Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 9

Table des matières

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Chapitre 1 : Rhapsodie Roadmarienne

Partie 1

« Incroyable… ! Le foie d’ours lunaire peut guérir la maladie de Permid ? Et la racine de galara séchée est aussi puissante qu’un onguent ! Incroyable ! »

« Est-ce que c’est à votre goût ? »

« C’est tellement plus que cela ! Je peux sauver tant de vies avec cette connaissance ! Merci, Grand-Duc ! »

Raul, le médecin royal de Belfast, regardait les revues médicales que je lui avais données avec des étoiles dans les yeux.

J’avais transcrit plusieurs livres importants de la bibliothèque dans la langue commune, et j’avais décidé de les donner à des experts compétents. J’avais donc apporté à Raul plusieurs revues médicales de l’ancienne civilisation. Il semblerait qu’elles contenaient beaucoup de techniques et de remèdes qui avaient été perdus avec le temps. Personnellement, je ne voyais là rien d’autre que du charabia, mais il semblerait que Raul était très impressionné.

« Où avez-vous trouvé des écrits aussi incroyables… ? »

« Ah, bien. Vous savez, ces donjons que j’ai ouverts à Brunhild ? Je les ai trouvés dans un coffre au trésor. Puis j’ai utilisé la magie pour le traduire, c’est tout. »

Naturellement, j’avais caché la vérité. Je ne pouvais pas prendre le risque que quelqu’un découvre l’existence de la bibliothèque.

J’avais sorti une boîte de médicaments de [Stockage] et je l’avais donnée à Raul. Il y avait beaucoup de choses puissantes à l’intérieur, toutes fabriquées par Flora dans le laboratoire d’alchimie.

« Oh, prenez ça aussi. C’est fait par le personnel médical de Brunhild. Les effets sont aussi écrits sur cette note. »

« Ah, merci beaucoup… »

« Ne vous inquiétez pas, je serais contrarié si le Prince Yamato finissait par être malade. »

Ce monde possédait une multitude de magies de récupération, mais la mortalité infantile était toujours une menace réelle. En effet, la magie de récupération guérissait plutôt les blessures que les maladies.

Pour cela, il fallait des médecins. Dans le passé, j’avais essayé de donner à Raul quelques objets enchantés avec de la [Récupération], mais cela n’avait pas vraiment aidé à soigner ses maladies.

J’avais essayé de soigner le rhume de Linze, mais rien n’avait marché. Cela n’avait pas eu d’impact sur ses crampes menstruelles ni sur son mal des transports. De plus, ça n’avait pas semblé aider les gens qui étaient déjà évanouis. Je me demandais si cela avait des effets sur la gueule de bois, mais je n’avais pas eu l’occasion de le tester.

« Touya, merci d’avoir attendu… » Yumina ouvrit la porte et entra. Je l’avais emmenée avec moi au château de Belfast parce qu’elle voulait aller voir son petit frère. Nous avions pris l’habitude de nous y rendre une fois par semaine.

 

 

J’en avais profité pour déposer quelques fournitures avec Raul. Après tout, je n’avais pas de temps à perdre.

« Tu ne veux pas voir Yamato, Touya ? »

« Ah… C’est bon pour aujourd’hui. Peut-être la prochaine fois. »

J’avais dit que c’était bon, mais en vérité je ne voulais pas me faire prendre par le roi de Belfast. Il me parlait pendant des heures, et je finissais par devoir rester assis autour du Prince Yamato également pendant des heures.

En toute honnêteté, c’était un parent un peu imprudent. Après tout, il avait permis à Yumina d’être avec moi juste comme ça. Je me demandais si ce vieux fou serait un bon père pour un petit bébé comme Yamato… Cela me fit rappeler que je n’arrivais plus à me souvenir de l’âge précis du Roi. Je pensais qu’il avait une quarantaine d’années, mais je ne m’en souvenais pas si bien. Je ne voulais toutefois pas être pris par le Roi. Avant de passer plus de temps à réfléchir, j’avais ouvert une [Porte] vers Brunhild, chez moi.

Quand j’étais entré dans le château, j’avais été accueilli par un battement d’ailes. Kougyoku vola à travers la fenêtre.

« Hm, Kougyoku ? Quelque chose ne va pas. »

Elle s’était immédiatement perchée sur mon épaule. Je m’étais demandé si quelque chose s’était passé.

« En effet. Il semblerait qu’il y ait un engin rouge sur les plaines de l’ouest. »

« Attends, quoi ? »

Cela ne pouvait signifier qu’une chose. Le Chevalier Dragon d’Ende. Pourtant, je n’avais aucune idée de la raison de sa présence ici. J’avais vérifié sur ma carte et j’avais immédiatement ouvert une [Porte]. Comme je m’y attendais, le Chevalier dragon se tenait là, dans le champ. Ende était là, perché sur son épaule.

« Ende ! »

« Yo, Touya. Ça fait un bail, hein ? Je me suis dit que tu finirais par arriver ici si je venais. »

Ende sauta de l’épaule du Dragon, son foulard flottant doucement au vent en se déplaçant. Ce type avait toujours été agile au niveau des pieds… Un peu comme un chat, en fait.

« Qu’est-ce qui t’amène ici ? »

« Et bien, le Chevalier Dragon s’est subitement arrêté de fonctionner. Je me demandais si tu avais quelque chose pour m’aider, Touya. »

Il a arrêté de fonctionner ? Oh, l’éther liquide a dû s’épuiser. Après tout, il se consomme assez vite si vous l’utilisez beaucoup. Même si on ne l’utilise pas, il a tendance à s’user au bout d’un mois environ. C’est comme un soda. Il finira par perdre de sa carbonatation, que vous le buviez ou non.

Pourtant, il l’avait depuis bien plus d’un mois… Peut-être qu’il l’a stockée dans son étrange système de stockage. Si cela fonctionne comme mon [Stockage], alors le temps ne s’écoulera pas à l’intérieur.

« Oui, je peux en fait profiter de cette chance pour remodeler ton Frame Gear si tu le souhaites. De cette façon, il n’aura plus besoin de fonctionner avec de l’éther liquide. Après tout, je suis sûr que tu ne veux pas avoir à passer à Brunhild chaque fois que tu as besoin de faire le plein de carburant. »

« J’apprécierais. »

« Ça prendra environ trois jours, c’est bon ? »

« Ça marche pour moi. En attendant, je vais faire un tour dans ton petit duché. »

Hmm… Ce serait mauvais s’il restait trop longtemps dans le coin. C’est un bon allié, et son aide a été inestimable pour vaincre la Phase, mais…

Je ne veux pas qu’il s’approche du donjon. Il va juste passer au travers et tout nettoyer ! Cela entraînerait une perte nette pour les affaires de mon pays.

« De toute façon, trois jours, ça me paraît bien. Je suis soulagé, car combattre une Construction Haute avec juste mon corps charnu serait une vraie plaie… »

« Pardon ? » Une Construction Haute ? Il y en a une qui arrive !?

« Hé, qu’est-ce que tu veux dire… ? »

« Je suis tombé par hasard sur une distorsion spatiale, c’est tout. Vu son état, j’estime qu’elle s’ouvrira dans sept à dix jours. Mais ce ne sera pas si grave que ce qui est arrivé à Yulong. »

Non, bon sang ! Je ne demande pas combien il y en aura ! Tu as dit qu’il y a une Construction Haute ! Ces choses peuvent anéantir des villes en une seule attaque !

« A-Attends une seconde… ! Où se trouve cette distorsion ? »

« Hm ? Euh… à l’est d’ici, je crois. As-tu une carte sous la main ? »

J’avais ouvert ma carte et je l’avais affichée dans l’air. Ende m’avait indiqué l’endroit.

« Juste ici. Ce n’est peut-être pas l’endroit exact, mais ce sera dans cette zone. Si tu as des amis là-bas, je te conseille de les faire partir pendant qu’ils le peuvent. »

 

 

J’avais regardé l’endroit qu’Ende avait indiqué. Heureusement, je n’avais pas d’amis dans cette région du monde.

« L’Union Roadmare, hein… ? »

C’était un État allié composé de sept villes-États qui existait à l’est de Regulus. La zone qu’Ende avait indiquée était juste un peu éloignée de la capitale.

C’était une mauvaise nouvelle… Même si elle ne se trouvait pas en plein cœur de la capitale, la construction supérieure serait aussi solide que le crocodile que j’avais combattu à Yulong. S’il décidait de faire une attaque à l’explosif, nous serions complètement foutus.

C’était mauvais. Vraiment mauvais. Ça causerait une destruction massive. Je voulais le détruire le plus rapidement et le plus efficacement possible, mais cela impliquait que je me mêle des affaires d’une autre nation.

J’avais envisagé de leur donner un avertissement préalable, mais il y avait aussi le risque qu’ils ne me prennent pas au sérieux. Et puis, après ce qui s’était passé à Yulong, j’avais le sentiment qu’ils pourraient au moins m’écouter.

« … Elle va vraiment venir ? »

« Oui. »

Il était assez confiant. Et comme les choses qu’Ende prédisait se réalisaient véritablement, je n’avais aucune raison de douter de lui.

Pour l’instant, je vais aller parler au roi de Roadmare… Oh, attendez. En fait, je crois qu’ils ont un doge… De toute façon, je vais aller lui parler.

J’avais décidé de demander à l’Empereur de Régulus d’envoyer un message… Mais je m’étais souvenu que Regulus et Roadmare n’étaient pas en très bons termes. J’avais donc fini par me tourner vers le roi de Lestia, ou le maître de guilde Relisha. Les deux avaient de très bonnes connexions.

Relisha semblait être le meilleur choix parmi les deux. Après tout, il y avait une guilde dans Roadmare. Avec un peu de chance, nous pourrions ainsi obtenir une évacuation avant que les choses ne tournent au vinaigre comme à Yulong.

Si je disais à Relisha de répandre la nouvelle, nous pourrions au moins sauver les aventuriers locaux.

De toute façon, il n’y avait pas de temps à perdre. J’avais ouvert une [Porte], envoyé le Chevalier Dragon à l’Atelier, puis je m’étais dirigé vers la guilde.

Au moment où j’avais informé Relisha de ce qui se passait, elle s’était mise au travail. Elle contacta le maître de la guilde de Roadmare, et de là, elle essaya d’organiser une rencontre avec leur doge d’état. Apparemment, c’était un type appelé Volk Ragil.

Heureusement, celui-ci accepta de nous rencontrer immédiatement. La réponse avait probablement été très rapide, sûrement parce que j’étais à la tête d’un pays, même si ce pays était petit.

J’avais emmené le roi de Belfast et l’empereur de Regulus avec moi pour représenter l’alliance est-ouest. Tout semblait bien se passer, mais…

« Vous n’allez pas évacuer ? ! Mais vous avez vu ce qui s’est passé à Yulong !? »

« Ce n’est pas si simple. Nous allons nous réfugier, bien sûr. Mais il vaut mieux attendre que la situation se présente et en juger sur place. »

L’homme s’était assis devant moi sur une chaise d’apparence confortable.

Il avait les cheveux châtains et bouclés. Son visage avait une expression qui semblait assez sérieuse. Sa barbe pleine contribuait à accentuer son ton.

Il portait un manteau d’aspect onéreux. Il était assorti à la nature voyante du reste de sa tenue.

Il s’agissait de Volk Ragil. C’était l’homme qui gouvernait la province centrale de Roadmare, et agissait comme le doge de Roadmare dans son ensemble.

Même si je lui avais parlé de la menace imminente de la Phase, il n’avait pas semblé bouger d’un pouce. Il empestait la confiance en soi. J’avais cru comprendre qu’il avait été élu comme seul dirigeant parmi sept candidats, mais il n’avait aucune idée de ce à quoi il avait affaire ici.

« Commençons par l’essentiel… D’où viennent ces informations ? »

« Je ne peux pas vous donner les détails exacts, mais euh… Un gars… Je sais, un associé. »

« Un… associé ? Est-il digne de confiance ? Je ne veux pas être grossier, mais une histoire comme celle-ci est un peu difficile à avaler. »

Ende était à tous les coups un type louche. Mais le fait est qu’il était un ennemi de la Phase. Je n’étais pas sûr de pouvoir dire « l’ennemi de mon ennemi est mon ami », mais je ne pensais pas qu’il avait une raison d’être hostile envers nous…

« Je vais être honnête. Les autres membres de mon conseil ont des opinions mitigées. Certains disent que l’évacuation est le choix le plus judicieux, d’autres qu’il n’est tout simplement pas nécessaire. On m’a même suggéré de faire face à la menace par la force. Nous ne pouvons pas simplement prendre une décision unanime tout de suite. »

Des politiciens typiques. Ils délibèrent et se chamaillent jusqu’à ce que la mort se présente à leur porte. La vie de leur peuple était en jeu et ils ne se préoccupaient que des accords. Au moment où mon irritation commençait à se dissiper, l’empereur de Regulus prit la parole.

« Vous disiez que vous feriez face à la menace… mais savez-vous à quel point la Phase est puissante ? »

« Les créatures de cristal que vous appelez Phase sont déjà apparues sur notre territoire, oui. Nous avons réussi à les exterminer ici et là. Nous pouvons les vaincre si la situation s’aggrave, j’en suis sûr. »

***

Partie 2

J’avais entendu des rumeurs sur l’apparition de Phases dans Roadmare, mais je n’y avais jamais donné suite. S’ils avaient réellement pu développer une contre-mesure efficace à la Phase, alors tout irait bien. Mais je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait être.

« En fait… Montrons exactement comment nous avons réussi jusqu’à présent. Par ici, s’il vous plaît. »

Le doge sourit doucement et nous guida à l’extérieur. L’architecture de Roadmare était quelque peu baroque, comme les bâtiments de Saint-Pétersbourg en Russie dans mon ancien monde. La culture de Roadmare semblait être une combinaison de plusieurs petites cultures, un peu comme la culture européenne que Pierre le Grand avait établie.

Le doge, avec ses gardes, nous escorta jusqu’à une place située derrière le palais.

Puis je vis ce qui se trouvait là. J’avais été pris par surprise, c’est sûr. Après tout, je l’avais déjà vu à un autre endroit.

« Un Golem de bois… »

Il était deux fois plus grand qu’un Frame Gear, c’était un golem né d’écorces et d’arbustes. Il était bien plus grand qu’un golem ordinaire. Il était presque identique à ceux utilisés par la Tribu des Rivets dans la Mer des Arbres.

Bien qu’il y ait une différence notable. Ce golem avait des feuilles de métal sur tout le corps. Il ressemblait à un guerrier blindé géant.

« Qu’est-ce qu’un Golem de bois fait ici ? ! N’est-ce pas dangereux !? »

« Ne vous inquiétez pas. Ce Golem est sous notre contrôle. Il n’écoutera personne d’autre que nous, je vous l’assure. Il n’y a aucun moyen pour que cette chose s’emballe. »

Le chevalier commandant Gaspar cria d’étonnement, mais le doge le rassura tout en posant la main sur le tronc du Golem.

Le roi de Belfast leva les yeux vers le golem avec une expression troublée sur son visage.

« Malgré cela, cette taille… Un golem en bois standard ne devrait même pas atteindre dix mètres. Qu’est-ce qui a bien pu provoquer cela ? »

« C’est un processus qui en fait un béhémoth. Ils sont obtenus à partir de certains élevages et avec des toxines spéciales. Une tribu de la Mer des Arbres a perfectionné cette méthode, je l’ai déjà vue. »

« C’est vrai… Comme on pouvait s’y attendre de la part du grand-duc de Brunhild… Je vois que rien ne t’échappe, hm ? »

Alors que j’expliquais la situation au roi, quelqu’un m’avait appelé.

Je m’étais retourné et je m’étais retrouvé face à face avec un petit homme assez gros. Il avait l’air d’avoir une quarantaine d’années. Ses lunettes faillirent lui glisser sur le visage, ce qui l’avait poussé à les ajuster nerveusement. Il avait les cheveux qui tombaient et, honnêtement, il n’avait pas l’air très bien du tout. Ceci faisait un contraste frappant avec la confiance en soi qui se lisait sur son visage.

« … Doge, qui est cet homme ? »

« Ah, voici le principal expert en ingénierie magique de Roadmare, le docteur Edgar Bowman. Malgré son jeune âge, c’est un véritable prodige. Il a créé le golem que vous voyez ici aujourd’hui. »

jeune âge ? Il n’en a pas l’air.

« Désolé, je ne veux pas paraître grossier, mais… quel âge avez-vous exactement ? »

« Moi ? Je vais avoir vingt-quatre ans cette année. Est-ce que c’est important ? »

Vingt-quatre ? ! Vous vous moquez de moi ! Je regardais le Roi et l’Empereur près de moi, et ils avaient l’air complètement pris au dépourvu par la proclamation du docteur. C’était la réponse naturelle !

« Si on parle de la base de ce type, vous avez raison. Il est du même type que les Golems des bois développés par cette tribu. J’ai acquis leurs méthodes grâce à des contacts au marché noir, puis je les ai développées en utilisant mes propres techniques. Nous les avons équipés de feuilles de Mithril enchantée. Quels enchantements, me direz-vous ? La résistance au feu ! Pour couronner le tout, nous avons équipé les jeunes arbres de colliers de subordination, ce qui leur a permis d’apprendre à obéir ! Le cœur est généralement un point faible, mais ne vous inquiétez pas ! Nous les avons soigneusement entretenus pour qu’ils aient également des couches défensives supplémentaires. Mieux encore, ils peuvent se régénérer ! Et ils nécessitent si peu d’entretien que la production de masse est une question insignifiante. Des douzaines de golems sont en train d’être équipés d’une armure en ce moment même. Si ces Phases atterrissent dans Roadmare, alors elles seront rapidement prises en charge, je peux vous l’assurer. Des questions ? »

Ce type, Bowman, m’énerve… C’est quoi cette attitude suffisante ? Tu aurais dû la fermer il y a quelques minutes ! J’ai un gros problème avec les gens qui continuent à parler sans cesse de choses, qu’ils aient ou non une raison d’être fiers.

Pourtant, mes soupçons étaient confirmés, c’était les mêmes golems que ceux utilisés par la tribu des Rivets. Je ne savais pas exactement comment ils étaient tombés entre les mains de ce type, mais il semblerait que j’avais laissé derrière moi quelque chose de troublant.

Avec un grand pouvoir venait une grande stupidité, semblait-il. Même si cette chose avait été modifiée, je me demandais si elle serait vraiment capable de tenir face à une Phase au combat.

Il pourrait faire jeu égal contre une petite construction, mais quelque chose de plus élevé que ça ? Pas du tout. Un golem de bois ne pourrait pas éviter les puissantes attaques lancées par des constructions plus fortes comme la Phase de type Manta.

« Vous avez parlé d’ingénierie magique… Cela signifie-t-il que vous travaillez avec des artefacts ? »

« Effectivement, effectivement ! J’ai basé la plupart de mes travaux sur l’héritage de l’ancien Parthénon. J’ai d’ailleurs la chance d’avoir un livre d’une célèbre inventrice du nom de Deborah Elks. J’ai beaucoup appris de ses écrits. C’est aussi ce qui m’a permis de construire ces golems. »

« Deborah Elks, hein… »

C’était l’artisane qui avait créé l’aiguille de contrôle des dragons utilisée par ce Roi des Dragons. Si je me souvenais bien, le docteur Babylon avait dit que son travail était médiocre. Mais je ne pouvais pas ignorer que ce type, Bowman, avait créé des choses basées sur ses écrits.

« Je me suis demandé si vos guerriers géants étaient aussi la création du professeur Elks. Après tout, c’était un vrai génie. Il est rare qu’une création aussi grandiose se produise sans l’intervention d’un prodige. »

« Non, pas elle. Mes Frame Gears sont basés sur le travail du Docteur Regina Babylon. »

« Docteur… Babylon? Je n’ai jamais entendu ce nom avant. Est-elle enregistrée dans des livres ? »

« Ah… Bon, je vais garder ça pour moi pour l’instant. »

Bowman me regarda avec un petit froncement de sourcils. J’avais failli en laisser échapper trop. On aurait dit qu’il était un grand fan du professeur médiocre.

« Eh bien, Doge… Ces Golems sont-ils vraiment capables de se défendre contre une invasion de Phases ? J’ai assisté au massacre de Yulong de mes propres yeux. Je ne voudrais pas que l’orgueil conduise à l’effondrement de Roadmare. »

L’empereur émit une préoccupation, à laquelle le doge de Roadmare répondit par un grognement de mécontentement. Cependant, celui qui s’exprimait avec indignation était finalement Bowman.

« Comment osez-vous ? Empereurs, ces Golems sont le fruit de mon travail. Qui êtes-vous pour suggérer qu’ils ne peuvent pas s’opposer aux hordes de Phases ? Pardonnez-moi si cela est grossier, mais il me semble que vous êtes tout simplement incapable de comprendre à quel point ils sont puissants. Je vous ferai savoir qu’ils dépassent même la puissance des guerriers géants de Brunhild… »

« Espèce de petit… ! »

Gaspar avait instinctivement porté sa main à son fourreau, mais l’empereur lui avait lancé un regard qui le calma. Le doge s’empressa d’intervenir afin de dissiper la tension.

« Monsieur Bowman, veuillez tenir votre langue en bonne compagnie. Je vous prie de m’excuser. Son ton était inexcusable, Empereur. Cependant, j’aimerais soulever ma propre préoccupation. Y a-t-il un problème avec ces golems ? »

Son ton était aimable, mais ses yeux semblaient vouloir attiser la situation. Cela m’avait rappelé le fait que Roadmare et Regulus avaient toujours eu des différends entre eux. On dit que Roadmare avait été créé lorsque plusieurs territoires avaient déclaré leur indépendance de Regulus. Cela s’était passé environ deux cents ans avant mon arrivée dans ce monde. Ils avaient probablement une certaine animosité l’un envers l’autre à cause de cela.

« Comment dirais-je, cher Doge... Je me demande si vos marionnettes en bois seront vraiment à la hauteur pour protéger votre peuple. Après tout, elles ne sont pilotées par personne. Ils n’ont pas le contact humain. »

« Aha… Alors vous voulez dire que les guerriers géants de Brunhild sont supérieurs à mes golems ? »

Hein ? A-Attendez une minute… Ne soyez pas hostile aussi, Empereur ! Je peux comprendre votre position, mais quand même…

Ce type, Bowman, semblait incroyablement prétentieux quand il s’agissait de ses golems. Il ne semblait pas non plus avoir beaucoup de sens social. Il regardait fixement l’empereur de Regulus. Il devait être stupide. Personne de sensé ne regarderait un monarque comme ça.

Gaspar le regardait dans les yeux avec intensité. Naturellement, il ne lui pardonnerait pas d’avoir parlé ainsi à son chef. Les gardes de Roadmare fixaient en silence les gardes de Regulus. L’atmosphère était soudainement devenue beaucoup plus tendue. C’était la faute de ce golem ! Il venait de plomber l’ambiance.

Il s’était probablement fait masser l’ego tous les jours par les gens de Roadmare, ce qui lui donnait un sens exagéré de son importance.

En toute honnêteté, ce type était loin d’être un génie. Il avait juste pris les golems de la Tribu des Rivets et les colliers de Sandora, puis les avait mélangés à quelques autres choses. On pourrait à peine dire que c’était son propre travail, puisqu’il avait juste utilisé le travail des autres.

« Touya, mon garçon. J’ai une idée… Pourquoi ne pas leur montrer la puissance des Frames Gears ? »

« … Vous pensez que c’est une bonne idée ? »

Le roi de Belfast marmonnait vers moi, en gardant un œil attentif sur les deux groupes de gardes tendus. Je répondis à mon tour.

« Ça ne peut pas être pire que ce qui se passe maintenant. Il vaudrait mieux corriger leur compréhension naïve de la Phase, non ? »

Ce qu’il souleva était juste. Ils étaient certainement sûrs de la force de leur golem, mais il y aurait sans doute des morts s’ils finissaient par emprunter cette voie.

J’avais décidé de leur apprendre une fois pour toutes à quel point leur arme secrète était vraiment pathétique.

« [Porte]. »

J’avais ouvert un portail, permettant à mon plus basique Frame Gear, un Chevalier, de passer au travers.

Il avait atterri sur la place avec un bruit sourd.

L’apparition soudaine du « guerrier géant » provoqua un choc chez les roadmariens.

« Voici Chevalier. C’est le type de Frame Gear que je fabrique en série. C’est le Frame Gear le plus faible de mon pays, et le seul aspect positif qu’il présente par rapport aux autres Frame Gear est sa facilité de contrôle. »

« Que… » Tous les roadmariens le regardèrent. Le golem de bois était certainement plus grand, mais c’était à peu près tout. Quoi qu’il en soit, rien qu’en apparence, il semblerait que les golems puissent envoyer le Frame Gear dans la stratosphère. Je me demandais s’ils ressentaient la même chose. J’avais remarqué que le sourire de Bowman sortait légèrement du coin de l’œil. Qu’est-ce qu’il y a de si drôle ?

« Je propose une bataille simulée entre mon Frame Gear et votre Golem. Nous accepterons cela comme preuve des capacités du Golem à combattre la menace de la Phase. Est-ce que cela vous convient, Doge ? »

« Bonté divine… Ça ne me dérange pas du tout ! Et vous, M. Bowman ? »

« C’est très intéressant… Oui, j’aimerais bien voir un Frame Gear en action. J’approuve. »

Bowman ricanait légèrement lorsqu’il ajustait ses lunettes. Puis, avant de s’éloigner, il chuchota aux gardes.

La bataille simulée était prévue dans 10 minutes. Bowman et le doge parlèrent doucement pendant que je me tournais vers Nikola.

« Très bien, préparons-nous… Tu es prêt à piloter, Nikola ? »

« Bien sûr. Et plus que ça, en fait. »

Le vice-commandant Nikola m’avait accompagné et j’avais pleinement confiance en sa capacité à gagner. Alors que je réfléchissais aux détails, j’avais entendu une voix soudaine.

« Grand-Duc, puis-je avoir l’honneur de piloter le Chevalier ? »

« Gaspar ? »

Le chevalier commandant Gaspar s’était approché de moi. Ses yeux avaient un niveau d’intimidation perçant derrière eux.

« Une simple marionnette ne pourrait jamais se moquer de moi. Sur la fierté de mon Empereur, je vous le jure. Je gagnerai. »

Les autres chevaliers de Régulus regardaient aussi dans ma direction. Il semblerait qu’ils ne pouvaient pas supporter la façon dont Bowman avait manqué de respect à leur chef.

J’avais jeté un coup d’œil à l’empereur de Régulus, celui-ci il me fit un petit signe de tête d’affirmation. Gaspar était sacrément fort, alors je n’avais aucun problème à le laisser piloter. Ce n’était pas comme si le pilote devait être de Brunhild. De plus, il venait d’un pays allié, donc il s’agissait plus de la puissance du Frame Gear lui-même que de mon pays.

« Ça me semble bien. Si tu penses que tu peux le faire, vas-y. Veux-tu une lance ? »

« Oui, j’apprécierais. »

J’avais ouvert un autre portail vers le Hangar, et une lance de la taille d’un Frame Gear en était sortie.

***

Partie 3

J’avais pris l’initiative d’indiquer à Gaspar l’emplacement du noyau du Golem des bois, et de lui donner un aperçu de ses forces et de ses faiblesses. Cela me semblait juste, étant donné qu’il combattrait une version remaniée de celles que l’on trouvait dans la nature.

Le moment était venu de commencer. Je regardais Bowman, celui-ci avait un air suffisant sur le visage alors qu’il regardait Gaspar monter à bord du Frame Gear.

Je m’étais assuré de surveiller son visage. Le moment où il allait prendre un air de désespoir n’aurait pas de prix.

◇ ◇ ◇

« Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que c’est que ça !? », cria Bowman tout en transpirant à grosses gouttes. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était regarder le Chevalier échapper avec agilité à toutes les attaques du Golem et se rapprocher lentement des bras de la créature.

Le Frame Gear avait réussi à trancher plus vite que le Golem ne pouvait régénérer sa biomasse perdue, coupant l’avant-bras gauche en deux.

Le Golem était mauvais. Il était lent. Il était stupide. Il avait beaucoup moins de force que ce que je pensais qu’il aurait. D’une certaine façon, il avait l’impression que sa force naturelle avait été réduite à cause des modifications.

Le Golem brillait d’un léger rouge autour de la gorge alors que sa vitesse de régénération augmentait un peu. Il n’avait pas fallu longtemps pour que les deux bras se rétablissent complètement. Mais ne pouvant pas faire repousser le blindage, il était de ce fait beaucoup plus vulnérable.

Il recommença à se battre avec ses bras réformés, mais il n’avait pas pu frapper le Chevalier une seule fois.

« Guh ! F-frappe le! Il suffit de le frapper… ! »

« Hm ? Vous pensez que cela fera une différence ? Heh, voyons voir, alors. »

« Qu’est-ce que… !? »

Alors que je souriais à Bowman, le Chevalier avait été rapidement frappé par le Golem de bois. Mais ce n’était pas ce qu’il aurait voulu.

Le Chevalier avait paré le coup et sortit sa lance, transperçant la gorge du Golem. Gaspar avait astucieusement déterminé l’emplacement du noyau grâce à la lueur rouge qui l’avait précédé, et la lance était plus que suffisamment puissante pour percer.

Le noyau du Golem fut anéanti, le faisant ainsi tomber sur le sol avec un bruit sourd. Il s’était effondré en morceaux, envoyant des flocons d’écorce mourante éparpillés dans la zone.

Bowman tomba à genoux en état de choc, incapable de digérer ce qui se passait.

« I-Impossible… M-Mon chef-d’oeuvre… »

Un chef-d’œuvre, disait-il. J’étais vraiment content que nous ayons organisé cette bataille simulée. Un de ces Golems serait mis en pièces en quelques secondes s’il allait à l’encontre de la Phase. Il perdrait facilement face à un essaim de Petites Constructions, et tout ce qui était plus puissant que ça pourrait le battre en un contre un sans problème.

« Doge, une seule Prase intermédiaire est assez forte pour donner du fil à retordre à plusieurs Chevaliers. Il y en aura aussi un nombre incalculable, et je n’ai même pas mentionné les Constructions Hautes, qui ont une force encore plus écrasante. Ces choses vont bientôt arriver dans Roadmare. Pour le bien de votre peuple, je suggère une évacuation massive. »

« B-Bonté divine… Je vais en discuter avec les autres chefs d’État… Nous vous ferons connaître notre décision une fois que nous l’aurons prise. »

« Nous sommes impatients de vous entendre, Doge. »

Bowman regardait le sol en état de choc, et le Doge semblait lui aussi assez surpris. Nous nous étions détournés d’eux et marchions jusqu’à Gaspar.

« J’ai peut-être un peu exagéré… »

« Non, tu as bien fait. La vie des citoyens était en jeu. On ne peut pas les laisser prendre ça à la légère. Ils feraient mieux de reconsidérer l’évacuation maintenant. »

Une évacuation était nécessaire, mais elle ne serait pas simple. Il y avait même une chance que les citoyens ne croient pas la nouvelle. De plus, ils devraient quitter leur maison à vie.

Bien sûr, nous voulions limiter les dommages collatéraux au minimum, mais si une ville devenait un champ de bataille, elle ne survivrait probablement pas aux retombées. Les constructions intermédiaires et supérieures causeraient également des dégâts considérables avec leurs attaques par faisceau.

La Phase ne viserait pas spécifiquement les villes désertes, mais elles finiraient certainement par piétiner tous les bâtiments qui se trouveraient sur leur chemin. Leur marche sauvage signifierait la fin de tous les bâtiments sur leur chemin de guerre.

Il n’y avait pas que des maisons non plus. Les magasins, les champs et les autres sources de revenus seraient dévastés. Il était assez facile de dire à quelqu’un qu’il devait être reconnaissant de s’en être sorti, mais il se sera tout de même débarrassé de tout ce qu’il avait construit.

J’avais ramené le Frame Gear au hangar, puis je m’étais dit que nous devrions probablement prendre congé lorsque deux femmes nous avaient approchés.

L’une d’elles était une femme aux cheveux gris qui semblait avoir une quarantaine d’années. Elle portait un châle et semblait assez sereine. L’autre était une grande femme chevaleresque aux cheveux bruns. Elle avait l’air d’avoir une vingtaine d’années.

« C’est un plaisir de vous rencontrer. Grand-Duc de Brunhild, Empereur de Regulus, et Roi de Belfast, permettez-moi de me présenter. Je suis le gouverneur de l’État des Hauts Plateaux de l’Union des Roadmare, Audrey Leliban. Et voici le commandant des chevaliers des Hauts Plateaux, Limit Limitex. »

« … Euh, enchanté… »

J’avais été tellement pris au dépourvu que ma réponse s’était avérée loin d’être sincère.

Hauts Plateaux… Je crois que c’est l’un des sept états qui composent Roadmare. Si elle est vraiment la gouverneur, alors cela signifie qu’elle est en fait assez importante !

« Je suis venue pour vous demander quelque chose, si possible. Puis-je vous emprunter un peu de votre temps ? »

« Euh, bien sûr ! Oui. Que puis-je faire ? »

« J’aimerais que vous me disiez précisément où cette Phase apparaîtra. Et ensuite, je voudrais connaître leurs mouvements anticipés. »

J’avais projeté ma carte en l’air pour la montrer à Audrey. Les deux femmes avaient semblé surpris par cet affichage soudain, mais je l’avais ignoré. Je leur avais indiqué l’endroit qu’Ende m’avait montré plus tôt.

« Juste ici. Ce n’est peut-être pas cette zone précise, mais la Phase devrait apparaître ici dans une semaine environ. »

« Oh bonté divine… »

« Dame gouverneur… ! »

Hm ? Ma carte a-t-elle quelque chose de drôle ? Qu’est-ce qui se passe ?

« … Pardonnez mon choc soudain. C’est vrai que cette région est située dans l’État central, mais elle est particulièrement proche des Hauts Plateaux. Grand-Duc, si la phase apparaît ici, que feront-ils ? »

« Eh bien, c’est assez simple. La Phase traque toute créature intelligente dont le cœur bat. Si elles apparaissent ici, elles iront directement dans les zones peuplées voisines. Donc… ils se dirigeront probablement ici en premier. »

J’avais zoomé sur la carte pour voir plus en détail Roadmare. La Phase allait apparaître dans l’État central, mais le village le plus proche se trouvait en fait dans les Hauts Plateaux. En d’autres termes, son territoire serait le premier à être touché.

« Ah… Ici. La ville de Rimroad. Ils se dirigeront probablement juste là. »

« Comme nous l’avions soupçonné… »

Audrey poussa un profond soupir. C’était tout à fait naturel. Son peuple allait être attaqué si rien n’était fait.

« Et si nous évacuons les citoyens de Rimroad ? Est-ce que cela changera le cours de la Phase ? »

« Dans ce cas, la Phase se dirigera directement vers Emynas dans les Hauts Plateaux, ou Recept dans l’État central. Mais je ne peux pas en être certain, car le repère ici n’est pas tout à fait précis. »

« Je vois… Et votre alliance a l’intention de combattre la Phase ? Que cherchez-vous exactement ? Quel en sera le coût ? »

« Cela ne coûtera rien. Je ne souhaite pas vous demander des choses. Si nous ne faisons pas tout ce que nous pouvons, le monde s’effondrera de la même manière que les anciennes civilisations d’autrefois. Nous n’avons pas réussi à sauver Yulong, mais cette fois-ci, nous sommes à la pointe de la prévoyance. J’aimerais réduire les dégâts au minimum absolu cette fois-ci. »

J’avais fait un signe de tête ferme en parlant au gouverneur Audrey. Je ne voulais pas envahir Roadmare ni leur demander quoi que ce soit. Ils n’avaient vraiment pas d’autre choix que de croire que mes intentions étaient pacifiques.

Si la Phase se déchaînait ici, il ne resterait plus rien après un certain temps. Si je ne me souciais pas des gens ou du monde, je me serais tu. Après tout, c’était l’affaire d’une autre nation. Cependant, je ne pouvais pas rester assis alors que tant de gens périssaient.

J’avais décidé que si le gouvernement de Roadmare n’appelait pas à l’évacuation, je donnerais au moins le choix aux citoyens en leur disant la vérité. Ils pourraient choisir de rester ou de partir. Cela pourrait bien provoquer une panique générale, mais je devais au moins leur donner une chance de se battre.

Je n’allais pas laisser des décisions gouvernementales égoïstes entraîner la mort d’innocents.

« … Très bien. Les Hauts Plateaux vont évacuer de façon indépendante. Je n’ai pas encore l’autorisation du doge, mais nous partirons même s’il nous dit de ne pas le faire. Je vais aussi permettre à votre alliance d’accéder librement à nos terres pour cette bataille. C’est la décision que j’ai prise. »

« Dame Gouverneur… Est-ce que c’est raisonnable ? Selon le choix du doge, vous pourriez finir par vous rebeller contre lui. »

Limit semblait nerveuse lorsqu’elle avait parlé à Audrey. Elle avait le droit de l’être, puisque la proposition d’Audrey pourrait être en totale contradiction avec le gouvernement de Roadmare. Un tel acte pourrait avoir des conséquences à long terme.

« Si nous tardons, nous ne pourrons pas organiser une évacuation dans les temps. Nous ne pouvons pas rester assis plus longtemps et attendre. Le doge prendra sa décision, mais cela n’affectera pas notre ligne de conduite. J’en prendrai l’entière responsabilité. »

« Oh, attendez. Si vous me donnez la permission d’essayer quelque chose, je pense que je pourrais vous évacuer très rapidement. Je peux utiliser ma magie de transport… »

J’avais eu une idée. J’ouvrirais une [Porte] et laisserais les citoyens passer quelques jours dans un espace sûr. Et ensuite…

« Et bien… Je pourrais probablement déplacer chaque ville. »

« Quoi !? »

Le roi de Belfast, l’empereur de Regulus et le gouverneur des Hauts Plateaux crièrent tous de surprise.

Je n’avais jamais essayé un portail à grande échelle auparavant. La plus grande chose que j’avais jamais déplacée était le château dans lequel vivait Ripple.

Au lieu de transporter la ville directement, je transporterais la ville et le terrain sur lequel elle se trouvait. Sinon, je devrais déplacer les bâtiments sur un terrain identique.

C’était une question d’équilibre précaire. Un bol de soupe sur un plateau ne posait pas de problème, mais si vous déplaciez soudainement ce plateau à mi-chemin du bord d’un escalier, il se retournera facilement. J’avais juste besoin de déplacer la ville dans un endroit sûr et de maintenir l’équilibre correctement. Mais ce serait dommage que je déplace la ville avec les gens et que quelque chose se passe mal. J’avais donc décidé de les faire évacuer pour le moment. Après cela, je déplacerais la ville vers un endroit sûr si possible, mais je ne voulais pas leur donner de faux espoirs.

De plus, le parcours de la Phase changerait si les humains de la région étaient déplacés, donc je n’aurais peut-être même pas à déplacer certains endroits.

Dans tous les cas, l’objectif principal était de rendre l’endroit inhabité. Si une seule personne obstinée restait derrière, la Phase s’accrocherait à son rythme cardiaque et endommagerait la ville. Il était important que les gens comprennent cela.

« Déplacer les gens par la force ne sera pas un problème si on en arrive là. Quelle sera l’ampleur de cette bataille ? »

« A minima plus petite que la bataille de Yulong… Elle ne devrait pas être non plus aussi dévastatrice. Je suis juste content qu’on ait réussi à vous parler avant que l’invasion n’ait lieu. »

Cette fois, il n’y aura aucune excuse en cas d’échec. Nous avons eu le temps de nous préparer. Inutile de le gaspiller.

J’avais décidé de laisser Audrey parler à ses citoyens en attendant. Je pourrais facilement les transférer à la dernière minute, mais il vaudrait mieux que cela soit fait le plus tôt possible. Il suffirait alors que j’utilise la magie pour détecter les gens dans le voisinage, et nous serions tranquilles.

Après cela, il ne nous restera plus qu’à continuer à produire de nouveau Frames Gears. Mais nous n’aurions pu que créer le Frame Gear d’Elze et réparer le Chevalier Dragon d’Ende avant la bataille.

Si une Phase volante apparaissait comme la manta, je n’aurais pas d’autre choix que de la faire tomber. Cela signifiait que, encore une fois, je ne me battrais pas dans un Frame Gear. C’était complètement nul ! Je m’étais dit que je devrais faire un Frame Gear volant ou quelque chose comme ça.

Peut-être que je pourrais en créer un qui puisse voler avec un parachute ou quelque chose comme ça… Un qui pourrait changer des pièces afin de faire face à diverses situations.

De toute façon, je ne pourrai pas en faire un à temps pour le combat à venir, mais je peux au moins communiquer cette idée à Rosetta.

***

Partie 4

Nous étions revenus de Roadmare et avions immédiatement entamé une réunion des nations alliées.

Même si nous nous étions mis d’accord sur une ébauche de ce qui se passerait à Roadmare, il fallait encore que les autres dirigeants l’acceptent.

« Est-ce que Lestia s’est habituée à utiliser les simulations de Frame Gear ? »

« Oui. Je peux dire sans risque que tous nos chevaliers peuvent utiliser la simulation avec un certain degré de compétence. Mais reste à voir s’ils réussiront ou non à se battre en combat réel. »

Le nouveau roi de Lestia me fit un petit sourire en répondant. Tout comme la dernière fois, je croyais qu’une fois qu’une personne avait un certain degré de contrôle sur un Frame Gear, elle était capable de faire fonctionner correctement un Frame Gear.

Quoi qu’il en soit, notre alliance était composée de huit nations. Brunhild, Belfast, Regulus, Refreese, Mismede, Ramissh, Lihnea et Lestia.

Les Frame Gears que je leur fournirais ne seraient pas des nouveaux modèles, puisque cet honneur n’était actuellement détenu que par Elze, mais j’avais confiance en notre capacité à nous en accommoder.

« Comme la dernière fois, je vais prêter vingt Frame Gears à chaque nation. Chacune d’entre elles aura deux Chevaliers Barons et dix-huit Chevaliers. Assurez-vous d’avoir bien choisi vos commandants et vos pilotes au préalable. Brunhild aura soixante Frame Gears, soit deux cents Frame Gears au total. »

C’était environ dix unités de moins que lors de l’invasion de Yulong. J’étais encore persuadé que nous pourrions nous en sortir avec cette quantité. Le seul souci que j’avais était de savoir quel genre de Construction Haute allait se présenter. Ce serait extrêmement mauvais si un aéroporté se présentait… Je n’avais pas d’autre choix que de prier ma bonne fortune.

« Quand même… d’abord Yulong, maintenant Roadmare. Si vous voulez mon avis, la situation devient de plus en plus troublante. »

Le roi bestial rapprocha ses doigts en poussant un soupir. Il se pencha à nouveau sur son siège, mais je pouvais sentir l’anxiété. C’était une anxiété présente chez tous les rois du voisinage. Ils se demandaient tous quand la Phase apparaîtrait aussi chez eux.

« Hé, Touya… N’y a-t-il pas une sorte de dispositif qui pourrait prédire quand les futures invasions de la Phrase se produiront ? »

L’empereur de Refreese prit la parole. Il avait raison de s’inquiéter. Même si je donnais à chaque nation des Frame Gears, il serait trop tard pour faire face à la crise sans savoir bien à l’avance où ils apparaîtraient. Cela étant dit, il n’était pas question que je donne des Frame Gears sans réfléchir.

« Le type qui t’a parlé de l’invasion va-t-il continuer à nous aider ? »

« Hmph… C’est un peu difficile à dire. C’est un peu un vagabond. Il n’est pas contre nous, mais il n’est pas non plus vraiment un allié. »

« Je… vois… »

Ce serait mauvais si nous devenions dépendants d’Ende. Je me demandais s’il y avait une sorte d’artefact de détection dans l’entrepôt. J’avais décidé de vérifier plus tard.

« Avons-nous eu des nouvelles de Roadmare récemment ? »

« Nous n’avons toujours pas reçu leur autorisation officielle. Le gouverneur des Hauts Plateaux m’a donné son autorisation provisoire pour agir dans sa région, mais c’est tout. Dans le pire des cas, notre intrusion dans la province centrale pourrait être considérée comme un acte d’agression ou de guerre. »

« Il est tout à fait possible qu’ils veuillent cela. Si nous y allons et que nous mettons les choses au clair, ils pourraient déclarer officiellement qu’ils auraient pu s’en occuper eux-mêmes et que nous nous sommes imprudemment immiscés dans leurs affaires. »

« Je doute qu’ils fassent quelque chose d’aussi effronté ou stupide. Si on les laissait tranquilles, ils subiraient de terribles dommages. Mais s’ils continuent à gagner du temps, la phase finira par apparaître malgré tout… »

Il s’agissait en fin de compte de savoir s’ils nous croyaient ou non. Je serais heureux si ce n’était que des bavardages insensés de la part d’Ende, mais cela causeraient aussi des problèmes parce que j’y suis allé en étant tout à fait sûr que la Phase allait arriver. Si d’autres nations perdaient leur confiance en Brunhild, ce serait un problème majeur.

Je ne serais pas trop gêné si on me traitait de menteur, mais cela ne s’arrêterait pas là.

Après la fin de la réunion, je m’étais rendu à la Lune d’argent pour rencontrer Ende. Je l’avais emmené vers les plaines de l’ouest pour lui montrer son Dragon récemment rénové.

« Whoa! Tu as aussi changé la couleur ? Le rouge était assez doux, mais j’adore ça… »

Son nouveau Dragon était passé du rouge vif au noir et blanc calme.

En fait, j’avais saisi l’occasion d’en changer la couleur parce que le nouveau Frame Gear d’Elze était rouge, et je ne voulais pas qu’ils se confondent.

De plus, celui-ci correspondait beaucoup plus à l’image d’Ende… Bien que la coloration bicolore me fit penser à un véhicule de service d’urgence. En fait, je m’étais souvenu d’un anime avec un mécha policier de même couleur…

« Tu n’as plus besoin de faire le plein, car il prendra directement de ta magie. Si tu le laisses quelques jours, il restera stable en absorbant la magie de l’air. Enfin, personne d’autre que toi n’a la permission de le piloter, il ne fonctionnera donc tout simplement pas avec quelqu’un d’autre aux commandes. »

« J’ai déjà dit que je ne partage pas, ne t’inquiète pas. De toute façon, j’aime vraiment ce truc. »

Ce n’était pas comme si je n’avais pas confiance en lui. J’avais compris qu’il aimait les robots géants. J’avais aussi attaché un équipement de communication approprié à son équipement de base, ce qui signifiait que tant qu’il était à porter, je pouvais communiquer par radio avec lui. Mais s’il gardait le Dragon dans un de ses dispositifs de stockage en verre, cela ne signifiait pas grand-chose.

« Oh, au fait, as-tu encore l’un de ces trucs vocaux que tu m’avais laissé utiliser lors de la dernière invasion ? »

« Eh bien, il m’en reste, mais… Je ne peux pas les distribuer tout le temps. »

« Oh, je vois… »

J’avais espéré utiliser la même stratégie qu’à Yulong, mais il me semblait qu’il avait été très généreux à l’époque. J’étais déçu, mais je comprenais.

« Oh, autre chose. Comment se fait-il que tu puisses prédire quand les Phases arrivent, Ende ? Y a-t-il une sorte de signe révélateur ? »

« En quelque sorte. Honnêtement, cette fois-ci c’était un gros coup de chance. D’abord, je peux sentir les déformations subtiles dans l’espace. Ensuite, je peux utiliser mes sens pour déterminer combien de jours il faudra avant que la déformation ne devienne une fissure, puis une ouverture. Ensuite, il y a le “bruit”. Chaque phrase résonne sur une longueur d’onde unique afin qu’elles puissent se distinguer les unes des autres. Le son traverse la limite de l’espace, donc je peux l’entendre de ce côté. Grâce à cela, je peux dire combien sont en attente, et quels types aussi. Dans une certaine mesure, en tout cas. Même si j’ai appelé ça un bruit, les humains ne peuvent pas l’entendre. »

Une distorsion dans l’espace et une longueur d’onde, hein… ? Si nous pouvons obtenir un outil pour détecter ces choses, alors nous pourrions être en mesure de faire des prévisions correctes. Mais quand même, si les humains ne peuvent pas l’entendre et qu’il le peut… de quoi était fait Ende… ?

Alors que je pensais à ces choses, Ende monta à bord de son Dragon et se prépara à partir.

« Eh bien, j’ai quelques petites choses à faire. Je reviendrai dans quelques jours pour aider contre la Phase. À plus tard, Touya. »

« Entendu. Merci beaucoup, Ende. »

L’écoutille se ferma et le Dragon passa en mode haute vitesse. La poussière avait été projetée derrière lui alors qu’il s’éloignait rapidement.

« Maintenant… Tout ce que j’ai à faire, c’est de mettre en place des contre-mesures contre la Construction Haute. Je me demande si je peux faire quelque chose pour le rayon laser… Le dernier en avait un, donc je suppose que celui-ci en aura un également. »

Même si une magie pouvait être utilisée contre elle, j’espérai vraiment que je n’aurai pas à me tenir devant une telle explosion…

[Bouclier] et [Absorption] avaient une portée trop étroite pour être efficaces, et je ne savais même pas si l’attaque par faisceau était vraiment basée sur la magie.

J’étais parti à la Bibliothèque à la recherche d’autres sorts Néants. J’avais trouvé quelques livres sur le sujet, mais ils étaient tous incroyablement épais. Je ne pouvais pas me permettre de perdre trop de temps à rester assis avec des livres, alors j’avais parcouru les pages et j’avais mémorisé quelques sorts.

Après tout, la magie Néant existait il y a cinq mille ans. Cela signifiait qu’il y avait une quantité folle de sorts à couvrir. D’autant plus qu’il existait des sorts mineurs stupides qui pouvaient faire des choses comme provoquer des démangeaisons ou rendre les boissons un peu plus mauvaises qu’avant.

Cela étant dit, tout dépendait de la façon dont vous utilisiez la magie. [Glissade] pouvait être considéré comme un sort de farce à la base, mais je l’avais utilisé de manière très efficace.

J’avais fini par me terrer dans la bibliothèque pendant une demi-journée. Je n’étais pas sûr que les sorts que j’avais trouvés seraient utiles, alors j’avais dû attendre afin de le voir. Pendant que je faisais cela, Fam avait lu des livres à son propre rythme. Cela ne lui aurait pas fait de mal d’essayer de m’aider un peu !

J’avais quitté la bibliothèque et j’étais allé voir Monica et Rosetta à l’atelier. Comme toujours, les minibots se bousculaient et travaillaient dur.

J’avais jeté un coup d’œil dans le garage pour trouver une base squelettique de Frame Gear qui était soulevée par un crochet de grue. Rosetta et Monica semblaient toutes deux préoccupées par quelque chose.

« Quelque chose ne va pas, vous deux ? »

« C’est le Frame Gear de Dame Elze, monsieur ! Ses armes principales sont les poings pour un combat efficace, mais… »

« C’est totalement ennuyeux, tout ça pour juste taper et frapper… Je suis humblement d’avis qu’une attaque spéciale, plus voyante, est peut-être de mise. »

Hm… Monica marque un point. Le Frame Gear d’Elze est conçu pour les combats à mains nues, mais c’est un peu terne. Je suis d’accord pour dire qu’une attaque un peu plus flashy, comme un écrasement de l’ennemi d’un coup avant de passer au suivant, pourrait être un peu plus à la hauteur d’Elze en termes de style de combat.

« Écraser une phase en un coup, c’est bien, monsieur ! Mais vous devrez suivre ce coup avec un second pour détruire le noyau, oui monsieur ! »

« Oui, comme… Si on utilise une épée ou une lance, on peut faire tout ça en un coup, non ? »

J’avais compris ce qu’elles disaient. Les armes comme les marteaux pouvaient éliminer les ennemis en un seul coup. Elles avaient plus de diversité que les poings. Il nous fallait un moyen d’abattre le noyau de l’ennemi en un seul coup.

« Eh bien, monsieur ! Si vous êtes d’accord avec ma proposition, je pense qu’il est possible de lancer quelque chose à côté du poing pour viser le noyau, monsieur ! »

Rosetta lança son poing, comme si elle lançait un coup de poing, pendant qu’elle parlait.

« Donc on pourrait peut-être installer quelque chose comme une lance dans l’avant-bras ? »

« À mon humble avis, je pense que ce serait une bonne idée. Mais est-ce que cela ne se mettra pas en travers du chemin des coups de poing réguliers ? On devrait faire en sorte qu’elle soit totalement rétractable. »

Hmm… Une lance que vous pouvez stocker dans le bras puis tirer à volonté… ? Oh, attendez… Je sais !

J’avais sorti mon Smartphone et j’avais cherché sur internet. Oui… Je crois que c’est celui-là. J’avais projeté l’image dans l’air.

***

Partie 5

« Voici. Un lance-pieu. »

« Wôw, c’est énorme, monsieur ! Mais qu’est-ce que c’est ? »

Ni Rosetta ni Monica ne pouvaient lire ma langue maternelle, alors j’avais fait un résumé approximatif tout en coupant quelques détails. Après tout, elles ne comprendraient pas si je parlais d’anime ou de jeux de mon ancien monde.

« C’est donc une arme qui tire une pointe aiguisée à grande vitesse… ? »

« Oui. Elze peut briser l’armure principale avec son coup de poing, puis frapper le point vital en utilisant le lance-pieu. Pensez-vous que nous pourrions faire une version compacte et l’adapter aux poignets ? »

« C’est très curieux… Nous aimons ça, mais nous n’avons pas assez de poudre à canon pour que cela soit réutilisable, donc nous devrions compter sur la magie pour le faire fonctionner… Ça couvrira totalement le dos de la main ainsi que le poignet. Mais si on veut, on peut le faire avec du Phrasium, il sera super puissant. Je crois qu’il sera difficile à construire. »

Cela ne me dérangeait pas vraiment de couvrir le poignet et la main, car de toute façon, ce serait surtout du cristal. De plus, nous ne gaspillerions pas de ressources. Ce serait bien mieux que d’utiliser du Phrasium pour des balles ou des projectiles que nous ne pourrions pas récupérer.

« Quand même, monsieur ! C’est une arme assez folle ! D’où vous vient cette idée ? »

« Ah, eh bien… Ne t’inquiète pas pour ça… »

« Tsk... »

Je n’avais en fait dit à personne que je venais d’un autre monde. Sa Sainteté le Pape et Phyllis connaissaient le Dieu Tout-Puissant, mais rien d’autre.

Je devais aussi évaluer si les gens me croiraient ou non. J’avais commencé à penser que j’aurais probablement dû le dire à Yumina, Elze et aux autres filles… et probablement aux gynoïdes de Babylone.

Hmph… Même en dehors de mes fiancées et des filles de Babylone, il y a quelques personnes qui devraient savoir. Je devrais probablement organiser une réunion et leur dire la vérité rapidement.

« D’accord ! On va vraiment faire cette arme nommée lance-pieu ! Rassemblez-vous, les gars ! »

Monica avait commencé à lancer des ordres aux différents minibots. Ils écoutèrent son explication et firent des petits signes de tête de temps en temps.

« Cette arme va être aussi sauvage que possible, monsieur ! »

« Ça me va. Après tout, le lance-pieu n’est qu’une autre partie du rêve de tout homme. »

« Homme… ? Dame Elze est une femme, monsieur ! »

Gah ! Bon sang… C’est vrai. Ainsi, le Flamboyant Frame Gear d’Elze était finalement né. Je l’avais appelée Gerhilde, d’après un des mythes des Valkyries de Norse.

