Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 8

Table des matières

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Chapitre 1 : Les Archives de la Sagesse

Partie 1

Depuis que Lestia avait rejoint l’alliance occidentale, le nom officiel avait été changé en Alliance est-ouest pour refléter son nouveau statut.

Et à partir d’aujourd’hui, le Roi Chevalier Reinhard prendra sa place au conseil.

« Je suis honoré d’être parmi vous, même si j’espère que mon inexpérience en la matière ne sera pas un trop lourd fardeau. »

« Vous n’avez pas besoin de vous inquiéter pour ça. Le but de ce rassemblement est de partager nos opinions d’égal à égal et de s’entraider, alors n’hésitez pas à dire ce que vous avez en tête. »

Le Pape rencontra le Roi Chevalier avec un sourire doux et courtois. Avant même que je m’en rende compte, tout cela s’était transformé en une sorte de club, mais techniquement, nous l’utilisions pour discuter de choses importantes, alors je fis plutôt comme si de rien n’était.

« J’ai moi-même succédé au trône qu’il y a peu, voyez-vous. J’espère que nous pourrons nous entendre. »

« Tout comme moi, Votre Majesté. »

Les nouveaux rois de Lihnea et de Lestia partagèrent une poignée de main ferme. Il y avait sûrement beaucoup de choses à apprendre les uns des autres. Je veux dire, techniquement, j’étais moi-même un membre de la royauté, mais j’étais presque sûr que je ferais un terrible modèle, alors j’avais pensé qu’il était dans l’intérêt de tous qu’ils ne suivent pas trop mon exemple.

« Voir Lestia nous rejoindre en tant qu’alliée est déjà assez surprenant, mais j’ai entendu dire que tu as récemment conquis les tribus de la mer des arbres. Tu ne manques jamais de me prendre par surprise, Touya. »

Le Roi Bestial de Mismede décida de se joindre à la conversation des jeunes Rois. Mec, la rumeur s’était déjà si vite répandue, hein ? Mais je ne devrais pas être trop surpris vu le nombre d’hommes bêtes à Mismede. D’après ce que j’avais entendu dire, ils étaient restés en contact avec les tribus qui habitaient la mer des arbres depuis un certain temps, alors il l’avait probablement entendu directement de source sûre, pour ainsi dire.

« Je ne sais pas si je dirais que je les ai convaincus ou quelque chose comme ça. J’ai fini par les aider et ils m’en ont remercié. Je n’ai pas vraiment l’intention de fourrer mon nez dans leurs affaires. »

Je ne voyais pas vraiment de raison de le cacher, alors j’avais continué en expliquant ce qui s’était passé exactement.

Nous avions parlé de tout, de l’état des réfugiés qui avaient dérivé de Yulong jusqu’à un incident récent au cours duquel j’avais prêté un Frame Gear pour aider à dégager le passage qui s’était bloqué à cause d’un glissement de terrain. Une fois tout cela terminé, tout le monde emmena Reinhard au stade de baseball pour assister à l’événement principal du jour : Un match d’exhibition pour souhaiter la bienvenue à notre nouveau membre, le match du jour opposait Refreese à Regulus.

Alors que les gardes et les soldats se dirigeaient tous vers l’arène, je m’étais soudainement souvenu de quelque chose que je devais probablement mentionner au Pape. Je l’appelai à voix basse pour ne pas trop attirer l’attention de notre entourage.

« Votre Sainteté, j’ai juste senti que je devrais mentionner ceci, mais euh… En fait, il y a deux dieux ici présents, sous forme humaine, bien sûr, mais quand même… Veux-tu que je te les présente ? »

« Eh, vraiment !? »

Incapable de cacher sa surprise, elle acquiesça vigoureusement à ma proposition. Je l’avais emmenée voir mes sœurs aînées, Karen et Moroha, qui buvaient du thé à une table voisine. J’avais présenté une Pape très nerveuse aux deux Déesses, et à leur tour, les deux Déesses à une Pape très nerveuse.

« Ces filles sont mes sœurs aînées… Ou, eh bien, c’est l’histoire qu’on raconte. Elles sont en fait respectivement la Déesse de l’Amour et le Déesse de l’Épée. »

« Touya, tu nous traites pour une fois comme des dieux ? C’est assez flippant, vois-tu ? »

« Ouais, je ne sais vraiment pas comment réagir quand tu me mets dans cet état. Prenons ces choses moins au sérieux, d’accord ? C’est valable pour toi aussi, ma petite dame. C’est dur de te voir aussi nerveuse. »

Mes sœurs attrapèrent la Pape au moment où elle était sur le point de se prosterner sur le sol devant elles, et l’avaient amenée à s’asseoir à table à la place. Après les présentations, la Pape commença à poser toutes sortes de questions sur les Dieux et le Royaume divin, trébuchant sur ses mots de temps en temps, mais quand même, voir mes sœurs répondre avec tant de légèreté en mangeant des friandises aurait dû l’aider à se calmer un peu, car elles semblaient au moins avoir une conversation plutôt animée entre elles. Je ne pouvais m’empêcher de me demander si les femmes s’adaptaient plus rapidement à des groupes du même sexe comme celui-ci.

Je m’étais brièvement demandé si cela entrait dans la catégorie de l’ingérence dans les affaires du royaume humain, mais je m’étais dit que c’était probablement bien puisqu’elles n’utiliseraient pas leurs pouvoirs divins juste pour avoir une conversation légère.

Je veux dire, je suppose que cela pourrait techniquement être interprété comme le fait qu’elle reçoive une sorte de Révélations Divines… Mais je n’ai jamais entendu parler de révélations aussi stupides que « Le Dieu du commerce est bien trop mesquin » ou « Le Dieu des liqueurs a besoin de se détendre en buvant beaucoup » avant dans ma vie. Les laisser à leur conversation pendant que je vais regarder le match était probablement une bonne chose.

Ayant jugé sûr de laisser la Pape avec mes sœurs, je m’étais rendu au stade.

Le stade entier commençait déjà à chauffer pour le premier vrai match en un mois.

J’avais pu voir des gens de notre pays, mais aussi des gens qui avaient l’air d’avoir fait le chemin depuis Refreese et Regulus pour voir le match. Les gens qui vendaient du pop-corn et de la bière faisaient d’énormes profits, tandis que le public se balançait entre acclamations de joie et cris de déception à l’unisson. Je n’aurais jamais pu prévoir à quel point cela allait bien se passer avec les gens de ce monde quand j’en avais eu l’idée pour la première fois.

Dans l’espace VIP, Reinhard était déjà complètement subjugué par le jeu. Il me rappela la fois où Cloud avait vu son premier match. En parlant de Cloud, on pouvait parfois voir Reinhard lui poser des questions sur le jeu alors que les deux partageaient leurs opinions sur le match qui se déroulait comme une sorte de commentaire en cours.

Était-ce dû au fait qu’ils n’avaient obtenu leurs trônes respectifs que très récemment, mais tous les deux semblaient déjà s’entendre. Ce serait bien qu’ils deviennent de bons amis comme le roi de Belfast et l’empereur de Refreese.

En parlant de Refreese, je pouvais déjà imaginer cette princesse saignant du nez tout en écrivant toutes sortes de livres indécents si elle pouvait entrevoir cette scène. Je veux dire, merde, ils sont tous les deux le portrait craché du livre d’histoire Les Charmes du Prince (Les charmes du Roi dans ce cas, le fait est que)… Tch. Même avec plein de filles prêtes à devenir mes femmes, un homme a le droit d’être jaloux de beaux gars comme ça. Quoi ? Quoi ? Ne me jugez pas.

Un son fort et clair, suivi d’une formidable acclamation, m’avait ramené à la raison. Le frappeur de l’équipe Régulus venait de frapper un home run. Les joueurs qui pouvaient frapper un home run à un moment aussi critique n’avaient jamais manqué d’enthousiasmer le public.

Reinhard sauta même de son siège avec excitation. D’un autre côté, le roi de Belfast, ami de l’empereur de Refreese, à cette vue, baissa sa tête, consternée, presque comme si la balle qui s’envolait dans les airs lui avait sauté dans les tripes.

Toutes rivalités sportives amicales mises à part, j’étais heureux de voir que tout le monde s’entendait bien. J’avais décidé de faire un kit complet d’équipement de baseball à donner à Reinhard une fois le match terminé.

◇ ◇ ◇

Le lendemain, je m’étais réveillé face à une vague de froid mordante et une véritable merveille hivernale qui s’étendait devant ma fenêtre.

Oui, c’était vrai. Il neigeait. Et en plus à gros flocons. Ce n’était pas assez pour pouvoir bloquer les portes, mais cela devait mesurer au moins dix centimètres de haut.

Le terrain d’entraînement des soldats était pratiquement inutilisable dans cet état, cependant, les chevaliers déblayaient la neige hors du terrain d’entraînement et de la caserne. J’avais suggéré de simplement faire fondre tout cela avec de la magie du feu, mais on m’avait dit de réfléchir un peu à la façon dont la transformation de la neige en eau allait résoudre le problème. Rétrospectivement, cela n’aurait certainement pas été le bon moment.

J’avais décidé d’aller vérifier l’état des habitations de la ville et, tout comme les chevaliers, les adultes étaient occupés à pelleter la neige devant leurs maisons. Pendant ce temps, les enfants s’amusaient à mener des batailles de boules de neige.

On m’invita à jouer avec eux et, n’ayant aucune raison de refuser, j’avais décidé de leur enseigner d’autres choses amusantes à faire pour jouer dans la neige. J’avais d’abord pris une caisse en bois vide et des planches de bois pour construire un simple petit traîneau. Ensuite, j’avais pris toute la neige pellée et j’en avais fait une petite colline pour permettre aux enfants de glisser. Une fois qu’ils avaient appris à s’en servir, ils devinrent tout de suite accros à ce nouveau jeu.

Laissant les enfants s’amuser avec leur nouveau jouet, j’étais sorti pour vérifier l’état des routes principales. Comme je le pensais, les routes étaient enneigées au point où je pouvais à peine dire que c’était censé être une route. Je supposais que cela signifiait que nous ne verrions plus aucun commerçant passer pendant un certain temps. Eh bien, en supposant qu’il ne neigeait plus, les routes seraient probablement à nouveau très praticables lorsque la neige aura fondu au cours des deux ou trois jours suivants.

Ce n’était pas tous les jours qu’il y avait de la neige comme ça, alors j’avais décidé de me rendre au stade de baseball pour voir s’il y avait quelque chose d’amusant que je pouvais en tirer.

Voici les 3 étapes nécessaires pour construire votre propre patinoire de fortune : d’abord, niveler les monticules du terrain de baseball enfouis sous la neige. Ensuite, faites fondre légèrement une fine couche de neige jusqu’à l’obtention d’une couche uniforme d’eau dans le champ. Enfin, recongeler la neige fondue tout en maintenant la surface aussi plate que possible. Et comme ça, c’est fini !

« Ouais, ça a l’air plutôt bien. Voyons si c’est assez solide pour rest-EEEEER WAH ! »

J’avais à peine fait un pas sur la patinoire que je perdais complètement pied et que je tombais sur le dos. Était-ce une sorte de vengeance karmique pour tous ces gens que j’ai tourmentée avec mon sort [Glissade] jusqu’à maintenant !? Ça fait vraiment mal !

« … Qu’est-ce que vous faites cette fois ? », demanda Logan, qui, à en juger par les pelles qu’il portait et les chevaliers derrière lui, était probablement venu creuser le terrain du stade de baseball.

Et le pire, c’est qu’ils avaient l’air d’avoir tout vu… Je n’allais probablement pas m’y tenir pendant un moment, mais bon.

« Oh, tu sais, je pensais juste faire une simple patinoire. »

« Une patine noire ? Est-ce une sorte de nouvelle magie ? »

« Hein ? Il n’y en a aucune par ici ? Tu sais, c’est un endroit où tu glisses sur la glace avec des bottes ayant des petites lames attachées au fond. »

« Oh, vous voulez dire les arts du vol à voile. Maintenant que j’y pense, ils utilisent beaucoup cette technique dans le nord du royaume d’Elfrau. J’ai entendu dire que les cours d’eau ont tendance à geler l’hiver là-haut, alors ils en tirent le meilleur parti en glissant sur leur surface pour se déplacer plus rapidement. »

En d’autres termes, ce monde avait quelque chose de semblable, mais ils ne l’avaient jamais vu que comme un moyen de transport alternatif. C’était logique, car c’était certainement une façon rapide de se déplacer, mais ils n’avaient pas l’air d’avoir pensé que cela pouvait être assez amusant de simplement profiter de la sensation de glissade sur la surface de l’eau. Maintenant, je devais leur présenter ça.

***

Partie 2

J’avais commencé par créer une simple paire de bottes de patinages en attachant des lames de fortune au bas de mes chaussures, puis j’avais marché sur la patinoire pour faire une démonstration. Contrairement à avant, j’avais glissé cette fois-ci un peu plus gracieusement sur la surface glacée.

J’entendais des voix émerveillées à plusieurs reprises, mais tout ce que je faisais vraiment, c’était de patiner en ligne droite… Mais cela me donnait envie de me vanter un peu, alors je fis quelques tours du périmètre extérieur de l’arène tout en faisant de simples petits tours et cascades ici et là. Ne sous-estimez pas un enfant élevé dans le nord, wahahaha ! Eh bien, je dis cela, mais ma ville natale était du côté du Japon, plus près de l’océan Pacifique, alors je n’ai pas la résistance folle au froid que l’on trouve chez les gens plus au nord…

J’avais ensuite fabriqué un jeu complet de lames pour Logan ainsi que les autres personnes présentes et je les avais donné. C’était une sorte de pince que vous attachez au bas de vos chaussures, par opposition au type de chaussures de patinage fournies avec les lames fixées en permanence. Alors que les gars entraient timidement sur la patinoire, ils commencèrent à dégringoler, comme une scène tout droit sortie d’un vieux dessin animé. Ha ha ha ha ha ! Je parie que tu ne riras plus de ma petite erreur de tout à l’heure, pas vraie !?

Mais avant que je puisse pleinement profiter de ce spectacle stupide, tout le monde s’y était progressivement habitué avec un peu de pratique.

Les gens de ce monde n’avaient jamais manqué de trouver de nouveaux moyens de me surprendre par la rapidité avec laquelle ils s’habituaient à mes nouveaux jouets et astuces. Encore une fois, ils étaient dès le départ tous assez sportifs, alors je devrais vraiment avoir vu cela venir. Avant même que je le sache, même les citadins avaient commencé à se montrer pour regarder notre ordre des chevaliers glisser gracieusement sur ma patinoire. Je m’étais dit que ce serait plus amusant de laisser tout le monde participer à volonté. J’avais donc préparé un grand lot de lames de patinage amovibles et les avais laissées de côté pour que les gens puissent les utiliser gratuitement, car cela aurait été pénible d’en remettre une paire à chacun.

« Urgh ... Qu’est-ce que j’ai fait ? »

Je m’étais mis à grogner en m’asseyant sur l’un des bancs du stade. Peu de temps après, ma patinoire s’était lentement mais sûrement remplie de jeunes couples et de couples mariés. Mon terrain de jeu amusant s’était transformé en un point de rencontre pour couples d’amoureux juste sous mon nez.

Les célibataires désespérés par cette vue commencèrent peu à peu à partir, les uns après les autres, leurs patins étant repris par de nouveaux couples arrivés pour rejoindre les autres au-dessus de la glace. C’était un cercle vicieux pour les célibataires.

Parmi ceux-ci, cependant, les héros présents dans les rangs des célibataires solitaires y virent une occasion d’inviter les filles à venir sur la patinoire afin de leur apprendre à patiner.

En ce moment, l’endroit n’était plus qu’un grand lieu pour rencontre amoureuse. Eh bien, les plus jeunes semblaient s’amuser de façon innocente et enfantine, ce n’était donc pas seulement un événement pour les couples.

En regardant de plus près, j’avais remarqué un nombre disproportionné de filles qui ne semblaient pas capables de patiner, inévitablement invitées sur la patinoire par des gars qui avaient déjà complètement maîtrisé les bases et qui leur proposaient de les enseigner. Juste comme ça, ils seraient ensemble pour s’amuser ensemble… En d’autres termes, les gars y voyaient l’occasion parfaite de draguer les filles.

Quand j’y réfléchissais, c’était logique. Sous le couvert d’un noble acte de gentillesse dans l’enseignement du patinage aux filles, les garçons avaient l’excuse parfaite pour donner la main à de jolies filles sans attirer l’attention de leur entourage. En regardant les choses de cette manière, j’avais trouvé ceci plutôt rusé.

Parmi les filles, il y avait aussi celles qui avaient compris cela et qui simulaient très clairement qu’elles étaient incapables de patiner pour attirer des hommes. Eh bien, tant que les deux parties étaient d’accord, je me suis dit que c’était l’une de ces fois où la bonne ligne de conduite était d’éviter d’en parler, car cela ruinerait le plaisir de tous.

« J’avais le sentiment que je te trouverais au cœur de toute cette agitation, Touya. »

« Je ne sais pas ce que je dois ressentir à l’idée d’être ton suspect numéro un chaque fois que des foules se rassemblent pour une raison quelconque, mais je ne peux nier que c’était mon œuvre. »

Alors que Yumina était sortie de nulle part pour me taquiner une fois de plus, j’avais décidé qu’il était plus sage de laisser glisser. Je veux dire, je ne pense pas être à l’origine de tout le vacarme dans ce monde, mais elle a raison cette fois-ci, m’étais-je dit.

Maintenant que j’avais moi-même une partenaire, je ne voyais aucune raison réelle de sauter l’expérience d’un rendez-vous de patinage sur glace moi-même. J’avais donné à Yumina une paire de lames de patin et nous étions allés directement sur la patinoire.

« Tu veux te joindre à moi pour faire du patinage, ma princesse ? »

« … Tu crois que je pourrai le faire ? Ça a l’air plutôt difficile… » demanda nerveusement Yumina.

Je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir, puisque c’était sa première fois. Pour l’instant, je l’avais emmenée sur la patinoire en lui tenant la main et je lui appris les astuces, une petite étape à la fois.

 

 

Au début, elle ne semblait pas sûre de savoir comment garder son équilibre, mais elle s’était peu à peu habituée à cette nouvelle sensation et elle glissa dans tous les sens avant que je ne m’en rende compte. J’étais prêt à mettre cela sur le compte de la nature naturellement athlétique des gens de ce monde, mais en y réfléchissant de façon plus critique, je m’étais demandé si la raison pour laquelle cela me surprenait toujours était peut-être parce que mon ancien monde avait été un endroit tellement pratique que les gens étaient devenus de plus en plus suffisants au fil des ans.

À cette époque, je n’avais aucun moyen de savoir que les séances de patinage sur glace deviendraient l’une des attractions hivernales standard de mon propre duché de Brunhild.

***

« Tu as trouvé d’autres ruines de Babylone ? Où ça ? »

« Effectivement. Elle est située au milieu du Royaume Démon de Xenoahs, dans une zone montagneuse. »

Kougyoku me rapporta cette information, j’étais alors tombé dans une profonde réflexion.

Le Royaume Démon de Xenoahs… C’était une nation isolée habitée par des démons.

Sous la domination du Seigneur, c’était un pays qui évitait fortement d’interagir avec le monde extérieur. Bien qu’il s’agisse d’une région dangereuse avec de nombreuses défenses naturelles en raison de sa géographie unique, il avait été dit que toutes sortes de races y vivaient en paix. Non seulement des races démoniaques, mais de nombreuses sous-espèces de monstres et de bêtes magiques erraient dans la région en grand nombre. Il y avait toutes sortes de rumeurs dangereuses sur cet endroit.

J’hésitais à charger aveuglément en territoire inconnu, alors j’avais appelé l’un des démons de mon ordre de chevalerie pour voir s’il pouvait me donner des informations utiles sur le lieu.

« Xenoahs, dites-vous ? »

Le garçon que j’avais appelé était un jeune vampire aux yeux rouges, à la peau blanche claire et aux oreilles pointues. Il s’appelait Lushade.

Bien qu’étant un vampire, il était un peu excentrique et ne supportait pas vraiment la vue du sang. Selon lui, le sang était plus un aliment de luxe pour les vampires qu’un élément essentiel à leur survie.

C’était un type qui avait détruit à lui seul l’image des vampires que j’avais toujours gardée dans ma tête. D’abord, le soleil ne le dérangeait pas du tout. Il avait beaucoup apprécié les repas préparés avec de l’ail, certains étaient même ses plats préférés. Il savait très bien manier les croix ou les crucifix, et les armes en argent étaient à peu près aussi efficaces sur lui qu’elles le seraient sur à peu près n’importe qui d’autre. Il ne pouvait pas se transformer en chauve-souris, et pour couronner le tout, il ne pouvait même pas supporter la vue du sang.

Mis à part le dégoût excessif de Lushade pour le sang, il semblait que tous les vampires de ce monde étaient à peu près les mêmes que lui. Les gens dont le sang était aspiré par des vampires ne se transformeraient même pas en vampires dans ce monde.

Apparemment, ils étaient encore bénis avec de nombreuses capacités puissantes, telles qu’une vision nocturne incroyable, une force surhumaine, et d’énormes capacités d’autorécupération pour n’en nommer que quelques-unes… Mais en regardant ce jeune homme, j’avais trouvé ça plutôt difficile à imaginer dans ma tête.

Quoi qu’il en soit, j’avais entendu dire que les vampires avaient tendance à avoir un statut social très élevé dans le royaume de Xenoahs, c’était pourquoi j’avais appelé Lushade, en espérant que je pourrais obtenir des informations utiles de lui.

Jusqu’à ce jour, je ne comprenais toujours pas pourquoi quelqu’un d’aussi haut placé socialement était venu jusqu’ici juste pour rejoindre mon Ordre de Chevaliers. Lorsque nous l’avions interviewé pour le poste, j’avais eu l’impression qu’il avait dit quelque chose au sujet de son désir de pouvoir mener sa vie de manière autonome.

« Alors, il n’y a pas d’humains à Xenoahs ? »

« Non, il y en a quelques-uns. Même des demi-humains y vivent. Ce n’est pas parce que Xenoahs ne s’implique pas dans les affaires des autres pays qu’elle s’isole totalement du monde extérieur. C’est juste que c’est un endroit où il est difficile de survivre pour n’importe quelle race. »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Eh bien, tout d’abord, et ce n’est pas le moins important, le climat y est quelque peu extrême. La température à midi est très élevée, tandis que les nuits peuvent facilement atteindre des températures inférieures à zéro. Sans parler du fait que des bêtes magiques habitent le pays en masse. Il suffit de sortir de la ville pour être quasiment certain d’être attaqué par des paquets entiers de monstres. En plus, il y a le problème de l’approvisionnement alimentaire. Il n’y a pas grand-chose que la plupart des humains mangeraient volontiers s’ils n’avaient pas d’autre choix. Je veux dire, mangeriez-vous volontairement de la gelée de slime ou de la viande d’orc ? »

De la viande d’orc ? Par Orc, il veut dire ces orcs, n’est-ce pas ? Ceux avec des têtes de cochons et des corps humanoïdes ? Tu peux vraiment manger ces trucs ? Je veux dire, allez ! Tu devrais au moins manger du porc ordinaire dans ce cas ! Quant à la gelée de slime… Ouais, non merci. C’est tout simplement dégoûtant. Comme il l’a dit, je peux comprendre pourquoi il est difficile pour des humains ordinaires de s’habituer à leur cuisine locale.

« … Les Orcs ne comptent-ils pas comme race démoniaque ? »

« Bien sûr que non. Ils ne peuvent même pas communiquer avec les mots, vous en souvenez-vous ? Les démons se réfèrent à des races suffisamment intelligentes pour avoir au moins une conversation cohérente. Tout le reste est classé comme bêtes magiques ou monstres. »

Son explication avait du sens.

J’avais demandé à Lushade s’il y avait un peu plus… d’aliments appétissants à choisir. Il me parla alors de la soupe Mini-Wyrm et de chauves-souris géantes grillées, etc. Je sentais mon estomac se retourner rien qu’en entendant ça. Il était impossible que je puisse me résoudre à manger ça, même si tu me payais 100 pièces de platine dans un défi. Pour autant que je sache, cela pouvait être délicieux, mais l’apparence à elle seule me coupait l’appétit.

« Cela dit, il m’a aussi fallu un peu de temps pour m’habituer à la cuisine d’ici. C’est bien maintenant que j’y suis habitué, mais il m’arrive parfois d’avoir envie de retrouver la cuisine de mon pays natal », déclara Lushade en souriant de force.

J’imagine que ce qu’on dit sur le désir ardent de retrouver le goût de son terroir natal est vrai, m’étais-je dit.

Poussant ce discours troublant sur les aliments horribles hors de mon esprit, j’avais rappelé mon objectif principal. S’il y avait déjà des humains vivants dans ce pays, je supposais que je ne me démarquerais pas autant que je le pensais au départ si j’allais y faire un voyage. Je m’étais dit que je pourrais peut-être me faufiler dans le pays assez facilement pour aller enquêter sur ces ruines de Babylone.

Si je me faisais prendre, je pourrais trouver une excuse. Je prétendrais être un noble errant sans le sou. Je n’avais pas l’intention de semer le trouble, et ce n’était pas comme si mon apparence me donnait l’impression d’être quelqu’un de particulièrement important.

***

Partie 3

Sur ce, j’avais décidé de partir en expédition rapide à la recherche des lieux. Malheureusement, Lushade n’était jamais allé directement sur les ruines lui-même, alors je n’avais qu’à sauter à Yulong et utiliser mon sort [Vol] pour couvrir le reste de la distance.

Comme je voyagerais en volant cette fois-ci, j’avais fait attendre le reste du groupe au château. Au cas où quelque chose se produirait et que je devais contacter quelqu’un pour obtenir de l’aide, j’avais décidé d’emmener Kohaku ou l’une des autres bêtes avec moi, mais comme je ne pouvais emmener qu’un seul d’entre eux, cela avait failli provoquer une dispute. Briser leur petite dispute était vraiment chiant.

Yumina organisa une loterie pour rendre la décision la plus juste possible, et c’était Kohaku qui m’accompagnait cette fois-ci. Une fois cette décision prise, j’avais ouvert une [Porte] vers Yulong. Au même endroit où nous avions déjà combattu la Phase la dernière fois.

Comme d’habitude, c’est toujours un vieux terrain vague, me suis-je dit. N’ayant rien à faire ici, nous nous étions mis en route sans hésitation vers notre objectif initial. Après avoir lancé [Lévitation] sur Kohaku, j’avais lancé mon sort [Vol]. Nous nous étions dirigés directement vers Xenoahs.

Pour plus de sécurité, pour que nous ne soyons pas pris et/ou retenus comme des individus suspects, je m’étais assuré de jeter le sort [Invisibilité] sur nous deux. On n’était jamais trop prudent en territoire inconnu.

Dès que nous étions entrés dans l’espace aérien de Xenoahs, quelque chose s’était dirigé droit sur nous. Pendant un moment, j’avais craint que nous ayons déjà été repérés, mais à y regarder de plus près, cela n’avait pas semblé être le cas. Juste pour éviter tout risque inutile, j’avais ralenti notre vitesse de vol et j’avais décidé d’observer à distance pendant un moment. C’était alors que j’avais remarqué que ce qui se dirigeait vers nous, c’était deux races démoniaques. Les moitiés supérieures de leur corps étaient celles d’une femme, tandis que leurs bras et leurs jambes étaient de type oiseaux.

« Ce sont des harpies. Les serres sur leurs pieds ont assez de force pour déchiqueter les ours, mais il est peu probable qu’elles nous attaquent si nous ne les provoquons pas d’abord. »

Comme Kohaku l’avait dit, les harpies nous avaient dépassés sans même jeter un regard dans notre direction. En y réfléchissant bien, elles n’auraient même pas pu nous traquer par la magie à cause de la sphère magique que nous avions et qui nous aidait à dissimuler complètement notre présence.

D’après ce que j’avais pu voir, les harpies devaient être une espèce de démon. Elles n’avaient certainement pas l’air de bêtes magiques, du moins pour moi. Je ne savais pas encore très bien ce qui séparait les démons des bêtes magiques, mais selon Lushade, tout humanoïde avec lequel on pourrait avoir une conversation cohérente serait un démon, alors que des créatures comme le Dullahan, où la communication avec eux était totalement impossible, étaient des monstres. Mais dans le même temps, les créatures non humanoïdes avec lesquelles vous pouviez encore communiquer, comme les licornes, faisaient toujours partie de la catégorie des bêtes magiques. Je ne comprenais pas encore parfaitement toutes les distinctions entre eux, mais j’avais l’impression d’avoir au moins une compréhension de base de la logique qui les sous-tend maintenant.

« Essayons d’être prudents juste au cas où. On ne sait pas quelles sortes de bêtes magiques étranges on peut rencontrer jusqu’ici, et je suis prêt à parier qu’il y en a beaucoup avec lesquelles nous n’avons jamais eu à faire face auparavant. »

Une fois les harpies hors de vue, nous avions poursuivi notre vol vers notre destination. En contemplant le paysage en contrebas, nous n’avions rien vu d’autre que des terrains vagues, des montagnes dangereuses et d’épaisses zones boisées à perte de vue. Je commençais à comprendre pourquoi vivre dans un tel endroit serait un réel défi pour une personne moyenne.

Il y avait des routes qui ressemblaient à des chemins parsemés ici et là, mais même ceux-là semblaient assez traîtres, comme s’ils étaient juste là parce qu’ils avaient été bien foulés au fil des ans, au lieu d’être fait délibérément pour rendre le passage entre deux zones spécifiques plus facile ou plus sûr.

« Cet endroit a l’air assez impitoyable pour les non-initiés. Je veux dire, je m’attends à ce que la capitale ne ressemble pas du tout à ces routes d’arrière-pays, mais je peux voir d’où ces terres tirent leur réputation intimidante. »

« Les particules magiques sont épaisses dans l’air ici, ce qui attire peut-être les bêtes magiques en si grand nombre. C’est certainement le genre d’endroit où les humains auraient du mal à survivre même quelques jours, d’après ce que je peux voir. Cela pouvait parfaitement convenir aux races démoniaques, qui avaient une résistance contre nature et une bonne résilience physique, mais d’autres races ne s’en sortiraient probablement pas aussi bien dans ces conditions… »

D’une certaine manière, cette description me donnait l’impression que c’était exactement le genre d’environnement idéal pour établir un royaume pour les races démoniaques.

Ne fait-il pas encore un peu trop chaud ici ? J’aurais juré qu’on était au plein milieu de l’hiver quand on a quitté Brunhild… Je veux dire, le soleil affiche sa pleine puissance et pourrait même m’aveugler si je ne faisais pas attention. Est-ce que les cieux de cette région ont obtenu un statut spécial ou quelque chose comme ça ? Serait-ce dû à la densité de particules magiques dans l’air par ici, ou est-ce que cela a quelque chose à voir avec les esprits de la Terre présents dans cette partie du monde ?

C’est dans ces moments-là que je suis content que ma veste résiste aux éléments naturels, me suis-je dit, tout en remerciant secrètement mon partenaire de longue date.

Alors que je continuais mon excursion, je remarquais que quelque chose d’autre volait dans notre direction. D’autres harpies, me demandais-je ? En y regardant de plus près, c’étaient de grands oiseaux bleus ressemblant à des condors. Ça devait être des partisans de Kougyoku.

En dissipant mon sort [Invisibilité], les oiseaux semblaient nous avoir reconnus. Ils changèrent de direction pour voler vers l’est comme pour nous guider vers l’endroit où nous allions.

Finalement, nous avions atteint une région montagneuse. Les oiseaux nous avaient emmenés dans une petite vallée.

« Qu’est-ce que c’est... »

Niché dans un recoin entre les montagnes, il y avait une grande structure qui ressemblait à l’Arc de Triomphe.

J’étais descendu afin de vérifier la composition de la structure. Il était certainement fait avec les mêmes matériaux que les autres. Il semblerait que nous avions raison d’y croire.

Cela mesurait environ trois mètres de haut, et quand j’étais passé en dessous, je m’étais retrouvé dans une petite pièce avec des lettres gravées sur le mur. À ma gauche, il y avait cinq objets différents empilés les uns sur les autres.

(NdT : des casse-têtes vont se succéder à partir de là, je vous conseille de les résoudre avant de regarder la solution donnée. Attention il y a des pièges !!)

Le milieu de la pièce avait un petit pilier de pierre qui montait jusqu’à ma taille. Il y avait une pierre magique de feu au sommet. Cela ressemblait à un hokora, un petit sanctuaire shintoïste pour les offrandes. Il avait été cependant fait avec les mêmes matériaux que le reste de la structure.

« Hm… C’est vraiment nouveau. De quoi s’agit-il ? »

J’avais canalisé la magie dans la pierre, mais ça n’avait pas marché. J’entendis une forte sonnerie, signifiant que j’avais fait quelque chose de mal. C’était comme le genre de son que l’on entendait dans un jeu-questionnaire si quelqu’un donnait une mauvaise réponse. Je m’étais dit que c’était la façon de me dire que je faisais mal les choses.

« Hm… Peut-être que ces symboles sont un indice. Oh… Je devrais lire les lettres…  [Lecture] : Ancien language magique. »

C’était ainsi que les lettres devinrent lisibles.

« Voyons voir… Alignez les formes à droite dans le bon ordre, de haut en bas. Vous n’avez pas besoin de les déplacer physiquement. Il suffit de l’imaginer en canalisant votre magie dans la pierre de feu. Quoi… »

Que se passe-t-il… ? Un quizz ? Ces formes de style bizarre s’empilent sur le mur à gauche ?

Il y avait un carré, un demi-cercle, une étoile, un cercle entier et un triangle. Tous avaient des points sur eux aussi. Cinq pour le carré, trois pour le demi-cercle, un pour l’étoile, quatre pour le cercle et deux pour le triangle.

« Si ces points sont la clé… Cela pourrait-il vraiment être aussi simple ? »

J’imaginais les formes dans mon esprit dans l’ordre suivant. Étoile, triangle, demi-cercle, cercle, carré. Puis j’avais versé mes pouvoirs magiques dans la pierre. Bzzt. J’avais tort. Ça aurait été trop facile.

« … Peut-être que c’est par le nombre de côtés droits ? »

Le cercle n’avait pas de bords droits, le demi-cercle en avait un, le triangle en avait trois, le carré en avait quatre… et l’étoile en avait cinq. Mais il n’y avait pas de forme à deux. C’était un peu ennuyeux. Mec, je ne comprends rien à tout ça… Quoi qu’il en soit, j’avais essayé l’ordre suivant : cercle, demi-cercle, triangle, carré, étoile.

Bzzt. Encore faux !

« Bon sang… Dans ce cas, est-ce les points ? »

« Peut-être que les formes ont des significations particulières. »

« Euh… Signification ? Le cercle… C’est peut-être le soleil… ? Alors le demi-cercle est la lune… Alors l’étoile est… une étoile… une étoile… C’est une sorte de truc astrologique ? Et le triangle et le carré ? »

Peut-être que si je les arrange de haut en bas… C’est leur distance par rapport à la planète ? Donc le plus éloigné, ce sont les étoiles, puis le soleil… Puis la lune… Si le triangle est une maison… ? Alors sa place est sur la planète elle-même ! J’avais essayé de les aligner comme ça.

Bzzt.

« Argh… Allez… Les points doivent être l’indice, mais qu’est-ce que ça veut dire !? »

Après cela, j’avais passé un peu de temps à regarder les formes. C’est devenu un processus fastidieux d’essais et d’erreurs. Mais surtout d’erreurs. Un long moment s’était écoulé, jusqu’à ce que…

Ding ding ding !!

« QUOI !? DONNEZ-MOI UNE PUTAIN DE CHANCE ! »

« Mon seigneur… Je comprends votre frustration, mais calmez-vous. »

Un fort grondement se fit entendre alors que le mur de formes se déplaçait sur le côté, s’ouvrant pour moi. Franchement, j’aurais aimé pouvoir le faire tomber. Mais l’imploration de Kohaku m’avait arrêté.

« C’était une question stupide ! Qu’est-ce que c’était censé être comme réponse !? »

« Je suis d’accord, mais quand même… »

Kohaku soupira de résignation. La réponse au puzzle m’avait mis en colère. Et c’était tellement simple…

« Il n’y a pas de formes à droite. »

C’était tout ce que j’avais à dire. Je me suis senti idiot, mais c’était vrai. Les formes étaient à ma gauche, et la question me demandait de trier les formes à ma droite… C’était juste une devinette stupide ! Je m’étais calmé et j’avais progressé vers l’intérieur jusqu’à la pièce d’à côté. Je m’étais retrouvé face à un spectacle familier. Un mur avec des lettres gravées dessus, et un pilier avec une pierre magique bleue au milieu de la pièce.

ENCORE !

***

Partie 4

« Il y a huit pièces de monnaie et une seule balance. L’une des pièces est contrefaite. La pièce contrefaite est plus légère qu’une pièce légitime, il est donc facile de la découvrir en la pesant. La question est toutefois de savoir quel est le nombre le plus faible de tentatives nécessaires pour déterminer la fausse pièce de monnaie. Une réponse incorrecte vous ramènera à l’entrée. »

Celle-ci est un peu plus délicate… Je vais devoir y réfléchir.

Mais ça ne devrait pas être difficile à résoudre ! C’est exact, la réponse est… Attendez… Attendez un peu, euh…

J’avais canalisé mes pouvoirs magiques dans la pierre bleue en imaginant la réponse dans mon esprit. 

Ding ding ding, nous avons un gagnant !

Comme je m’y attendais… Elle essayait de me piéger. J’avais légèrement rétréci les yeux quand le mur suivant se fut ouvert. 

« Monseigneur, quelle était la réponse ? »

Kohaku me regarda, curieux. Hm ? Tu ne l’as pas trouvé ?

« Eh bien, réfléchis-y. Combien d’essais faut-il faire ? »

« Eh bien, à la première tentative on devra peser quatre pièces de chaque côté. Ensuite, on utilisera une deuxième tentative en divisant les quatre pièces et en les pesant par piles de deux. Et au troisième essai on pèse à nouveau les deux dernières pièces du côté le plus léger. Il faudra trois tentatives au total. »

« Je vois… Oui, c’est effectivement le cas. Mais tu pourrais prendre six pièces de monnaie et les peser en deux piles de trois. Si la balance est à l’équilibre, cela signifie que l’une des deux restantes était fausse. Tu n’auras besoin que d’une seconde tentative pour confirmer la réponse. Si la balance n’est pas équilibrée, il suffira de placer une pièce de la pile la plus légère de chaque côté. Si la balance est à l’équilibre, la dernière est la fausse. Si la balance est déséquilibrée, la fausse sera la plus légère. Quoi qu’il en soit, il faudrait deux mesures. Je pense que c’est la réponse généralement acceptée. »

L’accent est mis sur…

« Alors veux-tu dire que ça pourrait être fait en moins de deux ? »

« La réponse est qu’il en faut une. Tu peux prendre au hasard deux pièces sur les huit, et mesurer leur poids. Si tu as de la chance, tu pourras la trouver en une fois. » (NdT : Après calcul 25 % de chance de réussir en une fois)

« Quoi ? De la chance ? »

« La question ne spécifiait rien sur la garantie du succès, elle demandait juste d’utiliser le moins de fois possible la balance. »

C’est exactement le genre de bêtises que j’attendais d’une ruine de Babylone. C’est désagréable jusqu’au bout… Ça me rappelle vraiment comment la femme elle-même agissait. Je me sens un peu sale, comme si je savais ce qu’elle pensait en ce moment… Je suis un peu mal à l’aise à ce sujet, mais… J’ai l’impression de bien la connaître.

Quelque temps plus tard…

« Veuillez suivre les règles de calcul suivantes. Dans ce système, qu’est-ce que X vaut ? »

36 = 1, 108 = 3, 2160 = 2, 10 800 = X. La question semblait assez simple, et je ne savais pas si elle y avait caché une sorte de ruse sournoise ou pas.

Mais au final, il n’y avait pas eu de piège. La réponse était 5.

(NdT : il y avait bien un piège… mais je vais vous laisser chercher. 10 800/2160 = 5)

Ce n’était pas vraiment un puzzle, juste une question standard. Ce n’était pas un problème difficile, mais je ne pouvais pas me permettre de me tromper et de me retrouver à l’entrée. Le mur s’était de nouveau ouvert, et je m’étais dirigé vers mon prochain problème. Je voulais que tout cela s’arrête.

Ding ding ding… Nous avons un gagnant !

J’avais finalement percé la dernière pièce, celle avec une pierre magique Néant, et je m’étais retrouvé face à un cercle magique familier.

« Enfin… Cela a pris beaucoup plus de temps que cela n’aurait dû… »

Même si c’était juste une farce stupide du Docteur, c’était vraiment chiant. Je grommelais légèrement tout en laissant la magie couler de mon corps dans les six piliers de pierre. Puis, en m’assurant que Kohaku était avec moi au milieu du cercle, j’avais laissé la magie Néant se répandre à mes pieds.

Un éclair de lumière nous engloutit avant de s’estomper progressivement. J’avais ouvert les yeux pour voir la vue familière de Babylone. Le ciel était calme et nuageux, et je pouvais voir les arbres se balancer dans la brise.

J’avais regardé autour de moi, curieux, et j’avais repéré un immeuble au loin. Je me demandais si j’avais trouvé l’entrepôt, la bibliothèque ou peut-être même le laboratoire de recherche.

J’avais commencé à marcher vers le bâtiment et, peu à peu, j’étais parvenu à le voir.

C’était rond, comme une grosse boîte de thon. Mais le plus frappant, c’était qu’il était entièrement en verre. Je pouvais tout voir à l’intérieur. Et je ne vis à l’intérieur que des étagères. Des douzaines, peut-être des centaines. L’intérieur était tellement bourré d’étagères remplies de livres que je pouvais à peine comprendre ce que je regardais.

Il était clair que j’avais trouvé la bibliothèque.

J’avais fait le tour de l’immeuble, à la recherche d’un moyen d’entrer. Finalement, j’avais trouvé un ensemble massif de portes doubles.

Je les avais poussés pour trouver une autre porte à l’intérieur. Après l’avoir ouverte et l’avoir traversée, je m’étais retrouvé dans la bibliothèque proprement dite.

« Whoa... »

« Bonté… »

Kohaku et moi avions été surpris. Il y avait des livres partout. Des livres à perte de vue.

Les rangées d’étagères mesuraient toutes au moins dix mètres de haut. L’endroit ressemblait presque à un labyrinthe de littérature.

De plus, je ne voyais aucun système d’échelle ou de marchepied, je n’avais aucune idée de la façon dont j’étais censé atteindre les étagères les plus hautes.

Je m’étais promené sur le beau tapis rouge, essayant de me rendre au centre de l’immeuble. Naturellement, ce n’était pas aussi facile que d’y aller en ligne droite, j’avais dû naviguer dans les étagères encombrées de la bibliothèque. Je me demandais si c’était intentionnel ou non.

Pourtant, regarder le plafond m’avait aidé à me faire une idée de la direction que j’allais prendre.

Après un certain temps d’exploration dans cette jungle de livres, nous étions arrivés dans une clairière parmi les étagères. Il n’y avait qu’un bureau et une chaise, et une énorme pile de livres sur le dessus du bureau. Une fille était enterrée parmi eux.

Elle semblait assez absorbée par l’un des tomes, refusant de lever les yeux ne serait-ce qu’un instant. Ses cheveux étaient coupés court, colorés d’un bleu glacial. Elle portait des lunettes sur le visage. Dans l’ensemble, elle ressemblait par sa tenue vestimentaire et sa stature aux autres gynoïdes que j’avais rencontrées auparavant. J’avais alors supposé que c’était le gynoïde terminal de la bibliothèque.

« Euh… »

« J’en aurai fini avec ce livre dans environ trente minutes. D’ici là, n’essayez pas de me parler. »

« Euh, d’accord… »

Elle était glaciale. Tu me traites comme une peste, hein ? Je veux dire… Dois-je attendre ?

Je m’asseyais dans la pièce tranquille, le bruit occasionnel d’une page qui tournait me hantait les oreilles. Je m’ennuyais, alors j’avais décidé de prendre un livre et de le feuilleter.

Lorsque j’avais tourné la page, la qualité du papier m’avait semblé inhabituelle. Hm… Qu’est-ce que c’est que ça ? C’est un livre très ancien… Attends, c’est quoi ces lettres ?

« Il m’est impossible de lire ça… »

Hm… C’est quoi cette langue ? Cela ne ressemble pas à l’écriture de l’esprit ou à l’ancienne langue magique… Est-ce la langue utilisée à l’époque, le Parthénon ?

« [Lecture] : langue ancienne Parthénon. »

Oh, j’ai compris. Mais… oh. Je ne comprends même pas de quoi cela parle… On dirait un rapport un peu compliqué sur des bêtes magiques ou quelque chose comme ça… ?

J’avais quand même jeté le sort maintenant, pour pouvoir parcourir librement les titres des livres voisins et enfin avoir une idée de ce quoi ils parlaient. Cela signifiait que tous les livres ici étaient écrits dans l’ancienne langue de Parthénon.

« Manipulation de fluide mystique pour les nuls… »

« Herbes et épices magiques secrètes… »

« Astuces coquines nocturne, manuel pour débutants… »

Hm… Le titre avait attiré mon attention, alors je pris ce livre et je m’étais mis à le lire. Il s’agissait, comme il était indiqué par le titre, d’un simple guide pratique.

« Le principal problème est d’apaiser les tensions. Vous pouvez vous faire plaisir l’un et l’autre si vous êtes plus détendus… Si vous êtes majeur, essayez de boire un peu d’alcool pour vous détendre. Pas trop, cependant. Un excès d’alcool causera un désastre, alors pratiquez l’intoxication avec modération. Deuxième étape : Comment toucher leur… »

Hmhm… Hohohoho… Je… Je vois, oui… C’est une bonne chose… C’est… Étonnamment… Informatif, oui… Oh mon… Attends, tu peux faire ça ? Quoi... Cela rentre là ? Hm… C’est difficile, être décontracté semble exiger beaucoup de préparation…

« Vous aimez votre livre, n’est-ce pas ? »

« Gah !! »

Je sursautais vers le haut en entendant cette voix soudaine. Whoa, quoi !? Agh ! Ça fait déjà une demi-heure que je lis !? La jeune fille me regarda, clairement perplexe, en penchant la tête.

« Bienvenue à la bibliothèque de Babylone. Je suis le Gynoïde terminal de cette institution, Irisfam. Vous pouvez cependant m’appeler Fam. »

« O-Oh, d’accord… Je m’appelle Mochizuki Touya. Enchanté, Fam. »

J’avais remis le livre que j’avais emprunté sur son étagère, espérant désespérément que la fille n’avait pas vu ce que c’était.

« Eh bien, vous êtes ici… Cela signifie que vous avez résolu toutes les énigmes du Docteur. Ainsi, les droits de propriété du gynoïde 24, Irisfam, vous seront transférés. J’ai hâte de travailler avec vous, Maître. »

Comme je le pensais, le docteur Babylon était vraiment responsable de ces questions stupides. Pourquoi ferait-elle ça ? C’était juste ennuyeux… C’est quand même bien mieux que tous ces trucs érotiques débiles qu’elle m’avait fait faire jusqu’à présent… C’était vraiment le pir — hagh !! Avant que je puisse finir cette pensée, les lèvres de Fam étaient pressées contre les miennes. Notre salive s’était mêlée quand elle avait pénétré sa langue collante dans mes lèvres, la faisant tourbillonner autour de la mienne. Cependant, contrairement à Liora, elle fit en sorte que cela soit bref.

« Inscription terminée. Vos gènes sont stockés dans ma mémoire, Maître. Maintenant, la Bibliothèque est formellement votre propriété. »

J’aurais dû m’y attendre. Pourquoi ne m’y suis-je pas préparé ? Eh bien, ce n’était pas comme si j’avais le choix… Elle aurait prélevé mon échantillon génétique d’une façon ou d’une autre, donc embrasser était probablement le meilleur résultat pour tout le monde.

« Alors, j’aimerais savoir. Combien de Babylons ont été assemblés ? »

« Hm ? Oh, euh… J’ai le jardin, l’atelier, le laboratoire d’alchimie, le hangar, la tour, le rempart… Maintenant, j’ai la bibliothèque ! Ça fait sept. »

« Oh. Dans ce cas, venez avec moi. »

Fam tapa quelque chose dans le terminal au bureau central, et la bibliothèque avait soudainement pris vie. Elle avait commencé à se déplacer, probablement pour s’amarrer avec les autres au-dessus de Brunhild.

« Maître. J’ai une requête. La bibliothèque a besoin de plus de livres, voyez-vous. »

« Plus ? Il n’y en a pas déjà assez ici ? »

« La bibliothèque possède actuellement que 20 millions de livres. »

Quoi !? Même la bibliothèque nationale du Japon ne possède qu’environ dix millions… Bien que si vous incluez des choses comme les journaux, les magazines et d’autres choses du genre, cela représente probablement plus de 30 millions.

« J’ai lu tous les livres de la bibliothèque. C’est pourquoi il est urgent que j’aie du nouveau matériel. »

« Attends… Tu as lu 20 millions de livres ? »

« Il me faut en moyenne deux heures pour lire un seul livre. Je le fais depuis cinq mille ans. »

C’est absolument insensé. Tu ne dors pas ou quoi !? Cesca et Flora dormaient ou restaient immobile, et même Noël dormait régulièrement… De quoi es-tu fait !?

« Je ne bouge pas énormément, alors je dépense peu d’énergie. Cela dit, je suis autonome depuis cinq mille ans. Une fois que nous aurons le laboratoire de recherche, j’aurai besoin d’un entretien. »

Lire des livres depuis plus de cinq mille ans… Elle était plutôt hardcore. Je suppose qu’elle doit vraiment aimer la littérature… C’est exactement le genre de personne que je m’attends à rencontrer ici.

Je m’étais décidé à rentrer chez moi afin de faire mon rapport, car j’avais trouvé la bibliothèque. Après tout, Leen l’attendait depuis si longtemps…

◇ ◇ ◇

« Enfin !! C’est enfin arrivé ! C’est finalement arrivé ! »

Une jeune fille vêtue d’une tenue de lolita gothique sautait d’enthousiasme, agitant les bras en l’air. Naturellement, c’était Leen.

Près d’elle se tenait un ours en peluche, tout aussi excité et dansant comme un maniaque.

« Nous allons maintenant manger le fruit délicieux de la connaissance interdite ! Ancienne histoire autrefois inconnue ! C’est à moi maintenant, à moi, je te dis ! »

« … je sais que tu es toute excitée, mais je dois te dire que je mets temporairement une interdiction de lire les livres de la bibliothèque. »

« Qu’est-ce que tu viens de dire !? »

Leen me fixa, le feu dans les yeux.

Nous étions actuellement au château de Brunhild. Je n’avais encore emmené personne à la bibliothèque. J’avais décidé d’amener Leen (et Paula, apparemment) dans ma salle d’audience. J’avais annoncé la nouvelle de ma découverte à ce moment-là.

***

Partie 5

« J’ai besoin d’y penser de façon pragmatique. Tu es une ambassadrice de Mismede. Ce serait irresponsable de ma part de te donner un savoir ancien indescriptible. En plus, que vas-tu m’offrir exactement ? »

« Oh, donc c’est comme ça… Eh bien, je peux comprendre ce raisonnement, alors… Laisse-moi te faire une proposition. J’aimerais devenir le magicien de la Cour de Brunhild. »

« Hein ? »

Attends, quoi ? Je veux dire, je suppose que notre pays n’a pas de magicien de cour, mais… Hm. Je veux dire… c’est la matriarche des fées, donc ses capacités sont à tous les coups élevées…

Mais c’est une ambassadrice de Mismede, j’avais l’impression que ça compliquerait les choses. C’était une matriarche de clan et une personnalité influente d’une nation étrangère.

