Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 7

***

Chapitre 1 : Calamité

Partie 1

Au total, j’avais rassemblé six Babylone. Il y avait le jardin, l’atelier, le laboratoire d’alchimie, le hangar, le rempart et la tour.

Au début, il y avait quinze mini-robots qui travaillaient dans le rempart, mais j’en avais détourné dix vers le hangar afin d’apporter à Monica et Rosetta une aide indispensable. Elles étaient reconnaissantes de cette réduction de la charge de travail.

J’avais amené Liora et Noël dans la boutique de Zanac, et je leur avais dit qu’elles pouvaient choisir ce qu’elles voulaient. Liora avait choisi un blazer, tandis que Noël avait choisi un maillot. Pourquoi as-tu choisi ça parmi tous ces vêtements ? Ah, peu importe… Je suppose que si elle aime ça, alors cela m’ira très bien.

Le jour était enfin venu pour le hall de la guilde de Brunhild d’ouvrir ses portes, alors je m’étais promené pour l’inspecter.

Dans l’ensemble, l’endroit était prêt pour la grande ouverture. Il lui fallait juste des meubles et des décorations à l’intérieur. J’avais été particulièrement impressionné par la qualité de l’exécution. Apparemment, les gens étaient très enthousiastes et passionnés par l’ouverture de la salle de guilde, parce que c’était une salle située dans un territoire appartenant à un grand-duc qui avait débuté son ascension comme aventurier au sein de la guilde.

Je pensais que c’était bien, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait beaucoup d’aventuriers. Les brigands et les monstres n’étaient pas courants à Brunhild, alors je m’étais dit que la plupart des quêtes ne seraient pas intéressantes.

Bon sang, l’endroit était en plein cœur de Regulus et de Belfast, donc ça ne m’aurait pas beaucoup surpris si nous n’avions aucune quête de subjugation de monstres.

Samsa l’ogre était encore à l’œuvre, cette fois pour aider à construire le bar voisin. Seule la structure du bar avait été construite, donc il lui restait encore beaucoup à faire. Il était après tout beaucoup trop grand pour aider à l’ameublement intérieur de la salle de la guilde.

« Hm… »

Soudainement, je regardai Sakura contempler les travaux de construction. Sango et Kokuyou étaient à ses côtés, nageant dans les airs.

« Hé ! C’est sympa de te voir, chérie. »

« … Seigneur. »

Sakura n’avait toujours pas retrouvé ses souvenirs, mais je ne pouvais pas la jeter dehors. J’avais décidé qu’il valait mieux la laisser rester au château en tant qu’invitée.

Malgré sa nature tranquille, elle était en fait très active et extravertie. J’avais demandé à Sango et à Kokuyou de l’accompagner au cas où elle se retrouverait en difficulté ou si elle s’égarerait trop loin.

« Qu’est-ce qui vous amène ici ? »

« Nous étions au Lecteur lunatique il y a encore peu de temps. On rentrait chez nous à pied, mais quand on était arrivés ici, cette fille s’est simplement arrêtée de bouger et a commencé à regarder. »

Kokuyou avait répondu à ma question, à la place de Sakura.

« Vous étiez au Lecteur lunatique ? Qui a payé la nourriture ? »

« Le directeur vient de dire que ce serait bien de le mettre sur ta note. »

Tsk… C’est ennuyeux, même pour elle. D’un autre côté, la succursale de Lecteur lunatique est ici une sorte de magasin exploité par le gouvernement, alors cela me convient…

« Que fait Sakura maintenant au juste ? »

« Je contemple… »

Sakura murmura soudainement quelque chose, et désigna Samsa, l’ogre. Il transportait du bois avec un grand sourire sur le visage. Quoi, il avait quelque chose sur son visage ?

« C’est un démon… mais ça ne dérange personne… C’est étrange. »

Ah, je vois… c’est ce qui la rendait curieuse. J’admettais que c’était vraiment bizarre pour un démon de travailler pacifiquement avec des humains. Dans la plupart des cas, les humains avaient peur des démons et de leurs semblables, ce qui faisait que les deux espèces évitaient l’autre.

En dehors de Brunhild, je n’avais pas été témoin d’un autre endroit où l’homme et le démon riaient ensemble, ou partageaient des boissons. Chaque fois que je voyais des démons dans un autre pays, ils étaient la plupart du temps seuls, dans les coins des bars, etc.

« Démons ou pas, mon pays ne tolérera pas de discrimination. Il est vrai que les voyageurs venant d’autres pays peuvent se tenir loin d’eux, mais il y a même cinq membres de la race des démons dans mon ordre de chevalier. Nous sommes très divers. »

« Ce pays est étrange… Il s’adapte aux caprices de son chef… Mais c’est quand même sympa ici… Tout le monde ici veut travailler en harmonie, ensemble. »

J’avais l’impression qu’elle ne me faisait pas vraiment un éloge, mais j’étais tout de même très heureux.

Eh bien, Brunhild était un pays plutôt petit, il était donc naturel que tout le monde travaille dur ensemble pour se construire un avenir.

J’avais décidé d’emmener Sakura voir le projet agricole à l’est de Brunhild. Comme d’habitude, Lakshy travaillait dur dans les champs. C’était aussi un démon.

« Alors, qu’est-ce que tu cultives ici ? »

« Des radis et des navets ! Je suis sûr qu’ils seront bientôt prêts pour la récolte. On devra ensuite les mariner. Quand vous les préparez comme cela, c’est vraiment délicieux. »

Lakshy sourit pendant qu’elle parlait. Apparemment, la technique de la marinade était quelque chose d’unique à Eashen, mais elle se répandait rapidement à Brunhild parce que la plupart de nos citoyens venaient d’Eashen.

Les rizières se portaient bien aussi. Je voulais étendre le projet jusqu’au printemps. J’avais hâte de manger du riz.

Après ça, on devrait faire pousser du miso et du soja, tout ce qu’il fallait pour faire du natto. Le tofu et les haricots verts convenaient aussi. Je commençais à m’exciter un peu, alors j’espérais que le printemps arriverait un peu plus tôt.

Nous avions fait nos adieux à Lakshy et nous avions repris la route du château.

Après un moment de marche, quelque chose m’avait paru étrange. Il n’y avait personne dans le coin, personne d’autre que nous.

« Maître… »

« Je sais. »

Sango avait parlé afin de m’avertir, mais je déployais déjà un [Bouclier]. Je l’avais fait juste à temps, car une flèche nous tombait dessus à partir d’un arbre voisin.

« Ah… !? »

Sakura avait retenu son souffle, surprise, mais le sort avait réussit à dévier l’attaque. J’avais levé les yeux vers l’endroit d’où venait la flèche et j’avais vu quelqu’un vêtu d’un masque noir, un peu comme celui utilisé dans le théâtre chinois traditionnel.

C’est un masque bizarre… C’est vraiment suspect. J’avais marché vers l’arbre, pour me faire prendre en embuscade par trois hommes de même apparence, vêtus de noir, venant du sol. J’avais senti plusieurs présences dans la région, mais j’avais été surpris de voir qu’elles avaient été enterrées dans le sol. Ils portaient des sabres courts courbés. J’avais rétréci mes yeux et j’avais regardé de plus près leurs lames inhabituelles. Elles étaient couvertes d’un liquide, probablement du poison.

Il n’y avait pas eu d’erreur. Je me trouvais face à face avec un groupe d’assassins.

« Dites-nous où se trouve le Guerrier géant. »

« … Le Guerrier géant ? Vous voulez dire mon Frame Gear ? »

« Silence. Répondez. »

« Non. Je n’ai pas de comptes à vous rendre. De quel pays êtes-vous originaire ? »

J’avais parlé clairement aux trois personnes devant moi, mais elles n’avaient pas répondu. Ça aurait été bien s’ils avaient juste été obéissants et m’avaient répondu, mais ils avaient décidé de rendre les choses plus difficiles. Je marchais vers eux et j’avais rapidement tapoté les épaules des trois personnes.

« [Gravité]. »

« Guwagh !? »

Je les avais fait s’incliner à mes pieds en utilisant ma magie de gravité. Horrifié par le spectacle, le quatrième assassin sauta de l’arbre et commença à s’enfuir.

« [Glissade]. »

« Guwah !? »

Le quatrième assassin était immédiatement tombé au sol. Il s’était cogné l’arrière de la tête assez fortement. Aïe, mauvais choix du moment…

J’avais décidé de quitter ce type pour l’instant, et j’avais concentré mon attention sur les trois hommes devant moi. J’avais tendu la main pour enlever leurs masques. Voyons à quoi vous ressemblez…

« Non ! »

Sakura avait soudainement foncé vers moi et m’avait arraché le bras. J’étais tombé sur le dos… à ce moment-là, les trois hommes avaient pris feu. Leurs masques avaient explosé.

« A-Ah… »

Les trois hommes s’affalèrent par terre, immobiles. Des morceaux de chair dansaient dans l’air à côté de la fumée. Leur tête avait été complètement explosée.

Qu’est-ce que c’était que ça ? Une tactique d’attentat suicide au cas où ils se feraient prendre ? J’ai vu des pièces historiques où les ninjas se mordent la langue s’ils se faisaient prendre, mais c’était un peu trop…

Mais encore une fois, les attentats suicides à la bombe garantissaient la mort. Si leur langue se détachait, ils pourraient être maintenus en vie et torturés.

J’avais regardé le type que j’avais fait trébucher, mais il n’était plus là. Une arme semblable à un poignard kunai attaché à une corde était logée dans un arbre voisin, Il avait donc dû se retirer de la zone opérationnelle.

Je cherchais son masque, mais je ne l’avais pas trouvé. Il s’en était probablement débarrassé et s’était enfui. Je ne comprenais pas ce qui venait de se passer, mais je savais que je devais prendre des contre-mesures avant qu’ils ne reviennent pour un deuxième essai. J’avais décidé de relever ce mystérieux défi de front.

« Je n’ai trouvé aucun document d’identification sur les trois cadavres, et l’un des hommes s’est enfui. Ainsi, il est porté disparu. »

Le vice-commandant Nikola m’avait lu son rapport. Je ne voulais pas que cela devienne une question particulièrement importante, mais il était vrai que le monarque d’une nation avait été attaqué directement, donc je ne pouvais pas me taire.

Les personnes qui me rejoignirent dans la salle de conférence étaient les trois premiers membres de l’ordre des chevaliers, le Premier ministre Kousaka, les vieillards de Takeda et Tsubaki du corps des renseignements.

« Alors… est-ce qu’ils en avaient après quelque chose qui t’appartenait, gamin ? »

« Je suis presque sûr, ouais… Je n’ai aucun doute qu’ils en avaient après le Frame Gear. »

« Je suppose alors que ça veut dire qu’on doit suspecter tous les autres pays. »

Le vieux Baba soupira et croisa les bras en se penchant vers la chaise.

Je pouvais comprendre ce qu’il disait. Le Frame Gear était perçu comme une arme puissante par d’autres pays, donc je n’avais pas été surpris qu’un autre groupe ait finalement tenté de l’obtenir. Ils voulaient probablement me kidnapper et me torturer jusqu’à ce que je leur dise où il était.

La flèche que le quatrième type avait tirée était probablement aussi enduite de poison. C’était probablement un paralysant, et ils l’avaient étalé sur leurs épées pour s’assurer qu’ils pourraient m’emporter facilement.

« Il est peu probable qu’une nation affiliée à notre alliance occidentale aurait fait une telle chose. Et même si c’était le cas, il est tout à fait possible que ce soit l’action négligente d’un noble influent, plutôt que le gouvernement du pays lui-même. Nous ne devons pas prendre des mesures effrontées sans bien comprendre qui est le coupable. »

J’étais d’accord avec l’évaluation de Kousaka. Si un pays de l’alliance occidentale essayait de me voler, les autres pays le dénigreraient. Ça aurait été du suicide de faire un geste comme ça.

En plus, ils l’avaient appelé Guerrier géant. Cela signifiait qu’ils ne savaient pas qu’on l’appelait Frame Gear. Il était beaucoup plus probable que la tentative d’assassinat ait été faite par un pays dans lequel je ne m’étais pas encore impliqué.

Tandis que j’y réfléchissais, Tsubaki leva la main.

« Excusez-moi, il y a un problème qui me préoccupait. Vous avez dit qu’ils portaient des masques, c’est ce qui me paraissait un peu étrange. »

« En quoi est-ce étrange ? Quelle que soit l’époque, les groupes d’espions et les équipes d’assassinats portent toujours des masques. Y a-t-il quelque chose d’étrange ? »

« Non, je pensais juste que… Si on en savait un peu plus sur le masque, ça pourrait nous aider à les identifier… »

Eh bien, c’est un bon point… Mais ces masques ont tous été réduits en miettes. Lapis et Cécile utilisaient des masques lorsqu’ils travaillaient comme espion dans l’unité d’espionnage de Belfast… Si ce que Yamagata avait dit était vrai, et que chaque organisation utilisait un masque… Il aurait alors été possible de les identifier à partir du masque.

« À quoi ressemblaient les masques ? »

« Euh… un style similaire à ceux utilisés dans le théâtre chinois traditionnel. »

« Chinois ? »

Le commandant Lain avait incliné la tête dans la confusion. Ses oreilles de lapin frémissaient tout aussi curieusement. Oh, c’est vrai… je suis dans un autre monde. Oh, je sais.

J’avais sorti un morceau de papier d’un bureau et j’utilisais [Dessin]. Je représentais une réplique parfaitement exacte de ce à quoi ressemblaient les masques de mes assaillants.

« … C’est un peu tard pour le dire, mais vous avez beaucoup de capacités pratiques à votre disposition, Sire. »

Le vice-commandant Norn murmura. Appelez ça la magie de Votre Majesté… héhé.

« Voici le masque. Le reconnaissez-vous ? »

Tout le monde se baissait pour regarder l’image, jusqu’à ce que Tsubaki finisse par parler.

« Je n’ai aucune preuve, mais la couleur et les marques ici me rappellent les symboles nationaux de Yulong. J’ai entendu dire qu’il y a une organisation d’espionnage appelée “Qulau” qui opère dans ce pays. »

« Yulong ? »

« Yulong, l’Empire du Ciel. C’est un pays situé à l’ouest d’Eashen, derrière la mer. Ils ont souvent fait la guerre contre nous et sont gouvernés par l’empereur céleste. »

Yulong, l’Empire du Ciel ? C’était donc les voisins d’Eashen de l’autre côté de la mer, hein ? C’était assez loin… Si les assaillants venaient de là, ils venaient donc de loin.

Et cela n’était pas comme si j’avais la moindre preuve contre eux. Il était probablement préférable d’agir prudemment… Je doutais qu’ils abandonnent après une seule tentative.

Pour l’instant, j’avais décidé de renforcer les défenses et de m’assurer que les gens prêtent attention aux choses suspectes. Je supposais que leur plan était de voler le Frame Gear, et il n’y avait aucune chance que je leur laisse mettre le grappin dessus.

Le seul moyen d’accéder à Babylone était d’utiliser l’un de mes portails, ou un outil de téléportation à courte portée que Cesca et les autres Gynoïdes avaient.

Il y avait toujours une chance qu’ils puissent s’y rendre en se lançant dans le ciel et en tombant dessus par hasard, mais ce n’était plus un problème. Depuis que j’avais obtenu le rempart, envahir directement depuis l’extérieur était devenu impossible.

Je ne me souciais pas du fait qu’ils puissent envoyer des gens après moi, mais je ne pouvais pas éviter la possibilité qu’ils ciblent mes proches. À cette fin, j’avais décidé qu’il valait mieux leur envoyer un message leur suggérant qu’il ne fallait pas trop m’embêter.

S’ils finissent par s’en prendre aux gens que j’aimais, je ne leur pardonnerais pas. Je traquerais impitoyablement le meneur et lui ferais souhaiter sa mort.

Pourtant, les gens qui étaient venus après moi s’étaient fait sauter pour cacher leur identité. Le responsable était probablement un vrai monstre.

Maintenant que j’y pense… Comment Sakura savait-elle qu’ils allaient exploser ? N’était-elle pas membre de cette agence d’espionnage ou quelque chose comme ça, n’est-ce pas… ? Non, c’était impossible. Je l’avais trouvée à Eashen, et pas à Yulong, et les Yeux mystiques de Yumina ont confirmé son statut de personne non malveillante.

Bien que cela soulevait la question suivante, les Yeux mystiques pourraient ne pas être en mesure de savoir si une personne qui avait perdu la mémoire était malveillante.

Il était difficile de savoir si une mauvaise personne qui, en perdant la mémoire et en devenant ainsi une personne lambda, serait toujours jugée comme mauvaise. Je n’avais aucune idée de la manière dont cela fonctionnait. Mais c’était un peu trop philosophique à mon goût, alors je décidais d’en rester là.

Je me sentais un peu anxieux à l’idée qu’un jour où les souvenirs de Sakura reviendraient.

J’avais quand même décidé de mettre ces angoisses de côté. Sakura n’était sûrement pas une fille mauvaise.

***

Partie 2

« D’accord, j’y vais… »

« Bien sûr que oui. »

J’étais sur le terrain d’entraînement avec Linze, qui avait pointé une canne en Mithril sur moi. Il y avait plusieurs pierres de sort sur l’embout. Des trois pierres, rouge, bleue et jaune, la rouge brillait de mille feux.

« Sortez, Feu ! Grêle de Pierres Rouges : [Ignis Fire] ! »

Un globe flamboyant de la taille d’une balle de baseball s’était envolé de la canne. Elle avait lancé un sort de feu basique.

Je l’avais regardé approcher, j’avais concentré ma magie et j’avais lancé mon nouveau sort Néant.

« [Absorption]. »

La boule de feu s’était dispersée comme une fine brume. Ça ne m’avait pas touché, j’en étais sorti complètement indemne.

Un autre sort de feu me fonça dessus. Cependant, tout comme celui qui l’avait précédée, il s’était dispersé dans le néant. Hm… je suppose qu’il y a un minuteur, alors… Ce sort dévore beaucoup de magie, mais il compense cela en absorbant toute magie offensive lancée contre moi.

« Linze, monte d’un cran. »

« Très bien. »

Linze avait préparé sa canne une fois de plus.

« Sortez, Feu ! Pilier du purgatoire : [Feu de l’Enfer] ! »

« [Absorption]. »

Trois torrents de flammes vinrent sur moi depuis des angles divers. Mais, une fois qu’ils s’étaient rapprochés à environ deux mètres de moi, ils avaient aussi disparu.

Hm… ? Eh bien, ma magie a été restaurée, mais… c’est seulement à peu près le même montant que ce que la boule de feu m’a donné. Je suppose qu’il doit me rendre un montant fixe, ce qui signifie que le sort que je draine n’est pas pertinent… Le sort est annulé, transformé en magie brute, puis une partie en est absorbée. C’est plutôt chouette.

L’effet était similaire au bracelet d’annulation des sorts utilisé pendant le coup d’État, j’étais donc certain de pouvoir enchanter des objets avec.

J’avais demandé à Linze si je pouvais envisager de fabriquer une armure absorbant la magie, mais Linze avait répondu que ce serait inutile. Apparemment, si quelqu’un absorbait des sorts dans des écoles autres que celles pour lesquelles il possédait les attributs, il pouvait avoir ce qu’on appelle la maladie des sorts.

Donc, si une personne n’avait aucune aptitude à la magie du feu et absorbait un sortilège de feu, elle en subirait les conséquences négatives. Ce ne serait pas un problème pour quelqu’un comme moi, mais une personne ordinaire n’était pas aussi à l’aise. Apparemment, le bracelet de drain ne semblait pas avoir ce genre de problème.

Linze et Yumina n’avaient des capacités que dans trois écoles de magie, mais Leen serait probablement capable d’absorber toute la magie à l’exception de la magie des ténèbres. Après tout, elle avait des affinités avec toutes les autres écoles.

Elle pourrait aussi utiliser [Transfert] pour donner de la magie aux autres.

« J’imagine que cela ne t’aidera pas beaucoup si tu es pris au dépourvu, car tu dois l’invoquer manuellement. »

« Quelle est sa portée effective? »

« Euh, je pense qu’elle est effective entre deux et dix mètres. Oh, ça soulève une question intéressante… Un ennemi à cette distance serait-il même capable de lancer un sort pour commencer? »

J’avais gardé Linze debout à côté de moi et j’avais déclenché [Absorption]. Elle jeta son sort et celui-ci s’activa pendant environ une demi-seconde avant d’être annulé.

Hein, alors je supposais que je pourrais le garder préventivement sur moi. Lorsque Linze quitta sa plage d’action, elle put lancer normalement son sort une fois de plus.

Le sortilège était celui qui annulait complètement la magie. [Silence] avait seulement empêché les sorts d’être scandés, car il avait arrêté le son lui-même, et je pourrais utiliser [Tabou] pour sceller certains mots à l’avance si je savais quels sorts mon ennemi utilisait. C’était utile si je connaissais mon ennemi, mais ce ne serait pas très utile dans un vrai combat.

Mais connaître mon ennemi m’aiderait certainement dans certains cas. Par exemple, si je faisais de [Renforcement] un mot tabou et que je devais combattre Elze, ce serait certainement à mon avantage.

Quoi qu’il en soit, aucun de ces sorts ne me serait vraiment utile contre une Phase.

L’expérience était terminée. J’avais remercié Linze pour son aide et j’étais sur le point de rentrer chez moi lorsque, tout à coup, j’avais reçu un message télépathique de Kohaku.

{Monseigneur, nous avons un visiteur au château…}

{Un visiteur ?}

{Euh, oui… Elle dit qu’elle est ta grande sœur…}

{Je te demande pardon !?}

Quelle sœur aînée ? Je n’avais pas de sœurs… Je n’avais même pas de frères ! J’avais des cousins de la sœur de ma mère et le frère aîné de mon père avait vécu ce mariage et ce divorce, mais aucune de ces personnes ne serait dans ce monde.

{À quoi ressemble la personne ?}

{Ah, eh bien… Elle a les cheveux roses et a l’air d’avoir une demi-douzaine d’années de plus que toi, et elle… Qu’est-ce qu’elle fait !? Agh !}

{Hmhm ? Qu’est-ce qui se passe, Kohaku ? Ehehehe, c’est une connexion télépathique, n’est-ce pas ? Alors je parlerai à Touya aussi, compris ? Heeey, tu m’entends, chéri ?}

La voix amusée d’une jeune femme s’était mélangée à celle de Kohaku. La voix m’était étrangement familière.

Attends… non. Oh non… Qu’est-ce que tu fous ici !? J’avais ouvert une [Porte] et je m’étais précipité immédiatement au château, entraînant Linze avec moi.

« Je suis la sœur de Touya ! Tu peux m’appeler Karen, d’accord ? »

« Karen, c’est ça ? »

Elle avait parlé, saluant tout le monde comme si ce n’était pas grave. Qu’est-ce que tu racontes ? Tu n’es même pas humaine !

Je m’approchai d’elle et je lui dis en chuchotant.

« … Dieu de l’amour, que fais-tu exactement dans mon château ? »

« Je ne suis pas le dieu de l’amour, compris ? Je suis Karen ! Ça ira si tu m’appelles grande sœur… En fait, n’oublie pas de m’appeler comme ça, as-tu compris !? »

Ce n’est pas du tout une réponse à ma question !

« Je suis si heureuse de te voir après si longtemps ! Hehehehe, hourra ! »

« Gaugh ! »

Elle m’avait soudainement pris dans ses bras. Hé maintenant, tout le monde regarde ! J’avais jeté un coup d’œil sur Yumina et les autres, mais elles semblaient touchées. De leur point de vue, c’était après tout la réunion tant attendue entre un frère et sa sœur bien-aimée. Yae avait même versé quelques larmes. C’était mauvais…

« Alors… vénérable belle-sœur, permettez-nous de partir. Nous veillerons à ce que vous soyez bien nourris ce soir, alors attendez cela avec impatience. »

« Oh mon Dieu ! J’ai hâte d’y être, compris ? »

Je supposais qu’elles voulaient donner aux « frère et à la sœur » le temps de se retrouver. Finalement, il ne restait plus que le dieu de l’amour et moi-même.

« Alors, qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi es-tu descendu dans le royaume des mortels ? »

« N’aurais-je pas dû venir ? »

« Non ! Ce n’est pas ce que j’avais voulu dire, je me demandais pourquoi tu te faisais passer pour ma sœur ! »

« Oh, c’était juste une idée à moi, compris… ? »

La déesse de l’amour s’était allongée sur le canapé avec un petit rire. J’étais épuisé mentalement à ce moment-là, alors je m’étais aussi assis. C’est mauvais… Cette fille n’est pas le genre de personne que je gérais très bien…

« Alors, c’est quoi le problème ? Qu’est-ce que tu fais là ? »

« Hoho... Je suis venue attraper quelqu’un, compris ? »

« Hein ? Tu veux dire tu es venue pour capturer quelqu’un ? »

« C’est vrai ! Nous sommes des dieux inférieurs, mais je suis ici pour capturer un dieu plus bas dans l’échelle ! Un dieu servile, pour être précis ! Le vilain petit bonhomme s’est échappé et est venu ici, compris ? Alors je suis descendue pour le récupérer, compris ? »

Un dieu servile ? Je ne savais pas que vous pouviez être aussi moins que rien.

D’après ce que j’avais compris, les dieux avaient une hiérarchie stricte, les dieux serviles devaient être sûrement placés en dessous des dieux de concepts spécifiques. Celui-ci avait dû s’enfuir et venir dans ce monde pour une raison quelconque.

« Tu as dit qu’il s’était échappé ? Avait-il commis un crime là-haut ou quelque chose comme ça ? »

« Non ! Il n’y a commis aucun crime, compris ? Je ne sais pas pourquoi mon petit chéri est venu ici. Ceci étant dit, venir dans un monde inférieur sans la permission de Dieu est en fait un crime en soi, mais cela devrait ne pas poser de problème tant que le dieu en question n’influence pas le monde avec ses pouvoirs divins. C’est pour ça que je m’inquiète, compris ? »

je pense que tu interfères déjà beaucoup dans un sens plus large… C’est toi qui m’as fait regarder Yumina et les autres quand elles se changeaient !

« Les dieux comme moi peuvent aller et venir sans problème. Si vous voulez que je vous le dise en termes simples, je suis un conducteur avec un permis de conduire parfaitement valide, compris ? Mais un dieu servile n’a pas de licence, et ils n’ont pas de licence temporaire non plus, alors ils sont comme un enfant sur le siège du conducteur ! C’est une situation assez dangereuse, compris ? »

D’un côté, je comprenais ce qu’elle disait, mais en même temps, je ne comprenais pas tout à fait. En fin de compte, je supposais que c’était mauvais de ne pas avoir de licence.

« Alors, pars et attrape ce gars. Je ne veux pas d’ennuis. »

« C’est le plan, bon sang ! Mais je n’ai pas pu sentir son Essence Divine depuis que je suis arrivée ici… Il s’est probablement transformé en quelque chose qui existe déjà ici. »

« Eh ? Transformé ? »

« Ouaip ! Ça pourrait être une personne, un animal, ou peut-être même quelque chose comme un objet ou une plante ! C’est une technique pour se fondre dans la masse. Tant qu’il est actif, l’Essence Divine qu’il émet est inerte, compris ? »

Huh, bizarre. C’est cependant vraiment troublant…

Ce serait une mauvaise nouvelle pour tout le monde si ce dieu commençait à utiliser ses pouvoirs. Un dieu était toujours un dieu, peu importe son niveau. J’espérais qu’il serait arrêté et traduit en justice rapidement. Pourtant, le fait que nous ne savions pas pourquoi il était venu dans ce monde et le fait qu’il se cachait étaient assurément troublants.

« Alors qu’est-ce que tu vas faire pour le trouver ? »

« Dès que ce dieu servile utilisera un seul fragment de son pouvoir divin, je saurai où il se trouve ! Alors, on pourra défaire la transformation avec notre propre pouvoir divin après avoir découvert où il se cache, compris ? »

« Euh, nôtre ? »

Hé hé, n’as-tu pas amené un AUTRE dieu ici, n’est-ce pas ? Je me souviens que le dieu des épées, le dieu de l’agriculture et le dieu de la musique avaient été mentionnés… Maudit soit ce vieil homme négligent !

« Qu’est-ce que tu veux dire ? Je parle de toi, compris ? Tu possèdes un pouvoir magique et divin, idiot. Comment crois-tu que je t’ai trouvé ? Je peux sentir du pouvoir divin en toi aussi bien que je peux le voir très nettement ! »

« Sérieusement !? »

Attends une seconde… Serait-ce l’un de ces changements corporels que j’ai subi ? Je ne suis même pas au courant !

« Je ne pourrai rien faire tant qu’il n’aura pas bougé, compris ? Alors… ceci étant dit… merci de m’avoir invitée ici, petit frère. »

« Attends, tu vas rester ici !? »

Sérieusement ? Eh bien, je veux dire… Je m’inquiète pour ce dieu jusqu’à ce qu’il se révèle, donc l’avoir ici n’est peut-être pas la pire chose… Mais je n’ai pas vraiment confiance en cette fille qui traîne dans les parages !

« Il n’y a pas de problème à ce qu’une sœur aînée puisse vivre chez son jeune frère, compris ? »

« Hm, grande sœur, hein ? Je me demande quel âge tu as… »

J’avais essayé de la taquiner, mais elle avait juste gonflé ses joues et m’avait regardé, ses yeux me lançaient des poignards. Demander son âge me semblait une idée imprudente, alors j’avais décidé de ne pas la brusquer, de peur qu’elle ne me jette dans un enfer vivant.

« Quoi qu’il en soit, appelle-moi Sissy-wissy. Ce sera vraiment bien, compris ? »

« … Pas question que je t’appelle comme ça. »

« Si tu ne le fais pas, je pourrais accidentellement dire à Yumina et aux autres que tu es venu me demander de l’aide pour résoudre tes problèmes amoureux… compris ? »

« Ah, s’il te plaît, accepte mes excuses, Sissy-wissy… »

Maudite soit-elle... Était-ce là le pouvoir légendaire d’un dieu en action ? L’appeler… c’était beaucoup trop embarrassant, alors je lui avais fait faire un compromis pour qu’elle accepte que je l’appelle Sœur. La déesse de l’amour… ou plutôt, Karen, semblait un peu déçue, mais elle avait accepté mes conditions.

Je me demandais cependant ce qui se passait dans la tête du vieil homme quand il l’avait affectée à ce travail. Je ne savais pas si c’était la bonne personne pour ça.

Le repas de ce soir-là n’était rien de moins qu’extravagant. Créa avait clairement mis tout en œuvre pour faire un grand festin.

Mais alors… pendant le dîner, il s’était passé quelque chose qui m’avait mis mal à l’aise. Elles avaient commencé à lui demander des conseils en amour. C’était une pro, après tout… Non, au-delà de ça, vraiment… mais ça ne l’avait pas rendu moins désagréable à supporter pendant mon repas. Yumina et les autres commencèrent à lui poser des questions, une par une.

« Touya est le genre de personne qui est fondamentalement gentil, compris ? Du point de vue d’une femme, cela peut cependant être un peu cruel… Elles verront peut-être cela comme le fait qu’il les drague ou qu’il montre de l’intérêt alors qu’en réalité, ce n’est qu’une âme douce… Ce serait grave si elles comprenaient mal ses intentions, compris ? »

« Mais ça ne veut pas dire qu’il ne nous aime pas particulièrement non plus ? Il nous traite toutes si gentiment, mais toujours de la même manière… », murmura Linze.

« Non non, ce n’est pas le cas… Il vous considère toutes comme des êtres précieux, compris ? Mais c’est à vous, les filles, de décider comment les choses doivent progresser. Il n’est pas du genre à se débrouiller seul, alors c’est vous qui devez gentiment le pousser. »

« Il faut donc qu’on soit plus agressives ? », avait demandé Elze.

« Avec modération… Il ne s’énervera que si vous attaquez trop fort, compris ? Touya est le genre de garçon qui devient très timide très facilement. »

« Alors, quelle distance est suffisante… ? »

« La première chose à faire, c’est le contact physique… C’est bien de s’étreindre, de s’embrasser et de se tenir la main, compris ? Il est souvent essentiel de se débarrasser lentement de sa timidité en faisant ce genre de choses. Ça finira par devenir une seconde nature, compris ? Mon Dieu, vous devez toutes avoir du mal, hein ? Quelles filles inexpérimentées vous êtes... C’est trop mignon. »

« Qu’en est-il de la séduction… ? », demanda Yumina.

« Faites attention jusqu’où vous allez, là… Trop de vilaines choses peuvent finir par lui donner de la fatigue mentale… Commencez par porter des jupes plus courtes pour le taquiner… Mais seulement devant Touya ! Si quelqu’un d’autre jette un coup d’œil à votre culotte, il détestera ça à coup sûr ! »

« Je vois… C’est très intrigant… », marmonna Yae.

S’il vous plaît, mettez fin à tout ça, je vous en supplie ! Qu’est-ce que c’est que cette conversation éhontée !? Ce n’est plus un conseil romantique ! J’avais regardé autour de la table et j’avais remarqué que Renne écoutait aussi attentivement. Pendant ce temps, les hommes à table me regardaient avec des yeux solennels. Ils semblaient comprendre à quel point j’avais la vie dure.

J’ai honte en ce moment, allez ! Sortez-moi de là ! Et c’était ainsi que l’une des pires personnes possible était devenue ma sœur aînée.

***

Partie 3

« Attends, Yulong a déclaré la guerre ? »

« C’est exact, oui. Ils ont déclaré la guerre à leur nation voisine, le royaume d’Hannock, et prévoient actuellement de lancer une offensive. »

Lorsque Tsubaki m’avait remis son rapport, j’avais sorti mon smartphone et j’avais bien observé les régions environnantes de Yulong.

Le royaume d’Hannock était situé à l’ouest de Yulong et à l’est un grand fleuve servait de frontière avec Regulus. Sur la carte, je pouvais voir que le territoire qu’ils contrôlaient était plus horizontal que vertical.

« Lancez la recherche. Affichez les armées de Yulong en rouge, et celles d’Hannock en bleu. »

« Compris. Affichage. »

C’était de cette manière que j’avais pu tout voir. Elles avaient été séparées par un code de couleur distinct.

Ma magie de recherche était dans tous les cas une manière pratique de collecter des informations. Cela ne pouvait pas être utilisé sur les personnes qui dissimulaient leurs traits ou changeaient de vêtements, comme les agresseurs masqués de l’autre jour, mais il était assez facile de chercher des concepts généraux et des lieux.

On n’avait pas non plus trouvé une seule trace de ces masques noirs. J’avais pensé qu’ils s’étaient fait sauter jusqu’à la dernière extrémité afin d’empêcher toute possibilité d’identification.

Selon la carte, l’armée de Yulong possédait deux camps sur le territoire d’Hannock. Il y avait un autre grand bataillon de l’armée de Yulong qui se dirigeait vers les deux camps. Je m’étais dit que c’était probablement une unité de ravitaillement. Quoi qu’il en soit, la situation semblait être en faveur de Yulong. Ils avançaient avec une armée puissante.

« Pourquoi la guerre a-t-elle éclaté ? »

« La position officielle de Yulong est que Hannock était à l’origine un territoire de Yulong, et que les réfugiés s’y sont installés et ont créé leur propre royaume il y a de nombreuses années sans autorisation appropriée. Ils disent que ce n’est pas une guerre, c’est juste une récupération de leur territoire. »

« … Est-ce comme ça que ça marche ? »

« C’est comme ça qu’ils disent que ça marche. On dit que Yulong a prospéré depuis des temps immémoriaux. Ils prétendent que Yulong est un empire qui existe depuis 7000 ans. C’est une tradition orale là-bas. »

7000 ans ? C’est de la folie. Même l’Égypte n’a une histoire vieille que de 5000 ans, n’est-ce pas… ? Je pouvais comprendre qu’ils essayaient de reprendre leur territoire ancestral, mais c’était maintenant devenu un autre pays où les gens vivaient en paix. Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander pourquoi ils avaient maintenant choisi de le récupérer. Et je ne comprenais pas tout à fait non plus les traditions orales. Je m’étais tourné vers Cesca, qui se tenait à mes côtés, et je lui avais parlé d’une voix calme.

« … Hey, euh, il y a 5000 ans… y avait-il un pays appelé Yulong ? »

« Non. Je n’ai jamais entendu parler de ça. Toutes les nations humaines avaient été ravagées par la Phase et rendues inhabitables lors de leur assaut final. »

Hmhmhmhm… Donc les 7000 ans de tradition dont Yulong est fier n’ont pas l’air d’être si légitimes après tout. Si je devais me hasarder à deviner, je dirais que certaines personnes influentes ont commencé à raconter une histoire cool sur leur origine et l’ont diffusée aux générations futures comme étant la vérité. Mais si c’était le cas, cela remettrait en question toute l’histoire d’Hannock… Je ne peux pas discréditer tout ce que dit Yulong sur ce sujet. Ils croient probablement ce genre de choses parce qu’on leur a enseigné cela pendant des générations.

« Si vous voulez mon avis, la guerre a commencé avec des prétextes. Au cours des dernières années, Hannock a découvert de nouvelles ressources de minerai. Ils sont devenus beaucoup plus puissants économiquement grâce à leurs réserves de mithril et d’orichalque. À mon humble avis, c’est cette richesse qui est à l’origine de leur conflit avec Yulong. »

Attendez, ont-ils déclaré la guerre uniquement pour mettre la main sur les minerais ? Yulong ne voit sûrement pas ça comme une prime à réclamer, n’est-ce pas… ? Bien que cela s’additionne… Ne m’ont-ils pas attaqué l’autre jour pour mettre la main sur les Frame Gears ? Sont-ils du genre à injecter de l’argent pour renforcer leurs armées, pour piétiner l’ennemi, afin d’utiliser leurs ressources et leur technologie pour renforcer leur propre puissance ?

« Une guerre, c’est une première pour moi… Décris-moi la situation à l’heure actuelle ? »

« En termes de puissance militaire brute, Yulong a l’avantage. Si ça continue comme ça, Hannock sera probablement détruit. Il leur serait possible de renforcer leurs troupes en utilisant les fonds provenant de leurs mines de minerai, mais la différence de force entre Hannock et Yulong est trop grande pour qu’il s’agisse d’une bataille équitable. »

S’ils détruisaient Hannock, Yulong s’en prendrait-il aussi à Regulus ? Ce ne serait certainement pas une bonne nouvelle…

Ceci, couplé à l’attaque sur Brunhild l’autre jour, ne me donnait pas de Yulong une très belle image. Bien qu’il n’ait pas été confirmé qu’ils étaient les agresseurs. J’avais donc réservé mon jugement.

« Le royaume de Hannock entretient-il de bonnes relations avec Regulus ? »

« Ils sont associés, mais pas alliés. Ils entretiennent dans tous les cas une relation amicale. En ce qui concerne la guerre actuelle, toutefois, Régulus n’interviendra pas. Ils peuvent fournir de l’aide sous forme de nourriture ou d’armes, mais pas grand-chose d’autre. »

Hmph… Si ça continue comme ça, la guerre se prolongera. Et même là, si Hannock n’a plus de soutien, il ne sera pas difficile pour Yulong de gagner cette guerre.

C’est une guerre étrangère, sans rapport… Cela n’a rien à voir avec moi… Si je peux penser avec cet état d’esprit, les choses seraient plus faciles.

Beaucoup de gens vont mourir… Mais je ne suis pas un humanitaire, j’ai mes propres affaires à régler… Mais je ne peux m’empêcher de me sentir mal à l’aise quand j’imagine la mort de ces gens, qu’ils me connaissent ou non.

Je ne savais pas si c’était de l’hypocrisie ou de l’héroïsme.

Mon défunt grand-père m’avait dit un jour : « Mieux vaut être hypocrite que spectateur ! », mais aussi « Si tu te lèves et que tu te vois comme étant un singe, autant l’être ! »

Et honnêtement ? Je ne voulais pas être un singe.

« Oh, je viens de m’en souvenir. N’y avait-il pas des membres de notre ordre de chevalier issus de Yulong ou d’Hannock ? »

« Nous n’avons personne de Yulong dans nos rangs. Cependant, il y a un soldat qui est né à Hannock. »

« Appelle-le ici. Je veux lui parler. »

« Comme vous voulez. »

Tsubaki quitta rapidement la pièce.

S’il était d’Hannock, il avait peut-être de la famille là-bas… Si ce pays allait bientôt être détruit, il valait mieux les amener ici à Brunhild.

« Chevalier Paolo au rapport, monsieur ! »

Le chevalier que j’avais appelé s’inclina devant moi et se tint à genoux. C’était un jeune homme aux cheveux courts et auburn. Je l’avais vu plusieurs fois ici et là. Si je me souvenais bien, il était rapide sur ses pieds, mais pas particulièrement doué pour le maniement de l’épée. Quoi qu’il en soit, il était diligent, alors Nikola avait remarqué ses capacités de temps en temps.

Apparemment, il était à l’origine un aventurier à temps plein, et il était venu ici pour s’inscrire après avoir vu un prospectus de recrutement.

« Paolo, tu viens d’Hannock, oui ? Où se situe exactement ta ville natale ? »

« Euh… Ah, eh bien. Je suis né dans un petit village nommé Quint, qui se trouve dans la région est d’Hannock. Pourquoi me demandez-vous… ? »

Quint Village… J’avais sorti ma carte et j’avais affiché l’emplacement.

Oh, ce n’est pas bon. L’armée de Yulong est vraiment proche de ce village… Vont-ils conquérir ce village et s’en servir comme base d’opérations ? La plupart des forces de Yulong foncent vers la capitale d’Hannock, mais il y a une petite unité qui se dirige vers Quint… Essaient-ils de faire une attaque en tenaille ou quoi ? Qu’ils détruisent l’armée ou non, ils ne tueront pas les villageois. Mais cela ne veut pas dire qu’ils n’accepteront pas des provisions et des fournitures diverses… Le tout est de savoir si les villageois les donneront pacifiquement ou non.

« Euh, désolé… Qu’est-ce que c’est ? »

Paolo m’avait regardé, et on voyait à son visage qu’il était anxieux. Il regardait alternativement moi et la carte, puis il m’avait montré l’emplacement de sa ville sur la projection.

« Les nouvelles ne sont pas encore officiellement connues, mais… Yulong a déclaré la guerre à Hannock. »

« Qu’est-ce que vous dites !? »

Paolo s’était tenu droit, clairement choqué. Il était vraiment anxieux, de la surprise et un pincement d’horreur étaient peints sur son visage.

« Voici le village de Quint… Et les marques rouges ici représentent les forces armées de Yulong. On dirait qu’ils atteindront Quint demain matin. »

« Mais… »

Paolo regarda ma carte, il était mi-horrifié et mi-stupéfait.

« Tant que les villageois n’agissent pas imprudemment, je suis sûr que tout ira bien, mais… »

« … Non, vous ne comprenez pas. Tout le monde à Quint, ma famille… et mes amis… Ils vont tous mourir, ou pire. Les hommes seront massacrés, et les femmes et les enfants seront à tous les coups mis en esclavage ou bien traité comme des jouets… ! »

« Quoi !? »

Attendez une seconde… Il plaisante, non ? C’est une armée régulière, non ? S’ils se comportent comme des voleurs, ce ne seraient que des criminels de droit commun. Ils ne peuvent pas s’en tirer comme ça, n’est-ce pas ?

« L’armée de Yulong est tristement célèbre pour son comportement odieux, Sire… Quand ils envahissent un autre pays, ils sont autorisés à piller comme ils en ont envie. Ils peuvent prendre les armes et les armures des ennemis déchus, ils peuvent prendre l’argent et les bijoux qu’ils trouvent dans les maisons des gens… Ils peuvent même revendiquer la propriété des femmes qu’ils capturent… C’est pour cette raison que l’armée de Yulong a un moral parmi les plus élevés du monde. »

Il n’est pas sérieux, non… S’ils agissent comme ça, ils feront en sorte que les gens du coin les détestent ! S’ils envahissent pour s’approprier la terre, alors qu’est-ce qu’ils préparent ?

***

Partie 4

« Il y a une vingtaine d’années, il y avait un pays appelé Zaram entre Hannock et Yulong… Il a été sauvagement détruit par les forces de Yulong. Il y a eu de nombreux rapports de pillages et de viols pendant cette période. »

Peu importe les circonstances de la guerre, les soldats n’avaient pas besoin d’aller aussi loin !

Selon Tsubaki, Yulong avait un système de castes solide, et votre statut social était déterminé par un détail simple, que vous soyez ou non un Yulongnais d’origine. Leur xénophobie était extrêmement forte et ils considéraient les étrangers comme des êtres inférieurs.

L’esclavage était aussi apparemment courant à Yulong, tout comme à Sandora. Mais ils n’utilisaient pas de colliers. Au lieu de cela, ils marquèrent les esclaves avec des tatouages spéciaux.

« Il est probable que le village de Quint sera complètement ravagé, tout comme Zaram l’était avant… Gh… Milord, je suis désolé de vous parler comme ça, mais… Je vous en supplie ! S’il vous plaît, utilisez votre pouvoir pour sauver mon village ! »

Paolo s’agenouilla de nouveau, s’inclinant et criant vers moi.

« Bien sûr. »

« Milord, je sais… Je sais à quel point c’est impoli, mais je vous en prie, s’il vous plaît! Donnez vos plus honorables considérations pour sauver mon… Attendez… »

Paolo leva la tête, abasourdi.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? J’ai dit que je le ferais, non ? La seule raison pour laquelle je t’ai appelé ici, c’était pour t’aider. »

Le plan initial était d’évacuer la famille de Paolo. Je me suis dit que ce serait un travail assez facile, et je ne m’attendais pas vraiment à ce que le village soit vraiment en danger…

« Je ne sais pas s’ils me croiront même si je leur explique tout ce qui va se passer, alors pourrais-tu venir au village avec moi ? »

« Oui monsieur, bien sûr ! »

J’avais utilisé [Rappel] pour recevoir les souvenirs de Paolo de Quint, et nous nous y étions immédiatement rendu par une [Porte].

Il n’y avait que nous trois. Moi-même, Tsubaki et Paolo.

J’avais ouvert les yeux pour voir un petit village, beau et paisible.

« Est-ce bien le village de Quint ? »

« Oui, oui, c’est… C’est à tous les coups ici que je suis né. Votre magie est incroyable… Pour aller si loin, si vite… »

Paolo avait fait un visage abasourdi devant son entourage, mais il semblait soulagé.

Un jeune homme, qui ressemblait à un fermier, nous avait appelés.

« Paolo ? Hein, c’est toi, Paolo ? »

« Nom d’une vache ! Lent ? Ça fait une éternité, mec ! »

Paolo courut vers le jeune fermier. Ils semblaient être des amis, ou du moins des connaissances.

« C’est quoi cet accoutrement ? Tu l’as volé à un mort ou quoi ? »

« Espèce d’abruti ! Je suis un chevalier de Brunhild, mon frère. Je n’ai rien volé du tout. Je suis un soldat certifié d’un grand-duc ! »

« Whoa, pour de vrai ? »

Paolo avait fièrement agité son pouce vers son armure de Mithril. J’avais remarqué que sa façon de parler avait changé assez rapidement. Il avait l’air beaucoup plus décontracté et confiant en lui-même.

« Pfft. Tu étais célèbre pour ta manière de t’enfuir si rapidement. Tu t’en sors bien dans ton nouveau travail avec ces compétences, wahahaha… »

« Heh, peut-être, peut-être, peut-être… Attends, on n’a pas le temps de plaisanter ! Yulong et Hannock sont en guerre l’un contre l’autre ! »

Le visage de Lent s’était soudainement assombri à la proclamation de Paolo.

« Oui, nous le savons… Tout le monde ici est inquiet. On devrait s’en sortir puisqu’on est loin de la route principale, mais si la capitale tombe et que Yulong prend le pouvoir, nos vies changeront radicalement… »

« Non, ce n’est pas ça ! L’armée de Yulong arrivera d’un moment à l’autre ! Ils seront là avant demain matin ! »

« Qu’est-ce que tu racontes !? C’est impossible ! Il n’y a aucune raison pour eux d’attaquer un petit village comme celui-ci… Nous n’avons presque rien à manger ou à donner. »

C’était comme je m’y attendais. L’armée en route vers le village était une force détachée, probablement dans le cadre d’une stratégie plus vaste. Tandis que les deux forces principales s’affronteraient sur la route, Yulong avait des armées de soutien qui feraient tout le tour… probablement.

« Conduis-nous au chef du village. Son Altesse nous aidera ! »

« Euh, Son Altesse ? »

« Je te l’ai dit, je travaille maintenant pour un pays, le Duché de Brunhild. Cet homme est le grand-duc lui-même ! »

« Euh, salut… »

Paolo avait fait plusieurs mouvements exagérés de la main en me présentant. Cependant, ses actions avaient été trop soudaines, alors j’avais fait un petit signe de tête.

Lent cligna lentement des yeux, puis se tourna vers Paolo avec inquiétude.

« Paolo… Est-ce que ça va ? »

Comme je m’y attendais, il ne m’avait pas cru. J’avais commencé à envisager sérieusement la création d’une couronne que je devrais porter dans de telles occasions.

D’une façon ou d’une autre, nous avions fini par obtenir de Lent qu’il nous conduise au chef du village. Je n’avais pas été trop surpris qu’il ait douté de nous. Cela faisait après tout beaucoup de choses à digérer.

Quand je sortais, je m’habillais généralement en aventurier, car il était plus facile pour moi de passer inaperçu. En plus, porter des vêtements royaux voyants n’était pas vraiment mon truc. Franchement, ce truc m’avait mis mal à l’aise.

Nous avions rencontré le chef du village, mais il ne nous avait pas crus non plus. Il avait accepté le fait que j’étais le chef de Brunhild, mais il n’arrivait pas à croire que l’armée de Yulong se dirigeait par ici.

J’avais utilisé [Lévitation] en même temps que [Vol] pour amener le chef en l’air avec moi. Puis, j’avais volé vers les forces qui s’approchaient.

Nous regardions depuis le ciel, ce qui nous donnait une vue dégagée de l’armée de Yulong qui arrivait. Il y avait beaucoup de soldats. Je parierais qu’il y en avait environ 5000. À leur vue, le chef du village frissonna et gémit. Je ne savais pas si c’était à cause du choc où à cause d’un vertige.

Nous avions atterri, et j’avais utilisé [Porte] pour le renvoyer au village. Je lui avais demandé de parler aux autres villageois pendant que je volais dans les environs.

J’avais sorti ma carte et j’avais noté mes observations. Il y avait la force principale sur la route principale et une unité détachée qui se dirigeait vers le village, mais il y avait aussi une autre unité séparée derrière l’unité principale. J’avais supposé qu’il s’agissait de l’unité de réapprovisionnement, mais elle contenait un grand nombre de soldats.

J’avais regardé les forces d’Hannock, et elles faisaient pâle figure en comparaison. Il n’y avait pas beaucoup de troupes qui ne faisaient pas déjà partie du groupe principal. J’avais fait un zoom arrière sur la carte et j’avais vu une autre force venant de derrière l’armée principale d’Hannock. On aurait dit des renforts venant de la capitale d’Hannock. Selon mes estimations, il leur faudrait environ deux jours pour atteindre les forces principales. Ils semblaient vouloir tenir la ligne de front…

Que devrais-je faire à ce sujet... J’ai besoin d’une cause juste si je veux interférer dans une guerre étrangère. Je préférerais que l’armée de Yulong batte en retraite, mais cela ne mettra pas fin à la guerre. Ils reviendront, c’est tout. Ce serait plus facile s’ils attaquaient Brunhild… Je pourrais alors… Oho, attendez… Oui… C’est exact… ! Il y a certainement ce moyen…

J’étais descendu au sol et j’avais ouvert une [Porte] vers l’Empire Regulus, et plus précisément dans le palais de l’Empereur. Se présenter soudainement devant le roi de Hanock ne serait pas une bonne idée, alors j’avais décidé de me faire présenter par l’empereur de Régulus.

Après avoir appris que l’empereur de Régulus me soutenait, le roi de Hanock accepta ma proposition. Le royaume d’Hannock allait être détruit et il ferait partie de Yulong, alors il avait accepté mon idée farfelue parce que c’était le seul moyen de sauver son peuple.

D’accord, j’ai la signature du roi… Après avoir obtenu ce qu’il fallait, je quittai le château avec l’empereur de Régulus.

« Bonté divine, tu as vraiment fait quelque chose d’incroyable… »

« Ce n’est qu’une mesure temporaire. Quand tout le monde sera en sécurité, je m’en débarrasserai. »

L’empereur me parla avec incrédulité, secouant la tête en regardant la paperasse.

« Eh bien, Touya. Honnêtement, ça ne me dérange pas vraiment… Je suis content que cette stupide guerre se termine avant qu’on doive envoyer plus de vivres. »

Je ne savais pas si ça se passerait bien, mais il n’y avait qu’un moyen de le savoir. J’avais décidé d’aller jusqu’au bout de mon plan.

« Comment ça, n’a-t-on pas besoin de s’abriter… ? »

« Effectivement. Je vais chasser tous les soldats Yulong d’Hannock. »

J’avais montré les documents du roi à Paolo, qui m’attendait au village. Il ouvrit grand les yeux. Il était en état de choc en le lisant, bien que je sois sûr qu’il ne pouvait pas tout comprendre.

« C’est… Vous êtes sérieux !? »

« Bien sûr que oui. Tu peux y voir la signature du roi, n’est-ce pas ? Le sceau national d’Hannock y est aussi estampillé. »

Tsubaki avait jeté un coup d’œil par-dessus, elle regarda le document les yeux écarquillés.

« Je suis content d’avoir l’approbation du roi, mais… vu la situation, le pays va bientôt tomber entre les mains de Yulong… », marmonna Tsubaki, qui ne semblait pas bien comprendre le plan. Bon sang, qu’est-ce qu’il pouvait être idiot !

