Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 6

Table des matières

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Chapitre 1 : Frame Gear

Partie 1

« Mmmh… ? »

J’avais ouvert mes yeux endormis, pour être salués par l’image floue du visage d’une fille. Le soleil du matin brillait dans la pièce et illuminait sa forme. La jeune fille dormait profondément, respirant à un rythme doux.

« … Yumina… ? »

Voir le visage de ma fiancée m’avait donné un sentiment de calme. J’avais fermé les yeux.

Elle tendit ses deux mains, se contorsionnant un peu en m’attirant à elle dans une douce étreinte. Je ne m’étais pas battu, mais je lui avais fait un câlin. J’avais souri. Mmmh… Je me sens comme à la maison… Tous mes problèmes vont disparaître… Je l’avais serrée un peu plus fort, et elle avait fait un adorable petit bruit. Ah, c’est si mignon… J’aimerais bien rester comme ça pour toujours… Attendez une seconde.

Mais que fait Yumina ici !? Je savais que j’étais allé me coucher seul hier soir ! Je voulais dire que j’allais dormir seul tous les soirs ! Tout le monde avait des chambres séparées, je ne faisais pas ce genre de choses avec elles ! Je n’étais pas un taré, je n’étais pas un obsédé ! Des sueurs froides avaient commencé à perler sur tout mon corps, m’éjectant de force du sommeil paisible dans lequel je venais d’être enveloppé.

« Aaaaaaaagh ! »

Je sautai du lit, tombant violemment par terre. Même si je m’étais blessé l’arrière de la tête assez durement, je n’avais pas vraiment ressenti la douleur due à mon état de panique.

« Hmm… Hein ? Ah… Touya. Bonjour… »

Yumina se frotta les yeux pendant qu’elle s’asseyait sur le lit. Ce pyjama soyeux lui va très bien, Yumina… Mais encore une fois, elle est toujours belle dans n’importe quelle tenue, CONCENTRES-TOI, TOUYA ! FOCUS !

 

 

« ... N’est-il pas normal qu’un couple marié partage le même lit ? Touya, tu as été tellement occupé avec des affaires liées au duché ces derniers temps, que tu ne m’as pas du tout prêtée beaucoup d’attention. C’était le moins que je pouvais faire pour avoir un peu de ta compagnie, non ? »

Elle avait parlé avec un sourire sur le visage, ponctuant sa phrase d’un petit rire.

N’avait-on pas eu un rendez-vous amoureux avec tout le monde récemment, n’est-ce pas !? Tu vas me donner une crise cardiaque si tu continues ces bouffonneries… En plus, on n’est même pas encore mariés !

N’a-t-elle pas douze ans, non… elle a déjà treize ans. Une fille de treize ans ne peut pas partager son lit avec un garçon de mon âge… Si c’était mon ancien monde, on m’aurait qualifié de paria social sans procès, que je l’aie touché ou non !

« Eh bien, à part ça, ne va-t-on pas à Belfast ? Nous l’avons arrangé. Bon, je me prépare, à tout à l’heure ! »

Yumina avait sauté du lit et s’était approchée de moi. Avant que je ne puisse comprendre ce qui s’était passé, elle s’était penchée et m’avait fait un petit bisou sur la joue.

Uwaah ! Profitant de mon étourdissement, Yumina sortit joyeusement de la pièce. Elle était rapide…

… Permettez-moi d’être clair sur une chose. Je n’avais pas levé la main sur elle !

Nous n’étions pas allés à Belfast depuis un bon moment. Le seul vrai changement, c’était que les chevaliers de garde du château s’étaient agenouillés pour nous saluer cette fois-ci. Je ne me sentais pas vraiment à l’aise, mais je n’avais pas parlé parce qu’il était probable qu’ils avaient décidé que c’était ainsi qu’ils devaient se comporter avec moi.

J’étais le grand-duc de Brunhild depuis des mois, mais je n’étais toujours pas habitué à la façon dont les gens me traitaient en ce moment.

Nous étions allés plus loin dans le château et nous avions finalement rencontré la reine Yuel. Elle était assise sur un canapé et semblait assez détendue. La bosse sur son ventre était énorme ! Elle devait en être à son huitième mois de grossesse.

« Ah, Yumina, Touya… bienvenue. »

« Comment vas-tu, maman ? Tu ne te sens pas malade du tout, n’est-ce pas ? »

Yumina s’approcha soigneusement de sa mère avant de toucher doucement son estomac. Un bébé allait sortir de là dans un ou deux mois… C’était assez bizarre d’y penser. Pourtant, c’était le miracle de la vie.

« Où est le roi ? »

J’avais regardé autour de moi, mais je ne pouvais pas voir sa peau ni ses cheveux. Je lui avais dit bien à l’avance que nous allions lui rendre visite, alors ça m’avait paru un peu étrange.

« Hmph… Si vous le cherchez, vous le trouverez sur le terrain de baseball. »

« Hein ? »

« Ils ont abattu une partie du mur du château dans le quartier ouest, puis ont nivelé le terrain et construit un terrain complet. », expliqua la reine Yuel, un sourire confus sur son visage.

Il a donc fait un terrain de baseball… Merde, j’aimerais pouvoir motiver les gens aussi bien. J’avais le sentiment que le projet n’était pas tant par souci du divertissement du peuple que parce que le roi voulait juste jouer avec les gens.

Je voulais véritablement vérifier cela, alors j’avais laissé Yumina derrière moi et j’étais passé par une [Porte]. Effectivement, il y avait un magnifique terrain de baseball qui occupait un terrain qui n’avait pas beaucoup d’intérêt avant.

« Wôw, c’est vraiment une affaire complexe… »

Sa Majesté et plusieurs de ses coéquipiers étaient tous blottis autour du monticule, bavardant. Qu’est-ce qu’ils racontaient ?

« Oho, Touya mon garçon ! Tu arrives au bon moment, viens par ici ! »

« Qu’est-ce qui se passe ici ? »

Le roi m’avait tout de suite remarqué et m’avait fait venir. Je me demandais ce qu’il voulait.

« Si la balle entre dans la zone du home run après un rebond, est-ce toujours un home run ? »

« Hein ? »

Sérieusement, qu’est-ce que tu me demandes… ? Pourquoi me demandes-tu cela si subitement ? Ce n’était pas comme si je savais… Je n’avais de toute façon vraiment joué au baseball qu’à l’école primaire. J’avais pris mon smartphone et j’avais cherché une réponse à sa question.

« Euh… Voyons voir… Les règles du baseball… un rebond… un home run… Ah, j’ai compris. C’est un double avancement de base. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Et bien, tes joueurs avancent de deux bases. »

« Oh ? Compris, continuons alors ! »

Quoi ? Tu viens de comprendre ça ? Même moi, j’avais à peine compris ! Quoi qu’il en soit, le jeu avait continué.

Je m’étais assis sur un banc avec Sa Majesté le roi et j’avais regardé son équipe jouer.

« Ils sont sacrément enthousiastes, hein… »

« Eh bien, nous avons un match amical avec l’Empire Refreese la semaine prochaine. Ils sont plutôt tendus et déterminés. »

Wôw, ils faisaient déjà ce genre de choses. Je ne m’attendais pas à ce que les matches internationaux commenceraient si tôt… J’espérais juste que ça resterait un divertissement public, et pas une manière de déterminer les résultats de la guerre ou quoi que ce soit d’autre.

« La reine Yuel a l’air en bonne santé, j’en suis heureux. »

« Oui. L’enfant grandit bien, et vite ! J’espère juste qu’elle va accoucher sans risque et en bonne santé. J’ai d’abord pensé que ce serait bien si l’enfant était une fille, étant donné que je te ferais entrer dans ma maison en tant que fiancé de Yumina, mais… Je pense que j’aimerais bien avoir un fils maintenant. Quelqu’un avec qui jouer à la balle, vois-tu ? »

C’était vraiment une bonne expérience de rapprochement pour un père que de jouer à la balle avec son fils. J’étais presque sûr que c’était le genre de choses que la plupart des pères souhaitaient avoir la chance de faire, comme par exemple boire de l’alcool avec leur fils et faire la fête.

En y repensant, je n’avais jamais eu l’occasion de boire avec lui… ? Quel horrible fils j’étais... J’étais désolé, papa.

« L’équipe est un peu inquiète, je l’admets… ils ne pensent pas que leur défense soit à la hauteur. L’autre équipe est beaucoup plus puissante que la nôtre. »

« Il faut un lanceur de finesse pour les déstabiliser. Lancer des balles incurvées serait votre meilleure chance. »

« Des balles incurvées ? » Les yeux du roi brillaient d’étincelles sournoises. Merde… Pourquoi avais-je ouvert ma bouche ?

C’était trop tard, le mal était fait. Il m’avait posé des questions sur les balles incurvées. Je l’avais arrêté, je lui expliquais qu’une balle pouvait être incurvée sans interférence magique.

Les gens de ce monde avaient déjà établi un accord tacite de ne jamais utiliser la magie dans un concours de prouesses physiques. Ils utilisaient des objets magiques pour détecter les sorts et les enchantements pendant les matchs de sport. Il s’agissait essentiellement d’une mesure anti-tricherie. Personne n’avait pensé que l’on pouvait lancer une balle incurvée sans utiliser réellement la magie.

Je leur avais parlé de la balle incurvée, la balle rapide, la balle fronde et les balles à vitesse variable. Sa Majesté le roi et les lanceurs m’avaient regardé avec beaucoup de scepticisme, alors j’avais fini par regarder un film pédagogique sur Internet. Après l’avoir vu en action, ils avaient cru que c’était possible.

Naturellement, ils m’avaient demandé de leur enseigner, mais je n’avais pas le niveau de compétence nécessaire pour une telle manœuvre. Je leur avais juste appris les bases, sur la façon de faire une petite rotation avec la balle, mais rien de trop complexe. Puis, je leur avais raconté un petit mensonge sur la façon dont ils le maîtriseraient s’ils le répétaient.

… Mais même si j’avais utilisé une méthode d’enseignement à moitié foireuse, ils avaient quand même trouvé le moyen de le faire ! Cela leur avait donné un avantage déloyal sur Refreese, alors je m’étais dit que je devrais aussi aller apprendre aux joueurs d’Imperium à le faire. Quel ennui !

Quand Yumina et moi étions rentrés de Belfast, nous avions été accueillis par Kougyoku. L’oiseau s’était précipité vers moi et s’était perché sur mon épaule.

« Mon seigneur, un de mes éclaireurs m’a apporté des nouvelles. »

« Oh ? Ont-ils trouvé quelque chose ? »

« Je ne sais pas si c’est le cas ou non. Ils ont trouvé une structure triangulaire à quatre côtés. Elle est faite dans un matériau étrange, noir comme la braise. »

Structure triangulaire à quatre côtés… ? Elle voulait dire une pyramide ? Le matériau noir dont elle avait parlé me disait quelque chose… Le cylindre du royaume d’Elfrau était fait du même matériau, n’est-ce pas ? Ce qui voulait dire que ça pourrait être une bonne nouvelle !

« Où se situe la ruine ? »

« Elle est sur une île isolée, située loin au sud-ouest de notre position. Elle est à l’ouest du royaume de Sandora. »

C’était assez éloigné, mais ce n’était pas une distance que nous ne pouvions pas parcourir. Je me demandais si nous devions y aller avec Babylone, ou si l’on devait utiliser le sort [Vol] à la place…

J’avais convoqué mon groupe habituel. Quand il s’agissait de Babylone, seules Leen et mes fiancées étaient au courant des détails. Je n’avais pas prévu de le dire à quelqu’un en dehors de mon duché. Je n’avais pas l’intention que les gens murmurent à mon sujet de façon suspecte avant que la Phrase ne vienne frapper à notre porte.

J’avais sorti l’application carte et j’avais confirmé la position. Leen regarda la carte, marmonnant quelque chose pendant qu’elle vérifiait l’emplacement de l’île.

« C’est une petite île… Elle est peut-être même plus petite que Brunhild. »

« Est-ce que quelqu’un y habite ? »

« Je n’en ai aucune idée. D’après ce que je sais, nous n’avons pas de relations diplomatiques avec qui que ce soit dans ce domaine. Et pour être franche je n’ai jamais entendu parler d’une telle île. »

Si c’était sur une île aussi éloignée, je n’aurais certainement pas pu la trouver simplement en l’explorant au hasard. Mes chers amis-oiseaux étaient instantanément montés encore plus haut dans mon estime.

« Ce sera donc ma quatrième Babylone ! Si j’ai de la chance, ce sera le hangar ou l’entrepôt. »

« Hmph, eh bien, je préférerais que ce soit la bibliothèque, puisque cela correspond beaucoup plus à mes intérêts. »

« En fait, je suis plutôt curieuse à propos de la tour, vraiment. »

« Je pense que ça finira par être le laboratoire de recherche… »

« Psh, si vous pensez tous ça, alors je parie que c’est le rempart. »

On s’était tous mis tout à coup à parier. Personnellement, j’avais pensé que nous devrions d’abord confirmer s’il s’agissait réellement d’une ruine de Babylone avant de devenir trop excité.

Sur ce, nous étions partis. J’espérais désespérément que ce serait le hangar ou l’entrepôt…

***

Partie 2

L’emplacement correspondait tout à fait à l’image d’une « île déserte ». C’était évident ce que je voyais depuis ma plate-forme d’observation de Babylone.

J’avais essayé d’utiliser ma magie de recherche pour trouver des gens, mais c’était inutile. Il n’y avait personne de vivant sur cette île. Nous nous étions posés sur une large plage de sable fin. J’avais une bonne vue du ciel. L’oiseau invoqué qui avait trouvé l’île m’avait remarqué, puis s’était posé. Whoa, quel grand oiseau ! Il était grand, avec des plumes brillante couleur émeraude, et il ressemblait à une grue.

« Les ruines sont dans la forêt, pas très loin d’ici. »

Kougyoku, perché sur mon épaule, s’était envolé. J’avais regardé devant moi et je n’avais rien vu d’autre qu’un groupe dense d’arbres. Je n’étais pas trop inquiet, car l’île n’était pas particulièrement grande.

« Touya-dono, il n’y a vraiment personne ici, n’est-ce pas ? »

« Eh bien, à en juger par ma recherche… Il n’y a certainement pas d’humains ici. »

Yae marchait devant, se frayant un chemin à travers les branches et les vignes qui bloquaient le passage. Un manque d’activité humaine aurait pu permettre à des monstres ou à des bêtes magiques de prospérer. Avec cette pensée en tête, nous avancions prudemment. Yae avait soudainement levé la main, ce qui nous avait tous fait rester sur place.

« … Il y a quelque chose d’étrange dans les environs. »

Yae préparait son épée pendant qu’elle parlait. Comme si l’on suivait son exemple, tout le monde préparait ses armes et regardait autour de lui avec des yeux entraînés et méfiants.

… Paula, tu n’as pas à te battre.

J’avais regardé l’ours en peluche animé, qui était inexplicablement en train de faire de l’ombre à l’air. Alors qu’elle retenait mon attention, j’avais senti une présence qui venait de devant nous dans les broussailles.

Une bête démoniaque monstrueuse, semblable à un rhinocéros, sortit lentement de l’ombre. J’avais dit que c’était comme un rhinocéros, mais il avait trois cornes. Dans ce cas, je supposais qu’il serait plus approprié d’appeler ça un tricératops. Il avait une seule corne au milieu du nez et deux cornes plus petites qui sortaient de son front. Il avait quatre grosses pattes et une peau dure qui ressemblait à celle d’un tatou. Ses yeux brillaient d’une couleur rouge sang. Sa poitrine se levait et descendait à un rythme instable. Il n’y avait pas deux façons de le gérer. Ce monstre était hostile.

Avec un grognement soudain, il avait baissé les cornes et il fonça vers nous à une vitesse incroyable.

Avant que je n’aie pu sortir mon Brunhild, Yumina avait réagi rapidement et avait tiré avec son Colt modèle 1860 sur la bête.

La balle qu’elle avait tirée explosa l’œil droit du rhinocéros. C’était un tir incroyable, vu qu’elle n’avait pas eu le temps de viser. La bête avait titubé et sa charge avait ralenti. Sentant sa chance, Linze avait jeté un sort.

« Enlacez-vous donc, glace ! Malédiction gelée : [Liens glacés] ! »

Les pattes du rhinocéros avaient été gelées au sol et son avance avait été complètement arrêtée. Lu sauta vers lui et lui fit quelques entailles au genou. La bête s’était mise à se tendre, essayant de briser la glace par la force brute.

Suivant le mouvement de Lu, Elze sauta et donna au monstre un crochet du droit vicieux, l’étourdissant. Yae, d’un autre côté, avait utilisé sa Touka pour mettre fin à tout cela, se frayant un chemin vers le cou du monstre en un mouvement rapide. Sa tête glissa hors de son corps, décapité.

« W-Whoa… »

Elles l’avaient tué en quelques secondes ! C’était quoi ce travail d’équipe !?

« Ce n’était pas du tout un défi, n’est-ce pas. »

« Je suppose… que c’était probablement un monstre de rang Vert… »

« Hmm, je m’interroge là-dessus. Je pense que les armes composées de fragments de Phrase nous ont vraiment donné un avantage ici. Si c’était juste une épée normale, cela aurait été bien plus difficile. C’était sûrement un monstre de rang bleu. »

« Tu as raison, il avait la peau dure. »

« Je suggérerais de le récolter, ou de garder le corps pour plus tard. »

Tout le monde découpait son cadavre avec ses armes. Je n’avais même pas eu l’occasion d’y toucher…

« On dirait un rhinocéros blindé, mais… Je n’ai jamais vu ce genre de bête magique avant. S’agirait-il d’une nouvelle espèce ? »

Tandis que Leen réfléchissait à de telles choses, j’avais attrapé le cadavre et je l’avais jeté dans le [Stockage]. J’avais décidé d’enquêter un peu plus en profondeur plus tard.

Après cela, nous avions continué. Nous avions affronté un serpent à deux têtes, un loup à six pattes et un singe à pattes longues. Les filles tuaient impitoyablement chaque bête sans que j’aie l’occasion de lever le petit doigt, et chaque bête que nous rencontrions faisait faire des commentaires à Leen concernant le caractère inhabituel de chaque spécimen particulier.

Elles semblaient similaires aux espèces connues, mais les petits détails faisaient qu’ils étaient différents. Je me demandais si c’était dû au fait que l’environnement de l’île avait influencé leur évolution, un peu comme les îles Galapagos dans mon monde.

L’île était complètement isolée du monde extérieur, il serait donc logique de supposer que les créatures qui y vivaient développèrent des besoins différents de ceux des habitants des régions plus peuplées.

Cela m’avait un peu inquiété, car cela aurait probablement signifié que les bêtes magiques que nous avions tuées jusque-là étaient des espèces en voie de disparition. Mais, apparemment, la conservation d’espèces comme celle-ci n’était pas considérée comme une priorité majeure dans ce monde. Je ne pouvais pas leur en vouloir. Des bêtes comme celles-ci menaçaient souvent des vies humaines, c’était donc un scénario « soit nous, soit eux ».

Les animaux communs comme les lézards, les oiseaux tropicaux et les rongeurs avaient généralement gardé leurs distances avec nous. J’avais supposé que c’était dû au fait que Kohaku et les autres bêtes célestes étaient avec nous. Leurs effets ne s’étendaient cependant pas aux bêtes magiques.

Tout en continuant, nous avions été attaqués plusieurs fois par d’autres bêtes. Elze et les autres s’en étaient occupés sans problème. Ne vous méprenez pas, j’étais heureux qu’elles puissent prendre soin d’elles et de moi, mais… Je me sentais un peu à l’écart.

« Oh. »

Finalement, nous étions arrivés dans une clairière située au centre de la jungle. Juste là, comme on s’y attendait, se trouvait une pyramide d’obsidienne.

Elle faisait environ huit mètres de haut, et chaque côté faisait environ dix mètres de long. Elle était couverte de vignes et de lierre, comme si elle n’avait pas été touchée depuis de nombreuses années. La structure réelle n’avait cependant pas du tout été endommagée.

« Ouais, je n’ai aucune idée d’où est l’entrée de ce truc… »

Je l’avais contournée, mais je n’arrivais pas à m’en rendre compte à cause de la densité des plantes qui recouvraient la structure. C’était ennuyeux, j’allais devoir m’en occuper…

« Sors, Feu ! Spirale tourbillonnante : [Tempête de flammes] ! »

Un tourbillon de flammes faisait le tour de la pyramide. J’en avais pris le contrôle, en faisant attention à ne pas brûler d’arbres dans les environs. Les vignes avaient été réduites en cendres assez rapidement. Il ne restait plus que la grande pyramide noire.

Je l’avais regardé de près et j’avais remarqué une fine rainure en forme de couture le long de sa surface. J’avais tendu la main pour y glisser un doigt.

« YYYOWCH !! »

C’ÉTAIT CHAUD, AH MERDE ! POURQUOI N’AVAIS-JE PAS ATTENDU !? Je regardais rapidement ma main. Heureusement, elle n’avait pas été brûlée. Je n’étais qu’un parfait idiot…

J’avais versé de l’eau froide sur la pyramide par le haut, et de la vapeur commença à monter rapidement de la structure.

Huh, attends un peu… elle est si chaude que ça ? J’ai de la chance de ne pas avoir été brûlé… Mais attends, pourquoi n’ai-je pas eu une seule marque sur ma peau ? Ma main n’est même pas un peu rouge…

J’avais pensé que c’était probablement lié au fait que techniquement, j’avais le corps d’un dieu enfant.

Welp, peu importe. Mais pour cette fois, je devrais lui être reconnaissant.

J’avais pensé que la différence rapide de température provoquerait peut-être des cassures ou des fissures à la surface, mais rien ne s’était passé. J’avais posé ma main sur la surface maintenant refroidie de la pyramide, et je tâtais le sillon dans sa longueur. Elle était à peu près à la hauteur des épaules. J’avais tâté le sillon dans sa longueur jusqu’à ce que j’atteigne une partie qui était plus large que les autres côtés. C’était juste assez large pour y mettre ma main.

C’était un peu comme cette Bouche de la Vérité à Rome, n’est-ce pas ? Suis-je censé mettre ma main dedans ?

… Ça n’allait pas me couper la main, n’est-ce pas ? J’avais prudemment tendu mon bras, je glissais ma main dans le trou, et une partie de la rainure avait commencé à briller d’un vert éclatant. Une partie de la pyramide s’était soudainement déplacée et s’était transformée en une forme semblable à une porte. Quoiqu’il n’y avait pas de poignée sur cette porte, cela ressemblait plus à une gravure de porte qu’à une porte elle-même.

« Encore ça, hein. »

J’avais tendu la main vers l’extérieur et j’avais touché la gravure de porte. Comme je m’y attendais, j’avais réussi à passer sans problème. Je m’étais retrouvé dans une pièce mal éclairée avec six piliers entourant un cercle magique. Ouais, c’était ça. C’était un cercle de téléportation vers Babylone.

« Je l’ai trouvé. Je vais me téléporter, d’accord ? »

« Compris. Fais attention, s’il te plaît. »

J’avais envoyé un message à Kohaku et aux autres dehors, puis j’avais commencé à activer les piliers.

Comme une horloge, j’avais activé le sort Néant en dernier, et une spirale de lumière éblouissante m’avait englouti.

Quand la lumière s’était éteinte, je m’étais retrouvé dans une scène familière.