« Ce ne sera pas un problème. C’est vrai que je suis la matriarche du clan des fées, mais c’est plus un titre honorifique que n’importe quoi d’autre. Éris est celle qui s’occupe de la plupart du travail à Mismede. »

« Éris ? »

« La magicienne de la cour de Mismede. Je pensais lui donner le statut de matriarche du clan de toute façon, donc c’est très bien. J’aimerais prendre ma retraite et me consacrer entièrement à la poursuite de la connaissance. »

Hmph… Si c’est un titre honorifique, alors je suppose que ça ira… Ce n’est pas comme si je volais quelque chose comme des secrets d’État.

Je doutais que le roi Bestial s’en soucie aussi. Il voulait que les Demi-Humains soient plus respectés dans le monde entier, alors en prendre une comme magicienne de cour ferait du bien aux relations publiques. Honnêtement, il n’y aurait probablement pas de problèmes.

« Hm… Je ne serai pas impolie. Ce n’est évidemment pas suffisant pour te convaincre. Je promets d’utiliser toutes les connaissances que je trouverai dans la bibliothèque pour le bien de Brunhild. Et, pour adoucir l’histoire, je deviendrai aussi ta femme. »

« Non, non merci. En fait, maintenant que j’y pense… Tu n’es pas encore mariée, Leen ? »

« Tu es incroyablement habile pour esquiver une confession, Touya… N’y penses-tu même pas ? »

Elle se plaignait, mais je n’allais pas la distraire. Elle était en vie depuis environ 600 ans, alors j’étais sûr qu’elle aurait été mariée au moins une fois. Je n’aurais pas été surpris d’apprendre qu’elle avait des enfants.

« Je n’ai jamais été mariée et je n’ai jamais accouché. Comme je l’ai dit, la croissance d’un corps de fée s’arrête entre la fin de l’adolescence et le début de la vingtaine. J’ai été un peu précoce dans ma floraison… Par conséquent, je n’ai pas vraiment été considérée comme une personne pouvant se marier. Je reçois de temps en temps des propositions inhabituelles d’hommes douteux, mais j’ai ma fierté. Je ne m’inclinerai pas devant leurs fantasmes. »

C’était assez logique. Leen n’aurait pas changé jusqu’à sa mort. Sans parler du fait qu’elle était matriarche de clan, il fallait donc bien réfléchir au choix d’un partenaire.

Il y avait un vieux dicton qui disait de poursuivre une femme plus âgée jusqu’à ce que ses chaussures s’usent, mais… Je n’étais pas tout à fait sûr d’être aussi enthousiaste à l’idée.

« … N’aimes-tu pas les femmes plus âgées ? »

Leen me regarda avec une expression un peu mignonne.

« Ah, eh bien… Non. Je suppose, pas dans ton cas, mais, je veux dire… Ne te sens-tu pas trop vieille pour moi ? Mais en ce qui concerne le mariage, c’est une tout autre histoire. Je te fais confiance, Leen, et je t’aime beaucoup, mais… Eh bien… »

« Hm ? Je te trouve cependant tout à fait à mon goût. Je serais plus qu’heureuse de t’épouser. Ne l’as-tu pas remarqué ? Je t’aime beaucoup, Touya… »

Gah ! Ne dis pas quelque chose comme ça… !

Leen sauta et me regarda droit dans les yeux. C’était le chaos derrière son regard. Mon Dieu, je ne pouvais pas détourner le regard. Je me sentais comme une petite grenouille, hypnotisée par un serpent prédateur.

Juste au moment où j’allais lui dire qu’elle était trop proche, je sentis un petit baiser.

 

 

« Gh !? »

« Hehe... Tu as eu peur, comme un petit bébé… Tu as sept fiancés, n’est-ce pas ? Tu devrais être habitué à ce genre de petits gestes. »

Malgré son allure juvénile, elle avait définitivement un charme qui ne pouvait venir qu’après des années d’expérience…

C’est dangereux. Mon visage est rouge, c'est vraiment mauvais… Si c’était une étrangère, je ne me sentirais pas si en conflit, mais… C’est Leen ! Je la connais, c’est vraiment bizarre et gênant !

Alors que je me tenais là, figée, incapable de penser à quoi que ce soit pour répliquer, Leen sourit.

« Tu n’as pas besoin de me donner une réponse tout de suite. Si ça te convient, je serai ta maîtresse ou ton amante… Mais j’aimerais me marier au moins une fois dans ma vie. Tu verras que je suis du genre dévoué, tu sais… »

Elle s’était retirée complètement, mais pas avant de m’avoir donné un coup de poing sur la joue. Gh… C’était dangereusement mignon. J’ai failli oublier qu’elle a plus de 600 ans…

« Alors, mon chéri… Je peux utiliser la bibliothèque sans contrainte si je suis ta femme, pas vraie ? »

« C’était ton but depuis le début, hein !? »

« Eh bien, pas entièrement… Je te promets que je ne mentais pas quand je te disais que je t’aime bien. Tu pensais que je ne disais pas la vérité ? »

« H, hey maintenant, ça suffit… Tu peux jeter un coup d’œil à la bibliothèque. Mais ne partage rien de ce que tu apprendras là-bas. »

« Merci, mon chéri… Je t’aime. »

C’est suspicieux… Attends. Merde. Vient-elle de me piéger ? Je m’étais fait séduire !? … Non, disons que j’ai réussi à recruter une alliée puissante. Même si je viens d’être piégé, c’est mieux si je le justifie comme ça.

Tandis que je soupirais doucement, réfléchissant à des choses compliquées dans ma tête, Paula secoua lentement la tête comme pour dire « Bonté divine ». Hmph…

« Ooh... »

« Wôw… »

Leen et Hilde avaient laissé échapper leur surprise en entrant dans la bibliothèque. Les autres aussi avaient été stupéfaites, mais pas tout à fait autant.

Leen était stupéfaite par la bibliothèque et ses étagères, mais Hilde était plus surprise par Babylone elle-même. C’était après tout son premier voyage là-bas.

« Comment est-ce possible !? Il vole dans le ciel… !? Incroyable ! Incroyable ! Y a-t-il aussi des Frame Gears !? »

« Taisez-vous. C’est une bibliothèque. S’il vous plaît, on doit faire silence dans la bibliothèque. »

« Oh… Désolé. »

Hilde avait parlé fortement, mais Fam l’avait immédiatement fait taire. Elle se détendait sur un canapé tout près, le nez fortement enfoncé dans un livre. Elle était en train de lire des livres que j’avais récupérés du Lecteur Lunatique. Bien que j’aie fait en sorte qu’aucun des titres les plus… peu recommandables n’arrive dans cet endroit.

« Oh, comment suis-je censée prendre un livre de l’étagère du haut ? Y a-t-il un escabeau ? »

« Oh, touchez l’étagère et imaginez l’étagère dont vous avez besoin. »

Leen toucha l’étagère selon les instructions, et l’une des rangées de livres s’enfonça lentement à portée de main.

« Incroyable… Pour que cela puisse réagir comme ça, hein ? Attendez, ce livre… ! »

Les yeux de Leen s’ouvrirent alors qu’elle arrachait l’un des livres. Je ne pouvais pas lire le titre, et j’avais supposé que Leen non plus. Quoi qu’il en soit, elle avait commencé à feuilleter furieusement les pages.

« Quel genre de livre est-ce ? »

« C’est une encyclopédie sur la magie ancienne ! C’est écrit dans une ancienne langue magique, mais je peux lire ça… En quelque sorte ! Tu ne vois pas à quel point c’est incroyable !? Il y a des références non seulement sur la magie moderne, mais aussi sur la magie perdue dans le temps ! »

« C’est une bibliothèque. Silence. »

« Ah, désolée… »

Fam nous donna un autre avertissement. Elle n’avait même pas regardé son livre. C’était un peu grossier de sa part, mais au moins elle aimait la littérature.

« Le nombre de livres ici est incroyable, c’est… Ne serait-il pas difficile de trouver un livre ici ? »

« Non, c’est bon, regarde. Bibliothèque… recherche de livres sur les épées. »

En réponse à mes paroles, une flèche s’éleva jusqu’à la surface du tapis rouge. Il ne nous restait plus qu’à la suivre afin d’atteindre le livre que nous voulions.

De plus, remettre un livre sur n’importe quelle étagère le remettait à sa place. En gros, il y avait un service de tri automatisé. C’était très pratique.

Yumina sortit plusieurs livres et commença à les feuilleter avant de les jeter rapidement. Je me demandais si elle essayait de mettre Fam en colère.

« Ces livres sont écrits dans une langue que la plupart d’entre nous ne savent pas lire… On va devoir demander à Touya de nous créer des lunettes de lecture. »

« Les faire n’est pas un problème. J’ai juste besoin de savoir sur quelles langues les accorder. Peux-tu m’aider, Fam ? »

J’avais appelé Fam, celle-ci leva la tête. La fille s’approcha de moi. J’étais son maître, après tout, elle ne pouvait pas refuser mes ordres.

D’ailleurs, je lui avais donné une sélection de vêtements de Zanac, comme je l’avais fait avec Cesca et les autres filles. Je ne savais pas pourquoi elle avait choisi un uniforme de marin, mais c’était simplement une question de goût. Elle avait l’air d’une fille très studieuse.

« Dans quelles langues sont écrits les livres ici ? »

« Nous avons des livres disponibles en langue magique ancienne, écriture de l’esprit ancien, parthénois, langage caché de Remilia, langage divin de Lastia, langage divin, dialecte de Deigarese, pictogramme de Lorad, l’évangile, hiéroglyphes d’Esteba, langue abanese, karnar, Markur, Salieri Tradespeak, Urdenian, Gazur, la langue du continent des démons, et… Je ne me souviens d’aucun autre livre écrit dans une autre langue. Après tout, j’ai tout lu ici. »

C’est de la folie ! Mais je suppose que par rapport aux langues de la Terre, nous en avons plus. Ce monde est un peu plus uni que le mien.

Si je me souvenais bien, le Docteur venait de Parthénon, un ancien royaume magique qui régnait sur la moitié du continent. En gardant cela à l’esprit, il était facile de comprendre pourquoi la plupart des livres étaient écrits en parthénois.

C’était un royaume qui avait prospéré il y a environ cinq mille ans. Mais il avait été ravagé par la Phase. Oh, j’ai une idée.

« Montre-moi des livres en rapport avec la phase. »

J’avais essayé d’effectuer cette recherche comme test, et une flèche était apparue sur le tapis. C’était facile.

Le pays avait été dévasté, mais les survivants avaient dû écrire quelque chose.

J’avais suivi la flèche et m’étais dirigé vers l’étagère désignée. J’avais sorti un livre, qui était légèrement mis en avant dans la rangée. Puis j’avais invoqué [Lecture] pour comprendre l’ancienne langue du peuple parthénois. Ainsi, le titre du livre m’était visible.

« Les Cristaux magiques. »

J’avais parcouru le contenu du livre. Il mentionnait comment ils chassaient les humains, discutaient de leurs points faibles, parlaient de leur capacité à se régénérer et à absorber la magie, mais en fin de compte il n’y avait rien de plus qu’Ende ne m’avait pas déjà dit. Il n’y avait cependant aucune mention de la phase souveraine ou du fait qu’ils venaient d’un autre monde.

On y parlait de villes et même de villes ravagées par la Phase, mais l’information m’était largement inutile. Il semblerait que la phase avait tout simplement disparu du monde avant qu’une véritable solution puisse être trouvée. Tout ce qu’ils avaient laissé derrière eux, c’était du carnage et de la destruction. C’était tout ce qu’on avait pu enregistrer.

La Phase avait anéanti l’humanité. Humains, Demi-Humains, et Races démoniaques… De nombreuses nations avaient perdu leurs capitales, et les grands dirigeants du monde avaient pour la plupart tous été tués.

Il y avait beaucoup de récits enregistrés sur les derniers agissements des grands héros, mais aucun d’entre eux ne contenait de nouvelles informations que je pouvais utiliser à mon avantage. Les auteurs avaient simplement considéré la Phase comme de mystérieux êtres magiques. C’était vraiment logique.

« Oh mon… »

J’étais arrivé à la fin du livre, et j’avais trouvé plusieurs illustrations. Chaque type connu de Phase avait été dessiné, avec une petite étoile noire à côté indiquant sa force, sa taille et sa vitesse.

Comme je m’y attendais, ils n’étaient pas restés assis à ne rien faire. Ils cherchaient vraiment des moyens de prévenir la catastrophe.

Les types qu’Ende avait appelés Petites Constructions étaient ici. Je pouvais voir un grillon, un serpent, un coléoptère, une mante, une autruche, et divers autres constructions. Il y avait beaucoup de variété dans leurs formes, mais elles étaient certainement les plus faciles à abattre.

J’avais regardé un peu plus loin et je vis des croquis des Constructions intermédiaires. Les images étaient aussi nombreuses… il y avait une raie manta, une araignée, un requin, un chien, une libellule, une coccinelle, etc. J’avais remarqué quelques croquis de types que je n’avais jamais vus. Je me demandais si la civilisation antique avait réussi à les contrer efficacement.

De puissants sorts indirects les tuaient assez facilement. Mais ils étaient quand même massifs. Il fallait un Frame Gear pour les tuer sans dommages collatéraux.

Viennent ensuite les Constructions supérieures. Je vis un croquis du crocodile que j’avais combattu, mais qui ressemblait aussi à un ptérodactyle, un hérisson, un sanglier et quelques autres. S’ils étaient tous aussi puissants que le crocodile, ce n’était pas une mince affaire. S’opposer à ces choses avec une puissance de feu moins que monstrueuse serait tout simplement suicidaire.

J’avais encore une fois tourné la page. Le croquis que j’avais vu m’avait mis en état de choc. J’avais suffoqué d’horreur tout en murmurant lentement.

« Quoi... Est-ce que c’est… ? »

À côté de l’esquisse, il y avait une seule annotation.

« Construction humanoïde. »

Les individus esquissés ressemblaient à des gens normaux, à l’exception de minuscules protubérances de cristal sur diverses parties de leur corps. Quand j’avais vérifié leurs statistiques, elles étaient beaucoup plus fortes que les Constructions supérieures.

« … je n’avais aucune idée… »

J’avais pensé qu’ils devraient s’appeler Phase Humaine ou quelque chose comme ça. Selon le livre, ils apparaissaient rarement et étaient reconnus comme les êtres les plus puissants jamais vus dans le monde.

Je ne savais pas combien il y en avait. Mais je pouvais ressentir le danger. J’avais besoin d’améliorer nos défenses, et vite.

Inquiet, mais déterminé, j’avais fermé le livre.

***

Chapitre 2 : Donjons et Dragons

Partie 1

« Avance, Feu ! Barrage explosif : [Explosion de la fusée éclairante] ! »

Linze prononça les mots, et immédiatement cinq endroits au loin s’enflammèrent. Tout ce qui s’y trouvait était anéanti.

Ce nouveau sort était une version améliorée de l’[Explosion] ou peut-être serait-il plus approprié de dire que c’était la version originale du sort. C’était à tous les coups à un autre niveau… Le fait que nous ayons décidé de le tester dans les plaines plutôt que sur le terrain d’entraînement me rendait heureux.

« Tu l’as fait ! Hmm… Je me demande finalement si le Feu te va mieux que l’Eau, Linze. »

« Et bien… Je n’ai pas fait tout ça tout seul, tu sais… Je dois surtout remercier Leen de m’avoir amenée jusqu’ici. »

« Je vous ferai savoir que le feu est mon pire élément. Et cela ne m’est pas exclusif. Tous les membres du clan des fées partagent la même faiblesse. Seul un petit nombre d’entre nous peut en faire usage. Cela pourrait avoir un rapport avec le fait que nous sommes historiquement une espèce qui a vécu dans la forêt. »

Hmm… Mais au fait, Leen n’a-t-elle pas une affinité avec six éléments ? Si je me souviens bien, le seul qu’elle ne peut pas utiliser est Ténèbres. Elle avait dit quelque chose à propos d’utiliser Paula pour compenser le fait qu’elle ne puisse pas utiliser la magie d’invocation.

Paula était restée debout, les mains sur les hanches, triomphante, alors que les explosions retentissaient une fois de plus… Mais elle ne semblait pas vraiment être un substitut pour quelqu’un comme Kohaku.

« Leen, as-tu mémorisé des variantes de sorts anciens ? »

« Bien sûr. Bien que le mien soit un sort de type Eau. »

Leen se tenait devant Linze, étendant ses deux bras devant son corps et se concentrant aussi fort qu’elle le pouvait.

« Avance, Eau ! Tourbillon enragé : [Maelstrom] ! »

Une énorme tornade d’eau tourbillonnante apparue, déchirant le sol et dévorant la terre. Elle n’avait pas de cible précise, mais cela semblait de toute façon être une sorte de sort destructeur à grande échelle. Il était incroyablement fort, tout comme celui du feu…

« L’inconvénient est la vitesse à laquelle il draine mes réserves magiques. Mais vu ce qu’il fait, ce n’est que justice. »

Il était logique que des sorts plus puissants sapent rapidement la magie. C’était pourquoi un bon mage savait s’adapter et utiliser les sorts nécessaires pour la situation requise. Ils devaient également tenir compte de la quantité d’énergie magique qu’ils possédaient.

Il n’y avait pas que Leen et Linze qui avaient amélioré leurs compétences grâce à la lecture… Monica et Rosetta ayant assimilé beaucoup d’informations sur les technologies magiques, elles tentaient aussi de nouvelles expériences. Certains livres étaient même écrits par le Docteur Babylone elle-même.

Récemment, Leen avait même enseigné un peu de magie à Sue. Sue avait seulement une affinité pour les sorts de lumière, mais son pouvoir magique était apparemment assez élevé. Leen avait décidé d’enseigner principalement la magie curative, et Sue l’avait pratiquée sur les chevaliers à leur retour d’entraînement.

Mais elle faisait encore son stage de bonne avec Lapis et les autres… Je n’avais vraiment aucune idée du genre de carrière que cette fille espérait poursuivre.

Fam était descendue à la surface et s’était rapidement cachée dans la bibliothèque du château. C’était vraiment un rat de bibliothèque… Même les fous de livres dont j’avais entendu parler chez moi ne pouvaient pas lui tenir tête. Elle s’était aussi adonnée à cette activité pendant environ cinq mille ans, c’était donc une maladie qui s’était répandue dans tout son corps. Pour dire les choses simplement, son affection de type livre était incurable.

Cet après-midi, j’étais parti à la guilde. J’avais décidé de m’y rendre au moins une fois par semaine.

J’avais même accepté quelques quêtes de temps en temps pour me tenir occupé, mais mon principal travail consistait à obtenir des informations du maître de la guilde, Relisha.

Je portais une cagoule dans la guilde, pour essayer de dissimuler mon identité. Honnêtement, j’étais sûr que les gens savaient qui j’étais, même avec la capuche sur la tête… Pourtant, il valait mieux ne pas se faire remarquer.

« Salaud ! Tu veux te battre !? »

« Amène-toi, punk ! »

Deux hommes s’étaient saisis par le col et avaient rapidement décidé de sortir.

Encore une fois… ? On dirait qu’il y a une bagarre chaque fois que je viens ici. Eh bien, je suppose que ça fait partie de la vie de la guilde…

Les aventuriers avaient toujours voulu prouver leur valeur, alors c’était tout naturel. Tant qu’ils s’en occupaient eux-mêmes et qu’ils ne dérangeaient pas les habitants, je les laissais s’en occuper.

« Bonjour. »

« Ah ! Votre A — je veux dire, euh, Touya… Bonjour. »

Je parlais à la réceptionniste aux oreilles de chat. Si je me souvenais bien, elle s’appelait Misha. Ses oreilles de chat bougeaient d’avant en arrière, ce qui était assez mignon.

« Comment se porte la guilde ces derniers temps ? »

« Laissez-moi réfléchir… Il y a beaucoup de quêtes générales qui circulent. Nous avons aussi des missions d’escorte occasionnelles. Mais il n’est pas vraiment possible de faire un gros bénéfice vu la faible quantité de quête que nous avons. Certaines personnes ont été irritées par cela, et la plupart partent après avoir fait quelques missions. Personne ne traîne dans les parages, donc c’est surtout un afflux de nouveaux visages chaque jour. »

En parlant, ses yeux s’étaient tournés vers les deux hommes qui se battaient à l’extérieur. Je vois…

Pour une raison quelconque, beaucoup de débutants avaient tendance à penser qu’ils devaient agir en machos. Ils ne voulaient probablement pas être sous-estimés ou méprisés, mais naturellement, c’était une cause majeure de conflit, car il y avait trop de gens qui mesuraient leur ego.

Cela aurait été bien si ces gens n’étaient que des débutants, mais il y avait beaucoup de gens qui ne pouvaient pas accéder aux rangs supérieurs à cause du manque de diversité des quêtes, donc vous aviez surtout un tas de gens tendus qui se frappaient avant de passer à autre chose.

Ce serait beaucoup mieux si nous avions des aventuriers chevronnés qui traînaient dans le coin pour contrôler les choses… Mais je ne pouvais pas m’attendre à ce que les gens viennent chez nous si nous n’avions rien à leur offrir.

Misha m’emmena au deuxième étage. J’entrais alors dans les quartiers de Relisha. L’elfe, chef de la guilde, était en train de ranger quelques papiers lorsque j’étais entré dans la pièce. Cependant, dès qu’elle me remarqua, elle se dirigea immédiatement vers un canapé voisin.

« C’est bon de vous voir. En fait, vous êtes arrivé juste au bon moment. »

« Oh ? »

Elle posa les documents sur son bureau et en prit un. Elle s’assit ensuite à côté de moi sur le canapé.

« J’ai deux nouvelles, et une proposition. Tout d’abord, des dragons ont été aperçus. »

« Des dragons ? »

« L’un d’eux est apparu au sud de la mer des arbres, dans le royaume brûlant de Sandora. D’après ce qu’on m’a dit, il a semé le chaos dans un petit village du désert, puis s’est envolé vers des régions inconnues, ce qui est assez normal. Mais nous avons ensuite entendu des rapports de Yulong et de Roadmare selon lesquels des dragons attaquaient des villages dans la région. Trois dragons, pour être précis. »

C’est étrange… Les dragons ont tendance à vivre dans les montagnes, loin de la société, et ils attaquent rarement les territoires humains. Même parmi les dragons, il y a des aînés et des juniors. D’après ce que j’ai compris, c’étaient les dragons plus jeunes qui se comportent plus comme des animaux sauvages et qui attaquent les choses de manière imprudente.

À Mismede, il y avait ce dragon noir, et c’était un jeune. Le dragon rouge que j’avais rencontré par la suite était plus âgé, et il semblait être un type beaucoup plus raisonnable.

« C’est peut-être une coïncidence, mais c’est difficile à le dire. Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas sur la race des dragons. Cela pourrait être la saison des amours pour eux, ou un autre événement migratoire. Nous allons quand même poursuivre l’enquête. Passons maintenant à la deuxième question… Eh bien, celle-ci s’accompagne d’une proposition. »

Relisha étala le document sur la table, révélant ainsi qu’il s’agissait d’une carte. Elle ressemblait à une carte maritime, mais il y avait des îles parsemées ici et là.

« C’est un archipel récemment découvert au sud de Sandora. Nous avons trouvé plusieurs ruines anciennes sur ces îles, mais il y a un problème… C’est un endroit éloigné, donc les fouilles et l’exploration sont extrêmement difficiles. »

« Avez-vous utilisé des bateaux ? »

« Oui, mais les îles ne sont pas adaptées aux séjours prolongés. L’environnement fluctue à l’extrême, les températures brûlantes deviennent rapidement glaciales en quelques minutes. La vie sauvage y est aussi plus que dangereuse. Je me suis demandé pourquoi chaque île avait de petites ruines, mais il est possible qu’il s’agît d’une seule grande île à l’époque antique. »

Hm… Une île engloutie ? Ce n’est certainement pas impossible. C’est peut-être aussi la raison pour laquelle elles ne sont plus habitées. Puis les monstres s’y sont installés et le reste appartient à l’histoire… je suppose que c’est possible.

« L’autre problème est le suivant : les ruines sont des donjons de taille considérable. Nous supposons que ce sont des constructions humaines, probablement créées par d’anciens mages ou des individus d’une influence considérable. Si c’est le cas, on peut supposer qu’il y ait un trésor dans les donjons. Naturellement, la guilde ne peut pas manquer une occasion de piller ces vieilles ruines. »

C’est tout à fait vrai. Il pourrait y avoir toute une montagne de trésors en bas. Personnellement, je n’ai jamais plongé dans un donjon, mais d’après ce que j’ai compris, il y a beaucoup de ruines éparpillées dans le monde entier.

« Habituellement, nous publions des avis de quêtes pour des cas comme celui-ci, car c’est à peu près la norme pour l’exploration de donjon. Cependant, l’emplacement des ruines pose un problème… Et c’est là que ma proposition entre en jeu. »

Relisha se pencha un peu plus près de moi.

Qu’est-ce que… C’est mon espace personnel, madame… ? Bien que je suppose qu’avoir une femme comme ça qui se presse contre moi n’est pas la pire chose au monde.

« Je me demandais s’il vous serait possible de relier ces donjons à Brunhild en utilisant l’un de vos sorts de [Porte], Votre Altesse. »

« Hein ? »

Quoi ? Pourquoi relierais-je Brunhild à une série de donjons dangereux ?

« Ce que j’essaie de dire, c’est que j’aimerais que nos aventuriers puissent accéder facilement aux donjons et les défier. Si les aventuriers se rassemblent ici pour explorer un territoire jusqu’alors inexploré, alors la ville se développera également. La compréhension du donjon par la guilde se développera également à mesure que nous y enverrons d’autres aventuriers, et nous profiterons tous de ce qui sera ramené. Qu’en pensez-vous ? »

Oh… C’est vraiment une bonne idée.

Si je faisais quelque chose comme ça, nous aurions une tonne d’aventuriers qui viendraient chercher un moyen de gagner de l’argent rapidement, ce qui augmenterait aussi le chiffre d’affaires de nos auberges et de nos magasins. De plus, le fait que plus de gens soient ici finirait par attirer encore plus de monde. Je ne vois pas d’inconvénient.

Je pourrais facilement faire en sorte que les créatures de l’autre côté ne puissent pas non plus passer par le portail. En d’autres termes, nous utiliserions l’accès au donjon comme un moyen de promouvoir Brunhild.

« J’ai néanmoins quelques questions ? Tout d’abord, est-ce que les îles appartiennent à une nation ? »

« Elles sont actuellement sous la surveillance provisoire de la guilde, et ne sont affiliées à aucune nation, non. Cependant, si vous acceptez cette proposition… Je pense qu’il ne serait pas déraisonnable de considérer que ces terres soient accordées au duché de Brunhild. Eh bien, si vous pouvez promettre que la guilde aura des droits exclusifs sur les trésors excavés et toute information de valeur découverte. »

« Très bien, alors. Une autre question. N’avez-vous pas envisagé le fait que je puisse aller explorer personnellement ces donjons ? Je pourrais facilement monopoliser des trésors et des informations importantes de cette façon. »

« Heheh... Je ne crois pas qu’un homme qui a réuni les dirigeants du monde pour s’opposer à la menace de Phase ferait une chose aussi horrible. Je n’ai pas eu ce travail juste pour mon joli physique, vous savez ? J’ai l’œil pour juger le caractère. »

Huh. Je suppose qu’elle a une très bonne opinion de moi. Eh bien, il vaut mieux ne pas la laisser tomber…

C’était certainement une perspective intéressante. Ce n’était pas moi qui allais explorer l’endroit, mais les aventuriers, les marchands et les membres de la guilde qui avaient intérêt à visiter les lieux.

Même l’explorer au hasard et le cartographier serait profitable. Je ne serais pas surpris de voir des cartographes se joindre aux expéditions.

Plus le donjon était profond, plus les monstres étaient forts. D’après ce que j’avais compris, la densité de la magie dans l’air était d’autant plus forte que l’on voyageait plus profondément, c’était pourquoi les bêtes magiques les plus fortes préféraient se cacher sous terre.

Cependant, tout aventurier digne de ce nom serait conscient des risques, c’était pourquoi j’avais décidé de ne pas trop m’inquiéter des gens qui se blessaient.

« Très bien, alors. Je vais coopérer. »

« Merci beaucoup ! Nous aimerions que vous placiez la [Porte] menante aux donjons près de la guilde, à la périphérie de la ville. »

Nous avions donc acquis une nouvelle attraction, qui était une série de donjons. Avec un peu de chance, la ville allait encore plus prospérer grâce à cela. J’avais décidé de faire un peu d’exploration préventive.

***

Partie 2

Après avoir demandé à Relisha de m’indiquer l’emplacement des îles, j’avais ouvert une [Porte] vers le Désert de Rabbi, qui se trouvait juste à l’extérieur de Sandora. Ensuite, j’activais [Vol] afin de me diriger vers le sud.

Après avoir volé pendant un certain temps, je rencontrais finalement les îles. Elles étaient aussi éloignées qu’elle l’avait imaginé. Même un bateau venant directement de Sandora mettrait beaucoup de temps à arriver.

« Hm… Il devrait y en avoir trois, non ? »

Chaque île avait un donjon différent, et il y en avait trois au total. On m’avait demandé de les nommer, mais j’avais repoussé l’idée. J’espérais un éclair d’inspiration.

« Oho ? »

Je regardais les îles et je vis un bateau au large des côtes. En regardant de plus près, je vis un groupe camper sur la plage d’une des îles. J’avais supposé qu’il s’agissait des responsables de la guilde qui surveillaient les îles. Je débarquais dans le camp. Les hommes surpris sortirent leurs armes.

« Qui êtes-vous ? »

« Je donne suite à une demande du chef de guilde Relisha. En ce moment, je suppose que je suis un aventurier, alors… voici ma carte. »

« Quoi... Or !? Alors vous devez être de Brunhild… Pardonnez-nous, monsieur ! »

Les responsables de la guilde avaient immédiatement rengainé leurs armes. Le pouvoir de la carte de la guilde était vraiment quelque chose. Il semblait impossible de la falsifier, donc la crédibilité d’une carte de guilde était absolue. Mais je me demandais s’il était possible de tromper un officiel de la guilde avec une fausse carte assez convaincante…

« Relisha m’a demandé de relier ces îles à Brunhild… Hm, peut-être que je devrais juste l’amener ici. »

J’ouvrais une [Porte] et j’y fis passer Relisha.

« … C’est effectivement ce que j’ai proposé, oui, mais je n’arrive pas à croire que vous soyez arrivé si vite… »

Je laissais la discussion à Relisha. Celle-ci dit aux responsables de la guilde que leur travail était officiellement terminé.

Ces îles étaient désormais le territoire étendu de Brunhild… Mais elles étaient plutôt stériles. Elles n’étaient composées que de montagnes, de plages de sable, d’un ciel bleu et d’une jungle agitée.

« Alors, où est le donjon ? »

« Allez tout droit dans la jungle et vous arriverez à un flanc de montagne. Grimpez un peu et vous arriverez à une grotte. Là, vous trouverez des escaliers rocheux qui mènent vers le bas. C’est l’entrée du donjon. Cette île étant entourée d’une grande plage de sable, une grande partie est submergée, mais elle est aussi très étroite. Le donjon se trouve probablement sous le niveau de la mer. Il est sûrement relié aux donjons des autres îles. »

S’il était vrai que cet endroit était autrefois une grande île, il serait logique que les cachots soient reliés d’une manière ou d’une autre. Mais il n’y avait qu’une seule façon de le savoir avec certitude.

« Je vais essayer d’y aller pour l’instant, mais qu’en est-il des autres ? »

« Je vais m’occuper de la procédure à Brunhild, si vous pouvez me renvoyer. Ah, désolé, mais pourriez-vous aussi renvoyer les autres membres de la guilde à Sandora ? »

Ce n’était pas du tout un problème. J’avais rapidement renvoyé Relisha à Brunhild.

Après cela, les autres démontèrent leur camp et montèrent à bord de leur navire. Ils semblaient tous assez heureux de partir. Je pouvais imaginer que rester assis à attendre les ordres était probablement ennuyeux. Je pouvais comprendre cela.

Une fois tout le monde à bord, j’avais transféré le navire au port principal de Sandora. C’est tout.

Et maintenant, la partie la plus amusante, j’allais visiter le donjon.

J’avais décidé d’y aller à pied. Ce serait plus facile de voler, mais j’avais profité de la promenade pour abattre des arbres et créer une route pavée en utilisant la magie de terre.

J’avais été attaqué pendant ce temps par un loup à six pattes et un serpent à deux têtes, mais il s’agissait de menu fretin et il n’avait pas fallu beaucoup d’efforts pour les tuer.

Finalement, j’étais sorti de la jungle et je fis un chemin lisse jusqu’à la montagne. Ensuite, je gravais des escaliers dans la falaise pour terminer le chemin vers le donjon.

Une fois là, j’entrais dans la grotte et je regardais les marches qui menaient à l’abîme.

« … Mec, c’est sombre. Ce n’est cependant pas trop surprenant. »

Je lançais une [Orbe de lumière]. Celle-ci émit une petite sphère de lumière. Le donjon devenait de plus en plus humide à mesure que je descendis à l’intérieur. Mais j’étais probablement sous la mer, donc l’humidité était naturelle.

Après avoir erré un moment, je m’étais retrouvé dans une vaste pièce. L’endroit était certainement fait par l’homme. J’avais pu voir à quel point les murs et le plafond étaient anormalement sculptés.

Je regardais autour de moi et je trouvais trois chemins différents. Gauche, droite et tout droit. Allons donc… Une division en trois dans la première pièce ? Si c’est un jeu, ce ne serait pas aussi compliqué… Mais je suppose que ce n’est pas un jeu, alors je devrais arrêter de m’en faire.

Je ne voulais pas me perdre, alors j’étais allé tout droit. Il m’était évidemment impossible de me perdre puisque j’avais accès à la [Porte] et tout.

J’avais continué tout droit jusqu’à ce que j’atteigne une autre bifurcation. Cette fois-ci, c’était à droite ou à gauche.

Hm… Je suppose que c’est de ma faute, j’ai pensé que le chemin serait droit. Attends…

« Ça ne marchera peut-être pas, mais… affichez la carte. Affichez le premier sous-sol de ce donjon, et ma position actuelle. »

« Affichage. »

Mon smartphone répondit. Il projeta une carte de l’étage actuel à côté de ma position actuelle. Cela a fonctionné… Wôw, ça a vraiment marché ! Attends, merde… Je ne voulais pas que ça marche.

Il montrait aussi les escaliers qui menaient au deuxième étage. Il semblait y avoir quatre étages au total.

Argh… Je viens de me spoiler moi-même, non ? Je peux probablement faire du profit en vendant cette carte, mais… je ne le ferai pas. Il serait préférable que les aventuriers découvrent les secrets de cet endroit par eux-mêmes sans que je gâche tout le plaisir. En plus, ce serait bien plus cool de les regarder explorer cet endroit, comme un parc d’attractions. Bon, peu importe… je suppose au moins que je peux toujours explorer le premier étage.

« Whoa ! »

Je m’étais tourné vers le passage menant à l’escalier du deuxième étage, et je m’étais retrouvé face à face avec des monstres. Il s’agissait de petites créatures à tête de chien appelées Kobolds, et il y en avait deux au total.

Les Kobolds étaient des monstres instinctifs qui ne comprenaient pas mes mots. D’autres créatures comme les loups-garous ou les vampires, par contre, comprenaient.

Les Kobolds m’attendaient, apparemment. Du moins, c’était ce qu’il semblait d’après leur timing d’expert, alors qu’ils descendaient leurs haches de pierre vers ma tête. J’avais rapidement sorti Brunhild et je les avais tous les deux touchés. Heureusement pour eux, j’avais fait charger des balles de paralysie. Ils avaient échappé de justesse à une fin douloureuse.

J’avais réalisé que mon orbe de lumière était probablement un moyen facile de savoir que j’arrivais. C’était pratiquement une balise qui disait « embuscade » ou quelque chose du genre. J’aurais vraiment dû y penser.

Je passais les Kobolds effondrés et je commençais à me diriger vers les escaliers. Je m’étais arrêté un moment quand je découvris un petit passage latéral avec un ensemble de doubles portes au fond. J’avais pris la décision d’aller voir. Après tout, il n’y avait rien de mal à faire un détour.

Je m’étais dirigé vers le passage et j’ouvris les deux portes au bout. Là, je trouvais une petite pièce avec un coffre au trésor dans le coin. Ce genre de chose était assez courante dans les jeux vidéo, mais c’était un peu bizarre à voir dans la réalité.

Je voulais en quelque sorte demander pourquoi il y avait un coffre au trésor dans un endroit comme celui-ci, mais j’avais décidé de l’ouvrir à la place.

Mon cœur battait plus vite quand je me suis approché du conteneur, et… Je fis une pause pendant un moment, craignant brièvement un piège. Je ne voulais vraiment pas exploser. J’avais décidé de soulever un peu le couvercle, histoire de ne pas tenter le diable. Il n’était en tout cas pas verrouillé. J’avais donc ouvert le couvercle en faisant un petit clin d’œil, mais aucun piège n’était posé ! En regardant dans le coffre ouvert, je vis…

« Qu’est-ce que… »

Un couteau rouillé, une sacoche sale, un morceau de poteau qui semblait bancal et une hache en pierre faite à la main. La hache ressemblait à celle que les Kobolds d’avant brandissaient. Il semblerait que je sois tombé sur leur cachette secrète. Eh bien, c’était des déchets pour moi, mais probablement un trésor pour eux. Pourtant, il n’y avait aucune chance que la guilde veuille acheter ce genre de merde. Je regardais de plus près et je vis quelque chose qui brillait dans le coin du coffre. Ce que je vis n’était autre qu’une petite bande d’or. Il n’y avait pas de bijoux incrustés dedans, mais c’était certainement une bague en or. Si elle était vraie, elle aurait certainement une valeur.

En y pensant, où ont-ils trouvé le coffre au trésor ? Il était possible que le coffre ait contenu un trésor à un moment donné, mais les monstres avaient pu y retirer des choses une par une… En peu de temps, les Kobolds n’avaient plus qu’à s’en servir comme d’un autre récipient de stockage.

Le coffre au trésor aurait même pu provenir d’un autre étage. Il était possible que quelqu’un, ou… quelque chose l’ait traîné tout en haut depuis un étage inférieur.

Le véritable trésor aurait pu être pillé par les habitants du donjon et caché dans différentes cachettes… Il était tout à fait possible que les vrais trésors soient maintenant en possession de monstres.

Je pris l’anneau, mais je laissais le reste des affaires derrière moi. Bonne chance, petits Kobolds… Beaucoup de gens vont passer par chez vous et essayer de vous tuer.

Une fois au deuxième étage, j’utilisais la [Porte] pour retourner au bureau de Relisha.

« C’est une bague ordinaire sans enchantement particulier… Bien que, c’est effectivement de l’or. »

Wôw, c’est donc authentique… Je suppose que ça veut dire que les donjons contiennent de vrais trésors.

Le but de tout aventurier était de trouver des trésors dans les anciennes ruines et les donjons, et aussi de récolter des matériaux rares auprès des monstres. Il semblerait que beaucoup de créatures vivant dans les donjons avaient différemment évolué, et que les matériaux rares soient donc monnaie courante dans les niveaux inférieurs.

« Alors, puis-je vous acheter la bague ? »

« Bien sûr, allez-y. Combien vaut-elle ? »

« Voyons voir… Étant donné le mauvais travail manuel et la surface éraflée… Deux pièces d’argent est un bon prix. »

Hm… Deux pièces d’argent pour une bague en or… Ce serait le tarif demandé pour une semaine dans une auberge. Vu que je n’ai pas passé beaucoup de temps à explorer, ça semble assez juste. Mais j’ai peut-être eu de la chance de trouver ça…

Je m’étais rappelé que, si nous avions plus d’aventuriers, je devrais probablement améliorer nos logements. La Lune d’Argent n’avait probablement pas assez de chambres disponibles.

« Il y a autre chose, Votre Altesse. Les portes qui relient Brunhild et les îles… Qu’allons-nous faire pour le péage ? »

« Euh, le péage ? »

« Oui, le péage qu’un aventurier doit payer. Je pense que vous devriez au moins faire payer un droit d’entrée… Aviez-vous prévu de le rendre gratuit ? »

« Hm… Je suppose qu’une pièce de cuivre est probablement suffisante, non ? »

Elle me répondit que c’était assez bon marché, mais qu’il y avait toujours une chance que l’aventurier ne revienne pas. Je voulais que le plus grand nombre possible de personnes puissent rentrer chez elles en toute sécurité et utiliser les services disponibles à Brunhild.

La gratuité aurait été gênante, car nous n’aurions pas pu suivre les allées et venues. Je ne voulais pas que nous perdions la trace de ceux qui passaient et ne revenaient jamais, c’était pourquoi il valait mieux prévoir une redevance pour la tenue de la comptabilité. La carte de guilde était le moyen le plus simple de contrôler cela. En fin de compte, le péage ne générait pas beaucoup de revenus, mais de toute façon ce n’était pas vraiment son but.

Nous aurions probablement besoin de potions, de médicaments, d’armes, et d’armures aussi… Je ne voulais pas m’avancer, mais j’avais décidé de parler aux commerçants de la ville pour faire des provisions pour l’avenir. Il était possible que je finisse par avoir besoin d’un maître forgeron pour réparer les armes et aussi les armures.

J’étais un peu excité de voir où ce projet allait nous mener.

***

Partie 3

De gros flots d’aventuriers avaient commencé à se rassembler à Brunhild. Pourquoi ? Parce que la nouvelle concernant les donjons s’était rapidement répandue.

Après tout, c’était un territoire inexploré. Et en raison de leur situation isolée, ils étaient non répertoriés et intacts. L’attrait des trésors était bien trop grand pour qu’on y renonce, tant de gens étaient venus chercher fortune.

En fait, c’était le premier arrivé, premier servi. Tous les aventuriers voulaient être les premiers à explorer les donjons. Au fait, je les avais nommés Amaterasu, Tsukuyomi et Susanoo.

Dans le passé, j’avais délibérément limité les connaissances de mon sort [Porte] parce que je ne voulais pas être regardé avec attention ou suspicion. Mais il semblerait qu’il était aujourd’hui reconnu comme ma magie « signature ». Je suppose que c’était inévitable, j’avais fini par l’utiliser énormément pendant l’invasion de Yulong.

Quoi qu’il en soit, j’étais déjà dans une position de grande puissance. Je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un se retourne contre moi à ce moment-là. Il n’y avait donc pas de réel problème à révéler mes merveilles. Même s’ils essayaient, je les remettais à leur place.

Tout bien considéré, les portails qui reliaient Brunhild aux donjons étaient simplement acceptés comme quelque chose de lié à mon pouvoir.

Les donjons n’étaient pas seulement vastes, ils étaient dangereux. En raison de l’absence de civilisation dans la région depuis si longtemps, l’endroit était devenu un lieu de reproduction privilégié pour les bêtes magiques. Et bien que l’exploration n’ait pas duré très longtemps, il semblerait que certains groupes étaient déjà arrivés jusqu’au troisième étage.

La guilde était satisfaite, car elle voyait un accroissement des objets rares, des matières premières précieuses et des trésors.

Au début, je m’inquiétais du nombre d’aventuriers en ville, ce qui perturbait l’ordre public, mais ce n’était pas aussi grave que je le pensais. Il y avait néanmoins quelques rudes types et quelques fauteurs de troubles aux côtés des chercheurs de fortune.

Donc, même si ce n’était pas à grande échelle, il y avait une augmentation lente, mais constante des imbéciles qui pensaient pouvoir déranger mes citoyens et harceler les ouvriers des magasins.

Je ne connaissais pas les normes en vigueur dans les autres pays, mais je ne les laisserais certainement pas faire à leur guise. Quiconque était pris en train de causer des ennuis était traîné à la prison de Whisper (un espace clos rempli du bruit constant de clous sur un tableau noir), ou au Hellish Aroma Pen (un autre espace clos rempli d’une fraction d’un slime d’odeur). Cela leur donnerait amplement le temps de réfléchir à leurs attitudes.

J’avais aussi construit un hôpital en ville, et pas seulement à l’intention des aventuriers. J’avais plusieurs spécialistes de la magie de type de Lumière et quelques médecins qui y étaient stationnés, pour soigner les blessures et les maladies. J’avais aussi demandé à Flora de créer plusieurs médicaments pour les habitants de la ville.

Nous les facturions à un prix raisonnable, mais les enfants dont les parents étaient citoyens de Brunhild étaient soignés gratuitement. Si vous aviez moins de treize ans dans ce monde, alors vous étiez encore un enfant. Je ne voulais pas les exclure des soins de santé simplement parce qu’eux ou leurs familles n’en avaient pas les moyens.

J’avais dit que c’était gratuit, mais cela signifiait simplement que cela ne leur coûterait pas d’argent. Leurs parents devraient quand même travailler un jour ou deux sur des projets nationaux pour compenser. Mais s’ils pouvaient se permettre de payer en liquide, ils pourraient toujours éviter cela et payer les médicaments comme tout le monde.

Il y avait quelques stands alignés le long des portails, remplis d’huile à lampe, de corde, de rations, de médicaments, de bandages et d’autres produits de première nécessité pour les aventuriers. Il semblerait que chaque stand avait une spécialité différente. L’un vendait des couteaux, un compas, une cantine, etc.

Je m’étais approché de l’un des étalages et j’avais appelé le marchand. Celui-ci se tourna vers moi.

« Salut. Comment vont les ventes ? »

« Ah, pas mal du tout… Je pourrais bien finir par changer de carrière à ce rythme ! »

Cet homme était l’un des ninjas de Brunhild. En d’autres termes, c’était un ancien agent de Takeda, et un subordonné de Tsubaki.

Je l’avais fait assigner ici. Il était déguisé en vendeur et surveillait les gens qui passaient. Je ne voulais pas paraître suspect en lui parlant trop longtemps, alors j’avais commencé à ramasser des articles sur son étal pendant que je parlais.

« Des problèmes ? »

« Non, rien de grave. Bien qu’il y ait eu, ici et là, diverses disputes entre les groupes. Des choses mineures. »

Les combats liés aux trésors n’étaient pas vraiment des sujets nouveaux. Les conflits individuels étaient acceptables, à condition qu’ils n’impliquent pas des spectateurs sans lien de parenté.

« Quand je suis allé au donjon, il n’y avait que des kobolds au premier niveau. Quelle est la situation dans les étages les plus profonds ? »

« Les monstres communs au premier niveau comprennent les kobolds, les gobelins, les rats géants, les chauves-souris géantes et les lapins solitaires. Les monstres communs du deuxième niveau comprennent les hobgoblins, les archers gobelins, les squelettes et les orcs. Quant au troisième étage… J’ai entendu dire qu’il y avait des mantes tueuses et des Dullahans. »

Hein, Dullahans ? Je me souviens d’avoir combattu l’un d’entre eux il y a une éternité. J’avais eu beaucoup de mal à l’époque. Il pourrait être difficile de combattre sans un utilisateur de magie de lumière, ou au moins sans armes anti-morts-vivants.

« Les monstres dans chaque donjon semblent être très variés. Amaterasu semble avoir une abondance de bêtes magiques, tandis que Tsukuyomi a un afflux de morts-vivants. Susanoo, par contre, semble avoir des types de monstres plus génériques. »

Apparemment, la différence entre un monstre ordinaire et une bête magique tenait simplement aux caractéristiques bestiales qu’ils possédaient. Je ne savais pas vraiment pourquoi ils avaient pris la peine de faire une telle distinction. Mais je me demandais quand même pourquoi les différents donjons semblaient favoriser différents types de monstres. C’était peut-être simplement un cas d’instinct de prédateur. Les bêtes magiques se mangeaient même entre elles, alors peut-être que les autres classifications de monstres gravitaient loin de leur terrain principal.

J’avais remercié le ninja et m’étais dirigé vers le portail. Il y avait maintenant trois portes au total, chacune menant à l’entrée d’un donjon différent.

Cependant, l’emplacement réel des îles était en fin de compte la même. Rien n’empêchait quelqu’un de nager vers une autre plage ou de construire un bateau pour se rendre aux autres endroits. Mais la plupart des aventuriers trouvaient plus pratique de revenir à Brunhild et de passer par une autre [Porte].

Même s’ils devaient présenter leur carte de guilde et payer une pièce de cuivre, c’était toujours plus facile que de se déplacer d’île en île à l’ancienne.

Une seule pièce de cuivre était l’équivalent d’un repas dans ce monde, alors je m’étais dit que cela représentait environ mille yens. Mais si c’était le cas, alors j’avais l’impression que faire payer deux pièces de cuivre par nuit à la Lune d’argent était probablement un peu bon marché. D’autant plus que cela comprenait trois repas. Mais cela signifiait quand même que cela coûterait environ soixante mille yens pour un mois entier. Vu sous cet angle, le prix était probablement assez élevé. Hmph…

Quoi qu’il en soit, comparer la monnaie entre ce monde et mon ancien monde était un exercice inutile. J’avais décidé de ne pas trop y penser.

« Touya-dono ! »

« Touya… ! »

« Hm ? Yae et Hilde ? Quoi de neuf ? »

Je m’étais retourné pour trouver un duo d’épéistes qui courait vers moi. Elles semblaient vraiment plus proches ces derniers temps, probablement parce qu’elles s’affrontaient toujours ensemble.

« Nous avons convenu de nous mettre en route et d’enquêter sur les ruines tout en nous entraînant en même temps. Hilde-dono n’a néanmoins pas autant d’expérience que moi dans le combat contre les bêtes magiques. »

« Oui ! Regardez, j’ai même reçu une carte de guilde ! Bien qu’elle soit encore noire… Elle n’est pas tout à fait comparable à la tienne, Yae. »

Hilde brandit timidement sa carte de guilde. Elle semblait heureuse.

 

 

Sa carte était noire, la couleur du débutant. Le niveau le plus bas possible… Le fait de penser que la Princesse chevalière de Lestia était considérée comme débutante était un peu drôle. Ça ressemblait à une mauvaise blague. J’avais décidé qu’on allait travailler pour réparer ça. Celle de Yae était rouge. Cela était dû au fait qu’elle avait vécu des aventures avec moi pendant un certain temps.

Cela dit, passer au niveau rouge en si peu de temps était pratiquement impensable. Pourtant, je ne pouvais pas être si surpris que ça. Yae était remarquablement puissante, elle l’était même avant que je ne l’aie rencontre.

« Qu’est-ce qui t’amène ici, Touya-dono ? »

« Oh, moi ? Je fais juste une petite inspection de sécurité. »

« Ah, si tu as fini, voudrais-tu venir avec nous ? »

« Oh, bien sûr. Allons-y. »

Nous avions franchi la porte d’Amaterasu et étions arrivés sur les sables blancs nacrés.

Ne vous inquiétez pas, j’avais payé la redevance comme tout le monde. Je ne voulais pas qu’on fasse des histoires, du genre que mes fiancées et moi avions eu un traitement spécial. Cela nous ferait trop remarquer aussi. Normalement, je n’aurais utilisé que ma propre [Porte], mais j’avais décidé d’en profiter pour vérifier que celles-là fonctionnaient bien.

L’archipel était composé de sept îles. Certaines grandes, d’autres petites. Il n’y avait cependant pas de donjon sur la plus grande île. C’était juste une région sauvage, gouvernée par des monstres et des bêtes magiques.

Il y avait beaucoup de monstres végétaux sur cette île, alors les gens devaient faire très attention quand ils regardaient autour d’eux. Il semblerait qu’il y avait quand même des gens qui s’aventuraient sur l’île principale. Ceux-ci finissaient parfois par se blesser, mais en fin de compte, ce n’était pas mon problème.

Il semblerait que l’île contenait des herbes, des noix et des baies inhabituelles, il y avait parfois des quêtes de guilde visant à aller les chercher.