◇ ◇ ◇

« Comment te sens-tu ? »

« C’est un peu déséquilibré, mais cela n’entrave que très peu le mouvement. Il est bien plus facile à déplacer que le Chevalier noir. »

Elze pilotait Gerhilde, son nouveau Frame Gear.

L’armure de Gerhilde était recouverte de Phrasium. J’avais décidé de ne pas l’utiliser sur tout le Frame Gear, car elle aurait été à l’intérieur d’un mécha transparent, et ses alliés auraient eu du mal à la voir. J’avais déjà essayé de peindre par-dessus, mais c’était gênant et ça ne marchait pas très bien, y compris [Modelage]. La peinture s’était juste un peu mélangée avec le matériau et cela donna un rendu dégoûtant. [Modelage] était après tout un sort de transformation, pas de fusion. J’avais ainsi pensé que cela aurait bien mieux marché si la peinture avait été faite avec le même matériau que la base.

De toute façon, Gerhilde était un titan blindé à plusieurs couches. Son cramoisi profond était clairement visible sous l’éclat du phrasium sur le dessus de l’armure de base.

« Haaah ! »

Gerhilde brisa une énorme falaise rocheuse, la réduisant en miettes en un instant. Au même moment, le lance-pieu s’envola juste au-dessus du poignet, le faisant voler en éclats plus loin.

Juste après avoir brisé l’un des rochers détachés, le lance-pieu avait été soigneusement remis dans son étui.

« Oui, le lance-pieu fonctionne bien. Il tire partout où je vise. Je pourrais probablement détruire une construction intermédiaire d’un seul coup avec ce truc. »

Une certaine phrase m’était venue à l’esprit en regardant Gerhilde. Flotte comme un papillon, pique comme une abeille. C’était un Frame Gear conçu pour tuer instantanément. Gerhilde était une force avec laquelle il fallait certainement compter. Naturellement, il était bien au-delà de la vitesse et de la puissance des chevaliers barons.

« Accélération ! »

La magie déborda des coutures de l’armure multicouches de Gerhilde, apparaissant comme une lumière rouge. On aurait presque dit un gros avion cramoisi se préparant à décoller.

Gerhilde était imprégné de magie de fortification et devint encore plus rapide. Il avait hâtivement détruit ce qui restait de la paroi rocheuse.

« Alors ? Comment ça se passe ? »

« Ça me coûte une énorme quantité de magie et d’endurance… Probablement parce qu’elle recouvre tout, et pas seulement moi. Il pourrait être difficile d’utiliser beaucoup de magie ici. »

Dans l’ensemble, il semblerait que ses performances soient à la hauteur de mes attentes. Elze avait désactivé son sort, et la lumière rouge de Gerhilde s’était éteinte.

« Maître, monsieur ! J’ai fini de rassembler les données. »

Rosetta me contacta. Elle avait suivi la situation depuis Babylone. Le but de cet essai était de rassembler des données sur Gerhilde. Il ne restait plus qu’à faire quelques ajustements de dernière minute.

« Très bien, tout est fini. Merci mille fois, Elze. »

La trappe du Gerhilde s’était ouverte et Elze en était sortie.

« Nous y voilà, Elze. Le tien est le premier des nouveaux Frame Gears. »

« Pour qui fabriques-tu des Frame Gears ? »

« Avant tout, je veux donner la priorité aux Frame Gears orientés vers le combat. Yae et Hilde sont probablement les prochaines. Elles sont toutes deux expertes en sabre et ont des styles similaires. »

Yae excellait dans les tactiques offensives, tandis que Hilde se distinguait vraiment par son style défensif. Gerhilde avait fini par être assez difficile à mettre au point, mais ces deux-là ne seraient pas les Frame Gears les plus difficiles à fabriquer.

Alors que je réfléchissais à ce que je devais concevoir, un message télépathique était arrivé de Kougyoku.

{Mon seigneur. Nous avons un message du gouverneur des Hauts Plateaux de Roadmare.}

{Oh ? Qu’est-ce qu’il y a ? La province centrale nous a finalement donné la permission de nous déployer ?}

{Non, elle a besoin de notre aide. Nous avons été informés que la province centrale est en proie à des troubles. Plusieurs golems de bois blindés ont été vus entrain de se déchaîner dans la région…}

{Attendez, quoi !?}

Des Golems blindés ? Comme ceux faits par ce type bizarre, Bowman… !? Pourquoi diable se déchaînent-ils ? ! Plus important, pourquoi aujourd’hui !? Les Phases doivent arriver en masse demain ! J’avais frénétiquement renvoyé Gerhilde au Hangar et j’étais retourné à mon château.

J’avais donné un Miroir de Portail à Audrey en cas d’urgence. J’étais vraiment heureux d’avoir pris cette décision à ce moment-là. Même s’il ne permettait de faire passer que des lettres, c’était toujours une communication en temps réel.

D’après ce qu’on m’avait dit, un certain nombre de Golems sévissaient dans la province centrale. La raison de l’attaque n’était cependant pas connue.

« Nous devons y aller, maintenant. Elze, te sens-tu prête à emmener Gerhilde pour une vraie bataille ? »

« Ça me paraît bien ! Les ennemis ne sont que des versions blindées de ces crétins de la Taille, non ? C’est du gâteau. »

Elle semblait confiante, ce qui était bon à entendre. Elze et moi nous étions précipités vers la capitale de la province centrale pour la voir de plus près.

« Oh seigneur… »

Les beaux bâtiments de style baroque étaient en morceaux. Les gens couraient et criaient dans toutes les directions.

Il y avait des feux partout, accompagnés de panaches de fumée noire. Plusieurs Golems massifs erraient, frappant de leurs poings tout ce qui se trouvait sur leur chemin. C’était un peu comme un film de monstres à l’ancienne en action.

« Ne peut-on pas les envoyer ailleurs !? »

« Dans quel endroit ? ! Ils feraient des ravages dans n’importe quel endroit où je les enverrais ! »

J’avais rejeté la suggestion d’Elze. De toute évidence, je ne pouvais pas les envoyer à Brunhild. J’aurais pu les envoyer dans l’océan, mais j’avais le sentiment que ça ne les tuerait pas. Je ne voulais pas non plus en perdre la trace. Mais le fond d’un volcan ne serait pas une mauvaise idée.

Quoi qu’il en soit, je ne pouvais pas laisser le carnage continuer. J’avais décidé de les envoyer dans les plaines voisines. Je ne voulais pas que la ville soit encore plus dévastée.

J’avais sorti mon smartphone pour lancer une recherche. Il y en avait douze au total. Une bonne douzaine de ces salauds. Je les avais tous déplacés immédiatement dans les plaines. Les golems avaient disparu en un instant, ne rasant plus la ville.

Cela nous ferait au moins gagner du temps. Il suffisait d’aller dans les plaines afin de les réduire en miettes.

« Votre Altesse ! Grand-Duc ! »

Je m’étais retourné pour répondre à la voix soudaine, et j’avais trouvé Audrey qui courait vers moi sur les marches du palais. Limit, son chevalier, n’était pas loin derrière.

« Gouverneur, que se passe-t-il exactement ici ? Pourquoi les golems deviennent-ils fous ? »

« Nous avons perdu le contrôle. Le docteur Bowman était si frustré par le fait que vos Frame Gears étaient meilleurs que ces golems qu’il a fait quelques modifications non autorisées et imprudentes. Mais ce faisant, il a activé leur mode berserk ! Ils sont complètement fous ! »

Mais à quoi pensait cet idiot !? Bon sang, pourquoi a-t-il fait ça !?

« Où est Bowman maintenant ? »

« Personne ne sait. Le Doge le cherche partout, mais je crains qu’il ne soit mort lors de l’attaque initiale. »

J’avais ouvert l’application cartographique de mon smartphone et j’avais cherché Bowman. Le fait qu’il soit mort ou vivant n’avait pas beaucoup d’importance pour moi. Une épingle rouge était tombée sur la carte, indiquant sa position. Je m’étais demandé où cela se situait exactement.

« Il est juste là. On dirait qu’il est vivant. »

« Pourquoi c’est… un ancien entrepôt ! Que fait-il là… ? G-Gah ! Pour l’instant… Limit, allez l’arrêter ! »

« Oui, madame ! » Limit et ses chevaliers s’étaient lancés en direction de l’emplacement de Bowman.

***

Partie 6

Les golems avaient disparu, ce qui signifiait que la ville se calmait un peu, mais les incendies faisaient toujours rage.

« Descends, ô eau. Bénédiction des cieux : [Pluie céleste] ! »

Ma magie affecta le ciel et la pluie commença à tomber malgré l’absence de nuages. C’était un autre ancien sort que j’avais appris à la bibliothèque. J’avais lancé [Bouclier] sur ma tête pour faire office de parapluie de fortune. Avec cela, les feux s’éteindraient sûrement en un rien de temps.

Tout d’un coup, il s’était mis à pleuvoir très fort. J’en avais un peu trop fait ! C’était la première fois que j’utilisais ce sort, j’avais donc mal évalué la quantité de magie nécessaire. Le temps que j’arrêtais la pluie, il y aurait des inondations dans certains endroits.

Oh mon dieu… Au moins, j’ai réussi à l’arrêter à temps !

« Et voilà… Plus de feu ! Maintenant, il ne nous reste plus qu’à rapatrier les blessés. Je vais aller m’occuper des golems en attendant. »

« Ah… O-Oui. Très bien. Faites attention s’il vous plaît. »

Le gouverneur Audrey nous fit un signe de départ alors que nous nous dirigions vers les plaines. Le groupe de golems était là, avançant déjà vers la civilisation une fois de plus. Ils piétinaient assez fort également.

J’avais regardé de plus près. J’avais remarqué qu’il y avait quelque chose d’étrange sur leur dos. Je ne pouvais pas vraiment le voir de face, mais ça ressemblait à une plante… Comme si quelque chose avait été fusionné avec eux. C’était probablement la dernière modification de Bowman. J’avais ouvert une [Porte] et j’avais fait sortir Gerhilde du Hangar. Le Frame Gear flamboyant posa le pied sur le territoire de Roadmare avec un bruit sourd terrifiant.

« Ça va aller ? »

« Pas de problème. C’est juste la bonne quantité d’ennemis. Je vais les transformer en débris. »

Elze avait souri, puis elle courut sur le côté du Frame Gear, ouvrit l’écoutille et monta dans le cockpit.

J’avais installé une magie d’éjection automatique en cas d’urgence, donc je n’étais pas trop inquiet.

Gerhilde s’était mise à tourner. Je l’avais su grâce au bruit de ronronnement qui remplissait l’air.

« Allons botter des fesses, Gerhilde ! »

Gerhilde se tourna vers un groupe de trois golems et, avec un fort bruit de pulvérisation, engagea ses propulseurs. Le courant arrière souleva tout un nuage de poussière dans l’air.

Hé ! Tu sais que je suis-là !? Blegh, c’est dans ma bouche !

« Prends ça ! »

Gerhilde sauta en l’air et recula son poing, avant d’envoyer un coup de poing dans la gorge du golem. Le lance-pieu avait suivi le coup de poing et détruisit le noyau.

« Un de moins ! »

Puis, il tourna et donna violemment un coup de pied à un autre golem, le divisant en deux morceaux. La jambe fit demi-tour et avait anéanti le noyau exposé.

Le troisième golem leva les bras et fit pousser ce qui ressemblait à des lianes de lierre, essayant de lier Gerhilde avec elles. En un éclair, les bras de Gerhilde furent tous deux liés ensemble.

« Hors de mon chemin ! »

Gerhilde écarta les bras et tira le golem massif vers elle, puis elle commença à balancer la créature dans les airs. Après quelques balancements, elle lâcha prise, envoyant le golem s’écraser sur une foule de ses semblables. Putain de merde !

« Accélération ! »

Une flamme cramoisie magique avait englouti Gerhilde, signifiant son passage en mode haute puissance. Après cela, elle commença à éclater les golems les uns après les autres. Ses pieux s’étaient enfoncés les unes après les autres dans les noyaux des golems, provoquant le dépérissement de leurs corps massifs en une succession rapide.

J’ai fait un bon choix avec le lance-pieu. Je peux comprendre pourquoi il était si admiré par les fans de Mécha virils. Il écrase tout avec sa puissance pure ! Il n’y a pas de tromperie, il n’y a pas de blagues ! C’est juste de la pénétration brute, encore et encore !

« Meurs, meurs, meurs ! Écrase-toi, ordure ! Si tu restes là, c’est que tu le mérites ! Ahahaha ! »

Wôw. Elle est euh, vraiment en train de s’y mettre.

Il ne semblait pas y avoir quelque chose que ces pieux de cristal ne puissent pas casser. Gerhilde était comme une déesse de la mort cramoisie, dégageant une puissance brute sur le terrain. Les golems pourrissaient les uns après les autres, devenant des bouts de bois sans valeur.

« Frappe ! »

Gerhilde se tenait au sommet du monticule de bois en décomposition, le poing levé en l’air. Elle l’avait fait. Elle était invaincue.

Nous n’avions même pas eu la chance de voir ce que Bowman avait ajouté. Peu importe, puisque c’était clairement un échec.

Pourtant, Gerhilde avait dépassé toutes mes attentes. De plus, il n’avait pas utilisé toute sa puissance…

Ce Frame Gear mortel sera une véritable aubaine contre les Constructions Hautes.

J’avais regardé le robot rouge brillant avec un sourire sur mon visage. Les choses s’amélioraient enfin.

◇ ◇ ◇

« Ce n’est pas ma faute ! Ce n’était qu’une série d’événements malheureux ! C’est tout ! »

Nous étions tous dans le palais royal, à regarder Bowman cracher ses excuses.

Il avait renforcé les Béhémoths en leur attachant sur le dos une espèce modifiée de plante parasite. Les parasites se nourrissaient des nutriments de l’hôte et libéraient en échange leur potentiel latent. C’est ce que j’avais constaté quand j’avais vu les golems pour la première fois dans les plaines.

Mais il s’était avéré que les parasites étaient conscients. Assez conscients pour usurper l’esprit des golems et passer outre les colliers de contrôle qui leur avaient été imbriqués. Cela avait également rendu inutile toute commande conditionnée. Les golems étaient devenus fous de rage, ce qui avait provoqué un véritable carnage.

« Mis à part les golems, ces plantes parasites étaient très expérimentales ! Vous avez fait quelque chose d’horriblement dangereux en les modifiant de force et en les attachant aux golems. Non seulement cela, mais vous avez délibérément ignoré votre propre personnel et avez quand même continué. »

Le Chevalier commandant Limit avait feuilleté diverses notes de laboratoire en faisant son commentaire. Il semblerait qu’elles aient été saisies dans le laboratoire de Bowman.

« Bonté divine… N’avez-vous pas pensé que cela pouvait comporter des risques ? Savez-vous au moins combien de personnes vous avez tuées par votre propre négligence !? »

« Maintenant, écoutez-moi bien, Gouverneur Audrey ! Le risque a été calculé ! Il n’y avait aucune chance que cela se produise ! Je n’aurais jamais pensé qu’ils prendraient le contrôle l’esprit du golem ! Personne ne l’aurait fait ! Ce saccage n’était qu’un accident, une erreur de jugement. On ne peut certainement pas me le reprocher ! Je n’ai pas détruit la ville ! »

Bowman dévisageait Audrey en crachant ses mots. J’avais eu l’impression que c’était un tas d’excuses. Il avait été l’un des premiers à s’enfuir du laboratoire. Le commandant Limit l’avait trouvé recroquevillé dans l’entrepôt.

« Aviez-vous seulement besoin d’améliorer les golems ? Nos discussions officielles convergeaient vers l’acceptation de l’aide de Brunhild. Nous devions l’annoncer officiellement demain. Pourquoi avez-vous fait quelque chose d’aussi imprudent alors que notre ligne de conduite était déjà établie !? »

Oh, c’est une bonne chose. Selon Audrey, quatre des sept provinces qui composaient l’Union des Roadmare avaient accepté de coopérer avec Brunhild.

Roadmare était composé de la province centrale, de la province des Hauts Plateaux, de la province des montagnes, de la province des lacs, de la province des rivages, de la province des grandes plaines et de la province des forges. Parmi celles-ci, les Hauts Plateaux, les montagnes, les bords de lacs et la forge étaient toutes favorables à l’offre de Brunhild. Le centre et les grandes plaines s’y opposèrent, tandis que la province des rivages restait neutre.

Un vote démocratique officiel des représentants de la province devait avoir lieu le jour suivant…

« Dame Audrey, je suis prêt à parier que c’est parce que les gens ont commencé à douter de ses golems après la défaite dans le combat contre le Frame Gear de Brunhild. Beaucoup ont dit que notre budget devrait être mis ailleurs après cet incident. Il a probablement fait une tentative désespérée pour renforcer ses golems afin de conserver le financement du laboratoire et aussi pour éviter d’être humilié publiquement. »

Alors que Limit parlait, Bowman s’effondra et commença à trembler d’irritation, de tristesse ou de colère.

C’est comme ça, hein… ? Tout ça pour éviter les coupes budgétaires ?

« Au fait, vos golems étaient des déchets. Je les ai tous vaincus toute seule. Pathétique… »

Elze s’était moquée de Bowman, ce qui l’avait fait lever les yeux sur elle. Son expression était une combinaison de choc et de chagrin.

« T-Tu… Tu as vaincu mes golems améliorés… seule… ? Mais… »

« Vous n’auriez pas dû essayer d’utiliser quelque chose qui échappe à votre contrôle. C’est un crime grave, Docteur Bowman. Vous les avez modifiés sans raison valable, ce qui vous rend responsable de leur déchaînement. Nous révoquons votre diplôme et vous renvoyons officiellement de votre poste. Nous vous ferons également purger votre peine dans les mines de la Province des Montagnes. Est-ce acceptable, Doge ? »

« A-Ah… O-Oui, bien sûr… Il doit prendre ses responsabilités, bien sûr. »

Audrey parlait avec sévérité et confiance. En revanche, le Doge marmonnait et secouait la tête en silence.

Le pourquoi était évident. Après tout, celui qui avait donné à Bowman le pouvoir qu’il exerçait était le Doge. D’une certaine façon, lui aussi était en partie responsable de ce désordre.

Bowman avait été enlevé des lieux par quelques chevaliers. Il y avait eu des victimes lors de cette tragédie, qui avait fait plusieurs morts. Ils ne l’avaient probablement pas exécuté en raison de ses services antérieurs au pays.

« Maintenant… Doge. Faites évacuer la ville de Recept. La situation est urgente, et l’invasion devrait commencer bientôt. Envoyez votre messager le plus rapide. »

« A-Attendez un instant… Et si nous les faisons évacuer et que rien ne se passe ? Que proposez-vous de faire alors, hm ? »

« Est-ce que vous êtes vraiment encore en train de bafouiller à ce point… ? Si rien ne se passe, nous leur présenterons des excuses formelles et les dédommagerons pour le temps et les efforts qu’ils ont perdus. Vous préférez qu’on les laisse se faire massacrer ? Je ne pense pas que ce serait très bien non plus. »

Le Doge avait légèrement bronché lorsqu’Audrey l’avait réprimandé. Il fit ce qu’elle lui demandait et envoya son cheval le plus rapide vers la ville. À juste titre, croyais-je.

« Grand-Duc. Veuillez superviser l’évacuation de Rimroad, Emynas, et Recept. Nous allons également permettre le déploiement des Frame Gears de Brunhild sur notre territoire. N’est-ce pas, Doge ? »

« A-Ah… O-Oui. »

Le Doge se tenait là en hochant la tête à tout ce qu’Audrey lui disait. Il était difficile de dire qui était le vrai chef.

Quoi qu’il en soit, nous avions été autorisés à intercepter l’invasion des Phases.

« Merci pour votre aide. Nous ferons de notre mieux pour faire face à ce qui va arriver. Nous allons donc commencer à déployer nos Frame Gears autour de la zone où nous attendons l’émergence de la Phase. »

Il était probable qu’ils commenceraient à apparaître en moins d’une journée, alors j’avais dû faire vite.

J’étais retourné au château de Brunhild et j’avais organisé mes troupes. Le chevalier commandant Lain et ses vice-commandants Norn et Nikola allaient diriger dix-neuf troupes chacun. Cela ferait trois pelotons de vingt hommes, commandants compris. Ils seraient postés comme sentinelles, se relayant pour surveiller la zone.

Brunhild serait majoritairement laissé sans défense, mais les vieillards et les soldats restants seraient plus que suffisants pour s’occuper de l’endroit.

Je prêtais dix-huit chevaliers et deux barons chevaliers à chacune des nations alliées. Je les avais fait attendre sur leur propre territoire. Après tout, je ne voulais pas qu’un groupe de nations différentes reste présent sur le territoire de Roadmare pendant la période d’attente.

***

Partie 7

Mes fiancées avaient toutes dit qu’elles souhaitaient partir au combat ensemble, mais j’avais décidé de ne pas laisser Leen et Sue y participer.

J’étais mal à l’aise de voir Sue participer à un combat aussi risqué sans raison, et Leen n’avait pas encore maîtrisé les bases du pilotage du Frame Gear.

Elze piloterait sa Gerhilde, et toutes les autres piloteraient des Barons Chevaliers équipés de leurs armes respectives. Yae aura un Katana en Phrasium, Hilde aura une épée en Phrasium, Lu aura deux poignards en Phrasium, Yumina et Linze seraient toutes deux équipées des armes à longue portée Fragarach.

J’avais également demandé à Rosetta et Monica de rester à l’arrière juste en cas d’urgence, si jamais des minibots ou des Frames Gears se font démolir.

« Monsieur ! Tous les Frame Gears sont équipés d’armes en cristal cette fois-ci, monsieur ! Cela nous donne un avantage tactique considérable ! »

Il y avait beaucoup de débris de cristal après la bataille de Yulong. Je m’attendais à ce que cette bataille soit beaucoup plus propre.

J’avais emporté les Frames Gears de Brunhild à travers un portail et nous étions sortis par une forêt qui était un peu loin de l’endroit où nous nous attendions à ce que la Phase émerge.

Il y avait des plaines à perte de vue, avec quelques montagnes au loin. Des nuages passaient dans une douce brise, et je pouvais entendre le doux chant des oiseaux. Il était difficile de croire que cet endroit allait bientôt devenir un champ de bataille infernal.

« Très bien, ce sera notre QG. »

J’avais aplani le sol en utilisant la magie et je m’étais téléporté avec quelques maisons mobiles depuis le hangar de Babylone.

Ces bâtiments étaient imprégnés d’un effet similaire à celui de mon sort [Stockage], les rendant plus grands à l’intérieur. Ils étaient également maintenus à température ambiante, ce qui en faisait un endroit idéal pour que les chevaliers puissent se détendre. De plus, j’avais préparé des couvertures et des lits, afin qu’ils aient un endroit pour se reposer si nécessaire.

J’avais aussi numéroté les bâtiments. Le bâtiment 1 était pour la salle de réunion, et le bâtiment 2 était la cafétéria. J’avais également fait appel à un troisième bâtiment afin que les femmes puissent l’utiliser librement.

Tant que Roadmare était correctement évacué, les citoyens se retrouvaient sur notre chemin. Nous pourrions alors les garder en sécurité.

Nous pourrions aussi facilement repérer si la phase apparaissait grâce aux lentilles longue distance des Frames Gears. Nous étions dans une vaste plaine, il n’y avait donc pas d’obstacles à craindre.

« Vous pensez qu’ils vont venir ? »

« Honnêtement, je préférerais qu’ils ne le fassent pas. Mais ce sera gênant s’ils ne le font pas… J’aurais beaucoup d’explications à donner. »

Je jouais à une partie de shogi avec Nikola sur le toit d’un des bâtiments. Après tout, il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire en attendant.

J’avais ouvert ma carte et je vis que l’évacuation se déroulait comme prévu.

« Est-ce que Lady Moroha participe cette fois-ci ? »

« Mm, et bien… Moroha ne peut pas du tout faire fonctionner un Frame Gear. Ça la dépasse, vraiment. Elle n’est bonne qu’avec des épées. »

En vérité, elle ne souhaitait pas du tout les piloter. Je parie que si elle y parvenait, elle serait un atout sérieux…

« De toute façon, elle a dit qu’elle se battrait. Je lui ai donné une épée de cristal, on verra comment ça se passe. »

« Elle va… se battre ? »

« Ouaip. Elle se battra au sol. »

Nikola me fixa du regard pendant quelques instants avant de secouer la tête et de marmonner.

« Eh bien, je suppose que tout est possible pour votre famille… », dit-il en chuchotant, apparemment amusé.

Elle n’est pourtant pas ma sœur de sang…

En vérité, je n’étais pas si inquiet pour la bataille à venir. Nous avions eu le temps de nous préparer, et il n’y en aurait pas autant qu’à Yulong.

Mais j’étais nerveux à propos de la Construction Haute. Si elle était semblable à la Phase de type crocodile que nous avions déjà combattue, nous pourrions probablement nous en sortir, mais si elle avait une attaque canon, nous aurions de sérieux problèmes. Je m’étais souvenu de la façon dont il avait balayé la capitale de Yulong, alors qu’elle était à des kilomètres de là. J’étais presque sûr d’avoir un bon moyen de le contrer, mais je ne pouvais pas en être certain avant que cela n’arrive.

J’avais également rassemblé le matériel nécessaire pour une attaque de pluie de météorites, puisque cela m’avait beaucoup aidé la dernière fois.

C’était quand même une attaque imprécise qui ne pouvait pas distinguer l’ami de l’ennemi, et elle dévorait la magie comme une folle. Elle allait également causer de sérieux dégâts au sol.

Il était vrai que cela avait permis une bonne attaque préventive contre la Phase initiale, mais je voulais éviter de l’utiliser à moins que ce ne soit absolument nécessaire.

Et donc, nous avions attendu alors que presque toute une journée. L’évacuation était pratiquement terminée. J’avais regardé sur ma carte et je n’avais trouvé aucun signe de vie humaine dans les villes voisines. À ce stade, il ne nous restait plus qu’à attendre… Attendre les envahisseurs.

Il ne s’était rien passé le deuxième jour non plus. Je ne voulais vraiment pas qu’ils se montrent au milieu de la nuit. Ils étaient difficiles à voir dans le noir à cause de la matière dont leur corps était fait. Alors que je réfléchissais à la meilleure façon de les combattre dans l’obscurité, le troisième jour était arrivé.

Alors que nous prenions notre petit-déjeuner, nous avions enfin reçu des nouvelles d’un des gardiens.

« Il y a une fissure dans l’espace ! Les Phases commencent à émerger ! »

L’avertissement avait été diffusé par le quartier général, et les soldats endormis s’étaient levés pour monter dans leurs Frame Gears.

Il restait encore un peu de temps. Je l’avais utilisé à bon escient, en sautant de portail en portail afin d’informer l’armée de chaque nation de l’émergence. Puis, je les avais tous ramenés avec moi.

Il y avait au total deux cents Frame Gears alignés, face à la fissure. Ils étaient prêts à les intercepter.

« Seigneur ! Cela s’agrandit ! »

J’avais utilisé [Perception Lointaine] pour jeter un coup d’œil à la fissure, j’avais pu ainsi voir une partie du corps de cristal qui arrivait.

Un bruit fort retentit, un peu comme du verre brisé, et la Phase commença à passer par la fissure, comme s’il descendait une pente.

Au bout d’un moment, ils avaient tous dégringolé, et l’espace était redevenu normal.

« La plupart d’entre eux ressemblaient à des petites constructions et à des constructions intermédiaires… Où est la construction supérieure ? »

« Il faut un certain temps pour que les constructions supérieures passent. C’était la même chose la dernière fois, tu te souviens ? »

« Oh, oui… C’est exa- Wah ! »

J’utilisais [Perception Lointaine], donc je n’avais pas remarqué qu’Ende se tenait à côté de moi. Ce type… Il est vraiment doué pour surgir sans prévenir.

« Je pense que ça prendra environ trente minutes avant qu’il n’arrive ici. On devrait en terminer avec ces gars avant. »

Ende fendit la diapositive dans sa main, et son Dragon monochrome apparut. Il s’était empressé de monter à bord. Purée, ce type…

« Recherche. Nombre total de phases. »

« Recherche… Huit mille cent quarante et un au total. »

Cela signifie qu’il y avait environ soixante pour cent du montant à Yulong.

« Combien y a-t-il de constructions intermédiaires ? »

« Recherche… Complète. Huit cent neuf. »

Donc, environ dix pour cent d’entre eux… Comme la dernière fois. Je me demande s’il y a une sorte de règle ici…

J’avais convoqué les Valkyries et je leur avais fait porter des caméras pour qu’elles soient en direct. Grâce à cela, les dirigeants de chaque nation du centre de commandement connaissaient la situation de la bataille. Les chefs des provinces de Roadmare étaient également présents. Je ne voulais pas qu’ils me blâment pour quoi que ce soit comme ce fut le cas à Yulong.

Le QG était également équipé de réducteurs de rechange. Rosetta, Monica, Flora et Leen étaient également en attente. La magie de l’évacuation d’urgence avait aussi le QG comme cible principale.

« Touya, ils sont en mouvement. »

J’avais entendu la voix de Yumina par le biais du communicateur. Je l’avais réglé pour que le Gerhilde d’Elze et les Barons Chevaliers aient toute une ligne directe avec moi. J’avais trouvé des trucs dans l’entrepôt qui me permettaient d’améliorer mes communications, ce qui était bien.

J’avais invoqué [Perception Lointaine] une fois de plus pour vérifier les lignes de front. C’était comme Yumina me l’avait dit, ils avançaient.

Oh, il y en a qui volent… Une Phase de type Manta, et… Oh, c’est nouveau. Un dauphin… ? Non… C’est une Phase de type Orque… Il vole ici aussi. C’est à tous les coups une classe intermédiaire.

« Très bien, commençons. »

J’avais ouvert [Stockage] et j’avais sorti deux grandes épées. Naturellement, j’en avais tenu une dans chaque main.

« À toutes les unités ! La bataille commence maintenant ! Suivez vos commandants respectifs ! Renvoyons ces Phases en enfer ! »

« HOO-AAAH ! »

La terre même grondait alors que les Frame Gears se dirigeaient vers leurs cibles.

J’avais utilisé [Vol] et j’étais parti pour tuer ceux qui volaient.

***

Partie 8

La Phase de type Manta et la Phase de type Orque s’approchaient du front.

Cependant, la Manta se déplaçait un peu plus vite. Elle fit une embardée, en essayant de se détacher de moi avec son corps.

Mais je n’allais pas être battu aussi facilement. J’avais fait une embardée sur le côté et je l’avais coupé en deux en passant.

Soudainement, un orbe de lumière apparut autour de la tête de la Phase de type Orque. Merde.

Au bout de quelques instants, celle-ci tira sur moi. C’est donc un autre attaquant à distance… Je l’avais tailladé lui aussi, détruisant son noyau.

Mais il y avait d’autres Mantas et Orques. Ils étaient venus vers moi les uns après les autres. Mais comme ils étaient très faciles à lire, je les avais achevés rapidement.

Je n’étais pas seulement confiné au sol, je pouvais donc attaquer et me défendre sous tous les angles.

J’avais regardé le champ de bataille, je remarquais que le combat avait déjà commencé.

La zone nord était dirigée par Elze, qui prenait le commandement de Brunhild et Lestia, tandis que Mismede et Refreese se trouvaient au centre. Regulus, Lihnea et Ramissh se trouvaient au sud. J’avais aussi remarqué Ende dans la zone sud.

Ils retenaient la Phase assez efficacement. Tous leurs mouvements semblaient bien meilleurs que pendant la bataille de Yulong. Même les Chevaliers lestiens se débrouillaient bien, même si c’était leur première fois.

« Smash ! Crash! Bash! Essayez de me prendre, bande d’imbéciles fragiles ! »

Le Gerhilde d’Elze s’écrasa contre une construction intermédiaire, tout en actionnant son lance-pics pour l’achever. Derrière elle, les chevaliers de Brunhild travaillaient rapidement sur les constructions Faibles.

Les chevaliers brandissaient des armes en cristal. Marteaux, épées, lances, etc. Le combat contre la Phase devenait un jeu d’enfant. Je les avais aussi enchantés avec [Gravité] pour leur donnée un peu plus de poids.

Mais ils ne pouvaient pas les balancer comme ça. S’ils voulaient briser les noyaux, il fallait qu’ils attaquent correctement. Les chevaliers les plus habiles étaient équipés de lances, tandis que ceux qui étaient moins sûrs de leurs compétences recevaient des armes plus larges comme des marteaux et des masses.

« Hein, il n’y a plus de Phase volants ? »

Je ne voyais plus de Mantas ou d’Orques nulle part. Il n’y avait donc pas beaucoup de Mantas ou d’Orques volants. Mon travail terminé, j’avais décidé de me rendre au sol.

Juste au moment où je le décidais, je vis un Chevalier se faire attaquer par deux constructions Faibles en même temps. Son bras droit et sa jambe gauche avaient été anéantis.

Il tomba au sol et changea de couleur, passant du gris clair au gris plus foncé… On aurait dit qu’il était passé d’un gris lune à un gris standard. C’était la meilleure façon de le décrire.

J’avais fait en sorte que les Frame Gears changent de couleur lorsque le sort d’évacuation d’urgence avait été activé avec succès. C’était grâce à une nouvelle peinture que j’avais créée en utilisant [Programmation]. C’était une peinture spéciale imprégnée de liquide d’éther, ce qui lui permettait de répondre à l’utilisation de la magie sur le Frame Gear.

Je voulais faire une peinture plus sombre pour mettre en valeur les effets de mon sort [Gravité], mais ça n’avait pas marché.

[Gravité] était un sort qui, contrairement à son nom, ne faisait que contrôler le poids. Mais je ne pouvais pas l’utiliser pour faire flotter les choses. J’avais le sort [Lévitation] pour ça. Cependant, ma magie de modification du poids rendait les choses plus légères ou plus lourdes.

Tout ce que j’avais fini par faire, c’était une peinture qui rendait les choses plus lourdes ou plus légères. Elle n’avait pas beaucoup d’utilité. Ou peut-être que si… ? En fait, je n’étais pas sûr.

De toute façon, je m’éloignais du sujet.

« Allô, allô. Vous m’entendez, QG ? Ce pilote est-il arrivé en toute sécurité ? »

« Sain et sauf, monsieur ! Dégâts mineurs sur le bras, mais cet énergumène s’en sortira ! »

Donc le pilote allait bien. C’était un soulagement… Pourtant, on aurait dit qu’il venait de Lestia. Ce n’était pas si surprenant. Après tout, ils étaient les moins préparés.

J’avais vu trois lames de cristal flotter dans la zone nord, découpant plusieurs Petites Constructions. Leurs noyaux étaient tous détruits en un clin d’œil.

Oh… Yumina !

Les Fragarachs rugissaient sur le champ de bataille, brisant noyau après noyau. Ils retournèrent ensuite dans le Frame Gear de Yumina, après avoir terminé leur service.

Les Fragarachs étaient vraiment difficiles à contrôler. S’ils n’étaient pas utilisés correctement, ils pouvaient nuire à vos alliés. Mais Yumina s’était entraînée fermement, elle était donc capable d’en manipuler trois à la fois.

Linze était une mage bien plus compétente que Yumina, elle en laissait donc magistralement quatre voler à volonté. Elle avait cependant quelques difficultés à éliminer des ennemis lointains.

Yae et Hilde étaient à proximité, détruisant complètement une construction intermédiaire. Et Lu balançait sauvagement ses lames jumelles contre les Petites Constructions.

Il semblerait que je n’avais pas à m’inquiéter du secteur nord.

Dans le sud, le Dragon monochrome se baladait librement et déchirait les Constructions Intermédiaires. Ende glissait comme un patineur artistique, tournant et découpant à sa guise.

La Phase continuait à l’attaquer sans cesse, mais il ne faisait pas attention à eux.

Le Dragon était construit pour la mobilité, donc il n’était pas très axé sur la défense. Cela signifiait que si un seul tir touchait, cela pouvait être une très mauvaise nouvelle. Malgré cela, Ende continua sa danse téméraire, ne laissant pas un seul d’entre eux lui tirer dessus.

La zone sud semblait également bien défendue…

Très bien, et pour le centre… A-Attendez une seconde… Les hordes de Phases du centre étaient aussi fauchées les unes après les autres. Une femme seule s’était élancée entre elles, un grand sabre à la main. Elle coupa les Constructions Petites et Intermédiaires comme du beurre. Sa puissance était folle, comparable aux efforts d’Ende ou d’Elze… Et elle n’était même pas dans un Frame Gear.

C’était, bien sûr, Moroha. Elle maniait un grand sabre de cristal comme le mien, et l’utilisait de toutes ses forces. Ses mouvements étaient intenses, comme ceux d’une déesse féroce… Ou plutôt, c’était vraiment une déesse. La regarder était une expérience bouleversante… Je m’étais demandé s’il y avait une chance qu’elle perde.

 

 

Hmph… En fait, j’ai l’impression qu’on n’avait pas vraiment besoin de moi ici…

J’avais alors entendu quelque chose se briser à proximité. Je m’étais tourné pour voir un Chevalier perdre la tête. La couleur du Frame Gear changea quand il tomba au sol. Il avait été attaqué par-derrière parce qu’il était trop concentré sur l’ennemi devant.

« À toutes les unités, faites attention à ce qui vous entoure. Battez-vous en vous couvrant les uns les autres. La Phase veut nous tuer, vous vous souvenez ? Essayez de vous mettre ensemble et de vous couvrir les uns les autres. »

J’avais parlé sur le canal général. Une attaque viendrait, quelle que soit la direction. Il était plus sage d’attendre que l’ennemi vous cherche.

« Combien de Phases reste-t-il ? »

« Recherche… Quatre mille dix-huit restants. »

Mon smartphone résonna alors qu’il me répondait. On en avait battu la moitié. Pas mal, si l’on considérait qu’il s’était écoulé une vingtaine de minutes depuis le début du combat.

Pour les tuer tous, chaque Frame Gear devait tuer une quarantaine de Phases chacun. Nous en avions déjà battu la moitié, donc ça faisait vingt ennemis chacun en vingt minutes. Ce rythme était assez bon…

Étant donné qu’il nous avait fallu plus de trois heures pour éliminer les quelque treize mille Phases à Yulong, nous faisions un excellent travail. Les armes en cristal étaient clairement un excellent complément. Mais Gerhilde, Ende et Moroha avaient été des acteurs majeurs au nombre de victimes.

Cependant, une Haute Construction était prévue au bout de trente minutes, et vingt minutes s’étaient déjà écoulées. J’avais voulu tuer toutes les Petites Constructions avant qu’il n’apparaisse, mais cela semblait impossible.

« Ah, Touya. Tu es là ? »

« Ende ? Quelque chose se passe ? »

« La Construction Haute arrive maintenant, au Nord-Est. Tu devrais être capable de voir la distorsion dans l’espace. »

J’avais regardé l’endroit indiqué par Ende.

Voyons voir… C’est… là, n’est-ce pas ?

J’avais invoqué [Perception Lointaine] pour vérifier, et il y avait bien une vague dans l’air. Cela ressemblait presque à un mirage, comme si l’air lui-même oscillait dans la chaleur.

Cela signifiait que des fissures allaient apparaître dans l’espace peu de temps après, et que la structure supérieure allait émerger. J’avais décidé qu’il serait préférable que les troupes du nord se replient un peu.

« Ceci est un ordre à toutes les troupes de Brunhild et de Lestian dans la zone nord. Allez vers l’ouest à partir de votre emplacement actuel. Et voici un message pour tous les autres. Une Construction Haute apparaîtra bientôt au nord-est dans dix minutes. Soyez attentifs. »

En réponse à mon ordre, les Frames Gears du nord commencèrent à se déplacer vers l’ouest. Avant, le déploiement ressemblait à un arc, mais maintenant, c’était plutôt une ligne droite.

Pour un étranger, on aurait dit qu’ils étaient repoussés, mais tout cela faisait partie du plan. La Construction Haute était après tout une cible plus précieuse.

Au bout d’un moment, j’entendis un craquement et un fendillement.

Comme Ende l’avait prédit, le craquement commença à se former dans l’espace autour de la distorsion ! La Construction Haute se forçait lentement un passage, rendant le trou plus grand.

« La Construction Haute commence à émerger. Faites attention à vos mouvements, soldats. Plus qu’avant, même. Restez en contact étroit les uns avec les autres, et obéissez à vos commandants. »

Ende et Elze s’étaient rapprochées en apprenant que le moment approchait.

Les fissures dans l’espace s’étendaient encore plus loin.

Au bout d’un certain temps, quatre bras de cristal épais émergèrent du trou dans l’espace. La construction supérieure commença à ramper, essayant de briser le « mur » qui la précédait.

Il était énorme, environ quatre fois plus grand qu’un Frame Gear. Il avait quatre bras massifs, deux de chaque côté de son corps. Il avait des jambes courtes, ce qui le faisait constamment pencher vers l’avant par intuition. Il n’avait pas vraiment de cou non plus. Sa tête était étroitement liée à son torse. Il y avait aussi un seul noyau massif orange dans sa poitrine. En bref, c’était…

« Un gorille ? »

Il ressemblait à un gorille des montagnes, à quelques détails près. Les gorilles n’avaient généralement pas quatre bras. Les gorilles n’avaient pas non plus de saillies sur la colonne vertébrale ni de queue allongée.

Je n’avais pas non plus vu de Phase qui ressemblait à ça dans le livre de la bibliothèque. Mais je suppose que c’était juste, car ce serait trop facile si chaque type de Phase y avait été enregistré.

Alors que je le regardais, la Phase de type gorille avait commencé à se frapper la poitrine avec ses quatre bras. Il bat son propre corps ? C’est vraiment un gorille !

« Gh — !? »

Un impact traversa mon corps et me renversa. J’avais eu l’impression d’avoir été frappé par quelque chose d’invisible, comme une onde de choc.

Je vois. C’est un peu comme la nageoire dorsale de ce Phase de type Crocodile dans la dernière bataille. Il bat donc sur sa poitrine pour repousser les ennemis… Intéressant. Attendez, ça veut dire…

« À toutes les unités, dispersez-vous ! Éloignez-vous de l’endroit où se trouve la Construction Haute ! »

Les deux ensembles de bras du Phase de type Gorille s’étendaient vers l’extérieur, et sa poitrine s’ouvrait lentement comme une porte. Il ne fallut pas longtemps pour que la lumière commence à se rassembler dans sa poitrine. Merde, je le savais ! Il va envoyer un rayon laser comme la Phase de type crocodile l’a fait à l’époque ! Les Frame Gears s’étaient tous dispersés, mais le territoire des Highlands était dans sa ligne de tir directe.

***

Partie 9

Merde, je vais devoir utiliser ça…

« [Réflexion] ! »

J’avais utilisé un sort de réflexion que j’avais récemment appris, en le déployant juste devant cette Phase de type gorille. Il avait pris la forme d’une barrière massive bleu-blanc inclinée à environ quarante-cinq degrés devant le faisceau.

Le souffle de lumière frappa la barrière, s’arrêta, et s’envola dans le ciel. La barrière s’était également brisée en morceaux.

Bon sang… C’était suffisamment fort pour briser une barrière aussi épaisse ! Le sort aurait pu endommager cette Phase de type gorille si je l’avais inclinée pour refléter l’attaque, mais cela aurait risqué d’endommager le territoire de Roadmare. De plus, je n’avais aucune preuve qu’une Phase peut réellement être endommagée par sa propre attaque. En les connaissant, elle aurait juste fini par absorber le faisceau et le redistribuer d’une manière ou d’une autre.

Quoi qu’il en soit, c’était un sérieux problème. Il était certainement plus faible que le crocodile, mais cela ne m’avait pas vraiment aidé à me sentir mieux.

La poitrine du gorille s’était refermée une fois de plus, et il s’était mis à se battre contre lui-même. Puis, il commença à charger vers les troupes au nord-ouest.

Bon sang, ce type est d’un ennui ! Le gorille s’était mis à avancer avec ses bras puissants. Chaque fois qu’il baissait le poing, la terre se brisait et se fendait. Sa puissance était pour le moins immense.

« Tu es à moi ! [Accélération] ! »

Elze pilota le Gerhilde et courut jusqu’à la Phase du gorille, lui enfonçant un pieu renforcé par magie.

 

 

Le bruit du verre qui se brisait remplissait la zone, et l’un des bras droits de la bête fut brisé. Ce lance-pieu est vraiment quelque chose…

« Haha ! Je l’ai fait ! » applaudit Elze, mais le gorille s’était vite relevé et s’était de nouveau battu la poitrine. L’onde de choc qui s’ensuivit la fit propulser au loin.

« Gwaaah !? »

Gerhilde avait réussi à se réajuster en plein vol et à atterrir en toute sécurité.

La Phase de type gorille n’avait pas tenu compte de son bras cassé. Au lieu de cela, il était resté immobile alors que le cœur de sa poitrine battait d’un orange vif.

Le bras annihilé se rétablit rapidement, claquant et se remettant en place au fur et à mesure de sa régénération. En quelques secondes seulement, le bras avait retrouvé sa forme initiale. Ça va être un problème…

Le gorille avait fléchi son nouveau bras et tenta de le faire tomber sur Gerhilde. Heureusement, Elze avait invoqué [Accélération] juste à temps. Elle s’était mise à mitrailler à gauche et à droite pour éviter ses coups.

« [Glissade] ! »

J’avais utilisé ma magie pour faire perdre l’équilibre au gorille géant, donnant à Gerhilde juste assez de temps pour s’échapper.

Moroha était soudainement apparue de nulle part, poussant son épée vers la poitrine du gorille tombé. Mais cela n’avait pas empêché l’ennemi d’être ce qu’il était. Même Moroha était limitée dans ce qu’elle pouvait faire avec une simple lame. Elle était loin d’être assez grande pour pénétrer jusqu’au cœur du gorille.

Juste au moment où je pensais à ça, Moroha sortit une seconde épée et poignarda la première avec, l’envoyant plus profondément dans la poitrine de la créature. Mais ce n’était toujours pas suffisant.

« Hmph… Sheesh, même deux ne suffisent pas ? Ce truc est plus épais que je ne le pensais… » Moroha sauta en arrière avant que le gorille ne puisse l’écraser comme une mouche.

J’avais sauté à côté d’elle.

« Touya, ce truc est bien plus dur que moi en ce moment. Je pourrais l’écraser si j’utilisais mes pouvoirs, mais évidemment, c’est impossible. »

Attends, cela veut dire que si tu utilisais tes pouvoirs divins, tu pourrais régler ça tout de suite ! Fais-le ! Fais-le, bon sang !

« Mmm… Je veux dire, je pourrais le faire, mais tout le monde ici mourrait probablement aux côtés de ce type, et le continent serait aussi probablement coupé en deux. Ça te va ? »

« Non ! »

Tu ne peux pas ajuster la quantité d’énergie que tu utilises ! C’est de la folie ! Mais c’était probablement comme si on vous demandait de bouger d’un millimètre ou deux de plus pendant une promenade. Ce serait bien trop facile pour mes sœurs de dépasser ça parce qu’elles n’avaient pas l’habitude de marcher à la vitesse d’un escargot.

« De plus, si j’utilise ma divinité dans ce monde, je ne pourrai probablement pas me maintenir ici-bas. J’aimerais éviter cela si possible. »

« Bah, très bien ! Tu peux y aller. »

La véritable force réside dans le déploiement de la bonne personne au bon moment. Comme mes deux sœurs n’ont pas de corps de chair comme moi, elles ne pourront plus se manifester si elles utilisaient toute leur puissance divine… Elles sont faites d’énergie divine en ce moment, donc je ne devrais pas gaspiller mon temps à les utiliser.

En plus, elles ne sont de toute façon même pas autorisées à utiliser la plupart de leurs pouvoirs ici. Cela ne dérangeait pas vraiment Karen et ses consultations sur l’amour et ce genre de choses, mais si Moroha commençait à devenir folle avec son jeu d’épée exagéré, alors nous aurions un gros problème. Il y a beaucoup de règles en place, mais je suppose que c’est pour une bonne raison.

Un cri strident avait soudainement rempli l’air. La Phase de type gorille émettait ce bruit. Toutes les protubérances le long de son dos vibraient intensément.

Mais qu’est-ce que c’est que ça ? En un éclair, le sol autour du gorille commença à se déformer. C’était comme des bosses dans un tapis. J’avais ramassé Moroha et je m’étais envolé à nouveau dans les airs.

C’était presque comme des vagues dans la terre. Les Frame Gears tout près s’étaient fait bousculer et rebondissaient.

Certaines personnes avaient réussi à minimiser les dégâts en sautant dans les temps, mais une grande quantité de Frames Gears étaient immobilisés, leurs couleurs changeaient.

Je ne savais pas qu’il pouvait faire ça aussi ! C’est de la triche ! Certains des Frame Gears qui avaient réussi à éviter l’attaque initiale rampaient vers un endroit tranquille, la Gerhilde d’Elze était également en bon état.

Mais la Phase de type gorille n’avait pas terminé. Elle avait été suivie d’un puissant coup de fouet de sa queue. Il avait une sorte de masse à l’extrémité de sa queue, et il l’avait utilisé pour briser une grande partie des Frame Gears de la zone.

Elle s’était furieusement écrasée au sol, frappant les Frame Gears les uns après les autres. Les pilotes semblaient s’être échappés vu que leurs Frame Gears avaient changé de couleur, mais je n’avais pas pu déterminer leur sécurité. Même s’ils étaient morts, nous devrions quand même nous débrouiller…

La Phase de type gorille s’était déplacée pour s’ouvrir à nouveau la poitrine. Ce faisant, la lumière commença à se rassembler autour de son noyau.

Merde ! Encore ? ! Devrais-je lui renvoyer son attaque… ? Non, je ne peux pas ! S’il y a des dommages collatéraux, ce serait intense.

Je n’avais pas d’autre choix que de réfléchir l’attaque vers le ciel une fois de plus.

« [Réflexion] ! »

J’avais de nouveau créé une barrière réfléchissante devant le gorille. Comme avant, je l’avais inclinée à quarante-cinq degrés.

Mais tout d’un coup, la Phase de type gorille croisa ses bras sur sa poitrine.

« Mais qu’est-ce que… !? »

Le rayon avait été tiré, soufflant contre les bras de cristal de la créature. En un éclair, l’épais faisceau central s’était divisé et réfracté en plusieurs éclats plus fins.

A-t-il sérieusement diffusé la lumière en utilisant son propre corps !? Les faisceaux plus petits étaient moins puissants, mais l’attaque était tout de même dévastatrice. Plusieurs Frame Gears avaient perdu leurs couleurs autour de moi, même si leurs cockpits avaient été épargnés par les coups directs. C’était de la folie.

Bon sang… Je suppose qu’on n’a pas le choix.

« Que toutes les troupes se replient ! Gardez une certaine distance entre vous et la Phase géante ! »

J’avais utilisé [Stockage] pour ouvrir plusieurs poches de stockage au-dessus de la Phase du gorille, puis j’avais libéré le contenu.

« [Pluie de météorites] ! »

Une pluie d’orbes de Phrasium en forme de balle molle étaient venus des portails dans le ciel. J’avais utilisé [gravité] pour amplifier le poids de chacune d’entre elles, ce qui fait qu’elles pesaient toutes environ une tonne.

La construction supérieure ne pouvait que regarder vers le haut, dans la confusion, alors qu’elles s’écrasaient sur elle.

Les épaules, le dos, la taille. Les orbes de Phrasium écorchèrent la créature et se retrouvèrent logés à l’intérieur de son corps, le fissurant et le pénétrant plus profondément chaque seconde. J’avais augmenté le poids de deux tonnes supplémentaires pour faire bonne mesure.

Finalement, la pluie de cristaux s’était calmée. La Phase de type gorille avait été mise à genoux, rampant faiblement à quatre pattes. Mais soudainement, il s’était retourné sur le dos.

Mais qu’est-ce que… ? Attendez, non ! Les lourds orbes de Phrasium logés dans le corps de la créature s’étaient tous retournés. Le gorille avait utilisé la gravité à son avantage. J’étais étonné qu’il puisse inventer une telle tactique.

Bon sang ! Les fissures se régénèrent aussi ! À ce moment, un Dragon monochrome arriva à grande vitesse, sautant par-derrière et atterrissant sur la poitrine retournée du gorille. Il poignarda la lame qu’il maniait directement dans la bête de cristal.

Mais, tout comme lorsque Moroha avait essayé, la lame ne pouvait pas couper assez profondément pour atteindre le noyau.

« [Char] ! »

Ende cria quelque chose, et la poitrine du gorille s’était ouverte en réponse. Le bras droit du Dragon s’était également fendu en même temps. Le gorille s’était levé et tenta de repousser Ende, mais il l’avait habilement évité.

Immédiatement après la retraite d’Ende, un Frame Gear rapide comme l’éclair sortit de derrière lui et chargea son poing vers le noyau exposé.

« Simple Frappe !! »

C’était Elze dans son Gerhilde, lançant un pic dans le noyau exposé.

La chose orange s’était fissurée puis s’était brisée en de nombreux morceaux. En tandem, le corps entier du gorille s’était fissuré, puis s’était effondré en un tas méconnaissable.

« Woohoo ! »

« Ahaha... Bon travail… »

Gerhilde leva le bras en l’air, se tenant fièrement au-dessus de la dépouille du gorille.

Mon Dieu… Je n’ai même pas pu en faire autant.

« La Construction Haute est tombée. Commençons à ramasser les restes maintenant. Détruisez-les, un à la fois. »

J’avais relayé le message aux autres Frame Gears. Il ne restait plus que quelques constructions de moindre importance et intermédiaires, donc le travail était presque terminé.

« Je vais aller aider aussi, hein ? Laisse-moi emprunter des épées, Touya. »

Moroha avait épuisé toutes ses armes sur la Phase de type gorille, je lui avais alors donné deux grandes épées.

Elle s’était déplacée avec grâce et rapidité en même temps qu’elle s’élançait vers le combat.

Alors que je la voyais partir, le Dragon s’était approché de moi. L’écoutille s’était ouverte et Ende en sauta.

« Désolé, Touya. Le bras s’est cassé. »

« Non, tu nous as été d’un grand secours. Je vais te réparer le Dragon, alors reviens le chercher plus tard… Au fait, qu’est-ce que tu as bien pu faire là-bas ? »

« J’ai utilisé un “son” magique, ou du moins une vibration. J’ai essayé de le concentrer sur un point, mais le bras a aussi explosé. J’ai mal évalué la puissance à utiliser. »

Huh, je vois. Un peu comme quand j’ai essayé d’utiliser le Baron Chevalier à pleine puissance. La base du Dragon était, après tout, la même que celle du Baron chevalier et du Chevalier, elle était probablement un peu faible pour supporter la pleine puissance d’Ende.

Je devrais probablement lui en faire un nouveau à partir de rien. Ce serait dommage qu’il se brise à chaque fois qu’il fait quelque chose comme ça, car il devra revenir nous voir pour le faire réparer. Ça pourrait soulever des questions, puisqu’il ne sert pas Brunhild.

Alors que je pensais ça, j’avais regardé le Dragon et j’avais soudain ressenti une étrange sensation qui me submergea.

***

Partie 10

Qu’est-ce que… mon Dieu ?