Le ciel était bleu, parsemé de quelques nuages ici et là. L’herbe sur laquelle j’étais maintenant debout était verdoyante, et il y avait des arbres partout. La lumière du soleil brillait dans l’eau qui s’écoulait dans un chenal voisin. J’étais effectivement à bord d’une Babylone.

Je regardais autour de moi et j’avais soudainement remarqué un bâtiment noir à ma droite. Ça semblait s’étirer au lointain. J’avais aussi remarqué ce qui semblait être un bâtiment scolaire à proximité.

Les installations de Babylone étaient-elles aussi larges que l’île elle-même ? J’avais fait un pas en avant, dans l’intention d’enquêter, quand quelqu’un m’avait sauté dessus de derrière un arbre voisin.

« Hiyaaaaaaaaah !! »

L’agresseur m’avait balancé un bâton de métal lourd.

J’avais été pris au dépourvu, mais j’avais tout de même réussi à éviter l’agression de justesse. Pourtant, même à ce moment-là, j’avais pu voir clairement que le bout de cette arme avait laissé une empreinte considérable dans la terre. Je m’étais rapidement concentré sur ce qui m’avait attaqué et… je vis que c’était une gigantesque clé à pipe. Non, non. Je n’avais plus rien à faire ici. Nooooon.

« Écoute, voyageur. Tu as parfaitement réussi à esquiver mon agression. Sache bien que personne n’a jamais été capable de faire ça, jamais, wow ! »

Mon agresseur s’était téléporté d’un endroit à un autre alors qu’elle s’appuyait contre la clé à pipe. Ses cheveux étaient un long et désordonné faisceau de couleur rouge. Ses yeux étaient en forme d’amande, et son sourire effronté ne montrait pas le moindre signe de peur.

« Même si c’est peut-être parce que tu es le seul contre qui j’aie jamais lancé une attaque. »

Elle avait laissé échapper un rire sec à la suite de son propre commentaire. Cette jeune femme était sûrement un gynoïde terminal de Babylone. Elle avait parlé comme un homme plus âgé il y a une minute, puis elle s’était mise à parler d’une manière beaucoup plus féminine. Elle aussi portait une jupe, sa tenue générale était donc semblable à celle de Cesca et des autres.

Mais il y avait autre chose chez elle… Elle était terriblement petite. Elle semblait seulement un peu plus grande que Renne. Rosetta était la plus petite des gynoïdes terminaux de Babylone, mais celle-ci était plus petite qu’elle.

« Euh… qui es-tu ? »

« Je suis connu sous le nom de Fredmonica. Mais tu peux m’appeler Monica ! Je suis le gynoïde terminal de cette Babylone et tout ça ! Nomme-toi toi-même. »

« Je suis Mochizuki Touya. Touya est mon prénom. Je suis le maître du jardin, de l’atelier et du laboratoire d’alchimie… Ouais, c’est tout. »

« Le jardin… Le domaine de Cesca ! Je vois, tu es propriétaire de plusieurs Babylone. Tu es… très impressionnant. Alors tu dois aussi me montrer si tu as ce qu’il faut ! »

Monica avait saisi la clé à pipe et m’avait encore attaqué. Hé, calme-toi ! N’y a-t-il donc aucune limite ici !?

« [Glissade]. »

« Uwhoa ! » Monica avait soudain glissé en arrière, comme si quelqu’un l’avait poussée, et les deux jambes s’étaient levées en l’air. Oh… jolie culotte.

Monica s’était rapidement relevée et avait baissé sa jupe.

« As-tu regardé mes sous-vêtements ? »

« Hein ? Ahahaha… eh bien, il se peut que tu sois un peu jeune pour porter du noir. »

Oh, maintenant que j’y pense, si elle est identique à Cesca et les autres… alors elle devrait avoir environ cinq mille ans ? Je supposais qu’elle n’était donc plus très jeune. Monica s’était assise par terre, tirant sur sa jupe. Son visage était rouge cramoisi.

Allait-elle bien ? Chaque Gynoïde Terminal que j’avais rencontré jusqu’à présent avait une sorte de perversion bizarre, donc sa réaction me déconcertait. J’avais commencé à ressentir une peur profonde de l’intérieur.

« … Alors tu as aimé, tu ne me laisses aucun autre choix… »

« Hein ? »

« JE VAIS PURGER TES SOUVENIRS ! »

Monica s’était mise à gémir comme une Banshee1 et avait couru vers moi en agitant sa clé à pipe. Hé, c’est dangereux !

« [Bouclier]. »

« Huoh !! »

J’avais formé une barrière invisible devant moi, détournant l’attaque. Monica avait frappé l’avant de la barrière et s’était renversée à cause du recul. Elle était tombée un peu et s’était finalement arrêtée, sa position finale étant celle d’une fille qui s’était écrasée au sol, la tête haute dans les airs. Sa jupe, naturellement, avait été roulée jusqu’en haut, et sa culotte avait été complètement exposée à l’air libre. Tout compte fait, ses sous-vêtements étaient plutôt adultes. Ils étaient noirs et ornés de cordons de dentelle.

Elle avait fini par s’étendre vers l’extérieur, se roula sur le dos et s’allongea comme une étoile de mer. Euh… ta culotte était toujours pleinement visible.

« Le vrai malheur brille sur moi aujourd’hui… Je suis complètement foutue ! »

Elle avait un peu pleuré quand elle avait reconnu sa défaite. Et puis, tout d’un coup… J’avais senti une vague de culpabilité m’envahir. Du point de vue d’une personne de l’extérieur, on aurait l’impression que j’avais intimidé une enfant, que j’avais retourné sa jupe et que je l’avais ensuite fait pleurer. Je ne voulais pas que ça se passe comme ça !

« Très bien, uwah… tu es accepté comme un individu compatible. Désormais, Fredmonica, gynoïde numéro vingt-huit, s’en remet entièrement à toi, waaah. »

S’il te plaît, arrête de pleurer. Te voir pleurer est terrifiant. Finalement, les larmes avaient cessé. Elle m’avait appelé depuis le sol.

« Maître, aide-moi à me relever. »

J’avais attrapé Monica par la main et je l’avais tirée vers le haut. Elle en avait profité pour m’attraper à l’improviste, elle m’enveloppa dans ses bras et me vola un baiser sur les lèvres.

« Mmmph !? »

Je me suis fait avoir ! J’ai été négligent et elle m’a piégé ! Pourquoi ne puis-je pas apprendre de mes erreurs !? Monica avait séparé ses lèvres des miennes peu de temps après. Un sourire étalé sur son visage, qui avait légèrement rougi.

« Identification terminée. Tes informations génétiques circulent en moi, Maître. Tu es maintenant entré en possession de la totalité du Hangar de Babylone, hourra ! »

« Le hangar de Babylone !? »

Putain de merde, c’était le hangar ! Je l’avais fait ! Bingo, bébé !

Notes

  • 1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Banshee

***

Partie 3

Monica m’avait montré le bâtiment noir, et nous y étions entrés. Plus que toute autre chose, j’avais été surpris par l’espace qu’il offrait. C’est quoi ce bordel ? C’est plus large à l’intérieur.

Comme son nom l’indiquait, l’intérieur du bâtiment ressemblait à un entrepôt. Il y avait des volets métalliques qui tapissaient les murs à gauche et à droite.

Sérieusement, jusqu’où va cette salle ? Je ne peux même pas en voir le fond…

« C’est quoi cet endroit ? »

« Es-tu surpris ? On a utilisé une magie spatiale pour le rendre plus large qu’il n’y paraît. Cela dit, un tel espace n’est tout simplement pas nécessaire. On n’a pratiquement rien en stock ici, n’est-ce pas ? »

J’avais pensé que c’était similaire à mon sort [Stockage]. La différence, c’était que le temps s’était arrêté dans mon espace [Stockage]. Je pouvais y conserver une soupe bouillante et chaude et la sortir quelques heures plus tard pour la trouver à la même température. J’avais pensé que [Stockage] était plus une magie de l’espace-temps qu’un simple sort spatial.

Je ne savais toujours pas pourquoi l’espace de stockage pouvait être aussi large… Attendez, est-ce que je ne passais pas à côté de l’essentiel ?

« Les Frame Gear ! Y a-t-il des Frame Gears ici ? »

« Hm ? Un Frame Gear ? Par ici, par ici. »

Monica s’était adressée à moi un peu sèchement, alors je l’avais suivie en faisant peu de commentaires.

Monica était arrivée devant l’un des volets métalliques et s’était approchée d’un bouton sur son côté. Cependant… elle avait beau essayer autant qu’elle le voulait, elle ne pouvait pas l’atteindre.

J’avais tendu la main pour l’appuyer à la place, et…

« Fils de… ! »

Monica avait fait basculer la clé vers le haut, elle avait écrasé le bouton de toutes ses forces. W, Whoa, calme-toi… Cette fille est une tête brûlée. Le bouton avait été anéanti, soit dit en passant, mais l’obturateur avait commencé à grincer. Monica avait un sourire suffisant sur son visage. Tout ce que je pouvais faire était de me demander comment elle comptait refermer ce volet.

J’avais jeté un coup d’œil vers cet intérieur sombre, et je m’étais retrouvé à regarder ce qui semblait être un chevalier géant.

Il mesurait environ dix mètres de haut. Il était de couleur grise, et ressemblait à un chevalier occidental traditionnel. Il n’était en aucun cas tape-à-l’œil, mais il dégageait une aura de robustesse et de fiabilité. Je ne pouvais m’empêcher d’être impressionné par l’aura écrasante qu’il dégageait.

« Ceci est donc un Frame Gear. »

« Effectivement. Cependant, celui-ci est un modèle particulièrement archaïque. Il y a cinq mille ans, on avait prévu de produire ces mignons en série si la guerre s’aggravait. »

Attendez, c’était un produit de masse ? J’avais été surpris, ça n’avait pas l’air particulièrement bon marché. Ils avaient probablement renoncé à les rendre tape-à-l’œil et s’étaient plutôt concentrés sur leur fiabilité en tant que combattants. Après tout, inutile de produire quelque chose en masse si ce n’était pas facile à contrôler.

« Il y en a d’autres ? »

« Nous avons, euh, quelques-uns en réserve, oui ! Il existe par exemple un modèle qui donne la priorité à la mobilité tandis que d’autres sont spécialisés dans les attaques physiques. Nous avions également prévu de construire un modèle plus avancé, mais… Je pense que ces plans sont sûrement dans l’entrepôt. »

Hmph… L’entrepôt, hein… Tout bien considéré, j’espérais qu’ils soient en sécurité. Même s’ils étaient tombés au sol, espérons qu’ils soient encore intacts.

« Je peux y entrer ? »

« Quoi, tu veux le faire marcher ? Je suppose que ça ira, mais ne t’attends pas à ce qu’il bouge. »

« … Hein ? »

Comment ça, ne t’attends pas à ce qu’il bouge !? J’ai fait tout ce chemin pour que tu me dises que ce foutu truc est cassé !? C’est quoi cette idée !?

« Pourquoi ça ne bouge pas ? »

« Il n’y a pas de carburant. »

Ahahaha… Oh, c’est donc pour ça. Du carburant, bien sûr ! Je ne savais même pas que ces choses consommaient du carburant. Je pensais juste qu’ils auraient besoin de pouvoir magique.

« Alors, qu’est-ce que ce gros gaillard consomme ? De l’essence ? »

« De l’essence ? Je ne suis pas familière avec un tel terme. Ce méchant garçon utilise de l’éther liquide, OK ? »

« … de l’éther liquide ? »

« L’éther liquide est un combustible que l’on crée en mélangeant leurs énergies magiques avec un morceau de minerai d’éther spécialement traité. Après ça, il s’alimente tout seul, compris ? Car cela liera le Frame Gear à une source magique, et il utilisera sa propre énergie pour fonctionner. »

Minerai d’éther ? Je n’avais jamais entendu parler de ça. Était-ce une sorte de minéral rare ? Quoi qu’il en soit, le Frame Gear ne bougerait pas d’un pouce sans lui. Moi qui venais de si loin, je n’avais fait aucun progrès. C’était décourageant.

« Monica, sais-tu comment en produire ? »

« J’ai bien peur que non. Je n’ai jamais été talentueuse à l’école de magie. »

Argh… Génial ! Je ne possédais donc qu’une grosse statue de robot. J’avais laissé mes épaules s’affaisser à cause de la déception, la jeune fille s’était soudainement mise à me cracher dessus pour me rassurer.

« Attends un instant, ne te décourage pas. Il n’y a pas que les Frame Gears ici, je te le dis. Il y a plein d’autres trucs ! On a des petits bateaux flottants, et des chariots automatisés qui déplacent des pièces ! »

Des chariots automatisés ? Comme des voitures ? J’avais envisagé de faire une voiture dans le passé, mais mon manque de compréhension m’avait fait abandonner. Mon intérêt avait été piqué une fois de plus. Oh, attends un peu…

« Avec quel type de carburant ces choses fonctionnent-elles exactement ? »

« … De l’ether liquide… »

Putain de merde ! Ils ne bougeront pas non plus ! Va te faire foutre, sale pervers de Doc ! Pourquoi n’as-tu pas laissé traîner des réservoirs pleins !? J’avais écouté les explications de Monica. Apparemment, la magie contenue dans l’éther liquide diminuait avec le temps jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. C’était un peu comme un soda, il perdra sa carbonatation si vous le laissiez de côté après avoir ouvert le bouchon.

Apparemment, cette magie pouvait plusieurs années environ, mais cinq mille ans, c’était beaucoup trop long.

« Y a-t-il quelqu’un qui puisse créer de l’éther liquide ? »

« Ah… probablement le Gynoïde qui contrôle le laboratoire de recherche, mais elle est difficile à gérer. »

Monica fronça les sourcils en parlant, puis inclina un peu la tête.

Je me retrouve donc au point de départ… Maintenant je dois chercher le laboratoire de recherche ? C’est une chasse à l’oie plutôt nulle.

« Oh, euh… il y a une chance que Flora le sache ! »

« Pardon ? »

« Le laboratoire d’alchimie et le laboratoire de recherche… ont une relation étroite. Ils échangeaient des matériaux et des notes de conception entre eux, ce qui était naturel compte tenu de leurs domaines respectifs. J’avais eu une relation assez similaire avec Rosetta dans l’atelier, mais elle était un peu distante. »

C’est vrai. Une fois que Rosetta entrait dans l’atelier et se mettait au travail, vous ne pouviez pas la faire sortir.

J’avais décidé d’en parler à Flora. Espérons que cela mènera à une avancée.

J’avais ouvert une [Porte] pour pouvoir informer les autres de la situation.

« De l’éther liquide, je vois… »

Flora pencha la tête en réfléchissant à ce que j’avais dit. Le laboratoire d’alchimie était une installation dédiée à la production de produits chimiques et de nouveaux composés, alors j’avais pensé qu’il ne serait pas déraisonnable de poser des questions sur l’éther liquide là-bas.

« Je pense que je peux en produire, vois-tu ? »

« Super ! »

« Mais, vois-tu... Je pense qu’il sera d’une qualité inférieure à celle de l’éther liquide produit au laboratoire de recherche, vois-tu ? Si t’es d’accord, je pourrai t’en produire. »

Je me fichais de savoir si le matériel était de qualité inférieure. Pour l’instant, je voulais tout simplement me déplacer dans un Frame Gear. Mais, au moment où je m’apprêtais à danser une gigue joyeuse, Flora avait brisé mes espoirs par une simple phrase.

« Alors, où est le minerai d’éther ? »

Hein ? Le minerai d’éther ? J’avais regardé Elze et les autres, mais elles avaient haussé les épaules.

« Je n’ai jamais entendu parler de minerai d’éther. »

« … Oui, moi non plus. C’est vraiment étrange. »

Merde, sérieusement… ? Les choses ne pouvaient-elles pas s’arranger pour une fois ?

« Le minerai d’éther est imbibé d’un liquide spécialisé pendant sa taille et son traitement. L’éther liquide est finalisé après que le minerai réagit au pouvoir magique qu’il contient et l’infuse dans le liquide. Il vous faudrait un morceau de minerai d’éther de cette taille pour l’équipement que tu as mentionné. »

Flora avait mimé la forme d’un ballon de rugby avec ses mains. D’après sa description, c’était comme infuser du thé dans de l’eau chaude avec un sachet de thé. Pourtant, il n’y avait aucune raison de s’attarder sur les détails du processus, car je n’avais même pas de minerai au départ. Je ne savais même pas ce que c’était.

« Le minerai d’éther est un minerai généralement transparent qui possède de nombreuses teintes de couleurs différentes. Il peut intrinsèquement stocker, libérer et amplifier des pouvoirs magiques. Il y a cinq mille ans, il était assez facile de s’en procurer. »

Cesca nous avait donné cette explication, mais je ne pensais pas que cela aiderait. Linze, d’un autre côté, avait soudainement pris la parole. Hmm ?

« … Uhm… est-ce qu’il y a une chance que cela soit une pierre de sort… ? » Une pierre de sort ? Oh, je vois. Ces petits cailloux que j’utilisais pour vérifier mes affinités magiques. C’était généralement de petits bijoux dont les utilisateurs de magie ornaient leur équipement.

Linze avait fouillé dans sa poche et avait sorti quelques pierres de sort. Flora avait pris la plus petite des pierres et l’avait mise devant la lumière. C’était minuscule.

« Il n’y a plus d’erreur maintenant, vois-tu ? C’est un minerai d’éther. »

Hein… Je supposais que le nom avait dû changer durant les 5 000 dernières années. Attends, ça ne voulait pas dire que le problème était résolu ? Malgré la bonne nouvelle en apparence, tout le monde, sauf les gynoïdes, s’était senti tout d’un coup embarrassé.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« Je ne sais pas comment dire ça, mais il n’existe pas de pierre de sort de cette taille. »

« Pardon ? »

« Les pierres de sort sont considérées comme de vraies raretés… De minuscules fragments comme ceux-ci sont facilement trouvables, mais… les plus grosses le sont beaucoup moins. »

Il était vrai que la plus grande pierre de sort que j’avais jamais vue était cette pierre de vent sur le pendentif de Renne. Laim m’avait dit qu’elle était assez précieuse en raison de sa taille, mais elle n’avait que la taille d’une noix. Apparemment, il y en avait très peu.

« Le Trésor Royal de Belfast possède une pierre d’eau, mais elle ne fait qu’à peu près cette taille… »

Yumina avait mimé la forme et la taille d’une balle de base-ball dans ses mains. Me dis-tu sérieusement que même celle contenue dans un trésor royal n’avait pas la taille que je cherchais ?

« … En passant, combien coûterait exactement une pierre de sort de cette taille ? »

« Je n’en suis pas sûr… Je ne sais même pas si tu pourrais mettre un prix sur quelque chose d’aussi rare. »

C’est terrible ! En plus, je l’utiliserais comme un sachet de thé. Si je l’écrasais jusqu’à sa limite pour créer de l’éther liquide, est-ce qu’elle ne vaudrait carrément plus rien ? Devrait-on jeter quelque chose d’aussi précieux !? Mes rêves étaient en train d’être brisés en morceaux.

Yae, qui avait vu le désespoir se frayer un chemin à travers mon visage, s’était soudainement levée.

« Touya-dono, ne peux-tu pas utiliser ton sort de recherche pour trouver une pierre de la taille appropriée ? »

« Quoi ? »

Je n’en étais pas si sur. Pouvais-je chercher quelque chose enterré sous terre ? Attendez, en fait, j’ai trouvé cette ruine dans le désert, n’est-ce pas ? Et elle était enterrée. Je suppose qu’il n’y a rien de mal à essayer.

« D’accord. [Recherche]… Voyons voir… des pierres de sort de plus de trente centimètres de diamètre. »

Plusieurs épingles étaient tombées sur la carte des territoires de l’Ouest. Hein… C’est en fait plus facile que ce à quoi je m’attendais.

J’avais vite vérifié si l’une de ces épingles se trouvait sur le territoire de Brunhild. Par chance, il y en avait exactement une. Après tout, je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de chercher des objets d’une valeur insensée sur le territoire d’autres pays.

D’accord, extrayons ces pierres magiques ! Hourra ! Pour être honnête, je commençais à en avoir marre de courir partout…

***

Partie 4

« Très bien, commençons à creuser. »

Je me tenais debout et je retroussais mes manches. Je creuserais dans la terre avec ma magie. Cela me semblait être la meilleure chose à faire.

Je savais qu’à cet endroit se trouvait la pierre de sort dont j’avais besoin, mais je ne connaissais pas son emplacement exact.

« Ouaip, je suppose que je n’ai pas d’autre choix que de creuser. »

J’avais commencé à creuser dans le sol avec la magie de la Terre. J’avais lancé [Vol], puis j’avais déplacé le sol touché sur le côté avec [Lévitation]. J’avais rencontré plusieurs épaisses couches de pierre en creusant en profondeur, mais j’avais persévéré.

J’avais beaucoup creusé, mais je n’avais toujours pas atteint la pierre de sort. Pour être honnête, je commençais à m’inquiéter un peu. Je ne voulais pas heurter une nappe phréatique.

Finalement, les roches avaient commencé à changer de consistance. Certaines d’entre elles étaient étincelantes, alors j’avais arrêté de creuser et je m’étais approché pour vérifier. J’avais trouvé de petites gemmes rougeâtres mélangées à la pierre et à la terre. Je me demandais si c’était des éclats de pierre de sort. Ça voulait probablement dire que j’étais proche.

Je supposais que j’y arrive… Je dois être un peu plus prudent à partir d’ici…

J’avais commencé à creuser plus lentement, jusqu’à ce que finalement… J’avais déterré une grosse pierre précieuse rouge !

Était-ce ça ? Je ne voulais pas l’endommager, alors j’avais soigneusement commencé à retirer la terre et les pierres qui l’entourent. Peu à peu, la pierre enfouie s’était libérée complètement de ses confins rocheux. Tout compte fait, elle n’était pas trop grande. J’avais fait une recherche qui ne couvrait que toutes les pierres qui avaient un diamètre supérieur à trente centimètres, donc il aurait pu s’agir de n’importe quelle taille supérieure. Il valait mieux qu’elle ne soit pas trop massive, sinon il aurait été plus difficile de la sortir.

J’avais enlevé la pierre de sort à l’aide de la [Lévitation]. En fait, elle était assez grande. Mon évaluation initiale était fausse. Elle mesurait plus de cinquante centimètres de diamètre. Elle avait un éclat et une beauté identique à celle d’une étonnante pierre précieuse.

Attends… ne pourrais-je pas gagner une énorme somme d’argent en trouvant des matériaux précieux comme celui-là ? J’y avais immédiatement réfléchi. Mais je m’étais souvenu de ce que Kousaka m’avait dit, sur le fait de ne pas compter sur mes propres capacités surpuissantes pour apporter de l’argent à mon pays.

Ce n’était pas quelque chose à quoi je voulais penser, mais quand je serais mort, le pays tomberait dans la déchéance s’il ne comptait que sur moi. Il vaudrait mieux éviter de faire de gros profits liés à mes compétences spécifiques, de peur que la population n’en devienne dépendante.

De toute façon, le développement de la nation se passait très bien.

Cependant, je pourrais peut-être utiliser cette méthode pour trouver les matières premières pour un Frame Gear… Ah, mais je pouvais difficilement terminer tout le processus pour extraire le métal du minerai.