J’avais invoqué [Orbe de lumière] alors que nous approchions de l’entrée du donjon. Amaterasu était le donjon dans lequel j’étais entré à l’origine, et il semblerait y avoir une quarantaine d’aventuriers à l’intérieur en ce moment. Si je suppose qu’un groupe était composé de quatre personnes, cela signifie qu’il y avait une dizaine de groupes en bas.

« Il y a forcément des conflits avec tant de groupes en bas, n’est-ce pas ? »

« Eh bien, c’est assez grand là-bas. Même s’ils se croisent, ils peuvent se saluer et se séparer à nouveau. Ils pourraient même s’échanger des provisions. Je suis sûr qu’ils n’auront pas encore de lutte de territoire pour les trésors. »

Trois loups solitaires sautèrent et nous attaquèrent alors que nous entrions dans le donjon. Avant que Yae ou moi n’ayons pu réagir, Hilde avait sauté en première ligne et les tua tous. Elle devenait de plus en plus coriace.

« Que dois-je faire avec ça ? Ces cornes n’ont-elles pas de la valeur ? »

« Oui, mais juste les cornes. Leur viande est trop dure à manger, et leur peau est trop fibreuse. »

« On peut donc prendre la corne et laisser le reste ? »

« Oui, il suffit de les pousser contre les parois pour que personne ne trébuche dessus. J’imagine qu’ils deviendront des repas pour d’autres bêtes magiques. Sinon, elles attireront les slimes quand elles commenceront à se décomposer. »

***

Partie 4

Les slimes vivaient apparemment dans toutes sortes de donjons. Ils attaquaient les gens de temps en temps, mais pour la plupart, c’était des charognards inoffensifs. En gros, ils mangeaient et dissolvaient les déchets des donjons.

Les cadavres et les déchets ne faisaient pas non plus exception à cette règle. Par conséquent, la plupart des donjons restaient assez propres. Que les slimes soient loués.

Même si les slimes fonctionnaient comme des aspirateurs vivants, il semblerait qu’ils évitaient le contenu des coffres aux trésors. Mais ils avaient aussi tendance à éviter le métal en général. Si je me souvenais bien, les slimes purifiaient en fait les masses d’eau dans lesquelles ils entraient. Il s’agissait donc probablement de différents slimes ayant des spécialités de nettoyage différentes.

Il y avait une théorie selon laquelle les slimes étaient en fait des créations humaines de l’époque antique. C’était certainement possible. Après tout, je n’avais aucune idée de l’origine des slimes. C’était probablement l’œuvre d’un stupide magicien. J’avais décidé de faire des recherches dans la bibliothèque plus tard.

Hilde traîna les loups solitaires sur le côté et leur coupa les cornes. Les cornes ne valaient pas grand-chose, mais la guilde était tout à fait disposée à nous les retirer des mains.

Par la suite, Hilde avait habilement tué des chauves-souris géantes, des rats géants et de nombreux lapins. Il y avait effectivement beaucoup de bêtes magiques ici. Bien que nous ayons vu de temps en temps un gobelin ou un kobold sortir sa tête.

J’avais décidé de ne pas afficher la carte, ni même de révéler que j’en avais une aux filles. Après tout, nous n’étions pas là pour dresser la carte du donjon. En plus, c’était plus amusant de faire une visite aveugle de l’endroit… Bien que les filles aient fini par découvrir les escaliers du deuxième étage beaucoup plus vite que je ne l’avais prévu.

Nous descendîmes les escaliers et arrivâmes dans une autre grande salle. Il y avait un chemin à gauche et un chemin à droite. Nous avions décidé de nous diriger vers la droite. Nous étions arrivés à un autre carrefour, puis à un autre.

« Maintenant que j’y pense… Nous devrions investir à la fois dans une carte et une boussole. Si vous vous perdez, vous risquez de ne pas pouvoir revenir. »

Hilde avait raison, la plupart des aventuriers avaient certainement fait cela. Moi, en revanche, je pouvais me permettre d’être paresseux sur des sujets comme celui-ci. Je n’avais pas à m’inquiéter de me perdre grâce à mon sort [Porte].

Nous avions continué avec désinvolture, jusqu’à ce que nous soyons arrivés devant une grande paire de doubles portes. Nous entrâmes et nous nous retrouvâmes dans une petite pièce. Il y avait aussi un coffre au trésor dans le coin. Je m’étais demandé si c’était la cachette secrète d’un monstre.

J’imaginais un personnage de jeu stéréotypé envahissant la maison de quelqu’un et ouvrant tous ses meubles à la recherche d’un trésor.

Hilde avait l’air extrêmement excitée. C’était, après tout, son tout premier coffre au trésor. Moi, par contre, je me sentais juste mal à l’aise.

Le coffre contenait des poignards. Beaucoup, beaucoup de poignards. Certains étaient rouillés, d’autres n’étaient que des manches de poignard. Il n’y avait que des déchets. C’était ce que je pensais. Rien de tout cela n’avait de la valeur.

Mais je ne savais pas pourquoi, il n’y avait que des poignards… Peut-être que la personne ou la créature qui les avait cachés là n’était qu’un fanatique. Mais certains animaux comme les corbeaux et les chiens aimaient collectionner des trucs bizarres.

« Comme c’est décevant… »

« Voyons, Hilde. Les vrais trésors ne sont pas si faciles à trouver. »

« Patiente un peu, Touya-dono. N’est-ce pas un poignard en argent ? »

J’avais regardé ce que Yae me montrait, bien sûr, et même si c’était poussiéreux et au tout au fond du coffre… il y avait un poignard en argent pur. C’était un simple poignard, pas très orné, mais il serait certainement assez bon pour être vendu. Un trésor était un trésor, après tout.

« Je ne pense pas qu’il se vendra cher, mais qu’en penses-tu ? »

« Non… Je vais garder ça en souvenir. Un souvenir du jour où j’ai commencé à ma vraie carrière d’aventurière. »

Hilde glissa la lame dans une poche à sa taille. Si elle ne voulait pas la vendre, je n’allais pas l’en empêcher.

Comme Hilde souriait, je souriais aussi.

◇ ◇ ◇

« Voilà, ça devrait le faire. »

« Wôw… Tu es fou… Mais je suppose que c’est la norme maintenant, hein… »

Je venais de finir de rénover la Lune d’argent, alors j’avais sauté du toit.

Il y avait trop d’aventuriers et trop peu de chambres, alors j’avais agrandi le premier bâtiment et j’en avais construit un deuxième pour faire bonne mesure.

En plus de cela, le nouveau bâtiment avait été officiellement reconnu comme une auberge d’aventuriers affiliée à la guilde. En d’autres termes, la deuxième bâtisse était associée à la guilde et construite près des portails pour que les aventuriers puissent facilement y séjourner après être sortis des donjons.

J’avais apporté quelques modifications à la bâtisse principale et augmenté un peu le prix du séjour, afin qu’elle puisse être le lieu de séjour principal pour les commerçants et les voyageurs. Je n’avais pas trop augmenté le prix, je ne voulais pas que les gens nous traitassent d’escrocs. Compte tenu de ce que l’endroit offrait en termes de commodités, le prix était plus qu’équitable.

« Vous êtes seulement venu demander si quelques rénovations seraient acceptables… Je ne m’attendais pas à ce que vous fassiez tout ça en quelques heures. Je suis étonné… »

« Oui… C’est vraiment quelque chose… »

Micah, la propriétaire, et Fleur, l’une de ses employées, regardaient la nouvelle Lune d’Argent améliorée avec de grands yeux émerveillés.

« Oui, c’est facile. Il ne reste plus qu’à décider du nombre de personnes à embaucher. »

« Ah, dans ce cas… J’ai en fait quelques lettres de candidature ici. Il y a quelques personnes de chez nous à Reflet qui ont exprimé le désir de s’installer ici. »

Des amis de chez Reflet, hein… Ça me paraît bien. J’avais ouvert une [Porte] et j’avais emmené Micah dans la ville endormie de Reflet.

Nous avions commencé à parler avec les gens dont Micah avait parlé, et il semblerait qu’ils étaient tous plus qu’heureux de venir travailler à Brunhild.

Certains d’entre eux avaient même dit qu’ils voulaient commencer à travailler tout de suite, alors nous les avons envoyés faire leurs bagages et nous les avions fait revenir avec nous sur le chemin du retour. C’était un peu comme voler des citoyens, mais bon, ils voulaient travailler.

Nous avions du temps libre après cela, alors Micah était allée parler à Dolan, son père. J’avais décidé de faire une petite promenade, car je ne voulais pas m’immiscer dans les affaires père-fille.

Je ne m’étais pas rendu à Reflet depuis longtemps, alors c’était un peu nostalgique. En marchant, j’avais pensé un peu à l’avenir de Brunhild.

« Je suppose que nous devons nous réapprovisionner en armes, en armures et en marchandises pour aventurier… Le magasin d’Olba à Brunhild est aussi probablement en train de se vider… Mais quand même, le transport des marchandises vers et depuis Brunhild prend du temps… Les transports ne peuvent pas aller plus vite. »

Olba avait un artefact qui lui permettait de transporter des marchandises plus petites plus rapidement que les autres marchands, mais il avait quand même ses limites.

J’avais abandonné l’idée au départ… Mais peut-être que je devrais après tout faire une voiture ? Non, si je devais faire quelque chose, ce devrait être un train…

Mais bon… les voitures à chevaux sont assez rapides, peut-être que si je pourrais augmenter leur capacité de transport… Attendez. Je ne peux pas appliquer la [Gravité] pour alléger les voitures ? Oui, c’est une excellente idée. Je peux faire une voiture à chevaux légère et polyvalente. Olba l’achèterait, même si c’était cher. En plus, si je l’enchantais avec [Stockage], elle pourrait en transporter beaucoup plus !

Je m’étais demandé quelles étaient les variantes de véhicules que je pouvais réaliser. Il serait possible de faire un carrosse avec des enchantements défensifs pour les membres de la famille royale ou les nobles. Cette idée me fit penser que mes écuries royales ne contenaient pas de chevaux. Vu que nous utilisions la [Porte] pour nous déplacer, ce n’était donc pas nécessaire.

Tout cela mis à part, les choses s’amélioraient à Brunhild. Les donjons connaissaient un grand succès. Personne n’était encore mort, mais il y avait un certain nombre de blessés qui passaient chaque jour. Apparemment, après le premier étage, la puissance des monstres et des bêtes magiques s’était considérablement accrue. Si les aventuriers ne pouvaient pas faire le bon choix, ils finissaient par être gravement mutilés.

D’après ce que j’avais entendu, Amaterasu avait été exploré jusqu’au quatrième étage. Plusieurs groupes avaient acquis des trésors précieux dans des salles isolées à ce niveau également. Les rumeurs s’étaient répandues, et le nombre de chercheurs de trésors ne tardera certainement pas à augmenter à nouveau.

Alors que je réfléchissais en moi-même, je regardais vers ma gauche et je me retrouvais devant le magasin de Zanac. Comme c’était nostalgique. C’était le premier magasin que j’avais vu en me retrouvant dans ce nouveau monde.

Mais c’était un peu différent maintenant. Pour commencer, il était presque deux fois plus grand qu’à l’origine. Et maintenant, ils vendaient des choses comme des uniformes scolaires et des maillots de bain, ils faisaient donc probablement beaucoup de profit avec leurs designs inhabituels et exotiques. J’avais décidé de jeter un coup d’œil à l’intérieur.

« Bienvenue ! Bienvenue au roi de la mode Zanac ! »

J’étais entré dans la boutique et j’avais été accueilli par une fille un peu plus âgée et souriante… Je supposais que c’était dans sa description de poste de saluer les gens comme ça…

Ce magasin avait également une succursale à Brunhild, je savais donc très bien à quel point l’endroit était tape-à-l’œil et surfait.

J’avais demandé à la servante d’appeler Zanac, et peu de temps après, l’homme lui-même était là devant moi.

« Ohoho. Eh bien, si ce n’est pas Son Altesse en personne. Qu’est-ce qui vous amène à Reflet en cette belle journée ? Une question urgente, peut-être ? »

« Nous cherchions simplement à recruter d’autres employés pour travailler à la Lune d’argent à Brunhild. J’ai fini par venir avec Micah pour en parler à quelques personnes. Maintenant, je suis là, puisque j’avais du temps à tuer. »

« Oho, je vois… Est-ce que ça veut dire que vous pourriez commander des uniformes d’employés ? »

Oh, il marque un point. Ça m’avait complètement échappé. Mais Zanac était très fort. Il avait l’œil opportuniste d’un trader.

Je n’avais pas pu me décider à l’époque, car je ne connaissais pas la taille des nouveaux employés, alors j’avais dit à Zanac que je passerais la commande à la succursale de Brunhild de son magasin plus tard.

« Oh, c’est vrai. J’avais une petite affaire dont je pensais pouvoir vous parler, Votre Altesse. Un noble de Roadmare a passé commande d’une robe au design inhabituel et unique. Si cela ne vous dérange pas, je me demandais si vous pourriez avoir… des idées créatives sur des robes qui ne ressemblent à aucune autre. »

« Un design de robe unique, hein… Hmm. Puis-je avoir du papier blanc ? »

Alors que l’employé s’enfuyait pour aller me chercher du papier, j’avais sorti mon smartphone et j’avais commencé à chercher des robes fantaisies. J’avais choisi une vingtaine de modèles intéressants. J’avais ensuite utilisé [Dessin] pour imprimer les dessins et les avais remis à Zanac.

« Bonté divine… Je n’ai jamais rien vu de tel. Je suis sûr que le client sera satisfait de l’un d’eux, merci ! »

« Oui, je suis presque sûr qu’aucune des familles royales n’a de robes comme celles-ci. Donc si c’est quelque chose d’unique qu’il recherche, alors il ne trouvera sûrement pas mieux ailleurs. »

Si le noble voulait quelque chose d’unique, il avait de la chance que sa commande arrive au bon moment pour que je l’aide.

Et au moment où j’imprimais quelques dessins pour des gants et des chaussures assortis, un homme fit soudain irruption par la porte d’entrée avec une présence et une force excessives.

***

Partie 5

Il s’agissait de Barral, le propriétaire de l’armurerie des Huits Ours. C’était une surprise. Mais, avant même que je puisse réagir à l’imposante entrée dramatique de l’homme…

« Z-Zanac ! Il y a un dragon ! Un Dragon attaque Reflet, tu dois sortir d’ici ! »

« Quoi !? »

Un dragon !? J’étais sorti en trombe et je levais les yeux. Je vis une créature verte qui tournait au-dessus de moi.

Elle avait des yeux rouges profonds, une peau rugueuse et des épines qui dépassaient de sa queue. Elle était à peu près de la même taille que le dragon noir que j’avais affronté à Mismede.

La seule différence était que ce dragon vert avait deux pattes arrière, et que ses ailes fusionnaient avec les deux membres de devant. Contrairement au dragon noir que j’avais combattu auparavant, qui avait quatre pattes et un ensemble d’ailes séparé, celui-ci était visuellement distinct. C’était une wyverne !

« Groaaargh ! »

La ville était tombée dans la panique lorsque la bête poussa un terrible rugissement. Elle se couvrit le cou et commença à lancer des germes de flamme de sa bouche.

« Gh… ! »

J’utilisais [Vol] pour m’envoler et, me faufilant habilement entre les projectiles enflammés, je m’étais approché de la créature. Puis, j’avais tendu mon bras droit.

« [Absorption]. »

Les boules de feu se dissipèrent rapidement, s’écoulant dans mon corps comme une énergie magique brute. [Absorption] était une autre de mes récentes acquisitions de la magie Néant. Elle transformait les effets magiques en énergie magique, et l’accordait à celui qui lançait le sort d’absorption. Le souffle d’un dragon était simplement la conversion de l’énergie magique en flammes, il était donc naturellement affecté.

Mais c’était encore très proche. Si l’une de ces explosions avait touché la ville, cela aurait été une catastrophe totale.

« GRAUUUUUUURGH !! »

Les yeux de la Wyverne se braquèrent sur moi. Il me regardait avec des yeux qui disaient : « Ne t’approche pas de moi, peste ».

Hé, ne me regarde pas comme ça ! C’est toi qui es le fauteur de troubles ici !

J’accélérais vers la wyverne. Je lui donnais un coup de pied sévère dans les tripes. J’avais aussi appliqué un certain effet magique à côté du contact.

« [Gravité]. »

La créature s’était soudainement précipitée vers le bas en raison de l’amplification de son propre poids. Il s’écrasa dans la rue principale. Heureusement pour moi, l’endroit avait été complètement évacué. La bête n’avait plus maintenant aucun moyen de s’échapper.

Je regardais la wyverne avec un ricanement. Elle luttait désespérément pour s’envoler, mais son corps était bien trop lourd. J’invoquais [Gravité] sur moi-même pour augmenter massivement mon propre poids et, d’une hauteur de plusieurs dizaines de mètres, je m’étais effondré sur la pathétique créature. J’avais entendu un bruit de craquement distinct lorsque la colonne vertébrale de la créature se brisa et éclata. Elle était morte.

« Purée… Quel emmerdeur ! »

Des acclamations jaillirent de tous les côtés alors que j’examinais le corps draconique qui tremblait. Peu à peu, une fois le danger passé, les habitants de la ville étaient venus se rassembler autour de moi.

« Bonté divine… Incroyable… Vous avez tué un dragon comme ça, un dragon en l’air en plus… Dieu merci, vous étiez en visite aujourd’hui, Votre Altesse… »

Zanac marmonnait doucement en regardant de haut en bas la wyverne morte. Barral me regardait fixement, perdu dans ses mots. Micah et Dolan se précipitèrent hors de la foule.

« Ce… Seigneur, vous êtes parti et vous avez encore fait quelque chose de fou. Je suis content que la ville aille bien, mais… qu’est-ce que vous allez faire avec ça ? »

« Je n’en ai pas vraiment besoin. Tu peux prendre la viande, Dolan. D’après ce que j’ai entendu, la chair de dragon est censée être très savoureuse. Zanac, tu peux avoir sa peau. Si tu la tannes, tu devrais pouvoir faire de bonnes vestes et ainsi de suite. Barral, tu peux avoir les os. Ils feront de bons matériaux pour la fabrication d’armes. »

Tout le monde dans les environs avait été choqué par mes paroles, mais c’est Micah qui avait vraiment pris la parole.

« A-A-Attendez une seconde ! Vous savez que les matériaux de dragon sont de première qualité, n’est-ce pas ? ! Êtes-vous sûr que ça ne vous dérange pas de le donner comme ça ? »

« Oui, comme je l’ai dit, je n’en ai pas besoin. Cela devrait aider un peu tout le monde. Je serais heureux que vous le preniez tous. Après tout, vous avez été gentils avec moi quand je suis arrivé. »

Je n’avais passé qu’un peu de temps à Reflet, mais c’étaient vraiment des gens bien. J’avais une dette envers eux. Alors s’ils acceptaient quelque chose comme ça, cela m’aiderait à donner l’impression de redonner un peu.

« Ah, fais attention quand tu enlèves la queue, d’accord ? Ces barbes ont l’air venimeuses. »

« Oh ? J’ai compris. Merci. »

Après mon avertissement, Dolan commença à enlever soigneusement les barbes de la queue de la bête.

Pourtant… Pourquoi y avait-il une wyverne ici ? Si elle avait faim, il y avait une bande de loups solitaires dans la forêt du sud… On dirait qu’elle visait directement cette ville.

Relisha m’avait dit que des témoins oculaires avaient rapporté d’autres attaques de dragons ces dernières semaines.

De faibles dragons étaient apparus dans Yulong, Sandora et Roadmare. Les wyvernes étaient une sous-espèce de dragon, mais étaient toujours classées comme des dragons faibles. Je m’étais cependant demandé pourquoi elles attaquaient les gens. Il devait sûrement y avoir une raison cachée à tout cela.

« Hm. Qu’est-ce que c’est... »

Dolan leva le front en pelant quelques écailles. Il avait enlevé la tête, mais s’arrêta quand il remarqua quelque chose d’inhabituel sous la peau.

J’avais regardé ce qui préoccupait Dolan, et j’avais trouvé quelque chose enfoncé profondément dans le crâne du dragon.

Je le retirais. C’était une sorte d’objet pointu, d’une trentaine de centimètres de long. Cela ressemblait vaguement à une brochette, c’était assez épais. D’après l’aspect des choses, il avait creusé dans le crâne du dragon et pénétré dans son cerveau. Je pouvais sentir une très faible, mais très réelle impulsion de pouvoir magique parcourir l’étrange dispositif.

« … Ne me dites pas que le dragon était contrôlé par cette chose. »

Je regardais ce pieu étrange, en fronçant un peu les sourcils. Une idée m’était venue. C’était peut-être un autre objet qui était tombé de l’entrepôt. Cette pensée m’avait troublé pendant un moment. Je mis l’objet dans le [Stockage]. J’avais décidé de demander à Cesca et aux autres gestionnaires si elles le reconnaissaient plus tard. Si c’était un objet de l’entrepôt, elles le connaîtraient sûrement.

Mais quand même, la présence de cette chose était troublante en soi. Si le dragon était manipulé par cet artefact, alors il y avait une sorte de personne qui le contrôlait. Un marionnettiste qui tirait potentiellement les ficelles de toute une espèce.

J’étais inquiet. Surtout parce que je le sentais dans mes os. C’était un sentiment sombre, le sentiment que quelque chose, quelque part, était sur le point de mettre en danger beaucoup de gens. À mon grand regret, j’avais su à ce moment-là que mes sentiments n’étaient pas faux. Quelque chose de terrible allait se produire. J’aurais parié ma vie là-dessus.

◇ ◇ ◇

« Je peux dire avec une absolue certitude que ce n’est pas l’une des créations du Docteur Babylone. »

« Sérieusement, Cesca ? Ça ne vient pas de l’entrepôt ? »

« C’est exact. »

Une wyverne avait attaqué Reflet. Il avait une étrange aiguille dans le cerveau, alors j’avais décidé de la montrer à Cesca. Elle avait immédiatement rejeté ma théorie. Rosetta prit alors l’aiguille dans sa main, et l’étudia avec soin.

« Monsieur ! Il semble que ce soit une Aiguille à Résonance Dominante ! Sûrement l’œuvre du Professeur Elks, oui, messieur ! »

« Euh… Professeur Elks ? »

« Professeur Deborah Elks. Au temps de la splendeur de Partheno, elle était connue comme un maître des artefacts magiques. Elle était cependant plusieurs degrés inférieurs à notre cher Docteur Babylone. »

Huh… Je suppose qu’il ne m’est jamais venu à l’esprit qu’il pourrait y avoir plus de gens comme elle. Je suis quand même content de savoir que ça ne vient pas de l’Entrepôt. Je me sens un peu moins responsable de ça, maintenant. En fin de compte, un outil n’est pas plus méchant que son possesseur, donc le responsable est évidemment celui qui a mis ce truc dans la tête de cette wyverne !

Le bracelet protecteur, le bracelet draineur, et ce bijou bizarre qui rendait les gens immortels… Ils étaient tous maniés par des gens méchants qui finissaient par être consumés par leurs désirs. L’Épée Sainte Lestienne, par contre, était justement maniée par un roi juste qui était aimé de tous ceux qui le suivaient. Il ne s’agit en fait que de la personne qui se trouve derrière l’objet. Mais même si c’est le cas… ce n’est pas comme si j’allais rater le gynoïde terminal à l’entrepôt. C’est de sa faute, elle a été si négligente au départ !

« Il y a beaucoup à dire sur le professeur Elks, monsieur ! Elle tenait madame Babylone en très basse estime, oui monsieur ! Elle fabriquait beaucoup d’artefacts, et Madame Babylone disait toujours qu’ils étaient solides, mais elle négligeait toujours les dispositifs de sécurité, ou les imprégnait d’effets étranges qui finissaient par causer des ennuis à leurs utilisateurs ! Chaque fois que le Professeur Elks apportait des objets à Madame Babylone, elle lui disait que ses objets étaient intéressants, mais sans inspiration ! »

« Oui, le Docteur Babylone a eu une relation tendue avec Elks. Les créations du docteur étaient toujours de bien meilleure qualité, au grand dam d’Elks. »

Mais c’est probablement comme ça que ce satané docteur était. Elle a probablement pris un réel plaisir à taquiner Elks. Ça me rappelle un peu le cas d’Akechi Mitsuhide et Oda Nobunaga. Un génie et un jeune prodige ne sont pas du tout dans la même classe. Babylone ne considérait probablement même pas Elks comme un adversaire ou une rivale… Ça devait être nul d’être le moindre des deux.

« Alors, c’est quoi cette histoire d’aiguille à résonance dominante ? »

« Ah, oui monsieur ! Une Aiguille de Résonance Dominante est un artefact conçu pour prendre le contrôle de bêtes magiques, monsieur ! Elle est remplie de magie et une fois transpercée à travers le crâne, permet à l’utilisateur de contrôler la créature affectée à volonté ! Elle fait ressortir le plus grand potentiel de la créature affectée, mais diminue aussi rapidement sa durée de vie. Il y avait également des risques associés à l’atteinte de l’esprit de l’utilisateur, puisqu’il force un lien mental entre les deux, monsieur ! C’est pourquoi il a finalement été jeté à la poubelle ! »

Je vois… C’est solide, mais aussi extrêmement dangereux. J’ai compris. Quiconque essaierait de l’utiliser finirait par porter un fardeau incroyable. Mais je ne pense pas que Babylone était en mesure de juger, vu qu’elle a fabriqué ce gros bijou d’immortalité… Mais attendez, cela signifie-t-il que la personne qui contrôlait la wyverne ne savait pas ce qu’elle faisait ? Ou peut-être qu’il est toujours conscient du risque. Quand bien même, contrôler un dragon est mauvais. Ils sont censés être les plus forts, donc en avoir un tas sous votre contrôle est un danger certain… Si un dragon rouge comme celui que nous avons rencontré à Mismede était sous le contrôle de ce mystérieux homme… Ce serait terrible. Pourtant, je ne pense pas qu’une créature intelligente comme ça puisse être si facilement influencée, artefact ou pas.

« Est-ce que je vous dérange ? »

« Hein ? Kougyoku ? Quoi de neuf ? »

Kougyoku était entré en volant par une fenêtre voisine. Après s’être perchée sur la table, elle tourna la tête vers moi.

***

Partie 6

« Si je peux me permettre, puis-je suggérer que nous fassions appel au monarque d’azur et que nous nous renseignons sur des questions de nature draconienne ? »

Attendez… Le monarque d’azur ? Comme… l’un autre des quatre monarques ? Le Dragon d’azur de l’est, n’est-ce pas ? Kohaku règne sur les bêtes, Sango et Kokuyou règnent sur les créatures aquatiques et à écailles… et Kougyoku est le maître des oiseaux, n’est-ce pas… ? Ensemble, ils forment les Bêtes célestes, mais je ne pensais pas qu’ils contrôlaient les bêtes magiques…

« Strictement parlant, les dragons ne sont pas vraiment des bêtes magiques. Ce sont des créatures indépendantes et elles sont toutes liées au monarque d’azur. Les ramifications de leur espèce comprennent les lézards, les crocodiles, etc... Mais ces créatures relèvent davantage du domaine du monarque noir. En tout cas, j’ai pensé que nous pourrions faire appel au monarque d’azur si nous nous opposons aux dragons. Je n’ai pas non plus vu son visage depuis un certain temps, donc ça pourrait être une réunion agréable. »

« Seigneur, je refuse humblement ! » 

Kohaku fit soudainement irruption dans la pièce, claquant les portes à pleine puissance sous la forme d’un tigre blanc.

Allez, mec ! Je t’avais dit de ne pas te montrer comme ça dans le château !

« Le Seigneur Touya peut absolument résoudre ce problème sans avoir à faire appel à ce misérable, Kougyoku ! Mon seigneur, je vous demande humblement de reconsidérer votre décision. »

Whoa, du calme ! Et ne t’approche pas de moi sous cette forme avec ces yeux ! Tu es terrifiant en ce moment ! Ne me mange pas !

« Allons, le monarque d’azur nous aiderait bien, n’est-ce pas ? »

« La petite chatte est toujours en mauvais termes avec Bluey-wuey, hm… ? Quel délicieux désespoir, mon chéri... Hehehehee... »

Sango et Kokuyou avaient rapidement suivi, nageant gracieusement dans les airs. Soudainement, j’avais compris pourquoi Kohaku flippait.

« Ghh… C’est vrai, mais quand même… Les choses iraient mal si cette stupide bête à grosse cervelle s’interposait entre nous, mon seigneur ! Ce n’est rien d’autre qu’un bavardage mélancolique, comprenez-vous !? Même me souvenir du monarque d’azur me fait bouillir le sang ! »

Kohaku avait réduit sa taille, mais ne s’était pas moins fâché. Honnêtement, il ressemblait à un gamin faisant une énorme crise de colère… J’avais été étonné de voir Kohaku y apporter des sentiments, surtout après avoir été d’habitude si cool et si recueilli.

« Le monarque d’azur est sage et rationnel… C’est un mélange terrible pour Kohaku qui est impétueux et impulsif. Les deux sont comme de l’eau et de l’huile. Mais plutôt que d’être en mauvais termes tous les deux, je pense que c’est plutôt qu’ils ont du mal à coopérer. Ils reconnaissent sûrement les qualités de l’autre, et ils sont tous les deux aussi têtus. »

« Assez, Kougyoku ! La seule chose que je reconnais chez cet idiot bleu stupide, c’est son incapacité totale à lire l’ambiance ! »

Kohaku sauta sur la table et se mit à crier sur Kougyoku.

Très bien, ça suffit. On n’arrivera à rien comme ça.

« Kohaku, je comprends tes sentiments… mais je vais quand même essayer la convocation. »

« Nooon ! »

« Oui. Je ne vais pas vous forcer à vous entendre, donc vous n’avez pas besoin d’être amis. Mais je veux saisir cette chance, alors au moins tolérez-vous les uns les autres. Je vais m’énerver si vous vous disputez, compris ? »

Je m’étais dirigé vers la cour, Kohaku m’avait suivi tranquillement, la queue entre les jambes. Il n’y avait personne autour, alors j’avais immédiatement commencé la convocation.

Je dessinais le cercle d’invocation en utilisant une pierre de magie comme craie, et j’y avais versé de la magie élémentaire noire.

Un nuage noir s’était formé et commença à s’épaissir progressivement. Nous avions alors mélangé la magie de Kohaku et des trois autres. Ainsi, la préparation était bel et bien terminée.

« Le maître du printemps, des arbres, du domaine de l’Est et des rivières à grand débit… Tenez compte de mon appel. Apparaissez devant moi ! »

En réponse à mes paroles, le brouillard noir commença à se gonfler puis se dispersa. À sa place se trouvait un énorme dragon azur. Ses écailles étaient comme des saphirs, ses yeux étaient du plus profond des bleus. Contrairement à la wyverne, il était clairement à quatre pattes et avait de magnifiques ailes qui dépassaient de son dos. Compte tenu de ses similitudes mythologiques avec les légendes de mon monde, je m’attendais à ce qu’il ait l’air d’un dragon chinois, mais c’était plutôt un dragon d’apparence plus typiquement occidentale.

« … Hmhm. J’ai cru sentir un soudain élan de nostalgie m’envahir. Quand je pense que c’était vous… Pourquoi m’avez-vous appelé ici ? »

Le dragon d’azur parla d’une voix calme et sereine. On aurait dit une gentille maîtresse. Ou du moins une femme en position de pouvoir.

« Ça fait un moment, monarque d’azur. »

« Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu, Bluey. »

« Tu as l’air en forme, monarque d’azur. »

Sango, Kokuyou et Kougyoku saluèrent le nouvel arrivant, mais Kohaku tourna la tête et il grogna légèrement.

Allons… N’est-ce pas un peu grossier ?

« Hm, bien alors… Il semblerait qu’il y ait une voix calme qui ne veut pas parler. Mais ça n’a pas d’importance. Je suis celle qui s’élève au-dessus de telles questions. »

« Tais-toi ! Espèce de lézard bleu insolent ! Tu n’es au-dessus de rien, compris !? »

« Hm ? Il a décidé de parler après tout ? Dommage… Si tu n’as rien de gentil à dire, tu ne devrais rien dire du tout. »

« Quoi !? »

« Très bien, vous deux, calmez-vous. »

J’avais soupiré, en ramassant le mini-Kohaku. Les yeux du dragon d’azur étaient intenses, mais elle ne bougeait pas. Finalement, elle se tourna vers moi et me parla.

« C’est vous qui m’avez convoqué ici, humain ? Nommez-vous, si vous le voulez bien. »

« Je suis Mochizuki Touya. Je suis le grand-duc de cette nation. »

« Intéressant. Je pourrais comprendre le cas de Kougyoku ici, mais je me demande comment vous avez réussi à obtenir la coopération du duo Tigre blanc et Tortue noire. »

« Ce n’est pas une question de coopération. C’est notre adorable maître, comprends-tu ? »

« … Pardon ? »

Le dragon d’azur s’arrêta net. Elle me regardait avec des yeux larges et curieux.

En un éclair, elle commença à dégager une aura intimidante. Cela ne m’avait pas vraiment affecté, mais j’avais senti l’atmosphère changer. Cela m’avait rappelé la force que j’avais ressentie lorsque j’avais invoqué Kohaku pour la première fois. Finalement, elle s’arrêta et poussa un petit soupir.

« … Pour résister à ma pression spirituelle à ce point… Qui donc êtes-vous, mon garçon ? »

Avant que j’aie pu répondre au Dragon d’azur, Kohaku avait soudain pris la parole.

« Pourquoi ne pas le découvrir par toi-même, lézard bavard ? Après tout, notre seigneur ici présent veut conclure un contrat avec toi. Ne veux-tu pas goûter par toi-même au pouvoir auquel nous obéissons ? »

« Hmph… Bien que je déteste tes bavardages, petit chaton, je suis certainement curieuse. Très bien. Je vais tester vos capacités, humain. »

Je n’avais pas manqué le sourire qui se formait sur le visage de Kohaku. Je pouvais dire exactement ce que le petit tigre espérait.

Comme la cour était un peu exiguë pour qu’un événement majeur se produise, j’avais tracé un autre cercle de convocation dans les plaines de l’ouest et j’avais appelé le monarque d’azur.

Nous avions décidé que nous allions nous affronter dans un combat. Les plaines étaient suffisamment éloignées de la ville pour ne déranger personne, et les seules personnes ici étaient les autres Bêtes célestes.

« D’accord, c’est bon ? Êtes-vous prêts ? »

« Hmph. Je suppose que c’est le cas. En tout cas, tout ce que je souhaite, c’est de mesurer vos compétences. Ne vous inquiétez pas, humain. Je ne vous tuerai pas. »

En réponse à l’audacieuse déclaration du Dragon d’azur, les bêtes célestes spectateurs éclatèrent de rire.

Oh mec, c’est plutôt bien, en fait. Incroyable, même…

« Très bien, alors, allons-y. Je vais venir. Es-tu sûr que tu es prête ? »

« Il n’est pas nécessaire d’attendre davantage. Venez vers moi, humain. »

« Très bien. Je ne me retiendrai pas, alors. [Accélération]. »

Je donnais un coup de pied au sol et je courais à fond vers le dragon. Je ne voulais pas qu’elle s’envole, après tout. J’avais décidé de mettre fin à la bataille aussi vite que possible.

« Quoi !? »

« [Gravité]. »

« Gwuagh !? »

J’avais touché le corps du dragon et j’avais déclenché mon sort de modification du poids. En quelques secondes, elle avait été clouée au sol, en tremblant violemment. Ma stratégie était bonne. Je l’avais simplement battue avant qu’elle ne puisse battre des ailes. C’était facile comme bonjour.

« Guh… Quel genre de… m-magie est-ce… !? Comment pouvez-vous… manier quelque chose de ce… niveau !? »

« Gaahahahahaha !! Tu l’as vraiment mal jugé, sale lézard bavard ! Tu n’as pas pensé à lire l’ambiance ? Nous sommes tous ici, nous sommes tous matérialisés, et nous sommes tous maintenus par la magie de notre seigneur. Es-tu si stupide ? Ne réalises-tu pas ce que cela signifie ? »

« Oh… ! »

Le dragon d’azur ouvrit les yeux en état de choc. Kohaku continua à la taquiner tout en faisant des cercles autour de son corps immobilisé. Il semblait un peu trop content, en toute honnêteté.

« En y repensant… Non, ce n’est pas possible ! Pour que vous restiez tous matérialisés dans le royaume des mortels… et moi aussi… ! Combien de magie possède cet homme !? »

« Huhuhu… Laisse-moi te dire quelque chose, grosse tronche. La magie de notre seigneur ne s’est même pas un peu affaiblie, même avec nous tous ici. Même si nous étions des centaines, ça ne ferait aucune différence ! »

« I-Impossible… ! »

« Bwahahaaa ! Tu as l’air désolée maintenant ! C’est le pouvoir de notre seigneur ! Du Seigneur Mochizuki Touya ! Qu’est-ce que tu disais à propos de ne pas le tuer ? ! Bwahaha ! Idiote, idiote ! »

je veux dire, c’est vrai, mais… tu ne devrais pas faire le con sur ce sujet, allez. De toute façon, tu ne devrais pas faire de l’esbroufe comme si c’était toi qui avais le pouvoir… Je veux dire, je suppose que tu as beaucoup de pouvoir toi-même, mais quand même !

« Tu sembles heureux, petit tigre… Heheh... »

« Eh bien, tes sentiments sont certainement compréhensibles, Kohaku. »

« Je pense que vous devriez vous calmer un peu. Laissez-la tranquille, hein ? »

Tu vois, non ? Même les autres pensent que tu vas un peu trop loin.

Le dragon d’azur semblait frustré par les taquineries constantes de Kohaku, alors elle fit une nouvelle tentative pour se lever. Lentement mais sûrement, ses genoux et sa queue tremblèrent lorsqu’elle se leva. J’avais été impressionné.

Mais ensuite, j’appliquais plus de poids, et elle s’effondra à nouveau comme un essuie-tout mouillé.

« G-Gaaah ! »

« Alors, vas-tu déjà abandonner ? »

« … O-Oui, je vais… Je cède. Formons un contrat, humain. »

Après avoir parlé, je l’avais libéré des liens de la [Gravité]. Libéré du poids écrasant, le dragon d’azur s’était lentement levé.

« … C’était mon erreur de vous sous-estimer. Très bien, Mochizuki Touya. Donnez-moi un nom, et je serai à votre service. »

« Un nom… Oh, c’est vrai. Kohaku, Sango, Kokuyou et Kougyoku sont tous nommés d’après des pierres et des minéraux précieux, alors… je vais t’appeler Luli. »

« … Luli ? Je… vois. »

« Ouep. C’est une contraction de Lapis Lazuli. C’est une pierre bleue précieuse, comprends-tu ? »

***

Partie 7

J’avais brièvement pensé à Seigyoku, qui signifie Saphir, mais cela sonnait un peu trop proche de Kougyoku à mon goût. Luli était vraiment bien meilleure.

« Très bien, à partir de maintenant, je suis Luli. »

« Mhm... Bienvenue à bord. Mais ne t’acharne pas trop sur Kohaku, d’accord ? Je vais me fâcher contre vous deux. »

« Je supporterai la présence de ce tigre du mieux que je peux, ne vous inquiétez pas. »

« Toi !? Je serai le seul à endurer, lézard bavard ! »

Kohaku s’était immédiatement rétracté face au commentaire narquois de Luli. J’avais le sentiment qu’ils allaient être un réel problème.

Luli s’était soudainement transformée en un tout petit dragon, à l’image des autres. J’avais poussé un petit soupir alors que le regard intense de Kohaku et elle persistait.

 

 

« Mais pourquoi êtes-vous comme ça ? »

« L’inimitié entre les femmes est quelque chose de naturel. Même vous, vous seriez en danger si vous vous mettiez entre elles. »

« Mon Dieu… Les femelles sont effrayantes, qu’on les appelle ou non… »

Kokuyou laissa échapper un petit rire à mon commentaire tandis que je hochais la tête. Mais quelque chose cliqua alors dans mon cerveau.

Attends. Qu’est-ce qu’il vient de dire ?

« Euh… Attendez, entre femmes ? Euh, attendez, de quel genre êtes-vous ? »

« Nous sommes toutes des filles, évidemment. »

« Ne lui mens pas, Kokuyou. Tu es le seul d’entre nous qui soit un homme. »

Sango rejeta la remarque de Kokuyou. Mais c’était un peu bizarre… J’avais compris que Kokuyou était un peu un gars féminin, mais… les autres étaient des filles… Pas moyen… J’ai cru que Kohaku était un mec pendant tout ce temps ! Je n’ai même pas pensé aux autres. Je veux dire, la voix de Kohaku est un peu haute, c’est sûr, mais… Je me suis dit que ça faisait partie de l’esthétique du tigre !

Je vais… je suppose que je vais me taire à ce sujet pour l’instant. Je me demande si Yumina le savait depuis le début… Oui, elle le savait probablement. Je lui demanderai plus tard de confirmer… Au moins, je sais que Kohaku est un tigre, et non un lion. Je ne suis pas si bête.

◇ ◇ ◇

« Il y a beaucoup de types différents de Dragons, il est donc difficile de les généraliser. »   

Luli s’était mise à parler, comme je le lui avais demandé. Elle m’avait dit qu’elle ne pouvait rien faire contre cette histoire d’aiguille de domination, même si les dragons étaient contrôlés par elle.

Mais elle avait aussi mentionné que les puissants dragons, connus sous le nom d’Anciens, seraient capables d’exercer une volonté suffisante qui les empêcherait de tomber sous son contrôle.

Les dragons ne s’étaient pas développés de manière conventionnelle. Au lieu de cela, ils subirent des transformations évolutives. Au début, ce n’étaient que des dragons naissants, puis de jeunes dragons, puis des dragons adultes. Ils étaient ensuite devenus des dragons aînés. Apparemment, le stade de pouvoir au-delà même de cela était un type connu sous le nom de dragon aîné.

Mais seules certaines espèces draconiques pouvaient évoluer en aînés. Les créatures de niveau inférieur, comme les wyvernes, ne pourraient jamais atteindre ce niveau.

La différence d’intelligence était aussi assez grande. Les jeunes dragons, comme celui que j’avais tué à Mismede, pouvaient comprendre le langage humain, mais ils ne pouvaient pas le parler. L’aiguille pouvait fonctionner sur tout dragon inférieur à Aîné, ce qui signifiait que seuls les deux niveaux de pouvoir les plus élevés restaient inchangés. C’était effrayant.

« Il n’y a pas beaucoup de dragons pour commencer, donc je suis sûr que ça ira. »

« Même les jeunes dragons sont puissants, il faut donc beaucoup de pouvoir pour en vaincre un. C’est pour cette raison qu’ils n’ont pas besoin de se reproduire autant que vous, les bêtes terrestres. Il est vrai qu’ils ne sont pas nombreux, mais il serait insensé de les laisser pour cette seule raison. Ton esprit est-il encombré de fourrure, petit chat ? »

« Pourquoi devrais-je… ! » 

Luli et Kohaku recommencèrent à se chamailler, je les avais ignorés et j’avais commencé à réfléchir intérieurement.

C’est un peu inquiétant… La Wyverne n’avait pas vraiment l’air d’être manipulée. Elle avait l’impression de bouger de son plein gré. Cependant, je pense que si elle fait partie de la caste inférieure des inintelligents, il serait plus approprié de dire que je pensais qu’elle se déplaçait selon son propre instinct.

« Je pense que je devrais enquêter un peu plus là-dessus. Ce dragon rouge du sanctuaire de Mismede pourrait être en mesure de m’aider. »

Le dragon rouge semblait être un Dragon Aîné, il ne serait donc probablement pas sous le contrôle de qui que ce soit.

J’avais décidé de me téléporter à Mismede avec Luli. Puis, je m’étais dirigé vers le sanctuaire du dragon avec mon sort [Vol].

« Si je me souviens bien, la forêt au pied de cette montagne est un sanctuaire, n’est-ce pas ? »

Si je me souviens bien, cela signifie que nous devrions déjà y être. Juste au moment où je pensais à ça, j’avais remarqué quelque chose au loin.

Je m’étais arrêté dans l’air. Ce que je vis n’était autre qu’un énorme dragon rouge qui venait vers nous. Je l’avais reconnu immédiatement comme étant le dragon rouge qui était apparu après que j’avais vaincu le dragon noir à Mismede.

Luli, qui volait à mes côtés, retrouva sa taille d’origine. Le dragon rouge et le dragon d’azur hochèrent tous les deux la tête.

« Je suis ici pour vous accueillir et vous féliciter pour votre manifestation, ô monarque d’azur. »

« Je ne me suis manifestée qu’en raison des conflits entre les membres de ton peuple, jeune homme. Comprends-tu pourquoi nous sommes venus ? »

« Oui… Veuillez accepter mes plus sincères excuses. »

Le dragon rouge baissa la tête et ferma les yeux. Nous étions descendus sur le sol et avions commencé à discuter de la situation avec lui.

Apparemment, les Jeunes Dragons s’étaient déchaînés récemment. Ce qu’on m’avait dit me rappela le comportement effronté du dragon noir que j’avais tué il y a si longtemps. D’après ce que j’avais compris, les dragons étaient sages et puissants, mais cela se transformait souvent et refaisait surface sous la forme d’une arrogance due à leur statut dans le monde. Après tout, ne disait-on pas que les dragons étaient le sommet de l’évolution naturelle ?

Même s’ils vivaient en sécurité dans le sanctuaire, certains des plus jeunes dragons allaient dans le monde pour terroriser l’humanité.

Et même si l’on pouvait considérer qu’il s’agissait d’une erreur de jeunesse, de tels débordements finissaient souvent en catastrophe.

Il semblerait que, quelle que soit l’espèce, il y avait toujours des mômes indisciplinés qui défiaient leurs aînés. Malgré cela, les choses étaient pires que jamais.

On m’avait rapidement informé que tout avait commencé après avoir tué le dragon noir.

« Quoi ? J’ai causé ça ? »

« Le dragon noir que vous avez tué n’avait rien de spécial, même parmi ses pairs, et pourtant ils ont réclamé justice après qu’il ait été tué. Beaucoup de jeunes dragons parmi nous se sont ralliés à la justice et exigèrent que nous exercions des représailles. »

« C’est quoi ce bordel ? C’est lui qui a quitté le sanctuaire et qui nous a attaqués en premier ! »

« En effet, et pour la plupart, nous avons convenu qu’il s’agissait d’un meurtre justifié. Seule une partie des jeunes se rallièrent et crièrent. La plupart ont dit que se quereller avec l’humanité était une erreur. Ainsi, les jeunes en difficulté parmi nous se sont tus à contrecœur. »

Mais l’histoire ne s’était pas arrêtée là. Les dragons avaient des nids et des sanctuaires partout dans le monde. Mismede n’était qu’une colonie.

Un de ces endroits était situé loin au sud-ouest. Au-delà de la mer des arbres et entre le royaume de Ryle et le royaume de Sandora, se trouvait une petite masse terrestre connue sous le nom d’île des dragons.

Un jour, un messager de cette île apparut dans le sanctuaire. Il déclara que le Roi Dragon avait élu domicile sur l’île des dragons et que tous devaient devenir ses subordonnés.

« Le Roi Dragon ? Je pensais que Luli était celle qui contrôlait les dragons. »

« C’est comme ça que ça devrait être, oui. Cette situation est dans l’ensemble assez anormale. C’est moi qui ai décrété à l’origine que les dragons ne devaient pas faire la guerre à l’humanité, et l’espèce suit mes lois depuis de nombreuses années. C’est la première fois qu’on me défie vraiment. »

« Il y a des milliers d’années que tu as quitté ce monde, ô Dame d’azur. Certains des Jeunes Dragons ne vous connaissent même pas. »

Kohaku et les autres Bêtes célestes ne s’étaient manifestées qu’une fois tous les quelques siècles. En ce moment, ils étaient dans le monde parce que je les avais convoqués, ce qui était plutôt rare. Mon invocation de Kohaku était purement fortuite, mais chaque fois par la suite, j’avais fait spécifiquement appel aux Bêtes célestes.

Il semblerait que Luli, la souveraine des dragons, se manifestait encore moins souvent que les autres. C’était logique, car les dragons vivaient longtemps et se reproduisaient peu.

« Alors, qui est ce Roi Dragon ? Est-ce un des Dragons aînés ? »

« Non, c’est un homme. Un demi-homme du clan du dragon. Il est apparu sur l’île des dragons, a pris le contrôle des jeunes et a massacré tous les dragons aînés qui y vivaient. Puis, les adultes restants ont été soumis de force. »

Un demi-humain… Alors il n’y a aucun doute dans mon esprit. Ce type a utilisé l’Aiguille de Résonance Dominante pour prendre le contrôle. Il a probablement utilisé les plus jeunes Dragons pour tuer les plus vieux, puisqu’il ne pouvait pas les contrôler.

« Tous nos jeunes ont fui vers l’île des dragons après avoir entendu des rumeurs sur le pouvoir du Roi Dragon. Ils ont été tentés par la force et la promesse de ne plus être liés par les lois de notre sanctuaire. Certains d’entre eux sont revenus, encore plus puissants que nous ne l’avions prévu. Quelques-uns ne sont pas encore revenus, mais nous craignons qu’ils ne commencent à se déchaîner dans le monde entier à tout moment. »

J’en avais déjà vu des exemples dans Reflet, et j’en avais entendu parler par Relesha. Les Jeunes Dragons se déchaînaient. Ils tuaient sans discernement, comme s’il s’agissait d’un jeu, en faisant ce qu’ils voulaient à des innocents. Ils étaient comme ce dragon noir.

« Quelle misérable histoire… ! Cela ne fait que quelques milliers d’années. Ma couvée est-elle vraiment si faible de cœur ? »

« Je suis désolé, Dame d’azur… Je ne peux pas dire grand-chose pour notre défense… »

« Hm… Eh bien, je crois que j’ai compris l’essentiel. Le Roi Dragon mène la barque, mais ceux qui se sont mis à courir voulaient quand même faire du mal aux gens, non ? Donc cela ne vous posera pas de problème si je les tue tous. »

« … Un dragon qui se débarrasse de son orgueil n’est qu’un lézard. C’est le mantra que le monarque d’azur nous a laissé avant son décès. Ces jeunes ne sont plus les nôtres. Débarrassez-vous d’eux comme vous le souhaitez. »

« L’orgueil engendre facilement l’arrogance. Ces Jeunes Dragons ne sont pas de ma famille, ils regardent simplement le monde de haut. J’ai récemment été assez fou pour regarder de haut cet humain, et je n’ai gagné qu’une terrible honte. »

Luli parla doucement en me regardant. Il y avait un dicton qui disait que « les branches qui portent le plus pendent le plus bas », ce qui signifiait que celles qui avaient le plus de force étaient souvent les plus modestes. Je ne pensais pas que cette phrase s’appliquait vraiment aux dragons.

***

Partie 8

Pourtant, l’humanité n’était pas si bête. Peu importe la puissance d’un dragon, les humains pouvaient toujours se dresser contre eux. Les dragons, contrairement à la Phase, étaient toujours affectés par des sorts. Un mage de type vent talentueux pouvait même faire descendre un dragon au sol.

Malgré cela, les dégâts seraient immenses. Le capitaine Garm de Mismede m’avait dit un jour qu’il fallait une centaine de soldats pour abattre un dragon déchaîné. Je ne voulais pas que des vies soient perdues à cause de cette stupide situation. Pourtant, s’il y avait des soldats compétents ou des mages talentueux parmi eux, ils auraient peut-être moins de mal à s’en sortir. Mais on en trouverait moins dans les petites villes que dans des endroits comme les capitales.