« Hé, Tsubaki. Retourne au château et donne les ordres suivants à Kousaka et à l’ordre de chevalier. Pendant ce temps, je chasserai l’armée Yulong de l’intérieur des terres d’Hannock. »

« Vous allez les chasser… ? »

J’avais ouvert une [Porte] pour renvoyer Tsubaki à Brunhild, ignorant complètement un Paolo totalement sidéré.

Puis, j’étais monté dans les airs avec [Vol] et je décollais. Quelques instants plus tard, j’étais dans la capitale de Yulong, Shenghai.

L’endroit ressemblait un peu à ce que je m’imaginais après avoir vu ces types masqués. C’était dans l’ensemble un décor typiquement oriental. J’avais remarqué un énorme bâtiment que j’avais supposé être le palais royal. Je voyais des tuiles écarlates partout et des murs blanchis à la chaux. Il y avait aussi des feuilles d’or un peu partout. Des sculptures en or d’animaux étaient également enchâssées dans des piliers.

C’était flashy… C’était déraisonnablement brillant, comme l’incarnation même du mauvais goût. Cela avait probablement été fait en utilisant les impôts des gens… Si ce genre de chose était au Japon, je n’avais aucun doute que tout le monde le détesterait. C’était juste une intuition, mais j’avais le sentiment que seule la capitale était aussi belle.

Très bien, je ferais mieux d’y retourner.

J’avais utilisé une [Porte] pour retourner dans le ciel au-dessus d’Hannock, tout en surveillant l’armée Yulong là-bas.

« Carte, Affichage de tous les militaires Yulong présents sur le territoire d’Hannock. »

« Bien reçu. Affichage. »

Avec quelques petits bruits de ping, les points rouges sur ma carte montraient la présence militaire de Yulong à Hannock.

« [Multiplication]. Blocage de la cible. »

« Compris. Cibles verrouillées. »

Naturellement, mes cibles étaient tous les soldats Yulong d’Hannock.

« Invocation d’une [Porte] sous les pieds de chaque soldat Yulong. »

« Compris. Invocation de la [Porte]. »

Avec cela, les points rouges signifiant la présence militaire de Yulong à Hannock commencèrent à s’éteindre, petit à petit.

Les soldats de Yulong commencèrent alors à apparaître les uns après les autres à l’intérieur du palais royal. Et voilà, cher empereur céleste. Profitez bien de vos soldats.

Après m’être assuré que chaque soldat de Yulong était bien parti d’Hannock, j’avais franchi une [Porte] et j’étais arrivé à la frontière entre les deux nations. Le vrai travail était sur le point de commencer…

***

Partie 5

« Qu’est-ce que c’est que ça !? »

J’avais entendu une voix venant d’en bas. Il n’était pas surprenant qu’ils aient été choqués. Ils avaient été téléportés jusqu’à leur capitale sans aucune explication, puis ils avaient refait un voyage de dix jours pour tenter à nouveau l’invasion… pour ensuite trouver un énorme mur le long de la frontière d’Hannock.

De plus, le drapeau au sommet du mur n’était pas l’élan national d’Hannock, mais la glorieuse servante au bouclier de Brunhild.

L’homme à cheval, probablement le général de Yulong, m’avait crié dessus. J’étais debout sur le mur à côté du drapeau.

« Qu’est-ce que ça veut dire !? »

« Ah, mes chers soldats de Yulong, je me vois au regret de vous informer que votre long voyage va devoir être annulé. Cette terre appartient maintenant au Duché de Brunhild, vous voyez… Je ne peux pas laisser quelqu’un le traverser sans mon autorisation. »

J’avais fait face à l’armée confuse et j’avais projeté une image agrandie de certains papiers pour qu’ils puissent tous le voir.

« Qu’est-ce que… Non, ce n’est pas possible… ! »

C’était un papier approuvant le transfert d’un morceau de territoire d’Hannock à Brunhild. Le territoire s’étendait sur un kilomètre le long de la frontière entre Hannock et Yulong. En d’autres termes, le territoire limitrophe du Yulong n’était plus celui de Hannock, mais une extension du territoire de Brunhild.

Donc si l’armée de Yulong voulait envahir Hannock, ils devraient traverser la terre de Brunhild. Et nous n’avions absolument aucune intention de les laisser passer.

« Oh, juste au cas où vous voudriez vérifier, je vais vous en épargner la peine. Ce mur s’étend sur toute la frontière. »

Je l’avais fait. En utilisant l’atelier, la magie de terre et six jours d’efforts, j’avais reconstruit une certaine « grande muraille » de mon ancien monde. En fait, il était un peu plus haut que celui présent sur Terre.

Le mur mesurait environ un kilomètre de large, il s’étendait sur tout le long de la frontière. C’était à peu près aussi vaste que le territoire Brunhild lui-même, en fait.

« C’est idiot ! On va détruire ton misérable mur ! Chargez, messieurs ! »

Sur ordre de leur général, les soldats de Yulong foncèrent contre le mur.

Wôw, ils le font vraiment… C’est peut-être ma façon de penser, mais ne devriez-vous pas au moins parler à votre empereur avant de déclarer la guerre à un autre pays ? Il est tout aussi possible qu’ils ne me croient pas. Je m’en foutais de toute façon.

L’armée de Yulong s’approcha du mur et commença à l’escalader… Cependant, ils ne purent pas aller bien loin. Dès qu’ils commencèrent à grimper, le sol s’était ouvert et les avait engloutis.

« Whuh !? »

Les soldats qui étaient entrés en contact avec le mur avaient tous commencé à disparaître. Tout le monde derrière eux s’était arrêté de marcher, apparemment surpris.

J’avais mis en place le système suivant : une fois le mur touché, une [Porte] s’ouvrait sous leurs pieds, les renvoyant sains et saufs à Shenghai, en plein cœur du palais royal. Ce n’était pas comme si je leur devais une explication.

Les soldats avaient adopté une approche différente, ils commencèrent à tirer des flèches sur moi. Elles tombèrent toutes en quelques secondes à plat. J’avais enchanté le mur avec de la magie du vent d’une telle manière qu’elle repousserait les flèches entrantes, mais permettrait aux flèches sortantes de passer à travers sans problème.

« Oh, voici un petit avertissement. Vous feriez mieux de ne pas lâcher de sort magique. Toute magie offensive que vous tirerez sur le mur sera téléportée directement dans votre capitale. »

J’avais décidé de leur donner un avertissement, car j’avais vu quelques mages dans la foule lever leur bâton. En écoutant mes paroles, ils avaient baissé leurs armes. Je ne savais pas s’ils me croyaient, mais ils n’allaient pas prendre le risque.

Mais je disais la vérité. N’importe quelle magie lancée sur le mur l’aurait traversé et aurait fini à Shenghai. En plein milieu de la capitale, en plus.

« Maintenant, je vais le dire une fois. Rentrez chez vous. Tout nouvel acte d’agression sera considéré comme une déclaration de guerre officielle. »

J’avais claqué des doigts et une [Porte] s’était ouverte dans le ciel. Dix Chevaliers en tombèrent, atterrissant juste devant le mur avec un impact écrasant. Enfin, deux Chevaliers Barons noirs et un Comte Brillant blanc étaient également descendus du ciel.

Nos vice-commandants, Norn et Nikola, étaient dans les Chevaliers Barons, tandis que Lain était dans le Comte Brillant. Le noir et le blanc étaient identiques sur le plan fonctionnel, mais le Comte Brillant avait juste une peinture différente. Je l’avais peint d’un blanc pur et brillant. Je m’étais dit que ce serait mieux comme ça, puisque le commandant devait avoir l’air unique.

« Qu’est ce que… Non… Quoi !? »

Le général Yulong était tombé de son cheval, qui se débattait et paniquait à cause des secousses soudaines. Le cheval avait quitté son maître et s’était enfui vers les collines.

« Si vous voulez nous engager dans une bataille, alors l’ordre des chevaliers de Brunhild sera votre ennemi. »

À mes mots, tous les Frame Gears avaient dégainé leurs épées et les avaient plongées dans le sol. Cela suffisait pour que toute l’armée ennemie perde complètement le moral.

« Retraite ! Dégagez d’ici ! »

« Mettez-vous à l’abri, ils vont nous écraser ! »

« Uwaaaah ! »

Toute l’armée de Yulong s’était dispersée assez rapidement.

Les gars, si vous voulez être en sécurité, touchez mon mur… Vous serez de retour à Shenghai en quelques secondes, ahahahaha !

Alors que je regardais l’armée en déroute, l’écoutille de la poitrine du Frame Gear noir à mes côtés s’ouvrit. Le vice-commandant Norn s’était penché en avant, attirant mon attention.

« Hé patron… On peut défendre les routes terrestres de cette façon, mais ne peuvent-ils pas envahir Hannock par la mer ? »

« Ce sera très bien aussi. J’ai convoqué dix krakens dans les mers autour d’Hannock comme défense supplémentaire. Je leur ai dit d’attaquer uniquement les vaisseaux de guerre, donc ça devrait aller. »

« Wowee… C’est plutôt méchant… »

Qu’est-ce que tu voulais dire !? C’était juste une précaution de base. Au moins, je n’avais pas à m’inquiéter d’éventuelles attaques aériennes.

Il ne me restait plus qu’à vérifier l’état des choses. J’avais posé l’appât, alors je n’avais plus qu’à attendre. Si les agresseurs de l’autre jour venaient de Yulong, ils utiliseraient ça comme une nouvelle chance. Je m’attendais à de nouveaux mouvements de leur côté assez rapidement.

Il ne restait plus qu’à mettre la touche finale.

***

Partie 6

Tout ce à quoi je m’attendais avait fini par arriver.

Nous avions reçu une lettre officielle de Yulong. Le texte était assez long, mais voici ce qu’il disait :

« Ce territoire était à l’origine le nôtre, alors rendez-le-nous immédiatement. Vous n’avez pas le droit d’y construire un mur. Si vous n’obtempérez pas, vous serez sûrement la risée du monde, et votre attitude misérable sera exposée. En compensation des ennuis que vous nous avez causés jusqu’à présent, nous serons heureux d’accepter plusieurs de vos guerriers géants. Ce que vous appelez “Frame Gears”. Il est extrêmement éhonté d’utiliser ces armes, car elles avaient été créées à l’origine par les ancêtres de Yulong, il y a de cela des siècles. Ayez un peu d’humilité et remettez-nous notre technologie légitime, insolent voleur. »

« Ils ont un sacré culot de dire ça… »

« Ils essaient juste de se justifier. Ils ont l’air d’aimer ce genre d’histoires tordues », avait répondu Kousaka avec un petit haussement d’épaules et un sourire ironique.

Nous étions tous les deux dans une tour de garde sur la Grande Muraille.

La Grande Muraille entre Yulong et Hannock avait naturellement aussi un côté faisant face à Hannock. Il n’y avait cependant aucun piège ou de contre-mesures de ce côté-là. Sa structure était la suivante : le territoire de Hannock à l’ouest, puis le côté ouest du mur, puis le territoire de Brunhild, puis le côté est du mur faisant face au territoire de Yulong.

Je pensais que je donnerais le tout à Hannock une fois que la situation se serait calmée. Je leur donnerais aussi la Grande Muraille.

Cela ne me dérangeait pas vraiment parce que ce n’était pas comme si c’était un mur qui m’avait coûté beaucoup. Mais il faudrait que j’enlève les pièges.

« Alors, que devrions-nous leur envoyer en réponse ? »

« Oeil pour œil, dent pour dent. Impossible qu’ils puissent nous battre par la force brute, mais ils pourraient essayer. En fin de compte, je suis leur ennemi. Si on en arrive là, je me battrai contre Yulong moi-même. »

« … C’est incroyable, vraiment… Je ne peux même pas rire parce que je sais que vous ne plaisantez pas. Vous feriez un tyran magnifique, Votre Altesse. »

Je ne pouvais pas nier que j’étais égoïste de temps en temps. Je ne voulais même pas posséder mon propre pays pour commencer… J’aurais honnêtement été heureux avec une simple maison ayant un grand jardin. Je ne voulais pas me retrouver avec des responsabilités nationales.

Je n’étais même pas doué pour percevoir les impôts ou d’autres choses comme ça. Je payais de ma poche l’ordre de chevalier et mes servantes, plutôt que de leur faire percevoir de l’argent public.

La moitié de l’argent que j’avais reçu d’Olba avait été dépensé pour les matériaux des Frame Gears, et l’autre moitié était plus que suffisante pour couvrir mon personnel. Si je devais décrire mon ordre de chevalier, je ne pourrais pas la considérer comme une armée nationale. Cela ressemblait plus à une milice privée.

Pourtant, même si Yulong faisait la guerre contre nous, ils ne feraient que me cibler comme un ennemi.

« Tyran ou non, je suis conscient de ce que je suis. En plus, ça fait un moment que je dis ça, mais… ne devrais-tu pas être le grand-duc à ma place, Kousaka ? »

« Je dois refuser. Je crois honnêtement que si je reste à vos côtés, je pourrais vivre tout en vous voyant conquérir le monde entier. »

« Cependant, je n’ai pas l’intention de conquérir le monde… »

« Cela n’a pas vraiment d’importance. Souvent, les hommes se retrouvent dans des situations qu’ils n’avaient pas prévues une fois que cela est déjà arrivé. »

Il n’avait pas tort. Je serais capable de conquérir le monde assez facilement avec la puissance combinée de Babylone et de mes Frame Gears. Mais en toute honnêteté, je ne voulais pas faire ça. Je n’aurais fait que supprimer le monde entier avec une force écrasante.

J’aurais préféré que Yulong m’écoute et se retire.

Quelqu’un avait frappé à la porte. Après quelques instants, Tsubaki entra dans la pièce.

« Mon seigneur… Nous avons capturé un espion de Yulong. »

« Un de ces types masqués ? Bon travail. As-tu tiré quelque chose de lui ? »

« Nous l’avons soumis avec des poisons paralysants qui sont un peu plus faibles que votre sort [Paralysie]. Flora-dono nous a donné un sérum de vérité, donc on l’a interrogé avec ça. »

Qu’est-ce que tu leur as donné, Flora… ? Je suis sûr que cela ira puisque c’est un médicament de Babylone, mais c’est quand même effrayant… Apparemment, ils avaient réussi à le coincer avant qu’il explose, ils avaient enlevé son masque et utilisé le sérum de vérité sur lui. C’était évidemment un espion de Yulong, mais j’étais quand même réticent à demander des détails sur son interrogatoire.

« Ils devaient employer diverses méthodes pour voler les Frame Gears. Les plans comprenaient votre assassinat, l’enlèvement de vos fiancées, la corruption des membres de l’ordre des chevaliers, et d’autres tactiques douteuses. Tout avait été approuvé par l’empereur céleste de Yulong. »

« On dirait qu’on l’a attrapé au bon moment, donc… », murmura tranquillement Kousaka.

J’y allais doucement avec eux vu que jusqu’à présent je n’avais aucune preuve définitive contre eux, mais maintenant c’était différent. Je n’avais pas l’intention de me retenir. J’avais réalisé que si je ne faisais pas quelque chose de drastique, ils continueraient à agir.

« Je dirais qu’il est temps que l’on devienne un peu plus agressifs, non ? »

« Eh bien, je suppose que oui… S’ils planifiaient un assassinat, ce serait un motif de guerre. Mais vous n’avez pas l’intention de faire la guerre, n’est-ce pas ? »

Kousaka m’avait regardé, un sourire sur son visage. Il semblerait savoir à quoi je pensais. J’étais plus heureux que jamais de l’avoir au service de Brunhild. Il était remarquable.

« Si nous faisons la guerre, les innocents étrangers souffriront aussi. Idéalement, je voudrais éviter ça. Donc dans ce cas, je pense que je devrais faire une guerre personnelle. »

« Et comment comptez-vous faire ça ? »

« Je veux terroriser leur empereur céleste. »

Je ne voulais pas semer la panique ou affecter Yulong. Au lieu de cela, je voulais leur montrer que j’étais capable de riposter par la force s’ils se moquaient de moi. Je ne voulais pas me venger, je voulais juste prouver quelque chose.

« Comment, en particulier ? »

« Eh bien, je pensais… Je pourrais faire planter un couteau dans le mur près de son chevet, mélanger quelque chose d’amer dans sa nourriture et sa boisson comme pour simuler un poison, peut-être faire disparaître tout le monde dans le palais pendant quelques heures sauf lui… Juste pour qu’il sache que je pourrais le poignarder ou l’empoisonner, mais j’avais choisis de ne pas le faire. »

« Bon sang, c’est… certainement du harcèlement extrême. »

« … j’ai entendu dire que c’est la vraie nature de Sa Majesté, Kousaka-sama. »

« Psh… Ce n’est pas si extrême. Ça le rendra paranoïaque, pensant qu’il pourrait être tué n’importe quand et de n’importe quelle façon. Le mieux, c’est qu’il ne saurait même pas s’il est mort, il cesserait tout simplement d’exister, alors il devra vivre dans la peur constante… Je le garderais dans cet état jusqu’à ce qu’il s’excuse. »

« Eh bien, on ne devrait pas se lancer dans quelque chose d’aussi extrême tout de suite. Pour l’instant, je suggérerais qu’on envoie une lettre avec une petite implication qui suggère que nous savons que c’est lui qui est responsable de nos problèmes. »

« Au fait, que feras-tu si je me fais assassiner ? »

« Je n’ai pas fait de plan pour ça, parce que je pense que cela n’arrivera pas. »

Tsk, allez… Ne me traite pas comme si j’étais immortel ! Bien que, je voulais dire… Je suppose que c’était peut-être bien le cas, avec toute cette histoire de matière divine et tout ça. Si nous parlions de mon corps, je pourrais lentement devenir un dieu à part entière ou quelque chose du genre…

J’avais décidé qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter à ce sujet pour l’instant.

« D’accord, dans ce cas envoie cette lettre. Il vaudrait mieux qu’on règle cela dès que… »

« Seigneur ! »

J’avais sauté un peu par surprise quand Paolo avait fait irruption dans la pièce. Ne me faites pas peur, bon sang !

« Vous êtes survolté. Qu’est-ce qui se passe ? »

« Je suis désolé, Seigneur ! Excusez-moi, mais… il y a de la fumée au loin, qui monte du côté de Yulong ! Est-ce que ça ne veut pas dire que l’armée Yulong vient nous attaquer ? »

Cela sentait plutôt mauvais, alors on s’était précipités au sommet de la tour de garde. En regardant sur le territoire de Yulong, il y avait des panaches de fumée qui s’élevaient de partout. Le carnage était à la fois proche et lointain, à l’horizon et dans notre environnement immédiat.

« S’agit-il d’un système de signal de fumée, ou un feu de brousse… ? Non, ça ne pouvait pas être ça… »

Il était impossible qu’un feu de brousse soit si répandu. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait, mais il y avait le chaos partout. Du feu et de la fumée parsemaient le paysage.

« Quoi... Qu’est-ce que c’est au loin ? C’est… scintillant ? »

Scintillant ? Qu’est-ce qu’il racontait ? J’avais fermé les yeux, tout en regardant ce que Paolo m’avait montré. Ça ressemblait vraiment à quelque chose de brillant… Bien qu’à mesure qu’il s’approchait, j’avais remarqué qu’il reflétait davantage la lumière qu’il ne brillait lui-même.

Quelques secondes plus tard, la vérité m’était venue à l’esprit. Je criais déjà.

« Montez dans les Frame Gears, tout de suite ! À vos postes de combats, tout le monde ! Nous avons un ennemi qui arrive ! »

J’avais immédiatement invoqué [Vol] pour m’envoler là-bas et confirmer la réalité de ce cauchemar.

« Ghah... C’est quoi ce foutu timing !? »

Une foule rugissante de Phases se dirigeait vers mon mur.

Il y en avait de différentes formes et tailles, c’étaient surtout de petites et moyennes Phases, mais il y en avait quelques unes plus grandes. La majorité d’entre elles étaient de petites formes, mais il y avait quelques formes intermédiaires dans le mélange. Certaines avaient la forme de fourmis, d’autres de mille-pattes, d’autres des formes plus amusantes, comme celle sous forme d’autruche. Dans l’ensemble, il y avait dix formes de type de phrases plus grandes que mes Frame Gears standards.

Ils ne couraient pas très vite. Cependant, ce n’était pas le problème. Le problème, c’était qu’il y en avait environ une centaine.

« Cible bloquée ! Le noyau des Phases ! Invoquez [Apport] maintenant ! »

« Compris. Invocation d’[Apport]. »

Un gros noyau de Phrase de la taille d’une balle de softball était apparu dans ma main.

Merde, c’est mauvais… Je ne peux pas en extraire plus d’un à la fois, puisque le sort est limité à ce que je pouvais mettre dans ma paume. Les sortir un par un va prendre trop de temps, et je ne pourrai tuer que les plus petits de cette façon ! Qu’est-ce que je pouvais faire !?

« Prends au piège, ô Terre. J’invoque la colère du sol : [Liens de Terre] ! »

Les racines des arbres avaient éclaté du sol et avaient pris au piège les pattes des Phases qui arrivaient. Mais alors que je pensais que cela nous ferait gagner un peu de temps, les créatures s’étaient facilement libérées.

Elles s’étaient coupé les jambes… Vu qu’elles pouvaient les régénérer instantanément, alors elles les avaient simplement jetés pour avancer. Les Phases étaient vraiment monstrueuses dans leurs actions.

Par-derrière, Lain était arrivé dans son Comte Brillant, et Nikola s’était pointé avec son Chevalier Baron. Quelques Chevaliers étaient également apparus à leurs côtés. Ils avaient laissé quelques unités pour protéger le mur.

***

Partie 7

Je m’étais mis à voler à côté du chevalier blanc et j’avais relayé les ordres à Lain.

« Détruisez les plus gros pendant que je détruis les plus petits ! Ils peuvent se régénérer, alors concentrez-vous sur le noyau à l’intérieur de leur corps ! Assurez-vous que tout le monde sur le canal de communication reçoive cette info ! »

« Roger ! », répondit Lain par l’intermédiaire des haut-parleurs. Satisfait qu’elle ait compris, j’avais décidé de retirer ma grande épée en cristal de Phase du [Stockage]. Elle mesurait environ deux mètres de long et trente centimètres de large. Je l’avais mise entre mes deux mains.

Si je n’avais pas appliqué [Gravité] pour en réduire le poids, je n’aurais jamais pu la soulever.

« Chargez ! »

Je me dirigeais vers un groupe de Phases proches. J’avais visé directement le noyau de ma première cible, et j’avais pu le diviser en deux avec peu de résistance. Mon épée était évidemment plus tranchante qu’elle n’avait le droit de l’être en raison de toute l’énergie magique que j’y avais investie.

De la même façon, j’avais commencé à en détruire d’autres, un par un. J’avais plongé et plongé entre leurs tentacules cristallins aiguisés et allongés. J’avais jeté un petit coup d’œil à une énorme Phase intermédiaire qui se dressait contre quelques Chevaliers lourds.

Ils se précipitèrent vers l’avant, les boucliers levés pour se défendre contre les membres en forme de lance, les frappant à l’aide de leurs armes.

Mais les Frame Gears que j’avais postés devant le mur n’étaient pas équipés d’armes spécialisées, alors ils avaient du mal à s’en sortir. Les morceaux cassés de la Phase ne cessaient de se régénérer, alors ils devaient constamment attaquer en succession rapide pour que leurs coups aient de l’importance.

Seul Nikola et son Chevalier Baron avaient quelque chose de spécial. C’était une hallebarde. Il luttait seul contre une Phase intermédiaire et avait réussi à en briser le noyau. Puis, il était immédiatement allé soutenir les Chevaliers en difficulté à proximité.

Il y avait une dizaine de Phases intermédiaires. Nous avions cinq Chevaliers, un Chevalier Baron et un Comte Brillant. Je me demandais si ce serait suffisant. L’un des Chevaliers Lourds de Nikola qui s’était précipité pour aider avait réussi à briser un noyau intermédiaire. Travailler en tandem avait certainement ses avantages. Ce chevalier avait ensuite soutenu un autre chevalier en lutte, et Nikola s’était également tourné vers un autre de ses camarades.

Et c’était là que j’avais réalisé notre avantage. Les Phases n’étaient pas des créatures coordonnées. Du point de vue des Phases, chaque bataille était une bataille en solo. Si un autre des leurs avait des ennuis, ils ne se précipiteraient pas pour le soutenir. C’était à ce moment-là que nous avions eu un net avantage. J’avais décidé de confier les Phases intermédiaires aux chevaliers dans les Frame Gears. Il y avait après tout pratiquement neuf fois plus de petites Phases, et j’avais besoin de les éliminer rapidement.

J’avais tranché les Phases comme du beurre, une par une.

Et puis, par un étrange coup de chance, si l’on pouvait l’appeler ainsi, les Phases avaient finalement cessé de charger vers le mur. Ils s’étaient arrêtés et s’étaient tournés vers moi, me reconnaissant apparemment comme un ennemi.

Le fait que les Phases aient fonctionné d’une manière aussi rigide et mécanique pourrait être considéré comme un point faible. Ils opéraient selon leur instinct de base, donc on pourrait dire qu’ils étaient plus faciles à guider dans le feu de l’action… Mais cela les rendait aussi plus mortels et efficaces. Les menaces que j’avais proférées contre Yulong l’autre jour n’auraient pas fonctionné contre un ennemi comme celui-ci. Les Phases ne connaissaient pas la peur. Au lieu de cela, elles avançaient simplement sans rien ressentir. Elles étaient comme des moissonneuses, des terminators.

Je n’avais certainement pas eu le temps de me reposer non plus. La plupart des attaques provenaient de leurs membres en forme de lance, mais maintenant il y avait aussi des missiles en cristal qui se dirigeaient vers moi, un peu comme le jour où j’avais affronté la Phase en forme de Manta. Je m’étais défendu avec [Bouclier] et j’avais tué le responsable.

« Bon sang… Combattre autant de gens à la fois, c’est dingue… »

Les ennemis étaient pourtant si désordonnés. Il n’y avait aucune stratégie dans leur folie. Je ne pouvais pas invoquer quelque chose comme [Bloc de glaçe] ou [Porte] puisqu’ils devaient rester en place. [Paralysie] et [Gravité] avaient été aussi inefficaces. Je ne pouvais pas non plus utiliser [Glissade] de peur d’affecter mes alliés.

J’avais brièvement envisagé d’utiliser [Gravité] pour alourdir les épées de mes alliés, mais cela aurait été trop difficile à expliquer dans le feu de l’action.

Tout ce que j’avais pu faire, c’est tuer, tuer et tuer encore. Jusqu’à ce que…

« … Très bien, ça suffit ! »

Une dizaine de minutes plus tard… ou peut-être même moins de dix minutes plus tard, il ne restait plus de petites Phases.

Lain avait tué la dernière Phase intermédiaire à peu près au même moment. Au moins, on aurait dit qu’elle l’avait tué.

Je n’avais pas vu le moment où elle avait écrasé le noyau, alors je n’avais pas baissé ma garde pendant encore dix minutes. Ce temps passa sans qu’aucun mouvement ne vienne des fragments de Phase brisés partout, donc il semblerait que ce soit vraiment fini.

Il n’y avait pas eu trop de dégâts de notre côté. Deux Frame Gears avaient leurs épées cassées et un bouclier était brisé, mais les autres avaient des éraflures et des égratignures mineures partout sur les Frame Gears. Je savais de toute façon que Rosetta pleurerait en voyant cela.

« Seigneur… C’était quoi ces trucs ? »

Lain ouvrit l’écoutille de la poitrine du Chevalier Blanc et me parla. Cela m’avait rappelé que je n’avais encore rien expliqué à l’ordre des chevaliers au sujet de la Phase. J’avais invoqué [Vol] et je m’étais posé sur l’épaule du comte brillant.

« Cela s’appelle des Phases. Ce sont des envahisseurs venus d’un autre monde. Ils avaient autrefois détruit la civilisation Antique… Les Frame Gears que vous pilotez étaient à l’origine des armes conçues pour les combattre. »

Les traiter d’envahisseurs n’était honnêtement pas tout à fait juste. On devrait plus les voir comme des exterminateurs. Et nous étions la vermine qu’ils cherchaient si cruellement.

C’est la première fois que j’en vois autant à la fois… Je ne veux même pas penser à ce qui serait arrivé si Hannock ne m’avait pas donné ce terrain.

« Alors… ça voudrait dire que les panaches de fumée qu’on avait vus tout à l’heure avaient été causés par ces créatures ? Ils attaquaient des villages à Yulong ou quelque chose comme ça ? »

« C’est possible, oui… Oh… Merde, attends ! À toutes les troupes, reculez ! Nous sommes sur le territoire de Yulong en ce moment, et en tant que force de combat ! On ne peut pas risquer d’être vus par leurs services secrets ou quoi que ce soit du genre ! »

Il était tout à fait possible qu’ils nous accusent de toutes les destructions.

J’étais sur le point de rassembler les fragments de Phase, mais j’avais hésité et j’avais fini par n’en prendre qu’environ la moitié. Il aurait été suspect de voir que toutes les preuves de l’activité de Phases avaient été effacées. En laissant au moins la moitié, le gouvernement Yulong aurait dû accepter le fait que nous n’étions pas les agresseurs ici.

« La politique est parfois vraiment chiante… »

Alors que je me plaignais de l’état de la situation, j’avais réactivé la carte sur mon téléphone. Je l’avais fait exposer dans des endroits où la fumée montait et où il y avait eu des destructions récentes. Comme je m’y attendais, il y avait quelques endroits dans le coin. Les Phases devaient en être le responsable.

Malheureusement, il n’y avait pas eu de survivants. Les Phases pouvaient après tout entendre les battements d’un cœur humain. Se cacher ne changerait rien aux choses, puisqu’elles pouvaient te traquer quoiqu’il arrive.

Tandis que je me lamentais tranquillement sur les morts, j’avais fait un zoom arrière sur la carte jusqu’à ce que la totalité de Yulong soit devenue visible.

« C’est étrange… Qu’est-ce que… qu’est-ce qui se passe ici… ? »

N’y a-t-il pas un peu trop de marqueurs endommagés ? Pourquoi y a-t-il de la fumée qui montait dans le sud ? C’est très loin d’ici… Attends, Shenghai aussi ? Qu’est-ce qu’il se passait ? Non, ça ne pouvait pas être…

« Lancez la recherche. Afficher les Phases. »

« Compris. Affichage. »

Thud. Une épingle était tombée sur la carte, indiquant la présence d’une Phase.

Thud. Une autre est tombée.

Thud. Thud. Thud. Thud. Thud. Thudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthud.

Thudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthud.

Thudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthud.

Thudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthud.

Thudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthud.

Thudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthud.

Thudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthud.

Thudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthud.

Thudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthudthud.

D’innombrables pointeurs rouges tombèrent sur Yulong, obscurcissant presque le pays lui-même.

« Pas possible… »

Je ne pouvais que regarder avec horreur, laissant échapper un petit souffle pendant que les épingles tombaient.

J’avais brièvement perdu mon sang-froid et je ne savais pas quoi faire. Les épingles avaient continué à tomber jusqu’à ce que la carte soit presque entièrement recouverte.

« … Combien de Phases au total ? »

« Treize mille cent soixante-neuf Phases en tout. »

Ce chiffre était tout simplement insondable. Je n’avais aucune idée de comment répondre à cela. Les vaincre pourrait être possible, mais cela prendrait beaucoup de temps. Et à chaque minute que je perdais, d’autres citoyens de Yulong mouraient. Ce n’était pourtant pas mes affaires… Je devais juste me faire à l’idée que ça n’avait rien à voir avec moi… Mais je ne le pouvais pas.

« Qu’est… Qu’est-ce que je dois faire ? »

« Ah, Touya… Comme je m’y attendais. »

Je m’étais retourné sous le choc en entendant soudainement cette voix, pour me retrouver face à un jeune homme pâle.

« Ende !? »

« Ouais… Une grande partie du “bruit” que j’entendais de la part des noyaux de Phases était étouffé dans cette zone… J’en cherchais la cause, et… on dirait que je l’ai trouvé, hein ? »

Avec un grand sourire sur son visage, Ende avait marché dans ma direction. Il était vêtu de sa tenue habituelle, avec son foulard blanc. Il regarda le Comte Brillant derrière moi avec des yeux emplis de curiosité.

« C’est quelque chose de spécial... C’est de ta conception, Touya ? Ça te dérange si je me balade dans l’un d’eux ? »

« Ah, eh bien… Je ne les ai pas vraiment fais, mais… hé attends, plus important que ça… il y a de la Phase partout ! Tu sais ce qui s’est passé !? »

« Oui, c’est vrai… Toi aussi, tu le sais. La frontière est déchirée. »

La limite dimensionnelle. Le tissu invisible qui séparait ce monde des autres. L’impensable était arrivé. Les Phases l’avaient déchiré et étaient passées à travers.

« Attends, tu dis que la frontière a disparu !? »

« Hm… pas exactement. Cet incident est accidentel. Les Phases sont simplement “tombée” dans ce pays, car il est dans une zone où le tissu était particulièrement fin. La frontière n’est pas déchirée, elle est juste tendue. »

Oh, wôw… Cela signifie que si nous pouvons nous charger de ceux qui sont ici, je pourrais dormir tranquille un peu plus longtemps… Je ne sais même pas si je peux m’occuper d’eux tous, mais… Ce n’est pas comme si j’ai vraiment le choix, n’est-ce pas ?

« Y a-t-il un moyen de tous les tuer rapidement ? Ou tous à la fois ? »

« Hm… Je ne dirais pas qu’il est possible de tous les tuer en même temps. Cela dit, nous pourrions certainement attirer leur attention… »

« Comment !? »

« Nous pourrions les attirer ici avec la voix du souverain. »

La voix du Souverain… ? Qu’est-ce que la Phase souveraine avait à voir là-dedans ?

***

Partie 8

« Les noyaux de Phase produisent du bruit. Chacun fonctionne sur une longueur d’onde unique et distincte, et le noyau souverain ne fait pas exception à cette règle. Le noyau souverain existe actuellement au sein d’une créature vivante dans ce monde, donc son bruit est obscurci par le battement du cœur de son hôte. Donc… si nous pouvions émettre le “bruit” du noyau souverain ici même ? »

« Toutes les Phases de la région viendront par ici… »

« Bingo. »

Cela semblait être un bon plan en théorie, mais j’étais étonné qu’Ende me propose une telle méthode.

Les attirer ici avec un faux bruit, c’était une chose, mais… pouvions-nous vraiment en détruire plus de dix mille sans faire de victimes graves ?

Eh bien, si j’y pense de cette façon, ils sont tous dans différents villes et villages… Des endroits où il y a des humains. Nous n’aurions pas à les combattre tous en même temps, puisqu’ils viendront ici en formation décalée. Mais si nous ne pouvions pas les battre assez rapidement, leurs nombres ne feraient que s’accroître…

« Peux-tu vraiment les amener ici ? »

« Je le peux. J’ai un objet qui contient la longueur d’onde du Souverain. Dans la longueur d’onde se trouve le “bruit”, qui ne peut être distingué par les êtres vivants. »

Ende avait soudainement sorti une longue et fine lame de verre. Il le tenait entre l’index et le majeur. Elle ressemblait à une lame utilisée sur un microscope qui pouvait stocker des échantillons scientifiques.

« C’est l’un de mes périphériques de stockage personnels. Je peux garder diverses choses à l’intérieur. En l’utilisant, je peux préserver des choses, des grands spécimens vivants aux bruits. Si j’ouvre ceci, le bruit du Souverain résonnera, alors la Phase voisine l’entendra et chargera vers nous. »

Wôw, c’est plutôt impressionnant… Il est rusé, je le reconnais, mais… qu’est-ce qu’il a, ce type ? Je ne comprends pas du tout son point de vue. On ne peut pas dire que c’est un allié de la Phase, mais quand même…

J’avais tendu ma main vers la lame qu’il m’avait tendue, mais quelques instants avant que je ne la touche, il avait tiré sa main en arrière.

Attends, quoi ? Tu ne la partages pas ?

« Mais… Je ne pense pas que c’est ce que je veuille faire. », dit Ende en souriant.

À quoi joues-tu, bon sang… ?

« Pourquoi ? »

« Je veux ça. »

Il avait pointé du doigt le Frame Gear.

Quoi... Ghh… C’est quoi ce bordel ? Tu as les yeux rivés sur le Frame Gear dans un moment pareil ? T’es quoi, un gamin !?

« … Me promets-tu de ne pas l’utiliser pour faire quelque chose de bizarre ? »

« Je te le promets ! Aie un peu confiance en moi. »

Il ne lui serait pas possible d’utiliser le Frame Gear contre nous, puisqu’il y avait des systèmes d’arrêt d’urgence pour empêcher cela. Je ne comprenais pas du tout ses motivations, mais il semblerait qu’il mène une vendetta personnelle contre la Phase. Je ne pensais pas vraiment qu’il était de notre côté, mais je pouvais difficilement le considérer comme un ennemi non plus. Malgré tout, je n’étais pas sûr que le mettre en possession d’un Frame Gear soit vraiment une bonne chose. Mais si je ne lui en donnais pas un, il ne me donnerait pas la longueur d’onde sonore du Souverain. J’étais dans une situation difficile dans laquelle je n’aurais jamais pensé être au départ. Mais je savais que j’avais besoin qu’il prenne le dessus dans cette situation, alors je n’avais plus le choix. J’ai décidé d’ajouter une mise en garde, pour au moins avoir une petite victoire.

« S’il est volé, donné ou vendu à une nation étrangère, je ne l’apprécierais pas… »

« Je ne le vendrai pas, je ne le remettrais pas à un pays étranger, et je ne laisserais pas se faire voler, promis ! S’il te plaît, laisse-moi l’avoir. Je le traiterai bien. Je t’en supplie, Touyaaaa… Écoute, je vais aussi tuer toutes les Phases présentes dans la région, d’accord ? Qu’en dis-tu ? »

Qu’est-ce qu’il a, ce type ? Il agit comme s’il allait juste faire son entrée et avoir le plein contrôle. Mais, sachant que ce type est un fou furieux, je suppose qu’il pourrait probablement… Il est tout à fait anormal, d’après les normes de ce monde… En fait, je le trouve un peu odieux… Qu’il aille au diable, pourquoi est-il meilleur que moi !?

Je l’ai rencontré plusieurs fois, et je ne pense pas qu’il soit un mauvais garçon… Ce n’est cependant que mon intuition… Si seulement Yumina était là !

Son offre de m’aider à combattre la Phase était tentante… Après tout, je savais que cela me ferait gagner beaucoup de temps et d’efforts.

J’avais invoqué [Porte] afin de convoquer le Chevalier Dragon Rouge, Dragoon, du hangar.

« Voici, c’est un Frame Gear dont l’accent est mis sur la mobilité. Je l’appelle le Dragoon. »

« Wôw ! Il est rouge ! C’est, genre, super cool. »

Le Frame Gear que j’avais choisi était particulièrement difficile à contrôler. J’avais décidé de le donner à Ende parce que personne d’autre que moi ne pouvait le contrôler de toute façon.

Ende m’avait paresseusement lancé la lame et était monté dans le Chevalier Dragon. L’écoutille s’était ouverte et il s’était mis à grimper.

Il l’avait immédiatement mis en marche et le Frame Gear avait commencé à se promener. Au bout d’un moment, il l’avait fait courir tout en faisant bouger ses bras avec une dextérité surprenante. Enfin, il avait déployé les roues et s’était déplacé aussi gracieusement qu’il avait pu dans son mode haut mobilité.

Qu’est-ce que c’était que ce bordel... Pourquoi est-il meilleur que moi ?

« Oh, c’est assez simple à manœuvrer. J’aime ça. »

« … Hah, ouais… Tant mieux pour toi. », avais-je répondu à contrecœur à Ende avec le sourire le plus raide que je pouvais faire. Ce salaud n’avait pas à être plus dominant que moi.

« Mais, euh, il n’a pas d’armes ? »

« Oh… C’est vrai, j’ai oublié d’en préparer. »

Le Chevalier Dragon n’avait pas beaucoup de puissance, donc il ne pouvait pas vraiment gérer des armes lourdes. J’avais l’intention de faire une arme légère à partir de fragments de Phase, mais je n’avais jamais eu le temps de m’atteler à la tâche.

Heureusement pour moi, il y avait une véritable montagne de Phases mortes à proximité.

J’avais utilisé [Modelage] pour fabriquer deux épées courtes à partir d’appendices de Phases tombés lors du combat. Puis, j’avais fait deux fourreaux, et je les avais mises sur le dos du Dragoon.

« D’accord ! Je vais aller tuer un tas de Phases, comme convenu. »

« Hé, attends ! Avant d’aller quelque part, dis-moi comment utiliser ce truc ! »

J’avais à la hâte agité la lame devant Ende.

« Oh, c’est vrai. Il suffit de l’écraser et le son devrait résonner. Tu ne pourras pas copier le son par la technologie ou la magie, alors ne te fais pas d’idées. »

Oh, vraiment… ? Eh bien, qu’en était-il de mon plan d’enregistrement du son sur mon smartphone.

Alors que je me lamentais sur mon plan ruiné, Ende avait pris deux autres lames et me les avait jetées à la figure.

« Voilà, ces deux-là sont identiques. Si tu les utilises toutes en même temps à des endroits différents, tu pourras disperser la Phase à ton avantage. »

Ende était remonté dans le Dragoon et s’était enfui. C’était un tueur de Phases efficace, donc j’étais sûr qu’il s’en sortirait bien. Je préférerais qu’il les tue tous…

Son Frame Gear était rouge, donc il dégageait une sensation de puissance. Heh… Ce serait drôle qu’il revienne avec un masque la prochaine fois…

Assez de ça… Je n’avais pas le temps de penser à des idées stupides ! J’ai après tout beaucoup à faire.

J’étais retourné dans mon château de Brunhild et j’avais tout expliqué aux gens. La situation à Yulong, la Phase, la limite dimensionnelle, et pourquoi j’avais eu les Frame Gears pour commencer… J’avais tout avoué.

« … L’échelle de notre conversation vient de s’élargir… considérablement… »

Le vieux Yamagata expira après que j’avais fini de parler. Baba, debout à côté de lui, croisa les bras avec un froncement de sourcils doux sur son visage.

« Je comprends si vous ne me croyez pas, mais… »

« Non, je n’ai aucune raison de douter de vous. Des créatures d’un autre monde… Si nous ne faisons rien, la tragédie de l’ancien royaume nous atteindra aussi. »

Kousaka me croyait volontiers, mais c’était probablement parce qu’il avait vu toute la fumée à Yulong.

« Mettons ça de côté pour l’instant, nous avons besoin de comprendre la situation dans son ensemble. La priorité étant l’invasion actuelle de Yulong. Votre Altesse… Voulez-vous sauver leurs citoyens ? »

« Si je le peux, oui. Nous sommes les seuls à pouvoir nous opposer à la Phase. »

« Tu ne le devrais pas. »

Kousaka avait immédiatement rejeté mon idée. Il avait prononcé des mots qui condamneraient à mort le peuple de Yulong. Ils n’avaient aucune méthode pour s’opposer à la Phase. S’ils mettaient tout en œuvre pour s’en sortir, peut-être qu’ils s’en sortiraient bien, mais il était impossible qu’ils puissent survivre à une telle horde par des moyens conventionnels.

« Je me battrai volontiers si mon pays est attaqué. Cependant, je ne vois pas la nécessité de risquer sa vie pour un pays qui est non seulement n’est pas notre allié, mais qui nous est aussi activement hostile. »

« Mais… si ça continue comme ça, il y aura des victimes en dehors de Yulong. Ce n’est pas une situation où l’on peut simplement s’inquiéter de l’attitude d’une certaine nation. Des gens meurent en ce moment même. Tu veux dire qu’on ne devrait pas les aider ? »

« Votre Altesse… Vous êtes un homme formidable avec un cœur tout aussi formidable. Mais vous ne pouvez pas juste… »

« Kousaka, écoute-moi. »

Baba, qui était resté silencieux jusque-là, avait finalement pris la parole.

« Nous en savons plus que quiconque sur ce qu’est notre chef, n’est-ce pas ? Ne nous avait-il pas aidés, alors que Takeda était son ennemi à l’époque ? »

« Je… Mais… la situation est différente maintenant. Il a tout un pays sur les épaules. »

« Et c’est là que tu te trompes. Il n’est pas surchargé. Je grimpe sur ses épaules à mon rythme. S’il me secoue, alors je tombe. Si je ne l’aime pas, je peux partir. Ne sommes-nous pas venus ici pour voir où le vent soufflerait? »

« … C’est ce qu’on a fait. »

Kousaka expira tranquillement pendant qu’il parlait. Il était probablement juste nerveux, je suppose qu’il savait que je ne lui reprocherais pas son discours pragmatique.

« Vu la ligne de conduite que vous souhaitez, même si je ne suis pas d’accord, nous devrions agir rapidement. Mais si nous devons intervenir, vous devez d’abord informer l’alliance occidentale. Nous devons formellement leur faire connaître notre intention. »

Il avait au moins raison à ce sujet. Je n’avais aucune idée des conséquences qu’aurait cette invasion sur la scène mondiale. Il était important d’arranger les choses avant de passer à l’action, même si je ne pouvais pas me permettre de perdre du temps.

J’étais après tout pressé. Les gens étaient systématiquement massacrés les uns après les autres pendant que je faisais de la politique. Normalement, j’enverrais des lettres aux autres monarques, mais j’avais décidé d’aller directement les appeler chez eux. J’avais besoin de me dépêcher, et ils avaient besoin d’apprendre immédiatement la vérité.

***

Partie 9

« Je vois… La Phase, hm… Si ces démons sont vraiment nos ennemis, alors je ne vois aucun problème à ce que tu aies créé ces Frame Gears, Touya. »

Le roi de Belfast se pencha sur sa chaise, qui grinça légèrement. Ce n’était pas comme si je les avais inventés…

J’assistais à une réunion avec les dirigeants de l’alliance de l’Ouest. Le roi de Belfast, l’empereur de Régulus, l’empereur de Refreese, la bête de Mismede, le pape de Ramisch, et le nouveau roi couronné de Lihnea. Au total, six représentants nationaux étaient présents.

D’abord, j’avais dit tout ce que je savais à propos de la Phase aux dirigeants rassemblés. Qu’ils étaient des envahisseurs venus d’un autre monde et qu’ils étaient déjà apparus il y a longtemps pour détruire le monde. Ensuite, j’avais expliqué la situation actuelle à Yulong. Je ne leur avais cependant pas parlé de la Phase souveraine ou de Babylone. J’avais retouché l’histoire sur ces points. Je leur avais raconté que j’avais découvert un Frame Gear dans des ruines antiques, que j’avais appris à en réparer un, puis que j’avais reproduit le processus de création des Frame Gears.

Tout bien considéré, ce n’était pas strictement un mensonge. J’avais juste pensé qu’ils n’avaient pas besoin de tout savoir.

« Ces… Ces Phases, n’est-ce pas ? Sont-ils si forts que ça ? »

« Ils sont déjà apparus dans mon pays, mon garçon. Eh bien, juste l’un d’entre eux… D’après ce que j’avais entendu, la magie ne l’avait pas affectée, elle pouvait se régénérer, et sa peau était plus résistante que des vieilles bottes ! »

Le Roi-bête de Mismede répondit au roi Cloud. Il avait dû parler de la Phase en forme de serpent, que Leen avait tué il y a quelque temps.

« Mais quand même, pour que dix milles, et même bien plus… arrivent à Yulong… Touya, est-ce un cas particulier ? Ou devons-nous craindre que cela se reproduise à l’avenir ? »

« C’est un ensemble de circonstances très rares, je vous l’assure. Cela étant dit, ils peuvent encore apparaître de temps en temps, mais pas en aussi grand nombre. Je dois quand même être honnête avec vous tous. Il est possible qu’une invasion massive se produise à l’avenir. Je ne saurais dire ni quand ni où cela se passera… »

« Bonté divine… Je suppose qu’on ne devrait pas s’inquiéter de ce genre de choses pour l’instant. »

L’empereur de Régulus se calma rapidement. Je n’étais même pas ce que l’on pourrait appeler un spécialiste de la Phase, mais j’étais probablement la seule personne au monde, à part Ende, qui en savait beaucoup sur eux.

« Pour être honnête, il est possible qu’ils commencent à apparaître dans vos pays aussi. Pour cette raison, j’aimerais que vous jetiez un coup d’œil à ceci. »

J’avais projeté une vidéo sur le mur de la salle de conférence. C’était une vidéo que j’avais eue grâce à un oiseau invoqué alors qu’il volait dans le ciel de Yulong.

La vidéo, prise d’un point de vue très élevé, montrait clairement une armée massive de Phases annihilant un village. Ils avaient pourchassé tous les humains sans relâche, les massacrant impitoyablement avec une précision et une efficacité incroyables. Les six chefs avaient les yeux rivés sur la vidéo, regardant avec horreur, la sueur perlant sur leurs sourcils.

« Voici donc la Phase… »

« Oui. Cette vidéo n’est pas en direct, donc ce n’est pas ce qui se passe en ce moment. Cet incident particulier s’est produit il y a environ une heure. Après que la Phase ait détruit ce village, ils ont continué leur marche et ont continué de tuer tout le monde dans le village voisin. »

Après que l’oiseau m’ait rendu mon smartphone et que j’aie vu la vidéo, je m’étais senti absolument désespéré. Au début, j’avais juste l’intention de prendre quelques photos de la Phase, donc je ne pensais pas que nous allions vraiment pouvoir filmer une attaque en cours. J’avais mal au cœur rien qu’à penser à la façon dont ils auraient pu être sauvés, mais je savais que je devais le montrer aux dirigeants de l’alliance de l’Ouest. Ils devaient comprendre à quoi ils allaient être confrontés.

Je voulais qu’ils comprennent à quel point la situation était désastreuse. Je voulais aussi qu’ils imaginent cela dans leur propre pays.

« Et Shenghai, la capitale de Yulong ? »

En réponse à la question de l’empereur de Refreese, j’avais arrêté la vidéo et je remontrais la carte. Les lumières rouges qui représentaient les Phases rampaient autour de Yulong. Ils suivaient probablement leur instinct et se dirigeaient vers les villes et les villages afin de tuer tous les êtres vivants de la région.

Shenghai avait été complètement teinte en rouge.

« Il y a une certaine résistance, mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne meurent tous. La Phase n’a qu’un seul but ici. Notre extermination. Ils ne quitteront pas Shenghai tant que tous les habitants de la capitale ne seront pas morts. »

« Dieu nous sauve… »

Le pape avait mis ses mains sur sa bouche, clairement horrifié. La Phase se déplaçait comme des robots dont la seule fonction était de chasser et de tuer des humains. Ils avaient massacré tout humain dans la région, puis ils avaient immédiatement verrouillé le village suivant. Ils étaient comme des sauterelles sautant de récolte en récolte, dévastant la récolte par leur faim insensée.

« Touya… Par ici… dans le sud de Shenghai, la Phase ne disparaît-elle pas une à une ? »

« Hein ? »

Le roi de Lihnea avait indiqué une zone sur la carte où les feux rouges s’éteignaient rapidement. Hein, qu’est-ce qui pourrait... Oh ! C’est Ende !

« C’est l’œuvre de quelqu’un qui travaille actuellement avec moi. Je lui ai accordé un Frame Gear pour son usage personnel. Ce que vous voyez probablement ici, ce sont les fruits de son travail. »

« Oh, je vois. Ça les tue à grande vitesse… Ça montre bien l’efficacité de ton arme. »

Ende était probablement assez fort pour les tuer seul, mais là n’était pas le sujet. Nous devrions nous concentrer sur l’extermination de la Phase. Comme pour changer brusquement de sujet, j’avais applaudi.

« Brunhild combattra la Phase à Yulong en utilisant nos Frame Gears. En tant que dirigeant de l’alliance occidentale, j’aimerais vous demander votre approbation. »

« Quoi ? Quoi !? Attends une minute… Tu veux dire que tu as l’intention de t’opposer à ces choses ? »

J’avais pris le Roi-bête par surprise. C’était un peu amusant, mais compréhensible. Même si j’utilisais chaque personne à Brunhild qui pouvait piloter un Frame Gear, comme l’ordre de chevalier, Yumina et les autres filles, je n’aurais qu’une centaine de combattants sur le terrain. Dans ce cas, nous serions en mesure de gagner si chaque pilote combattait une centaine de Phases, mais c’était quand même une ligne de conduite insensée.

« Les Frame Gears ont une magie d’éjection d’urgence en cas de dommages graves. La magie met le pilote en sécurité. Cela s’enclenche s’il détecte que le cockpit est écrasé, percé ou endommagé et ainsi de suite… Cependant, dans le cas d’un scénario de mort instantanée, il se pourrait qu’il n’ait pas le temps de s’activer. »

Grâce à la production en masse que je menais actuellement, nous avions beaucoup de Frame Gears en réserve. Dans le pire des cas, nous devrions simplement effectuer beaucoup de réparations les uns après les autres.

Le pape leva soudainement la main, me regardant droit dans les yeux.

« Touya… J’ai une question. En ce qui concerne notre cher vieil ami… Les Phases sont-elles aussi ses ennemies ? »

« … je ne sais pas si ce sont ses ennemis ou pas. Il m’a dit qu’il ne savait pas grand-chose sur eux. Mais notre cher vieil ami n’interviendra pas dans ce qui se passe ici. La Phase est notre problème, pas le sien. »

« De quoi vous parlez tous les deux ? »

L’empereur de Refreese avait incliné la tête, étonné. Il ne comprenait pas de quoi nous parlions. C’était tout à fait naturel, puisqu’après tout notre cher vieil ami était Dieu.