Vendre cela nous rapporterait quand même beaucoup d’argent… J’avais rapidement dissipé ce genre de pensée de mon esprit : la puissance du Frame Gear était ma priorité absolue. Je ne pouvais pas être égoïste, et nous avions besoin de la pierre de sort pour faire le travail. Sur ce, j’avais rebouché le trou et j’étais rentré chez moi.

« Et bien, c’est plutôt gros, vois-tu… »

J’avais ramené la pierre de sort au labo d’alchimie, et Flora avait été très surprise. J’avais fini par utiliser [Modélisation] pour la diviser en deux, puisqu’il n’y avait aucune raison de tout utiliser. J’avais décidé que l’autre moitié pourrait être gardée en réserve au cas où l’on se planterait.

Flora avait dit que ça prendrait environ un mois. Après ça, j’étais retourné au hangar.

Je me dirigeais vers le garage contenant le Frame Gear et j’avais constaté que l’obturateur était encore ouvert. Le bouton était cassé. Je le savais…

J’étais entré dans le garage, le chevalier gris se tenait juste là où je l’avais laissé.

« Garde-à-vous ! Voici votre Maître ! »

« Hm ? Maître ? »

J’avais tourné le talon en réponse à la voix derrière moi. Rosetta et Monica étaient là. Rosetta portait sa combinaison de travail habituelle, mais Monica s’était changée en uniforme de camouflage. Elle n’était pas exactement à la bonne taille non plus.

Ce béret sur sa tête l’avait fait passer pour un soldat des forces spéciales… Comme d’habitude, la logique derrière l’esprit d’une gynoïde m’était étrangère.

« Quoi de neuf, vous deux ? »

« Ça fait cinq mille ans, monsieur ! Par conséquent, j’ai pensé qu’il était prudent d’effectuer un petit entretien de routine, monsieur ! Il y a des sorts appliqués au hangar pour que rien ne rouille ou ne se détériore, mais la saleté, les ordures et autres déchets ont tendance à s’empiler, monsieur ! »

« Comme c’est impoli de ta part... Où est cette prétendue poussière ? J’aime bien entretenir le hangar, c’est compris ? »

Monica avait fait la moue en réponse au commentaire de Rosetta. Je t’ai vu fracasser un bouton avec une clé à pipe… Entretiens-tu vraiment bien cet endroit ?

Rosetta s’était penchée pendant un moment, puis m’avait soudainement appelée.

« On ne peut pas activer ça, monsieur ! Mais aimerais-tu quand même t’asseoir dans le cockpit ? »

« Ouais, je pense que j’aimerais essayer. »

Dès que j’avais répondu, Rosetta grimpa dans le Frame Gear. Elle avait grimpé du pied aux genoux, puis à un pied sur le côté. Arrivée à la poitrine, elle avait poussé un petit panneau. Une sorte de sifflement s’était fait entendre, et une trappe thoracique s’était soudainement ouverte. Ooh !

J’avais copié les mouvements de Rosetta et j’avais grimpé vers le cockpit. Monica se tenait déjà à hauteur de mes yeux. Elle avait utilisé un chargeur à plate-forme à proximité. Si vous l’aviez, pourquoi ne l’aviez-vous pas utilisé dès le départ ?

J’avais regardé à l’intérieur. Il y avait un siège en cuir confortable au milieu, avec une manette de commande de chaque côté. Il y avait des jauges que je ne comprenais pas bien, des panneaux et une tonne de commutateurs et de poulies. Le design me paraissait plutôt rétro, je ne pouvais donc pas en comprendre le sens.

J’étais entré et je m’étais assis. C’était en fait assez confortable. Il y avait des pédales sous mes pieds, je pensais que cela allait servir pour le faire marcher.

« Une fois que tu auras compris les bases, tu devrais pouvoir le faire bouger, monsieur ! Après cela, tu apprendras simplement par l’expérience. Donne-moi ton attention pendant vingt minutes ! L’appareil balayera tes ondes cérébrales et s’ajustera en conséquence, monsieur ! Même un bébé peut le faire, monsieur ! »

« Ouais, euh, alors, fondamentalement, les pensées et les expériences du pilote auront un impact sur sa capacité à le piloter ? Si le pilote n’est pas un combattant expérimenté, il ne fera rien de plus que le bouger, d’accord ? »

Donc, même si le pilote devenait habile à manipuler le robot, cela sera limité par ses propres expériences. Dans ce cas, les meilleurs pilotes seraient des soldats ou des chevaliers. J’avais interrogé Rosetta à ce sujet et elle m’avait répondu que cela dépendait du Frame Gear. Apparemment, il y avait des unités qui répondaient mieux aux mages, etc. Il me semblait que je devrais choisir le pilote en fonction de ses caractéristiques individuelles par rapport à l’unité.

« J’espère que je pourrai le faire bouger bientôt. Il faudra du temps pour s’y habituer, mais je veux apprendre les ficelles du métier le plus vite possible. »

J’étais sorti du cockpit du Frame Gear et je m’étais dirigé vers Rosetta. Elle avait un sourire effronté sur son visage.

« J’espérais que tu dirais ça, monsieur ! J’ai fait quelque chose en secret pour toi ! »

Rosetta avait soudain pris la pose. Je n’avais aucune idée de ce qu’elle faisait. Je m’étais soudainement demandé si ce secret n’était pas la raison pour laquelle elle avait été si souvent enfermée dans l’atelier dernièrement. Rosetta nous avait guidés jusqu’à l’atelier. À l’intérieur, nous avions trouvé deux objets étranges qui ressemblaient à des orbes en forme d’œuf. Ils avaient à peu près la taille d’une petite voiture. Cela ressemblait à des œufs blancs, mais leur conception était clairement mécanique.

« Si tu peux prendre une minute pour m’écouter, monsieur ! Il s’agit d’un simulateur de Frame Gear, et il est à la pointe de la technologie, monsieur ! Je l’appelle module de Frame ! »

De manière fanfaronne, Rosetta m’avait expliqué sa création.

Un module de Frame ? Attends, était-ce un simulateur ? Cela signifiait que je pouvais reproduire l’expérience de contrôle d’un Frame Gear ?

Rosetta avait tapoté le côté de l’un des orbes en forme d’œufs, et le devant de celui-ci s’était ouvert vers le bas. Ce que j’avais vu à l’intérieur était à peu près identique au cockpit du Frame Gear dans le garage du hangar.

« Et ce truc marche ? »

« Oui monsieur ! Il n’est pas alimenté par de l’éther liquide ! Il fonctionne grâce à votre énergie magique, parce qu’il n’a pas besoin de bouger physiquement ! » Ouaip, je suppose que c’est logique.

Apparemment, l’éther liquide à l’intérieur d’un Frame Gear synchronisait la puissance magique contenue dans le fluide avec la puissance magique du pilote. Il faisait en sorte que la machine se déplace en tandem avec les pensées du pilote. Je suppose que cela devait faire du pilote le cerveau du mécanisme, et l’éther liquide était comme les nerfs.

Cela ne s’était pas arrêté là non plus. Le liquide était une sorte de catalyseur pour des réactions magiques incroyables qui actionnaient également le réacteur central de la machine. Rosetta et Flora m’avaient tout expliqué, mais ça m’avait dépassé. Je n’étais pas très scientifique. C’était mieux de dire « un magicien l’a fait » et de continuer ma journée.

Selon les filles, mon pouvoir magique était tel qu’il m’aurait même été possible de déplacer un Frame sans l’éther liquide, mais pour le tester, il aurait fallu construire un modèle unique à partir de zéro. Il y avait en fait un Frame Gear avec cette spécification exacte, mais les plans étaient… vous l’avez deviné, dans l’entrepôt. Pourtant, la perspective de construire mon propre Frame Gear qui ne fonctionnerait qu’avec ma magie seule était séduisante.

Très bien, essayons ce simulateur.

J’avais mis ma tête à l’intérieur et, bien sûr, c’était identique au cockpit du Frame Gear. Rosetta ferma l’écoutille, et une lumière vert pâle remplissait la zone.

« Tu m’entends, monsieur ? »

« Rosetta ? Je te reçois cinq sur cinq. »

« Voici la première chose que tu dois faire, monsieur ! Allume-le ! Touche le centre du panneau central juste en face de toi. »

Devant moi… Ce truc ? J’avais touché un petit panneau de la taille d’un bloc-notes B5, et plusieurs jauges avaient commencé à prendre vie. Il y avait trois grands moniteurs. L’un était devant moi, et deux étaient respectivement à ma gauche et à ma droite. Ils avaient tous commencé à s’allumer en même temps. J’avais été assez impressionné par le fait que les écrans soient tactiles. L’esthétique rétro m’avait déconcerté.

Le simulateur m’avait positionné à une hauteur considérable. Je me demandais si Frame Gears me donnerait la même sensation de taille. J’avais regardé autour de moi et j’avais vu une vaste plaine, avec ce qui ressemblait à une forêt au lointain.

« As-tu conçu cet espace toi-même ? »

« Non, monsieur ! Ce que tu vois est une zone simulée basée sur des informations visuelles prises dans tout le pays ! »

Aha, je me demandais pourquoi ça me semblait si familier. Malgré le fait qu’il s’agissait simplement d’une image sur un écran, cela semblait si réel.

« Commençons par marcher ! Garde-à-vous ! Appuie lentement sur la pédale de droite. Alterne ce mouvement avec une pression sur la pédale gauche. La marche ne devrait plus te poser de problème avec ça, monsieur ! »

J’avais fait ce qu’on m’avait dit, et l’unité avait commencé à avancer lentement. Whoa, ça tremblait vraiment !

« Si tu veux bouger, déplace ton centre de gravité. Le Frame Gear se déplacera vers la gauche ou vers la droite en fonction de tes propres mouvements. Si tu veux reculer, relâche l’accélérateur. Si tu veux foncer, appuie à fond sur la pédale, monsieur ! »

Oho? Oh mon Dieu… C’est intéressant… J’avais marché, je m’étais retourné et j’avais fait quelques pas en arrière. Il avait réagi en douceur, comme s’il répondait à mes caprices. Je me demandais s’il lisait déjà mes pensées pour pouvoir bouger plus facilement.

Peu à peu, sous la direction attentive de Rosetta, j’avais compris ce qu’il fallait pour s’accroupir, sauter et mitrailler. J’avais alors commencé à comprendre comment déplacer le haut du corps avec les manches de contrôle. Déplacer les bras vers le haut et vers le bas, les agiter, se retourner, et ainsi de suite.

Au bout d’un certain temps, cela ressemblait presque à un deuxième corps. Si je voulais tourner le cou du Frame Gear, ou bouger ses doigts, ou juste tourner un peu, je le faisais tout simplement en le voulant. Si une personne s’habituait à son Frame Gear, il le bougerait sûrement aussi facilement que son propre corps. On dirait qu’elles n’avaient pas tort quand elles avaient dit que n’importe qui serait capable de le piloter.

Alors que je m’habituais au Frame Gear, au point où je sautillais, sautais et marchais à cloche-pied, un autre mécha était soudainement apparu devant moi.

« Hein ? C’est quoi ce bordel ? »

Il ressemblait beaucoup au Frame Gear gris produit en série que j’avais vu dans le garage du hangar.

« Tu as l’air habitué à ça maintenant, hein ? Pouvons-nous passer rapidement à l’étape suivante ? »

« Hein ? Monica ? »

La voix que j’avais entendue lui appartenait. Ça devait vouloir dire que c’était elle qui était dans la deuxième machine. Il y avait après tout deux orbes. Elle avait dû entrer dans l’autre.

Deux épées simples et grises étaient soudainement tombées devant moi et Monica.

« Maintenant, nous allons essayer de faire une simulation de combat réel. »

Je vois… Donc la vraie raison pour laquelle il y avait deux orbes était pour créer un mode multijoueur, hein ?

J’avais pris l’épée et l’avais fermement saisie.

D’accord, allons-y ! Malgré le fait qu’il s’agissait plutôt d’un jeu VR, j’avais l’impression d’être à l’intérieur d’un vrai Frame Gear. C’était vraiment l’outil de formation idéal.

Cela m’avait rendu d’autant plus impatient d’essayer le vrai…

***

Chapitre 2 : Les deux princes

Partie 1

J’avais utilisé l’atelier pour faire quelques copies du dispositif d’entraînement Frame Gear, et j’avais veillé à ce que les autres s’entraînent avec lui pendant leur temps libre.

J’en avais fait huit au total, les alignant le long d’un mur lointain dans ma salle de jeu. L’installation faisait un peu penser à une salle d’arcade. Même si c’était un peu plus sérieux qu’un simple jeu.

J’avais été surpris de constater que celles qui s’y étaient le mieux prises étaient Yumina et Linze. Mais c’était logique, étant donné qu’elles étaient les plus douées en magie. Mais, en ce qui concernait l’adaptation au mouvement, Yae et Elze avaient été les plus rapides à se développer et à s’améliorer.

J’avais lancé le sort [Programme] sur les dispositifs d’entraînement Frame Gear pour qu’ils puissent projeter des images de l’extérieur pendant que la personne à l’intérieur le pilotait. Rosetta s’en était servi et avait développé le programme jusqu’à ce qu’il puisse consolider les multiples flux d’images des différentes unités, créant ainsi une image beaucoup plus claire du champ de bataille. Nous pourrions alors observer, en tant que tierce partie, les échecs et les succès des pilotes individuels. J’avais brièvement pensé qu’il serait probablement efficace d’imprégner un dispositif d’entraînement Frame Gear d’un programme qui lui permettrait de combattre de façon autonome.

Mais la quantité de programmes que je devrais créer serait ahurissante, sans parler de la puissance magique qu’il faudrait y consacrer. De plus, il avait fallu deux cents ans à Leen pour programmer Paula à un niveau de réponse standard. J’étais sûr qu’il faudrait encore plus de temps pour créer un drone de combat. Je n’avais certainement pas beaucoup de temps libre.

« Aagh, j’ai perdu ! »

Une des unités à ma droite s’était ouverte et une louve en était sortie, plus précisément, la vice-commandante Norn. D’une autre unité était sorti un homme-renard, le vice-commandant Nikola.

« Enfin, Norn. Tu dois te rappeler qu’un Frame Gear n’est pas ton propre corps. Il a des proportions différentes. Même si tu as l’impression d’avoir esquivé, mon coup pourrait quand même te toucher. »

« Guh… Hé, me traites-tu de grosse ? »

Norn avait reçu un coup fatal de la hallebarde de Nikola sur le flanc du Frame Gear. Elle avait probablement essayé d’esquiver d’un cheveu, mais son physique était différent de celui du Frame, causant une erreur critique.

La salle de jeu était ouverte à tous les membres de l’ordre des chevaliers qui s’entraînaient quotidiennement. J’avais décidé que c’était correct, puisqu’ils avaient besoin d’un moment de détente de temps en temps. Et un chevalier heureux étant un chevalier travailleur, dans un sens, vous pourriez considérer aussi ça comme un avantage de travailler pour moi.

Les simulateurs étaient devenus une autre attraction. Les chevaliers avaient vu un jeu avec lequel ils n’avaient jamais joué auparavant, et ils avaient donc dû l’essayer. Ils étaient régulièrement en compétition les uns contre les autres pour essayer de marquer le plus de points.

Mais, même s’ils avaient utilisé les outils de formation, je ne leur avais pas parlé des Frame Gears eux-mêmes. Pour l’instant, c’était bien que tout le monde traite ça comme un jeu. Ils seraient probablement inquiets s’ils savaient qu’ils s’étaient entraînés pour contrôler une arme aussi monstrueusement puissante. Ça ne me dérangeait pas de les brosser dans le sens du poil secrètement de cette façon. En fait, il était préférable pour eux de traiter cela comme un jeu de simulation, car cela signifierait qu’ils seraient compétents quand le moment serait venu pour eux de mettre leur vie en jeu dans un vrai Frame Gear.

Alors que je réfléchissais à de telles idées, le commandant Lain se promenait dans la salle de jeu. Elle s’était lentement adaptée et s’était habituée à sa position de commandant.

« Ah, Lainy-wainy ! Battons-nous, d’accord ? »

« Norn. Tu dois t’adresser au commandant en tant que commandant. »

Norn avait donné une grande tape à Lain. J’avais été quelque peu amusé de voir Nikola s’interposer avec son expression impassible habituelle.

Lain avait donné un petit sourire aux deux. Elle s’était ensuite approchée de moi.

« Mon seigneur. Le marchand Olba est arrivé et a demandé une audience. »

« Oh ? Super. »

Je me demandais s’il m’a apporté les métaux que j’avais demandés… Je l’espère, sinon la production en série des Frame Gears va être pénible. Je ne pouvais en créer qu’un par jour, et ce, à un rythme constant. Il me faudra trois mois pour en produire juste assez pour les chevaliers du Duché, alors j’aimerais m’y mettre très vite.

J’étais allé voir Olba. Il avait immédiatement tenté de se lever, mais je lui avais fait signe de la main tout en m’asseyant sur un canapé en face de lui.

« J’ai apporté les métaux, conformément à notre arrangement. Le reçu est juste là, tout devrait être en ordre ! Pour l’instant, j’en ai cinq chariots, mais je continuerai à vous en fournir dès que j’en trouverai d’autres. »

Olba m’avait donné son inventaire et je l’avais regardé brièvement. Il y avait une quantité considérable d’acier, de cuivre et d’argent, mais une quantité légèrement inférieure d’or, de mithril, d’orichalque et d’hihi'irokane. J’avais été pour le moins ravi.

« Avez-vous vraiment apporté tout ça ? Je suis impressionné. »

« Et ce qu’il y a de mieux pour mon client le plus généreux financièrement. Tous les pays dans lesquels j’ai vendu vos marchandises les ont dévorées comme de bons petits consommateurs insipides. Pour montrer mon appréciation pour votre brillante intelligence, j’ai chargé mes meilleurs hommes d’acquérir les biens que vous recherchez. »

Wôw, la camelote kitsch que j’avais créée s’était si bien vendue ? Les marchands sont formidables, hein… Je crois que j’ai allumé un feu que je ne pourrais pas éteindre.

« J’ai rencontré un petit problème, un de mes concurrents produisait des produits similaires aux nôtres, tout en les vendant à des prix plus bas… Mais nos produits ont été les premiers sur le marché, et nous avons la bonne image de marque. Ainsi, nous gagnerons. »

Je suppose que c’était logique… Les cerceaux et les toupies de hula-hoops pouvaient être imités assez facilement, mais c’était probablement celui qui les avait introduits sur le marché en premier qui en profitera le plus.

« Je dois dire que c’est une quantité exceptionnelle de métal. Puis-je vous demander votre intention ? Allez-vous construire une grande forteresse en fer ? »

« Mm… Je vais garder ça secret pour l’instant. Ah, c’est vrai. Zanac, le marchand de vêtements, veut vous parler de vêtements de baseball. Il a dit qu’il avait une idée sur les uniformes de baseball, les casquettes de baseball et diverses marchandises de baseball produites et vendues à grande échelle. »

« Ohohoho. C’est très intéressant. Les accessoires de baseball sont en effet un sujet d’actualité en ce moment. »

Olba était parti à la rencontre de Zanac pour affaires, tandis que je me rendais sur le terrain d’entraînement pour récupérer ma cargaison de métal.

Le représentant commercial attendait dans un coin de la zone, afin de ne pas déranger les chevaliers qui s’entraînaient. Je m’étais approché et j’avais signé son reçu, puis je déplaçais tout le métal des chariots à l’atelier.

J’avais déjà déplacé le Frame Gear à reproduire massivement à l’atelier, donc tout ce que Rosetta avait à faire maintenant était de commencer le processus.

Soit dit en passant, la production en série de modèles de Frame Gear était un peu trop compliquée, alors j’avais demandé à Rosetta s’il avait une désignation officielle.

« Oui monsieur ! Ce modèle est le FG-09, monsieur ! », répondit-elle.

Ce n’est pas un nom très accrocheur, mais je suppose que depuis que la production s’est arrêtée, elle n’a jamais eu à trop y penser… J’imagine que je peux maintenant trouver un meilleur nom pour ça !

Hmm… Pourquoi pas Gris ? Il est coloré de cette façon, après tout… mais peut-être que ce serait un terme plus approprié pour une créature extraterrestre qu’un mécha…

Ah ! Et Chevalier ? Ça avait l’air cool, et vu que ce seront de futurs Chevaliers, alors cela devrait être bien.

Une fois cela réglé, j’avais confié la production de masse à Rosetta, et la création du carburant à Flora.

J’avais échangé quelques mots d’adieu avec Olba, et je me préparais à me détendre. Mais bien sûr, tout n’était pas si simple. J’entendis des bruits de pas de taille moyenne derrière moi.

« Touuuuyyyaaaaaaaaaa !! »

« Ughaah !! »

Je m’étais tourné vers la source de la voix, pour me retrouver victime d’un violent tacle. Aïe, bon sang ! Mon mystérieux agresseur m’avait renversé, m’avait chevauché et m’avait agrippé durement par le col. Ce n’était nul autre que Sue.

C’était déroutant en soi, parce que je n’avais aucune idée de ce qu’elle faisait dans mon pays. La jeune héritière de la famille Ortlinde me fixait avec une férocité accrue dans les yeux.

« Touya ! Tu me prendras pour épouse, compris ? Nous nous marierons ! »

« Hein, quoi !? »

J’avais été absolument abasourdi par ce qu’elle avait crié. J’avais d’abord cru qu’elle plaisantait, mais son expression n’exprimait qu’une sincérité absolue. Elle avait l’air encore plus déterminée que Yumina. Mais Sue avait beaucoup voyagé pour guérir la vue de sa mère, alors je n’aurais pas dû être si choqué.

« Touya, tu es attirée par les petites filles, non ? C’est ce que Cesca m’a dit ! Ça devrait aller, car je suis la plus petite fille que tu connaisses ! »

« Qu — !? N’écoute pas cette putain de bonne, elle a perdu la tête !! »

Je savais que chacune de mes fiancées était jeune, mais… il n’y avait qu’un an de différence entre Yae et moi, que deux ans entre moi et les jumelles, et la différence d’âge entre moi et les princesses n’était que de quatre ans ! Ce n’était pas terrible, hein !?

« Ma dame, s’il vous plaît, n’agissez pas si imprudemment. Son Altesse le grand-duc semble perplexe. »

Leim était soudainement sorti de l’ombre et avait pris Sue à part.

Quand diable est-il arrivé ici !? Non, calme-toi… De toute évidence, elle n’aurait pas fait tout ce chemin seule depuis Belfast.

« Désolé, mais quelqu’un peut-il m’expliquer de quoi il s’agit ? »

« Voici ce qui s’est passé, récemment la jeune demoiselle a reçu une demande en mariage. »

« Je ne veux épouser personne d’autre que Touya ! Je refuse l’autre gars ! »

Fiançailles, hein ? Eh bien, c’est sorti de nulle part. Mais vu le statut social de Sue, est-ce logique ? Si je me souviens bien, Sue avait onze ans, et je me souviens que le roi a dit quelque chose sur ce sujet : les personnes de la famille royale décidaient généralement de leurs partenaires de fiançailles à l’âge de quinze ans. De plus, Yumina s’était fiancée avec moi à 12 ans, alors…

« Je vois. Alors, de qui vient la proposition ? »

« Du premier prince du royaume de Lihnea, Zabune. »

Lihnea ? Si je me souviens bien, c’est au nord de Refreese… En d’autres termes, de l’autre côté de l’océan.