Peut-être que s’ils avaient de la chance, ils auront de bons aventuriers dans leurs guildes, mais il n’y avait pas de tel défenseur partout. Les gens qui avaient le titre de « Tueur de dragons » l’obtenaient après les avoir tués dans un groupe de cinq personnes ou moins. Pour y parvenir, il fallait au moins cinq aventuriers rouges, et ils étaient peu nombreux.

« … Maintenant, je suis cependant un peu confus. On dirait qu’ils ont une rancune stupide, mais légitime. Je me demande même si leur esprit est contrôlé par les aiguilles… »

Il semblerait que les dragons affectés faisaient ce qu’ils voulaient, plutôt que d’être dominés par une entité unique.

Il se pourrait que les dragons aient simplement été piqués par des aiguilles qui leur permettaient de jouir de tout leur pouvoir… Mais qu’ils aient été conscients ou non, que cette aiguille drainait leur durée de vie était une tout autre question.

Mais les dragons avaient vécu des milliers d’années, il s’agissait donc peut-être d’un compromis insignifiant.

« La solution la plus simple serait de s’occuper du Roi Dragon, n’est-ce pas ? Mais est-ce que le tuer va vraiment calmer les dragons déchaînés ? »

Ce n’était pas un cas où les dragons mourraient tous si l’autre perdait la vie. Au contraire, ils échapperaient à son contrôle et deviendraient probablement fous. Mais quand même, dominé ou non, je tuerais tous ceux qui menaceraient l’humanité, donc je suppose que l’ordre dans lequel je m’occupais d’eux n’avait pas beaucoup d’importance.

« Occupons-nous des Dragons pour l’instant… »

J’avais sorti ma carte et j’avais cherché des dragons. Whoa, il y en a beaucoup ! Mince, c’est plus que je ne l’espérais. Même s’il n’y a pas autant de dragons que d’humains, c’est quand même pas mal. Hm… Je suppose que je peux réduire la liste… J’essayais une approche différente. Au lieu de chercher des dragons seulement, je cherchais des dragons ayant l’Aiguille de Résonance Dominante intégrée en eux.

L’Aiguille de Résonance Dominante ressemblait un peu à une épingle à marquer. Comme sa tête était exposée, je pouvais l’identifier de l’extérieur si je regardais la tête d’un dragon. Grâce à ce petit détail, j’avais pu lancer une recherche avec succès.

Même si la recherche avait été affinée, il y avait beaucoup de… Ils étaient assez dispersés dans le monde entier, volant à leur guise, et naturellement il y avait aussi un groupe concentré sur l’île des dragons.

Hein ? Qu’est-ce que… ?

« Attendez une seconde… ! »

Un groupe s’était envolé de l’île des dragons. C’était aussi un groupe assez important. Puis, je remarquais leur destination.

« Ils sont sur un vol direct pour Brunhild ! »

C’est quoi ce bordel ? Essaient-ils de se venger du dragon noir !? Mais pourquoi seraient-ils au courant pour moi ? Comment !?

Je pensais qu’ils avaient probablement été informés par le Roi Dragon. Il ne serait pas difficile de demander à tout le monde qui était le célèbre tueur de dragons qui avait sauvé un village à Mismede, ce qui signifiait que leur but était incroyablement évident.

« Luli. Nous sommes dans le pétrin. On doit rentrer à la maison, maintenant ! »

« Comme vous le souhaitez. »

Ces stupides dragons font-ils vraiment cela ? Très bien, alors ! Amenez-vous ! Je me fiche de qui tu es, Dragon, humain ou autre chose ! Personne n’attaque ma maison.

Je vais vous écraser jusqu’au dernier, bâtards arrogants !

◇ ◇ ◇

« Effectivement, il y a une horde de dragons qui arrive en ce moment même. Mais je vais les éliminer, alors ne t’inquiète pas. »

« … Baba-dono, je ne sais pas quoi dire à ce jeune homme en ce moment. »

« Eh bien, Yamagata. On est deux. »

J’étais dans la salle de conférence avec Yamagata et Baba. Les deux vieux hommes s’étaient tournés vers moi en état de choc.

J’avais réuni tous les membres importants de mon ordre de chevaliers et je les avais informés de la situation. J’étais retourné à Brunhild en utilisant une [Porte], ce qui signifie que j’avais encore une bonne avance sur les dragons. Tout le monde me regardait, ne sachant pas quoi dire. Mais finalement, Nikola rompit le silence. Il soupira légèrement et se leva.

« Votre Majesté, s’il vous plaît… Euh, et bien… Quand vous dites Dragons, faites-vous référence aux créatures qui volent dans le ciel et qui crachent du feu de leur bouche ? Ces dragons ? »

« Oui, c’est ça. Apparemment, certains de leurs jeunes sont devenus arrogants. Il y a maintenant une horde d’entre eux qui se dirige vers nous. »

« Une… horde, dites-vous. Combien au juste ? »

« Une vingtaine de dragons réguliers, plus ou moins. Mais il y a aussi une centaine de wyvernes de moindre importance qui voyagent avec eux. C’est à peine comparable à la phase que nous avons combattue récemment, n’est-ce pas ? »

« A-Attendez, attendez, attendez ! »

Le commandant Lain avait demandé combien il y avait de dragons, mais après ma réponse, elle et Nikola commencèrent à paniquer.

« Ça va bien se passer, n’est-ce pas ? Le chef s’occupera d’eux sans problème, comme il le fait d’habitude… N’est-ce pas ? »

Norn se montra un peu inquiète lorsqu’elle prit la parole. Ses oreilles de lupin tremblaient légèrement.

« J’y ai pensé, puis j’ai réalisé que c’était une occasion en or. »

« Une… occasion ? »

« Yep. Quel meilleur exercice d’entraînement pourrait-il y avoir pour notre ordre de chevaliers ? Ces dragons feront des cibles parfaites, ne pensez-vous pas ? »

« Excusez-moi ! »

Lain me regardait avec une incrédulité totale. Pour être honnête, je pensais que l’ordre des chevaliers de mon pays était une chose merveilleuse. Nous étions forts, mais nous vivions aussi dans un pays avec peu de monstres, et nous étions situés directement entre deux territoires amis. Il serait bon pour eux de faire un exercice d’entraînement approprié.

« Notre ordre de chevaliers ne compte même pas une centaine de personnes, et cela inclut notre corps de renseignements ! Nous pouvons difficilement faire confronter une personne à un dragon, non plus ! Et de toute façon, comment sommes-nous censés combattre les dragons volants ? »

« Je vais faire descendre les dragons volants. Après cela, il suffira de se concentrer sur l’esquive de leur souffle mortel. Vous devriez être en quelque sorte capable de le faire… Je veux dire, vos boucliers peuvent résister au feu ! »

« En quelque sorte, hein… ? »

J’avais pris des mesures de sécurité. Après tout, je n’allais pas mettre leurs vies en jeu. De plus, mes fiancées et les rois célestes devraient servir de renfort. Je ne pensais pas que les dragons seraient des boulets, donc c’était normal.

Même si c’était un combat difficile, ce serait bien de le faire. Nous étions un pays nouvellement établi, donc nous étions probablement méprisés par la plupart des autres pays. Si la rumeur se répandait, que notre ordre de chevaliers avait réussi à repousser plus d’une centaine de dragons, nous n’aurions probablement plus de problèmes avec des pays comme Yulong.

« Nous serons capables de battre les dragons facilement avec les Frame Gears… N’est-ce pas ? »

« Nous n’utiliserons pas les Frame Gears pour cette bataille. »

« Quoi !? »

Je veux montrer à ces lézards arrogants la puissance de l’humanité. Je vais leur montrer qu'ils ne devraient pas juger un livre à sa couverture. Après tout, ils nous attaquaient à cause d’une colère mal placée. Rendons-leur la pareille.

De toute façon, ce serait une victoire bien trop facile si j’appelais les « Frame Gears ». Nous n’aurions pas beaucoup d’expérience du combat réel. Et je ne voulais pas que mon ordre de chevaliers confonde la puissance des Frame Gears avec leur propre puissance.

« Et voici la chose la plus importante de toutes. »

« Hm ? »

« Nous pourrons récolter les cadavres de dragons pour obtenir des matériaux rares, et en tirer un grand profit. »

« … »

Tout à fait. Cuir, os, cornes… Si c’est draconique, ça vaut beaucoup. Un seul dragon est une fortune en soi, donc en tuer plus de cent est une chance incroyable de faire une tonne de fric.

« Ça aiderait beaucoup le pays si on avait cet argent. »

« … »

« Je pourrais aussi utiliser les recettes pour verser une énorme prime à tous mes travailleurs les plus acharnés. »

« Booyah ! »

« Allons vaincre ces dragons !! »

Si facile à manipuler…

« Je les vois au loin. Ils sont à environ trois minutes de l’arrivée. »

Luli m’avait averti, j’utilisais alors [Détection lointaine] pour voir par moi-même. Il y avait beaucoup de dragons, c’est sûr. Nous étions dans les plaines du sud, juste à l’extérieur de la ville du château de Brunhild, attendant l’arrivée des dragons. Nous voulions éviter tout dommage réel à notre nation, alors nous avions choisi un grand espace ouvert comme champ de bataille.

« Ils sont bruyants… »

« Ils parlent le langage draconien, disant des choses comme “tuez-les tous” et “faites-les rôtir vivants”… Il y a aussi beaucoup de rires désagréables. En vérité, ces bêtes ne sont pas de ma famille. Ils sont bien trop humbles pour ça. Ou peut-être que leur esprit a été infesté par cet artefact maudit… »

Je ne parlais pas le langage draconien, alors j’avais fait traduire Luli. J’étais heureux de savoir qu’elle avait un si bon sens de l’ouïe. J’étais cependant un peu irrité d’entendre ce qu’ils disaient… Mais ça m’avait donné une bonne raison de tout faire pour les tuer.

Il n’y avait pas de place pour la discussion ici, alors j’avais décidé de leur couper l’herbe sous le pied.

Une fois que vous aviez identifié votre ennemi, battez-les avant que la bataille ne commence. C’était ce que mon grand-père disait toujours.

« Avance, ô Tempête ! Que des millions de lames soient portées par l’air : [Tempête] ! »

J’avais invoqué un ancien sort de vent que j’avais appris dans un livre de la bibliothèque.

Une grande tempête était soudain apparue, aspirant les dragons en son cœur. Elle déchiqueta leurs ailes.

« GRAUGUUUUUUUH !! »

« GUYOOOOOOGH !? »

Les dragons, hurlant horriblement, s’écroulèrent sur le sol. Si j’étais sérieux, j’aurais pu les tuer tous à ce moment-là, mais je ne voulais les mutiler que pour l’instant.

Kougyoku, qui avait pris sa forme habituelle de phénix, lança une pluie de feu sur les dragons au sol.

« Ordre des Chevaliers de Brunhild, chargez !! »

« HOOOAAAAAAAH !! »

Mes chevaliers brandirent leurs épées et leurs boucliers de cristal, et chargèrent en réponse à l’ordre du commandant Lain.

Les dragons s’étaient soudainement tournés vers eux, crachant un torrent de flammes. Mais soudainement, un mur d’eau apparut entre les deux forces, réduisant massivement la chaleur.

« Pas de chance, mes chéris… Essayez encore, hm ? »

« Nous sommes en effet les maîtres de la défense, laissez-nous vous le montrer. »

Kokuyou et Sango étaient chargés de se défendre contre le souffle du feu. Je me tenais au sommet de la coquille de Sango, puisqu’ils étaient tous les deux de retour dans leur forme originale, et je regardais mon ordre de chevalier charger contre les dragons.

Kohaku était aussi dans sa forme originale, chargeant vers un groupe de Wyvernes. Il rugit, libérant une onde de choc qui fit reculer tous ceux qui étaient pris dedans.

« Je vais aussi y aller. Après tout, je ne peux pas tout laisser à cet imbécile. »

« Fais de ton mieux pour soutenir tout le monde de manière égale. »

« Comme vous le souhaitez. »

***

Partie 9

Luli déploya ses ailes, laissant échapper un rugissement assourdissant alors qu’elle s’envolait vers le ciel. Presque en réponse, les dragons la regardèrent et se figèrent. Si je devais deviner, je dirais qu’elle leur avait crié quelque chose, mais je ne savais pas quoi.

Même mon sort de traduction ne pouvait pas déchiffrer le draconien, probablement parce que c’était une langue animale. J’aurais probablement besoin d’un sort de télépathie pour comprendre ce qu’ils disaient. Et pour être honnête… Je parie que je pourrais trouver un tel sort si je regardais.

Luli s’était envolée. Elle lançait des boulets de feu sur les dragons groupés. Quelques dragons avaient été soufflés au loin.

Hé, c’est mon argent ! N’en lance pas trop aussi loin !

Luli n’avait rien à dire non plus sur mon projet de vendre les cadavres, alors j’avais supposé qu’elle avait vraiment abandonné. J’avais pensé que c’était un peu froid de sa part, mais elle avait juste eu la mentalité la plus apte à la survie.

« Nous soutiendrons aussi tout le monde. »

« En effet. »

Linze et Yumina s’étaient tournées vers moi avant de lancer des sorts à large zone d’effet. Elles avaient fait plus de lecture à la bibliothèque que moi.

« Avancez, Feu ! Barrière brûlante : [Barrière de feu] ! »

« Avancez, Vents… Bénis soit les courants descendants : [Tourbillon] ! »

Tous les membres de l’ordre des chevaliers s’étaient retrouvés engloutis dans des lumières rouges et vertes. Ces deux sorts leur avaient conféré une résistance accrue aux flammes et une plus grande agilité.

« Aux boucliers lourds ! À ceux en première ligne ! À tous les corps d’assaut, foncer leur dedans ! »

« Compris ! »

Dix soldats ayant de grands boucliers formèrent une rangée et bloquèrent le souffle d’un dragon. Derrière eux, plusieurs chevaliers brandissant des lances de cristal enfoncèrent leurs armes dans les brèches des boucliers, poignardant la bête.

« Gwaruuugh !? »

L’écaille de dragon, plus dure que l’acier, n’était pas encore à la hauteur des armes au phrasium. Le dragon était plus confus que blessé, mais ne pas savoir pourquoi il était en train de mourir n’allait pas le sauver.

« Haaa ! »

Lain, utilisant ses qualités innées de lapin, sauta par-dessus les boucliers lourds et atterrit sur le dragon. Son épée de cristal plongea dans la tête du dragon, mettant fin à ses flammes.

Le dragon eut des spasmes et des convulsions à deux ou trois reprises, puis il s’immobilisa. Lain retira l’épée de la créature et transmit d’autres ordres.

« Au suivant ! »

« Aye ! »

Bon travail, Lain… et bon travail, chevaliers ! Mis à part la magie, qu’une dizaine de personnes puisse éliminer un dragon est tout simplement incroyable. De plus, l’aiguille dans leur cerveau les rend plus forts que les dragons adultes. Je suppose que l’entraînement de ma « sœur » commence enfin à porter ses fruits.

« Touyaaa… Veux-tu dire que je ne peux vraiment pas y aller aussi ? »

« Moroha. Ce ne sera pas un exercice d’entraînement si tu y vas et que tu les élimines tous en quelques secondes, pas vraies ? »

La déesse des épées se tenait à mes côtés, alors qu’elle était visiblement en colère de ne pas pouvoir se battre. Elle voulait se battre, mais elle n’avait même pas une épée de cristal. Son arme était ébréchée. Cela dit, j’avais le sentiment qu’elle allait frapper tous les dragons à mort avec la poignée de son épée ou quelque chose comme ça… Elle était ce genre de fille.

« On ne sait jamais, Touya. Ça pourrait se transformer en scénario catastrophe. Ne serait-il pas mieux si j’étais dans la mêlée ? »

« Argh… Très bien, peu importe. Tu peux aller… Mais seulement en tant que soutien, d’accord ? Compris ! Ne t’avise pas de leur faire la totale ! »

« Ahaha ! Bien, peu importe ! Donne-moi déjà une épée ! »

J’avais soupiré. J’ouvris [Stockage] et je lui donnais une grande épée en cristal à Moroha.

Elle sauta joyeusement vers les dragons, tranchant les pattes de toutes les bêtes malchanceuses qu’elle croisait. Je venais de lui dire de ne pas en faire trop, et elle leur causait déjà des blessures considérables… Mais au moins, cela signifiait que nous n’avions aucune chance de perdre. Après tout, je venais d’envoyer notre arme la plus meurtrière.

« Ne pouvons-nous sérieusement pas aider… ? »

« Maintenant que ma sœur est dehors, certainement pas. Aucun ordre de chevalier ne pourrait faire quoi que ce soit si vous y alliez tous. »

Elze, Yae, Lu et Hilde boudaient toutes à proximité. Mais j’avais pris ma décision, et leurs visages grognons ne pouvaient pas me faire changer d’avis. Moroha suffisait amplement.

Si j’envoyais n’importe qui là-bas, le combat se transformerait vite en mêlée générale. J’avais Kougyoku qui donnait des tirs d’appui, Sango et Kokuyou qui protégeaient tout le monde, et Kohaku et Luli menaient les chevaliers vers leurs cibles. C’était plus que suffisant.

Quant à moi, je traquais les blessés et les soignais avec de la magie de récupération. Comme Sango et Kokuyou neutralisaient les souffles du feu, je ne pouvais pas imaginer que quelqu’un soit trop gravement blessé, à moins qu’il ne soit touché directement par un coup.

« Hm ? »

J’avais vu une wyverne qui essayait de voler avec ses ailes en lambeaux. Elle avait fait une dizaine de mètres avant d’être frappée au visage par une des boules de feu de Kougyoku. Heh. Joli.

« HAAAH !! »

Le vieux Baba rugit comme un animal lorsqu’il plongea une lance dans la tête d’un dragon. Il l’avait écrasée en un seul coup.

Il était vieux, alors je le voulais à l’arrière comme soutien… mais il m’avait complètement ignoré et chargea sur les lignes de front. Yamagata était tout près, balançant son grand sabre sur une Wyverne alors qu’il taillait les talons d’un dragon à côté de lui.

« Hé, hé, hé ! Venez par ici, bande de crétins écailleux ! Sentez la puissance d’un vrai homme ! »

Le combat durait depuis un certain temps, alors les choses devenaient assez tendues.

Les deux vieux hommes refusaient de monter à bord des Frame Gears chaque fois que nous les utilisions. Ils avaient dit qu’ils n’avaient pas l’impression que c’était un vrai combat quand ils les pilotaient, mais ils sembleraient vraiment apprécier le combat rapproché et le fait de mettre leur vie en danger. J’étais une personne qui mettait la sécurité au premier plan, donc je ne comprenais pas vraiment leur attitude imprudente.

« Fuh ! »

« Hiyaaah ! »

Nikola secoua sa hallebarde, et Norn taillada avec ses deux lames. Je les avais empêchés d’apporter leurs montures, et naturellement cela s’était aussi étendu à Lain.

Je voulais qu’ils voient le champ de bataille depuis le sol. S’ils avaient monté un griffon ou un pégase, ils auraient eu une meilleure vue, mais une moins bonne défense. Ils auraient pu facilement dévier les attaques enflammées avec leurs boucliers, mais leurs montures auraient encaissé le coup.

Avant que je ne m’en rende compte, la plupart des dragons étaient à terre, décédés.

Un des dragons restants semblait crier quelque chose, mais je n’avais aucune idée de ce qu’il essayait de dire. J’avais demandé à Kokuyou, qui était enroulé autour des jambes de Sango.

« Qu’est-ce qu’il dit, celui-là ? »

« Juste une tirade d’abus, mon chéri. Il vous traite de créatures inférieures, et vous critique pour les avoir attaquées en groupe. C’est misérable, si vous voulez mon avis. »

Bon sang… Ce sont eux qui sont venus nous attaquer en groupe !

Luli s’était soudainement tournée vers le dragon gémissant et déclencha un torrent de flammes bleues qui le réduisirent en cendres. Eh bien, voilà comment part mon profit.

« La petite Luli est positivement furieuse. Mais c’est tout naturel… Je serais moi aussi enragé si mes proches agissaient de la sorte. »

Kohaku gifla un dragon qui était sur le point de mordre un membre de mon ordre de chevalier, puis lui arracha les yeux avec ses griffes. Après cela, elle le laissa incapable de se battre, mais toujours vivant. C’était presque comme si elle disait qu’il était indigne de lui faire face.

« Ce sera bientôt fini. »

« Ces types sont-ils vraiment plus forts que les dragons adultes ? Ils semblent trop faibles. »

« Peut-être qu’ils sont simplement plus forts dans le cas d’un contre un, chéri. Il se peut qu’ils ne soient pas bons contre les groupes. Ils ne travaillent pas en tandem, alors ils attaquent comme ils veulent. Leur grande force n’a pas permis de tempérer leurs faibles esprits. Il n’y a pas de remède à l’idiotie. S’il n’y avait qu’un seul dragon aîné parmi tous, ils auraient pu avoir une chance de se battre. »

Les dragons n’étaient pas des créatures qui chassaient en groupe, donc c’était logique. Ils attaquaient simplement comme ça, de façon non coordonnée.

Comme l’avait dit Kokuyou, c’était à peu près terminé. Les dragons qui restaient étaient abattus un par un.

Finalement, ils étaient tous morts. Notre équipe avait également souffert de blessures mineures. Ce fut une victoire complète et décisive.

« Élevez vos cris de guerre, Victoire ! »

« HOOORAAAAAAAH !! »

Un cri de victoire explosa à travers les plaines.

Eh bien, nous avons gagné. Je ne peux pas m’empêcher d’être un peu déçu de la façon dont cela s’est passé.

Je ne l’avais pas remarqué pendant le combat, mais nous avions fini par rassembler une foule de spectateurs. Ce n’était pas trop surprenant, car notre combat avait généré beaucoup de bruit. C’était surtout des gens de la ville qui étaient venus voir l’agitation. J’avais aussi reconnu beaucoup d’aventuriers venus de l’extérieur de la ville parmi la foule.

« Votre Majesté… Que s’est-il passé ici… ? »

Le chef de guilde Relisha se précipita vers moi en dehors de la foule. Plusieurs membres du personnel de la guilde la suivirent de près. Elle jeta un bref regard à Sango et Kokuyou, la peur peinte sur son visage. Au bout d’un moment, elle comprit qui ils étaient et se calma un peu.

« Je suis allée au château parce que nous avions entendu parler d’une horde de dragons se dirigeant vers Brunhild, mais vous n’étiez pas là… Les chevaliers non plus, alors je ne savais pas quoi faire ! »

« Ahaha... Désolé pour ça. On dirait qu’on vient de se manquer. Mais ne t’inquiète pas, on s’en est occupé. »

« Je… peux voir ça, oui. »

Relisha regarda le champ de dragons morts avec un regard émerveillé sur son visage. J’avais décidé de faire jouer aux aventuriers leur rôle dans cette petite histoire. Ils seraient capables de faire connaître à d’autres pays ce qui s’était passé ce jour-là.

« Oui, nous l’avons bien fait. Alors, la guilde pourra-t-elle les acheter ? »

« Qu — Vous voulez dire tous ! Je… Je veux dire, nous pouvons certainement les acheter, oui… Mais s’il vous plaît, laissez-moi arranger les fonds avant que je les achète tous… Au premier coup d’œil, je pourrais probablement en payer dix en utilisant notre trésorerie actuelle de Brunhild… »

« C’est bien. Je vais stocker le reste. Pour le moment, au moins. »

J’avais invoqué [stockage] pour éviter qu’ils ne se décomposent entre-temps. Il ne restait plus qu’à découper quelques cadavres et à les faire cuire. La viande de dragon rôtie était censée être un mets délicat, alors j’avais voulu la partager avec tous les habitants de Brunhild.

J’utilisais mon smartphone pour projeter une image de moi-même au-dessus de tous les chevaliers sur le terrain.

« Bon travail, tout le monde ! Vous avez fait vos preuves en tant que grands chevaliers de Brunhild aujourd’hui. Je vais faire rôtir un tas de viande de dragon, alors mangez à votre faim ! Et bien sûr, je vous donnerai un petit bonus financier à tous. »

« Hourra ! Nous l’avons fait ! »

« On dirait que la viande est de retour au menu, les gars ! »

« Mec, je suis affamé… »

« Dieu merci, maintenant je peux payer mes dettes de jeu. »

« Brunhild pour toujours !! »

Les chevaliers se réjouirent. J’étais heureux pour eux aussi.

« De plus, nous allons tous emmener les Frame Gears sur l’île des dragons demain. Le plan est d’exterminer jusqu’au dernier dragon là-bas, alors assurez-vous de bien dormir, et je vous verrai tous demain matin. »

« ATTENDEZ, QUOI !? »

Tous les chevaliers étaient aux taquets. Honnêtement, c’était sacrément amusant.

***

Partie 10

L’île des dragons.

Elle était un peu plus petite que Brunhild. Le volcan au dragon se trouvait au centre de l’île et crachait des cendres. C’était essentiellement un terrain vague inhabitable.

Les dragons vivaient principalement sur les plages qui bordaient l’île. Ils avaient tendance à manger de gros poissons, ou des bêtes aquatiques magiques. De temps en temps, ils quittaient l’île pour chasser le gibier dans les grandes forêts, loin de la civilisation.

Mais les choses étaient différentes maintenant. Ils attaquaient les fermes, s’en allaient avec le bétail, faisaient des raids sur les bateaux de pêche et se déchaînaient.

Il n’y avait plus un seul dragon aîné sur l’île des dragons, il n’y avait donc personne pour garder les jeunes sous contrôle.

Luli et moi étions arrivés sur l’une des plages de sable. Dès notre arrivée, elle poussa un rugissement furieux qui résonna sur toute l’île. Essayes-tu de me faire éclater les tympans !? En réponse à ses cris, plusieurs grincements revinrent de loin. Les dragons avaient alors commencé à se montrer en masse. Wyvernes, dragons des mers, dragons de terre… Toutes sortes de sous-espèces étaient en route vers nous.

« Nous sommes encerclés. » 

« Que leur as-tu dit à l’instant ? » 

« Je les ai appelés les humbles bêtes qui ont perdu leur fierté. Et puis je leur ai demandé s’ils étaient prêts à mourir. » 

Eh bien… Je suppose que c’est juste. Après tout, je suis venu ici pour les tuer. Mais quand même… la subtilité est un art perdu pour toi, hein ?

« Assez de hurlements ! Mes oreilles vont lâcher… ! »

Je n’avais aucune idée de ce qu’ils disaient, mais il était évident qu’ils protestaient contre son commentaire. Mais ça m’a semblé être un tas de conneries.

« Ohoho, bonté divine ! Quelle sorte de dompteur de dragon est-ce là ? »

Un humanoïde draconien marcha sur le sable, en passant devant quelques dragons de terre.

Le clan des dragons comptait beaucoup de personnes grandes et robustes, et cet homme ne faisait pas exception. Il mesurait environ deux mètres. Son armure était magnifique aussi, tout comme la cape qui se répandait sur son dos. Il avait les cheveux roux et les yeux dorés. Il avait aussi des cornes et une queue, caractéristiques facilement reconnaissables d’un demi-homme dragon.

« Je suppose que tu es le roi dragon ? »

« Ohoho ? Je vois que ce que j’avais annoncé se répand déjà, merveilleux. Et tu es ? »

« Je suis le grand-duc d’une petite nation appelée Brunhild. »

Je vis le front de l’homme légèrement excentrique. Il semblait savoir qui j’étais.

« … Ohoh. Bienvenue dans mon humble demeure, alors. Il semblerait que tu as fait du bon travail contre mes subordonnés. »

« Du bon travail ? Ce n’était même pas des ennemis intéressants. Au fait, votre Aiguille de Résonance Dominante est défectueuse. Il vaut mieux jeter un artefact comme ça à la poubelle. »

« Qu — !? »

L’homme adopta une expression paniquée sur son visage. Après tout, il ne savait probablement pas que je connaissais son secret.

« Donc, juste au cas où je me tromperais… laissez-moi vous le demander afin d’être sur. C’est vous qui manipules les dragons, n’est-ce pas ? »

« Manipuler ? Comme c’est pittoresque. Je les ai libérés de l’esclavage, c’est tout ! Des chaînes de leurs aînés ! Des chaînes de leurs lois ! Un dragon est puissant, noble, sage. Pourquoi les dragons doivent-ils s’éloigner de l’humanité, alors qu’ils sont le sommet de l’évolution ? »

« Noble ? Sage ? Chaque dragon ici est un idiot ignorant. »

« Je suis d’accord », ajouta Luli.

J’étais heureux de voir qu’elle était d’accord. Après tout, s’ils étaient vraiment intelligents, ils se seraient enfuis il y a longtemps.

Donc, au final, ce type était exactement ce que j’attendais. Un suprémaciste racial. Un suprématiste draconien. D’après ce que j’ai compris, le clan du dragon était une bande d’orgueilleux qui étaient partis dans le monde pour affûter leur propre corps et leur esprit. Ils avaient forgé leurs propres chemins.

Mais comme nous l’avions vu, l’orgueil se transforme facilement en arrogance. Tout comme les dragons eux-mêmes, les hommes et les femmes draconiques étaient susceptibles de tomber dans les mêmes pièges.

« Vos puissants dragons n’ont-ils pas perdu contre des humains chétifs ? »

« Silence ! Il est impossible pour un dragon de perdre dans un combat en tête-à-tête avec une créature de moindre importance ! Les petits humains n’ont qu’un seul avantage, ils se reproduisent plus vite. Comme les insectes, presque. Vous n’avez pas le droit de parler de nous de cette façon ! »

« Si vous argumentez comme ça, alors vous pourriez dire que la fertilité est la force de l’humanité, et que nous devrions être plus que dans notre droit de nous battre en nombre. Ce n’est pas que cela importe. Je pourrais tuer tous ces dragons tout seul. »

Pour être juste, j’étais techniquement un demi-dieu à ce moment-là, donc on peut discuter sur le fait que j’étais encore un humain… Néanmoins, j’étais aussi assez sûr que Yae ou Elze pouvaient vaincre les dragons seules, donc je n’étais pas totalement à côté de la plaque.

« Et tu es venu sur mon île pour cette raison ? Impressionnant, humain. Tu as beaucoup de cran. Mais c’est de la bravade mal placée ! Ne vois-tu pas le pouvoir que j’exerce ? Je pourrais conquérir le monde entier ! Tu oses me défier ? »

Le roi dragon me cria dessus, mais il transpirait abondamment. Vraiment, maintenant ? Je veux dire, bien sûr… il y a plus de cinq cents dragons ici et tout, mais… pouvez-vous vraiment conquérir le monde avec ça ? Je n’y crois pas.

« Eh bien, qu’en penses-tu ? Joins-toi à moi, mon enfant, et je t’accorderai la moitié du monde. Nous devons… »

« Snrk… »

« Pourquoi ris-tu !? »

Comment pourrais-je ne pas rire ? ! Tu es un idiot, roi dragon ! Qui diable dit ce genre de conneries clichées dans la vraie vie ? Je ne suis pas vraiment un héros ou quoi que ce soit, mais ma réponse est un non catégorique.

« En ce moment, vos dragons sont juste une foule en colère, n’est-ce pas ? C’est un rassemblement inutile d’idiots sans aucune direction. Voulez-vous que je vous dise ce que je pense, roi dragon ? Je pense que vous ne les commandez pas. Vous ne faites qu’exploiter leur pouvoir et les envoyer sans aucune coordination. Vous parlez de grandeur, en disant que vous pouvez commander les dragons à votre guise, mais… Je parie que vous ne pouvez en contrôler qu’un ou deux avant que la tension ne soit trop forte pour votre petit cerveau, n’est-ce pas ? »

« Guh !! »

En plein dans le mille. Il semblerait que Cesca ait eu raison de dire que cette aiguille était un produit de mauvaise qualité. On dirait que ce gars compte plus sur la bravade que sur le pouvoir réel.

« Ha… Hahaha… Idiot. Pourquoi aurais-je besoin de manipuler directement ceux-là, de toute façon ? Tu es un ennemi pour notre espèce, Tueur de dragons. Tous ces dragons ici attendent mes ordres. Je n’ai besoin de dire qu’un simple mot, et ils vont tu — AHGUGUUUHGHAH !! »

En un éclair, le haut du corps de l’homme disparu de ma vue. Il avait été englouti dans la gueule d’un dragon noir. J’entendis un craquement.

Putain de merde. Le bas de son corps s’était affaissé sur le sol, laissant couler le sang de sa blessure suintante. C’était dégoûtant. Le sable de la plage saupoudra ses organes collants en les faisant éclater. Ces dragons ne pouvaient pas parler de langues humaines, mais ils pouvaient certainement comprendre ce qu’on leur disait.

Après tout, ils étaient arrogants. Il était naturel de penser qu’ils seraient réticents à servir sous les ordres d’un semi-humain, même s’il les rendait plus forts. Mais il semblerait qu’ils le suivaient parce qu’ils pensaient qu’il pouvait les contrôler à volonté. Cependant, une fois qu’ils avaient découvert que cette peur était sans fondement, il n’y avait plus de raison de le garder dans les parages. C’était la raison la plus probable des actions du dragon noir. Le fait que le roi-dragon avait révélé sa propre faille lui avait été fatal.

« Eh bien, je suppose qu’il a eu ce qu’il méritait, mais… cela ne résout pas le problème principal. »

« Ils commencent déjà à crier des choses sur le fait de verser du sang, et de tuer des humains… Quel genre terrible… ! »

« Purée, quelle plaie ! Commençons par sortir les poubelles. »

J’avais claqué des doigts, et une [Porte] s’était ouverte. Une série de bruits sourds annonça l’arrivée de plusieurs Frame Gears sur l’île.

Les dragons focalisèrent leur attention vers les envahisseurs soudains. Je pouvais sentir leur irritation. J’avais convoqué cinquante Frame Gears au total. C’était seulement le dixième du nombre de dragons ici, mais j’avais senti que c’était suffisant.

« Tout le monde, écoutez. Ne vous retenez pas, allez-y à fond. Nous allons faire un barbecue de dragon ce soir ! »

« Hourra !! »

J’avais parlé par radio et j’avais informé tous les pilotes du plan. Ce serait une bataille beaucoup plus facile que la précédente. Les dragons n’étaient pas aussi forts que la Phase, et la magie fonctionnait aussi bien sur eux.

En fait, j’étais plus inquiet de voir les cinquante Frame Gears trop en faire. Si on réduisait les dragons en purée, on ne pourrait pas les vendre… Mais nous ne pouvions pas non plus nous permettre d’y aller doucement.

De toute façon, il était trop tard pour s’inquiéter de ça. Nous nous battions pour le bien des humains qui avaient été mis en danger, ainsi que pour celui des vrais nobles dragons qui ne nous voulaient aucun mal, et pour garnir les coffres de Brunhild avec de l’or en abondance. Nous ne pouvions pas nous permettre de nous retenir. Ce serait manquer de respect envers ceux qui avaient déjà été victimes.

« Chevaliers de Brunhild, chargez ! »

« HOOOAAAAAAAH !! »

À mon commandement, les Chevaliers avancèrent. Les dragons lancèrent un souffle de feu et des boules de feu, mais ils furent facilement repoussés par les boucliers. En quelques instants, plusieurs dragons perdirent la tête.

Les dragons tentèrent de s’envoler, apparemment après avoir réalisé la puissance des Mécas. Mais il était trop tard. Plusieurs d’entre eux libérèrent la magie du vent et firent en sorte que les créatures aériennes s’écrasaient au sol.

Le liquide d’éther qui alimentait les Frame Gears transmettait également de la magie sur toute la surface des Mécas, permettant de canaliser des sorts à travers eux. Cela ne fonctionnait pas vraiment pour les sorts de restauration ou autres, mais cela leur permettait de lancer des sorts tout en pilotant. En effet, l’éther liquide avait les mêmes propriétés que les pierres à sorts.

Les Chevaliers arrivèrent sur les dragons tombés, finissant ainsi le travail. Cela ne me dérangeait pas vraiment de voir des têtes voler à cause de la décapitation, ou leur chair être transpercées par des lances… mais j’avais expressément interdit l’utilisation de masses et de marteaux pour ce combat. La viande de dragon broyée ne se vendait pas vraiment très bien. Attendez, ne les piétinez pas ! Ils ont de la valeur, bon sang ! Le dragon noir qui avait mangé le Roi-dragon (je n’ai même pas saisi le nom de ce type), jetait un regard inquiet sur le champ de bataille. Il regardait ses camarades mourir les uns après les autres, et je pouvais sentir la fureur qui émanait de lui. Luli le remarqua aussi, et fit un pas vers lui.

« Luli ? »

« Permettez-moi de punir cet enfant. Il s’est débarrassé de sa fierté de dragon. Je lui montrerai le vrai pouvoir de ma famille. »

« Euhh… D’accord. Je vois où tu veux en venir. »

« Je t’en suis redevable. »

Luli se retourna et poussa un rugissement assourdissant. S’il y avait eu des verres à vin à proximité, j’étais sûr qu’ils auraient été cassés. Merde, mes oreilles ! Le dragon noir rugit en réponse, mais comparé à Luli, sa voix était misérable et faible.

Je m’étais demandé s’il comprenait sa situation, mais il secoua soudainement la tête et tira une boule de feu directement sur Luli. Elle ne broncha pas, elle n’avait même pas bougé.

J’avais été un peu surpris de voir qu’elle n’était pas du tout blessée. Pas une seule de ses écailles d’azur ne semblait déplacée.

Le dragon noir paniqua et fit quelques pas en arrière. Cependant, il était trop tard pour cela. Luli s’était avancée et prit sa gorge entre ses mâchoires. Le grincement des écailles et des os retentit sur la plage. Urgh… C’est… Je vais vomir…

Le dragon mort tomba sur le sable. Luli releva la tête, émettant une fois de plus un son assourdissant.

Soudainement, plusieurs dragons cessèrent leurs protestations et se blottirent effroyablement sur le sol. Un message était passé sur ma radio.

« Votre Majesté… Beaucoup de dragons ont cessé de se battre… »

« Luli… Est-ce une reddition ? »

« Exactement. Je leur ai juste dit d’abandonner s’ils accordaient de la valeur à leur vie. Je leur ai dit que toute résistance était futile. Je leur ai dit que, s’ils ne voulaient pas devenir des cendres, ils abandonneraient au nom du monarque d’azur. »

Penses-tu que je te laisserais les transformer en cendres ? Ils ont trop de valeur pour ça !

Toute blague mise à part, il semblerait qu’il y avait quelques dragons parmi eux qui connaissaient le monarque d’azur. Mais pas tous. Il y en avait encore qui essayaient d’attaquer.

« Ne combattez pas les dragons qui se sont rendus. Mais n’hésitez pas à tuer ceux qui sont encore agressifs. Il y a toujours la possibilité qu’ils fassent semblant de se rendre, alors ne baissez pas votre garde. »

« Compris ! »

Au bout d’un certain temps, nous avions tué trois cent cinquante des quelque cinq cents personnes qui se trouvaient là à l’origine. Ensuite, nous avions retiré les aiguilles des vivants et des morts. Cet artefact m’emmerdait vraiment, mais j’étais sûr qu’on les avait tous obtenus. Il était possible qu’autrefois, elles aient été rassemblées quelque part pour être éliminées, mais qu’elles n’aient pas pu être détruites pour une raison ou une autre. Et puis après des milliers d’années, quelqu’un les avait toutes retrouvées et comprit ce qu’ils pouvaient faire… Je voulais en savoir plus sur les aiguilles, mais il ne restait plus que la moitié du corps du gars qui les avait trouvées, je n’avais vraiment pas eu de chance.

J’avais enterré le roi-dragon, ou du moins la partie inférieure de son corps, près de la côte. J’avais aussi enterré le dragon noir qui l’avait tué tout près. Je ne l’avais pas fait par sens de l’honneur ou par compassion ou quoi que ce soit d’autre, bien que… Je ne voulais simplement pas ramener le dragon noir et m’occuper du demi-corps dégoûtant qui se trouvait dans son ventre.

Si vous abusez de quelque chose de puissant, vous risquez d’en être victime à la fin. C’est la leçon que j’avais tirée de cet incident.

Un grand pouvoir s’accompagne d’une grande responsabilité. Si vous ne le reconnaissez pas, vous êtes peut-être déjà mort.

***

Chapitre 3 : Conspiration dans le donjon

Partie 1

« Très bien, voici ce qui vous est dû pour les dépouilles de dragons. »

Relisha m’avait passé un sac et je l’avais rapidement ouvert. Il y avait environ douze sacs, et chacun contenait une centaine de pièces d’or royales. Cela portait mon total à une jolie somme de mille deux cents pièces d’or. Il n’y avait vraiment aucune raison de comparer cela à la monnaie de mon ancien monde, mais cela représentait environ douze milliards de yens au total. Ce n’était pas du tout minable.

Les pièces d’or royales étaient rarement utilisées dans les transactions régulières. Au contraire, on les trouvait surtout dans les affaires de commerce national ou de rachat d’entreprises. En effet, en perdre une serait désastreux.

J’avais reçu cette somme uniquement pour les cadavres des dragons qui avaient attaqué Brunhild. Ceux de l’île des dragons étaient toujours conservés dans le [Stockage]. Il y en avait environ 350 au total.

Je ne voulais pas les vendre tous, car cela aurait pu avoir des effets désastreux sur l’économie si j’avais soudainement forcé la guilde à les acheter tous. Je savais qu’ils pourraient aussi en tirer profit eux.

J’avais décidé ceci : je ne voulais pas qu’autant de pièces de dragon mortes circulent dans le monde en même temps, alors j’en étais resté là pour l’instant.

« Les rumeurs commencent déjà à se répandre, vous savez ? On chuchote que l’ordre des chevaliers de Brunhild a massacré une armée de dragons rebelles. » 

« Cependant, c’est une histoire assez incroyable. Je me demande si les gens finiront par l’accepter. »  

« Moi aussi. J’étais là, je vous ai tous vus le faire… et même moi, je n’arrive pas à y croire. Mais il ne fait aucun doute que la nouvelle de la force de ce pays se répandra comme une traînée de poudre. Maintenant, je suis certaine que quiconque ayant de mauvaises intentions devra reconsidérer ses options. »

Et c’était exactement ce que je voulais. Après tout, je ne voulais pas que l’incident de Yulong se reproduise.

Il y avait encore un tas de Yulongeses qui jacassaient sans cesse sur le fait que j’étais le grand invocateur de la Phase, et que j’avais orchestré la destruction de leur nation. Ils continuaient à dire des choses comme « Brunhild doit expier ses péchés » et ainsi de suite. C’était agaçant, franchement. Je n’avais pas l’intention de payer des réparations.

Il avait également été officiellement déclaré que j’avais assassiné le nouvel empereur céleste. Il y avait une crise de succession à Yulong en ce moment même, car plusieurs personnes se disputaient le titre, prétendant être les enfants illégitimes de l’homme qui était mort. Une chose était sûre, Yulong était sur le point de s’en sortir.

Normalement, une nation reçoit de l’aide étrangère ou des secours après une crise, mais… Yulong n’avait rien reçu de tel. Personne ne voulait s’associer à une nation de canailles et de menteurs. Pour moi, ils ne faisaient que récolter ce qu’ils avaient semé.

J’avais déposé l’argent dans le [Stockage] puis j’avais quitté la guilde. Je me demandais combien d’argent donner à chaque soldat en prime. J’avais décidé que je serais généreux. Après tout, ils l’avaient mérité. En réfléchissant aux détails, je m’étais dirigé vers les portails du donjon et j’avais pris contact avec l’espion que Tsubaki avait installé au marché voisin.

« Yo. »

« Aha. Bienvenue, cher client. J’ai une affaire pour vous aujourd’hui. »

Hm ? Il s’est passé quelque chose ? Pendant qu’il parlait, j’avais commencé à inspecter les marchandises.

« Plusieurs personnes sont mortes récemment. »

« … Oh. Eh bien, ça craint, mais… Je suppose que c’est un vrai risque quand on part à l’aventure. Ont-ils été tués par des bêtes magiques ou quelque chose comme ça ? »

« C’est du moins ce qu’il semblerait. Ils ne sont tout simplement pas revenus… Ils étaient tous des aventuriers de bas rang, il est donc logique qu’ils se soient surestimés et qu’ils en soient morts. »

Ils ont probablement fait preuve d’arrogance en s’y enfonçant trop. Les gens sont avides. Ils devraient vraiment accorder un peu plus d’importance à leur sécurité, bon sang… Il est plus intelligent de faire attention à sa propre situation plutôt que de se mettre en danger.

« Il y a cependant quelque chose d’un peu étrange à ce sujet. Leurs corps n’ont pas encore été retrouvés. Seules leurs cartes de guilde ont été retrouvées. »

« Hein ? Je sais que les slimes font fondre les matières organiques, mais qu’en est-il de leurs armures et autres ? »

« Ah, non… Vous ne le savez peut-être pas, mais… certains membres de la communauté des aventuriers sont… un peu comme des hyènes. »

Quoi ? Il y a des gens qui pillent le cadavre de leur prochain ? Je veux dire, c’est une chose assez honteuse à faire, mais je suppose que ce n’est pas horrible…

C’était considéré comme une pratique courante de remettre des objets appartenant au défunt à la guilde. Ils pouvaient ensuite les transmettre aux proches du défunt. Mais ce n’était pas une règle appliquée par tous. C’était juste une question de bonnes manières.

Ça m’avait rappelé une histoire que j’avais entendue de l’une des guildes. Il était une fois un aventurier débutant qui avait utilisé ses énormes économies pour s’acheter une incroyable armure. Il en était si heureux qu’il en avait profité pour s’en vanter auprès de ses pairs. Quelques jours plus tard… le corps de l’homme avait été retrouvé dans un donjon. Son armure coûteuse était introuvable.

La situation était plutôt intéressante. L’armure avait-elle été retirée de son corps après qu’un monstre l’ait tué ? Ou avait-il été assassiné de sang-froid par un autre aventurier qui avait porté ses désirs sur le trésor de l’homme ? On ne pourra pas le savoir.

Quoi qu’il en soit, ces aventuriers morts n’étaient que de simples débutants, il était donc peu probable qu’ils aient été pris pour cible et tués pour une bonne raison.

« Combien sont morts ? »

« Nous avons trouvé dix cartes de guilde jusqu’à présent. Rien d’autre n’a été retrouvé, donc nous ne pouvons pas en être sûrs. »

Bon sang… Dix personnes sont mortes ? Mon humeur s’était un peu aigrie. J’avais décidé qu’il serait peut-être sage de créer une zone de sécurité au niveau supérieur dans laquelle les monstres ne pourraient pas accéder, ou peut-être des cercles de téléportation dans les zones de débutants pour qu’ils puissent facilement retourner dehors.

J’avais fait mes adieux à l’espion, et je m’étais dirigé vers les portails.

J’avais vu un groupe de jeunes se diriger vers le portail d’Amaterasu. Ils remettaient leur pièce de cuivre à l’employé. Ils semblaient avoir douze ou treize ans. Ils étaient quatre au total. Deux garçons, deux filles.

L’un des garçons était vêtu d’une cotte de mailles, et il portait une lance. L’autre portait une armure de cuir et avait un arc sur le dos.

L’une des filles ressemblait à un mage novice. Elle portait une robe et avait une petite baguette magique. L’autre maniait une épée de fer et portait une armure de cuir semblable à celle du garçon. Ils ressemblaient aux archétypes des novices qui partaient à l’aventure.

Tous les quatre franchirent le portail d’Amaterasu et partirent au donjon en un éclair.

Maintenant, en toute honnêteté… j’étais un peu inquiet pour les enfants à cause de l’histoire qu’on venait de me raconter.

Dois-je les suivre… ? Non, le harcèlement est une mauvaise affaire… Mais je préfère que les enfants ne sortent pas sans être préparés… Peut-être que je pourrais créer une école d’aventurier ou quelque chose comme ça… Oui, je pense que ça pourrait marcher. Je pourrais engager d’anciens aventuriers pour donner des conseils de survie aux enfants. Quand même, comment devrais-je le diriger ? Je ne pense pas qu’on devrait faire payer l’inscription… Peut-être qu’ils pourront rembourser les dettes d’études après le diplôme ? Nous pourrions coopérer avec la guilde pour suivre les quêtes et les cartes des étudiants, ou quelque chose comme ça…

J’avais décidé d’en parler à Relisha plus tard. Elle aurait probablement de meilleures informations.

« Hm, Touya ? »

Je m’étais tourné vers la voix pour voir que c’était celle de Leen. Paula lui courait après. Elle portait sa tenue typique de lolita gothique, et se promenait à l’ombre de son parasol.

« Oh, Leen. Qu’est-ce qui t’amène ici ? »

« Je faisais juste un peu de lèche-vitrine. J’espérais faire de bonnes affaires ? Et toi ? »

« Ah, eh bien… Je pensais apporter quelques modifications au donjon. Je vais installer une zone de sécurité où les monstres ne peuvent pas entrer, pour que les gens puissent se reposer. »

« Heh... Cela semble assez intéressant. Je vais donc t’accompagner. »

Leen m’attrapa par le bras sans même demander.

Hmph… Tu as été plus agressive dans ton approche ces derniers temps… Es-tu si désespérée pour m’épouser ?

J’étais un peu gêné, car elle avait la même taille que Yumina et quelques autres… Aux yeux d’un passant, je ressemblais probablement à un frère aîné aimant.

Nous nous étions dirigés vers le poste de péage. Leen sortit une seule pièce de cuivre de sa poche et l’avait remise à l’employé. Son nom avait ensuite été inscrit sur un petit carnet de bord.

Même si vous n’étiez pas membre de la guilde, vous pouviez quand même payer pour passer le portail. La seule différence était que votre nom était inscrit manuellement dans le journal de bord. La carte de la guilde simplifiait certainement le processus.

J’avais également payé une pièce de cuivre et j’avais inscrit mon nom. Je ne voulais pas trop me démarquer en montrant ma carte. J’avais inscrit « Takeda Shingen » comme nom. Après tout, il n’y avait pas de règle contre l’utilisation d’un faux nom. J’avais décidé que Takeda Shingen serait le faux nom que j’utiliserais pour ce genre de choses à l’avenir.

Nous avions franchi le portail et le soleil éblouissant s’était couché sur nous. Comparée à l’hiver de Brunhild, l’île était un paradis tropical.

Je regardais autour de moi avec inquiétude, mais je n’avais vu aucun signe des recrues d’avant. Je supposais qu’ils étaient déjà entrés dans le donjon.

Leen et moi, ainsi que Paula, nous nous étions promenées dans l’entrée. Ma fidèle amie fée rangea son parasol et lança [Orbe de lumière] devant nous.

« Allons-nous descendre au troisième étage ? »

Si je me souvenais bien, le donjon d’Amaterasu avait été repéré sur six étages à ce moment-là. J’avais sorti mon application cartographique et je m’étais dirigé vers le premier escalier.

« … Pourquoi, et comment exactement as-tu déjà cartographié ce territoire sur cet engin… ? »

« … je ne vais pas répondre. Je n’ai vraiment rien à dire à ce sujet. »

Leen marmonnait en fixant la carte projetée. Ce n’était pas comme si je m’attendais à ce que l’endroit soit entièrement cartographié pour moi ou quoi que ce soit d’autre. Ça s’était juste terminé comme ça, vraiment.

Nous avions ainsi atteint les escaliers sans problème, puis nous étions descendus au deuxième étage. Nous avions bien croisé une bête ou un monstre magique, mais je m’en étais occupé assez facilement. Nous avions fini par atteindre le troisième étage, mais cela nous avait pris un bon moment.

« Je pense que je veux faire une aire de repos par ici. Ce sera un espace sûr où les aventuriers pourront se reposer un peu. Il faut juste trouver un endroit approprié… »

J’avais de nouveau remonté la carte pour chercher un bon emplacement. J’avais aussi réglé la carte pour afficher tous les autres aventuriers qui se trouvaient ici, car je ne voulais pas me mettre en travers de leur chemin. De plus, ils auraient pu finir par se mettre en travers de mon chemin, eux aussi.