« … Je suis désolé, Touya. Les choses ont juste un peu empiré. »

Ende s’approcha de moi, tout en regardant fixement quelque chose dans le ciel.

Qu’est-ce que c’est ?

« Hé… Ne me dis pas qu’une autre Construction Haute va se pointer ! »

« Ce n’est… pas une Construction Haute. C’est bien pire. Je suis désolé. »

Le ciel lui-même semblait se briser, tandis qu’un hurlement déchirant résonnait à travers la terre.

En moins d’une seconde, la « chose » émergea du trou béant et atterrit gracieusement sur le sol.

Une… une personne en cristal. Un corps couvert de phrasium, à l’exception de son estomac.

Il avait des yeux rouges perçants. Ses longs « cheveux » crépitaient et faisaient des bruits de claquement. On aurait dit qu’il s’agissait d’une femme humaine, à en juger par la forme de sa poitrine et de son corps. La poitrine était elle aussi entièrement recouverte de cristal, qui recouvrait toute la longueur de ses épaules et de ses bras. Elle avait à peu près la même taille qu’une femme normale.

« Que… Qu’est-ce que c’est que ça ? »

« C’est une Phase qui dépasse même les constructions supérieures… Une construction dominante. »

« Une quoi !? »

Elle regarda autour d’elle et, apparemment en état de choc, regarda Ende et moi.

« # om@e € h@… e€nd#e! »

« Merde… Pour quoi toutes ces Phases devaient-elles franchir la barrière... »

Ende sourit avec ironie lorsqu’elle commença à s’approcher de lui. Tout à coup, elle sauta en l’air et amena son poing qui s’écrasa vers lui.

Ende frappa son poing avec sa main droite. L’onde de choc de l’impact avait failli me renverser.

 

 

La vache, elle est forte… Heureusement, Ende n’est pas vraiment normal non plus.

« Qu-Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ! C’est une de tes amies !? »

« Nous nous connaissons, mais je ne nous appellerais pas exactement des amis. Je doute qu’elle me laisse m’échapper. »

Elle n’avait pas vraiment l’air heureuse de le voir. Les traits humains lui permettaient de mieux lire ses sentiments et elle avait l’air sérieusement énervée.

« #k∋#is@m@$ ! ouwod◎o kΩo≒hey+@tΣt@!? »

« Je ne sais pas, je suis désolé. »

Je ne comprenais pas un mot de ce qu’elle disait, mais Ende semblait en savoir assez pour y répondre.

La Femme Phase avait frappé le bras d’Ende et sauta en arrière, mettant beaucoup de distance entre eux. Au bout de quelques secondes, elle ouvrit la bouche en grand.

Des particules de lumière commencèrent à se rassembler autour de sa bouche ouverte, se combinant en un orbe scintillant.

Oh merde, ce n’est pas bon !

Quelques instants plus tard, elle libéra un faisceau d’énergie dévastateur vers Ende. Je pouvais dire, même au premier coup d’œil, qu’il était bien plus puissant que les faisceaux utilisés par les Constructions Hautes.

« [Réflexion] ! »

J’avais produit une barrière réfléchissante dans une panique frénétique. En raison du délai très court, celui-ci était assez fin et le faisceau avait fini par être réfléchi à un angle gênant. J’avais regardé le faisceau disparaître dans le ciel, après avoir détruit une montagne lointaine. Naturellement, la barrière réfléchissante avait également été anéantie.

C’est quoi... C’est quoi cette force !?

Toujours prête à s’adapter, la Femme Phase transforma son bras droit en lame et elle s’avança. Ende avait habilement esquivé ses frappes et l’avait saisie par les poignets.

« Désolé Touya, je dois partir. Je reviendrai chercher mon Dragon plus tard, alors j’apprécierais que tu le rafistoles. Merci ! »

« Hein ? Quoi !? »

Le corps d’Ende commença à s’évaporer dans un brouillard alors qu’il tenait fermement la femme Phase. Au bout d’un court moment, les deux s’étaient complètement dispersés dans le brouillard, me laissant seul.

Je me tenais là, sur le champ de bataille abandonné, complètement sous le choc. Je n’avais aucun moyen de comprendre ce que j’avais vu.

◇ ◇ ◇

D’une certaine manière, je ne suis pas un homme chanceux. D’avoir été son… un des plus fidèles collaborateurs du Souverain. Que ce soit elle… un être qui me méprise vraiment…

J’ai quand même eu de la chance dans ce cas… Seulement parce que j’ai réussi à la faire sortir de la limite dimensionnelle. Ma distorsion dimensionnelle a réussi à nous amener tous les deux à un fossé entre deux mondes. Mais ce n’est pas un pouvoir que je peux utiliser à l’excès. Il me faudra un certain temps avant de pouvoir retourner dans le monde que je viens d’abandonner.

Il n’y a absolument rien dans l’espace entre les dimensions. Rien d’autre qu’elle, et elle me regarde fixement. Un motif en forme de grille s’étend dans le lointain derrière nous, au-dessus de nous, en dessous de nous et devant nous.

« Je me suis demandé pourquoi… Je me demandais pourquoi il y avait tant de petits humains misérables de l’autre côté, misérable chien ! C’est toi qui as fait ça, Endymion !? »

« Hé, ne te méprends pas. Ce serait dommage que tu finisses par percer, alors j’ai tué ceux que tu as envoyés. Mais le fait qu’un Dominant comme toi ait réussi à passer signifie qu’il est déjà trop tard. »

Ce n’était certainement pas une mince affaire pour des êtres comme les Phases de traverser des mondes. Je craignais qu’ils aient trouvé la bonne couture à déchirer pour se frayer un chemin dans l’autre monde, et il semblerait que mes craintes n’étaient pas infondées.

« Eh bien, cela n’a plus d’importance maintenant. J’ai des questions à te poser, racaille. Le Souverain. Où est le Souverain !? »

« Comme je te l’ai dit la dernière fois, je ne sais pas. Mais le Souverain est sûrement quelque part dans ce monde. Mais n’as-tu jamais pensé que celui que tu cherches pourrait ne pas vouloir te voir ? »

« Tiens ta langue, Endymion ! Sans votre intervention, notre Souveraine n’aurait jamais perdu la raison ! Tu oses te comporter de façon moralisatrice alors que tu as déstabilisé notre monde !? »

L’interception… Bien sûr. Son opinion sur moi n’a jamais été très élevée au départ. Mais au final c’est simplement une question d’opinion. Mon rôle d’observateur ne s’étend pas bien au-delà de l’acte lui-même. Bien que je ne puisse pas nier les conséquences de ce que j’ai fait.

« Je vais demander, juste pour en être sûr, mais… je suppose que tu n’as pas l’intention de laisser ce monde tranquille ? »

« Ne fais pas l’idiot ! Nous ne nous retirerons jamais, pas avant d’avoir sauvé notre Souveraine ! »

« Sauvés, hein ? Ça ressemble plus à une capture pour moi. »

La fille, Ney… commença à grincer des dents en réponse à mes paroles.

« N’ose pas confondre mes ambitions avec ces chiens bâtards ! Je ne veux pas m’emparer du pouvoir du Souverain ! Je veux simplement que le Souverain revienne ! »

Les Phases poursuivaient tout le Souverain. Certains d’entre eux souhaitaient devenir le nouveau Souverain, bien sûr. Cependant, Ney était différent. Elle voulait seulement rétablir le Souverain à sa position d’origine. Mais elle était toujours mon ennemie.

« Je voudrais te demander de te retirer. J’ai un investissement personnel dans ce monde. J’ai même réussi à y rencontrer une personne intéressante. »

Mochizuki Touya… Un type étrange en effet. Je n’arrive jamais à le comprendre correctement. Il est anormal. Il ressemble à un humain, mais il ne sent pas du tout comme eux. Il vit dans ce monde, mais je peux dire qu’il n’est pas de ce monde. Je n’ai jamais rencontré un individu comme lui avant. Il est possible qu’il soit issu d’une sorte de lignée mutante ou divergente.

Les personnes que l’on appelle ses « sœurs » étaient également anormales, bien que légèrement différentes. J’étais cependant assez sûr qu’elles étaient de la même espèce que lui. Des raretés dans tout le cosmos.

Je n’avais ressenti aucune hostilité de sa part lors de notre première rencontre. Il me traitait avec gentillesse et se mêlait souvent de mes affaires pour pouvoir sauver des gens. C’était un homme qui avait souvent une mauvaise influence, mais qui travaillait toujours pour le bien des autres.

Si c’était possible, je voulais le présenter au Souverain.

« Nous sauverons le Souverain même si nous devons ouvrir le corps de chaque humain dans ce monde. Tes sentiments ne sont pas acceptables. »

« Je vois… En es-tu sûr ? Tu pourrais te trouver en désaccord avec un plus puissant que moi. »

Bien sûr, cela l’avait de nouveau mise en colère. Mais sa colère était justifiée. C’était moi qui avais arraché leur précieux Souverain.

Ce n’était pas comme si nous avions voulu que cela arrive. Nous pensions simplement que les autres Phases allaient élire un nouveau Souverain et poursuivre leur vie.

Mais ils voulaient le pouvoir. Ils s’accrochaient à l’ancienne force, à leurs traditions. Ils ne s’étaient pas adaptés ou ne le pouvaient pas. Ils voulaient retrouver leur ancien pouvoir, même si cela signifiait le suivre à travers les mondes et anéantir d’innombrables vies.

Par conséquent, ils s’étaient répandus dans les mondes et devinrent un grand fléau. Ils n’avaient pas l’intention de s’arrêter. L’ironie n’était pas perdue pour moi, bien sûr. Ils faisaient ce que je faisais, mais à une échelle plus grande et plus destructrice. La seule chose que je pouvais faire dans mon égoïsme était d’atténuer les dégâts qu’ils causaient.

Le Souverain puise lentement l’énergie de son hôte, petit à petit. Lorsque l’hôte meurt, le Souverain se transporte dans un autre hôte. Dans la plupart des cas, l’hôte ne réalise jamais ce qu’il a en lui et vit sa vie sans aucun souci. Après tout, le Souverain ne fait pas de mal à celui qu’il infeste.

Après avoir répété ce processus plusieurs fois, le Souverain gagne assez d’énergie pour traverser les dimensions et se diriger vers l’autre monde. Un monde « plus haut » que le précédent.

Lorsque l’hôte meurt, la « voix » du Souverain devient audible pendant un court instant. Chaque fois que le son retentit, le Souverain monte de plus en plus haut dans les escaliers. En changeant d’hôte dans ce monde, il acquiert lentement plus de puissance.

« Penses-tu que les misérables humains de ce monde ont assez de force pour s’opposer à nous ? »

« Tu les as vus détruire une Construction Haute, pas vrai ? »

« Hmph. Je suis sûr que tu as quelque chose à voir avec ça. Une fois que cette maudite barrière tombera, nous serons sûrs d’anéantir l’espèce entière ! »

Un bruit de cliquetis résonnait dans le noir alors que Ney frappait la limite physique de leur monde.

Nous étions tous les deux dans l’espace entre les mondes, mais elle était à l’extérieur de la membrane, et moi à l’intérieur. Cette fille et ses alliés… Ils ne possédaient pas mon pouvoir, celui qui permet de passer d’un monde à l’autre avec facilité. Ils n’ont pas d’autre choix que de chercher des coutures desserrées et de forcer leur passage.

Cela nous permettrait au moins de gagner du temps, mais c’était quand même inévitable. Les autres Constructions Dominantes étaient sûrement à la recherche de points faibles.

« Je t’ai déjà offert cette chance, Ney… Mais si tu te joignais à moi… »

« Silence ! Je ne me laisserai pas charmer par des paroles mielleuses ! Je ne suis pas comme Lycée ! »

« Quel dommage ! Elle aimerait te revoir, j’en suis sûr. »

« … C’est ce que veut Lycée? »

« Oui. »

Lycée attend probablement mon retour alors même que je suis en train d’avoir cette conversation. Même si j’ai l’impression que je vais être en retard aujourd’hui. Elle est quand même coriace. Je suis sûr que ça va aller.

« … Lors de notre prochaine rencontre, tu ne me trouveras pas aussi miséricordieuse. Garde ta vie pathétique jusque-là, ordure. »

Avec ces mots, Ney s’était évanouie dans le noir. Bonté divine… Elle a toujours été une source de problème.

Il faudra beaucoup de temps avant que mon pouvoir ne revienne. Je ne pourrai pas retourner dans ce monde avant un certain temps… C’est pourquoi je n’ai pas voulu utiliser cette capacité. De toute façon, étant donné la nature hostile de la rencontre entre Ney et moi, c’était la seule chose que je puisse faire.

Bien que… J’ai le sentiment que Touya aurait peut-être fait quelque chose pour me surprendre, comme il le fait d’habitude. Après tout, cela fait si longtemps que je n’ai pas senti une personne comme lui.

Je pense que cela fait environ cinq mille ans… Il ressemble beaucoup à cette femme intéressante qui avait aussi réussi à faire l’impossible.

Regina Babylon, je crois que c’était son nom.

***

Partie 11

Cette chose se nommant construction dominante avait disparu, mais le fait qu’une telle chose existait était effrayant. Je ne savais pas que nous serions confrontés à quelque chose de plus puissant qu’une Construction Haute. De plus, elle avait la taille d’un être humain, ce qui signifiait que le combattre dans le Frame Gear n’était pas sage.

Naturellement, l’incident avait été diffusé aux dirigeants du monde entier qui regardaient le champ de bataille, et ils avaient des dizaines de questions à me poser. Mais je n’avais pas eu de réponses. Tout ce que je pouvais dire, c’était que la créature était beaucoup plus puissante que la Phase de type gorille, et qu’elle semblait avoir des émotions.

Elle parlait dans une langue inhabituelle, mais on avait l’impression qu’elle communiquait activement avec Ende. Je ne savais pas trop quoi en penser.

De toute façon, la bataille était terminée et nous avions déjà fini de nettoyer l’endroit. Les dommages causés à Roadmare étaient bien moins importants que ceux causés à Yulong. Cependant, l’un des sommets d’une montagne avait été emporté par le vent. Le champ de bataille lui-même était devenu un terrain vague grâce à la puissance destructrice de ce gorille.

Heureusement, nous n’avions pas eu de morts, mais il y avait beaucoup de blessés. La plupart des blessures étaient dues au tremblement de terre déclenché par la Construction Haute. Les soldats blessés avaient été envoyés directement au QG, où Sue et Leen les avaient soignés avec de la magie curative. Flora avait également apporté des médicaments.

Malgré toute notre préparation, cela s’était terminé ainsi. Mais nous avions eu la chance de savoir ce qui se passait.

Roadmare avait été sauvé, bien que leur capitale ait subi de sérieux dommages structurels à cause des déchaînements des Golems. Mais cela n’avait pas vraiment de rapport avec nous.

Bowman avait été forcé de travailler dans les mines en guise de punition pour sa négligence. Il avait été condamné à dix ans de travaux forcés.

Le Doge avait également été frappé par plusieurs accusations de mise en danger et de négligence pour avoir financé le plan de Bowman.

Finalement, il fut déchu de son titre et un nouveau membre de la noblesse prit sa place pour contrôler la province centrale.

Celui qui lui succéda en tant que Doge de l’Union de Roadmare n’était autre que la gouverneure Audrey.

Elle était certainement rusée et nous avait utilisés à son avantage. Mais cela ne faisait pas d’elle une mauvaise personne. Juste une personne rusée.

Travailler avec Audrey serait bien mieux que ce vieux con stupide.

Elle avait tout d’abord ordonné de cesser toute production et recherche sur les golems. C’était tout à fait naturel. Ils ne voulaient pas qu’un autre golem hors de contrôle se déchaîne.

Aussi, après une discussion entre leurs représentants, ils avaient tous accepté de rejoindre l’alliance. Mais il semblerait que la raison principale de cette décision était qu’ils puissent emprunter nos Frame Gears en cas d’urgence. J’avais décidé de leur donner quelques Frame Gears pour s’entraîner.

Le nettoyage des dégâts dans Roadmare était beaucoup plus facile grâce aux Frame Gears, mais aucun de leurs chevaliers n’étant capable de les piloter, j’avais donc décidé d’envoyer plusieurs chevaliers pour servir d’instructeurs. Nikola était parmi eux.

La ville retrouvait peu à peu sa gloire d’antan grâce à l’opération de nettoyage.

Le Doge Audrey avait également commencé à travailler sur la réparation des relations entre Roadmare et Regulus, en rédigeant plusieurs accords agréables en très peu de temps.

Bien sûr, ils ne seraient pas dans l’immédiat les meilleurs amis du monde, mais c’était un pas dans la bonne direction.

Roadmare avait des frontières communes avec Ramissh, Regulus, Felsen et Yulong. Le commerce avec la plupart de ces pays se faisait par voie terrestre. Enfin, autrefois. La dissolution de Yulong avait coupé ces routes commerciales.

C’est pourquoi l’accord avec Regulus était une aubaine inattendue. C’était certainement bon pour l’Union dans son ensemble.

« Maître, monsieur ! Je demande un peu de votre temps, monsieur ! »

« Hein ? »

Rosetta était en train de réparer le Dragon d’Ende dans le hangar, mais elle m’avait arrêté. Plus précisément, elle était en train de fixer un nouveau bras pour remplacer celui qu’Ende avait cassé. Nous allions équiper le nouveau Dragon amélioré d’un endosquelette plus solide. Le Dragon était construit pour la vitesse et la puissance, il n’était donc pas vraiment surprenant qu’il se soit cassé si facilement. Je ne serais pas surpris que cela se reproduise.

Rosetta était descendue de la grue.

« Quelque chose d’étrange s’est produit lors de la récente bataille, monsieur ! »

« Hein ? Comme quoi ? »

Le jour de la bataille, j’avais demandé à Rosetta et Monica de veiller sur les Frame Gears.

Elles avaient également pour tâche d’observer et d’enquêter sur les mouvements de la Phase. Elles étaient essentiellement nos yeux dans le ciel. Je ne voulais absolument pas laisser cela à Parshe… Sa maladresse était mortelle.

« Eh bien, monsieur ! Le nombre de soldats blessés s’élève à trente-six, oui monsieur ! Cependant, il y a une grande différence ! Vous avez récupéré trente-cinq Frame Gears sur le champ de bataille. Il y a donc une unité manquante, monsieur ! »

« … Vraiment ? »

Cela n’avait aucun sens. J’avais utilisé [Stockage] pour ramasser tous les débris de Frame Gear à proximité. La seule façon pour qu’ils disparaissent était qu’ils soient déjà pris avant que je ne nettoie.

« Pour être plus précis, monsieur ! Il nous manque une tête, une poitrine, un avant-bras gauche, et une jambe droite entière ! Toutes les pièces proviennent d’un Chevalier, monsieur ! »

« Donc, il a été volé en plein milieu d’une bataille ou quelque chose comme ça ? »

« Non, monsieur ! Je pense que c’est le contraire ! Je pense qu’après une certaine destruction, quelqu’un a rassemblé des morceaux cassés ! »

Rosetta alluma un moniteur dans le garage. C’était l’enregistrement aérien qui montrait la bataille il y a quelques jours. En termes de temps, c’était juste avant l’apparition de la Construction Haute. Je m’étais demandé ce qu’elle me faisait regarder.

« Regardez ici, monsieur ! »

Elle avait mis l’enregistrement en pause en appuyant sur un bouton. Il y avait un Frame Gear cassé dans le coin de l’écran.

Elle avait soudainement recommencé l’enregistrement, et le Frame Gear s’était en quelque sorte déplacé hors de l’écran.

« … Hein ? Qu’est-ce que c’est que ça ? »

« Passons à la vision magique filtrante, monsieur ! »

« Eh ? »

Rosetta appuya sur un bouton, et la composition de la vidéo changea. Elle montrait les figures de différents hommes transportant des morceaux du Frame Gear. Ils étaient entourés d’une lumière bleue. Je n’avais pas pu distinguer les détails, mais ils ressemblaient à des humains. Il était possible qu’ils soient demi-humains, mais ils n’avaient pas les oreilles et la queue des bêtes.

« On dirait qu’ils utilisent une sorte de sort de dissimulation ou un artefact, monsieur ! Mais ils ont été vus par nos superpositions de détection magique ! Vous voyez ? Vous pouvez les voir directement sur la peinture du Frame Gear, monsieur ! »

Nos Frame Gears avaient été recouverts d’une peinture magique, le contraste avait donc permis de les détecter plus facilement grâce à la superposition spéciale. Pourtant, je n’avais aucune idée de qui ces gars étaient censés être.

Il y avait peu de chances que ce soit des gens de l’alliance. Après tout, je leur donnais déjà des Frame Gears. Ça n’aurait servi à rien.

Mais ça aurait pu être un pays étranger. La bataille était connue depuis quelques jours. Cela signifiait que quelqu’un aurait pu se faufiler pour en profiter.

« Mon Dieu… C’est comme des petits escrocs qui volent des trucs sur les lieux d’un incendie d’appartement ou autre. Bon… Lancez une recherche, pièces de Frame Gear cassées. »

« … Recherche terminée. Affichage. »

Ma carte avait été projetée, mais aucune épingle n’était tombée dessus. Les morceaux cassés à Babylone n’avaient évidemment pas été projetés à cause de la barrière magique protectrice autour des îles flottantes, et comme j’avais spécifié les morceaux cassés, il n’y avait pas non plus d’épingles dans Roadmare, mais quand même… Je m’attendais à quelques résultats.

« Monsieur ! Il est tout à fait possible qu’ils aient une barrière qui empêche la détection magique ! Peut-être comme celle que nous avons installée ici. »

Ce serait logique. Mais quand même, cela signifiait qu’il ne serait pas possible de les suivre.

« Serait-il possible pour eux de faire un Frame Gear à partir des pièces ? »

« Pas moyen, monsieur ! Le mieux qu’ils peuvent faire est de réassembler grossièrement un chevalier cassé, mais ils ne pourront pas le produire en masse. »

Cela semblait bien, alors. Ils n’avaient pas non plus l’éther liquide. Ils n’avaient donc pas la technologie nécessaire pour me menacer.

« Mais cela pourrait devenir problématique s’ils appliquent la technologie ailleurs, monsieur ! Il y a une chance qu’ils puissent produire une version inférieure du Frame Gear. »

« Ugh… C’est effectivement problématique… »

Monica, qui réparait également le Dragon d’Ende, s’était assise sur son épaule et avait pris la parole.

« Ne serait-il pas sage d’informer chaque membre de votre alliance qu’il a été volé ? Ce serait vraiment grave si un faux chevalier faisait des ravages et tout ça ! Vous seriez totalement blâmé ! »

Elle avait raison. Une imitation de Chevalier ne serait pas facile à faire fonctionner sans éther liquide, mais je ne voulais pas prendre de risques.

Pourtant… Des imitations de Frame Gear. Une sorte de version inférieure de la technologie… J’avais eu l’impression que l’une de mes sensations brevetées m’indiquait que quelque chose de mauvais en résulterait.

« Quand même, monsieur ! Ils ne seraient jamais capables de faire quelque chose de mieux que nos Frame Gears, alors ne vous inquiétez pas ! »

« Je le sais, mais je me sens toujours un peu mal à l’aise de laisser cela comme ça… »

Mais il était trop tard pour penser à des contre-mesures. J’aurais dû installer un système d’autodestruction ou quelque chose comme ça. Je me souvenais de cet anime de mécha génial où le protagoniste faisait exploser la machine avec lui-même. Je m’étais demandé si c’était pour le style… Ça aurait pu être par contre pour protéger ses secrets. Mais qui, sain d’esprit, monterait dans un mécha qui vous ferait exploser comme ça…

« Les Frame Gears de Yae et Hilde sont plus importants en ce moment. Dois-je le baser sur le Frame Gear que nous avons fait pour Elze, monsieur !? »

« Hm… Oui, on n’a pas besoin de faire beaucoup d’ajustements. Il suffit de faire un type de combattant général pour Yae. Il n’a pas besoin d’être trop spécialisé sinon. Celui de Hilde sera à peu près le même. »

« Monsieur, oui monsieur ! Et pour qui allons-nous fabriquer des Frame Gears après cela ? »

« Tu en feras un pour moi ! »

J’avais regardé vers l’entrée du hangar, et j’avais trouvé Sue là. Elle était accompagnée de Cesca, qui l’avait probablement emmené. Quelle surprise !

Sue s’était alors précipitée vers moi et me fit un de ses fameux câlins.

« N’est-il pas temps pour moi d’avoir un Frame Gear !? Non ?? Tu sais que j’en ai marre de jouer dans le simulateur de Frame Gear !? »

Elle n’arrêtait pas de me donner des coups de tête dans l’estomac. Guh… Un Frame Gear pour Sue…

Pour être honnête, j’étais un peu inquiet. Et ce n’était pas à propos de ses compétences. En fait, elle avait très bien réussi les simulations de Frame Gear. Elle avait un niveau de compétence prodigieux quand il s’agissait de le manipuler, donc dans mon esprit je n’avais aucun doute qu’elle deviendrait une grande pilote.

Mais il était clair pour moi qu’elle considérait tout cela comme un jeu. Sur le champ de bataille, il fallait être prêt à prendre des vies. Je ne pensais pas qu’elle était prête pour ça.

« Allez Sue… veux-tu vraiment faire des trucs dangereux comme ça ? »

« Ne sois pas stupide ! Je suis ta fiancée, Touya ! Je me battrai quand il le faudra, dis-je ! Je ne suis pas une femme trophée qui doit s’asseoir et être joli ! Je veux protéger les gens auxquels je tiens ! »

Elle me fixa d’un regard sérieux. Sa détermination était palpable. Probablement parce qu’elle avait grandi dans une maison noble… Elle était vraiment incroyable pour son âge.

Peut-être que je l’avais trop traitée comme une enfant.

« … Très bien. Nous travaillerons sur ton Frame Gear par la suite. Quel genre de Frame Gear as-tu en tête ? »

« Un Frame Gear fort ! »

C’était un peu ambigu. J’avais décidé de demander un peu plus d’informations.

« J’en veux un énorme ! J’en veux un qui puisse totalement détruire l’ennemi comme Gerhilde ! Et, oh ! Comme celui que tu m’as montré… Celui qui peut se combiner et se transformer en un plus grand ! »

Oh… Celui de cet anime.

« Ensuite, nous pouvons déployer des bras rotatifs et arracher les noyaux des phases, ouais ! Oh, oh ! Faites un marteau d’or géant pour ça aussi ! »

Ah, bon sang… Je suppose que c’est un peu familier. Hmm… Je vais le faire construire afin qu’il soit puissant. Ce sera bon pour l’attaque et la défense. Mais cela signifie que je dois sacrifier la mobilité. Après ça… Il s’agit juste d’utiliser la technologie du Fragarach pour les armes. Et si on le combinait et qu’on le transformait, par contre… Je ne pense pas pouvoir le faire sans une IA ou autre chose. Peut-être que si d’autres personnes pilotent les autres parties ? Non, c’est trop…

« Je pense que ça ira, monsieur ! Je pense qu’il y a quelque chose qui lui conviendra dans l’entrepôt. »

Vraiment ??... Eh bien, je suppose que s’il y a quelque chose qui peut donner vie à un cadre photo, une IA n’est peut-être pas totalement hors de question. S’il y a quelque chose comme ça, je peux l’utiliser pour construire le Frame Gear de Sue.

« Hmm… Très bien, j’ai quelques idées. Je vais m’en occuper. »

« Woohoo ! Merci, Touya ! Tu es le meilleur mari de tous les temps ! »

Sue me serra dans ses bras et plissa ses lèvres, me faisant un baiser avant que je ne puisse comprendre ce qui se passait. Puis, elle posa sa joue contre la mienne. Elle avait certainement grandi un peu…

Alors que je pensais tranquillement à sa maturité soudaine, Cesca s’était tournée vers Sue et avait levé son pouce. C’est toi qui lui as fait faire ça ? ! Ne lui apprends pas des choses bizarres !

***

Chapitre 2 : Les errances d’un Grand Duc

Partie 1

J’avais fait le tour de tous les pays de l’alliance et je les avais informés du vol de pièces de Frame Gear. Cela permettrait au moins de faire comprendre que Brunhild n’était pas responsable au cas où ils tenteraient d’attaquer quelqu’un en utilisant un Frame Gear de fortune.

« Que l’endroit soit entouré d’une barrière magique est déjà assez suspect, mais quand même… »

Il y avait beaucoup trop d’endroits qui faisaient l’affaire. Les châteaux, les forts et les lieux qui étudiaient les applications de la magie avaient tous des barrières d’intensité variable. Je ne pouvais pas non plus me contenter de les chercher.

Il n’y avait pas que les grandes bâtisses qui possédaient des barrières. Il y avait d’autres endroits comme les trésors royaux et les chambres des nobles. Les barrières variaient aussi énormément en puissance, mais même les plus faibles étaient assez bonnes pour annuler les sorts de base. Même les versions les plus faibles, les talismans de poche, étaient assez efficaces pour empêcher mon sort de paralysie.

Peu importe où ils tenaient les pièces, j’étais condamné dès le départ. Je n’avais pas d’autre choix que de trouver l’endroit et de le voir de mes propres yeux. Mais même dans ce cas, il se pourrait que je ne puisse pas le voir si la barrière magique était une barrière avancée qui comportait également un mirage.

Dans tous les cas, il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Tout ce que je pouvais faire, c’était de continuer à vivre au quotidien.

« Le hangar contient des véhicules, n’est-ce pas ? »

« C’est tout à fait exact. Notre hangar est équipé d’œuvres magistrales telles que les chars Babylon, les dirigeables ultras rapides, les machines de forage de pointe, etc. Mais ils doivent fonctionner avec beaucoup d’éther liquide et d’autres trucs, alors on ne s’en sert pas… »

Je parlais à Monica, qui était en train de faire des ajustements de dernière minute sur le Frame Gear de Yae.

« Ne pourrait-on pas les utiliser comme unités de support pour le Frame Gear de Sue ? On pourrait par exemple les attacher à une base de Frame Gear, et les combiner. »

« Je ne crois pas que cela puisse se faire sans un remodelage important du châssis. Cela semble être un gaspillage total de ressources et de matériel. Ne pourrait-on pas simplement construire un châssis extrêmement grand ? Pourquoi devrions-nous ajouter des combinaisons détachables ? »

Monica inclinait sa tête sur le côté.

Eh bien, je comprends ce qu’elle veut dire, mais… Bah, je vais juste devoir lui montrer. C’est trop dur à expliquer.

J’avais appelé Rosetta, et je lui avais montré, ainsi qu’à Monica, quelques épisodes de l’anime que j’avais déjà montré à Sue.

Au début, elles n’avaient pas l’air très impressionnées. Cependant, leurs corps s’étaient progressivement rapprochés de l’écran projeté, et leurs froncements de sourcils perplexes s’étaient transformés en sourires fascinés. Je les regardais, m’inquiétant de savoir si je n’avais pas commencé quelque chose de mal.

Ne pensez pas, ressentez seulement. Écoutez votre cœur.

On aurait dit qu’elles avaient été frappées par un éclair d’inspiration divine. Elles avaient immédiatement commencé à travailler sur un châssis qui pourrait se combiner avec les pièces du véhicule. Elles avaient poussé le raisonnement jusqu’au bout, et avaient dépassé l’impossible.

… Bien sûr, c’était dû à mon pouvoir… Les animes n’existaient pas dans ce monde… J’allais l’utiliser pour montrer aux gens des choses qu’ils n’auraient jamais pu imaginer… Les animes me permettront de construire les meilleurs Frame Gears !

« Donc, tu vas ensuite construire le Frame Gear de Sue ? »

« Oui. Mais cela prendra un certain temps, car nous sommes en train de créer un système unique pour cela. Ton Frame Gear viendra juste après, Yumina. Je te le promets. »

« Honnêtement, ça ne me dérange pas d’attendre. D’ailleurs, si le mien arrive en dernier, ce sera probablement le meilleur, non ? »

Elle n’avait pas tort de penser cela. Si je continuais à faire de nouvelles découvertes et améliorations, je pourrais probablement les perfectionner avec le dernier Frame Gear personnalisé.

Je me détendais dans mon château avec une bonne tasse de thé. J’attendais ce moment de repos depuis un moment. Yumina était à mes côtés, sirotant sa propre tasse.

« Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas assis comme ça… »

« Oui. Eh bien, j’ai été assez occupé depuis que j’ai fondé Brunhild… »

« Ce n’est pas exactement ce que je voulais dire. Je voulais juste dire que ça fait un moment que nous n’étions plus tous les deux. »

Yumina reposait doucement sa tête contre mon épaule.

Mmh… J’ai compris. Même pendant tout notre séjour à Reflet et au manoir de Belfast, nous n’avions pas eu beaucoup de moments d’intimité comme ça entre nous.

« Des moments comme ça sont rares, alors… puis-je te demander de me gâter un peu… ? »

« Hm ? Gâter, hein… ? »

Les yeux de Yumina étaient fermés, mais son visage me regardait. Je savais ce qu’elle demandait. J’avais souri doucement et j’avais placé les deux mains sur ses épaules, puis j’avais poussé mes lèvres contre les siennes.

Au bout d’un moment, nos lèvres s’étaient séparées. Elle me serra ensuite très fort dans ses bras. Son visage était tout rouge.

« Ehehe... Tu es tout à moi aujourd’hui, Touya… »

Je n’aurais jamais pensé que je serais dans une situation où je m’habituerais à ce genre de choses. Je n’étais pas sûr de ce que j’allais ressentir.

J’étais venu depuis un autre monde… J’avais obtenu huit fiancées… Toutes plus jeunes que moi… Enfin, sauf Leen, qui était beaucoup plus âgée.

« Tu sais, quelque chose a changé dernièrement. »

« Hm ? Quoi donc ? »

« Mon œil mystique. Tu sais comment je peux voir à travers les intentions des gens ? Eh bien… récemment, j’ai commencé… à ressentir différents effets… »

« Des effets… différents ? Quoi ? »

« Eh bien… »

Yumina s’éloigna de moi, puis me fit un petit signe de tête.

« Touya. Jouons à pierre-feuille-ciseaux. »

« Hein ? C’est si soudain… Est-ce que ça a quelque chose à voir avec les nouveaux effets ? »

« Oui. Jouons-y, lentement. »

J’avais enseigné le jeu du pierre-feuille-ciseaux aux autres, mais je n’avais aucune idée de ce qu’elle voulait me montrer.

« D’accord… Pierre, feuille… ciseaux ! »

J’avais perdu. Yumina fit un geste de la main et commença le tour suivant.

« Pierre, feuille… ciseaux ! »

J’avais encore perdu. Et encore une fois. À plusieurs reprises. Peu importe combien de fois nous avions joué… je perdais. Je ne me souvenais pas que Yumina était si douée pour ce jeu… mais il me semblait aussi qu’elle n’utilisait pas de technique spéciale. Cela avait probablement quelque chose à voir avec les effets qu’elle avait mentionnés.

« Peux-tu… gagner à ce jeu en utilisant ce nouveau pouvoir ? »

« C’est un peu difficile à expliquer, mais… Eh bien, comment dire... Je peux juste… Je sais juste ce que tu vas choisir. »

« Comme… quelque chose comme lire dans l’esprit des gens ? »

Est-elle télépathe maintenant ? C’est un peu effrayant ! Je ne pourrai plus rien garder pour moi… Si je la trompe, elle le saura tout de suite ! Euh… ce n’est pas comme si je la trompais. Attends, tu lis dans mes pensées en ce moment ? ! Je ne le pensais pas, je le jure !

« Non, je ne peux pas faire quelque chose comme ça. C’est plus comme… Voyons ? Je peux en quelque sorte voir à quoi ressemblera ta main dans quelques secondes. C’est flou et vague… mais je peux certainement voir un peu dans le futur. »

Whoa… De la clairvoyance ? C’est incroyable. Même si ce n’est que quelques secondes, c’est incroyable ! Quand même, pourquoi a-t-elle un tel pouvoir... Attends… Est-ce que ça pourrait être une extension de ce truc dont Karen m’a parlé ? Elle reçoit mon amour, et comme je suis un demi-dieu, et qu’elle est aussi de la famille de Karen et Moroha… En y repensant, ce n’est pas le seul changement que j’ai remarqué ces derniers temps. Sue est devenue prodigue en tant que pilote de Frame Gear, Lu est devenue une combattante beaucoup plus habile… Je veux dire, c’est vraiment une bonne chose… C’est juste difficile à comprendre !

« On le teste un peu ? »

J’avais mis plusieurs pièces dans ma main droite et j’avais fermé le poing. Le but était de faire deviner à Yumina combien de pièces il y avait.

Elle l’avait su immédiatement. À chaque fois. J’avais décidé de changer l’expérience en utilisant [Support] pour transférer subtilement les pièces de ma main droite à ma main gauche. Elle s’était trompée. Mais cela m’avait un peu troublé. Je m’étais demandé si l’utilisation de [Support] ne changeait pas le futur prévu d’une manière ou d’une autre. Mais je n’avais fait ce choix que parce que je connaissais le pouvoir de Yumina. Si elle avait su que je le ferais, elle m’aurait dit qu’il n’y aurait pas de pièces. Mais si elle avait dit qu’il n’y avait pas de pièces, je n’aurais pas utilisé de [Support] pour les déplacer… Dans les deux cas, elle aurait perdu.

Il semblerait que sa vision des choses n’était pas parfaite. Mais je ne voudrais certainement pas connaître l’avenir si je ne pouvais pas le changer. Savoir que vous alliez vous casser un os dans cinq secondes ne vous servira à rien si vous ne pouviez rien faire pour l’éviter.

Il semblerait que l’avenir puisse être modifié si quelqu’un d’autre que Yumina faisait le changement. Au moins, cela pourrait être utile si elle voyait les attaques ennemies un peu à l’avance. Cependant, j’étais assez sûr qu’avec les limites actuelles, cela ne serait pas si utile.

Pour l’instant, c’était plus une intuition très forte qu’une vision de l’avenir. Il ne serait pas utile d’être trop confiant à ce sujet.

« Il y a autre chose, aussi… »

« Sérieusement !? »

Ses yeux n’étaient pas utilisés en permanence, je m’étais donc demandé si c’était pour cela qu’ils semblaient développer de nouvelles compétences. D’une certaine manière, ils étaient un peu comme sa magie Néant personnelle.

« Parfois, quand je te regarde, Touya… je vois une très faible lumière dorée qui émane de ton corps. J’ai aussi vu la même lumière venant de ta sœur Karen, mais un peu plus forte. As-tu une idée de ce que cela pourrait signifier ? »

Attends une seconde… Peut-elle voir la divinité ? Même moi, je ne peux pas le voir ! Karen a dit qu’elle pouvait la voir, car elle s’échappe de moi et d’autre chose, mais… Merde.

« Ah… Eh bien… Je ne m’inquiéterais pas de ça pour l’instant. Mais fais-moi savoir si tu vois cette lumière sur quelqu’un d’autre que moi ou mes sœurs. »

Yumina pourrait finir par aider à trouver ce dieu servile que mes sœurs recherchaient. Mais ce ne serait probablement pas si facile. Karen et Moroha avaient déjà dit qu’elles seraient capables de sentir le moment où un pouvoir divin était utilisé dans ce monde.

Yumina me regardait avec des yeux méfiants, mais elle avait fini par hausser les épaules et soupirer.

« Très bien, alors… Je ne comprends pas les détails, mais je vais faire ce que tu me demandes. »

« Je suis désolé. Je te promets que je t’en parlerai bientôt comme il se doit. »

« En effet. Je te le rappellerai, d’accord ? » Yumina avait fini de parler et avait reposé sa tête contre mon épaule à nouveau.

Mince… même si j’ai dit que je l’expliquerai, je ne sais pas vraiment comment. J’ai oublié de vous dire que je suis en fait un gars d’un autre monde et j’ai été tué, mais le DIEU RÉEL DE CE MONDE m’a ressuscité ici et maintenant je suis aussi un Dieu en formation. C’est cool ? Il n’y a aucune chance que cela fonctionne. Je n’étais pas sûr qu’ils puissent croire à quelque chose comme ça.

D’après ce que j’avais compris, il y avait une sorte de sort de convocation dans ce monde, bien qu’il soit exceptionnellement rare… C’est peut-être assez facile à expliquer, mais… Il y avait le fait que je venais d’un autre monde. Je serais très contrarié s’ils me considéraient comme une entité comme la Phase.

De plus, il y avait aussi le fait que je m’élèverais éventuellement en tant que Dieu… J’avais vraiment peur quant à la façon de parler aux gens qui m’étaient proches de mes circonstances extrêmement inhabituelles. Je ne savais pas ce qu’ils pourraient dire.

« Ah ! Ce n’est pas juste, Yumina ! Tu ne peux pas monopoliser Touya ! N’est-on pas des sœurs d’armes ? »

Lu entra dans la pièce et nous vit tous les deux. Après s’être un peu agitée, elle s’était assise de l’autre côté et me serra dans ses bras comme le faisait Yumina.

« Bonté divine… Je ne l’ai pas vraiment monopolisé si longtemps. »

Yumina sortit sa langue, en souriant doucement.

J’avais deux belles fleurs, une dans chaque main. J’avais commencé à me sentir gêné. Ce n’était pas aussi effrayant quand c’était juste seul à seul.

« Ohoho, oh mon… Vous vous amusez bien avec votre harem, Maître ? Savez-vous que vous ne devriez pas nous oublier, moi et mes sœurs ? »

Cesca était entrée après que Lu se soit assis, apportant avec elle son habituel commentaire sardonique.

« Qu’est-ce que tu veux dire par là... »

« Vous devriez nous tapoter la tête… ou tenir nos corps près du vôtre. Ou prendre une corde et nous attacher très fort… Puis nous donner une fessée. Arracher nos vêtements, ah… Mh… Et verser de la cire de bougie sur nos corps nus qui se tortillent… Mmh ! »

Le souffle de Cesca était devenu chaotique. Elle commença à se tortiller. C’était une cause perdue.

« Est-ce que Touya aime ce genre de choses… ? Uhm… Je suis inexpérimentée, et c’est embarrassant, mais s’il le faut, je pourrais le faire… »

« O-Oui… Moi aussi… Ce sera ma première fois, alors sois un peu gentil… Mais je ferais ça… »

Les deux filles à mes côtés rougissaient d’un pourpre profond, en marmonnant des absurdités absolues pendant tout ce temps.

« MERDE !!! Mes goûts ne sont pas du tout ceux-là ! Ne l’écoutez pas ! »

Laisse tes fantasmes fétichistes en dehors de ça, Cesca ! J’avais forcé la gynoïde perverse à sortir de la pièce. Pour une raison quelconque, mes manipulations l’avaient fait respirer encore plus fort.

« Mm !! Plus, s’il vous plaît… »

Cesse de gémir ! Cesse !!

***

Partie 2

« C’est une des ondes sonores des Phases. Voici l’un des sons d’une “Construction Intermédiaire” et l’un des sons d’une “Construction Haute”. Ces sons peuvent être difficiles à entendre, mais ils sont assez facilement reconnaissables avant qu’ils ne sortent ! Si nous utilisons cette machine, nous n’aurons ainsi aucun mal à les identifier. »

Parshe, vêtue de sa tenue de jeune fille du sanctuaire, était assise dans l’entrepôt en feuilletant à travers divers écrans flottants. Elle avait fait beaucoup de recherches sur les longueurs d’onde des Phases depuis la dernière bataille.

« On peut donc utiliser ça pour déterminer où et quand elles sortiront, non ? »

« Ah… C’est un peu trop, mais peut-être. Nous pouvons mesurer la déchirure spatiale, déterminer sa taille et la vitesse à laquelle elle s’élargit. Nous pourrions nous tromper de deux ou trois jours, mais ça devrait être assez proche. »

Deux ou trois jours, c’est peu quand on a affaire à des ennemis comme la Phase, mais cela semble quand même assez acceptable.

« On peut donc utiliser ces données pour créer une sorte de radar de détection de la Phase, non ? »

« Je peux probablement le faire, oui. Mais ne vous attendez pas à ce que la performance soit si bonne. »

Même le fait de pouvoir les sentir était une bénédiction, indépendamment des restrictions de portée. Si nous fabriquions plusieurs détecteurs, nous pourrions également couvrir plus de terrain. J’avais décidé d’en parler tout de suite à Rosetta.

Elle était en train de fabriquer le Frame Gear de Sue, mais le radar avait définitivement pris une plus grande priorité. Si nous savions où ils allaient sortir, nous serions capables de nous adapter et de nous défendre.

J’étais allé à l’atelier pour parler à Rosetta de la fabrication d’un détecteur de Phase, mais elle s’était fâchée quand j’en avais parlé.

« Non, monsieur ! Je ne suis qu’une personne, monsieur ! Je ne peux pas simplement faire ceci, puis cela, puis ceci et cela en même temps !!! »

Permettez-moi de me corriger. Elle était en fait devenue un peu furieuse. C’était quand même compréhensible. Nous n’avions pas exactement un surplus de travailleurs. Il y avait beaucoup de minibots, mais elle aurait probablement eu besoin de plus de soutien.

« En effet. Il semblerait que vous soyez venu me voir. »

« … En effet. »

Finalement, j’étais allé au Rampart pour demander de l’aide à Liora. Bien qu’il s’agissait plutôt d’un cas où je n’avais pas de réelles alternatives. Je ne pouvais pas demander à l’abruti maladroite ou à l’abruti obsédée par les livres de m’aider pour une affaire délicate.

« Très bien. J’ai en effet travaillé comme assistante du Docteur Babylon pendant un bon moment, donc cela ne devrait pas poser de problème. »

J’avais eu raison de m’appuyer sur la sœur aînée de Babylone. Elle avait au moins la tête sur les épaules. Je voulais qu’elle allège le fardeau de Rosette, ne serait-ce qu’un peu.

« Où est Noël ? »

« Elle dort. »

« Surprise, surprise… Oh, Crea lui a fait ce panier-repas. Donne-le-lui, veux-tu ? Il y en a aussi pour toi. »

J’avais passé deux déjeuners emballés à la main à Liora. Celui de Liora était de taille standard, mais celui de Noël était environ cinq fois plus grand que le déjeuner d’une personne moyenne. Après tout, sa gloutonnerie était suffisante pour faire honte à Yae.

Tout ce que Noël faisait, c’était manger et dormir, alors j’avais été surpris qu’elle n’ait pas grossi. Mais c’était probablement dû au fait qu’elle était une machine humanoïde.

« Vous avez notre plus grande gratitude. Nous n’avons peut-être pas besoin de nourriture pour fonctionner, mais nous apprécions le goût d’un repas bien cuit. »

Liora m’avait fait un petit sourire. Liora, Noël et Fam ne venaient pas si souvent à la surface.

Au contraire, j’aurais préféré que Parshe ne vienne pas… L’autre jour, elle avait brûlé un des rideaux dans le couloir du château. Sa maladresse lui avait causé bien trop d’ennuis.

J’étais retourné au château de Brunhild, où j’avais rencontré Sakura et Kougyoku.

Les souvenirs de Sakura étaient encore complètement absents, mais on aurait dit qu’elle ne s’en souciait pas vraiment.

Je n’avais jamais perdu mes souvenirs auparavant, donc je ne pouvais pas vraiment juger, mais j’avais trouvé étrange le fait qu’elle ne semblait pas s’intéresser à ce qu’elle était.

J’avais toujours fait accompagner ses promenades par l’une des bêtes célestes en raison de son identité inconnue, mais j’avais récemment estimé que ce n’était probablement plus une mesure nécessaire.

« Ah, Grand-Duc. Je suis content que vous soyez là ! »

« Hm ? Vous avez besoin de quelque chose ? »

Sakura s’était précipitée vers moi. Elle semblait un peu plus paniquée que d’habitude. Il était vraiment rare qu’elle ait autre chose qu’une expression neutre sur son visage. Elle avait soudainement saisi ma main et s’était mise à courir avec moi dans une certaine direction. Ce n’était vraiment pas dans son caractère.

« Qu’est-ce qui se passe !? »

« Il y a une personne malade, mon seigneur. »

« Hein ? »

Kougyoku nous avait rattrapés en volant à nos côtés. Il semblait donc que Sakura s’inquiétait pour cette personne malade.

« Nous avons trouvé un individu effondré lors de notre promenade dans la ville du château. Nous l’avons amené à la Lune d’argent, mais la situation est assez précaire en raison de sa maladie rare. »

« Quelle maladie ? »

« La Demoderma. C’est une maladie qui n’affecte que les démons. Bien qu’elle n’ait pas un taux d’infection élevé et qu’elle ne puisse se propager que par contact direct, nous devons tenir tous les démons de Brunhild à l’écart du patient. La Demoderma provoque plusieurs symptômes horribles, et la mort est certaine au bout d’un mois environ. »

Sakura, toujours à mon bras, m’expliqua la situation.

Vous en savez beaucoup sur ce sujet… Avez-vous lu les manuels médicaux de la bibliothèque de notre château ? Je suppose que nous avons une autre maniaque du livre comme Fam.

Quoi qu’il en soit, une maladie qui touchait un démon ne pouvait signifier qu’une chose… Le patient était l’un d’eux aussi.

« Mais qu’est-ce que ça a à voir avec moi ? Ne devriez-vous pas demander à Flora ? »

« La Demoderma compte comme une maladie, mais elle est presque impossible à guérir. Pourtant, votre magie du néant, la [Récupération]… elle peut peut-être, eh bien… »

Maintenant, j’ai compris. Mon sort [Récupération] avait été fait pour traiter des affections comme le poison et la paralysie, ainsi que toute condition corporelle anormale comme la cécité ou la surdité. J’avais même théorisé que les calculs rénaux pouvaient aussi être enlevés avec ce sort. Le cancer était même une possibilité, mais je ne connaissais personne dans ce monde qui en souffrait.

Même si je pouvais faire tout cela, j’étais toujours incapable de guérir le rhume… Je ne savais pas vraiment pourquoi, alors je ne pensais pas que cela affectait les maladies. Mais on m’avait dit que ça pourrait marcher avec la Demoderma.

Si c’était le cas, il fallait se dépêcher.

Mais je me demandais pourquoi je n’étais pas convoqué par télépathie. Plus tard, Kougyoku m’avait dit que Sakura s’était soudainement précipitée vers le château quand elle l’avait découvert. Elle devait être trop inquiète pour y penser.

J’avais ouvert une [Porte] juste devant Sakura, et nous étions à la Lune d’argent en un éclair.

Fleur nous avait guidés dans les escaliers et nous avions fini dans la pièce la plus éloignée, au troisième étage. Il y avait une fille couchée dans son lit.

Son corps était enveloppé dans une cape déchirée, des bandages couvrant presque toute sa peau. Sa peau avait l’air d’être brune à l’origine, mais elle se croûtait et s’écaillait en un coloris brun rougeâtre et tombait sur les draps du lit en dessous d’elle. Les écailles semblaient épaisses et presque métalliques. Ses cheveux argentés semblaient complètement ébouriffés et sales.

Son visage était entièrement recouvert de bandages, mais je pouvais dire que c’était une femme. Sa poitrine était attachée, mais ses gros seins se soulevaient de haut en bas alors qu’elle respirait lourdement et superficiellement.

Mon Dieu, elle était affreuse… Sa peau était soit pelée, soit rouge et collante…

« Est-ce qu’elle est encore vivante ? »

« La Demoderma est une maladie qui durcit progressivement l’organisme. La peau se détache, devient épaisse et grossière, et se détache à nouveau… Finalement, tout le corps se bloque et devient si rigide qu’il ne peut même plus bouger. Après cela vient… la mort. Mais il est encore temps de la sauver. S’il vous plaît, utilisez votre magie. »

À la demande de Sakura, j’avais rapidement utilisé [Récupération] sur la fille.

La peau de la fille avait été enveloppée d’une lumière apaisante, et sa peau s’était rapidement détachée. J’avais pensé que quelque chose avait mal tourné jusqu’à ce que je remarque que sa peau se régénérait sainement par la suite. De la chair saine et bronzée était sortie d’entre les bandages. Ce fut un succès total.

Pendant que j’y étais, je lui lançais [Rafraîchissement] et je l’avais revitalisée. Grâce à cela, elle avait pu retrouver sa force physique.

Fleur enleva ses bandages et essuya le visage de la fille avec une serviette humide. Elle avait été découverte, révélant ainsi une fille à la peau brune avec des oreilles pointues comme des couteaux.

 

 

« Une elfe noire… »

« Oui… »

Sakura fit un signe de tête. Elle avait des oreilles comme celles du maître de la Guilde, Relisha. Cependant, la peau de cette fille était d’un brun gras, et elle avait de longs cheveux argentés.

« Les elfes noirs comptent-ils comme des démons ? Cela signifie-t-il que les elfes sont aussi des démons ? »

« Hm ? Non… Les elfes et les elfes noirs sont des races complètement séparées. Ils se ressemblent, mais sont très différents. Les elfes excellent en magie et ont la peau claire, tandis que les elfes noirs sont plus habiles en techniques physiques et ont la peau plus foncée. »

« Les espèces ont-elles aussi une sorte de rivalité profonde ou de haine mutuelle ? »

« Pas à ma connaissance… »

Il semblerait que je me sois trompé sur ce point. La réalité était, après tout, bien différente de ma connaissance superficielle des contes de fantaisie.

La fille était pourtant incroyablement belle. Je m’étais demandé si la beauté des elfes n’était pas simplement un trait racial. Hmhm… Très intéressant…

« A-Ah… Je suis sur le point d’essuyer son corps… »

« Oui, bien sûr. Veille à lui enlever tous les morceaux de peau durcie. »

J’avais fait un signe de tête à Fleur. Après tout, il vaudrait mieux qu’elle soit au mieux de sa forme dès que possible. Cependant, Fleur n’avait pas du tout bougé pour commencer son travail. Au lieu de cela, pour une raison quelconque, elle avait continué à me fixer.

Quelque chose sur mon visage… ?

« Euh… Eh bien, Votre Altesse… Je vais devoir la déshabiller, donc… »

Les mots nerveux de Fleur avaient finalement fait tilt dans ma tête.

Ah, attends ! Ne te méprends pas ! Je n’ai pas réalisé ! Ce n’est pas comme si j’essayais de la reluquer ! J’avais rapidement fait demi-tour et j’étais parti par cette porte. Il y avait une rumeur qui circulait sur le fait que j’étais un roi vigoureux ayant huit fiancées, je ne voulais pas rendre cela plus crédible ! J’avais quitté la Lune d’argent, confiant la sécurité de l’elfe noir à Fleur et Sakura.

« Bon sang… »

« Votre Altesse ! »

Je m’étais tourné vers la voix, mais j’avais vu une bande de chevaliers démoniaques qui me fonçaient dessus. Samsa l’ogre, Lushade le vampire, Lakshy l’alraune, et les deux lamias, Mulette et Charette.

« Est-ce que cette fille va bien ? »

« Oui, ne vous inquiétez pas. J’ai guéri sa maladie, elle sera bientôt sur pied. »

Il semblerait que ma voix ait soulagé tout le monde. Ils avaient tous poussé de profonds soupirs et s’étaient tapoté la poitrine.

N’est-ce pas une réaction excessive ? Est-ce que c’est juste parce que c’est aussi un démon ?

« Est-ce que vous la connaissez ? »

« Non, c’est juste une personne de la race des démons, c’est tout. Nous devons nous serrer les coudes. Après tout, le racisme et la persécution sont monnaie courante dans les pays situés en dehors de Xenoahs. De plus, la Demoderma est une maladie terrible… »

Lushade marmonnait avec anxiété.