Il était sur une île appelée Palnea, qui était divisée en deux royaumes, Lihnea étant le royaume sud de l’île. On suppose qu’ils se lançaient toujours dans de petits conflits militaires avec le royaume du nord de l’île, Palouf. Si je me souvenais bien, Lihnea avait des accords commerciaux non seulement avec Refreese, mais aussi avec Belfast et Regulus.

« Je pense que ça vaudrait au moins la peine d’entendre leur version de l’histoire. Qui sait, c’est peut-être un type bien. »

« Est-ce qu’une personne géniale ferait une demande en mariage à quelqu’un qu’elle n’a jamais rencontré ? Je refuse d’épouser des mecs qui oseraient faire une telle chose ! »

« Comment le duc Ortlinde a-t-il réagi ? »

« Il n’a pas encore donné de réponse. Considérant les relations entre nos deux pays d’un point de vue purement politique, ce ne serait pas une mauvaise chose pour nos deux pays. »

C’était logique, vu que cette proposition venait en plus d’un prince. Si Sue et ce prince se mariaient, cela améliorerait certainement les relations politiques entre les deux pays. Mais cela ne serait rien d’autre qu’un mariage politique né uniquement par commodité.

« Mis à part ça, je suis étonné que tu aies amené Sue jusqu’ici juste pour me dire ça. Le duc est au courant ? »

« Il le sait… d’une certaine façon. Oui, d’une certaine façon au moins… La jeune demoiselle est partie si brusquement que j’ai dû laisser derrière moi une lettre expliquant les circonstances… Et à vrai dire, je suis personnellement contre cette proposition. »

« Tu es contre ? Comment ça se fait ? »

Si ce type était le premier prince, ça voulait dire qu’il serait roi un jour, non ? Si Sue épousait ce type, cela ferait d’elle la future reine de ce royaume, reliant directement la famille du duc à la lignée royale d’un autre pays. Je n’avais pas vraiment pu voir de points négatifs jusqu’à présent.

« La réputation du Prince Zabune n’est pas particulièrement bonne, surtout quand il s’agit des femmes. Selon les informations de l’unité des renseignements secrets de Belfast, Espion, le prince Zabune a fait son chemin avec des filles de nombreux nobles ainsi qu’avec diverses servantes du château. C’est parce qu’il y a de telles rumeurs sur lui qu’il n’a pas encore succédé au trône bien qu’il ait déjà plus de trente ans. »

« Quoi Quoi Quoi Quoi Quoi, que viens-tu de dire ! Ce type a plus de 30 ans !? Et il fait sa demande à une fillette de onze ans !? »

Est-ce convenable ? Il y a à peu près 20 ans de différence d’âge ! Bien sûr il est vrai que même dans mon monde, on voit parfois des émissions de variétés avec des trucs comme « Différences d’âge ! Croyez-le ou non, sa femme a trente ans de moins que lui », mais il s’agissait toujours de choses comme un homme de cinquante ans ayant épousé une femme de vingt ans.

Mais on avait un trentenaire qui fait sa demande à une fille de onze ans ! Est-ce même normal dans ce monde !?

« Est-ce que c’est comme, tu sais, ce genre d’histoires ? Ou alors, seraient-ils juste fiancés pour le moment, et le mariage n’aura lieu qu’une fois qu’elle aura grandi ? »

« Je crains que non. Le prince souhaite se marier dès qu’il reçoit une réponse à sa proposition. D’après ce qu’il a dit, il a rencontré la jeune fille lors d’une fête commune entre nos pays à Refreese, et il serait tombé amoureux au premier regard. »

« Je refuse de l’épouser, et c’est tout ! »

Bon sang. C’est comme si j’étais en position de parler, mais… est-ce un prince pédophile ou quoi ? Non, attendez, d’après les rumeurs, il aurait d’autres femmes, alors je suppose que ce n’est pas un pédophile. Ce n’est qu’une merde. Avec une telle réputation, comment puis-je lui faire confiance ?

« Touya, s’il te plaît ! Épouse-moi ! Tu n’as même pas à me traiter comme Yumina. Garde-moi à tes côtés. S’il te plaît, Touya ? »

Sue m’avait serré les bras aussi fort qu’elle le pouvait et, incapable de me résoudre à la repousser, j’étais resté là avec elle. D’après ce que j’avais entendu, je ne pensais pas que ce mariage rendrait Sue très heureuse. Cependant, étant donné que cela impliquait Belfast politiquement, ce n’était pas quelque chose dont je pouvais m’occuper juste comme ça.

« … je suppose que je devrais aller en discuter avec tout le monde. »

Ce « Tout le monde » impliquait le duc, le roi et mes futures femmes.

***

Partie 2

« Eh bien, pourquoi pas ? Ça a été long à venir. »

« Je ne vois pas de problèmes à en discuter. »

« Tu sais, j’ai toujours eu le sentiment que les choses allaient finir comme ça de toute façon, je l’ai toujours su. »

« Je suis heureuse que nous ayons une nouvelle compagne ! »

« Tu vois, Touya ? Ça s’est passé comme je te l’avais dit, n’est-ce pas ? »

Vous, pourquoi ? Pourquoi chacune d’entre vous réagissait-elle comme ça !? J’avais essayé de consulter Yumina et les autres au sujet de la situation de Sue, et elles avaient toutes acquiescé de la tête.

« Eh bien, on peut en reparler plus tard… »

Je ne pouvais pas accepter aussi facilement, mais c’était hors de propos. Ce n’était pas la question au départ.

« La question est de savoir comment refuser poliment la proposition du prince Zabune. »

« Ne serait-ce pas bien de dire qu’elle déménage à Brunhild en tant qu’épouse du grand-duc ? »

« Cela aurait des répercussions pour le royaume de Belfast. Le prince Zabune est un homme persévérant et très rancunier. Dans le pire des cas, il pourrait mettre fin au commerce avec Belfast une fois monté sur le trône. Ce serait un coup dur pour notre économie. »

Leim fronça les sourcils en parlant. Je ne pensais pas vraiment que le prince serait aussi mesquin.

Pourtant, il va falloir que l’on s’embarque dans une horrible situation… J’étais vraiment contre le fait que Sue se marie avec une ordure comme lui. Mais je n’étais pas tout à fait sûr de ce qu’on pouvait tirer de nos manches.

Il vaudrait peut-être mieux que l’autre partie change d’avis et ne prenne pas Sue pour épouse.

« Le problème, c’est le rejet lui-même. C’est quand même une affaire d’État. Est-ce vraiment bon d’être à l’écoute de nos suggestions ? »

Hrmph, que faire… ? J’avais croisé les bras et poussé un profond soupir, quand Cesca avait soudainement levé la main.

« La ligne de conduite la plus logique serait de le tuer et d’en finir avec ça. »

« Es-tu folle !? »

Espèce de robot-servante idiote, n’ouvre pas ta gueule ! Cela dit, elle avait raison. Cela résoudrait certainement un grand nombre de nos problèmes immédiats… mais cela en causera d’autres à long terme !

« Je serais plus qu’heureuse de mettre fin à la vie d’un pathétique prince idiot de trente ans. Un misérable petit bout de vermine pédophile qui joue avec les femmes pour masquer ses propres faiblesses… il ne gagnera aucune sagesse avec l’âge, seulement de la souffrance. Il vaut mieux l’étouffer avant que sa flamme ne se propage. »

« … C’est facile, Cesca… Comment as-tu l’intention de le tuer, de toute façon ? »

Les paroles méprisantes de Cesca m’avaient déconcerté un instant, puis les autres gynoïdes étaient arrivés avec leurs petites contributions.

« Je vais préparer les balles du sniper, monsieur ! »

« Le cyanure de potassium le tuerait rapidement et douloureusement, sais-tu ? »

« J’aimerais… mettre fin à ce fou avec ma clé à pipe. »

Des coups de feu, des empoisonnements et des coups à l’ancienne ? Vous me faites peur parfois…

J’avais décidé d’ignorer ces robots et de revenir au sujet initial.

« Nous devrions d’abord visiter le domaine du Duc Ortlinde. Je lui expliquerai ce que ressent Sue et on trouvera quelque chose. Il y a peut-être quelque chose qu’on puisse encore faire. »

« … OK. »

Sue hocha la tête doucement. Cela étant décidé, je ne voyais aucune raison de retarder les choses. J’avais ouvert une [Porte] menant sur le domaine d’Ortlinde à Belfast.

« Ce problème me cause aussi beaucoup de stress, je te l’assure. »

Le duc Ortlinde poussa un profond soupir alors qu’il s’enfonçait dans son canapé. Il n’y avait que lui et moi dans la pièce. Malgré mon statut de grand-duc, nous n’avions pas fait de salutation officielle. Même si c’était probablement un faux pas à ce stade, je m’en fichais.

« Le bonheur de Sue est primordial pour moi. Par conséquent, ces fiançailles, si tu veux bien me pardonner mon expression, peuvent foutre le camp tout de suite ! Il y a sûrement une limite à l’audace de ce morveux ! Si le prince était dans cette pièce avec moi, je lui donnerais un coup de poing dans les dents ! »

Je ne pensais pas qu’il donnerait littéralement un coup de poing au prince dans les dents, car cela provoquerait un incident diplomatique, mais je m’inquiétais que la fureur paternelle du duc Ortlinde puisse atteindre des sommets sans précédent. En toute honnêteté, je frapperais probablement aussi le prince.

« D’un point de vue purement politique, c’est évidemment une bonne affaire. Au contraire, Belfast a plus à gagner de l’accord que Lihnea. Les mariages entre nobles sont souvent politiques, c’est tout simplement comme ça que ça marche. Dans une telle perspective, si ma Sue se marie avec lui, son sort sera mieux que d’habitude. »

« Les fiançailles de Yumina avec moi ne sont pas encore publiques, n’est-ce pas ? Je suis surpris que la demande en mariage ait été faite à Sue et pas à elle. »

« Yumina a actuellement des droits de succession directe au trône. D’autres pays supposeraient naturellement qu’elle ne sera pas à la merci d’un étranger, bien que nous savons tous les deux qu’elle devrait déjà être mariée. »

C’était logique. L’ordre de succession actuel pour le trône de Belfast était Yumina, puis le duc Ortlinde, puis Sue. Mais si le bébé de la reine Yuel était un garçon, alors Yumina deviendrait la deuxième dans la liste. Si c’était une fille, le bébé passerait en second.

Si d’autres pays voulaient faire un mariage politique avec Yumina, ils devraient attendre que le bébé soit né. Si le bébé était de sexe masculin, ils seraient libres d’envoyer des propositions à Yumina, car elle ne serait plus liée au trône.

C’était comme ça que l’histoire se passait, même si ça m’avait toujours mis mal à l’aise…

« Ah ouais, il a dit qu’il était tombé amoureux de Sue lors d’une réception à Refreese ou quelque chose comme ça… »

« Bah. Qu’est-ce qu’elle faisait à une fête de toute façon !? »

Le duc Ortlinde fronça les sourcils, apparemment incapable de diriger correctement sa colère. Je pouvais comprendre ses sentiments. En tant que père, il ne pouvait qu’être hanté par la perspective d’un homme d’une trentaine d’années qui essayait de s’en prendre à sa petite fille.

« Malgré son âge, s’il était apprécié des gens, il aurait pu avoir la possibilité de me faire fléchir. Mais plus j’enquêtais, plus je réalisais que ce garçon n’était pas bon. Il ne pourra pas rendre ma Sue heureuse. »

J’avais remarqué que le duc Ortlinde l’appelait garçon, même s’il avait plus de trente ans. Je supposais que cela montrait ce qu’il pensait de lui.

D’après ce que j’avais entendu, le prince était un animal complaisant. Il jouait librement avec les bonnes et les filles nobles qui attiraient son attention, et il envoyait tous les chevaliers qui lui désobéissaient dans les régions éloignées et dangereuses avec des excuses à moitié bidons.

Il vivait aussi comme il l’entendait, dans un luxe total. Il refusait de payer ses impôts et exigeait des dîmes des marchands. Si un commerçant refusait de payer, il se faisait un devoir d’écraser leur entreprise. Et apparemment, sa luxure l’avait tellement asservi qu’on le voyait régulièrement en promenade en train d’arracher des femmes mariées, jouant avec elles jusqu’à ce qu’elles soient brisées, puis ne rien faire lorsque leurs maris se suicidaient. Mais la question de savoir si le suicide avait été assisté ou non n’était pas à l’ordre du jour…

« Pourquoi un prince comme lui n’a-t-il pas été renié ? »

« Wardack, Premier ministre de Lihnea, est le dirigeant suprême. Il gère toutes les affaires de l’État et détient tous les pouvoirs réels. Les rumeurs disent que le roi n’est qu’une figure de proue à ce stade. »

Wardack ? Même le nom sonnait mal.

« Wardack est le cousin de la mère de Zabune, la reine Dacia. Il fait ce qu’il veut en utilisant ça comme moyen de défense. La reine Dacia, à son tour, donne au prince Zabune tout ce qu’il veut. C’est sûrement ce genre de dorlotement qui a créé l’animal qu’il est. »

Hmph… Il n’est pas bon que tout le pouvoir soit détenu par une seule personne. On dirait que le roi ne peut pas tenir tête à la reine non plus… Je ferais mieux de m’assurer que cela ne m’arrive pas !

« Alors, que penses-tu que l’on dit faire pour les fiançailles ? »

« … Qu’est-ce qu’on devrait faire ? »

Ma question m’avait été renvoyée. Naturellement, j’étais contre. Je ne voulais pas que Sue épouse un monstre monstrueux.

« … pourrais-je le tuer ? »

« … Même si ce n’était qu’une plaisanterie, je ne m’y opposerais pas. »

« Haha… ouais… »

Pourtant, c’était juste une blague. Cette Cesca avait dû déteindre sur moi.

Cela dit, ce serait une terrible nouvelle pour Lihnea que de voir cet idiot de prince devenir roi. Oh, mais peu importe qui devrait accéder au trône étant donné qu’il ne sera que le pantin de Wardack. Avoir ce crétin sous contrôle rendrait les choses plus faciles à contrôler.

« Nous pourrions éviter cette situation si tu prends Sue pour épouse, Touya, mais… »

« Mais quoi ? »

« Ce prince idiot dirigerait sûrement toute sa colère contre le duché de Brunhild. »

« Merde. »

Il n’y avait pas eu de contact formel entre le royaume de Lihnea et mon duché de Brunhild, alors je doutais qu’il y ait beaucoup de dégâts, mais… Je ne voulais pas que notre première interaction soit entachée par sa colère débridée.

« N’es-tu pas d’accord ? »

« Ce n’est pas comme si je n’étais pas d’accord, c’est juste… Je ne vois Sue en ce moment que comme une petite sœur mignonne… Je suis aussi fiancé à cinq autres femmes ! »

« Heh, en ce moment, dis-tu ? Alors il y a toujours une chance. Pourtant, il n’y a aucune raison pour qu’un monarque n’ait pas plusieurs épouses, tant qu’il a les moyens de les soutenir et de les aimer toutes. Même le Roi-Bête de Mismede et l’empereur de Refreese ont des concubines. En fait, je crois que le roi du royaume brûlant de Sandora a vingt-six femmes. »

Sérieusement !? C’est un vrai harem ! Mais même le shogunat Tokugawa avait un tas de concubines dans le palais intérieur.

« En fait, tu pourrais te retrouver avec une crise de succession si tu n’avais pas d’autres mariées ou maîtresses… »

Hmph… je suppose que c’est vrai, mais… J’ai l’impression qu’une crise successorale serait encore pire s’il y avait trop d’héritiers.

« Que faire… pour arrêter ça… hm… »

Le duc Ortlinde se tut un moment et se mit à réfléchir sérieusement.

« Cela impliquerait de se mêler des affaires d’un pays étranger, mais… nous pourrions placer le second prince sur le trône à la place de cet idiot. »

« Un second prince ? Tu veux dire qu’il n’y en a pas qu’un ? »

« Oui, l’enfant d’une concubine. Il vit dans une cabane près du palais, détaché des luxes de cette vie. On dit que c’est un jeune homme merveilleux, mais il a une honte profondément enracinée en lui. Pourtant, à l’heure actuelle même un homme ordinaire serait meilleur que cet idiot de prince. »

Une autre mère ? Ce qui veut dire qu’il n’était pas lié au ministre Wardack.

Il avait probablement eu de la chance d’être encore en vie. Étant donné sa position de second prince, il y aurait probablement un camp qui voudrait qu’il soit couronné à la place de son frère aîné. De ce point de vue, il serait probablement considéré comme un parasite par Zabune, alors j’avais été surpris qu’il ne l’ait pas encore fait exécuter.

« Il y avait des familles nobles qui ont suggéré que le jeune prince succède, mais le Premier ministre Wardack les a fait taire. La mère du second prince est aussi mortellement malade et isolée du monde. Il n’a personne pour le soutenir, alors ils peuvent le traiter comme ils le souhaitent. Ils vont le laisser vivre dans la misère jusqu’à sa mort. »

C’est horrible.

D’après ce que m’avait dit le duc Ortlinde, il avait vingt-deux ans, mais n’était pas encore marié. Apparemment, ce stupide prince n’était pas le seul dans sa famille à vivre aussi longtemps sans être marié, du moins selon les normes de ce monde.

« Donc pour que le second prince soit couronné, le premier doit être renié, non ? »

« Oui, c’est exact. »

C’était une situation délicate. S’immiscer dans les affaires d’État d’un autre pays comme celui-ci serait considéré comme une conspiration de haut niveau… En plus, j’étais grand-duc. Je dirigeais mon propre pays ! Ce serait vraiment mauvais si je me faisais prendre là-dedans !

Il était vrai que je devais prendre en compte mes propres affaires politiques. S’il était démontré que j’avais planifié une telle chose, mes relations diplomatiques avec d’autres pays pourraient s’en trouver désastreuses…

J’avais déjà pris ma décision : de toute façon, je n’abandonnerais pas Sue.

« Qu’a dit Sa Majesté ? »

« Il a dit de le rejeter immédiatement. Il a dit qu’on n’a pas besoin de la charité de Lihnea si Sue en était le prix. »

Le duc parla fièrement de son frère avec un léger sourire sur son visage. Sa Majesté le roi de Belfast était vraiment un spécimen étonnant. J’étais heureux d’apprendre qu’il était d’accord. De plus, ce n’était pas comme si nous savions avec certitude que le rejet allait détruire les relations commerciales entre les deux pays. Et même si c’était le cas, ce ne serait pas avant que ce crétin de prince soit mis sur le trône.

Le commerce avec Belfast leur profitait certainement aussi, alors j’avais l’impression que le Premier ministre Wardack n’y mettrait pas fin. S’il n’était pas un idiot, du moins je le pensais.

« Alors on rejette la proposition ? »

« Oui. Je vais le faire. Je suis sûr que d’autres nobles en parleront, mais ils ne pourront en parler qu’après que leurs filles aient été pourchassées. »

Exactement. Au moins Sue pourrait avoir maintenant l’esprit tranquille. Et tandis que je réfléchissais, quelqu’un frappa à la porte. Leim entra dans la pièce.

« Monsieur. Le messager du royaume de Lihnea est arrivé. »

« Oh ? Il a envoyé un messager ? Il a dû s’impatienter, mais il arrive au bon moment ! Faites-le entrer. »

« Très bien. »

J’avais essayé de quitter la pièce, mais le duc Ortlinde m’attrapa par l’épaule.

Au bout d’un moment, un jeune homme qui semblait avoir une vingtaine d’années était rentré. Il s’inclina d’une manière calme et formelle, permettant à ses cheveux châtains attachés de se secouer un peu.

« Très estimé duc Ortlinde. Pardonnez mon impolitesse et mon intrusion, j’ai été envoyé pour recevoir votre réponse suite à la proposition du prince. »

« Ne vous inquiétez pas, vous ne me dérangez pas. Asseyez-vous, je vous en prie. »

Les deux s’installèrent sur des sièges confortables, face à face, un peu loin de moi. Le duc Ortlinde était à ma droite et le messager à ma gauche. Je me sentais presque comme un arbitre au début d’un match de football.

Le messager de Lihnea jeta un coup d’œil dans ma direction et allait ouvrir la bouche, mais le duc Ortlinde s’était mis à parler.

« Bien que nous apprécions la proposition, je crains que nous ne devions la rejeter pour le moment. »

« … Si ça ne vous dérange pas, je peux vous en demander la raison ? »

Hm ? Vient-il de sourire ? Ça ressemblait pourtant à un sourire ironique, et pas à un rictus… Je suppose qu’il s’y attendait.

« En effet, il a été décidé que ma fille épouserait un autre homme. »

Attends… non, ne fais pas ça ! C’est… non !

« … et à qui sera-t-elle fiancée ? »

« À l’homme se trouvant dans la même pièce que nous. Je vous présente Son Altesse le grand-duc de Brunhild, Mochizuki Touya. »

Espèce d’enfoiré sournois ! Tu t’es bien servi de moi !? Si je m’y oppose maintenant, le messager pensera que tu mens ! Je me suis bien fait avoir !

« Cet homme est le souverain du Duché de Brunhild !? »

Les yeux du jeune messager s’élargirent, il était en état de choc. Il s’était immédiatement levé et s’était mis à se prosterner sur le sol. Ah, attends… arrête. Ce n’est pas nécessaire ! Arrête de t’incliner !

« Je n’aurais jamais cru que je pourrais vous rencontrer ici… Dieu merci… oh, Dieu merci !! »

Attends… euh, hein ? N’en fais-tu pas un peu trop ? Calme-toi un peu, mec !

« J’ai entendu parler de vous, Milord ! Des histoires merveilleuses qui inspirent la crainte ! Pardonnez mon égoïsme, mais permettez-moi de vous demander… est-il vrai que vous pouvez utiliser la magie de transport ? »

« Hein ? Euh, oui. C’est vrai… »

« S’il vous plaît, sauvez ma mère ! »

Attends ? Désolé, mais je ne comprends rien. Il y a trop d’intrigues tout à coup ici. Quelle mère ! Quand a-t-il appris que je pouvais me téléporter !? Je suppose qu’il a pu en entendre parler suite au coup d’État, ou peut-être quand j’achetais des choses en vrac… ou peut-être quand je… l’utilisais simplement comme une commodité quotidienne… Je suppose que je ne l’ai pas du tout vraiment caché, hein.

« Désolé, pouvez-vous reprendre tout depuis le début ? Qu’est-ce qui se passe exactement ? »

« Mon nom est Cloud Zeph Lihnea. Je suis le second prince du royaume de Lihnea. »

On se regardait, le duc Ortlinde et moi, la mâchoire relâchée. Nos halètements se chevauchaient. Le second prince ? Ici ? L’héritier illégitime qui avait été traité comme un déchet ? Pourquoi était-il ici en tant que messager ? Était-ce un nouvel acte de cruauté de la part de sa famille ?

« Si vous êtes le deuxième prince, ça veut dire que vous êtes là parce que ta mère est malade… Voulez-vous que je guérisse sa maladie ? »

« Ma mère n’a pas de maladie. En vérité, elle a été enfermée. Elle est dans les griffes de cette sale ordure de ministre Wardack ! »

Cloud, le second prince, leva la tête. Ses yeux brûlaient de rage.

Évidemment, je savais bien que ce genre de choses allaient arriver.

***

Partie 3

Cloud Zeph Lihnea Lihnea, second prince du Royaume de Lihnea, vivait une vie de reclus.