« Cet endroit n’est-il pas bon ? C’est à peu près à mi-chemin entre les escaliers qui montent et descendent. »

Leen montra une salle assez large avec quelques chemins tentaculaires qui y menaient et en partaient. C’était certainement un bon endroit pour se reposer lors de quêtes fatigantes, et c’était suffisamment éloigné pour être évité si vous le vouliez. Cela me semblait parfait.

Nous avions continué jusqu’à notre destination, tuant d’autres bêtes qui se trouvaient sur notre chemin. Les ennemis étaient plus ennuyeux qu’autre chose. Il aurait certainement été utile d’avoir un objet comme l’un de ces « répulsif » des jeux portables.

Nous avions atteint notre destination et avions commencé à regarder autour de nous. Je voulais enquêter sur la pièce pour trouver des pièges ou des dangers cachés avant de la sécuriser correctement.

J’avais utilisé [Enchantement] et [Programme] pour protéger la pièce contre les monstres. Les créatures hostiles ne pouvaient pas du tout entrer. Puis, j’avais commencé à inscrire des lettres sur le mur. C’était un message assez basique, précisant simplement que les bêtes et les monstres magiques ne pouvaient pas apparaître dans la pièce, que c’était donc un endroit sûr pour se détendre.

J’avais aussi décidé d’ajouter ma signature, car je ne voulais pas qu’ils pensent que c’était un piège.

« Signé Mochizuki Touya… grand-duc de Brunhild. »

J’espérais que cela suffirait pour qu’ils se sentent en sécurité. En y réfléchissant, je m’étais rappelé que je n’avais vu ces bleus nulle part. Mais comme ils étaient débutants, ils ne feraient probablement que se promener au premier étage.

Je m’étais souvenu de leurs visages, alors j’avais décidé de faire une petite recherche au cas où. Uhh… voyons voir… Afficher les aventuriers réguliers avec une icône bleue, et afficher les débutants particuliers auxquels je pense avec une icône verte…

Huh... C’est bizarre. Ils sont déjà au deuxième étage ? Et attendez… il y en a plus de quatre dans la pièce. Huh, trois autres aventuriers ? Peut-être qu’ils ont fait équipe ou quelque chose comme ça… Attendez, quelque chose ne semble pas normal ici. Qu’est-ce que c’est que ces mouvements ? Ils sont au milieu d’une bataille avec des monstres ou quelque chose comme ça ?

« Il y en a sept, non ? Pourquoi se battent-ils autant ? »

« Eh bien, ces quatre enfants étaient totalement amateurs. Ils ne semblaient être que des gamins qui sortaient tout droit d’une ferme et prenaient des armes. »

J’avais brièvement considéré le fait qu’ils ne soient peut-être pas particulièrement faibles. Après tout, ils auraient pu simplement se heurter à beaucoup d’ennemis. Même les kobolds et les gobelins pouvaient être mortels si vous en rencontrez plus de dix à la fois.

Voyons voir… Mettons en évidence les monstres et les bêtes magiques… Et voilà… Attendez… Il n’y a pas de monstres dans cette pièce ? Alors… c’est quoi ce bordel ? Il n’est pas défectueux, puisque je peux voir les indicateurs de monstres dans les autres pièces… Alors, attendez… Ce n’est pas possible…

« … Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« … Les trois autres aventuriers… Ce sont eux qui attaquent ces enfants. »

C’était assez problématique.

***

Partie 2

Nous étions arrivés au deuxième étage juste à temps pour voir le jeune garçon avec la lance être projeté contre un mur. L’archer et la mage s’étaient effondrés sur le sol en un tas. Bien que le garçon à la lance et la fille à l’épée aient été clairement blessés, ils étaient toujours debout et défendaient leurs amis.

« Ne les malmène pas trop, idiot. C’est de la marchandise. »

« Ferme ta gueule, connard. On est dans cette situation seulement parce que ton cul de bon à rien a oublié le poison paralysant. »

« Peu importe, vous deux ! Faites-le vite, d’accord ? Si des monstres se pointent, ce sera… Bauuggguuugh !! »

Le commentaire de l’homme obèse avait été interrompu par un coup de pied rapide donné à son visage. Mon attaque l’avait fait rebondir à travers la pièce comme une balle en caoutchouc, où il avait atterri devant ses camarades.

« Qui diable êtes-vous !? »

« C’est ma réplique, connard ! Qui êtes-vous ? »

L’un d’eux était gros, l’autre était chauve et l’autre était maigre. Ils ne pouvaient pas avoir l’air plus suspects.

Le bac de saindoux s’était mis debout en s’essuyant le nez. J’avais été surpris qu’il ait absorbé l’impact, honnêtement… Il semblerait que l’obésité avait ses avantages.

« Bon sang… Il semble qu’on soit arrivé juste à temps. »

Leen était arrivée aux côtés de Paula. Aussitôt, la luxure se manifesta sur le visage des trois hommes. Le gros connard s’était mis à se diriger vers moi, arme au poing.

Peu de temps après, les deux autres avaient commencé à s’approcher aussi. Ils avaient probablement vu mon Brunhild à ma taille et avaient supposé que ce n’était qu’un poignard. Mais ils regardaient Leen au lieu de moi. On aurait dit qu’ils essayaient d’évaluer sa valeur.

« Hm… Petite chose sexy ? On a de la chance, hein, les gars ? Hé, morveux. Si tu tiens à ta vie, alors dégage et laisse cette salope ici. »

« … Hein ? »

Peu de temps après, les deux autres avaient également commencé à s’approcher.

« Tu es sourd, petit ? On a dit de te tirer. Laisse la petite fille derrière, et moi et mes garçons allons nous amuser un peu avec elle ! Dégage, idiot ! Tu veux mourir !? »

Je m’étais approché lentement de l’abruti, puis j’avais poussé un petit soupir. Puis, d’un seul geste rapide, j’avais posé ma jambe sur son pied. Crunch. Ses os se brisèrent, et il tomba par terre.

« GAUAUUUUUUUGH !! »

L’homme cria, serrant sa jambe cassée alors qu’il roulait sur le sol. Ses yeux se gonflèrent de larmes, des gouttes et des crachats coulèrent sur son menton, et son nez était visiblement plein de morve. Ferme-la. Je lui donnais un coup de pied sur le côté du visage.

« Ghuuuheeek !! »

Vous pensez que je laisserais Leen avec des salauds comme vous ? Ne vous faites pas d’illusions, imbéciles. Ne soyez pas si pitoyables. Je vais vous tuer.

« Espèce de merde ! Arrêtez ça tout de suite ! »

« On est des aventures de rang Bleu, sale merdeux ! Tu crois que tu peux gagner contre nous !? »

« Vous parlez durement, mais vous n’êtes pas assez dur pour vous mesurer aux meilleurs d’entre eux. Des vautours comme vous se sont probablement classés en volant le butin des autres, n’est-ce pas ? Il n’y a pas moyen qu’un aventurier bleu soit aussi merdique que vous. Ne vous avise pas de manquer de respect au nom de la guilde, petite merde. »

J’avais donné un coup de pied, faisant craquer une des rotules de ce gros salaud. Il s’était effondré sous son propre poids et tomba sur son visage.

« Muggghuh... Mh-Ma jambe… Nnnghahhh !! »

« E-Eek ! »

Le chauve se retourna et couru, mais c’était inutile. J’avais sorti Brunhild, j’avais visé son dos et j’avais appuyé sur la gâchette.

« Guh ! »

Il avait pris une balle paralysante directement, puis il était tombé en avant. Un aventurier, pensais-je. Quel lâche ! Rang bleu ? Plutôt bleu puant.

« … C’était plus qu’un peu extrême, Touya. Tu peux me colorer de plusieurs nuances de surprise », murmura Leen en regardant les hommes tombés au combat.

« Ah… Pardonne-moi. Je me suis énervé quand ils ont dit ces choses sur toi. »

Cela faisait un moment que je n’avais pas été aussi en colère. La dernière fois, c’était quand j’avais eu affaire au prince idiot de Lihnea. En toute honnêteté, j’avais pensé que ma patience s’était un peu améliorée, mais il semblait que je pouvais péter un câble encore facilement.

« Hmm… Que tu sois devenu si furieux pour moi me rend un peu heureuse… »

Leen m’avait fait un petit sourire.

Ugh. C’est embarrassant… Je m’étais détourné de Leen pour cacher mon visage. Puis, je m’étais souvenu des nouveaux blessés.

« Vous allez bien ? »

« O-Oui, on est bien… Un peu blessé, mais je vais bien… Klaus et Eon sont cependant dans un état pire… »

Le garçon à la lance fit signe à ses amis effondrés. Ils avaient l’air d’être inconscient, mais je leur avais jeté des [Guérisons] et des [Récupérations] pour qu’ils soient en sécurité. Les deux personnes au sol avaient alors repris connaissance.

Ils n’avaient pas cessé de me remercier, mais j’avais réussi à leur poser quelques questions. Les trois hommes avaient rencontré les enfants dans le donjon et leur avaient promis un terrain de chasse plus sûr. Puis, ils les avaient suivis. C’était vraiment plutôt négligent. Mais ce n’étaient que des enfants.

Ils avaient été emmenés dans cette zone isolée et attaqués. L’archer et le mage n’étaient pas des combattants de première ligne, ils avaient donc été éliminés plus rapidement en raison de la nature surprise de leur attaque.

« Je suppose que ces gars sont des kidnappeurs, alors… Des gens ont disparu, seules des taches de sang ou des cartes de guilde ont été retrouvées… Il serait raisonnable de supposer qu’ils ont été dévorés par la faune sauvage, mais… maintenant, je commence à avoir une idée différente. »

« O-Oui ! Ils ont dit qu’ils allaient nous vendre à des marchands d’esclaves ! »

La jeune fille au sabre leva la main et parla. Je n’avais pas remarqué sa queue de cheval plus tôt. Elle était très énergique.

Quand même, des esclavagistes… Ce n’est pas bon.

Je m’étais approché de l’homme maigre et j’avais poussé le museau de mon Brunhild contre son front.

« Réponds par oui ou par non. Rien d’autre. Êtes-vous les responsables de la récente disparition des aventuriers ? »

L’homme acquiesça rapidement. Il transpirait à grosses gouttes. C’était comme je l’avais prévu.

Leen pencha la tête sur le côté pendant qu’elle réfléchissait.

« Mais… après avoir kidnappé les aventuriers, comment les ont-ils transportés hors de l’île ? Ils n’auraient pas pu utiliser les portails… »

« C’est assez simple. Ils ont probablement un bateau. Une sorte de bateau d’esclaves. C’est bien ça ? »

L’homme hocha la tête aussi vite qu’avant. J’avais raison.

Après tout, ces îles étaient situées au sud de Sandora. Et, pour autant que je sache, la nation dans laquelle l’esclavagisme était le plus répandu n’était autre que le royaume brûlant de Sandora lui-même.

C’était un pays qui utilisait des colliers spéciaux pour asservir les gens et les transformer en marchandise vivante. Cela signifiait également que nos personnes disparues étaient probablement déjà perdues.

« Les aventuriers disparus sont-ils déjà à Sandora ? »

Cette fois, il secoua la tête. J’étais surpris. Cela signifiait qu’ils ne les avaient pas tous expédiés… Et cela signifiait que nous pouvions encore les sauver.

Le bateau négrier était probablement ancré quelque part à proximité, mais caché. Ces connards avaient clairement simulé la mort de plusieurs aventuriers et les avaient stockés sur le navire pour les traiter plus tard.

Je remontais ma carte et je cherchais des bateaux dans la région. Bien sûr, il y avait un gros bateau amarré au large de la côte d’une petite île au nord. Je l’avais trouvé.

Avec cela, j’avais résolu toute l’affaire. Cela signifiait aussi que les trois larbins qui se trouvaient ici ne m’étaient plus d’aucune utilité. Je les avais tous les trois maîtrisés avec [Paralysie] pour le moment.

« Et maintenant ? Si vous voulez informer la guilde ou les chevaliers, je viens avec vous… »

La fille à la queue de cheval parla nerveusement. Ses trois compagnons se parlaient entre eux. La situation était assez grave, mais je ne pensais pas qu’ils l’aient bien compris. Il y avait certainement une certaine anxiété due à ce qui s’était passé, mais ils semblaient plus excités qu’ils n’auraient dû l’être.

« Ne vous inquiétez pas pour ça. Je peux m’en occuper. Ah, c’est vrai… Nous ne nous sommes jamais présentés. Cette fille, c’est Leen, et le petit ours, c’est Paula. Moi, c’est Mochizuki Touya. Je suis le grand-duc de Brunhild. »

« Qu-Qu-Quoi !? »

Tous les quatre me regardaient avec terreur. Puis, ils s’accroupirent sur le sol et commencèrent à s’incliner.

« Levez-vous, bon sang. Vous n’avez pas besoin de faire ce genre de conneries avec moi. Je suis un aventurier dans l’âme, vous savez… Je fais toujours des quêtes même maintenant. »

J’avais sorti ma carte de guilde dorée au moment où je parlais. Ces enfants avaient déjà été trompés une fois, alors j’avais voulu au moins fournir un certain niveau de preuve.

« O-Or… »

« Incroyable… »

« Ce type a tué des Dragons, des Golems et des Seigneurs Démons… »

« On doit en parler à nos parents… »

Eh bien, ils m’avaient vraiment cru. Ces enfants étaient un peu mous pour ce métier, si vous me le demandez. Ils finiraient par être blessés s’ils croyaient tout ce qu’on leur disait… Bien qu’en fait, ils avaient déjà fini par être blessés à cause de ça.

Les quatre s’étaient finalement présentés officiellement à moi. Apparemment, ils venaient tous de Regulus, d’un village appelé Pyton pour être exact.

Le garçon à la lance vêtu d’une grosse armure s’appelait Lop. La fille en armure de cuir qui maniait l’épée s’appelait Fran. L’archer qui portait une armure de cuir s’appelait Klaus. Et enfin, la mage s’appelait Eon.

L’impression que j’avais eue était que Lop était loyal, Fran débordait d’énergie, Eon était une vraie empotée, et Klaus était leur chef. C’était un peu un groupe de pacotille, tout compte fait.

« Qu’est-ce qu’on va faire ? Allez-vous aider les aventuriers qui se sont fait prendre ? »

« C’est exact. J’ai trouvé où se trouve le bateau d’esclaves, alors je vais aller les anéantir. »

« U-Uhm ! Y a-t-il un moyen de vous aider ? »

« H-Hey, Fran ! »

Fran avait soudain pris la parole, au grand dam de Klaus.

J’étais heureux de voir que les enfants étaient au moins motivés. Mais je n’étais pas sûr qu’ils seraient d’une grande aide. J’allais certainement les aider à acquérir un peu plus d’expérience, mais en même temps… Je n’étais pas vraiment sûr de ce qu’il fallait faire.

« Notre ennemi ici, ce sont les marchands qui font le commerce des vies humaines. Ils peuvent même avoir des esclaves armés pour les servir au combat. Ce que je vous demande, c’est si vous êtes sûr de pouvoir aider ici. Dans le pire des cas, vous serez vous-mêmes esclaves. »

« Ugh... »

Fran baissa les yeux, semblant soudainement troublée. Je me demandais si elle n’avait pas honte de sa défaite précédente.

Elle était plus âgée que Lu et Yumina, mais plus jeune qu’Elze et Linze. Malgré cela, elle n’était pas très éloignée de mon âge.

Dans le cas de mon groupe, nous avions combattu la Phrase, combattu les dragons, participé à un coup d’État, etc. Nous avions eu de nombreuses et riches expériences qui nous avaient permis de nous développer en tant que groupe… Même si ces incidents étaient toujours de ma faute…

« Hmm… S’ils ne peuvent pas se battre, ne pouvons-nous pas leur demander de faire de la reconnaissance ? »

« Reconnaissance ? »

J’avais sourcillé devant ce qu’elle avait dit. Des leurres, hein… ? Peut-être…

« Eh bien, j’ai dit reconnaissance, mais… Je leur recommande d’infiltrer le vaisseau et de se faire capturer intentionnellement. S’ils prétendent avoir été pris par ces trois-là et montent à bord du vaisseau, ils pourront facilement apprendre ce qui se passe avec les autres disparus. »

« Je suppose que oui… Mais est-ce que ces trois idiots vont obéir ? »

Je m’étais tourné vers les trois hommes paralysés. C’était vrai qu’ils m’écouteraient si je les menaçais, mais ils n’avaient probablement pas un visage assez impassible pour supporter ce niveau de tromperie.

« Espèce d’idiot. Utilise simplement [Mirage] et participe à la tromperie. »

« Aha, excellente idée. »

Oui, c’est logique. Si je me déguise en l’un de ces abrutis, je pourrais escorter les débutants jusqu’au navire. De cette façon, nous pourrons infiltrer l’endroit et faire sortir les personnes capturées en toute sécurité. Je ne veux pas que les aventuriers soient pris en otage, donc c’est probablement une bonne idée, mais quand même… Je suppose que je pourrais utiliser [Invisibilité] pour me faufiler jusqu’au vaisseau et les sauver plus rapidement…

J’avais regardé les quatre enfants. Ceux-ci ils me fixèrent avec des étoiles dans les yeux.

Euh… Qu’est-ce qu’ils ont, ces enfants ? Ils n’ont pas du tout peur d’être transformés en marchandise ? … Bon, d’accord. Je ne vais pas piétiner leur détermination. Dire quelque chose comme « Tu es un poids mort, alors dégage, gamin » ne ferait que leur briser le cœur à ce stade, et je ne suis pas dans le business de l’énervement des enfants. Si je les blesse maintenant, ils pourraient finir par être découragés de partir à l’aventure, alors… Je suppose que je vais transmettre un peu de ces connaissances que j’ai acquises lors de mes propres quêtes…

« … Vous voulez essayer les enfants ? »

« Ouais ! !! »

Les enfants applaudirent joyeusement. Je me demandais si ça irait vraiment… Mais j’avais décidé d’y aller quand même.

***

Partie 3

Nous avions tous quitté le donjon. J’avais emmené les trois kidnappeurs à la prison de Brunhild. Les ramener par les portails aurait fait trop de bruit. Après tout, si leurs alliés regardaient, ils sauraient que leur plan aurait fuité et s’échapperaient.

J’avais contacté Relisha et lui avais expliqué l’essentiel de la situation. Ces trois-là allaient voir leur inscription à la guilde effacée et leur carte révoquée. Même s’ils utilisaient de faux noms, ils seraient toujours rejetés. Plus d’aventures pour ces gars. 

C’était la punition de la guilde pour eux, mais je devais encore décider comment mon pays allait les traiter. 

Ils avaient capturé de nouveaux aventuriers, pris toutes leurs affaires et les avaient vendus pour les réduire en esclavage. C’était un crime grave. Si nous appliquions la loi Regulus, ces types seraient condamnés à la peine de mort.

Aussi malheureux que cela puisse être dans l’esprit de certains, Brunhild n’appliquait pas la peine de mort. Principalement parce que je ne l’avais pas mis en place. Alors que je me demandais comment les traiter, je m’étais souvenu de quelque chose que j’avais lu à la bibliothèque.

La magie de type Ténèbres était presque exclusivement de l’invocation, mais apparemment il y avait d’autres applications de l’élément. Il y avait un sort qui était à l’opposé de la magie de récupération de l’élément Lumière. C’était une magie qui drainait la vie de la cible. 

En fait, les tuer avec cette magie demanderait beaucoup d’efforts et de concentration. L’utilisateur aurait besoin d’une volonté incroyable, d’un pouvoir magique et d’une habileté avec cette magie. J’aurais probablement pu y arriver, mais je n’étais pas particulièrement motivé pour essayer.

D’ailleurs, je ne dirais pas que j’allais utiliser cette magie mortelle sur les kidnappeurs. Il y avait d’autres sorts dérivés de ce genre de sort.

Ces sorts pouvaient être décrits assez simplement. Les effets comprenaient la pestilence, la peur, la confusion et l’absorption de la vie.

En bref, c’était des malédictions. Bien que les appeler malédictions soit un peu exagéré.

La magie fonctionnait comme une promesse. C’était un système dans lequel si les gens ne respectaient pas les conditions fixées par le serment, ils en souffraient. Une malédiction magique qui ne se déclenchait que si les personnes concernées désobéissaient. Un peu comme « Croise mon cœur et espère mourir, colle une aiguille dans mon œil. » Sauf que l’aiguille allait dans leur œil s’ils se trompaient.

« Marque, o Ténèbres. Marque de péché : [Malédiction coupable] ! »

J’avais invoqué la malédiction et ciblé les trois hommes emprisonnés.

Les conditions étaient simples : « Ne pas sciemment commettre de crimes et blesser les autres. »

Chaque fois qu’ils brisaient cette malédiction par un petit délit, ils perdaient un doigt à cause de la paralysie. Cela finirait par s’étendre à leurs bras, puis à leurs jambes. S’ils persistaient, ils perdaient leurs cinq sens. L’étape finale était la paralysie du cœur, et c’était la fin. Bien sûr, s’ils commettaient un crime odieux, tout se déclenchait en même temps.

Cette magie fonctionnait de la même façon que l’enchantement. L’effet persistait même si je mourais. C’était une malédiction incassable.

J’avais raconté au trio tous les détails de la magie avec laquelle ils avaient été marqués. Blesser les autres ne s’appliquait pas seulement à la violence physique. S’ils blessaient les gens à un niveau émotionnel profond, ou essayaient de tourmenter les autres, alors cela s’activait aussi. S’ils volaient et que le propriétaire initial était dévasté, cela se déclenchait aussi, tout comme le fait de rejeter les sentiments d’une femme si cela finissait par la faire se sentir mal. Je n’allais pas être indulgent sur ce qui avait provoqué la malédiction.

J’avais eu la gentillesse de les laisser vivre, c’était donc un fardeau juste à porter. Ils devaient devenir des hommes idéaux pour survivre à la punition.

En toute honnêteté, je ne croyais pas qu’il était possible de vivre une vie sans faire de mal à personne. Peut-être que s’ils devenaient des ermites et vivaient loin de la civilisation, mais quand même… Ils ne feraient que survivre à ce moment-là, ils ne vivraient pas. Quoi qu’il en soit, peut-être appréciaient-ils que Brunhild ne les ait pas simplement fait tuer comme Regulus l’aurait fait.

Alors que je leur parlais de leur punition, les hommes étaient devenus progressivement pâles et tombèrent par terre. La marque de leur malédiction était apparue sur leur front, les marquant à jamais.

Le gros lard s’était tourné vers le maigre et cria.

« On est comme ça seulement à cause de toi, idiot ! »

Je m’étais demandé s’il avait écouté un mot de ce que j’avais dit.

« Wuh !? Augh ! M-Mon doigt ! !! Je ne sens pas mon doigt ! »

Le gros lard s’était mis à crier en donnant un coup sur un de ses doigts morts.

N’est-ce pas évident ? Tu as contrarié le maigrichon en lui criant dessus comme ça. Te voilà bien récompensé.

Maintenant qu’ils avaient vu les effets, j’avais décidé de les bannir de Brunhild. Où les envoyer... Oh, et pourquoi pas Yulong ? Les gens là-bas me traitent déjà comme une merde, alors vous serez bien là-bas.

J’avais ouvert une [Porte] vers Yulong et j’avais poussé les gars à travers. C’est bon. Affaire classée.

Oh. Attendez. Non. Je dois encore m’occuper des esclavagistes, hein ?

Je m’étais dirigé vers la forêt sur l’île et j’avais attendu que la nuit tombe. Pour être honnête, je me sentais un peu mal d’avoir fait attendre les débutants si longtemps. Mais je ne pouvais pas les laisser se balader. Ce serait bizarre si l’un des esclavagistes les voyait libres, puis capturés seulement un peu plus tard.

J’avais laissé Leen avec eux, juste au cas où ils se trouveraient attaqués par la faune locale.

Après m’être regroupé avec eux, j’utilisais une [Porte] pour nous amener tous sur l’île où se trouvait le bateau négrier. Ils étaient tous les quatre stupéfaits. Après tout, c’était leur première fois.

« Très bien. Remettez-moi vos armes. Cela serait bizarre si les victimes capturées avaient encore leurs affaires. »

Ils m’avaient remis leurs armes que je rangeais dans [Stockage]. Je tirais ensuite une corde et je les attachais. Après cela, je leur avais mis des bâillons dans la bouche. Naturellement, ils étaient attachés d’une manière dont il était facile de s’échapper.

Après cela, j’avais convoqué une petite souris et je l’avais cachée dans la poche de Lop. De cette façon, je pourrais en savoir plus sur la situation à bord du navire.

J’utilisais [Mirage] pour mettre la touche finale. J’avais pris l’apparence du chauve. L’un était trop maigre et l’autre trop gros, le chauve était le plus proche de mon physique…

« Alors ? »

« Vous avez l’air identique… C’est incroyable… »

Lop était évidemment étonné. J’utilisais [Mirage] une fois de plus pour projeter une fausse image des deux autres gars à ma gauche et à ma droite.

Les quatre se préparaient à être transportés, et j’avais fait des versions illusoires du gros et du maigre se tenant derrière eux, épées tirées. On aurait dit qu’ils étaient maintenant escortés.

« Et toi, Leen ? »

« Je vais bien, merci. Je vais monter la garde et m’assurer que personne ne s’échappe du navire. »

Paula leva ses mains vers le ciel. Il était temps de se diriger vers le bateau négrier.

Nous avions facilement trouvé le bateau. Il était bien placé, à l’ombre d’une falaise.

Il y avait deux petits bateaux qui faisaient escale sur une plage voisine. Quatre hommes se tenaient autour d’un feu de joie. Ils faisaient griller du poisson. Trois des quatre hommes semblaient être des esclaves.

Ils étaient assez massifs, ils étaient donc probablement des esclaves orientés vers le combat. Le non-esclave avait une très mauvaise morsure sur la rangée inférieure de sa bouche. Il avait l’air d’un abruti. Nous avions laissé Leen et Paula dans le couvert des arbres, puis nous nous étions dirigés vers eux.

« Oh, bon butin. Je vois que vous avez été occupé. Quatre à la fois ! Quels idiots ! »

Dents de lapin s’approcha de nous et sourit un peu. Il semblait impressionné.

Il marcha autour de nous et commença à regarder les enfants de haut en bas.

« Deux pièces d’or pour les garçons. Cinq pour les filles. Ça me semble juste. »

« Conclus. Remettez l’argent. »

« Hein ? Pas de marchandage aujourd’hui… ? »

« Nous sommes pressés. »

Je ne voulais pas trop parler et être exposé. Pourtant, deux pièces d’or et cinq pièces d’or… cela représentait deux cent mille et cinq cent mille yens… Acheter la vie de quelqu’un pour de l’argent comme ça, c’était carrément méprisable.

Ils auraient probablement fini par vendre les gens pour beaucoup plus à des types riches à Sandora. Dents de lapin remit l’argent et laissa échapper un rire strident et agaçant.

Si je revoyais ce type, je lui donnerais une bonne claque.

J’étais retourné vers Leen et j’avais annulé mon sort. Je détestais ressembler à ces salauds.

J’utilisais [Détection lointaine] pour surveiller les quatre hommes. Ils avaient fini de manger leur poisson, avaient mis deux enfants dans chaque bateau et commencèrent à ramer vers le navire principal.

« Infiltration terminée. »

« En effet… J’espère cependant qu’ils vont bientôt entrer en contact avec les autres personnes capturées. Combien y a-t-il de disparu, exactement ? »

« Relisha a dit qu’il y avait dix personnes qui étaient officiellement mortes. Leurs cartes de guilde ont été retrouvées, généralement avec du sang à proximité, donc la guilde a supposé le pire. Euh… Je pense que c’était trois hommes et sept femmes. »

« Il semblerait alors qu’ils aient un parti pris pour la capture des filles. »

« Probablement parce qu’elles sont plus faciles à capturer et qu’elles se vendent plus cher. Tous les aventuriers capturés étaient de rang Noir. »

D’après ce que j’avais entendu, les brimades de débutants n’étaient pas rares dans la guilde. Les aventuriers plus expérimentés et ayant une attitude de merde utilisaient les nouvelles recrues comme appât pour les monstres forts. Ils finissaient même par prendre la plupart de leurs récompenses comme « frais de scolarité » s’ils survivaient. Au final, les victimes finissaient souvent par quitter la guilde et par partir en solo. C’était méprisable.

Peu importe le monde, il y avait toujours ceux qui méprisaient les nouveaux venus. Ces gens oubliaient souvent qu’ils étaient eux aussi nouveaux une fois.

Quoi qu’il en soit, j’espérais que les dix victimes soient en sécurité. Elles étaient probablement encore en vie. Après tout, il est difficile de vendre un cadavre. Mais cela ne signifiait pas qu’elles étaient en sécurité. Leurs vies étaient en jeu.

J’avais synchronisé ma vision avec la souris dans la poche de Lop. J’avais vu le pont du bateau, ce qui signifiait qu’ils y étaient arrivés en toute sécurité.

***

Partie 4

Mon audition était également synchronisée. J’avais entendu des voix autour d’eux. La vue et l’ouïe étaient cependant aussi éloignées alors que j’avais synchronisé mes sens. J’avais essayé de goûter une fois et je l’avais immédiatement regretté… Je ne voulais pas savoir quel goût avait un scarabée, mais la souris avait d’autres idées.

« Javert… J’en ai apporté quatre. »

« Merveilleux… Ils semblent être de haute qualité. De la viande jeune… Oui, ils se vendront bien. »

Dents de lapin s’était approché d’un homme dodu. Il se frottait les mains en regardant les enfants. Ce type était très probablement le marchand d’esclaves.

Il portait une veste de laine fantaisie, une ceinture de soie à laquelle pendait un poignard doré, et des chaussures pointues qui se pliaient vers le haut à l’extrémité. Il avait aussi un long manteau et ce qui ressemblait à un turban en équilibre précaire sur le dessus de sa tête. Il ressemblait à un gros Sinbad le marin au rabais.

Javert, hein… ? Je parie que c’est un esclavagiste de Sandora. C’est probablement aussi l’un de ceux du marché noir.

Même si l’esclavage était légal à Sandora, ils interdisaient de kidnapper les gens et de les forcer à la servitude. L’esclavage était généralement réservé aux criminels, ou à ceux qui se vendaient volontairement pour le service.

Mais ce n’était qu’une position officielle. Il y avait de nombreuses façons de devenir esclave à Sandora. Certains forçaient les autres à s’endetter, ou les incitaient au crime pour en faire des esclaves. D’autres kidnappaient simplement des gens et les mettaient en circulation sur le marché.

Une fois devenu esclave, votre opinion n’était plus valable. Personne ne vous écoutera. Même si vous vous plaigniez d’avoir été trompé ou kidnappé, vous seriez ignoré.

Le problème étant que le gouvernement de Sandora n’en avait jamais parlé. Leur roi et leurs nobles avaient aussi des esclaves. Ils faisaient travailler les esclaves jusqu’à leur mort, puis les remplaçaient simplement par de nouveaux. À Sandora, la vie d’un esclave n’était pas vraiment considérée comme une vie.

« Allons ! Accélérez le rythme ! »

Dents de lapin tira sur la corde de Lop et les traîna tout le long.

Tous les quatre descendirent sur le pont le plus bas du navire. Il y avait deux prisons, divisées par sexe. Il y avait trois hommes et sept femmes. C’était les aventuriers kidnappés. Le groupe de Lop fut aussi divisé par sexe.

Après le départ de dents de lapin, les quatre s’étaient retournés pour demander les noms de leurs compagnons de captivité.

Les noms correspondaient à ceux des aventuriers disparus, c’était donc bien.

Ils semblaient faibles par manque de nutrition, mais ils n’avaient pas été maltraités autrement.

« Il semblerait qu’ils vont tous bien… Je peux maintenant ouvrir une [Porte] et régler ça. »

« Tu devrais d’abord laisser ces enfants acquérir une certaine expérience. »

« Hm… Je suppose qu’une évasion d’un navire serait bonne pour eux. »

« Tout à fait. C’est une importante leçon de furtivité et de perception. N’es-tu pas d’accord ? »

Leen sourit tout en parlant. Elle avait certainement raison.

Le groupe de Lop commença à préparer leur fuite. J’étais préparé à ce genre de situation, alors je leur avais donné deux éléments particuliers.

Le premier était un petit couteau qui se pliait. Il avait une lame de 5 cm. Naturellement, ce n’était pas non plus un couteau standard. Il était forgé dans du phrasium et pouvait couper n’importe quoi. S’échapper ne serait pas un problème du tout tant qu’il l’utilisait à bon escient.

Le deuxième objet était un mètre ruban. Il mesurait environ un mètre de long. Je l’avais enchanté avec [Paralysie] pour qu’ils puissent l’étirer et l’utiliser comme un fouet.

Il y avait des esclaves spécialisées pour la bataille à bord du navire. Ces enfants ne pouvaient certainement pas gagner s’ils se battaient loyalement. De plus, leurs ennemis étaient pour la plupart des compagnons d’esclavage.

Le groupe de Lop avait coupé leurs liens et s’était tranquillement échappé de leurs cellules.

« Je suppose que je ferais mieux d’y aller aussi, hein. Je vais rendre ça un peu plus facile pour les enfants. »

« Amuse-toi bien, Touya. »

J’avais désactivé le flux de la souris en direct et Leen me vit partir en sortant de la forêt. Je me tenais face à leur navire, mon Brunhild à la main. Puis je chargeais le truc avec des balles [Explosion], en prenant soin de charger les versions à faible rendement.

« Allons-y… »

Avec un sourire sur le visage, je pointais mon arme sur le mât du navire… et j’appuyais sur la gâchette.

L’explosion fit immédiatement s’effondrer la chose. Elle grinça et gémit, puis se brisa sous son propre poids. Tous les hommes sur le pont commencèrent à paniquer. C’était normal, puisqu’une partie de leur navire venait de tomber à la mer.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? ! »

« Je-je ne sais pas… Il y a eu une sorte d’explosion ! »

Javert sortit de la cabine principale et demanda une explication. C’était à ce moment que je m’étais posé sur le bateau et que je m’étais révélé à la lumière de la lune.

« Qu-Qui !? »

« Je suis Mochizuki Touya. Touya est mon prénom. Le brillant grand-duc de Brunhild à votre service. »

Tout le monde sur le pont était complètement sans voix. Le marchand n’avait pas l’air aussi heureux qu’avant, ses yeux se remplissaient d’effroi et de confusion. Il était complètement bouleversé, ce qui signifiait qu’il était conscient de sa position.

« Cette île fait partie du territoire de Brunhild. Je suis venu pour mettre fin à vos activités illicites. »

« I-Illicite !? »

« Ne me prends pas pour un imbécile, turban. Je sais ce que tu as fait avec les aventuriers débutants des donjons voisins. »

Il se tenait là, mortifié. Sa mâchoire était lâche. La sueur commençait à perler sur son front. Il ne semblait pas si innocent que ça.

« Pour être justes, nous sommes une toute petite nation. J’ai compris. Nous n’avons pas encore beaucoup de lois établies correctement. Mais vous savez, nous n’avons pas beaucoup de mauvaises personnes à Brunhild. Le pire que nous ayons, c’est le voyageur occasionnel qui est mal logé. Vos actions m’ont fait réfléchir un peu plus sur le crime et le châtiment. »

Si je n’étais pas venu au donjon aujourd’hui, le groupe de Lop aurait connu un tout autre sort. Il y aurait eu d’innombrables autres victimes par la suite… Je n’ai aucune idée du temps qu’il m’aurait fallu pour réaliser ce qui se passait.

Le châtiment était le moyen de dissuasion contre le crime, et je devenais paresseux à cause de mon style de vie personnel. Je n’arrêtais pas de penser à comment les choses iraient bien, alors je fermais les yeux sur la cruauté du monde. De plus, j’avais Yumina et son œil mystique auprès de moi, donc j’étais surtout entouré de personnes légitimement bonnes.

De toute façon, les crimes devaient être punis. Et il fallait que ce soit clair.

Je devais rédiger un tas de lois, et vite. J’avais décidé de me référer au système juridique de Belfast avant de créer le mien plus tard.

Beaucoup de gens étaient venus à Brunhild après la construction des donjons, et ils avaient apporté une litanie de leurs propres problèmes. Quoi qu’il en soit, ce qui était important à ce moment-là, c’était de s’occuper des esclavagistes.

Hein ? Je peux voir quatre petits bateaux s’échapper du navire… Merde, Lop. Tu travailles vite. Je suppose qu’il n’y a plus besoin de se retenir maintenant.

« Hrmph. Un grand-duc n’a rien à faire ici ! Occupez-vous de lui ! »

Javert donna son ordre, et trois esclaves costauds se précipitèrent sur moi, les épées courbées à portée de main.

« [Glissade]. »

Tous les trois se retrouvèrent sur le pont. Leurs épées s’étaient retrouvées coincées dans le parquet.

Ils avaient essayé de se lever, mais ils tombèrent de nouveau. Il semblerait que mon sort de glissade possédait un effet légèrement prolongé… Je m’étais souvenu de ceci : il affectait avant une zone plus petite et il n’avait pas duré aussi longtemps quand je l’avais utilisé pour la première fois. Je m’étais demandé si c’était un effet de ma propre divinité intérieure grandissante.

« Qu’est-ce que vous faites, imbéciles ? ! Débarrassez-vous de lui ! »

Javert cria, et les esclaves commencèrent tous à se serrer la tête de douleur. Il utilisait leurs colliers pour les torturer.

J’avais utilisé Brunhild pour tirer sur les pieds du gros con. Une faible force explosive propulsa l’homme.

« Wôw !! »

Le vieux Javert, joufflu, tomba par terre, le sang coulant de son nez.

« A-Augh ! P — Pardonnez-moi ! C’était juste euh… ma culture ! »

« Alors votre culture normalise les abus. Si dégrader les gens et les transformer en esclaves est ton idée de la chose habituelle à faire, alors penses-tu vraiment que tu mérites d’être pardonné ? »

« Aidez-moi, bande de salauds… »

« Penses-tu que les personnes que tu as coincées vont te sauver ? »

Je n’avais aucune idée de qui était cet homme ou de la vie qu’il menait jusqu’alors, mais cela faisait aucun doute dans mon esprit, je savais qu’il était une racaille.

Lui parler ne servait à rien. J’avais chargé des balles paralysantes dans Brunhild et je les avais tirées sur lui.

Il cria maladroitement, puis il s’arrêta de bouger.

J’avais aussi paralysé les esclaves qui glissaient. Ils étaient probablement forcés de coopérer, mais ils étaient toujours complices… C’était une sorte de terrain juridique moralement flou. Je supposais que cela dépendait du fait qu’ils en profitaient ou non. C’était un peu plus ennuyeux à gérer que Javert. Je ne savais pas s’ils avaient été asservis pour un comportement criminel, donc je ne savais pas si c’était bien ou non de les libérer.

***

Partie 5

J’avais aussi paralysé tous les hommes restants sur le pont.

« Lancement de la recherche. Tous ceux qui restent sous le pont. »

« Recherche… Recherche terminée. Trois personnes. Tous paralysés et effondrés. »

Hm… Le groupe de Lop a dû s’en occuper. On a donc pu s’occuper de tout le monde. Vingt au total, eh… La moitié d’entre eux semblent être des esclaves.

Attends, je me souviens d’un truc… Où est dents de lapin ?

« Gah ! »

J’entendis un cri venant du rivage. Puis, j’avais utilisé [Détection lointaine] pour vérifier le rivage. Dents de lapin s’était effondrée dans un tas fumant, et Leen me faisait signe. On aurait dit qu’il s’était échappé à un moment donné. Mais Leen s’en étant occupée, alors je n’étais pas inquiet.

Le groupe de Lop avait touché terre et se dirigeait vers Leen. Il était temps pour moi d’en finir.

J’avais fait passer tout le monde du bateau à la plage, juste à temps pour voir certains membres de mon propre ordre de chevaliers sortir de la forêt.

J’avais emmené Javert, ses employés et ses esclaves chez les chevaliers. En détention, bien sûr. Nous avions décidé de les enfermer dans la prison du château pour le moment. J’en parlerais à Kousaka plus tard.

« Tout est bien qui finit bien, hein ? »

« Eh bien, il faudra quand même un peu suivre cela. »

J’avais répondu à Leen avec désinvolture alors que nous nous promenions sur la plage. Je m’étais retourné vers le bateau négrier, en pensant à moi-même. Dois-je le confisquer pour qu’il devienne propriété de Brunhild… ? Eh… Le mât est cassé.

« U-Uhm, Votre Majesté ! Les aventuriers kidnappés vont tous bien ! »

Lop était venu et me fit son rapport, mais j’avais quand même vu le tout se dérouler à travers les yeux de la souris. J’avais lancé [Rafraîchissement] sur les aventuriers fatigués et je les avais tous emmenés à la Lune d’argent. Là, j’avais loué des chambres pour chacun d’entre eux. C’était le moins que je puisse faire.

J’avais l’intention de donner au groupe de Lop une dizaine de potions pour leur peine. Ça valait la peine qu’ils gardent tout ça. Puis, décidant qu’une enquête plus approfondie aurait lieu un autre jour, j’avais fait mes adieux à toutes les personnes impliquées.

Après cela, j’étais allé à la guilde et j’avais informé Relisha des derniers détails. Je lui avais également demandé de rendre les cartes de la guilde des personnes présumées mortes.

« La guilde regrette que cet incident se soit produit. Cependant, la guilde n’est qu’un prestataire de service entre les clients et les indépendants, nous ne pouvons donc pas les punir. À part révoquer leur adhésion, nous ne pouvons pas faire grand-chose… Officiellement, du moins. »

« Officiellement ? »

« … Gardez cela entre nous, mais… dans les cas où nous estimons que l’image de notre guilde a été ternie, nous mobilisons notre Commando de l’Ombre. Ce n’est cependant pas nécessaire dans ce cas. Vous les avez assez punis. »

Des commandos de l’ombre, hein… Quoi, comme un corps d’assassins ? C’est un peu effrayant, pour être honnête… D’après ce que j’ai compris, la guilde existait dans le monde entier. Il y a des maîtres de guilde comme Relisha qui gouvernent différentes régions, mais il n’y a en fait qu’un seul chef. J’ai cependant entendu dire qu’ils ne voulaient pas être dans le collimateur du public.

J’avais confié à la guilde le suivi des aventuriers kidnappés. Après cela, j’étais parti avec Leen.

Il était très tard, alors j’avais sorti mon smartphone pour regarder l’heure. Il était bien plus de minuit…

J’avais très faim, et je savais qu’il serait déraisonnable de demander à Crea de faire quelque chose pendant son sommeil. J’avais quelques brochettes grillées dans mon [Stockage]… et le bar de la guilde était juste à côté.

« Hey, Leen, tu veux que je t’offre un peu de nourriture ? »

« Aha… Je te prends au mot sur ce vénérable honneur. Je n’ai pas mangé dehors depuis longtemps. »

J’avais emmené Leen et Paula dans le bar de la guilde. J’avais mis un manteau et une cagoule au cas où ceux qui m’y reconnaissaient seraient là.

C’était une salle assez grande, et j’avais remarqué une table libre pour quatre personnes un peu plus loin, alors nous nous étions dirigées vers là.

J’avais commandé du poulet frit et du jus de fruits. Pas d’alcool pour moi. Leen avait commandé des pâtes, de la salade et un petit verre de vin.

La serveuse nous avait vite apporté notre repas et nous commençâmes à manger avec avidité. La nourriture était excellente. J’avais déjà mangé à la Lune d’Argent plusieurs fois, mais le fait de dîner dans un bar me semblait aussi très amusant.

Tous les aventuriers riaient, applaudissaient et se réjouissaient.

Il semblerait que le bar avait gagné beaucoup plus de clients depuis l’ouverture des donjons. Il était difficile de ne pas aimer l’atmosphère ici, même si l’ivresse occasionnelle gâchait le plaisir.

Nous avions quitté le bar après notre repas. J’avais revérifié, et il était vraiment très tard… Ou, plutôt, tôt. Question de perspective. La plupart des magasins avaient fermé. Il n’y avait pas non plus de quartier de divertissement dans la ville du château de Brunhild. Dans mon pays, les soirées étaient agréables et paisibles.

Le vieux Naito relayait les propositions des marchands et des entrepreneurs pour construire des casinos et des maisons closes, mais je lui laissais le soin de prendre ces décisions exécutives. Personnellement, je ne voyais pas la nécessité d’avoir des lieux aussi voyants. S’ils finissaient par venir et causer des problèmes à mon peuple, je les fermerais.

Je devais aussi garder un œil vigilant. Je ne voulais pas que des entreprises louches s’installent. Ce serait plus qu’une blague si Brunhild devenait un foyer d’ennuis sous mon nez.

Je me souvenais avoir entendu dire que certains esclaves étaient obligés de travailler dans des bordels à Sandora… Je ne voulais pas que ça se passe comme ça ici.

« Est-ce un rêve inutile de souhaiter que l’esclavage soit aboli ? »

« Je suis presque sûre que ça disparaîtrait si tu détruis Sandora. Pfftahaha... »

« N-Non, ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire… »

J’avais jeté un regard curieux sur Leen. Ses joues étaient rouges… Elle avait presque l’air ivre.

J’avais entendu dire que l’esclavagisme était de toute façon progressivement éliminé dans le monde entier par le biais de changements sociaux. Yulong avait été un grand défenseur de l’esclavagisme, alors même si Sandora était restée, c’était bien qu’au moins l’un d’entre eux ait disparu.

Mais Yulong n’utilisait pas les colliers d’obéissance. Ils se contentaient de rédiger des contrats et de faire respecter les servitudes contractées. Ils ne traitaient pas les esclaves aussi mal que les habitants de Sandora. Ce qui était drôle, étant donné que le pays était horrible sous tous les autres aspects.

« Sandora a été fondée par le chef d’une tribu du désert construite par des esclaves. Ils ont utilisé l’esclavage pour construire une grande force et éliminer ou assimiler les autres tribus de la région. Le premier roi de Sandora était connu sous le nom de “Roi des esclaves”. »

Le roi des esclaves, hein… ? Ce nom ne donne-t-il pas l’impression qu’il était lui-même un esclave ? Peut-être qu’il en était un pour commencer. Mais si c’était le cas, il aurait pu faire quelque chose de bien et abolir l’esclavage après avoir fondé la nation…

Je pensais que l’abolition de l’esclavage dans un endroit comme Sandora serait assez difficile si elle était si profondément ancrée dans leur société.

Leen voulait sentir la brise du soir sur sa peau, alors nous étions rentrés à la maison ensemble. Elle était vraiment ivre. Elle s’était balancée d’un côté à l’autre, puis s’était accrochée à mon bras. Ses joues étaient teintées en rouge, et les miennes aussi… mais pas à cause de l’alcool. J’avais essayé de me ressaisir et je marchais sur la route avec elle.

Il y avait quatre chevaliers qui gardaient le château, mais ils s’étaient retirés dès qu’ils nous avaient vus. Ils étaient méfiants au début, mais une fois que nous étions entrés dans la lumière, ils semblèrent heureux et nous firent signe de passer.

Après avoir fait un signe de tête aux gardes, nous étions entré dans le château. Soudainement, nous nous étions retrouvés face à face avec Ripple. C’était une créature artefact qui nous servait de caméra de sécurité. Quand elle me vit avec Leen à mon bras, elle sauta hors de son tableau et se mit à crier.

{Danger ! Danger ! Maître, vous êtes en danger ! Vous devez être prudent, c’est presque trop tard ! Dépêchez-vous, préparez-vous à… Oh non… Je n’ai pas été assez rapide…}

« Qu’est-ce que c’est que ça !? »

Ripple sourit avec ironie, puis disparu sur le champ. Je n’avais aucune idée de ce dont elle essayait de m’avertir, mais j’avais presque l’impression qu’elle murmurait « Bonne chance » avant de s’évanouir. Mais qu’est-ce qui se passait?

« Bienvenue à la maison, Touya… Tu rentres plutôt tard. »

« Ah, Yumina… Je suis… rentré… » Ma voix s’arrêta net lorsque je levais les yeux et réalisais ce à quoi je faisais face.

Yumina, Lu, Elze, Linze, Yae et Hilde se tenaient toutes là, à nous regarder. Si Sue avait été là, il y aurait eu un rassemblement complet de mes fiancées.

Elles souriaient, mais leurs yeux projetaient un danger. Pour une raison quelconque, j’avais senti de la colère émaner de leurs personnes.

 

« U-Uh… Quelque chose ne va pas ? »

« Nous avons une toute petite affaire à régler… Par ici. Toi aussi, Leen. »

« Hein ? Euh… Bien sûr. »

Leen répondit avec désinvolture, mais je ne pensais pas qu’elle comprenait la menace. Yae et Hilde descendirent les escaliers et m’attrapèrent de chaque côté.

Mais qu’est-ce que… ? Vous n’avez pas besoin de m’escorter de force !

« Par ici, Touya. C’est la bonne ligne de conduite. »

« Bon sang, Touya-dono… Résigne-toi à suivre ton destin. C’est beaucoup plus facile ainsi. »

« Non, nooon ! Je n’ai rien fait de mal !! »

J’avais crié à l’intérieur et à l’extérieur pour demander grâce alors que mon esprit n’était rempli que de points d’interrogation. Elles m’avaient traîné au loin et avaient complètement ignoré mes supplications.

Qu’est-ce que j’ai encore fait ?

***

Partie 6

« Ne croyez pas que nous n’avons pas remarqué que les choses ont changé entre vous deux récemment. »

Les filles s’étaient assises à la table, et Yumina commença à parler. Leen était assise avec mes fiancées, mais on me fit asseoir par terre. C’est un peu cruel, pas vrai… Mais je suppose que je m’y suis un peu habitué à ça à ce stade… Haaah… Il semblerait que le fait d’être obligé à s’asseoir sur le sol par ces filles devenait de plus en plus fréquent.

« Leen. Tu aimes Touya, exact ? »

« … Je peux dire sans risque que c’est le cas. Ma passion n’est pas tout à fait à votre niveau, mais c’est un homme que je trouve adapté à mes besoins. Je serais heureuse d’être mariée avec lui jusqu’à ce que l’un d’entre nous, ou les deux, meurent. »

« Je vois… Bien… »

« Je ne m’intéresse pas à lui pour l’héritage de Babylone ni pour son statut de grand-duc de Brunhild. Je l’aime simplement pour ce qu’il est. Il est charmant, et gentil. C’est tout ce qu’il y a à dire. »

Leen s’interposa alors que Yumina reprenait la parole, précisant ses intentions. Après avoir fini de parler, elle regarda Yumina dans les yeux.

Au bout d’un moment, l’expression de Yumina devint un peu plus douce. Celle-ci sourit.

« Très bien. Tu as mon approbation, Leen. Je pense que tu feras une merveilleuse mariée pour Touya. Qu’est-ce que vous en pensez toutes ? »

Yumina se tourna vers mes autres fiancés. Yae leva la main.

« Je n’ai aucun problème avec ça. »

« Je n’ai pas de problème non plus… », marmonna Linze.

« Non, pas de vrai problème ici, » dit Elze en souriant. Les deux sœurs levèrent la main en parlant. Voyant leurs actions, les deux autres levèrent également les mains rapidement.

« Je ne peux pas dire que je m’y oppose non plus. »

« N-Non, moi non plus ! »

Hilde et Lu n’avaient pas beaucoup parlé avec Leen. Mais elles avaient toujours une assez bonne compréhension de sa personnalité pour la lire en tant que personnes, aussi limitée que leur interaction soit.

De toute façon, Leen était impliquée avec moi depuis plus longtemps qu’elles ne l’étaient… Mais même moi, je n’aurais pas pu voir la situation évoluer ainsi. J’étais stupéfait.