« Très bien. La théocratie de Ramissh se positionne aux côtés de Brunhild. Beaucoup de nos Chevaliers Templiers ont utilisé la simulation de Frame Gear que vous nous avez prêtée, Touya. Notre nation peut vous envoyer quelques pilotes compétents. »

« Hein ? »

Les Templiers m’aideront aussi ? C’est en fait un grand soulagement… J’espère qu’ils comprendront dans quoi ils s’embarquent. Voyant la proclamation éhontée du pape, le Roi-bête leva soudain la main.

« Hé maintenant, Mismede offrira aussi son soutien à Brunhild ! Je ne peux certainement pas laisser une situation aussi intéressante que celle-ci se passer sans moi. »

« Belfast participera naturellement aussi. »

« Et Regulus. »

« Refreese agira également. »

« L,Lihnea sera aussi avec Brunhild ! »

« Hum… En êtes-vous tous sûrs ? Cette situation est assez dangereuse, vous savez… »

Au moment où j’étais sur le point d’expliquer à nouveau les dangers, ils m’avaient tous noyé sous des protestations qui se résumaient à : « Nous avons pris notre décision, nous devons y faire face. » Ces types étaient vraiment irritants.

Pourtant, la mission était hautement risquée et ne comportait aucun avantage. Je ne comprenais pas pourquoi ils se joindraient à nous. Quand j’avais mentionné ce détail, le roi de Belfast parla.

« Nous avons nos raisons, croyez-moi. Tout d’abord, le pouvoir national du Yulong diminuera après cela, de sorte qu’ils devront compter sur l’aide étrangère. C’est mieux de gagner les faveurs d’eux maintenant pour les endetter. Deuxièmement, nous aimerions que nos propres chevaliers acquièrent de l’expérience dans le combat contre la Phase. Nous ne savons pas quand nos nations pourraient subir le même sort que Yulong. Troisièmement, nous voulons nous assurer que Brunhild soit protégé. Ou plus précisément, toi. Les produits et la culture de ta nation sont une chose précieuse, mon garçon. Si tu mourais pendant cet incident, nous perdrions une personne révolutionnaire. C’est comme ça que moi, je vois les choses. »

C’était logique. C’était une façon assez astucieuse d’opérer. Même si Yulong survivait, nous n’avions aucune idée de ce qui se passerait par la suite. Et nous ne savions pas non plus si l’empereur céleste était encore en vie.

Personnellement, je me fichais de savoir que l’empereur céleste est mort ou non. Probablement parce qu’il avait essayé de me tuer. Je voulais juste aider les gens de Yulong.

« Le problème, c’est de savoir comment la situation va s’améliorer une fois que cet incident sera fini… »

« Pensez-vous que les pays voisins pourraient envahir un Yulong affaibli ? »

« Est-ce qu’ils le feraient ? Si cela se produit, alors le territoire de Brunhild à la frontière de Hannock pourrait être utile. »

Voyons voir… Actuellement, Yulong a des frontières communes avec… Un, deux, trois… Six pays. Et si Eashen profitait de la situation, cela ferait sept risques.

À l’ouest se trouvait le royaume d’Hannock. Au nord se trouvait Xenoahs, le royaume des démons. Le royaume de Nokia était au nord-est, et Eashen, la nation divine, se situait aussi à l’est. Le royaume d’Horn et le royaume de Felsen étaient au sud. Enfin, l’Union Roadmare était au sud-ouest, de l’autre côté d’une rivière.

Il était presque impossible de prédire ce qui arriverait à un pays aussi vaste, entouré de tant de pays différents.

Pour l’instant, nous avions décidé de régler le problème.

« Puisque vous coopérez tous avec moi, je vous enverrai vingt Frame Gears chacun. Dix-huit Chevaliers Lourds, et deux Chevaliers Noirs pour vos commandants. Veuillez choisir vos pilotes avec soin. Il y aura environ quatre-vingt-dix Frame Gears pour Brunhild et cent vingt pour les autres pays alliés. Nous les affronterons avec une force combinée d’environ deux cent dix Frame Gears. »

« Nos chiffres font pâle figure en comparaison… Je suppose que chaque soldat devra en tuer une cinquantaine pour que l’on puisse espérer gagner. Honnêtement, je doute de nos chances, mais… Tu as peut-être un plan ? »

« Actuellement, les types de Phases qui composent l’invasion sont des Petites Phases de petit niveau ou de niveau intermédiaires. Les Phases de petit niveau ne devraient pas poser de problème si nous utilisons correctement les Frame Gears. Lancez la recherche. Afficher les Phases intermédiaires. Indiquez-les avec des marqueurs bleus. »

Soudainement, plusieurs marques rouges sur la carte s’étaient transformées en marques bleues.

« Recherche en cours. Recherche terminée. Affichage. Total des Phases intermédiaires : Mille trente-cinq. »

« … Donc, environ 10 % d’entre eux. Même si chaque personne en abat cinq, on devrait s’en sortir. On pourrait peut-être y arriver, après tout… », murmura l’empereur de Refreese tout en fixant l’écran et en se tapotant le sommet de sa tête chauve et brillante.

« Eh bien, en théorie… Mais dans la pratique, il y aura beaucoup de Phases de petit niveau, donc ce sera un peu plus compliqué de les affronter. Mais j’ai un plan. »

J’avais commencé à présenter ma stratégie. Elle n’était pas particulièrement complexe non plus. Le plan était d’utiliser le bruit de la Phase souveraine que j’avais reçu d’Ende pour diviser les Phases et les faire voyager dans trois directions.

Ensuite, j’utiliserais activement ma magie [Porte] pour envoyer des combattants sur le champ de bataille au besoin. Nous n’avions qu’à équilibrer nos unités et à les déployer dans les zones concernées au bon moment.

« Ah, attendez un moment… Cela signifie-t-il que vous ne piloterez pas un Frame Gear, Touya ? »

« C’est exact, oui. J’utiliserai ma magie de vol pour m’élever bien au-dessus du champ de bataille. Je vous soutiendrai et je serai votre unité de secours. »

J’avais répondu avec confiance à la requête du pape. M’avoir comme soutien était probablement le choix le plus sage. Il n’y avait aucun moyen de savoir quel genre de problème inattendu pouvait survenir sur le champ de bataille. Je devrais être en mesure de me déplacer librement et de réagir en cas de danger.

« En effet, c’est raisonnable. Dans un champ de bataille divisé en trois, seul Touya peut voir toute l’étendue du champ de bataille. Et lui seul peut envoyer des gens d’un côté et de l’autre en utilisant sa magie. »

« C’est exact. En plus, j’ai les capacités de combat pour m’opposer à la Phase au corps à corps. »

« Hrmph... Mais si vous pouvez les combattre sans Frame Gear… pourquoi s’embêter à en avoir un en premier lieu ? »

« C’est vrai que tel que je suis je peux les détruire, mais ça prendra du temps. Plus de temps qu’il le devrait. Si je pilote un Frame Gear, je pourrais les écraser librement. »

J’avais répondu à la question de l’empereur de Refreese et j’avais terminé précipitamment la réunion avant que d’autres questions stupides ne surgissent. Yulong était en pleine crise, je n’avais donc plus le temps de bavarder. Il fallait se dépêcher.

« Le rassemblement aura lieu dans une heure. Utilisez ce temps pour choisir vos pilotes et expliquer la situation. »

J’avais ouvert une [Porte] et j’avais renvoyé les chefs, avec leurs escortes, chez eux.

On avait beaucoup à faire. Beaucoup de choses à faire et si peu de temps. Il fallait se dépêcher.

***

Partie 10

« Oh mon Dieu… Quelque chose de grave est arrivé et je ne l’avais même pas remarqué, hein… ? »

Le dieu de l’amour… Ou plutôt Karen, ma sœur… mangeait un cookie pendant que je lui faisais un résumé de la situation… Tu fous des miettes partout sur le tapis.

« Ouais… Donc… Je me demandais si tu pourrais nous aider. »

« Ohh… Impossible, petit frère. Je ne peux utiliser mes pouvoirs librement uniquement s’il s’agit de question amoureuse. Je ne peux donc rien faire qui ne soit pas en rapport avec l’amour, à moins que ce soit pour attraper ce dieu servile, vois-tu ? »

« Les questions d’amour… Comme quoi, exactement ? »

« Hmhm… Je veux dire quelque chose comme… amener un garçon chevalier et une fille chevalière ensemble sur le champ de bataille. Et les séparer, des choses comme ça… »

C’était un peu inutile… Les problèmes amoureux ne seront d’aucune utilité contre la Phase. Je suppose que c’était inutile de lui demander de l’aide.

« Tu pensais à quelque chose d’impoli à l’instant, n’est-ce pas ? »

« Owh… Désolé ! Laisse-moi partir… Ça fait mal ! »

Tandis que Karen me pinçait la joue, je lui crachais des excuses frénétiquement.

Merde, même ce dieu est un tyran… ! Elle s’assoit ici avec désinvolture et n’est sérieuse que pour des trucs stupides !

« … Tu as encore pensé à quelque chose de grossier, vois-tu ? »

« Excuse-moi ! Owh ! Owwwhwh !! »

Je pouvais tolérer le pincement parce que c’était, eh bien, moi. Mais si elle avait fait ça à une personne normale, elle serait probablement morte… Elle avait vraiment une force terrifiante. Je frottais mon visage peiné pendant que je me rendais à Babylone.

Rosetta, Monica et les mini-bots étaient en train de faire des ajustements de dernière minute à quelques Frame Gears.

« Que se passe-t-il ? »

« Eh bien, nous avons réussi à tout faire… Il y a deux cent dix Frame Gears ici, monsieur ! Nous avons en plus quarante Frame Gears de réserve, soit deux cent cinquante Frame Gears au total, oui ! Ils seront prêts à se déployer dans 30 minutes ! »

« Maître… Tu devrais m’emmener sur le champ de bataille… Je vais montrer à ces Phases une mort monstrueuse comme ils n’en ont jamais connu jusqu’ici ! », cria Monica en soulevant sa clé par-dessus son épaule.

Il était indéniable que de toutes les gynoïdes de Babylone, c’était la plus douée pour le combat. En fait, je voulais qu’elle se concentre sur l’entretien, alors nous ne pouvions pas nous permettre le luxe de l’envoyer comme ça.

« Vois-tu les détails que j’ai ajoutés ici, monsieur !? Les épaulettes sont d’une couleur différente en fonction du pays ! J’ai aussi ajouté les armoiries royales de chaque pays sur chaque Frame Gear, monsieur ! »

« Bon travail. »

Les épaulettes droites de chaque Frame Gear avaient été peintes de différentes couleurs en fonction de la nation à laquelle ils allaient été assignées. Rouge pour Belfast, bleue pour Refreese, violette pour Regulus, verte pour Mismede, jaune pour Ramissh et orange pour Lihnea. Les épaulettes gauches étaient également peintes, mais avec des chiffres indiquant de quelle unité il s’agissait. Cela n’avait pas vraiment l’air très esthétique, mais il était nécessaire de savoir qui était qui sur le champ de bataille.

Mais c’était un travail rapide, donc ce n’était pas comme si nous pouvions faire grand-chose pour l’éviter.

« Et les armes ? »

« Elles sont fabriquées dans l’atelier, monsieur ! Mais la quantité d’armes en cristal de Phase est limitée ! »

« Eh bien, je suppose que nous manquons de matériel… L’atelier ne peut-il pas fabriquer des armes pour les Frame Gears avec des morceaux plus petits ? »

« Maître, monsieur ! L’atelier ne fonctionne pas comme ton sort [Modelage] ! On ne peut pas se contenter de souder de petits fragments de Phase pour en faire des plus grands ! Fabriquer des armes légères pour les humains, c’est facilement faisable, mais fabriquer en masse des armes de la taille d’un Frame Gear est inefficace et gaspille beaucoup d’argent, monsieur ! »

« Si je devais prendre un exemple pour te l’expliquer… produire en série dans l’atelier, c’est comme utiliser une dague en remplacement d’une pointe de lance. Il est assez facile de lancer une production de masse de pointes de flèches, mais il faudra quand même viser juste pour les faire fonctionner. Les armes que vous produirez ici risquent de gêner vos hommes plutôt que de les aider. En plus, si tu n’y déverses pas ta magie, c’est fragile et sans aucune utilité… ! »

J’avais compris. Sans ma magie, l’armement en cristal de Phase était aussi utile que du verre.

Les Frame Gears et leurs armes semblaient tous triés. Tout ce que j’avais à faire, c’était de les confier à l’ordre des chevaliers.

Je n’étais même pas arrivé à la caserne qu’ils se précipitaient déjà tous anxieusement vers moi.

« Seigneur… On a fini de se préparer. Nous pouvons nous déployer à tout moment. »

Rebecca s’était exprimée avec confiance. Logan, qui se tenait à côté d’elle, hocha aussi la tête fermement. Ni l’un ni l’autre n’avait même montré le moindre soupçon de peur.

Tous les membres de l’ordre des chevaliers n’embarqueraient pas à bord des Frame Gears et ne se joindraient pas au combat. Par exemple, certains démons, comme les ogres et les lamias, ne pouvaient pas y entrer. De plus, quelques membres de l’ordre des chevaliers ne pouvaient tout simplement pas utiliser de Frame Gear à cause de la claustrophobie, du mal des transports et d’autres raisons diverses.

Ces soldats resteront à la base et offriront leur appui de toutes les façons possibles.

« C’est une bonne chose. Écoutez, ne vous inquiétez pas. N’essayez pas non plus d’être des héros. Vos vies sont les choses les plus importantes ici. Si vous pensez que vous êtes en danger, il n’y a pas de honte à fuir. Il n’y a aucun honneur à mourir dans un Frame Gear, je vous le promets. Une fois qu’on sera rentrés sains et saufs, on fêtera ça, d’accord ? »

J’étais en train de leur faire un petit discours improvisé, leur rappelant qu’ils étaient importants. Je ne voulais pas qu’un seul d’entre eux perde espoir. Je ne voulais pas qu’un seul d’entre eux meure.

« Ne surestimez pas vos propres capacités. Vous ne devez jamais prendre de haut vos ennemis. Il n’y a pas de honte à avoir un peu peur. Si vous ne pouvez pas le vaincre seul, alors mettez-vous-y à deux. Si ce n’est toujours pas bon, alors allez-y à trois. Vous ne pouvez pas vous permettre de combattre ces monstres de manière équitable. »

J’avais l’intention de les soutenir autant que je le pouvais, mais il y aurait naturellement des moments où je ne pourrais pas être là. Les Frame Gears avaient au moins une option d’évacuation d’urgence. Pourtant, si le cockpit était écrasé, il ne pourrait pas être sauvé.

La sécurité était la priorité numéro un. Après leur avoir rappelé cela, j’étais retourné au château.

J’étais allé dans ma chambre et j’avais trouvé Elze et les autres qui m’attendaient. J’avais demandé à Elze et Yae de se battre avec moi. Les trois autres resteront dans la base et aideront ceux qui étaient blessés.

« Mais… Je peux me battre, je peux vraiment… ! »

« Lu, tu es la princesse de Regulus. On ne peut pas te laisser combattre aux côtés de Regulus. Ils pourraient prioriser ta sécurité au mépris de la mission. »

C’était à peu près la même chose dans le cas de Yumina. Quant à Linze, elle n’était pas vraiment faite pour ce genre de combat. La Phase pouvait absorber la magie, et nous avions besoin de ses sorts de Lumière pour guérir toute personne potentiellement blessée.

« Elze, Yae et Lain seront déployés à trois endroits différents. Aussi, je vais demander à Kokuyou et Sango de rejoindre Elze, Kohaku de rejoindre Yae, et Kougyoku de rejoindre Lain. Comme ça, ils pourront rester en contact avec moi. »

Grâce à la télépathie, nous pouvions parler, peu importe la distance. De telles informations seraient vitales pour moi, pour savoir comment me déplacer sur le champ de bataille.

« Touya, n’en fais pas trop… »

« Ça va aller. Nous reviendrons tous sains et saufs. Mais l’heure approche… On doit y aller. »

J’avais emmené tout le monde avec moi par une [Porte]. Nous étions arrivés sur mon mur à la frontière d’Hannock, dans une installation spéciale que j’avais appelée… QG.

Juste à la frontière d’Hannock se dressait la Grande Muraille de Brunhild. Devant elle se tenaient environ deux cent cinquante Frame Gears. La vue était incroyable.

Les chevaliers de chaque pays étaient montés à bord de leurs Frame Gears et attendaient l’ordre de mobilisation. Au QG, les dirigeants de chaque pays observaient l’activité des Phases sur un grand tableau projeté composé de plusieurs écrans.

Il y avait seize écrans et flux différents, alignés dans un ensemble de lignes et de colonnes de quatre sur quatre. Chacun affichait des images et des flux vidéo différents.

J’avais convoqué plusieurs Valkyries plus tôt et je leur avais demandé de voler avec des caméras pour enregistrer correctement la situation.

« Je suis content qu’on soit là. De cette façon, nous pouvons voir l’état des choses. »

« … L’attente me tue, je dois l’admettre. »

Je me tenais à côté du pape de Ramisch et de l’empereur de Refreese. J’avais regardé un peu autour de moi, puis je m’étais adressé aux commandants et aux vice-commandants de chaque nation.

Les officiers de Belfast étaient le commandant Neil et le vice-commandant Lyon. Le commandant de Régulus était ce vieux borgne de Gaspar et le vice-commandant de Mismede était l’homme-loup, Garm. Je ne connaissais que ces quatre-là.

J’avais vaguement reconnu les autres commandants et vice-commandants, mais je n’avais jamais pu échanger de mots avec eux.

« Très bien, voilà notre plan d’action. Les 90 Frame Gears de Brunhild se diviseront en trois équipes de trente personnes. Ensuite, ils se déploieront à trois endroits différents qui se trouvent de part et d’autre de la capitale de Yulong. J’ai provisoirement nommé ces escouades A, B et C. Belfast et Regulus accompagneront l’escouade A, Mismede et Ramissh accompagneront l’escouade B, et Refreese et Lihnea accompagneront l’escouade C. Cela créera trois équipes de soixante-dix membres, et tout ce que vous avez à faire après le déploiement est d’attendre mon commandement. »

J’avais affiché trois marqueurs sur la carte projetée, indiquant les points A, B et C.

« La Phase devrait commencer à se déplacer vers le point A quand je commencerais le plan. Après avoir attiré le groupe principal, je me rendrai au point B afin d’attirer un groupe dissident à cet endroit. Ensuite, je passerai au point C et effectuerai la même action, on les divisera en trois groupes gérables. »

Lyon leva alors timidement la main.

« Et s’ils ne se séparaient pas ? »

« Je pourrai utiliser [Porte] pour envoyer librement des unités sur les différents points. Dans l’idéal, je déplacerai dix unités à la fois comme une seule équipe, mais je préférerais que les pays ne se mélangent pas trop. »

« Et comment pourrions-nous communiquer ? »

« Chaque Frame Gear a un dispositif de communication à courte portée. La portée n’est pas trop grande, vous ne pourrez donc pas communiquer avec d’autres personnes à d’autres endroits, mais vous pourrez parler librement avec d’autres personnes dans votre voisinage. Quant aux communications à longue portée… C’est là que ces trois-là entrent en jeu. Yae, Elze et Lain peuvent transmettre des informations à d’autres champs de bataille, et à moi, si nécessaire. »

J’avais changé l’affichage et j’avais affiché trois Frame Gears. Le Comte Brillant de Lain était peint en blanc pur. Yae avait un Baron Chevalier qui était peint en violet, et Elze avait un Baron Chevalier qui était peint en cramoisi. Cela aurait pu faire un très bon numéro de comédie, car ces trois Chevaliers Noirs n’étaient pas du tout noirs.

Le Frame Gear de Yae était équipé d’une lame en cristal incurvée, et celui d’Elze était équipé de gantelets en cristal brut. J’avais fait les deux armes avec du cristal de Phase. Lain possédait aussi une épée faite avec du matériel similaire.

« Alors, voilà comment on va procéder. Évaluez la situation sur vos sites individuels et agissez en conséquence. Si vous voyez quelque chose d’inhabituel ou de suspect, contactez-moi immédiatement. De plus, si vous voyez un Frame Gear rouge très rapide, ne vous inquiétez pas, il est notre allié. Des questions ? »

« J’ai entendu dire qu’il y avait des Phases volantes. Comment devrions-nous faire face à ces ennemis ? »

« Je vais m’occuper d’eux. Essayez d’éviter de prendre des dommages. Il y a aussi certaines Phases qui peuvent tirer des flèches en cristal ou des missiles. Si votre Frame Gear est trop endommagé, vous serez renvoyé ici. Mais si votre cockpit est directement détruit, vous ne serez pas renvoyé dans les temps, alors restez sur vos gardes. »

Chaque commandant était monté à bord de leurs Chevaliers Noirs respectifs après que j’avais expliqué la stratégie. Les soldats s’étaient réparti respectivement en escadron A, escadron B et escadron C. Lain s’était ensuite joint à l’escadron A, Yae s’était jointe à l’escadron B et Elze s’était jointe à l’escadron C.

Kougyoku, Kohaku, et Kokuyou et Sango avaient également embarqué avec les trois personnes respectives. Ce sera ma façon de communiquer efficacement avec chaque équipe. J’avais aussi demandé à Norn de se joindre à l’escouade B, et à Nikola de se joindre à l’escouade C en renfort. Yae et Elze allaient se déplacer librement et ne pas se concentrer trop sur les ordres, c’était pourquoi j’avais pensé qu’il était plus intelligent d’avoir un vice-commandant derrière chacune d’elles.

J’avais plusieurs Frame Gears en réserve, Tsubaki, le vieux Baba, et un Cerbère étaient stationné au QG au cas où. S’il arrivait quelque chose de mal, ils me contacteraient.

J’avais déplacé l’escouade A, l’escouade B et l’escouade C à leurs emplacements respectifs en utilisant la [Porte].

J’avais rejoint la bataille aux côtés d’une escouade. Il était temps de se préparer.

{Il est temps de commencer. Je vous fais confiance pour relayer mes ordres.}

{Comme vous l’ordonnez.}

{Très bien, mon seigneur.}

{Bien sûr, chéri…}

Kohaku, Kougyoku, Kokuyou et Sango avaient tous pris leur service.

J’avais remonté l’affichage de ma carte et j’avais confirmé où se trouvaient les Phases sur la carte. Puis, j’avais sorti une des petites diapositives qu’Ende m’avait données de ma poche de poitrine.

« … Il vaudrait mieux que ça fasse quelque chose. »

Je savais que je frapperais Ende si c’était une farce ou quelque chose comme ça. J’avais appliqué un peu de force, cassant la lame d’un coup ferme.

« Huh… »

Aucun son n’était sorti. J’avais commencé à me douter qu’il m’avait piégé. J’avais regardé la carte avec anxiété et j’avais constaté que toutes les Phases présentes à Yulong avaient cessé de bouger. Après quelques instants… ils avaient tous commencé à charger vers moi. Ça avait marché, apparemment. Il semblerait que, quel que soit le bruit que fasse la Phase Souveraine, cela dépassait l’entendement humain.

De toutes les Phases qui se dirigeaient vers nous, certaines avançaient plus vite que d’autres. J’avais une petite idée de la raison pour laquelle cela se produisait. Hm… Je me le demande…

« Recherche. Affichez n’importe quelle Phase volante avec des marqueurs jaunes. »

« Compris. Affichage. »

Le groupe de Phases qui se dirigeait vers nous fut rapidement parsemé de jaune. Heureusement, c’était comme je m’y attendais. Il n’y avait pas beaucoup d’ennemis volants. Il n’y en avait qu’une dizaine.

Les Frame Gears ne pouvaient pas voler, donc je n’avais pas d’autre choix que de m’en occuper moi-même. J’avais pris deux grandes épées en cristal de Phase. Je préparais mes armes.

{Kougyoku, je vais tuer les Phases volantes qui viennent par ici. Le premier groupe au sol devrait apparaître dans une quinzaine de minutes.}

{Compris. S’il vous plaît, restez en sécurité.}

J’avais envoyé un message télépathique à Kougyoku, qui était avec Lain dans le Chevalier Blanc.

« Très bien, il est temps pour le spectacle de commencer. »

J’avais invoqué [Vol], je sautais dans le ciel et j’étais parti à la rencontre des Phases volantes.

La bataille allait commencer.

***

Partie 11

« Hup ! »

J’étais passé à côté d’un groupe de Phases volantes, fendant leurs noyaux au fur et à mesure que j’avançais. L’une était tombée, puis une seconde.

Une troisième, et une quatrième… J’avais fait plusieurs passages au travers du groupe de Phases volantes.

J’avais regardé vers le bas et j’avais vu un groupe de Phases qui s’accumulaient à mesure qu’elles se précipitaient. Je n’avais pas d’autre choix que de faire confiance à Lain et aux autres pour s’occuper d’eux. Mon rôle était d’abord et avant tout de tuer ceux qui volaient. J’avais eu de la chance de ne pas avoir eu à rencontrer des Phases intermédiaires comme la Phase en forme de Manta.

Je volais dans le ciel, j’étais parti à la rencontre d’un autre groupe d’ennemis volants, puis j’avais fait un piqué, tuant ainsi un groupe au sol. Je m’étais concentré sur l’anéantissement des petites Phases tout en ignorant les plus grandes.

J’avais gardé ma carte affichée, suivant constamment leurs mouvements. Le groupe le plus éloigné avait commencé à se diriger dans cette direction. Ils ne bougeaient pas normalement… On aurait dit qu’ils fonçaient dans notre direction.

« La bataille au point A va bientôt commencer. Je vais au point B. »

À en juger par la situation sur la carte, presque toutes les Phases présentes à Yulong allaient converger vers la position de Lain.

J’avais ouvert une [Porte] et je m’étais rendu au point B. Le groupe de Yae était là, actuellement en attente. Les soldats de Mismede et de Ramissh m’avaient réservé un accueil chaleureux.

{Je suis sur le point de commencer à appeler les Phases vers moi. Que tout le monde se prépare à combattre !}

{Comme vous le voulez.}

J’avais envoyé un message télépathique à Kohaku. Le plan était que Kohaku transmette le message à Yae, puis que Yae transmette le message aux autres. J’avais regardé tous les Frame Gears brandir leurs armes et j’avais ressenti un léger sentiment de fierté. Sur ce, j’avais pris la lame de ma poche de poitrine et je l’avais cassé.

Sur l’affichage de ma carte, je voyais que les Phases se déplaçant vers le point A s’étaient légèrement divisées, un groupe chargeant maintenant dans la direction du point B. Environ la moitié d’entre eux s’était séparé et avait commencé à se diriger vers ma position actuelle. Il n’y avait plus de Phases de type volant, alors ils se déplaçaient tous à peu près à la même vitesse.

« Cherchez. Affiche le nombre total de Phases. »

« Compris… Recherche terminée. Douze mille sept cent dix-sept Phases. »

Le nombre sur l’écran avait déjà commencé à diminuer régulièrement. C’était parce que la bataille au point A avait déjà commencé. Si je me souvenais bien, il y en avait plus de treize mille lorsque j’avais lancé les recherches… Cela signifiait qu’Ende en avait tué environ un millier par ses propres moyens.

J’avais utilisé [Vol] pour me tenir sur l’épaule du Frame Gear de Yae.

« La Phase devrait être là dans quelques minutes, d’accord ? Je compte sur toi. »

« Je comprends. Tu peux compter sur moi. »

J’avais utilisé une [Porte] pour me diriger vers le point C, je me décidais d’aller voir Elze.

J’avais été accueilli par un trio de robots. Le Frame Gear écarlate d’Elze, équipé de gantelets transparents. Le Frame Gear écarlate de Monica, équipé d’une énorme clé en cristal. Nikola, de son côté, pilotait un Chevalier Noir standard.

{La bataille a commencé au point A. Elle est sur le point de commencer au point B, aussi. Je vais attirer les autres ici.}

{Compris.}

{Bien sûr.}

Comme Sango et Kokuyou l’avaient dit, j’avais brisé la troisième lame. Quelques-unes des Phases se dirigeant vers le point B s’étaient séparées et s’étaient dirigées vers le point C.

« Hrmph... On n’en a pas attiré autant que prévu. »

Mon timing pour casser les lames était peut-être un peu décalé… La répartition entre les trois endroits n’était certainement pas égale.

J’avais regardé vers la carte et j’avais essayé de me faire une idée des nombres. Environ cinquante pour cent de toutes les Phases se dirigeaient vers le point A, trente pour cent étaient en route vers le point B, et vingt pour cent venaient vers le point C.

« On dirait que Lain va devoir gérer le plus gros des troupes… »

J’avais décidé d’envoyer plusieurs troupes du point C pour fournir des renforts au point A. Après tout, nous n’avions pas besoin d’autant de troupes ici.

Je m’étais tenu sur l’épaule du Frame Gear de Monica, puis j’avais donné mes ordres.

« Monica et vingt soldats Brunhild iront au point A ! Préparez-vous à la téléportation, mais sachez que la bataille a déjà commencé là-bas. »

« Il est temps qu’ils sentent la froide lourdeur de ma clé. Maître, ne t’en fais pas, je les tuerai tous ! »

J’avais ouvert une [Porte], envoyant Monica et vingt soldats au point A. Je les avais tous retrouvés dans le feu de l’action.

Les soldats détruisaient les petites Phases et les coupaient en morceaux avec leurs armes. Puis, ils se tournèrent vers les Phases intermédiaires, concentrant leurs attaques.

« Chargez ! »

J’avais sauté de l’épaule du Frame Gear de Monica, en me penchant sur une Phase arrivante. Les soldats autour de moi avaient tous couru vers l’avant dans la bataille, tuant plusieurs petites Phases en un éclair.

« Dégagez le passage, et plus vite que ça ! »

Monica avait fait basculer sa clé contre le torse d’une Phase intermédiaire. Elle s’était brisée en morceaux, Monica avait écrasé le noyau en un instant. Puis, sa jambe avait continué sur sa lancée, détruisant ainsi plusieurs petites Phases.

Je ne voulais pas me faire frapper, alors je m’étais éloigné du milieu de la mêlée et j’avais fini par tuer quelques petites Phases par moi-même. J’avais regardé le compteur sur la carte et il était déjà tombé à dix mille huit cent cinquante-deux.

La bataille au point B avait aussi commencé. La bataille au point C était sur le point de commencer également. J’avais besoin d’exterminer les petites Phases aussi vite que possible. Soudainement, un message télépathique était arrivé de Kougyoku.

{Mon seigneur. L’unité 15 de Régulus a subi de graves dégâts. Il doit se retirer.}

Quoi !? J’affichais la carte et je m’étais dirigé vers la zone. J’avais trouvé un Chevalier avec une jambe cassée et un bras tranché qui roulait sur le sol. Sa tête avait aussi été complètement écrasée.

Je m’étais approché et j’avais ouvert l’écoutille de la poitrine, juste pour m’assurer que le gars n’était pas encore coincé là-dedans. Heureusement, il était vide. On aurait dit qu’il avait été renvoyé au QG.

J’avais utilisé [Stockage] pour ranger le Frame Gear cassé. Comme je l’avais fait, j’avais reçu un autre message.

{Maître, monsieur ! Regulus Quinze dit qu’il peut retourner au front !}

{Quel est son état ?}

{Il va bien ! Il s’est levé et a dit qu’il voulait se battre à nouveau, monsieur !}

{Compris. Alors qu’il se tienne prêt à repartir.}

Le Cerbère que j’avais stationné au QG avait relayé la voix de Rosetta. J’avais été soulagé d’apprendre que le pilote allait bien.

J’avais utilisé une [Porte] pour le convoquer lui et son nouveau Frame Gear sur le champ de bataille en quelques secondes.

Le Chevalier qu’il pilotait était identique au précédent à tous points de vue… Sauf un seul. Le numéro violet sur son épaule avait été griffonné en toute hâte.

Néanmoins, les circonstances actuelles n’exigeaient pas qu’on fasse trop de distinction entre les gens, de sorte que son apparence n’était pas si importante que ça.

L’unité 15 de Regulus s’inclina brièvement devant moi et se remit à fracasser des monstres.

Il n’avait pas fallu longtemps pour que toutes les Phases intermédiaires tombent, il ne s’agissait donc plus que de nettoyer les petites Phases. Si la taille d’un Frame Gear était la taille d’une personne, alors les petites Phases ici présentes seraient de la taille d’un chien moyen. Plusieurs d’entre elles se brisaient en morceaux chaque fois qu’un soldat baissait son arme.

{La prochaine vague devrait arriver dans environ cinq minutes. Tout le monde peut se reposer un peu, mais doit se préparer à se battre à nouveau à n’importe quel moment.}

J’avais envoyé un message télépathique à Kougyoku, qui accompagnait Lain. Puis, j’avais ouvert une [Porte] au point C et j’y étais allé.

Contrairement aux deux autres endroits, il n’y avait pas beaucoup d’ennemis au point C. J’avais envisagé d’envoyer des troupes ailleurs.

Mais quand même, la bataille au point C avait aussi commencé. Plusieurs Frame Gears avaient coincé les Phases intermédiaires et avaient commencé à les combattre. Les petites Phases n’avaient aucune chance ici non plus.

Je plongeais dans la mêlée et je tuais aussi un tas de petites Phases. Pourtant, pour chaque personne que j’avais tuée, deux autres avaient pris leur place.

{Mon seigneur… le Frame Gear 11 de l’unité Ramissh est gravement endommagé.}

La voix de Kohaku avait résonné dans ma tête. Il fallait donc que je revienne au point B. J’étais vraiment poussé fort… Je venais juste d’arriver au point C et je devais déjà faire marche arrière.

J’étais retourné au point B, j’avais ramassé le Frame Gear brisé et j’avais redéployé le Frame Gear 11 de l’unité Ramissh.

J’avais jeté un coup d’œil au compteur de Phases et j’avais constaté qu’il avait diminué à neuf mille quarante-trois. C’était une bonne nouvelle, puisqu’on en avait déjà tué plus d’un millier.

La situation était difficile, mais il semblerait que nous allions sûrement l’emporter.

J’avais tué, tué et tué encore. J’avais écrasé autant de Phases que je le pouvais dans les airs.

Quand je ne tuais pas, je ramassais les Frame Gears abîmés et j’envoyais les unités de réserve.

Heureusement, il n’y avait pas eu de victimes, mais beaucoup de gens avaient reçu des commotions cérébrales à cause de l’impact de la chute dans leur Frame Gear. Bien sûr, ils pouvaient être soignés au QG, mais notre nombre diminuait lentement mais sûrement.

Il n’était pas surprenant que nos soldats ne finissent par être fatigués à mesure que nous étions confrontés à des obstacles insurmontables. Chaque homme devait tuer cinquante Phases. On n’était donc clairement pas avantagé avec autant d’ennemis contre nous.

La carte me confirma que des vagues d’ennemis arrivaient sans cesse sur ces trois points. Le nombre de Phases avait déjà été réduit d’environ cinq mille, mais nos soldats allaient rapidement atteindre leurs limites.

« Haaah ! »

Le poing d’Elze avait brisé le corps d’une Phase intermédiaire, en attrapant son noyau et en l’écrasant d’un coup de pied. Le vice-commandant de Refreese, spécialement équipé d’une lance en cristal de Phase, en avait percé une autre et en avait détruit le noyau.

J’avais sauté sur le Frame Gear du vice-commandant et je l’avais appelé.

« Ah, pardonnez-moi. Il n’y en a plus beaucoup ici, alors je vous enverrai, vous et les autres unités de Refreese, au point B. »

« Très bien. Donnez-nous un moment. »

La voix hurlant à travers les haut-parleurs s’était soudainement arrêtée, puis les chevaliers Refreese environnants avaient piloté leur Frame Gear dans ma direction.

J’en avais déplacé au total dix-sept vers le point B. J’étais resté sur l’épaule du vice-commandant, j’étais allé jusqu’au bout avec eux.

Le point B était au milieu d’un combat acharné, et les forces combinées de Ramissh et de Mismede rendaient à la Phase la monnaie de sa pièce. Les soldats de Refreese n’avaient pas perdu de temps pour se joindre à nous.

Un chevalier voisin frappa une Phase avec sa masse, bloquant habilement une flèche de cristal avec son bouclier en même temps. Le coup avait fait plusieurs fissures le long de la surface de la créature, et les autres chevaliers lourds avaient suivi avec leurs propres lances. Cela semblait presque cruel à regarder, c’était comme s’ils intimidaient la pauvre Phase… Mais il était simplement question de tuer ou d’être tué.

Un groupe de petites Phases était arrivé pour sauter sur les soldats. Les Chevaliers Lourds les repoussèrent avec facilité, les brisant avec leurs grosses armes.

Ils savaient clairement comment se comporter, mais les soldats montraient des signes de fatigue. Leurs mouvements devenaient subtilement plus lents de minute en minute.

« Hein ? » Un Frame Gear rouge avait soudainement fait irruption sur la scène à une vitesse incroyable. Ce n’était pas Elze, car elle était au point C, et j’étais actuellement au point B. Je m’étais dit que cela devait être Ende.

Je pensais qu’il se cacherait et s’enfuirait dès le début de la bataille… J’avais sous-estimé la valeur de sa parole.

Il dansait sauvagement, faisant voler ses deux lames jumelles tout en massacrant chaque Phase sur son passage. Il visait avec une précision effrayante, frappant les noyaux de chacun délibérément et rapidement. Ce type avait surclassé tous les autres combattants sur le terrain.

Alors que je me dirigeais vers le Frame Gear d’Ende, l’écoutille s’était ouverte et il s’était révélé à moi.

« Yo, Touya. Je pense partir bientôt, c’est d’accord ? »

« Honnêtement, tu m’as déjà aidé plus que ce à quoi je m’attendais, alors ça devrait aller. »

« Non, non, non… Tu vois, il y a quelque chose dont je dois m’occuper. Je ne peux pas continuer à t’aider, car je vais manquer de temps. Bref, je suis venu te prévenir. »

Ende leva un seul doigt, me souriant diaboliquement pendant qu’il parlait.

Hein ? Un avertissement ?

« Ouais… Une Phase supérieure arrive. Tu sais, un vrai gros boss. Elle n’est pas encore dans ce monde, mais elle va faire une brèche dans le nord-ouest. Je m’attends à ce qu’elle frappe dans cinq minutes. Tu devrais probablement organiser une retraite si tu te soucies de ton peuple et de sa sécurité. »

« Quoi… !? » Une Phase supérieure !? N’était-ce pas l’une des Phases les plus fortes!?

« Pourquoi il y en a une comme ça ici !? »

« Tu sais, je n’en suis pas vraiment sûr. C’est probablement parce qu’il y a eu tellement de Phases qui se sont déversées en même temps. La déchirure qu’ils ont faite est assez grande pour permettre à un supérieur de passer, et… nous y voilà ! Ne t’inquiète pas, la déchirure commencera à se rétrécir dès qu’elle passera dans ce monde, alors ne t’attends pas à ce qu’il y en ait d’autres bientôt. »

Ses paroles n’étaient guère réconfortantes. Je ne savais pas pourquoi il était si nonchalant.

« Eh bien, bonne chance ! À plus tard, Touya. »

« Hé maintenant ! »

En quelques secondes, Ende et son Dragoon avaient disparu dans le néant. Il avait utilisé sa téléportation magique… Mais ce n’était pas le moment d’y penser.

{Kohaku ! Évacue tout le monde dans la zone nord-ouest ! Il y a une Phase supérieure qui arrive ! Vite !}

{Quoi !? Je comprends !}

Kohaku avait transmis l’information, et tous les Frame Gears du Nord-ouest avaient commencé à reculer un par un. Ils n’avaient cependant pas manqué l’occasion pour écraser plusieurs petites Phases sur le chemin du retour. Le nombre sur la carte était tombé à deux mille cinq cent dix-sept. J’avais été honnêtement impressionné. On combattait depuis trois heures et tout le monde était fatigué. Je ne savais pas s’ils seraient capables de gérer un ennemi comme ça. Sans prévenir, une vibration avait traversé l’air. L’atmosphère elle-même semblait trembler.

Alors que l’air commençait à trembler, des fissures vibrantes étaient apparues dans l’espace même devant mes yeux.

La fissure s’étirait et s’était répandue à travers la réalité elle-même, un motif bidimensionnel imprégnant en quelque sorte l’espace tridimensionnel. Un claquement retentit dans la région et une énorme griffe apparues du néant.

Presque comme si elle sortait de la structure céleste elle-même, la bête commença à percer. Dans cette réalité déformée visible à travers la fissure, je l’avais vue.

Si je devais la définir simplement, je dirais que c’est un crocodile. C’était un crocodile à six pattes avec une corne géante sur la tête. Il avait aussi des choses qui sortaient de l’extrémité de sa queue et une nageoire dorsale sur le dos.

Il avait le même corps cristallin que toutes les autres Phases que j’avais rencontrées, mais sa structure corporelle était clairement beaucoup plus compliquée. Il y avait trois noyaux brillants à l’intérieur de son corps, son armure dentelée était coupée en lignes droites.

Si je devais la décrire en un mot, j’aurais utilisé monstrueux. C’était gigantesque. La Phase intermédiaire était petite comparée à elle, et elle rendait même les Frame Gears minuscules.

Je supposais que si j’en faisais une métaphore… Si la Phase en forme de crocodile avait la taille d’une Phase normale, alors les Frame Gears auraient la taille d’un petit robot en plastique. C’était la plus grande chose que j’avais jamais vue.

« C’est… C’est… beaucoup trop grand… Il ne manquait plus que ça… »

J’avalais silencieusement, les yeux écarquillés. Je n’avais même pas pensé un seul instant que nous pourrions le vaincre.

Pendant qu’on la regardait comme des idiots, le crocodile de cristal avait ouvert la bouche. La lumière elle-même commença à s’accumuler dans une boule massive, brillante et scintillante. Merde ! C’était comme cette fois avec la Phase Manta !

{Kohaku ! Évacuez tout le monde se trouvant devant sa bouche, maintenant!}

{Huh?}

Merde, on n’avait pas le temps !

« Gah ! »

J’avais invoqué [Porte], avec force et sans prévenir, déplaçant chaque soldat devant ce monstre à côté de moi.

Je l’avais fait juste à temps, car quelques instants plus tard, un faisceau d’énergie brute avait jailli en ligne droite de sa bouche.

SHAKOOOOOOOOOOOOOM ! Le rayon s’était dirigé vers l’avant, brûlant tout sur son passage. Même le sol lui-même avait été érodé en un instant. Tout sur son passage avait été atomisé, brûlé sans laisser de traces.

Qu’est-ce que c’est que cette arme… ? Cela ressemblait à ce canon à particules chargé de cet anime… Bien qu’il ne soit pas alimenté par l’électricité…

C’était semblable à la Phase de type Manta en ce sens qu’il lui fallait du temps pour charger, mais la différence de puissance de feu devait être prise au sérieux. Si quelqu’un était touché par ça, il n’y aurait plus rien à récupérer.

… C’était le pouvoir redoutable d’une Phase supérieure.

***

Partie 12

J’avais sorti un émetteur radio de mon [Stockage] et je l’avais réglé sur le canal commun. Je ne voulais pas causer d’incidents diplomatiques. J’étais le chef d’une nation, donc donner des ordres à des soldats étrangers pouvait être interprété d’une mauvaise façon. Pour cette raison, ma radio relayait les ordres uniquement aux commandants de chaque nation, et ils les transmettaient à leurs armées respectives. Tous les Frame Gears étaient à portée de communication.

« À l’attention de tous les pilotes de Brunhild ! Ne vous tenez pas devant la Phase supérieure ! Il y a un signal à surveiller avant qu’il ne lance son attaque, mais il pourrait quand même facilement vous écraser en se déplaçant, alors gardez vos distances ! »

Avec un grondement, les Frame Gears se déplaçaient de l’avant de la Phase en réponse.

Presque comme si elle attendait ce mouvement, la Phase en forme de crocodile roula sur le côté, lançant sa queue comme un fouet et frappant l’un des Chevaliers.

Avec un énorme bruit de craquement, le Chevalier Lourd avait été anéanti. Il avait roulé et s’était effondré sur le sol, s’effritant en morceaux à l’impact.

{QG, répondez ! Nous avons un homme à terre, le téléporteur a-t-il fonctionné !?}

{Touya, c’est Yumina. Le pilote a été envoyé ici avec succès, mais il est gravement blessé. Flora le traite, mais il a l’air dans un sale état…} Yumina m’avait transmis un message télépathique par l’intermédiaire de Cerbère, qui la protégeait. Heureusement, l’homme n’était pas mort sur le coup.

Le stupide crocodile tortillait sa queue à droite et à gauche, nous fixant comme s’il essayait de nous menacer. Mais il n’était pas particulièrement rapide.

S’il maintenait ce rythme, ce ne serait pas difficile à éviter.

Cependant, juste au moment où je plongeais dans ce genre de pensée, plusieurs protubérances pointues apparurent à l’extrémité de sa queue, puis elles commencèrent à se lancer rapidement comme des missiles.

« [Bouclier]! »

Un bouclier invisible recouvrait tout ce qui m’entourait, repoussant la pluie de flèches en cristal. Tous les autres Frame Gears avaient tenu bon avec leurs boucliers, l’encaissant d’une manière ou d’une autre.

« Qu’est-ce que c’était… était-ce une attaque de type bombe à fragmentation!? »

À l’intérieur de l’explosion principale se trouvaient plusieurs explosions plus petites.

Ce n’était pas une attaque qui ciblait des cibles comme lorsqu’on visait avec un arc ni le genre d’attaque qui te permettait de tirer en ligne droite comme lorsqu’on tirait avec une mitrailleuse. C’était une attaque qui couvrait un vaste territoire. Et il n’y avait rien de plus troublant dans notre situation.

Les épines qu’elle avait tirées avaient déjà commencé à se régénérer.

Cette queue était vraiment chiante… Je devrais probablement me concentrer pour la détruire… Attendez, non. C’est toujours une Phase, donc ça repousserait.

Pendant que je réfléchissais, la Phase en forme de crocodile commença à marcher.

« [Glissade]! »

J’avais enlevé la friction sur le sol sous ses six pattes. En un clin d’œil et avec un écrasement massif, la Phase en forme de crocodile s’était écrasée. Mais au moment où elle tombait, sa queue commença à se débattre et à lancer d’autres missiles.

« Gah, merde! »

Alors que nous subissions une nouvelle fois la pluie de cristal, elle nous regarda. La Phase n’avait pas d’œil, mais je jurais qu’il nous regardait. Il avait réussi à se redresser et avait ouvert sa bouche lentement. La lumière commença à se rassembler dans sa gueule béante. Pas moyen!

« À toutes les unités, déployez-vous ! Sortez de là ! »

Je n’avais même pas besoin de dire quoi que ce soit. Les Chevaliers Lourds étaient déjà en train de charger désespérément.

Comme avant, il rugissait, et un faisceau de lumière condensé jaillissait sous nos yeux. Cela avait creusé le sol sur des kilomètres en ligne droite. J’avais regardé au loin, et je vis une montagne disparaître. Quelle était sa puissance… !? Personne n’était blessé, mais… qu’est-ce que je devais faire !?

Comment pourrais-je le battre… ? C’est une Phase, donc je dois juste détruire ces trois noyaux, mais comment suis-je censé faire ça ?

Son corps est beaucoup trop grand… Il y a trop de matériaux épais sur le chemin… Je pourrais probablement le couper si je fabrique une épée de cinquante mètres ou quelque chose du genre…

C’était vrai qu’il y avait beaucoup de matériel. Cependant, ce qui me manquait, c’était du temps. Fabriquer une lame comme celle-là avec [Modelage] me prendrait certainement au moins une heure. En plus, je ne savais même pas comment balancer quelque chose d’aussi énorme. J’avais envisagé de la lancer depuis le ciel avec une [Porte] comme je l’avais fait avec le Golem en Mithril, mais même si cela lui faisait du mal, il se régénérerait à nouveau.

La Phase en forme de crocodile avait balayé sur le côté et avait encore une fois fouetté avec sa queue, nous frappant comme si nous étions des fourmis. Plusieurs Chevaliers Lourds avaient été pris dans l’attaque.

Et, comme une horloge, une pluie de cristal s’était abattue sur nous. Son attaque était assez simple, mais efficace. Tout le monde avait réussi à tenir bon avec ses boucliers, mais les épaules et les jambes avaient quand même subi des dommages mineurs. Avec le temps, ça les effriterait définitivement. Il n’y avait pas moyen d’éviter cela.

« On ne peut pas continuer à prendre des attaques comme ça… ! Tout le monde, rassemblez-vous et frappez comme un seul homme ! »

Je tenais mes lames en cristal dans mes deux mains, m’envolant dans les airs jusqu’au flanc du crocodile. À travers son corps, je pouvais voir un noyau d’environ un mètre de diamètre. Il brillait faiblement.

« Prends ça !! »

Je l’avais frappé d’un mouvement croisé, en balayant à plusieurs reprises avec les épées dans mes mains. Mais quoi que je fasse, je ne pouvais pas atteindre le noyau. Si cette Phase était un crocodile, alors j’étais une simple mouche qui essayait de percer sa peau.

Soudainement, un cri strident retentit de sa nageoire dorsale, et en quelques instants, j’avais été ébloui.

« Quoi… ! »

J’étais retourné dans le ciel et j’avais retrouvé ma position. Il n’y avait pas eu de dégâts. Je n’avais pas été touché, mais ça m’avait pris par surprise. Apparemment, il était aussi capable de générer des ondes de choc. Au même moment, des flèches en cristal tombaient à nouveau du ciel. Les boucliers de tout le monde semblaient sur le point de se briser. Le seul point positif de cette attaque était qu’elle frappait en même temps ses ennemis et ses alliés.

Depuis qu’il avait commencé à utiliser cette attaque, la plupart des petites Phases de la région avaient subi des dommages considérables.

Si je devais classer celle-ci, il était clair qu’elle était spécialisée dans l’extermination. La situation n’était pas bonne pour nous. Je devais trouver quelque chose…

Cette pluie de cristal est chiante… C’est comme une putain de tempête de météores… Oh, attendez une seconde… !

J’avais regardé autour de moi. Il y avait des fragments de Phases brisées éparpillés un peu partout. Je me demandais si je pouvais le faire.

« Soldats, vous me recevez ? J’ai besoin que vous me fassiez gagner trois minutes. Il n’y a pas besoin d’attaquer l’ennemi. Attirez son attention et occupez-la. »

On dirait qu’ils avaient reçu mon message. Tous les chevaliers commencèrent à avancer à l’unisson, essayant de détourner son attention de moi.

Très bien, je ferais mieux de tenter ma chance… J’avais utilisé [Multiplication] et [Transfert] pour verser de grandes quantités de magie dans les morceaux de Phases dispersés dans la région. Je les avais rendus beaucoup plus résistants que la carapace de la Phase supérieure.

« À toutes les unités, déployez-vous ! Éloignez-vous le plus possible de la Phase ! »

Tout le monde s’était éloigné après avoir reçu mon message. Une fois que j’avais confirmé leur sécurité, j’avais ouvert une [Porte], je déplaçais tous les fragments dispersés dans le ciel bien au-dessus de la Phase en forme de crocodile. Les morceaux étaient à des dizaines de mètres d’altitude. Je ne voulais pas qu’ils soient trop haut, sinon le but ne serait pas atteint.

« Prends ça enfoiré ! [Pluie de météores] ! »

J’avais appliqué la [Gravité] aux fragments de Phase dans le ciel. J’avais multiplié leur poids des dizaines de milliers de fois.

Les fragments scintillants de pure destruction pleuvaient sur la bête massive, créant des explosions dévastatrices sur son corps massif.

Plusieurs fragments s’étaient incrustés dans le corps du crocodile, créant des fissures à la surface de son dos. J’avais continué à canaliser [Gravité], les rendant de plus en plus lourds.

Le crocodile monstrueusement grand était cloué au sol, émettant un bruit semblable à celui des clous sur un tableau noir.

Le bruit d’éclatement et de craquement retentit à mesure qu’une plus grande partie de son corps se fragmentait. Apparemment, la magie que j’avais déversée n’était pas suffisante. Je devais encore augmenter le poids.

Les fissures s’étaient entrecroisées l’une et l’autre, créant ainsi des fissures encore plus grandes.

La Phase en forme de crocodile avait tenté d’ouvrir sa gueule afin d’envoyer sa lumière, mais sa bouche ayant aussi été endommagée par les fragments, elle ne pouvait donc pas s’ouvrir correctement. J’avais entendu de forts bruits de craquement en provenance du corps de la bête.

« Brise-toi en morceaux, enfoiré ! »

J’avais augmenté le poids une fois de plus, juste pour être sûr. Les fragments s’enfoncèrent encore plus profondément. Enfin, incapable de supporter plus de tension, le crocodile se brisa en milliers de morceaux comme un ornement de verre tombant d’une grande hauteur.

« Maintenant, détruisez-le ! Détruisez les noyaux avant qu’ils ne puissent se régénérer ! Il devrait y en avoir trois ! »

Tous les soldats s’étaient dirigés vers les noyaux nouvellement exposés, les frappant avec leurs armes. L’un d’eux s’était brisé presque immédiatement, disparaissant en quelques secondes. Les deux autres lui avaient rapidement emboîté le pas, disparaissant définitivement sous cet assaut incessant. Avec cela, la Phase supérieure avait été réduite à une montagne de matières premières.

« Hoooraaaah !!! »

Tous les soldats de Mismede, Ramissh, Refreese et Brunhild avaient lancé des acclamations, agitant leurs armes au-dessus de leur tête tout le temps.

Il restait encore quelques Phases, mais le point B était à peu près vide.

D’une façon ou d’une autre, nous nous en étions sortis. J’avais utilisé plus de magie que prévu. En fait, c’était probablement la plus grande quantité de magie que je n’avais jamais utilisée dans un seul combat. Pourtant, je savais que c’était finalement nécessaire pour pouvoir gérer une Phase de type supérieure.