C’était une maladie qui n’affectait que les démons… Elle portait probablement ces bandages non pas pour cacher son visage, mais pour le bien des autres membres de son espèce. Elle s’était enveloppée pour minimiser les risques d’infecter un autre…

« Mais quand même, il a dû se passer quelque chose pour qu’un elfe sombre s’éloigne de notre royaume démoniaque… »

« Que voulez-vous dire ? »

« Les elfes noirs, tout comme les vampires, sont une espèce qui s’enorgueillit de sa longévité. Voyez-vous, la plupart des nobles de Xenoahs sont des elfes noirs ou des vampires. »

Cela signifie donc que la fille se trouvant à la Lune d’argent avait probablement plusieurs décennies. Mais elle ne semblait avoir qu’une vingtaine d’années.

Comme je murmurais dans la confusion, Lushade m’avait dit qu’il avait aussi plus de soixante ans. Mais qu’est-ce qui se passe ? N’as-tu pas la vingtaine ? ! N’as-tu pas dit que tu voulais rejoindre Brunhild pour être plus indépendante ? Est-ce que les vampires vivent encore chez leurs parents à soixante ans ? Je ne comprenais vraiment pas les races démoniaques.

D’après ce que j’avais compris, les démons nobles souffrant de Demoderma à Xenoahs étaient soignés par des humains ou des demi-humains et étaient en fait assignés à résidence jusqu’à leur mort un mois plus tard environ.

Je me demande si cette elfe noire n’avait pas été malade pendant son voyage… Par coïncidence, elle a réussi à se rendre à Brunhild, mais elle serait sûrement morte si elle n’était pas arrivée ici…

Mais quelque chose m’avait dérangé au fond de l’esprit… Était-ce vraiment une coïncidence ?

***

Partie 3

« Ooh... »

« Alors, ce sont les nôtres… ? »

Yae et Hilde émirent des bruits joyeux en regardant les deux Frame Gears qui se trouvaient devant elles.

L’un d’eux était grand et violet, ressemblant un peu à un samouraï. Il était basé sur l’aspect de l’armure japonaise traditionnelle, avec un croissant de lune sur son casque. Le casque ressemblait à celui porté par Date Masamune, un chef de guerre légendaire de l’ère Sengoku. Le Frame Gear lui-même était équipé d’un odachi monté à la taille, et d’un wakizashi. Ces deux lames traditionnelles japonaises correspondaient au style de Yae. Il y avait également des propulseurs sur ses jambes pour une plus grande mobilité.

J’avais également équipé son Frame Gear de capacité magique avec l’enchantement [Accélération], permettant ainsi des vitesses incroyables. Elle pouvait se précipiter sur le champ de bataille et couper les ennemis en lambeaux avec une précision sans limites.

Ce qui lui manquait en matière de défense, elle le compensait largement par sa puissance et son agilité. Les lames de Phrasium lui permettaient de couper tout ce qui bougeait.

C’était le Frame Gear de Yae. Je l’avais baptisée Schwertleite.

Ensuite, il y avait le Frame Gear orange. C’était plutôt un chevalier en armure traditionnelle, principalement orange, mais avec des décorations noires. Il portait un énorme bouclier et une puissante épée longue. Si celui de Yae était basé sur la vitesse, alors celui d’Hilde était basé sur la défense.

Il avait ce qui ressemblait presque à une nageoire dorsale sur le dos. La nageoire se transformait en un énorme sabre pour les batailles d’urgence contre les Constructions Hautes. J’avais utilisé la [Modélisation] pour m’assurer qu’elle pouvait s’étendre jusqu’à presque trois fois sa longueur.

C’était le Frame Gear personnel de Hilde. Je l’avais appelée Siegrune.

 

 

Les deux filles montèrent à bord de leurs Frame Gears et commencèrent à tester différentes fonctions. Elles avaient fait pivoter leur épée, couru et s’étaient assurées que tout était opérationnel.

« La vitesse de réaction est bien meilleure qu’à l’intérieur du Baron Chevalier, c’est… C’est comme si je bougeais mon propre corps. »

« La force est aussi bien au-delà… Maintenant, je sais que je serai capable de combattre une Construction Haute ! »

« Ne vous avancez pas trop, maintenant. N’oubliez pas que l’ennemi peut avoir toutes sortes de cartes dans ses manches. Votre plus grande arme est de vous préparée au pire. »

Ces nouveaux Frame Gears étaient loin d’être inarrêtables. Je voulais m’assurer que les Frame Gears de Yae et Hilde pourraient résister à l’attaque du faisceau d’énergie que j’avais vue deux fois, mais je n’étais pas entièrement convaincu qu’elles seraient capables de résister à quelque chose comme ça.

Nous avions cependant consolidé nos données. Et j’espérais que nous en aurions assez pour rendre le Frame Gear de Sue capable de cet exploit défensif.

Nous avions terminé les essais sur le terrain pour Siegrune et Schwertleite, nous étions ensuite retournés au château. Après cela, j’avais rencontré Sakura et Kougyoku. Nous étions allés à la Lune d’argent pour retrouver la fille. Un employé de la Lune d’argent était passé pour nous dire que l’elfe noire s’était enfin réveillée.

On nous avait dit qu’elle était complètement guérie et qu’elle ne présentait plus aucune anomalie. Elle avait même bien mangé. J’avais quand même décidé que je devrais aller la voir pour en être certain.

J’avais frappé à la porte et j’étais entré dans la chambre pour trouver Sakura assise sur une chaise, et la petite elfe sombre assise bien droite dans son lit.

Dès que Sakura nous avait présentés et expliqué qui nous étions, la jeune elfe noire était immédiatement sortie du lit et s’était inclinée de tout son corps sur le sol.

Hé, hé ! C’est un peu excessif !

« Je n’ai pas de mots pour vous transmettre la gratitude présente dans mon cœur. Jamais de ma vie je n’ai cru que je rencontrerais l’un de vos agents, et encore moins que je serais guéri par lui. Si vous m’acceptez, moi, Spica Frennel, je m’engage à servir votre maison pour la vie. »

Attendez, sérieusement ? ! C’est beaucoup trop ! Bien que je suppose que je t’ai sauvé la vie, alors peut-être que c’est normal…

« Honnêtement, ce n’est vraiment pas nécessaire… Tu n’as pas besoin de t’inquiéter autant. Je suis juste content que tu aies été guérie. Si tu veux, je peux te ramener à Xenoahs. »

J’y étais allé brièvement, même si ce n’était que dans le ciel. Ouvrir une [Porte] ne serait pas un problème.

« Non… Je… n’ai pas de place dans ce pays. En fait, j’espérais trouver un emploi dans ce pays. Il est difficile pour les gens de mon espèce de trouver du travail dans d’autres nations, c’est pourquoi je suis venue ici. »

Elle avait ri avec ironie après avoir parlé. Je m’étais demandé si elle avait une raison de ne pas rentrer chez elle. D’après ce que j’avais compris, les elfes noirs étaient pour la plupart des nobles distingués à Xenoah.

« Du travail, hein… ? À quoi es-tu bonne ? »

« À Xenoahs, j’étais membre de l’armée et j’effectuais également du travail de garde du corps privé à l’occasion. Si possible, j’aimerais trouver un travail similaire à Brunhild… »

Une garde du corps, hein ? Ça veut dire qu’elle est assez spéciale. Ce n’est pas n’importe qui peut devenir garde du corps. Elle a certainement les manières d’un soldat. Mais ça me rend encore plus curieux : pourquoi ne veut-elle pas y retourner ? C’est une criminelle ou quelque chose comme ça… ? Non, ça ne peut pas être ça.

« Grand Duc… On ne peut pas l’engager ? »

« Hm ? Ah… Ce n’est pas comme si elle ne pouvait pas rejoindre notre ordre de chevaliers, mais… »

Il était assez rare de voir Sakura aussi énergique à propos de quelque chose. C’était le genre de fille qui faisait les choses à son propre rythme, il était donc logique qu’elle ait des intérêts particuliers. Spica regarda vers moi.

« Il semblerait que j’ai demandé l’impossible, n’est-ce pas… ? »

« Eh bien, peut-être… pourrais-tu rejoindre notre ordre de chevaliers en tant que débutant ? Il n’y a personne ici qui a besoin d’être gardé en ce moment. Les salaires ne seront pas très élevés, mais ils seront stables. Qu’est-ce que tu en penses ? »

« J’accepte. Je deviendrai votre force, Votre Altesse. »

Spica me regardait droit dans les yeux avec une détermination stoïque dans sa voix. Ses yeux étaient aussi illuminés par la confiance et la force qu’ils portaient.

« Très bien. Pour l’instant, nous allons te faire passer le test de base. Après tout, je ne peux pas t’engager sur le champ. C’est une décision collégiale. »

« Bien sûr. Merci. »

Elle inclina la tête une fois de plus.

Très bien, allez… Assez de courbettes.

« … Je suis contente. »

« Comme moi ! Merci beaucoup, Lady Sakura. »

« A-Ah… Je ne suis que Sakura… »

« Hm ? Mais vous êtes une fiancée du Grand-Duc… Je ne pourrais jamais parler de vous avec autant de désinvolture. »

Non non non noooon. Non. Ce n’est pas ça. Rien de tout ça. Non monsieur. Je sais que j’ai beaucoup de fiancées, mais elle n’en fait pas partie !

J’avais expliqué la situation de Sakura, et Spica hocha lentement la tête.

« Pardonnez-moi… Je n’étais pas au courant. Une perte de mémoire, c’est ça ? Je suis vraiment désolée, ça doit être une expérience douloureuse pour vous. »

« Pas du tout. En fait, ce pays est plutôt sympa… Beaucoup de bonnes choses se passent ici. Toi aussi, tu vas aimer ça, Spica. J’en suis certaine. »

Sakura prononça ses mots comme s’ils n’étaient pas importants. Spica semblait perplexe au début, mais son expression s’était peu à peu transformée en un sourire. On aurait presque dit qu’elle ressentait quelque chose de personnel et de précieux.

« Une fois, quelqu’un d’autre m’avait dit quelque chose de très similaire… Lady Sakura, vous êtes une personne merveilleuse, merci… Vous me rappelez en fait une fille que j’ai connue un jour. »

« Je ne suis pas une dame. »

« Mes excuses, mais vous êtes une dame honorable qui m’a sauvée la vie. Si j’oubliais la dette de gratitude que je vous dois, je ternirais mon honneur. Même si l’honneur de ma famille est maintenant tombé dans la boue, je… »

Spica avait soudainement fermé la bouche. Elle avait mis sa main contre la bouche comme si elle en avait trop dit.

Il me semblait que quelque chose s’était passé dans le royaume des démons qui avait terni son nom de famille. Mais j’avais négligé de lui demander des informations complémentaires.

Son corps était en bon état, alors j’avais décidé de l’emmener vers Yumina. La première chose que nous avions faite après nous être assurés qu’elle était en bonne santé était de faire évaluer son caractère par les Yeux Mystiques.

J’avais ouvert une [Porte] qui nous avait emmenés dans la cour du château. Spica n’avait jamais voyagé comme ça auparavant, celle-ci regarda autour d’elle avec émerveillement. Je l’ignorais alors complètement et je demandais à Kougyoku d’appeler Yumina.

Après un peu d’attente, Yumina était arrivée. Spica s’était immédiatement prostrée par respect. Yumina n’était pas seulement ma fiancée, elle était aussi la princesse de Belfast, alors j’avais décidé de ne pas paniquer. C’était une preuve de respect standard.

« S’il te plaît, lève-toi. Tu es Spica ? »

« Effectivement. »

Spica s’était levée et regarda directement dans les yeux de Yumina. Après un moment de silence partagé entre les deux femmes, Yumina avait souri.

 

***

Partie 4

« Vous avez l’air merveilleuse. Je suis sûre que vous êtes assez pure de cœur pour représenter Brunhild comme un magnifique chevalier. »

« Ah… Merci ? »

Spica s’était arrêtée et remercia Yumina de façon confuse. Elle ne comprenait pas tout à fait ce qui venait de se passer. Quoi qu’il en soit, elle avait obtenu son approbation.

« Testons ensuite tes capacités. Suis-moi. »

Nous étions sortis dans la cour et nous nous étions dirigés vers le terrain d’entraînement.

Comme d’habitude, tout le monde s’entraînait en travaillant dur. Les chevaliers qui avaient été renversés lors de leurs simulacres de combat s’étiraient et faisaient du cardio. Attendez… Attendez une seconde… Il y a beaucoup trop de monde ici ! Moroha ! Tu as encore battu trop de gars…

Tout le monde arrêta ce qu’il faisait quand ils nous virent, mais je leur avais dit de continuer à s’entraîner et de ne pas s’occuper de nous, ce qu’ils firent.

De toute façon, je pouvais sentir tous les chevaliers qui regardaient vers nous. Je suppose que c’était probablement à cause de Spica. Les elfes noirs étaient rares, et elle était particulièrement belle. Je n’avais pas été très surpris.

« Très bien, dans ce cas… Hé, Nikola. »

« Oui ? Vous avez besoin de moi pour quelque chose, Votre Altesse ? »

J’avais appelé le vice-commandant Nikola. Il était assis sur un banc voisin et polissait sa hallebarde.

C’était un test pour Spica, je voulais donc qu’il choisisse l’adversaire le plus approprié pour elle.

Après qu’il ait choisi le soldat, nous nous étions dirigés vers le hangar de stockage des armes. Spica prit une épée et un bouclier. Elle les mit en équilibre dans ses mains et elle avait bien senti les armes, puis nous étions revenus.

Elle et l’adversaire que Nikola avait choisi s’inclinèrent l’un devant l’autre et se préparèrent à se battre. Il brandissait une courte lance.

Le match commença, Spica s’était retrouvée à la réception d’une rafale de coups. Elle bloqua chacune d’entre elles avec son bouclier et, trouvant une brèche, enfonça son épée vers la poitrine de son ennemi.

Pas une seule attaque n’avait réussi à la toucher. Elle déplaça son bouclier en avant contre son ennemi pour l’étourdir, puis elle balaya son pied contre ses jambes, le faisant tomber à terre.

Elle avait maintenu son épée contre la gorge de son ennemi tombé. La victoire fut la sienne.

« La technique du Bouclier Humain, c’est ça. »

« Ouais, c’est cette technique. »

Yae et Hilde commencèrent à échanger l’une l’autre. Elles m’avaient pris au dépourvu. Je ne savais même pas qu’elles étaient à proximité !

Bouclier… humain… ? Enfin, bien sûr qu’elle est sur la défensive, mais qu’est-ce qu’elle a de spécial... ?

« C’est une technique spéciale employée par les gardes. Elle est différente du maniement de l’épée standard. L’accent est mis sur la défense et la parade. Ça, et empêcher les ennemis d’avancer. C’est une technique qui donne la priorité au contrôle sur l’attaque. »

« Ouais, c’est incroyable… Elle déplace son corps pour bloquer toutes les attaques, et rend les coups complètement inutiles. Elle ruine totalement la posture de l’ennemi et le fait tituber. C’est une technique difficile à maîtriser. »

Hmm, donc elle fait perdre à son ennemi de l’énergie et des efforts. Quelque chose comme ça, hein… ?

Tant qu’elle maintenait ses défenses, elle pouvait guider son ennemi dans une situation où la bataille lui serait favorable. Après avoir conduit son ennemi dans un coin, elle aurait le libre contrôle de ses mouvements. C’était une façon de neutraliser sans tuer, tout cela sans baisser sa garde. Mais même tuer l’ennemi serait facile après avoir comblé l’écart.

« Elle doit donc brandir un bouclier, ou… »

« Ou bien son pouvoir est diminué, et considérablement. »

Parer avec une épée était également possible, mais il serait beaucoup plus difficile de contrôler le déroulement de la bataille. Une technique construite autour des boucliers… Je dois avouer que j’étais intrigué.

« Les techniques à l’épée qui utilisent des boucliers sont peu courantes. Les Frennel sont l’une des familles de démons qui maîtrisent cet art. C’est l’une des cinq familles qui agissent comme conseillers auprès du seigneur suprême de Xenoahs. »

Sakura avait pris la parole en regardant le succès de Spica. Elle était certainement bien informée.

« Ou du moins, c’est ce que j’ai lu dans un livre. La famille Frennel est renommée. Il semble qu’elle ait un lien de parenté avec eux. »

« Ooh, je vois. Mais pourquoi quelqu’un d’une maison aussi noble viendrait-il jusqu’ici ? »

Il y avait probablement des raisons pour lesquelles elle ne pouvait pas en parler, alors je ne voulais pas m’en mêler. Quoi qu’il en soit, c’était fondamentalement une bonne personne, Yumina l’avait prouvé. Si elle essayait de commencer une nouvelle vie à Brunhild, alors je n’allais pas m’y opposer.

J’avais regardé Nikola. Celui-ci il me fit un signe de tête affirmatif. Spica avait été intronisée dans notre ordre des chevaliers le jour même. Elle y trouverait un nouveau départ, et une nouvelle vie.

◇ ◇ ◇

« Hm… Alors elle est de la famille Frennel ? Sss… »

« Vous les connaissez ? »

« Naturellement. C’est l’une des cinq familles de conseillers militaires de Xenoahs, et leur technique de Bouclier Humain est bien connue. Sss… »

Les deux sœurs lamia, Mulette et Charette, se reposaient un peu dans le château, alors je m’étais arrêté pour leur parler un peu. Elles travaillaient directement sous le vieux Naito. Il était responsable de l’agriculture et de la construction, donc elles s’occupaient des documents, des permis de construire et des plans.

Je pensais à Spica ces derniers temps, alors j’avais décidé de leur poser quelques questions à son sujet. Après tout, c’était des démons comme elle.

Elle était manifestement issue d’une famille prestigieuse, et sa capacité n’était pas à dédaigner non plus. J’étais curieux de savoir pourquoi elle avait quitté Xenoahs, même si je ne voulais pas m’en mêler directement.

« La famille Frennel est le garde du corps direct de la famille royale de Xenoahs. Sss… Chaque membre du sang royal, y compris le seigneur suprême, a un membre de la famille Frennel attaché à lui comme un gardien personnel de l’ombre. Du moins, c’est ce que disent les rumeurs. Sss… »

« Spica aurait donc pu être garde du corps d’un des membres de la famille royale de Xenoahs ? »

« Je ne suis pas sûre. Sss… À ma connaissance, les membres masculins de la famille Frennel sont affectés aux membres masculins de la famille royale. Pareil pour les femmes. Mais d’après ce que je comprends, il n’y a pas de femmes dans la famille royale en ce moment. Sss… »

Mulette croisa les bras et fronça les sourcils, comme si elle essayait de réfléchir. Sa queue tapait légèrement sur le sol.

Attendez… C’est Mulette ? Ou attendez, c’est Charette… Ces deux-là se ressemblent beaucoup trop…

Elze et Linze étaient jumelles, mais elles n’étaient pas identiques. Quand j’avais demandé aux deux lamias si elles étaient des jumelles, elles m’avaient regardé comme si j’étais un idiot et avaient dit que leurs écailles étaient complètement différentes. Mais je ne l’avais pas remarqué.

« Alors, attendez… Ça veut dire que le maître suprême n’a pas de femme ? »

« Si je me souviens bien, sa première et sa deuxième femme sont mortes de maladie. Sss… Chacune d’elles a donné naissance à un prince, mais pas à une princesse. Sss… »

C’était assez logique. En d’autres termes, il n’y avait pas de femmes royales à qui attribuer des Frennels féminines, ce qui signifiait que Spica n’avait probablement pas servi de garde du corps royal. Mais je ne comprenais toujours pas ce qu’elle voulait dire quand elle parlait de la disgrâce de sa famille…

« Savez-vous quelque chose qui aurait pu déshonorer la famille Frennel récemment ? »

« Aucune idée. Sss… Après tout, nous avons quitté Xenoahs il y a longtemps. Sss… »

Hmph. Mon enquête n’avait finalement pas vraiment porté ses fruits. Pourtant, cela n’avait pas trop d’importance. Je ne voulais pas envahir trop profondément sa vie privée.

J’avais dit au revoir aux sœurs lamia et je m’étais dirigé vers le terrain d’entraînement. Spica était là, elle respirait fort et se tamponnait le front avec une serviette.

« Yo. »

« Votre Altesse ? Avez-vous besoin de mes services ? »

Spica s’était levée du banc et s’inclina devant moi. Je détestais vraiment avoir affaire à des gens comme elle, qui avaient l’esprit militaire. Je lui avais dit d’arrêter ça immédiatement.

« Comment ça va ? L’installation se passe bien ? »

« Très bien, merci. Tout le monde me traite très gentiment. Ils se fichent que je sois un démon, que je sois une femme… C’est très rafraîchissant. »

Il y avait certainement plus de femmes chevalières dans l’ordre de Brunhild que dans d’autres nations. Nous avions aussi beaucoup de demi-humains en comparaison. Sans compter Mismede, bien sûr.

« Mais la puissance de l’armée de cette nation est certainement une merveille. J’ai été pris par surprise. »

C’est parce que nous travaillons si dur… Un peu comme à Sparte. Ils se tuent tous à la tâche. Franchement, j’aurais été surpris si mes soldats n’étaient pas particulièrement forts.

« Et le pouvoir de Dame Moroha est, eh bien… »

Spica frissonna légèrement, comme si elle revivait quelque chose de désagréable.

« Ah… Alors tu l’as déjà affrontée ? »

« Si je peux être honnête… elle a complètement brisé ma confiance en tant que soldate. Ma technique de Bouclier Humain était totalement inutile. Elle m’a fait réaliser à quel point je comptais sur sa chance… »

Mais Moroha n’était pas vraiment une personne à laquelle on peut se comparer. Si l’humanité la traitait comme la norme, elle relèverait un défi qu’elle ne pourrait jamais dépasser.

Mais le fait que Spica ait parlé de sa technique m’avait rappelé une chose que Sakura m’avait dite. Elle m’avait dit que la famille Frennel utilisait une sorte de bouclier unique.

« Ah, c’est un bouclier en forme de dôme avec une légère courbe. Il y a aussi une saillie au centre. Il est principalement utilisé pour poignarder. »

« Hm, je vois. »

J’avais sorti du phrasium de [Stockage] et j’avais aussi rapidement utilisé [Modélisation]. Voyons voir…

Spica avait été surprise par mon utilisation soudaine du sort, mais elle avait rapidement retrouvé son calme.

« Désolé de vous déranger, mais la courbe est un peu moins raide… Et pourrais-je vous demander de le rendre un peu plus petit également… ? »

« Hm… »

J’avais fait les ajustements qu’elle avait demandés. Ensuite, j’avais utilisé [Gravité] pour réduire son poids, et j’avais aussi mis quelques enchantements de renforcement génériques pour faire bonne mesure.

Spica prit le bouclier complet dans ses mains. Elle avait posé avec légèreté ses doigts dessus. Après cela, elle avait pris une position de combat et commença à le pousser et à le balancer ici et là.

« La matière cristalline du bouclier signifie que ma vue n’est pas obstruée… Il est aussi exceptionnellement léger et facile à manipuler. Merci, c’est merveilleux. »

« Ce n’est pas tout. Le matériau est extrêmement durable, il est donc peu probable qu’il soit endommagé par une arme ennemie. Je lui ai aussi donné un enchantement qui absorbe et contrecarre légèrement les attaques magiques qui le touchent. »

Je n’avais pas donné à Spica un équipement complet de chevalier Brunhild standard, alors j’en avais profité pour lui fabriquer une épée et une armure. Mais je n’avais rien fait de spécial.

« Cette armure… Cette lame… Si seulement j’avais quelque chose de si puissant à ce moment… À l’époque… »

Elle murmura quelque chose de triste. Et bien que j’aie entendu ses paroles clairement, j’avais décidé de ne pas approfondir le sujet.

« Maître. »

Quelqu’un avait soudainement parlé dans mon dos. Je m’étais retourné pour trouver Cesca, vêtue de sa tenue de femme de chambre habituelle.

« Un message prioritaire est arrivé de Rosetta. Le projet actuel est terminé. »

« Oh, wôw. C’est plus rapide que prévu. »

***

Partie 5

Je pensais vraiment que cela prendrait plus de temps que ça. Mais c’était un bon timing. Je pourrais le présenter lors de la réunion de l’alliance de l’après-midi.

J’avais fait un bref au revoir à Spica et j’étais parti à Babylone avec Cesca.

« Intéressant, Touya… Cet artefact peut détecter la présence d’une activité de Phrase, non ? »

« Parie tout ce que tu veux, Relisha. Je vais l’appeler plaque de détection. »

C’était une sorte de cristal liquéfié qui avait été solidifié et transformé en une tablette noire.

L’outil pouvait prédire combien de Phases apparaîtraient, de quel type elles étaient exactement, à quelle heure elles apparaîtraient et leur emplacement exact.

Elle n’avait pas une grande portée, mais une seule suffisait pour couvrir Brunhild. Des pays plus grands comme Belfast, Regulus et Lestia auraient cependant besoin de plusieurs pour couvrir l’ensemble de leur territoire. Même Lihnea en aurait davantage besoin que Brunhild.

« J’aimerais que cela soit installé dans chaque guilde des nations enregistrées. Nous pouvons demander à des aventuriers de s’occuper des petites constructions qui apparaissent. Si des constructions intermédiaires apparaissent, nous en informerons le gouvernement et nous ferons déployer les Frame Gears. Si une construction encore plus puissante apparaît, nous pouvons faire appel à l’alliance pour obtenir de l’aide. À condition qu’on soit au moins suffisamment nombreux pour le gérer. »

« La guilde approuve de tout cœur ce plan. Après tout, nous aimerions éviter que l’incident de Yulong se reproduise. »

Le chef de guilde Relisha souriait en parlant. Elle était assise autour de la table ronde de l’alliance avec les dirigeants mondiaux.

J’avais sollicité la coopération de la guilde, car elle était très importante dans chaque nation. Cela incluait les nations qui ne faisaient pas partie de l’alliance. Leur réseau d’information était aussi quelque chose de souhaitable.

Le plan actuel était de demander la coopération du gouvernement de toute nation dont nous recevrions une alerte, s’ils ne faisaient pas partie de l’alliance, nous essaierions d’ouvrir une voie diplomatique et de les convaincre que nos Frame Gears étaient nécessaires. Bien sûr, ils pouvaient toujours choisir de ne pas nous croire. Mais ils auraient du mal à nier la vérité quand elles se trouveront dans leur pays et qu’elles feront de leurs citoyens de la chair à saucisse.

« Hmph… Merveilleux. Nous allons pouvoir nous préparer à leur invasion bien mieux qu’avant. »

« Cela me rappelle… Ces fragments de ceux qui sont cassés… Du phrasium, c’est ça ? Ça semble être une ressource assez utile à avoir. »

L’empereur de Regulus avait donné son approbation alors que le roi bestial s’interrogeait sur la façon d’utiliser les débris de cristal. Naturellement, j’avais parlé aux autres dirigeants de ce qui rendait le phrasium si unique. Ils avaient remarqué le matériau utilisé par notre ordre de chevaliers et certains de nos Frame Gears, alors j’avais dû le faire.

Nous avions également décidé que le pays qui « accueillait » l’invasion des Phases recevrait quatre-vingts pour cent du matériel, et que je recevrais les vingt restants comme frais de location pour les Frame Gears. Mais évidemment, je n’en recevrais pas s’ils supprimaient la Phase sans utiliser mon pouvoir.

Le Phrasium avait trois qualités qui le rendaient particulièrement utile.

Sa densité et sa dureté augmentaient de façon directement proportionnelle à la quantité de magie qu’on y versait.

Il se régénérait constamment jusqu’à ce que ses réserves de magie soient épuisées.

Il pouvait amplifier la puissance des sorts s’il était utilisé comme catalyseur magique.

Ce dernier point était particulièrement intéressant. Le corps d’une Phase agissait comme une pierre à enchantement, mais n’avait pas d’affinité de type particulière et était beaucoup plus propice à l’amplification magique.

La seule question était de savoir combien il pesait et de les produire en masse. Je ne pouvais pas réduire leur poids avec [Gravité], et je ne pouvais pas non plus les faire changer de forme à la volée avec [Modélisation].

Le matériau pouvait être coupé, donc ce n’était pas le problème. Le problème était de le réformer. Il semblait pourtant que les autres nations seraient capables d’en faire une armure de type écaille en combinant des morceaux plus petits et en les assemblant en boucle.

Mais il faudrait qu’ils produisent une tonne de pouvoir magique pour le rendre assez fort. Le matériau devenait aussi progressivement plus résistant à la magie, ce qui nécessitait d’y verser plus de pouvoir magique au fil du temps. Les rendements étaient de plus en plus faibles.

Un peu comme un RPG quand on montait en niveau. Il fallait plus de points d’expérience pour passer au niveau suivant.

Mais je n’avais jamais ressenti de résistance magique. Mon pouvoir s’écoulait librement dans n’importe quoi sans que je m’en aperçoive vraiment. Pour être honnête, je n’avais jamais rien rempli jusqu’à la limite absolue. Bien que cela m’avait fait me demander… Est-ce qu’un objet se briserait si vous y versiez trop de magie ?

« Alors, la réunion d’aujourd’hui… »

« Excusez-moi, mais j’ai quelque chose à signaler. »

Au moment où j’allais mettre fin à la réunion, la doge Audrey avait levé la main. Je m’étais demandé ce qu’elle voulait.

« J’ai pensé que je devais vous le faire savoir à tous. Il y a quelques jours, Edgar Bowman s’est échappé de son camp de prisonniers. Vous connaissez tous Bowman comme étant l’homme responsable du récent saccage des Golems dans Roadmare. »

Attendez, il s’est vraiment échappé !

« Il semblerait que son évasion ait été orchestrée de l’extérieur. Nous n’avons pas encore trouvé où il se trouve, donc j’ai pensé que vous devriez tous le savoir au cas où il aurait passé la frontière. »

Alors, attendez… Il ne s’est pas juste échappé, quelqu’un l’a laissé sortir ? Qui a fait ça… ? Eh bien, je suppose que c’est logique. Même s’il est irritant, il est toujours connu comme un génie. Il a probablement été sauvé par quelqu’un en échange de sa coopération.

« Lancez la recherche. Chercheur magique, Edgar Bowman. »

Une carte avait été projetée dans les airs, mais pas une seule épingle n’était tombée sur elle.

« Recherche terminée. Aucune correspondance. » Quoi...

« Est-il mort, ou… qu’est-ce que cela signifie ? »

« Il se peut qu’il soit mort et que son cadavre ne soit pas reconnaissable. Ou alors il se trouve dans un endroit avec une barrière magique. Ou qu’il transporte un talisman portatif qui bloque la magie. »

Je ne pouvais pas vraiment exprimer à quel point j’avais un mauvais pressentiment à ce sujet. Ce n’était pas exactement un sentiment de peur ou d’anxiété… C’était plutôt le sentiment que quelque chose allait certainement mal tourner.

Comme mon grand-père mort disait : « Il n’y a rien de plus dangereux qu’un imbécile bien-pensant. »

Je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir la même chose.

◇ ◇ ◇

Trois jours seulement après que j’avais remis les détecteurs à la guilde, nous avions eu un message. Il s’agissait de la découverte de trois constructions de moindre importance, dans une ville portuaire au nord-ouest de Refreese. Un groupe d’aventuriers réfrésiens avait fini par les tuer.

Les petites constructions étaient gérables pour des aventuriers rouges. Mais cela serait probablement un défi.

Mais il y avait quand même un problème dans notre système. Même si les capteurs pouvaient détecter combien il y en avait et à quelle heure ils sortaient, il fallait être constamment vigilant jusqu’à ce qu’ils sortent, car nos outils étaient imprécis. C’était un peu pénible pour les aventuriers de rester si longtemps dans les zones de brèche.

D’autre part, la guilde leur achetait le phrasium à un prix très élevé. La guilde avait ensuite vendu le phrasium à des marchands d’une certaine nation naissante…

Personne ne pouvait non plus prendre de quêtes pour aller tuer les Phases. Elles n’étaient données qu’aux aventuriers que la guilde connaissait et en qui elle avait confiance.

Ce serait terrible si quelqu’un acceptait la mission à moitié et se retirait.

Quoi qu’il en soit, j’ai été heureux d’apprendre que les capteurs fonctionnaient. Je n’avais pas prévu de problèmes.

J’avais aussi livré certains des capteurs aux tribus de la Mer des Arbres en utilisant le réseau de la tribu Rauli. Ils recevaient des nouvelles des autres tribus par l’intermédiaire d’un oiseau porteur, puis Pam me transmettait le message par son Miroir Portail.

Ce serait vraiment mauvais si l’une des phases sortait dans la mer des arbres, mais ce n’était pas la problématique du jour.

Tout ce que je pouvais faire, c’était espérer que les dégâts seraient minimes avant que nous puissions réagir.

C’était tout ce qu’il y avait à faire.

« Alors, qu’est-ce que vous en pensez ? »

« Ohoho... Donc, c’était… Comment l’as-tu appelé, un chariot ? »

Je me tenais devant les dirigeants du monde libre, leur expliquant l’objet que j’avais récemment créé. J’avais étalé une voie ferrée dans une plaine de Brunhild et j’avais placé le chariot manuel de base dessus.

« Comme je l’ai dit, cette chose se déplace le long du rail si deux personnes se tiennent sur le dessus et déplacent la poignée de haut en bas. En gros, c’est un dispositif de transport. »

« Je vois, je vois. Cela ne semble pas si compliqué. Mais il ne peut pas transporter beaucoup de marchandises ? »

« Pour l’instant, vous avez raison. Mais je prévois de le remplacer par quelque chose qui peut transporter beaucoup de marchandises, rapidement. C’est juste un prototype, cela vous montre comment les choses peuvent se déplacer le long de ce rail. »

Si je faisais immédiatement un train à vapeur, les gens paniqueraient, ou je serais tenu responsable des blessures subies par les personnes qui ne savent pas se tenir à l’écart des voies. J’avais décidé que la meilleure chose à faire était d’introduire d’abord le chemin de fer lui-même. Ensuite, les gens se rendraient compte que des choses lourdes se déplaçaient le long du chemin de fer. Les accidents ne seraient pas si graves s’il s’agissait d’un simple chariot.

Cesca et les autres gynoïdes m’avaient dit que les trains existaient vraiment dans le monde antique. On avait fait que ramener une technologie perdue depuis longtemps qui était dans ce monde au départ. On n’avait donc pas introduit une technologie terrestre. Mais d’après ce que j’avais compris, ces trains étaient extrêmement bruyants et fonctionnaient grâce à la magie.

« Créer un itinéraire devrait être assez facile en aplatissant la terre avec la magie de la terre. Nous devrions aussi pouvoir transporter facilement le minerai des mines avec ces rails. »

« Hm… C’est vrai. »

« Mais il y a certaines règles que vous devez respecter. En particulier, les voies ferrées doivent avoir une certaine largeur, quel que soit le pays. Si nous avions une seule voie ferrée qui allait de Refreese à Roadmare, il serait plus facile d’échanger des marchandises et des finances. Vous ne voudriez pas perdre de temps à ajuster les voies et les véhicules. »

La largeur des rails était généralement mesurée en fonction de l’écartement… La largeur la plus couramment utilisée dans le monde était celle de la voie à écartement standard, soit environ mille trente-cinq millimètres. Celle utilisée au Japon était connue sous le nom de voie étroite, d’une largeur d’environ mille soixante-sept millimètres. Mais les trains de marchandises utilisant l’écartement standard, c’était donc celui que j’avais choisi dans ce monde.

Le travail de mon grand-père consistait en fait à mesurer la largeur des chemins de fer. Il me disait souvent à quel point c’était important. La chaleur ou le froid pouvaient provoquer l’expansion ou la contraction du métal du rail. Il fallait faire attention aux déformations les plus subtiles du matériau, sinon les trains pouvaient dérailler assez gravement. Il me répétait sans cesse à quel point son travail était important.

« Notre pays n’a cependant pas de frontières communes avec vos nations… »

Le roi Cloud de Lihnea leva la main. Il n’avait pas tort. Lihnea était sur une île isolée, et ne partageait ses frontières qu’avec Palouf au nord.

« C’est vrai, mais une taille de rail standardisée au niveau mondial sera utile si vous achetez des chariots ou des rails d’autres nations. Il n’est pas nécessaire de faire une largeur unique juste pour vos rails. »

« Eh bien, c’est juste. »

***

Partie 6

J’avais également décidé que nous allions poser deux voies côte à côte. Une pour chaque direction. Cela réduirait les risques de collision frontale. Après avoir fini de tout expliquer, les dirigeants du monde étaient partis s’amuser comme d’habitude.

Ils avaient joyeusement fait l’aller-retour sur un rail de deux cents mètres, ils l’avaient fait avec le chariot. Êtes-vous des enfants ou des chefs d’État… ?

Les deux femmes présentes, le Doge Audrey et Sa Sainteté le Pape n’avaient cependant pas participé.

Au lieu de cela, elles examinaient attentivement les plans que j’avais donnés à tout le monde. Elles avaient déjà des plans pour tracer des voies.

Après tout, Roadmare et Ramissh étaient justes à côté l’un de l’autre. Ils n’étaient séparés que par une grande étendue d’eau. S’ils pouvaient construire un pont et y mettre une voie ferrée, le commerce entre les deux nations serait sans doute florissant.

Curieusement, le roi bestial de Mismede et l’Empereur de Refreese avaient fini par s’emballer. Ils avaient fait rouler le chariot beaucoup trop vite, ce qui l’avait renversé même s’ils avaient essayé de freiner. Ils avaient fini par perdre le contrôle et par tomber. J’avais utilisé la magie de guérison pour les soigner, ce qui ne pouvait rien faire de mal. C’était en fait un bon exercice pratique de ce que pouvait être un accident. Je pense qu’ils avaient appris leur leçon.

◇ ◇ ◇

La saison allait bientôt passer au printemps. Les jours devenaient de plus en plus chauds, l’hiver était donc derrière nous.

La saison plus chaude avait également amené plus de voyageurs à Brunhild. Les rues de notre ville château devinrent peu à peu très fréquentées.

De nombreux aventuriers étaient venus visiter nos donjons, et des marchands étaient aussi venus armer ces aventuriers.

J’étais un peu inquiet au début, mais il semblerait que mon pays était enfin florissant.

« Seigneur. »

« Hm ? Quoi de neuf, Tsubaki ? »

Un chat assis au sommet d’une clôture m’avait soudainement parlé. Mais ce n’était pas une de mes convocations. C’était un exemple de ninjutsu du clan Takeda. Pour être plus précis, cette capacité vous permettait de rediriger l’emplacement de votre voix. Le vrai Tsubaki était probablement caché à proximité.

Je pensais que ce serait bien qu’elle sorte et me parle directement, mais c’était une ninja, donc je me suis dit que c’était son style préféré.

« J’ai reçu des nouvelles qui pourraient vous intéresser. Une guerre a éclaté à Eashen. »

« Sérieusement ? Quelle est l’ampleur de la guerre dont nous parlons ici ? »

« Comme vous le savez, il y a huit seigneurs féodaux. Chosokabe, Mori, Shimazu, Oda, Hashiba, Tokugawa, Uesugi et Date. J’ai entendu dire que Chosokabe a perdu contre une attaque alliée entre Oda et Hashiba, et que leur territoire est désormais confisqué. Après cela, le seigneur d’Oda, Oda Nohbunaga, a été assassiné. Ensuite, le chef de Hashiba, Hashiba Hideyooshi, a revendiqué le territoire d’Oda et est devenu la plus grande force d’Eashen. La maison Tokugawa a formé une alliance avec Date pour lui résister. »

Oh… ? Donc l’Oda Nohbunaga de ce monde a été tué comme l’Oda Nobunaga de mon monde, hein… ? Je ne suis pas si surpris que ça.

« Celui qui a tué Nohbunaga… s’appelait-il Akechi ? Est-ce que ça s’est passé dans un temple au milieu de la nuit ? »

« … Oui, c’est exact. Un homme nommé Akechi Mitshuhide s’est retourné contre lui au temple Honnoji… Comment savez-vous cela ? »

« Ah, juste un pressentiment. »

Ouaip… Eashen n’était pas exactement le miroir de mon Japon féodal, mais il y avait effectivement quelques similitudes. Je n’avais jamais entendu parler d’une alliance entre Date et Tokugawa.

« Alors, qu’est-ce qui se passe avec l’armée de Hashiba ? »

« Ils contrôlent par la force les territoires de Mori et de Shimazu en ce moment. Les pouvoirs indépendants restants sont Tokugawa, Uesugi et Date… Cependant… »

« Cependant quoi ? »

« L’armée d’Hashiba se déplace vers l’intérieur des terres, à l’est, en direction d’Eashen, mais elle construit des navires de guerre sur la côte ouest. Nos éclaireurs pensent qu’ils essaient de construire une flotte navale capable de conquérir Yulong. »

Huh... C’est familier… Si je me souvenais bien, il y avait eu une période dans l’histoire du Japon où Hideyoshi tenta de conquérir la Corée et la Chine… Mais c’était très dangereux pour Yulong dans leur état actuel d’affaiblissement.

« Qu’est-ce qui se passe à Yulong actuellement ? »

« Des conflits et des querelles de succession dans leur cour royale. De nombreux nobles présentent des enfants qu’ils prétendent être la progéniture illégitime de l’ancien empereur céleste. Tout est fragmenté maintenant, comme l’était Eashen il y a quelque temps. »

Comme je le pensais, ce serait une mauvaise nouvelle si Hashiba envahissait Yulong. Ils ne pourraient pas tout prendre, mais j’avais le sentiment qu’ils seraient capables de s’implanter solidement.

Mais, si j’étais tout à fait honnête… Je ne me souciais pas vraiment de Yulong.

Yulong avait été largement laissée seule en raison de sa position dévastée. Beaucoup de gens étaient inquiets de l’émergence de la Phase qui s’y était produite.

Une grande inquiétude était que si une autre nation s’y installait et prenait les territoires, elle pourrait subir un sort similaire si la Phase revenait. Les pays autour de Yulong n’avaient après tout pas la capacité de repousser les envahisseurs de cristal.

D’autres nations n’étaient pas du tout intéressées à interférer avec Yulong. Le royaume des démons Xenoahs, et le royaume de Horn, n’avaient montré aucun signe d’intérêt sur le territoire. Il y avait aussi Hannock, qui ne voulait rien avoir à faire avec Yulong, mais je ne pouvais pas exactement les exclure non plus.

Il semblerait que Roadmare n’avait aucune intention de conquête. Mais il y avait certainement une chance que Felsen ou que le Royaume de Nokia soient galvanisés pour agir contre Yulong s’ils voyaient l’armée de Hashiba les envahir également.

Dans le pire des cas, la guerre pourrait éclater entre les trois, avec Yulong comme champ de bataille. Il m’avait également semblé qu’Eashen était loin derrière de nombreux autres pays en termes de puissance militaire.

« Y a-t-il des nouvelles de Felsen ou de Nokia ? »

« Pas pour le moment, non. Felsen est bordé de grandes nations, comme Roadmare à l’ouest et Lestia au sud, donc je doute qu’ils tentent quelque chose d’audacieux. »

C’était assez logique. Je m’étais demandé si la maison des Hashiba déplaçait leur armée parce qu’ils étaient conscients de cette situation… Ou peut-être qu’ils avaient une sorte de but en tête.

Une nation insulaire ne serait après tout pas en mesure de prendre le contrôle total d’un territoire continental… Leur mouvement soudain était inhabituel.

« Quel genre d’homme est donc Hideyooshi? »

« Je ne connais pas beaucoup de détails. Il s’est rapproché d’Oda après que l’empereur lui ait accordé le statut de seigneur féodal. Mais, juste après avoir formé une alliance, un conflit éclata entre eux. D’après ce qu’on m’a dit, c’est un petit homme avec un visage de singe. Il porte aussi une gourde en or. Personne ne l’a cependant vu, sauf le peuple de Hashiba. »

Personne ne l’a vu ? Bizarre… Il est si méfiant à l’idée d’être assassiné ? Dans l’histoire du Japon, Hideyoshi était plutôt franc et tape-à-l’œil, mais je suppose que le Hideyooshi de ce monde ne l’est pas. J’avais entendu l’histoire de façon un peu plus détaillée, et j’avais entendu dire qu’il était resté collé à Oda comme une ombre et qu’il était resté largement invisible avant la trahison.

J’avais aussi un peu plus entendu parler de l’empereur d’Eashen. J’avais entendu dire que l’empereur n’avait pas le pouvoir de faire appel aux différents seigneurs féodaux. Je m’étais donc demandé si Hideyooshi avait été nommé parce que l’empereur l’avait en quelque sorte reconnu. S’il n’était pas fort, il n’aurait pas pu devenir un seigneur féodal.

« Et Ieyahsu ? »

« Il est occupé avec Date, et essaie de négocier avec Uesugi. Uesugi a une puissance militaire qui rivalise avec celle de Takeda… Du moins, Takeda tel qu’il était… Ieyahsu pense qu’une alliance avec eux les aidera à repousser Hashiba. »

Mon Dieu, quelle plaie… Je pensais que Ieyahsu aurait réussi à unifier Eashen.

« Qu’est-ce que je dois faire ? »

« Attendez le moment venu. Si jamais Hashiba commençait les choses sérieuses contre Ieyahsu ou Yulong, alors mets-moi au courant. »

« Compris. »

Le chat sur la clôture avait soudainement émis un petit bâillement, et la présence de Tsubaki avait disparu.

Il semblerait que beaucoup de choses se soient passées dernièrement. Je pensais que ce serait une bonne idée de visiter la maison des Takeda et de parler moi-même avec Ieyahsu.

Je n’avais pas vraiment de liens avec qui que ce soit sur son territoire, mais vu que la famille de Yae y vivait, c’était devenu mon affaire.

◇ ◇ ◇

« Alors, qu’en penses-tu ? »

« C’est effectivement merveilleux. »

Le vieux Naito se tenait à côté de moi. Nous regardions tous les deux la tour de l’horloge nouvellement construite.

Nous l’avions érigée sur la place principale de la ville du château. Dans d’autres pays, seule l’élite possédait des horloges, afin de pouvoir déterminer l’heure grâce aux carillons qu’elle entendait. Mais j’avais décidé de construire la tour sur la place pour que tout le monde puisse la voir, car il était important de respecter l’heure.

De plus, j’avais vu cette même tour d’horloge à Brunhild quand j’avais eu cette vision du futur avec mes fiancées il y a quelque temps.

C’était un peu comme le Big Ben à Londres. Le nom officiel de cette tour n’était autrefois que la Tour de l’horloge, mais aujourd’hui, son nom officiel était la Tour Elizabeth.

J’avais trouvé une énorme horloge dans l’entrepôt, alors je l’avais installée au sommet de la tour géante. Son cadran était enchanté par la magie de la lumière, qui la faisait briller même dans l’obscurité. Les chiffres étaient écrits dans l’ancienne langue du Parthénon, mais il s’agissait d’un système de douze chiffres similaire à celui utilisé dans la plupart des pays du monde, ce qui le rendait facile à lire.

Même s’il n’y avait pas de carillon, les gens pouvaient dire l’heure en regardant la tour. Après tout, j’avais mis des cadrans sur les quatre côtés. Le seul endroit où l’on ne pouvait pas lire l’heure était juste en dessous.

Je voulais que cette tour d’horloge soit le symbole de ma ville-château, un peu comme Big Ben était le symbole de Londres sur Terre.

« Oh, mon Dieu, quelle splendide construction… ! »

« Oh, Olba. Hé là ! Arma aussi ? »

« Ça fait un moment, Monsieur Tou — Je veux dire, euh… Votre Altesse. »

« Appelle-moi Touya. C’est bon de te voir. »

Je m’étais tourné pour saluer Olba, le marchand Mismede, et sa fille Arma. Leurs oreilles renfrognées s’agitaient pendant qu’ils parlaient.

Olba rendait souvent visite à Brunhild, mais il était rare pour moi de voir Arma ici.

« Je suis venu avec une cargaison de métal. L’école d’Arma étant actuellement en pause, alors je lui ai promis de lui montrer votre belle nation en personne. »

« Oh, génial ! »

Olba utilisait les revenus que je tirais de la vente d’objets comme les équipements de base-ball et mes autres « inventions » pour payer l’acier et d’autres métaux. Les métaux avaient ensuite été apportés à Brunhild comme matière première pour fabriquer des Frame Gears.

« Ah, et à propos de la demande que vous avez faite plus tôt… »

« Hm ? Ils sont tombés dans le panneau ? »

« Oui, à Felsen. »

Je vois… Felsen… Intéressant, intéressant…

Les Frame Gears nécessitaient des matériaux rares comme l’orichalque dans toutes leurs parties. Par rapport aux autres matières premières, ce n’était pas celui qui était le plus utilisé, mais il y en avait quand même beaucoup dans une seule unité. La quantité d’orichalques dans un Frame Gear pouvait produire une dizaine d’épées longues.

J’avais supposé que la première chose que les voleurs de Frame Gear feraient serait de démonter les pièces qu’ils avaient prises pour en comprendre la structure. Ensuite, ils essaieraient de construire les leurs par la suite.

C’était là qu’Olba était entré en jeu. Je lui avais audacieusement demandé de faire circuler une grande quantité d’orichalques sur le marché des métaux rares. Mais en vérité, c’était un complot pour savoir qui achèterait une quantité aussi suspecte. Nous avions même créé une fausse entreprise.

***

Partie 7

Après tout, les métaux précieux comme l’orichalque n’apparaissaient pas si souvent sur le marché. Même si c’était le cas, le prix était généralement très élevé.

Nous avions répandu une rumeur tactique, il existait un marchand excentrique qui ne vendaient que de l’orichalque, ainsi que plusieurs excuses pour ne pas vendre de plus petites quantités.

Les gens n’en demandaient généralement qu’une quantité suffisante pour fabriquer une épée. L’orichalque était non seulement rare, mais aussi difficile à traiter. Nous l’avions également vendu à un prix bien supérieur à sa valeur marchande, de sorte que peu de clients étaient intéressés par ce que nous vendions.

Cependant, c’était le piège. Parce que si quelqu’un voulait encore l’acheter… Ils seraient très méfiants.

« Le groupe qui l’a acheté se nomme Atelier Lao. J’ai fait quelques vérifications, et nous n’avons aucune trace d’une telle organisation. Une fois que l’orichalque a passé les frontières de Felsen, je n’ai pas pu enquêter plus avant… »

« Pourquoi cela ? »

« Leur pays n’a pas de guilde marchande. Tout y est géré par la Chambre du commerce et de l’industrie magique. »

La Chambre de commerce et d’industrie magique… Les mages, les artisans et les marchands de Felsen étaient tous gérés par cette énorme organisation de type guilde. Olba était impuissant à enquêter, car il s’agissait d’une organisation nationale, et non internationale comme la guilde des commerçants.

« Tu ne sais donc pas qui a acheté l’orichalque… ? »

C’était suspect, quelle que soit la façon dont on le regardait. Ils devaient avoir un soutien financier considérable, mais…

Je n’avais aucun moyen de savoir s’il s’agissait d’une conspiration gouvernementale, ou simplement de quelques fous. De toute façon, c’était probablement les personnes que nous recherchions.

Au fait, l’orichalque que j’avais vendu n’était authentique qu’à sa valeur nominale. C’était en fait du fer que j’avais fait ajuster en poids en utilisant [Gravité]. L’extérieur était plaqué avec un matériau doré. Mais je n’étais pas une sorte d’escroc. J’avais logé plusieurs pierres précieuses à l’intérieur.

Je ne voulais pas donner aux voleurs un véritable orichalque, mais je ne voulais pas non plus priver qui que ce soit d’un achat équitable. Cela étant dit, ils m’avaient d’abord escroqué en volant mes pièces de Frame Gear… Je n’avais probablement pas besoin d’y inclure les pierres précieuses, hein ?

Le seul problème était que je ne savais pas si c’était quelque chose fait par le gouvernement de Felsen, ou juste un groupe dissident. C’était troublant quand on y pensait. Felsen était aussi la nation qui comptait le plus de réfugiés Yulong.

« Le royaume de Felsen est célèbre pour son ingénierie magique et ses recherches sur les artefacts. Ils sont assez connus pour que la moitié orientale du continent soit connue sous le nom de Lame de Lestia et de Mysticisme de Felsen. »

Cela m’avait rappelé qu’une étrange magie obscurcissait les voleurs lors de leur vol. Cela aurait-il pu être le résultat des recherches de Felsen ? Il était vrai qu’il s’agissait d’une nation très avancée, mais je ne pensais pas qu’ils seraient capables de produire un Frame Gear ou quoi que ce soit.

Je n’avais aucune preuve impliquant Felsen. Cependant, il était très probable que celui qui avait volé mes affaires opérait depuis ce pays.

« Olba, s’il te plaît, fais-moi savoir si quelque chose d’inhabituel sort de Felsen. Je t’en serai redevable. »

« Pas besoin d’être aussi poli. Je suis toujours heureux d’avoir la possibilité de faire plus de profits, et je pense que si je vous en demandais davantage, je pourrais encourir une sorte de sanction karmique. »

« Oho ? Eh bien, si tu veux savoir… J’ai un flacon spécial qui peut conserver les boissons chaudes et les soupes pendant de longues périodes. »

« J’aimerais en entendre plus ! »

J’avais ouvert [Stockage] et j’avais pris une bouteille thermos que j’avais récemment créée. C’était assez facile à faire si vous aviez quelqu’un capable de produire de la magie du vent, puisqu’il s’agissait simplement de faire le vide à l’intérieur de la bouteille. Mais ce n’était pas aussi efficace que les bouteilles thermos de chez nous.

J’avais dessiné un petit schéma sur le sol tout en expliquant les bases. Naito était aussi apparu de nulle part et commença à écouter attentivement mon explication. Arma semblait s’ennuyer, alors j’avais ouvert une [Porte] et je l’avais envoyée voir Yumina.

J’en avais donné quelques-uns à Olba, ainsi qu’un exemplaire démonté pour lui montrer la structure de base. Le vieux Naito en avait également demandé un, alors je lui avais donné mon thermos personnel.

C’était logique qu’il en veuille un vu la quantité de travail qu’il faisait à l’extérieur. Je m’étais senti un peu coupable de ne pas avoir pensé à lui plus tôt.

Après cela, j’avais utilisé une [Porte] pour déplacer quelques cargaisons de métal vers l’Atelier de Babylone. Puis, je leur avais dit au revoir à tous les deux. Olba s’était rendu à la succursale de son magasin à Brunhild. Naito était parti avec son thermos. Il surveillait un nouveau projet de construction.

J’étais sur le point de rentrer chez moi par une [Porte] avant de voir quelques visages familiers dans la ville du château. Je m’étais arrêté et je les avais appelés.

« Salut à vous ! Comment allez-vous ? »

« Hein ? A-Ah, Votre Altesse !? »

Le jeune aventurier, Lop, se tourna vers moi et laissa tomber la lance dans ses mains. Ses trois compagnons avaient également réagi avec la même surprise. La seule qui n’avait pas montré beaucoup de réactions avait été la petite souris blanche qui se trouvait sur la tête d’une des filles. Elle s’était arrêtée en toute hâte, si bien qu’elle avait failli tomber de sa tête.

C’était les aventuriers débutants que j’avais rencontrés sur le bateau d’esclaves. Lop, Fran, Eon et Klaus. La souris blanche au sommet de la tête d’Eon était aussi une de mes invocations.