« Je ne crois pas non plus que Sue s’opposerait à cela si elle était là. En son nom, en tant que cousine, je te souhaite la bienvenue. Félicitations, Leen. »

« Merveilleux. Merci beaucoup. »

Yumina et Leen se sourirent et se serrèrent doucement la main. À ce stade, il ne m’était même pas possible de faire le moindre commentaire. Je n’avais aucune raison personnelle de m’opposer à ce qui avait été décidé, mais quand même… Eh bien, Leen était mature, fiable et très mignonne, alors je m’étais dit que tout irait bien.

Si Yumina était de facto la chef des fiancées, alors Leen s’intégrerait parfaitement en tant que vice-commandante.

Cela portait donc le nombre de mariées à huit. Cela signifiait que j’étais à deux doigts de terminer la série. Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander si la situation aurait pu aller aussi loin si ce satané docteur avait gardé pour elle ses prédictions sur l’avenir.

J’avais l’impression que Yumina et les autres filles étaient impatientes d’accepter des filles jusqu’à ce que le total atteigne neuf… Elles ne pourraient probablement pas se détendre avant d’avoir trouvé les neuf. Mais elles n’avaient pas accepté Pam, alors elles y avaient au moins un peu réfléchi.

« Leen est maintenant une sœur d’armes, c’est une des fiancées de Touya, et notre âme sœur. »

« H-Huh… ? A-Aha… O-Oui, je suppose que oui. »

« Maintenant… Où étiez-vous tous les deux ce soir ? »

« Argh ! »

Un drôle de bruit vint de la bouche de Leen. Les cinq autres filles l’entourèrent. Une pression silencieuse se dégageait de leurs sourires.

« A-A-Attendez un instant ! Mesdames, vous vous méprenez, je vous le promets ! »

« Dehors jusqu’aux premières heures du matin… Juste vous deux… Qu’est-ce que ça aurait pu être d’autre, quoi d’autre ? »

Paula leva les bras en réponse à l’interrogatoire de Yae, comme pour dire : « Hé ! J’étais là aussi, vous savez ! » Mais elle avait été complètement ignorée. Les jumelles s’étaient approchées de la fée, la fusillant du regard.

« Est-il possible que… »

« Vous avez fait… ça !? »

« Quoi !? » Leen et moi avions crié à l’unisson. Vous voulez dire CELA ? ! Qu-Qu’est-ce que c’est que ce bordel !? Leen devint rouge comme une tomate. Tout comme Elze et Linze.

« Qu-Qu-Qu-Qu’est-ce que tu dis ? ! Bien sûr que rien de tel n’est arrivé ! »

Leen paniqua alors que son visage devint encore plus rouge.

Haha… C’est une réaction plutôt mignonne… Mais c’est une réaction qui correspond plus à la taille de votre corps qu’à votre âge.

Les filles envahissantes, en voyant la panique de Leen, se calmèrent un peu.

Leen était en état de panique et ne pouvait plus parler, alors j’expliquais les événements de la soirée à sa place.

« Eh bien, c’est compréhensible… Mais vous auriez dû envoyer un message au château si vous étiez si en retard. »

« Ah… Je suis désolé. »

« En plus, le petit Kohaku et les autres bêtes te donnent la possibilité de transmettre des messages mentaux, non ? »

« Oh. C’est vrai. »

Cela m’avait complètement échappé. J’avais couru partout sans jamais m’en servir. Je n’avais pas envoyé un seul message au château, alors les filles étaient probablement très inquiètes et se demandaient où j’étais.

J’avais cru aveuglément qu’il n’y avait pas de raison de s’inquiéter, mais c’était un peu égoïste de ma part.

Je ne voulais pas contrarier les gens qui m’étaient chers. Bien au contraire, en fait. J’avais décidé d’être plus attentif à l’avenir.

« Nous ne saurions pas quoi faire si tu partais et nous laissais derrière, idiot. »

« C’est exact. Fais-nous savoir si tu fais quelque chose de dangereux. »

« Tu as déjà détruit cette maison vide, tu t’en souviens ? »

Elze, Yae et Linze poussèrent des soupirs silencieux. Vous vous souvenez encore de cet incident !? Je pensais juste que je pouvais contrôler une boule de feu comme un missile… Ce n’était pas de ma faute !

Je me demandais si c’était ce qu’un homme ivre ressentait après être rentré chez lui pour se faire engueuler par sa femme. Je me sentais quand même assez fouetté. Je ne voulais surtout pas être un mari dominateur, je respectais l’indépendance des filles. Mais quand même, je causais clairement de la peine à Yumina et aux autres filles. Elles étaient toutes en bons termes les unes avec les autres, elles aussi. Je n’avais pas entendu parler d’une seule querelle entre elles. C’est ce qui faisait de moi le problème.

« En tout cas, contacte-nous si tu restes tard dehors, d’accord ? On ne va pas te tenir en laisse, tiens-nous juste au courant ! D’accord ? »

« O-Ouais, compris… »

Chacune d’entre elles m’avait encore plus réprimandé après cela, jusqu’à ce que je puisse enfin aller dans mon lit au lever du soleil. Elles m’avaient fait promettre beaucoup de choses, mais tout cela m’avait semblé être une punition injuste.

Individuellement, elles étaient toutes douces et gentilles, et je me sentais serein quand je me tenais à leurs côtés… Mais quand elles se lièrent contre moi, j’étais complètement sans défense. On ne m’avait laissé aucune chance de parler. Il semblerait que c’était l’une de ces situations où il fallait que je me taise et que j’accepte.

Bordel, je suis crevé… Zzz…

Après mon réveil, j’étais allé voir Kousaka et lui racontais ce qui s’était passé la veille. Il s’était immédiatement mis à travailler sur un projet de loi basé sur celui de Belfast. Cependant, les lois plus spécifiques nécessiteraient mon approbation… J’avais décidé de garder ça pour plus tard…

Ce monde était socialement au même niveau que lors de la période Edo, ils avaient mis en place la peine de mort et les exilés. D’autres pays avaient recours au travail forcé comme dans les mines, mais il n’y avait pas de mines à Brunhild.

Apparemment, la plupart des pays utilisaient la peine capitale à cause des troubles causés dans les nations qui l’avaient abolie. Si vous bannissez simplement un criminel violent, il y avait une chance qu’il cause des problèmes dans un autre pays. Cela étant dit, je ne pensais pas que le simple fait de tuer des gens était une façon idéale de procéder.

Ces colliers d’esclaves étaient de puissants artefacts utilisés pour punir les criminels. Je les approuvais, mais seulement s’ils étaient mis sur des personnes ayant commis des crimes graves. Je m’étais demandé si je pouvais en modifier un.

Si nous synchronisions nos lois avec celles de Belfast, Javert serait certainement tué. Cela me semblait vraiment juste, étant donné sa liste d’actes répréhensibles. Je ne pouvais pas lui donner une simple tape sur les doigts, il faisait du trafic d’êtres humains.

La question principale était de savoir que faire des esclaves et des marins sur son navire. Je m’étais dit que Yumina pourrait au moins se servir de son Oeil mystique pour surveiller les esclaves. Je libérerais ceux qui avaient bon cœur.

Tout en y réfléchissant, je m’étais dirigé vers la Lune d’argent. J’étais un peu inquiet pour les aventuriers que j’avais aidé à libérer la veille. Je ne voulais pas qu’ils souffrent de traumatismes ou de quoi que ce soit dus à leur mauvais traitement.

J’étais entré et je leur avais parlé, et heureusement, ils avaient tous décidé de continuer leur vie d’aventurier. Je leur avais dit d’être plus prudents à l’avenir. Après tout, il n’y avait pas besoin de se précipiter. Il valait mieux devenir lentement plus fort.

Je leur avais dit de se rendre à la guilde pour récupérer leurs cartes. Une partie de moi se sentait un peu coupable, mais j’étais content qu’ils soient en sécurité.

J’avais dormi jusqu’à midi, alors j’avais décidé de prendre mon petit-déjeuner/déjeuner à la Lune d’argent. Le groupe de Lop avait fini par se joindre à moi pour le repas.

Au début, ils semblaient inquiets, mais ils s’installèrent vite une fois que j’avais commandé cinq repas complets à Micah.

« Hm… Il y a un donjon près de ton village natal ? »

« Ce n’est pas du tout comme les donjons des îles, mais oui. Cela ressemble plus à une caverne. Il y a cependant une ruine à l’intérieur… On jouait là-dedans quand on était petits. »

Cela m’avait semblé un peu risqué, il y aurait pu y avoir des animaux sauvages dangereux dans cette grotte !

« Nous avons croisé de temps en temps des chauves-souris géantes et des loups, mais nous avons réussi à nous occuper d’eux tous les quatre. Je pense que ces victoires ont contribué à nous rendre un peu trop confiants… Mais nous avons appris un peu plus d’humilité après avoir exploré un vrai donjon. »

Fran prit la parole, enfin c’était plutôt un marmonnement. Les loups étaient certainement plus faibles que des gobelins et des kobolds. Après tout, les monstres intelligents qui utilisaient des armes étaient différents des bêtes sans esprit. Mais cela signifiait que le groupe de Lop avait rejoint ces idiots de rang bleu malgré leur peur. J’étais sûr qu’ils seraient devenus des aventuriers prometteurs.

« Eh bien, n’en faites pas trop. Apprenez de vos erreurs. Et ne vous laissez pas tromper par des paroles mielleuses. Il y aura très souvent de sombres arrière-pensées. Chaque rose a des épines, et rien dans ce monde ne vient gratuitement. »

Tous les quatre hochèrent la tête lentement. Il semblerait qu’ils avaient pris la leçon à cœur. Le fait que d’autres aventuriers soient venus leur parler d’un bon endroit pour chasser aurait dû être un signal d’alarme. Il n’y aurait eu aucun avantage à réduire leurs propres gains en invitant des novices. Avoir une notion de prudence était salvateur, mais en même temps il était important de faire un peu confiance aux autres.

« Uh-Uhm, Votre Altesse… Puis-je vous demander quelque chose à propose de ce petit gars… ? »

« Hm ? » Eon, la mage du groupe, me montra la petite souris blanche que j’avais convoquée. Je l’avais complètement oublié.

Pour être honnête, j’étais encore inquiet pour eux. C’est pourquoi j’avais décidé de leur laisser la souris. C’était une bête magique appelée Souris des neiges. J’avais entendu dire qu’elles étaient très puissantes en groupe, mais je n’aurais pas cru cela en en regardant une seule.

En fait, je ne savais pas si ce monde avait des souris domestiques.

La Souris des neiges avait un pouvoir magique passif connu sous le nom de « sens améliorés ». Il permettait à la personne la plus proche de lui de sentir le danger, empêchant ainsi les embuscades et autres catastrophes.

« Je vous laisse vous occuper de lui. Il est assez intelligent, et il peut dire quand il y a des problèmes dans les environs. Il a aussi un lien mental avec moi, donc vous pouvez lui parler et m’envoyer des messages en cas d’urgence. »

Eon sourit et hocha la tête pendant que je parlais. Il semblerait qu’elle avait pris goût au petit gars. J’étais heureux de voir qu’ils s’entendaient bien. Cela dit, je ne voulais pas qu’un tas de messages stupides me soient transmis quotidiennement dans la tête.

Nous avions terminé le repas et nous nous étions séparés. La Souris des neiges, maintenant perchée sur la tête d’Eon, me fit signe. Hein… Je suppose qu’elle est vraiment intelligente.

Quelque chose dans la conversation du déjeuner avait piqué mon attention. La grotte dont ils avaient tous les quatre parlé… Les ruines qu’ils avaient mentionnées m’avaient fait penser qu’elles pouvaient être liées à Babylone.

Ils venaient du village Pyton à Regulus, si je me souvenais bien. Je le cherchais sur la carte et je vis qu’il n’était pas si loin de Brunhild. J’étais surpris que ce soit si près. Les oiseaux éclaireurs que j’avais envoyés l’avaient probablement manqué.

Ou peut-être n’avaient-ils pas pu voir dans la grotte parce qu’ils étaient haut dans le ciel… Non, ça ne pouvait pas être ça. J’avais entendu dire qu’en termes de vision nocturne les oiseaux étaient à peu près égaux aux humains. Ils n’agissaient pas la nuit parce que la nourriture était plus rare. Mais il y avait quand même des oiseaux nocturnes comme les hiboux.

Il était plus probable qu’ils l’avaient simplement négligé. Je le découvrirais avec certitude une fois que j’arriverais sur place.

J’avais invoqué [Vol] tout en envoyant un message à Kohaku pour informer les filles que j’enquêtais. Après tout, elles s’étaient toutes énervées la veille au soir. Je ne voulais pas qu’on me fasse la morale deux jours de suite…

Alors, je ferais mieux d’aller voir !

***

Partie 7

Le village de Pyton était situé au sud-ouest de Regulus. Il s’agissait d’un joli village tranquille et plat, niché dans des montagnes près de la frontière de Belfast. Il donnait l’image d’une petite ville de montagne paisible et tranquille.

Je ne voulais pas faire de bruit ni alerter les villageois, j’avais ainsi atterri dans une forêt voisine et j’avais sorti mon téléphone pour chercher la grotte. Je l’avais trouvée non loin de là.

« Hein, c’était vraiment tout près. Cependant, je suppose que c’est logique… Ces enfants ont joué ici. »

La grotte se trouvait juste un peu plus haut dans une zone rocheuse près de la ville. Elle n’était pas très grande non plus. L’entrée était étroite, une seule personne pouvait y passer à la fois. Ça ressemblait plus à un tunnel qu’à une grotte, mais une fois à l’intérieur, ça s’était un peu écarté.

Il serait probablement plus juste d’appeler la grotte une entrée vers les ruines intérieures. Il y avait probablement eu d’autres entrées autrefois, elles avaient dû être couvertes par divers moyens au fil des ans.

Une chauve-souris géante m’attaqua après que je sois entré un peu plus loin. Naturellement, elle mourut en quelques secondes. Hm… Les enfants ont battu ces choses ? Je suppose qu’elles sont vraiment faibles… On dirait qu’elle ne peut pas faire beaucoup de dégâts.

Au bout d’un moment, je trouvais un cube obsidienne.

Il mesurait environ sept mètres de haut et de large. Il était aussi froid au toucher. Il n’y avait aucun doute dans mon esprit. C’était une ruine de Babylone.

« Très bien… Il doit donc y avoir un moyen d’entrer dans cette chose. »

J’inspectais le cube à fond. Mais je ne trouvais rien qui puisse l’ouvrir, comme un interrupteur. Il n’y avait pas non plus de rainure comme l’autre fois. Je m’étais demandé quel était le secret. Je m’étais dit qu’il y avait peut-être un mur qui me permettrait de passer si je le touchais… Mais hélas, pas de chance.

« Hmph… Qu’est-ce que c’est que ce truc… ? »

J’avais envisagé d’utiliser [Modélisation] pour forcer un trou… Mais je n’arrivais pas à me débarrasser du sentiment que cela se terminerait mal. C’était quelque chose que je devais faire par moi-même. Mais, quoi qu’il arrive… Je n’arrivais pas à trouver un moyen d’entrer.

Je m’étais lancé ici et là, mais j’étais rapidement à court d’idées.

« Oh, mince… J’ai tout essayé. Tous les côtés, même le haut ! Quoi d’autre... Oh. »

Pas moyen… En dessous, peut-être ? Je creusais une tranchée en utilisant la magie de la terre, en prenant soin de ne pas laisser le cube tomber ou bouger. Puis je sautais et je l’inspectais par en dessous.

Je t’ai eu. Le fond du cube avait un petit point en retrait, un peu comme le côté « un » d’un dé.

« Ça devrait être ça, alors… »

J’avais touché le point avec ma main, et je m’étais retrouvé entraîné dans le cube.

Je regardais autour de moi et je trouvais les piliers réguliers avec leurs pierres de sort. Il faisait sombre, mais l’éclat familier de chaque pierre était là, dans le noir.

Mais il y avait quelque chose d’inhabituel. Le cercle de téléportation se trouvait sur un des murs, plutôt que sur le sol. Les six piliers faisaient également saillie latéralement sur l’un des murs.

« Attendez une seconde… Ça ne devrait pas être le sol, alors ? Cela signifie que je suis entré par le côté… »

Je m’étais dit qu’ils avaient fait une erreur en plaçant le cube dans la grotte. C’était stupide d’avoir l’entrée en dessous pour commencer, ça semblait vraiment être une erreur. Quand je pensais à un dé à six faces, je m’étais souvenu que si le côté « un » était en dessous, alors le côté « deux » serait sur le côté. Ils avaient dû placer par erreur le mauvais côté vers le bas, ce qui signifiait que j’avais dû ramper sous et à travers le point unique.

« Ugh, allez… Ne faites pas d’erreurs stupides ! »

J’avais utilisé [Vol] pour me maintenir sur le cercle et j’avais ensuite déversé mon pouvoir magique dans les piliers. Après cela, je m’étais mis sur le côté, les pieds bien ancrés sur le côté du mur. Ça m’avait fait un drôle d’effet. Je ne suis pas un ninja ! Cela ne me convient pas… Les arts ninja… Juste sur le mur ! Pffft…

J’avais ajouté la pierre finale en versant de la magie Néant dans le cercle. Il s’était allumé en un éclair, et ainsi, j’étais téléporté.

« Bienvenue dans Babylone raughuhgh ! »

« Hein !? »

La lumière commença à s’éteindre lorsque je ressentis soudainement une douleur sourde dans l’estomac. J’avais reçu un coup de tête. Gah !? Une embuscade !? D’après ce que je pouvais voir, la gynoïde terminale avait imprudemment couru vers moi, trébuché et m’avait frappé dans le ventre avec sa tête.

« Awawa ! Pardonnez-moi ! J’étais si excitée à l’idée de vous rencontrer enfin que je vous ai frappé par erreur sur le côté ! »

« OK, OK! Lâche-moi maintenant ! »

La fille nous avait propulsé à terre tous les deux et elle n’arrêtait pas de marmonner. C’était assez gênant parce qu’elle était toujours sur moi. La fille avait… des atouts. Ce n’était pas aussi impressionnant que ceux de Flora, mais impressionnant quand même. C’était gênant.

« Je vais m’en occuper. Whoa, whoa! »

« Qu’est-ce que tu fais… ? »

La jeune fille s’était levée et s’était immédiatement mise à vaciller. Et puis elle le fit. Elle trébucha et, avec tout le poids de son corps, elle posa son pied sur mon entrejambe.

« HNNNGH ! »

Nhhh… Mhhh… Khhh… !? Hhh… ! Je m’étais évanoui. Il n’y avait rien d’autre que je pouvais faire. C’était l’attaque la plus puissante que j’avais jamais reçue dans ce monde et dans l’ancien. Cela faisait plus de mal qu’un coup direct d’une Phase. Oh-Oh Bon sang… Est-ce que la magie de récupération fonctionnera… !? Nngh… Gh… [R-Rhh... Rafraîchissement]… ! Gah ! Je ne peux pas me concentrer ! Mes bijoux… Mes bijoux !

« Mamma mia. Est-ce que ça va ? »

« Ngh... Nnnhho... »

Je serrais les dents et je frappais des poings contre le sol. Ça m’avait fait mal. Je respirais fort, je transpirais abondamment. Je suis… Fini… C’est… trop…

Finalement, la douleur s’était calmée et j’avais titubé sur mes pieds. Puis la fille me regarda et me salua. Elle était plus petite que Cesca, ou du moins c’est ce que je pensais au premier coup d’œil. Elle sourit et ouvrit la bouche.

« Laissez-moi me présenter ! Bienvenue à l’Entrepôt de Babylone ! Mon nom est Lileleparshe ! Appelez-moi juste Parshe pour faire court. »

« C’EST TOIIIIII !? »

« Eeeeeek !? »

J’ai enfin trouvé la folle ! C’est elle qui a laissé tomber ce bijou immortel et ruiné la maison des Takeda à Eashen ! C’est elle qui a permis au bracelet bloqueur et au bracelet draineur d’aider le type qui a déclenché le coup d’État de Regulus !

Les autres sœurs de Babylone m’avaient parlé de sa maladresse, mais c’était mes précieux bijoux qui m’avaient révélé la vérité de première main.

« Assieds-toi, ma petite dame ! Tu as besoin d’une conversation sévère ! »

« Qu-Quoi ! Pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi !? »

Je m’étais demandé si elle était au moins consciente des problèmes qu’elle avait causés. J’avais décidé d’expliquer exactement ce qu’elle avait fait.

Je lui parlais de la souffrance des gens à la surface à cause des artefacts qu’elle avait négligemment laissés tomber. Puis je lui parlais de tous les ennuis qu’elle m’avait causés.

« Es-tu désolé ? ! »

« Aah... Je suis désolée… Je n’étais pas consciente des problèmes que j’avais causés ! »

Parshe laissa ses épaules s’affaisser. Elle s’agenouilla sur le sol avec des yeux tristes, et sa queue de cheval trembla lentement. J’étais peut-être allé trop loin.

 

 

« Simplement… Fais plus attention à l’avenir, d’accord ? Toutes les autres gynoïdes s’inquiétaient pour l’entrepôt. »

« Hmm ? Vous avez rencontré d’autres terminaux de Babylone ? »

« À l’exception du laboratoire de recherche, je les ai toutes rencontrées. Laisse-moi me présenter, je suis Mochizuki Touya. Les autres Babylones m’ont accepté comme leur maître. »

« Wowee… Alors je suppose que je vais faire la même chose. Bien reçu… La gynoide numéro 26, Lileleparshe, se présente à vous ! Traitez-moi bien, Maître. »

Parshe se leva et sourit une fois de plus, en faisant un salut. C’était vraiment un rapide changement à 180 degrés. Je m’étais demandé si elle avait vraiment réfléchi à ses erreurs. Parshe s’était rapidement approchée de moi, faisant presque une fente sur mon visage. Uh oh. Je connais ce mouvement…

C’était la huitième fois à ce moment-là, je n’avais plus la volonté de résister. C’était inévitable, alors je l’avais accepté. J’avais renoncé à résister, alors j’étais resté là et je l’avais attendu. Puis Parshe me piétina le pied.

« Ow-mmmf! »

Sa langue glissa sur mes lèvres et s’était mise à tourbillonner dans ma bouche. Mais ce n’était pas pour cela que je gémissais. C’était mon pied ! Elle m’écrasait le pied ! Cette fille se tenait sur la pointe des pieds pour m’embrasser tout en m’écrasant le pied ! J’avais l’impression que mon gros orteil allait s’effondrer ! Pourquoi diable es-tu si maladroite ? Mais est-ce que c’est de la maladresse ? ! Tu es un désastre ambulant !

« Inscription complète ! Vos informations génétiques ont été stockées dans ma banque, Maître. L’entrepôt vous appartient maintenant officiellement… Alors pourquoi avez-vous l’air si mal à l’aise ? »

Parshe inclina sa tête sur le côté dans la confusion. Que diable veux-tu dire par « pourquoi » ! Tu viens de me piétiner l’orteil ! Je m’étais assis par terre en serrant mon pauvre pied. J’avais songé à invoquer un [Bouclier] autour d’elle par précaution.

« Eh bien, indépendamment de… Laissez-moi vous faire visiter. En avant ! »

Parshe s’était enfuie sans se soucier de rien d’autre. Puis elle tomba à plat sur le visage. Je m’étais dit que c’était tout à fait normal pour elle.

En sortant des sous-bois, je vis un grand bâtiment en forme de dôme. Il n’était pas très grand. Il avait à peu près la taille d’une maison au-dessus de la moyenne. Il ressemblait aussi à un igloo, une de ces maisons inuites faites de neige. Du moins, c’était l’approximation la plus proche que je pouvais faire.

J’avais franchi les portes et j’étais arrivé dans une pièce blanche et pure, pleine de cubes tout aussi blancs. Ils mesuraient environ cinquante centimètres de haut, et ils étaient aussi de même longueur. Il y avait aussi un monolithe noir au milieu de la pièce.

« Tu sais… J’imaginais un peu qu’il y avait… Des trucs ici. C’est un entrepôt, pas vrai ? »

« Les artefacts, les fonds personnels, les matières premières, les documents publics et privés, et d’autres questions de ce genre sont — sont stockés au sous-sol. À un moment donné, nous avons eu une petite brèche dans un mur extérieur, mais elle a été rapidement réparée. »

C’est probablement à ce moment-là que le bijou et les autres choses sont tombés… Au moins, c’est réparé maintenant.

« Vous pouvez utiliser cette machine pour appeler des objets. Regardez ici… »

Parshe posa sa main sur le monolithe et celui-ci se mit à tourbillonner. Un des cubes au sol au loin tomba à travers le sol, et un cube similaire s’éleva du sol devant moi.

Je regardais de plus près et je trouvais de petites lettres sur la surface du cube. Il semblait être écrit dans l’ancienne Partheno. Il semblerait que chaque cube avait un identifiant unique.

Parshe toucha le cube et il s’ouvrit comme un coffre au trésor. À ma grande surprise, il était rempli de pièces d’or.

« Les boîtes ne peuvent pas être ouvertes par quelqu’un d’autre que vous ou moi. Même le Docteur Babylon ne pourrait pas le faire. »

Huh, je vois… J’ai donc effectivement les clés du trésor. Donc, alors… Tout ça est à moi ? C’est bien. Je m’en servirai bien.

Je sortais l’une des pièces d’or de la boîte. Elle avait une forme que je ne reconnaissais pas. Mais je m’étais souvenu avoir vu quelque chose de similaire quand j’avais rencontré Ende pour la première fois. Ça devait vouloir dire que c’était des pièces de Partheno.

En toute honnêteté, c’était logique. Après tout, l’entrepôt avait cinq mille ans.

Mais cela rendait-il l’argent sans valeur pour moi ? J’avais pensé à tout fondre et à vendre le produit brut. Il n’était pas question de l’apporter à un antiquaire. Ils n’auraient jamais cru qu’un objet d’il y a si longtemps soit dans un état aussi incroyable. Il l’aurait simplement considéré comme un faux.

« Ohh, c’est vrai ! Y a-t-il des plans de Frame Gear ici ? »

« Oh, le Frame Gear… Ouaip. Nous avons un de ces… »

Parshe avait de nouveau touché le monolithe et la boîte de pièces de monnaie s’était enfoncée dans le sol. Une autre boîte s’était rapidement remise à sa place. Elles semblaient identiques. Sans les codes de série, je n’aurais pas pu les distinguer.

Je fis ce que Parshe avait fait plus tôt et je touchais la boîte. Elle s’était ouverte en grinçant. J’avais regardé le contenu, horrifié. J’avais fermé la boîte.

« … Parshe… Renvoie-la… Tu as fait une erreur. Maintenant. Renvoie-la. Maintenant. S’il te plaît. »

« Hein ? Ah, c’est ma faute… Je me suis trompé de numéro. »

Parshe toucha le monolithe une fois de plus et la boîte s’enfonça dans le sol. Je m’étais détourné d’elle. Mon visage était rouge comme une betterave et je transpirais à grosses gouttes.

Si vous vouliez savoir ce qu’il y avait dans la boîte… C’était juste des jouets… Juste… Des jouets… pour adultes… J’avais tranquillement réaffirmé ma haine pour le Docteur Babylon. Je… ne savais même pas qu’ils en faisaient des comme ça…

J’ouvris la nouvelle boîte et je trouvais un tas de récipients cylindriques bizarres. J’avais essayé d’en ouvrir un pour voir ce qu’il contenait.

Ce que j’y trouvais ressemblait vraiment à un plan. Il y avait beaucoup d’images différentes et de fins détails et annotations.

Je n’arrivais pas à le lire. La solution serait d’utiliser la magie de la traduction, bien sûr. Mais je ne pouvais toujours pas le lire… C’était bien trop complexe pour être compris. Quoi qu’il en soit, c’était une victoire. Nous pourrions enfin créer des Frames Gears plus solides. Nous ne pouvions pas modifier les appareils que nous avions déjà, mais nous pouvions maintenant les fabriquer à partir de zéro. En bref, nous pouvions faire des armures sur mesure.

Héhé… Dois-je en faire un avec un tank comme moitié inférieure ? Je me demande si je peux… Je devrais chercher en ligne différents modèles de robots… Je ne vois pas grand-chose d’autre que des unités de blindage lourd, des combinaisons mobiles et des unités de soutien pour l’instant… Hehehe… Je commence à être excité ! Je ne peux pas m’en empêcher ! Je suis un mec, c’est trop cool !

***

Partie 8

« Alors, tu peux le faire ? »

« Oui, je le peux. Je peux peut-être rendre l’Éther liquide inutile, monsieur ! Ou, euh… plutôt… Je peux probablement faire en sorte que nous n’ayons plus jamais besoin de changer l’Éther liquide, monsieur ! »

Nous étions dans l’atelier. Rosetta nous expliquait certains plans que nous avions trouvés dans l’entrepôt.

L’Éther liquide amplifiait le pouvoir magique du pilote d’un Frame Gear et le répandait dans tout le Mécha. Jusqu’à présent, nous l’avions utilisé comme carburant brut, mais les noyaux des nouveaux modèles tiraient leur magie de la lumière du soleil et de l’atmosphère environnante. C’était un peu comme passer des batteries aux panneaux solaires.

Mais nous avions besoin de matériaux cristallins provenant de Phase morte pour fabriquer les nouveaux dispositifs d’alimentation. Il semblerait que le docteur Babylon avait remarqué les qualités uniques de la Phase et avait trouvé comment les exploiter à notre avantage.

Quoi qu’il en soit, elle avait permis à l’Éther liquide de circuler dans la machine sans perdre de sa magie. Nous n’aurions plus besoin de changer le combustible.

« Eh bien, monsieur ! Ce nouveau système est conceptuel ! Nous pouvons assembler diverses pièces et les mettre sur des Frame Gears. Cela devrait nous permettre d’assembler des variétés uniques de Frame Gear, monsieur ! En d’autres termes, monsieur ! La nouvelle façon de fabriquer des Frame Gears n’a pas de forme prédéterminée ! »

« Alors pouvons-nous les construire comme nous le voulons… ? Ou euh… C’est plutôt comme si nous ne pourrons pas le faire si nous ne pouvons pas trouver ce que nous voulons ? »

« C’est exact, monsieur. Nous pourrions hypothétiquement assembler tout ce que nous voulons ensemble, monsieur ! Mais cela ne ferait que créer un tas de ferraille qui ne fonctionnerait pas ! »

Je ne voulais pas que nous gaspillions nos ressources de cette façon. Mais en même temps, j’avais hâte de commencer à expérimenter ce que nous pourrions mettre en place.

« Nous devons prendre en compte la force, l’armure, le rendement magique, la précision, la mobilité et l’armement équipé, monsieur ! C’est peut-être évident, mais si nous le faisons lourdement blinder, il aura une vitesse réduite ! Si nous augmentons la puissance, la magie s’épuisera plus vite ! Si on considère vos réserves de mana incroyables, monsieur, alors on peut faire tout ce qu’on veut ! Mais ça ne marchera pas pour tout le monde, monsieur ! »

Eh bien, désolé d’avoir une réserve magique ridicule… Mais bon sang, qu’est-ce que je fais ? J’ai beaucoup de magie, oui… Mais serait-il préférable de fabriquer des Frames Gears que les autres peuvent utiliser ? Je devrais probablement penser à faire des Frames Gears spécialisés qui s’adaptent à des personnes spécifiques. Celui d’Elze devrait être axé sur la puissance et la vitesse, par exemple !

Cependant, les Frame Gears spécialisés ne seraient utilisables que par la personne pour laquelle ils avaient été conçus. De plus, l’utilisation progressive d’un Frame Gear fera qu’on s’y habituera vite et vice-versa, ce ne seront donc au final que des unités personnelles.

« Commençons par le commencement, monsieur ! Nous allons appeler les Mini-bots à l’entrepôt ! Monica et moi sommes insuffisants pour cette tâche, monsieur. »

C’était juste. J’avais remarqué que deux des robots assistants se promenaient dans l’atelier. Ils étaient incroyablement compétents, malgré leur apparence bizarre. Ils n’avaient pas la capacité de penser par eux-mêmes et ne pouvaient qu’obéir à des ordres rigides, mais leur polyvalence n’était pas à négliger.

J’avais temporairement arrêté la production des Chevaliers pour que l’atelier puisse commencer à construire ces nouveaux Frame Gears. Nous avions fabriqué beaucoup de Chevaliers au cours des derniers mois, alors je n’avais pas hésité à faire une pause pendant un certain temps.

« D’accord, alors… Essayons de faire un Frame Gear pour Elze. Je veux que vous donniez la priorité à la vitesse et à la puissance. Faites aussi des membres lourdement blindés. Ne vous inquiétez pas trop de la conservation de la puissance magique. On pourra toujours le modifier plus tard. »

« Monsieur, oui monsieur ! »

J’avais décidé de commencer avec le Frame Gear d’Elze parce que son style de combat était le plus simple. Frapper et donner des coups de pied à l’ennemi jusqu’à ce qu’il soit à terre. C’était une méthode éprouvée. Grâce à cela, il n’y avait pas besoin d’équilibrer ou de trop modifier son style de combat. C’était essentiellement un modèle spécialisé dans un seul but.

J’avais laissé Rosetta s’en occuper et j’étais allé à l’entrepôt.

« Oh, Maître. C’est… vous. »

J’étais entré dans le bâtiment et j’y trouvais Parshe. Elle portait un vêtement traditionnel de vierge du sanctuaire, un hakama rouge sur une robe blanche. Je n’avais jamais vu une vierge du sanctuaire qui avait les cheveux en queue de cheval auparavant, mais… De toute façon, il n’était pas juste d’appliquer la logique de mon ancien monde à celui-ci.

J’avais oublié toutes les affaires que j’avais passées à Zanac, alors j’avais été surpris de la voir dans un habit si familier sur le plan culturel. C’était un choix étrange… Avoir une fille d’aussi maladroite comme vierge du sanctuaire était un peu trop… Je n’étais pas tout à fait sûr que Dieu serait d’accord avec ça.

« J’ai répertorié pour vous tout ce qui se trouve dans l’entrepôt. Il y a mille quatre-vingt-treize articles au total, Maître. »

« Wôw, c’est beaucoup. »

Je feuilletais la liste qu’elle m’avait donnée. Il y avait des choses que je reconnaissais et d’autres que je ne reconnaissais pas. Il y avait aussi des choses sur la liste que je savais que je ne voudrais jamais regarder. J’avais décidé que nous n’avions pas besoin de la « Culotte de guerre ultime », du « Maillot de bain mortel » ou de l’« Armure Bikini », par exemple. Il valait mieux les mettre à l’écart. Il valait mieux laisser certaines choses scellées.

Qu’est-ce que… ? « Médecine pour faire grossir les seins »… ? Il vaut mieux que personne n’apprenne jamais rien à ce sujet… Cela pourrait détruire des nations.

« Parshe. Ne montre à personne d’autre cette liste, comprise ? Et ne parle à personne des choses disponibles à l’Entrepôt, sauf si tu as ma permission. Compris ? »

« Compris ! »

Les seins… Gros… Petits… Tout le monde en a. Plus gros, plus petits, on n’a pas à s’inquiéter de ces choses-là. Le pain est délicieux. Le riz est aussi délicieux. Ni l’un ni l’autre n’invalide l’autre ! Cela dit, certains préféraient le riz au pain… et inversement. Personnellement, j’appréciais les deux. Mais j’étais un peu triste. Parce que je savais que trop d’hommes dans ce monde n’avaient d’yeux que pour ces grandes choses rondes.

De toute façon, je m’éloignais du sujet.

« Cela me fait penser à une chose. Il devrait y avoir du liquide d’éther stocké ici. Fais-le livrer à Rosetta à l’atelier, et à Monica au hangar. »

« Roger ! »

Parshe toucha le monolithe et neuf cubes sortirent du sol. Je les avais vérifiés et, bien sûr, il s’agissait de bouteilles de 500 ml du liquide familier. Ça ressemblait vraiment à du soda…

Les mini-bots les soulevèrent au-dessus de leurs têtes et quittèrent l’entrepôt.

« Parshe, c’est quoi ces objets avec des entailles dans leurs noms ? »

« Ah ! Ce sont des objets que nous avons perdus… »

Elle marmonna silencieusement cela d’une manière déçue. Je vis le bracelet bloqueur et le bracelet draineur sur la liste, mais je ne trouvais pas dans cette liste le bijou d’immortalité…

Oh, c’est peut-être celui-là… L’Oeil de la tombe… Je suppose que le gars qui l’a trouvé ne connaissait pas son vrai nom.

« Alors ça veut dire que la Sainte Épée de Lestia est cette Lame de Récupération… Et Ripple est le cadre vivant. Chouette. »

Même en excluant les objets que j’avais vus, il y avait quelques artefacts manquants. Les chercher serait une véritable galère. De plus, il était peu probable que les gens qui les avaient les abandonneraient si je le demandais…

Autant que je sache, il n’y avait aucun moyen pour moi de les trouver. Même si je savais comment ils s’appelaient, ce n’était pas comme si ma magie de recherche pouvait trouver des choses que je ne reconnaîtrais pas d’un seul coup d’œil. C’était malheureux, mais la liste manquait cruellement d’images pour accompagner les noms.

« Il y a vraiment beaucoup de choses, hein… »

« Le docteur Babylone était un génie, mais ses capacités d’organisation étaient insuffisantes… Elle a inventé de nombreuses choses, et les a finalement toutes mises au dépôt. Elle aurait pu gagner beaucoup d’argent si elle avait répandu ses créations dans le monde. »

« On dirait qu’elle n’avait pas vraiment de mal à trouver de l’argent. »

J’avais repensé aux pièces d’or.

« Elle ne s’intéressait pas particulièrement à l’argent. Le Docteur a juste fait ce qu’elle voulait faire. »

Je ne comprenais pas entièrement le Docteur ou pourquoi elle créait toutes ces choses étranges, mais je ne pouvais pas m’empêcher de me poser parfois des questions…

Le Docteur Babylone avait utilisé un artefact pour regarder dans le futur et me voir… Et elle avait décidé de me laisser en héritage la forteresse flottante de Babylone. Je m’étais demandé si ce n’était pas plus que ça.

« Tu n’aurais pas l’objet que le Docteur a utilisé pour voir le futur dans l’Entrepôt, n’est-ce pas… ? »

« Pour voir dans le futur… Mm… Vous voulez dire le joyau de la prospective ? Effectivement, nous… nous l’avons. »

Parshe toucha le monolithe, et un autre cube-boîte jaillit du sol. Il s’ouvrit pour révéler un magnifique globe scintillant de la taille d’un ballon de volley-ball. Il était posé sur un piédestal magistralement fabriqué.

***

Partie 9

« C’est un euh… bijou de la prospective, n’est-ce pas ? »

« Exactement. Si vous concentrez votre pouvoir magique, alors une personne dans le futur ayant un biorythme magique similaire au vôtre sera montrée dans l’orbe. Mais cette personne est complètement aléatoire. Et l’avenir ne suit pas toujours une voie stable. Il ne reflète généralement pas deux fois la même personne, mais lorsque le Docteur l’utilisait, il vous montrait toujours. Elle devait être… très concentrée sur vous. »

C’était probablement parce que j’étais la seule personne qu’elle pouvait refléter… Bien que savoir que j’ai un biorythme similaire à celui de cette ancienne perverse ne soit pas vraiment rassurant.

J’essayais d’y mettre un peu de ma magie, mais rien ne marchait. Hein ?

« Est-ce que c’est cassé ? »

« Non. Il n’est pas cassé. Il est plus probable qu’une personne ayant votre biorythme ne naîtra pas avant cinq mille ans. Mais bien sûr, l’avenir n’est pas figé. Vous pouvez toujours réessayer plus tard. »

« Quoi, sérieusement ? Une personne ayant toutes les affinités magiques ne viendra pas avant au moins cinq mille ans ? »

« Non. Ce n’est que l’un des facteurs. Même s’ils ont toutes les affinités, vous ne les verrez pas si vous ne suivez pas leur rythme magique de près. »

Je vois… Mais quand même, avoir toutes les affinités magiques réduit massivement le nombre de personnes que je peux regarder. Si je n’avais pas d’aptitude magique, je serais probablement capable de voir plusieurs personnes. Ça craint.

J’étais déçu, car je voulais regarder vers l’avenir. Parshe mentionna quelque chose à propos de la possibilité d’estimer approximativement à quelle distance dans le futur vous avez regardé, alors j’espérais voir ce qu’il adviendrait de Brunhild à l’avenir.

« Alors tu utilises ta magie sur elle ? »

« Ouais. Ça n’a pas agi pour moi. »

Linze lisait dans le salon au moment où j’étais arrivé avec le Joyau de la prospective. Ce qui se passa ensuite n’était pas difficile à deviner.

« Ça a l’air cependant intéressant. Puis-je aussi essayer ? »

Elze était sur le canapé en train de nettoyer ses gants, mais elle semblait intéressée. Yae et Hilde, qui étaient assises à côté d’elle, semblaient également curieuses.

Yumina et Lu entrèrent dans la pièce avec un peu de thé. Sue était occupée à la maison, et Leen se plongeait dans les livres de la bibliothèque de Babylone.

« D’accord, voyons voir… »

Linze laissa son pouvoir magique s’écouler dans le Joyau, et celui-ci était soudainement devenu noir de jais. De petites lumières scintillèrent à l’intérieur du globe, scintillant de temps en temps. C’était comme regarder dans l’espace.

L’instant d’après, l’image d’un vieil homme avec un chapeau de paille apparut dans la boule. Il avait une barbe blanche et labourait un champ. Hein… Qu’est-ce que c’est ?

« Oh… Laisse-moi l’accorder… »

Parshe souleva l’orbe et tourna un bouton à l’arrière du piédestal. L’image commença à s’estomper un peu.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Hmm… La scène se situe entre cinquante et cent ans dans le futur. Il semblerait que cela se situe quelque part entre Refreese et Regulus. »

C’est un avenir assez lointain. Je me demande si ce vieil homme est un petit enfant en ce moment… Ou peut-être qu’il n’est même pas né !

« Alors… Ce vieil homme et moi avons le même biorythme… ? »

Linze semblait quelque peu déçue. Je pouvais comprendre, donc j’étais au moins un peu compatissant. Mais au moins, elle avait quelqu’un d’accordé à sa longueur d’onde.

« J’ai réinitialisé les paramètres. Maintenant, elle ne s’affichera plus que dans dix ans, et la région est limitée à la zone locale. »

Parshe remit le joyau de la prospective sur la table. Linze, découragée, laissa ses épaules s’enfoncer un peu, et Elze fut la suivante à le toucher.

Une fois de plus, la belle image en forme d’espace apparut, et elle se focalisa sur une femme âgée se promenant dans la ville.

« Hein, c’est la ville du château ? »

« Je peux voir une grande tour d’horloge, mais… Brunhild n’en a pas, n’est-ce pas ? »

« Ah… je ne l’ai vu qu’une seconde, mais c’était bien la Lune d’argent ! C’est notre ville ! »

En effet, c’était le cas. Comme l’avait dit Yumina, j’avais brièvement vu le signe de l’Auberge de la Lune d’Argent. Comme je l’avais pensé, c’était la ville du château de Brunhild.

Huh. Je me demandais si j’allais bientôt construire une tour d’horloge… L’image ne couvre que la zone immédiate autour de la personne, il est donc un peu difficile d’avoir une vue complète de l’endroit.

« Euh… Est-ce que quelqu’un d’autre a entendu cette voix à l’instant ? J’ai cru entendre une femme dire : “C’est un bon prix.”… »

Lu s’était légèrement rapprochée de l’orbe de cristal. La femme sur l’image était en train d’acheter des pommes.

« C’est… elle établit un lien avec la personne ciblée, parfois elle capte la voix. La plupart du temps, il y a trop d’interférences pour obtenir un bon son, mais parfois, ça se passe bien. »

Alors que tout le monde écoutait l’explication de Parshe, l’image s’était assombrie jusqu’à s’effacer complètement.

« Aaaah... Le lien est parti et a expiré. Cela arrive généralement un moment après que tu aies enlevé ta main. »

« On ne voit pas ce qui va suivre ? »

« C’est presque impossible. L’objectif est — après tout — complètement aléatoire dans une période de dix ans. »

Il semblerait que l’artefact ne pouvait être placé que dans une fourchette de plusieurs décennies, il ne pouvait pas être plus précis que cela. Même si vous aviez la chance de vous connecter à la même personne, il fallait avoir une chance folle pour voir une continuation de l’endroit où vous vous êtes arrêté la dernière fois.

Même le docteur Babylon n’avait vu que des fragments de ma vie. Bien que le fait qu’elle ait pu me voir il y a cinq mille ans était assez incroyable.

« Qui est la prochaine ? »

Yae n’avait aucune aptitude pour la magie, elle avait donc un large éventail de personnes avec lesquelles elle pouvait potentiellement se synchroniser. Mais cela présentait l’inconvénient d’être plus difficile à cibler sur des individus spécifiques. Vous envisageriez probablement l’avenir d’une personne différente chaque fois que vous utiliseriez l’orbe.

Yae laissa sa magie s’écouler dans la boule de cristal. Même sans aucune aptitude particulière, elle avait toujours un pouvoir magique en elle. Les objets enchantés avaient été créés à l’origine pour les gens qui ne pouvaient pas utiliser la magie, mais ils pouvaient toujours canaliser la magie en eux.

« Oh… Je le vois, je le vois. Est-ce que c’est... Le château, c’est ça ? »

Il y avait une bonne qui se reflétait dans le ballon. Je n’avais pas reconnu son visage. C’était probablement quelqu’un qu’on allait finir par engager dans les dix ans à venir. La jeune servante marchait dans le hall du château. Elle avait l’air d’avoir une vingtaine d’années.

« Le château n’a pas l’air très différent… »

« Eh bien, ça n’a pas changé depuis que nous l’avons construit… Il est donc logique qu’il ne change pas beaucoup, même dans les dix ans à venir. »

Je souriais légèrement aux murmures d’Elze, mais en détournant la tête, j’avais raté la suite de la vision.

« Hm !? »

« Qui est ce… ? »

« Hein ! Qu-Quoi !? »

Yae et Yumina regardèrent avec surprise. Lu, Linze et Hilde regardaient également avec émerveillement.

« Qu’est-ce que c’était… ? Je l’ai raté. »

« Ah… U-Uhm, il y avait un petit enfant. La bonne a salué un enfant et est passée à autre chose. »

« Un enfant ? »

J’avais tourné la tête vers Linze pendant qu’elle parlait. Un enfant dans le château, hein… Attends… Pas moyen.

« H-H-Hey ! Ne peux-tu pas faire en sorte que l’orbe suive l’enfant ? »

« C’est impossible ! La cible est la femme de ménage, je suis désolée ! »

Parshe tremblait légèrement à la suite de mon râlement. Cela m’ennuyait d’avoir manqué ça.

Il y avait un enfant dans le château. Ça voulait dire que ça aurait pu être mon enfant ! Mais ça aurait pu être l’enfant d’un dignitaire étranger. « C’était un garçon ou une fille ?! »

« Hmm… C’était une fille… Je crois… »

« Hm… Je crois que c’était vraiment un beau jeune homme. »

« Mais ces longs cheveux… C’était sûrement une fille. »

« Oui, elle portait un pantalon à culotte longue. »

« Il semblait qu’elle avait aussi des cheveux noirs… »

« Mais qui est la mère ! »

Tout le monde s’était tu après la question de Hilde. Leen et Sue n’étaient pas là, mais il était possible que nous venions de voir la fille (ou le fils ?) qu’elles allaient finalement porter. Pourtant, il ne semblait pas possible de savoir qui était la mère.

La situation était rapidement devenue très mouvementée.

« Hé, Yae ! Fais en sorte que l’orbe montre la fille à nouveau ! »

« Je ne peux pas faire ça ! Je ne contrôle pas ce qu’il me montre ! »

« Aaagh ! Y-Yae ! Ne laisse pas ta main glisser ! Nous allons perdre la connexion ! »

« Je me demande si c’était ma fille… »

« Ouais… C’est un peu effrayant de penser à… »

« Je me demande si mon enfant utilisera une épée comme moi… »

« Hé, du calme ! J’entends quelque chose ! »

J’avais calmé tout le monde et j’avais mis mon doigt sur mes lèvres. La servante dans la boule de cristal parlait à un homme. Il avait l’air d’un collègue de travail.

« … --… a déjà couru par là. »

« Bon sang. J’ai dit au petit de ne pas importuner Sa Majesté… Père ou pas, c’est un homme très occupé. »

Les yeux de tout le monde se fixèrent sur moi. Ouais. J’avais ma confirmation. Je me demandais cependant ce que le futur moi faisait… Ne devrais-tu pas passer du temps avec ta famille ? !

« Eh bien, c’est ça alors. On ne pouvait pas entendre le nom… Mais cet enfant était vraiment le tien, Touya. »

J’étais juste contrarié de ne pas avoir vu l’enfant de mes propres yeux.

***

Partie 10

La bonne baissa la tête et partit pour la cuisine. Il y avait plusieurs bonnes qui travaillaient dur dans la cuisine. La vue n’était pas très différente de l’état actuel des lieux, en fait. J’étais content d’avoir autant de travailleuses… Bien que ce soit une vision de l’avenir, il serait donc plus juste de dire que j’étais content d’avoir autant de travailleurs acharnés.

« Hé, c’est Crea ! »

Elze désigna une personne qui se reflétait dans la boule. C’était bien Crea, notre chef cuisinier actuel. Elle avait l’air plus âgée, mais pas de dix ans de plus.

« Mais je ne suis pas là… ? »

Lu fit un peu la moue. Elle avait raison. Lu passait après tout beaucoup de temps dans la cuisine. Malheureusement, elle n’avait pas l’air d’y être ce jour-là.

Les épaules de Lu s’affaissèrent un peu.

« Ne t’inquiète pas, Lu. Pourquoi voulais-tu tant te voir, de toute façon ? »

« Je voulais que tu voies le moi adulte du futur, Touya… »

« Ne sois pas stupide. Je le verrai progressivement, à mes côtés. »

« Ah ! »

L’exclamation soudaine de Hilde fit que Lu et moi avions regardé vers la boule de cristal. Ne me dites pas… Pas encore…

« Juste maintenant, une petite fille a quitté la cuisine avec une boîte à déjeuner… »

« Ah… Elle avait de longs cheveux argentés… »

« Quoi !? »

Lu poussa un cri. En ce qui concernait les fiancées, seules trois d’entre elles avaient des cheveux que l’on pourrait qualifier d’argentés. Lu, Linze, et Elze. Ceux de Leen étaient plus blancs qu’autre chose.

« Où est-elle allée ? »

« Ah, elle est partie maintenant. Elle vient de quitter la cuisine. »

« Poursuivez-la ! »

« Je ne peux pas faire une telle chose… »

Lu regardait désespérément la boule de cristal puis Yae, puis revint au départ. J’avais compris ce qu’elle ressentait. Après tout, j’avais encore raté quelque chose.

« Calme-toi un peu… De qui était cet enfant, à ton avis ? »

« Il aurait pu être à moi ! J’ai toujours pensé que j’apprendrais à mon fils ou à ma fille à cuisiner ! C’est pourquoi je travaille toujours si dur dans la cuisine ! »

Il semblerait que Lu avait davantage envisagé le long terme que moi. Elle avait quand même raison. Je ne pouvais pas imaginer que Linze ou Elze aient un enfant qui passe beaucoup de temps à faire des trucs dans la cuisine… Je ne voulais pas imaginer quel genre d’horreurs super-épicées Elze apprendrait à ses enfants. Cela étant dit, ils auraient pu être encadrés par n’importe qui, donc il était difficile de dire avec certitude de qui était l’enfant.

« Nous ne les avons pas vraiment vus faire de la cuisine, vous savez… Ils pouvaient juste livrer le déjeuner à quelqu’un d’autre, ou aller chercher le leur. »

« Guh… Je suis Lucia Leah Regulus ! Sur mon sang, je suis sûre que mon enfant sera un cuisinier incroyable ! »

Lu parla avec fermeté, mais cela ressemblait plus à un murmure. Il était finalement difficile de dire si l’enfant de Lu serait vraiment bon dans la cuisine. La possibilité que Lu apprenne à l’enfant de Linze à cuisiner était toujours une possibilité.