« L’ordre des chevaliers Brunhild peut s’occuper du reste d’ici. Mismede, Ramissh, préparez-vous à rejoindre le point A. Préparez-vous au transfert… C’est le moment de mettre un terme à tout ça ! »

« Hourra ! »

Presque tous les Frame Gears présents au point B s’étaient téléporté jusqu’au point A. Il semblerait que les troupes au point C avaient tout sous contrôle également. J’avais regardé le nombre de Phases restantes à Yulong. Il n’en restait plus que quatre cent soixante-dix-huit. Ce n’était plus une guerre, mais plutôt un nettoyage.

En termes d’effort, nous avions escaladé une montagne. Mais nous l’avions vraiment fait. Nous avions réussi à repousser une invasion. Mais je ne pouvais pas encore me montrer arrogant. Après tout, je ne pouvais pas dire que j’avais sauvé Yulong.

La Phase supérieure avait lancé cette attaque après que je l’avais fait glisser, il était possible que des gens puissent avoir été pris au piège.

« … Penser à ça ne changera rien. »

J’avais ouvert [Stockage] et j’avais ramassé tous les fragments. C’était mon butin de guerre, le plus beau butin de l’histoire.

« Yae, Norn, je vous laisse le reste. Je vais au point A. »

« Très bien, Touya-dono. »

« Roger Dodger! »

J’avais fait un détour avant de me diriger vers le point A, en passant au QG. Linze m’avait vu arriver et s’était précipitée immédiatement vers moi.

« Touya, tu vas bien !? »

« … Oui, je crois. Je suis juste épuisée. »

J’avais été poussé au bord du gouffre, physiquement et mentalement. J’étais allé un peu loin avec mon utilisation de la magie.

Lu m’apporta une chaise, et je m’étais enfoncé dedans.

Ah… J’ai besoin de me vider la tête… Je ne pouvais pas réfléchir pour l’instant.

{Touya, tu m’entends ?}

{Elze ? Quelque chose ne va pas ?}

J’avais levé la tête. Ne me dites pas qu’il nous reste encore deux Phases supérieures ou quelque chose du genre…

{Nous avons tué autant de Phases que possible, mais je voulais juste que tu vérifies s’il en reste…}

{Hm ? Ah… Donne-moi une minute.}

J’affichais la carte, je ne trouvais plus aucune Phase au point C. Il ne restait plus que des Phases aux emplacements A et B. Il en restait deux cent quarante-sept au total.

{C’est tout bon. Il n’y a plus de Phase là où tu es. Reviens au QG avec le reste de ton équipe.}

{Compris !}

Tous les soldats au point C avaient été ramenés au QG. Comme je l’avais fait, toutes les Phases du point B avaient été tuées, ne laissant que celles du point A.

Lentement, leur nombre avait aussi diminué, et il avait fini par atteindre le zéro. Tous ceux qui regardaient l’écran avaient applaudi.

À mon QG, les frontières n’avaient pas de sens. Des soldats de divers pays s’étaient serrés dans les bras et avaient célébré ensemble. Ils avaient tous applaudi comme un seul homme.

{Votre attention, tout le monde ! La mission est un succès. Toutes les Phases ont été annihilées. Je vous rappelle tous au QG. Bon travail!}

Les Frame Gears étaient tous revenus les uns après les autres au QG, ils s’ouvraient pour que leurs pilotes puissent sortir en trombe afin de célébrer.

Certains d’entre eux étaient tellement surexcités qu’ils avaient fini par sauter hors des cockpits, se blessant au passage.

« Bon travail… Tout le monde… Gh… »

Je me sentais comme un homme mort qui marchait. J’étais sur le point de m’endormir comme une bûche, mais j’avais encore quelques petites choses à faire.

La première chose à faire était de ramasser tous les fragments de Phase brisés, puis de ramener tout le monde dans leurs pays respectifs, et ensuite de remettre tous les Frame Gears dans le hangar… C’était mon entière responsabilité.

Qu’est-ce que je devrais faire après ça… ? Oh, c’est vrai… Je ferais mieux d’aller voir l’empereur céleste de Yulong… J’avais sorti ma carte, mais pour une raison quelconque, Shenghai n’était pas apparu dessus. Qu’est-ce qui se passait ici… ? Mon application était-elle sur écoute ?

Une pensée soudaine m’était venue à l’esprit, alors je m’étais déplacé pour regarder le point B sur la carte. Ensuite, j’avais calculé la trajectoire du faisceau créé par le tir de la Phase en forme de crocodile. Ma découverte avait été sinistre. La ligne de feu chevauchait l’ancien emplacement de Shenghai sur ma carte.

En d’autres termes, à la suite de cette explosion… Shenghai, la capitale du Yulong, avait été rayé de la face du monde.

***

Partie 13

Quelques jours s’étaient écoulés depuis. Nous nous étions retrouvés avec trente-six Frame Gears gravement endommagés, vingt-quatre personnes avaient des blessures mineures, quatre personnes avaient des blessures mettant leur vie en danger, et on ne déplorait aucune victime.

C’était une bonne chose que nous n’ayons perdu personne dans le combat, mais le tableau était plutôt sombre.

La capitale de Yulong avait été anéantie et plusieurs villes et villages avaient été entièrement effacés de la carte. Je n’avais pas pu m’empêcher de penser que nous aurions pu obtenir un meilleur résultat si nous avions été un peu plus compétents dans notre approche.

« Alors, que va-t-il advenir de Yulong maintenant ? »

« C’est difficile à dire. Mais je préfère ne pas m’en mêler davantage. Pour commencer, ce ne sont pas vraiment mes affaires. »

De tous les dirigeants de l’alliance occidentale, le Roi-bête s’était exprimé avec tiédeur.

« D’autres pays allèrent-ils commencer à contester le territoire de Yulong maintenant ? Ce serait mal si des guerres venaient à se produire. Le peuple de Yulong a assez souffert… »

« Eh bien, en ce qui concerne Hannock, ils ne s’intéressent pas à Yulong depuis le début, donc ils ne devraient rien faire. Xenoahs a une politique stricte, ils n’ont aucune interférence avec les affaires humaines, donc il ne devrait rien se passer là aussi. Il y a beaucoup de troubles à Eashen, donc ils ne sont pas assez unifiés pour commencer un accaparement de terres… Et apparemment, le royaume d’Horn s’oppose à toute invasion militariste. »

« Il ne reste que Felsen, Nokia et Roadmare… »

Le roi de Belfast et l’empereur de Régulus répondirent tous les deux à l’inquiétude du pape.

« À mon avis, ces trois nations vont probablement jouer un jeu d’attente et voir comment les choses se passent pendant un certain temps. Pensez-y comme ceci… Des envahisseurs mystérieux sont simplement venus de nulle part et ont dévasté Yulong. Voudriez-vous gouverner un endroit comme ça sans attendre de voir si cette région devient sure ? Rien que de penser à ce qui se passe sur mon propre territoire me refroidit le sang… »

L’empereur de Refreese avait également soulevé un bon point. Il serait naturel de s’attendre à ce qu’une telle chose se reproduise.

« Alors… Yulong manque-t-il actuellement d’un leader ? »

« Non, bien au contraire. L’empereur céleste avait trois fils. L’un d’eux vivait à Shenghai et a partagé son destin. Un autre était dans une autre ville, mais elle avait été ravagée par la Phase et il avait succombé. Le troisième fils a survécu et se fait appeler le nouvel empereur céleste légitime. »

Le roi de Belfast se tourna vers le roi de Lihnea, répondant à sa question. Il n’avait pas fallu longtemps pour qu’un nouvel empereur céleste se montre. J’espérais qu’il pourrait mettre Yulong sur la bonne voie.

Mais, comme j’avais de telles pensées d’espoir, le roi de Belfast fit un visage irrité.

« Malheureusement… d’après les rapports, le nouvel empereur céleste prétend que la destruction de Yulong est le résultat d’un acte de guerre commis par le Duché de Brunhild… Il prétend que tu es directement responsable, Touya. »

« Attends, quoi !? »

Comment diable avait-il pu dire ça !? Je fixais le roi en silence, la bouche grande ouverte. Je ne comprenais pas pourquoi quelqu’un inventerait une histoire pareille.

« L’histoire dit que les Phases étaient des bêtes puissantes créées par un sort d’invocation unique que tu as utilisé après avoir attaqué Shenghai. Il utilise le grand mur que tu as construit à la frontière d’Hannock comme preuve de ton potentiel magique. De plus, il y a des gens qui chuchotent que tu t’es servi de sang pour alimenter ta magie… Plus précisément, le sang des citoyens innocents de Yulong. Ils prétendent que tu as sacrifié et récolté le sang de la population pour créer plus de monstres, et il y a même des gens qui prétendent t’avoir vu faire ça. »

C’est quoi ce bordel !? Allez, c’est des conneries ! Ça ressemble à des ragots vulgaires ! Qui peut prétendre m’avoir vu faire ces choses, hein !?

« Vous semblez déjà bien au courant des rumeurs. Pourquoi ? »

« Eh bien, ils nous ont contactés officiellement. Nous avons reçu une lettre indiquant que tu as orchestré tout cela et qu’ils sont des victimes innocentes de ton jeu de pouvoir sauvage. Ils prétendent aussi que tu essaies de montrer ta puissance militaire à travers le monde, afin que personne ne puisse s’opposer à toi. »

« En effet, nous avons aussi reçu une lettre. Il disait quelque chose à ce propos, que Brunhild ne pouvait pas être autorisé à posséder une telle force. Par conséquent, cela devrait être confisqué et revendiqué en toute sécurité par les grandes nations comme Belfast, Regulus et Yulong. »

Après que le roi de Belfast eut pris la parole, l’empereur de Régulus s’en mêla aussi. J’avais été étonné de voir que le nouvel empereur céleste a réellement essayé ce genre d’approche sournoise.

« Alors, qu'allez-vous leur répondre ? »

« Rien, vraiment. Si je devais répondre, je leur dirais qu’il ne nous serait pas possible de rivaliser avec Brunhild et que nous ne serions pas prêts à affronter un ennemi qui pourrait rayer la capitale de Yulong de la carte. Je ne sais pas vraiment à quoi ils s’attendaient, mais dans des circonstances ordinaires, je lui aurais suggéré de se rendre. »

« Dans mon cas, je ne devrais probablement pas laisser tomber. Je leur dirai que je montrerai la lettre au grand-duc pour confirmer la vérité, mais je les avertirai que le grand-duc de Brunhild a un tempérament irascible et qu’il peut prendre d’assaut Yulong s’il y a une erreur. Je répète qu’il est de mon devoir national de chercher la vérité, et qu’il me confie le reste. »

Ces deux-là… J’avais l’impression qu’ils se dérobaient de leurs responsabilités… Eh bien, peu importe. Je supposais que je pouvais compatir, puisqu’ils n’avaient pas vraiment demandé ces absurdités.

Je suis quand même un peu inquiet… Je ne pensais pas qu’un citoyen lambda de Yulong serait capable de dire que c’était un mensonge…

Maintenant, allez… Je suppose qu’ils ne sont pas tous comme ça. La classe supérieure du Yulong est définitivement pourrie, mais je suis sûr que leurs gens ne tomberaient pas dans ce piège. J’espère…

« En attendant, nous devrions probablement quitter Yulong. Dans son état actuel, ils ne seront pas capables de prendre beaucoup de mesures, et ce n’est pas comme si nous avions une frontière commune avec eux. »

Le roi de Lihnea avait également soulevé un bon point. Yulong n’avait plus la même puissance nationale ou militaire qu’avant.

Je ne pensais pas non plus qu’Hannock avait l’intention de les combattre, alors j’avais décidé de leur remettre le mur frontalier. Laisser Yulong tranquille était la solution la plus intelligente. C’était ce que j’avais décidé. Nous ne devrions plus interférer avec ce pays et ignorer les absurdités du nouveau roi céleste.

Ce type n’avait pratiquement plus aucune crédibilité auprès de l’alliance occidentale à cause de ses mensonges. J’aurais aimé qu’il soit servi par d’ honnêtes gens, mais je supposais que le nouveau gouvernement était tout aussi corrompu. Je supposais aussi que le vieil adage était vrai, tel père, tel fils.

Deux semaines plus tard, l’empereur céleste de Yulong fut assassiné. Parmi la noblesse restante de la nation, il y avait eu un jeu de pouvoir intense qui s’était soldé par plusieurs morts. Beaucoup de nobles avaient fini par annoncer qu’ils étaient le véritable empereur céleste, ce qui avait entraîné un vrai jeu de massacre.

Après la crise, divers citoyens de Yulong étaient devenus des réfugiés, fuyant la nation ravagée et prenant des vies nomades.

En fin de compte, l’assassinat de l’empereur céleste m’avait été imputé. J’en avais vraiment assez de ce pays stupide.

« Alors, que s’est-il passé ? »

« Rien. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent. Si vous entretenez leur stupidité, vous avez déjà perdu. »

« Hmph… Mais Touya… S’attaquer à un pays aussi stupide que Yulong serait un jeu d’enfant pour un gars comme toi ! »

Sue était assise sur mes genoux, me traitant comme une chaise. Elle était un peu grincheuse.

Je traînais avec elle vu qu’elle n’était pas venue depuis un moment, mais une fois que j’avais commencé à parler de Yulong, elle s’était un peu énervée.

« En plus, n’as-tu pas réellement sauvé Yulong !? Pourquoi t’en veulent-ils ? Ils inventent ce qu’il y a de mieux pour eux ! Mais pire encore, ils n’agissent pas sur ces rumeurs ! Ils aboient sans mordre ! »

« Eh bien, c’est mieux de laisser tomber… Ça ne fera que s’envenimer. »

« Pas question ! Ce n’est pas assez ! Tu dois te fâcher dans ces moments-là, Touya ! Si tu ne deviens pas sérieux et si tu ne leur montres pas de quoi tu es fait, ils continueront de se moquer de toi ! Si tu restes assis là sans rien faire, ne sois pas surpris quand ils te marcheront dessus ! Si tu ne les frappes pas au visage, ils vont penser qu’ils peuvent continuer à le faire… ! »

Mec, tout ce que tu me dis m’énerve vraiment… Je suppose qu’elle a appris beaucoup de choses sur la diplomatie par son père.

« Alors, quelle ligne de conduite me suggères-tu ? »

« Frappe tous ces “nouveaux” empereurs célestes avec tout ce que tu as ! Humilie-les publiquement et dis-leur d’arrêter ces rumeurs pour de bon ! »

Je n’adopterais pas cette approche diplomatique. C’est… une manière un peu enfantine de gérer les choses !

Le fait qu’elle se soit fâchée pour moi était tout de même un peu mignon. J’avais tapoté doucement la tête de Sue, souriant doucement face à son visage capricieux.

« Merci, vraiment… Mais tout va bien, Sue. Je te le promets. »

« … Tu es bien trop gentil, Touya. C’est l’une des choses que j’apprécie le plus chez toi… mais ne laisse pas les gens profiter de toi, d’accord ? »

Sue s’était retournée et m’avait serré dans ses bras, frottant son visage contre ma poitrine. J’avais souri, la tirant doucement contre moi et lui frottant le dos. Je me sentais bien et en sécurité avec elle.

J’avais soudainement entendu la porte grincer et j’avais regardé vers le haut. Cesca avait jeté un coup d’œil dans la chambre, se promenant avec du thé.

« … Je vous ai apporté du thé. Oh, vous les prenez même au berceau. »

« … Il faut que je te parle tout de suite, femme de chambre. »

Non, ce n’est pas du tout ce à quoi tu penses. Je le jure ! Tenir Sue dans mes bras n’a rien de sexuel, c’est tout à fait sain et familial ! Ce n’est pas du tout pervers… Pour l’instant, au moins… Non, attends !

« Il n’y a pas besoin de se faufiler en privé si tard, voyez-vous ? La petite Cesca connaît bien la disposition coquine de son maître lubrique… S’il vous plaît, faites comme si je n’étais pas là. Cédez à vos pulsions sauvages à votre guise. »

« Viens ici, bon sang ! Je dois te parler de ta conduite. »

« Oh, allez-vous me donner une leçon, Maître… ? »

« Assez, viens par ici ! »

J’avais fait la leçon à cette stupide perverse de bonne pendant une heure après ça… Mais pendant la conférence, elle n’avait fait que rougir tout en disant des trucs comme « Réprimandez-moi plus fort ». À la fin, je m’étais fâché contre elle et j’avais abandonné. Je n’avais pas de temps à perdre avec ses bêtises.

J’avais quitté le château, abandonnant Cesca à ses illusions. Plus tôt dans la journée, j’avais officiellement donné une bague à Sue pour marquer nos fiançailles, mais ce n’était pas tout ce que je voulais faire avec elle. J’avais décidé qu’il était temps de lui montrer Babylone. Je ne voulais pas qu’elle ne soit pas au courant, et je n’avais aucune raison de ne pas lui faire confiance. Mais j’avais répété qu’elle ne pouvait le dire à personne, en aucune circonstance. Mieux valait prévenir que guérir.

J’avais ouvert une [Porte] et j’avais fais passer Sue à travers. Elle ouvrit des yeux émerveillés en levant les yeux vers le ciel depuis les terres de Babylone.

« Oh mon Dieu ! Wôw ! Wowowowow ! C’est trop cool ! Le château dans le ciel était réel tout ce temps ! »

Eh bien, cet endroit est un peu différent… Tout d’abord, il n’est pas en ruines. Sue était encore plus excitée une fois que nous avions atteint le château du rempart.

« Bienvenue à toi, maître. »

« Oh, salut Liora. Où est Noël ? »

« Elle est actuellement en pleine sieste d’après goûter. »

Encore une fois… ? Cette fille aime faire la sieste, je crois qu’elle ne se réveille qu’à l’heure du repas.

« Qui est-ce, Touya ? »

« Voici Preliora. C’est elle qui dirige le rempart. Elle ne descend pas souvent, donc je ne suis pas surpris que tu ne l’aies pas déjà rencontrée. »

« Effectivement, je suis Preliora. Mais tu peux m’appeler Liora, merci. »

Liora avait doucement tourné ses yeux dans la direction de Sue avec un léger sourire. De tous les gynoïdes de Babylone, c’était sûrement elle qui avait l’aspect le plus digne. Elle ressemblait plus à une sœur aînée.

« Liora. Des nouvelles du nouveau système ? »

« Effectivement. J’en ai effectivement parlé avec Rosetta, et la mise en œuvre semble possible. Je dois avouer que je n’avais jamais envisagé d’implanter la technologie des orbes satellites dans les Frame Gears. »

L’orbe satellitaire était l’un des principaux systèmes défensifs de Babylone. Il était composé de plusieurs sphères orichalques qui se déplaçaient de façon autonome et interceptaient les ennemis.

J’avais eu l’idée de l’ajuster un peu et d’en faire une version localisée pour les Frame Gears. En d’autres termes, il s’agissait d’un système de drones d’attaque que chaque Frame Gear pouvait déployer à volonté. Cela m’avait bien sûr été inspiré par certains de mes animes préférés.

Plutôt que de formes sphériques, ces drones orbitaux seraient en forme d’épées, et ils seraient construits à partir de fragments de Phase. Soit dit en passant, les appeler tout le temps des fragments de Phases était un peu pénible, c’est pourquoi j’avais décidé d’appeler cela matériel de Phase. Ils étaient assez petits pour que l’atelier puisse en produire efficacement en série.

Leur efficacité au combat serait directement liée à l’aptitude à la magie du pilote. La durée pendant laquelle ils pourraient fonctionner serait également liée au pouvoir magique de l’utilisateur. Tout le monde ne serait pas en mesure d’en faire bon usage, mais l’ajout d’une attaque à distance sous quelque forme que ce soit était certainement une bonne chose.

J’avais décidé d’appeler mon nouveau système de drones Fragarach. C’était tout simplement le premier nom qui m’était venu à l’esprit. Je n’avais pas vraiment besoin de m’inquiéter que les gens remettent ça en question. L’origine de ce nom n’était après tout pas de ce monde.

En passant par les systèmes de contrôle de tous les Frame Gears actuels, ils pourraient en gérer jusqu’à quatre à la fois.

Malheureusement, les plans des Frame Gears améliorés se trouvaient dans l’entrepôt, une île que je n’avais toujours pas trouvée. Quel ennui… !

***

Chapitre 2 : Le premier amour de la princesse chevalière

Partie 1

Un mois s’était écoulé depuis l’invasion des Phases, et rien d’étrange ne s’était produit depuis lors.

Le chef de guilde, Relisha, s’était présenté et avait demandé une explication sur ce qui s’était réellement passé. Apparemment, il y avait une succursale à Yulong qui avait été complètement détruite.

La guerre civile, si on peut même l’appeler ainsi, se poursuivait à Yulong. De temps en temps, un nouveau noble apparaissait et prétendait être l’empereur céleste légitime, pour être finalement tué par un autre noble se déclarant comme le véritable empereur céleste, et ainsi de suite.

Yulong n’était plus en tant que tel un pays unifié, il s’était divisé en plusieurs villes-États sur le territoire du premier pays. Il serait préférable de l’appeler maintenant la « région de Yulong », car elle n’avait plus d’identité nationale singulière. Je me demandais s’ils feraient ce que faisait l’Union Roadmare voisine, et s’ils finiraient par former une alliance unifiée entre les petits États.

« Ces idiots arrogants ne perdureront pas longtemps s’ils poursuivent leurs rêves printaniers. »

« Hm ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Je dis que peu importe comment ils prospèrent, cela ne durera pas éternellement. Comme un petit rêve au début du printemps, leurs idéaux sont éphémères. »

Monica avait l’air confuse face à mon explication, alors j’avais laissé tomber. Après y avoir réfléchi, j’avais réalisé que Yulong avait probablement duré longtemps en tant que nation, donc ma réflexion n’était pas vraiment pertinente.

Le fait que Yulong avait été détruit par de mystérieux envahisseurs n’avait pas tardé à se propager à d’autres nations.

En fin de compte, contrairement à ce que je m’attendais, très peu de nobles de Yulong continuèrent à me calomnier. De plus, j’avais demandé à la guilde d’aider à atténuer les dommages en distribuant des dépliants et de l’information aux aventuriers. L’information concernait la Phase, expliquant à quoi elles ressemblaient, comment elles s’appelaient et le fait qu’elles avaient ravagé le monde dans le passé.

J’avais aussi révélé leurs forces et leurs faiblesses. J’espérais que les aventuriers seraient en mesure de gérer les petites Phases s’ils étaient au courant de cette information.

Après tout, nous n’avions aucune idée de l’endroit où elles allaient apparaître ensuite. Il fallait enfin rendre ces informations publiques.

Pourtant, si je devais croire ce qu’Ende m’avait dit, je n’aurais pas à m’inquiéter d’une autre grande invasion avant un moment.

« Alors, on ne peut avoir que quatre drones Fragarach équipés d’un train d’atterrissage en même temps ? »

« Monsieur oui, monsieur ! Si nous en équipons d’autres, la mobilité du Frame Gear sera entravée, monsieur ! »

Ce n’est certainement pas ce que nous voulions. Un Frame Gear qui ne pouvait pas bien bouger aurait aussi bien pu être un canard assis. La limite de quatre drones n’avait rien à voir avec le pilote, il s’agissait simplement d’une limite technique des schémas des Frame Gears désuets que nous avions en main.

Rosetta venait de terminer l’installation de quatre Fragarachs sur un chevalier baron, alors elle descendit rapidement de son épaule.

Ils étaient disposés en forme de croix sur le dos. Et comme ils étaient en forme d’épée et faits de phrasium, ils pouvaient aussi être utilisés comme armes conventionnelles en un clin d’œil.

L’utilisation d’un Fragarach pour attaquer était quelque chose qui consommait beaucoup d’énergie, donc ce n’était pas quelque chose que je pouvais faire utiliser aux gens trop souvent. J’avais demandé si nous pouvions utiliser [Transfert] à l’avance, pour donner aux pilotes plus de travail, mais apparemment, après synchronisation avec la longueur d’onde du pilote, le Frame Gear rejetait ma magie ou faisait en sorte que seul moi puisse contrôler les drones Fragarach. Aucune de ces deux solutions n’était particulièrement attrayante.

Nous avions fini de fabriquer la nouvelle arme, mais il y avait certainement beaucoup de choses à considérer…

{Mon seigneur, tout se passe bien… ?}

{Hm ? Kohaku ? Je vais bien. Il se passe quelque chose de ton côté ?}

Kohaku était de retour au château royal, alors j’avais été surpris de recevoir un message télépathique.

{Des représentants d’une nation étrangère sont arrivés au château. Ils désirent avoir une audience avec vous.}

{Des représentants étrangers ? S’ils viennent de Yulong, chassez-les, c’est tout.}

{Ils ne sont certainement pas de Yulong. Ils semblent provenir d’un endroit appelé Lestia. Une sorte de royaume des chevaliers.}

Oh, ça me dit quelque chose… N’est-ce pas l’endroit que j’ai survolé ? J’ai aidé cette Hildegard à lutter contre une Phase… ? Ouais, maintenant je m’en souviens ! Je l’ai sauvée et je lui ai donné une épée en phrasium. Je crois qu’elle a dit qu’elle souhaitait se racheter, ou quelque chose comme ça… Je me demande si c’est ça ! J’avais utilisé une [Porte] pour aller dans ma salle du trône, mais il n’y avait personne. Qu’est-ce que c’était que ce bordel ?

« Ah, Votre Majesté. S’il vous plaît, par ici. »

Je regardais autour de moi comme un crétin quand Lapis arriva et me fit signe de le suivre.

« N’y avait-il pas un groupe venu de Lestia ici ? »

« Effectivement… Mais quand je leur ai demandé d’attendre un peu, ils se sont dirigés vers le terrain d’entraînement pour voir notre ordre de chevalier s’entraîner à l’épée. »

Huh, c’est logique. S’ils venaient du Royaume des Chevaliers, ils devaient aimer les bons combats. Je peux comprendre pourquoi ils voudraient voir des soldats étrangers montrer leurs talents. Tant qu’ils regardent, ce n’est pas grave.

J’étais arrivé sur le terrain d’entraînement pour trouver Logan et une chevalière qui se battait en duel avec des épées d’entraînement. Mais ce n’était pas n’importe quel chevalier. C’était la princesse Hildegard ! Je ne savais pas comment réagir.

« Haaah !! »

La princesse chevaleresque porta le coup de grâce en criant à tue-tête pendant qu’elle désarmait son ennemi. L’épée de Logan s’envola en l’air. Elle avait beaucoup de talent, c’est sûr.

« Le match est terminé ! »

La voix de Nikola résonnait dans le champ. La foule, blottie autour d’elle et regardant attentivement le combat, s’était mise à applaudir. Je pouvais voir des membres de mon ordre de chevalier, ainsi que des chevaliers de Lestia.

« Merci beaucoup, vénérable princesse… »

« À vous aussi. »

Les deux échangèrent des plaisanteries, et avec cela le match était terminé. Alors que je me demandais si elle m’avait repéré, j’avais vu la fille accélérer le rythme et se diriger vers moi. Ses longs cheveux blonds scintillaient lorsque le vent doux soufflait dedans. Elle était vêtue de son armure habituelle, mais elle avait le plus joli petit sourire sur son visage. Maintenant que je la regardais mieux, elle avait l’air d’avoir l’âge de Yae.

« Votre Altesse… Ça fait un bail ! »

« Oui, c’est sûr. Mais au fait, que faites-vous ici, Princesse Hildegard ? »

Je l’avais saluée, mais j’avais été surtout surpris de la voir.

« Cette visite est ma façon de vous remercier pour cet incident. Il y a aussi quelque chose que je voulais vous demander… Pourtant, je ne suis pas ici en tant que représentante, mais plutôt en tant qu’accompagnatrice. »

« … Qui s’occupe de qui, exactement ? »

« Ça doit être moi. »

Un vieil homme était sorti du rassemblement des chevaliers de Lestia. Il avait l’air d’avoir près de soixante-dix ans. Il avait une longue moustache blanche sur le visage et boitillait avec une canne noueuse. Même s’il marchait avec une canne, son dos était complètement droit. Il avait un excellent équilibre et semblait en forme pour son âge. Soudainement, j’avais eu une idée de qui il pourrait être…

« C’est un plaisir de faire votre connaissance, Grand-Duc de Brunhild. Je m’appelle Galen Yunas Lestia. Je suis l’ancien roi de Lestia, et un aventurier de rang Or, tout comme vous. »

Le vieil homme prit une carte de la guilde dans sa poche et me la présenta. C’était vraiment sérieux. J’étais presque sûr que ce type était la seule autre personne sur la planète à partager mon rang.

« C’est un plaisir, monsieur. Je suis Mochizuki Touya. J’ai déjà entendu parler de vous. Maître Relisha vous a fait des éloges. »

« Ohohohohohohohohhhh… Vous avez ma gratitude, jeune homme. Vous nous avez apporté quelque chose de merveilleux récemment. Je me demandais si je pourrais vous remercier et faire le tour de Brunhild pour voir ce que cette belle nation a à me montrer. »

« Je suppose que ça peut s’arranger… Il ne se passe pas grand-chose en termes de visites touristiques, mais vous seriez mon invité d’honneur si vous décidiez de rester ici un moment. »

J’avais tendu la main pour serrer la main de l’ancien roi, mais d’une certaine façon… J’avais raté quelque chose. Attends, quoi ?

« Eeek !! »

Je m’étais retourné en réponse à ce cri soudain, et Lapis s’était mise à regarder son derrière et à trembler violemment. L’ancien roi avait en quelque sorte fait un pas rapide derrière elle, et faisait un mouvement de tâtonnement avec sa main.

Quoi ?

« Oh, vous devez me pardonner… C’est juste l’une de mes habitudes. Bonté divine… Quel cul exceptionnellement ferme ! Je peux vous dire que vous n’êtes pas une simple bonne, puisqu’elle est tonique à la perfection. »

« Grand-père, s’il vous plaît ! Nous sommes invités, nous ne sommes pas à Lestia ici ! Maîtrisez-vous… ! »

« Pardonnez-moi, ma main bouge instinctivement quand elle sent un fessier ferme. J’ai été assez patient jusqu’à présent, me retenant dans une magnifique mer de culs, mais je suis presque à ma limite, le savez-vous ? Bwahahahahahaah… »

Hildegard s’était soudainement fâchée contre l’ancien roi. C’était un peu choquant. Vu sa réponse, j’avais dû supposer que son comportement ici n’était pas anormal. Si je me souvenais bien, elle semblait un peu réservée quand j’avais mentionné l’ancien roi lors de notre dernière rencontre. Je comprenais maintenant pourquoi.

Mais plus important encore, je n’avais aucune idée de comment et quand il m’avait dépassé. Lapis était aussi une ancienne membre des Espions, c’était une espionne bien entraînée, il était donc impossible qu’il puisse la suivre avec autant de précision et de rapidité.

Le vieil homme n’était absolument pas une personne ordinaire. Il n’était clairement pas un aventurier de rang or pour rien. Là encore, il aurait pu être exceptionnellement doué pour être un pervers.

« Pardonnez-nous, s’il vous plaît ! C’est juste… les réflexes de mon grand-père qui s’installent. Une fois qu’il vous a touché, il vous laisse tranquille, alors ne vous inquiétez pas. »

« Haha… Bonté divine… »

Qu’est-ce que c’est que ce réflexe ? Je n’arrive pas à croire qu’il ait régné sur un royaume de chevaliers. Ce n’est pas du tout le genre de gars que j’imaginais !

Nous étions pour l’instant retournés au château de Brunhild. Ensuite, nous avions emmené le groupe de chevaliers de Lestia vers la caserne de notre propre ordre de chevaliers. Bien sûr, certains d’entre eux décidèrent de rester en tant qu’escortes pour la royauté en visite.

Nous étions entrés dans le château, et j’étais sur le point de les guider, quand…

« Eeek !! »

« Ohohohohohohohohhhhh… »

« Grand-père ! »

L’incident ne cessait de se répéter. Nos femmes de ménage n’avaient même pas eu la moindre chance. Honnêtement, j’avais peur qu’il finisse par provoquer un incident diplomatique.

J’avais été très tenté de le retenir avec [Gravité], quand…

« Oho… C’est Touya. Comment vas-tu ? »

Ma sœur… Karen avait marché tout à coup dans le coin. En un éclair, l’ancien roi de Lestia se tourna vers elle, sa main se faufilant vers elle.

Mais avant que je puisse cligner des yeux, le vieil homme était au sol, roulant dans la direction opposée.

« Quoi… »

De mon point de vue, la posture de Karen n’avait pas changé. Elle était clairement dans la même position. C’était comme si elle n’avait pas bougé. Le vieil homme abasourdi resta par terre, les yeux fixés dans l’espace.

« Hé, mon frère, c’est qui ce type ? »

« C’est l’ancien roi du royaume des chevaliers de Lestia. »

« Oh, mon Dieu… C’est certainement un vieil homme plein d’entrain, pas vrai ? »

J’avais présenté Karen à nos visiteurs de Lestia, qui avaient été tout aussi surpris que moi. Étant donné que Karen se faisait passer pour ma sœur, cela avait fait aussi d’elle techniquement un membre de la royauté.

« Pardonnez à ma sœur, elle peut être un peu… effrontée. »

« Non, mon Dieu, non ! C’était notre faute depuis le début ! Je pense honnêtement que mon grand-père avait besoin de quelque chose comme ça. Une petite punition divine, ahahaha. »

Elle n’avait aucune idée à quel point elle était proche de la vérité. Mais j’avais fermé ma gueule. Son grand-père avait eu la chance d’être légèrement blessé après avoir essayé de peloter le cul d’une vraie déesse.

« Mais vraiment, vous êtes incroyable. Comme attendue de la sœur aînée de Son Altesse ? C’est la première fois que je rencontre une femme qui peut repousser l’avance de mon grand-père… ces… ces… Euh… Il y a quelque chose sur mon visage ? »

Karen regardait attentivement Hildegard. Ses yeux étaient larges, comme si elle fixait l’âme de la pauvre fille et cherchait des secrets. Au bout d’un moment, Karen prit brusquement la parole.

« Vous êtes amoureuse, pas vrai ? »

« Quoi ? Quoi !? »

Hildegarde poussa un cri, se rétractant alors que du rouge virevoltait sur ses joues. Son expression calme avait complètement disparue, remplacée par un front abondamment transpirant et des yeux paniqués.

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? L-amour !? L’amour !? HAHAHAHA ! Ha ! Ne soyez pas bête, madame ! »

« Mfuhuhuhu… L’amour ne peut jamais échapper à mon regard, voyez-vous ? Voulez-vous que je vous donne quelques conseils ? Vous devriez venir dans ma chambre plus tard, je vous apprendrai l’étiquette de la cour. »

Ma chère sœur aînée était partie vers la salle à manger après avoir laissé un étrange commentaire au passage. Hildegarde était rouge comme une betterave, les deux mains sur le visage. Je n’arrivais pas non plus à comprendre ce qu’elle marmonnait.

« Hé, euh, ça va ? »

« Hein !? Ouais ! HAHA ! Je vais très bien ! En fait, je vais vraiment, vraiment très bien. Merci beaucoup d’avoir demandé, mais je suis en pleine forme ! »

Es-tu sûr de ça… ? Si tu devenais plus rouge, il y aurait de la vapeur qui sortirait de tes oreilles.

Mais si Karen avait dit qu’elle était amoureuse, elle devait vraiment l’être. Quand la Déesse de l’Amour disait quelque chose à ce sujet, j’aurais tendance à y croire. Il semblerait qu’au final, même les femmes chevalières avaient le cœur de belles demoiselles. Rien qu’en pensant à l’homme qu’elle aimait, son visage était devenu si rouge. Ce type a de la chance.

Je me sentais un peu gêné, car elle n’arrêtait pas de me regarder de temps en temps. Elle avait dû être gênée que je l’aie vue dans un tel état.

« Quoi qu’il en soit… Princesse Hildegard, et euh, ancien roi… on y va ? »

« Ne m’appelez pas Hildegard, s’il vous plaît. Une telle formalité n’est pas nécessaire. J’aimerais que… vous m’appeliez Hilde. C’est comme ça que je préfère être appelé par mes proches… »

La princesse avait fait une demande timide. Ça ne me dérangeait certainement pas, puisque son nom était un peu trop long. Sur ce, j’avais décidé d’honorer sa demande pour ma propre convenance.

« D’accord, alors. Vous serez à partir de maintenant pour moi Hilde. »

« Super ! »

« Ohohohohohohhhh… »

La princesse Hilde sourit largement, mais son grand-père gloussait en arrière-plan.

Qu’est-ce qu’il y avait de si drôle, vieil homme !?

***

Partie 2

« Alors, qu’est-ce qui vous amène tous les deux ici ? »

La princesse Hilde et son grand-père étaient assis sur un canapé à trois places dans la salle de réunion du château. Je m’étais assis en face d’eux, pour les écouter.

Ils m’avaient informé qu’ils avaient voyagé incognito, et qu’ils n’avaient pas l’intention de donner leur statut social pendant le voyage. En y regardant de plus près, leur armure ne portait pas le cimier royal de Lestia.

L’ancien roi était un grand aventurier, donc il avait des contacts partout. Grâce à cela, ils étaient arrivés ici sans problème. Ce type était vraiment quelque chose.

D’après ce que j’ai entendu dire, ils s’étaient déguisés en roturiers et avaient combattu des criminels… Un peu comme Mito Komon de l’émission dramatique. Je les imaginais presque faire face à des criminels en criant : « Savez-vous qui est cet homme !? C’est le grand Galen, l’ancien roi du pays ! » et puis ils seraient tous écriés ainsi « Ha-haaaa ! » ou quelque chose comme ça… Cependant, ce ne devait probablement pas être ressemblant à la série. Pourtant, je n’avais pas vraiment de problème avec le fait qu’il punisse les malfaiteurs.

« Oui, nous aimerions discuter de l’incident de Yulong avec vous… »

Hilde aborda le sujet assez rapidement. Tout bien considéré, je n’avais pas été trop surpris.

L’incident avait impliqué plusieurs membres de pays étrangers, et Yulong avait répandu toutes sortes de mensonges sans fondement et incohérents sur ce qui s’était passé, de sorte que la plupart des nations qui n’étaient pas impliquées n’avaient aucune idée de ce qui s’était réellement passé. Cette question était surtout répandue dans l’est du continent, car les alliés occidentaux connaissaient tous la vérité.

Il était quelque peu amusant de constater que l’Ouest en savait davantage sur la situation à l’Est, étant donné qu’il s’agissait au départ d’une situation qui concernait les pays de l’Est.

La guilde avait fait circuler la vérité sur le sujet, mais les faits semblaient plus étranges que la fiction. Des bêtes non affectées par la magie, avec des capacités de régénération complexes, et qui émergeaient d’une déchirure dans l’espace ? Personne n’avait jamais entendu parler d’une telle chose, il était donc raisonnable de ne pas le croire.

Je leur avais détaillé exactement ce qui était réellement arrivé, puisqu’il n’était pas nécessaire de mentir.

« Wôw… Il y a donc vraiment eu une invasion par ces créatures nommées Prase… Donc vous dites que Belfast, Regulus, Mismede, Refreese, Ramissh et Lihnea se battaient tous ensemble ? »

« Les Phases sont des ennemis que nous n’aurions pas vaincus si nous n’étions pas unis. Une seule de leurs créatures supérieures a effacé Shenghai de la carte en une seule attaque. »

« Quelle affreuse histoire… ! Pensez-vous que cela pourrait se reproduire ailleurs ? »

Les inquiétudes de l’ancien roi étaient certainement justifiées. Après tout, un petit groupe de Phase était apparu à Lestia il y a quelque temps. J’avais décidé de ne pas mentir à ces deux-là, et je leur avais dit la vérité.

« Je ne pense pas qu’une telle chose se produira avant un certain temps, mais il y a toujours une réelle possibilité que cet événement se répète ailleurs. C’est pour cette raison que j’ai préparé des contre-mesures. »

« Ce sont les Frame Gears, n’est-ce pas ? Les guerriers géants ? »

J’avais été surpris par le fait qu’ils le connaissent par son nom, mais en même temps, je savais que la nouvelle finirait par se répandre.

J’avais décidé dans ce cas qu’il valait mieux montrer plutôt que raconter. Nous nous étions déplacés dans la plaine ouest à l’extérieur du château. Avec leurs escortes, bien sûr.

L’ancien roi, la princesse et leur escorte furent tous pris par surprise alors que je les faisais passer par mon portail. J’oubliais que les gens n’y étaient pas habitués. Ils avaient été encore plus surpris quand j’utilisais la [Porte] pour matérialiser un chevalier noir sur le terrain.

« C’est un de mes Frame Gears. Je l’appelle le Chevalier Baron. C’est l’une de nos armes principales pour combattre la Phase. »

Les gens de la région étaient absolument sans voix. Je pris une radio de [Stockage] et je contactais Monica. Elle était bien sûr assise dans le cockpit.

« D’accord, montre-leur le Chevalier Baron en action. Mais ne fais pas l’imbécile. »

« Comme tu le veux, Maître. »

Monica avait commencé à montrer différents mouvements avec le Frame Gear. Elle avait marché, couru, sorti une arme, attaqué par préformation, et par tranchant.

« Et ces… Frame Gears… Combien en avez-vous déployé à Yulong ? »

« Environ deux cent cinquante d’entre eux, y compris les unités de réserve. C’était tout juste suffisant, étant donné qu’il y avait environ treize mille Phases. »

« Deux cents… Qu’est-ce que Brunhild a l’intention de faire de cette puissance militaire ? »

Les yeux de l’ancien roi tombèrent sur moi, comme s’il essayait de me sonder pour obtenir des informations. Je ne pouvais pas lui en vouloir. N’importe qui soupçonnerait les intentions de quelqu’un s’il possédait autant de pouvoir.

« Vous pouvez me croire ou non, mais je n’ai pas l’intention d’utiliser ce pouvoir pour conquérir. Je ne les utiliserais que dans des circonstances graves. Leur but premier et principal est de combattre la Phase. Je peux vous promettre que même les autres membres de l’alliance occidentale n’en posséderaient pas, à moins qu’une véritable crise ne survienne. »

« Et comment définissez-vous une vraie crise ? »

« Si un Béhémoth devait émerger, ou si nous devions sauver des gens de catastrophes naturelles. Ce sont des situations de crise pour moi. »

En fait, j’avais prêté des Frame Gears à quelques pays alliés pour des situations comme celle-ci. S’ils sauvaient des vies, je les laisserais utiliser mon pouvoir. C’était donc une preuve de bonne foi de ma part. Mon but premier était d’inspirer confiance aux nations étrangères, de les rassurer sur le fait que je n’allais pas prendre le contrôle de leurs maisons. Cela étant dit, je les obligerais à me dédommager si les Frame Gears étaient endommagés en combattant des Béhémothes ou autre.

« Supposons, par exemple… si Lestia s’alliait à Brunhild, aurions-nous aussi accès à ces Frame Gears ? »

« Si vous les utilisez pour des situations honnêtes et non pour la guerre, alors oui. »

Ils me demandèrent si je craignais que des pays étrangers ne volent la technologie et n’en fassent de la rétro-ingénierie. Je les avais mis au défi de me montrer un endroit dans le monde qui pourrait le faire. Même mon atelier n’avait pas pu produire un Frame Gear à partir de zéro. À moins qu’un génie du même niveau que le docteur Babylone n’arrive, je n’avais pas à m’inquiéter.

Ils pourraient désassembler un Frame Gear, mais ils seraient tout au plus capables de répliquer les membres. Ils ne pourraient pas non plus distiller l’éther liquide. Si un pays démontait l’un de mes Frame Gears au point où il ne pourrait plus être assemblé, je le mettrais simplement sur une liste noire pour qu’il ne puisse plus l’emprunter.

« Je suis venu à Brunhild pour établir des relations amicales. Je ne peux pas formellement proposer une alliance sans mon fils, mais je suis sûr qu’il ne la rejetterait pas. »

« Je serais heureux de forger une alliance avec Lestia, mais je devrais d’abord consulter mes autres alliés. »

Je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’il y ait des objections, mais les formalités restaient toujours des formalités. J’avais été très satisfait de mon image de Lestia jusqu’à présent. Étant un Royaume de Chevaliers, ils sembleraient être des gens dévoués, honnêtes et nobles. Ce vieil homme tâtonnant était probablement la seule tache sur cette image jusqu’à présent.

Je m’étais brièvement demandé si l’alliance occidentale devrait changer de nom si Lestia adhérait. Après tout, ce pays se situait dans la partie est de la carte. C’était un détail mineur, alors j’avais décidé de m’en inquiéter plus tard.

***

Partie 3

« Haaaaaaaah !! »

« Hiyaaaaaaaaah !! »

Les deux épéistes s’arrêtèrent quelques centimètres avant que leurs épées de bois n’entrent en contact avec le corps de leur ennemi. L’épée de la princesse Hilde reposait sur la taille de Yae, tandis que celle de Yae planait juste derrière la nuque de Hilde. Elles étaient toutes les deux extrêmement talentueuses à l’épée.

« D’accord. Le match est fini. »

Je m’étais porté volontaire pour être arbitre, alors j’avais utilisé ce pouvoir pour en finir.

Hilde avait dit qu’elle voulait affronter le plus grand épéiste de mon pays, alors j’avais décidé que Yae serait le meilleur choix. Après tout, quand il s’agissait de l’art de la lame, elle était encore plus habile que le vieux Yamagata.

Au cours de l’année dernière, j’avais montré à Yae d’innombrables sites Web et vidéos sur l’art traditionnel du sabre. Elle avait absorbé l’information comme une éponge absorbait l’eau, et avait étudié presque tous les jours. Son style avait vraiment commencé à s’épanouir. Bien sûr, le style Kokonoe de sa famille l’avait marquée, mais elle évolua au-delà.

Pourtant, le fait que la princesse Hilde pouvait se battre contre Yae et faire un match nul était stupéfiant en soi.

Toutes les deux baissèrent leurs armes et respirèrent lourdement.

« C’était un match très amusant. Vous avez vraiment un chevalier merveilleux, Votre Altesse. »

« Hm ? Ah, je ne suis pas l’un de ses chevaliers. »

« Hein ? »

Hilde secoua la main de Yae, mais inclina la tête dans la confusion devant ses paroles.

« Je suis fiancée à Touya-dono. »

« Euh… excusez-moi ? »

« Ah, c’est ma fiancée. »

J’étais intervenu pour clarifier les choses, mais Hilde s’était soudainement arrêtée de bouger. Hein ? Quel est le problème ? Elle se tourna lentement vers moi, grinçant presque en me fixant. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait, mais ses yeux semblaient complètement sans vie.

« Fiancé… Vous êtes… fiancé… ? »

« Hm ? Eh bien, oui… N’y a-t-il pas eu une grande annonce pour mon mariage avec Lu et Yumina ? »

« Yumina… ? Lu… ? »

C’était comme si Hilde voulait savoir qui elles étaient. Elle n’avait pas du tout reconnu les noms. J’avais pensé que la nouvelle ne s’était pas encore répandue dans l’est du monde.

« Ce sont les princesses de Régulus et de Belfast. Comme moi, ce sont aussi les fiancés de Touya. »

« Quoi !? Il a trois fiancés… ? »

« En fait, il en a six. »

« SIX !? » Hilde était restée sans voix. Hmm… Je suppose qu’elle est surprise. Même si la polygamie est normale dans ce monde, il est inhabituel pour les nobles ou les marchands fortunés d’avoir deux ou trois épouses, et les membres les plus scandaleux de la royauté se limitaient généralement à cinq.

Beaucoup de marchands et de nobles avaient des femmes, mais aussi de nombreuses concubines.

Apparemment, une fois qu’un homme né haut dans ce monde avait pris une femme, il avait des relations intimes avec plusieurs femmes au cours des années suivantes. Mais les gens comme moi qui avaient plusieurs partenaires de mariage étaient considérés comme rares.

« Je… Eh bien, je… Je ne m’attendais pas à ça. Excusez-moi. »

Hilde murmura à elle-même, son visage était un peu froncé. J’avais agité ma main devant son visage, mais elle était complètement perdue dans sa propre bulle.

« Ça ressemble à un boulot pour Grande Sœur, pas vrai !? »

« Gah ! Ne fais pas ça ! »

J’avais sursauté de surprise face à cette voix soudaine.

Karen était apparue de nulle part, prenant une pose dramatique. Son souffle était lourd, plein d’excitation.

Cette fille peut se téléporter ou quoi !? Eh bien, je suppose que, vu que c’est une déesse et non une fille… elle peut surgir comme bon lui semble….

« Salut, ma chérie. Tu souffres d’un amour unilatéral non partagé, pas vrai ? Et la cible de cet amour est Touya, hein ? »

« Eeep ! Qu’est-ce que vous dites !? Quoi !? Hahahaha ! QUOI !? C’est trop bête ! Comment avez-vous !? Comment avez-vous deviné tout ça !? »

Karen avait pointé du doigt Hilde, et la fille avait pratiquement explosé en rougissant profondément. Quoi… ? Pourquoi panique-t-elle ? Elle ne peut pas… Non… Mais on ne s’est rencontrés que deux fois, non ! Ce n’est pas possible ! S’il vous plaît, non… Ne me dites pas que c’est ça !

Je tirais Karen sur le côté et je lui avais soudainement murmuré à l’oreille.

« Attends une seconde ici… Utilises-tu une sorte de pouvoir divin ici ? Lui as-tu lancé un rayon d’amour invisible ou quoi ? »

« Ne sois pas si grossier, Touya ! Je n’interviendrais jamais comme ça, sais-tu ? Cette petite fille là-bas a de l’amour pour toi dans son cœur depuis le tout début. En fait, je peux le voir et le sentir. C’est son premier amour. C’est absolument époustouflant, sais-tu ? »

Pourquoi est-ce si évident pour toi !? Suis-je juste lent ou quoi ? C’est son premier amour, sérieusement !? Alors… Qu’est-ce que je fais ici ? Je n’avais aucune idée de ce que je devais faire, et Hildegard avait l’air extrêmement gênée. Avant que j’aie pu penser à quelque chose, Yae s’était soudainement approchée de la pauvre fille. J’espérais vraiment qu’elle ne se battrait pas.

« Hilde-dono, aimez-vous Touya-dono ? »

« Eeep ! Je… Non ! Euh, c’est-à-dire… Je ne savais pas qu’il avait une fiancée, surtout pas une aussi belle que vous, Yae. Je… S’il vous plaît, pardonnez-moi. Je dois vous causer du chagrin. »

« C’est tout le contraire. Je connais très bien vos sentiments. J’ai déjà été dans la même position que vous. »

Hilde, qui regardait le sol avec honte, leva lentement la tête.

« Quand Touya-dono a été fiancée à Yumina-dono, j’étais simplement sa compagne. J’ai enterré l’affection que j’avais au fond de mon cœur. Mais au final, Touya-dono et Yumina-dono m’ont accepté. »

« Je vois… »

« C’est pourquoi cela ne me dérange pas que vous rejoigniez nos rangs en tant que fiancée, Hilde-dono. »

« Pardon !? »

Hilde et moi avions crié la même chose en même temps. Comment était-ce arrivé !? Qu’est-ce qui se passait ici !? J’avais pris Sue pour fiancée récemment, alors n’était-ce pas un peu tôt pour la numéro 7 !?

« Pour l’instant, la limite nuptiale de Touya est fixée à trois de plus. Il a été décidé qu’il aura neuf femmes au total. »

« Neuf !? »

Hilde avait élevé la voix en état de choc. Tu lui dis aussi ça maintenant !? Je n’étais même pas d’accord !

« Toujours aussi populaire, petit frère… Ta grande sœur est super fière de toi, sais-tu ? »

« N’en dis pas plus ! » J’avais regardé ma sœur idiote, qui avait commencé à siffler au loup à partir depuis les coulisses. Je suis content que quelqu’un voie le côté drôle de tout ça !

« Voulez-vous dire qu’il ne peut prendre que trois autres mariées ? Qu’après ça, les femmes ne seraient plus que ses maîtresses ? Si c’est le cas, alors j’accepte volontiers ! Je serai heureuse d’être la septième, Yae ! »

« Très bien, je vous présenterai aux autres plus tard. Je suis ravie qu’une personne comme vous se joigne à nous. »

« Merci beaucoup, Yae ! »

La princesse Hilde saisit fermement la main de Yae.

Attends, qu’est-ce qui vient de se passer ? Mon opinion a-t-elle été entièrement oubliée ? Est-ce que je ne compte pas !? C’est mauvais… C’est totalement mauvais ! Ça va se passer comme ça s’est passé avec Yumina et Lu. Qu’est-ce que je peux faire ? Si je dis quelque chose maintenant, je lui ferais du mal… Le mariage dans ce cas n’est pas qu’une relation amoureuse, cela va aussi servir pour approfondir les liens politiques et sociaux. Je suppose que nous ne nous connaissons pas, c’est bien pour eux parce que c’est une société qui privilégie l’amour aux mariages politiques, mais… Agh ! Je ne sais pas quoi faire, c’est sûrement quelque chose comme une étrange coutume de la haute bourgeoisie… !

Après tout, c’est une princesse… C’est peut-être une décision politique ? Mais aucune fille ne choisirait d’épouser quelqu’un qu’elle n’aime pas…

Les deux filles commencèrent rapidement à bavarder sous mes yeux. J’étais impuissant à les arrêter, mais heureusement, je n’avais pas eu à le faire.

« Ne nous emballons pas, je ne peux pas permettre ce mariage ! »

« Grand-père !? »

« Bonté divine, dans quelle situation étais-je… ? »

L’ancien roi était apparu comme s’il sautait de nulle part, les mains tendues et avec une expression sérieuse sur son visage. C’est quoi, une sorte de pièce de kabuki ?

J’ai un peu peur que ça se transforme en une situation du genre « Si tu veux ma petite-fille, tu dois passer à travers moi ! »… Ce n’est pas du tout ce que je veux !

