dans le désert.

C’était comme si ce désert desséchant jouait avec moi, me laissant vide.

Je ne pouvais pas tenir le coup, cette fois je ne le ferai vraiment pas. Je le pensais vraiment.

« Ici, Rudy, c’est maman »

Tellement doux, qu’est-ce qui était hors de ma portée ?

Mon oasis, j’avais été espionné !

Qui aurait su que le tourbillon qui m’avait pris me ramènerait dans mon oasis originale ?

Les cieux devaient encore m’abandonner !

« Vraiment, pourquoi le garçon a toujours… »

Je voulais être entouré par cette oasis chaude et douce une fois de plus.

Pourtant, un jour, j’en serais chassé.

Parce que le ciel était dur, et que le monde était un désert.

C’est pourquoi pour l’instant, au plus profond de mon cœur, je devais profiter de cette oasis.

« Hé, Lilia. »

« Qu’est-ce que c’est, madame ? »

« Je voulais dire… les bébés pelotent-ils toujours nos seins comme ça ? »

« … Non, je ne pense pas qu’ils le font normalement. »

« Bien sûr, c’est peut-être héréditaire ? »

Alors que je continuais mon monologue, mes mains continuaient de masser les seins généreux de Lilia et de Zenith.

***

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