 

 

Pourtant, si elle avait préparé le déjeuner avec lequel elle avait quitté la cuisine… À qui l’avait-elle livré ?

J’espérais que c’était pour le futur moi. Un déjeuner fait manuellement par ma propre fille. Je l’assaisonnerais de larmes de joie en le dégustant.

Ou peut-être que le déjeuner était pour sa mère. Lu ou autre. Une enfant douce et gentille qui faisait le déjeuner pour sa mère… C’était le genre de chose qui inspire aussi les larmes.

Ou… peut-être qu’elle préparait le déjeuner pour un garçon qu’elle aimait… Si elle préparait le déjeuner pour un garçon, ça me ferait aussi pleurer. Pour une tout autre raison.

J’avais dû m’éloigner de cette ligne de pensée. Ce n’était pas possible ! Ouais. Je ne laisserais pas un garçon puant s’approcher de mes filles ! Hahaha…

Alors que j’imaginais des choses stupides dans ma tête, la bonne dans la vision avait parlé un peu avec Crea et quitta la cuisine une fois de plus.

Soudainement, il y a eu un bruit. Hein ? J’avais regardé pour trouver la tête de Yae qui se balançait d’un côté à l’autre. Sa main glissait de la boule de cristal. Merde ! Tu as épuisé ta réserve de magie aussi vite ? ! J’avais attrapé Yae avant qu’elle ne s’effondre, mais le Joyau de la Prévoyance était tombé de son piédestal et roula sur le sol. Parshe tomba soudainement, elle renversa ensuite une théière.

« Oh, whoa! Excusez-moi ! »

Parshe se pencha pour ramasser la théière. C’était chaud. Elle l’avait fait tomber. Elle était tombée sur le Joyau de la Prospective. Smash. Crash. Bash. La théière, avec le Cristal… S’était brisée en plusieurs morceaux.

« AUUUUUUUGH !? »

Tout le monde cria en même temps. Il était complètement brisé. C’était bien sûr une vraie tragédie… la chute du piédestal ne l’avait pas brisé. C’était l’œuvre de cette maudite gynoïde !

Tout le monde s’était rassemblé autour, en regardant Parshe avec une pure incrédulité.

C’était donc le pouvoir de la jeune fille maladroite du sanctuaire, hein…

« Je-je-je-je suis-un désolé ! »

Parshe s’était aussitôt mise à l’épreuve en plaidant sa cause. Elle semblait terriblement familière avec cette motion. J’avais le sentiment que ce n’était pas la première fois qu’elle gâchait absolument tout.

Mais ça ne servait à rien de pleurer sur le lait renversé. Ce qui était fait est fait. Même s’il était maintenant cassé, nous n’avions réussi à utiliser le Joyau de la Prévoyance que grâce à Parshe.

« Ne t’inquiète pas. Ce n’était de toute façon qu’un appareil de voyeurisme. »

« Mais… »

« J’ai dit que c’est bon. Je n’ai de toute façon pas besoin de voir l’avenir. L’avenir a des possibilités infinies, il est donc difficile de dire si l’avenir que nous voyons est celui qui se réalisera. »

Notre avenir n’était pas encore écrit. Personne ne l’avait fait. Votre avenir sera ce que vous voulez en faire. Alors, faites-en un bon. C’est ce qu’a dit un jour un scientifique aux cheveux blancs dans un film sur une voiture qui voyage dans le temps.

« Je suis d’accord ! L’avenir que nous avons vu semblait beau, mais essayons de construire notre propre avenir ensemble. »

« Je suis d’accord. »

Yae, qui était encore un peu étourdie malgré mon utilisation de [Transfert] pour restaurer sa magie, fit un signe de tête à Yumina.

Malgré tout, avenir instable ou non, j’étais triste de ne pas pouvoir voir ma fille. Je me demandais si elle était mignonne et douce… Oui, elle sera vraiment mignonne. Ouais. C’était ce que je venais de décider. Elle sera adorable.

Alors que je confirmais résolument la mignonnerie de ma propre fille dans mon esprit, on frappa à la porte. Lapis était apparue.

« Monsieur… Les nouvelles servantes dont j’ai parlé l’autre jour sont là. Je les ai amenées pour vous saluer. Pourriez-vous les rencontrer maintenant ? »

« Ah, bien sûr. Ça ne me dérange pas, faites-les entrer. »

Le fait de vivre dans le château signifiait que nous devions faire venir plus de personnel de temps en temps. Heureusement, Lapis avait de bons liens avec la guilde des domestiques et elle nous avait trouvé le meilleur personnel possible.

À mon commandement, dix nouvelles servantes entrèrent dans la pièce. Mais l’une d’entre elles en particulier s’était distinguée. Tout le monde avait eu la même réaction.

« Aaaaaaagh !? »

« Qu’est-ce... Hein ? Ah… ? J’ai quelque chose sur mon visage !? »

Tout le monde dans la pièce montrait et fixait la pauvre fille.

Son visage était décidément plus jeune, mais elle était l’image même de la bonne que nous avions vue dans la boule de cristal.

« Incroyable… »

« Eh bien… C’est une surprise. »

Après que tout le monde se soit installé et que je les ai rassurés, les bonnes quittèrent la chambre avec Lapis.

Nous étions tous assez choqués de la voir, même si nous savions qu’elle faisait partie d’un futur inévitable qui allait arriver.

« Alors je me demande si l’avenir que nous avons vu est gravé dans la pierre après tout… »

« Hm… Eh bien, ce n’est pas comme si c’était mauvais ou quoi que ce soit de négatif. »

Yae marmonna, tandis Elze lui répondit de la même manière.

Ce n’était pas du tout un mauvais avenir. C’était un avenir où mes enfants étaient heureux. En fait, je dirais même qu’il était très bon.

« Faisons de notre mieux, alors. Pour rencontrer nos enfants dans le futur. »

Soudainement, les implications de ce que j’avais dit s’effondrèrent. Oh merde.

« A-Ah, bien… P-Pas avant que nous soyons mariés… C’est un peu tôt… »

« O-Oui, les enfants étaient mignons mais… Je ne suis pas sûre d’être prête pour ça… »

« Même si tu veux que nous fassions de notre mieux, laisse-moi d’abord préparer mon cœur… ! »

« Hein !? Faites notre meilleur… JE… Je ne suis pas prête pour ça ! »

Non, vous vous faites des idées ! Je veux que nous fassions de notre mieux et que nous construisions un pays ensemble ! Je ne veux pas dire que nous devons déjà commencer à faire des bébés ! J’avais essayé de m’expliquer, mais tout le monde était bien trop agité pour écouter. J’avais scellé ma propre perte avec mon commentaire désinvolte…

De toute façon, mes futurs enfants… Il semblerait qu’il s’écoulera encore beaucoup de temps avant que je puisse vous rencontrer.

Au fait…

J’avais réalisé plus tard que je pouvais utiliser mon sort Néant [Remémoration] pour savoir à quoi ressemblaient mes enfants. Tout ce que j’avais besoin de faire était de voir les souvenirs de mes fiancées.

C’était exactement comme je l’avais pensé.

Ma fille… était incroyablement mignonne.

***

Interlude 1 : L’épreuve des Fées

Partie 1

La décision d’épouser Leen m’avait causé beaucoup d’ennuis.

J’avais dû aller d’abord à Mismede pour expliquer la situation. Je devais promettre de nommer un nouvel ambassadeur pour Mismede après les avoir informés que Leen allait démissionner.

Heureusement, ou devrais-je dire sans surprise, Sa Majesté le roi Bestial éclata de rire et me donna sa bénédiction.

À l’origine, Mismede était un pays fondé par les sept grandes tribus demi-humaines.

Dans leur pays, le chef régnait plus ou moins comme roi, mais il y avait beaucoup de situations où les patriarches de chaque tribu respective étaient sur le même pied d’égalité que lui.

Il semblerait que s’opposer à la décision de Leen en tant que matriarche de la tribu des fées aurait été inconcevable pour les autres tribus.

Comme Leen me l’avait dit, les autres tribus avaient donné leur bénédiction en partie parce qu’elle n’était pas très impliquée dans les secrets du royaume.

Il y avait beaucoup de races ayant de longues vies parmi eux. La plupart d’entre eux connaissent Leen depuis longtemps.

Le chancelier du royaume, Glatz, semblait très satisfait de la nouvelle.

Mais il y eut une seule exception parmi toutes les créatures donnant leurs bénédictions.

« Je suis fortement opposé à ça ! »

« Éris… Je l’aurais deviné. »

Une jeune fille célibataire s’était levée pour exprimer son évident mécontentement et le choc de la décision de Leen.

C’était Éris de la tribu des fées, magicienne de la cour du Royaume de Mismede.

Elle avait l’air d’avoir une vingtaine d’années, elle avait une silhouette différente de celle de Leen. Mais étant une fée, elle était probablement plus âgée qu’elle n’en avait l’air. Ses cheveux étaient plus blancs que le blond platine, attachés en une queue de cheval qui lui tombait à la hauteur d’épaules.

Sa silhouette élancée était vêtue d’une jolie blouse blanche ornée d’un ruban orné de bijoux autour de la poitrine. Des bas et des escarpins noirs s’étendaient de la jupe moulante qu’elle portait. Elle portait également un bracelet de cheville ainsi qu'un au poignet droit.

En plus de cela, elle portait une robe verte ouverte ainsi qu’un bâton ayant une sorte de marque blanche qui dégageait un fort sentiment d’intellectualisme. Il n’y avait malheureusement rien de plus faux. C’était l’exact opposé de la fille qui faisait une crise de colère devant tout le monde en ce moment.

« Pourquoi Mlle Leen doit-elle épouser un homme de Brunhild !? Qu’en est-il de ses devoirs en tant que matriarche du clan !? »

« Mais je n’ai rien fait ici depuis 100 ans. Ça ne changera pas grand-chose que je sois là ou pas, non ? Ah, puisque nous y sommes, je te laisse le poste de matriarche. Bonne chance. »

« Est-ce que tu m’écoutes au moins !? »

Elle avait en ce moment même l’air plus bouleversée.

J’avais peur de lui confier tant de responsabilités, mais quand même…

« En plus, pourquoi épouseriez-vous cet enfant !? Il ne vivra même pas un siècle ! Je suis sûre qu’il doit faire pipi au lit tous les soirs ! »

« Tu es en train de dire n’importe quoi. »

Je suppose que je dois passer pour un enfant aux yeux de ces fées centenaires, mais me traiter de bébé, c’est un peu… Je suis quand même le Grand-Duc d’un Duché.

« Mais l’âge n’est qu’un chiffre. Ça n’a rien à voir avec l’amour, n’est-ce pas ? C’est pourquoi ton partenaire est… »

« N, N, N, N’importe quoi ! Quoi qu’il en soit, je n’accepterai pas ça ! Je ne vais pas donner Mlle Leen à un étranger ! »

« Ce n’est pas un étranger. Je te l’ai déjà dit mille fois. C’est le Grand-Duc de Brunhild. »

« Pourquoi toi petit… ! »

C’était une sacrée dure à cuire. J’avais réussi à voir Paula au pied de Leen hausser les épaules avec résignation. C’était un vrai problème.

« Tu as peut-être assez de mérite pour demander la main de Melle Leen, mais je ne l’accepterai pas tant que tu n’auras pas fait tes preuves. »

« Comment puis-je faire ça ? »

« Une épreuve ! Si tu peux surmonter l'épreuve des fées, je te permettrai de prendre la main de Mlle Leen en mariage ! Mais si tu échoues, les fiançailles devront être annulées ! »

Les choses avaient dégénéré assez rapidement… Mais ce n’était pas comme si je pouvais m’enfuir. Je ne savais pas ce qu’elle voulait que je fasse, mais j’avais décidé d’essayer.

◇ ◇ ◇

« Les fées sont fières de leurs prouesses magiques ! Nous ne pouvons pas permettre à quelqu’un sans ce don d’épouser notre chef ! Tu auras besoin d’un contrôle magique de très haut niveau. Je vais te demander de me montrer ton pouvoir ! »

L’endroit choisi pour notre match était l’arène derrière le Palais Mismede. C’était le même endroit où je m’étais battue avec le Roi Bête. C’était aussi grand que dans mes souvenirs.

J’avais jeté un coup d’œil aux tribunes et je constatais qu’il y avait des gens qui nous regardaient. Peut-être qu’ils avaient eu vent de notre match et qu’ils étaient venus par curiosité. Naturellement, le Roi était sur un siège spécial, un regard amusé sur son visage. As-tu au moins pensé à faire ton travail, cher roi ?

« Qu’est-ce que je suis censé contrôler ? »

« Je te lancerais des attaques magiques ! Tu vas devoir les annuler ! L’attribut magique n’a pas d’importance ! Mais il ne peut être ni trop faible ni trop fort ! Si ma magie te touche, tu perds ! Ah, juste pour que tu le saches les sorts de barrière sont interdits ! »

Est-ce que ce « Je peux choisir n’importe quelle quantité de pouvoir et d’attributs » n’est-il pas un peu injuste ? Eh bien, peu importe. Je peux annuler les attaques assez facilement.

Eh bien, c’était vrai que vous ne pourriez pas annuler la magie de votre ennemi à moins de pouvoir égaler sa force, mais il y avait d’autres moyens d’annuler les dommages.

« Bref, je gagne si j’annule ta magie avant qu’elle ne m’atteigne, non ? »

« Hmph ! Profite du temps que tu as pour bluffer tant que tu le peux ! Commençons ! Sors, Feu ! Javelot de flammes cramoisi : [Lance de feu] ! »

Une lance enflammée était sortie du bâton qu’elle portait.

Oooh… J’avais entendu dire que les fées n’étaient pas très douées pour utiliser la magie du feu, alors je ne pensais pas que les fées, à part Leen, pouvaient l’utiliser.

Mais je suppose que ce n’était pas le moment d’être surpris. J’avais invoqué ma propre magie pour annuler la sienne.

« [Absorption] ! »

La lance de feu se dissipa et disparut avant qu’elle ne puisse me frapper.

« Hein !? Qu’est-ce qui se passe !? »

« C’est un de mes sorts Néant. C’est une magie qui me permet de transformer ta magie en pouvoir magique, cela pose-t-il un problème ? »

« N’ai-je pas dit que je voulais voir ton contrôle ? L’aspirer est un acte criminel ! »

« Euh… Mais tu as dit que l’attribut n’avait pas d’importance. »

« Pas de magie Néant ! »

Tsk. Sais-tu que tu as besoin de contrôle pour gérer l’utilisation de la magie Néant comme je le veux ?

« Alors tu as le culot d’essayer de me ridiculiser… Je vais te montrer ! Tonnerre, écoute mon appel : [Javelot de foudre] ! »

« D’accord, bon sang ! [Javelot de foudre] ! »

Le choc des deux lances résonna à travers l’arène comme un coup de tonnerre, créant une sphère d’énergie au centre de l’arène. Elles s’annulèrent et disparurent.

« Guh ! Perce, ô glace ! Pointe Glacée : [Aiguille de glace] ! »

« [Aiguille de glace]… »

Même résultat, les aiguilles glacées s’annulèrent au milieu de l’arène. Il était facile d’annuler un sort en utilisant le même sort. Bien qu’il ne serait pas si difficile de faire également la même chose avec des éléments opposés. Elle était assez facile à lire.

« Viens, ô Lumière ! Duo Brillant : [Flèche de lumière] ! »

« [Flèche de lumière]. »

Les flèches lumineuses s’annulèrent comme les aiguilles glacées.

Après cela, la même chose se produisit avec des lances de feu et des balles de pierre.

« Attends un peu ! Combien d’éléments peux-tu gérer ? Six si on compte la magie Néant !? Es-tu du même niveau que Mlle Leen !? »

« Euh, pas vraiment… »

« Éris, il peut utiliser tous les éléments. Ça le rend meilleur que moi. »

« Hein !? »

Ses yeux étaient aussi larges que des soucoupes. Il semblerait qu’Éris puisse utiliser le feu, l’eau, le vent, la terre et la lumière. Avoir des aptitudes pour deux éléments était un exploit. Linze et Yumina pouvaient en gérer trois. La matriarche des fées, Leen, en gérait six. Le fait que cette fille puisse en utiliser cinq était plus qu’étonnant en soi.

« Pourquoi toi… ! Ne nous emballons pas ! »

Elle tendit les mains et commença à recueillir du pouvoir magique. Oh ?

« Viens, Feu ! Duo Enflammé : [Flèche de feu] ! Sors, Eau ! Sens ma lame, froide et claire : [Couteau Aquatique] ! »

Elle conjura deux sorts à la fois et les fit voler vers moi. Oh, elle peux donc lancer deux types de magie en même temps ?

« Argh… [Flèche de feu] [Couteau Aquatique]. »

J’avais jeté comme elle deux sorts en même temps, ceux-ci s’annulèrent.

Son visage avait été submergé par la surprise, mais il ne lui avait pas fallu longtemps pour qu’elle soit emportée par une rougeur enrager. Ce fut suivi d’un barrage ininterrompu de magie et de bavardages colériques.

« Prends ça ! Et ça ! Espèce de petit… ! »

« Whoa! Là ! Hah! »

Je m’assurais de confirmer l’ordre de la magie aléatoire qu’elle m’avait lancée, et je l’avais contrée avec une magie du même type. D’une certaine façon, plus elle était agitée, plus je me sentais calme. En fait, j’ai commencé à penser à quel point ce serait bien si elle faisait une feinte ou quelque chose du genre…

« Guh… Hahh… Hahh… »

Éris semblait instable, elle s’appuyait sur son bâton pour obtenir du soutien. Ses jambes tremblaient, je me demandais si elle allait bien. Leen, l’arbitre, leva la main.

« C’est ça. Éris n’a plus de pouvoir magique. »

« Je peux continuer! »

« Ce serait bien si tu arrêtais d’être si têtue. »

Paula s’était rendue à l’endroit où Éris se tenait debout et lui toucha les jambes. Elle ne mit pas une seconde pour tomber à genoux. Elle était à bout de souffle, c’est sûr.

« Pouah… »

« Tu vois ? Être à court de magie est une question de vie ou de mort pour les magiciens. Je t’ai dit de toujours garder au moins 10 % de ta magie pour des cas d’urgence, pas vrais ? »

« Je, je suis désolée… »

Leen utilisa le [Transfert] pour redonner du pouvoir à l’Éris affaibli.

Elle se leva immédiatement, son regard me lançait des poignards.

« Ce n’est pas fini ! Tu te trompes lourdement si tu penses que les prouesses magiques à elles seules suffisent à faire de toi le partenaire idéal pour Mlle Leen ! »

Et maintenant… ? Elle était vraiment jolie, mais tout le reste chez elle me décevait. J’ai l’impression de m’occuper d’un petit enfant ou de quelque chose du genre.

« Tu pensais à quelque chose de grossier tout à l’heure, pas vrai ? »

« Hm ? Non. »

Elle était au moins plus futée qu’elle n’en avait l’air.

***

Partie 2

« Cet endroit s’appelle la forêt perdue. On dit que tu seras perdu à jamais si tu ne peux pas lire le cœur de la forêt. Ce n’est qu’une tâche insignifiante pour nous les fées, mais un simple humain peut-il aller dans cette forêt et en sortir ? »

Elle croisa les bras et me regarda avec arrogance.

Nous étions dans une forêt au sud de Mismede, près de la mer des arbres.

La forêt était un territoire qui appartenait à la tribu des fées.

Parce qu’il était facile pour les étrangers de se perdre, Éris était suffisante et très sûre d’elle. À moins de se lier à la forêt ou d’avoir l’aide d’une fée, ils ne pourraient pas s’échapper.

En fait, il était interdit d’y entrer pour des raisons de sécurité publique.

« As-tu la frousse ? Ça ne me dérange pas si tu veux t’arrêter ici. En échange, je ne veux plus jamais te voir près de Mlle Leen. »

« Éris, ça suffit. »

Leen soupira face à la provocation d’Éris. Une fois de plus, l’ours en peluche, Paula, haussa les épaules avec résignation.

« J’y vais si c’est ce que tu veux. Comment veux-tu que ça se passe ? »

« Il y a un pommier géant au milieu de la forêt. Prends un fruit et reviens ici. Si tu peux même y arriver en premier lieu, bien sûr. Si tu n’as pas réussi à sortir dans deux jours, je viendrai à ton secours. »

Un sauvetage, hein… Le fait qu’elle souhaite venir à mon secours me semble un peu suspect.. eh bien.

« Pour information, tu ne peux pas utiliser la magie à l’intérieur de cette forêt. Pas de magie de transport ou de magie de recherche, m’entends-tu ? »

« Argh. »

Et moi qui étais sur le point d’utiliser la carte pour trouver la pomme et qui comptais revenir en utilisant un portail. Elle vient de m’abattre. Tsk.

“Es-tu sûr que ça va aller ? Tu sais que tu n’as pas à suivre tout ce que dit Éris.”

Leen parla avec un léger froncement de sourcils sur son visage. Elle semblait s’inquiéter pour moi.

« C’est bon. Je me débrouillerai même sans magie. »

« Hmph ! J’espère que tu prends du plaisir à essayer de te la jouer, parce que ça ne durera pas longtemps ! », dit à nouveau Éris, souriante et confiante. Je n’essayais pas vraiment de paraître cool ou quoi que ce soit.

Eh bien, je suppose que parler ne me servira pas à grand-chose, alors je ferais mieux de finir ça le plus rapidement possible.

« D’accord, je m’en vais. »

J’avais fait mon premier pas dans la forêt perdue et je leur avais fait le signe du départ.

… Une heure plus tard…

« Pourquoi !? Comment as-tu réussi aussi rapidement !? Qui est cette fille !? »

Éris me cria dessus alors que je mangeais une pomme.

Il y avait une fille aux cheveux verts avec une expression perplexe à mes côtés. Ses longs cheveux coulaient comme une cascade d’émeraudes. Ils allaient parfaitement avec sa robe verte. La confusion était claire dans ses yeux de jade alors qu’elle regardait la fille qui divaguait devant elle.

« Je me demandais si ma voix pouvait atteindre quelqu’un puisque l’endroit est si proche de la mer d’arbres, elle m’a vraiment sauvé. »

« Oh non, je n’ai rien fait… Heh… Umm, est-ce qu’elle va bien ? »

« Ne m’ignore pas ! C’est pour ça que j’ai demandé qui elle était ! »

Je l’avais ignorée exprès, et devinez quoi, elle s’était fâchée à nouveau. Je la taquinais peut-être un peu trop. Désolé, Éris.

« C’est l’esprit de la forêt. Un des avatars du grand arbre qui règne sur la mer des Arbres. Tout s’est bien passé quand je lui ai demandé de me guider. »

« Hein ? »

« Monsieur Touya est un mécène de la mer des Arbres. Cette aide n’a pas d’importance. En plus… » Whoa là, ne va pas lui révéler ma divinité… J’avais attiré son attention et j’avais mis mon index sur ma bouche pour empêcher l’esprit de parler davantage.

Leen n’avait pas manqué le geste, elle avait mis ses mains sur ses hanches et elle poussa un soupir exaspéré. Même Paula, qui se tenait à ses pieds, l’avait copiée.

« Chéri, je ne pense pas qu’utiliser un esprit comme guide soit approprié. »

« Cela ressemblait plus à de la médiation qu’à des conseils, en fait. Quelque chose dans le genre : ne pas laisser la forêt perdue se mettre en travers de mon chemin. »

De plus, le cœur de la forêt dont Éris parlait dans un premier temps était les esprits qui y vivaient. Le grand esprit des arbres était de même nature que les petits esprits qui égaraient ceux qui entrent dans la forêt.

En gros, ils étaient libres de faire ce qu’ils voulaient. Le fait qu’ils égaraient les gens était probablement dû à leur rôle de protecteurs du pommier. C’était après tout un endroit où tous les petits esprits pouvaient s’amuser et se détendre.

Les fées étaient les amies des esprits de la forêt, alors elles ne s’égaraient pas.

« Pourquoi un esprit de la forêt doit-il te guider !? C’est inexcusable, n’est-ce pas !? Allez, admets-le ! »

« Éris, es-tu consciente de l’attitude agressive que tu prends contre le dirigeant d’une nation entière, n’est-ce pas ? Cette personne est le Grand-Duc de Brunhild. Tu es une magicienne de la cour de Mismede. Un pas dans la mauvaise direction peut signifier la fin des relations diplomatiques, tu le sais, non ? Tu ferais bien de réfléchir avant de parler quand tu as une partie du poids de tout le pays sur tes épaules. »

« Uuuh... »

Éris avait un peu bronché quand la personne qu’elle respectait tant lui parla comme ça. Eh bien, moi (et probablement le roi de Mismede) ne m’en souciais pas tant que ça, mais cela ne s’appliquait peut-être pas au reste des nations. Ce serait mal si elle offensait une autre nation en public.

« Estime-toi heureux d’avoir eu la chance de rencontrer un esprit ! Si tu ne l’avais pas fait, tu te serais perdu et tu aurais supplié et crié à mon aide !!! »

« Oui, oui. J’ai compris. C’est fini maintenant ? »

« Bien sûr que non ! Ne crois pas que tu sois compatible avec Mlle Leen ! Même si elle approuve, tu n’as pas l’approbation des anciens du clan ! »

« Les anciens de la tribu des fées ? »

J’avais regardé Leen, celle-ci avait une expression anormalement troublée sur son visage. Je me demandais ce qui se passait.

« Les anciens… Je suis sûre que tout ira bien. Je leur ai écrit une lettre leur expliquant les circonstances. »

Quelque chose n’allait pas. Elle fronçait les sourcils. Son joli visage habituel semblait troublé.

« C’est quoi le problème avec les anciens ? Ont-ils un statut supérieur au tien ? »

« Dans un sens. Les anciens se succèdent dans notre clan. C’est leur travail de guider les chefs actuels et de les former sur la manière de gérer la tribu des fées. »

« Tu n’en as jamais vraiment parlé. »

La voix de Leen était devenue un faible murmure. D’après ce que j’avais compris, les anciens de la tribu guidaient la nouvelle génération avant de transmettre leurs titres à leurs successeurs.

« Mlle Leen ! Ils n’ont tout simplement pas répondu parce qu’ils n’en ressentaient pas le besoin ! Tu as fait beaucoup pour notre peuple. »

Ça m’avait semblé juste. Pour autant que je le sache, Leen avait très nettement amélioré la position des fées à Mismede.

« Tu dois toujours les rencontrer pour approbation ! »

« Non, ce n’est pas nécessaire. »

J’avais regardé Leen.

« Eh bien, je pense que je devrais probablement les rencontrer. Même s’ils n’ont pas beaucoup de temps libre, c’est important. »

« Hmph. Alors tu souhaites les rencontrer ? Les anciens ont récemment joué à ce jeu appelé shogi. Ils n’ont pas eu beaucoup de temps libre. »

Les paroles d’Éris m’avaient surpris. Je ne savais pas que le shogi s’était répandu aussi loin. Mais encore une fois, Olba était mon distributeur principal, et il était de Mismede… Ce n’était pas si bizarre que ça.

« Si tu veux rencontrer les anciens du village de fées, je peux t’y emmener. »

L’esprit de la forêt se fit entendre. C’était certainement pratique.

« Merci, esprit. »

« … Si tu insistes. »

Leen n’avait pas l’air si enjouée. Elle devait vraiment mépriser les anciens de sa tribu. Je me demandais s’ils avaient vraiment autant de problèmes qu’elle le suggérait.

Quoi qu’il en soit, je voulais faire ça dans les règles. Si je devais épouser Leen, je voulais que tout le monde le sache.

L’esprit de la forêt toucha un grand arbre à proximité, et le tronc s’ouvrit pour former un passage.

« Ceci te mènera aux anciens du village des fées. Je t’en prie, fais-en bon usage. »

« Compris ! »

Éris sauta dans le passage. Paula sauta aussi, tirant sur le bras de Leen. J’avais suivi derrière eux. Le tunnel s’était ensuite refermé derrière nous.

« Hm… ? »

Finalement, nous étions sortis de l’autre côté du tunnel. Nous étions bien sûr encore dans la forêt.

Il y avait beaucoup de maisons dans les arbres. On aurait dit des cabanes en rondins. Des ponts reliaient aussi tous les arbres ensemble. Et naturellement, il y avait aussi des gens sur ces ponts et dans ces maisons.

Les fleurs et l’herbe se balançaient dans la brise. C’était un endroit magnifique.

Un homme qui marchait dans les parages nous avait aperçus, il se mit à regarder dans notre direction. Il avait des ailes d’insecte sur le dos, comme Leen. Il ressemblait à un homme de 20 ans.

« Hein ? Leen est là ? »

« Ah… Sureigis… Ça fait un bail. »

Leen sourit doucement. Il avait l’air plutôt jeune, alors je ne pensais pas qu’il était un des anciens. Mais encore une fois, il aurait pu l’être… Les fées cessèrent de vieillir à un âge donné. Il aurait pu être très, très vieux.

***

Partie 3

« Je vais te le dire ! Ça fait 400 ans ! Depuis que tu as quitté la ville après avoir fait sauter la maison d’Ermela… »

« Je ne me souviens pas de choses insignifiantes comme ça. »

Leen fixa légèrement Sureigis. Qu… Elle a fait sauter la maison de quelqu’un !?

« Mon Dieu… La méchante fée Leen s’est enfin montrée pour affronter les anciens… As-tu enfin accepté ton… rôle… de… matri… arche… ? »

La voix de l’homme se ralentit peu à peu et devint plus calme. Leen le dévisageait, faisant claquer des boules de feu entre ses doigts comme s’il s’agissait de simples jouets. Paula frissonna dans une sorte de fausse peur.

Je me souvenais que Leen était douée avec la magie du feu, ce qui était rare pour une fée.

« Bonté divine, Sureigis… Veux-tu tellement qu’on te fasse cuire ? »

« N, non ! A-Ah, regarde l’heure ! Je ferais mieux d’aller informer tout le monde de ton arrivée, hahaah ! »

Sureigis s’était enfui comme si le vent le portait. Il savait courir…

Leen poussa un petit soupir. Comme elle le fit, les boules de feu disparurent.

Elle était un peu gênée quand elle remarqua que je la regardais fixement.

« Ah… Eh bien… Il y a eu un incident il y a quelque temps, je… Je n’étais qu’une enfant ! Aaagh ! Je ne suis plus si excitée maintenant, je te le promets ! C’était le passé, le passé ! »

Les joues de Leen devenaient rouges alors qu’elle s’énervait. Je me demandais si c’était la raison pour laquelle elle hésitait à rencontrer les aînés. Peut-être ne connaissaient-ils Leen que comme une fouteuse de troubles.

Elle détourna le visage et essaya de se ressaisir. Elle avait l’habitude de montrer une expression calme et froide, alors la voir comme ça était une rare surprise.

« Ne ris pas… »

« Désolé, désolé. Mais tu ne devrais pas t’énerver. Tout le monde fait des choses stupides quand ils sont gosses. Même moi, j’en ai fait. »

« Hmph. De mon point de vue, tu es encore un enfant. »

« Oh, tais-toi. Je suis beaucoup plus mature qu’avant. Quand j’avais treize et quatorze ans, j’étais particulièrement pénible… »

C’était amusant de penser à… C’était seulement un an ou deux avant que Dieu ne m’envoie dans ce monde nouveau… Mais j’avais l’impression que c’était il y a une éternité.

J’avais l’habitude de m’amuser avec des bandes de motards, et j’avais aidé à ruiner la vie sociale d’un professeur remplaçant qui essayait de se faire une petite amie parmi ses élèves…

En y repensant, j’avais fait des conneries imprudentes. Même si j’avais de bonnes intentions, il y avait de meilleures façons de procéder… Je ne savais pas vraiment à quel point j’avais mûri… Mais je savais que j’étais un homme différent dans ce monde.

« Mes sentiments pour toi ne changeront pas, Leen. En fait, je suis content du passé que tu as eu et le passé que j’ai eu. Sans l’un ou l’autre, nous ne nous serions jamais rencontrés. »

« Hehe... J’… J’aime ça… Merci, mon chéri. »

Leen me serra doucement dans ses bras. C’était rare. Quand les autres fiancés étaient là, Leen restait généralement en arrière-plan. On aurait dit qu’elle prenait ses chances dès qu’elle pouvait les avoir.

« Qu’est-ce que vous faites tous les deux !? Arrêtez de vous enlacer en public ! Dégoûtants ! Perdants ! »

Éris gâcha le moment en nous séparant physiquement, Leen et moi. Paula me serra doucement dans ses bras. M,merci…

« Wôw, c’est vraiment Leen… »

« Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu, tu vas bien ? »

« Nena, Ati… Je suis contente de vous voir. »

Une fille qui avait l’air d’avoir une vingtaine d’années, et une fille qui avait l’air d’avoir huit ans se sont toutes deux précipitées vers nous.

Nena ressemblait à une petite villageoise typique. Ses cheveux étaient blancs et tressés, ceux-ci coulaient le long de son front. Je me demandais si cette enfant était une aînée.

Ati, par contre… Elle était aussi plate qu’une planche. Si ses cheveux n’étaient pas longs, on l’aurait facilement prise pour un homme. Elle semblait distante, un peu comme une sœur aînée sévère.

« Nous avons appris la nouvelle ! Félicitations ! »

« La rumeur est-elle vraie ? On a entendu dire que tu t’étais pris un petit ami. »

« Gh — ! Comment le sais-tu déjà !? On vient juste de le dire au Roi ! »

Leen avait l’air complètement décontenancée, Ati lui répondit en retour.

« Heh… Sais-tu que les aînés ont leurs propres sources d’information ? Tout le monde est déjà au courant. »

« Quoi !? »

Leen semblait un peu ennuyée. Mais, avant même de nous en rendre compte, nous avions été emmenés à un grand banquet aux côtés des anciens du village.

« Applaudissez Leen et le Grand-Duc de Brunhild ! Santé ! »

« Santé ! »

Des lucioles illuminaient la nuit comme des lanternes magiques alors je saluais chaque aîné un par un. Leen me suivait. J’avais fini par entendre beaucoup d’histoires sur son passé. Mais Leen en était souvent gênée ou irritée. C’était marrant.

Étonnamment, tout le monde était heureux. Nous avions célébré toute la nuit. Personne ne s’était opposé au mariage. Eh bien. Personne à part Éris, qui grognait encore dans son coin.

« Hrmph... »

Apparemment, tout avait été réglé depuis un moment. Les anciens avaient oublié depuis longtemps les tracas qui avaient poussé Leen à quitter le village.

« Éris… »

« Mlle Leen… »

Leen était allée parler à Éris. Elle posait problème, mais elle tenait beaucoup à Leen. Elles étaient en un sens de la même famille.

« Allez… N’est-ce pas suffisant ? Tu sais que je ne suis pas idiote… Ne me fais-tu pas confiance ? Hé, Éris… Tu sais… Ton approbation était plus importante pour moi que celle des anciens. »

« Je… Je… Je ne veux pas que tu nous quittes, Leen… Tout le monde s’en va… Alors que nous avons enfin formé une nation pour les gens de notre race… Elle n’existe que depuis vingt ans, et… Et tu t’en vas ! »

Leen soupira, puis fit un petit câlin à Éris.

« Hey maintenant… C’est ma maison, Éris. Et j’ai confiance en toi pour ces responsabilités. Je te confie ça à cause de ce que tu représentes pour moi, d’accord ? Tu es la matriarche, et tu seras merveilleuse. Un jour, tu transmettras aussi le titre… Nous transmettons nos sentiments de cette façon. Je veillerai sur toi, et je te guiderai aussi. Tout comme les anciens. »

« Mlle Leen… »

« Prends soin de toi, Éris… Il ne faut pas être têtu. Tu es dans une position importante maintenant, et tu dois diriger notre peuple avec soin et grâce. Promets-moi que tu te battras contre l’injustice. Dans ou hors de Mismede. Si tu ne le fais pas… Je vais… Pincer ton nez ! »

« Gah ! »

Leen sourit en serrant doucement le nez d’Éris. Paula, qui était aux pieds de Leen, s’était graduellement déplacée pour faire ses propres choses.

Au bout d’un moment, Éris était venue me voir. Elle pointa un doigt dans ma direction.

« Toi… J’… J’admets à contrecœur que tu comptes beaucoup pour Mlle Leen ! Mais sache que je viendrais te voir si tu ne la rends pas heureuse ! »

« Cela va sans dire… Mais je te le promets que je rendrai Leen aussi heureuse que possible. »

« Hmph ! »

Éris s’était retirée avec un peu de rougeurs sur son visage. Je croyais l’avoir surprise en train de sourire quand elle était retournée vers les anciens.

« Mec, je suis fatigué… »

« Eh bien hé… On a sa bénédiction. »

Leen s’était assise à côté de moi. Nous avions traversé beaucoup de choses, mais nous avions finalement tout réglé.

« J’aurais aimé qu’elle soit honnête depuis le début. Cette fille a une personnalité troublante… Mais son cœur est bon. »

Leen sourit et soupira. J’étais tout à fait d’accord avec cela. Je me demandais si elle sera bien en tant que nouvelle matriarche.

« J’ai demandé aux anciens de la surveiller de près. C’est à Éris et aux fées de décider, pas à nous. »

Leen posa sa tête sur mon épaule. J’étais un peu gêné, mais… On était fiancés, donc c’était bien.

Éris l’avait accepté, tout comme les autres.

{... Mon seigneur, vous m’entendez ? Vous m’entendez ?}

« Que se passe-t-il... »

J’entendais la voix de Kohaku dans ma tête. Je me demandais s’il s’était passé quelque chose.

{Euh… Attendez, comment dois-je dire ça encore une fois... Ah… Ah oui ! Oui, je vous entends !}

{Touya ! Où es-tu en ce moment ?}

La voix de Yumina entra dans ma tête, mon sang avait refroidi.

Oh merde. Je ne leur avais pas dit que je rentrerais tard ! Je l’avais encore fait !

« A, ah… Yumina… Uhm. En ce moment, je suis au village des fées avec Leen. »

{D’accord, merci. On devrait tous y aller un jour ou l’autre ! J’espère que tu t’amuses bien. Il se fait tard, alors n’oublie pas de nous tenir au courant la prochaine fois.}

Putain de merde. J’avais vraiment besoin de me rappeler le fait que je peux utiliser la messagerie télépathique… Paula frissonnait comme une folle. Calme-toi, ça va…

{Quoi qu’il en soit, je dois te dire…}

« C’est bon ! On rentre à la maison tout de suite ! Je serai là dans 30 secondes ! »

Je ne voulais pas d’une autre conférence, alors j’avais coupé la transmission, j’avais dit aux aînés que nous devions partir, j’avais attrapé Leen et Paula, puis j’avais ouvert une [Porte] dans laquelle je fonçais à toute vitesse.

« … je te souhaite le meilleur ! »

Alors que nous traversions le portail, j’entendis les mots de séparation d’Éris. Elle semblait un peu ivre, mais… Nous avons souri tous les deux.

« Oui, soyons heureux ensemble, chéri… »

« C’est prévu au programme. »

Paula mima un petit rire pendant que je répondais à Leen.

***

Interlude 2 : Les dés sont jetés

Partie 1

« Qu’est-ce que c’est que ça ? »

Yumina trouva quelque chose d’étrange en fouillant dans les artefacts de l’Entrepôt de Babylone (à l’exception des artefacts dangereux et/ou sexuels).

Bon, alors que c’était vraiment étrange, je savais exactement ce que c’était avec un simple coup d’œil rapide. C’était un cube avec ses six côtés marqués chacun d’un nombre différent d’étoiles (☆), d’une étoile à six étoiles. Peu importe la façon dont vous le regardiez, c’était un dé.

Il semblerait que les dés existaient aussi dans ce monde. Sauf qu’on ne les appelait pas des dés, mais « dicen » à la place.

Et ils étaient utilisés comme outil de divination pour prendre des décisions avec l’aide des esprits plutôt que comme générateur de nombres aléatoires pour les jeux et autres.

« C’est assez grand pour un dé, n’est-ce pas ? », murmura Lu après avoir jeté un coup d’œil au dé que Yumina tenait.

Il était en effet assez grand. Les dés mesuraient généralement environ un ou deux centimètres de large, même par ici. Mais celui de Yumina faisait une trentaine de centimètres de large. Pour un dé, c’était ridiculement grand.

« Est-ce que c’est peut-être un autre artefact ? »

« Je suppose que oui, puisqu’il est stocké dans l’Entrepôt, mais… »

Elze et Linze firent une pause dans le tri des armes et des accessoires d’armes et passèrent par là. Oh, et si vous me le demandiez, j’avais déjà déverrouillé tous les coffres.

Yae et Hilde portaient les coffres triés, mais elles s’arrêtèrent aussi pour jeter un regard curieux dans notre direction.

« Vous avez trouvé des fiches techniques ? »

« Non… pas du tout. C’est tout ce qu’on a trouvé. »

Tous les artefacts entreposés dans l’Entrepôt étaient contenus dans des caisses cubiques. Les artefacts, y compris les plans, avaient tous été compressés et stockés de la même façon grâce à une technique similaire à mon sort [Stockage].

Sans les fiches techniques, nous n’avions aucune idée dont fonctionnaient les artefacts.

Oh, et au fait, les fiches techniques avaient été écrites en parthéno, mais, d’une façon inexplicable, j’avais réussi à les lire. Selon Parshe, la magie de l’inscription et la magie de la traduction infusée à l’intérieur pouvaient transmettre directement le sens dans mon cerveau quand je regardais le texte… ou quelque chose comme ça. Bref, j’étais content de ne pas avoir à utiliser [Lecture] pour le lire.

« Je suppose que la façon la plus facile de le savoir serait de demander au gérant, mais… où a bien pu passer Parshe ? »

Parshe, la gérante de l’Entrepôt, était introuvable. J’aurais juré qu’elle était là il y a une seconde. Elze avait la réponse que je cherchais.

« Oh, Parshe est allée livrer un artefact au labo d’alchimie. Elle a dit qu’il serait utile comme un réservoir de mélange. »

Un réservoir de mélange ? Comme pour les produits pharmaceutiques ou quelque chose comme ça ? L’Entrepôt était le trésor de Babylone. Il était rempli d’objets qui seraient utiles pour d’autres bâtiments sur Babylone, donc il n’y aurait aucun problème à les redistribuer, mais…

« Espérons qu’elle ne trébuche pas et ne le casse pas… »

On parlait ici d’une gérante assez maladroite. J’étais presque sûr que je n’étais pas le seul à être un peu inquiet.

« Hey, retournez au travail tout le monde ! On verra pour ça à un moment donné ? »

La voix de Leen était descendue du grenier de l’Entrepôt. Paula était aussi agitée là-haut, les mains posées sur ses hanches.

« Si la bibliothèque est le foyer de la cristallisation du savoir ancien, alors l’entrepôt est le foyer de la cristallisation de la technologie ancienne. »

Il semblerait que Leen était très enthousiaste à l’idée de voir tout ce qu’il y avait à voir.

« Puisque c’est un dé, c’est censé être lancé pour décider quelque chose, non ? Laisse-moi voir ça une seconde, Yumina. »

« Ah, Sue ! Attends… ! »

Avant que je puisse l’arrêter, Sue arracha le dé de Yumina et le jeta en l’air.

Même s’il s’agissait d’un objet en forme de dé, il s’agissait d’un artefact fabriqué par le docteur Babylon elle-même. On ne savait pas ce qui allait se passer. En fait, j’étais sûr qu’il se passerait quelque chose ! Le dé rebondit sur le sol blanc de l’Entrepôt avant de rouler et de s’arrêter sur le un.

« Ngh. C’est une malchance. »

Avais-je mentionné que les dés étaient des outils de prédiction de la bonne aventure dans ce monde? Apparemment, six signifiait une excellente chance et un, une malchance.

Sue fronça les sourcils et pas une seconde plus tard, le dé commença à émettre un sifflement sourd… quand tout à coup, nous avions tous été aspirés. Que se passe-t-il?

« Kyah? »

« Qu’est-ce qui se passe!? »

« Mon Seigneur !? »

Yumina, Elze et Yae se retrouvèrent coincées dans l’étoile « une » sur le dessus du dé.

Une par une, Linze, Lu, Leen, Sue et Hilde se firent aspirer comme un aspirateur, laissant Paula s’agiter frénétiquement avant que je ne me fasse aspirer également par le dé.

« Bordel de merde ! Vous voyez !? Je savais que quelque chose comme ça arriverait ! »

J’avais maudit le nom du docteur génial d’il y a cinq millénaires alors que ma conscience s’évanouissait.

◇ ◇ ◇

 

 

« Oww… Où suis-je ? »

Je m’étais réveillé dans un endroit qui ressemblait au jardin de Babylone. Les fleurs et les arbres étaient brillants et vivants. Toutes les autres étaient assises autour de moi, sur la pelouse. Dieu merci, on aurait dit que tout le monde était en sécurité. Mais quand même, où en étions-nous… ?

« Touya, regarde ça. »

« Hein ? Qu’est-ce que c’est… ? »

Yumina montra du doigt le ciel bleu parsemé de nuages, où le visage géant et translucide de Paula nous dévisageait.

En haut, il y avait une légère étoile à cinq branches. Ne me dites pas…

« Sommes-nous dans le dé ? »

J’avais vu tout le monde se faire aspirer, alors j’avais eu l’impression que c’était le cas.

« La magie de téléportation nous a amenés dans une réalité bizarre… C’est peut-être similaire au hangar. Paula !? Tu nous entends ? »

Leen cria sur la Paula géante dans le ciel. Paula hocha la tête et leva les poings en l’air.

« Nous sommes en sécurité ! Désolée, mais pourrais-tu aller au labo d’alchimie et dire à Parshe ce qui s’est passé ? »

Paula hocha de nouveau la tête avant de disparaître. Elle était probablement allée chercher Parshe. Mais qui sait si nous étions en sécurité ? Ce n’était pas comme si elle pouvait parler… Eh bien, je suis sûr qu’elle sera capable de faire passer l’essentiel avec quelques charades. J’espère.

« Quoi qu’il en soit, qu’est-ce que cet artefact pourrait être exactement, je me le demande ? »

« Un artefact piégeant l’ennemi… peut-être ? »

Yae et Hilde s’interrogeaient à haute voix alors qu’elles étudiaient la région.

Nous étions en effet piégés ici, mais… Je venais de me rappeler ce que cette situation me rappelait. C’était comme la gourde magique dans « Journey to the West » dans laquelle les Rois de la Corne d’Or et de la Corne d’Argent avaient été aspirés après avoir répondu à leurs noms. C’était comme ça, mais… On n’avait pas répondu à nos noms.

Comment Wukong s’est-il échappé de la gourde après s’être fait aspirer ?

« Excuse-moi, Touya… Ne pouvons-nous pas utiliser ta téléportation magique pour nous échapper ? »

« Oh, mais c’est… bien sur. »

Je n’avais pas pu m’empêcher de taper dans les mains après que Lu ait souligné l’évidence.

Pourquoi n’y ai-je pas pensé… ? Wôw, comme c’est embarrassant. Je m’étais raclé la gorge, j’avais activé la [Porte] et… rien ne s’était passé.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Je ne peux pas ouvrir de [Porte] maintenant. En fait, ma magie est en train de s’éteindre. »

« Hein !? »

Leen et Linze essayèrent d’utiliser la magie juste pour s’en assurer, mais leur magie s’était éteinte, incapable de s’activer. On dirait que la magie ne pouvait pas être utilisée ici.

« Non. La magie de la téléportation ne vous servira à rien ici. »

« Qui est là !? »

La voix venait de l’air, où une femme était apparue assise sur une chaise.

Elle portait des lunettes et une blouse blanche alors qu’elle fumait quelque chose comme une cigarette. Ses yeux semblaient languissants, mais un sourire audacieux ornait son visage.

« Dr Babylon… »

« Huh, c’est elle !? »

Les yeux de Yumina se levèrent.

C’était elle, sans l’ombre d’un doute. Elle correspondait parfaitement au modèle 3D que Cesca m’avait montré le jour même où j’étais devenu le maître du Jardin. Oh, tout bien réfléchi, ça pourrait être juste un autre modèle 3 D...

« Bienvenue dans le monde de Babylone. Permettez-moi de vous divertir momentanément. Les règles du jeu sont assez simples. Il suffit de rouler le dé et d’avancer du nombre de cases désignées. C’est aussi simple que ça. »

Une carte délimitée par des cases carrées du début à la fin était apparue à côté de Babylon. Et tout comme les fiches techniques de l’entrepôt, les étiquettes sur la carte semblaient être encodées avec de la magie de traduction, car je pouvais les lire même si elles étaient écrites en parthéno.

Bien sûr, je pourrais le lire, mais… hum…

« Qu’est-ce que c’est, un jeu de l’oie… ? »

Non seulement les dés existaient-il y a cinq millénaires, mais je suppose que c’était aussi le cas du jeu de l’oie. On dirait que, pour une raison ou une autre, c’est passé de mode ces jours-ci. Mais de toute façon, ce n’était pas le problème.

« Chasser cinq gobelins ? »

« Rassemblez dix pierres… »

« Faire une imitation d’un singe roi ? »

« Que signifient ces inscriptions sur les cases ? »

Ça n’avait pas l’air de fonctionner avec les autres, mais je savais exactement ce qui se passait. Quand on atterrit sur une case, il fallait faire ce qui y était écrit !

« Vous avez trois heures. Si vous atteignez le but dans ce délai, je vous ramènerai d’où vous venez. Mais même si vous n’atteignez pas le but en trois heures, vous serez de retour d’où vous venez, alors ne vous inquiétez pas. »

« Donc je suppose qu’on n’est pas coincés ici pour toujours. »

Linze poussa un soupir de soulagement. Même si nous n’atteignons pas le but… ? Ça avait l’air un peu louche. Le médecin ne ferait pas un jeu d’enfant à partir d’un jeu d’enfant.

***

Partie 2

Après lui avoir jeté un regard douteux, le modèle 3D du Dr Babylon continua à parler, comme on pouvait s’y attendre.

« Mais si vous perdez, je vous dépouillerai de tous vos vêtements comme punition. Et quand je dis tous vos vêtements, cela comprend vos sous-vêtements ! »

« Ugh, tu es la pire !! »

Tout le monde fit entendre sa voix à l’unisson, faisant écho au roulement du dé.

En d’autres termes, si nous n’atteignons pas le but en trois heures, nous serions virés d’ici les fesses à l’air ?

« Quoi !? Es-tu sûr que c’est vraiment le Dr Babylon ? »

« J’en ai bien peur… »

J’avais donné à une Lu enragée, la froide et dure vérité. Je ne pourrais pas vous dire combien de fois j’avais pensé exactement la même chose. La doctoresse était le genre de personne capricieuse, qui suivait ses impulsions, même si elles étaient stupides. Le fait qu’elle était un génie n’avait fait qu’empirer les choses. Elle avait dû être un casse-tête pour tout le monde autour d’elle.

« Maintenant, que les jeux commencent. On se voit dans trois heures. »

Le modèle 3D aérien du médecin disparut et une matrice de la même taille que celle dans laquelle nous avions été aspirés était tombée sur le sol.

Et au même moment, le temps restant apparu à côté de la carte, le compte à rebours venait de commencer.

« Qu’est-ce qu’on fait ? »

« On fait ce qu’on a à faire, ou bien, va-t-on se retrouver tout nu ? »

« Ce ne serait pas un problème s’il n’y avait que nous, mais… »

Yae, Elze et Hilde me jetèrent un coup d’œil. Eh bien, oui. Je savais exactement ce qu’elles allaient dire.