« Prendrais-tu la position de princesse de Lestia à la légère… ? Bats-toi contre moi, prouve ta valeur ! »

Bingo. Welp, je suppose que c’était prévisible. C’est quand même une situation un peu chanceuse, je peux tout simplement faire exprès de perdre. Je n’ai pas l’intention de prendre la princesse Hilde pour épouse, du moins pour l’instant. Elle est mignonne, mais je ne sais rien d’elle !

En plus… l’ancien roi est un aventurier de rang Or. Malgré son âge, cela pourrait être âpre, même si je ne le combats pas sérieusement…

« Tu dois accepter honorablement ce duel. Montre-moi ta force, vaincs-moi, et je l’accepterai ! Bats-toi maintenant, Hilde ! »

« Très bien, grand-père ! Je vais te frapper ! »

Attendez… Quoi !?

***

Partie 4

« À toutes personnes opposées aux fiançailles entre Touya et la princesse Hildegard de Lestia, levez la main maintenant, » avait dit Yumina, mais personne ne leva la main.

« Alors j’accepte volontiers la princesse Hildegard comme une âme sœur. Elle, comme nous, soutiendra consciencieusement Touya, s’efforçant de devenir une bonne épouse et une bonne mère. »

« Merci beaucoup ! Je travaillerai dur. »

Hilde versa une petite larme tandis que les six autres se tenaient autour d’elle et applaudissaient. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait.

Il y avait huit personnes dans la pièce. Moi-même, mes fiancés et la princesse Hildegard. C’était ce qu’elles appelaient une conférence nuptiale, et l’intention était d’approuver mes fiançailles avec Hilde. Bien que, pour une raison quelconque, j’étais assis loin des autres.

« Allez, les filles… Allez-vous vraiment ignorer mon avis ? »

À mon commentaire, Yumina s’était retournée et fronça les sourcils.

« N’aimes-tu pas la princesse Hilde ? »

« Eh bien, non. Je ne vois aucune raison de ne pas l’aimer. »

« Alors la trouves-tu peu attirante ? »

« Bien sûr que non ! Elle est vraiment jolie. »

« Alors sa personnalité n’est-elle pas bonne ? »

« Non. C’est une travailleuse acharnée et elle donne tout pour sa patrie. En toute honnêteté, je suis vraiment impressionné. »

« Dans ce cas y a-t-il un problème avec son héritage ? »

« Non, pas ça non plus. C’est une princesse comme toi et Lu. »

« Alors il n’y a rien à objecter. »

« Argh… »

Yumina termina son interrogatoire et me fit un sourire. Je regardais la princesse Hilde et je la vis rougir profondément tout en regardant le sol. C’était vrai que je n’avais pas de raison de la refuser, mais… J’avais l’impression que si je cédais sur ce point, elles me marcheraient dessus pour toujours. J’avais déjà du mal à tenir tête à l’une d’entre elles individuellement… Alors les sept ensemble ! Je ne serais plus qu’une marionnette que l’on maltraite. La polygamie ressemblait au rêve d’un homme au début, mais j’avais vite compris que si ses épouses unissaient leurs forces, il serait fichu.

« … Est-ce que vous êtes toutes d’accord avec ça ? »

« J’aurais levé la main dans ce cas. »

« En ce qui nous concerne, tu es comme nous. Nous te considérons comme une bonne amie, et nous aimerions t’avoir dans la famille. Nous en sommes toutes venues à aimer Touya à notre façon… »

Elze et Linze rassurèrent Hilde. Je me demandais comment elles pouvaient parler d’elle avec autant de confiance, mais c’était probablement grâce à l’Œil mystique de Yumina. Ça expliquerait tout.

Chaque fois que Yumina utilisait son Œil mystique, elle pouvait lire l’aura d’une personne. Une personne au cœur pur lui semblerait brillante et étincelante, mais une personne aux intentions malveillantes semblerait boueuse et immonde.

Je n’en connais pas tous les détails, mais elle ne pouvait pas lire grand-chose au-delà des intentions superficielles dans leur cœur. Finalement, Yumina m’avait dit qu’elle jugeait en fonction de la couleur qu’elle voyait et de sa propre intuition.

En d’autres termes, elle savait des choses sur les gens d’une manière détournée. Elle pouvait faire la différence entre une mauvaise personne portant un déguisement chevaleresque et une bonne personne qui essayait d’agir brutalement. Yumina avait dû évaluer Hilde de cette façon, ou du moins c’est ce que je pensais, mais…

« C’est définitivement une opportunité pour nous. Yumina et moi sommes des princesses, mais nous ne venons que de l’ouest. Hilde est originaire de l’est, et après l’incident de Yulong, elle est la princesse de la plus grande nation du pays… Relier l’Est à l’Ouest nous conférera une effroyable puissance. »

Lu marmonnait ceci et cela au sujet des rouages politiques. C’était un peu dangereux, honnêtement.

Forger une alliance forte avec Lestia serait utile, mais je ne voulais pas le faire uniquement pour des raisons politiques.

« Mais, je veux dire… »

« Touya, tu dois parler pour toi-même. Aie plus confiance en toi et en tes décisions. Comme l’a dit ta sœur, tu es un homme populaire ! »

« … Suis-je vraiment si populaire ? »

« Bien sûr que tu l’es ! Tout le monde ici t’aime énormément ! »

Les mots de Sue rendirent mes joues écarlates. Gah ! Je ne sais pas si je suis heureux ou juste embarrassé… ! Argh… Merde, je préfère ne pas être si mollasson après tant de temps, mais c’est juste comme ça que je suis…

Je regardais la princesse Hilde, et ses yeux nerveux rencontrèrent les miens. J’étais un peu inquiet, car on aurait presque dit qu’elle allait pleurer.

« … Très bien, alors. Si tout le monde est d’accord, c’est bon. »

Tout le monde s’était soudainement rassemblé autour de la princesse Hilde et avait applaudi. En écoutant leurs rires stridents et féminins, je m’étais rappelé une fois de plus que je n’avais aucun pouvoir contre elles. Un malaise s’était installé quand j’avais pensé à mon avenir.

« Hey, Princesse Hilde. Et votre bataille avec l’ancien roi ? »

« Appelle-moi simplement Hilde, s’il te plaît. Désormais, je suis à la fois ta fiancée et ton premier chevalier. »

La princesse Hilde, ou juste Hilde s’était tournée vers moi avec un sourire.

« Très bien, Hilde. Alors, à propos de cette dispute avec l’ancien roi… Y a-t-il une chance que tu puisses le battre ? »

« Si tu veux vraiment savoir le fond de ma pensée, je ne pense pas que cela soit probable… La probabilité que je me batte et l’emporte contre mon grand-père est d’environ un sur dix. »

Ces probabilités étaient sérieusement basses. C’était à peu près ce à quoi je m’attendais. Le vieil homme devait être puissant. Pourtant, une chance sur dix était toujours une chance.

« Et… les fois où j’ai gagné contre lui, je dois dire que ce n’était pas à cause de mes compétences. C’était juste un cas où j’ai eu de la chance… »

« Ha… Donc tu dis que ta victoire était du a de la chance ? »

« Oui… »

Allez, Sue. Ne le dis pas comme ça. Elle a l’air assez déprimée comme ça !

Au contraire, j’avais pensé que son grand-père finirait peut-être par être pris au dépourvu. S’il ne la prenait pas assez au sérieux, elle pourrait l’utiliser à son avantage et en sortir gagnante.

L’arme du duel devait être une épée, et ce ne serait qu’un test de prouesses physiques. Aucune magie ne devait être permise.

« Touya-dono… N’y a-t-il rien que nous puissions faire ? »

« Hm… Eh bien, nous pourrions toujours enchanter l’arme d’Hilde avec une sorte de poison aveuglant, ou faire exploser la poignée de son épée ou quelque chose du genre… Ou peut-être que je pourrais juste enchanter les armes et l’armure d’Hilde pour avoir une tonne d’effets de buff ? »

« Une victoire comme celle-là serait plutôt… creuse, et contraire au code de la chevalerie. »

Je veux dire, je suppose que oui… mais il y a beaucoup de façons de gagner ici. Les règles disaient que la magie ne pouvait pas être utilisée directement pendant le duel, donc techniquement ce n’est pas de la triche ! Heheheheheheh…

« Tu fais encore ta tête de méchant. »

« … Tu es probablement en train de trouver quelque chose de cruel et sournois, n’est-ce pas ? Je ne sais pas si c’est une bonne chose. »

« Je suis un peu inquiète… »

Ne soyez pas méchantes ! Je ne pense à rien de méchant ou de sournois, promis !

Pas cette fois, du moins.

***

Partie 5

Au moment où le match commença, l’ancien roi accula Hilde. Elle avait été forcée à se mettre dans un coin, mais elle avait quand même réussi à s’en sortir, à parer son épée de bois et à l’éloigner d’elle.

« Qu’est-ce qui ne va pas, petite-fille !? Tes sentiments pour le grand-duc sont-ils si pitoyables que tu hésiterais ici !? »

« … Je crois en Touya ! Si je bouge selon ses instructions, alors je gagnerai sûrement ! »

« Selon ses instructions !? Dans ce cas, montre-le-moi ! »

La vitesse de ses attaques augmenta, frappant Hilde encore et encore dans un assaut imparable. Les défenses de la jeune fille commencèrent lentement à s’effriter. Elle bloqua ses coups avec un bouclier, mais chaque coup lui causait des vibrations contre le bras. Si cela continuait, ses mouvements finiraient par être entravés.

La bataille se déroulait dans l’arène souterraine. Seuls moi et mes fiancées étions présents. J’avais fait attendre les gardes dehors.

Hilde se défendit au mieux de ses capacités. Je lui avais dit de se concentrer sur la défense et de garder les yeux ouverts pour pouvoir le contrer facilement. Avec ça, elle serait capable de terminer le combat en un seul coup.

Hilde frappa son épée de bois sur le côté à l’aide de son bouclier et créa de l’espace entre les deux. Elle manquait clairement d’énergie. Sa respiration était irrégulière et instable.

D’un autre côté, le vieil homme avait l’air d’avoir la vie en lui. Un petit sourire se peignit sur son visage.

« Hmph… Il est fort, il l’est. Son style est violent et non raffiné, comme un tourbillon. Si Hilde-dono est une personne forte, alors c’est vraiment un monstre. Il utilise son arme comme une tempête redoutable qui favorise la brutalité plutôt que la technique. »

« Mais elle résiste plutôt bien. Je pense qu’ils sont de même niveau. »

« C’est juste parce qu’elle se concentre uniquement sur la défense en ce moment. Elle ne peut pas gagner si elle continue comme ça. Même si elle se concentre sur ses défenses, elles finiront par s’effondrer. C’est là qu’elle perdra. »

Yae, Elze et Lu… Les trois principales combattantes de mon entourage offrirent leurs points de vue professionnels. J’avais été particulièrement surpris par la fermeté de Lu récemment. Il était difficile de croire que c’était elle qui se recroquevillait dans la peur pendant le coup d’État. Il était cependant possible qu’elle soit sous le choc à ce moment-là.

Elle n’était pas encore au niveau de Yae ou d’Elze, mais elle était vraiment douée. Elle avait fini par manier ses armes d’une manière qui combinait mes techniques de combat et celles de Yae, donc elle s’était surtout entraînée elle-même.

« Ça ne devrait plus tarder… J’espère qu’elle ne manquera pas l’ouverture. »

« Mais l’ancien roi laissera-t-il une ouverture ? Il est puissant, et c’est toujours une adversaire qu’il faut prendre au sérieux jusqu’à la fin… »

« Il ne fera pas d’ouverture. Heheheheh… Je vais faire l’ouverture. »

J’avais ignoré une Yumina confuse et j’avais commencé à concentrer ma magie. J’avais parcouru Internet à la recherche d’une vidéo pratique, et maintenant il était temps de la mettre en pratique.

L’ancien roi fonça vers Hilde, clairement déterminé à porter le coup de grâce. C’était ma chance ! J’avais utilisé [Mirage] pour projeter une image de quelque chose à environ deux mètres derrière Hilde.

« Quoi ? »

Les yeux de l’ancien roi s’ouvrirent et il s’arrêta soudain de bouger. Hilde n’avait aucune idée de ce qui s’était passé, mais elle avait saisi sa chance. Elle frappa de toutes ses forces avec son épée d’entraînement le corps de son grand-père.

« Ghaugh !!! »

Si ça avait été une vraie épée, le coup l’aurait coupé en deux. Sur ce, le vieil homme s’effondra et tomba par terre. Je l’avais fait !

« … Touya. »

« Oui ? »

« … Qui était cette femme derrière Hilde ? Celle qui est apparue pendant une fraction de seconde et qui portait un bikini string. »

Une pin-up luxuriante, vêtue d’un minuscule micro-bikini, était actuellement sur l’écran de mon téléphone. Je n’avais aucune idée de qui elle était, mais sa tenue était très agressive. Elle avait la peau bronzée, des yeux magnifiques et un corps voluptueux.

« Je l’ai fait ! C’est ma victoire ! Oh, Touya, je l’ai fait ! J’ai gagné ! »

Hilde avait l’air ravie, alors je lui avais fait signe. Mes autres fiancés souriaient aussi, mais je pouvais entendre leurs marmonnements bas et terrifiants.

« … C’était une ouverture pratique… »

« Les hommes sont vraiment les pires… »

« Je m’en occupe, sœurette… »

« Sa poitrine était plutôt généreuse… »

« … Est-ce le genre de maillot que tu préfères ? »

« Hm ? Où vas-tu, Touya ? »

Tout le monde sauf Sue me regardait avec des yeux noirs. Je ne pouvais certainement pas rester après avoir employé l’un des trente-six Stratagèmes ! J’étais descendu des gradins et je m’étais approché pour féliciter Hilde. J’avais senti des regards perçants perforer mon dos, mais je ne m’étais pas retourné.

« Touya, j’ai vraiment gagné ! Je peux t’épouser ! »

Hilde n’avait pas l’air de trop réfléchir à la perte suspecte de son grand-père. Elle faisait simplement la fête alors que le vieil homme gémissait et ronchonnait par terre.

« Tu as bien fait de me vaincre… Mais sache ceci… la deuxième et la troisième fois que tu viendras vers moi, cela ne sera pas aussi simple… Ce n’est même pas… ma forme finale ! »

« … Bon sang, qui donc es-tu, un Archidémon sorti d’un JRPG… ? »

J’avais lancé ma magie de rétablissement sur l’ancien roi. Honnêtement, c’était incroyable pour moi de savoir que ce type était le roi d’une noble société chevaleresque. Cependant, j’avais entendu dire qu’il avait été adopté par la génération qui l’avait précédé… ce qui expliquait en quelque sorte pourquoi il n’avait pas l’image chevaleresque traditionnelle.

L’ancien roi se leva et se tourna vers Hilde, apparemment complètement guérie et déjà rétablie.

« Je connais maintenant les défauts de ma maturité. Une défaite est en effet une défaite. Ta détermination est claire comme de l’eau de roche pour moi, ma chère. Ainsi, tu peux te marier librement… Quant au garçon, je ne me plains pas non plus. À partir de maintenant, tu n’es plus chevalier de Lestia, alors assure-toi de devenir un fier chevalier de Brunhild. »

« Grand-père… »

« Touya, fils… Ma petite-fille n’a que du talent à l’épée, mais je vous la confie jusqu’à la fin des temps. »

« … Je comprends, monsieur. Je m’occuperai d’elle. »

L’ancien roi inclina la tête devant moi.

« Aussi… qui était ce joli petit minois en maillot de bain !? Laissez-moi-la revoir ! Même si ce n’est qu’une dernière fois, permettez-moi de graver sa forme voluptueuse dans mon esprit ! »

« … Maillot de bain ? »

« Ah… Monsieur, si euh… Si vous voulez bien m’accorder un moment, d’accord. Je ne peux pas le faire ici, donc si on peut juste aller dans une autre pièce… »

« Ohohoho, pas de problème ! Hilde, va avec les autres. Elles prendront soin de toi, j’en suis sûr. Touya, Touya ! Allons-y ! »

L’ancien roi m’attrapa par le bras et commença à me traîner. J’avais été un peu surpris qu’il ne se soit pas encore plaint de l’injustice de l’ouverture… mais une partie de moi se demandait s’il n’avait pas fait exprès de perdre ce combat.

Finalement, il m’avait convaincu d’utiliser [Dessin] pour imprimer une tonne de photos de maillot de bain de pin-up afin qu’il puisse les emporter chez lui. Je me demandais vraiment d’où venaient ses pouvoirs pervers…

J’étais retourné dans ma chambre, épuisé, pour trouver tout le monde sauf Sue et Hilde qui m’attendaient. Elles m’interrogèrent violemment pendant un certain temps, m’interrogeant sur mes préférences en matière de femme. Elles me demandèrent si les seins plus gros étaient meilleurs, si je préférais les femmes minces et toniques, ou si je préférerais qu’elles changent leur tenue habituelle pour des versions plus risquées et coquines.

À la fin, je m’étais incliné sur le sol et je les avais suppliés de bien vouloir arrêter cela. Surtout au moment où elles m’avaient proposé d’obtenir pour elles des micro-bikinis. Je ne pouvais certainement pas les laisser faire ça, ça aurait été beaucoup trop.

… Mais ça aurait été sympa à voir.

***

Partie 6

Quelques jours plus tard, j’avais ramené nos invités de Lestia dans leur royaume par une [Porte].

J’avais été guidé vers leur palais royal et j’avais finalement rencontré le Roi Chevalier, Reid Yunas Lestia. Bien que j’aie eu la bénédiction de l’ancien roi, j’avais pensé qu’il était prudent de venir ici et d’expliquer la situation par moi-même.

Je pensais que les choses avançaient un peu vite, mais j’étais trop profondement dans la situation pour me fier au bon sens. Je me demandais s’il était plus comme moi ou comme le grand-père d’Hilde… Je me demandais s’il finirait par être un vieux pervers bizarre comme l’ancien roi.

« C’est peut-être un peu tard pour le dire, mais la façon de faire de mon père est certainement un peu folle. Dans l’ensemble, je n’ai aucune objection à l’égard du mariage d’Hilde. Grand-Duc Touya, je dois vous féliciter d’avoir pris une fille aussi… difficile que Hilde. C’est certainement un garçon manqué dans ses activités, mais je suis content qu’elle soit à votre goût. Nous vous en sommes vraiment redevables. »

« Je suis d’accord, merci de l’avoir acceptée. Je suis fière de toi, Hilde. Tu trouveras sûrement le bonheur… »

« Félicitations, Hilde. S’il vous plaît, Grand-Duc, prenez soin de ma petite sœur. »

Wôw… Ces types, euh… sont très corrects. Le roi, la reine et le prince… sont tous des gens bien. Ce vieux cinglé m’a vraiment jeté dans le pétrin ! Je pensais que ces types seraient aussi mauvais que lui, mais ils sont plutôt normaux.

Ou c’est peut-être parce qu’ils étaient autour de ce type… C’est un excellent exemple de la façon de ne pas se comporter.

Ils avaient tous l’air agréables et gentils, alors j’étais content. Le roi semblait avoir une cinquantaine d’années. Ses cheveux étaient brun foncé et coupés courts et sa moustache avait des poils gris ici et là. J’avais le sentiment qu’il était probablement un mec populaire dans sa jeunesse.

La reine Esther avait l’air d’avoir la quarantaine. Elle avait une aura douce, semblable à celle de Cécile. La femme était noble et belle, elle avait probablement été de même pendant toute sa vie. Elle m’avait paru très maternelle.

Le frère aîné de Hilde, le prince Reinhard, avait l’air d’avoir le rôle principal. Il avait une vingtaine d’années et avait les cheveux blonds dorés comme sa sœur. Ils l’avaient probablement hérité de leur mère. Même si je détestais l’admettre, le gars était aussi vraiment beau… J’avais entendu dire qu’il était aussi fiancé. D’après ce que j’avais pu comprendre, il était digne, habile avec une épée et rapide d’esprit. C’était un candidat idéal pour être le prochain roi.

« Père, mère, frère… je promets de trouver mon propre bonheur ! »

Hilde versa des larmes de joie et entraîna sa mère dans une étreinte. C’était une belle scène à regarder, mais je ne pouvais m’empêcher de me sentir mal à l’aise. C’était une famille heureuse et aimante, et j’étais là, debout.

« En vérité, il y a une raison pour laquelle je suis content de faire avancer vos fiançailles. J’ai l’intention d’abdiquer le trône à Reinhard… mais il y a un petit problème avec notre épée de cérémonie. »

« Hm ? Qu’est-ce que c’est ? »

« Ah, c’est une épée sainte qui est dans notre famille royale depuis des générations. C’est la Sainte Épée Lestia. C’est la lame qui a donné son nom à notre pays, et c’est le symbole de notre lignée royale. »

Comme j’entendais l’explication d’Hilde, un chevalier entra dans la chambre et remit une longue boîte en bois au roi.

Le Roi Chevalier y jeta un sort silencieux, j’entendis un cliquetis lorsque la boîte s’était déverrouillée. J’avais aussi entendu le sifflement de l’air qui s’échappait. C’était un putain de conteneur hermétique ! La boîte s’ouvrit enfin pour révéler une belle épée.

C’était une épée ornée d’argent et d’or. À côté se trouvait un magnifique fourreau orné. C’était certainement quelque chose qu’on pourrait facilement appeler l’épée d’un roi.

« Oh, je vois… »

J’ai froncé un peu les sourcils en voyant le problème. La lame éblouissante avait été cassée en deux, fendue au milieu. Elle était complètement ruinée.

« Voici la Sainte Épée Lestia. Elle n’est utilisée qu’à des fins cérémonielles, ou si notre nation est en guerre… Sinon, elle est fermée hermétiquement. La dernière fois qu’elle a été utilisée, c’était lors de l’initiation officielle de Hilde en tant que chevalier, il y a trois ans. »

« Une fois que j’avais décidé d’abdiquer de mon trône en faveur de Reinhard, j’avais enlevé le sceau afin de préparer sa cérémonie… mais l’épée était comme ça. Je ne sais pas pourquoi la lame est cassée… Ce que je sais, c’est que la cérémonie ne peut se dérouler ainsi. J’étais préoccupé par tout cela et je pensais faire une épée d’imitation en dernier recours, mais alors… J’ai entendu parler de vous par Hilde, Grand-Duc. »

Le Roi Chevalier dégaina la lame à sa taille, la tenant doucement dans ses mains. C’était l’épée que j’avais donnée à Hilde.

« Oui, nous pensons qu’un homme capable de faire une épée aussi glorieuse que celle-ci pourrait sûrement réparer Lestia. C’est pourquoi je suis allé à Brunhild au nom de mon fils. Bien que je doive avouer, je m’intéressais personnellement à toi, Touya. Je voulais savoir quel genre d’homme ma petite Hilde avait rêvé. J’ai voulu juger ton caractère. »

« Grand-père… ? »

« Ces derniers mois, Hilde ne parlait que de toi, Grand-Duc. Elle soupirait avec nostalgie et regardait l’épée que vous lui avez donnée. Elle pensait qu’on ne s’en rendrait pas compte, mais comment pourrais-je ignorer le fait qu’elle interrogeait toujours les marchands ambulants sur Brunhild ? »

« Toi aussi, mon frère !? »

J’avais jeté un coup d’œil de côté vers la Hilde agitée, mais j’étais plus intéressé par l’épée. C’était… à tous les coups ancien. Ce qui ressemblait à une écriture ancienne était gravé sur la lame elle-même. Il y avait aussi un cristal incrusté dans la poignée.

« Puis-je la prendre dans mes mains ? »

« Allez-y. »

J’avais pris la lame cassée par la poignée, en la regardant bien. Je sentais aussitôt de la magie résiduelle à l’intérieur.

« Cette épée était-elle enchantée d’un effet spécial ? »

« Ha, c’est que vous êtes très perspicace. Je suis étonné que vous puissiez le dire rien qu’en regardant. L’épée a un effet régénérateur pour son manieur. Il soigne les blessures mineures, et régénère même les blessures graves. »

Je vois… Donc je suppose que ce truc est imprégné de [Guérison] ou quelque chose comme ça. Ou était, plutôt… Dans l’état actuel des choses, l’effet ne se déclenche pas.

« Le meilleur forgeron de Lestia s’est aussi retrouvé incapable de faire quoi que ce soit. On m’a dit que le matériau de l’épée lui était complètement inconnu. La capacité de régénération a également disparu… Je crains qu’elle ne soit complètement ruinée… »

« Que disent ces lettres ? »

« Ah, je n’en ai aucune idée. Rien n’a été mentionné à ce sujet dans l’histoire de notre famille. La langue semble être celle de l’ancienne civilisation, le Parthéno. »

Huh… Je suppose qu’il n’y a qu’un moyen de le savoir !

« [Lecture] : Ancien langage parthéno. »

J’avais un sort Néant pratique, bien que celui-ci n’ait pas été utilisé depuis un moment. Il me permettait de lire n’importe quelle langue, pourvu que je sache avec quelle langue elle était au départ.

« Qu’est-ce que… »

Mes épaules s’affaissèrent, sans énergie. J’avais été complètement embobiné. Le lettrage sur la lame était une signature. Le genre de chose que quelqu’un avait gravé dans son travail pour prouver que c’était le sien. Et, avec [Lecture], j’avais pu voir qui c’était. Je n’avais aucune idée de ce à quoi je m’attendais, mais certainement pas à ça.

« Conçu par Regina Babylon. »

Pourquoi fallait-il qu’elle soit là ? Pourquoi cette bonne à rien de docteur était-elle dans le business de la fabrication d’épées ? Je m’étais brièvement demandé si c’était le destin, mais… en ce qui la concernait, je n’avais aucune idée de ce qui avait été conçu ou non.

« Quelque chose ne va pas, Touya ? »

« Non, c’est… juste que… Cette épée a été fabriquée par la même personne qui a fait les Frame Gears… »

« Quoi !? »

L’ancien roi avait les yeux écarquillés. Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle cette épée était ici, et je ne m’attendais pas à la trouver… Bien que cela m’ait fait me demander si ce n’était pas plus une épée excitante qu’une épée sacrée, étant donné les inclinations de ce médecin pervers.

« … Cela fait plus de cinq mille ans, donc il est possible que le pouvoir magique soit épuisé. Vous l’avez fait sceller tout ce temps, n’est-ce pas ? Et vous l’utilisiez seulement de temps en temps pour des cérémonies ? Il est possible qu’elle s’affaiblisse petit à petit parce qu’elle a été coupée de la magie résiduelle de l’air. »

Je pensais que si elle n’avait pas été affaiblie suite à la disparition de la magie, la magie aurait pu la garder intacte. Elle n’aurait certainement pas beaucoup de temps pour absorber la magie si elle ne sortait que brièvement de temps en temps. Il n’y avait vraiment rien d’étonnant à ce que ça se casse comme ça.

C’était un peu comme un animal qui ne recevait pas beaucoup de nourriture chaque jour et qui perdait lentement du poids jusqu’à ce qu’il meure.

« Cinq mille ans… ? Mais… c’est la lame de notre fondateur royal. Je ne crois pas que notre histoire remonte aussi loin. »

« Quand Lestia a-t-elle été fondée ? »

« Il y a environ trois cents ans… Deux cent quatre-vingt-onze ans pour être précis. On disait que notre fondateur maniait Lestia, et qu’il avait utilisé son pouvoir pour unifier les tribus qui se disputaient dans la région, créant ainsi le royaume des chevaliers de Lestia. »

Je crois que j’ai compris. Ce que le prince vient de dire… Tout cela avait un sens. Non, ce n’est pas que cela avait un sens, j’étais pratiquement certain que c’était ce qui s’était passé. J’ai déjà vu cette situation ! Je sais ce que c’est ! Cette chose est définitivement tombée de l’entrepôt ! Alors, un chevalier errant a dû la ramasser… Et puis il a utilisé son pouvoir pour mettre fin à la guerre dans la région… et a finalement fondé le royaume des chevaliers de Lestia. C’est vraiment incroyable.

Honnêtement, le gynoïde en charge de l’entrepôt avait été maladroite et irritante, elle avait fini par me causer beaucoup de problèmes. Mais j’avais pensé que c’était un exemple de ce qui pourrait se passer de façon positive. En fin de compte, ce qui importait, c’était la façon dont l’article était utilisé.

« Eh bien, je pourrai la réparer. Il ne devrait pas y avoir de problème. Je pourrai aussi réappliquer l’enchantement. »

Je l’avais moulé et je l’avais assemblé à nouveau. L’enchantement précédent avait disparu à cause de cela, mais je pourrais facilement réappliquer l’effet. J’avais aussi augmenté la réserve magique que l’arme contenait. Tant qu’ils ne la renfermaient pas dans cette boîte, ils n’auraient pas à s’inquiéter qu’elle s’épuise.

« Oooh ! »

« Nous y voilà. Elle est redevenue normale. »

« Je vous remercie. Nous pouvons maintenant procéder à la cérémonie comme prévu. Nous vous en sommes redevables. »

Le roi prit l’épée sainte dans sa main droite et l’utilisant pour couper un peu son propre bras gauche. Le sang coulait de la plaie, mais la coupure s’était refermée presque immédiatement.

« Ça marche comme avant… En fait, ça semble un peu plus rapide. »

Oh mince… est-ce que je lui ai accidentellement donné un effet plus fort ? La magie devrait s’épuiser plus vite si cela arrive… Mais honnêtement, c’est mieux comme ça.

L’épée absorbera la magie de l’air et l’accumulera lentement au fil du temps, puis elle utilisera cette magie pour se préserver et guérir son propriétaire, mais naturellement cela épuisera lentement la réserve.

Mais c’était très bien, parce que l’arme ne ferait que continuer à récupérer cette réserve par les airs. C’était un processus lent qui s’était accumulé au fil du temps. Idéalement, vous ne voudriez pas tout utiliser d’un seul coup, sinon l’épée n’aurait pas de fonction spéciale pendant un certain temps.

Elle ne pouvait probablement lancer qu’une dizaine de sort [Soin de rétablissement] ou de cinq sorts [Grande guérison]… alors ce n’était pas parfait, mais en un clin d’œil je savais que c’était bon. J’avais quand même augmenté sa réserve magique pour qu’elle puisse stocker un peu plus qu’avant, donc je m’étais dit que ce ne serait pas un problème.

La Sainte Épée Lestia telle qu’elle était avant n’était pas exactement parfaite non plus, donc ça irait bien. La guérison gratuite à l’infini n’était tout simplement pas possible.

Ou, eh bien… peut-être que ce n’était pas… J’avais l’impression que je pourrais probablement faire quelque chose comme ça si j’y mettais toute mon énergie. Dans le pire des cas, je finirais par créer quelque chose comme ce joyau d’immortalité que j’avais rencontré à Eashen… J’avais décidé de ne pas y penser. Une personne pouvait tout aussi bien se débarrasser de son humanité si elle avait un objet qui l’empêchait de mourir.

« C’est peut-être un peu différent de ce qu’elle était avant, désolé… »

« Non, non, non… Vous nous avez rendu un grand service. Merci beaucoup. »

Le roi rengaina l’épée, mais cette fois il ne l’avait pas mise dans la boîte scellée. Il n’avait pas besoin d’aller si loin. J’avais fini par lui expliquer que tant qu’il l’exposait à l’air frais pendant une journée entière chaque année, tout irait bien. En fin de compte, il avait accepté que le sceau de la boîte soit défait une fois par an, le jour anniversaire de la fondation du pays.

Après cela, il était temps de célébrer l’ascension du prince sur le trône. J’avais décidé de lui offrir une épée en phrasium. J’en avais donné une à l’ancien roi, Hilde, et au roi… mais à l’époque je ne savais pas qu’il y avait un prince.

Je l’avais conçu de la même manière que celle de Lestia. Elle avait été conçue pour être légère, tranchante et indestructible. C’était la lame parfaite pour le combat. Par contre, elle ne serait pas bonne pour les combats d’entraînement ou les duels. C’était bien trop tranchant. Si une épée entrait en collision avec elle, la lame la plus faible se briserait sûrement.

« C’est un cadeau merveilleux. En vérité, mon fils nous enviait un peu pour nos belles lames, mais maintenant la sienne est la plus belle de toutes… Dans l’ensemble, je suis tout à fait satisfait. C’est un merveilleux cadeau pour lui, merci. »

J’étais heureux qu’il soit heureux. Il allait être mon beau-frère, alors j’espérais maintenir de bonnes relations.

Quelques jours plus tard, un nouveau roi fut couronné à Lestia. En même temps que son ascension, l’engagement de la Première Princesse Hildegard fut annoncé. Hilde était ainsi devenue officiellement ma fiancée.

***

Chapitre 3 : L’élagage

Partie 1

« Il fait de plus en plus froid, hein… »

Brunhild entrait dans sa saison hivernale. Il ne faisait pas aussi froid que dans le Royaume d’Elfrau au moment où je l’avais visité, mais c’était quand même assez mauvais. On aurait dit qu’il y avait aussi de la neige.

« Avons-nous suffisamment de contre-mesures pour repousser le froid ? »

« Toutes les maisons de Brunhild ont des cheminées. Nous avons aussi de vastes réserves de bois de chauffage. Au contraire, notre préoccupation devrait être de prévenir les incendies. »

C’était vrai. Nous avions formé une petite brigade de pompiers au cas où n’importe quel endroit s’illuminerait. De plus, il y avait un dispositif semblable à une pompe qui permettait d’éteindre rapidement les incendies. Kousaka fit preuve de rigueur dans son approche, c’était donc un plaisir de l’avoir dans les parages. Il semblerait que l’eau du canal de la ville serait notre principale méthode pour nous opposer au feu. Pour l’instant, il suffirait qu’ils partent en patrouille de temps en temps. Peut-être que je leur donnerais des claves qu’ils pourraient claquer ensemble pour alerter les autres ou quelque chose comme ça.

Après avoir terminé de gérer mes affaires, je m’étais dirigé vers les terrains d’entraînement de la cour. Hilde et Rebecca étaient toutes deux en duel.

Après qu’elle ait été officiellement annoncée comme ma fiancée, Hilde était venue vivre dans mon château.

En toute honnêteté, je ne m’attendais pas à ce qu’elle vienne vivre avec moi avant le mariage. Fiancée ou non, elle était toujours la princesse d’une autre nation, et avait des devoirs nationaux.

Contrairement à Yumina, qui avait semblé mettre un certain temps à s’installer avec moi, Lu et Hilde semblaient s’être installées relativement rapidement. Elles étaient à la maison. Comme on pouvait s’y attendre, Sue était la seule qui ne vivait pas avec moi. Mais elle y restait pourtant plus de deux nuits par semaine.

Apparemment, elle n’avait pas dormi non plus dans ma chambre. Elle était surtout restée avec Yumina. J’avais remarqué qu’elle passait quelques nuits chez Renne.

Ça ne me dérangeait pas qu’elle passe la nuit dans ma chambre, mais il fallait vraiment qu’elle arrête de se faufiler dans ma chambre pour me réveiller. Être réveillé deux fois par semaine par le corps d’une petite fille qui me frappait était un peu gênant.

Tandis que je grimaçais en me rappelant la douleur, Hilde se dirigea vers moi.

« Touya ! »

« Beau travail, Hilde. »

J’avais lancé [Rafraîchissement] afin de lui retirer toute sa fatigue. Chaque fois qu’elle en avait le temps, elle venait s’entraîner ici contre mes soldats. Je ne m’attendais pas à moins de la part d’un chevalier.

Hilde ne portait pas l’armure de Lestia qu’elle portait quand on s’était rencontrés. Au lieu de cela, elle portait une armure légère conçue pour les soldats de Brunhild. Malgré le fait qu’elle était chevalière, elle n’appartenait pas à l’ordre des chevaliers de mon pays. Elle-même avait dit qu’elle n’était pas chevalière de Brunhild, mais mon chevalier personnel… Je savais pertinemment que le commandant Lain se sentait un peu mal à l’aise quant au fait d’avoir quelqu’un qui m’était si proche se battant à leurs côtés.

« Pars-tu quelque part ? »

« Je vais à la guilde. La succursale de Brunhild a finalement ouvert, alors je vais vérifier. »

« Ooh… Puis-je venir avec toi ? »

« Je n’y vois pas d’inconvénient. Allons-y. »

La faire venir avec moi et lui faire voir la ville était à l’ordre du jour, donc c’était pratique. Je voulais qu’elle s’habitue à Brunhild le plus tôt possible.

Je quittais le château avec Hilde. En arrivant en ville, nous avons croisé une bande d’enfants excités qui ne semblaient pas du tout se soucier du froid.

« Hey, Seigneur ! Content de vous voir ! »

« Content de vous voir, Seigneur ! »

« Ah, oui… C’est bon de vous voir. Ne vous éloignez pas trop. »

« Ohkaaay ! »

Les enfants joyeux s’enfuirent vers les champs. J’y pensais depuis un moment, mais j’avais vraiment besoin de faire une école. Il serait utile d’avoir dans le pays des enfants capables de lire et d’écrire et d’acquérir d’autres compétences. Mais encore une fois, je n’avais pas de professeurs.

Nous n’avions pas beaucoup de gens talentueux dans la population active…

« Les enfants sont heureux… C’est bien, ça me rend aussi heureuse. »

« Oui… Nous avons réussi à bâtir le pays sans qu’ils aient besoin de participer et de travailler. C’est vraiment une bonne chose. »

Brunhild pouvait être considéré comme un pays assez aisé. Nous n’étions pas un pays pauvre, car la plupart des gens avaient un emploi, nous n’étions pas non plus un pays industriel… sauf si vous avez compté la production de bicyclettes. Je faisais des expériences dans les domaines du commerce, de l’agriculture et de la fabrication, mais il n’y avait encore rien de concret.

J’avais demandé à Flora d’améliorer plusieurs types de semences pour moi, donc je voulais lancer plus de production agricole, mais… notre territoire n’était pas très vaste, alors nous étions un peu limités dans nos opérations.

Tandis que je réfléchissais à de telles choses, nous étions finalement arrivés à notre destination, la salle de guilde de Brunhild. L’endroit était déjà un peu surpeuplé. Il semblait que la guilde fonctionnait comme n’importe quelle autre.

Je m’étais mis une cagoule sur la tête et j’étais entré. Maintenant que j’y pense, la foule était assez bruyante. Il y avait une tonne de gens devant le tableau des quêtes, qui vérifiaient les différents messages s’y trouvant. Une partie de moi était ennuyée dans cette atmosphère. J’avais complètement changé ma vie depuis mon arrivée dans ce monde.

Hilde n’arrêtait pas de regarder autour d’elle. Je me demandais si c’était la première fois qu’elle était dans une salle de guilde.

« Bienvenue ! Êtes-vous un nouveau venu ? »

« Ah, non… Je suis juste venu faire un petit tour. Le directeur est-il là ? »

J’avais donné une réponse vague à la réceptionniste aux oreilles de chat et je lui avais tranquillement montré ma carte. Il n’y avait après tout que deux rangs Or sur le continent.

« Qu… ! W-Wow… A-Ah… S’il vous plaît, attendez un instant ! »

La fille-chatte agitée trébucha dans l’escalier pendant que ses collègues la regardaient dans la confusion. J’avais brièvement capté le regard de quelques aventuriers, mais ils étaient très vite retournés à la liste des quêtes. Quelques-uns jetaient un coup d’œil à Hilde, mais ce n’était pas trop surprenant. Après tout, elle faisait tache dans le décor.

Au bout d’un moment, la fille aux oreilles de chat était descendue et parla à voix basse.

« Je vais vous emmener voir le directeur… Votre Altesse… ! »

La fille m’emmena en haut des escaliers, nous étions ensuite passés dans l’arrière-salle. Là, quelqu’un que je connaissais bien m’attendait.

« Hein ? Relisha, est-ce toi le manager ici ? »

Relisha, la chef de guilde elfique, se tenait là et me souriait. Elle était censée être l’une des grandes chefs de guilde de l’Ouest. Je me demandais si elle avait été rétrogradée.

« Non, pas tout à fait. Un chef de guilde peut choisir quelle branche de guilde sera sa base d’attache, mais je n’avais pas encore décidé. Cependant, après avoir établi la succursale de Brunhild, j’ai finalement fait mon choix. »

« Oh, donc c’est comme ça… »

J’avais baissé ma capuche et je m’étais assis. La pièce dans laquelle j’étais était étonnamment voyante, avec plusieurs documents et livres ornant l’endroit, bien rangés sur des étagères. Il y avait aussi divers objets chargés par magie. Les maîtres de guilde avaient certainement vécu des vies intéressantes.

« Ah, Grand-Duc… On m’a dit que vous étiez fiancée à la princesse de Lestia. Veuillez accepter mes félicitations. »

« Ah… Merci. »

« Ah ! Merci beaucoup ! »

Hilde… Tu es trop bruyante. Elle se tortilla d’embarras, complètement inconsciente de mes pensées alors que je la regardais.

« En ce qui concerne mes autres questions, l’incident de Yulong me préoccupe beaucoup. La branche de la guilde a été presque anéantie. Les survivants ont été grièvement blessés. Cela prendra beaucoup de temps, mais nous la reconstruirons. Les aventuriers sont nécessaires dans un endroit où le moral est ébranlé. »

Comme je m’y attendais, les effets de l’incident avaient été catastrophiques. L’information concernant la Phase avait été envoyée aux autres chefs de guilde, mais pas au personnel de chaque guilde. S’ils l’avaient su, ils auraient peut-être trouvé un moyen de s’échapper.

« Y a-t-il de nouveaux rapports d’activité de Phase ? »

« Non, pas du tout. Croyez-vous que cela pourrait se reproduire, Votre Altesse ? »

« Je ne pense pas que ce soit fini, mais je ne peux pas te dire quand ça se reproduira. Demain ? Dans un an ? Dix ans ? Je ne peux pas le dire. »

Relisha fronça légèrement les sourcils, plaçant une main sur son menton comme si elle était perdue dans ses pensées.

« Pour l’instant, nous pouvons continuer à diffuser les avertissements. J’espère cependant que la même chose ne se produira pas à Yulong… Surtout pas après la reconstruction. »

Relisha gloussa légèrement, comme si elle racontait une blague. Pourtant, il était indéniable que la possibilité d’un désastre soit toujours présente. J’avais assisté à une vraie déchirure à Yulong. Il n’y avait aucune garantie que cela ne se produise pas une fois de plus.

Les villes et les bâtiments eux-mêmes n’avaient pas été particulièrement endommagés, puisque la Phase visait exclusivement des cibles vivantes, mais beaucoup de gens ne voulaient pas y vivre simplement parce qu’un génocide avait eu lieu.

Les habitants de Yulong devinrent des réfugiés, n’ayant d’autre choix que de fuir vers les nations voisines. Certains d’entre eux devinrent des voleurs et des brigands, tandis que d’autres gagnèrent de l’argent en les battant… L’incident avait changé la vie de nombreuses personnes.

« Il y a encore beaucoup de gens à Yulong qui croient que l’invasion est votre œuvre, Grand-Duc. Mais personne en dehors de ce pays n’y croit, je peux vous l’assurer. Les réfugiés qui partent finissent toujours par apprendre la vérité. Plus ils rencontrent de gens, moins ils croient aux mensonges. Je suis sûre que cette histoire ne durera pas longtemps. »

« Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, honnêtement. J’en ai presque fini avec Yulong. »

« Ces derniers temps, ils ont regroupé les gens avec des slogans comme “Ne pardonne jamais, n’oublie jamais”. Il est tout à fait possible qu’ils puissent vous causer des ennuis à l’avenir. »

« Alors j’écraserai ceux qui les rallient, si ça devait arriver. Je ne suis pas une mauviette, donc si quelqu’un me cause des ennuis, je l’écrase. La paix engendre la paix, et la violence engendre la violence. »

Je n’avais pas d’autre choix que de prendre cette position. J’avais sympathisé avec Yulong, mais c’était une tout autre affaire. Je ne voulais rien avoir à faire avec leurs mensonges.

« Dans ce cas, nous diffuserons un tel message dans nos guildes. Quelque chose du genre : “Le grand-duc de Brunhild est un homme bienveillant, mais il frappera sûrement quiconque s’opposera à sa nation”. Quelque chose dans ce sens. »

J’avais pensé que cela suffirait. Bien que je ne voulais pas que le message soit trop exagéré… Mais je n’avais rien pu faire. J’avais décidé de changer de sujet.

« Comment va la guilde ? »

« Eh bien, tout se passe bien. Nous employons beaucoup de gens pour des quêtes générales, et des quêtes visant à tuer des monstres arrivant de Belfast et de Regulus. Le seul vrai problème, c’est qu’il n’y a pas de missions de haut niveau disponibles… Mais je suppose que c’est un témoignage de la paix résidant à Brunhild, non ? »

Il n’y avait pas de bêtes magiques dans le coin, et j’avais tué tous les brigands. Les quêtes ici ne seraient pas satisfaisantes pour les gens qui voulaient gagner beaucoup d’argent d’un seul coup, car il s’agissait surtout de petites quêtes.

Au même moment, j’entendis des voix tapageuses en bas. Je me demandais ce que ça pouvait être. Je le demandais à Relisha, et elle me répondit que les disputes étaient courantes dans les salles de guilde, et que les combats faisaient partie de la vie ici.

Je n’avais pas été trop surpris. Après tout, j’avais moi-même été impliqué dans quelques conflits de ce genre.

« Hé, crétin. Ce n’est pas un endroit où l’on peut se promener, compris ? »

« Allons donc. Me parles-tu durement parce que tu as une femme avec toi ? »

« Ferme-la. Je vais t’apprendre à être un vrai aventurier. Ton portefeuille sera mon paiement. »

… La situation n’avait pas l’air très amicale.

Les guildes n’intervenaient généralement pas dans les conflits entre aventuriers. Du moment que le bâtiment ne subissait aucun dommage, ce n’était pas leurs affaires.

Si les gens se bagarraient, ils le faisaient généralement dans la rue. C’était l’une des raisons pour lesquelles la guilde était construite avec une large zone devant elle.

Finalement, nous avions entendu des bruits de pas qui s’estompaient à mesure que les gens sortaient. Je pensais que le personnel leur avait demandé de partir.

« Oh, on dirait qu’ils l’ont emmené dehors », murmura Relisha en jetant un coup d’œil par la fenêtre.

Cela m’avait aussi rappelé ma propre expérience. Une fois, on m’avait dit de sortir dehors. À l’époque, ils avaient l’intention de m’humilier dans la ville, et pas seulement dans la guilde, mais ce furent eux qui au final furent humiliés.

« Hmph… N’ont-ils pas honte de s’en prendre à quelqu’un comme ça… ? C’est aussi une femme… »

Hilde regardait par la fenêtre. Elle semblait également plutôt intéressée.

« Cependant, elle me semble plus forte qu’eux. Le vois-tu ? Elle a déjà battu un tas de gens. »

« Incroyable. Elle doit être vraiment forte pour soulever cette hache… Elle a certainement le pied léger aussi. On dirait qu’elle est naturellement douée, car sa manière de bouger n’est pas conforme à ce que l’on nous apprend… Ses vêtements sont aussi étranges… »

« Je crois que c’est l’habit traditionnel de la tribu Rauli, de la mer des arbres. Je ne m’attendais pas à en voir une ici… »

Huh …? Qu’est-ce qu’elles viennent de dire… ? La tribu Rauli… Pourquoi ça me dit quelque chose ?

J’avais jeté un coup d’œil par une autre fenêtre et j’avais vu quatre hommes par terre. Une femme bronzée se battait contre un cinquième.

Quoi !? C’est elle !

« Touya ? »

Ignorant Hilde, j’étais sorti de la pièce, je m’étais rendu devant la réception et je me mis à courir vers l’extérieur. J’y étais arrivé juste à temps pour voir la fille donner un coup de pied au dernier homme sur le côté du visage.

Les spectateurs applaudirent tandis que la jeune fille regardait ses agresseurs de haut.

Soudainement, ses yeux tombèrent sur moi. Comme je m’y attendais, c’était elle. C’était la petite-fille du chef de la tribu Rauli, la fille qui m’avait mordu il y a longtemps. Elle s’appelait Pam, si je me souvenais bien.

« … Je t’ai trouvé. »

Hein ? Vient-elle de parler ? Je ne savais pas qu’elle parlait la langue commune.

Mes pensées avaient été interrompues par le fait que Pam s’était soudainement précipitée vers moi et m’avait enlacé. Elle me retourna et commença à frotter sa joue contre la mienne.

Attends juste une seconde ! La jeune fille portait quelque chose comme un manteau de peau, mais elle n’avait qu’une écharpe sur la poitrine et un pagne couvrant respectivement ses seins et sa région inférieure. Elle frappait contre moi, de différentes manières. Ils étaient aussi gros que dans mes souvenirs.

« Qu’est-ce que tu fais !? »

J’avais regardé vers l’entrée de la guilde et je vis Hilde debout là, son visage était tout rouge. Elle bougeait comme une folle.

C’est dangereux. Oh mon dieu… Oui, c’est une sensation familière…

« Qu’est-ce que tu fais !? Lâche Touya ! »

« Qui êtes-vous ? Voici l’amant de Pam. Pam va avoir un bébé avec lui. »

« Qu-qu-qu-Quoi !? »

Les joues d’Hilde devinrent plus rouges que des betteraves.

Qu’est-ce qui se passe ici !? Je ne comprends rien ! Que quelqu’un explique la situation, bon sang !

***

Partie 2

« Je ne peux pas permettre ça. »

« Pourquoi ? Si l’enfant né de Touya et Pam est une fille, notre tribu l’élève. Si l’enfant est un garçon, tu l’élèves. »

Yumina répondit simplement en soupirant et en secouant la tête.

« Je suis désolé, mais tu n’es pas faite pour devenir la femme de Touya. Tu dois vraiment partir. »

« Pam ne veut pas être mariée. Avoir la semence de Touya me conviendra. Avec la semence de Touya, je ferais le bébé le plus fort qui deviendra la reine de la mer des arbres. »

Eh bien, ses intentions étaient certainement claires et simples. On tournait en rond depuis des heures. Pam avait quitté la mer des arbres pour me retrouver. Elle avait appris la langue commune au cours du voyage. Il semblerait donc qu’elle était plus intelligente que je ne l’avais d’abord cru.

Après l’agitation au sein de la guilde, une conférence nuptiale avait été convoquée. Le thème de la réunion était « Peut-on accepter Pam ? »

« Pam ne sait pas pourquoi cela vous pose des problèmes. »

« Tu es plus que libre de vouloir un bébé, Pam, mais c’est une tout autre histoire si c’est aussi l’enfant de Touya. Tu privilégies la prospérité de ton peuple au bonheur de Touya. Une personne comme toi ne peut pas porter son bébé. »

Yumina fixa Pam d’un regard imposant et furieux, il y avait une force incroyable derrière ses mots. En toute honnêteté, elle m’avait aussi fait un peu peur.

« … Le bébé n’a pas besoin d’être celui de Touya, n’est-ce pas ? Ce n’est pas nécessaire que ce soit lui si tu veux un enfant fort. Va juste coucher avec des hommes forts, je suis sûre que l’un d’eux va s’imposer. »

Linze lâcha aussi quelques mots amers. Elle semblait être entièrement d’accord avec la position de Yumina.

« Impossible. Pam a donné à Touya la morsure du serment. Ça veut dire que Touya appartient à Pam. »

« Comme c’est égoïste ! Touya ne reconnaîtrait jamais quelque chose d’aussi stupide ! »

Hilde se leva de sa chaise et cria sur Pam. On aurait dit que la morsure que Pam m’avait donnée il y a quelque temps était l’équivalent d’une promesse dans leur culture. Quelque chose comme : « J’ai marqué ce type comme étant le mien, alors reculez. »

Leur culture ne se souciait vraiment pas des hommes ou de leur situation personnelle. Elle était entièrement à prédominance féminine. C’était assez semblables à l’idée traditionnelle des Amazones.

« Commençons par le début, d’accord ? Pourquoi veux-tu porter l’enfant de Touya-dono ? Il doit sûrement y avoir plus que ta simple raison, non ? »

Yae adopta une approche plus douce en interrogeant Pam, à laquelle la fille à la peau brune répondit en fronçant les sourcils et en marmonnant.

« Nous sommes une tribu guerrière… Mais nous n’attaquons pas les autres, sauf pour faire des enfants. Nous nous battons pour protéger notre foyer, mais pas pour attaquer les autres. Pourtant, dernièrement, de nombreuses tribus nous attaquent plus fortement et plus durement. Il nous faut du sang fort pour rester dans la mer des arbres. Mais aussi pour gagner pendant l’élagage. »

« Hm… ? C’est quoi l’élagage ? »

Sue inclina légèrement la tête et posa une question. D’après ce que j’ai compris, l’élagage, c’est le fait de couper les branches et les feuilles gênantes des arbres afin de les embellir ou d’aider les fruits à pousser.

« L’élagage est la guerre entre les tribus de la mer des arbres. Tous les dix ans, des guerriers de chaque tribu se battent pour décider quelle tribu est la plus forte. La tribu gagnante devient la Tribu du Seigneur de l’Arbre et peut établir sa loi dans la mer des arbres. »

Tous les dix ans, hein… Ça a l’air intéressant. Je suppose que la tribu gagnante peut établir une loi pour rendre les choses plus faciles pour sa tribu et plus dures pour les autres.

« Une loi ? Alors, tu peux choisir n’importe quoi ? Et si vous vouliez faire une loi pour expulser une tribu ? »

Elze m’enleva les mots de la bouche. Je me demandais si vous pouviez faire une loi comme « La Tribu A doit s’engager à obéir à la Tribu B » ou quelque chose comme ça. Cependant, je doutais que vous puissiez faire une loi aussi stupide que « Donnez-moi cent lois de plus ».

Dans les histoires classiques impliquant des situations avec un seul souhait, il y avait habituellement une règle contre le fait de souhaiter plus de souhaits.