« La petite souris t’a-t-elle aidé ? »

« Oui ! Neige nous avertit quand des bêtes magiques rôdent, et détecte aussi les pièges pour nous ! »

« Heh… Pas mal, petite souris. »

La souris blanche se tenait au sommet de la tête d’Eon et lui tortillait les cheveux.

A-t-elle sérieusement frotté l’arrière de sa tête de façon maladroite… ? Tu es vraiment une souris intelligente.

Il semblerait que le groupe l’avait appelée Neige. Eh bien, c’était une souris des neiges, ça avait du sens.

« En fait, nous avons été promus rang Violet juste hier ! »

Fran, la sabreuse du groupe, m’avait joyeusement fait part de ses nouvelles.

C’est bien ! Ils avancent assez vite. Je suppose qu’ils ne sont plus des débutants.

L’exploration des donjons n’avait pas contribué à la promotion de votre rang, puisque ce n’était pas une quête. Cependant, la découverte de nouveaux étages, chambres, monstres, trésors et pièces cachées, puis leur signalement à la guilde, vous permettait d’obtenir des points pour votre prochain rang.

Le classement de la guilde était le suivant : Noir -> Violet -> Vert -> Bleu -> Rouge -> Argent -> Or. Ce n’était pas si difficile de passer du noir au violet, mais c’était quand même un exploit en soi.

« Neige continue à nous trouver des passages cachés. Nous avons déjà trouvé pas mal de coffres à trésors… L’un d’entre eux contenait même ceci ! »

Fran tenait une épée en Mithril. Elle était vieille, mais elle avait l’air en bon état. C’était certainement une trouvaille de valeur.

« Qu’est-ce que tu vas en faire ? »

« Eh bien, nous en avons tous parlé et nous avons décidé de le garder et de l’utiliser dans le combat. Après tout, nous nous sommes donné beaucoup de mal pour la trouver… »

« Vous devriez le vendre. »

« Hein ? »

Les quatre m’avaient regardé sans rien dire, alors je m’étais expliqué. Ils étaient peut-être passés du rang noir au violet, mais c’étaient encore des débutants. Des aventuriers débutants qui se baladaient avec une épée de Mithril ? Cela pourrait attirer l’attention de mauvaise personne. Je ne voulais pas qu’ils soient accostés par des gens qui voulaient un petit coup de pouce financier.

« Oh, je vois… »

« Vous devriez la vendre parce que vous pourriez finir par être attaqué pour cela. Vous ne voulez pas vous démarquer, du moins pas encore. »

C’était un conseil basé sur ma propre expérience. Ce serait bien s’ils étaient assez forts pour se dresser contre les gens qui les poursuivraient… Mais je n’étais pas sûr qu’ils étaient encore à ce niveau.

« Aw… Cependant, j’aime cette épée… »

« Mais il soulève un point juste. Il y a beaucoup de risques à la garder. Nous devrions éviter de nous mettre en danger, Fran. »

« Je suppose, Klaus… »

Klaus, leur archer, semblait avoir la tête sur les épaules. Au moins, elle semblait comprendre ce qu’il disait, même si cela la rendait triste.

« De plus, avec l’argent que vous gagnerez en vendant l’épée, ne pourrez-vous pas acheter du matériel décent pour tout le monde ? Ce serait mieux d’avoir un groupe équilibré. »

« … C’est vrai. Nous avons tous trouvé l’épée, alors je ne devrais pas profiter du butin seul. Allons-y ! Vendons-la. »

Fran semblait hésitante, mais elle avait finalement accepté de suivre mon conseil.

« Très bien. Je vais acheter ton épée. Je vous paierai aussi un peu plus que le prix actuel. Considérez que c’est un cadeau pour votre promotion au rang violet. »

Je m’étais dit que j’allais leur donner une vingtaine de pièces d’or, puisque j’avais de toute façon retiré de l’argent récemment.

Mais ensuite, j’avais commencé à m’inquiéter sur le fait qu’ils se fassent attaquer et voler l’argent. De plus, l’idée de donner environ deux millions de yens à une bande de jeunes de treize ans ne me plaisait pas trop.

« … Ou, si vous me donnez l’épée de Mithril, je pourrais vous faire un nouvel équipement, juste pour vous. Qu’est-ce que vous en dites ? Qu’est-ce que vous choisissez ? »

« Sérieusement !? Le matériel, le matériel ! »

Ils avaient tout gobé. Honnêtement, je m’étais senti un peu coupable. Presque comme si j’avais escroqué les enfants d’une épée de Mithril.

J’avais décidé de fabriquer quelque chose qui valait effectivement vingt pièces d’or.

J’étais allé dans le jardin de la Lune d’argent et j’avais ouvert [Stockage] pour en retirer un tas de matières premières. Puis, j’avais commencé à utiliser [Modélisation].

J’avais fabriqué une armure et une lance pour Lop, une armure légère et une épée pour Fran, une armure de cuir et un arc pour Klaus, et un ensemble de robes et de bâtons pour Eon.

Je voulais utiliser du Mithril pour l’armure métallique, mais cela n’avait pas été possible. J’avais fini par utiliser de l’acier renforcé à la place. J’avais également ajusté le poids de leurs vêtements en utilisant [Gravité]. En apparence, cela ne serait pas très différent d’une armure normale. Une personne ne connaîtrait les enchantements de l’équipement que si elle le portait.

J’avais enduit les lames de l’épée et de la lance avec du phrasium fin. Grâce à cela, leurs armes seraient un peu plus maniables, et couperaient beaucoup mieux.

J’avais aussi enchanté l’arc de Klaus, de sorte qu’il pouvait appliqué [Accélération] sur toutes les flèches qu’il tirait. Toutes les flèches tirées avec son arc seraient beaucoup plus puissantes. J’avais aussi fabriqué une corde d’arc avec du phrasium filiforme et un arc qui pouvait la supporter. Pour son armure en cuir, je l’avais tissée avec de l’écaille de dragon pour une protection supplémentaire. Mais j’avais mis des bandes de cuir devant. À l’extérieur, elle ressemblait à une armure de cuir normale.

Le bâton d’Eon était muni de ce qui semblait être des pierres à enchantement rouges et jaunes. Ses principales aptitudes étaient le feu et la lumière, mais c’était en fait un déguisement astucieux. Les pierres à enchantement étaient du phrasium pur, coloré en jaune et rouge. Cela permettait à ses attaques magiques de devenir beaucoup plus puissantes. J’avais même tissé du phrasium dans sa robe, pour la renforcer un peu. Mais ce n’était pas visible.

J’avais donc fabriqué un équipement assez simple, puis je leur avais expliqué les qualités particulières de chacun. Au début, ils avaient l’air un peu déçus par ce qui semblait être de mauvaise qualité, mais ils s’étaient vite repris après avoir réalisé la puissance de l’équipement que je leur avais donné.

« Maintenant, écoutez-moi bien. Vous ne devez pas parler de ce genre de choses à quelqu’un d’autre, d’accord ? C’est unique en son genre. Rien de tel n’existe ailleurs. Si le temps était venu pour vous de les vendre, alors vendez-les à la société d’Olba Strand. »

Je savais avec certitude que cela vaudrait plus de vingt pièces d’or. Après tout, la Compagnie Strand avait les meilleurs évaluateurs du coin.

Le quatuor me remercia, à mon grand regret, car je leur avais aussi donné assez de viande de dragon pour nourrir quatre personnes. Soudain, la cloche sonna sur la tour de l’horloge. Il venait d’être midi.

Je leur avais dit de passer la viande à Micah, je lui avais demandé de leur offrir un repas gratuit, puis j’étais parti en vitesse.

Après tout, le déjeuner m’attendait au château.

***

Interlude 1 : Des dieux et des hommes

Partie 1

« Hmm… Je pense qu’il est dans le faux ici. Vous n’avez pas à vous excuser. »

« Je sais. »

« C’est tout à fait exact. Autrement dit, cela montre le peu de confiance qu’il a en vous. En d’autres termes, il n’a pas confiance en vous. Il ne peut pas croire en vous parce qu’il pense que s’il était à votre place, c’est ce qu’il ferait. Il sait qu’il échouerait définitivement dans votre position, alors comment pourrait-il vous faire confiance ? »

« Vous avez raison… Je pense que cela a aidé à dissiper mes doutes. Je vais rompre avec lui. Je ne peux pas être avec quelqu’un qui n’a pas confiance en moi. »

« Oui, je suis d’accord, ce serait mieux ainsi. Il y a beaucoup de meilleurs partis parmi lesquels choisir. »

« Oui ! Merci beaucoup, Lady Karen ! »

La femme chevalière se leva de son siège, baissant respectueusement la tête en quittant la pièce. Karen l’avait vue partir d’un geste de la main.

Ce belvédère situé à l’angle du terrain d’entraînement était un lieu de détente très apprécié des chevaliers féminins. À midi, on pouvait les voir y porter leur déjeuner.

Cependant, il arrivait parfois que Karen y soit assise. À ce moment-là, le belvédère devenait un refuge où les personnes troublées demandaient conseil. Il allait sans dire que ses conseils ne portaient que sur des sujets d’ordre romantique.

Même si c’était surtout les femmes qui lui demandaient conseil, il arrivait aussi que des hommes s’adressent à elle pour obtenir des conseils. Ce n’était pas surprenant, car l’amour troublait tout le monde sans égard au sexe. Mais recevoir des conseils de la Déesse de l’Amour elle-même était quelque chose dont on ne pouvait normalement que rêver.

« Je pense qu’écouter aux portes n’est pas digne d’un roi. »

« Ha, donc tu m’avais remarqué. »

Je m’étais révélé, en levant mon sort [Invisibilité]. Son expression était si sérieuse qu’elle avait quelque peu éveillé mon intérêt.

« Tu écoutes les problèmes des gens plus sérieusement que je ne l’aurais cru. »

« C’est après tout mon domaine de compétence. Savoir ce que l’on désire, quels conseils on souhaite entendre, est une seconde nature pour la Déesse de l’Amour. »

Karen s’était enflammée de fierté.

« Hmm ? Donc ce que tu viens de dire n’était pas vraiment ton opinion ? »

« Bien sûr que non. Pour être tout à fait honnête, je ne sais pas si cela justifiait une rupture, mais c’était ce qu’elle voulait. Elle ne pouvait tout simplement pas se résoudre à aller jusqu’au bout. Je lui ai simplement donné le coup de pouce dont elle avait besoin. »

Est-ce vraiment bien… ? Mais, bon, quand les gens viennent chercher des conseils, c’est qu’ils ont déjà trouvé leurs réponses en eux-mêmes. Ils souhaitent simplement que quelqu’un juge et renforce ces réponses. Et grâce à cela, ils peuvent affirmer qu’ils ne se trompent pas. Peut-être que c’est réellement ce que signifient les conseils amoureux. Il n’y a pas une seule bonne réponse. Tout se résume à la personne en question.

« L’ordre ici a beaucoup de femmes chevalières, ce qui signifie autant de cœurs troublés. Mais cela inclut aussi les hommes. »

« Ne me dis pas… Que cela fait donc de toi une sorte de conseillère ici, hein ? »

Environ trente pour cent des membres de notre ordre de chevaliers étaient mariés. Il s’agissait pour la plupart de soldats qui nous avaient été donnés par Eashen, à l’origine des shinobi de Takeda sous le commandement de Tsubaki, en plus des hommes sous le commandement des quatre élites de Takeda. C’étaient, pour la plupart, des hommes.

Les nouveaux chevaliers, cependant, étaient pour la plupart célibataires.

Dans ce monde, on arrivait à l’âge adulte à quinze ans, et à vingt ans, la plupart étaient mariés.

Mais cela ne s’appliquait qu’aux habitants des villes. Les aventuriers en quête de gloire ne pensaient au mariage qu’après la retraite, et se mariaient plus tard dans la vie. Mais ils pouvaient aussi se marier plus jeunes.

Beaucoup d’habitants de Brunhild étaient d’anciens aventuriers, et à ce titre, il n’était pas rare qu’ils se marient avant l’âge de vingt ans.

Avec autant d’hommes et de femmes célibataires au même endroit, on pourrait s’attendre à ce qu’ils se mettent ensemble et qu’ils se marient, mais naturellement, les choses ne s’étaient pas passées aussi bien qu’on aurait pu le souhaiter.

Pour dire les choses simplement, nos femmes ne cherchaient pas à se marier.

Et dans notre ordre, elles avaient des raisons de s’opposer à la perspective du mariage. En général, un ordre de chevaliers était composé principalement d’hommes. Les femmes chevaliers ne s’engageaient pas, et si certaines le faisaient, elles étaient soit nobles, soit rejoignaient l’ordre grâce à des faveurs et des relations.

Mais Brunhild n’avait aucune considération pour le sexe, de sorte que les femmes chevalières étaient plus nombreuses ici que dans d’autres pays. Les femmes qui ne pouvaient pas devenir chevalières dans d’autres pays se rassemblaient ici. Venant d’un tel milieu, elles s’efforçaient de ne pas être inférieures aux hommes. Le mariage n’était pas pour elles une priorité. La chef de notre ordre, Lain, était en fait une femme.

Beaucoup d’entre elles cherchaient des amants, mais évitaient le mariage, comme la femme chevalière d’autrefois.

« Mais n’est-ce pas mauvais pour eux ? »

« Pas particulièrement, non. Mais il est vrai que les femmes sont désavantagées si elles donnent la priorité à leur position au point que leur âge les rattrape. Beaucoup d’hommes préfèrent les jeunes mariées, un peu comme une certaine personne. »

Karen fit un large sourire. Je l’avais bien cherchée celle-là. Bien qu’il soit vrai que mes fiancés étaient tous plus jeunes que moi, à part Leen.

« Évitent-elles le mariage parce qu’elles ne veulent pas fonder un foyer ? »

« Eh bien, ça en fait partie. Elles sont enfin devenues chevalières, alors elles ne veulent pas renoncer à leur carrière. Même si le mari et la femme travaillent tous les deux, une fois que les enfants entrent en jeu, tout change. C’est une affaire compliquée. »

Même si l’ordre permettait à ses chevaliers de se marier, cela restait un problème. Nous n’avions aucun scrupule à ce que les femmes mariées deviennent chevalières. Nous pouvions les nommer dans une brigade plus sûre qui s’occupait des tâches du château si elles le souhaitaient.

Mais il était vrai que les enfants compliquaient les choses. Ils ne pouvaient pas laisser leurs enfants à la garde des voisins tout le temps.

« Nous avons besoin d’une crèche… »

Une crèche, ou un jardin d’enfants. Je devrais consulter Naito pour construire quelque chose.

« Cela dit, il n’y a pas grand-chose à faire s’ils ne peuvent pas se mettre d’accord dès le départ sur un mariage. »

« Choisir quelqu’un à épouser, hein… ? Les gens se marient généralement par amour dans ce monde, non ? »

« Pas nécessairement. Les nobles se marient par convenance politique, leurs partenaires leur sont donc imposés. Les parents décident aussi souvent pour leurs enfants. Les roturiers se marient généralement par amour, mais ils sont souvent présentés à leurs partenaires par leurs connaissances. »

« Des entremetteurs, hein… ? »

Entremetteurs ou non, les hommes et les femmes avaient besoin d’occasions de se rencontrer. En règle générale, les chevaliers étaient enfermés dans le château, à l’exception de ceux qui étaient en patrouille. Il n’y avait aucun moyen pour eux de rencontrer quelqu’un comme c’était le cas auparavant.

« Ne pourrait-on pas organiser une fête ou quelque chose de ce genre ? »

« Dans l’ordre ? Si c’est juste parmi nos chevaliers, ils se voient tout le temps. Cela n’apportera rien de nouveau. »

« Je suppose que ce ne sera pas le cas. Après tout, ce sont tous des collègues. S’il n’en fallait pas plus pour qu’ils se marient, ils seraient déjà tous ensemble. »

En pratique, nous avions déjà des couples parmi nos chevaliers, et certains qui s’étaient séparés aussi. Travailler aux côtés de son ex-amant peut s’avérer difficile, certains devaient donc être réaffectés à des postes différents.

« Il faudrait donc faire venir des gens de l’extérieur du château, hein… ? Et la ville du château ? »

« Il y a beaucoup d’aventuriers qui viennent pour les donjons, mais ce sont des vagabonds, il serait difficile de les faire s’installer. Je doute qu’ils aient l’intention de se marier. »

Ce serait en effet difficile. Je ne pensais pas qu’il serait si difficile de trouver un partenaire pour nos chevaliers masculins. Après tout, la chevalerie était une profession respectable. Ils recevaient une allocation de logement s’ils se mariaient, et pouvaient construire une maison grâce à un prêt. En ce qui concerne les professions, ils étaient plutôt bien lotis.

« Je me demande s’il est difficile pour les femmes chevalières de trouver quelqu’un… »

« Ce n’est pas un problème que l’on peut résoudre du jour au lendemain, de toute façon. Il faudrait faire de l’ordre un lieu où les chevaliers peuvent se marier en toute tranquillité, sans que cela nuise à leur carrière. »

C’était douloureusement vrai, même si je n’aimais pas ça.

L’ordre ne ferait qu’augmenter au fil du temps. Et avec cela, nous aurions de plus en plus de femmes chevalières par rapport aux autres pays. Nous avions besoin d’une solution. Je savais qu’il ne fallait pas faire des femmes des ennemies.

« Yo, de quoi vous parlez tous les deux ? »

Moroha s’était approchée de nous, portant une épée en bois sur son épaule. Même si elle avait aidé nos chevaliers à s’entraîner toute la matinée, elle ne semblait pas avoir transpiré.

Eh bien, c’est une déesse…

Moroha avait pris place aux côtés de Karen. J’avais sorti des boissons froides, avec des pailles, de mon [Stockage], et je les avais placées devant les dames.

« Hmph… Le mariage, c’est ça ? À première vue, c’est la dernière chose à laquelle elles pensent en ce moment. Tout le monde est debout, essayant d’animer ce pays. »

Moroha avait pris la parole, en sirotant du jus de fruits avec la paille. J’étais heureux que tout le monde fasse de son mieux pour le pays, mais je ne pouvais pas supporter la perspective qu’ils abandonnent leurs chances de se marier pour cela.

« Faire de l’ordre un lieu de travail plus facile pour les chevaliers mariés est une bonne idée, mais ils peuvent trouver quelqu’un à marier par eux-mêmes. Ce n’est pas à toi d’essayer de les aider pour cela. »

« Je suppose que tu as raison. »

Je suppose que jouer les entremetteurs convient mieux à la grand-mère qu’à son chef. Après tout, certaines personnes se marient sans aucune incitation, alors que celles qui ne le font pas ne le feraient probablement pas, même si vous essayez de les aider.

« Et toute aide venant de vous, avec vos huit fiancés, sonnerait probablement très creux. »

« Définitivement. »

Les deux dames avaient acquiescé de la tête. Une fois de plus, je l’avais bien cherché.

« Au fait, tout le monde se pose des questions, mais vas-tu vraiment avoir neuf enfants ? »

« Eh bien, je n’en suis pas vraiment… sûr, mais apparemment c’est ce qui va se passer. »

« Nous allons être tantes dans quelques années, Moroha. Le temps passe vraiment en un clin d’œil… »

Non, je vous connais que depuis moins d’un an. Et vous dites déjà que vous ne laisserez jamais personne vous appeler « tante ». Vous prenez de l’avance…

« Les choses vont devenir assez mouvementées une fois que tes enfants seront nés, Touya. De nombreux dieux vont leur offrir leurs bénédictions. »

« Aucun doute là-dessus. Le Dieu du monde est très intéressé. Moroha et moi allons les aider. Même les spectateurs de là-haut vous donneront sûrement leurs bénédictions. »

« Y a-t-il vraiment autant de dieux prêts à nous bénir ? »

Le Dieu du monde m’a dit que les Dieux de l’agriculture et de la chasse s’intéressaient à moi, mais combien sont-ils ?

« Eh bien, nous avons moins de dieux par rapport aux autres mondes. Dans ton monde d’origine, le Dieu de l’Amusement et le Dieu de l’Invention ont donné leur protection divine à gauche et à droite. »

Dans ce cas, il ne s’agissait pas tant de « protection divine » que de prêt de talent. Il semblerait que la Terre était très aimée des dieux. De nombreux génies, héros et grands hommes étaient nés et avaient contribué à rendre le monde meilleur.

Ils avaient peut-être provoqué des conflits par moments, mais ces actes étaient nécessaires au développement de la société.

Le Dieu de la magie ne semblait cependant pas s’intéresser à mon monde d’origine. Je suppose qu’étant donné que ce monde n’avait pas de mana pour servir de fondement à la magie, il était logique qu’il ne s’y intéresse pas.

« À l’origine, ce monde n’attirait pas beaucoup l’attention des dieux comparée à la multitude d’autres mondes. Le Dieu du divertissement s’y est tout de suite désintéressé. Les autres dieux n’ont commencé à s’intéresser à ce monde qu’une fois que tu es arrivé, Touya. Jusqu’alors, ce monde était assez négligé. »

Je pourrais en dire autant. Il n’y avait pas beaucoup d’activité religieuse dans ce monde, et pour avoir une histoire aussi longue, la plupart de ses cultures avaient stagné. Le Dieu du monde avait dit que s’il ne m’avait pas jeté dans ce monde, il l’aurait laissé pour encore dix mille ans environ.

Un monde oublié par les dieux… Ça sonne vraiment déprimant.

« Nous ne l’avons pas oublié. C’est irrespectueux. Nous n’avons pas vérifié. »

« Hé, j’ai gardé un œil dessus. Si je devais choisir, je préfère ce monde au monde original de Touya. »

« Eh bien, étant la Déesse des épées, tu choisiras ce monde plutôt qu’une Terre qui préfère les armes et les missiles. »

Je parie que le Dieu de la magie préférait aussi ce monde au mien. J’étais certain qu’il avait donné sa protection divine aux gens d’ici dans le passé. En y repensant, le professeur Babylon pourrait bien être l’un d’entre eux…

Mais en fin de compte, les dieux étaient inconstants. Les mondes qui avaient reçu leur amour et leur attention avaient prospéré, tandis que ceux qui ne l’avaient pas stagnaient. Et si quelque chose devait attirer leur intérêt vers un monde abandonné, peut-être cela accélérerait-il son développement.

Je veux croire que si ma présence ici a attiré l’attention des dieux, ne serait-ce qu’un peu, ce sera en faveur de ce monde.

« Je viens de me rappeler d’une chose : la fille qui a récemment rejoint l’ordre n’a-t-elle pas aussi reçu une protection divine ? »

« Qui ? Ah, tu veux dire Spica. »

L’elfe noir Spica, qui avait failli mourir de Demoderma. J’avais entendu dire que depuis qu’elle avait rejoint l’ordre, elle avait fait preuve de beaucoup de talent. Vu qu’elle passait jour et nuit à être entraînée par Moroha, il n’était pas surprenant qu’elle devienne plus forte.

***

Partie 2

« Donc son don divin est le Bouclier Humain ? »

« Oui. Elle ne le sait probablement pas elle-même, mais elle a reçu la protection… le talent du Dieu des Boucliers. Comme moi, le Dieu des Boucliers a un penchant pour ce monde. »

S’il y a une épée, il y a forcément un bouclier. Et comme un bouclier est quelque chose qu’on ne peut pas couper.

« Je me demande si le Dieu des boucliers nous regarde aussi en ce moment. »

Je m’étais retrouvé à regarder le ciel. Les autres dieux ne nous regardaient sûrement pas tout le temps.

« Le Dieu des Boucliers ne semblait pas très intéressé par toi. Après tout, tu n’utilises pas de bouclier. »

« Eh bien, j’utilise le sort [Bouclier] assez souvent. »

« Cela relève de la juridiction du Dieu de la Magie. Le Dieu des Boucliers est difficile à satisfaire et ne te donnera sa bénédiction que s’il s’intéresse vraiment à toi. »

Cela signifie qu’il devait beaucoup aimer Spica. Cela dit, si les dieux pouvaient bénir quelqu’un avec un talent, c’était à la persévérance et aux efforts de cette personne de le faire éclore.

Même si les dieux devaient bénir mes enfants, ces talents seraient gâchés s’ils finissaient par devenir des fainéants qui refusaient de faire des efforts pour quoi que ce soit.

Cela se résumerait à la façon dont je les élèverais… Mais ils n’étaient même pas encore nés. Il ne m’appartenait pas encore de leur imposer ce genre d’attentes.

Je m’étais tourné pour retourner au château, un soupçon de malaise pesant sur mon cœur. Mais en même temps, j’avais senti une poussée d’énergie magique venant des terrains d’entraînement du nord. La zone disposait d’un terrain désigné pour l’entraînement à l’utilisation des Frame Gears, et d’un terrain dédié à l’entraînement à la magie. Il n’était pas rare que quelqu’un l’utilise, mais qui cela pouvait-il être ? J’y étais allé pour vérifier et j’avais trouvé Leen et Linze, aux côtés de Sue et Renne, notre femme de chambre en formation.

« Ah, Touya. »

Ayant remarqué ma présence, Linze courut pour me saluer. Dans ses mains se trouvait une sorte de livre.

« Hé. Qu’est-ce que vous faites ici ? »

Sue et Renne concentrèrent leur magie sur la cible devant eux, et Leen s’assura que leur énergie magique ne s’emballait pas. Paula courait aussi… en lançant une sorte de cri.

« Nous pratiquons notre magie. Sue travaille sur sa magie de Lumière, et Renne sur sa magie de Vent. Et je pratique ça. »

Linze me présenta l’épais volume qu’elle tenait dans ses mains, mais je n’avais pas pu lire les lettres de la couverture.

Est-ce que c’est écrit dans la langue ancienne spirituelle… ? J’avais activé [Lecture] pour essayer d’en comprendre le sens.

« Encyclopédie de la magie composite… ? »

La magie composite ? C’est un domaine dont je n’ai jamais entendu parler. Est-ce une sorte de technique ancienne ?

« La Magie Composite est une école qui se concentre sur la combinaison de deux types de magie et leur utilisation simultanée. Par exemple, il y a un sort appelé [Tempête de feu]. À l’origine, c’était un sort composé d’une magie de feu et d’une magie de vent. Au fil du temps, elle a été simplifiée pour devenir ce que l’on appelle aujourd’hui le sort [Tempête de feu] de l’élément feu. Dans sa forme originale, il était bien plus puissant. »

« Ah, donc il s’est dégradé. »

Pour être exact, il ne s’était pas dégradé au point de se transformer en un sort qu’un praticien ordinaire puisse le lancer.

Même si vous deviez mettre en vente une voiture de course que seul un pilote de F1 pourrait conduire, les gens du commun ne pourraient jamais l’utiliser. Il vaudrait mieux leur vendre une voiture légère et facile à manier.

Et au bout du compte, la voiture de course perdrait sa place au profit d’un modèle par ailleurs inférieur, et avec le temps, serait complètement oubliée.

« Hmm… C’est certainement intéressant. Ce sort [Flèche invisible] semble utile. »

J’avais nommé un sort qui avait attiré mon attention lorsque j’avais feuilleté les pages du tome. Mais cela ressemblait presque à de la triche.

« Oui. C’est un sort composé de magie de lumière et d’un sort de type flèche. Je crois que même moi je peux le lancer. »

Linze s’était exprimée avec enthousiasme, mais cela semblait être un sort de haut niveau. Pour utiliser la magie composite, il fallait maîtriser plusieurs types de magie, sinon cela ne fonctionnait pas.

« Viens, ô Lumière ! Duo resplendissant : [Flèche de Lumière] ! »

« Viens, ô vent ! Duo tourbillonnant : [Flèche de vent] ! »

« Impressionnant. »

Sue et Renne avaient jeté leurs sorts. Plusieurs flèches de Lumière et de Vent, peut-être trop faibles pour être appelées barrage, avaient été tirées sur les cibles. Et pour les deux, une seule avait atteint sa cible et l’avait détruite. Les autres flèches n’avaient pas atteint leur cible et s’étaient dispersées.

« Pas mal. Vous voyez, la magie de barrages n’exige pas de viser trop soigneusement, car l’une d’entre elles atteindra probablement la cible. Mais quand même, si vous tirez ce genre de barrages, essayez de faire en sorte que chaque flèche puisse toucher. Comme ceci. »

Leen récita un sort de barrage de glace, et toutes les flèches s’écrasèrent sur la cible les unes après les autres, réduisant la cible en morceaux en un clin d’œil.

« Wôw, impressionnant ! Pas étonnant qu’elles aient fait de vous le magicien de la cour de Brunhild… Oh, Touya ! »

« Hé là. Joli travail, vous deux. »

Sue et les autres s’étaient précipités vers moi, ayant remarqué que j’étais là. Sue avait une aptitude pour la magie de la lumière, mais avant de me rencontrer, elle n’avait pu lancer qu’un sort élémentaire [Orbe de lumière].

En voyant qu’elle travaillait si dur pour s’améliorer, je m’étais rendu compte qu’elle cherchait ce qu’elle pouvait faire.

« Je vois que tu travailles aussi dur, Renne. »

« Yep ! Je veux dire, oui ! Lapis a dit qu’une servante de première classe doit aussi savoir se battre. »

 

 

Mais qu’est-ce que notre chef de ménage enseigne à un enfant… ? Mais c’est peut-être normal, vu qu’elle a déjà servi dans cette unité de renseignement.

Leen s’était aussi approchée de nous, et avait soudainement fait cette suggestion.

« Tu es venue au bon moment, chéri. Pourrais-tu téléporter un sanglier Fang ici ? »

« Hein ? Bien sûr, mais pour quoi faire ? »

« Pour terminer la session d’aujourd’hui. Ce sera un entraînement au combat qui illustrera la différence entre une cible mobile et une cible statique. Et aussi, le château manque de certains ingrédients. »

Un sanglier Fang était une bête magique aussi connue sous le nom de sanglier à longue queue. Comme son nom l’indiquait, il avait de longues défenses et constituait un défi digne d’être relevé par les jeunes aventuriers. Sa viande se vendait bien, à tel point que les nouveaux venus dans la guilde se bousculaient pour avoir la chance de poser leurs mains dessus.

Mais sa charge violente était une force sur laquelle il fallait compter. On pouvait être gravement blessé si on la prenait à la légère.

« Juste eux deux contre un sanglier Fang ? Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée… »

Je jetais sur elle un regard inquiet. Leen poussa un soupir et écarta les lèvres pour parler.

« Ce n’est pas bon d’être trop protecteur. Elles sont devenues plus fortes et plus mûres de jour en jour. Et si les choses tournent mal, on peut s’en occuper à deux. »

C’était vrai. Leen était vraiment une professeur plus dure que je ne le pensais.

« Tout ira bien, Touya. Crois en nous. »

« C’est vrai ! Tout le monde nous a enseigné et nous sommes vraiment devenues plus fortes ! »

Hmm… Elles insistent vraiment sur ce point, alors peut-être que je devrais les laisser essayer. Comme Leen l’a dit, si ça devient trop dangereux, je le vaincrai moi-même.

J’avais cherché l’emplacement d’un sanglier dans mon smartphone, et j’en avais trouvé un dans une forêt voisine. Il se promenait dans le pays, donc je pouvais utiliser le sort [Porte] pour le ramener de n’importe où.

Alors, allons-y.

Je m’étais téléporté dans la forêt où j’avais trouvé le sanglier. Le sanglier Fang surprit par mon apparition soudaine, mais j’avais ouvert une [Porte] sur le sol en dessous de lui et je l’avais fait tomber dans le terrain d’entraînement.

À mon retour, j’avais trouvé Sue et Renne qui l’attaquaient déjà.

« Viens, Vent ! Rempart de Bourrasques : [Mur aérien] ! »

« Bugah ! »

Le mur de vent que Renne avait créé repoussa la charge du sanglier Fang.

« Maintenant, Sue ! »

« OK ! Viens, o Lumière ! Duo lumineux : [Flèche de lumière] ! »

La flèche de Sue avait manqué sa cible d’un rien. Le sanglier Fang récupéra et se précipita, évitant les trois flèches tirées vers lui.

« Pourquoi tu… ! »

Elles tirèrent quelques coups supplémentaires, mais aucun n’avait touché.

Il n’y a pas moyen qu’elles puissent le vaincre comme ça. Elles ne pensent pas à l’avenir.

« Viens, ô Vent ! Duo tourbillonnant : [Flèche de vent] ! »

Renne lança de son côté un barrage de flèches, mais les flèches manquèrent leurs cibles, comme celles de Sue. Même si elles essayent de tirer sans discernement, elles ne toucheront jamais…

« Qu’est-ce… !? »

Alors que le sanglier Fang passait à toute vitesse, une flèche siffla juste à côté de moi.

J’ai failli y passer ! Le duo s’énerve tellement qu’elles ne voient même pas ce qui se passe autour d’elles.

Le sanglier était passé de la fuite au combat, et commença à charger vers le duo. Je m’étais concentré sur Renne et Sue, mes sorts défensifs étaient prêts.

Sue commença à lancer son sort.

« Brille, Lumière ! Brillance éclatante… ! »

Oh non…

« … [Flash] ! »

« Buah !? »

Un éclair aveuglant jaillit des mains de Sue.

J’allais bien puisque j’avais instinctivement protégé mes yeux avec mon bras, mais le sanglier Fang avait été directement aveuglé et s’était enfui, paniqué.

Sue avait alors tiré d’autres flèches vers lui. Comme avant, aucune d’entre elles n’avait touché, mais les mouvements du sanglier s’étaient atténués.

« Buahoh ! »

Une des flèches avait finalement touché sa cible, et fit tomber le sanglier Fang. Alors qu’il essayait de se relever, Renne lui tira ses flèches magiques dans le cou, faisant taire le sanglier.

Whoa, elles l’ont vraiment battu.

« Oui ! Je l’ai fait ! »

« Très bien ! Beau travail, Sue ! »

« … Je dirais, soixante points. »

Leen avait brusquement interrompu leurs acclamations.

Elle était stricte… Je pense qu’au moins soixante-dix seraient justes.

« Soixante-dix points, je dirais. »

Linze était elle aussi assez stricte. Il est vrai que la chasse ne s’est pas déroulée aussi bien qu’elle aurait dû, mais c’est ce qu’on attend des débutants.

« Qu’avons-nous fait de mal ? »

« Pour commencer, vous prenez trop de temps pour invoquer vos sorts. Vous devez tenir compte de votre temps d’invocation si vous voulez abattre votre proie. Il n’y a pas moyen de contourner cela. Renne doit mieux tenir compte de son environnement. Tu as failli toucher Chéri là-bas. Et puis il y a Sue. Lancer [Flash] n’était pas une mauvaise idée, mais tu devrais en informer tes compagnons à l’avance. Tu as été aveuglée et tu n’as pas pu réagir aussi, n’est-ce pas, Renne ? »

« O-Oui. Tout était subitement devenu lumineux… »

« O-Oh… Je suis désolée, Renne. »

Sue s’était tristement excusé.

« Atteindre une cible en mouvement exige une vitesse d’invocation beaucoup plus grande et un contrôle précis. Vous devez avoir une bonne compréhension de la situation, surtout lorsque vous vous battez en groupe. Un mage doit toujours rester calme et concentré. »

« Compris ! »

« Oui, je comprends. »

Le duo acquiesça aux paroles de Leen. Elles n’étaient pas offensées… C’était bien.

J’avais sorti un chariot de [Stockage] et j’y avais placé le sanglier Fang.

Il était toujours vivant, mais il ne pouvait pas bouger.

« Très bien, emmenons-le à Créa. Nous allons proprement le cuisiner. »

Nous devions nous en débarrasser avant la fin de la journée. Je ne voulais pas qu’il se gâte. Sue et Renne poussèrent le chariot ensemble et se précipitèrent joyeusement vers le château.

« Ces deux-là ont bien grandi. »

« Nous devons continuer à travailler dur pour qu’elles ne nous dépassent pas avant que nous le sachions. »

Linze pompa ses bras, comme pour s’enflammer. Elle travaillait dur, donc je ne pensais pas qu’elles la dépasseraient aussi facilement, mais elle avait raison. Nous devions aussi continuer à nous améliorer.

« Au fait, vas-tu lui faire un Frame Gear maintenant que tu en as fini avec celui de Yae et de Hilde ? De quel genre ? »

« Ouais, Rosetta s’occupe de ça, mais… Je me suis dit que j’allais prendre la cellule de l’unité centrale et la combiner avec une unité de soutien… Ah… Pour faire simple, ce sera une grosse unité. »

Je doutais qu’elles puissent vraiment comprendre ce que je voulais dire, alors je l’avais expliqué succinctement. À bien y penser, je ne leur avais jamais montré cet anime.

« Quelles unités voulez-vous toutes les deux ? »

« Je n’ai pas vraiment de préférences… Oh, mais une unité basée sur la frappe, comme celui de ma sœur, est un peu… »

Oui, c’était probablement trop pour elle. Le « Frame Gear » de Linze allait en être un plus orienté vers le rôle de soutien.

« Je préfère une unité qui soit douée pour tirer d’énormes frappes magiques. Mais la magie ne fonctionne pas sur la Phase, donc c’est un peu inutile… J’aimerais une unité qui combatte directement, plutôt qu’une unité de soutien. »

Dans le cas de Leen, sa magie ne consistait pas à frapper directement la Phase, mais de booster ses attaques. Comme faire tomber un [Rocher de glace] du haut, ou propulser des projectiles avec une [Explosion].

Oui… C’est certainement possible. Rosetta peut s’occuper de ça. Hmm ? J’avais senti un tiraillement à l’ourlet de mon pantalon. Je regardais vers le bas, et je vis Paula à mes pieds, faisant des gestes comme pour me demander « Et moi, et moi ? ».

« Hé, toi aussi… Tu n’as pas le droit de piloter. »

De déni, Paula secoua la tête, et s’était même mise à quatre pattes pour supplier.

Quand diable Leen a-t-elle programmé ça...

« Non, je veux dire… tes membres ne s’étendent pas jusqu’aux pédales et aux commandes. »

Paula tomba avec un bruit sourd, comme si elle s’en rendait compte.

Tu ne le savais vraiment pas ? Ses talents d’acteur devenaient progressivement plus impressionnants. J’avais pensé qu’on pourrait peut-être gagner un peu d’argent en la faisant participer à une sorte de spectacle. Nous ne pouvions pas le copier, car l’Atelier ne copiait pas les enchantements, mais si nous pouvions produire Paula en série, nous pourrions créer une troupe de théâtre ou quelque chose comme ça. Ils ne pouvaient pas parler, alors il nous faudrait un narrateur…

Comme j’entretenais des pensées aussi stupides, j’avais laissé Paula derrière moi. Elle continua son numéro alors que je me dirigeais vers le château.

Finalement, elle remarqua qu’on l’ignorait et elle nous suivit en titubant.

Heh… Quelle drôle de petite chose...

***

Chapitre 3 : La gourde dorée

Partie 1

« C’est assez rapide… »

« N’est-ce pas ? »

Le hangar de Babylone contenait un bateau volant super rapide, j’avais donc décidé de le sortir pour faire un tour. J’étais dans le ciel au-dessus de Regulus. Monica pilotait pour moi.

Le nom que j’avais donné à ce bateau volant était Gungnir. C’était un véhicule assez long qui ressemblait presque à un roseau de bambou. En naviguant dans les airs, il rappelait un peu une lance ailée, d’où son nom.

Même s’il était en vol, je ne pouvais pas vraiment comprendre comment il fonctionnait en termes de science ou d’aérodynamique… J’avais donc supposé qu’il était alimenté par une source magique.

Comme son nom l’indiquait, le bateau volant était capable de s’élever dans les airs au-dessus du sol ou sur l’eau. Il était aussi très rapide, mais j’étais presque sûr de pouvoir aller plus vite en utilisant [Vol].

Il pouvait néanmoins transporter un maximum de douze passagers à la fois. L’intérieur spacieux était vraiment un point positif.

À l’origine, il était alimenté par de l’éther liquide, mais nous l’avions remodelé et ajouté de nouvelles fonctions motorisées afin qu’il absorbe passivement la magie de l’atmosphère environnante, un peu comme le nouveau modèle de Frame Gear.

« Ce truc peut se combiner avec le Frame Gear de Sue, non ? »

« Hum, oui, c’est tout à fait possible ! L’arrière peut faire la partie transformation. Notre présence ne sera pas nécessaire, car il possède un système de pilotage automatique totalement autonome. »

Gungnir avait aussi un pilotage automatique, que nous avions récemment installé. Il était également doté d’une reconnaissance vocale complète. Il suffisait de monter dans le véhicule et d’indiquer où vous vouliez qu’il vous emmène, et c’était fait ! Mais c’était un système rudimentaire qui ne pouvait pas s’adapter à la volée, donc il ne serait pas sage de trop s’y fier.

« Nous avons aussi installé un manteau furtif autour du bateau volant. Bien que ses bruits puissent encore être entendus… »

« Gungnir est-il équipé de quelque chose ? »

« Uhhm… Non ! Mais c’est une construction assez solide. Vous pourriez facilement briser une phase en vous y enfonçant. »

Peut-être que cela fonctionnera avec les petites constructions… Je ne veux pas vraiment mener d’attaque suicide contre les Hautes Construction.

Gungnir passa au-dessus de Roadmare et vola dans le ciel de Yulong.

« … Cet endroit est toujours en désordre, hein ? »

J’avais regardé en bas et je vis les vestiges du saccage de la Phase. J’avais vu de la terre brûlée, des maisons en ruine, des arbres déracinés et des ravages carbonisés.

Mais même au milieu des décombres, je pouvais voir des signes de vie qui continuaient. J’avais vu certains villages en pleine reconstruction. Il semblerait qu’il y avait des gens bons et sérieux, désespérés de vivre leur vie dans leur pays d’origine.

Penser que certaines de ces personnes pourraient me considérer comme leur ennemi m’avait rendu un petit peu triste.

{Mon Seigneur.}

« Hein ? Kohaku ? »

Alors que je regardais en bas, un message télépathique était arrivé de Kohaku. Je m’étais demandé ce qu’elle voulait.

{Dame Yae dite qu’elle souhaite vous parle — Ghah ! « Touya-dono, tu m’entends ? ! »}

« Oui, je t’entends… Sois gentille avec Kohaku, d’accord ? »

La voix de Yae s’était soudainement mêlée à la télépathie de Kohaku. Kohaku criait vraiment, ce qui signifiait que Yae avait fait irruption. Mais qu’est-ce qui avait bien pu l’énerver à ce point ?

{Je viens de recevoir une lettre de ma mère à travers le Miroir Portail ! L’armée de Hashiba est en train d’envahir Oedo au moment où nous parlons ! L’armée a deux cent mille hommes, et l’alliance Tokugawa-Date en a que soixante mille ! Sans parler du fait que Ieyahsu-sama a été blessé lors de l’assaut initial !}

« Attendez, quoi !? »

L’armée dont m’avait parlé Tsubaki était déjà en train d’entrer en scène. Il semblerait qu’il prévoyait d’unifier de force Eashen avant de se rendre à Yulong.

{Je… Je vais monter sur Schwertleite et éliminer l’armée de Hashiba !}

« Attends ! Ne t’avance pas trop ! »

Je ne voulais pas que les Frame Gears soient impliqués dans des conflits entre humains. Yae était trop paniquée pour penser correctement. Mais c’était normal. Sa famille était en grand danger.

« Monica, mets le cap sur Eashen. »

« Très bien, entendu. »

Je ne savais pas où se trouvait le champ de bataille, alors nous nous étions dirigés tout droit vers Oedo. Il fallait environ dix minutes pour y arriver.

« J’ouvre une [Porte], d’accord ? »

J’avais jeté le sort, permettant à Yae et Kohaku de me localiser sur le bateau volant. Mais j’avais eu l’impression que Yae avait forcé Kohaku à passer avec elle.

« Touya-dono ! Je… Attends, où sommes-nous ? »

Yae lâcha Kohaku et regarda nerveusement dans la pièce. Kohaku était tombé par terre et regarda autour de lui avec étourdissement.

« Guh… »

Kohaku laissa échapper un petit gémissement et se mit à grogner faiblement. Pauvre petite chose…

« Nous sommes actuellement dans le bateau volant. Je l’ai pris pour faire un vol d’essai. Nous sommes en route pour Eashen. »

« Merci beaucoup… Mon père et mon frère aîné sont allés au champ de bataille. »

Cela me rappelait un peu la dernière fois. Mais à l’époque, ils combattaient une armée beaucoup plus petite, dirigée par Takeda.

Je me demandais quand même ce qui se passait. Il aurait été préférable que j’aide un pays allié, mais c’était un conflit interne. Ieyahsu n’était qu’un seigneur féodal… Je ne pensais pas vraiment que Brunhild avait le droit de lui donner un soutien officiel. Si nous utilisions un Frame Gear dans le combat, nous serions certainement exposés nous aussi…

On pourrait finir par penser que j’essayais de faire d’Eashen un vassal ou quelque chose comme ça. Yulong répandrait certainement des rumeurs de ce genre.

« D’accord… Je vais me déguiser en cavalier masqué qui se trouve être au bon endroit au bon moment. »

« … masqué ? »

J’avais sorti des morceaux de Mithril du [Stockage] afin d’en faire un masque rudimentaire. Le masque ne couvrait que la moitié supérieure de mon visage, un peu comme ces masques que l’on portait lors d’une mascarade. Je m’étais demandé si je devais attacher des sortes de cornes sur le front.

Heureusement pour moi, j’avais acheté des vêtements de style Eashen chez Zanac. Si je portais ces vêtements, je ressemblerais à un natif d’Eashen. La tenue était composée de plusieurs éléments, dont des chaussettes blanches, des sandales en bois, une veste haori, ainsi qu’un pantalon hakama et un uwagi pour couvrir mon torse. J’aurais pu utiliser [Mirage], mais cela aurait posé des problèmes.

J’avais jeté [Invisiblilité] sur moi et je m’étais vite changé. Yae était ma fiancée, mais j’étais encore un peu réticent à me déshabiller devant elle.

J’avais aussi un katana avec moi. C’était un prototype fabriqué à l’époque où je créais la lame Touka de Yae. Je l’avais rapidement emboîté dans la ceinture obi autour de ma taille.

J’avais mis le masque pour compléter l’ensemble. Avec cela, j’avais l’air d’un guerrier de passage avec un masque en forme d’oni. Je trouvais que j’avais l’air sacrément cool.

« De quoi ai-je l’air ? »

« Pour moi, Touya-dono… Tu ressembles vraiment à une personne d’Eashen. »

Elle avait dit cela, mais elle m’avait quand même lancé un drôle de regard.

Quoi ? Le masque est-il trop singulier ? Eh bien… Je suppose que quiconque porte un masque aurait l’air un peu suspect.

« Maître. Nous sommes actuellement au-dessus des cieux d’Eashen. »

La voix de Monica était venue du cockpit, me faisant regarder par les fenêtres. Il y avait des plaines et des forêts vertes qui s’étendaient de loin en loin, un contraste saisissant avec le Yulong dévasté que j’avais regardé plus tôt.

« J’aperçois de lourds signes de vie détectés dans les plaines du nord-ouest d’Oedo. Il est tout à fait probable que ce soient eux, en train de se battre juste là. »

« Allons-y tout de suite. En avant tout. »

« On y va. Cela prendra environ une minute. »

Il n’avait pas fallu longtemps avant que l’on voie un château s’élever de derrière une colline. Il ressemblait vraiment à un château japonais traditionnel, mais je pouvais voir une certaine influence occidentale ici et là. Il y avait aussi un fossé autour.

Je pouvais voir des dizaines de milliers de soldats tirer des flèches. Certains des soldats de la dernière rangée portaient des drapeaux ayant comme symbole une gourde d’or.

Ce doit être l’armée de Hashiba… Il n’y en a certainement pas deux cent mille ici… Des dizaines de milliers, c’est sûr… Mais ces gars ne sont probablement que l’avant-garde.

Divers soldats chargèrent sur le pont des douves, portant dans leurs mains un bélier en bois. Ils le frappaient contre la porte intérieure. Il y avait des gens à l’intérieur du château qui tiraient des flèches sur les attaquants, mais le vent s’était soudainement levé et détourna le flux de leurs tirs. Je parie qu’il y a un mage du vent dans les rangs ennemi…

Le vent continuait à rugir tandis que le bélier continuait son travail. Rester assis à regarder n’aidait pas. Il fallait que je me déplace rapidement.

« Yae. Entre dans le château. Trouve Jutaro et Jûbei et dis-leur que je suis là. Que personne d’autre ne le sache. Kohaku et moi allons arrêter les gens devant la porte. »

« Je comprends ! … Est-ce que ça ira si je descends là-bas sans masque ? »

« Ça devrait aller. Contrairement à Yumina et aux autres, notre engagement n’a jamais été annoncé officiellement. Pourquoi ? Veux-tu un masque ? »

« Ce n’est pas le moment de plaisanter. Cela causerait des soucis à ma famille. »

Comment ? J’avais utilisé une [Porte] pour envoyer Yae dans la tour du château. Puis j’avais pris Kohaku, j’avais attendu qu’elle prenne sa véritable forme et j’avais ouvert mon propre portail pour atteindre le sommet de la porte du château.

« Hein !? »

« Qu’est-ce que c’est !? »

J’avais sauté de la porte, sans faire attention aux hommes désorientés. Les deux camps avaient été brièvement surpris par l’apparition soudaine d’un énorme tigre blanc et d’un homme au masque d’argent.

« Dégages le passage, ordure ! »

L’un des membres de l’armée s’était mis à crier. On aurait dit qu’il voulait nous écarter du chemin le long de la porte.

Le rondin s’était approché de moi, j’avais tendu la main vers lui.

« [Augmentation de puissance]… [Gravité] ! »

Un bruit sourd résonnait dans la cour alors que j’arrêtais le rondin tout seul. Puis je le soulevais, lui et les gens qui s’y accrochaient, tout en haut dans les airs. Ils avaient été jetés dans les douves. J’avais alourdi mon corps avec la [Gravité], et renforcé ma force physique avec [Augmentation de puissance].

« Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel !? »

L’armée alliée Tokugawa-Date avait prudemment pointé ses arcs sur moi, mais il semblerait qu’ils aient finalement réalisé que je n’étais pas leur ennemi. Ils retournèrent leurs armes vers l’armée d’invasion.

Kohaku poussa un rugissement monstrueux, faisant fuir les soldats d’Hashiba qui restaient sur le pont.

« Ceci est un avertissement. Quittez cet endroit. Ou sinon. »

« O-Ou sinon quoi, hein !? »

Le commandant me cria dessus alors qu’il faisait lentement marche arrière. J’avais calmement sorti mon smartphone de ma poche de poitrine, et j’avais vérifié si le verrouillage du ciblage était déjà terminé. C’était le cas. Naturellement, ma cible était l’armée ennemie.

« [Glissade] ! »

« Waugh ! »

En un éclair, ce qui ressemblait à un léger tremblement de terre avait lentement grondé sous mes pieds. C’était logique, vu le grand nombre de personnes que j’avais fait tomber en même temps. J’aurais aimé avoir une vue d’ensemble, car je parie que cela aurait été hilarant.

***

Partie 2

Les soldats à cheval restaient cependant debout. C’était probablement parce que la cible spécifique du sort était « Le sol sous les pieds des soldats d’Hashiba », et rien d’autre. Mais ça me convenait bien. Ce n’était pas comme si leurs chevaux avaient fait quelque chose de mal.

« Qu’est-ce que vous faites ? ! Levez-vous, idiots ! »

« C’est un champ de bataille ici, les gens ! Allez ! »

Les officiers supérieurs étaient tous à cheval, hurlant de colère contre leurs propres hommes. Ces idiots ne semblaient même pas se rendre compte de ce qui se passait. Des gens comme eux, qui n’avaient aucun sens du danger, méritaient d’être frappés très durement.

« Je suppose que je devrais bouger un peu. »

J’avais sorti un Naginata du style d’Eashen de mon [Stockage], puis j’avais retiré la lame. Après cela, je m’étais jeté une [Augmentation de puissance].

Ce serait bien de tous les paralyser (sauf ceux ayant des talismans), mais cela poserait des problèmes. Il y en avait beaucoup trop pour en faire des prisonniers de guerre, et le fait de laisser l’armée de Tokugawa-Date tuer facilement des hommes immobilisés ne me mettrait pas trop à l’aise.

Mon plan était de les battre si fortement qu’ils seraient obligés de battre en retraite. J’avais donc sauté sur le dos de Kohaku.

« Prêt, Kohaku ? Nous nous dirigeons droit dans le ventre de la bête. »

« Comme vous le souhaitez. »

J’avais fait tourner ma lance et je l’avais bien serrée.

« Préparez-vous à recevoir l’Oni d’argent, Eashen ! C’est parti pour le show ! »

Mec… C’est trop cool.

◇ ◇ ◇

Nous avions chargé à travers le camp ennemi. J’avais terrassé d’innombrables ennemis avec ma lance. Kohaku envoya une onde de choc avec son rugissement, faisant fuir les ennemis par douzaines. Puis, nous traversâmes facilement une foule d’ennemis.

Après cela, nous avions fait demi-tour. J’avais alors pris une nouvelle fois une pose de combat.

Bon sang… Il en reste tout un tas. Tout un foutu tas de ces gars !

Une pluie soudaine de flèches sifflaient dans l’air dans notre direction.

« [Bouclier]. »

J’avais déployé une magie défensive, qui fit rebondir toutes les flèches sur moi. Elles tombèrent au sol en claquant.

Je suppose que j’allais les recharger. Alors que Kohaku se préparait à faire une nouvelle course, un jeune guerrier apparut à cheval.

« Salutations à vous, je suis l’un des serviteurs de Hashiba. Vous pouvez vous adresser à moi en tant que Fukushima Massanori ! Soyez prévenu, étranger ! Mes prouesses avec le naginata sont inégalées. Je vous dis, sombre et mystérieux Oni, que je ne m’inclinerai pas devant l’aura de terreur que vous avez jetée sur notre fin… »

« [Glissade]. »

« Gwaugh ! »

Son introduction était beaucoup trop longue, alors je l’avais raccourcie. J’avais lancé glissade sur sa selle. Celui-ci glissa donc et tomba sur le derrière.

Quel genre de monologues idiots lançait-on au milieu d’un combat ? Je pensais que les gens pouvaient se nommer sur le champ de bataille dans le lointain passé de mon monde, mais je n’en étais pas si sûr.

J’avais entendu des murmures autour de moi, certains me traitant de lâche, d’autres disant que je me battais injustement. Cependant, je ne m’en souciais pas vraiment.

Personnellement, je me trouvais courageux ! J’avais chargé tête baissée dans la bataille et dispersé l’armée ennemie, en leur faisant dire des « Waaah ! Sauvez-nous ! » et tout le reste. C’était eux les lâches ! Ils n’avaient pas le droit de me traiter de tous les noms quand ils étaient bien pires.

Même si je les envoyais voler, d’autres soldats se précipitaient sur moi.

Ce Massanori s’était relevé et s’était jeté sur moi. J’avais esquivé son attaque et je l’avais renversé. J’étais un peu irrité par l’affluence, mais j’avais une solution…

« Viens Tornade, ô vent ! Coup de vent tempétueux : [Tempête cyclonique] ! »

« Gaaaaaah !! »

Une tornade s’était abattue sur le camp ennemi, projetant plusieurs soldats dans le ciel. J’avais gardé les yeux sur la tempête alors que je continuais à battre d’autres soldats d’Hashiba.