« Chéri, tu ne penses pas faire exprès de perdre, n’est-ce pas ? »

« … Non… Bien sûr que non… »

« Tu as hésité tout à l’heure. »

« Tu viens de détourner le regard. »

Au moment où j’avais répondu à la question de Leen, Yumina et Lu m’avaient immédiatement abattu avec leur double regard de princesse. Laisse tomber, Touya. Laisse ça glisser.

Évidemment, je n’avais pas l’intention d’entraver les autres… mais je devais admettre que je pensais que si on perdait, nous serions perdus. Même si on sortait à poil, j’aurais juste besoin de [Mosaïque] pour nous couvrir.

« Uhm… le temps passe… »

Linze attira l’attention de tout le monde sur le minuteur de la carte. Nous avions déjà perdu trois minutes.

« Pas bon. On ne peut pas perdre de temps si l’on ne veut pas se faire virer nus. »

« De toute façon, on doit juste rouler ce dé, pas vrai ? Prêt ? »

Sue jeta le dé géant. Il avait rebondi deux ou trois fois en roulant. Il avait atterri sur le trois.

« Ah, les marques sur la carte… »

La marque de l’étoile sur la ligne de départ commença à avancer sur la carte. Je supposais que c’était pour nous montrer sur quelle case nous étions censés atterrir. Et bien sûr, la marque de l’étoile s’était arrêtée exactement trois cases plus loin.

L’instant d’après, le dé avait disparu et notre environnement s’était transformé en forêt.

« Chasser cinq oiseaux sylvestres… ? »

J’avais lu à haute voix le texte écrit dans la case sur lequel nous nous étions arrêtés, et juste à temps, un certain nombre d’oiseaux aux ailes argentées s’étaient mis à hurler dans les arbres.

« Je suppose que ce sont des oiseaux sylvestres ? »

« Sont-ils réels ? », demanda dubitativement Yumina en regardant les oiseaux d’argent qui voltigeaient dans le ciel.

Je pensais que c’était probablement des modèles 3 D... ou une sorte de magie d’invocation, mais…

« Quoi qu’il en soit, suivons les instructions. »

J’avais dégainé mon Brunhild en mode Pistolet et j’avais mis mon regard sur les oiseaux d’argent qui voltigeaient dans l’air.

J’avais tiré deux fois. Pew, pew ! Le premier coup rata. Le deuxième toucha l’oiseau, mais au lieu de tomber au sol, celui-ci s’était évanoui inopinément dans les airs. J’avais pourtant tiré des balles normales. Ce n’était pas des balles magiques, juste de vieilles balles ordinaires.

« Je suppose que ce ne sont juste que des modèles. On dirait qu’ils sont prêts à disparaître une fois qu’ils étaient touchés. »

« Touya, si tu me le permets. »

Yumina sortit le Colt Army Model 1860 que j’avais fait pour elle de sa bague [Stockage] et se mit à les viser. J’avais modifié le canon et la poignée du pistolet pour le rendre plus facile à tenir pour Yumina, ce qui le rendait très différent du modèle original.

Yumina appuya rapidement sur la gâchette à plusieurs reprises, anéantissant trois oiseaux en argent pendant qu’ils volaient. Incroyable.

Yumina, avec son œil vif, avait aussi abattu le dernier oiseau.

Et en même temps, un carillon retentit et le dé géant réapparut sur le sol.

« On dirait qu’on a satisfait aux exigences. »

« Je suppose que ça veut dire qu’elle veut que l’on continue. »

J’avais hoché la tête à Linze.

Lancez le dé et faites ce qui est écrit sur la case où vous atterrissez. Effacez les exigences et vous pouvez avancer. Exactement comme un jeu de l’oie. Sauf qu’on n’avait pas d’adversaire, donc on ne pouvait pas passer son tour pour se détendre.

« Qui sera le prochain ? », demanda Sue en ramassant le dé. Je n’étais pas sûr qu’il importait de savoir qui avait lancé le dé, mais nous avions décidé d’un ordre. Elze était la suivante à lancer le dé.

« Qu’est-ce qui est écrit sur les prochaines cases ? »

« Voyons voir… Chantez une chanson, Avancez de deux cases, Riez pendant une minute entière, Faites mille pompes, Parlez comme un chat, Portez la perruque fournie… Rien de tout ça n’a l’air bon. »

Lu fronça les sourcils en lisant la carte. Oui, pour vous ce n’est qu’un docteur. « Avancez de deux cases. » menait tout droit à « Faites mille pompes. ». C’est tout simplement cruel.

« Eh bien, je vais donc lancer le dé. »

Elze avait jeté le dé en glapissant. Le dé tomba au sol et s’arrêta sur le six.

« Yay! » Elze leva son poing en l’air. Elle s’était rendu compte qu’un plus grand nombre signifiait atteindre l’objectif plus rapidement. Ce qui était vraiment génial, mais…

L’indicateur de carte passait rythmiquement les cases une par une.

Une fois que l’indicateur s’arrêta sur la sixième case, notre environnement changea une fois de plus. Et une fois de plus, le dé avait disparu.

Nous étions cette fois dans la loge d’un château. Des étagères de vêtements nous entouraient.

Les murs de chaque côté n’étaient faits que de miroir, et il y avait un bureau au centre de la pièce. Une boîte avec un grand trou découpé dans la partie supérieure se trouvait au sommet. Il y avait quelque chose d’écrit sur le côté de la boîte en face de nous.

« Les instructions sur la case disent de porter les perruques désignées… Mais je ne vois aucune perruque nulle part. »

« Ils sont peut-être dans la boîte ? Y a-t-il au moins quelque chose d’écrit dessus. »

« Voyons voir. Toute personne doit mettre sa main dans la boîte et porter ce qu’elle choisit. Attendez, cela signifie-t-il que nous devons aussi le faire ? »

Leen avait lu les mots sur la boîte, un soupçon d’incrédulité s’insinuant dans sa voix. Elle s’attendait à ce que seule la personne qui avait lancé le dé ait à participer, mais il semblerait que c’était quelque chose que nous ferions tous. Il semblerait que nous partagerions nos destins pendant toute la durée de ce jeu.

« Eh bien… nous pourrions aussi bien le faire dans l’ordre du lancer de dé. Elze, tu es la première. »

« Hein, moi !? »

Bien que le trou soit assez large, nous ne pouvions pas voir à l’intérieur de la boîte. Il devait y avoir une sorte d’effet magique ou quelque chose pour cacher son contenu.

Elze avait timidement mis sa main dans la boîte. Elle attrapa quelque chose et le sortit.

À première vue, cela semblait être un chapeau noir sans bord, mais…

« C’est une perruque ? »

« Peut-être… qu’il se passera quelque chose si tu la mets ? »

Elze hésita à mettre le chapeau à la demande de sa jeune sœur. Une seconde plus tard, sa coiffure se transforma.

Je vois maintenant. Voilà comment ça marche. Heh.

“Ahahahahahaha ! Pas possible ! Je suis désolé, Elze, c’est trop bien !!”

“Quoi !?”

Je ne pouvais pas m’empêcher de rire. La perruque avait transformé la coiffure d’Elze en coupe courte. Je ne savais pas comment elle avait réussi à faire disparaître ses longs cheveux, mais c’était le cas. La magie de l’illusion, peut-être ? Bahahaha, je ris trop pour penser correctement ! Les autres s’étaient toutes détournés, faisant de leur mieux pour cacher leur rire.

Confuse, Elze s’était tournée vers un des miroirs pour voir à quoi elle ressemblait.

« Sérieusement !? »

Elze cria en voyant son reflet.

Elle essaya d’enlever la perruque de sa tête, mais elle semblait collée. Je me doutais que sa coiffure resterait ainsi jusqu’à ce que nous relancions les dés, ou jusqu’à ce qu’un certain temps s’écoule.

« Bon sang ! Dépêchez-vous de sortir aussi vos perruques ! Touya, tu es le prochain ! »

« Attends, je suis le prochain !? »

Poussé par Elze, je mis ma main dans la boîte et j’en sortis un chapeau en or. Cela… a l’air flashy.

« Dépêche-toi de le mettre ! »

« D’accord, d’accord… » Je m’étais retourné et je mis le chapeau. Quand je m’étais retourné, tout le monde éclata de rire. Quel genre de coiffure m’avait donné cette perruque ? J’avais regardé dans le miroir et je vis deux nattes blondes qui me regardaient fixement en arrière. Vous vous moquez de moi…

« Maintenant, nous sommes assortis, Chéri. Heh. »

Leen s’avança derrière moi et me tapa sur l’épaule. Ce n’était pas le genre d’assortiment que je voulais !

« Oh, peu importe ! Tout le monde, dépêchez-vous de prendre vos perruques pour qu’on puisse partir d’ici ! Qui est la prochaine !? »

En essayant de cacher ma gêne, je précipitais les autres vers l’avant. Tout le monde s’était retrouvé avec une coiffure ridicule. Linze avait des bouclettes, Yumina avait une coiffure afro, Lu avait des dreadlocks, Leen avait une pompadour, Yae avait un mohawk, Hilde avait une crinière de lion et Sue avait l’air à moitié chauve.

***

Partie 3

De tous, la mienne était peut-être la moins ridicule. Mais j’aurais quand même préféré qu’Elze coupe sa perruque. En fait, les coiffures elles-mêmes n’étaient pas ridicules, c’était juste qu’aucune d’entre elles ne me convenait. Il y avait des gens qui pouvaient vraiment porter une pompadour ou un mohawk.

Les boucles de Linze lui allaient bien. Si elle avait eu une personnalité plus dominante, elles lui auraient été parfaitement adaptées. En fait, elles allaient à l’encontre de son comportement calme.

Une fois que nous avions tous mis nos perruques, le dé était retombé par terre.

Linze le ramassa et le jeta de toutes ses forces. Celui-ci atterrit sur le quatre. La marque étoilée avança de quatre autres cases.

« ll est écrit… “Tout le monde dit à haute voix la couleur de ses sous-vêtements.” Attendez, quoi !? »

Linze cria hystériquement. Les filles s’étaient toutes regardées en état de choc. J’avais laissé échapper une joie sauvage dans mon cœur, mais j’avais gardé mon expression parfaitement neutre.

« Hé Linze ! De toutes les cases, pourquoi as-tu dû atterrir là-dessus !? »

« Tu me fais peur, sœurette ! Ne me regarde pas avec cette coiffure ! »

Linze leva les bras pour se protéger du regard menaçant d’Elze. Ces cheveux en brosse l’avaient rendue deux fois plus effrayante.

« Nous devons simplement annoncer la couleur de nos sous-vêtements ? Très bien, les miens sont blancs. »

Sue annonça avec désinvolture la couleur de ses sous-vêtements. Il y avait beaucoup de choses que je voulais dire sur sa nonchalance en matière de sous-vêtements, mais ce n’était pas le moment. Je m’étais dit que je pourrais aussi bien profiter de l’occasion pour mentionner les miens.

« Je suppose que je vais aussi dire les miens. Mes sous-vêtements sont noirs. Très bien, suivant. »

Comme j’étais à côté de Sue, j’avais plus ou moins établi que nous allions faire la queue.

La suivante était Yae, qui se tenait de l’autre côté. Elle avait l’air terriblement troublée, ce qui aurait été mignon si elle n’avait pas eu un mohawk.

« Hm ? »

Ma perruque et celle de Sue avaient disparu. Ah, je comprends maintenant. Une fois que nous avions terminé l’événement suivant, les effets de l’événement précédent avaient disparu.

« Donc elles disparaîtront une fois qu’on aura dit la couleur de nos sous-vêtements. »

« Je me demande si cela signifie qu’elles ne disparaîtront pas si nous mentons à ce sujet. »

Yae marmonnait, l’air déprimé. Yae espérait-elle s’en tirer avec un mensonge ? En la connaissant, nous aurions tout de suite pu voir clair.

Normalement, j’aurais dit que personne n’aurait pu être aussi cruel, mais connaissant le docteur, je savais qu’elle pouvait en être capable.

Je portais un caleçon noir, donc ma réponse n’était certainement pas un mensonge. Je les avais achetés dans la boutique de Zanac, et c’était une copie des sous-vêtements que je portais quand j’étais arrivé dans ce monde.

« M-Mes sous-vêtements sont aussi… wh-wh… ngh… rouge… »

Après avoir dit ça, le visage de Yae était devenu aussi rouge que ses sous-vêtements. Elle enterra son visage dans ses mains et s’accroupit.

Le mohawk disparu. Il avait été remplacé par sa coiffure habituelle. Il semblerait que le fait de répondre nous débarrassait vraiment de nos perruques.

Alors ses sous-vêtements sont rouges, hein ? Si je me souviens bien, Yae est une fan des pagnes. Ce qui voudrait dire qu’en ce moment, elle porte un pagne rouge.

Mes rêveries avaient été interrompues par Leen, qui m’avait tendu quelque chose avec un sourire. Je crois qu’elle était la suivante à répondre.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Des bouchons d’oreilles. Je ne peux pas dormir la nuit sans eux. C’est une bonne chose que je les garde toujours sur moi. Je suppose que tu pourrais les mettre, Chéri ? »

« Bien joué, Leen ! »

« Pourquoi ne les as-tu pas fait sortir plus tôt, pourquoi ne l’as-tu pas fait !? »

Yae accosta Leen, les larmes aux yeux. Tch, je n’arrive pas à croire qu’elle ait mis en place des contre-mesures… J’avais mis les bouchons d’oreille à contrecœur. Wôw, ça bloque vraiment bien le son. Je ne me serais jamais attendu à ce que les bouchons d’oreille d’un monde imaginaire soient aussi bien conçus.

Je vis tout le monde dire la couleur de leurs sous-vêtements. Leurs coiffures étaient ainsi redevenues normales. Tsk…

Hilde était la dernière à agir, et après avoir terminé, le dé tomba par terre une fois de plus.

« C’est à mon tour maintenant, je crois. Hah! »

Yae ajouta une forte rotation au dé lorsqu’elle le lança. C’était presque comme si elle déversait ses frustrations sur le dé.

Cette fois-ci, le dé tomba sur la cinq. Dieu merci, on dirait qu’on s’en sortira assez vite.

Nous avions vécu toute une série d’événements, notamment mangé de la nourriture très épicée sans eau, danser pendant une minute d’affilée, etc. Chacun d’eux était le genre de choses que l’on obtenait dans un jeu de punition. Finalement, nous n’étions plus qu’à quelques cases du but. Et nous avions aussi beaucoup de temps libre. On va y arriver, n’est-ce pas ? Je me demandais ce qui prenait tant de temps à Paula. Elle aurait déjà dû être capable de trouver Parshe.

« Hah! »

Leen lança le dé. Celui-ci atterrit sur le quatre.

Le marqueur avança de quatre cases, et comme toujours, notre environnement commença à se transformer.

« Whoa!? »

« C’est une plage !? »

Une vue pittoresque s’étendit devant nous. Du sable blanc brillant, un ciel bleu clair, et des vagues de saphir éblouissantes à perte de vue.

« Tout cela n’est-il qu’une illusion ? »

« La brise marine sent si fort… »

Sue courut jusqu’au bord de l’eau et commença à barboter dans les bas-fonds.

« Cela doit être réel. L’eau semble vraiment réelle. »

« Hmm… Ça a même un goût salé. Je me demande si la magie de l’espace-temps et la magie de barrière… et la magie d’invocation seraient suffisantes pour faire une fausse mer comme celle-ci. »

Leen s’accroupit, trempa son doigt dans l’eau et le lécha.

Il y avait bien des piscines à vagues sur Terre, alors je supposais qu’il n’aurait pas dû être trop surprenant que la magie puisse reproduire un océan ici aussi. Même moi, je pouvais faire des vagues avec la magie de l’eau.

« C’est stupéfiant… La technologie antique est vraiment impressionnante. »

Leen avait raison, c’était quand même assez impressionnant. Sauf que toute cette technologie était utilisée pour faire un jeu de société…

Ah oui, quelles étaient les instructions pour cette case déjà ? Je regardais la carte et je lis les instructions à voix haute.

« Mettez les vêtements désignés ? Est-ce que ça veut dire... »

« Je crois que c’est ces… Touya. »

« Hein ? Oh… »

Je m’étais retourné pour voir Lu debout à côté d’un porte-vêtements qui avait été laissé sur la plage. Elle prit une des tenues et me la montra.

C’était un maillot de bain, et le plus cliché qui soit. Il y avait un autre porte-vêtements avec des maillots de bain pour hommes. Il y avait même une tente pour se changer.

« Attendez ! Ce maillot de bain n’est qu’un bout de ficelle ! »

« Apparemment, il s’adapte à celui qui le porte. Est-ce aussi un produit de la technologie ancienne ? »

« Tout cela est terriblement révélateur… »

Les filles se rassemblèrent autour du porte-vêtements et commencèrent à chercher les maillots de bain qui leur plaisaient.

Je m’étais dit que je n’aurais pas à être aussi pointilleux, puisque je ne me souciais pas beaucoup de ce que je portais. Mais quand j’avais commencé à regarder dans le présentoir, je m’étais rendu compte que la plupart d’entre eux étaient plutôt bizarres.

Je ne sais même pas comment porter celui-ci… Il est en forme de V jusqu’à mon entrejambe… Le docteur a vraiment des goûts bizarres. Et ça, c’est juste… une simple feuille. Ce n’est pas parce qu’un groupe de comédiens l’a porté que je peux accepter ça ! Il y en avait une autre qui était complètement transparente, et une autre qui ressemblait à un speedo très serré. Finalement, j’avais réussi à trouver un maillot de bain normal.

Je m’étais dirigé vers la tente de changement, puis je m’étais arrêté. C’était peut-être une bonne idée de voir ce qui se passait si je mouillais ces maillots en premier. Après tout, connaissant le médecin, ils allèrent peut-être finir par se dissoudre dans l’eau.

Il s’était avéré qu’ils étaient sans danger, alors j’étais allé me changer. À l’intérieur de la tente, il y avait un petit coffre et une petite affiche à côté qui disait :

« S’il vous plaît, mettez vos vêtements ici une fois que vous vous serez changé ».

Apparemment, après un certain temps, les vêtements que je portais et les vêtements de ce coffre étaient échangés. Ce qui signifiait que si je ne voulais pas finir nu, je ferais mieux de faire ce que disait le panneau. J’avais mis les vêtements dans le coffre et j’avais fermé le couvercle. Il y eut un clic audible lorsque le coffre se verrouilla. Je vais récupérer mes vêtements plus tard, pas vrai ? Comme je m’y attendais, les filles avaient mis plus de temps à se changer. Se rendaient-elles compte que si nous prenions trop de temps, notre limite de temps serait dépassée et nous serions jetés dehors nus ?

« Désolé d’avoir été si longue, Touya. »

« Ah… »

Yumina quitta la tente en première. Elle portait un costume blanc d’une seule pièce avec un motif floral.

Sue était sortie ensuite, vêtue d’un costume jaune à pois d’une seule pièce avec des fioritures.

Ensuite, Elze et Linze, toutes deux en bikini standard, étaient arrivées. Celui d’Elze était rouge et celui de Linze était bleu.

Puis vint Yae, vêtue d’un ensemble violet avec un paréo enroulé autour d’elle. Comme prévu, le buste de Yae révéla ses véritables pouvoirs lorsqu’elle était libérée des liens hargneux de son sarashi.

Hilde était finalement sortie, bien qu’elle semblait plus que timide. En y repensant, c’était la première fois que je voyais Hilde en maillot de bain. Elle portait un bikini orange à froufrous. Le bas avait un motif ressemblant à une jupe. Hilde n’était pas tout à fait du niveau de Yae, mais elle avait de très bons atouts.

Cependant, je me demandais pourquoi elles avaient leurs épées… Mais je n’étais pas du genre à parler, j’avais amené Brunhild avec moi, au cas où.

J’avais aussi regardé pour voir le maillot de bain de Lu pour la première fois. C’était une pièce d’émeraude avec un collier.

***

Partie 4

Finalement, Leen se présenta, vêtue d’un bikini noir à froufrous et d’un collier. Elle dégageait une aura plus mature, mais c’était un peu compensé par son corps d’enfant. Tout comme Hilde, la partie inférieure de son costume ressemblait à une jupe.

« Désolée d’avoir été si longue, il y avait beaucoup de choix. »

« Il y avait une tenue constituée que de trois coquillages. À quoi pensait ce docteur... »

Elle pensait que quelque chose n’allait pas, Elze.

Hm ? J’avais senti quelque chose. Qu’est-ce que c’est ?

« Quelle est cette bonne odeur ? »

« Oh, il semblerait que nos maillots de bain soient légèrement parfumés… Pas trop, cependant. »

Elles sentaient vaguement les agrumes, avec un peu de menthe en plus. Je m’étais demandé si c’était un parfum normal dans l’ancien royaume. Ou peut-être que c’était juste quelque chose que les maillots de bain devaient avoir à leur conception… Mais je n’avais pas pu m’empêcher de remarquer que le mien n’avait pas cette odeur.

Pourtant, c’était une occasion rare de rassembler tout le monde à la plage. J’étais un peu reconnaissant envers cette vieille docteur perverse. Bien que je n’aurais jamais dit quelque chose comme ça à voix haute.

Nous avions tous décidé de lancer une nouvelle fois le dé. Après tout, ce n’est pas parce que nous nous étions changés que la partie était terminée.

« Le but n’est pas si loin. »

« Il nous restait encore une trentaine de minutes. Mais j’étais un peu inquiet, être sur cette place juste avant le but… »

« Ouais, c’est écrit “Doit s’arrêter”… Je me demande ce que cela signifie… »

Yumina penchait la tête, mais elle n’avait manifestement aucune idée. Dans les jeux de société typiques comme celui-ci, il y avait souvent une case vers la fin qui vous faisait revenir au début.

Mais cette case disait « Doit s’arrêter », et non « Retour au début »… Je ne pensais donc pas que c’était ça. Si l’on redémarrait vraiment le jeu, je vais retourner le plateau. Je ne peux pas me permettre de rater le but ici.

Malgré tout, le méchant docteur avait créé ce jeu. On ne savait pas ce qu’elle allait faire pour nous entuber.

« Au fait, Touya… C’est ton tour de jouer. »

« Hm ? Ah, bien sûr. Faisons-le. »

Je pris le dé de Lu et je le jetais sur la plage de sable en lui donnant une rotation verticale. Il roula plusieurs fois avant d’atterrir sur un six.

Oh oui !

« Wôw ! Nous sommes si proches du but maintenant ! »

Yae sauta de joie, faisant bouger ses deux atouts de manière captivante. Il fallait une volonté de fer pour m’empêcher de les regarder. J’avais remarqué que Lu et Yumina me regardaient d’un air réprobateur, ce qui me fit sentir complètement acculé.

Quoi qu’il en soit, j’avais amené la pièce sur la case « Arrête-toi là » juste avant le but, mais les alentours étaient restés inchangés. C’est quoi ce bordel ?

« Ah ! Ça veut dire quelque chose !? »

Hilde pointa un grand carré sur la carte.

« Vaincre l’ennemi entrant avec seulement de la magie élémentaire ? Quel ennemi ? »

Alors que je devenais perplexe, quelque chose était apparu dans la mer.

Au début, cela ressemblait à un slime bleuâtre, mais un moment plus tard, elle s’était vraiment levée.

En effet. Elle avait des jambes pour se tenir debout. Mais je n’étais pas sûr que le terme jambe soit approprié, car elles n’étaient ni humaines ni draconiennes. En fait, c’était des tentacules, ce qui donnait à la créature un aspect très… médusé.

Malgré cela, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que je regardais un slime provenant d’un certain jeu. Plus précisément, celui qui pouvait utiliser la magie de guérison. Je veux dire… elle avait même des parties qui ressemblaient à des yeux.

Elle était aussi énorme. Elle était en fait pratiquement aussi grande que Sango en mode Bête Céleste. Cette grosse méduse mince tordait ses tentacules en rampant droit vers nous.

« C’est un slime Roi empoisonné… Oh non… »

« Leen ? Tu connais ce genre de truc !? »

Sa voix était tremblante, alors tout le monde la regardait avec inquiétude.

« C’est une bête magique ayant une grande vitalité et des tentacules qui ont à la fois un faible poison paralysant et un éclair qu’elle utilise pour attaquer. Les slimes Rois empoisonnés n’attaquent pas vraiment les gens, mais ils sont amphibies, et ils vont souvent à terre pour manger des agrumes, c’est ce qu’ils préfèrent. »

« Agrumes… ? Attends une seconde ! Tu ne veux pas dire que… »

Elze était devenue pâle et fusilla du regard Leen.

« C’est exactement ce que je veux dire. Elle vient vers nous à cause de notre odeur actuelle. Nos maillots de bain sont imprégnés de l’odeur des agrumes. »

Leen força un sourire alors que nous autres étions abasourdis.

Elle s’est vraiment payé notre tête !

Nous tous, ici présents, nous partagions exactement la même pensée.

Ce satané docteur avait tout expliqué.

« Ça vient ! »

Le cri de Hilde fit que tout le monde se sépara. Elle prépara son épée, Yae dégaina son katana, Lu sortit ses deux lames de son anneau [stockage], et Elze équipa ses gants depuis l’anneau se trouvant sur la chaîne de son cou.

Attendez… Est-ce que la magie va fonctionner sur lui?

« Qu’est-ce qu’on va faire ? »

« Eh bien, nous pourrions le distraire en jetant nos maillots de bain… »

« Il n’y a aucune chance de faire ça ! »

« Je sais ! Je pense juste à voix haute ! »

Elze était devenue rouge comme une betterave et rejeta fortement ma suggestion. Ce n’était pas comme si je m’attendais à ce qu’elle soit d’accord. Pourtant, nos vrais vêtements étaient dans un coffre au trésor fermé à clé.

« Je suppose qu’on va devoir le faire. »

« Êtes-vous sûr ? »

Linze me regarda avec une expression déplaisante.

Hey, je suis avec toi. Je ne veux pas non plus me battre contre cette chose rampante et visqueuse.

« Tu sais qu’on perd si on prend trop de temps, n’est-ce pas ? »

« Uwah... Je ne veux pas ça. Entrelace donc, Glace ! Malédiction gelée : [Liens de glace] ! »

« BLRLRLRLRLRLRLRLR ! »

La gelée empoisonnée avait émis une voix étrange alors qu’elle détachait ses tentacules gelés du reste de son corps et échappait au sort de Linze.

Un instant plus tard, les tentacules déchirés étaient exactement comme avant. S’agit-il d’une régénération ? Ou de la magie de guérison ? Cette fichue chose ressemble de plus en plus à un slime de jeu.

« BLRRR ! »

Le slime empoisonné avait alors formé une croix avec ses tentacules et lança un éclair.

Ouah ! C’était moins une !

« Haah ! »

« Yahh ! »

L’épée d’Hilde et le katana de Yae lui coupèrent les tentacules… mais ils repoussèrent à nouveau.

« Nhh !? »

Yae alla faire une nouvelle incision, mais cette fois, les tentacules étaient restés attachés.

Ça ne marche pas ? Mais c’est une lame imprégnée de flammes ? Après une inspection plus poussée, j’avais remarqué que le katana de Yae était couvert de quelque chose de visqueux — probablement une des sécrétions du slime empoisonné. L’épée de Hilde était dans un état similaire, et il était clair que cela avait rendu leurs lames émoussées.

Ne manquant pas l’ouverture dans ses défenses, le slime empoisonné enveloppa son tentacule autour de la jambe de Yae.

« Qu’est-ce… !? EHHHHHH !? »

« Yae. »

Soudainement, le slime la retourna et se mit à la balancer, ce qui, bien sûr, fit que ses affaires se balancèrent avec elle.

Merde ! Reprends-toi, Touya !

Bien que tenue à l’envers, Yae ne lâcha pas son katana, ce qui témoignait de son statut de samouraï.

De toute façon, le slime empoisonné, qui visait probablement son maillot de bain, avait étendu une autre de ses tentacules.

« GYAAAHHH ! RESTE LOIN ! NE T’APPROCHE PAS DE MOI ! »

Même si sa lame ne pouvait pas couper, elle pouvait toujours le repousser, elle utilisa alors ses arts martiaux divins pour éloigner les appendices gluants.

Le fait qu’elle le faisait malgré le fait qu’elle était à l’envers m’avait sérieusement impressionné.

« Yae ! »

Hilde courut vers les tentacules pour sauver Yae.

Oh, oui, je dois aussi aider !

J’avais fixé le viseur de Brunhild sur la chose en forme d’œil et je tirais quelques balles dessus. Je pensais que c’était un point faible et je m’attendais à ce qu’il subisse de gros dégâts, mais les balles s’étaient simplement enfoncées un peu à l’intérieur et avaient été rapidement éjectées dans la mer.

Je m’attendais à ce que ce truc en forme d’œil soit un noyau ou quelque chose comme ça, mais quand je tirais à nouveau, le résultat fut exactement le même. Réalisant que je gaspillais des balles, j’avais décidé de tirer sur les tentacules qui tenaient Yae à la place, mais tout ce que j’avais obtenu, c’était un clic.

Je n’ai plus de balles !

« [Recharge]… ! Attends, ah ! Ma poche à balles est dans le coffre avec mes vêtements ! »

Bon sang ! J’ai été trop négligent ! J’ai gaspillé toutes mes balles ! Linze et Yumina n’ont même pas leurs armes, donc elles n’ont évidemment pas non plus de balles.

« HYAAAHHH ! »

Le cri me fit retourner, et je vis Hilde, tenue de la même façon que Yae. Les siens étaient les plus gros après ceux de Yae, mais leur balancement était tout aussi tentant.

Merde ! Garde la tête froide, bon sang !

« Avance, ô, Lumière ! Duo lumineux : [Flèche de lumière] ! »

Plusieurs éclairs de lumière échappèrent de Linze. Quelques-uns atterrirent sur la partie en forme de tête du slime, mais ils n’avaient pas eu l’air d’avoir beaucoup d’effet.

« Les slimes empoisonnés sont très résistants à la magie. Je ne pense pas que même une [Tempête de feu] pourrait le battre. »

Alors que nous serrions les dents de frustration, Leen expliquait pourquoi la chose semblait si forte. Aucun slime ne devrait causer autant de problèmes.

« HYAAAHHH ! Hé, espèce de petit… ! Lâche-moi ! »

« KYAAAHHHHHHH ! »

Je m’étais de nouveau tourné vers les cris et j’avais remarqué qu’Elze et Lu avaient rejoint Yae et Hilde dans la pendaison. Après avoir regardé et comparé la taille de leur poitrine qui se balançait, j’avais conclu que les nouvelles participantes n’étaient pas particulièrement distrayantes.

« Je ne sais pas pourquoi, mais je suis un peu en colère ! »

« Nous aussi. »

Oh non, elles avaient remarqué la perplexité de mon regard et commencèrent à diriger vers moi une sorte d’aura sombre.

Heureusement, elles étaient trop préoccupées par la déviation des tentacules de leurs maillots de bain, alors l’aura avait rapidement commencé à se disperser.

Ouf.

Pourtant, la situation était désastreuse. Si je chargeais avec mon Brunhild, je finirais comme Yae.

Je pourrais faire quelque chose si la magie néant était autorisée, mais…

« Touya, quelque chose me rend curieuse… »

« Qu’y a-t-il, Sue ? »

Je m’étais tourné vers elle, espérant entendre une sorte de point faible qu’elle avait découvert.

***

Partie 5

« Je me demande simplement pourquoi tu n’appelles pas Kohaku et les autres. Ne peut-on pas utiliser la magie d’invocation ici ? »

« … Venez, Ténèbres ! Faites sortir mes bêtes célestes désirées de l’Alliance : [Sango, Kokuyou]… ! »

Je n’ai pas oublié, d’accord ? J’avais formé un cercle magique sur la plage, et celui-ci commença à dégager une brume noire. Quelques instants plus tard, la brume s’était dissipée, laissant Sango et Kokuyou flotter à sa place. Compte tenu de notre ennemi, j’avais pensé que ces deux-là étaient un meilleur choix que Kohaku.

« C’est rare que tu fasses des convocations, maître. »

« Hm ? Sommes-nous dans un sous-espace ? »

« Sango, Kokuyou, pouvez-vous faire quelque chose contre cette chose ? »

La tortue spirituelle et le serpent noir s’étaient lentement tournés vers l’endroit que je montrais du doigt, puis, avec un bruit de fumée, ils avaient repris leur véritable forme.

Est-ce que c’est moi ou sont-ils plus gros qu’avant ?

« Maître, veux-tu bien nous dire ce que nous devons regarder ? »

« Wah !? »

« Hyah !? »

« Bhuh !? »

« Kyah !? »

Après un seul regard de Kokuyou, le slime empoisonné lâcha les filles, créant quatre éclaboussures.

On avait également eu l’impression que le slime s’était mis à trembler et était devenu pâle.

Ou était-ce toujours comme ça ?

Sango fit un autre pas en avant.

« Je ne connais pas les circonstances, mais il semblerait que tu as maltraité les dames de notre maître. »

« Ohh mince, ce n’est pas quelque chose que nous pouvons tolérer, n’est-ce pas ? Es-tu prêt pour ce qui va arriver ? »

Les mots aiguisés de Kokuyou firent se tortiller le slime empoisonné. Il se précipita vers la mer à une vitesse incroyable. Je crois qu’en fait, il marchait sur l’eau.

« NE T’AVISE PAS DE ME FUIR, PETITE MERDE !! »

Après le cri, Kokuyou lança une lame d’eau qui atteignit rapidement le slime empoisonné et le coupa en deux.

Sa puissance n’avait pas baissé à cause de la distance, c’était très impressionnant.

Alors que je regardais avec stupéfaction, Sango et Kokuyou retournèrent à leurs mini-formes.

« Maître, mesdames. Nous nous sommes occupées du rustre, alors soyez tranquilles. »

« Hey, très cher Sango, c’est moi qui m’en suis occupé. Maître, toutes les louanges que tu fais doivent m’être adressées. »

« Merci, vous deux. »

J’avais exprimé ma gratitude tout en caressant leur tête. Soudain, ils disparurent tous les deux. Pensant qu’ils avaient été rappelés de force, j’avais essayé de les rappeler, mais la magie semblait à nouveau scellée.

Oh merde, j’ai presque oublié les filles.

Elles étaient tombées dans l’eau après un moment de suspension à l’envers, j’étais donc allé les voir.

« Attends, arrête-toi là ! Touya ! Ne bouge pas de là où tu es ! »

« Eh ? »

Hilde sortit sa tête de la mer et me dit de ne pas m’approcher. Quoi ?

« M-Mon maillot de bain a été emporté par l’eau quand je suis tombée ! S’il te plaît, reste là jusqu’à ce que je le trouve !! »

« P, Pareil pour moi… »

Quoi !? Les filles sur la plage allèrent aider Hilde et Yae à chercher leurs maillots de bain.

Cependant, Elze et Lu allaient très bien… Est-ce que ça a quelque chose à voir avec la taille ? Les impacts provoquent des secousses plus violentes quand ils sont gros, alors peut-être que ça a fait glisser le maillot sur le côté et… Je détournais les yeux de la mer tout en réfléchissant aux choses importantes.

Après un certain temps, les maillots de bain et les vêtements du coffre au trésor devaient être échangés, mais nous étions à la limite ici. Ce maudit slime était vraiment une perte de temps.

En parlant de cette chose, c’était l’ennemi qui nous avait été envoyé, alors le vaincre avait fait réapparaître le dé.

« La case suivante est le but, donc on s’en sortira quoi qu’on obtienne. »

« Désolé pour l’attente ! »

Je m’étais tourné vers les voix venant de la mer et j’avais revu Hilde en maillot de bain complet. Yae, cependant, cachait sa poitrine avec un tissu violet attaché autour d’elle. Est-ce son paréo ? Alors elles ne l’ont pas trouvé ?

« Dépêchons-nous, Touya. Elles ont été empoisonnées par le slime. »

« Quoi !? »

« C’est un poison paralysant. Il est aussi très faible, ses effets devraient donc s’estomper avec le temps, mais nous devrions quand même atteindre le but le plus rapidement possible. »

Leen expliqua la situation en regardant les filles touchées, qui étaient toutes assises. Selon Yae, il semblerait que la jambe que le slime avait saisie était devenue engourdie, et elle compara cela à une longue période passée assise dans une position inconfortable. Cela ne semblait pas du tout agréable.

J’avais pris le dé, je l’avais lancé et j’avais obtenu un 1, nous menant droit au but. Il nous restait trois minutes au total, donc on pouvait dire que nous avions réussi.

La pièce se déplaça vers le but, ce qui provoqua un changement de décor. Nous avions tous senti le changement de décor nous submerger, mais le résultat était déroutant, car c’était juste une autre plage.

« Eh !? »

Je n’avais pas pu m’empêcher d’exprimer mon choc. Après tout, il y avait une porte qui disait « BUT » à une centaine de mètres du rivage.

Hein !? Il ne suffisait pas d’atteindre la case départ !?

« H-Hey, vous pouvez courir les filles !? »

« Ce sera une tâche difficile… »

Yae répondit avec un sourire forcé. Que dois-je faire ? Sue, Leen et Yumina ne pourraient pas porter les filles paralysées, ce qui signifie que je suis le seul à pouvoir le faire !

« Linze ! Prends Yumina et les autres, prenez Lu et transportez-la jusqu’au but ! »

« O-Ok! »

Lu était la plus petite des quatre, cela n’aurait donc pas été un problème pour elles.

« Je vais porter le reste ! Toi d’abord, Elze ! »

« Eh ! Qu — ? Moi !? Hyah !? »

Ignorant ses protestations, je l’avais prise sur le côté et je l’avais élevée dans la soi-disant position du « portée de la princesse ».

Sans perdre une seconde, j’avais commencé à courir vers l’objectif.

Khh… Il n’est pas facile de courir sur le sable, et elle est en fait plus lourde que je le pen —j’avais senti une pression soudaine sur ma peau. Le regard silencieux d’Elze m’avait profondément blessé. La sensation de sa peau sur la mienne fit battre mon cœur, mais je fis de mon mieux pour l’ignorer et simplement courir.

Une fois le but atteint, j’avais placé Elze sur le sable et je m’étais précipité vers les autres filles.

En chemin, j’étais passé devant Lu, portée par les quatre filles non paralysées. Elles l’avaient fait en tenant chacune un membre. Cela n’avait pas l’air très agréable, mais on n’y pouvait rien.

J’avais soulevé Hilde de sa position assise et je l’avais portée sur mon dos. Courir une centaine de mètres en portant la princesse était vraiment éprouvant, alors j’avais décidé de passer à cela.

« Touya… J-je, je ne suis pas lourde… ? »

« Nooon, pas du tout. Ce n’est rien… pour moi… »

Contrairement à ce que je disais, mon haleine devenait de plus en plus rauque.

J’ai trop compté sur [Renforcement] ces derniers temps. Je devrais vraiment m’entraîner plus…

La pauvre surface, le soleil ardent et les deux monticules qui me pressaient le dos me fatiguent physiquement et mentalement. Ses seins ne me touchaient pas directement, mais il n’y avait qu’un seul morceau de tissu qui nous séparait, ce qui signifiait que je n’avais pas de mal à sentir leur douceur et leur chaleur.

En cachant d’une certaine façon les coups dans ma poitrine, j’avais réussi à amener Hilde au but.

Il ne restait plus que Yae. Juste au moment où les filles avaient fini de porter Lu, je m’étais précipité vers Yae. Cela devenait vraiment dur pour mes poumons et mon endurance.

J’avais porté Yae de la même façon que j’avais porté Hilde. Ses gros seins — nettement plus gros que ceux de Hilde — attaquaient mon dos, mais le paréo qui les recouvrait était assez épais pour les rendre nettement moins puissants que ceux de Hilde. Je peux le supporter.

« Tu vas bien, Touya-dono !? »

« Je… Je vais… Bien ! »

Je pouvais à peine parler à ce moment-là. Honnêtement, j’étais probablement à ma limite. Mes jambes tremblaient et je sentais que je pouvais trébucher à tout moment, mais j’étais allé trop loin pour tomber maintenant. Je rassemblais donc ma vigueur et je continuais à avancer.

Je suis si proche… ! Ma jambe s’était enfoncée dans le sable, ce qui me fit basculer vers l’avant. Le but était à quelques pas, alors j’avais décidé de sauter vers lui.

« Hyah !? »

« Bgrh ! »

Le poids de Yae me submergeait. Alors que mon visage s’enfonçait dans le sable, quelqu’un m’avait pris par le bras et me tira dedans.

Ow ow ow, chaud chaud chaud ! Apparemment, ma jambe était encore en dehors du but. Elles auraient cependant pu être un peu plus douces…

« On a réussi… »

« C’était moins une. »

Les voix de Linze et de Sue me firent lever les yeux et voir que le compte à rebours était bloqué à une seconde. Ce n’est pas passé loin…

« Félicitations pour avoir atteint l’objectif. Malheureusement, vous êtes victorieux. Je vais maintenant vous renvoyer là où vous étiez. N’hésitez pas à jouer à nouveau dès que vous en avez l’occasion. »

La voix du Dr Babylon résonna de nulle part, et le sable chaud sous mon visage avait été remplacé par un sol froid. Nous avions terminé le jeu et étions revenus à l’entrepôt.

Les maillots de bain que nous portions avaient été remplacés par nos vêtements d’origine.

« [R-Rafraichissement]… »

Je m’étais jeté un sort de restauration de l’endurance. L’énergie avait rempli mon corps, et la léthargie d’avant disparu comme si elle n’avait jamais existé.

« Franchement… »

C’était horrible. Cette médecin perverse n’avait pas l’intention de nous laisser atteindre le but.

« Je suis tellement fatiguée… Touya, rafraîchis-moi aussi… »

« Moi aussi, je t’en prie. »

« De même… »

Toutes les filles étaient fatiguées, alors je n’avais pas hésité à m’y conformer.

Après cela, j’avais pris le dé par terre.

« Oui, on va sceller ça. Cet artefact est une menace. »

Je l’avais mis dans le coffre-fort de l’entrepôt et je l’avais enfermé. En poussant un soupir fatigué, j’entendis soudainement des voix hystériques derrière moi.

« Hein ? »

« Qu’est-ce que… !? »

« Heah !? »

Je m’étais retourné. Je vis les filles toucher leur propre corps, comme si elles cherchaient quelque chose qui manquait.

Qu… Quoi ?

« P-Pourquoi ? Pourquoi !? »

« Hé, qu’est-ce qui ne va pas… ? »

« STOOOP ! Touya, ne bouge pas de là où tu es ! Reste, mon garçon ! »

Je suis quoi, un chien ?

Pourtant, j’avais fait ce qu’elle m’avait dit et j’étais resté immobile. Que s’était-il passé ?

« … Laisse-moi te demander une chose, chéri. Quand nous avons mis nos maillots de bain, as-tu mis tes vêtements dans le coffre au trésor ? »

« Eh ? Eh bien, je l’ai fait, oui. »

J’avais répondu à la question de Leen aussi honnêtement que possible.

Si je n’y avais pas placé mes vêtements, je ne les aurais pas récupérés, pas vrai ?

« Et as-tu mis tes sous-vêtements dans la boîte à sous-vêtements ? »

« Quoi ? Je ne me souviens de rien de tel. »

« Khhh… Voilà le problème. Nous avons été trompés. »

Leen, les joues roses, claquait la langue. Que voulait-elle dire ?

« Notre tente avait un coffre pour les vêtements et un coffre pour les sous-vêtements… Et nous nous demandions pourquoi il y en avait deux, mais… »

« Eh ? »

« On n’a pas récupéré nos sous-vêtements. »

Sue le dit de but en blanc, et les autres filles devinrent rouges et pendirent la tête.

« T-Touya, tu te retournes et tu comptes jusqu’à cent ! Regarde-nous et je te frappe ! »

« Ah, bien sûr ! »

Je m’étais vite retourné et je les avais toutes entendues sortir de la pièce. Ce satané médecin pervers ne fait jamais rien de bon, n’est-ce pas ? Attendez, je suis vraiment censé compter jusqu’à cent tout seul ? Ça me donne l’impression d’être laissé pour compte.

Mais attendez, qu’est-il arrivé à leurs sous-vêtements ? Est-ce que ça pourrait être ça… ?

J’avais regardé vers le dé scellé.

Touya, non. Jette ces mauvaises pensées. Elles ne mèneront qu’à ta ruine.

J’avais commencé à compter inutilement.

Une fois cela fait, j’étais devenu curieux à propos de Paula et j’étais allé à la tour d’alchimie, où je l’avais vue faire des gestes vigoureux à Flora et Parshe.

« Table ? Livre ? Hmm… Je ne comprends pas vraiment. »

« Je pense qu’elle parle de fenêtres. De fenêtres carrées ! »

Elle essayait probablement de leur parler du dé, mais les deux étaient trop idiots pour le comprendre.

Elle n’avait même pas besoin de leur dire quoi que ce soit. Elle aurait pu juste les faire venir…

Je lui avais tapé sur l’épaule pour lui dire que c’était suffisant, mais pour une raison quelconque, ça l’avait juste énervée et l’avait amenée à faire des gestes encore plus intenses.

Plus tard, j’avais entendu dire que Paula avait été vue en train de faire un one-man-show passionné, ce qui, à mon avis, montrait à quel point elle était une travailleuse acharnée.

***

Bonus : Les aventuriers débutants et la souris Neige

« Hé, les gars, attendez une seconde. Neige a détecté quelque chose. »

La jeune mage, Éon, avait la souris Neige sur la tête. On aurait dit que Neige avait tiré mes cheveux pour signaler le danger qui l’attendait.

Sachant ce que cela signifiait, nous nous étions tous immédiatement mis sur nos gardes. Quand Neige réagissait ainsi, la plupart du temps, cela signifiait qu’il y avait des bêtes sauvages ou des monstres à proximité.

Il était courant pour les monstres présents dans les donjons ou dans les ruines souterraines de se cacher dans les recoins afin d’embusquer les aventuriers. C’était dû au fait qu’avec leurs sens supérieurs de l’odorat et de l’ouïe, les humains étaient souvent des proies faciles pour eux.

Pourtant, vu que nous n’avions pas encore voyagé très loin sous terre, il était peu probable qu’il y ait des monstres qui pourraient effacer complètement leur présence.

« Lopp… tu prends le côté droit. Je m’occupe de la gauche. »

« Compris. »

Fran, notre épéiste, m’avait donné ces instructions dans un petit chuchotement afin de ne pas alerter ce qui pourrait attendre à proximité. La route devant nous se divisait en deux chemins en forme de T. S’il y avait des monstres à proximité, ils auraient pu nous attendre d’un côté ou de l’autre.

Derrière nous, Klaus préparait son arc et ses flèches. La corde de l’arc qu’il tirait fit un son aiguisé « fwee », comme pour nous signaler qu’il était prêt à tirer sur tout ce qui pourrait essayer de nous sauter dessus.

Comme on le pensait, il y avait un Kobold qui nous attendait dans le coin. Avant qu’il ne puisse attaquer, je l’avais poignardé avec ma lance.

« Higyaaaah ?! »

C’était du moins ce que je pensais, jusqu’à ce que la flèche de Klaus sorte de nulle part et frappe le Kobold sur le front. Il s’était effondré, mort, sans la grandeur à laquelle je m’attendais.

Devait-il me voler la vedette quand je m’amusais, non ?

« Ce n’était pas loin. Si Neige ne nous avait pas prévenus, qui sait comment ça aurait pu tourner. »

Comme d’habitude, Éon ne faisait que chanter des louanges à la souris Neige assise sur sa tête. Cette souris Neige était en fait le familier de notre grand-duc de Brunhild. Son intelligence dépassait de loin celle de n’importe quelle souris ordinaire, et parfois elle avait même l’impression de pouvoir comprendre chaque mot que nous disions.

« Bien sûr, nous avons fait beaucoup plus de progrès qu’auparavant, mais nous ne pouvons pas continuer à compter sur Neige pour faire tout le dur travail pour nous. Tant qu’on ne sera pas assez forts pour aller aussi loin sans l’aide de Neige, on ne pourra pas rembourser notre dette envers le grand-duc. »

 

Klaus parla, diligent comme toujours. Cependant, j’étais d’accord avec ce qu’il disait.

J’avais vraiment voulu rembourser Sa Majesté pour avoir empêché le fait que nous aurions pu devenir esclaves… Mais je n’étais pas sur le point de me prendre la tête et de penser que je pourrais un jour rembourser une dette de toute une vie comme celle-là. Pourtant, je voulais au moins devenir aussi forte que possible pour ne pas être laissée si impuissante dans des situations similaires à l’avenir.

« Neige ? Où est-ce que tu t’enfuis ? »

Ne laissant échapper que quelques grincements de temps en temps, Neige s’était enfuie comme si elle nous disait de la suivre. On dirait que Neige avait trouvé quelque chose.

L’endroit où elle nous avait menés était une impasse. C’était un phénomène assez courant dans les ruines souterraines comme celles-ci, probablement délibérément conçues pour repousser les voleurs et les pillards.

Pourtant, pourquoi l’intelligente Neige nous mènerait-elle dans une impasse sans raison ? M’étais-je dit.

« … Pensez-vous qu’il pourrait y avoir quelque chose de caché par ici ? », demanda Fran alors qu’elle s’accroupissait dans le coin près de l’endroit où Neige grinçait.

« Hé, regardez ça ! Une de ces pierres sort du lot ! Croyez-vous qu’on est censés appuyer là-dessus, comme sur un bouton ou un interrupteur ? »

Selon les mots de Fran, Neige mima une action consistant à appuyer sur le sol avec les deux bras comme pour confirmer ses soupçons.

Mec, c’est vraiment une souris intelligente, c’est quelque chose que je me disais beaucoup ces derniers temps.

Fran enfonça la pierre dans le sol et, après cela, une partie du mur de l’impasse devant nous s’éloigna et un coffre au trésor s’éleva progressivement d’en bas, là où se trouvait le mur.

« T, trésor ! C’est un vrai coffre au trésor ! »

Fran et moi avions sorti le coffre au trésor de l’endroit où il se trouvait pour que nous puissions l’ouvrir, mais au moment où nous étions sur le point de retourner le couvercle, Neige m’avait mordu la main.

« Ow!!! Qu’est-ce que cela veut dire ? »

« Ralentis, imbécile ! Quel genre d’idiot essaierait d’ouvrir un coffre au trésor sans au moins vérifier la présence de piège ? »

Je n’avais pas de mots pour répondre. Excité à l’idée de voir mon tout premier vrai coffre au trésor non ouvert, j’avais laissé l’excitation prendre le dessus sur moi.

« Tu as raison. Désolée d’avoir crié, Neige. Et merci de veiller sur moi. »

« Squeak~! »

Après que nous ayons reculé par rapport au coffre à une distance de sécurité, Klaus inspecta la boîte avant d’attacher une corde au couvercle. Il se mit ensuite à une distance assez respectable de la boîte. Il tira sur la corde et ouvrit le couvercle et, heureusement, il n’avait pas déclenché de pièges.

À l’intérieur du coffre, nous avions trouvé une vieille, mais splendide épée, plusieurs couteaux, une sorte de collier en argent et une paire de vieilles bottes en cuir.

C’était le premier véritable trésor que nous avions trouvé, et tout cela grâce à Neige.

Pourtant, nous ne devrions surtout pas devenir arrogants à cause de ce seul fait. Nous devions tous nous entraîner dans ce donjon pour devenir de plus en plus fort, puis peut-être un jour rembourser le grand-duc pour tout ce qu’il avait fait pour nous.

Nous ferions tous de notre mieux pour devenir des aventuriers de premier ordre jusqu’à ce que ce jour arrive !

***

Illustrations

 

 

Fin de tome 8.

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Un commentaire :

  1. juste pour signalier une erreur de traduction,qui perd le sens du contexte
    « Hm… Peut-être que ces symboles sont un indice. Oh… Je devrais lire les lettres… [Lecture] : Language des Esprits anciens. »

    sachant que c est un language magique et non un language des esprit cela aurai plus de sens que la traduction soit [Lecture] : Ancien language magique . »

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