Dès sa naissance, on l’avait enlevé à ses parents et on l’avait fait vivre dans une petite maison loin du château. Le temps qu’il découvre même qu’il était un prince, son frère lui avait déjà inculqué sa propre inutilité. Quand le prince Zabune était de bonne humeur, le second prince recevait des insultes toute la journée, sinon il recevait des coups de pied où il se faisait passer à tabac.

Cela ne le dérangeait pas de se faire insulter. Le jeune prince pouvait l’endurer, mais il ne supportait pas d’entendre sa mère se faire calomnier. Les gardes et autres jeunes fils de nobles familles ne l’aidaient pas non plus. En fait, ils le maintenaient au sol pendant que son frère aîné lui donnait des coups de pied dans les côtes et sur le visage.

Même si la mère du prince Cloud pouvait être considérée comme faisant partie de la noblesse, elle était à l’origine la fille d’une famille marchande. Ce n’est que par hasard qu’elle avait été adoptée dans une famille noble. Un baron et sa femme ne pouvant pas avoir d’enfants, ils avaient adopté la fille et l’avaient traitée comme la leur, lui accordant leur statut dans le processus. C’était pour cette raison que la mère du prince Zabune avait enseigné à son fils qu’il fallait mépriser son jeune frère par principe.

« Franchement, j’ai toujours voulu quitter le pays à cause de mon frère. Mais je ne pouvais pas abandonner ma mère et ils le savaient. Elle avait été faussement diagnostiquée et enfermée. Ma mère était maintenant isolée, cachée du monde. Ils ont dit qu’elle était contagieuse, et de ne pas l’approcher. »

Ils avaient effectivement pris sa mère en otage, laissant le jeune prince à la merci de son frère, sans issue. Le temps qu’il remarqua le statut de prisonnier de sa mère, il était même impossible de lui rendre visite.

« Elle est toujours en vie, non ? »

« Effectivement. Il y a une fille qui s’occupe de ma mère, ou du moins elle s’en est occupée. Cette fille est aussi une subordonnée d’un noble qui s’occupe de moi, donc je sais qu’elle est vivante grâce à ça. »

Pourquoi feraient-ils une chose pareille ? Est-ce que le grand frère est juste jaloux du plus jeune, ou quelque chose comme ça ?

« Mon frère s’attaque aux faibles. Il m’utilise pour des boulots comme celui-ci, pour montrer à tout le monde à quel point je suis pathétique. En m’utilisant comme messager, tout le monde voit que ma place dans le monde est celle d’un humble garçon de courses. Je ne suis rien de plus. »

C’est vraiment n’importe quoi. Je ne l’ai même pas encore rencontré et je le déteste.

« Et le roi ? Il n’en parle pas ? »

« Mon père ne peut pas s’élever contre le Premier ministre Wardack. Je crains qu’il ne soit tué s’il résiste aux caprices de cet homme. Les familles nobles qui soutenaient mon père ont aussi été chassées les unes après les autres. Mon père n’a pas d’amis dans cet endroit. »

Les mains du prince tremblèrent lorsqu’il répondit au duc Ortlinde. C’était bien pire que je ne le pensais. Le Premier ministre songeait probablement à remplacer le roi par quelqu’un qui faisait partie de sa famille. Cependant, le traiter de la même manière qu’une ampoule à remplacer était dingue. Attendez, attendez…

« Alors… la demande en mariage, c’était pour… »

« Je le crois aussi. L’intention serait d’annoncer son mariage en même temps qu’il prendrait le trône. »

Tout cela avait du sens… Ça voulait dire qu’il aurait pu choisir n’importe qui pour se marier, non ? Ou peut-être avait-il délibérément choisi Sue parce qu’elle était jeune et qu’elle se croyait faible ? Et même s’ils étaient mariés, un type comme Zabune ne laisserait pas une femme sur le même pied d’égalité que lui. Si Sue épousait ce crétin, elle pourrait finir par être maltraitée, tuée ou pire encore… c’était dégoûtant.

« Quand il a fait de moi son messager, j’ai vu qu’une opportunité se présentait. Je savais que le duc Ortlinde et Votre Altesse étaient de bons amis, alors j’avais l’intention de prier le duc Ortlinde de vous rencontrer. Mais je ne m’attendais pas à pouvoir vous rencontrer aujourd’hui. »

« Alors vous voulez que je sauve votre mère, c’est ça ? »

« Oui, absolument ! »

Le Prince Cloud recommença à s’agenouiller. Je me demandais quoi faire. Utiliser [Porte] serait assez facile. Trouver sa mère ne serait probablement pas impossible non plus, mais il pourrait y avoir quelques complications.

« Grand-Duc de Brunhild, si vous permettez… »

Le duc Ortlinde ouvrit soudain la bouche pour parler. Hm ? C’est quoi ce ton ? Est-il si mal de bavarder comme ça devant une tierce personne ou quoi ?

« Nous devrions convoquer immédiatement une réunion d’urgence des puissances occidentales. Nous ne devons pas nous contenter d’entendre l’opinion de Belfast. Il serait sage que nous écoutions également Regulus, Mismede et Refreese. Il serait raisonnable que vous soyez impliqué. »

Quoi !? Est-ce si important que ça !? Je ne suis pas opposé à entendre une seconde opinion, mais c’était un peu trop.

« Si le Prince Cloud le juge approprié, je crois que d’autres nations pourraient passer à l’action. Cet imbécile de premier prince devrait être destitué, et le prince Cloud devrait prendre le trône. »

QUOI !? Duke Ortlinde souriait alors qu’il parla avec une grande confiance. Tout ce que Cloud et moi avions pu faire, c’était le regarder fixement.

« … voici en gros la situation ! »

Les dirigeants de l’alliance occidentale étaient tous réunis dans une salle de réunion du château de Brunhild. Étaient présents des représentants du Royaume de Belfast, du Royaume de Mismede, de l’Imperium Refreese, de l’Empire Regulus et de la Théocratie Ramissh. Ramissh était devenu un nouveau membre de l’alliance.

Je leur avais donné un aperçu de la situation, leur expliquant que nous devions décider de notre prochaine ligne d’action.

« En fait, nos rapports de renseignements reflètent à peu près les mêmes informations. Le Premier ministre de Lihnea a largement plus de pouvoir que le roi. »

L’empereur de Régulus murmura cela, confirmant qu’il savait la même chose.

« Mon peuple n’a pas grand-chose à voir avec Lihnea, je ne pense pas avoir grand-chose à ajouter ici. »

Le Roi-bête se tapa le menton avec un doigt pendant qu’il parlait. Lihnea semblait avoir des relations régulières avec Belfast, Refreese et Regulus, mais pas avec Mismede ou Ramissh. Il en était de même pour Brunhild.

« Cela étant dit. Le premier prince et le Premier ministre m’offensent personnellement. J’ai pitié des citoyens. »

« En effet ! J’ai entendu dire que les habitants de Lihnea ont été lourdement taxés ces dernières années. L’excuse donnée était qu’ils préparaient un effort de guerre contre le royaume de Palouf. C’est vraiment gênant… »

Sa Sainteté le pape soupira et secoua la tête.

« Je ne me soucie pas de l’ascension du prince Cloud sur le trône. Il semble certainement qualifié, mais est-ce que cela va réparer les dommages déjà causés ? Je doute qu’un membre du gouvernement l’écoute, car ce dernier est rempli de proches corrompus du Premier ministre. »

Sa Majesté Impériale de Refreese avait également un but. Changer la tête ne changerait pas grand-chose si le corps lui-même était malade. Il faudrait retirer le mal à la racine.

« Qu’en pensez-vous ? »

J’avais pris la parole, m’adressant au prince. Celui-ci était stupéfait et s’était mis à babiller. L’Œil mystique de Yumina m’avait confirmé que c’était une bonne personne, et le pape était facilement capable de me dire s’il mentait.

« Eh bien… J’ai l’intention de me servir des gens que le Premier ministre a évincés ou exilés. Depuis plus d’une décennie, de nombreux nobles et ministres ont été mal traités en raison de leurs liens sociaux, y compris de nombreuses personnes talentueuses. La situation actuelle est que si vous ne pouvez pas payer Wardack, vous ne pouvez pas garder votre position. »

Le prince parla d’une manière désobligeante, et la bête secoua la tête en réponse.

« Immonde… et tellement corrompu… Ah, mes excuses. Je ne voulais pas dire du mal de votre nation. »

« Non, c’est… c’est vrai. »

Le prince Cloud baissa les yeux, ses yeux étaient remplis de tristesse. D’un autre côté, il avait de plus en plus l’air d’un homme bon et honnête.

« Avez-vous des nobles puissants ou compétents à vos côtés ? »

« Absolument. Le marquis Koupe est l’ancien premier ministre. Il a aussi le soutien et la confiance de la plupart des familles nobles, et c’est la personne qui m’a souvent soutenu dans l’ombre. »

Le prince Cloud répondit instantanément à la question du roi de Belfast. Il semblerait qu’il avait des amis aussi bien que des ennemis. On aurait dit qu’il y avait un grand nombre de familles puissantes qui n’aimaient pas Wardack. Si nous pouvions les unifier, le pays fonctionnerait bien même avec Cloud sur le trône.

« Mais à part ça, prince Cloud. Qu’est-ce que vous désirez réellement ? Si vous vouliez seulement aider ta mère, alors fuir le pays est une option tout aussi valable, non ? »

« … Non. J’en vu beaucoup trop de personnes souffrir entre les mains de mon frère et celle du Premier ministre Wardack. Je suis faible, impuissant. Je ne peux pas les aider. Mais si je peux faire quelque chose, même si mon aide arrive beaucoup trop tard, je veux le faire. »

« Ça voudrait dire que vous êtes prêt à commencer une révolution à Lihnea. Même si le Premier ministre détient le vrai pouvoir, vous serez en opposition avec le roi. Ça ne vous dérange pas d’aller à l’encontre de votre père ? »

« Si je dois le faire, alors je le ferais. »

Le jeune homme parlait avec confiance. Même si ce n’était pas dirigé contre le roi, c’était quand même un coup d’État. Dans l’idéal, cela se ferait sans mobilisation d’une force militaire.

« Alors, les amis ? Que dirions-nous de soutenir Lihnea… ? Non, la révolution du prince Cloud ? », avais-je demandé à tout le monde assis à table.

« Notre pays soutient le prince Cloud. La vile corruption à Lihnea pourrait s’étendre à nos patries si rien n’est fait. »

« Bravo, bravo ! »

Le roi de Belfast fut le premier à prendre la parole, suivi peu après par l’empereur de Refreese.

« L’Empire Regulus ne peut pas ignorer cela. Bien que nous ne puissions pas fournir activement des forces, nous offrons toujours notre soutien. »

L’empereur de Régulus avait également pris la parole. Ils ne s’étaient pas encore remis du récent coup d’État, de sorte que leur force militaire n’était pas à son apogée. Il était naturel qu’ils n’aient pas pu utiliser des ressources.

« Bien que notre pays n’ait rien à voir avec ce gâchis, je m’engage quand même à vous appuyer, vous et nos alliés. Je ne peux pas me résoudre à tolérer Lihnea telle qu’elle est maintenant. »

« Notre Sainte Nation ressent la même chose. Nous aussi, nous soutenons le Prince Cloud. »

Le Roi-bête et Sa Sainteté le pape avaient également promis leur soutien. Avec cela, tous les pays de l’alliance occidentale soutenaient Cloud comme le prochain roi de Lihnea. Il ne restait plus qu’à renverser le Premier ministre et ses larbins.

Idéalement, nous devrions éviter la guerre ou les campagnes militaires. J’étais sur le point de consulter les autres, quand ils se furent tous exprimés en même temps.

« Eh bien alors, Touya. Bonne chance ! »

Excusez-moi ! Êtes-vous en train de me dire que je devrais régler cette affaire tout seul !? Si ce n’est que sauver sa mère c’est possible, mais gérer toute la révolution !? Pas moyen !

« Désolé pour le dérangement, vraiment. Merci beaucoup pour votre aide. »

« A-Ah… non… C’est… C’est bon… »

J’avais souri raidement au Prince Cloud, qui était parti et avait recommencé à s’incliner. Qu’ils aillent tous au diable, je ne peux pas gagner ! Ensemble, ils étaient formidables, mais je supposais qu’ils n’étaient pas tous des dirigeants expérimentés sans raison. Ils étaient plutôt bons, je pouvais au moins leur donner cela…

« D’accord, camarades monarques ! On soutient tous Prince Cloud ? Bien. Maintenant, puisque nous sommes tous à Brunhild… nous devrions probablement aller améliorer nos relations diplomatiques. »

« Très bien. »

« Ah, enfin. »

« Hehe… »

À la remarque du roi de Belfast, les autres monarques commencèrent à sortir de la salle de conférence. Je savais ce qu’il voulait dire par améliorer leurs relations diplomatiques, car ils se dirigeaient tous vers la salle de jeu.

Il ne restait plus que moi, le prince Cloud et le pape. Ces deux derniers restèrent avec moi, probablement parce qu’ils n’avaient aucune idée de ce qu’était la salle de jeu.

« Bon sang… Vous devriez vous joindre à eux, Votre Sainteté. Il y a aussi du thé et des sucreries en bas. C’est sa façon préférée de se détendre. »

« Hein ? Alors, j’adorerais. »

Bien sûr, la personne dont je faisais référence n’était autre que Dieu. Il avait récemment commencé à venir et à voler des collations dans ma salle de jeu. Je n’avais aucune idée de la façon dont il était capable de détecter leurs présences. Même le dieu de l’amour était venu de temps en temps et avait fini par manger plus de la moitié de mes bonbons.

J’avais été surpris de constater qu’ils avaient déjà trouvé les unités d’entraînement et qu’ils les pilotaient avec joie. Rosetta et Monica étaient là pour faire de la maintenance, et avaient apparemment décidé de s’arrêter et d’enseigner à tous les monarques de l’alliance occidentale comment utiliser un simulateur de robot géant.

Ils avaient été développés au point où quatre joueurs pouvaient jouer en même temps. L’écran externe montrait les quatre Frame Gears présents dans la simulation, ils étaient colorés respectivement en Rouge, Bleu, Jaune et Mauve. Mais je ne savais pas qui pilotait quoi. Mais cela n’avait pas d’importance, parce que chaque pilote était vraiment mauvais. Ils avaient tous sauté dans la mauvaise direction, puis avaient perdu l’équilibre et s’étaient effondrés. C’était plutôt drôle.

« Votre Altesse, qu’est-ce que c’est ? »

« Eh bien… »

Le prince Cloud et Sa Sainteté furent frappés de surprise. C’était naturel, il y avait beaucoup de trucs étrangers ici.

« C’est ma salle de jeux. C’est une pièce faite pour la détente et le jeu. Une fois par mois, les dirigeants de l’alliance occidentale viennent ici après s’être réunis dans mon château. »

Mais dernièrement, je me demandais s’ils avaient utilisé les réunions comme prétexte pour venir jouer. Au moins, cette fois-ci nous avions réglé un problème important.

Je m’étais demandé si je devais ou non commencer à former des pilotes d’autres pays. Après tout, la menace de la Phrase se rapprochait de plus en plus…

Si une quantité massive de Phrases franchissait la barrière, Brunhild seul ne serait certainement pas suffisant pour s’en occuper. En prêter à d’autres pays serait probablement une bonne idée. Ce serait bien de les rendre plus accessibles. Avoir seulement les dirigeants de chaque pays suffisamment formés pour piloter un Frame Gear serait un désastre en soi.

Alors que je réfléchissais à mon prochain plan d’action, j’avais demandé à Cesca et Lapis d’apporter des collations pour le prince Cloud et Sa Sainteté le pape. J’avais certainement beaucoup de choses à faire, mais je n’avais pas pu m’empêcher de penser que le leader le plus occupé dans la salle ce jour-là était moi.

***

Partie 4

J’avais utilisé [Rappel] pour récupérer les souvenirs du prince Cloud de sa maison, et de là, j’avais ouvert une [Porte] vers le royaume de Lihnea. Honnêtement, je n’aimais pas utiliser ce sort sur les garçons, mais j’étais bien obligé de le faire. Je ne voulais pas lui tenir la main, encore moins pousser mon front contre le sien.

Pour sauver la reine Erya, la mère du Prince Cloud, nous avions formé un groupe de cinq personnes. Il y avait le prince lui-même, moi, Elze, Yae et Kohaku. Nous voulions faire usage de mobilité et de discrétion plutôt que d’utiliser une force brute écrasante. Les autres membres du groupe resteraient à la maison en attendant. Après tout, je ne voulais pas amener trop de monde.

Nous étions sortis de la [Porte] et nous nous étions retrouvés à Nimue, la capitale de Lihnea. Le prince Cloud était un peu désorienté, mais c’était tout à fait normal puisque c’était la première fois qu’il voyageait par le portail.

« W-Wow… Nous avons vraiment atteint Lihnea en quelques instants… »

Nous étions apparus dans une ruelle pour ne pas être vus. Heureusement, il semblerait que personne ne nous ait détectés.

De là, nous allons appliquer à la lettre le plan que nous avions conçu. J’avais dit au prince Cloud de rapporter la réponse de la proposition, et de le faire comme si de rien n’était.

Après tout, je n’avais pas encore rencontré le premier prince ou le Premier ministre. J’avais besoin de voir de mes propres yeux quel genre de personnes ils étaient. J’avais choisi [Invisibilité] pour que chaque membre de notre groupe soit indétectable. Tous sauf le prince Cloud.

« Quel sort incroyable… ! Je ne vous vois pas du tout… »

« Nous ne sommes invisibles que pour les yeux. Si quelqu’un nous cogne, on nous sentira. S’il vous plaît, guidez-nous, puisque nous ne connaissons pas bien l’endroit. »

Le prince Cloud fit un petit signe de tête avant de retourner au château à un rythme légèrement plus lent que la moyenne.

Nous avions marché le long d’une route plus calme avec moins de monde, jusqu’à ce que nous soyons enfin arrivés au château. Les gardes jetèrent un petit coup d’œil vers Prince Cloud, n’offrant guère plus qu’un grognement. Je me sentais mal à l’aise. On pouvait vraiment dire qu’il avait été malmené par toutes les personnes du château, malgré son statut de prince.

Nous étions entrés dans la salle du château, et quelqu’un était venu de l’autre côté. Le prince Cloud se raidit, gela sur place et inclina lentement la tête.

« … Je suis rentré, grand frère. »

« Haha. Cloud ? C’était rapide, n’est-ce pas ? Qui aurait cru qu’une limace comme toi pouvait ramper si vite ? Ce doit être un mauvais présage, je planifie la pluie demain… »

Il était plus petit que Cloud, et assez décharné. Il avait une coupe au bol. Les côtés de sa bouche se courbaient en pointes malveillantes lorsqu’il gloussait. J’avais su alors que c’était le Premier Prince, Zabune. Il portait des bottes dorées, un foulard de soie fantaisie et des vêtements de style bariolé sur tout le corps.

« … Quel goût horrible ! »

J’avais entendu Elze marmonner, mais heureusement Zabune ne l’entendit pas.

Baisse d’un ton, imbécile ! Ta voix n’est pas inaudible ! Derrière lui se trouvait deux hommes qui ricanaient, et une femme qui regardait le sol. Les hommes étaient probablement ses disciples, et la femme… semblait être une esclave. Elle portait l’un de ces colliers autour du cou, comme celui que j’avais vu à Sandora. Je n’avais jamais entendu que Lihnea avait des pratiques d’esclavage.

« Eh bien ? Crache le morceau. Quelle a été la réponse ? Une bonne nouvelle, j’espère ? »

« Ah, non… il semblerait que la fille de Duke Ortlinde ait déjà un fiancé… C’est pour cette raison qu’ils ont refusé. »

« … Excuse-moi ? Qu’est-ce que tu viens de dire ? Parle plus fort. »

« … J’ai dit qu’ils ont décl —» THWACK ! Avant que Cloud ne puisse finir sa phrase, Zabune l’avait frappé à la mâchoire.

« Petit oursin inutile. Pourquoi ne l’as-tu pas enlevée !? Si tu l’avais amenée, j’aurais pu lui mettre un collier et il n’y aurait plus eu de problèmes. Espèce de petite merde stupide et peu intuitive ! »

Whoa... Qu’est-ce qu’il vient de dire ? Mettre un collier sur Sue ? C’était ce qu’il avait en tête !?

« Cette petite salope m’a regardé et a rigolé pendant la fête à Refreese ! Elle ! Une simple fille de duc qui se moque de moi ! Une fois que je l’aurai, je l’attacherai, puis j’entraînerai son corps. Je vais lui briser l’esprit ! Alors on verra qui rira le dernier ! »

Qu’est-ce que c’est que ce bordel… ? Si tu portais cette tenue stupide à la fête, alors il est probable que toutes les personnes présentes auraient ri, salaud… ! Les autres invités ont dû se retenir par politesse. Mais Sue n’est qu’une enfant ! Fous-toi du plomb dans le crâne, ordure !

« Tsk. Je n’arrive pas à croire que tu sois aussi inutile. Quelle misérable merde j’ai pour un jeune frère… ! Eh bien ? Qui est le fiancé ? As-tu au moins découvert son identité, n’est-ce pas ? »

« … Il s’agit du grand-duc de Brunhild, Mochizuki Touya. »

« Brunhild… ? Cette nation naissante ? Pah ! À quoi pensent ces débiles ? Ils ne vont rien gagner s’ils la marient à une si petite nation ! »

Petite !? Quel trou du cul… ! C’est bien une chose que je peux dire, mais pas lui !

Le prince Zabune se mit à regarder Cloud. Tout à coup, il s’était mis à réfléchir à quelque chose, puis il avait commencé à sourire méchamment.

« Hé, Cloud. Retourne à Belfast tout de suite, et tu vas commencer à raconter certaines histoires. »

« Je ne comprends pas ? »

« Va répandre la rumeur que le grand-duc de Brunhild est un pervers qui utilise et abuse des femmes. Si cela se répand, ce pathétique petit Ortlinde pourrait reconsidérer la situation… Après tout, il ne voudrait pas que sa fille se retrouve dans le lit d’un tel homme. Ne suis-je pas malin ? »

Mec, j’ai vraiment envie de le gifler. Je vais vraiment frapper ce type… attends que je règle ton putain de compte.

« … Si je répands cette rumeur, pourrais-je revoir ma mère ? »

« Quoi ? Ne te l’ai-je pas déjà dit ? Ta mère est malade, elle est contagieuse. Espèce d’abruti. Et si tu tombais malade aussi ? Qu’est-ce qu’on ferait alors ? Hm ? Eh bien ? Tu devrais être reconnaissant que je veille sur toi en tant que ton vénérable frère aîné. Hah… je te le redis encore une fois, elle pourrait mourir d’une minute à l’autre. »

Zabune avait souri à la fin de sa dernière phrase, à laquelle Cloud répondit avec les poings serrés et un regard furieux. L’expression du prince Zabune changea immédiatement.

« … Qui es-tu pour me regarder de cette manière ? »

De nulle part, Zabune avait frappé Cloud dans le ventre. Cloud sentit la douleur l’envahir tandis que Zabune le frappait encore. Puis, il lui donna un troisième coup de pied impitoyable.

« Espèce de petite merde pathétique ! Espèce de misérable petit asticot visqueux ! Comment oses-tu ! Comment oses-tu !! Tu devrais être reconnaissant d’être encore en vie… Tu devrais lécher mes bottes et embrasser le sol sur lequel j’ai marché, tu comprends !? Peut-être que tu apprendras un peu de respect si je te l’enfonce, petite merde ! »

L’agression brutale du prince Zabune s’était finalement calmée, tandis qu’une autre personne entra dans la pièce.