« Si le Grand Arbre aux Vœux le permet, oui. Si elle ne déshonore pas la tribu, alors elle deviendra une loi. »

« Super… “Le Grand Arbre aux Vœux” ? »

« C’est notre divinité gardienne. Elle accorde à toutes les tribus la bénédiction et la protection des esprits. »

Comme l’un de ces arbres auxquels vous attachez des talismans ? Je me demande quand même ce qu’elle entendait par esprits. Avec un peu de chance, il sera sans doute différent de celui qui s’est déchaîné à Ramissh… S’il y a un arbre à souhait comme ça, je me demande… La mer des arbres possède-t-elle un esprit forestier ?

D’après ce que j’avais compris, les esprits étaient pour la plupart bénins. Dans le cas de celui de Ramissh, il était devenu fou parce qu’il avait été enfermé sous terre pendant des siècles. En plus, c’était devenu une espèce d’abruti après avoir fusionné avec Ramirez et gagné sa négativité.

Les gens de la mer des arbres vivaient leur vie en vénérant cet arbre à souhait et vivaient selon un credo spirituel. D’une certaine façon, ils étaient semblables aux habitants de Ramissh.

« La tribu Rauli perd des membres depuis 70 ans maintenant. D’autres tribus obtiennent du sang neuf, du sang fort. Le bébé de Pam et Touya gagnera l’Élagage. Il restaurera notre honneur et notre gloire. Si Pam ne fait rien, la tribu Rauli sera bientôt détruite par la tribu Balm. »

« La tribu Balm ? C’est aussi une autre tribu dans la mer des arbres ? »

« Oui. C’est une tribu qui dit que les femmes sont moins bonnes que les hommes. Ils volent les femmes des autres tribus, les rendent enceintes, font beaucoup de bébés. Si c’est un garçon, ils l’élèvent comme guerrier. Si c’est une petite fille, ils chassent la mère et l’enfant. »

Ce n’est cependant pas si différent de la tribu Rauli… En toute honnêteté, c’est juste un renversement des rôles. Non pas que je dise que l’un ou l’autre ait raison, c’est plutôt affreux.

Il semblerait y avoir une haine profonde entre la tribu à prédominance masculine, Balm, et la tribu à prédominance féminine, Rauli. Compte tenu de leurs croyances, il ne pourrait probablement jamais y avoir de paix entre les deux.

Les deux tribus étaient assez fortes pour garder l’autre en échec, mais l’arrivée de la Phase sous forme d’araignée causa des dégâts catastrophiques au peuple Rauli. Les guerriers qui devaient représenter la tribu dans l’élagage finirent par mourir. À cause de cela, ils étaient des cibles faciles pour la tribu Balm.

« Nous avons renoncé à gagner le prochain Élagage. Espérons seulement que Balm ne gagne pas et ne devienne pas la Tribu du Seigneur des Arbres. Mais l’enfant de Pam et Touya peut gagner le prochain Élagage, et nous deviendrons la Tribu du Seigneur des Arbres. »

C’était certainement un plan à long terme. Pourtant, après avoir entendu parler de sa situation, je n’avais pas pu accepter. Je ne voulais pas qu’elle donne naissance à ma fille juste pour la faire se battre. Ce serait horrible.

« Quand aura lieu le prochain Élagage ? »

« Nous nous battrons dans un mois. Une grande honte tombe sur la tribu si elle ne participe pas. Nous allons perdre. Je ne pourrais pas me battre parce que je suis là. L’élagage nécessite cinq champions de tribu, ils doivent combattre les cinq champions des autres tribus. Si tu n’as pas de chance, tu peux mourir. »

Ça avait l’air terriblement dangereux. D’après ce que j’avais entendu dire, l’Élagage suivait un ensemble de règles simples. C’était semblable à un tournoi de cinq contre cinq. Cela commençait à ressembler de plus en plus à un événement militaire.

« Hm… »

« Yumina ? »

Yumina était perdue dans ses pensées alors que Lu essayait de l’appeler.

« Quel genre de loi la tribu Balm ajoutera-t-elle s’ils gagnent cet Élagage ? »

« Probablement une loi qui conduira la tribu Rauli au bord de la Mer des Arbres. La chasse sera difficile, la terre est mauvaise. On aura du mal à vivre. Cela nous tuera lentement avec le temps. Et on ne pourra pas se plaindre de Balm qui a fait cette loi. Ils prendront ensuite nos terrains de chasse. »

« Alors quel genre de loi la tribu Rauli ferait-elle si elle gagnait ? »

« La même loi, on chassera la tribu Balm pour qu’elle meure lentement. »

Ces types sont vraiment les deux faces d’une même médaille. Il vaudrait mieux qu’ils se mettent à s’entendre… Ne peuvent-ils pas devenir une grande tribu mettant en place l’égalité des genres ? J’avais beaucoup plus pensé à l’égalité des sexes ces derniers temps, surtout en ce qui concernait la famille.

« Ne veux-tu un enfant de Touya que pour l’utiliser pour chasser la tribu des Balm ? »

« Ce n’est pas uniquement pour cette raison, mais disons que c’est la principale. »

« … Très bien, alors. Faisons un marché. Nous pouvons aider la tribu Rauli à gagner le prochain Élagage. Nous pouvons aider votre tribu à atteindre ce… Statut de la tribu des Arbres. En échange, renonce à Touya. »

Attends, sérieusement !? Vas-tu participer à ce jeu de survie !? Je veux dire, j’aimerais aussi aider Pam, mais… Je ne peux pas lui donner un bébé, c’est beaucoup trop.

« … Pouvez-vous gagner ? »

« Difficile à dire, mais c’est mieux de prendre le risque que de perdre maintenant et parier sur la prochaine décennie, non ? », répondit Yumina avec un petit sourire.

Une sorte d’intensité féminine sortait de cette fille, je le sentais.

Maintenant que j’y pense, dans une dizaine d’années, mon enfant n’aura que neuf ou dix ans. Elles ne pensaient pas la mettre dans un jeu de survie à ce moment-là, hein ?

« … Si tu le dis. Si vous pouvez gagner, alors je serais heureuse. Mais si vous perdez comme moi, alors je ferais un bébé avec Touya. »

« Je doute qu’on en arrive là. »

Yumina et Pam se souriaient doucement. Mais pour je ne sais qu’elle raison, c’était terrifiant.

Apparemment, si Yumina et les filles rejoignaient temporairement la tribu Rauli, elles seraient autorisées à participer à l’Élagage. Je n’avais pas pu m’empêcher de trouver ça un peu bizarre.

Ce serait comme si huit étrangers venaient remplacer votre équipe de baseball. Ce ne serait plus l’équipe d’origine, mais juste un groupe de gars au hasard.

« Yumina-dono, es-tu sérieuse ? »

« Je pense que c’est le meilleur compromis que nous puissions obtenir. Sommes-nous tous d’accord ? »

J’avais regardé autour de moi et je n’avais trouvé personne en désaccord. Une partie de moi voulait s’y opposer. Je ne voulais pas voir les filles se blesser.

Mais je savais que si je m’y opposais, elles diraient quelque chose comme… « Tu veux tellement avoir un bébé avec Pam, hein ? Je vois, je vois… Est-ce à cause de ses énormes seins ? Tu aimes tant que ça les seins !? » J’avais l’impression que certaines d’entre elles s’inquiéteraient, alors je ne pouvais pas vraiment dire ce que je pensais.

Beaucoup de mes fiancées avaient un certain malaise au sujet de leurs seins, ce que je trouvais un peu idiot. La plupart d’entre elles étaient encore en croissance, donc c’était bien.

En termes de taille des seins, Yae avait les plus gros, puis Hilde, puis on trouvait Linze loin derrière, puis Elze, puis Lu, puis Yumina, et… si vous pouvez appeler cela des seins, Sue. Les nichons de Pam étaient plus gros que ceux de Yae, alors même elle pouvait se sentir en manque de sécurité.

Flora m’avait parlé d’un médicament douteux pouvant faire grossir les seins… mais je n’en étais pas si sûr… Si Yumina s’était soudainement pointée avec un méga rack éreintant, je ne savais pas ce que j’allais ressentir.

« Alors nous représenterons la tribu Rauli. Nous gagnerons l’Élagage et le titre pour votre tribu. Mais il y a un nombre limité de participants, non ? »

« C’est vrai… Je suppose que si Pam y va pour représenter sa tribu, les quatre autres seront moi, Hilde, Lu et Yae, non ? » dit Elze.

Cela semblait juste, puisque Yumina et Linze n’étaient pas capables de combattre au corps à corps. Toutes les deux étaient des combattantes à longue portée. Sue ne pouvait pas faire grand-chose non plus pour se battre.

Bien qu’elle ait appris la lutte avec Lapis, Cécile et Renne. Elle s’intéressait beaucoup à ces bonnes. Je me demandais si elle voulait en devenir une.

En tout état de cause, un plan d’action avait été décidé. C’était un peu gênant, mais je n’arrivais pas à placer un mot durant tout ce temps.

« Ah, Yumina ? J’ai une question… »

« Oui, Sue ? »

Sue inclina un peu la tête, tout en parlant à Yumina.

« Allons-nous toutes aller à l’Élagage ? »

« Je suppose que oui. Vous pouvez toutes encourager la tribu Rauli pendant qu’elles se battent. En plus, il peut se passer quelque chose qui nous forcera à avoir besoin d’un remplaçant. »

« Et Touya ? »

« Il est au centre de tout ça, donc oui. Je veux qu’il nous encourage toutes pendant que nous nous battons… Ce serait bien qu’il soit là en cas d’incident. »

Je n’avais certainement pas prévu de les laisser s’occuper de tout elles-mêmes. Je les accompagnerais à la fois comme soutien moral et comme soutien réel s’il arrivait quelque chose de mal. Après tout, je n’avais aucune idée de ce qui pourrait arriver. J’aurais aimé croire qu’il n’y aurait pas d’acte criminel, mais je ne savais pas sur quelle base me référer pour penser cela.

« Touya est un homme. »

« Ah… »

Tout le monde avait soudainement fait le même bruit. Et elle avait raison. Si je me faisais passer pour un invité de la tribu Rauli, mon sexe serait quelque chose que les gens trouveraient bizarre. S’il m’arrivait quelque chose, on me dirait probablement de me taire parce que j’étais un étranger, alors je devais m’assurer d’être reconnu comme membre de la tribu. Mais je ne savais pas quoi faire.

« … Un travestissement, je suppose. »

« Pas question ! Pas question, bon sang ! »

J’avais finalement trouvé la force d’exprimer mes objections face au marmonnement oisif de Linze.

***

Partie 3

L’élagage.

Toutes les tribus de la mer des arbres se sont rassemblées sous le Grand Arbre des Vœux. On disait qu’ils concouraient pour l’honneur sous le jugement de leur divinité tutélaire.

C’était définitivement quelque chose qui ressemblait à un jeu de survie.

Nous y avions participé en tant que membres de la tribu Rauli et nous voulions gagner. De cette façon, nous pourrions leur obtenir le titre de Seigneur des Arbres. Sinon, Pam me supplierait sans cesse d’avoir un bébé… L’élagage durerait au total trois jours, ce qui au final n’était pas terrible. Elze et Hilde avaient hâte de se battre. C’était le genre de personnes qui aimaient tester leurs capacités. De plus, si tout allait bien, nous tisserions des liens solides avec la tribu qui contrôlera la mer des arbres jusqu’au prochain élagage.

Linze voulait vraiment que je me travestisse, mais j’avais fini par m’en sortir. J’avais pu utiliser [Mirage] pour changer mon apparence en celle d’une femme. Quelqu’un le découvrirait s’il me touchait, mais j’étais prêt à prendre le risque. J’avais renvoyé Pam au village de Rauli en utilisant la [Porte].

Je m’étais aussi rendu compte qu’il serait difficile de tenir des conversations avec eux dans leur langue, alors j’ai appris le sort Néant [Traduction] pour l’occasion. Il traduisait essentiellement des mots parlés. Pour l’auditeur, je parlerais leur langue. De mon côté, ils parleraient la mienne. Tout le monde était gagnant.

C’était un peu comme la communication innée que j’avais avec Kohaku et mes autres convocations.

Pour l’instant… Pam, Yae, Elze, Hilde et Lu avaient été choisies pour participer. J’avais pensé qu’il faudrait peut-être faire appel à un remplaçant en cas de blessure, mais apparemment, ils devaient bloquer les équipes qui souhaitaient participer.

Je voulais participer, car cela rendra les choses encore plus simples, mais Pam et les autres femmes de la tribu Rauli s’étaient opposées à l’idée. Apparemment, si la tribu Rauli envoyait un homme, même déguisé, à l’élagage, ce serait considéré comme déshonorant. Même s’il s’agissait d’une participation en tant qu’aide extérieure, elles y mirent leur veto.

Il s’agissait pour elles d’un cas de type « l’homme n’a pas le droit de parole ». Honnêtement, c’était un peu effrayant d’être près d’elles. Une partie de moi se languissait de la sécurité de la tribu Balm.

Après cela, un mois s’était écoulé.

Le jour était enfin arrivé, nous nous étions dirigés vers le Grand Arbre des Souhaits.

« Phew… »

L’arbre était grand. C’est tout ce que j’avais pu dire à ce sujet.

Qu’est-ce que c’est que ce bordel... Il mesure plusieurs dizaines de mètres de large… De belles feuilles vertes et de belles branches étalées à perte de vue, le tout à partir d’un tronc remarquablement épais. L’arbre n’était pas aussi grand que large. Il évoquait l’image d’un parapluie entièrement déplié dont la plus grande partie de la prise était coupée.

La lumière du soleil traversait ses feuilles, illuminant le sol en points et en stries. Toutes les grandes tribus de la mer des arbres se rassemblèrent pour se prélasser dans cette lumière.

Il y avait plusieurs souches d’arbres éparpillées autour du Grand Arbre des Vœux. Même les plus petits mesuraient une vingtaine de mètres de diamètre. Apparemment, ils faisaient aussi partie du grand arbre et servaient de terrain de jeu pour les duels.

Deux cent quarante tribus vivaient dans la mer des arbres. Mais une seule, la tribu Jaja, avait accueilli la cérémonie de l’élagage. Ils étaient aussi connus sous le nom de Tribu du Jugement. Apparemment, c’était la seule tribu que les esprits avaient laissée vivre à la base du Grand Arbre des Vœux. Ils avaient un droit de propriété assez impressionnant sur les terres qu’ils appelaient la Terre des Vœux. En échange, ils n’étaient pas autorisés à participer à l’élagage. Apparemment, ils travaillaient comme les prêtres de la région, transmettant la volonté des esprits aux autres tribus.

« … Il y en a beaucoup, hein… »

Je jetai un coup d’œil nerveux autour de moi. Il y avait des tribus de personnes grasses, des tribus de personnes minces. Je vis des tribus avec des décorations bizarres sur la tête, des tribus avec des bracelets jangly… J’avais même vu une tribu pleine de gens avec de très mauvaises moustaches et une tribu de gens vêtus de la tête aux pieds dans des capes vertes à capuchon.

Comme je m’y attendais, la plupart des membres des tribus ici avaient la peau exposée, hommes et femmes. Personne n’était assis là avec sa jonque, mais certaines tribus portaient si peu de vêtements que je ne savais pas quoi regarder.

« Je suis content qu’on ne se démarque pas. »

« Touya… Ce serait mieux si tu ne fixais pas autant les femmes. Après tout, en ce moment tu en es une. »

Lu me fit ce petit commentaire en retour, je lui répondis par une toux tout en raidissant ma posture.

Tout le monde portait des vêtements traditionnels Rauli. En d’autres termes, des plastrons de poitrine et des pagnes. Les filles étaient clairement embarrassées, alors elles portaient des petits ponchos et des jupes enveloppantes au-dessus des tenues de base. Les vêtements semblaient cependant convenir à Elze pour qu’elle puisse se battre librement.

Ma projection [Mirage] portait la même chose qu’elles. Mais en dessous de tout ça, je portais juste un short et un t-shirt. Après tout, je ne voulais pas qu’on me touche et qu’on ressente la sensation des vêtements.

Sue portait aussi des vêtements de style Rauli et elle était mignonne, mais je n’avais pas senti d’excitation quand je l’avais vue dedans. Les autres filles, cependant… Je devais détourner mon regard, car elles étaient très stimulantes.

Mais bon, beaucoup des tribus que je regardais portaient encore moins de vêtements, donc c’était modeste par rapport aux normes régionales.

« Y a-t-il une raison pour laquelle on se batte sur des souches ? »

« Si, il y en a une. Les esprits offrent leur protection divine aux zones situées au-dessus des souches. Les attaques mortelles sont annulées à l’intérieur de l’enceinte. Si quelqu’un essaie de frapper mortellement quelqu’un à la tête, par exemple, la personne sera simplement assommée à la place. Les coups mortels sont simplement déclassés. »

Je ne savais pas comment ça marchait, mais les esprits étaient certainement intéressants. Je me demandais si c’était similaire à mon sort [Bouclier]. D’un autre côté, cela permettait d’éviter des dommages mortels, donc c’était probablement très différent. Cela me fit penser à des mécaniques dans certains jeux où les dégâts s’arrêtaient à 1 HP.

En d’autres termes, mourir pendant le défi était impossible. Mais apparemment, il y avait encore des gens qui mourraient de temps en temps. Les souches étaient à environ deux mètres du sol, donc si un participant tombait et se faisait une mauvaise chute, l’impact les tuerait.

« Et la magie ? »

« Ah… Tout est annulé. Tu ne devrais pas non plus utiliser de techniques basées sur le feu ici. Tu seras chassé de la région, et la Tribu du Jugement te mettra sur leur liste noire. »

Donc même la magie n’était pas autorisée. Cela signifiait qu’Elze ne serait pas du tout capable de lancer [Renforcement]. Tout le monde était aussi équipé d’armes régulières, vu que les armes enchantées étaient devenues inutiles.

Je pouvais comprendre pourquoi ils avaient interdit le feu. Si celui-ci venait à se propager, cela aurait été horrible. Apparemment, il y avait un grand ruisseau d’eau juste à l’extérieur de la Terre des Vœux. La plupart des gens y préparaient de la nourriture par mesure de sécurité.

Il y avait des sièges disposés au milieu des branches des arbres pour que les partisans puissent regarder en bas et encourager leur tribu. Les arbres étaient reliés par des ponts suspendus.

« Quand commence le premier match ? »

« Bientôt. Si nous gagnons contre trois autres tribus, nous en aurons fini pour aujourd’hui. C’est comme ça qu’on passe aux matches de demain. »

Deux cent quarante tribus se battent trois fois… Ce tour devrait réduire le nombre d’équipe participante à trente. Si les matches d’aujourd’hui sont les préliminaires, ceux de demain seront les finales.

Tout d’un coup, une cloche retentit de quelque part. Tout le bavardage et le murmure des voisins s’éteignirent, et une voix s’éleva devant tout le monde.

« Il est temps. Tous les participants doivent dégager la zone. Tout ce qui viendra ensuite dépendra de la volonté des esprits. »

Un homme de la tribu du Jugement, vêtu d’un uniforme blanc, prit la parole. Les spectateurs des autres tribus commencèrent à s’éloigner, se dirigeant vers les plates-formes d’observation de la cabane dans les arbres.

Nous avions aussi décidé de partir.

« Très bien les filles. Assurez-vous de faire de votre mieux. Pensez à votre sécurité. »

« Je ferai de mon mieux. »

« Compris. »

« Laisse-nous faire ! »

« Je ferai de mon mieux. »

« Allons-y, alors ! »

Yae, Elze, Hilde et Lu suivirent Pam jusqu’à la souche d’arbre où elles devront se battre.

Nous nous étions dirigés vers les sièges au sommet d’un arbre voisin, en montant quelques marches et en faisant notre chemin pour nous asseoir. Notre vue sur la zone de combat était plutôt bonne.

« Je suis un peu excitée… »

Sue s’était penchée vers l’avant contre le rail de sécurité, regardant fixement le site en contrebas. Tout le monde dans cet arbre appartenait à la tribu Rauli.

Il y avait une cinquantaine de spectateurs de cette tribu en particulier… J’avais trouvé le fait d’être le seul homme un peu gênant. Et même si elles me voyaient physiquement comme une femme, elles savaient que j’étais vraiment un mec. J’aurais vraiment dû y penser plus fort. J’aurais pu utiliser [Invisibilité] ou quelque chose comme ça.

Pourtant, cela aurait rendu l’intervention plus difficile en cas d’urgence. Il valait mieux se déguiser en membre de la tribu Rauli, même si c’était inconfortable.

« Oh, Touya… Jette un coup d’œil là-bas. »

« Hm ? »

J’avais regardé l’endroit que Linze pointait, et je vis des rayons de soleil qui brillaient comme des projecteurs, concentrés sur le représentant de chaque tribu. Lentement, les rayons s’étaient déplacés, guidant chaque combattant jusqu’à sa scène.

Je levai les yeux vers les branches et je les vis bouger librement leurs feuilles pour guider la lumière. Je ne pouvais pas croire ce que je voyais. Le Grand Arbre à Souhaits avait-il vraiment sa propre volonté ? Apparemment, les lumières avaient choisi les adversaires pour le combat.

Je n’avais pas eu beaucoup de temps pour réfléchir, parce que les batailles commencèrent immédiatement. Il n’y avait même pas eu de cérémonie d’ouverture.

« Tous les combats sont des un contre un ? »

« Apparemment, si les trois premiers gagnent, les deux autres n’auront pas à se battre. »

En d’autres termes, si l’un des représentants était un grand combattant, ils pourraient encore perdre si les quatre autres n’étaient pas bons. S’il ne s’agissait que d’un tournoi à élimination directe, une seule personne pouvait porter toute l’équipe, mais ce n’était pas le cas ici.

Une défaite était comptabilisée si l’adversaire se rendait, ou s’il était dans l’incapacité de poursuivre le combat. Le fait de tomber de la souche comptait également comme une défaite. Il était interdit de tricher, et toute personne qui déshonorerait sa tribu serait disqualifiée.

Je regardais une autre souche et je vis deux personnes se battre. Un grand homme fit tomber une hache sur la tête de son ennemi. Alors qu’elle aurait dû se fendre en deux comme un melon dans des circonstances normales, le gars était tombé là où il se tenait.

On aurait dit que les esprits offraient une sorte de protection divine. Toutes les blessures ne pouvaient pas être évitées, il y avait encore des coupures et des ecchymoses sur le corps de l’homme battu, de sorte qu’il était probable que tout ce qu’elle faisait était d’empêcher le coup fatal. L’homme était simplement inconscient au lieu d’être mort.

« Oh, le match de Rauli arrive. »

Yumina pointa du doigt un endroit qui était assez loin de notre champ de vision. J’utilisais donc [Mirage] et [Vision élargie] en tandem pour projeter un flux du match dans les airs.

Des exclamations étonnées vinrent de tous les côtés de la foule. Il semblerait que ma magie était encore utilisable, puisque je n’étais pas celui qui était sur scène.

J’avais changé la taille de la projection pour en faire un écran large devant le public. Lu était la première à se battre.

Son adversaire était un grand type portant une lance. Il y avait une différence de taille d’environ quarante centimètres entre elle et lui. Lu le confronta, brandissant ses deux poignards.

« Battez-vous ! »

L’arbitre, vêtu de blanc, baissa la main et Lu se dirigea vers l’homme. Celui-ci poussa sa lance en avant en réponse, mais elle l’avait repoussé à l’aide avec l’une de ses lames et dirigea son attaque ailleurs.

Lu fit un tacle glissé, sortit son bras gauche et transperça durement le flanc de l’homme.

Un son terne résonna, comme une déchirure de chair. Le lancier s’était effondré. Elle l’avait battu en moins d’une minute.

Les cris de joie de la tribu Rauli résonnaient.

Lu ne s’entraînait pas avec Yae et moi pour rien. De son point de vue, le type à la lance était beaucoup trop lent dans ses mouvements.

De plus, les lames jumelles comme les siennes demandaient des mouvements souples et rapides. Sa technique consistait à confondre et à éblouir l’adversaire avec un jeu de pieds rapides et des mouvements de diversions. Cela ne ressemblait pas à la force brute d’une personne possédant une hache ou une épée, mais cela ne manquait pas de finesse.

Cela ne voulait pas dire qu’elle ne pouvait pas vaincre leurs ennemis en un seul coup. Viser les points vitaux ou les points faibles signifiait qu’elle pouvait tuer très rapidement. Et comme elle se spécialisait dans l’agilité et la précision, elle était pratiquement faite pour ça.

Lu nous avait regardé et nous avait fait une pose de victoire.

De cette façon, les rideaux tombèrent sur notre première bataille.

***

Partie 4

Le premier jour, nous avions gagné avec une relative aisance, passant au tour suivant en remportant trois victoires. Personne d’autre que Lu, Elze et Yae n’avait eu à se battre. La décision avait été prise en seulement trois matches. On était sur la bonne voie.

Mais on avait probablement eu de la chance. Nos adversaires n’étaient pas particulièrement coriaces.

« Espérons que nous pourrons maintenir cet élan demain. », murmurai-je tranquillement en regardant le soleil se coucher, le jour partant à ses côtés.

Nous étions dans une forêt au bord de la rivière, un peu loin de la Terre des Vœux. Les matches étaient terminés, tout le monde préparait son repas.

Même les tribus qui avaient perdu étaient venues pour préparer leurs repas. Je m’étais dit qu’ils allaient regarder les autres matches, indépendamment de leurs propres défaites.

Nous aurions pu facilement rentrer chez nous et manger dans le château, mais la tribu Rauli étant partie à la recherche de proies pour cuisiner pour nous, nous avions décidé de rester pour goûter à la cuisine tribale traditionnelle.

J’avais sorti une fosse de barbecue de [Stockage], j’avais allumé le charbon de bois et je l’avais préparée pour la cuisson. Ensuite, j’avais sorti du sel, du poivre et d’autres sauces.

Après un certain temps, les femmes de la tribu Rauli revinrent avec un tas de ce qui semblait être des oiseaux et des lapins morts. Cet endroit était un terrain de chasse libre pendant l’élagage. Pendant le reste de la période de dix ans, seule la tribu des juges était autorisée à chasser ici. Il y avait donc plus qu’assez d’animaux sauvages pour tout le monde. Un grand nombre d’animaux avaient été chassés et tués pendant les trois jours de l’élagage, mais leur nombre s’était toujours suffisamment reconstitué avant que l’élagage suivant ne se produise. Je me demandais si c’était une autre partie de la bénédiction de l’esprit.

« Cuisiner de temps en temps en plein air au milieu de cette nature enchanteresse n’est pas si mal, hein ? »

« Mm, tu as raison… Ah, Touya… Celui-là brûle ! »

Yumina m’aidait à griller le dîner. Nous ressemblions toutes les deux à des femmes du point de vue d’une personne de l’extérieur, alors j’espérais que personne ne trouverait notre proximité vraiment étrange.

Manger de la viande seule ne serait pas très bon, alors j’avais sorti quelques poivrons, oignons et citrouilles de mon [Stockage] pour les utiliser. Je les avais tranchés, grillés un peu et mis sur une brochette avec la viande. Comme touche finale, j’avais badigeonné le tout de sauce barbecue. Un délicieux mélange, si je puis dire.

« C’est une première pour moi… mais j’aime bien. »

Lu sourit un peu en croquant prudemment dans la nourriture. Je n’avais pas été trop surpris. Une princesse enfermée de Régulus n’aurait jamais eu ce genre de nourriture avant. J’étais heureux qu’elle soit heureuse.

Elle était peut-être heureuse et détendue, mais j’étais assez mal à l’aise à l’idée d’être entourée de tant de filles. J’étais plus qu’un peu à côté de la plaque, c’est sûr. J’avais le sentiment que l’ancien roi de Lestia serait un peu plus proactif que moi dans une telle situation.

Alors que je réfléchissais en moi-même, j’entendis un bruit derrière moi. Deux mecs costauds se battaient l’un contre l’autre. Ils sembleraient être au milieu d’une dispute. C’était un peu ennuyeux, alors j’aurais aimé qu’ils aillent ailleurs.

« Il y a beaucoup de tribus ici, donc le fait qu’ils se battent de temps en temps n’est pas vraiment une surprise. »

Pam avait mordu dans le rôti pendant qu’elle parlait. Apparemment, pendant l’élagage, vous n’aviez pas le droit d’intervenir pendant les disputes, seules les tribus des personnes impliquées avaient le droit de s’exprimer. Les deux hommes qui se disputaient ne semblaient de toute façon pas être des participants actifs. Non pas que cela ait changé quelque chose pour moi.

« Hm… On dirait qu’il y a des gens étranges ici. Oh, attends, c’est juste les monstres de Rauli. »

Quelques gars musclés passèrent devant les deux hommes qui se disputaient. Leur corps ressemblait à des triangles à l’envers, car leur poitrine était extraordinairement large et musclée. Ils avaient des cicatrices et des tatouages qui couraient sur le long de leurs corps. Leurs têtes étaient rasées, à l’exception des mohawks qu’ils avaient au milieu. Ils allaient sûrement rien apporter de bon.

« Qu’est-ce que vous voulez, merdeux de Balm ? »

Pam mâchait sa viande, un regard noir dirigé vers les hommes. De toute évidence, ils appartenaient à la tribu Balm.

Ils se moquèrent de nous avec les yeux remplis d’une attitude moralisatrice. Certains d’entre eux riaient et nous souriaient aussi. Je n’avais jamais voulu ressembler à un gars comme ça.

« Nous sommes plutôt surpris que vous soyez venues cette fois. Est-ce que vos meilleurs et plus brillants soldats n’ont pas été tués dans cette attaque il y a quelque temps ? Joliment misérable, n’est-ce pas ? Mais ce sont des femmes comme toi. »

« Vous êtes dégueulasse… Vous manquez de respect envers nos soldats tombés au combat ? »

Pam et les autres femmes de la tribu Rauli s’abaissèrent un peu afin de leur faciliter la tâche au combat. Les membres de la tribu Balm avaient également changé de position, comme s’ils anticipaient une attaque. Une atmosphère tendue s’était rapidement développée entre les deux tribus.

« Non, nous ne leur manquons pas de respect… Je pense simplement que des hommes de notre tribu auraient tué ce monstre en quelques secondes. »

« Pfft. Alors, vous êtes ignorant et stupide. Même si toute la tribu de Balm était rassemblée, elle ne ferait rien à cette créature de cristal. Elle vous aurait anéanti. »

« Que dis-tu !? »

Ils se criaient dessus maintenant. Ils se crachaient du venin sans but précis. Toute cette situation m’avait rappelé que les chats seraient toujours en conflit avec les chiens.

« Ne sois pas idiot ! Si les putains de Rauli pathétiques pouvaient le tuer, alors nous le pourrions tout aussi bien. »

« Eh bien, je suis triste de dire que ce n’est pas notre tribu qui l’a vaincue. Cet honneur revient à Touya ici présent. »

« Hm !? »

H-Hey maintenant… Ne me pointe pas du doigt ! Toute l’équipe de Balm tourna la tête pour me regarder.

« Cette salope ? »

Un homme de la tribu de Balm était venu vers moi. Il semblait mesurer environ un mètre quatre-vingt-dix. Il me regarda comme s’il me démolissait. Puis finalement, il sourit d’une façon qui me fit flipper.

« Tu es une jolie petite chose, hein ? Je suis un peu touché. »

« Grossier personnage ! »

« Hein !? »

Je n’avais pas pu m’empêcher de le dire. Ce n’était pas forcément ma faute ! De mon point de vue, un gros morceau de bifteck me matait ! Ça me donna la chair de poule.

« Espèce de pute ! »

L’homme enragé essaya de m’attraper par le bras.

« Ne me touche pas ! »

« Gaugh ! »

J’avais frappé l’homme à l’estomac, le faisant reculer de quelques mètres. Je ne pouvais pas me permettre d’y aller doucement avec lui. J’avais peur pour ma chasteté !

« Salope ! »

« Attrapez-la ! »

J’avais évité tous les membres de la tribu de Balm qui me suivirent, les repoussant un par un. Je leur donnais des coups de pied plutôt que des coups de poing. Je ne voulais toucher aucun d’eux. Honnêtement, j’avais un peu compris ce que devait être le sort de certaines femmes dans la vie quotidienne… Se laisser berner par de gros types effrayants ne pouvait pas être une expérience agréable pour les deux sexes.

« Attrapez cette salope, attrapez-la ! »

« Haaaaaaaaaaaaah !! » Une grosse masse de viande mâle chargea sur moi. C’était horrible !

« [Bouclier] ! »

« Ghuawuh !? »

Je les avais tous arrêtés avec une barrière invisible. Ils tombèrent au sol un par un. C’était vraiment dégoûtant.

« La tribu de Balm n’est vraiment pas un sujet de conversation, hein ? Avoir autant de mal contre une seule fille ? »

« Guh… »

Pam riait de façon provocante envers les membres de la tribu tombés au sol. Mais j’aurais vraiment préféré qu’elle ne le fasse pas. Je n’avais pas envie d’y aller pour un second round.

Les autres hommes avaient honte, leurs visages étaient rouges. De leur point de vue, ils avaient été complètement ridiculisés par une seule femme. Il n’y avait pas moyen qu’une tribu misogyne ne soit pas fâchée pour ça.

« Prenez vos hommes et allez-vous-en d’ici. Ce serait pénible si vous laissiez traîner un tel tumulte. » J’étais tout à fait d’accord avec Pam. Si ça persistait, je développerais de la machophobie ou quelque chose comme ça.

« On s’en souviendra ! »

Les membres de la tribu de Balm s’enfuirent en courant, entraînant avec eux leurs vaincus.

Ils étaient dégoûtants. Leurs yeux sur moi me donnaient l’impression d’être un morceau de viande bon marché. Je n’avais jamais voulu être le genre d’homme qu’ils étaient.

« C’était donc la tribu des Balm ? Ils n’étaient pas si durs que ça. »

« Aucun d’eux n’était le champion de leur tribu. Selon les standards de Balm, ces gars étaient doux. Ils étaient en plus mineurs. Ce sont des mômes qui n’ont pas subi les rites de passage. »

Pam répondit à la question d’Elze. Je ne pouvais pas croire ce que j’entendais. D’après ce que j’avais compris, vous étiez considéré comme un adulte dans la mer des arbres lorsque vous avez quinze ans. Ces monstres musclés étaient encore plus jeunes que moi… ! Je croyais que c’était des vieux flippants.

C’est impossible… C’est impossible qu’ils aient le même âge que des collégiens… Est-ce qu’ils reçoivent un entraînement intense ou quelque chose comme ça ? Bon sang… Tout d’un coup, je n’avais plus très faim.

Une fois le barbecue terminé, il était temps de se reposer. Les femmes des tribus dormaient à tour de rôle, certaines faisant office de guetteuses alternantes.

Apparemment, c’était pour se méfier des monstres qui rôdaient dans la forêt, mais la menace d’attaques d’autres tribus était aussi très réelle. Toutes les tribus n’étaient pas hostiles, mais nous étions certainement en compagnie de certains types violents.

J’avais été tenté d’ouvrir [Porte] afin de me barrer, mais partir après avoir entendu parler du problème m’aurait laissé un mauvais goût dans la bouche.

J’avais dressé une barrière autour de nous à l’aide d’un [Bouclier] et j’avais décidé de me joindre au quart de garde. Après tout, la barrière était au mieux une mesure temporaire. Les cinq championnes n’avaient pas à prendre la garde de nuit. Elles avaient besoin de toutes leurs forces pour les matches du lendemain. On leur avait permis de dormir toute la nuit. Avoir Sue dans la garde aurait été aussi inutile, alors on l’avait aussi laissée dormir.

Il n’y avait que moi et des femmes de la tribu Rauli. Nous entourions un feu de camp flamboyant, en faisant attention aux alentours.

Linze et Yumina avaient pris le quart de garde au tour précédent, alors elles dormaient sainement dans des sacs de couchage à proximité.

Soudainement, j’avais senti quelque chose d’étrange. Quoi... C’est…

Je m’étais levé et j’avais marché plus profondément dans les arbres. Les femmes de la tribu Rauli m’avaient brièvement regardé dans les yeux, mais elles étaient ensuite retournées à ce qu’elles faisaient. Elles avaient probablement supposé que je faisais une pause pipi ou quelque chose comme ça.

Je marchais de plus en plus profondément, et la présence que je ressentais devenait de plus en plus forte au fur et à mesure que je marchais. Je l’avais reconnu. Cela ressemblait à ce que j’avais ressenti à Ramissh.

***

Partie 5

J’étais arrivé dans une clairière au fin fond de la forêt.

C’était ici. Juste ici. J’avais trouvé l’endroit.

« M’entends-tu ? »

Tous les arbres dans les environs avaient été soudainement bousculés par le vent. Le clair de lune brillait sur moi, illuminant la clairière.

Au clair de lune, une lueur verte commença à se révéler à moi.

« Nomme-toi toi-même. »

Le feu vert changea progressivement de forme. Au bout d’un certain temps, elle prit la forme d’une jeune fille aux cheveux émeraude éblouissants. Elle portait une robe d’une seule pièce et son corps émettait une faible lumière verte. Ses yeux brillaient comme du précieux jade.

« Es-tu… un esprit ? »

« Effectivement. Je suis l’Arbre qui préside sur la Mer des Arbres. Je suis l’Arbre des Vœux incarné. »

« C’est bien ce que je pensais. J’ai ressenti quelque chose de semblable à ce que j’avais ressenti à Ramissh. Bien que, à l’époque, la présence semblait… plus sale. Plus toxique. »

J’avais senti une faible présence de l’Arbre des Vœux lui-même, mais celle-ci était beaucoup plus présente chez cette fille. Si elle ne s’était pas pleinement manifestée, je ne l’aurais probablement pas du tout remarquée.

« C’est toi qui… ? As-tu combattu l’Esprit des Ténèbres ? Alors c’est toi qui l’as sauvé ? »

« Sauvé ? J’ai couru et je l’ai exorcisé, c’est tout. »

« Les esprits sont des êtres immortels, mon enfant. Comme le monde tourne, nous aussi. L’Esprit des Ténèbres reviendra un jour pour marcher sur la terre. Plus important que cela… Qui est-ce que tu es au juste ? Pourquoi portes-tu si peu de vêtement ? C’est quoi cette… odeur ? Ce sentiment ? Ton corps laisse échapper du pouvoir au-delà même du mien. »

Hm… Peut-elle sentir le pouvoir divin ou quelque chose comme ça ? Je suppose que j’ai jeté beaucoup de sorts tout à l’heure… Peut-être que mon pouvoir a un peu échappé quand je faisais ça. J’avais défait mon [Mirage] afin de révéler ma vraie nature.

« Je suis Mochizuki Touya, le grand-duc de Brunhild, un duché situé juste au nord de cette région. Je suis actuellement soumis à des circonstances… spéciales, mais à toutes fins utiles, je suis un être humain. »

« Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire… ? »

L’esprit de l’Arbre semblait confus. Je ne savais pas vraiment quoi faire. Il était clair que mon explication de la situation n’était pas très satisfaisante… mais je ne savais pas si elle me croirait si je lui parlais de Dieu.

Je n’avais pas non plus vraiment l’impression que la situation était assez grave pour appeler Dieu Tout-Puissant ici… Mais il y avait une autre option, même si elle était un peu gênante.

J’avais ouvert une [Porte] et je l’avais mise devant moi. Il semblerait qu’elle dormait dans son lit quand le portail s’était ouvert.

« O-Owie ! Qu’est-ce qui se passe ici, Touya !? Ça fait mal, sais-tu ? »

Karen, ma chère sœur, regarda autour d’elle les yeux à moitié ouverts. Elle portait un pyjama rose couvert de cœurs roses… C’était un peu bizarre.

J’avais un peu réfléchi à la façon dont j’avais traité Karen, et j’avais réalisé que je n’avais pas été très gentil. Mais quand je l’avais regardée, je n’avais pas vraiment eu l’impression que c’était une déesse. Elle était imprudente, aimait faire des farces, était terriblement égoïste et me volait mes collations !

Mais même ainsi, je ne pouvais pas la détester. D’une certaine façon, je me sentais vraiment comme un membre de sa famille. Elle m’avait aussi traité comme un petit frère… alors j’étais satisfait.

« Salut, Karen. Peux-tu faire le même truc que faisait Dieu Tout-Puissant ? »

« Hein ? Je ne sais rien du tout, vois-tu ? Parles-tu de la Libération Divine ? »

« Oui, cela doit être ça. »

Tout à coup, une lumière jaillit du corps de ma sœur, aveuglant tout le monde dans les parages. Ce n’était pas aussi écrasant que celle du Dieu Tout-Puissant, mais c’était vraiment incroyable. Même si elle était un peu idiote, elle faisait clairement partie d’un panthéon divin.

« Hmm… Tu penses peut-être à quelque chose d’impoli ? »

« A-Ah, je suis désolé ! Pardonne-moi ! Laisse-moi partir !! »

Elle avait immédiatement commencé à me pincer les joues. Ça faisait un mal de chien.

Pendant que je frottais mon pauvre visage, l’Esprit de l’Arbre s’était prosterné devant nous.

Il semblerait que l’aura divine était même efficace contre des êtres comme elle. Les dieux avaient un pouvoir incroyable, après tout. Même si ce dieu était… Karen.

« Je peux savoir quand tu penses à des choses méchantes, vois-tu ? »

« Agh, je suis désolé ! Pardonne-moi ! »

… Vraiment, les dieux étaient terrifiants.

« Alors… Le Seigneur Touya est pour Dame Karen… »

« Mon petit frère dans ce monde, oui. C’est aussi un individu doté du pouvoir du Dieu Tout-Puissant, vois-tu ? »

Ce n’était pas toute la vérité. Ce n’était pas comme si le pouvoir m’avait été conféré pour une raison particulière, c’était un simple coup de chance. Une erreur de la part du vieux, c’est tout.

Mais quand même, l’esprit de l’arbre semblait satisfait, alors c’était fini.

« Pourquoi un homme comme lui est-il présent à l’élagage ? »

« Je suis ici pour encourager les membres de ma famille, certaines d’entre elles participent. Ah, c’est vrai… Ne truque pas le tournoi en ma faveur. »

« Je-Je vois… »

Eh bien, la tribu Jaja était le groupe chargé de déclarer le gagnant, donc elle n’avait probablement rien à voir avec ça.

Pourtant, cette situation était intéressante. Il semblerait que, tandis que Karen pouvait supprimer complètement sa divinité… Je n’étais pas capable d’un tel exploit. C’était ainsi que l’esprit de l’arbre avait eu vent de moi au début. Ce n’était pas dangereux pour le moment, alors j’avais décidé de ne pas m’inquiéter. De toute façon, c’était probablement un pouvoir que j’apprendrais avec le temps. Le pouvoir divin n’était pas quelque chose qu’on pouvait simplement enseigner et transmettre, c’était une chose innée.

« Alors… cet élagage… c’est un festival ou quelque chose de ce genre ? »

« Autrefois, les tribus se battaient pour régler leurs différends. J’ai utilisé ma protection spirituelle pour m’assurer qu’ils ne perdent pas la vie. Peu de temps après, c’est devenu une tradition et une fête, bien qu’il s’agisse maintenant de questions d’honneur et de territoire. »

« Ah, je me souvins de quelque chose, sais-tu ? Je me souviens que l’esprit de l’Arbre des Vœux avait la capacité de nourrir et de protéger la vie. C’est logique pour moi ! »

C’était intéressant. L’Esprit des Arbres avait la capacité de préserver la vie, ce qui devait être l’un de ses talents innés. Mais elle ne semblait pas si indulgente que ça quand on tenait compte des gens qui sont morts pendant l’élagage.

Néanmoins, si elle pouvait protéger n’importe qui, n’importe où, ce n’est pas comme si la lutte pour la survie était si ardue dans la mer des arbres.

« C’est assez intéressant, sais-tu… Oui, j’aimerais bien voir cet élagage de première main. J’encouragerai Yae et les autres ! »

« Attends, ne rentres-tu pas chez toi !? »

« Le sais-tu… dire quelque chose comme ça après avoir convoqué de force une fille jusqu’ici… C’est plus qu’un peu grossier… sais-tu ? »

« Owowowowowowowowow !! »

J’avais été une fois de plus pincé sans merci.

Le deuxième jour de l’élagage était arrivé.

Les tribus qui s’étaient qualifiées pour le deuxième tour étaient toutes prêtes à partir. L’ordre du jour de la journée comprenait deux matchs. Les huit vainqueurs se qualifieront pour la finale, qui aura lieu le lendemain.

En toute honnêteté, je ne voyais aucune équipe qui pouvait rivaliser avec l’équipe Rauli.

« Au fait… quelle tribu a gagné le dernier élagage ? »

« Ils s’appelaient les Panau, mais ils sont partis depuis longtemps. »

Ce n’était pas très surprenant. Une dizaine d’années s’étaient écoulées depuis le dernier élagage. C’était une très longue période dans un endroit construit autour de la survie des plus forts.

Il y avait beaucoup d’adversaires, mais ils n’étaient pas encore à la hauteur de notre équipe. En ce qui concerne notre liste, Lu était définitivement le maillon faible. Pam était plus forte qu’elle, et Elze était plus forte que Pam quand elle employait [Renforcement]. Sans aucun sort de fortification, Yae et Hilde étaient aussi fortes qu’Elze l’était avec [Renforcement].

Je n’imaginais pas que quelqu’un puisse battre notre équipe, mais nous devions absolument tenir compte de la compatibilité des armes et des types d’adversaires auxquels elles pouvaient être confrontées. Ce serait mauvais si Pam, qui maniait une hache, était confrontée à un manieur de couteau agile. Ce serait mauvais aussi si Elze, une combattante au corps à corps, se trouvait face à un adversaire ayant une lance. Nous avions également dû tenir compte de l’ordre de combat.

L’ordre d’aujourd’hui était différent de celui d’hier. Yae était en tête, puis Pam, puis Hilde, puis Elze, et enfin Lu, la capitaine. Elle était en dernière position dans l’ordre des combattants.

« Wahoo! Le combat de Yae va commencer, vois-tu !? Applaudissons-la ! Sors-le du terrain ! Yae, Yae, c’est notre fille ! Si elle ne peut pas le faire, je vais vomir ! »

« Karen… Ce n’est pas du baseball… Et ce n’est pas non plus un événement de pom-pom girl. »

Karen était à mes côtés, se pavanant comme une idiote. Naturellement, elle portait aussi la tenue Rauli. Ça aurait été gênant si elle était restée en pyjama, mais cela restait pourtant embarrassant.

Karen s’était vraiment démarquée parce qu’elle avait une belle silhouette. Je n’aurais pas dû être trop surpris par son corps. C’était littéralement une déesse, après tout.

Alors que j’étais perdu dans mes pensées, Yae avait facilement abattu son ennemi. Il n’y avait pas lieu de s’inquiéter de l’affrontement. L’équipe ennemie avait l’air complètement abasourdie. Ils avaient dû envoyer un homme fort, mais si c’était ce qu’ils avaient de mieux à offrir, on s’en sortirait très bien.

Notre équipe gagna assez facilement. Pam et Hilde avaient toutes deux gagné leurs matchs sans problème.

« C’est quoi ce… Elles ont toujours été aussi fortes ? »

Elles s’entraînaient tous les jours et accomplissaient de temps en temps des quêtes de guilde. Mais quand même, même si elles s’entraînaient quotidiennement dans nos installations privées, la vitesse de leur montée en puissance m’avait surpris.

Tandis que je murmurais et réfléchissais, Karen se tourna vers moi.

« Hm… Je me demande… Il se peut qu’elles se transforment en Pupilles, sais-tu ? »

« Pupilles ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Le pouvoir divin que tu détiens n’est que le pouvoir des dieux… mais il ne s’est pas réveillé complètement en toi. Tu ne peux pas l’utiliser à la demande, sais-tu ? Si je devais décrire ce que tu es en ce moment… Je t’appellerais un demi-dieu, vois-tu ? »

Attends… Je suis déjà à ce niveau ? Je veux dire, j’ai senti mon corps bouger un peu, mais quand même… Cela signifie que je perds mon humanité encore plus vite que je ne l’avais prévu.

« Ceux que j’appelle les Pupilles sont ceux qui ont reçu les bénédictions d’un dieu. Touya, tu distribues inconsciemment des fragments de ta divinité aux gens que tu considères comme ta famille. On pourrait le considérer comme une bénédiction née de l’amour d’un dieu… Si nous l’examinions à une échelle plus macro, nous, les dieux, nous sommes tous les Pupilles de Dieu dans le monde. Son tout-puissant pouvoir est distribué à nous, sa famille, vois-tu ? »

***

Partie 6

Ah, je comprends un peu… Il est certain que je considère ces filles comme ma famille. Je veux qu’elles soient protégées. Donc ça veut dire que j’en ai fait mes Pupilles sans le savoir ? Huh… Donc je suppose que Karen, et même moi, sommes les Pupilles du Dieu Tout-Puissant.

« Ces filles ne s’éveilleront jamais à leur propre pouvoir divin ou quoi que ce soit d’autre, mais, en raison de ta présence, elles peuvent développer des capacités spéciales. Je suis sûre que si les choses continuent comme ça, elles resteront dans l’histoire comme les humaines les plus fortes. »

« Elles deviendront aussi puissantes !? »

« L’amour de Dieu n’est pas insignifiant, vois-tu ? Les êtres qui sont aimés par le divin deviennent simplement puissants. C’est l’ordre naturel des choses. Le processus s’inversera si jamais tu en viens à les détester. »

Cela n’arrivera pas. Je ne pouvais pas m’imaginer détester l’une de ces filles… Mais je ne savais pas que je les rendais plus puissantes en m’occupant d’elles.

« Pourtant… tu n’es qu’un demi-dieu… Elles sont un peu puissantes pour… Oh… Oh ! »

« Hein ? »

« Oh, je vois… C’est comme ça, alors… ? Je suppose que c’est bon, vois-tu ? »

« … S’il te plaît, arrête de te rassurer. Dis-le-moi, c’est tout. »

J’avais grommelé contre Karen, qui pour une raison quelconque s’était soudainement mise à murmurer à elle-même.

« Ah, eh bien… Ces filles… il semblerait qu’elles soient aussi mes Pupilles. »

« Quoi ? »

« Je te considère comme mon petit frère, Touya. Ainsi, en tant que membre de ta famille, elles font aussi partie de la mienne, et je les aime beaucoup. Mais mon amour pour elles n’est pas aussi fort que le tien, vois-tu ? »

C’était logique. Elle était après tout le dieu de l’amour. J’étais un simple demi-dieu. Les filles avaient aussi une bonne relation avec elle. Ça m’avait fait plaisir de les voir s’entendre avec leur belle-sœur.

« … Quelque chose ne va pas ? »

Linze nous appela, la curiosité l’avait gagné. Tous les applaudissements dans les parages l’empêchaient de nous entendre parler. Même si elle l’avait entendue, elle aurait eu du mal à comprendre.

« Non, tout va bien. »

« Je vérifiais combien Touya t’aime, Linze. »

« C’est… alors !? Je-je, euh… Je-je t’aime aussi… »

« Ehehehe ! C’est vrai, c’est vrai ! Espèce de mignonne ! »

Karen fit un gros câlin à Linze, qui était maintenant rouge comme une betterave.

Ouaip… C’est donc l’amour d’un dieu. Très bien, je comprends pourquoi ce sont aussi ses pupilles.

« Touya, regarde par là. »

« Hm ? »

Je regardais dans la direction que Yumina m’avait indiquée et je vis deux hommes debout au sommet de l’une des souches de l’arène. L’un des hommes était grand, brandissant une grande épée. L’autre était chauve, plus agile et maniait un bâton de bo.

L’homme immense était clairement de la mer des arbres, mais l’autre homme semblait différent. En regardant la couleur de sa peau, il semblait être d’origine orientale. Je me demandais si c’était un assistant comme nous.

Il continuait d’esquiver habilement chaque coup, usant le géant avec aisance. Finalement, il vit sa chance et la saisit, poussant le bâton dans la poitrine de son ennemi. Le géant avait été plaqué au sol en quelques secondes, et le chauve fut déclaré vainqueur. Il s’inclina devant son ennemi et retourna dans la tribu qu’il représentait.

Il était fort, et aussi clairement habile. Il avait peut-être été engagé par l’une des tribus pour gagner le tournoi pour eux. D’ailleurs, cela n’avait aucun rapport, mais essayez de dire « chauve se bagarrant avec un bo » très vite. C’est une sacrée torture pour la langue, non ? Je n’ai pas pu le faire plus de trois fois.

Je continuais à regarder, tout en ayant ces idées stupides dans ma tête, jusqu’à ce que je vois un autre étranger sortir pour représenter cette tribu. J’avais été surpris de voir émerger une femme qui n’avait pas l’air à sa place parmi les gens d’ici.

Ses oreilles étaient pointues comme des couteaux, ses pupilles étaient d’un or pur. Il y avait des traces d’écailles sur sa peau brune. En plus de cela, une large queue sautait par-delà son derrière, et deux cornes incurvées poussèrent de ses cheveux noirs courts. Je n’avais jamais rien vu de tel.

« Elle est du clan du dragon, n’est-ce pas ? », m’avait chuchoté Yumina.

Le Clan du Dragon… C’était probablement le cas. Le Clan du Dragon était l’un des sept clans demi-humains de Mismede.

« Le Clan du Dragon est peu nombreux. Parmi les clans de Mismede, ce sont ceux qui comptent le moins de membres, mais c’est une race noble de guerriers, et on dit qu’ils sont exceptionnellement puissants. C’est la première fois que j’en vois un en chair et en os. »

Je n’en avais pas vu non plus quand on était à Mismede. Apparemment, le clan du Dragon n’aimait pas s’impliquer dans la politique et ne concentrait généralement ses intérêts que sur l’entraînement et l’exercice. Ils n’occupaient pas non plus de postes élevés à Mismede.