« Attendez, attendez ! Je suis Katou, un des vassaux de Hashiba ! Vous ne pouvez pas… »

« [Tempête cyclonique]. »

« Nooon ! »

Katou, ou quel que soit son nom, s’était envolé dans le ciel. Je n’avais pas vraiment fait attention à qui que ce soit ici ni à leurs monologues.

« Qu’est-ce que vous faites, bande d’idiots ? Ce n’est qu’un homme et son animal ! Embroche-les ! Poignardez-les ! »

Le commandant ennemi, au sommet d’un cheval brun, ordonna aux fantassins de m’encercler sous tous les angles. Ils s’étaient tous élancés en même temps.

Mais Kohaku était bien plus rapide qu’eux. Il sauta haut dans les airs et évita leurs lances.

« Viens ô Sable! Tempête de poussière aveuglante : [Sable aveuglant] ! »

« MES YEUX ! »

Les soldats s’étaient agrippés à leurs yeux et s’étaient effondrés, Kohaku avait alors émis une autre onde de choc et les avait fait partir.

Dès qu’il avait atterri, il s’était mis à courir. J’avais suivi son rythme en lançant ma lance sur les ennemis.

« Viens, ô Vent ! Lance Hélix : [Lance tempétueuse] ! »

J’avais lancé une lance de vent devant nous, et il s’était mêlé à la tempête pour traverser directement toute l’armée de Hashiba.

« C’est un Oni ! Il y a un Oni ici qui vient nous tuer ! »

« Fuyez ! Il est là pour prendre nos âmes ! »

Ne tirez pas de conclusions hâtives… Ils semblaient morts, mais je me suis donné beaucoup de mal pour les paralyser ou les assommer.

Soudainement, j’avais entendu un grondement de voix venant de la porte du château.

« Armée Tokugawa, avancez ! Tenez bon ! »

« C’est inutile ! Le flanc droit s’effondre ! On ne peut pas l’intercepter ! »

Aha... Yae l’a-t-elle déjà dit à son père ? L’armée de Hashiba, autrefois unifiée, devint rapidement une foule désorganisée. Démoralisée, aussi. Je pouvais l’entendre dans leurs voix.

« Retraite ! Repliez-vous ! Repliez-vous, bon sang ! »

« Fuyez ! »

Les commandants pouvaient à peine être entendus par-dessus le clip-clop des sabots de leur cheval. Les fantassins les avaient poursuivis dans la peur. De l’armée de Hashiba, il ne restait plus que les soldats paralysés au sol.

J’avais entendu les cris de victoire de l’armée de Tokugawa-Date. Ils avaient décidé de ne pas poursuivre les soldats en fuite.

« Il semblerait que nous les ayons repoussés pour l’instant, hein ? »

« Il semblerait, mon seigneur. »

J’avais sauté du dos de Kohaku et j’avais glissé la lance dans mon [Stockage]. Puis, j’avais remarqué que Yae et son père se précipitaient vers moi depuis les portes du château.

« Tou — »

« Chut ! »

Yae était sur le point de crier négligemment mon nom, alors je lui avais dit de se calmer. Les deux s’étant rapprochés, je leur avais parlé d’un ton feutré.

« Ça fait un moment, Jutaro. »

« Touya-dono, merci pour votre aide. Nous vous sommes vraiment redevables. »

Le frère aîné de Yae s’était incliné devant moi. Il était plus raide que jamais.

« Mais qu’est-ce que vous portez… ? »

« Ce serait problématique si Brunhild était officiellement impliquée dans cette affaire. C’est pourquoi je ne suis pas Touya. Je suis le mystérieux Oni. »

« Ah… Très bien. Mais comment devrions-nous vous appeler ? »

« Uhh… Appelez-moi Shirogane. »

C’était un nom simple, mais peut-être pas tout à fait approprié, étant donné les connotations argentées. Tout était noir, après tout, sauf mon masque.

« Plus important encore, comment va Ieyahsu ? J’ai entendu dire qu’il était blessé. »

« Ah, oui. Il avait été frappé par une flèche à l’épaule, mais il va bien. »

« Pouvez-vous me conduire à lui ? Je vais le guérir. »

La plupart des habitants d’Eashen, y compris Yae, n’avaient pas beaucoup d’aptitudes pour la magie. Il n’y avait presque personne dans le pays qui pouvait rassembler le pouvoir de la lumière ou de l’obscurité.

Ils avaient cependant leurs propres techniques spécialisées qui utilisaient d’une certaine manière le pouvoir magique. Le ninjutsu, par exemple. Tsubaki projetait sa voix dans les animaux du voisinage, ce qui était une application de cette technique.

« Nous apprécierions beaucoup cela. Il est avec son père dans le château en ce moment. Partons immédiatement, Tou — Shirogane-dono. »

Yae sauta sur Kohaku et nous nous étions tous dirigés vers les portes du château. Les soldats Tokugawa nous avaient regardés avec un mélange de choc et de crainte.

« Pardonnez-moi, vraiment… Il semble que je vous sois redevable encore une fois, Tou-Shirogane-dono… »

J’avais guéri Ieyahsu avec l’aide de ma magie, puis j’avais également aidé les autres soldats blessés.

Il m’avait remercié, puis nous nous étions assis ensemble dans une salle du château. Les principaux vassaux de Tokugawa étaient également présents. Le père de Yae, Jubei, était parmi eux.

« Vous savez, des histoires vous concernant sont même parvenues à Eashen… Et aussi vos grandes et extravagantes actions. »

Ses yeux étaient remplis d’une curieuse sorte de lumière lorsqu’il me fixait. Il était généralement émerveillé. Il ressemblait un peu au roi de Belfast, ainsi qu’au Roi bestial de Mismède…

« Quel genre d’histoires… ? »

« Nous avons entendu dire que vous vous êtes emparé violemment des princesses de nombreuses grandes nations, que vous avez anéanti une armée de monstres démoniaques tout seul, et que vous avez un certain contrôle sur des géants métalliques… Et que vous avez utilisé ce pouvoir pour anéantir un pays ! »

J’avais souri maladroitement pendant qu’il parlait. Ces histoires étaient… au mieux en partie vraies. C’était un téléphone arabe… Les histoires avaient probablement commencé par être vraies, mais elles s’étaient progressivement déformées de conteur en conteur.

J’avais décidé de mettre cela de côté pour le moment.

« Mon seigneur. Qui est-ce… ? »

Ses serviteurs avaient commencé à murmurer entre eux. Il était naturel de se méfier d’un homme incroyablement puissant qui apparaissait de nulle part et refusait de se montrer.

« Ah, bien. C’est Shirogane-dono. C’est un invité de Jûbei et de la famille Kokonoé. Comme vous pouvez le voir, sa force est tout simplement inégalée. Ce seul Oni à la puissance d’un millier d’hommes. Il a appris notre situation désespérée et est venu à notre secours. »

Après l’intervention de Leyahsu, tout le monde regarda Jubei. Celui-ci fit un signe de tête. Son affirmation semblait les rassurer, au moins un peu. Yae s’était elle aussi assise à côté de lui. Kohaku avait repris sa forme miniature et était confortablement blotti sur les genoux de Yae.

« Mais dis-moi, Leyahsu. Comment se porte le front ? »

« En ce moment, nous sommes largement dépassés. Hashiba nous dépasse de loin en termes de nombre. Pour réussir, nous devons profiter de la faible loyauté de notre ennemi. »

« Que veux-tu dire ? »

« Eh bien, j’ai dit que c’était l’armée de Hashiba… Cependant, les soldats étaient pour la plupart originaires d’Oda, de Mori, de Shimazu et de Chosokabe. La majorité ne le suit pas par loyauté ou par respect. Ils craignent simplement le pouvoir de Hideyooshi. »

Et moi qui croyais que le contrôle par la peur était la méthode brevetée d’Oda Nobunaga… Pourtant, le Hideyoshi qui avait vécu sur Terre était certainement capable de cruauté. Si je me souviens bien, après la naissance de son fils, il a fait en sorte que son propre neveu, Hidetsugu, se suicide. De plus, il a fait tuer la femme, les concubines et les enfants de Hidetsugu…

Pourtant, la cruauté n’était pas si inhabituelle à l’époque des états en guerre. Même Tokugawa Leyasu avait historiquement puni l’un de ses vassaux traîtres, Oga Yashiro, en le sciant à mort avec une scie à bambou. Le type avait cependant essayé de le vendre à Takeda.

Ce Leyasu ne ressemblait pas beaucoup au Leyahsu devant moi… Et le Hideyoshi… ou plutôt, le Hideyooshi de ce monde semblait différent aussi.

***

Partie 3

« Alors pourquoi tout le monde lui obéit-il ? Est-il vraiment si fort ? »

« Non. Il porte avec lui une gourde d’or qui commande un puissant jutsu. Avec elle, dit-on, il peut faire obéir n’importe qui avec son pouvoir. Les rumeurs disent que l’assassin de Nobunaga, Mitsuhide, a été tué par la gourde. »

Une gourde en or, hein… ? C’est peut-être un autre artefact. Pourrions-nous avoir à nouveau une autre situation comme ce bijou d’immortalité ? Il a intérêt à ne pas être tombé de l’entrepôt ! J’avais sorti mon smartphone avec inquiétude et j’avais commencé à faire défiler une liste d’objets dont la disparition avait été confirmée. Mais non. Pas de gourde. Cependant, c’était peut-être un nouvel artefact. Peut-être juste un artefact fabriqué par un autre chercheur, comme lors de l’incident du Roi Dragon.

« Donc si je prenais cette gourde, penses-tu que l’ennemi s’effondrerait ? »

« Probablement, oui. Mais Hideyooshi ne quitte jamais son château. Même moi, je n’ai jamais vu son visage, bien qu’il soit un seigneur féodal. Les rumeurs disent qu’il n’aime pas être vu parce qu’il ressemble à un singe. »

Une sorte de seigneur féodal à tête de singe ? Je me demande de quoi il aurait l’air sans cheveux… Heh.

Pourtant, avoir un seigneur qui vivait autant enfermé est inhabituel. Le fait qu’on lui ait accordé ce titre est déjà assez suspect.

Un homme à tête de singe qui a trouvé une gourde d’or et s’est infiltré dans Oda… Il a dû manipuler l’empereur et utiliser cette influence pour devenir lui aussi un seigneur féodal. L’Empereur n’était pas une existence spéciale à Eashen. La plupart des gens font ce qu’ils veulent, il n’est donc pas surprenant qu’il soit capable de manipuler si facilement.

Après cela, il avait écrasé Oda et avait pris la relève, je suppose. Je n’avais pas vraiment une bonne idée du plan de ce type ou de la façon dont tout cela était lié.

« Alors… où se trouve exactement Hideyooshi ? »

« A Oosaka. Il y a construit un château d’or. »

Est-il vraiment fait d’or ? Je suppose que ça correspond au genre de gars qu’il est… Mais c’est quand même un peu trop.

J’avais projeté la carte de mon smartphone en l’air et j’avais jeté un coup d’œil. Les personnes présentes dans la pièce s’exclamèrent, choquées, mais je n’avais pas fait attention à elles.

Tsk… Ils ont mis des barrières magiques partout… Cela signifie que je ne peux pas simplement utiliser la [Porte]. J’avais décidé que dans ce cas l’utilisation de Gungnir serait la meilleure option.

« Tou — Shirogane-dono. Qu’est-ce que vous préparez ? »

« Je vais attaquer Hideyooshi de front… Hmm… Je me demande si s’écraser dans son château avec Gungnir serait trop salissant. Ça allait probablement faire exploser l’endroit en morceaux. Mais je ne peux pas vraiment penser à un autre moyen d’y entrer. »

Leyahsu marmonna simplement d’étonnement devant moi alors que je planifiais mon plan d’attaque.

« … Êtes-vous capable de faire quelque chose comme ça ? »

« Je peux le faire. Après tout, j’ai beaucoup de pouvoirs étranges. Pour ce qui est de le trouver, je vais juste regarder autour de moi après avoir fait une brèche dans le château. Ensuite, je dois juste m’occuper de cette gourde… »

« Alors pourrais-je venir ? »

Une voix s’était soudain fait entendre dans le couloir. Tout le monde s’était tourné vers la source.

Il y avait là un garçon d’environ mon âge. Un grand homme se tenait à côté de lui. Il portait une armure noire avec un hakama noir, et un manteau violet. Cependant, ce qui m’avait frappé, ce n’était pas son vêtement voyant, mais l’écusson sur son œil droit.

Je m’étais soudain demandé qui pouvait bien être ce guerrier borgne…

« Êtes-vous celui qu’on appelle Shirogane-dono ? La bataille de tout à l’heure était incroyable, vraiment incroyable… Je m’excuse d’être en retard. Permettez-moi de me présenter. Je suis le seigneur féodal qui préside la maison de Date. Date Jiro Massamune. »

Je le savais !

« Date… Massamune… ? Alors ce type doit être… »

« Mon serviteur, Katakura Kohjuro Kagetsunna. »

« Un plaisir. »

Le grand homme aux yeux fendus baissa la tête. C’était à peu près ce à quoi je m’attendais. Si Date Masamune était dans le coin, alors il devait être avec Katakura Kagetsuna. Les deux étaient inséparables.

Mais il y avait des choses plus urgentes qui me préoccupaient.

« En venant… Vous voulez dire venir à Oosaka avec moi ? »

« Oui. J’ai envie de rencontrer Hideyooshi avant sa mort, et je suis très intéressé par sa gourde. »

Masamune sourit un peu trop largement. C’était un peu taquin, en toute honnêteté. Je n’avais aucun doute sur le fait que ce jeune complotait quelque chose.

Leyahsu s’en était rendu compte aussi. Il poussa un soupir et fit un commentaire.

« Massamune-dono... Si votre intention est de garder la gourde d’or pour vous, alors je vous demande d’oublier une idée aussi stupide. »

« Quoi !? Comment avez-vous su ce que je pensais !? »

« Massamune-sama... Vos pensées étaient là, sur votre charmant visage. »

Kohjuro prit la parole et donna un avertissement voilé à son intention. Massamune avait certainement laissé filer les choses un peu trop tôt.

« Je vais juste clarifier les choses maintenant. Je vais détruire cette gourde. Ça ressemble à un très mauvais artefact pour moi. »

« Hmph… Très bien, alors. Comme vous voulez, Shirogane-dono. Je m’en tiendrai à votre choix. »

Massamune avait dit cela, mais il recommença à sourire.

Vous ne trompez personne !

« … Vous pensez le lui enlever avant qu’il ne puisse le détruire, pas vrai ? »

« Quoi !? Comment avez-vous su ce que je pensais !? »

« Massamune-sama... Comme je l’ai déjà dit… vos pensées étaient là, sur votre charmant visage. »

Le maître et le subordonné répétaient leur précédent échange. Mais ils n’avaient pas nécessairement l’air de mauvaises personnes. Le Date Masamune de mon ancien monde employait aussi des stratégies astucieuses tout le temps. Bien que je ne me souvienne pas qu’il avait été exposé si souvent.

« Leyahsu, est-il permis d’emmener le seigneur féodal de Date en territoire ennemi ? »

« Eh bien, je dis que le fait qu’il veuille aller avec vous n’est pas un problème pour moi. C’est à sa maison de le déterminer. »

Leyahsu n’avait clairement pas l’intention d’intervenir, même s’ils étaient des alliés. Mais je ne pouvais pas m’empêcher de craindre que si Date mourait, leur alliance ne soit dissoute.

« En fait… j’aimerais moi aussi venir au château d’Oosaka. Je ne suis pas si paresseux au point où je voudrais que mes invités fassent tous les combats pour moi. »

Hmph… Je suppose que faire ça tout seul n’est pas juste.

« Alors… vous et vos hommes pouvez opérer en dehors du château d’Oosaka pour éloigner leurs soldats ? Pendant que vous faites ça, je peux m’occuper de la gourde, et vous laisser le reste. Qu’est-ce que vous en dites ? »

« Ça me paraît bien, mais Oosaka est assez loin… Ah, mais… Tou — Shirogane-dono, j’ai entendu dire que vous utilisiez de la magie de transport. »

Laisser le château sans surveillance serait mauvais, alors nous avions décidé de prendre avec nous trente mille soldats de l’alliance combinée Tokugawa-Date. Il s’agissait d’un raid, et ce nombre nous semblait plus que suffisant.

« Si nous traitons avec Hideyooshi, la guerre civile s’arrêtera-t-elle ? »

« Eh bien, la situation a vraiment explosé une fois que Hashiba a pris en charge les problèmes qu’Oda avait amenés… Si nous vainquons Hashiba, alors les combats devraient aussi se terminer… J’espère. »

« Mais l’Empereur n’est pas capable de soutenir notre pays. À qui sera passé le flambeau du contrôle ? »

Massamune croisa les bras en marmonnant.

Qu’est-ce que c’est que ce visage méchant ? Vous le rendez bien trop évident ! Vous ne pourrez rien obtenir contre un vieux chien comme Leyahsu si vous restez si facile à lire…

Hashiba avait détruit Oda, donc si je les détruisais… Tokugawa serait le plus fort des seigneurs féodaux en place.

Huh… Attendez. Est-ce que cela fait de ce monde l’équivalent de la bataille de Sekigahara ? Ou est-ce le siège de la campagne d’été d’Osaka ? Mais attendez… C’est l’hiver… Et Hideyoshi est mort quand c’est arrivé. Mais c’est bientôt le printemps…

J’avais décidé qu’il était inutile de tout comparer. Ce serait vraiment pénible si Hideyooshi unissait la nation et envahissait Yulong, alors il fallait que cela cesse le plus vite possible. Sans plus d’hésitation, j’avais sauté dans Gungnir et j’étais parti pour Oosaka.

◇ ◇ ◇

« Est-ce que c’est le château d’Oosaka… ? »

Whoa, c’est brillant… C’est tout brillant et doré ! Les murs, les poutres de soutien et les tuiles du toit étaient tous dorés et brillants. Pour moi, ça ressemblait plus au temple de Kinkaku-ji. Il a aussi une forme différente de celle du château d’Osaka que je connaissais. Je ne pouvais même pas imaginer combien cela avait coûté.

Yae, Kohaku et moi avions marché le long du château, en regardant la lumière du soleil briller sur la grande construction.

Je suppose qu’Hideyooshi est là-dedans. Il n’est pas apparu sur ma carte, mais ce n’est pas surprenant. Je suppose que je n’ai pas d’autre choix que d’y aller.

Pour l’instant, je vais faire venir l’armée…

J’avais jeté mon sort, et les soldats de l’alliance Tokugawa-Date étaient apparus des quatre côtés, entourant entièrement le château.

Une trompette de guerre sonna tout d’un coup, puis un battement de tambours de guerre suivit. L’armée continua à charger et prépara ses arcs.

La garnison d’Oosaka ne semblait pas avoir mis en place quelque chose de spécial pour préparer le raid.

« Très bien, il est temps de faire irruption. »

« Ah, eh bien… Le château d’Oosaka a une barrière magique ? La téléportation à l’intérieur ne devrait pas être possible… Comment comptes-tu... Attends, pourrais-tu avoir l’intention de… ? »

« Nous allons prendre la voie des airs, bien sûr. »

Yae fit une grimace à ce sujet. J’avais oublié à quel point elle n’aimait pas voler. Rosetta était dans le ciel en train de piloter Gungnir, mais j’avais décidé qu’il serait plus facile d’utiliser ma magie de vol pour envahir directement.

« Si tu veux attendre ici, et trouver un autre moyen… »

« Non, je te rejoindrai. Nous sommes fiancés, et nous devrions donc partager le même destin. »

Ma future femme se motivait tranquillement, les deux mains sur la poitrine. Elle était heureuse de m’entendre parler comme ça, mais elle n’avait pas à parler comme si nous allions être accusés d’avoir causé nos morts.

« Très bien, alors. Tu veux monter Kohaku, Yae ? »

« Oh, c’est comme ça que ça marche ? »

J’avais attendu que Yae monte sur le dos de Kohaku, puis je les avais tous les deux mis en lévitation.

Ensuite, j’avais jeté [Vol] sur moi et je les avais fait flotter tous les deux à côté de moi vers le château. Naturellement, j’avais aussi jeté [Invisiblilité] sur tout le monde. Après tout, je ne voulais pas être frappé par des flèches.

Nous étions entrés dans le château et nous nous étions retrouvés dans une large pièce avec un plancher en bois stratifié. Mais qu’est-ce que… Il y a même de l’or à l’intérieur… ? J’avais regardé dans la pièce, et rien n’était terne. Tout scintillait.

« C’est plutôt désagréable… »

« Oui, c’est sacrément ringard… »

Je sais qu’on dit que les gens qui aiment l’or sont ceux qui ont des idéaux élevés, mais il en a fait un peu trop.

Hideyooshi ne semblait pas être dans le coin, alors nous avions descendu quelques escaliers à proximité.

Il n’y avait personne en bas des escaliers non plus. Cependant, alors que nous descendions un long couloir, j’avais senti une présence inhabituelle. C’était difficile à comprendre, mais c’était vraiment quelque chose de bizarre. Yae et Kohaku n’avaient pas du tout semblé le remarquer.

J’avais lentement avancé vers cette présence inconnue. Nous avions traversé plusieurs portes coulissantes en or, jusqu’à ce que nous arrivions enfin…

***

Partie 4

« Hein ? »

« Qu’est-ce qui ne va pas, Touya-dono ? »

Je m’étais arrêté devant une porte coulissante et je l’avais ouverte juste un peu pour jeter un coup d’œil de l’autre côté. Dès que j’avais regardé à travers, je l’avais refermée immédiatement. Sérieusement ? ! J’avais cru que mes yeux me jouaient des tours, alors j’avais ouvert la porte à nouveau…

Il y avait quelqu’un assis sur un oreiller au milieu d’une grande pièce. Il portait des vêtements de soie rayonnants de violet et de rouge. Il portait aussi un hakama doré. Il se grattait le dos d’une manière très grossière. Et, sur son dos… il y avait une gourde en or. Elle avait à peu près la taille d’une bouteille de soda de deux litres.

Pas possible… C’est Hideyooshi !? Yae jeta également un coup d’œil, et elle était tout aussi abasourdie. Elle marmonnait.

« … C’est un singe, ça. »

« … Donc mes yeux ne me jouaient pas de tours. »

J’étais un peu soulagé que Yae voie la même chose que moi, car cela signifiait que mes yeux allaient bien et que j’étais complètement sain d’esprit.

Mais il y avait vraiment un singe ici. Un singe qui se détendait dans cette pièce. Et ce n’était pas un homme avec un visage de singe. C’était littéralement un singe bien habillé.

Il était un peu plus petit que Yae. Il ressemblait vaguement à un macaque japonais, mais il avait la taille d’un orang-outan. Je n’avais pourtant jamais vu un macaque japonais de cette taille. Je m’étais demandé si c’était une sorte de bête magique.

« Mais qu’est-ce que… ? Est-ce l’un des animaux de compagnie de Hideyooshi ? »

« Ook. Il y a quelqu’un ? »

Il a parlé. Ce foutu singe a parlé ! J’avais remarqué qu’il avait un éventail en papier dans la main. Il le tapa contre sa paume en nous regardant.

Nous avions été découverts, alors cela ne servait à rien de se cacher. J’avais ouvert la porte coulissante et j’étais entré dans la lumière.

« Hoo hoo. Un Oni, une dame, et un tigre blanc… Des invités étranges, des invités étranges en effet. Vous êtes des amis de ceux qui sont dehors ? Ook. »

 

 

« … Êtes-vous... Êtes-vous Hideyooshi ? »

« Hoohoohoo ! Effectivement. Le seul et unique Hashiba Chikuzen no Kami Hideyooshi ! »

Je pouvais entendre sa voix, mais je pouvais aussi vaguement entendre des bruits de singe sous ses paroles.

C’est quoi ce bordel ? Ça fait bizarre de l’entendre parler. C’est comme si je regardais un mauvais doublage de film.

« Vous avez fait du bon travail pour arriver à cet endroit. Félicitations. Ook. En récompense, vous pouvez devenir mes assistants personnels. »

« Non merci. Je ne suis le préposé de personne. »

« Hoo ! Je n’ai pas dit que vous auriez le choix ! »

Les yeux de Hideyooshi étaient soudainement devenus rouge éclatant. C’est alors que je remarquais la chose qui sortait de la gourde sur son dos.

Yae et Kohaku s’étaient soudain raidis. Leurs yeux étaient flous et brouillés. On aurait presque dit qu’ils avaient été mis en transe.

« … Salaud. Qu’est-ce que tu as fait ? Non, plus important que ça, qu’est-ce que… »

« Ook ook !? Pourquoi es-tu capable d’y résister !? »

Le singe se leva, visiblement en colère contre moi. Ses yeux brillèrent à nouveau, et ce quelque chose s’échappa de la gourde une fois de plus. C’était exactement ce que je soupçonnais…

« Pourquoi !? Pourquoi ça ne marche pas !? »

« Je le savais. Tu n’es pas qu’un singe, n’est-ce pas ? Tu utilises juste le corps d’un singe ! Et cette gourde… C’est ton vrai corps, n’est-ce pas ? Révèle-toi, dieu servile. »

« Espèce de misérable petit… Qui es-tu !? »

Les yeux du singe devinrent entièrement rouge sang. Le truc qui fuyait sans cesse de la gourde ? C’était de la divinité. L’essence divine. L’énergie portée par quiconque venant du royaume des dieux. Cependant, contrairement à l’essence que mes sœurs et le Dieu Tout-Puissant détenaient, celle-ci était plus trouble.

Pour autant que je sache, les dieux serviles étaient au bas de l’échelle. Mais, quel que soit le statut, un dieu était un dieu. Manipuler les humains était insignifiant.

J’avais pu y résister grâce à la divinité inhérente à mon corps. Kohaku ne pouvait probablement pas, car il n’était là que grâce à ma magie.

J’avais envoyé un message à Luli, au château de Brunhild.

{Luli, vous me recevez ?}

{Parfaitement, mon seigneur. Comment puis-vous servir ?}

{J’ai besoin que vous trouviez Karen ou Moroha immédiatement. Dites-leur que j’ai trouvé le dieu servile. Elles sauront ce que cela signifie. Merci.}

{À vos ordres.}

Mes sœurs m’avaient dit qu’elles sauraient quand des dieux utiliseraient leurs pouvoirs, mais il semblerait que ce type en avait utilisé juste assez pour éviter d’être détecté. Il semblerait que ce pouvoir ne durait qu’un court instant, et c’était tout ce qu’il fallait.

J’avais l’impression que ma divinité s’échappait aussi, alors j’avais été surpris que ce type ne l’ait pas remarqué. J’avais pensé ensuite que j’avais peut-être une sorte de contrôle subconscient sur cette fuite, alors peut-être que c’était simplement un filet. Attendez, et si j’essayais de me concentrer…

J’avais fermé les yeux, en me concentrant profondément sur ma vision.

Hm… Ce sentiment… C’est un peu comme de la magie, mais… en plus lumineux ? C’est difficile à décrire… C’est un peu comme un tout autre type de pression dans l’air… Gh… Voyons si je peux… le faire ressortir…

Ça n’avait pris qu’un instant. Un flash de lumière m’éblouissait. Mon corps s’était illuminé comme un arbre de Noël alors que j’étais englouti dans un vortex brillant. La lumière s’était réfléchie sur la pièce dorée, provoquant un éclat éblouissant partout.

« Wuh... »

Le vortex s’était progressivement calmé, mais je pouvais encore sentir la lumière couler sur ma peau. Je regardais mes mains avec surprise, et je sentais quelque chose de tangible reposer sur mes épaules.

Hein ? Mes… cheveux ? J’avais posé mes mains sur ma tête et je les avais suivis… jusqu’à ma taille. Mais qu’est-ce que… ? J’ai des cheveux dorés ? Ou euh… blond platine ? Je ne sais pas comment exprimer ça !

« Ook-eek ! Ce… ce pouvoir ! Tu viens du royaume des dieux !? »

Le singe fit un pas en arrière avec crainte. La gourde était alors tombée de son dos et roula sur le sol. Peu à peu, elle commença à cracher une couleur dorée, jusqu’à ce que le tout prenne la forme d’un homme.

 

 

Un vieil homme mince gisait sur le sol. Il avait une barbe hirsute et me fixait du regard avec des yeux pleins de haine.

Alors que je me tenais là, avec de longs cheveux dorés et une lumière divine émanant de chaque pore de mon corps… il m’était difficile de réprimer l’envie de crier « Ce n’est même pas ma forme finale ! » J’avais aussi été à moitié tenté d’essayer un Kamehameha. Mais à tout bien considéré, j’étais assez calme. J’étais surpris par la façon dont j’avais géré cette soudaine transformation.

Quelque chose de similaire était arrivé au vieil homme qui se trouvait devant moi. Une aura divine émanait de son corps et l’enveloppait de lumière. Bien que sa lumière soit en quelque sorte plus boueuse que la mienne. C’était un peu similaire à de l’or sombre. Tout à coup, il fit un mouvement.

« Hyaaah ! »

Le vieil homme, qui ressemblait un peu à une mante religieuse dans ses mouvements, tira un rayon de lumière divine tout droit de sa paume. J’avais immédiatement réagi en l’attrapant de ma propre main. L’onde de choc qui en résulta fit trembler le château. Les planchers, les murs et les plafonds s’étaient mis à s’effriter et à trembler. Moi-même et le vieil homme étions au centre de l’explosion.

Kohaku et Yae risquaient d’être renversés, alors j’avais utilisé ma magie pour les suspendre en l’air.

« Ook, eek, hooooooh !? »

Alors que le sol en dessous de nous disparaissait, le singe vêtu d’or avait disparu dans les restes du bâtiment. Les singes peuvent survivre en tombant des arbres, n’est-ce pas… ? Eh bien, c’est un château, en tout cas.

Le vieil homme et moi flottions dans les airs. Nous nous étions regardés fixement.

Attendez, comment puis-je voler sans utiliser [Vol] ou [Lévitation]… ? Est-ce un effet secondaire de ma propre divinité ? Alors que je pensais à quel point c’était bizarre, le vieux ouvrit la bouche.

« Misérable… Qui donc es-tu ? Un dieu inférieur ? Un dieu servile ? Est-ce que quelqu’un t’a demandé de me capturer ? »

« Je ne suis ni l’un ni l’autre, et je ne suis pas ici pour ce genre de travail. Pourquoi ne pas rentrer tranquillement ? Ne penses-tu pas que c’est égoïste de venir dans le monde des mortels comme ça ? Ne penses-tu pas que c’est mal de causer le chaos dans le dos d’Eashen comme ça !? »

« Silence ! Peux-tu même seulement comprendre l’ennui que je ressentais jour après jour ? Comprends-tu le vide qui m’habite ? ! La grisaille monotone et ennuyeuse de ce monde !? »

Huh… Les dieux serviles n’ont donc pas de position ? Karen est le Dieu de l’Amour, et Moroha est le Dieu des Épées, mais… est-ce que ce type serait au chômage ? ! C’est un NEET !

« Je n’ai même pas encore eu la chance de vivre ma vie ! Je vais faire de grandes choses, m’entends-tu !? Je vais devenir un dieu merveilleux, et beaucoup de gens vont m’adorer… ! »

On dirait bien un NEET. Un type comme lui ne peut-il pas devenir quelque chose comme le Dieu des fainéants ?

Alors ce type en avait marre de ne pas être reconnu dans le royaume des dieux, et il était venu ici pour faire de ce monde son terrain de jeu…

Donc il veut devenir un dieu ayant des devoirs importants, hein… ? Quel emmerdeur.

« N’as-tu pas violé les règles du royaume divin ? Tu devrais maintenant te rendre. Rentre tranquillement. »

« Hmph… Je le sens, mon garçon. Ta divinité est encore déséquilibrée. Es-tu peut-être nouveau dans ce domaine ? J’ai l’impression que tu viens juste de débuter… Une sorte de nouveau venu. Crois-tu vraiment que tu peux me manipuler comme ça ? »

« Non, comme je l’ai dit, ce n’est pas mon travail… »

Au moment où j’avais commencé à parler, le paysage autour de nous deux commença à se tordre et à se déformer.

En quelques instants, tout était d’un étrange blanc cassé. Le monde autour de moi était un vide pur, avec d’étranges perles de lumière flottant ici et là. Il n’y avait pas de terre en dessous de nous ni de ciel au-dessus de nous. Nous flottions simplement dans un abîme laiteux et sans fin.

« Qu’est-ce que… »

« C’est le royaume des esprits. Nous pouvons librement utiliser nos pouvoirs divins ici sans interférer dans le monde des mortels. »

Karen était soudainement apparue à côté de moi sans prévenir. Elle avait dû nous amener ici. Attendez, qu’est-il arrivé à Yae et Kohaku !?

« Ne t’inquiète pas pour ces deux-là. J’ai désactivé l’hypnose sur elles et je les ai mises en sécurité. »

Moroha était également apparu, tout aussi soudainement et sans explication. Le dieu servile les vit et devint immédiatement pâle. Le choc couvrit son visage.

« Le Dieu de l’amour… et le Dieu des épées ! Que faites-vous ici !? »

« Allez, mec… Tu as fait ce que tu voulais ici, tu pensais qu’on ne le remarquerait pas ? Tu t’es bien caché jusqu’ici, mais ton petit jeu est fini maintenant ! »

Moroha dégaina sa lame du fourreau de sa taille. C’était juste une lame d’acier standard. Mais cela n’avait pas d’importance, car l’important était de savoir qui la maniait. Même une épée en bois pouvait détruire des montagnes si elle était entre ses mains.

***

Partie 5

« Sais-tu que tu as enfreint les règles ? Même si tu es au chômage, tu ne peux pas utiliser les pouvoirs divins dans le monde des mortels… »

« Gh… Chômeur… Chômeurs ! Chômeur ? ! Tout le monde dit ça ! Arrêtez, ce n’est pas juste… ! »

Le dieu servile serra les dents et grogna. D’après ce que j’avais entendu, mes sœurs n’étaient pas autorisées à utiliser des pouvoirs liés à autre chose que leurs domaines respectifs, et même cela était limité. Mais j’avais l’impression d’être dans une situation particulièrement étrange par rapport à ces règles.

Je n’étais pas un dieu, et pourtant j’avais le pouvoir d’un dieu. Je n’étais pas un dieu, donc je n’étais pas lié par les règles de leur monde. Cela devait être probablement quelque chose comme ça.

Je m’étais dit que si le Dieu Tout-Puissant décidait que j’étais assez approprié pour devenir le dieu de quelque chose, alors je serais accepté comme l’un d’entre eux dans leur monde… Mais je n’avais pas vraiment envie de devenir une sorte de Dieu.

« Maintenant, vas-tu venir facilement ? Bien que, étant donné la gravité de tes crimes, nous ne pouvons pas te donner une peine plus douce. »

« Ouais. Tu vas te réincarner en une créature de moindre importance pour une centaine de millions d’années. »

« Pour qui me prenez-vous ? »

Le dieu servile tira un autre faisceau concentré de sa propre divinité. Mais Moroha était plus rapide. En un seul coup, elle trancha le bras levé de l’homme au niveau du coude.

« Gwugh… ! »

Je m’attendais à voir du sang, mais… rien n’était sorti de la blessure. Son bras avait juste flotté.

Après tout, un dieu restait un dieu. Il semblait être complètement différent des créatures de chair et de sang comme moi. Je m’étais demandé pourquoi il avait pris la forme d’un vieil homme… Cela reflétait-il ses sentiments, ou était-ce juste le look qu’il voulait avoir ? Je m’étais demandé s’il était plus concentré sur une esthétique particulière que sur le fait de faire quelque chose d’utile.

« Si tu continues à rendre cela plus ennuyeux qu’il ne faut, ta tête va suivre. Une fois que tu auras payé pour tes crimes, tu redeviendras peut-être comme l’un des nôtres… Mais ce ne sera pas une option si je mets fin à ton existence dès maintenant. »

Huh, je suppose que les dieux pouvaient être tués. Même s’ils pouvaient vivre éternellement. On dit que la curiosité est un vilain défaut, mais peut-être que l’ennui tue un dieu… On dirait que tous les dieux étaient probablement morts un jour ou l’autre. Peut-être.

« Si vous voulez me forcer à avoir un tel déshonneur, alors laissez-moi au moins me battre ici ! Haaah ! »

« Ça n’arrivera pas ! »

Dès que la lumière sombre commença à émaner du dieu servile, Moroha le coupa en deux en plein milieu.

Oof… Je sais qu’il n’y a pas de sang mais c’est, euh… assez intense…

« Gahh… Tu n’auras pas autant de chance la prochaine fois… »

« La prochaine fois… ? »

« M-Moroha ! Son bras ! »

Le dieu servile laissa échapper un rire méchant quand Karen se mit à crier à propos de son bras.

C’est alors que j’avais remarqué son bras coupé, quelques secondes avant qu’il ne disparaisse de l’espace dans lequel nous flottions. Peu de temps après, le reste de son corps avait commencé à se dissoudre en grains de sable.

« Bordel de merde… Il était plus intelligent que je ne le pensais. »

« Ce n’est pas bon. Sa divinité a disparu. »

« Hein ? Que vient-il de se passer ? »

J’étais un peu confus, j’avais besoin de quelques éclaircissements.

« Il a canalisé la plus grande partie de son essence divine dans son bras droit et s’est échappé dans le monde des mortels. De plus, sa divinité a encore disparu de notre radar, donc nous l’avons perdu. »

« Nous sommes de retour à la case départ… Ce qui veut dire qu’on va devoir rester dans le coin. »

Sérieusement… ? Comment s’est-il échappé alors qu’on l’avait coincé ? Ce n’est pas juste.

Sa divinité était à nouveau masquée, et je ne pouvais pas utiliser [Recherche] pour le retrouver, car je n’avais aucune idée de la forme qu’il prendrait.

Il me rappelait un peu un lézard. Même si on lui coupait la queue, il pouvait encore la faire repousser…

« Bref, Touya… ? C’est quoi ce costume ? Sais-tu que tu as l’air bizarre ? »

Karen plia les bras en me regardant de haut en bas. Je portais toujours le masque d’Oni, j’avais donc probablement l’air bizarre.

« Je me suis déguisé parce que je ne voulais pas que Brunhild soit affiliée à la guerre civile d’Eashen. Mais euh… plus important que ça, c’est quoi ces cheveux ? Pourquoi ont-ils poussé et changé de couleur !? »

« Hmph… Tu t’es réveillé à ta propre divinité, imbécile. Tu n’as probablement pas remarqué, mais tes yeux sont aussi dorés. C’est ta vraie forme. »

Quoi !? J’avais sorti un miroir de mon [Stockage]. Moroha avait raison, mes yeux étaient d’un or étincelant.

« … Est-ce que ça va changer à nouveau ? »

« Si tu supprimes ta propre divinité, tu devrais te retransformer. Le fait que tu te sois réveillé signifie que tu devrais être capable de le contrôler. »

« … Mais ne le supprime pas tant que nous sommes dans le royaume des esprits. Pour l’instant, la zone est claire puisque nous exerçons notre divinité, mais si des Esprits ou des Spectres sentent la présence d’un humain ici, ils viendront. Et ce ne sera pas beau à voir. »

Huh, d’accord… Dans ce cas, je vais garder cela pour plus tard.

Mon smartphone s’était soudainement mis à vibrer. Le choc de la sensation me fit sursauter. J’avais regardé l’écran, et celui-ci m’informa que Dieu lui-même appelait.

« Allô ? »

« Hé, Touya ? On dirait que ta divinité s’est réveillée… »

« Oui. Il n’y aura pas d’effets secondaires bizarres, hein ? »

« Hmm ? Tu n’es pas exactement devenu un dieu, donc il n’y en aura pas… Mais c’est moi qui t’ai amené dans le royaume des dieux, et c’est moi qui ai forgé ton corps… Il est probable que ton essence ait la même étincelle divine que la mienne. »

Huh… Il y a différents types ? Ah oui, c’est vrai… Celui de l’autre gars semblait plus sombre.

J’essayais de me concentrer sur Karen, et j’avais soudainement remarqué que sa lumière dorée avait de faibles traces de rose à l’intérieur. Moroha avait aussi une lumière bleue. J’avais deviné que cette étincelle divine était probablement liée à la couleur qui émanait de vous.

« Hmhm… Je me demande ce que je devrais faire à ce sujet. Si tu as la même étincelle divine que moi, alors tu vas probablement devenir mon disciple… Eh bien, c’est très bien. Je ne vois pas pourquoi je ne te prendrais pas comme disciple, Touya. »

« Que veux-tu dire ? »

« Tu as le pouvoir d’un dieu, mais tu es toujours humain, Touya. Je dois définir clairement ta position avec les autres dieux… Mais je ne peux pas te nommer dieu de quoi que ce soit en particulier, et tu n’es pas non plus en position de devenir un dieu servile… C’est pourquoi tu seras mon disciple, et tu seras sous ma protection directe. »

« Cela signifie que nous formons une famille. »

Karen m’avait souri et me fit un clin d’œil. J’étais surtout confus.

Une famille, hein… ? Attendez ! N’écoutez pas mon appel téléphonique !

Quand même… Être de la même famille que le Dieu Tout-Puissant… ? Le Dieu des mondes ? Ça a l’air plutôt sympa.

« N’y réfléchis pas trop. Après tout, tu as deux sœurs aînées… Considère-moi comme ton nouveau grand-père. »

Ha. C’est une barre assez haute à passer, tu sais ? Mais bon…

« Mais euh… Sais-tu où est allé ce dieu fugueur ? »

« J’ai bien peur de dire que je ne le sais pas. Sa présence est devenue aussi indétectable que la poussière. Et le trouver n’est pas mon travail, jeune homme. Je suis celui qui doit être informé par ceux qui le chassent, non ? »

J’avais été un peu troublé par ce qu’il voulait dire. Moroha s’était soudain penché pour clarifier.

« Tant que ce type court partout, on a des raisons d’être ici, tu te souviens ? Après tout, je suis ici pour aider Karen à le trouver. »

Huh… Je vois… Attendez !

J’avais soudain regardé Moroha, un soupçon brûlant dans mon regard. Elle baissa ses bras et cria de panique.

« Non, non ! Ne te méprends pas ! Nous n’avons pas laissé le gars filer intentionnellement ! Nous ne mélangerons jamais le travail et le plaisir, promis ! »

Hmph… Je suppose que je dois te croire… Mais je me demande si d’autres dieux ont essayé de descendre, et si j’en verrai d’autres descendre grâce à cette excuse commode…

« En tout cas, jeune Touya… Voici la situation telle qu’elle est maintenant. Je te reparlerai bientôt, prends soin de toi. »

Dieu Tout-Puissant me raccrocha au nez avant que je puisse parler.

Hmm… De toute façon, qu’est-ce que je peux faire avec le mode Dieu activé ? Après un peu d’expérimentation, je découvris que je pouvais jeter des sorts sans prononcer leur nom ou leurs incantations. Exercer ce genre de pouvoir était un peu effrayant.

J’avais quitté le royaume des esprits, en marmonnant et en réfléchissant à mes nouveaux pouvoirs.

◇ ◇ ◇

Nous nous étions retrouvés dans le royaume des mortels. Nous nous trouvions dans le château d’Oosaka en feu. Il semblerait que la bataille était décidée. Nous avions entendu des cris de victoire ici et là. L’alliance Tokugawa-Date avait triomphé.

Le raid soudain était tout simplement trop important pour l’armée Hashiba non préparée.

Avant d’aller au camp de Leyahsu, j’avais désactivé ma propre divinité. Mes cheveux retrouvèrent leur lustre habituel, mais ils n’avaient pas raccourci… Est-ce que ça va se produire chaque fois que je l’activerai ? J’espère que je n’ai pas une quantité limitée de cheveux là-dedans…

Je marmonnais anxieusement en rentrant au camp de Leyahsu pour rencontrer Yae et Kohaku.

« Qu’est-il arrivé à tes cheveux, Touya-dono ? ! »

« Beaucoup de choses se sont passées, Yae. Mais Hideyooshi est mort. »

Leyahsu, qui écoutait aux portes, avait soudainement poussé un cri de joie. Après tout, la défaite de Hideyooshi consolidait la victoire qui avait été remportée ce jour-là.

L’armée de Hideyooshi allait s’effondrer, et Tokugawa allait désormais détenir la plus grande faction du pouvoir à Eashen. C’était semblable à l’histoire de mon monde, mais aussi complètement différent.

J’avais soigné les blessés grâce à ma magie, puis j’avais décidé de rentrer chez moi. Après tout, c’était à Eashen de s’occuper de tout à partir de ce moment-là. Tous ceux qui étaient sous le contrôle de Hideyooshi allaient probablement retrouver leurs esprits bientôt, eux aussi.

En guise de dernier conseil, j’avais dit à Leyahsu de se méfier d’un homme nommé Ishida Mitsunari, au cas où. Mais il ne semblait pas savoir qui c’était, il semblerait donc que ce type n’existait pas dans ce monde.

Oh, je suppose que tout n’est pas identique.

Yae, Kohaku, moi-même et mes sœurs avions tous embarqué dans Gungnir. Puis, Rosetta nous emmena à Brunhild.

J’étais extrêmement fatigué, je m’étais donc vite présenté et j’étais allé directement au lit. Beaucoup de gens m’avaient demandé en passant pourquoi mes cheveux étaient si longs.

Un jour plus tard, ma situation était désastreuse. J’avais attrapé une grosse fièvre et je n’avais plus de force physique. Je n’avais pas faim et je me sentais léthargique. Même [Récupération] ou [Rafraîchissement] n’avaient eu aucun effet sur moi.

« Ouah… Ce sont les symptômes du rhume, mais c’est aussi très différent. Vous avez de la fièvre, mais votre corps n’a pas augmenté de température. »

Flora, vêtue d’une tenue d’infirmière, regarda le thermomètre avec un froncement de sourcils. J’étais alité, bien sûr, enveloppé dans des couvertures et je la regardais grogner.

« Qu’est-ce que c’est que cette maladie !? Que devrions-nous faire !? »

Yumina s’était assise à côté du lit en proie à la panique.

Heh… C’est plutôt mignon de la voir comme ça.

Mes huit fiancées étaient toutes dans la chambre et se tenaient debout ou assises près du lit. Yumina, Elze, Linze, Yae, Lu, Sue, Hilde et Leen étaient toutes là pour s’occuper de moi. Mais aussi… Kousaka, Laim, Lain, Lapis, Renne, Cesca, Flora, Karen, Kohaku, Luli, Kougyoku, Kokuyou, Sango et Paula étaient tous là aussi. Il y avait beaucoup trop de monde à mon goût.

J’étais heureux qu’ils se soient rassemblés pour me protéger, mais c’était vraiment un peu excessif.

« Bon, maintenant… Touya va très bien. Que tout le monde retourne au travail. Il n’y a pas de problème ici, pas de problème du tout. C’est juste la fatigue d’hier. Tu devrais me laisser faire. »

Karen frappa ses mains et fit sortir tout le monde de la pièce. Elle disait à tout le monde que le fait de s’entasser ne me ferait aucun bien, mais je n’entendais pas grand-chose. Mon corps était si lourd que je ne pouvais même pas me lever.

***

Partie 6

La porte s’était refermée en claquant jusqu’à ce qu’il ne reste plus que Karen. Elle s’était assise sur la chaise voisine et elle m’avait regardé avec un froncement de sourcils.

« Tu es avec moi, Touya ? Sais-tu que cette maladie est juste due à ton corps qui souffre des effets de ton pouvoir divin ? Tu te remettras si tu te reposes un jour, et tu t’habitueras lentement à la puissance qui est en toi, je te le promets. Alors, dors pour l’instant, d’accord ? »

Oh, je vois… Alors, c’est à cause de ma divinité… C’est ce que je pensais… J’étais juste soulagé de connaître la cause réelle. En plus, ce n’était pas comme si je souffrais d’une douleur physique… je ne pouvais tout simplement pas exercer d’activité physique. J’avais aussi la tête floue, comme si je rêvais.

Mais Karen m’ayant dit de dormir, c’était donc ce que j’allais faire. J’avais dérivé tranquillement vers le pays du sommeil. Que les angoisses soient damnées.

« Mmh… »

Quand je m’étais réveillé, mon corps était encore lourd. J’avais ouvert les yeux, le regard fixé sur le plafond. C’était un spectacle auquel je m’étais peu à peu habitué.

« Ah… Tu es réveillé ? »

Linze lisait un livre à mon chevet, mais elle s’était arrêtée pour me regarder. Je me demandais depuis combien de temps elle était assise là. J’avais fait semblant de ne pas remarquer la… La nature rose du livre qu’elle lisait.

Elle m’avait versé un verre d’eau de la cruche sur la table de chevet et me l’avait remis, puis elle me tamponna le front avec une serviette mouillée.

 

 

J’avais levé un peu mon corps, j’avais pris le verre et j’avais bu, puis je m’étais aussitôt affalé sous les couvertures.

Ahh…

« Ta fièvre semble avoir baissé, mais… Eh bien, te sens-tu mieux ? »

« Ah… Je vais bien… Sais-tu que ma situation s’améliorera après avoir bien dormi ? »

« Je suis quand même contente de savoir qu’il y a des moments où tu restes vraiment au lit, Touya. C’est un peu soulageant, hehe… »

Mon Dieu, qui est-ce que je suis, un monstre… ? Je suppose que je devrais m’expliquer bientôt, cependant… D’un point de vue extérieur, ça a l’air vraiment bizarre.

« C’est un peu drôle, c’est tout… Quand je t’ai rencontré dans cette ruelle de Reflet, je suis resté avec toi et je t’ai vu grandir en tant que personne. Maintenant, tu es grand-duc de ta propre nation… Tu m’as semblé être comme une personne supérieure à moi parfois, Touya… Et un peu distant. Alors, pardonne-moi, mais… quand je te vois dans un état aussi vulnérable, ça me fait plaisir de savoir que… tu n’es pas toujours aussi loin. »

« … Tu sais, rien n’a changé. Je suis toujours avec toi, Linze. Et les autres aussi. Je veux aussi que tu sois à mes côtés pour toujours. Après tout, vous êtes la raison pour laquelle je suis allé si loin… Mh… Je vous promets… Je… Je vous rendrai heureuse, alors… Ngh... »

Zzz… J’avais été à nouveau soudainement frappé par la fatigue. En me rendormant, j’avais senti la sensation de lèvres pressées contre ma joue. Le petit baiser m’avait guidé vers le pays des rêves.

Le lendemain matin, j’avais ouvert les yeux, et mon corps était léger comme une plume. Je m’étais senti complètement revigoré. J’avais dormi toute une journée, et j’étais guéri !

Je voulais que Lu me coupe les cheveux tout de suite, mais j’avais décidé de me retenir un peu. S’ils allaient repousser après avoir puisé dans ma divinité, alors il était inutile de se précipiter pour les faire couper.

« Oi! Ça va, mon pote… ? »

Renne me vit sortir de ma chambre. Elle portait un panier de linge dans le couloir. J’étais vraiment fier de la diligence dont elle faisait preuve.

« Oui, je vais bien. Merci de t’en soucier, Renne. »

Je lui donnais une petite tape sur la tête et je m’étais retourné pour partir. Il devait y avoir beaucoup de gens qui s’inquiétaient pour moi.

Je voulais en savoir plus sur la divinité en moi. Pourtant Karen dormait… Je n’avais donc pas d’autre choix que d’aller voir Moroha. Je m’étais dit qu’elle serait sur le terrain d’entraînement.

Naturellement, j’avais raison. Elle s’était entraînée dur toute la matinée. Je l’avais emmenée dans un endroit tranquille pour obtenir des réponses.

« Ah, bien… C’est un peu compliqué… Tu peux poser des questions sur la divinité, mais euh… Eh bien, vois-tu, chaque dieu a sa propre marque particulière. »

Moroha semblait un peu vaincue, comme si elle ne pouvait pas me donner les réponses que je cherchais.

« Et toi, alors ? Comment utilises-tu la tienne ? »

« Moi ? Ma divinité fonctionne en moi comme un outil de combat. Je frappe les ennemis avec, et je me protège. Mais la meilleure façon d’utiliser ma divinité est de créer des armes à partir d’elle. »

Moroha sortit un poignard d’un fourreau et, en quelques instants, enveloppa la lame d’une lumière divine. Le poignard devint rapidement un couteau brillant. La lumière s’étendait au-delà de la lame physique de l’arme, créant une arme plus longue.

Whoa, c’est une épée lumineuse !

« Pour être franc, il n’y a euh… aucune règle réelle sur la façon d’utiliser ta divinité. Après tout, c’est le pouvoir d’un dieu. Il te vient naturellement. Tu t’y habitueras, mais je te déconseille de t’y fier souvent. »

« Pourquoi cela ? »

« Eh bien, tout d’abord, c’est un pouvoir qui n’est pas utilisé dans le monde des mortels. Ce n’est clairement pas de la magie, donc tu risques de dévoiler ton identité. Deuxièmement, c’est une contrainte majeure pour ton corps. Tu t’y habitueras lentement et les effets secondaires s’atténueront à la longue, mais tu ne dois pas continuer à l’utiliser. Troisièmement, il n’y a aucune raison pour que tu embrasses complètement ton côté divin si tôt, n’est-ce pas ? Chaque fois que tu l’utiliseras, tu te rapprocheras de la divinité. »

Moroha souleva quelques points justes. Cela m’avait aussi rappelé ce que Linze avait dit. Sur le fait que j’étais distant. Le pouvoir d’un dieu n’était pas nécessaire dans ma vie.

Malgré cela, je ne voudrais pas que ce pouvoir me soit retiré si j’en avais vraiment besoin. C’était pourquoi j’avais voulu acclimater mon corps à la nouvelle situation.

J’avais laissé le pouvoir magique et la divinité couler à travers mon corps, et j’avais déclenché l’étincelle divine en moi.

Mon corps s’était à nouveau transformé en une lumière brillante et mes cheveux étaient devenus dorés. Ils avaient repoussé, eux aussi… Jusqu’à mes foutus genoux. J’avais râlé doucement en déplaçant mes cheveux en désordre vers mon dos.

« Mais je ne peux pas au moins couper les cheveux ? »

« Hmph… Je ne prendrais pas ce risque. Il y a une chance que tu puisses avoir tes cheveux qui poussent chaque fois que tu déclenches ta divine étincelle. »

« Ça va aller, alors… »

Je n’avais aucune intention de rejoindre un monastère. J’avais décidé de me faire couper les cheveux par Lu après.

« Ah oui, autre chose… Tu déclenches le pouvoir de la Divine Providence chaque fois que tu prends cette forme. Les petits animaux, ou les gens qui ne sont pas particulièrement forts risquent de s’évanouir en ta présence… »

« C’est un peu gênant… »

J’avais pris la dague et j’avais essayé de rassembler la divinité dans ma paume comme elle l’avait fait.

Ghh… C’est bien plus dur que de verser de la magie dans des trucs…

Finalement, j’avais réussi à créer une lame divine comme Moroha l’avait fait. Par rapport à Moroha, qui l’avait fait en quelques secondes, cela m’avait pris beaucoup trop de temps.

Il semblerait que la manipulation de la divinité était une question de travail acharné et de pratique répétée.

« En t’habituant à ta propre étincelle divine, tu seras capable de la maîtriser. »

« Oh, c’est vrai. Je peux utiliser la magie sans chanter sous cette forme. Sais-tu de quoi il s’agit ? »

« Je n’en sais rien. Te souviens-tu que les dieux comme moi n’utilisent pas la magie ? »

Oh, c’est vrai… Merde. Je suppose qu’elle ne me sera d’aucune utilité sur ce sujet. Je vais juste devoir le découvrir par moi-même.