« Zabune ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Ah, Mère… J’étais en train d’éduquer mon petit frère turbulent, n’y pense plus. »

Ce qui au départ semblait être un cochon dans une robe rouge voyante était en fait une femme humaine. La créature voyante, obèse et maquillée, s’était pavanée dans les escaliers recouverts de tapis rouge avec plusieurs bonnes derrière elle. C’était clairement la reine Dacia, la mère de cet idiot. Ils ne se ressemblaient presque pas, la seule caractéristique commune étant leurs bouches sales et leurs regards corrompus.

« Oh mon Dieu, Cloud… Tu devrais vraiment comprendre ta position ici. Contrairement à toi, Zabune est celui qui portera l’avenir de notre nation. Ne l’ennuie pas avec des choses aussi insignifiantes, d’accord ? Bien que, je suppose que tu ne peux pas t’en empêcher… Tu dois avoir tellement de sang de roturier en toi du côté de ta mère qu’une telle stupidité vient naturellement, hm ? »

Elle fixa Cloud de ses yeux froids et glacés, avant de se tourner soudain vers Zabune avec un sourire chaleureux. La vitesse de son changement d’expression était pour le moins inquiétante.

« Que s’est-il passé avec la demande en mariage, Zabune ? »

« Cloud a tout gâché. Il est inutile. »

« Oh, mon pauvre petit bébé… Eh bien, Belfast est un petit pays stupide… Je suis sûr qu’il va bientôt se délabrer ! »

Au lieu de me sentir en colère, je m’étais trouvé plus surpris et étonné par l’échange que je voyais. Ces gens étaient vraiment des personnes peu ordinaires.

« Une fois assis sur le trône, je ne manquerai pas de punir tous ceux qui m’ont déçu. En parlant de ça, maman… J’aimerais vraiment devenir roi. Je n’ai pas besoin de me fiancer. »

« Très bien… Allons en discuter avec Wardack. »

« Oui, s’il te plaît ! »

Ils étaient partis tous les deux, emmenant leur entourage avec eux, oubliant complètement Cloud.

C’est un duo mère-enfant qui ne pouvait plus être sauvé… Ils sont beaucoup trop corrompus. Pourquoi le roi a-t-il épousé ce porc ? Est-ce un mariage politique ou l’ont-ils fait chanter ?

« Venez, Lumière ! Confort apaisant : [Magie curative] ! »

Le prince Cloud s’était levé en titubant après que je lui avais jeté la magie de rétablissement. Sa respiration était cependant lourde.

« Est-ce que ça va ? »

« Ça va… Ça ne fait plus mal. Merci beaucoup… »

La douleur physique avait disparu, mais j’étais sûr que les cicatrices mentales restaient. Son poing était encore serré et tremblant. Je pouvais voir le blanc de ses articulations. Je me demandais combien de temps il avait dû endurer ce traitement. Pour moi, c’était un miracle que Cloud ait survécu à tout cela sans être complètement brisé.

« Quel type dégoûtant… ! »

« En effet… j’ai senti l’envie de le mettre en pièces. »

Elze et Yae avaient parlé. Leur ton collectif débordait de colère. Mais je les comprenais. Je voulais faire du mal à Zabune aussi. Et salement en plus.

« Mais c’était quoi ce collier d’esclave… ? »

« Notre pays interdit ostensiblement l’esclavage… Cependant, mon frère aîné achète encore des colliers à un marchand de Sandora qui est passé il y a quelque temps. »

Si je n’avais pas été là, Sue aurait pu finir esclave… J’avais alors décidé que je ne laisserais pas Zabune partir avec une simple raclée… Pourtant, je pensais que j’agissais trop rapidement.

Nous nous étions déplacés dans une zone non visible derrière une colonne, puis nous avions annulé le sort d’invisibilité. De là, j’avais pris la fille esclave comme cible et j’activais une [Porte].

« Whuh… Hein ? »

J’avais ignoré son mouvement de panique après avoir été soudainement attiré vers ma position, et j’avais immédiatement utilisé [Apportez] pour lui enlever cet appareil dégoûtant.

Ses mains étaient montées jusqu’au cou quand elle avait vu le collier dans mes mains. Dès qu’elle avait réalisé qu’elle ne le portait plus, des larmes avaient commencé à couler de ses yeux comme de la pluie.

« C’est enlevé… Le collier est… h-ha… il est enlevé ! »

J’avais révélé notre identité à la jeune fille nouvellement libérée et je l’avais ramenée à Brunhild par une autre [Porte]. Après avoir brièvement expliqué la situation à Yumina, je lui avais demandé de s’occuper de la fille. Puis, j’étais retourné à la mission.

Peu de temps après, le prince et son entourage revinrent dans un état d’agitation, mais nous avions réactivé le sort [Invisibilité] et nous nous étions remis à l’abri.

« H-Hey ! Mon jouet n’était-il pas ici !? »

« Non, je ne l’ai pas vue. »

Zabune roula les yeux suite à la réponse de Cloud, puis se retourna rapidement. Lui et ses copains avaient commencé à monter les escaliers. J’avais brièvement pensé à me servir de [Glissade] pour leur faire une sale chute, mais avant que j’aie pu le faire, l’idiot de prince s’était arrêté de monter.

« Quelque chose ne va pas, prince Zabune ? »

« Wardack ! Mon jouet a disparu ! Elle a disparu, comme ça ! »

Un homme d’une cinquantaine d’années était arrivé en se promenant en haut des escaliers. Il était vêtu d’une longue robe noire. Wardack… ?

« Effectivement, c’est le Premier ministre Wardack. », chuchota Prince Cloud d’une voix si faible que nous pouvions à peine l’entendre.

Wardack avait le visage d’un bouledogue… C’était certainement le visage d’un méchant, probablement.

« N’as tu pas donné l’ordre qui la force à revenir ? »

« Je l’ai fait, mais elle n’est pas venue ! »

« Dans ce cas, déclenche l’ordre de tuer. À quoi sert un jouet qui refuse de fonctionner ? On va trouver son cadavre, le retirer et te trouver un jouet fonctionnel. »

Le Premier ministre haussa les épaules, exhortant cet imbécile de prince. J’étais dégoûté. Comment un agent de l’État pouvait-il se comporter ainsi ?

« Putain, c’est quoi ce bordel… ! Je n’ai même pas encore pu profiter pleinement d’elle. Tous ses membres sont intacts, ce n’est pas juste ! »

Zabune soupira, mais tandis qu’il parlait, le collier dans ma main avait rapidement rétréci… Si elle l’avait encore sur le cou, ça l’aurait lentement tuée.

Leur manque de respect pour la vie humaine avait fait bouillir mon sang. Ils faisaient des choses contre nature comme si c’était parfaitement naturel, et leur incompréhension de la nature vile derrière leurs actes était déroutante. Ces gens étaient cruels. Leurs comportements étaient pires que ceux des animaux. Et il fallait les arrêter.

« Bonjour, prince Cloud. Tu es déjà rentré de Belfast, n’est-ce pas ? As-tu réglé la proposition ? »

Wardack se déplaça jusqu’en bas des escaliers, les yeux fixés sur Cloud. Il n’était en aucun cas poli, son ton était presque moqueur. Il regardait clairement le jeune prince de haut.

« Je suis désolé de dire que cela a été refusé… »

« Ah. Eh bien, peu importe. En fait, c’est très bien. Tu vas avoir une nouvelle mission, de toute façon. Tu devras te rendre au Royaume de Palouf pour délivrer un message. »

« À Palouf ? Pour quoi faire ? »

Le Premier ministre Wardack avait simplement souri, ricanant sans cesse, il se retourna et quitta la pièce sans dire un mot avec Zabune. Le prince aîné avait l’air d’être encore de mauvaise humeur.

J’avais invoqué une petite souris et l’avais rendue invisible, et je lui avais demandé de suivre Wardack. J’avais l’impression que son sourire, à l’instant même, était celui d’un intrigant. Je savais qu’il valait mieux enquêter plutôt que de le laisser faire.

La souris les avait vite rattrapés et leurs voix avaient été projetées dans mon esprit.

« Wardack… pourquoi envoyer Cloud à Palouf ? Y a-t-il de jolies petites filles nobles ou royales pour remplacer mon jouet manquant ? »

« Non, ce n’est pas pour le mariage. »

« Pour quoi alors ? »

« Une déclaration de guerre, mon garçon. Le prince Cloud déclarera la guerre au royaume de Palouf. »

Je le savais… Il avait mis au point un plan misérable.

***

Partie 5

La plus grande île de la région occidentale était Palnea. C’était une île composée d’un royaume au nord et d’un royaume au sud. Le royaume du nord était connu sous le nom de Palouf, le royaume du sud était connu sous le nom de Lihnea.

Les deux pays s’étaient confrontés à plusieurs reprises et n’avaient pas de traité de paix officiel, mais ils ne s’étaient jamais engagés dans une guerre à grande échelle. Ils se livraient des escarmouches, puis cessaient les hostilités, puis ils répétaient le processus.

Les forces nationales de chaque pays étaient à peu près égales. Si l’un des camps déclarait la guerre à l’autre, le vainqueur remporterait une victoire à la Pyrrhus. Les dommages causés aux deux pays seraient beaucoup trop importants.

Mais ces dernières années, cet équilibre avait commencé à changer. Le roi de Palouf mourut tragiquement, et leur Premier ministre bienveillant mourut peu de temps après. De plus, en raison de mauvaises conditions climatiques, les récoltes avaient commencé à se détériorer à Palouf, offrant peu de rendement. Lihnea avait pour la même raison également subi quelques pertes, mais le plus gros des pertes avait frappé la nation du nord. C’était en raison de ce choix du moment stratégiquement opportun que le Premier ministre Wardack de Lihnea avait pris la décision d’unifier Palnea.

Wardack avait commencé les préparatifs en secret il y a quelque temps, tout cela pour porter le coup décisif à Palouf.

« Est-il d’usage d’envoyer le second prince déclarer la guerre ? »

« Je crois qu’ils complotent. Si le jeune prince délivre la lettre comme d’habitude, mais que son contenu est une déclaration de guerre… alors le destinataire se mettra en colère et tuera le messager. »

« Ce n’est certainement pas impossible… Ce n’est probablement pas leur objectif premier, mais je peux imaginer Wardack utiliser ma mort comme une sorte de tragédie pour souiller l’effort de guerre… »

Le prince Cloud avait rit amèrement. De toute évidence, il avait bien cerné la personnalité de Wardack. Il avait dû réaliser à quel point il était peu apprécié par les gens qui auraient dû être sa famille.

« Nous devons commencer à nous préparer. Cloud, je te le demande une dernière fois. À partir de maintenant, nous allons nous opposer à Wardack et à ses alliés. Es-tu d’accord avec ça ? »

« Parfaitement. Je le combattrai si c’est ce qu’il faut pour sauver ma mère. »

Il me regardait fixement, et sa volonté indomptable brillait clairement dans ses yeux.

La première phase du plan consistait en une rencontre avec l’ancien premier ministre, M. Koupe. On aurait besoin de son aide. C’était un marquis, donc il pourrait influencer d’autres familles nobles et nous aider à créer une faction pour soutenir Cloud. Plus important encore, il pourrait avoir des informations sur la mère du second prince.

Peu importe ce qui s’était passé, nous devrions agir vite.

« Je suis heureux de voir que vous avez une telle détermination, prince Cloud. Et comme vous avez le soutien de l’alliance occidentale, je sais maintenant qu’il n’y a plus rien à craindre. »

Le marquis Koupe s’agenouilla au sol devant Cloud tout en inclinant la tête. C’était la première fois que je le voyais être traité comme une personne de la famille royale. Il semblerait qu’ils se trouvaient dans un endroit assez éloigné de la capitale pour que l’opinion de l’idiot de prince ne compte pas beaucoup. Après tout, le manoir de Koupe était à la campagne. Et c’était un bel endroit.

« Naturellement, je vais coopérer avec vous… mais je veux éviter de nuire au pays. Si possible, pouvons-nous le faire sans recourir à la force ? »

« Ça veut juste dire que les seuls obstacles sont Zabune et Wardack. Si on arrête le Premier ministre et qu’on renie l’idiot de prince, tout sera parfait. »

Le marquis Koupe se leva et se tourna vers moi. J’avais du mal à croire qu’il avait plus de 60 ans. Ses muscles étaient dingues. Il avait perdu beaucoup de cheveux, et le peu de cheveux qui lui restait était blanc, mais il était difficile d’imaginer qu’une personne âgée puisse être aussi bien bâtie.

« Vaincre le Premier ministre ne sera pas une tâche très difficile… Mais faire perdre à Zabune son droit à la succession sera difficile. »

« Ne peut-il pas être déshérité pour les crimes odieux qu’il a commis jusqu’à présent ? »

Yae déclara tout haut ce qu’elle pensait, mais le marquis Koupe secoua simplement la tête.

« Il n’y a tout simplement pas assez de preuves. Le Premier ministre a couvert tout cela. Les personnes concernées craindraient également des représailles. Ils n’ont pas voulu témoigner contre lui. Sans la parole directe du roi, Zabune ne peut être déshérité… »

Mais je suppose que le roi ne peut pas s’opposer à la reine Dacia, hein… En fait, pourquoi pas ? Après tous, le faisait-elle chanter ?

« Dans le pire des cas… nous pourrions prendre le roi en otage et le forcer à remettre le trône au prince Cloud, mais… cela ne serait pas bon pour nous. »

« … Ouais, j’espère qu’on pourra éviter de faire ça. Nous ne voudrions pas que le prince soit vu comme un usurpateur qui a volé le trône. »

Ce serait la pire situation possible. Mais il fallait quand même faire vite, car la guerre avec Palouf était inévitable à ce rythme. Hmph… peut-être que Cesca est sur une bonne piste quand elle a suggéré de tuer cet abruti et d’en finir avec ça…

« Pour l’instant, nous devrions nous concentrer sur le sauvetage de la mère de Cloud. »

« La reine Erya est assignée à résidence dans la forteresse de Gallia. C’est un endroit qui a des attaches profondes avec Wardack. Un de mes subordonnés a réussi à s’infiltrer et a confirmé qu’Erya n’avait pas cette maladie. Mais c’est un endroit horrible. Si elle y reste plus longtemps, elle pourrait tomber malade. »

Si la situation était telle que Koupe l’avait décrite, je ne pourrais pas me permettre de perdre mon temps. Nous avions décidé que la forteresse de Gallia était notre premier arrêt.

Très bien, il est temps d’utiliser [Rappel] et de localiser l’endroit grâce à la mémoire du Marquis… Ugh, dégueu… Je dois tenir la main d’un vieil homme musclé et… oh mon Dieu, pas le front !

Après avoir fait cela, j’avais instinctivement enlacé Elze. Cela soulageait un peu…

Elle m’avait frappé.

La forteresse de Gallia était raisonnablement grande, mais pas aussi grande que le château de Brunhild. Cela ressemblait à un château niché dans les montagnes, mais il s’étendait aussi sur toute la longueur d’un col de montagne, bloquant le passage.

La reine Erya, la mère du prince Cloud, était enfermée dans la chambre la plus haute de la plus haute tour par la forteresse.

Grâce aux souvenirs du marquis Koupe, nous avions pu contourner cette haute sécurité. Nous nous étions glissés à l’intérieur de la forteresse. Le prince Cloud prit la parole alors qu’il regardait l’endroit où se trouvait sa mère.

« Les défenses ici sont assez fortes… Pourtant, nous devrions pouvoir tout contourner avec ton sort d’invisibilité… J’espère juste qu’on pourra joindre ma mère et la mettre bientôt en sécurité… »

« Cible verrouillée : Soldats de la forteresse. Invocation de [Paralysie]. »

« Verrouillage de la cible, succès. Invocation de [Paralysie]. »

J’entendis plusieurs halètements et grognements de partout dans la forteresse, et les soldats alignés le long de la porte d’entrée tombèrent au sol. Au moins, ce sort avait pu s’occuper de la plupart des soldats. [Paralysie] ne fonctionnerait pas sur les gens ayant une grande défense magique, ou ceux qui portaient des talismans, mais il était peu probable qu’il y en ait beaucoup qui répondraient à ces critères.

« Allons-y… »

« … Hm. »

J’avais appelé les autres tout en fonçant vers l’avant. Le prince Cloud me regardait, le visage livide. Yae avait soudainement posé une main sur son épaule et l’avait regardé dans les yeux. Elle secoua la tête comme pour dire :

« Ne t’en fais pas. Si tu t’inquiètes pour ça, tu t’inquiéteras sans cesse. »

Je n’avais aucune idée de ce que cela voulait dire.

Nous avions regardé les soldats effondrés alors que nous nous promenions dans le fort. Pour une raison ou une autre c’était très bien gardé. Maintenant que j’y pense, c’était même mieux gardé que le château royal. Une fois que nous étions entrés dans le château, j’avais remarqué qu’il y avait encore des gens qui bougeaient. Essentiellement des aides, du personnel subalterne… C’était logique, après tout j’avais spécifié les soldats. Eh bien…

Quand nous étions arrivés, ils coururent tous dehors, paniqués. Ils criaient quelque chose à propos d’une épidémie. Je supposais que de leur point de vue, mon action ressemblait un peu à ça.

Je les avais ignorés et j’étais entré dans la tour. J’avais pris les clés de la porte d’un soldat immobile, puis j’avais commencé à monter un escalier en colimaçon raide.

Vers la moitié de l’escalier, nous nous retrouvâmes face à face avec une jeune fille aux cheveux noirs d’une vingtaine d’années. Elle n’avait pas apparemment été affectée par le sort. C’était naturel, elle ne ressemblait en rien à un soldat.

« Nommez-vous ou j’appelle les gardes tout de suite ! »

« Je suis Cloud, second prince de Lihnea. Ma mère est ici, et je suis venu pour elle. S’il vous plaît, laissez-nous passer. »

« Prince Cloud !? »

La bonne aux longs cheveux noirs s’agenouilla soudainement. Elle inclina la tête. Oh, est-ce que ça pourrait être… ?

« Veuillez excuser mon comportement. Je m’appelle Angie. Je suis la femme de chambre personnelle de la reine Erya. Sur ordre du marquis Koupe, je l’ai protégée ici. »

« Ah, vous êtes Angie ? Koupe m’a tout dit sur vous. Merci beaucoup de nous avoir donné des informations concernant ma mère. Je vous suis très redevable. »

« Vos paroles m’honorent beaucoup trop… »

Je le savais ! C’est la servante de Koupe, celle qui avait été envoyée pour espionner.

« Votre mère n’est pas très loin d’ici. Continuez de grimper… »

« C’est quoi tout ce boucan !? »

Un soldat solitaire était venu nous attaquer d’en haut. Comme je m’y attendais, il y en avait au moins un qui avait résisté à mes effets.

Juste au moment où je dégainais Brunhild pour l’immobiliser, Angie s’était accroupi et lança un puissant coup de pied volant à la mâchoire de l’homme. Sa démonstration de vitesse et de force dépassait de loin mes attentes. Whoa...

« Angie… c’est vraiment une combattante. Elle bouge comme une pro… », marmonna Elze époustouflée.

Une femme de ménage combattante !? Si elle espionnait pour le Marquis, il lui faudrait bien plus qu’un simple minois.

« Très bien, allons-y. »

Angie avait pris les clés du soldat évanoui et avait commencé à nous conduire en haut des escaliers. Nous l’avions suivie consciencieusement.

Après avoir continué notre marche vers le haut des escaliers, nous étions arrivés devant une petite porte articulée à l’intérieur d’un mur. Il n’y avait plus de place pour monter. On était arrivé au sommet.

Angie l’ouvrit avec la clé, et le prince Cloud fonça tête baissée dans la pièce. Une femme seule était assise sur une petite chaise à bascule dans un coin, tricotant quelque chose. Elle avait l’air d’avoir la quarantaine. Elle ressemblait vraiment à Cloud. Je pouvais voir l’esprit doux dans ses yeux.

« Maman ! »

« C-Cloud… ? C’est… vraiment toi !? Cloud ! »

Le parent et l’enfant versèrent des larmes de joie en s’enlaçant. J’avais entendu quelque chose derrière moi et je m’étais rapidement retourné. Yae pleurait ouvertement. Elle devait être totalement chamboulée. Eh bien, je pouvais en comprendre la raison… Yae était certainement une fille ayant un beau cœur.

Je pris un mouchoir de ma poche et je le donnais à Yae. Elle s’était mouché délicatement avec, puis elle s’était essuyé les yeux. Pfft…

« Cloud… tu as tellement grandi… Je suis si contente d’avoir survécu en voyant ça… Je suis si contente… ! »

« Mère… quittons cet endroit immédiatement. Votre Altesse, si vous voulez bien… »

« Je m’en occupe. »

« Altesse… ? »

J’avais tout de suite ouvert une [Porte], et la reine Erya me jeta un regard perplexe. J’avais pensé les ramener directement à Brunhild, mais j’avais rapidement décidé que le manoir du marquis Koupe serait le mieux pour le moment.

Le prince Cloud prit sa mère confuse par la main et la conduisit à travers la [Porte]. Angie avait été tout aussi surprise, alors nous l’avions encouragée à passer.

Sur ce, la mission de sauvetage était terminée. Avec cela, le prince Cloud n’était plus enchaîné… Et avec ça, on pouvait enfin commencer la révolution.

Heheh… Maintenant, voyons voir… Comment vais-je m’y prendre avec ce salaud de rat qui voulait faire de Sue une esclave… ? Ohohoho… Je ne vais pas y aller mollo avec lui… Maintenant il n’y a plus rien qui me retient… J’avais gloussé en moi-même.

« … Touya fait encore une tête effrayante. »

« Il prépare sûrement quelque chose de malveillant, c’est vrai. »

Je ne suis pas malveillant !

***

Partie 6

N’ayant plus rien qui le retenait, le prince Cloud abandonna le palais royal.

Le marquis Koupe hébergea Cloud et sa mère. Fort heureusement, ils n’avaient pas été découverts ou poursuivis. Ce n’est pas que comme si cela était important. Si quelqu’un les avait poursuivis, j’aurais pu le supprimer, ou bien utiliser une [Porte] pour nous enfuir.

La disparition soudaine du second prince avait provoqué un grand remue-ménage parmi les membres de la famille royale. J’avais utilisé mes petits espions pour voir ce qui se passait là-bas.

« Comment ça, Erya a été enlevée de Gallia !? Vous voulez dire que le Prince Cloud l’a enlevé !? Et les soldats, faisaient-ils la sieste ? »

« A-Ah bien… Le message du pigeon voyageur disait que tout le monde était soudainement immobilisé. Ils ne pouvaient rien faire ! »

Le Premier ministre Wardack frappa du poing contre son bureau pendant que le messager racontait son histoire. L’homme tremblant baissa rapidement la tête avant de s’enfuir de la pièce.

« Ne te l’avais-je pas dit, prince Zabune ? Il aurait été bien plus sage de… retirer ce garçon de ce monde. »

« C-Cloud, sale enfant bâtard ! Comment oses-tu te rebeller contre tes maîtres… ? »

L’idiot de prince ne semblait pas trop investi dans sa colère, mais la reine Dacia était devenue hystérique.