Elle portait des gants gris foncé. On aurait dit que c’était une bagarreuse comme Elze.

Au moment où son match commença, elle s’était avancée en un éclair. En quelques secondes, elle était à quelques centimètres de son ennemi brandissant une hache. Sa paume droite avait été projetée. Le mouvement étant presque imperceptible à l’œil nu. Un grondement retentit, et son adversaire fut propulsé hors des limites. Elle n’avait même pas posé sa main sur lui.

Qu’est-ce que c’est que ce bordel… ? Est-ce une sorte de… libération d’énergie stockée ? Ça n’a pas pu être magique, c’est interdit sur le ring.

Tout comme le chauve, elle s’était inclinée et était retournée dans son camp. Elle avait l’air assez digne. Je me demandais s’il s’agissait d’élèves d’une école de combat qui enseignait le respect envers un ennemi vaincu, comme au kendo ou au judo.

« On dirait que gagner ne sera pas un jeu d’enfant. »

« On dirait bien. »

Nous avions regardé les autres champs de bataille et vîmes divers guerriers à l’allure farouche. Cependant, aucun d’entre eux ne semblait aussi imposant que le chauve et la fille dragon.

« Quoi !? » Karen avait soudain fait un bruit bizarre en regardant une silhouette. Je me demandais ce qu’elle avait vu. Je regardais et je vis deux personnes s’affronter à l’épée. L’un d’eux était clairement un membre d’une tribu de la mer des arbres. L’autre semblait être un étranger venant d’un autre pays. C’était une épéiste, elle tenait une épée dans une main et parait habilement les attaques de son ennemi. Ses cheveux étaient courts et violets, et sa peau était d’un blanc très pâle.

« Pourquoi... Oh… Oh mon Dieu… »

Incroyable. Elle ne bouge pas du tout… Elle bloque même les attaques venant de derrière ! Comment peut-elle faire tout ça !? Plus important encore, comment peut-elle faire tout ça d’une seule main !?

Finalement, son adversaire manqua d’énergie, et elle l’abattit en le frappant à l’épaule. D’un seul coup, il avait été mis à terre. Sa victoire avait été scellée.

Qu’est-ce que c’est que ce bordel... Elle a gagné sans faire un seul pas ! Ce type n’avait pas non plus l’air d’un bouffon.

Malheureusement, la tribu de l’épéiste n’était vraiment pas à son niveau, et ses alliés perdirent les quelques matches suivants.

« Quoi... Pourquoi ? Pourquoi est-elle ici ? »

« Hm ? »

Karen la connaît ? Nous l’avions vue sortir des Terres des Vœux, mais elle s’était soudainement retournée. Pour une raison quelconque, elle m’avait fait signe de la main et m’avait souri.

Quoi ? Hein ? Est-ce que je la connais ?

« Touya… J’ai besoin de toi un moment. Yumina, je vais t’emprunter ton fiancé un moment, merci. »

« Hm ? Très bien. »

Karen m’avait emmené loin, loin des Terres des Vœux. Et, comme si nous étions attendus, nous étions tombés sur l’épéiste. Elle se tenait à l’ombre d’un arbre, souriante.

« Yo. »

« Ne me dit pas Yo ! Qu’est-ce que tu fais ici !? »

Karen croisa les bras, une expression absolument incrédule sur son visage. L’épéiste répondit avec un rire sec et sans peur.

« Officiellement, je suis là pour t’aider. Officieusement, j’ai pensé que ça pourrait être amusant. »

« Hrmph... »

L’identité de l’épéiste m’était complètement inconnue, mais j’avais eu une idée terrible. Je ne voulais cependant pas que ce soit vrai…

« Karen… Cette fille… Est-elle… ? »

« Oui. Elle est comme moi. C’est le dieu des épées. »

« Le dieu des épées !? »

J’avais raison, et c’était un dieu du combat, rien de moins… Et apparemment, c’était une capricieuse qui venait pour s’amuser. Mais quand même, j’avais vraiment l’impression que les dieux avaient un peu trop de temps libre. Bien que, je suppose que capturer des dieux serviles était techniquement du travail, même si cela ressemblait plus à une excuse commode pour s’amuser…

« Enchanté de te rencontrer. Bien que je t’ai espionné de temps en temps, j’ai donc l’impression de te connaître déjà. C’est cool, mon frère. »

« Euh… Dans ce cas, je suis ravi de te rencontrer. Je m’appelle Mochizuki Touya. »

« Oh, mais euh… Hé, Dieu de l’Amour. Karen, c’est quoi cette histoire de famille ? »

« C’est mon identité ici-bas ! Je suis sa grande sœur, sais-tu ? Mochizuki Karen ! Ça sonne bien, non ? »

Karen gonfla la poitrine et se racla la gorge. Je ne savais pas pourquoi elle jubilait. Puis l’épéiste, ou plutôt… le Dieu de l’épée avait dit quelque chose de complètement excentrique.

« Ça a l’air cool. D’accord, je serai aussi sa sœur. »

« C’est interdit, sais-tu ? Je suis la seule grande sœur ici ! »

Karen commença à rougir et à rire comme une idiote. En réponse, le Dieu de l’épée lui serra les deux mains l’une contre l’autre.

« Je te dis que c’est cool. Je suis sa deuxième sœur, donc ça fait de moi ta petite sœur. Allez, Karen… Grande sœur… »

« Je suis la grande sœur de deux enfants ? »

« Oui, exactement. Je suis ta petite sœur, hein ? »

Karen fit un geste exagéré en tapant du menton. Finalement, elle claqua la langue en nous regardant tous les deux. On aurait dit une pièce de théâtre.

« Très bien alors ! C’est entendu, vois-tu ? »

« Super. Ça fait aussi de moi ta sœur, alors sois gentille avec moi. »

Le Dieu de l’épée, qui était inexplicablement devenue ma seconde sœur, se tourna vers moi et sourit.

Et, juste comme ça, j’avais maintenant un autre membre de ma famille.

Qu’est-ce qui a bien pu de se passer ?

***

Partie 7

« Touya a une autre sœur !? »

« C’est vrai, sais-tu ? Elle s’appelle Mochizuki Moroha ! La Petite Moroha ! C’est ma petite sœur, sais-tu ? »

« Enchantée de vous rencontrer. »

Le Dieu de l’épée… ou plutôt, Moroha, ma sœur… serra la main de Linze. Tout le monde était déconcerté par l’apparition soudaine de ma deuxième sœur. Je ne pouvais pas les en blâmer, car j’étais perplexe moi aussi.

« Désolée d’avoir mis autant de temps à te rencontrer. Nous sommes les humbles fiancées de ton frère… C’est un honneur. »

« Ouais, c’est bien. Je te connais, toi. Tu es Yumina, celle-là c’est Linze, et celle-là c’est Sue, hein ? »

« Ah, tu nous connais ? »

« Ouaip. Je vous ai observé d’en haut… »

« Lettres ! Des lettres ! Ouaip ! Karen lui a écrit des lettres, c’est comme ça qu’elle vous connaît ! »

Ma nouvelle sœur était sur le point de dire quelque chose de stupide, alors je m’étais vite immiscé. Moroha ne semblait pas du genre à bien comprendre les situations. Elle avait l’air un peu étourdie. Elle était à peu près aussi belle que Karen, mais elles étaient dans deux catégories différentes. Karen était mignonne, mais Moroha avait un air de dignité… elle était classe.

Elle était vraiment grande, et elle avait pour elle une certaine grâce. Si j’avais découvert qu’elle faisait partie d’une troupe de danseurs itinérants, je n’aurais pas été surpris.

« Mais quand même… que fais-tu dans un tel endroit, hein ? »

« Oh, euh… J’ai essayé d’entrer de force afin de participer. Ça avait l’air intéressant, non ? J’ai fini par perdre parce que mes coéquipiers n’étaient pas très forts. Mais je suis venue ici pour voir comment devenir plus forte. »

Moroha avait trouvé une excuse commode pour détourner l’interrogatoire de Sue.

Apparemment, elle regardait d’en haut, mais elle avait trouvé la situation si intéressante qu’elle était descendue, s’était introduite de force dans une tribu et s’était battue comme un de leur membre comme si c’était normal. Mais la tribu la traitait comme une vieille amie. Je me demandais s’ils avaient été hypnotisés… Il ne devrait pas être impossible pour un dieu de manipuler quelqu’un comme ça.

Strictement parlant, il leur était interdit de s’immiscer dans les affaires des mortels…

Mais apparemment, cela se limitait à la non-utilisation de leur pouvoir divin ici, sur Terre. S’ils faisaient des choses avec leur corps humain surpuissant, alors c’était permis. Leurs capacités physiques étaient fondamentalement au sommet du potentiel de l’humanité. Ils n’étaient pas des maîtres, mais des monstres.

Pourtant, même si je les suppliais d’effacer la Phase ou de restaurer Yulong, ce ne serait pas possible. Ces dieux inutiles étaient tout simplement incapables d’agir en dehors de leurs domaines respectifs.

« De plus en plus forte ? Est-il possible que l’habileté de Touya avec une lame soit le résultat de ton entraînement ? »

« Ah… En quelque sorte, je suppose. Mais l’art de l’épée de Touya est en grande partie le résultat de ses propres techniques. »

« Mais il n’y a personne au monde qui puisse égaler Moroha, vois-tu ? C’est la plus grande combattante d’épée de la planète. »

Karen avait commencé à se vanter, comme si le talent de Moroha était le sien. Elle était exactement comme elle. C’était aussi un dieu. Je me demandais s’il serait possible de demander à Moroha de former notre ordre de chevalier.

Pourtant, elle était le Dieu de l’épée… Il était tout à fait possible qu’elle n’eût aucun talent pour les haches ou les lances. Eh bien, il était aussi possible qu’elle soit forte avec les poignards et les lames courtes, alors j’avais décidé de le lui demander plus tard.

« Oh, le match de Yae va commencer ! Elles iront en finale si elles gagnent. »

La voix de Sue mit un terme à mes réflexions. Je m’étais ainsi tourné vers la scène. Les matches d’aujourd’hui détermineront les huit premiers, et ils se disputeront le titre de Seigneur des Arbres un jour plus tard. Mais à l’heure actuelle, il restait seize équipes.

« La tribu Balm a gagné et a aussi avancé. »

« Comme nous le pensions, leurs champions ne sont pas ceux qui se sont battus avec nous la dernière fois. Ils ont l’air forts. »

C’était évident. S’ils avaient gagné avec la chair à canon que j’avais vue hier, ils auraient eu beaucoup de chance.

J’avais décidé d’arrêter de penser à ces tarés afin de regarder le match de Yae.

L’ennemi de Yae était un homme tribal couvert de tatouages. Il tenait un tomahawk dans chaque main.

Au moment où le match avait commencé, il chargea vers Yae, levant sa main droite haut. Yae recula, l’évitant facilement, puis elle utilisa sa main gauche pour parer sa main droite. Elle sauta immédiatement en arrière, ce qui provoqua la séparation des combattants.

« Yae a remporté ce combat. »

« Hein ? » murmura Moroha à elle-même en regardant le match.

L’homme se rapprochait de Yae, mais elle continuait simplement à esquiver ses attaques, comme si elle attendait que quelque chose se passe. Et puis, Yae changea d’emplacement. Elle esquiva habilement son tomahawk et laissa son katana l’emporter, coupant la chose en deux. La lame de l’arme était tombée hors des limites. Elle n’avait pas fait son mouvement de descente en piqué. Quand son katana revint, il coupa l’autre arme en morceaux.

Après ça, son arme frappa sur le torse de l’homme. Il avait été vaincu d’un seul coup.

« Le katana de Yae ne serait pas capable d’affronter une arme aussi destructrice. Il y a après tout une chance que la lame soit endommagée. Si elle l’avait attaqué et qu’il l’avait bloqué avec ses armes, ce serait la même histoire. Elle attendait son heure pour détruire le tomahawk. Même si elle a tiré sa lame et l’a vaincu d’un seul coup, elle aurait pu y mettre fin beaucoup plus tôt. La vérité, c’est qu’elle s’amusait. Elle testait probablement ses capacités, pour voir si elle pouvait le désarmer complètement. Elle a besoin de plus d’entraînement. »

Oho… Je vois… Je ne comprends pas tout à fait, mais elle semble… Moroha, le Dieu de l’Épée, comprenait tout d’un simple regard.

Pour le reste du match, Pam et Hilde remportèrent leur match sans problème, ce qui avait permis à la tribu Rauli d’accéder à la finale en toute sécurité.

Nous avions réussi à atteindre le dernier combat sans complications.

« Hm ? »

En regardant les autres combats, j’avais remarqué que la tribu des Balm combattait un groupe étrange.

Ils avaient des corps allongés et maigres avec une posture voûtée. Ils portaient tous des masques inhabituels sur le visage et des griffes sur les doigts. Eh bien… appeler ça un masque n’était pas tout à fait vrai, puisque cela ressemblait plus à un filtre à gaz. Pendant une demi-seconde, j’aurais pu facilement les confondre avec des gens d’une opération de nettoyage de matières dangereuses.

Leurs yeux avaient l’air… bizarres, aussi. Presque comme s’il y avait une sorte de folie en eux.

Le combattant actuel de la tribu des Balm, un homme costaud portant une lance ne s’en sortait pas très bien. Il avait des tonnes de petites égratignures sur tout le corps.

Il avait avancé son arme, mais son objectif avait été complètement dévié. L’homme respirait lourdement et transpirait comme un bœuf. Il semblait plus que fatigué.

« Hum, du poison ? »

« Quoi ? » commenta soudainement Moroha, à ma grande surprise.

Si c’était du poison… alors leurs griffes en étaient probablement recouvertes.

« Ce n’est pas comme si elle pouvait tuer ou quoi que ce soit, mais il semblerait qu’elle provoque des étourdissements, des engourdissements et de la somnolence. Ce n’est pas seulement sur leurs armes, mais il est aussi répandu sur toute la scène. »

« N’est-ce pas contre les règles ? »

« On pourrait le croire, mais non. La magie est interdite, mais rien d’autre. Bien sûr, les choses déshonorantes sont aussi interdites, mais tout est flou en ce qui concerne le poison. Après tout, certaines tribus utilisent le poison pour chasser leurs proies. »

Je suppose que c’est vrai. Mais je me sens un peu lâche. J’imagine que ces maigres ne sont pas vraiment forts, alors ils utilisent du poison pour compenser leur manque de force physique… C’est une façon assez intelligente de compenser, je le reconnais.

Je m’étais dit qu’il n’y avait pas de problème inhérent à se battre avec ce dans quoi on est spécialisé.

Le guerrier des Balm était complètement abasourdi, l’homme voûté chargea vers l’avant et enfonça ses griffes dans l’estomac de l’ennemi. Jeu, set, match.

Après ce tour, la tribu des Balm prit un coup énorme au moral. Ils n’avaient pas non plus mis longtemps à perdre les deux combats suivants. Les empoisonneurs, connus sous le nom de la Tribu des Rivets, avaient complètement éliminé les Balm de l’élagage sans grande fanfare.

« Huh, la tribu des Balm a perdu. »

« Au moins, la tribu des Rauli peut se reposer un peu plus facilement maintenant. »

Cela signifiait que la tribu des Balm ne pouvait pas prendre le titre de Seigneur des Arbres, ils ne pouvaient donc pas créer une loi qui nuirait à la tribu des Rauli, ce qui était une grande source de soulagement.

Pourtant, ce poison était certainement inquiétant. S’il était vraiment éparpillé sur la scène de combat, on n’avait même pas besoin de recevoir un coup pour qu’il fasse effet. Ils sembleraient mener des batailles défensives afin d’attendre que le poison fasse effet. Après tout, ce n’est pas la peine de se battre quand on peut attendre que son adversaire sorte.

Heureusement, la bénédiction de l’esprit empêchait le poison de se répandre au-delà des limites de l’arène des souches.

Bien que je supposais que ce soit une confirmation subtile que l’esprit de la forêt et les juges approuvaient le poison. En parlant de ça, l’arbitre sur scène avait aussi été affecté par le poison, mais ce n’était pas une dose mortelle, il serait sur pied en quelques heures.

Même s’il s’agissait d’une quantité non mortelle, c’était un préjudice majeur. J’avais décidé qu’il serait sage pour Yae et les autres de préparer les contre-mesures nécessaires. Après tout, elles pourraient se retrouver face à cette tribu.

J’avais posé des questions sur l’historique de la tribu des Rivet dans l’élagage, mais apparemment c’était leur première participation. C’était une tribu relativement nouvelle qui s’était séparée d’une tribu plus importante. La tribu d’origine utilisait quelques poisons pendant la chasse, mais le groupe d’échardes était beaucoup plus concentré sur le poison.

Les tribus de la mer des arbres n’étaient pas vraiment des familles, mais plutôt de minuscules sociétés. De nouvelles tribus naissaient tout le temps. Régulièrement, d’anciennes tribus s’effondrèrent ou fusionnèrent.

« Oh. »

Le combattant du Clan des Dragons se battait ailleurs. Elle se déplaçait avec la même démarche délibérée, ne faisant pas de mouvements inutiles. Comme avant, son ennemie avait été anéantie.

C’était le troisième match de la tribu, donc celle qu’elle représentait se qualifia aussi pour la finale.

Chacune des huit tribus les plus importantes avait un élément qui lui était propre. L’une d’elles portait des fourrures pleines de ce qui semblait être des jaguars, une autre avait une arme usagée faite d’os d’animaux, et ainsi de suite. C’était vraiment des groupes variés.

J’étais un peu préoccupé par le défi.

« Doit-on vraiment faire ça ? »

« Ouais. Ne te retiens pas. Viens à moi avec tout ce que tu as. Mais la magie n’est pas autorisée. »

Après avoir présenté Moroha aux autres filles, Hilde et Yae lui demandèrent de se battre avec elles.

Karen n’arrêtait pas de jubiler au sujet du talent à l’épée de Moroha, ce qui avait suscité l’intérêt des deux. Mais Hilde et Yae participaient encore à l’élagage, donc je ne pouvais pas me permettre de les épuiser. Il y aura un match important le lendemain. Ce serait trop risqué.

Mais malgré cela, Hilde et Yae continuèrent à demander de voir un exemple des compétences de Moroha. Donc, après quelques disputes, il avait été décidé que nous allions mener une bataille fictive.

« Pourquoi dois-je le faire ? »

« Il n’y a aucune autre personne qui puisse le faire. »

C’était assez vrai. Même en excluant Yae et Hilde, ce n’était pas comme si je pouvais laisser Linze ou Yumina se mesurer à elle.

C’était juste une opportunité. À vrai dire, j’étais moi-même un peu curieux. J’avais pris mon épée en mithril dans mes mains et j’avais affronté Moroha.

« Assure-toi d’aller jusqu’au bout, d’accord ? »

« Alors je vais commencer ! Haaah ! »

Je m’étais précipité vers elle et j’avais frappé avec mon épée, puisque je voulais tester quelque chose. Ma sœur aînée para le coup avec aisance et tourna autour de moi, puis me frappa avec sa propre épée dans le dos. Je m’étais penché et j’avais à peine réussi à esquiver la lame.

Je m’étais repositionné et j’essayais une feinte. J’avais fait semblant de viser son torse avec une frappe horizontale, mais j’avais soudainement déplacé mon mouvement vers le haut pour aller chercher son bras. Cependant, avant que je puisse faire quoi que ce soit, Moroha m’avait foncé dessus et m’avait fait perdre l’équilibre. J’étais tombé par terre et j’avais roulé sur une distance considérable. Elle n’avait pas couru après moi, ce qui signifiait qu’elle n’utilisait même pas son plein pouvoir.

***

Partie 8

Elle me sourit légèrement, mais cela m’irritait encore plus. D’accord, elle n’était pas sérieuse, alors allons-y à fond !

« … J’abandonne. »

J’étais là, hébété et plaqué au sol, dans un état d’abandon total. C’était impossible. Absolument impossible. J’avais réussi à l’effleurer une ou deux fois, mais je n’avais pas réussi à lui donner un vrai coup. Si j’avais été capable d’utiliser la magie, ça aurait pu marcher, mais mon niveau à l’épée seul avait des années de retard sur le sien. Je ne pouvais même pas espérer être comparé à elle. Après tout, c’était le dieu des épées. À quoi m’attendais-je ?

« Et bien, tu es beaucoup plus fort que je ne le pensais. J’ai même fini par devenir un peu sérieuse. Je parie que si tu continues à t’entraîner un peu plus fort, tu pourrais atteindre mon niveau, pas vrai ? »

Non merci… Ça ne m’intéresse pas d’être ton apprenti ou quoi que ce soit. En plus, si je deviens encore meilleur à l’épée, je ne pourrai pas me battre équitablement contre quelqu’un d’autre que toi.

« Je pouvais à peine voir leurs mouvements. »

« Pareil pour moi… Ces deux-là… sont incroyables… »

Hilde et Yae avaient l’air stupéfaites, mais elles parvinrent quand même à parler un peu. Même si elles pensaient que c’était incroyable, il y avait une différence claire et marquée entre mes compétences et celles de Moroha. Mais je n’avais pas eu la force de leur dire ça.

« Hmm ? À peine ? Ça veut dire que vous pouviez voir nos mouvements, même un peu, hein ? Wôw… vous êtes plutôt prometteuses… »

Moroha avait souri à Yae et Hilde. Toutes les deux la regardèrent avec étonnement. Je pouvais pratiquement voir les étoiles dans leurs yeux. Elles semblaient heureuses qu’elle les complimente. C’était ce que je m’étais dit.

« J’ai l’intention de rester avec Touya un moment, alors j’aimerais vous donner des leçons de maniement de l’épée. »

« Vraiment !? Merci, chère sœur ! »

« O-Oh bonté divine… Je vous remercie très sincèrement. »

Les deux filles semblaient encore plus excitées maintenant. Je n’avais pas pu m’empêcher de penser que c’était la naissance de deux nouveaux acolytes du Dieu des épées.

« Hmph… On dirait que la petite Moroha a volé deux de mes belles-sœurs, sais-tu… ? »

« Je te respecte encore beaucoup, Karen… »

« Aww ! Linzey-winzey ! Tu es une si gentille fille, je t’aime ! »

Karen fit à Linze un câlin d’ours pour des raisons que je ne connaissais pas du tout. Lu n’était pas complètement subjuguée comme les deux autres, mais elle s’intéressait aussi un peu à Moroha. Elle n’était pas complètement cinglée comme Yae et Hilde, donc sa réserve était compréhensible.

J’avais finalement retrouvé la capacité de bouger à nouveau, alors je m’étais lancé [Rafraichissement] sur moi-même, me retrouvant à nouveau en pleine forme. Bon sang… On dirait que j’ai encore des choses à apprendre.

Je ne savais pas exactement quand, mais nous avions attiré des spectateurs. Notre combat était assez sauvage, donc ce n’était pas si surprenant.

« Qui sont ces gens ? »

« Des invités de la tribu Rauli. Mais ceux-là ne sont pas leurs champions. »

« Bonté divine… mais ils sont si forts. Pourquoi celle-là ne participe-t-elle pas pour eux ? »

« Je ne sais pas. »

Les spectateurs avaient continué leurs chuchotements insouciants autour de nous. Pourquoi ne me battais-je pas dans ces duels ? C’était évident. J’étais un homme !

J’avais remarqué le manieur de bâton à tête chauve, et la combattante du clan des Dragons dans la foule.

Le chauve inclina la tête en me saluant, mais la fille dragonne me regarda sans bouger du tout. Huh… Son œil droit est doré, mais son œil gauche est rouge… Elle a un Œil mystique ou quoi ? Son regard s’était focalisé sur moi, et j’avais soudainement ressenti un sentiment de danger imminent. J’avais sorti mon Brunhild et j’appuyais sur la détente en quelques secondes.

Un homme tomba soudainement d’un arbre derrière la fille dragonne. Je lui avais envoyé une balle paralysante. Il tenait encore un arc et des flèches dans ses mains. Apparemment, il visait la fille dragonne.

« Connaissez-vous cet homme ? »

J’avais parlé à la fille dragonne en le pointant du doigt.

« … Un adversaire antérieur, d’une tribu que j’ai combattue aujourd’hui. »

C’était logique. Il voulait tout simplement se venger. Il ne supportait pas de perdre, alors il avait décidé de lui faire du mal. Un homme de la tribu Jaja était sorti et avait emmené le gars immobilisé.

L’élagage était plein de dangers, mais ce n’était pas comme si le fait d’attaquer les gens de façon déshonorante n’aurait pas de conséquences. Dans ce cas, sa tribu serait bannie du prochain élagage. Naturellement, à cause du déshonneur qu’il leur avait infligé, son peuple se retournerait contre lui. Au final, sa tribu allait sans doute l’exiler.

Il devrait errer dans la mer des arbres tout seul pour le reste de sa vie. C’était une punition suffisante.

« Je vous suis redevable. Je m’appelle Sonia Parallem. Je suis actuellement chez les Ruluch. »

La fille dragonne, Sonia, inclina lentement la tête devant moi.

« Et je suis Rengetsu. Merci beaucoup d’avoir aidé Sonia-san à sortir d’une situation potentiellement dangereuse ! »

Le manieur de bâton chauve inclina la tête également devant moi. Avec un nom comme Rengetsu, je me demandais s’il venait de Yulong ou d’Eashen. Je n’arrivais pas non plus à discerner son origine ethnique par la couleur de ses cheveux. Après tout, il n’en avait pas. Cependant, quand j’avais regardé de près ses sourcils, j’avais remarqué qu’ils étaient noirs.

« Rengetsu, d’où venez-vous ? »

« … Hm ? Je suis d’Eashen. Pourquoi ? »

Dieu merci… Ça aurait été chiant si ce type venait de Yulong… Les gens d’Eashen aimaient beaucoup voyager, même Yae errait quand je l’avais rencontrée pour la première fois. Ils agissaient probablement ainsi afin d’entraîner leur corps pour apprendre à connaître le monde.

D’un autre côté, les gens de Yulong ne voyageaient pas du tout. Disons plutôt que quitter le pays était difficile au départ en raison des anciennes politiques gouvernementales. Il y avait beaucoup de paperasserie et de réglementations complexes. Les gens en étaient arrivés au point où ils n’avaient pas pris la peine d’essayer de partir. Leurs nouvelles internationales avaient également été supprimées.

Mais l’ancien régime avait été complètement détruit, de sorte que les réfugiés quittaient Yulong à un rythme alarmant. Il n’y en avait pas beaucoup, puisque la plupart de la population avait été anéantie par la Phase, mais j’avais de la peine pour les nations qui devaient les accueillir.

« Je m’appelle Mochizuki Touya. Je suis en ce moment avec la… Tribu… Rauli Pardon, est-ce que ça va ? »

Sonia me regardait d’une manière bizarre, ce qui avait mis un frein à mon introduction. Je me demandais si elle invoquait son Oeil mystique.

« Uhm… Qu’est-ce qu’il y a ? »

« … Je ne suis pas sûre de vouloir connaître la réponse, mais… pourquoi vous faites-vous passer pour une femme ? »

Quoi ? Est-ce que mon [Mirage] est en panne ou quoi ? Ou peut-elle juste voir à travers ? Je l’avais tranquillement demandé à Sonia. Celle-ci avait acquiescé.

« Ah, ne vous inquiétez pas… Je sais que certaines personnes ont ce genre de hobby, je ne suis pas une personne qui juge. »

« Attendez une seconde ! Vous vous méprenez sur toute la situation ! »

Elle pensait que j’étais une sorte de travesti ou un homme qui aimait être vu comme une femme. C’était juste une illusion, je ne me travestissais même pas ! Je les avais emmenés tous les deux dans un endroit isolé pour m’expliquer.

La tribu Rauli ne serait pas déshonorée parce que je n’étais pas l’un de ses champions. Même si j’étais exposé, ma seule pénalité serait que je perde la possibilité de regarder les matches. Si c’était le cas, je n’aurais qu’à lancer [Invisibilité] et à regarder de cette façon.

« Alors… votre Œil mystique est-il la raison pour laquelle mon illusion ne marchait pas ? »

« Oui. J’ai l’Oeil mystique de la Révélation. Je peux voir à travers la supercherie visuelle. Tous les effets visuels causés par la magie sont complètement annulés par mon œil droit. »

Incroyable. Elle peut aussi annuler les sorts d’aveuglement. Mais si elle est prise au dépourvu, elle ne pourra peut-être pas le déclencher à temps.

« Ce n’est pas une grosse affaire, mais je préférerais que vous gardiez le silence. »

« D’accord. On est quittes, alors. Je vous ai remboursé ma dette pour m’avoir sauvée. »

C’est bon de voir des gens raisonnables dans le coin. Ces deux-là sont en fait plutôt sympas, on peut facilement parler avec eux… Selon le duo, ils n’étaient que de simples aventuriers qui parcouraient le monde ensemble pour s’améliorer. Apparemment, ils venaient juste d’arriver dans la région, et comme deux champions de la tribu Ruluch étaient tombés malades, alors ils avaient pris leur place.

« Nous avons eu la chance de voir votre bataille plus tôt, Touya. Vous êtes certainement quelque chose, mais… La femme que vous avez combattue, qui est-elle ? »

« Aha. C’est l’une de mes grandes sœurs, Moroha… C’est la cadette, et je suis le plus jeune. Gagner contre elle est pratiquement impossible. Quand il s’agit d’épée, elle est sans égal. »

« Sans espoir, vous dites… »

Le regard sur leurs visages en disait beaucoup. Ils ne m’avaient pas cru. Mais ça n’avait pas changé la vérité.

Pour l’instant, nous avions décidé de nous encourager l’un l’autre. Après ça, je m’étais séparé d’eux.

« Alors, tu étais là ? »

« Hm ? Pam ? »

Après ma séparation, Pam s’était pointée. Sa silhouette s’était révélée dans l’ombre, faiblement éclairée par le clair de lune.

« La tribu Balm ne va pas gagner, tu peux dormir tranquille. »

« C’est vrai… mais j’aimerais quand même voir comment… planifier le prochain élagage. J’aimerais vraiment porter ton enfant, Touya. »

« Tu as dit que tu abandonnerais si on gagnait. »

« Je sais que je l’ai dit. Et une femme Rauli ne rompt pas ses promesses. »

Pam avait un peu boudé. De toute évidence, elle était déçue.

« Si nous gagnons, utiliseras-tu ta loi pour bannir la tribu Balm ? »

« Hm, ça pourrait être le cas… Mais vu que nous sommes arrivés jusqu’ici, alors j’ai pensé à d’autres lois. Il est cependant difficile de penser à ce qui pourrait profiter à la tribu Rauli… »

Pam réfléchit tranquillement.

Quelque chose de profitable à la tribu Rauli, hein… ? Je suppose que le plus logique serait une loi qui profite aux femmes. Après tout, la tribu Rauli était opposée à l’égalité des sexes… Néanmoins, il serait préférable qu’elle ne mélangent pas leur politique du genre dans les lois de toute une région.

Après tout, la disparité entre hommes et femmes n’était présente que dans les tribus Balm et Rauli.

Cependant, si je devais l’admettre, je dirais que les femmes avaient probablement une vie plus dure que les hommes dans la mer des arbres.

« Oh ! Et si on faisait en sorte que seules les femmes puissent participer à l’élagage ? »

« Ne sois pas idiote. Ça ferait flipper les gens. »

Je suppose que tu as raison. Les autres tribus détesteraient ça. Il y a des tribus avec des femmes puissantes, mais la plupart des guerriers sont des hommes.

« Et si on faisait deux cérémonies d’élagage séparées, en fonction du sexe ? »

« Hm… Ça… pourrait être intéressant… Si elle était divisée par sexe, ma tribu aurait un avantage incroyable. »

Pam recommença à réfléchir.

Je n’étais pas si sérieux que ça… Mais je suppose qu’il est un peu injuste d’avoir des hommes et des femmes qui s’affrontent dans le même combat. Après tout, les Jeux olympiques ont deux catégories distinctes. Le corps d’un homme et le corps d’une femme étant fondamentalement construits pour des choses différentes. C’est un fait biologique, ce n’est pas de la discrimination, mais une simple différenciation.

« Mais si cette règle est établie, les tribus participeront probablement aux deux tournois. Cela ne va-t-il pas désavantager la tribu Rauli ? La tribu des Balm aussi. »

« C’est parfait. En fait, je préférerais ça. Si nous mettons cela en pratique, les tribus en général commenceront à valoriser davantage les femmes. »

Eh bien, c’était logique. Je n’y avais pas pensé sous cet angle. Si les femmes étaient placées dans une catégorie forcée, elles deviendraient également plus actives dans la société.

Cependant, si les femmes de toutes les tribus commencèrent à trouver leur force et leur indépendance, elles pourraient chercher un endroit où cette force sera mieux respectée. Elles pourraient même se retrouver bientôt avec la tribu Rauli. Cela rendrait la tribu plus forte… C’était vraiment rusé.

Améliorer la place de la femme dans la société n’était certainement pas une mauvaise chose… Du moins, ça n’aurait pas dû l’être, mais l’homme viril en moi se sentait un peu bizarre. J’avais peut-être proposé quelque chose d’étrange.

L’Esprit de l’Arbre devrait alors accorder deux lois si l’élagage était divisé en deux… Ce serait probablement une bonne chose.

Ce n’était pas comme si l’Esprit avait accordé la loi, il devait simplement déterminer si c’était approprié ou non. C’était aux tribus elles-mêmes qu’il appartenait de faire respecter la loi.

« Je consulterai les autres femmes de la tribu. Cela pourrait changer l’élagage de manière positive. »

Pam s’était enfuie d’un pas énergique. Comme je me demandais si j’avais fait ce qu’il fallait, l’Esprit des Arbres était soudainement apparu à côté de moi. Elle brillait comme d’habitude.

« Ce n’était pas une mauvaise suggestion. En conséquence, les femmes pourraient être mieux traitées dans la mer des arbres. La tribu Rauli est un exemple extrême, mais les autres tribus ont aussi des femmes avec du potentiel… »

Hm… Je vois, je vois… Alors ce n’est peut-être pas si clair… La tribu Rauli pourrait même se faire quelques rivales avec cette loi.

J’avais décidé de retourner vers les autres. L’Esprit de l’Arbre disparu aussi, juste comme ça.

Elle n’avait pas posé de questions sur Moroha, ce qui m’avait fait me demander si le Dieu de l’épée avait entièrement caché sa divinité. Mais il y avait toujours des fuites… Je n’avais aucune idée de la façon de fermer le robinet, alors j’avais eu le sentiment que cela me causerait de nouveau des ennuis avant longtemps.

Sur le chemin du retour, je m’étais soudainement retourné. J’avais vu des individus ombragés se diriger plus profondément dans la forêt. Ce sont… des membres de la tribu Rivet ? Ouais, ces masques sont trop uniques pour appartenir à d’autres.

À ce moment, je pensais qu’ils allaient aux toilettes. Je n’avais plus du tout pensé à cela. Malheureusement, cela s’était avéré être une terrible erreur.

***

Partie 9

Le troisième jour de l’élagage avait commencé.

Le jour était venu de mettre fin à ce conflit. Les huit autres équipes se battraient, et la tribu des Seigneurs des Arbres sera déterminée au coucher du soleil.

Pam avait parlé de ma proposition aux autres femmes de sa tribu, et elle avait été accueillie avec enthousiasme. J’avais eu un peu peur d’avoir fait quelque chose d’inutile, mais j’avais décidé d’oublier tout ça. Tout ce qui devra arriver arrivera.

Les quatre premiers matches se dérouleraient en même temps. De cette façon, les quatre dernières tribus seraient déterminées rapidement. Par la suite, deux matches se dérouleront l’un après l’autre pour déterminer les finalistes. Ensuite, la finale commencerait.

Les tribus se faisaient face, au sommet des souches d’arbres dans les Terres des Vœux.

Je ne savais pas vraiment pourquoi les arènes étaient en forme de souches… Apparemment, elles se volatilisèrent une fois l’élagage terminé. J’avais pensé que c’était dû au pouvoir de l’esprit, ou quelque chose comme ça. J’avais décidé que ça ne valait pas la peine d’y penser ou de m’en inquiéter.

« Notre premier combat sera… contre une tribu de gens étranges. »

Ils étaient vêtus de plumes d’oiseaux de la tête aux pieds, portaient des manteaux autour du cou qui me faisait penser à des ailes d’oiseau, et avaient des ornements de tête façonnés à partir du crâne de ce que je ne pouvais que supposer être des oiseaux géants. C’est… certainement un ensemble… Je me demande si c’est une équipe de ninja scientifique ou quelque chose comme ça…

Une fois le match commencé, l’oiseau s’était mis à bondir vers l’avant à une vitesse incroyable. Whoa! Ce type est rapide ! Elze, qui le surveillait, n’avait pas bougé d’un poil.

L’homme n’arrêtait pas de courir autour d’Elze, effectuant à sa guise des feintes et des attaques réelles. Il n’arrêtait pas d’essayer de faire semblant de la faire sortir, de ne charger que pour reculer, de sauter ou de se rouler comme un fou. Malgré tout, Elze n’avait pas bougé.

Soudainement, il augmenta encore plus sa vitesse, profitant de l’élan pour se retrouver derrière le dos d’Elze. Il sortit ensuite une dague et visa droit dans la nuque d’Elze, mais elle l’évita magistralement. En un rien de temps, Elze lui porta un coup si violent que cela brisa le crâne de l’oiseau que portait l’homme. J’étais à peu près sûr que cela aurait brisé son crâne si la protection n’était pas en place. Aïe.

Le membre de la tribu des oiseaux était tombé et il ne pouvait pas se lever. Il n’allait pas mourir, mais il n’était pas certain qu’il s’en sortira indemne.

Après Elze, Yae et Hilde avaient toutes les deux remporté des victoires faciles. La tribu de Rauli était la première à se qualifier pour les demi-finales.

« Incroyable, sais-tu ? Elles les ont totalement submergés ! »

« S’ils affrontaient des adversaires lents et costauds, leur tactique aurait fonctionné. Il est judicieux de recourir à des interruptions rapides, mais elles ne faisaient pas le poids face à Elze et aux autres. Ils n’étaient pas de tailles contre elles. »

Comme Karen et Moroha l’avaient dit, il s’agissait de la pire équipe possible pour nos ennemis. Les filles étaient devenues encore plus fortes depuis le premier jour. C’était terrifiant…

Attendez, ne me dites pas qu’ils sont aussi devenus les Pupilles de Moroha !? Yae et Hilde la fréquentent depuis quelque temps, mais… oh, euh… C’est ce qui s’est certainement passé, hein ?

Eh bien, ce n’est pas comme si c’est une mauvaise chose. Je me sens juste un peu mal, car elles se sont toutes engluées dans mes circonstances étranges maintenant.

« Ah, Touya. Regarde là-bas. »

« Hm ? »

Linze désigna Rengetsu, le gars luttant avec son Bō. Il venait d’abattre son propre adversaire. La tribu de Ruluch avait également remporté une victoire facile.

Ainsi, les quatre dernières tribus avaient été déterminées. L’une d’entre elles était également la tribu Rivet, celle qui agissait avec du poison.

J’avais préparé des masques de filtration pour Yae et les autres comme ultime contre-mesure, juste au cas où nous devrions combattre contre eux.

Les quatre dernières étaient :

Les Femmes Fatales, la tribu de Rauli.

Les Ravageurs Toxiques, la tribu de Rivet.

Les Maîtres Martiaux, la tribu de Ruluch.

Et la tribu de Remna, qui était vraiment forte.

Avec cela, nous avions les quatre syllabes de base en japonais. Ra, Ri, Ru, Re ! Ro avait cependant disparu,… Je n’avais pas eu un ensemble complet.

« Devrions-nous nous inquiéter de la tribu de Rivet ? »

« Eh bien, il y a aussi la tribu de Ruluch, puisque c’est celle de Sonia. Cela peut être serré, cela dépend de vos adversaires. »

Ce serait assez facile s’ils tombaient contre la tribu de Remna. Tout ce qu’ils avaient pour eux était leur capacité physique. Cela aurait été dommage qu’ils se soient fait prendre par l’un d’eux. Les hommes de Remna avaient la force physique nécessaire pour briser la colonne vertébrale d’un ours avec un bras. Les filles devaient juste rester hors de leur portée, ce qui ne serait pas trop difficile en raison de la simplicité de leur style.

« Oh, le premier match commence. Oh mon… »

Sue fit un geste vers la scène. Les branches avaient commencé à bruisser et à craquer lorsque la lumière du soleil éclaira les deux équipes sélectionnées. Rauli et Ruluch.

« C’est le groupe de Sonia… Ce sera dur. »

En toute honnêteté, je ne pensais pas que Lu aurait eu une chance si elle affrontait l’un des deux. La même chose s’appliquait probablement à Pam. Je me demandais si Yae et Hilde seraient en mesure de faire face à Sonia. Elze perdrait probablement contre Rengetsu en raison de son style de combat. Si Pam et Elze étaient assommées par Rengetsu et Sonia, et que Lu perdait son combat… Nous serions éliminés.

Mais je pensais vraiment que nous avions plus de chance de gagner que de perdre.

Les deux équipes s’étaient déplacées vers leurs positions respectives sur l’arène. On pouvait le voir clairement d’ici, mais les participants ne savaient pas qui ils allaient combattre avant le début de la bataille.

« Oh mon Dieu… »

Lu avait été jumelé avec Rengetsu, et Elze avait été jumelé avec Sonia. C’était un peu inquiétant. Même si elles perdaient, Yae, Hilde et Pam pourraient gagner. Je m’inquiétais seulement pour Pam.

Ce serait une certaine victoire pour nous si Lu ou Elze gagnaient leurs batailles.

Elze avait les meilleures chances de gagner, mais il s’agissait essentiellement d’un duel de cogneurs. Je n’étais pas certain de ses chances contre Sonia. Si elle était capable d’utiliser [Renforcement], elle aurait l’avantage, mais un tel luxe n’était pas offert.

Le premier match avait commencé, Lu et Rengetsu marchèrent vers le milieu de la souche. Il y avait une grave différence de taille entre eux. Rengetsu mesurait plus de cent quatre-vingts centimètres, tandis que Lu ne mesurait même pas cent quarante-cinq centimètres. On aurait dit un adulte se préparant à combattre un enfant. Je me demandais si les gens trouveraient déshonorant que Rengetsu la batte.

L’arbitre avait annoncé le début du combat. Lu prit une position offensive avec ses deux lames, et Rengetsu prépara son bâton. Le bâton de l’homme était d’un argent étincelant, et chaque extrémité était ornée d’une pointe d’or. Au premier coup d’œil, je dirais que c’était une arme faite de Mithril et d’orichalque. Il s’en était sorti comme un pro. Sa force n’était clairement pas à négliger, mais si le bâton avait été fait de fer et d’or au lieu de métaux légers, j’aurais été encore plus terrifié.

Lu s’élança vers l’avant, et Rengetsu réagit en déplaçant son bâton. Elle avait frappé le côté de son bâton avec l’une des lames et essaya d’utiliser son élan vers l’avant pour lui sauter à la poitrine. Rengetsu répondit de la même façon en poussant son Bō dans le sol et en faisant du saut à la perche au-dessus d’elle. Son agilité était folle.

Hmph… Je suppose que ce type était vraiment un niveau au-dessus. Il l’a entièrement mise à nue.

« Lu… Est-ce que Lu gagnera ? »

« Allons, elle ne laissera pas ça se terminer si facilement. »

Lu tint ses épées, les retourna et fonça droit dans la mêlée. Elle envoya des suites de coups contre lui, essayant de l’épuiser avec un barrage écrasant. Elle était à la fois légère sur ses pieds et monstrueusement implacable. C’était presque effrayant… Cependant, j’avais remarqué quelque chose de bizarre dans ses mouvements.

« Wôw… Elle bouge comme une bagarreuse, hein ? Elze lui a-t-elle appris ça ? »

Moroha comprit immédiatement. Elle avait vu exactement ce qui se passait. Les mouvements de Lu étaient presque identiques à ceux d’Elze. Il semblait qu’elle apprenait bien.

« Guh ! »

Rengetsu endura l’agression en utilisant son bâton, lui refusant l’accès à ses points vitaux. Pourtant, Lu avait l’avantage, puisqu’elle l’épuisait. Au bout d’un moment, il se retrouva coincé, jetant son bâton sur le côté et prenant quelques pas en arrière.

Lu, cependant, le poursuivi sans relâche. C’était alors que Rengetsu changea son plan d’attaque. Il s’était soudainement précipité en avant, jetant le bâton aux pieds de Lu. Celle-ci trébucha, et il poussa sa main contre sa poitrine alors qu’elle perdait l’équilibre.

« Augh ! »

Lu tomba au sol et roula sur le côté avant de se relever. Ça fait vraiment mal.

Rengetsu, enfoiré ! Qu’est-ce que tu crois que tu fais à ma princesse, hein !? Espèce d’abruti d’âne chauve ! Je vais te tuer ! Mes pensées s’étaient brièvement mises en colère de façon incompréhensible.

Calme-toi, calme-toi. Ce n’est qu’un simple combat. Laisse tomber, laisse tomber. Tu te vengeras plus tard… Tu fera goûter tes [Glissades] à ce salaud.

Cette fois, c’était au tour de Rengetsu de lancer un barrage d’attaques contre Lu. Elle pouvait à peine éviter le bâton alors qu’il se frottait contre elle. Elle lâcha l’épée dans sa main gauche et attrapa le bâton sous son aisselle. Mais au moment où elle s’apprêtait à lancer son contre, Rengetsu lâcha son bâton.

« Quoi ? Uwah ! »

« Haaah !! »

Lu avait soudain perdu son équilibre. Rejetant son bâton, Rengetsu tendit la paume de sa main et cria à haute voix. En un instant, une force invisible sembla jaillir et assommer Lu à reculons.

Attendez, est-ce la même explosion de force qu’avait utilisée Sonia ? Je suppose qu’ils étaient alliés, donc ce n’était pas trop surprenant.

Lu avait réussi à garder son sang-froid et, après avoir volé dans les airs, s’était posé gracieusement sur ses pieds. Hors limites, cependant.

« Le gagnant est Rengetsu ! »

L’arbitre annonça le vainqueur d’un coup. Un tonnerre d’applaudissements et d’acclamations retentit de l’autre côté de la salle.

Lu avait été vaincu. On l’avait simplement repoussé sous un mauvais angle. Si elle n’était qu’un mètre plus près du centre, elle aurait été encore dans le coup.

« Alors… elle a perdu. »

« Hé, on ne pouvait pas s’attendre à ce que ce soit du gâteau. Même Lu savait qu’elle pouvait perdre. »

J’avais tapoté une Sue ronchonnante sur la tête, puis j’avais regardé Lu. Elle avait rassemblé ses armes et serré la main de Rengetsu. Elle semblait vraiment déçue. Il n’y avait aucun doute qu’elle aurait aimé pouvoir continuer. Mais de mon point de vue, elle avait fait un match incroyable.

« Eh bien, maintenant que c’est arrivé, nous devons vraiment gagner le prochain… »

Elze et Sonia étaient toutes les deux montées sur scène.

Toutes deux étaient des combattantes au corps à corps, et elles avaient toutes les deux montré leur état de préparation en frappant leurs gantelets ensemble.

Elles avaient pris position l’une en face de l’autre, regardant l’autre en face. L’arbitre leva la main et regarda entre les deux. Puis, il lâcha un rapide.

« Commencez ! »

Whoooooooosh. Elles avaient toutes les deux foncé l’une vers l’autre à toute vitesse. Leurs poings volaient vers le visage de leur ennemi, et les deux coups étaient liés. C’était un incroyable contrecoup, des deux côtés. Quoi !!! C’était beaucoup trop rapide ! Et pourquoi elles souriaient !?

« Tu es… plutôt bonne. »

« Toi aussi. »

Oh allez, qu’est-ce que vous êtes !? Des chefs de gangs se bagarrant sur une rive !? Elles s’étaient séparées et avaient immédiatement commencé à échanger des coups. Elze lâcha une droite, et Sonia l’absorba avec son gantelet. Sonia avait ensuite fait un crochet du gauche, mais Elze l’avait aussi paré.

Le son du métal était intense.

Clang. Thwack. Thump. Thud. Scrape! Le son du métal sur le métal imprégnait l’air autour de la scène. C’était terrifiant. La terreur était amplifiée par le fait qu’elles riaient toutes les deux. Elles se tapaient dessus constamment et gloussaient. C’était vraiment effrayant ! Je doutais que quelqu’un puisse comprendre à quel point j’étais paniqué !

D’accord, c’est tout ! Allez, maintenant ! Au revoir, d’accord ! C’est ça !

J’étais mal à l’aise, comme un homme possédé.

Le métal continuait à résonner, encore et encore. Implacable. Frappe, bloque. Frappe, bloque. Frappe, bloque…

On aurait dit qu’elles suivaient une règle tacite consistant à se frapper à tour de rôle. La vitesse augmenta lentement jusqu’à ce qu’il ne s’agisse plus que de deux rafales de coups de poing.

« Hiyaaaaaah !! »

« Gaaaaaaaaah !! »

Le son du métal grattant retentit alors que leurs poings se rapprochaient, les deux se dirigeant droit devant eux.

Pendant un moment, elles restèrent immobiles, souriantes et riantes tout le temps. Je ne savais pas à quelle hauteur elles montaient, mais c’était effrayant.

Puis, elles avaient toutes deux fait un bond en arrière en même temps avant de se précipiter et de lancer une série de coups de pied. Les jambières sur leurs jambes se cognèrent et sonnèrent lorsqu’elles se frappèrent l’une contre l’autre. Après cela, les sons métalliques des gantelets en conflit se répétèrent une fois de plus.

***

Partie 10

« Hiyaaah ! »

Elze exécuta un coup de pied pivotant. Sonia essaya de le bloquer, mais l’élan était trop fort, ce qui poussa la jeune fille à reculer davantage. Elze chargea en avant avec la ferme intention de la suivre, mais Sonia s’esquiva rapidement sur le côté et la frappa avec sa queue.

Elze prit tout le poids de la queue en forme de fouet et fut elle-même un peu renversée.

Sonia passa à l’offensive pour tenter un coup de pied tombant, mais Elze mit les deux bras croisés et bloqua le coup parfaitement. Sonia attaqua les gantelets d’Elze et profita de l’élan pour créer une certaine distance entre elles.

Cette bataille brûlante continua à monter en température, avec les passes offensive et défensive rendant la foule excitée.

« Moroha, que va-t-il se passer, le sais-tu ? »

« Difficile à dire. Ce n’est pas un combat à l’épée. Malheureusement, mes connaissances en matière de poings sont un peu plus limitées. Elze a une mobilité supérieure, hein ? Mais Sonia s’en sort bien avec sa puissance. L’écart entre les deux n’est cependant pas si énorme. Sonia a encore un atout dans sa manche, un qu’elle n’a pas encore joué. »

Tu veux dire ce truc de libération d’énergie… Elze ne lui a pas vraiment donné l’occasion de l’utiliser jusqu’à présent, puisqu’il n’y a pas eu du tout d’ouvertures.

Elze n’avait pas pu utiliser [Renforcement] également. Yae avait regardé plusieurs vidéos d’arts martiaux sur mon smartphone, et Elze aussi. Elles avaient beaucoup appris en faisant des recherches sur les différentes manières que les gens avaient de combattre.

Les deux commencèrent lentement à ralentir un peu leurs mouvements, probablement parce qu’elles manquaient d’énergie. Quoi qu’il en soit, leurs poings n’arrêtaient pas d’aller et venir, encore et encore.

Elze fit un puissant balayage vers Sonia, mais elle avait réussi à éviter d’être déséquilibrée en stabilisant la position de sa queue. Sa queue, c’était vraiment quelque chose. Je me demandais si ça la maintenait plus stable et équilibrée que les humains normaux.

Sonia utilisa ensuite sa queue pour attaquer Elze. Elze s’était renforcée et prit le plus gros de l’attaque avec ses gantelets. Puis, elle saisit fermement la queue, la tira vers elle et lança Sonia par-dessus son épaule avec toute la force qu’elle pouvait rassembler.

« Haaaaaaaah !! »

« Guh ! »

Sonia avait été assommée. Elze s’était précipitée pour porter le coup de grâce. Hélas, Sonia roula sur le côté et esquiva habilement l’attaque. Elle se leva, se renforça et tendit la paume de sa main. Merde, ce n’est pas bon !

« Haaaa !! »

Avec un fort boum, Elze avait été assommée en vol. Elle traversa l’intégralité de la scène, mais elle réussit à ne pas tomber hors des limites.

Merde ! C’était dangereusement proche de la situation qu’avait vécu Lu.

Je savais que cette position n’augurait rien de bon. C’était une sorte d’attaque à distance invisible. Elze n’avait même pas été touchée directement, mais elle avait quand même été frappée de plein fouet.

Elze était à genoux et semblait beaucoup souffrir. Sonia, refusant de lâcher prise, commença à charger vers elle une fois de plus. Elze se leva et la bloqua, mais la douleur de l’attaque précédente faisait encore des ravages. Elze avait été mise en position défensive et la ligne de démarcation de la scène était juste derrière elle.

« Haaaaaaaaa ! »

Sonia lança son poing droit vers l’avant, mais Elze l’avait attrapé en utilisant son poing gauche. Sonia avait ensuite lancé une attaque de la main gauche, mais Elze l’avait attrapée en utilisant sa main droite ! Sonia avait levé la jambe pour essayer de donner un coup de pied à Elze, et c’était à ce moment qu’Elze utilisa sa prise sur les mains de la fille pour commencer à la lancer en arrière.

Elze leva sa propre jambe, plaçant le plat de son pied sur les abdominaux de Sonia, puis elle commença à projeter la fille vers le haut avec toute sa force.