J’avais pointé le ciel et invoqué mentalement une [Flèche de feu], sauf qu’au lieu d’une simple attaque d’une flèche enflammée, un torrent de flammes monstrueux avait jailli du bout de mes doigts.

Bon sang. Est-ce que quelqu’un survivrait à ça ? ! Oh… Oh, whoa… Bizarre… Ma divinité vient de… s’effondrer ? Elle ne se rétablit pas deux fois plus vite que ma magie… C’est parce que je ne suis pas entraîné ? C’est bizarre d’être aussi faible… Ugh, on dirait que j’ai beaucoup à apprendre.

J’avais choisi de donner à ma transformation le nom d’Apothéose. Celle-ci me semblait être problématique. Je l’avais désactivée, revenant ainsi à ma forme normale. Comme je m’y attendais, je m’étais senti léthargique et lourd, mais pas autant que la dernière fois.

J’étais retourné sur le terrain d’entraînement avec Moroha et lui avais fait signe de partir. Puis, j’avais remarqué que Lu faisait son entraînement du matin. Je l’avais appelée sur un banc voisin, car je devais certainement me faire couper les cheveux.

J’avais pris des ciseaux de mon [Stockage] et je les lui donnais.

« N’étaient-ils pas plus courts que ça hier !? »

« Ahaha... Oui… C’est vraiment mystérieux, hein… ? »

Lu commença à me couper les cheveux avec précaution. Une coupe de cheveux. Ça ne me dérangeait pas vraiment qu’elle fasse une erreur ou autre. Même si elle se trompait, je pouvais lancer l’Apothéose une fois de plus afin de faire repousser le tout.

Je ne veux cependant pas devenir chauve… Si la transformation fait pousser mes cheveux à partir des racines, ils pourraient finir par s’épuiser… J’avais pris la décision de passer au laboratoire d’alchimie et de demander à Flora un tonique capillaire infini.

 

 

« Quelque chose ne va pas, Touya ? »

« Pas du tout. J’avais juste peur de devenir chauve. »

« Heheh. Ça ne me dérangerait pas. Chauve ou gros, tu es toujours Touya pour moi. »

Lu avait souri gentiment, mais je ne voulais surtout pas être chauve ou gros… Même si la calvitie était inévitable, je m’engageais à ne jamais faire d’excès de poids…

« Oh, c’est vrai ! Touya… Tu enquêtais sur Felsen, n’est-ce pas ? S’est-il passé quelque chose ? »

« Oh, oui. Il s’est passé certaines choses. Tu en sais beaucoup sur eux ? »

« Eh bien, j’étais en fait un peu inquiète. Te souviens-tu que ma sœur aînée étudie là-bas ? S’il se passait quelque chose à Felsen, je préférerais vraiment qu’elle rentre à la maison. »

Hm… ? Oh, c’est vrai. Je ne l’avais jamais rencontrée, mais je me souviens que Lu avait dit quelque chose à propos de sa sœur aînée qui étudiait à Felsen.

Felsen était connu comme le Royaume magique, alors j’avais imaginé que la deuxième princesse de Regulus avait une sorte d’aptitude ou d’intérêt pour la magie.

Mais cela me mettait un peu mal à l’aise… Je n’avais pas décidé si Felsen était un mauvais endroit ou non, mais c’était certainement l’endroit où les pièces du Frame Gear volées avaient été emportées… Je ne pensais quand même pas qu’il puisse arriver quelque chose à une princesse de Regulus là-bas.

« Oh, attends. Est-ce que ça veut dire que Regulus et Felsen sont en bons termes ? »

Je ne pouvais pas imaginer le fait qu’une famille royale envoie une de ses filles dans une nation hostile.

« Oui, je pense que c’est le cas. Nous avons des relations amicales… Ou il serait plus sûr de dire que Regulus et Felsen ont une relation mutuellement bénéfique. Ils ont des artefacts magiques et de nouvelles techniques, tandis que nous avons des matières premières et des biens de valeur comme des pierres à sorts et des armures. Nous avons un accord commercial. »

« As-tu déjà rencontré leur roi, Lu ? »

« Une seule fois. J’ai été invité à un gala officiel à Felsen. C’est un peu difficile à dire, mais… il n’avait pas du tout l’air d’un mage. Je le sentais plus comme un mercenaire grisonnant, un homme endurci. »

Un mercenaire ? ! Je ne peux pas dire que c’était le genre d’image que je me faisais de leur roi…

Hm… Felsen a aussi un accord commercial avec Lestia ? Peut-être que nous devrions utiliser ça comme moyen d’entrer… Après tout, s’il n’y a pas d’appât, on ne peut pas attraper un poisson.

Après que Lu ait fini ma coupe de cheveux, j’étais retourné au château avec elle. Ensuite, j’avais ouvert une [Porte] pour Lestia. Je savais maintenant que je devais agir.

***

Chapitre 4 : Le royaume Magique, Felsen

Partie 1

« Désolé si cela semble déraisonnable. »

« Non, tu n’as pas à t’inquiéter. »

Le roi de Lestia sourit en faisant un signe de la main. Il était toujours le même. J’étais heureux d’avoir une gentille personne comme beau-frère. Eh bien, je n’étais pas encore marié à Hilde, mais quand même…

Nous nous rendions en calèche de Lestia au palais royal de Felsen. Le roi Reinhard avait gracieusement organisé une rencontre avec le roi de Felsen pour moi.

Je ne voulais pas apparaître soudainement à Felsen avec la [Porte], alors j’avais décidé que la meilleure solution serait de prendre un convoi officiel avec Reinhard. Mais j’avais un peu triché. J’avais raccourci notre voyage en nous transportant tous à une courte distance de la capitale.

J’avais montré à Reinhard mes découvertes concernant le vol de Frame Gear, mais celui-ci fronça les sourcils. Je lui avais demandé pourquoi il semblait si perplexe.

« Non pas que je doute de toi, Touya… Mais je ne suis pas sûr de croire que le Roi de Felsen ferait une telle chose. »

Felsen était l’une des deux seules nations qui bordaient Lestia. L’autre était le Royaume de Ryle. En raison de cette proximité, ils avaient une histoire riche et entrelacée.

D’après ce que j’avais compris, les nations de Lestia et de Felsen étaient autrefois en guerre, mais ces dernières années, elles avaient bénéficié de contacts et d’échanges commerciaux pacifiques.

Reinhard m’avait informé que le roi de Felsen était équilibré, ouvert d’esprit, qu’il ne se souciait pas de problèmes mineurs et qu’il n’était pas du tout tatillon. Il n’avait pas la personnalité que l’on pouvait attendre d’un mage. Il était également un fanatique de la forme physique et aimait soulever des poids.

L’ancien chef de Felsen était un chercheur obsessionnel, et il était même mort suite à un accident sur des recherches magiques. Le roi actuel était son frère cadet, il lui avait immédiatement succédé.

Il s’appelait Boulanger Frost Felsen, et dès son plus jeune âge, ses activités étaient différentes de celles de son frère aîné. Il avait toujours donné la priorité à la forme physique et aux arts martiaux plutôt qu’à la recherche spirituelle et aux techniques magiques. Cela n’avait pas également beaucoup changé après son accession au trône.

La raison officielle de la visite à Felsen concernait l’île d’Enlush. C’était un endroit situé entre Roadmare, Felsen, Ryle et Lestia. Elle se trouvait au milieu de la mer du Rondo, une petite étendue d’eau dans laquelle se jetait la rivière Grand Gau.

L’île était techniquement la propriété de Lestia, mais de nombreuses bêtes magiques puissantes y vivaient. À cause de cela, elles ne pouvaient pas vraiment profiter des ressources qui s’y trouvaient. Apparemment, le sol n’y était pas très fertile. Et les bêtes magiques aquatiques attaquaient tous les bateaux de pêche ou les voiliers qui passaient par là. C’était une île dont personne ne pouvait faire bon usage.

J’avais regardé cette île et j’avais fait une certaine proposition au roi de Lestia.

Ma proposition était simple. Nous pourrions construire des ponts pour relier les quatre nations en utilisant cette île comme un lien central.

Les ponts seraient bien sûr longs. Cependant, les construire n’était pas du tout impossible. Si nous les construisions, le commerce entre les quatre nations serait considérablement facilité. De plus, avec l’île comme centre, elle pourrait même devenir un centre commercial prospère.

Chaque pays serait naturellement en mesure d’établir ses propres règles commerciales. Et les exportations, tout comme les importations, seraient strictement contrôlées.

Je construirais les ponts vers chaque nation, en échange d’un droit de péage. En plus de cela, j’éliminerais toutes les créatures dangereuses qui vivaient sur le territoire central.

Les gouvernements de Roadmare et de Ryle avaient tous deux accepté le projet. Il ne nous restait plus qu’à voir si Felsen voulait aussi y participer. Si Felsen n’était pas d’accord, je me contenterais de créer une route commerciale entre les trois autres nations, mais je ne voyais pas vraiment de raison pour qu’ils refusent.

« J’ai entendu dire que Felsen est à la pointe du développement de la technologie magique, est-ce vrai ? »

« C’est exact. Ils font des recherches sur toutes sortes de choses, y compris les artefacts, les technologies anciennes, les enchantements, les talismans, le ninjutsu d’Eashen et la nature. »

La magie possède sept grands attributs élémentaires dans ce monde, mais il existe aussi des ramifications inhabituelles qui font appel au pouvoir magique. On les appelait « arts ». Le ninjutsu que Tsubaki employait était un exemple de ce style.

Ils n’étaient pas déterminés par des affinités élémentaires comme les sorts conventionnels, donc n’importe qui ayant de la magie en lui pouvait les utiliser. Cependant, il fallait s’entraîner comme un fou pour les utiliser. Même s’il fallait environ cinq ans pour comprendre les bases, vous ne pouviez pas utiliser les capacités les plus élémentaires avant au moins cinq ans de plus. Donc, en réalité, le chemin des arts prenait beaucoup plus de temps et de dévouement que le maniement de la magie.

Certains arts étaient gardés secrets et limités à des familles spécifiques, de sorte qu’on ne pouvait jamais vraiment maîtriser tous les arts disponibles. Les Daoshi de Yulong, par exemple, étaient des maîtres des arts du talisman.

« Environ soixante pour cent de tous les objets enchantés dans le monde ont été produits par les artisans magiciens de Felsen. Leur taux de réussite est cependant en deçà de celui de votre sort [Enchantement], qui semble toujours fonctionner… ils n’ont donc aucun moyen de les produire en masse. »

« Ils échouent tant que ça ? Quel est leur taux de réussite ? »

« Environ une tentative sur dix fonctionne, je crois… Dans un bon jour. »

Moins de dix pour cent… ? Pas étonnant que les marchandises enchantées soient si chères.

La Bibliothèque de Babylone possédait quelques livres détaillant comment améliorer vos chances d’enchantement et d’autres techniques… mais je n’avais pas de livres sur les autres arts qui s’étaient développés depuis l’époque du Docteur Babylone. Le ninjutsu, par exemple, s’était développé à Eashen, mais personne ne vivait dans cette région du monde il y a cinq mille ans, donc il n’y avait pas de livres qui en parlaient.

J’avais réalisé que je pouvais très facilement utiliser mon propre sort [Enchantement] pour produire en masse toutes sortes de biens et faire fortune, mais cela aurait eu un impact considérable sur les revenus de Felsen… l’idée était donc vouée à l’échec.

Alors que je réfléchissais à divers arts magiques, notre carrosse traversa la ville du château et s’était rendu à la demeure royale.

Le château de Felsen ne ressemblait pas à la forteresse française que j’avais imaginée au départ. Il ressemblait plutôt à un château britannique classique. Il était très digne et rustique. Il dégageait une telle aura traditionnelle qu’il était facile d’imaginer que c’était la forteresse d’un mage.

Nous avions monté les marches jusqu’à l’entrée principale. Le chevalier roi Reinhard était passé devant et j’avais suivi derrière lui. Puis, j’avais levé les yeux et je vis un homme qui nous attendait à l’entrée.

Il avait l’air d’avoir au moins la quarantaine. Il était extrêmement grand et costaud, et il portait une armure étincelante. Il me rappelait un lutteur professionnel, ou un joueur de football américain.

Sa barbe couvrait la moitié inférieure de son visage, et ses cheveux gris-noir étaient mal coiffés. Il portait une belle cape blanche avec des coutures dorées et, dans sa main droite, un magnifique sceptre d’argent.

Mais ce qui m’avait le plus frappé, c’était la cicatrice sur son visage.

Il s’est battu contre un tigre ou quoi ?

« Chevalier Roi de Lestia, Grand Duc de Brunhild… Bienvenue à Felsen, les gars. »

L’homme géant, le roi Boulanger Frost Felsen, nous avait souri à tous les deux.

« Ohoho... Des ponts sur l’île d’Enlush ? Oui, je pourrais voir les profits grimper en flèche si nous établissions tous le commerce de cette façon. Mais… »

J’avais raconté le plan au roi, mais celui-ci caressa sa barbe et semblait appréhensif.

« Quelque chose ne va pas ? »

« Oui, regardez… Même si nous construisons ce pont, l’île d’Enlush est sur le territoire de Lestia, n’est-ce pas ? Et si Lestia décide d’arrêter le passage sur l’île selon ses propres caprices, hein ? »

« Ce n’est pas un problème. Lorsque les ponts seront terminés, l’île sera divisée en quatre territoires. Chaque pays sera propriétaire de ce segment de l’île, et dix pour cent des péages commerciaux iront à Brunhild. Après tout, la nation du Grand-Duc construira les ponts et éliminera les monstres. »

Reinhard avait rapidement calmé les inquiétudes du roi de Felsen.

J’aurais été heureux de construire les ponts gratuitement et de les lui laisser, mais le Doge Audrey de Roadmare m’avait dit que je devrais prendre la responsabilité des ponts au cas où des problèmes se poseraient à l’avenir, alors j’avais accepté.

Les coûts ne seraient pas très élevés, mais ils s’additionnaient, car les ponts finiraient par être assez longs. Les pays me rembourseraient tous les frais en me donnant dix pour cent des péages des ponts. J’avais également dit que je ne leur prendrais plus d’argent une fois qu’ils m’auraient payé la totalité du montant. Cela prendrait au maximum dix ans si les ponts étaient fréquemment utilisés. Mais je n’aurais pas hésité à ce qu’ils me paient plus rapidement s’ils en avaient les moyens.

Au départ, j’avais juste prévu d’installer des portails de transfert instantané pour tous les pays, mais s’ils tombaient en panne, je serais le seul à pouvoir les réparer. Les ponts étaient le choix le plus sage, si je voulais au moins penser à l’avenir.

« Eh bien, Grand-Duc… je vous demande si vous pensez pouvoir construire quatre ponts de cette taille. »

Un homme que je ne connaissais pas bien avait pris la parole. Il était assis à la même table que nous. Ses yeux étaient d’un bleu profond, et ils me regardaient avec une intensité de faucon. Cet homme était le Premier ministre de Felsen. Si je me souvenais bien, il s’appelait Amond.

« Je peux le faire en trois jours environ, une fois que j’aurai le matériel. Je ne fais rien d’extrêmement flashy, juste des ponts. »

« Je doute que vous puissiez faire une telle chose en trois jours seulement… Même si vous utilisiez ces engins géants nommés Frame Gear, quatre ponts en si peu de temps, c’est absurde, non ? »

Amond dirigea un regard empreint de doute dans ma direction. Je ne lui avais pas vraiment reproché d’avoir eu tort, mais je n’allais pas du tout utiliser mes Frame Gears.

J’allais simplement utiliser l’Atelier pour fabriquer les ponts, comme je l’avais fait pour le château de Brunhild. C’était plus de travail que d’habitude, mais l’Atelier était alimenté par le réacteur de la Tour, donc il était vraiment à la hauteur de la tâche.

« Mes Frame Gears ne seront pas impliqués. J’ai quelque chose qui peut prendre les matériaux et les déplacer au bon endroit. Pour faire simple, c’est quelque chose qui peut prendre un tas de pierres et les déposer en forme de pont. »

« … Est-ce un artefact ? »

« Euh, quelque chose comme ça. Mais je suis le seul à pouvoir l’utiliser. »

L’homme qui venait de parler était un type maigre et effrayant. Je ne pouvais pas dire à quoi il pensait. Ses yeux étaient morts et vitrés jusqu’à il y a un instant, mais ils étaient revenus à la vie au moment où j’avais mentionné mes capacités. C’était le magicien de la cour de Felsen. Je crois qu’il se nommait Ludo.

***

Partie 2

« Pourquoi vous seul pouvez l’utiliser, Grand-Duc ? »

« La seule chose que je puisse vous dire, c’est que l’artefact fonctionne ainsi. Même dans mon propre pays, les détails sont confidentiels… Désolé. »

« Je… vois… Comme c’est malheureux. »

Ludo soupira un peu et ses yeux avaient retrouvé leur glaceur mortel. On aurait dit qu’il ne se souciait pas beaucoup des choses qui n’étaient pas excitantes.

Le roi de Felsen m’avait fait un petit sourire.

« Pardonnez son manque de manières. Il a fait beaucoup de recherches ces derniers temps, ça le fatigue beaucoup. »

« Oh, ne vous inquiétez pas. Je ne suis pas offensé. »

J’étais de toute façon habitué à ce que les gens agissent comme lui. J’avais Charlotte, la magicienne de la cour de Belfast, et Leen dans mon château. Elles s’illuminaient toutes les deux chaque fois que je mentionnais des choses inhabituelles, mais n’étaient pas si enthousiastes autrement.

Les personnes assises à la table, autres que moi, étaient le chevalier roi de Lestia, le roi de Felsen, le Premier ministre Amond, le magicien de la cour Ludo, et une autre personne qui avait finalement décidé de prendre la parole.

« Grand-Duc… Vous possédez de nombreux artefacts fascinants, et ces guerriers géants aussi. Les avez-vous peut-être trouvés dans un certain ensemble de ruines ? »

« … Certains d’entre eux, mais pas tous. Certains sont de ma propre fabrication. »

« Je vois, je vois… En effet, vous pouvez utiliser le sort [Enchantement]… Sans parler du fait que vous avez la maîtrise de tous les éléments. C’est une position enviable. »

L’homme qui commentait et riait doucement était Easeus, directeur de la Chambre de commerce et d’industrie magique de Felsen. Il était responsable de tous les mages, artisans et marchands du pays. Il avait les cheveux gris ondulés et portait une paire de lunettes de soleil. Je ne savais pas que les lunettes de soleil existaient dans ce monde… Elles avaient aussi certainement un effet magique sur elles, bien que je ne puisse pas dire lequel. En tout cas, je savais pertinemment qu’il s’agissait de lunettes de soleil enchantées.

Pour être honnête, j’avais trouvé cela suspect. Mais je ne pouvais pas vraiment accuser un type d’être suspect juste parce qu’il portait des lunettes de soleil lisses.

Après avoir rencontré le roi de Felsen, je ne pensais certainement pas que c’était lui qui était responsable du vol du Frame Gear. Reinhard avait ses raisons pour le considérer comme un homme bon. Il y avait toujours la possibilité qu’il joue double jeu, mais j’en doutais fortement.

Quant au Premier ministre Amond, au magicien de la cour Ludo, ou à l’officier en chef Easeus…

N’importe lequel d’entre eux aurait pu être le cerveau que je cherchais. Il était après tout possible que le coupable opérait à l’insu du Roi. Tous les trois avaient un pouvoir considérable dans le pays, ce n’était donc pas une hypothèse déraisonnable.

Mais j’avais dû chasser de telles pensées de ma tête. Il n’aurait pas été juste de ma part de juger sans fondement les gens autour de moi.

« Eh bien, un pont me semble très bien. Tout comme les autres, nous paierons notre part à Brunhild pour couvrir les frais. »

« Votre Majesté… Est-ce la décision à laquelle nous sommes arrivés ? »

Le Premier ministre Amond s’était tourné vers le Roi, comme pour confirmer le choix.

« Je parie que le pays qui ne respecte pas cet accord perdra beaucoup d’argent. De plus, je suis sûr que les trois autres ne conspireraient pas pour nous attaquer. Le grand-duc de Brunhild s’occupe des détails, donc il nous aiderait en cas de problème, non ? »

« Effectivement. »

Les quatre pays avaient des relations d’amitié communes, mais je n’étais pas tout à fait sûr que cette paix serait éternelle. Il était tout à fait possible que les ponts puissent servir de voies d’invasion. C’était pourquoi j’avais prévu de mettre des fortifications défensives le long de chaque pont pour essayer d’empêcher cela.

« Bon, maintenant qu’on a réglé ça… Hé, Grand-Duc. Vous voulez bien venir avec moi ? Je veux vous montrer quelque chose. »

Le roi de Felsen fit un large sourire dans ma direction pendant qu’il parlait. Quelque chose dans ses yeux semblait terriblement audacieux. Huh… Que pouvait-il vouloir ?

◇ ◇ ◇

« Whoa… »

« Eh bien ? Plutôt sympa, hein ? »

Le roi de Felsen m’avait amené à sa salle du trésor. Il y avait des armes sur des piédestaux fantaisistes, et encore plus sur les murs.

Des épées, des lances, des arcs, des haches, des grandes épées, des poignards, des katanas, des faux, des chaînes, et bien d’autres encore… J’avais regardé autour de moi et j’avais remarqué que chaque arme exposée était forgée dans une sorte de métal rare, et que la grande majorité d’entre elles était également pourvue d’enchantements.

Il y en avait beaucoup trop… Le chevalier-roi et moi-même étions restés sans voix. En général, on trouvait ce genre d’objets dans une armurerie, pas dans la réserve personnelle du Roi.

« Cette hache ici a environ 500 ans. Elle a été maniée par un légendaire tueur de dragons nommé Buckram. Elle est même envoûtée par un sort de feu ! Voyez-vous, Buckram était incapable d’utiliser la magie, donc cette hache était une grande bénédiction pour le héros. »

La hache qu’il tenait à la main était d’un rouge éclatant. Le roi la tenait fièrement. Elle avait certainement l’air bien trempée.

« Vous aimez beaucoup les armes, hein ? »

« Ah zut… Ne vous méprenez pas, c’est juste que, euh… plutôt que d’amasser des armes… J’aime les histoires derrière les armes. Les grands héros et les héroïnes, leur vie, leur maîtrise de leur art. Ce sont ces histoires qui me font vraiment haleter. »

C’était certainement compréhensible. Il semblerait que le roi de Felsen avait amassé toute une collection d’histoires.

« Je sais que cela ne doit pas être très courant pour un homme de mon âge, mais je suis rempli d’une telle excitation quand je pense aux gens qui les tenaient autrefois dans leurs mains. J’adore leurs histoires, et chacun d’entre eux avait une détermination unique. Enfant, je lisais pendant des heures des histoires sur les grands héros d’antan. »

Cet homme n’était certainement pas fait pour être roi d’un pays magique. Honnêtement, je me demandais si ce royaume serait bien géré sous sa direction.

« Quand j’étais un petit enfant, je pensais que je serais moi aussi un héros. Je suis allé dans les forêts et je me suis battu avec une profusion de monstres. Une fois, j’ai même eu une rencontre particulièrement désagréable avec un ours tigre. C’est comme ça que j’ai eu ça. »

Il avait montré les cicatrices sur son visage avec un sourire amusé.

Un ours tigre… Ce sont des ours normaux avec des rayures de tigre, non ? Il y a longtemps, Yae en avait effectivement tué un à la suite d’une quête de guilde. Mais, quand j’étais enfant, je me battais contre un de ces ours… Ce type est à un tout autre niveau.

« Honnêtement, Grand-Duc… Je suis sacrément jaloux de vous. Tueur de dragons, démolisseur de Golems, tueur de démons ? Vous vous aventurez tout le temps. Si mon grand frère n’était pas mort, j’aurais aimé vivre une vie comme la vôtre. »

Eh bien, ma situation était un peu différente… J’étais après tout un aventurier avant d’être un membre de la famille royale.

« Oh oui, vous utilisez une arme inhabituelle, n’est-ce pas ? Puis-je y jeter un coup d’œil ? »,

Le roi avait timidement montré du doigt ma taille. Brunhild n’étant pas un secret, je l’avais donc sortie afin de le lui montrer.

« Voici Brunhild. Elle porte le même nom que ma nation. Je peux utiliser cette arme de près ou à distance. J’ai aussi conçu cette arme moi-même. »

J’avais transformé l’arme en épée. Il sauta presque de surprise pendant un moment quand il la vit s’étendre, mais ses yeux étaient pleins de curiosité.

« Vous avez vraiment fait ça vous-même… Je n’arrive pas à y croire… C’est incroyable. »

« Le grand-duc de Brunhild est un formidable artisan. L’épée que je porte aujourd’hui est en fait un cadeau de sa part. »

Le chevalier roi Reinhard dégaina l’épée à sa taille et la posa délicatement sur une table voisine. C’était la lame de cristal que je lui avais faite, celle qui ressemblait à la Sainte Épée de Lestia.

« Oh ! Incroyable… Quel chef-d’œuvre... »

Les deux armes avaient été forgées à partir de phrasium, et personne d’autre au monde que moi ne pouvait les forger en armes.

« Avez-vous dit que vous l’avez reçu comme un cadeau… ? »

« Effectivement. C’était un cadeau pour mon couronnement. Je la porte depuis sur mon côté. C’est une lame extrêmement tranchante, et elle est aussi remarquablement légère. Sa seule faiblesse est le sentiment de victoire qu’elle vous procure, haha… »

Je doute fort qu’il ait beaucoup utilisé l’épée en combat réel. Elle était assez forte pour tuer n’importe quoi ayant un niveau inférieur à une Construction Haute, donc il pouvait probablement vraiment battre n’importe quoi avec elle.

Le roi de Felsen regarda la lame avec des yeux envieux, puis il se tourna vers moi.

« Hé, Grand Duc… Pourriez-vous aussi me faire quelque chose ? Comme une sorte de cadeau entre pairs. »

Hmm… Eh bien, je suppose que ce serait bien. Ce n’est pas comme si le phrasium était quelque chose comme un secret d’État de nos jours. Et même si j’en fais une de plus, je doute qu’ils puissent en faire quelque chose. Le pire qu’il puisse se produire était qu’il allait ajouter une arme cool de plus à sa collection.

« Bien sûr, je ne vois aucune raison de refuser. Qu’est-ce que vous avez en tête ? »

« Qu — vraiment !? Merci ! Laissez-moi réfléchir… Ce sera sûrement une épée, oui… Et pouvez-vous l’enchanter ? »

« Euh, bien sûr. Mais n’en demandez pas trop, ce serait problématique. »

Je ne voulais pas que ce soit une arme trop puissante. Si je l’enchantais avec un de ces trucs anciens que j’avais étudiés, ce serait monstrueux. Mais ses réserves de mana seraient probablement réduites… Il s’effondrerait après un seul coup. Il était quand même possible de concevoir des armes qui exploitaient la magie de plusieurs personnes, ce qui permettait de les utiliser plus que d’habitude.

« Peut-être… quelque chose qui pourrait protéger contre le poison ou la paralysie… Vous avez quelque chose qui puisse guérir des maux comme ça ? »

Poison… Paralysie ? Ça semble assez dangereux… J’avais décidé qu’une lame ayant [Récupération] ferait probablement l’affaire.

« Je peux faire ça, mais êtes-vous certain que c’est ce que vous voulez ? »

« Oui, c’est ce que je veux. Quant à la largeur de la lame… Elle devrait être, euh… Vous voyez ici ? Ça devrait être à peu près la largeur de cette lame. Oh, au fait, celle-ci a été maniée par le l’épéiste magique errant Gandal. Il conjurait les tempêtes de sable avec ce puissant… »

Il était sur le point de commencer une conférence complète sur l’histoire de l’épée, alors j’étais rapidement allé lui fabriquer l’arme.

J’avais sorti quelques fragments de phrasium de mon [Stockage] et j’avais utilisé la [Modélisation] pour leur donner une forme similaire à celle de l’épée de Gandal. J’avais parfaitement copié le dessin de la lame, mais j’avais changé la poignée, décidant de l’orner également de l’emblème royal de Felsen. De mon point de vue, c’était bien.

Après cela, je l’avais enchantée avec [Gravité] pour en réduire le poids et j’ajoutais la [Récupération] qu’il voulait.

***

Partie 3

Le roi de Felsen la prit dans ses mains et l’agita un peu. Il avait dit que c’était un peu trop léger. Je pensais que le poids était bien, mais il ajouta qu’il aimait avoir un peu de poids sur ses lames, sinon il ne les sentait pas trop bien. Je n’avais pas bien compris, mais j’avais accepté.

« Heheh... C’est merveilleux… Quelle épée puissante ! »

« Si vous versez votre magie à travers le manche de la lame, le sort de récupération devrait se déclencher. Il faudra cependant beaucoup de pouvoir magique, donc l’inconvénient est qu’elle ne peut pas être utilisée par n’importe qui, et que vous ne pourrez pas l’utiliser de manière soutenue. »

« Entendu. Je vais essayer. »

Hein ? Comment ? Le roi de Felsen avait répondu à mon intervention en prenant un poignard en or et en se tranchant le bras gauche avec. Son visage devint immédiatement blanc maladif et il commença à transpirer abondamment. Il avait l’air de souffrir atrocement.

« Ce… Ce poi… gn… poignard était manié par… par Alejandro le… le vaillant… vo-voleur ! Ah… C-c-comme, ngh… tu p-peux voir… elle est enchantée av... avec… du poison ! Al-Alejandro a utilisé… khh… cette lame, pour… la… »

« Ce n’est pas le moment de faire une leçon d’histoire ! »

Est-ce que ce type est un idiot !? Le vieil homme versa son pouvoir magique dans la poignée de l’épée, et la [Récupération] s’était finalement déclenchée. Son corps avait immédiatement perdu tout signe de fatigue.

Moi-même et le Roi Chevalier avions poussé des soupirs de soulagement. S’il était mort comme ça, nous aurions eu de gros problèmes. Il y avait des chevaliers de Felsen et de Lestia dans la pièce avec nous, mais… J’avais été surpris qu’aucun des deux ne soit intervenu pour l’arrêter.

« Ouah… Je suis vraiment guéri, hein… ? C’était incroyable ! »

« … Attendez une minute. Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas assez de magie ? »

« Je suis un membre de la famille royale, mon garçon. Une puissante et profonde réserve de magie coule dans mes veines. En plus, même si je n’en avais pas assez, vous m’auriez guéri, non ? »

Bien sûr que je l’aurais fait, mais cela ne vous a-t-il pas traversé l’esprit que j’aurais pu avoir des intentions malveillantes ? J’aurais pu mentir à propos de l’épée ou sur le fait que je vous guérisse ! Le Roi Chevalier m’avait regardé avec un petit sourire complice. Je me rendais compte que ce type était un grand idiot. Je ne pouvais pas le désigner comme le voleur de Frame Gear.

« Pourtant… le fait que vous ayez demandé une épée pour guérir des maux… Avez-vous peur d’être victime d’un empoisonnement ? »

« Hm ? Non, non… C’est juste qu’il vaut mieux prévenir que guérir. »

Le roi de Felsen semblait joyeux, mais cette joie me semblait être de façade. Une partie de moi sentait que la vie de l’homme était en danger, mais je ne savais pas comment… Je me demandais si tout allait bien à Felsen.

« Passons à autre chose ! Il y a un autre sujet dont je voudrais discuter avec vous, Grand-Duc, si vous avez le temps. »

« Bien sûr, c’est à quel sujet ? »

Est-ce le moment où il me parlera du Frame Gear volé ? Sais-tu qui en est responsable, mon vieux !? Ou est-ce à propos de votre paranoïa d’être empoisonné ? Quel est le complot ici ?

« Aha… B-B-Bien… Euh... . Je vais avoir quarante-deux ans cette année, mais… Je ne suis pas encore mariée. »

« … OK. »

« Mon grand frère a été celui qui a succédé au trône, donc je ne me suis pas marié quand j’étais jeune, et je ne me souciais pas vraiment du mariage. De plus, je n’ai pas vraiment trouvé quelqu’un qui me correspondait, alors j’ai fini par abandonner… Mais je me suis trouvé béni par le destin, je crois. Une rencontre fortuite qui a dû être ordonnée. »

Voir un vieux type musclé qui avait l’air si timide était un peu dégouttant. Je voulais juste savoir où il voulait en venir.

« Allez-vous donc vous marier ? »

« O-Oui, Chevalier Roi Reinhard. »

Le Roi Chevalier lui lança la perche.

Oh, c’est donc ce qu’il voulait dire. Ce type n’est pas doué pour être direct quand il s’agit de romance, hein ? Quand même, un gars qui peut sourire comme ça en étant tout agité ? C’est un peu effrayant…

« Ah, eh bien… Félicitations, alors. Alors, de quoi vouliez-vous me parler ? »

« Aye, bien… C’est juste que, euh… En fait, pouvez-vous attendre ? Il serait peut-être mieux que vous la rencontriez… »

Le roi de Felsen avait dit quelque chose à un garde, et le garde en question quitta immédiatement la pièce. Je m’étais demandé de quoi il s’agissait.

Au bout d’un moment, on frappa à la porte. Le roi répondit « Entrez ! » et une femme vêtue d’une robe bleu pastel apparut.

Hein… ? Elle doit avoir mon âge. Est-elle peut-être plus âgée ? Je dois avoir dix-sept ou dix-huit ans… Elle avait de beaux cheveux courts et argentés. J’avais aussi senti une force de caractère dans ses yeux.

Attendez… n’ai-je jamais rencontré cette fille avant ?

« C’est un grand plaisir de vous rencontrer tous les deux pour la première fois, Grand Duc de Brunhild, Chevalier Roi de Lestia… Merci de m’honorer de votre présence. »

« Hehe... Oh, uhm. C’est ma fiancée, Ellicia. »

Attendez, attendez… C’est la fiancée… ? N’y a-t-il pas vingt-cinq ans de différence ? Vous ressemblez à un parent et à un enfant quand vous êtes l’un à côté de l’autre ! Ne me dites pas que le Roi de Felsen aime les minaudes…

« Je vous suis redevable, Grand-Duc, pour les merveilleux soins que vous avez accordés à ma petite sœur. Je suis heureuse d’avoir enfin la chance de vous rencontrer. »

« Hein ? » Mes pensées avaient été coupées par le sourire éblouissant d’Ellicia. Euh… Sa sœur ?

« Pardonnez-moi pour mon autoprésentation tardive. Mon nom est Ellicia Leah Regulus. Comment va Lucia ? »

« Oh. Ohhh ! »

Je me demandais d’où je vous connaissais ! Vous ressemblez à une version un peu plus âgée de Lu ! Elle m’avait dit que sa sœur étudiait à Felsen, mais ce fut une surprise. Cette rencontre m’avait complètement aveuglé.

Mais attendez… la princesse de Regulus et le roi de Felsen… ? Ils sont bien assortis socialement, mais… n’est-ce pas un peu criminel ?

J’avais tranquillement censuré ces réflexions une fois que je m’étais rappelé que j’étais en fait fiancé à sa sœur de treize ans.

Bien que notre différence d’âge ne soit que de quatre ans… C’est tout à fait normal… C’est très bien… Je me disais que c’était bien. Attendez, attendez une seconde… Si Ellicia est ma belle-sœur grâce à mon mariage avec Lu… alors son mariage avec le vieux roi ne fera-t-il pas de lui mon beau-frère !? Quoi ?

« Est-ce que quelque chose ne va pas ? »

Le Roi Chevalier, un de mes futurs beaux-frères, me demanda si j’allais bien.

« Je… je vais bien… Je suis juste heureux d’avoir Jutaro et Reinhard comme beaux-frères… »

« Hm ? » J’avais murmuré mes remerciements d’une voix si basse que personne d’autre ne pouvait entendre.

Attendez, j’ai complètement oublié le prince héritier de Regulus.

Ce n’est cependant pas ma faute… Il est tellement inoubliable ! Il s’appelait euh… Lux, c’est ça… N’est-ce pas ?

Bon sang. En fait, j’ai oublié son visage. C’est un gars sympa, mais il ne m’avait fait aucune impression.

Je m’étais excusé mentalement auprès de Lux, puis j’étais passé à autre chose.

« Alors, vous aviez quelque chose à me demander ? »

« Bien, oui… Uhm, ahaha… C’est à propos de mon mariage avec Ellicia, voyez-vous… Nous n’en avons pas vraiment parlé à Regulus. »

« Pardon ? Ne serait-ce pas typiquement la première chose que vous feriez ? »

Quoi, lui avez-vous fait votre demande hier ? Je suppose que je peux vous emmener là-bas si vous voulez.

« Je suis venu dans ce pays pour étudier la mécanique de la magie. Le roi de Felsen a volontiers décidé de me conseiller, et… avec le temps, comme je suis venue le voir pour lui demander conseil, eh bien… »

Ma belle-sœur regarda vers le bas avec un visage rouge. Je ne comprenais toujours pas exactement ce qui s’était passé. Est-ce qu’elle était vraiment tombée amoureuse de ce vieux fanatique d’armes juste parce qu’il n’arrêtait pas de lui apprendre ? Je connais l’expression « du moment que votre bateau flotte », mais le bateau de cette fille flottait dans une direction inhabituelle.

Pourtant, il était peu fréquent qu’une princesse étudie la mécanique magique dans un pays étranger.

Le roi de Felsen se tourna vers moi et, avec une expression étonnamment douce, prit la parole.

« Regarde, mon garçon… Sa Majesté l’empereur de Regulus m’a confié sa fille. Elle a été envoyée ici pour de vraies et légitimes raisons académiques. Je ne regrette pas de l’avoir prise comme fiancée, mais… Je ne peux pas m’empêcher de penser que j’ai en quelque sorte trahi sa confiance. C’est pourquoi j’ai pensé que vous pourriez peut-être m’aider à arranger les choses, vous comprenez. »

J’avais assez bien compris. Il y avait toujours la possibilité que l’empereur dise quelque chose comme « Comment osez-vous corrompre ma petite fille ! C’est la guerre ! C’est la guerre, bon sang ! » Mais je ne m’attendais pas à ce genre de réaction de la part de la personne calme et recueillie que je connaissais.

Mais quand même, il devait voir la situation sous deux aspects. Il devait y penser comme un empereur et comme un père. Les choses s’étaient arrangées assez simplement quand je m’étais fiancé avec Lu, mais la situation était un peu différente.

« En fin de compte, vous ne pouvez pas ne pas lui dire. Il n’y a pas vraiment le choix. Vous devez juste vous ressaisir et lui raconter toute l’histoire. Je peux vous envoyer à Regulus tout de suite. »

« J-juste comme ça !? M-Mon cœur… Mon cœur n’est pas préparé ! »

« Si vous continuez à rester au même endroit, vous ne ferez jamais aucun pas en avant. N’avez-vous jamais entendu l’adage selon lequel il n’y a pas de meilleur moment que maintenant ? »

« N-Non, jamais entendu… »

Oh… Ce proverbe n’existe-t-il pas ici ? Eh bien… J’avais envoyé une lettre à travers un Portail Miroir pour organiser une visite à Regulus.

Le chevalier roi me regardait avec une légère inquiétude dans les yeux.

« Êtes-vous sûr que c’est bien ? Pouvez-vous vraiment emmener le Roi de Felsen comme ça ? »

« Ce serait dommage que l’administration de Felsen fasse comme si je l’avais kidnappé, oui… Peut-être que je devrais faire venir ici l’Empereur de Regulus ? »

« Mais alors, qu’en est-il de la sécurité de l’empereur ? »

« Aucun souci, rien de tel n’arrivera tant que je serai là. »

Naturellement, j’avais prévu de faire aussi venir leurs gardes.

J’avais demandé au roi de Felsen s’ils avaient des salles adaptées pour accueillir une petite audience. Il fit préparer une salle immédiatement par ses hommes.

Nous l’avions finalement laissé dire : « S’il vous plaît, confiez-moi votre fille ! »

Son partenaire n’était cependant pas beaucoup plus âgé que moi… Pour être franc, c’était un peu bizarre.

Le roi de Felsen s’était enfui, paniqué, désespéré de se changer en quelque chose de plus fantaisiste. Mais, pour une raison quelconque, il s’était retrouvé coincé à la porte.

« La-La porte ! La porte ! Il y a un problème avec la porte ! »

« Votre Majesté… P-Poussez la porte, ne tirez pas ! »

« Qu-Quoi !? Oh, c’est vrai ! »

Il ouvrit la porte avec une force furieuse et se mis à courir dans le couloir. Il avait l’air absolument frénétique.

« Est-ce qu’il va s’en sortir… ? »

« Hehe... Ne t’inquiète pas, c’est son petit côté agréable. »

J’avais forcé un sourire dans la direction d’Ellicia. Elle s’était confiée à propos de son amour, ce qui était bien, mais…

Je pense que vous et moi avons des critères différents pour juger ce qui est adorable, mademoiselle…

Après y avoir réfléchi un peu plus, j’avais réalisé que ces deux excentriques étaient probablement parfaits l’un pour l’autre.

***

Partie 4

« Je vois… Alors c’est ça l’histoire ? »

Le roi de Felsen et la deuxième princesse de Regulus, dont les visages étaient tout rouge, regardaient fixement le sol. Ils étaient assis devant l’empereur de Regulus.

« Si vous aviez pris ma fille comme maîtresse ou concubine, je n’aurais certainement pas réagi de la même façon… Mais un mariage légal et contraignant qui lie les destins de nos nations entre eux ? Je comprends. »

« Père ? »

« Alors vous voulez dire… »

« Je n’ai aucune raison de refuser cela, non. Mais… Touya ? »

« Oui ? »

L’Empereur tourna son regard vers moi. J’étais assis à une autre table avec le Roi Chevalier.

« Pourrais-tu utiliser ta magie pour empêcher le son de s’échapper de cette pièce ? »

« Hein ? Bien sûr… ? »

Je lançais [Silence] pour insonoriser complètement la zone. Mais je ne pouvais pas m’empêcher de me demander ce que l’Empereur voulait dire.

« C’est fait. Pas un mot ne sortira. »

« Très bien. Alors, Touya… As-tu déjà discuté de cette affaire avec le roi de Felsen ? »

Celle… affaire ? Oh, le Frame Gear volé ?

« Non. Je n’en ai pas encore parlé. Je n’ai pas vraiment pensé que c’était approprié, étant donné les circonstances. »

Personnellement, je ne pensais pas que le roi de Felsen était à l’origine du vol, mais je m’étais dit qu’il y avait encore une toute petite chance. Je n’avais pas encore pris ma décision, mais il semblerait que l’Empereur tenait à ce que nous en discutions.

« Eh bien, je dois dire que je ne peux pas permettre qu’Ellicia soit fiancée à cet homme tant que la question n’est pas résolue. Tu comprends ? »

« Eh bien… Je veux dire, je comprends, mais quand même… »

« Euh… Quel est donc le problème ? V-Vous ne nous permettez pas de nous marier ? Si j’ai fait quelque chose de mal, s’il vous plaît, dites-le-moi ! Je vais le réparer immédiatement ! »

Le roi de Felsen se leva et commença immédiatement à paniquer. Je lui avais dit de s’asseoir. J’avais commencé à lui expliquer la situation.

Je lui avais parlé de la bataille de Roadmare, du vol de pièces de Frame Gear et de la route commerciale qui menait à Felsen.

« Quoi… ? Je vous assure que ma nation ne ferait jamais une telle chose ! Nous ne tirerions jamais profit d’une telle bataille… Je vous en prie, croyez-moi ! »

« Nous vous croyons. Je ne pense pas que vous en soyez personnellement responsable. Mais nous croyons que les coupables vivent dans cette nation. Avez-vous une idée de qui pourrait être derrière tout ça ? »

Cette fois, Reinhard s’était levé pour rassurer l’homme. Cela semblait fonctionner. Ce qui était important, c’était que le roi ne pensait pas que nous le suspections.

En réponse, le roi de Felsen se mit à caresser sa barbe et à penser tout seul.

« Si je devais penser aux gens qui veulent utiliser les technologies anciennes… mon esprit se tournerait immédiatement vers Gordien, l’Ordre doré… Peut-être… ? »

« C’est quoi ce gordien ? »

Je m’étais soudainement interposé, car ce mot m’était venu à l’esprit. Après tout, j’avais entendu parler du nœud gordien dans mon propre monde.

« Felsen est le royaume magique parce que nous faisons des recherches sur toutes sortes de techniques magiques. Cependant, il existe aussi de la magie que la société qualifierait de tabou… »

« La magie taboue… ? »

« En effet. La magie taboue comprend les malédictions incassables et la magie sacrificielle qui peuvent provoquer des catastrophes de grande ampleur. C’est une forme de magie qui ne peut mener qu’à la ruine. D’où le nom, tabou. Interdit. »

Malédictions et cataclysmes, h-huh… ?

« Felsen interdit explicitement la recherche de la magie taboue, mais il y a toujours ceux qui s’y adonnent. Ces gens tentent de faire revivre des techniques anciennes et de les utiliser, à l’abri des regards. C’est le but de Gordien, l’Ordre doré. »

« Je crois que je comprends… Donc vous dites que ces gars sont les plus susceptibles d’avoir pris le Frame Gear de Touya ? »

« Peut-être, mais tout ce que je peux faire, c’est de le supposer. Leur but n’est pas seulement de faire revivre des techniques taboues, mais aussi de recréer des artefacts puissants et dangereux de l’ancien monde. On m’a dit que leurs membres comprennent des mages, des artisans, des ingénieurs, des marchands et d’autres types de chercheurs. »

L’empereur de Régulus et le roi de Felsen se firent un signe de tête en parlant l’un à l’autre. Pendant ce temps, je commençais à me sentir un peu mal à l’aise.

La raison en était simple… Je… peux utiliser la magie taboue, j’en ai même beaucoup…

Après tout, la bibliothèque de Babylone contenait beaucoup de ces anciens tomes.

Je n’avais pas réalisé à quel point ces livres étaient dangereux… J’avais même utilisé certains de ces sorts… En plus, j’avais aussi maudit des gars…

J’avais décidé de ne rien dire. Je savais qu’il valait mieux que je me la ferme et que je sois à l’affût de tout ce qui était inhabituel dans mes propres recherches sur la magie. Une grande partie de moi pensait cependant qu’il était un peu trop tard pour être prudent à ce stade.

Pourtant, les sorts cataclysmiques que je connaissais n’exigeaient pas de faire des sacrifices. Ils nécessitaient une quantité monstrueuse de pouvoir magique, c’était certain, donc ils ne pouvaient pas être utilisés normalement à moins que des milliers de personnes ne les canalisent en même temps. Dans une telle foule, il ne serait pas surprenant que quelques personnes s’effondrent d’épuisement à cause de la magie. J’avais eu l’impression que les gens avaient probablement exagéré ces histoires au fil des ans, donnant aux sorts la réputation moderne qu’ils avaient maintenant. Pourtant, ils étaient certainement assez forts pour faire couler de petites îles.

« Touya, peux-tu utiliser ta magie de pistage pour trouver les membres de cette organisation gordienne ? »

« Seulement si je connais leurs visages… Sinon, il faudrait que ce soit des traits que je puisse reconnaître d’un seul coup d’œil. »

J’avais répondu rapidement à la question de l’empereur. La question principale était de savoir combien de barrières magiques ils avaient à Felsen. Même les maisons ordinaires en avaient des rudimentaires. Ce n’était pas non plus comme si je pouvais faire du porte-à-porte, et je ne savais même pas si le coupable se trouvait réellement dans la région.

« Je pense qu’il sera difficile de les trouver. Ils ne se déplacent pas à l’air libre parce qu’ils ont été surveillés de près à un moment donné. Ou plutôt, il serait plus approprié de dire que Gordien… l’Ordre doré… a déjà été détruit dans le passé. »

« Que voulez-vous dire par là ? »

« Il y a vingt ans, Gordien fit une tentative audacieuse de ressusciter d’anciens rituels tabous. Mais mon grand frère, Leold Frost Felsen, donna sa vie pour les empêcher d’acquérir trop de pouvoir. Cela avait été officiellement rapporté comme un accident magique aux autres nations, mais… la vérité est que mon frère est mort dans la bataille avec Gordien. Ils se sont fait exploser et ils ont pris sa vie avec la leur. »

« Le défunt roi y est allé seul ? »

Reinhard s’était exprimé de manière curieuse. Je pouvais comprendre pourquoi il s’interrogeait. Je ne voyais pas pourquoi le dirigeant d’un pays se rendrait directement dans un endroit aussi dangereux. C’est typiquement quelque chose qu’on laissait à ses gardes.

« Eh bien, pour vous dire la vérité… le responsable de Gordian était un ami proche de mon grand frère. Il ne s’attendait pas à ce qu’un homme qu’il considérait comme un membre de la famille soit à la tête d’un ordre aussi maléfique… Mon frère était un homme ayant un fort sens de la justice. Il voulait probablement corriger les erreurs dont il se sentait responsable. »

Je pouvais sentir la tristesse dans sa voix. Ellicia le regardait avec des yeux tristes. Je pouvais certainement sentir l’amour et l’inquiétude qu’elle avait pour lui… mais j’avais toujours l’impression qu’ils étaient plus comme un parent et un enfant.

« Mais attendez… si vous croyez que Gordien a ressuscité, alors qui pourrait être à leur tête ? »

« Qui, eh bien... Une seule personne me vient à l’esprit. Je ne sais pas où il est en ce moment ni ce qu’il a fait de sa vie… »

« Qui ? »

« Galzeld Goldie. C’est le fils de l’ancien chef gordien, Garland Goldie. »

« Le fils, hein… ? Il ne serait pas improbable qu’il succède à son père. »

Toute l’idée d’une société dédiée à la résurrection des artefacts et des sorts tabous… Honnêtement, c’était un peu bizarre pour moi.

L’ancien Ordre doré avait peut-être ce genre d’objectif, mais… Il y avait un sentiment étrange au fond de mon esprit qui me disait que ce néo-gordien ne travaillait pas dans le même sens. Ce n’était cependant qu’un simple jugement personnel.

Je murmurais en moi-même, alors l’empereur de Regulus prenait la parole.

« Rien ne peut sortir de cette discussion si nous ne savons rien de l’ennemi. Cependant, je crois qu’il est dans votre intérêt de vous préoccuper de ces individus dans votre nation. »

« Oui, vous avez raison… Felsen les surveillera, je vous le promets. Si j’entends quoi que ce soit, je vous le ferai savoir. »

J’avais donné trois miroirs portail au roi de Felsen au cas où il aurait besoin de nous contacter d’urgence. Grâce à eux, il pourrait envoyer des messages à Brunhild, Regulus ou Lestia. J’avais aussi donné à l’Empereur et au Roi Chevalier des Miroirs portails correspondants.

Les objets que j’avais distribués attirèrent l’attention de la princesse Ellicia. Elle ne cessait de faire passer des papiers et s’émerveillait chaque fois qu’ils revenaient.

Que faites-vous ? Je n’avais pas le droit d’être trop surpris, puisqu’elle est venue à Felsen à la recherche de connaissances magiques.

« Très bien… Maintenant que j’ai la permission de tout le monde, je commence la mise en place des ponts ? »

Je fis connaître mes intentions aux autres.

« Oui, mais… Je sais que c’est audacieux de ma part de demander, mais… ça ne prendra vraiment que trois jours ? »

Heh… Je suppose qu’il a vraiment eu du mal à y croire.

L’île d’Enlush était en plein milieu de la mer du Rondo, et elle grouillait de monstres. Heureusement, le courant n’était cependant pas trop fort. Mon plan était de remonter le fond de la mer dans des zones stratégiques clés et de faire en sorte que ces piliers servent de fondations. Ensuite, j’utiliserais Babylon pour faire passer les pièces du pont afin de les construire.

Les ponts seraient très longs, donc je m’étais dit que je devrais aussi y placer quelques aires de repos, donc j’ajouterais des zones où le pont serait un peu plus large. De cette façon, ils pourraient installer des stations avec de la nourriture et autres. Si les pays y plaçaient des gardes, ils pourront maintenir la paix le long des routes commerciales. L’installation de toilettes serait probablement aussi une bonne idée.

Franchement, je voulais que les trains puissent circuler le long de ces voies, mais ce n’était pas à l’ordre du jour. Mais j’allais certainement faire en sorte que les ponts soient suffisamment larges pour permettre l’installation de voies ferrées à l’avenir.

Très bien, mettons les fondations en place pour l’instant. Je devais aussi faire quelque chose au sujet des monstres et des bêtes magiques, j’avais donc décidé d’y travailler pendant que l’Atelier préparait les pièces du pont.

Ce n’était pas comme lors de la fondation de Brunhild, je ne pouvais pas les tuer tous. De plus, il y en avait des tonnes.

Je m’étais dit que la meilleure chose à faire serait d’en déplacer plusieurs dans mes donjons, et de mettre le reste sur l’île Dragoness. Les Dragons seraient probablement reconnaissants pour la nourriture, et cela les empêcherait de se déplacer vers d’autres territoires. Mais la moitié d’entre eux avaient été tués par des membres de mon ordre de chevaliers, ils n’avaient donc probablement pas trop souffert pour les ressources.

Bon, au travail !

***

Partie 5

« I-Incroyable… »

« Pas possible… »

Les dirigeants de Lestia, Roadmare, Ryle et Felsen étaient tous réunis au bord du pont. Ils regardaient fixement l’horizon apparemment sans fin avec des bouches grandes ouvertes.

Cela faisait trois jours que j’avais commencé. Les ponts étaient tous terminés dans les délais prévus. Tout le monde s’était rassemblé à Lestia pour l’inauguration.

« J’ai amélioré les matières premières que vous avez tous fournies et je les ai utilisées pour les ponts. Ils sont extrêmement robustes, ils devraient donc pouvoir supporter le temps et les intempéries. »

« Combien d’années pensez-vous qu’ils vont durer ? »

« Je ne sais pas exactement, mais je pense qu’ils devraient tenir pendant un millier d’années environ. »

« Mille… !? » Le doge Audrey regardait avec incrédulité.

Le pont de pierre devant nous était très solide et il était construit avec une arche simple. J’étais absolument certain que même plusieurs mages tirant un barrage de magie d’[Explosion] sur lui ne le feraient pas s’effondrer. Après tout, j’avais pris grand soin de le renforcer.

J’avais téléporté tout le monde sur l’aire de repos, qui était une grande zone qui s’étendait dans toutes les directions. Il y avait diverses structures, dont des bancs, des toilettes et des petites maisons.

« Il y a des aires de repos comme celle-ci tous les quelques kilomètres. Vous pouvez facilement y installer des vendeurs de nourriture et de boissons. Si vous y postez des gardes, les voyageurs devraient pouvoir se détendre et se reposer aussi. »

« Effectivement, les voyageurs et les commerçants vont après tout payer pour le traverser. Il est peu probable que nous ayons des voleurs ou des bandits, mais les gardes devraient patrouiller pour éviter les disputes. »

Le roi de Felsen acquiesça légèrement. Chacun emmena ses gardes personnels et se promena librement dans l’aire de repos. Il y avait aussi de petites parcelles d’arbustes et de fleurs ici et là. J’avais aménagé le tout dans un look naturel et réconfortant.

Une fois que tout le monde avait fini, je les avais tous emmenés sur l’île d’Enlush.