Une petite souris se cachait à l’ombre d’un rideau. Cette jolie petite chose était ma caméra d’espionnage parfaite.

Grâce à la magie, j’avais pu synchroniser mon sens de la vue et de l’ouïe avec ceux de la souris, ce qui m’avait permis de jeter un œil sur ce qui se passait.

« Si le prince Cloud et le marquis Koupe unissaient leurs forces, cela pourrait nous causer des ennuis légitimes… Pour l’instant, nous devrions nous concentrer sur le fait que Sa Majesté le roi cède le trône au Prince Zabune. Après ça, Cloud sera détenu et emprisonné. L’accusation spécifique n’étant que peu importante, du moment qu’on l’arrête. »

« Mais qu’en est-il de la guerre avec Palouf, Wardack ? »

« … Malheureusement, nous devons la reporter. Ce qui est important maintenant, c’est d’empêcher les graines de la révolution de prendre racine. »

« Tch… J’avais tant hâte de déguster la princesse Palouf, moi aussi… Eh bien, ça ne me dérange pas. J’aurais tout le temps pour ça une fois que je serai le roi de Lihnea. »

Zabune avait souri, probablement à la perspective de monter sur le trône, puis il avait quitté joyeusement la pièce.

Hm… Que faire ? Il vaudrait peut-être mieux attendre et laisser l’idiot de prince devenir roi, alors l’opinion publique ne serait pas si dure si nous le renversions…

Non, on ne peut pas faire ça. Plus on attendra, plus il y aura de victimes… J’avais décidé de la suite des choses.

« La chose la plus inquiétante est l’enlèvement d’Erya. Si la nouvelle parvient aux oreilles de ce roi stupide, eh bien… Il vaudrait mieux qu’il cède le trône à Zabune avant que cela n’arrive. »

Hein ? Wardack avait changé de ton… Il avait laissé tomber toutes les plaisanteries envers le roi, et n’appelait pas non plus Zabune par son titre officiel… C’était donc comme cela qu’il était véritablement, hein ? Pourtant, il était avec la reine Dacia… était-il bien pour lui de parler comme ça près d’elle parce que c’était sa cousine ?

« Après tout ce qui s’est passé, nous avons besoin que le garçon lui succède. Nous avons besoin de l’accord du roi pour sanctionner le marquis Koupe… Malédiction ! Pourtant, il ne sait probablement pas qu’Erya nous a été enlevée, mais… tant qu’on peut le garder dans l’ignorance, ça devrait aller. Même si tu dois utiliser la force, assure-toi que le roi déclare Koupe ennemi. Même s’il n’est pas d’accord, tant qu’il pense qu’on a Erya, il obéira. »

Hé, attends un peu… Erya n’avait pas été prise en otage pour garder Cloud sous leur coupe ? Cela signifiait-il que le roi a été un otage pendant tout ce temps ? S’il tient tant à Erya, il avait sûrement été transformé en un pantin disant oui à tout, sachant que sa femme était menacée de mort… C’était quand même une opportunité pour moi… Je vais les prendre sur le fait. J’avais utilisé la [Porte] pour envoyer mon smartphone à la souris, puis j’avais commencé un enregistrement.

« Si Erya et Cloud reviennent du côté du roi, ça nous posera un problème. Nous devons bloquer immédiatement le palais royal. Que personne n’entre ni ne sorte. Le premier point à l’ordre du jour sera que le roi cède son trône à Zabune devant les nobles. »

« Et qu’adviendra-t-il du roi une fois qu’il l’aura remis ? »

« Il sera éliminé. Normalement, je ne voudrais pas le faire si vite, mais les actions de Cloud signifient que nous pourrions avoir des mécontents ou un soulèvement bientôt. Nous devons nous assurer que le trône soit incontestable. »

Eh bien, c’est à peu près tout ce qu’il me fallait. Ils complotaient pour assassiner le roi en ce moment. De plus, la reine Dacia était aussi coupable que Wardack ! Cette preuve devrait permettre d’éviter que le Prince Cloud soit considéré comme un rebelle suspect. Maintenant, il y avait des preuves et des raisons de se rebeller.

« Après ça, Cloud sera tué dans certaines circonstances… Nous ne pouvons permettre à personne de la lignée royale de vivre. »

Hein ? Qu’est-ce que c’était ? Cela ne collait pas… Même si Cloud et le roi mouraient, Zabune serait toujours… Oh. Oh non. Non… ne me dites pas… Cela expliquerait pourquoi Zabune avait toujours été mieux traité que… Cloud…

« Notre famille revendiquera enfin le trône royal. Personne ne se mettra sur notre chemin. »

« Oui, après toutes ces années perdues, notre fils s’élèvera comme roi… »

« Ahaha ! C’est la naissance d’une toute nouvelle lignée royale, je suis si excitée… »

Les deux personnes ricanaient ensemble, des sourires tortueux étaient peints sur leurs visages.

***

« Notre famille revendiquera enfin le trône royal. Personne ne se mettra sur notre chemin. »

« Oui, après toutes ces années perdues, notre fils s’élèvera comme roi… »

« Ahaha ! C’est la naissance d’une toute nouvelle lignée royale, je suis si excitée… »

La lecture vidéo était terminée. J’avais regardé dans la pièce. Tout le monde était assis là dans un silence stupéfait.

« Alors… Le prince Zabune est le fils de Wardack et de la reine Dacia !? Ce n’est donc pas un coup d’État ? C’est une tentative de prendre le contrôle de la famille royale ? »

Le marquis Koupe se leva de sa chaise, les poings serrés. Il avait l’air furieux. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Comme il l’avait dit, c’était une tentative d’usurpation du trône. Si j’étais à sa place, je ne pourrais pas rester calme. Wardack avait maintenu la ruse au sujet du droit d’aînesse de Zabune pendant plus de trente ans. Il avait pris le contrôle de la structure politique du pays, puis il avait menacé le roi. C’était ainsi qu’il était devenu Premier ministre il y a dix ans, et sa corruption n’avait fait que s’aggraver.

Le fait était que Wardack avait probablement organisé la destitution de Koupe en tant que Premier ministre, tout comme il avait organisé tout le reste.

« C’était surprenant… Pourtant, la preuve est là. »

« Je suis d’accord. Cloud et ce misérable morveux ne partagent aucune caractéristique physique. Ils n’ont même pas un seul parent en commun. Ils ne sont pas du tout frères. »

Elze et Yae avaient parlé raisonnablement. Il était vrai qu’il n’y avait vraiment aucune ressemblance entre Cloud et Zabune, mais Zabune avait certainement les yeux méchants de Wardack et Dacia.

Il y a quelque chose dans le règne animal qu’on appelle le « parasite du couvain ». Certaines espèces d’oiseaux, comme le coucou, pondent leurs œufs dans des nids d’oiseaux complètement différents. Ces oiseaux élèveraient alors sans le savoir les coucous comme s’ils étaient les leurs, ce qui absoudrait les vrais parents de toute responsabilité. Cette situation m’avait fait penser à ça.

J’avais regardé le Prince Cloud, qui tremblait un peu dans son siège. Le prince entrelaça ses doigts, posant ses coudes sur ses genoux. Puis, il s’était soudainement levé.

« Mon frère, je veux dire Zabune… n’a donc aucun lien de parenté avec moi. Je n’ai plus de raison d’hésiter. Dans l’intérêt de ma mère, dans l’intérêt de mon père… dans l’intérêt de mon pays qui a été si monstrueusement méprisé, je vais me battre. Je m’opposerai aux traîtres qui tentent d’usurper ma nation. »

« Bien dit, Prince Cloud ! Vous êtes après tout le véritable héritier. Cette famille pathétique ne prendra jamais ce qui est à vous par droit d’aînesse ! »

Le marquis Koupe avait raison. Nous étions du côté de la justice. Nous avions sauvé la reine Erya, dont la vie servait de monnaie d’échange pour que le roi se conforme. L’adversaire n’avait plus d’atout à utiliser. Tout ce qu’on avait à faire, c’était de les forcer à dire la vérité. Mais d’abord, j’avais décidé de faire une petite enquête concluante.

J’avais utilisé [Invisibilité], j’avais coupé des cheveux de Wardack et de Zabune, puis je l’avais rapporté à Flora au laboratoire d’alchimie. Elle fit un test ADN, nous avions ainsi pu déterminer qu’ils étaient bien père et fils. Ainsi, nous avions des preuves que Zabune n’était pas le fils du roi. Ils n’étaient pas du tout liés.

Je devais le faire, juste pour en être sûr. C’était pour ma tranquillité d’esprit.

« Fufufu… Je referais le test à la naissance de vos enfants. »

« … Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? » Pourquoi me parlait-elle subitement de mes futurs enfants… ? Je ne pensais pas avoir à m’inquiéter sur le fait d’être leur père ou non.

Je commençais à comprendre pourquoi le shogun empêchait les hommes d’accéder au palais intérieur pendant la période Edo…

« Tu vas avoir beaucoup d’enfants, le savais-tu ? Le docteur a dit que tu vas en avoir, le savais-tu ? »

« Le docteur Babylon a dit que… ? Ne me dis pas qu’elle regardait si loin dans l’avenir… » Est-ce qu’elle utilisait encore cet artefact lui montrant le futur ? Jusqu’où regardait-elle ? Je supposais que j’aurais des enfants quand j’aurai 18 ans, hein… ? Est-ce que j’allais vraiment céder facilement à ce désir !?

Laissez-moi réfléchir… Ce sera donc dans un an et demi… Ah, attendez. La grossesse dure neuf mois, donc… Au plus tôt, cela pourrait se produire dans deux ans… Oh, mais dans ce monde, une année n’est pas composé de trois cent soixante-cinq jours… En fait, cela correspond à un peu plus d’un an sur Terre. Donc avec ça en tête, j’aurai peut-être plus de temps.

« Il y aura neuf mariées, chacune portant des enfants de toi, le savais-tu ? Tu seras un grand monarque avec de nombreux héritiers. »

Quoi !? Neuf enfants ou plus… On dirait que ça allait devenir problématique… Attends un peu. Neuf ? Elle avait dit neuf ?

« Que veux-tu dire exactement par neuf !? Je ne me souviens de rien à propos de neuf ! »

« Ne t’inquiète pas trop pour le moment, sais-tu ? »

Je vais sérieusement avoir autant de femmes… ? Quel genre d’avenir est-ce là !? Attends, attends un peu… Elze, Yumina, Linze, Yae et Lu… Cela en fait déjà cinq. Si j’ajoutais provisoirement Sue à ce chiffre, cela en fait six. Ça veut dire qu’il reste encore trois filles à découvrir ? Qui va me conduire vers elles ?

« … L’as-tu dit à quelqu’un ? »

« Je ne l’ai pas encore fait, sais-tu ? »

« Ne le dis à personne. Tu pourrais causer des dommages inutiles. »

Des dommages pour moi, surtout… Qu’est-ce que t’as pu bien faire, futur moi ?

« Oho. Alors j’accepterai ta proposition, sais-tu ? Je serais heureuse d’être l’une de tes épouses potentielles. »

« Quoi ? Non. La ferme ! Ne m’as-tu pas déjà dit que tu ne pouvais pas avoir d’enfants ? »

« Si nous combinons le laboratoire de recherche et les installations du laboratoire d’alchimie, il devrait être possible de créer un clone de toi, Maître. Ce serait comme si on avait un bébé, sais-tu ? »

« Absolument pas ! »

Je ne me sentais pas à l’aise d’avoir un « fils » clone parfait qui me suivrait partout. Après avoir averti Flora de ne pas parler inutilement, j’étais retourné chez le marquis Koupe.

J’avais dit à Elze et aux autres le rapport que j’avais reçu. Avec cela, il n’y avait aucun doute que Zabune était un faux héritier. Nous n’avions plus aucune raison d’hésiter.

« Il me reste donc une dernière chose à faire. »

« Tu vas quelque part, Touya-dono ? »

Yae avait penché sa tête sur le côté. Bien sûr, j’avais déjà décidé de ma destination.

« Je vais voir la première victime de tout ça. Il mérite de connaître la vérité. »

Pendant que je parlais, j’avais ouvert une [Porte].

***

Partie 7

Deux jours plus tard, toute la noblesse de Lihnea était réunie dans le palais royal. Pour un étranger, cela ressemblerait à une convocation régulière du roi, mais en vérité, Wardack les y avait tous appelés.

Moi et mon groupe, Koupe et Cloud étions tous entrés dans le palais. Nous nous étions cachés avec [Invisibilité] et nous nous étions tenus à l’écart des nobles rassemblés.

M. Wardack avait largement souri en s’adressant à tous ces gens.

La reine Dacia se tenait debout, souriante, sur le côté du trône, et le prince Zabune se tenait un peu en retrait du trône. Il avait cependant toujours ce sourire irritant sur son visage.

Juste au moment où les murmures dans la pièce atteignaient son paroxysme, une forte trompette retentit.

« Voici Sa Majesté le roi. »

Les nobles se turent devant les paroles du messager, tout en baissant la tête. Le roi de Lihnea se déplaça dans la pièce. L’homme avait facilement la cinquantaine. Il s’était tenu droit, et m’avait honnêtement rappelé un peu le Prince Cloud, mais son visage dégageait une aura beaucoup moins fiable.

Il portait une robe blanche accentuée d’un manteau rouge foncé sur les épaules. L’aura que cet homme dégageait était bien celle d’un roi. Il s’était assis sur son trône.

« J’irai droit au but, chers sujets. Je vous ai appelé pour exprimer mes intentions d’abdication. Je vais bientôt abandonner le trône. »

Le roi de Lihnea parla haut et fort, les nobles commencèrent à bavarder entre eux suite à cela. Seules trois personnes dans la pièce n’étaient pas surprises. Naturellement, ces trois-là étaient Wardack, Dacia et Zabune. Tous les trois se jetèrent des regards subtils, des sourires maladifs se répandirent sur leurs visages.

« Maintenant, à vous tous réunis ici, permettez-moi d’annoncer officiellement le prochain roi de Lihnea. Je transfère tous mes obligations, pouvoirs et devoirs à mon fils. Je démissionne officiellement. L’héritier de mon trône n’est, bien sûr, autre que le premier prince… »

Tous les regards s’étaient tournés vers Zabune. Cet idiot de prince à la coupe — souriait joyeusement tandis que les attentes des classes supérieures le submergeaient. Mais… tout n’allait pas se passer comme il s’y attendait.

« … Cloud. Je cède mon trône au Premier Prince Cloud Zeph Lihnea. »

Les nobles émirent tous des voix étonnées. Cependant, les voix les plus choquées et les plus terrifiées appartenaient au trio malicieux.

C’était à ce moment que je poussais le Prince Cloud dans le dos, désactivant ainsi le sort [Invisibilité].

Le marquis Koupe le suivit, presque comme s’il était l’escorte du jeune homme. J’étais resté invisible, moi comme les autres. Nous étions des étrangers ici, donc il valait mieux rester observateur.

« Quoi… ? Cloud, petit… ! »

Le prince Cloud ignora complètement les mots dédaigneux de Zabune et se dirigea vers le roi. Une fois au pied du trône, il s’agenouilla et s’inclina respectueusement.

« Merci, mon Père. J’en assumerai humblement la responsabilité. Je vous rendrai fier en tant que roi, je vous le promets. »

« Oui, mon fils. Je vous fais confiance. »

« Attendez une minute, bordel ! Qu’est-ce qui se passe ici !? »

Le prince Zabune ne pouvait pas s’empêcher de crier. Les nobles environnants étaient devenus agités en raison de cette déclaration soudaine, mais ils se calmèrent de nouveau quand Wardack se rendit vers le trône.

« Votre… Majesté ! Pardonnez mon impolitesse, mais… selon les lois mêmes de cette nation, le successeur doit être le premier prince. Même vous, vous ne pouvez pas briser une telle tradition, sûrement… »

« Oui, vous avez tout à fait raison. C’est pourquoi le Prince Cloud me succédera, au lieu de Zabune. J’ai dit que j’abdiquais en faveur du Premier Prince Cloud, n’est-ce pas ? »

« Vous — ! Mais… Ne soyez pas stupide ! Le premier prince est Zabune, pas Cloud ! Assez de cette mascarade ! »

La reine Dacia perdit complètement son sang-froid, criant après le roi. Le roi se mit à rire après l’avoir entendue parler, et bientôt son rire sifflant retentit dans toute la salle du trône. Dacia n’avait pas tardé à se laisser troubler par le comportement étrange du roi.

« Mascarade, Dacia ? Mascarade ? Comment oses-tu ? »

Le roi Schlaf de Lihnea se leva de son trône, ses yeux étaient ceux d’un faucon. Ils avaient été posés directement sur sa femme. Le roi complaisant et faible avait complètement disparu. Tout ce que j’avais vu en lui, c’était une fureur totalement libérée.

« Maintenant… mes chers nobles rassemblés, écoutez s’il vous plaît. Il y a une nation nichée entre Belfast et Regulus. Elle est toute récente. C’est un Grand Duché, le Duché de Brunhild. Elle est présidée par un grand-duc. Cet homme, un aventurier de rang Argent, a vaincu un dragon noir qui terrorisait Mismede. De plus, il a empêché un dangereux coup d’État dans l’empire Regulus, sauvant ainsi de nombreuses vies. L’homme qui a sauvé ce pays est aussi venu nous sauver. »

« Grand-Duc, avancez, s’il vous plaît. »

Le prince Cloud nous ayant appelés, j’avais alors désactivé le sort d’invisibilité. Elze et Yae étaient respectivement à ma gauche et à ma droite, tandis qu’un Kohaku de grande taille flânait tranquillement devant moi.

« Grand-Duc Touya, voulez-vous bien montrer aux gens ici présents ce que vous m’avez montré ? »

« … En es-tu sûr ? »

« Je le suis, mon garçon. Même si j’ai l’air d’un vieil homme misérable qui a été trompé pendant trois décennies… c’est une vérité qui doit être révélée. »

Le roi de Lihnea riait d’une manière auto-dérisoire.

« Très bien, dans ce cas. »

J’avais sorti mon smartphone et l’avais utilisé pour projeter une vidéo dans les airs. Il s’agissait d’un écran assez grand, clairement visible pour tout le monde dans la salle.

« Et qu’adviendra-t-il du roi une fois qu’il l’aura remis ? »

« Il sera éliminé. Normalement, je ne voudrais pas le faire si vite, mais les actions de Cloud ne me laissent pas le choix… »

« Attendez, ça… ! »

Wardack et Dacia avaient commencé à transpirer dès qu’ils avaient réalisé ce qu’ils voyaient. C’était des imbéciles… Ils n’auraient jamais dû parler d’assassiner le roi avec autant d’effronterie.

« Oui, après toutes ces années perdues, notre fils s’élèvera comme roi… »

« Ahaha ! C’est la naissance d’une toute nouvelle lignée royale, je suis si excitée… »

« Arrêtez ! Arrêtez ça tout de suite ! »

Wardack s’était furieusement jeté sur moi, mais il s’était retrouvé retenu par la masse puissante de Kohaku. Les nobles rassemblés avaient recommencé à murmurer entre eux.

« Ceci est un enregistrement de ce qui s’est passé pendant une réunion privée entre Wardack et Dacia. C’est un sort Néant de ma propre conception. J’ai tout regardé avec les yeux de mon familier. »

« C’est grotesque ! Votre Majesté, il y a sûrement une erreur… »

Wardack avait bafouillé et s’était clairement creusé la cervelle pour trouver une excuse. Le roi aurait pu le croire, s’il avait été un homme loyal et honnête. Cependant, Wardack n’était rien d’autre qu’un homme cruel qui n’utilisait que les menaces et la tromperie. Le roi n’avait aucune raison de croire en ses mensonges.

« Une erreur ? Hm… La seule erreur avait été de croire en votre histoire. J’ai dû sûrement passer pour un imbécile à vos yeux, hein ? Votre fils a été traité comme le premier prince. Je ne pouvais rien faire pour empêcher cela, car j’étais ignorant. Avez-vous trouvé ça drôle, Monsieur le Premier Ministre ? »

Wardack s’était écroulé quand les paroles du roi étaient sorties. Ses yeux s’élancèrent dans la pièce tandis que des torrents de sueur coulaient sur son front. Il n’avait rien d’autre à ajouter.

En fin de compte, le pouvoir de Wardack n’était qu’une version volée du pouvoir du roi. Avec la perte d’Erya, ils avaient l’intention d’échanger le roi marionnettiste contre Zabune. Et maintenant, tout cela était terminé, en quelques minutes seulement. Il avait été écrasé.

« Maintenant que ma chère Erya est en sécurité… Je n’ai aucune raison d’être clément. Wardack, vous êtes démis de vos fonctions. J’ai été bête. J’ai laissé mon inquiétude pour la santé d’Erya prendre le dessus sur mon esprit. J’aurais dû m’occuper de mon pays, mais vous avez profité de mes sentiments pour usurper mon pouvoir. Je ne suis rempli que de regrets, mais je ne peux pas changer le passé. Il est peut-être vrai que j’étais un roi sans valeur, mais c’est dix fois plus que vous, salaud. Vous êtes un Premier ministre sans valeur. »

« Père… » Le roi regarda le sol avec honte tandis que son fils le regardait tranquillement. La reine Dacia était simplement tombée à genoux en état de choc, stupéfaite.

Toute cette situation avait commencé par son infidélité. Aussi misérable qu’elle avait l’air, je n’avais aucune sympathie pour elle. Cette femme n’avait pas de conscience. Elle était plus que disposée à trahir son mari, à le tromper continuellement et à le faire tuer. Alors que je réfléchissais à de telles choses, l’idiot avait parlé.

« C’est quoi ces bêtises !? Je suis le premier prince ! Je suis le prochain roi ! Ce stupide petit veau ne peut pas prendre ma position légitime ! Wardack et maman ont planifié ta mort, je n’ai rien à voir avec ça ! Ce n’était pas moi ! Ce n’est pas juste ! »

« … Tu n’es qu’un stupide morveux, et il n’y a pas moyen de te racheter. »

Je ne pouvais rien faire d’autre que de soupirer devant les pitreries de Zabune. Tout ce qu’il faisait, c’était de prendre ses distances avec l’accusé. Quel égoïste ! Cela lui ressemblait parfaitement. Il ne s’était pas écoulé deux minutes et il essayait déjà de se sauver. C’était un idiot sans pareil.

« Stupide !? Comment oses-tu ! Qu’est-ce que tu es ? Tu n’es rien ! T’es un grand-duc, la belle affaire ! Ton pays n’est rien, tu m’entends !? Ne prends pas tes grands airs avec moi juste parce que tu as le droit de mettre ça dans la fille d’Ortlinde ! »

« [Gravité]. »

« Ghaugh !! »

Ma magie d’altération du poids avait fait s’effondrer cet idiot de prince. Attendez, ce n’était plus un prince. Ce n’était plus qu’un simple idiot. L’idiot en question était si pressé contre le sol qu’il avait l’air d’un cadavre sur la route.

Une fois le choc dissipé, il s’était mis à crier encore plus fort. Il ne comprenait vraiment pas sa position. Le prince Cloud était venu et m’avait parlé tout en soupirant.

« Votre Altesse, désactivez ce sort. »

« Hein ? Mais… »

« S’il vous plaît. »

J’avais fait ce que le Prince Cloud m’avait demandé. Zabune sauta sur ses pieds et lança un petit sourire courtois dans la direction de Cloud.