Ça avait l’air assez peu conventionnel, mais c’était une sorte de lancer en l’air. La tête d’Elze était penchée sur le bord de la scène alors qu’elle était sur le dos et avait hissé Sonia dans les airs, bien que les règles stipulaient que tout votre corps devait être sorti pour que cela compte comme une défaite.

« Ghhhh… ! »

On aurait dit qu’Elze était sur le point de réussir à jeter Sonia hors des limites, mais… Sonia s’était tordu le corps et fouetta la queue, s’échappant de l’emprise d’Elze. Son corps était penché vers l’arrière, vers le centre de la scène.

Sonia était à peine en équilibre sur le bord de l’arène, mais elle n’était pas hors limites. Soudain, Elze s’approcha d’elle par devant.

« Hiyaaah ! »

Elze cria et amena une droite dirigée directement vers son ennemi. Et, par réflexe, Sonia leva les bras pour se défendre contre le coup. Éviter ou esquiver n’était pas possible étant donné sa situation précaire.

Malheureusement pour Sonia, le coup de poing était suffisamment puissant pour ruiner son équilibre, l’envoyant se précipiter dans les airs et complètement hors des limites. Jeu, set, match.

« La gagnante est Elze Silhoueska ! »

L’arbitre déclara le vainqueur et le public s’était déchaîné. Les deux avaient été chaudement applaudis.

« Elle a gagné ! Elze a gagné ! »

Sue se réjouit joyeusement. Mais honnêtement, ça ressemblait plus à un match nul. Elze était vraiment blessée. Ni l’une ni l’autre n’avait réussi à éliminer son adversaire. Mais quand même, je croyais que si c’était un vrai combat, un combat sans règles, Elze serait sortie vainqueur.

Elze serra la main de Sonia alors que nous les applaudissions toutes.

Nous avions une défaite et une victoire. Tant que deux autres de nos combattants gagneraient, nous serions en finale.

Je pensais que Pam était un poids mort, mais c’était mal de ma part de penser ça. Elle s’était comportée comme une championne dans le troisième match et gagna en moins de trois minutes. Elle poussa son ennemi hors des limites avec une fureur implacable. La fille était comme un tourbillon.

Yae avait ensuite pris la relève et s’était emparée de la victoire avec la plus grande aisance. Avec cela, la tribu Rauli assura facilement son succès sur la tribu Ruluch. On avait atteint la finale.

« D’une façon ou d’une autre, on a réussi. »

Je n’avais ressenti qu’un soulagement. La tribu Ruluch était la tribu qui me préoccupait le plus, donc le match final allait probablement être un jeu d’enfant.

Je jetais [Rafraîchissement] et un peu de magie de rétablissement sur les participantes. Juste pour être sûr, j’avais cependant donné la priorité à Elze et Lu. Elles en avaient le plus besoin.

Après ça, j’avais lancé [Glissade] et fait tomber Rengetsu à plusieurs reprises. Il était assis avec les autres membres de la tribu qu’il représentait, quand il glissa soudainement et se cogna la tête contre le sol. Il se leva, complètement confus, et n’avait aucune idée de ce qui se passait. Il était sur le sol, donc il n’avait pas été blessé ou quoi que ce soit, il était juste choqué.

« Qu’est-ce que tu fais… ? »

« Eh bien… il a blessé Lu, alors je me suis vengé. »

« Cette fille-dragon m’a aussi fait mal ! »

« Je sais… mais je ne pouvais pas vraiment m’énerver contre ton combat. C’était comme regarder un drame à sang chaud. »

Elze grogna légèrement et fit la moue. Ce n’était pas à moi de m’immiscer dans une bataille entre deux filles. Mais si son adversaire était un homme, je l’aurais sûrement tourmenté…

« Quoi qu’il en soit, nous sommes en finale. Encore un combat et on sera les gagnants. Ah, prenez ça. »

J’avais remis à Elze et aux autres une petite fiole de pilules qui ressemblait à la chose ronde dans le soda Ramude. C’était un antidote que j’avais demandé à Flora de produire. Il éliminait complètement le poison du corps humain.

« Il y aura du poison dispersé sur la scène, alors portez vos masques en attendant votre tour. Puis quand il sera temps pour vous de vous battre, enlevez votre masque et mangez-en un dès le début de votre combat. De cette façon, leurs griffes ne vous feront rien, puisque le poison sera annulé. Vous n’aurez pas non plus à vous soucier du poison passif. Une pilule devrait durer environ dix minutes, alors essayez de gagner avant. Prenez-en trois. »

Après cela, les filles retournèrent aux Terres des Vœux. Si le poison était une méthode viable, un antidote en était une autre. Ce n’était pas de la magie, donc ça n’allait pas à l’encontre des règles.

Nous étions retournés à nos places dans les tribunes, mais nous avions rapidement constaté qu’il y avait de l’agitation.

Une fois que nous avions pris place, nous avions découvert que la tribu Rivet avait déjà gagné leurs combats et qu’elle avait été déclarée finaliste. Peu importe la façon dont tu le regardais, c’était un peu rapide.

« La tribu Remna est passée à l’attaque quand le round commença, mais elle s’est effondrée immédiatement. Il semblerait que la tribu Rivet ait une sarbacane. Leur fléchette était aussi extrêmement étroite, donc personne ne pouvait la voir… Même s’ils utilisaient des masques pour se défendre contre le poison dispersé, ils ne pouvaient rien faire contre le poison entrant directement dans leur corps ! De plus, le poison agissait incroyablement rapidement. Ce n’était pas immédiatement mortel, mais si la personne atteinte ne recevait pas de soins médicaux rapidement… Eh bien, ça pourrait être moche. »

J’avais regardé en bas sur le terrain pendant que Moroha me parlait, et j’avais vu Elze remettre des pilules d’antidote aux membres de la tribu tombés au combat. Ouais, bon travail… Je leur en avais donné quelques-unes à toutes. Partager, c’est aimer.

« Quand même, tu as dit une sarbacane ? C’est assez peu pratique à moins que le poison qui l’accompagne ne fonctionne. »

S’ils avaient utilisé des armes comme des shurikens ou des couteaux, ce serait une autre histoire… Pourtant, ce poison était quelque chose à ne pas négliger. C’était certainement une sorte de toxine efficace, mais ce n’était pas comme si elle pouvait tuer. Je me demandais quel était le poison.

S’il avait des effets paralysants, il pourrait s’agir d’une neurotoxine, comme la tétrodotoxine d’un poisson-globe. Cependant, cette toxine n’avait certainement pas pris effet immédiatement. La tétrodotoxine vous engourdissait pendant une longue période, puis vous tuait.

Je n’avais pas vu de poisson-globe dans ce monde. C’était donc difficile à dire. Une réponse plus probable était simplement que je ne connaissais pas les poisons de ce monde. Flora était vraiment incroyable, puisqu’elle avait pratiquement fait une panacée universelle contre le poison.

Cela étant dit, j’étais certain de pouvoir également supprimer les effets avec [Recouvrement]. Cependant, mieux valait prévenir que guérir.

La dernière arène de la Terre des Vœux allait se lever.

Celle-ci était un peu plus grande que celles utilisées pour les matchs jusqu’à présent. Les cinq champions de chaque tribu se tenaient de chaque côté.

Yae et les filles portaient des masques filtrants comme je leur avais dit de le faire, de même que l’arbitre. C’était assez drôle de voir tout le monde avec ces choses.

La finale avait commencé.

Yae était allée en premier. Son adversaire était l’homme maigre et recourbé que j’avais déjà vu auparavant. Celui avec les griffes. Il y avait une petite ouverture sur le devant de son masque, d’où sortait quelque chose de semblable à un tube. C’est probablement là que la carabine était sortie.

Il portait le masque pour ne pas être empoisonné, ce qui voulait dire que la soufflette n’était pas attachée à sa bouche. Je ne savais pas trop comment il avait pu faire passer l’air par la fléchette. Son masque devait avoir été conçu de manière intéressante.

Yae déchira son masque et avala la pilule. Cela la rendrait totalement immunisée contre leur duperie toxique. Son ennemi masqué la regarda d’une manière quelque peu confuse, mais il prépara tout de même ses griffes. En réponse, Yae sortit son katana.

« Combattez ! » Yae s’avança vers son adversaire dans une flamboyante démonstration de vitesse dès que le match débuta. L’homme paniqua et tenta de tirer avec la fléchette de sa sarbacane. Yae leva la main pour protéger ses yeux, tout en restant complètement focalisé sur la cible. La fléchette lui perça la main, mais elle l’ignora et attaqua plutôt son ennemi. Elle lui donna un seul coup au milieu du ventre.

« Ugahagh !!! »

L’homme toussa et cracha inintelligiblement alors qu’il sortait de son périmètre.

« La gagnante est Kokonoe Yae ! »

C’était fini en un éclair. Tout l’endroit se tut un instant, personne ne sachant quoi dire. Mais alors une acclamation rugissante avait englouti la foule comme une vague.

Elle devait savoir que la sarbacane arriverait. Elle en avait probablement entendu parler par l’un des chasseurs de Remna.

« Notre poison n’a pas marché… ? Pas possible ! »

L’ennemi d’Hilde, un homme plus jeune qui ressemblait à une grenouille, marmonnait de frustration. Il n’avait pas dû être capable de croire ce qu’il venait de voir pendant le combat de Yae, mais c’était trop tard pour lui aussi. Le gars avait l’air également de trembler un peu.

Comme Yae l’avait fait avant elle, Hilde chargea avec insouciance et sans se soucier de rien, ignorant la fléchette empoisonnée et envoyant le gars grenouille vers la défaite.

« Gurribitaaagh ! »

Le poison était sans effet, ce qui avait anéanti le moral de l’ennemi. Pam prépara sa hache alors que son ennemi, un grand homme tremblant, se tenait devant elle.

Il n’était pas de taille face à elle. Sa fléchette n’avait rien fait non plus, et Pam avait été totalement victorieuse. Sa hache étant tombée impitoyablement sur sa tête.

« … Gh !!! »

Le dernier des champions de Rivet perdit connaissance.

« La gagnante est Pam ! La tribu de Rauli prend ainsi le titre ! C’est la nouvelle Tribu du Seigneur de l’Arbre ! »

Il s’agissait d’une victoire consécutive en trois combats. C’était franchement un peu ennuyeux pour une finale. Malgré tout, tous les participants avaient chaleureusement applaudi comme si leur vie était en jeu. L’élagage était enfin terminé.

Pam avait mis son masque de guerrière et cria vers le ciel. En réponse, toute la tribu de Rauli fit entendre son meilleur cri de guerre unifié.

C’était comme ça. Tout est bien qui finit bien.

C’était ce que je pensais, mais j’avais ressenti quelque chose.

« Hein… ? »

Le sol grondait… On pouvait même dire qu’il tremblait. J’avais soudainement vu tous les arbres à l’extérieur des Terres des Vœux commencer à se dessécher. Leurs feuilles étaient toutes éparpillées au sol.

C’est quoi ce bordel !?

« Guhahahah... Nous allons le prendre maintenant… Le pouvoir de l’Esprit, je veux dire… ! »

Un des membres de la tribu de Rivets avait murmuré ça.

Le sol s’était mis à trembler violemment. Les ondes de choc commencèrent à déferler partout à mesure qu’un grand nombre d’arbres mouraient et que plus de feuilles tombaient sur le sol.

« Qu’est-ce que c’est que ça !? »

J’avais entendu quelqu’un crier, et je m’étais tourné pour regarder. J’avais vu… des arbres. D’énormes arbres, en mouvement. Ils marchaient dans notre direction. Il s’était avéré que le vrai combat final n’avait même pas encore commencé.

***

Partie 11

« Des golems de bois… Mais ils sont beaucoup trop gros ! Ils ont fini par devenir des Béhémoths ou quoi ? Mais pourquoi y en a-t-il autant… !? »

Plusieurs Golems de bois recouverts d’écorce piétinaient l’endroit, détruisant tout ce qui se trouvait sous leurs pieds. Ils faisaient chacun plus de vingt mètres de haut. Du point de vue de la forme, ils étaient identiques à un Golem de Mithril, mais pas du point de vue de la taille.

Un… Deux… Trois… Oui, il y en a au moins dix. Est-ce qu’ils ont détruit la vie de la flore locale ou quelque chose comme ça ? Le Golem le plus proche tenta d’entrer dans les Terres des Vœux, mais se trouva repoussé par une barrière verte.

Une petite sphère verte brillante de la taille d’une balle de baseball était apparue sous mes yeux.

« Seigneur Touya ! »

« Esprit de la forêt ? Est-ce toi ? »

« Oui. J’ai actuellement concentré la majeure partie de mon pouvoir afin d’ériger une barrière, alors pardonnez-moi mon apparence. Pourriez-vous utiliser votre pouvoir pour évacuer les tribus locales de la région ? Leur cible, c’est moi, alors s’il vous plaît, sortez les spectateurs innocents d’ici ! Ils veulent absorber l’Arbre des Vœux et infuser mon pouvoir spirituel dans un Golem de bois ! »

Si un Golem de bois consommait l’Arbre des Vœux, il serait probablement capable de contrôler le pouvoir d’un esprit de la forêt. Il était probable qu’ils s’étaient préparés à ce que cela se produise pendant un certain temps.

Les gens derrière tout ça, c’était évidemment la tribu de Rivet. S’ils avaient gagné l’Élagage, ils allaient empoisonner l’Arbre à Vœux et l’assimiler dans un de leurs Golems après qu’il ait été affaibli… Ou peut-être qu’ils avaient l’intention de transformer l’Arbre à Vœux lui-même en un Golem. Il n’y avait aucune raison de réfléchir, de toute façon.

Mais ensuite, la tribu de Rauli arracha la victoire, alors ils avaient dû recourir à un autre plan. Et c’est ce qui avait abouti à la situation actuelle… Ils ne savaient pas quand abandonner. Ou plutôt, ils étaient trop stupides pour savoir.

… Moroha décida soudainement de me balancer toutes ces informations sur moi. Je n’arrivais pas à y croire. J’avais vu la tribu de Rivet la veille au soir, ils devaient donc s’y préparer. J’aurais dû les vaincre tous à ce moment-là.

J’utilisais [Vol] pour descendre en piqué et paralyser deux membres de la tribu de Rivet. Le pouvoir de l’esprit était concentré sur le maintien de la barrière, donc ma magie fonctionnait très bien.

« Dites-moi, qu’est-ce que c’est ? »

« Des golems de bois. Notre tribu les a élevés à partir de jeunes arbres… Nous les avons fait se nourrir de la vie des arbres voisins pour qu’ils deviennent des Béhémoths, grâce aux ajustements que nous leur avons faits… »

« Ajustements ? »

« Nous avons mélangé divers poisons et remèdes, et les avons trempés dans leur écorce… Il a fallu beaucoup de temps pour les transformer. Ils devraient être capables de drainer l’arbre des vœux, ainsi que… utiliser le pouvoir de l’esprit, et avec ce pouvoir, la tribu de Rivet régnera en maître sur la mer des arbres… Kuhuhuhu... »

Eh bien, c’était exactement comme Moroha l’avait dit.

Ne crois pas que tu as encore gagné, connard ! Il est temps pour nous de te faire du mal !

« [Porte]. »

J’avais ouvert un portail dans le ciel, permettant à un Frame Gear de tomber.

Le chevalier baron était tombé d’environ un mètre en l’air, mais il avait tout de même réussi à faire une lourde chute alors qu’il atterrissait dans les Terres des Vœux. Il tenait une épée dans une main, et l’équipement Fragarach y était également fixé.

« Qu’est-ce que c’est que ça !? »

« Tais-toi. Il est temps de tester ma nouvelle arme. Je briserai tes stupides Golems, et l’orgueil de ta tribu en même temps ! »

Le membre de la tribu Rivet avait l’air absolument stupéfait quand je m’étais approché de mon Frame Gear. Mais soudain, Yumina et Linze m’avaient crié dessus.

« Touya, laisse l’une de nous deux faire. »

« Hein ? Tu veux contrôler le chevalier baron ? »

« Oui… Aucune de nous n’a été capable de faire quoi que ce soit. Ni pendant l’incident de Yulong ni pendant l’élagage… »

Oh, mais bien sûr, c’est vrai. Nous n’avions pas besoin de magie lors de l’incident de Yulong, et elle était interdite durant les combats de l’élagage…

Eh bien, nous devrons nous battre à nouveau contre la Phase à un moment donné, et le Fragarach permettra à des gens comme Yumina et Linze de canaliser leur pouvoir magique dans un morceau d’arme physique… Je me demandais si elles y sont préparées.

« Bon, très bien. Mais faites attention, s’il vous plaît ! Vous pouvez compter sur mon soutien. »

J’avais ouvert une autre [Porte] et j’avais apporté un autre Frame Gear. Bien que celui-ci ait été peint en bleu… Il était équipé d’une masse. C’était en fait le Frame Gear spécialisé du Vice-Commandant Norn, mais avoir Linze ou Yumina à bord ne ferait pas forcément de différence.

Yumina était montée dans le noir, tandis que Linze avait pris le bleu. Elles les avaient mis en marche et avaient synchronisé leurs schémas magiques avec l’équipement.

« … Commencez l’accordage magique. Activez l’emplacement principal. »

« Compris ! Emplacement primaire enclenché ! On charge le Fragarach ! Le réglage est terminé. Pas de complications. »

« … Aucune complication ici non plus. »

J’avais sorti une radio de [Stockage] et j’avais communiqué avec les deux filles. Tout semblait aller pour le moment.

« Yumina, tu prends les ennemis à droite. Linze, tu peux gérer la gauche. Si vous sentez votre magie s’affaiblir, souvenez-vous que vos bagues de fiançailles ont un surplus de pouvoir magique stocké en elles. »

« Compris. »

« Bien reçu ! »

Le Chevalier Noir et le Chevalier Bleu s’étaient mis à courir dès le départ, se tournant vers leurs Golems respectifs avec leurs armes en main.

« Frappe réellement, Foudre ! Que des centaines de coups de tonnerre tombent : [Javelot foudroyant] ! »

« Perce, ô glace ! Pointe glacée : [Aiguille de glace] ! »

Le Chevalier Noir tira des éclairs de son épée, et la masse du Chevalier Bleu s’était imbibée d’épines de glace. Puis, ils lancèrent des attaques contre les Golems.

Yumina utilisait la magie du vent, ce qui était logique, mais Linze était clairement attentive. Son meilleur élément était le feu, mais elle ne voulait probablement pas que les arbres s’enflamment. La foudre était dangereuse et pouvait normalement causer des incendies, mais la foudre créée par magie n’avait pas eu de tels effets secondaires.

Deux Golems tombèrent sous leur assaut, et deux autres se précipitèrent hors des Terres des Vœux.

« N’en faites pas trop, mais j’aimerais que vous testiez les capacités du Fragarach. Méfiez-vous, c’est tout. »

Toutes les deux se dépêchèrent de rencontrer les autres Golems des bois qui arrivaient, mais Yumina fit son premier pas.

« Fragarach, activation ! »

Quatre lames de cristal commencèrent à flotter à l’arrière du chevalier noir. Puis, elles avancèrent, se déployant et orbitant autour du Frame Gear.

« Allez-y ! »

Comme pour répondre au cri de Yumina, les lames de cristal s’écrasèrent sur un Golem de Bois à une vitesse supersonique. Il s’était éclaté en quelques secondes. Le Fragarach avait été conçu pour être assez robuste pour briser une Phase, donc le bois n’était rien.

Les lames déchiquetèrent le noyau du Golem de Bois et retournèrent en orbite autour du Chevalier noir, flottant librement selon un motif circulaire. Ils fonctionnaient aussi comme un système défensif, puisqu’ils étaient basés sur les Orbes Satellites de Babylone.

« Est-il difficile de viser plus d’un ennemi en même temps ? »

« Effectivement ! Je ne pense pas que ce soit impossible, mais c’est difficile de se concentrer assez rapidement. Je pense qu’avec l’expérience, ça deviendra plus facile à gérer. »

C’était logique. Rosetta m’avait parlé du rythme et du tempo, et de l’importance de s’habituer au rythme de la bataille. C’était comparable au fait d’apprendre à jouer d’un instrument. C’était la même chose. Comme quand tu jouais du piano et faisais faire des choses différentes à tes mains gauche et droite.

Je pouvais en fait manipuler les quatre épées Fragarach avec aisance, mais je pouvais probablement remercier mes parents pour cela. Ils m’avaient fait jouer du piano quand j’étais enfant. Je n’aurais jamais pensé que cela ferait de moi un combattant plus efficace.

Cela m’avait rappelé que je n’avais jamais vu un seul piano dans ce monde. J’avais fait une note mentale pour en faire un plus tard, car cela pourrait m’aider à apprendre comment contrôler des systèmes d’armes comme celui-ci. Je voulais aussi jouer du piano, parce que cela faisait longtemps que je n’en avais pas joué.

« Fragarach, action… »

Les Fragarach de Linze furent lancés et commencèrent à déchirer son opposant. Cependant, contrairement à Yumina, deux de ses lames bougeaient en même temps.

Linze avait pu attaquer deux cibles en même temps. Pourtant, ses mouvements étaient beaucoup moins précis qu’ils ne l’auraient été si elle avait simplement attaqué avec les quatre à la fois sur la même cible. Cela s’améliorera sûrement avec de la pratique.

« C’est impossible… Comment… !? »

Un membre de la tribu de Rivet regarda avec horreur ses beaux Golems se transformer en morceaux d’écorce.

En fait, j’avais complètement oublié ces types. J’avais ciblé tous les membres de la tribu de Rivet sur mon application cartographique, et j’avais appuyé sur le bon vieux bouton [Paralysie]. C’était assez facile de les localiser, puisqu’ils avaient l’air si différents des autres.

La plupart des Golems étaient morts à ce moment-là. S’ils avaient été faits de Mithril ou d’orichalque, nous aurions gagné beaucoup d’argent aujourd’hui. Qu’ils aient été ou non raffinés de manière sélective, le bois n’était en fin de compte que du bois. Ils n’avaient aucune valeur en termes de matière première. Peut-être qu’ils étaient bons pour allumer un feu ou quelque chose comme ça.

« Voilà, c’est fait. »

Linze détruisit le dernier qui restait. Tous les Golems étaient tombés. Toutes les tribus présentes dans les Terres des Vœux acclamèrent et célébrèrent en voyant que la victoire était acquise. En tout cas, toutes les tribus sauf la tribu de Rivet.

Mais les arbres dans les environs avaient subi des dégâts considérables. C’étaient sûrement tous des arbres extrêmement anciens, à en juger par leur taille.

L’esprit sphérique s’était rapproché de moi une fois de plus. Elle avait probablement utilisé beaucoup de son énergie sur la barrière, donc il lui faudrait un peu de temps avant de pouvoir reprendre forme humaine.

« Merci, Seigneur Touya… Comment vous remercier ? »

« Pas besoin… En fait, je devrais m’excuser d’avoir saccagé les arbres par ici. J’aurais pu faire mieux. »

« Pas du tout… Je concentrerai mon énergie plus tard et je les rétablirai comme ils étaient. »

Oh ? Tu peux faire ça ? Eh bien, je suppose que je pouvais m’y attendre d’un esprit de la forêt…

L’esprit s’était soudainement précipité vers le porte-parole de la Tribu du Jugement, et semblait communiquer avec lui.

Au bout d’un moment, l’homme éleva la voix.

« Ces hommes rusés avaient comploté pour s’approprier l’Arbre des Vœux, mais leurs ambitions ont été piétinées depuis ! Les envoyés de Brunhild, une nation lointaine, nous ont protégés, nous et notre chère maison ! Nous, les tribus de la mer des arbres, leur offrons maintenant notre plus profonde gratitude ! Que la bénédiction de l’Esprit soit toujours avec eux ! »

« Que la bénédiction de l’esprit soit avec eux, toujours ! »

Alors que tout le monde applaudissait chaleureusement, j’avais renvoyé les deux Frame Gears à la maison. Yumina et Linze avaient été officiellement reconnues comme les sauveuses de Brunhild, et avaient donc agi comme nos représentants dans la mer des arbres. Cela me convenait parfaitement. C’était elles qui avaient tué les Golems des bois.

Les membres de la tribu de Jaja rassemblèrent tous les membres de la tribu de Rivet, puis les emmenèrent quelque part. Je leur avais aussi demandé de rassembler les autres membres de la tribu de Rivet sur toute la mer des arbres, car ma paralysie de masse aurait dû affecter tout le monde dans la forêt qui leur était liée.

Ainsi, la tribu de Rauli avait été formellement déclarée Tribu du Seigneur de l’arbre, et leur nouvelle loi de Séparation de l’élagage par sexe avait été acceptée.

La règle sema la confusion et le bavardage dans la plupart des autres tribus, mais elle avait été acceptée par l’esprit de la forêt et mise en application.

La règle n’était pas si mauvaise une fois que j’y avais vraiment réfléchi, et les autres tribus semblaient être également du même avis. Tout le monde en avait profité, car ce n’était qu’une occasion de plus de remporter la victoire. Bien que rien ne changerait pour la tribu de Balm, vu qu’ils n’avaient pas de femmes.

Pourtant, ils semblaient accepter la décision, disant qu’ils étaient heureux de ne plus jamais avoir à affronter la tribu agaçante de Rauli.

Ainsi s’était terminée notre incursion dans la mer des arbres, et notre expérience très turbulente de l’élagage.

***

Partie 12

« Guh… Il fait froid ! Depuis quand fait-il si froid ? »

Nous n’étions absents que depuis trois jours, mais Brunhild était plus froid que jamais. C’était dur de se lever le matin.

La mer des arbres était juste au sud, mais il ne faisait pas froid l’hiver. Je ne savais pas si j’avais froid parce que j’étais habitué au climat là-bas, ou s’il venait de faire plus froid.

Le climat de ce monde ne fonctionnait pas selon la logique conventionnelle. Les saisons n’existaient pas partout, et là où elles existaient, elles étaient souvent extrêmes. Les lieux avec des saisons marquées n’avaient rien à voir avec le placement géographique. Il y avait toutefois de petites différences entre les climats de l’est et de l’ouest. Cela m’avait rappelé le fait que je n’avais aucune idée si le monde était même sphérique… Il aurait pu être plat. Un éléphant ou un serpent géant tenait peut-être ce monde en l’air.

Apparemment, les esprits contrôlaient le climat, mais je ne connaissais pas vraiment les détails. Je n’avais aucune idée si c’était lié à la magie, et même d’où venait cette magie. Un pays avec quatre saisons fonctionnelles annuelles pourrait se trouver juste à côté d’un pays où l’hiver ne prenait jamais fin. Il n’y avait pas de logique dans tout cela.

Je ne savais pas si c’était dû à la chance ou à quoi, mais Brunhild avait quatre saisons distinctes. L’environnement était généralement assez semblable à celui où j’avais grandi.

« J’aurais vraiment besoin d’un chauffage en ce moment… »

Ce ne serait même pas si difficile d’en faire un avec [Programmation], mais ce n’était pas comme si le froid était insupportable. En plus, on avait une cheminée. Mon grand-père avait l’habitude de dire que « le dérangement lui-même est une forme d’énergie », mais je m’éloignais un peu. Une bouillotte serait parfaite. L’élagage était officiellement terminé, et Pam avait renoncé à faire un bébé avec moi. Elle avait l’air un peu triste.

Je voulais qu’elle fasse ses preuves en tant que membre de la tribu de Rauli, ou plutôt, en tant que membre de la tribu du seigneur des arbres.

Brunhild avait été officiellement reconnu comme sauveur de la mer des arbres, et ils s’engagèrent à nous soutenir si jamais quelque chose arrivait. Toutes les tribus acceptèrent de me prêter leur force, si jamais j’en avais besoin.

Je ne connaissais pas tous les détails de ce qui était arrivé à la tribu de Rivet après ça. Pam venait de me dire que « la mer des arbres les a jugés » et en était restée là. J’avais décidé de ne plus rien demander d’autre à ce sujet.

J’étais sorti vers le balcon frigorifique, uniquement pour voir quelqu’un s’entraîner sur le terrain d’entraînement. Mais je ne les voyais pas très bien, car l’air était pesant le matin.

J’utilisais [Détection lointaine] pour les regarder, et je vis Moroha se battre avec quelqu’un. C’était Lu.

« Bon sang, il est si tôt… »

C’était probablement à cause de sa défaite. Lu était en colère parce qu’elle avait été vaincue par Rengetsu. Elle avait montré un visage fier, mais je le savais. Mes fiancées détestaient perdre.

Tout le monde dans le château avait été assez surpris quand j’étais rentré avec Moroha. Mais c’était tout naturel, puisque je n’avais jamais dit que j’avais une autre grande sœur avant.

Kousaka m’avait demandé combien de frères et sœurs j’avais, et je lui avais donné une réponse ambiguë… Mais je pense qu’il m’avait mal compris, parce qu’il m’avait fait ce genre de signe de la tête, comme pour dire « Autant, hein… ? » Ainsi, l’idée que la lignée Mochizuki était une lignée de coureurs de jupons fut acceptée.

Ce n’est pas ça, bon sang ! Nous ne sommes pas une bande de frères et sœurs de mères différentes ! Ce ne sont même pas mes frères et sœurs !

Ce qui les avait encore plus surpris, c’était la prouesse martiale de Moroha. Nous avions montré ses talents en la laissant se battre avec l’ordre de chevalier. C’était une bataille entre elle et quatre-vingts chevaliers. Elle gagna facilement sans même avoir reçu une égratignure.

Elle avait également souligné les faiblesses individuelles de chaque soldat et leur donna des indications sur lesquelles se concentrer. Elle n’était rien de moins que méticuleuse.

« … Ouaip, tu es bien la sœur du grand-duc. »

J’avais demandé à Moroha de se battre avec l’ordre des chevaliers chaque fois qu’elle avait du temps libre. S’ils s’entraînaient avec elle, ils deviendraient probablement plus forts avec le temps. Dans l’ensemble, c’était certainement un avantage.

« Bonjour ! »

« Bonjour, Touya. »

Je m’étais changé et j’étais allé dans la salle à manger. Yumina, Linze, Elze, Yae, Hilde et Karen m’attendaient. Je me sentais un peu somnolent, alors Renne m’apporta une tasse de tisane.

J’avais remercié Renne en lui donnant une petite tape sur la tête, quand la porte s’était soudainement ouverte. C’était Moroha et Lu, de retour de leur entraînement.

Nous déjeunions à sept heures du matin, tous les matins. Bien que nous n’ayons pas tous eu besoin d’être présents pour commencer à manger. Pourtant, si c’était possible, nous avions pris plaisir à manger ensemble. C’était pour cette raison que nous ne commencions à manger qu’après sept heures du matin. Tout le monde était là aujourd’hui, même Karen, qui d’habitude aimait dormir tard.

Sue venait nous rejoindre de temps en temps pour le petit déjeuner, mais il semblerait qu’elle était occupée aujourd’hui.

Sa chambre dans la maison d’Ortlinde était reliée à mon hall d’entrée, de sorte qu’elle pouvait aller et venir comme elle le voulait. Naturellement, seule Sue était capable d’accéder à ce portail particulier, et il avait été réglé pour enregistrer chaque fois qu’elle passait par là.

J’étais fiancé à elle, elle avait été donc autorisée à venir au château de Brunhild comme bon lui semblait. Mais je lui avais dit d’essayer de manger avec ses parents à la maison autant qu’elle le pouvait.

Il était préférable pour les parents de manger avec leurs enfants. Je ne voulais pas que le duc Ortlinde se sente seul ou triste.

Après le petit déjeuner, nous nous étions tous mis au travail. Yae, Hilde et Moroha s’étaient toutes jointes aux chevaliers pour s’entraîner. Yumina et Lu étaient allés parler avec le vieux Naito de l’urbanisme. Elze était allée s’entraîner et Linze était allée enquêter sur les cultures sélectionnées. Karen, d’un autre côté, était restée dans sa chambre et avait fait des trucs bizarres relatifs à son titre de Dieu de l’amour. En gros, nous avions fait ce que nous voulions ou ce que nous devions faire.

Je n’avais jamais forcé mes fiancées à faire quoi que ce soit d’officiel, mais il semblerait qu’elles aimaient m’aider dans mes affaires.

Mon plan pour la journée consistait à rencontrer toute personne qui demandait une audience. Si personne ne le faisait, j’aurais du temps libre. J’avais écouté Kousaka bavarder sur des questions intérieures ici et là, les divisant en questions urgentes, non urgentes et sans importance.

Kousaka essayait constamment de résoudre les problèmes en utilisant les citoyens, même si je pouvais résoudre ces problèmes en quelques secondes, mais il avait raison de le faire. Si je m’occupais de tout, le pays compterait sur moi pour toujours. Si le pays ne pouvait pas se suffire à lui-même, on ne pourrait pas vraiment l’appeler un pays. Je n’allais pas être là éternellement.

Chaque fois que j’avais proposé mon aide, Kousaka me voyait plus comme un obstacle que comme une aide. Pourtant, c’était confortable de ne pas avoir de responsabilités.

« À quel point il fera plus froid, je me demande… »

« Hm… Je ne crois pas que nous aurons plus froid cette année, monsieur. Même si c’est le cas, le tapis chaud que vous avez créé est une bénédiction pour nous tous pendant la saison froide. »

Laim, mon majordome, prit la parole en m’apportant mon thé noir. Il y avait énormément de grandes pièces dans le château, donc garder tout l’endroit au chaud était pénible. C’est pourquoi j’avais enchanté plusieurs tapis avec le sort de feu [Réchauffement] et je les avais placés partout dans le château.

J’avais aussi donné à Laim un costume spécialement taillé sur mesure et enchanté par ce sort. C’était une combinaison géniale parce qu’elle régulait sa propre température. Laim était très raide, alors je ne pensais pas qu’il accepterait le cadeau si je le lui offrais. C’est pourquoi j’avais utilisé son prochain anniversaire comme excuse commode pour l’y contraindre.

Après tout, je ne voulais pas que notre majordome tombe malade.

J’avais beaucoup de temps libre, puisque personne ne voulait me voir. Je n’étais pas complètement libre. J’avais décidé de passer mon temps à finir le piano que j’avais commencé à faire après mon retour de la mer des arbres.

Construire le piano n’avait pas été trop difficile. En gros, de l’extérieur cela apparentait à un gros truc vide. J’avais utilisé [Programmation] pour truquer les aspects que je ne comprenais pas bien. Le seul problème était de l’accorder. J’avais dû déterminer manuellement la tonalité à l’aide d’une application piano sur mon smartphone.

Malgré tout, j’étais assez excité et j’avais fini par fabriquer un piano à queue de 88 touches. Il aurait peut-être été préférable que je fabrique un piano droit de studio de soixante-cinq touches, mais il était trop tard.

Je n’étais pas sûr à cent pour cent, mais je venais tout juste de finir de l’accorder. Je m’étais assis sur la chaise et j’avais glissé mon doigt le long des touches. Do, re, mi, fa, sol, la, si, do. Je les avais joués dans l’ordre, puis à l’envers. Do, si, la, sol, fa, mi, re, do.

Ça faisait combien de temps que je n’avais pas joué... Quand j’étais petit, je n’arrivais pas à me servir de mon pouce. Je ne me souvenais pas comment j’avais pratiqué… mais je me souvenais avoir lutté pour pouvoir jouer avec mon majeur… Mes doigts étaient plutôt courts à l’époque, hein.

J’avais commencé à jouer l’air nostalgique de do, re, mi, fa, sol, la, si, do, suivi de do, si, la, sol, fa, mi, re, do. Je l’avais répété plusieurs fois pour faire bonne mesure.

Après être entré dans le flux, j’avais commencé à jouer Der Flohwalzer. J’étais un peu excité et j’avais fini par faire quelques arrangements différents. J’avais fini par jouer une version plus jazzy.

Après avoir fini de jouer, j’entendis quelqu’un applaudir. Je m’étais retourné et je vis Sakura. Elle se tenait à côté de Kougyoku.

« Est-ce… un instrument ? »

« Oui. Ça s’appelle un piano. C’est un instrument à clavier… mais il pourrait aussi être classé comme un instrument à percussion ou à cordes. »

« J’aimerais en savoir plus. S’il te plaît, un autre air… »

Hm… Voyons voir. J’en prendrai un autre facile. Ça fait un moment que je n’ai pas joué à celui-là, mais voilà, c’est mieux que rien… Je ne vois pas de meilleure chanson pour cette saison.

J’avais commencé à jouer, un tempo lent me guidant. C’était un air traditionnel de Noël. Pourtant, je ne savais pas si le mois de décembre existait dans ce monde.

La chanson s’appelait Jingle Bells.

Quelque chose me dit que l’Américain qui avait écrit cette chanson il y a plus de cent cinquante ans n’aurait jamais imaginé qu’elle serait jouée dans un autre monde.

Sakura hocha doucement la tête de gauche à droite. Elle avait l’air d’aimer ça. Kougyoku ferma aussi les yeux, comme s’il appréciait la mélodie. Ils avaient tous les deux commencé à fredonner sur la mélodie de la chanson.

Quand j’avais fini, elle avait applaudi doucement. Je me sentais un peu timide.

« La chanson… Apprends-la-moi. J’aimerais la chanter, » me demanda Sakura, des yeux de chiot étincelants dressés sur mon visage.

C’était assez inhabituel de sa part d’agir comme ça. D’habitude, elle était si repliée sur elle-même.

J’avais quand même répondu à sa demande et j’avais joué la chanson une fois de plus, cette fois en chantant les paroles et la mélodie. Sakura fredonnait pendant que je chantais. Une fois que j’avais fini, je lui avais dit que je recommencerais, mais elle m’avait dit qu’elle avait déjà mémorisé toutes les paroles. C’était bizarre.

J’avais recommencé à jouer la mélodie, et cette fois, c’était Sakura qui chantait. Ouah… Qu’est-ce que c’est que ce bordel !? Elle est… incroyable. Sa voix était claire, inébranlable et belle. Je ne savais pas qu’elle avait ce genre de talent en elle. Quand elle avait terminé, elle avait souri largement et semblait très heureuse.

« Incroyable… Penses-tu que tu puisses devenir une chanteuse ? »

« Je n’en suis pas sûr, mais j’ai peut-être aimé chanter. Pourrais-tu m’en montrer plus ? »

Je me demandais si ça pouvait l’aider à retrouver ses souvenirs, alors j’avais commencé à jouer toutes les chansons auxquelles je pouvais penser. Pop, rock, folk, comptines pour enfants. Occidental ou japonais, ça n’avait pas trop d’importance.

Incroyablement, elle avait mémorisé les paroles des chansons bien qu’elle ne les avait entendues qu’une seule fois. Sa mémoire était stupéfiante. Ironique, vu qu’elle était amnésique.

Pourtant, sa voix pourrait être une arme redoutable pour gagner sa vie. Elle pourrait probablement devenir une idole ou quelque chose comme ça… Ou du moins, si elle n’était pas si naturellement repliée sur elle-même.

Le piano que j’avais en ce moment n’était pas fait pour accompagner les chanteurs, alors je m’étais dit que je devais en faire un meilleur. Pour être honnête, j’étais un peu préoccupé par le fait d’apprendre à Yumina et aux autres à jouer, car je n’étais même pas sûr que cela les aiderait à manipuler le Fragarach.

Il n’avait pas fallu longtemps pour que d’autres entendent les notes incroyables de Sakura résonner dans tout le château. Avant même que je m’en rende compte, nous avions réuni tout un public.

Un tonnerre d’applaudissements s’était abattu sur nous une fois qu’elle avait terminé. Sakura regarda le sol par embarras, mais elle sourit doucement quand Linze lui donna quelques mots d’encouragement.

Ensuite, nous avions continué avec le mini-concert. C’était une fille timide et réservée à bien des égards, mais le chant avait fait ressortir une autre facette d’elle que je n’avais jamais vue auparavant.

J’avais continué à jouer pour elle, tout en faisant la note mentale suivante : télécharger quelques chansons sur mon smartphone pour qu’elle puisse les écouter.

***

Interlude : Une multitude d’amour

Partie 1

« ... ilde ? »

« Hilde ? Hilde ! »

« Quoi !? »

Hildegarde, Première Princesse du royaume des Chevaliers de Lestia, hurla en réponse à la voix de son frère qui pénétra soudain dans sa conscience.

« F, F, Frère, pourquoi te mets-tu à crier comme ça, subitement ? »

« Ce n’était pas sorti de nulle part ! »

« Sais-tu combien de fois je t’ai appelé ? C’est comme si ton esprit était ailleurs et que tu n’arrivais pas à te concentrer, hein ? »

« Es-tu insatisfaite que j’aie pris le trône ? »

« C’est absurde ! Je pensais justement à quelque chose. »

Tandis qu’Hilde s’énervait devant les remarques de son frère Reinhard, la salle du conseil était enveloppée de ricanements.

Ils étaient dans la salle du conseil de l’ordre des chevaliers, le symbole de Lestia.

Actuellement, l’ordre des chevaliers était divisé en douze escadrons, Hilde servant de chef d’escadron pour le troisième. Soit dit en passant, le frère d’Hilde servait de chef d’escadron pour le premier.

Dans le pays de Lestia, le roi était le chef de l’ordre des chevaliers. Cette tradition était venue du premier roi qui avait proclamé :

« Ceux qui sont dignes d’être connus comme rois doivent se tenir à l’avant-garde afin de protéger leurs sujets et de les conduire à la gloire. »

L’homme qui était à la tête de l’ordre des chevaliers était le père d’Hilde et de son frère, le roi Reid Yunas Lestia.

Bien que le roi allait bientôt démissionner.

Le prince actuel héritera bientôt de son trône.

En d’autres termes, le nouveau chef de l’ordre des chevaliers sera Reinhard.

Le but du conseil d’aujourd’hui était de déterminer qui allait combler le vide laissé par lui en tant que nouveau commandant du premier escadron.

« Te retrouver captivée de manière à perdre de vue ton environnement est à la fois l’un de tes points forts et tes défauts. Cependant, il était inapproprié d’aborder un tel sujet dans ce contexte. S’il te plaît, change de sujet. »

« Eh bien… Inutile de me le demander. »

« Eh bien, je n’irai pas jusqu’à enquêter sur ce que tu pensais. »

Reinhard, nonchalamment, comme si de rien n’était, se tourna vers la liste des nouveaux candidats à la tête de l’ordre des chevaliers.

Hilde avait senti que Reinhard savait ce qu’elle ressentait vraiment et était devenue un peu gênée.

Elle s’éclaircit la gorge et, tout en retrouvant son sang froid, suivit l’exemple de son frère et tourna son regard vers la liste des candidats.

Pendant un court moment, elle avait écouté attentivement les recommandations des chefs d’escadron, mais ses yeux se posèrent sur l’épée à sa hanche.

Il n’y avait que trois épées de cristal dans ce pays. Son père en avait une autre et son grand-père avait la dernière. Sa capacité destructrice terrorisait le cœur des gens. Elle était vue comme une lame divine ou comme une lame démoniaque. Même la Sainte Épée Lestia, l’épée qui avait été transmise de génération en génération par la famille royale, faisait pâle figure en comparaison.

L’événement de cette époque lui était revenu à l’esprit. Le souvenir de ce garçon qui était vaillamment apparu lorsqu’elle avait été attaquée par les monstres immunisés à la fois contre l’épée et la magie. Le garçon qui l’avait sauvée du désespoir.

Lorsqu’elle se souvenait de l’événement, sa poitrine avait commencé à se réchauffer.

Il y a d’abord eu le sentiment de soulagement d’être sauvé. Mais après qu’il ait joyeusement repris sa route, elle avait développé le désir de devenir plus forte afin d’éliminer le sentiment d’incompétence qui s’était développé en elle en raison de sa faiblesse. En même temps, elle avait développé un intérêt pour ce garçon.

Elle avait eu la chance d’avoir pu écouter l’histoire du grand-duc de Brunhild d’un marchand qu’elle avait rencontré sur le chemin du retour au château.

Hilde n’avait pas seulement entendu parler que de sa force, mais aussi de ses dispositions. C’était ainsi que son intérêt s’était accru.

Tuer des Dragons, exterminer des Golems et mettre fin à un coup d’État, c’était une force avec laquelle il fallait compter, mais il y avait plus. Son activité philanthropique était très variée : il offrait des matériaux rares pour aider à la reconstruction de la ville de Mismede, ravagée par un dragon, et il avait créé des institutions pour que l’homme du peuple puisse apprendre à lire.

Hilde avait commencé à ressentir ce sentiment qui s’épanouissait en elle. Elle souhaitait ressembler à ce garçon.

« ... ilde. Hilde ? Hilde ! »

« Quoi !? » Une fois de plus, la voix de son frère l’arracha de sa rêverie. L’expression de Reinhard s’était transformée en une expression de frustration, ce qui était prévisible puisque cette même séquence s’était déjà produite deux fois.

« Je m’excuse. »

Hilde se recroquevilla et passa le reste de la réunion du conseil dans un état d’inconfort.

« Ah… J’ai vraiment merdé. »

Hilde soupira. Cela se passait sans arrêt récemment. Elle ne pouvait pas du tout se réjouir.

Hilde savait pourquoi, mais elle n’avait aucune idée de ce qu’il fallait faire.

« Ah !? »

Hilde avait entendu un cri tout près.

« Ohohohohohohoho... »

Un rire chaleureux résonna dans la même direction que le cri.

« Oh, grand-père. »

Si vous entendiez crier une femme dans ce château, il y avait 80 % de chances que ce soit l’œuvre de l’ancien roi. Hilde pensa que le cri venait probablement d’une nouvelle femme de ménage qui avait commencé l’autre jour.

Et comme elle s’y attendait, le roi précédent, son grand-père, s’approcha de Hilde de l’autre côté du couloir, la canne à la main. Il était en si bonne condition qu’il n’avait même pas besoin d’une canne, mais il insistait pour maintenir son image.

« Bonjour, Hilde. Tu as l’air un peu déprimée. »

« S’il te plaît, laisse-moi seule… »

La fille voulait crier après son grand-père, et exprimer sa souffrance. Exprimer que, contrairement à lui, elle avait de vraies peurs à affronter, mais qu’elle ne voulait pas non plus s’énerver.

N’ayant pas l’énergie de traîner autour de son grand-père déraisonnablement joyeux, Hilde l’avait dépassé en marchant.

« Hé, maintenant, ne fais pas de bêtises. Une lettre vient d’arriver de la guilde. »

« De la guilde… ? »

Son grand-père était l’un des deux seuls aventuriers de plus haut rang, il était de rang Or. Il avait des liens profonds avec la guilde et pouvait ainsi obtenir des informations ici et là.

« Ne sois pas effrayé. Yulong est tombé. »

« Quoi !? Yulong est tombé !? »

Hilde avait élevé la voix. Il lui avait dit de ne pas être effrayée, mais comment ne pourrait-elle pas l’être ?

L’empire céleste d’Yulong. La seule nation de tout l’Est qui pourrait rivaliser avec Lestia.

Hilde n’aimait pas trop l’empire d’Yulong.

Se basant sur le fait que les marchands d’Yulong avaient essayé de tromper les gens. Beaucoup d’entre eux semblaient croire que les autres étaient fautifs et idiots.

Et ils n’avaient aucun souci à laisser sortir de tels mensonges inconsidérés. Lorsqu’un habitant d’Yulong était pris en flagrant délit, il avouait rarement sa faute.

Disons, par exemple, que vous deviez attraper un voleur. Ils vous diraient que le magasin qu’ils ont volé le demandait. Ils s’étaient comportés comme si ceux qu’ils avaient blessés étaient les assaillants et qu’ils étaient eux-mêmes les victimes. Même à ce moment-là, ils montaient encore sur leurs grands chevaux, chicanaient de la manière la plus odieuse et avaient toujours l’audace de dire que les autres étaient en faute. Hilde était bouleversée par leur égoïsme en tant que peuple.

Et leur patrie était au courant de ces actes, mais elle n’avait rien fait pour les dénoncer. Ils avaient simplement fait semblant de ne pas voir. Il y avait tellement de fonctionnaires du gouvernement qui recevaient des pots-de-vin de la part des marchands. Ils ne pensaient donc pas que c’était immoral.

Leur logique était la suivante : puisque tout le monde le faisait, alors qu’y avait-il de mal à le faire ? Puisque d’autres s’en sortaient, ils pouvaient aussi bien le faire eux-mêmes. Ils pensaient qu’ils valaient mieux exploité plutôt que d’être exploité.

Ainsi, Lestia avait refusé de s’engager dans des relations commerciales avec leurs commerçants ou leur gouvernement. Même si l’offre leur paraissait généreuse, ils avaient juré de toujours décliner leur offre.

Le pays des ombres. C’était l’essence même d’Yulong.

Ainsi, Yulong était tombé. Cet état militariste était tombé. Elle qui s’appuyait sur son nombre écrasant de soldats pour écraser les petits pays voisins.

Ils feraient n’importe quoi pour obtenir la victoire. Assassiner, trahir et tendre une embuscade, tout était juste pour eux dans leur amour de la guerre. La population de Lestia tenait en haute estime le concept de « juste et équitable », ce qui lui donnait une autre raison de ne pas pouvoir accepter les habitants d’Yulong.

« Qui les a attaqués ? C’est impossible, es-tu en train de me dire que c’était Xenoahs ? »

« Non, c’est incorrect. Ils ont été abattus par des ennemis d’un autre monde. Tu devrais les connaître également. Le responsable de la chute d’Yulong est la Phase. »

« La Phase ! » Hilde n’oublierait jamais ces créatures de cristal. Les monstres qui l’avaient déshonorée pour son manque de puissance.

« La nouvelle rapporte qu’un essaim de milliers d’individus ont attaqué Yulong. Parmi leurs rangs, il y en avait un qui était à peu près aussi grand qu’un château et la lumière mystérieuse qu’il expulsait de sa bouche a totalement détruit la capitale, Shenghai. »

« Incroyable ! »

« En effet. J’en viens maintenant à l’essentiel. Quelqu’un a exterminé tout l’essaim qui a éliminé la ville. Le grand-duc de Brunhild. Il semble qu’il ait trouvé une relique d’une ancienne civilisation. C’est une sorte d’armée de géants qu’il a activée et utilisée pour exterminer l’essaim. »

« Es-tu sérieux !? »

Hilde avait haussé la voix plus fortement que tout à l’heure. Et c’était parce qu’il avait mentionné l’homme qui la préoccupait depuis longtemps. C’était un résultat inévitable.

Hilde avait tout entendu de son grand-père, du début à la fin. Le grand-duc de Brunhild avait coopéré avec d’autres nations avec lesquelles il avait des relations amicales et avait formé une alliance qui avait conduit à la défaite des Phases envahisseuses.

De plus, il ne s’attendait à aucune garantie de la part de Yulong et n’avait volé aucune terre.

Comme prévu de la part de Son Altesse le duc. Hilde avait été vraiment impressionnée par son incroyable capacité de mettre à genou un pays à un si jeune âge, mais les adultes semblaient avoir des opinions dissidentes.

« Personnellement, je pense que c’est effrayant pour un homme seul d’avoir un tel pouvoir. Si le duc en a envie, il pourrait effacer un pays ou deux de la surface de la planète. Même notre propre terre de Lestia. Hilde… qu’as-tu pensé de l’homme en question quand tu l’as rencontré ? »

L’ancien roi tourna son regard vers Hilde. Avec un soupçon d’hésitation dans sa voix, Hilde lui avait dit ce qu’elle ressentait vraiment dans son cœur.

« J’ai senti que c’était un homme poli avec une personnalité intègre. Il n’hésite pas à donner un coup de main à ceux qui en ont besoin… Au contraire, il le fait comme si c’était la chose la plus évidente à faire. C’est mon opinion sur lui. »

« Je vois… »

Elle ne l’avait rencontré qu’une seule fois. La conversation n’avait duré que quelques minutes. Comment avait-elle pu dire qu’elle savait quelque chose sur lui juste à cause de ça ? Elle réalisa que son discours était juste le reflet de ce qu’elle voulait réellement qu’il soit.

« Je n’ai pas la moindre idée du genre de relation que nous devrions nouer avec le duc. Certains disent que l’invasion de la Phase avait été entièrement orchestrée par lui pour qu’il puisse les chasser lui-même. Un one-man show. D’autres disent qu’il l’avait vu les convoquer. »

« C’est ridicule ! C’est évidemment un mensonge ! Tu sais que c’est le genre de tactique que Yulong utilise toujours ! »

« En effet. J’avais aussi soupçonné la même chose. Ils profiteraient de l’occasion pour faire appel à toutes les victimes du Duché afin d’exiger des réparations et les guerriers géants. Ce pays agit toujours de la même façon, par le chantage et l’extorsion », chuchota l’ancien roi tout en caressant sa barbe blanche.

Lestia avait connu le même sort dans le passé. Les habitants d’Yulong avaient prétendu qu’il y a cinq cents ans, la Sainte Épée Lestia leur avait été volée. Bien qu’il ne faisait aucun doute que Lestia n’y prêterait aucune attention, de telles rumeurs étaient frustrantes pour diverses raisons.

« Quoi qu’il en soit, nous devons décider d’une ligne de conduite. Et donc… Je vais me rendre à Brunhild afin de rencontrer le duc en personne pour déterminer ses véritables intentions. »

« Quuuuuuoi !? »

Hilde sursauta tandis que ses yeux s’ouvrirent. La raison de sa surprise n’était bien sûr pas le fait que l’ancien roi de Lestia, son grand-père, allait se diriger vers Brunhild, mais la pensée enfantine et égoïste qu’il n’était pas juste qu’elle soit exclue.

« J’y vais aussi. »

« Hein ? Eh bien, c’est… »

« Je vais y aller aussi ! Je vais en parler à mon père ! »

Hilde courut vers son père, le roi, sans écouter la réponse de son grand-père.

***

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2 commentaires

  1. Qui sera la 9e fiancée ? Il ne reste plus grand monde comme candidate potentielle 🙂

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