« Voyez-vous ça en bas ? Je n’ai pas mis des pierres dans le sol sans raison. Ces bornes en pierre marquent les limites territoriales. Cet endroit appartenait à Lestia, mais maintenant tout le monde en a un morceau. J’ai placé ces marqueurs ici pour désigner les différents territoires, alors ne l’oubliez pas. »

J’avais projeté une carte en l’air et j’avais montré une image de toute l’île. Ils étaient bien sûr libres de construire des colonies sur leur propre territoire. C’était leur terre. Je n’avais pas vraiment envie de m’immiscer dans ces affaires. S’ils construisaient des colonies, ou s’ils combinaient les quatre en une seule grande colonie, alors cela n’avait rien à voir avec moi. Mais je pensais que ce serait bien s’ils pouvaient faire un centre d’échanges.

« N’y avait-il pas beaucoup de bêtes magiques féroces sur l’île d’Enlush… ? »

Le roi de Ryle jeta un regard nerveux sur les lieux pendant qu’il parlait. C’était un homme petit et gros, avec une longue barbe blanche. Je me souvenais d’avoir été informé qu’il était partiellement nain. Lorsque j’avais imaginé un homme nain dans mon esprit, cela me fit apparaître l’image d’un homme rustique et têtu qui travaillait bien avec ses mains et qui pouvait boire sous la table. Le roi de Ryle, cependant, était complètement différent. Il était gentil, doux, ne supportait pas l’alcool et était assez maladroit.

Je n’avais jamais rencontré de nains dans ce monde, mais j’avais entendu dire que beaucoup d’entre eux vivaient à Ryle. Ceux-là, m’avait-on dit, correspondaient davantage à l’image traditionnelle que j’avais à l’esprit. J’avais vraiment envie de les rencontrer un jour.

« J’ai éliminé à peu près toutes les bêtes magiques de l’île d’Enlush. Celles qui restent ne sont pas très menaçantes. »

« Toutes… éliminées ? »

« J’ai téléporté la plupart d’entre elles vers une île pleine de dragons. Elles sont probablement en train d’être mangées en ce moment même. »

Le roi de Ryle secoua la tête, incrédule.

L’absence de bêtes magiques sur l’île avait peut-être eu un impact négatif sur l’écosystème, mais c’était mieux que de voir la vie des gens menacée. J’avais aussi convoqué un Kraken et l’avais lâché dans la mer de Rondo, pour que les eaux environnantes soient sûres.

« Hm… Eh bien, puisque les quatre dirigeants sont ici… Allons-nous discuter des accords commerciaux de base et des montants des péages ? Je suis sûr que ça ne nous prendra pas beaucoup de temps. »

« Oh, si vous faites ça… Je vais vous chercher une table et des chaises, si vous voulez bien m’excuser. »

« Merci. Désolé pour le dérangement. »

Le doge Audrey fit un sourire d’excuse, mais je lui avais dit de ne pas s’en faire. J’avais sorti un ensemble de chaises et une table de mon [Stockage]. Les quatre s’étaient assis et avaient commencé à travailler sur leurs projets de commerce et de construction sur l’île. J’avais enfin du temps libre pour moi, mais ce n’était pas comme si je pouvais rentrer chez moi, puisqu’il fallait aussi les ramener dans leurs nations respectives.

J’avais eu une idée. J’avais gardé entre autres de la viande de dragon dans mon [Stockage]. J’avais décidé de préparer le déjeuner pour tout le monde.

J’avais sorti les ingrédients, un petit support de cuisson et les ustensiles. Je m’étais dit que j’allais juste faire des brochettes de dragons.

J’avais coupé la viande de dragon en tranches et j’avais mis les morceaux sur quelques brochettes avec des légumes. Ensuite, j’avais appliqué de l’assaisonnement à base de sel et de poivre, et j’avais étalé les assiettes. J’avais ensuite sorti un set de barbecue et j’avais allumé le charbon de bois à l’intérieur. Après cela, il ne me restait plus qu’à faire tenir le grillage.

J’avais décidé de sortir un autre plat juste après. La spécialité de Mismede, le curry. Ils l’appelaient cully, mais… C’était à peu près la même chose. J’avais demandé à Créa de me le cuisiner plus tôt. En fait, c’était un mois plus tôt, mais le temps était bloqué dans mon espace de [Stockage], il était donc encore frais.

Quoi qu’il en soit, j’avais continué à le préparer jusqu’à ce que je puisse créer mon opus magnum… Le repas de luxe de Mismede-Eashen, le riz au curry. J’en avais préparé deux types, épicé et sucré. Le cully de Mismede était après tout super épicé par défaut.

J’avais finalement préparé quelques pichets d’eau fruitée… J’aurais aimé avoir des cornichons, mais il n’y en avait pas dans les environs.

« Euh… Touya ? »

Je m’étais retourné quand Reinhard m’avait appelé, et j’avais vu qu’ils me regardaient tous.

« Tu fais quelque chose… Ça a l’air vraiment bien, qu’est-ce que c’est ? »

« Je me suis dit que j’allais préparer le déjeuner pour tout le monde. C’est de la viande de dragon grillée avec du riz au curry. Vous avez déjà fini de parler ? »

« Eh bien… pas vraiment… on dira plutôt qu’on est arrivée à une conclusion après t’avoir vu. Nous avons mis au point quelques éléments de base… Mais, euh, c’est quoi ce “riz au curry” dont tu parles là ? »

« Oh, c’est la fusion d’Eashen. J’ai combiné le riz d’Eashen avec le cully de Mismede. C’est beaucoup plus doux, donc les gens qui ont une faible tolérance aux épices peuvent aussi en profiter. »

J’avais servi une portion du riz au curry sucré et je l’avais mise dans une assiette. Ensuite, je l’avais remis à la garde personnelle du Doge Audrey, le Chevalier Commandant Limit.

Je ne l’avais naturellement pas donné à Audrey elle-même. Cette nourriture avait été préparée par un roi étranger, il fallait donc en tester le goût.

Elle l’avait ramassé avec une cuillère et sourit largement.

« C’est incroyable… J’ai déjà mangé du cully à Mismede, mais c’était vraiment beaucoup plus épicé… J’aime vraiment cette version-là. »

« Ne vous inquiétez pas, les gars. Il y en a assez pour tout le monde. Vos gardes aussi. »

J’avais sorti une tonne de tables et de chaises de mon [Stockage]. J’avais continué à faire griller d’autres brochettes de dragons sur le barbecue, et tout le monde s’était assis pour prendre son nouveau repas.

« Mm ! Super bouffe ! »

« Incroyable… Ce n’est qu’un peu épicé, j’aime ça. »

« Mmh… Ça ne me dérangerait pas d’avoir ça à la maison… »

« Touya, tu as la recette… ? »

« Ce n’est pas difficile à faire, mais pour le moment, on ne peut obtenir le riz qu’à Eashen. Je compte bientôt en cultiver moi-même à Brunhild. »

Il semblerait que le riz au curry ait eu un grand succès. Leyahsu m’avait donné une tonne de riz en remerciement de mon aide, mais je voulais vraiment commencer à en cultiver moi-même.

Tout le monde avait fini ses portions, puis était même allé en chercher d’autres ! Il y en avait heureusement plus qu’il n’en fallait.

De plus, ils semblaient tous aussi aimer les brochettes. Mais je n’avais fait que faire cuire la viande et ajouter un peu d’assaisonnement… Ce n’était même pas moi qui avais préparé le curry…

J’avais donné à tout le monde la recette et quelques sacs de riz et d’épices pour qu’ils puissent en faire pour leur famille. Ils semblaient satisfaits de la nourriture, alors j’étais satisfait aussi. Cela allait probablement finir par augmenter la demande de riz et d’épices sur le marché mondial. En vérité, le curry était une chose magnifique.

***

Interlude 2 : Les filles de Babylon

Partie 1

« Goo-goo… Ga-ga… »

Je berçais le prince Yamato dans mes bras, alors qu’il tendait les mains et marmonnait de façon incompréhensible.

« Il est définitivement devenu plus lourd. »

« Les enfants grandissent vite. Il ne fera que grandir avec le temps. »

Le roi de Belfast fit un large sourire en regardant son fils babiller joyeusement dans mes bras. La reine Yuel, qui était assise à côté de lui, sourit avec ironie.

Le fait de tenir le bébé dans les bras m’avait vraiment fait comprendre à quel point il était adorable. J’étais fiancé, j’avais donc beaucoup de beaux-frères et belles-sœurs, mais ce bébé était le seul qui était plus jeune que moi.

Il y avait beaucoup d’enfants plus jeunes chez Elze et Linze, mais techniquement, c’était mes cousins.

« Il est si mignon. J’ai tellement envie d’avoir un petit frère ou une petite sœur. », chuchota Sue en regardant du côté de Yamato.

Ses parents, le Duc Ortlinde et Dame Ellen, détournèrent maladroitement le regard. L’innocence pouvait certainement être cruelle.

Puis, j’avais remis le prince Yamato à Yumina, qui attendait patiemment de le recevoir. Berçant son petit frère, Yumina se mit à le tenir dans ses bras.

« Yamato. C’est moi, ta grande sœur. »

Sa famille ne venant pas souvent, elle craignait probablement qu’il ne l’ait oubliée. Cependant, elle n’avait pas à s’inquiéter. Il souriait plus largement que dans mes bras.

« Dans quelques années, vous pourriez bien tenir votre propre enfant dans vos bras comme ça. »

« Le petit Yamato sera un oncle avant qu’il ne le sache. Ou du moins, je l’espère. »

« Hahaha, en effet… »

J’avais ri à gorge déployée, en essayant d’éviter les paroles suggestives du couple royal.

Mais qu’est-ce qu’ils disent !? Yumina s’était retournée, faisant semblant de ne pas avoir entendu ce qu’ils disaient, mais elle était visiblement rouge jusqu’aux oreilles.

« Je vais aussi porter l’enfant de Touya ! Et si ça finit par être une fille, elle peut être la mariée de Yamato ! », proclama fièrement Sue tout en s’accrochant à moi avec joie.

As-tu une idée de ce que tu dis !? Tu ne peux pas promettre à un enfant qui n’est même pas encore né de se marier !

« … Hmm. En fait, ça n’a pas l’air trop mal. La famille Belfast serait incluse dans la lignée de Touya… Bonne idée, ça. »

Le roi marmonna pour lui-même.

Hein ? Il est d’accord avec ça !? Je m’étais alors demandé ce qu’il adviendrait de leur relation si cela arrivait. Yamato était le cousin de Sue, donc cela voudrait dire qu’il allait épouser l’enfant de sa cousine. Le mariage de cousins ne m’étant pas inconnu, je m’étais donc dit que ce ne serait pas si mal. Dans mon cas, ce serait mon beau-frère qui épouserait ma fille, et du point de vue du roi, ce serait son fils qui épouserait le petit-fils de son jeune frère. C’était un peu compliqué pour moi.

Le plan était que j’épouserais tout le monde quand j’aurais dix-huit ans, mais je ne pouvais pas m’empêcher de me demander ce que je ferais pour Sue. Se marier avec une fille de douze ans était un peu problématique. Je tiendrais évidemment ma promesse et je l’épouserais, mais il faudrait attendre quelques années. Attends, mais elle serait la seule à être laissée de côté…

« Il faudra encore quatre, peut-être cinq ans avant que tu puisses accoucher, Sue. Et ce genre d’écart d’âge n’est pas un problème si important… Hmm. »

« Hé là. Et si tu arrêtais tout de suite ? Ça ne sert à rien de penser aussi loin. »

« Oops, haha. Je ne faisais que plaisanter. »

Réprimandée par la reine, Sa Majesté avait souri en s’excusant.

Non, ce n’était certainement pas une blague. Il était sérieux. Totalement sérieux.

« Fwah... Gwah… Mah… »

« Oh ? Maman, je crois que Yamato a sommeil. »

« Voyons voir… Oui, il semblerait que ce soit le cas. Très bien, c’est l’heure de la sieste. »

Prenant son enfant des mains de Yumina, la reine le mit dans un lit se trouvant dans une chambre adjacente. Yumina la suivait avec Ellen et Sue.

Comme il ne restait plus que les hommes dans la chambre, le duc baissa la voix et chuchota pour moi.

« Ah, Touya… À propos de cette affaire… »

« Oh oui. J’ai vérifié que l’utilisation est sans danger, et il semble que tout va bien. C’est assez puissant, alors assure-toi de n’en prendre qu’un par jour, d’accord ? En prendre trop ne changera rien à l’effet et tu seras léthargique le lendemain à cause de l’excès de mana. » J’avais prévenu le duc en lui remettant un flacon rempli de pilules. J’avais souhaité qu’il n’ait pas à s’en remettre à eux. Quand je lui avais dit cela, le duc répondit que la jeunesse peut vraiment être une chose amère. Je m’étais demandé ce qu’il voulait dire.

« Qu’est-ce que c’est ? », demanda Sa Majesté en remarquant notre conversation.

Ce n’était pas un grand secret à cacher à un autre homme, mais dire la vérité était un peu trop gênant.

« Oh, c’est, euh… ce qu’ils appellent, une médecine énergisante… Pour faire simple, c’est un aphrodisiaque. »

« Quoi !? »

« Sssh ! Pas besoin de crier, mon frère ! »

Le duc couvrit la bouche de Sa Majesté. Si les dames entendaient cela, il aurait une honte sans fin. Surtout que la fille du roi était là.

« L’autre jour, le duc me posa une question et me demanda si je pouvais l’aider, j’avais donc demandé à Flora de le faire pour lui. Nous l’avons testé en offrant des échantillons aux clients d’un bordel, et c’était assez efficace. Ils ont pu le faire une multitude de fois… »

« J’ai… C’est vrai… A-Al ! Partages-en avec moi ! »

« Tu n’en as pas besoin, mon frère ! En revanche, je dois produire l’héritier d’Ortlinde ! »

« Parlez moins fort ! Silence ! Il y a une autre bouteille ! »

« Taisez-vous ! »

On entendit des cris de colère depuis l’autre pièce. Comme je m’y attendais, nous les avions irritées…

Les deux hommes, par contre, tenaient les bouteilles avec excitation et souriaient largement. Je ne comprenais toujours pas pourquoi tout ce remue-ménage.

« Cela fait longtemps que je n’ai pas visité la capitale de Belfast. »

Je m’étais promené dans la capitale royale avec Yumina à mes côtés. Je n’y avais même pas passé un an, mais c’était pourtant un endroit très nostalgique pour moi. Après tout, c’était là que j’avais acheté mon manteau omnirésistant,

Yumina marchait à mes côtés dans sa tenue d’aventurière. La tenue était plus confortable pour elle, et elle n’avait pas besoin de s’habiller comme ça à Brunhild. Elle s’y était donc aussi habituée.

Après tout, notre pays n’avait rien qui puisse être comparé à la noblesse. J’étais évidemment le grand-duc, mais j’étais plutôt une sorte de président d’association de quartier.

« Ça fait longtemps qu’on n’a pas eu l’occasion d’être ainsi. »

« Vraiment ? Je suppose que oui… C’était assez mouvementé ces derniers temps. »

Je m’étais promené dans les rues de la capitale royale avec Yumina. J’étais un peu gêné, car ses bras étaient collés aux miens.

Nous étions très occupés ces derniers temps, j’avais dû par exemple aller à Eashen pour vaincre un dieu servile, j’avais aussi construit un pont à Felsen. Je racontais à Yumina tout ce qui s’était passé, mais…

« Je pense qu’il n’y a que toi qui aies fait le tour du monde comme ça, Touya. Je me sens en fait un peu seule. »

« Je suis désolé. Je veux aussi passer autant de temps que possible avec vous toutes. »

« Je sais cela. Alors même si je me sens un peu mal pour les autres filles, tu ne seras rien qu’à moi pour toute la journée. »

Cela dit, nous avions du travail à faire.

En marchant le long de la route, j’avais vu plusieurs personnes à bicyclette. Les vélos étaient devenus très populaires dans la capitale royale. Ils étaient encore assez chers, seuls quelques citoyens aisés pouvaient se les payer.

Nous avions trouvé notre objectif à un coin de la route principale. Le café de lecture, « Lecteur Lunatique ». En entrant, nous avions été accueillis par la préposée, Wendy.

« Bienvenue… Oh, patron ! Ça fait trop longtemps ! »

« A-Attends, Wendy! C’est un monarque, tu ne peux pas l’appeler comme ça ! »

La directrice, Sylvie, l’avait grondée, mais je lui avais assuré que cela ne me dérangeait pas. Être appelé Grand-Duc ici serait très gênant.

« J’ai demandé à la société d’Olba de s’occuper de l’achat de nouveaux livres. Est-ce que ça se passe bien ? »

« Il a fallu du temps pour les recevoir, mais on n’a rencontré aucun problème. »

Tous les livres étaient imprégnés du sort [Paralysie] pour éloigner les voleurs et les cambrioleurs. Cela dit, Sylvie se dirigea vers l’arrière du comptoir, vers un appareil qui ressemblait presque à une photocopieuse. Il avait été programmé pour appliquer le sort [Paralysie] à tous les livres achetés.

« Les livres se vendent bien, et notre cuisine a aussi acquis une bonne réputation ces derniers temps. »

Comme l’avait dit Wendy, le Lecteur Lunatique semblait bien se porter. Pour être franc, même si le café ne gagnait pas beaucoup d’argent, cela ne me dérangerait pas trop, car cet endroit était un peu comme un passe-temps pour moi. Néanmoins, entendre que les affaires étaient florissantes me rendait heureux.

« Oh, j’ai apporté de nouveaux livres. J’ai pris quelques titres populaires de Felsen, Roadmare, Lestia et Lyle. Mais ils sont assez difficiles à trouver par ici. »

« Wôw, merci beaucoup ! »

Les livres que j’avais sortis du [Stockage] s’étaient empilés sur le comptoir. Et comme toujours, il y avait aussi des livres « destinés aux femmes ».

Après cela, j’avais dit bonjour à tout le monde, j’avais ajusté les sièges inclinables du magasin et j’avais laissé le Lecteur Lunatique derrière moi.

Nous avions terminé nos courses, j’avais donc passé le reste du temps à traîner avec Yumina.

« Cet endroit est vraiment énorme comparé à Brunhild. »

« Effectivement. Mais plus une ville est grande, plus il y a d’endroits qui sont hors de vue. »

C’était certainement vrai. Les hors-la-loi et la vilenie pouvaient prospérer dans des endroits qui échappaient au regard de la loi. Cette pensée me fit penser qu’il était peut-être grand temps que je commence à renforcer les rangs de l’ordre des chevaliers de mon pays.

Hm… ?

« Qu’est-ce que c’est ? »

Je m’étais arrêté devant un certain magasin, et Yumina m’avait appelé. Devant moi, il y avait une affiche collée sur la vitrine du magasin.

« Un spectacle d’amour et d’aventure ! L’histoire épique du héros Toyya, qui a défié le mortel Dragon noir pour sauver la princesse Yuina… Le grand succès de Refreese, qui vous est livré à grande échelle, arrive enfin à Belfast… Touya, n’est-ce pas… ? »

L’affiche était une publicité pour une pièce de théâtre exagérée et dramatique. Je pensais que c’était juste une coïncidence, mais en lisant les noms, je m’étais rendu compte que je n’imaginais pas des choses.

« Regarde ici, Yumina. »

« Qu’est-ce que c’est… ? Scénario de Lil Refres, auteur de L’Ordre de la Rose… Ah ! »

Yumina avait été choquée.

Lil Refres? La personne derrière ce nom de plume n’était sûrement autre que la première princesse de l’Imperium Refreese, Reliel Rehm Refreese ! La princesse perverse elle-même.

« Cette petite… Je n’arrive pas à croire qu’elle nous ait utilisés comme matériau pour son histoire. »

« Il s’agit de nous, n’est-ce pas Touya ? À en juger par la publicité, ça ressemble à une histoire parfaitement normale… »

Je n’en sais rien. C’est un peu suspect. Je parierais qu’il y a de beaux épéistes ou quelques ducs dandy dedans. Eh bien, je suppose que je vais devoir le voir pour le savoir. Selon le contenu, nous pourrions devoir leur interdire de faire de nouvelles représentations.

La prochaine représentation dans le théâtre de la capitale était dans une vingtaine de minutes.

***

Partie 2

« D’accord, allons voir ça. »

« Bien sûr, ça fait un peu bizarre, mais ça devrait être amusant. »

Oui, regarder une pièce de théâtre qui s’inspire ouvertement de vous était étrangement déconcertant. Pourtant, tant que mon nom n’était pas traîné dans la boue, je me moquais de savoir si l’histoire était intéressante ou non.

J’avais passé les deux heures suivantes à regarder la pièce avec Yumina. Heureusement, mes inquiétudes n’étaient pas fondées, et c’était une histoire assez moyenne. Bien que, bien sûr, elle était assez éloignée de ce qui s’était réellement passé.

Je n’avais pas combattu le Dragon noir en tête-à-tête, et Yumina s’était réfugiée dans le palais de Belfast. Ce n’était pas tant une dramatisation qu’une toute nouvelle histoire. Autant que ce ne soit pas moi, mais un autre héros. Le type qui jouait le rôle de Toyya était cependant vraiment beau. Et la fille qui jouait la princesse Yuina était mignonne, mais loin d’être aussi mignonne que Yumina.

C’était une histoire pleine d’aventures déchirantes et de romance excitante. Dans l’ensemble, ça valait vraiment la peine d’être regardé. À la fin de la pièce, le public avait beaucoup applaudi. Il semblerait que cette princesse pourrie pouvait écrire une histoire décente après tout. Étonnant. Vraiment étonnant.

Il faisait déjà nuit quand nous avions quitté le théâtre, et les étoiles avaient déjà commencé à pointer dans le ciel.

« C’était vraiment amusant ! Surtout la scène où il se confesse à la princesse avant de combattre le Dragon Noir ! Je retenais mes larmes ! »

Ayant entendu Yumina dire cela, j’avais imité le héros de la pièce et m’étais agenouillé devant elle, prenant sa petite main dans la mienne. Yumina avait été choquée par mon geste soudain.

« Quoi qu’il arrive, je m’engage à te protéger et à devenir ton épée et ton bouclier. Alors, s’il te plaît, fais-moi la grâce de ton sourire. Je ne connaîtrais pas de plus grande joie que de t’avoir à mes côtés, souriante. Mon amour est le tien. Maintenant et pour toujours. »

J’avais récité la tirade du héros. Je m’en étais peut-être un peu mal souvenu, mais ça sonnait bien.

J’avais levé les yeux vers Yumina, pour ne trouver que des larmes dans ses yeux.

Quoi, hein !? Est-ce que j’ai dit quelque chose qui l’a bouleversée ? Je m’étais empressé de m’excuser, mais Yumina secoua la tête et essuya ses larmes.

« C’est bon. J’étais juste heureuse d’entendre ces mots venant de toi, Touya… »

O-Oh. Dans ce cas, c’est bien. J’ai eu peur pendant une seconde.

Mais utiliser les répliques d’une pièce pour la faire pleurer me semblait honnêtement un peu pathétique. J’aurais dû exprimer mes propres sentiments à la place.

« Ces mots… sont ce que je ressens vraiment pour toi. Je veux toujours que tu souries, Yumina. Au début, c’était un peu ambigu, mais maintenant je peux le dire avec certitude. Je t’aime vraiment, Yumina. S’il te plaît, reste à mes côtés. Je veux que nous soyons ensemble pour toujours, toujours souriants. Je suis si reconnaissant de t’avoir rencontrée. Je te remercie beaucoup. »

« Touya… »

Yumina s’était accrochée à moi. Tout en serrant doucement son petit corps, je m’étais baigné dans la joie. Ces filles étaient mon trésor. Je ne pardonnerais à personne de leur faire du mal. J’avais donc juré de les protéger avec tout ce que j’avais.

Après nous être enlacés un moment, nous nous étions naturellement embrassés, puis nous nous étions souri.

« Rentrons à la maison. »

« Oui. »

Nous étions ainsi rentrés sous un ciel nocturne, main dans la main.

◇ ◇ ◇

Le lendemain…

« Tu es donc sorti avec ta fiancée et tu as complètement oublié ma demande. »

« Tu as raison. Je suis désolé. »

Nous étions dans la bibliothèque de Babylone. Fam était assise sur une chaise, et devant elle, il y avait moi, m’excusant à genoux.

Elle n’était pas visiblement en colère, mais elle me faisait subir une certaine pression qui ne m’avait pas permis de dire un mot.

« Et pendant ton rendez-vous, ta tête était pleine de pensées cochonnes, n’est-ce pas, Maître ? Dans ces conditions, je suppose qu’il est logique que tu oublies. »

« Ce n’est pas ça ! »

Cesca, qui se tenait à côté d’elle, nous avait servi du thé.

Et d’abord, qu’est-ce que tu peux bien foutre-là !?

D’un autre côté, il était vrai que j’avais oublié cette promesse, alors je m’étais excusé auprès de Fam.

« Je l’achèterai la prochaine fois, je te le promets. »

« Je ne peux pas attendre aussi longtemps. »

Elle m’avait abattu immédiatement. Je savais que c’était tout à fait le genre de fille, mais elle n’avait vraiment rien pour elle en termes de compétences sociales.

Elle m’avait fait promettre que je lui apporterais ses livres, mais apparemment, elle avait trop hâte. Maintenant, elle ne me pardonnerait pas.

Cela devait être identique au fait que vous vous attendiez à ce que les livres que vous aviez commandés vous soient livrés, mais qu’ils aient été retardés et ne soient pas arrivés à temps. Je pouvais comprendre son irritation.

« En tant que tel, j’attends que le Maître m’accompagne aujourd’hui. Nous irons faire des courses. Nous allons acheter au moins un millier de volumes aujourd’hui. »

« Mille !? »

« Je fais référence à dix séries de titres qui comptent plus d’une centaine de volumes. Ce n’est pas beaucoup, numériquement parlant. »

Attends, hein ? Vraiment ? En y réfléchissant bien… Quand je considère qu’il y a certainement plus de dix séries de manga qui ont plus de cent volumes dans mon ancien monde, ça ne semble pas si étrange.

Je n’avais pas d’affaires urgentes à régler ce jour-là, alors ça ne me dérangeait pas d’aller faire du shopping. Mais n’était-ce pas la première fois que Fam quitte la bibliothèque ?

« Je vois. Impressionnant, Fam. Tu vas avoir un rendez-vous avec le Maître. Je ne peux pas laisser passer cette chance. Je t’accompagnerai aussi, Maître. »

« Hein ? Pas question, tu viens aussi… ? »

J’ai un mauvais pressentiment à propos de tout ça…

« Ah, tu ne serais pas satisfait avec moi seule. Très bien alors, appelons les sœurs. »

« Attends. Cela ne fera qu’aggraver le désordre, alors s’il te plaît, ne le fait pas. »

« Je crains que ce ne soit trop tard. Tant que nous sommes à Babylone, nous sommes continuellement en liaison, partageant toute information te concernant, Maître. Les sœurs ont déjà été informées. »

Quel genre de système est-ce donc ? ! Je commence à avoir peur, là !

« Il semble que Noël de la Tour et Liora du Rempart se soient abstenues de participer. Flora du Laboratoire d’Alchimie est également trop occupée en ce moment. »

Fam confirmait déjà la présence des sœurs depuis le terminal situé sur son bureau.

Attendez, vous avez déjà décidé ? Noël a probablement juste dit qu’elle était trop fatiguée, et Liora s’est retrouvée coincée à s’occuper d’elle. Flora doit fabriquer la drogue que le Duc Ortlinde a demandée l’autre jour.

Si vous y réfléchissez bien, il était tout à fait logique que la noblesse et la royauté soient si occupées à produire des héritiers. Ils avaient une deuxième ou une troisième épouse, voire une maîtresse si besoin est, car il n’y avait pas de véritable avenir pour eux sans héritier. En d’autres termes, cette drogue était quelque chose qui était désespérément recherché par la noblesse et la royauté.

Je savais donc qu’il n’y aurait pas de mal à en avoir davantage sous la main, j’avais donc demandé à Flora d’en produire davantage la veille. En fait, l’empereur de Régulus en avait demandé aussi. Mais ce n’était pas pour lui. C’était pour son fils, le prince Lux.

Après tout, Lux n’avait pas d’enfants… C’était un problème sérieux pour l’empire Regulus.

Pendant que je réfléchissais à cela, Rosetta, Monica et Parshe étaient toutes apparues dans le cercle de téléportation de la Bibliothèque.

« Est-ce qu’on sort, monsieur ? ! Ça va nous faire du bien de prendre l’air, monsieur oui monsieur ! »

« Trouvez-moi quelque chose de vraiment délicieux à manger, Maître. »

« Cela fait trop longtemps que je n’ai pas touché la surface du monde. Cela devrait être très amusant. »

Fam, Cesca, Rosetta, Monica et Parshe… Est-ce que je vais devoir les emmener toutes les cinq ? J’ai l’impression d’être un professeur qui emmène une école maternelle en excursion. J’espère que rien de mal n’arrivera…

« Commençons par tout acheter, de cette étagère jusqu’à celle-là. »

« Tout !? »

Je les avais emmenés dans une grande librairie de Belfast, c’était à ce moment-là que Fam m’avait dit soudainement cela. Elle préférait lire des livres d’histoires et des manuels techniques. Elle lisait aussi des choses comme des livres d’apprentissage, des livres illustrés et des dictionnaires, mais elle ne semblait pas les aimer autant.

L’étagère était remplie de livres d’histoires, de tomes historiques, de journaux de voyage et de livres de théorie magique. Cependant, la bibliothèque avait probablement des livres beaucoup plus avancés sur la théorie de la magie.

Quoi qu’il en soit, les livres demandés par Fam s’empilaient sur le comptoir. La jeune fille au comptoir regardait tout cela avec des yeux écarquillés, mais lorsque Fam plaça une pièce de platine sur le comptoir, elle lui avait immédiatement souri comme elle le ferait pour un invité d’honneur et commença à fixer le prix des livres avec un sourire.

Les livres étaient extrêmement précieux dans ce monde. Ils étaient assez chers, de sorte que les roturiers avaient rarement l’occasion de les acheter. Comme la plupart de leurs clients étaient des nobles, les librairies avaient tendance à être très sécurisées. Ils étaient aussi méfiants que nous, l’attention des gardes était fixée sur nous. C’est nous qui payons. Détendez-vous !

« Maître, Maître. J’ai trouvé ce manuel sur l’amour, Le Garma Sudra. Pourrais-tu l’acheter et l’essayer sur moi ? »

« Remets-le à sa place ! »

J’avais chassé Cesca, qui s’était précipitée vers moi avec un livre rose douteux dans les mains.

Les sœurs de Babylone m’avaient toutes accompagné dans leur uniforme de bonne. Elles avaient tout fait pour se faire remarquer. Après tout, les tenues de bonne n’étaient pas très subtiles.

« J’ai recueilli ce que je voulais d’ici. Maître, continuons. »

« Tu vas en acheter plus… ? »

Fam semblait être de bonne humeur. Son expression était toujours aussi vide, mais ses gestes étaient en quelque sorte plus vivants. Vient-elle de sauter ? La voir faire ça avec son regard vide était un peu effrayant.

Après avoir payé les livres et reçu ma monnaie, j’avais rangé les livres dans mon [Stockage] et nous étions partis. Quand j’avais regardé sur le côté, j’avais remarqué que Cesca avait réussi à acheter en douce ce manuel sur le sexe. Elle travaillait au château comme bonne, je lui versais donc évidemment un salaire. Ce n’était pas une surprise qu’elle ait de l’argent sur elle, mais ce livre était assez cher… Je m’étais demandé si c’était bien de la laisser faire.

« Maître. Je dis que si c’est le prix qui vous dérange, alors achetez-le. Mais laissez-moi faire si le prix ne vous dérange pas. »

Pas besoin d’être aussi suffisante. Je ne t’ai même rien dit ! De toute façon, elle était libre d’utiliser son argent comme bon lui semblait. Je m’étais contenté de me taire.

Rosetta et Monica ne semblaient pas du tout intéressées par les livres. J’avais jeté un coup d’œil perplexe à Parshe, qui avait pris un livre sur l’architecture. Si cette maladroite renversait une étagère, les choses tourneraient très mal.

« Très bien, allons maintenant voir la librairie de la capitale impériale. »

***

Partie 3

Après avoir quitté le magasin, j’avais ouvert une [Porte] dans une ruelle menant à la capitale impériale de Regulus, Gallaria.

De là, nous étions allés à la capitale de Refreese, Bern, puis à la capitale de Mismede, Berge, à la capitale de Ramissh, Isla, à la capitale de Lihnea, Nimue, à la capitale centrale de l’Union Roadmare, Paneramea, à la capitale de Lestia, Lestin, et enfin à la capitale de Felsen, Pharma. Nous étions allés de pays en pays, en achetant chaque livre spécifié par Fam. J’étais presque sûr d’avoir acheté plus d’un millier de livres.

« Maître, je commence vraiment à avoir faim… Nourrissez-moi, si vous le pouvez. »

Alors que nous marchions dans les rues de la capitale de Felsen, Monica murmura cela avec une expression fatiguée, contrastant avec la démarche vive, bien que sans expression, de Fam.

« Je suis bien nourrie depuis que je suis entrée à votre service, Maître. Donc, sauter un repas pour la première fois depuis un moment et tout ça me fait beaucoup de mal. »

« Bien nourri… Sais-tu que c’est juste de la nourriture ordinaire ? »

À proprement parler, les sœurs pouvaient générer de l’énergie à partir de la magie et de la lumière, elles n’avaient donc pas besoin de manger pour se nourrir.

Cependant, je pensais que les faire travailler comme des forçats et ne rien leur donner à manger serait terriblement cruel, alors je leur avais fourni les mêmes repas que nous. Elles pouvaient toujours ingérer de la nourriture, et pouvaient discerner ce qui avait bon goût et ce qui n’avait pas bon goût, alors chacune avait progressivement développé ses propres goûts en cuisine.

« C’était assez mauvais quand nous travaillions avec le Docteur Babylon… Tout ce que nous avions à manger, c’était des barres de calories et de la nourriture liquide. »

« C’était… assez désagréable… »

Rosetta et Parshe avaient parlé de tout cœur.

Alors c’est comme ça qu’elle les a traitées… C’était vraiment un être cruel.

« Non, c’est le docteur qui n’avait aucun intérêt pour la nourriture, monsieur ! C’était le genre d’individu qui disait toujours que tout allait bien tant que ça calmait sa faim, oui, c’est vrai. Elle ne voulait pas perdre de temps à manger, elle ne prenait donc qu’un seul repas par jour. Il y a même eu un moment où elle a essayé de vivre des pilules de Flora. »

« Et nous devions avoir le même régime qu’elle. Après tout, seules Cesca et Liora pouvaient cuisiner. »

« Ce n’est pas parce que nous pouvions le faire que nous étions motivées pour le faire. Peu importe ce que nous faisions, le professeur disait toujours que tout lui convenait. »

« C’était une personne qui nous rendait vraiment la vie difficile, pas vraie… ? »

En entendant cela, je m’étais senti mal pour elles, et vu que nous étions à Felsen, je les avais emmenées dans un bon restaurant. C’était un lieu agréable et élégant. Et comme ils n’exigeaient pas de code vestimentaire, nous étions entrés sans problème.

Ils nous avaient donné un menu et avaient pris nos commandes, et bien vite, la table s’était remplie de délices.

« C’est délicieux ! Vraiment délicieux ! »

« J’ai compris, j’ai compris. Installe-toi et mange. »

J’avais répondu à Monica avec un sourire ironique alors qu’elle mâchait une bouchée de viande. Alors que je réfléchissais à la chance que j’avais de m’asseoir près du bord de la table, un steak de la taille d’une sandale m’avait éclaboussé le côté du visage.

« Aïe ! »

« Ahaaa, je suis désolée ! J’ai pourtant tout essayé, mais le steak… ! Il ne peut pas être coupé ! »

Parshe, qui était assise en face de moi, s’était excusée tout en m’arrachant le steak du visage et en le remettant dans son assiette.

Cette petite maladroite… Ne le fait-elle pas exprès ? Tout à l’heure, elle m’a dit « permets-moi » et a versé dans ma salade une salière entière.

« Parshe n’est pas en faute ici, monsieur ! C’est juste sa façon d’être. S’il vous plaît, permettez-moi de m’en charger et de vous essuyer à sa place, monsieur ! »

Rosetta, qui était assise à côté de moi, m’avait offert un mouchoir noir. C’était prévenant de sa part. Je l’avais pris et j’avais commencé à essuyer la sauce qui s’accrochait à mon visage et… j’avais immédiatement remarqué une odeur bizarre. J’avais étalé le mouchoir et j’avais découvert que ce n’était pas un mouchoir, mais un chiffon huileux.

« Oh ? Ai-je donc changé le mouchoir de place pendant que je me changeais ? »

Rosetta commença à fouiller les poches de son uniforme de bonne, pendant que je sortais en silence une serviette humide de mon [Stockage]. Je l’avais utilisée pour essuyer la sauce et l’huile de mon visage. Être près d’elles était épuisant…

D’ailleurs, Fam commença à lire les livres qu’elle avait achetés plus tôt, et n’avait pas du tout touché à sa nourriture.

« Sais-tu que cela va refroidir ? »

« Il n’y a aucune raison de s’inquiéter. Elle est encore parfaitement comestible même si elle est froide. »

Cette fille… Le moins que tu puisses faire est de quitter le livre des yeux quand tu me parles.

Pourquoi sa personnalité était-elle comme ça ? Oh, quand j’y ai pensé…

« Vos personnalités sont-elles en partie basées sur celles du Docteur Babylon ? »

« C’est exact, monsieur ! Le professeur a divisé sa personnalité, et a accordé à chacune d’entre nous une émotion pour nous servir de noyau. J’ai moi-même l’envie de créer mon propre noyau, monsieur ! »

Je vois… Le désir du professeur de « créer des choses » est l’émotion au cœur de Rosetta.

J’avais jeté un coup d’œil à Fam, qui était encore absorbé par son livre.

« Cela signifie donc que celle de Fam est… »

« La soif intellectuelle. »

C’était logique. Le désir de « savoir beaucoup de choses » était à la base du cœur de Fam.

« Celle de Parshe est l’ambition tandis que celle de Monica est la sincérité. »

Donc Parshe possède l’ambition… Je suppose qu’elle n’abandonne jamais, peu importe combien de fois elle se plante. Et Monica à la sincérité. Eh bien, elle est vraiment honnête. À la fois envers les autres et envers elle-même.

J’avais tourné les yeux vers la servante perverse, qui continuait à haleter tout en lisant avec zèle le manuel sexuel qu’elle avait acheté.

« Je suppose que chez elle c’est la luxure ou le désir charnel… »

« Pour être exact, son émotion est la curiosité… Je crois que le choix des mots serait beaucoup moins répréhensible… »

Même Rosetta semblait quelque peu déconcertée par le comportement de Cesca.

D’ailleurs, l’émotion de Flora était la « dévotion », celui de Noël était la « somnolence » tandis que Liora avait la « compassion. »

Ce docteur fou avait en fait de la dévotion et de la compassion pour les autres… ? Bien sûr, les sœurs n’étaient pas toutes constituées d’émotions uniques. D’autres émotions diverses qui s’étaient détachées du professeur entouraient leurs noyaux, et chacune d’elles avait développé sa propre personnalité.

« Donc le Docteur Babylone est comme la somme de vous toutes, ou votre base… Elle a l’air d’être une personne vraiment impressionnante. »

« Si elle était un peu plus normale, monsieur ! Elle aurait sûrement laissé sa marque dans l’histoire. Cependant, comme elle était sujette aux sautes d’humeur et qu’elle ne se souciait pas du tout de la célébrité ou de la réputation, il n’y avait guère de gens qu’elle pouvait considérer comme des amis, monsieur. »

C’était donc une solitaire… Je suppose qu’étant donné sa personnalité, personne n’aurait fait d’efforts pour se lier à elle.

« Il y avait ces nobles idiots qui n’arrêtaient pas d’ennuyer le professeur pour ses inventions. Mais elle leur donna ensuite une leçon. »

« Cela me rappelle des souvenirs. Elle les avait tous attachés nus aux piliers du palais. »

« Oui, ils étaient aussi à l’envers. C’était vraiment génial, hah… »

… Hein ? Pour une raison inconnue tout ceci avait comme un air de déjà-vu. Est-ce que je m’imagine des choses ? Elle a certainement fait des choses horribles dans le passé. C’était honnêtement plutôt effrayant.

« Au fait, il manque une partie de Babylone… le laboratoire de recherche. Comment est la personne qui le gère ? »

Elles ont une partie de la personnalité du professeur, ce qui devrait déjà les rendre anormaux. Dans ce cas, je devrais probablement apprendre quel genre d’individus elle est.

« Je ne l’aime pas. », dit Monica tout en mâchant sa viande.

Bizarre. Je ne m’attendais pas à entendre Monica parler comme ça de quelqu’un.

« C’est parce que le directeur du laboratoire de recherche aime choyer Monica, monsieur ! »

« N’est-ce pas une bonne chose ? »

« Tu sais, c’est vraiment du genre… très ennuyeux. Elle n’arrête pas d’essayer de me faire un câlin. Je ne supporte pas quand les gens me collent comme de la colle. »

« Le gynoïde terminal du laboratoire de recherche est cependant une travailleuse acharnée et responsable. Elle a souvent travaillé comme assistante du professeur. Elle était également chargée de l’entretien de notre corps. » répondit Parshe tout en réussissant finalement à couper un morceau de viande de son steak.

Sérieuse et travailleuse, hein… Peut-être que ça ira bien… Liora, Rosetta et Monica sont aussi du côté de la diligence, mais elles ont chacune leurs propres problèmes.

« Le gynoïde du laboratoire de recherche a aidé… le professeur dans beaucoup de ses expériences. Elle a même aidé à faire la plupart de nos expériences, à l’exception de celles de Liora et Flora. C’est la troisième sœur, après tout. »

La troisième sœur, hein ? Chaque sœur avait un numéro qui lui était assigné. Si je me souviens bien, ça donnait quelque chose comme :

#20 — Preliora

#21 — Flora Bell

#22 — ??

#23 — Francesca

#24 — Irisfam

#25 — Pamela Noël

#26 — Lileleparshe

#27 — Rosette

#28 — Fredmonica

Cela semblait correct.

« N’y a-t-il pas d’unités d’avant l’époque de Liora ? »

« Il y en avait, mais tous ceux qui avaient précédé le numéro dix-huit étaient des types d’animaux, et les numéros dix-huit et dix-neuf étaient faits pour être éphémères, contrairement à nous. »

« Je vois… »

C’est une histoire datant d’il y a cinq mille ans. Je ne pouvais pas les blâmer. Je suppose donc qu’elle a dû utiliser des cellules spéciales pour assurer la longévité de ces filles. C’est après tout un croisement entre une forme de vie magique et une machine.

« Hmm, mais n’y avait-il pas une capsule numérotée après la mienne dans le laboratoire de recherche ? La Numéro vingt-neuf ? J’ai hâte que quelqu’un soit plus nouvelle que moi, mais Babylone s’est complètement séparée avant qu’elle se réveille… Qu’est-il arrivé à ça ? »

« Il y avait une capsule là-bas, mais elle était vide. »

« Était-ce peut-être une pièce de rechange ? »

« Le penses-tu vraiment ? Il y a beaucoup de capsules dans le laboratoire de recherche… Pourquoi se donner la peine de mettre un numéro dessus sans raison ? »

« Peut-être que le professeur pensait à nous faire une nouvelle sœur ! »

« Une nouvelle petite sœur… J’espère qu’elle est dans le laboratoire de recherche. »

Elles s’excitaient toutes les trois, je m’étais donc tourné vers Cesca et Fam, qui étaient encore plongées dans la lecture.

Je me demande pourquoi elles ne participent pas à la conversation… Elles ne devraient pas lire tout le temps. Eh bien, l’une d’entre elles lit bien un livre pervers…

J’avais dû les suivre toute la journée, mais honnêtement, de temps en temps ce n’était pas si mal.

Mais les événements de la journée m’avaient rappelé qu’il restait encore une Babylone à trouver. Nous avions trouvé les Frame Gears, je ne savais donc pas si nous avions besoin de beaucoup plus, mais si leurs sœurs étaient là, alors je voulais les aider à se rencontrer. Après tout, être seul était assez triste. Et il y avait même une chance pour qu’il y ait deux autres sœurs dans le laboratoire de recherche.

Alors que je me demandais qui j’allais rencontrer ensuite, j’avais tranquillement bu mon jus de fruits.

***

Bonus 1 : Avec mon Smartphone

« Un lycéen de la commune est mort foudroyé. »

J’étais tombé sur un article portant ce titre. Ce lycéen de quinze ans, Mochizuki Touya, c’était moi.

Il aurait dû s’agir d’un accident vraiment tragique, mais la formulation de l’article me semblait plutôt fade.

Le Dieu âgé m’avait dit qu’il avait amené mon corps dans le domaine divin juste au moment où j’allais être foudroyé. Les restes dans l’urne chez moi étaient un faux qu’il avait échangé. En entendant cela, j’avais eu pitié de mes parents.

J’étais mort. J’avais voyagé dans l’au-delà. Mais j’étais libre de vivre dans ce monde. Même si j’étais piégé ici, je pouvais toujours naviguer sur mon smartphone. Je pouvais aussi regarder mes émissions préférées chaque semaine. De plus, mon smartphone semblait avoir un crédit infini.

C’était un service de Dieu, mais apparemment j’utilisais toujours un fournisseur de données standard. Dieu faisait simplement transférer l’argent régulièrement. Je pouvais utiliser le téléphone pour passer des appels, mais mon seul contact disponible était Dieu. Cela semblait juste, cependant. J’étais mort chez moi, donc si je commençais à appeler, ma famille serait bouleversée.

Je pouvais lire des articles en ligne, et regarder toutes les émissions que je voulais en ligne… Cependant, les appels et les e-mails n’étaient pas autorisés, et je ne pouvais pas non plus poster sur les forums.

C’était quand même un petit outil très utile. L’information étant après tout l’arme la plus puissante. Celui qui contrôlait l’information contrôlait le monde.

De plus, mon Smartphone semblait se mettre à jour automatiquement. Chaque fois que les développeurs sortaient un nouveau modèle chez moi, mon téléphone s’y mettait automatiquement. Je suppose qu’on pouvait dire qu’il évoluait ? J’avais cependant remarqué qu’il avait récemment perdu de sa finesse. Je n’étais pas sûr d’en connaître la raison.

Mais c’était un don de Dieu, alors je n’avais pas vraiment besoin de poser de questions. Après tout, c’est grâce à lui que je m’étais si bien débrouillé dans le nouveau monde.

« Quelque chose ne va pas, Touya ? »

« Je vais bien, c’est juste qu’il est tôt. Vas-tu à la guilde ? »

« Oui. J’espère qu’il y a de bonnes quêtes. »

« Si tu finis tôt, veux-tu manger quelque chose ? »

« Très bien ! Faisons cela ! »

J’avais éteint mon smartphone en répondant à cette question, pensant que j’allais faire de mon mieux une fois de plus en cette journée ensoleillée.

Pendant ce temps, j’avais ressenti le réconfort de l’ami fiable présent dans ma poche de poitrine tout en partant faire ma tournée.

***

Bonus 2 : La matinée d’une servante

La matinée venait à peine de se lever, mais cela n’avait pas dissuadé Francesca d’agir. Elle était le gynoïde terminal du jardin, et la gynoïde de Babylone numéro 23.

Elle se réveillait à la même heure tous les jours. Les gynoïdes n’avaient pas besoin de dormir, mais elle le faisait quand même. Certaines des sœurs avaient même dormi un bon moment. Après cela, elle travaillait comme femme de ménage, elle descendait donc souvent du jardin pour inspecter les différentes pièces du château de Brunhild.

Un beau jour, Cesca se réveilla à son heure habituelle pour commencer son travail.

« Aujourd’hui, je vais tenter une approche de haut niveau… »

Ce n’était pas une grosse affaire. Juste des sous-vêtements en dentelle. Le garçon qu’elle appelait Maître devait être un peu taquiné.

Cesca avait une belle sélection de culottes. Mais aujourd’hui, elle portait une simple lingerie blanche avec des morceaux de dentelle. Elle avait confiance en ses charmes féminins.

Une fois que Cesca eut fini de se changer en tenue de bonne, il était temps de descendre au château.

« Oh, Cesca. Bonjour. »

« Bonjour. »

Dans le hall d’entrée, Cesca avait été accueillie par une fille qui portait un nœud rose. C’était Ripple, le tableau vivant qui faisait office de système de sécurité du château de Brunhild. Elle était à l’origine un artefact créé par le docteur Babylone elle-même, ce qui en faisait en quelque sorte une cousine des gynoïdes.

« Des problèmes la nuit dernière ? »

« Rien à signaler. »

Cesca fit un petit signe de tête, puis sortit ses produits de nettoyage. Ensuite, elle commença à nettoyer le hall d’entrée avec une rapidité considérable.

Après avoir fini, elle se dirigea directement vers la salle d’audience principale, où elle se remit à balayer à la vitesse de l’éclair, ne s’arrêtant que pour frotter le trône royal avec un tissu épais.

Tout en nettoyant le siège, elle commença à frotter très fort, pressant ses mains lubriques sur le fauteuil en respirant fortement. Il était clair que cette idiote perverse prenait un peu trop de plaisir à son travail.

Après s’être amusée un peu, Cesca se leva et se dirigea vers sa destination. Elle s’enfonça dans le château, jusqu’à ce qu’elle atteigne sa chambre. Il avait mis une clé dans la porte pour empêcher quiconque d’entrer pendant qu’il dormait. Cependant, cette mesure était futile. Cesca avait fabriqué un petit outil fin et l’avait inséré dans le trou de la serrure. Puis, elle sortit la clé de l’autre côté et s’était mise à se tortiller. Finalement, le loquet s’était ouvert.

Sans un bruit, elle entra sur la pointe des pieds dans la pièce avec la dextérité d’un criminel expérimenté. La lumière du matin traversait la fenêtre, tandis que Cesca se précipitait vers son maître endormi, ainsi que son visage non protégé.

« Maître… Il est temps de se lever maintenant… »

Cesca parla très calmement. Intentionnellement, bien sûr. Naturellement, il n’avait pas répondu.

« Oh mon Dieu, Maître… Tu ne te réveilles pas ? Peut-être que je devrais te réveiller avec un ■■■■■, ou peut-être que tu aimerais que je te donne un □□□□ ? »

Le garçon n’avait toujours pas bougé.

« Tu le veux tant que ça, hein… ? Très bien alors, je suppose que je vais te servir un peu… »

En quelques secondes, Cesca s’était débarrassée de son uniforme de femme de chambre. Elle ressemblait à une magicienne transformiste. Elle n’était vêtue que de ses sous-vêtements en dentelle alors qu’elle se dirigeait vers son maître endormi…

« Je n’ai qu’à te réveiller avec mon corps… »

Cesca rapprocha son visage de celui de son maître en disant cela, et leurs lèvres s’étaient à peine effleurées l’une contre l’autre. Puis, les yeux du garçon s’ouvrirent et Cesca fut soudain frappée par la sensation d’une chute.

« Agh !? »

Elle regarda autour d’elle avec surprise, voyant qu’elle n’était plus dans la même pièce. Une fois de plus, elle avait été renvoyée par une [Porte].

« Hehe... J’ai pu toucher ses jolies petites lèvres… Aujourd’hui, va être un grand jour ! »

Après avoir mis un doigt excité sur ses lèvres et avoir gloussé un peu, elle s’était dirigée vers son placard pour prendre un nouvel uniforme de bonne.

Comme toujours, Cesca passa la journée à courir partout pour le bien de l’homme qu’elle servait si consciencieusement.

***

Bonus 3 : Le jouet en peluche de la sœur ainée

« Qu’est-ce que tu fais, Touya ? »

« Oh, Yumina ? J’essayais juste de trouver quel genre de jouets faire pour Yamato. »

« Pour lui ? »

Yumina regarda la table et trouva beaucoup de petits jouets, pour la plupart en bois. Son frère cadet, le prince Yamato de Belfast, avait moins d’un an, alors elle se demanda si ces jouets étaient vraiment appropriés.

« Eh bien, ça devrait aller tant que c’est quelque chose de simple… Qu’est-ce que c’est ? »

Yumina pointa son doigt vers un objet étrange. Il s’agissait d’une forme circulaire sur un bâton avec deux boules sur une ficelle suspendue de chaque côté. En tournant la poignée, les boules frappaient contre la peau et produisaient un son de tambour.

« C’est un tambour résonnant. Il paraît qu’ils sont populaires à Eashen. Ou du moins, quelque chose de similaire. »

« C’est mignon… Yamato devrait aimer ça. Oh, qu’est-ce que c’est ? »

Yumina lui montra ce qui semblait être une petite échelle avec des marches en angle.

« Oh, ça… »

Touya mit un petit jouet de forme carrée par-dessus. Celui-ci glissa le long de chaque segment avant de s’écraser sur le fond.

« C’est charmant… Mais Yamato mangera probablement ce morceau… »

« Je ne m’inquiéterais pas pour ça. Quand je l’ai fait, je l’ai enchanté pour qu’il ait vraiment mauvais goût. Les enfants devraient le recracher tout de suite. »

Touya expliqua alors beaucoup de ses autres jouets, en montrant divers blocs de construction, des ensembles sur le thème des animaux, des cloches sur des bâtons, des sifflets, des hochets, etc.

« C’est le meilleur ! »

« Vraiment ? Ça ? »

Yumina faisait référence à une peluche que Touya avait retirée de son [Stockage]. Les jouets en peluche existaient dans ce monde, mais seuls les membres des familles de la classe supérieure pouvaient espérer avoir une peluche rembourrée de coton. Il en existait de nombreux types différents, mais leur qualité variait énormément.

« Pourrais-je… lui donner ceci ? »

« Bien sûr, je ne vois rien qui l’empêche. »

Yumina avait joyeusement pris l’animal en peluche. Il avait été enchanté par [Protection] qui en empêchait l’usure progressive, tout en empêchant la poussière de s’accumuler sur lui.

« Il est si mignon ! Merci ! »

Yumina câlina le jouet, un immense sourire sur son visage, tout en chantant les louanges de Touya. Celui-ci rougit un peu en entendant cela.

« Essaie donc de le serrer des deux mains. »

« Hein ? D’accord… »

Yumina serra un peu le jouet, et une voix s’était soudainement fait entendre.

« Yamatooo ! C’est moi, Yumina, ta sœur ! »

« … C’était bien ta voix à l’instant, Touya ? »

« Ah, eh bien… Ce n’était qu’un test. J’allais te le faire enregistrer correctement plus tard. »

Yamato aurait probablement été terrifié s’il avait entendu la voix d’un homme bizarre venant d’un cadeau que sa sœur lui avait offert.

« Je me suis dit que s’il pouvait entendre ta voix quand il le voulait, il ne se sentirait jamais seul. »

« … Merci, Touya. Je suis contente que tu y aies pensé… »

Yumina riait joyeusement.

« Eh bien, c’est seulement le meilleur pour mon futur beau-frère, non ? »

Ils passèrent l’après-midi à enregistrer diverses phrases, puis remirent la « Yumina parlante » au petit prince. Le prince Yamato avait fini par chérir ce jouet pendant longtemps.

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Illustrations

 

Fin du tome 9

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3 commentaires

  1. Merci pour le chapitre, les voleurs sont probablement d'Eashen

  2. Merci pour le chapitre

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