« Cloud, brave garçon ! Tu sais assez bien que je suis le seul d’entre nous à avoir le truc pour être le nouveau roi. Je pardonnerai tes transgressions, ne t’inquiè… »

« Silence. »

Le prince Cloud parla tranquillement à Zabune. Il tremblait. Zabune s’arrêta de parler, et une seule goutte de sueur coula sur son visage. Lentement, Cloud leva le poing en l’air.

« … Hé, qu’est-ce que tu fais là ? Tu veux vraiment me frapper ? Je ne te pardonnerai jamais. Les frères ne devraient pas se battre entre eux, compris ? »

« Tu… n’es… pas.. mon… Frère. »

Avec une férocité que je ne m’attendais pas à voir en lui, Cloud enfonça son poing dans le visage de Zabune. Ce dernier vola à reculons suite à l’impact, fit un petit tonneau et s’écrasa au sol en un tas froissé. Eh bien, cela devrait être suffisant maintenant.

« Z-Zabune ! »

Dacia courut vers son fils. L’idiot saignait abondamment du nez. Le roi de Lihnea avait simplement regardé tout cela se dérouler. Il jeta un regard froid sur Dacia, puis il se mit à parler.

« Même une cochonne comme toi aime son propre fils, hein ? J’éprouve de l’empathie. Mon propre fils m’est cher, après tout. Je crois que je comprends comment tu as réussi à traiter si mal Cloud. Je n’étais pas du tout contrarié de voir Zabune tomber. »

Wardack et Dacia avaient géré l’éducation de Zabune, de sorte que le roi avait été activement empêché de participer à sa vie la plupart du temps.

Ils se rencontrèrent bien quelques fois dans l’année, et le roi ne connaissait Zabune que par les rumeurs de ses mauvaises actions. Mais Wardack empêchait le roi de porter plainte contre Zabune. Ainsi, le roi de Lihnea n’avait jamais entretenu aucune affection paternelle envers Zabune.

La triste vérité était que si le roi avait été autorisé à élever correctement Zabune, il aurait pu l’élever avec amour dans son cœur. Alors, ses yeux n’auraient pas été si froids, même s’il avait appris que Zabune était l’enfant d’un autre homme.

« Gah ! »

Wardack avait réussi à sortir de son choc et tenta de quitter la pièce, mais je n’étais pas prêt à laisser cela se produire.

« [Gravité]. »

« Ghaaaaah !! »

L’homme au visage de bouledogue était tombé là où il se tenait. Amusant, il avait réagi à peu près de la même façon que Zabune. Il fallait s’y attendre, puisqu’ils étaient père et fils.

***

Partie 8

« Nous avons fouillé votre manoir. Il est très voyant, n’est-ce pas ? Il est certainement bien trop extravagant pour un homme au service de son pays. Corruption, détournement de fonds… contrebande, chantage… C’était une affaire lucrative, hein ? Ne vous inquiétez pas, le roi a toutes les preuves. »

« Et nous connaissons tous les nobles qui ont travaillé sous vos ordres. Ils ne nous échapperont pas non plus. »

Le marquis Koupe regarda la foule des nobles. Certains d’entre eux avaient l’air paniqués, tandis que d’autres se contentaient de regarder les gens autour d’eux avec surprise.

« Je suis vraiment un homme pathétique. C’est… tout est de ma faute. Tu as profité de ma faiblesse, en faisant tout ce que tu veux à cause de mon incapacité à agir. En vérité, le peuple serait mieux loti avec Cloud comme roi que moi… Pourtant, cet acte même pourrait être considéré comme un simple transfert de responsabilité. »

« Père, ne soyez pas stupide. Il y aura des moments où j’aurai besoin de vos conseils dans les jours à venir. N’hésitez pas à guider ma main quand je me tromperai de direction. »

« C-Cloud… Je suis vraiment désolé… »

Le roi prit les mains de son fils dans les siennes, les larmes aux yeux. C’était un spectacle émouvant. Enfin, après des années dans l’ombre, le Prince Cloud pouvait enfin rejoindre son père dans la lumière.

« Assez de ça ! Ne vous foutez pas de moi ! C’est mon pays ! Gardes, tuez-les ! Coupez-les ! Je vous donnerai l’argent, un statut, n’importe quoi !! »

Zabune avait commencé à parler comme un demeuré. Il en avait l’air aussi, puisque le sang coulait encore le long de son nez. Je me demandais si le « les » comprenait aussi le roi… Naturellement, personne ne lui obéit, de sorte qu’il ne restait de son ordre qu’un faible écho qui s’éteignit misérablement.

« J’ai vraiment de la peine pour lui maintenant. »

« Sérieusement… Quand on élève des enfants, il faut s’assurer qu’ils soient bien élevés… ou ils vont se transformer en, eh bien… ça. »

J’étais d’accord avec eux deux. Si ce type était mon fils, eh bien… Rien que l’idée me dégoûtait.

« Cesse donc ce spectacle dégoûtant. Tu n’es ni un prince, ni mon fils. Qui t’écouterait maintenant ? Non… il est temps que tu t’assoies, pour une fois. Va t’asseoir et va réfléchir à tous tes comportements odieux. »

Les dents de Zabune s’unirent dans un grincement terne, et son visage devint rouge furieux. Ce comportement odieux était apparu quand on avait enquêté sur les crimes de Wardack…

Nous avions entendu parler de toutes les femmes avec lesquelles il avait joué, de tous les paysans qu’il avait tués pour se divertir et de toutes les personnes qu’il avait enlevées et réduites en esclavage… Sans parler des gens qu’il avait violés devant leurs parents. Il semblait particulièrement heureux d’entendre leurs parents implorer leur pitié.

Cet homme, qui avait fait toutes sortes de choses perverses, ne regrettait rien. Il ne s’assoirait jamais et ne réfléchissait pas sur lui-même, alors il ne s’en souciait pas. Même face aux preuves, il serait du genre à dire qu’il avait raison et que tous les autres avaient tort.

À la fin de la journée, on se rendit compte à quel point Zabune était un enfant gâté. Je ne pensais pas qu’il fallait faire preuve de clémence.

« Votre Majesté… Que comptez-vous faire des trois traîtres ? »

« En ce qui concerne les charges, ils seront tous mis à mort. C’est la seule chose logique à faire pour sauver la face. Ce qui s’est passé finira bien par se savoir, alors nous devons nous occuper rapidement des auteurs. »

La liaison et la tromperie de la reine, le faux prince… le Premier ministre qui détenait le vrai pouvoir politique. Il va sans dire que cela donnera une mauvaise image de lui aux yeux des étrangers. Pourtant, il semblerait qu’il l’ait déjà accepté, alors au moins, il était prêt à atténuer les dégâts.

« E-Exécution !? Tu es devenu fou ! Ne t’avise pas ! »

Zabune se tortillait encore comme un ver, criant comme une banshee [1]. Honnêtement, je commençais à en avoir assez de lui. J’aurais aimé qu’il la ferme.

« Comment ose-t-il ? Comment oses-tu ? N’attends-tu pas depuis longtemps ta punition, misérable petit veau ? Tu n’es pas un prince. Tu n’es rien de plus qu’un vulgaire criminel. Personne ne viendra te sauver. Personne ne viendra te protéger ou te représenter. Accepte-le et sois un homme pour une fois. »

« Tais-toi ! Ta gueule, ta gueule, ta gueule, ta gueule ! Espèce de merde ! Je vais te tuer ! Tu ferais mieux de te souvenir de moi, compris !? Souviens-toi de ce visage ! Ton pays, tes femmes, je les baiserai toutes les deux ! »

« … Excuse-moi ? »

Qu’est-ce que tu viens de dire ?

Lentement, j’avais sorti Brunhild de son étui. Puis, j’avais visé la jambe droite de Zabune et je tirais. Les balles réelles avaient pénétré sa chair, faisant jaillir du sang depuis le point d’impact.

« Gyaaaaaaaaaaaah !! »

Zabune s’était effondré en un tas pathétique et tortillant, s’agrippant à la blessure. Sa voix était plus que dégoûtante. Je voulais qu’il se taise.

« Qu’est-ce que tu… !? »

« … Tu ferais quoi à celles qui me sont chères ? Tu jures de faire quoi à ma maison ? Tu crois vraiment que je te laisserais vivre, espèce de sale petite merde, après avoir osé menacer tout ce à quoi je tiens ? »

J’avais tiré une autre balle, cette fois-ci sur sa jambe gauche.

« A-Ahgh !! S’il te plait, cesse… ! Je… Je suis désolé ! Ne me tue pas… ! Je ne veux pas mourir !! »

« … Ces innocents que tu as torturés ne voulaient pas mourir. Tu t’es moqué d’eux. Tu as pris plaisir à leur souffrance. Pourquoi ne te ferais-je pas la même chose ? »

J’avais piétiné le bras de Zabune avec mon pied, le tenant en place sous ma chaussure. Après ça, j’avais posé le canon du Brunhild dans la paume de sa main droite. Puis, j’avais appuyé sur la détente.

Un grondement identique à un cri bestial et animal s’était frayé un chemin à travers ses lèvres. Soit par peur de la mort, soit par simple tourment, le misérable animal en habit humain connu sous le nom de Zabune… s’était évanoui.

J’avais rapidement utilisé la magie réparatrice pour soigner les blessures que j’avais faites. Je n’avais après tout jamais eu l’intention de le tuer. Il m’avait énervé, alors je voulais juste lui faire mal. Il n’y avait rien de plus. Punir Zabune n’était pas mon fardeau.

Il allait sans dire que ce bâtard irait tout droit en enfer, mais les gens dont il avait ruiné la vie ne seraient pas satisfaits si on lui donnait une mort aussi rapide. Ce qui lui arrivera dépendra maintenant du jugement du Prince… euh, du Roi Cloud.

« … Désolé. Je crois que j’ai un peu exagéré. »

Je m’étais excusé auprès du père de Cloud.

« Non, cela peut simplement être considéré comme une autre forme d’expiation. Bien que j’aie déclaré la peine de mort, ce qui lui arrivera est entre les mains de Cloud. J’ai quitté le trône, après tout. »

« Gardes, emmenez-les au donjon ! »

Sur l’ordre de leur nouveau roi, les gardes royaux entrèrent et appréhendèrent le méchant trio. C’est drôle, vu comment ils avaient complètement méprisé Cloud l’autre jour.

« Ça va, Touya ? »

« … Ouais, je me suis juste un peu énervé. »

Dès qu’il avait dit qu’il ferait des choses impliquant mon duché, Elze, et les autres… J’avais perdu mon sang-froid. Ce n’était pas comme s’il était capable de faire n’importe quoi, mais juste l’idée m’avait fait bouillir le sang.

C’était comme quand ces petits chevaliers s’étaient battus avec moi à Belfast. Je n’avais pas l’air de m’en faire, mais je n’arrivais pas à garder mon sang-froid quand les gens à qui je tenais étaient calomniés. Ce n’était pas ma faute si je pouvais si rapidement perdre la tête. J’avais vraiment besoin d’apprendre un peu plus de maîtrise de soi…

Pendant que je réfléchissais à de telles choses, j’avais vu Wardack, Dacia et Zabune se faire entraîner dans les cachots, donnant des coups de pied et hurlant tout le temps.

Juste après avoir succédé au trône, le prince, ou plutôt, le roi Cloud, avait commencé à mettre en place de massives réformes.

Sa première action avait été de réintégrer le marquis Koupe au poste de Premier ministre. Après cela, il avait fait examiner par les autorités toutes les preuves du détournement de fonds et de la corruption de Wardack. Les preuves avaient ensuite été utilisées pour arrêter les maisons marchandes qui avaient conspiré avec lui.

Il avait également veillé à purger la capitale royale des familles nobles qui avaient soutenu la campagne de terreur de Wardack.

De plus, il avait réduit les taxes imposées à la population. Et en plus de cela, il avait utilisé les gains mal acquis que Wardack avait accumulés et les avait redistribués à la population, créant plusieurs projets de travaux publics pour améliorer la qualité de vie à Lihnea.

Le manoir que Zabune appelait son chez-soi avait également fait l’objet d’une descente et un cachot avait été découvert dans le sous-sol. Plusieurs esclaves y vivaient en esclavage, tous munis d’un collier. J’avais rapidement enlevé leurs liens avec ma magie, libérant ainsi les innocents maltraités qui s’y trouvaient.

Wardack abusait de sa position depuis plus de dix ans. Il semblerait qu’il avait consacré tout son budget et toutes ses ressources nationales au renforcement de l’armée. Son but depuis le début était clairement la guerre.

En déclarant la guerre à Palouf et en réunissant l’île de Palnea sous une seule bannière, Wardack serait entré dans l’histoire comme un homme étonnant qui aurait accompli l’impossible.

En raison de cette orientation militariste, les gens avaient beaucoup souffert et les problèmes internes n’avaient pas été réglés. Il n’était même pas certain que Lihnea aurait été capable de gagner la guerre.

Dans l’ensemble, la puissance nationale de Lihnea n’avait jamais été aussi faible. J’espérais qu’ils pourraient éviter un conflit avec le royaume de Palouf, mais étant donné que le nord avait souffert d’une mauvaise récolte et qu’ils avaient aussi des problèmes en interne, il ne semblait pas que l’une ou l’autre des parties était en état de combattre. Ils continueraient probablement leur paix relative dans un avenir proche.

« Mais je me demande si je pourrai construire des relations amicales avec le royaume de Palouf. Il est peut-être difficile de guérir de vieilles blessures, mais je pense que ça en vaudrait la peine. »

« Oui… Oh, mais qu’est-ce que vas faire l’ancien roi ? »

« Père a passé chaque instant de sa vie avec Mère. En gros, il l’adore de toutes les façons possibles. Je pense qu’il essaie de se racheter de ne pas avoir été là pour elle durant la trahison de Wardack. »

Le roi Cloud était assis dans la salle de conférence de Brunhild, en train de discuter avec moi.

Après l’incident, j’avais fini par enquêter sur la façon dont le pays avait reçu la nouvelle, et j’avais été agréablement surpris de constater que le peuple avait pitié du roi qui avait été trompé par Wardack et Dacia. Ils le considéraient comme un homme malheureux qui avait été traité avec cruauté et induit en erreur. L’image du roi semblait bien conservée et la haine du peuple se concentrait davantage sur Zabune, Dacia et Wardack.

Le comportement hédoniste de Zabune était également bien connu des habitants de la ville du château, et l’opinion apparemment populaire dans le pays était que Lihnea allait connaître sa fin sous le règne du roi Zabune. Lorsqu’il avait été révélé que ce n’était qu’un prince imposteur, et qu’il serait dûment puni par la loi, les citoyens avaient été positivement exaltés. La haine pour cet idiot était clairement profonde.

« Alors, qu’est-il arrivé à ces trois-là à la fin ? La peine de mort ? »

« Non, en fait… Ils ont subi un sort beaucoup plus cruel. Leurs victimes ne pourraient pas reposer en paix si je les laissais partir avec quelque chose d’aussi définitif que la mort. »

« … Alors qu’est-ce que tu as fait ? »

« Les colliers d’esclaves que Zabune avait avec lui, eh bien… Je les ai utilisés. Ces trois-là ont été mis en esclavage et vendus à un marchand de Sandora. Ils sont probablement en train de travailler sous la houlette d’un maître sévère. »

C’était… hardcore.

Apparemment, Sandora entreprenait de très importantes fouilles, et l’opération avait été menée presque entièrement par des esclaves venus de tous les coins du pays. D’après ce que j’avais compris, la plupart de ces esclaves étaient d’odieux criminels, forcés de travailler de l’aube à la nuit tombée. C’était une vraie vie de prisonnier, un enfer inéluctable.

« Zabune n’a jamais levé le petit doigt de sa vie, alors j’imagine que c’est particulièrement désagréable pour lui. Pourtant, c’était une punition nécessaire. S’il mourait sans avoir goûté un peu de ce qu’il infligeait aux autres, les défunts ne pourraient jamais être satisfaits. »

Je supposais que c’était une question de perspective… était-ce cruel ou généreux ? D’un côté, c’était un travail infernal, mais de l’autre… ils étaient encore en vie. En fin de compte, c’était une question de point de vue.

C’était des criminels, il était donc juste qu’ils éprouvent une partie des souffrances qu’ils avaient infligées aux autres. Et comme je n’avais aucune sympathie pour eux, cela ne me dérangeait pas.

Notes

***

Partie 9

« Touya, mon garçon, on commence ? »

« Oh, c’est vrai. Désolé, je réfléchissais un peu. »

Le roi de Belfast s’éclaircit la gorge et se tint debout sur sa chaise. En regardant les autres dirigeants du monde réunis dans ma salle de conférence, il avait passé en revue l’ordre du jour de la réunion.

« Levez la main si vous désapprouvez l’adhésion du royaume de Lihnea à l’alliance occidentale. »

Pas un seul représentant ne s’y était opposé. Belfast, Refreese, Mismede, Regulus et Ramissh étaient tous d’accord. Manifestement, je ne m’y étais pas opposé non plus.

« Alors nous sommes tous d’accord. Accueillons Lihnea dans notre bercail. »

Cloud, le roi fraîchement couronné de Lihnea, inclina la tête. Tout le monde s’était rassemblé et avait applaudi. Son entrée officielle dans l’alliance signifierait que les autres membres seraient en mesure de l’appuyer comme il se doit. Bien qu’évidemment personne ne s’attendait à ce que quelqu’un fasse tout pour soutenir Lihnea.

« Ainsi… l’ordre du jour d’aujourd’hui est officiellement clos, dans ce cas… »

« Nous allons devoir approfondir nos liens en tant que dirigeants, hein ! »

« Hoho, je ne perdrai pas cette fois ! »

Encore ça !? Pssh… c’était déjà suffisamment problématique de le faire une fois par mois, mais je me demandais s’ils avaient convoqué la réunion plus tôt juste pour jouer au lieu de s’occuper de la situation de Lihnea… Eh bien, peut-être que ce serait amusant.

J’étais sorti de la salle de conférence avec le Roi-bête de Mismede et le roi de Belfast.

« Touya, mon garçon. Sont-ils au stade ? »

« … Ouais, mais cela m’a pris du temps. Veuillez me prévenir la prochaine fois… »

J’avais regardé les deux rois tout en poussant un petit soupir.

« Il y a un match entre Mismede et Belfast aujourd’hui, le savais-tu ? Tu devrais venir aussi, jeune roi. »

« Hm ? Un match ? Veux-tu parler d’un type de barrière ou quelque chose comme ça ? »

« C’est un match de baseball ! N’en as-tu jamais entendu parler ? Ne t’inquiète pas, je t’apprendrai tout ça ! »

Les empereurs de Régulus et de Refreese vinrent tous deux vers le Roi Cloud comme des vautours. Le pape les suivait rapidement… mais je me demandais si c’était par souci pour Cloud ou pour assister au match.

Quand avaient-ils eu le temps d’organiser un match ? Devoir transporter tous les joueurs ici à la dernière minute était un peu ennuyeux… Je suis quoi, un putain de bus !? J’étais un peu fâché, mais ce n’était pas grave.

Je l’avais communiqué aux chevaliers royaux, et ils avaient tous l’air impatients. Je me demandais si ceux qui avaient du temps libre étaient déjà allés au stade.

Hm… un match de baseball… Je me demandais si je devrais préparer du pop-corn. Le pop-corn au caramel serait pour l’instant une bonne idée… Je pouvais probablement me faire une tonne d’argent en même temps si j’utilisais aussi la magie. Le pop-corn allait donner soif à tout le monde, donc je devrais probablement aller chercher des rafraîchissements, comme des bières… Attendez… j’entre de plus en plus dans la peau d’un homme d’affaires là…

Alors que je réfléchissais à de telles choses tout en me rendant à la cuisine, j’entendis soudain le bruit de petits pieds qui couraient régulièrement dans ma direction. Attends un peu… ce bruit…

« Touuuuyyyyyaaaaaaaaa !! »

« Gwaugh ! »

Comme si cela venait de nulle part, j’avais été frappé par une féroce attaque latérale. O-Ow ! Ça fait vraiment mal, bordel.

« Père m’a tout raconté, Touya ! Tu l’as battu… Tu as battu ce méchant vieux prince juste pour moi ! Ah, tu es incroyable, Touya ! T’es vraiment stupéfiant ! Tu es fait pour être mon mari, Touya ! Je le savais, c’est tout ! »

Je m’étais évanoui. Tout d’un coup, Sue m’avait caressé la tête. Eh bien… C’est Cloud qui l’a tabassé.

« Eh bien, je veux dire… Je ne laisserais certainement pas un prince idiot comme lui t’avoir, mais je ne suis pas si sûr d’être un mari potentiel… »

« P-Père a dit que tu m’avais déjà approuvé… Suis-je vraiment si inutile pour toi ? »

Ne commence pas à pleurer comme ça. Si tu continues comme ça, tu finiras peut-être par être l’une des neuf mariées que Babylone avait vues…

Cinq mariées, c’était assez intimidant, pour sûr. Bien qu’il soit vrai que tout le monde avait approuvé, d’une manière ou d’une autre… C’était plus un fardeau qu’autre chose !

Sue était vraiment mignonne. Elle débordait d’énergie, et son visage était… eh bien, plus que joli, pour être juste. Elle était parfois un peu tête en l’air, mais pas d’une manière intolérable. J’étais certain qu’elle serait d’une grande beauté quand elle aura fini de grandir.

Pour l’instant, je ne peux pas te considérer comme autre chose qu’une petite sœur, Sue… Mais je veux dire… J’ai l’impression que je pourrais finir par te voir comme je vois les autres, avec le temps. Non, je n’ai pas pu… Je le ferai probablement. La même chose s’est de toute façon produite avec Yumina.

« Hic… »

Merde ! Je dois dire quelque chose ou elle va se mettre à pleurer !

« … Puis… comme pour les autres… Je ne t’épouserai pas avant mes 18 ans. Est-ce acceptable ? »

« Oui… Ça ne me dérange pas du tout. Merci beaucoup, Touya ! »

Les petits bras de Sue me serrèrent chaleureusement… Peu importe, au moins elle était heureuse.

J’avais repris mon chemin vers la cuisine tout en emmenant Sue pour faire du pop-corn. En fin de compte, le pop-corn et la bière avaient fini par remporter un énorme succès. J’avais préparé du pop-corn salé et du pop-corn au caramel. Le premier avait fini par être le best-seller au début, mais avec le temps, la saveur caramel était devenue plus populaire. J’appris que le maïs soufflé était une collation courante dans ce monde, mais l’aromatisation au caramel était quelque chose de nouveau. J’étais surpris, puisque le sucre était monnaie courante dans ce monde. C’était un peu bizarre, mais j’avais fait avec.

Dans le cas de la bière, j’avais préparé des tasses en bois et j’avais offert un rabais d’un tiers à tous ceux qui apporteraient leurs propres tasses. J’avais décidé de ne pas utiliser de gobelets en papier ou en plastique parce que cela aurait pu causer une augmentation de la pollution. Les gobelets en bois étaient meilleurs, on pouvait facilement les emporter à la maison et les réutiliser, donc il n’y aurait pas de déchets. Tout le monde était gagnant dans ce cas.

Cela s’était tellement bien passé que j’avais décidé de faire des hamburgers ou des hot-dogs lors du prochain match.

Tandis que de telles pensées me traversaient la tête, Olba apparut de nulle part, du pop-corn à la main et un sourire plâtré sur son visage. Le sens du commerce de cet homme était de haut niveau.

C’était un vrai marchand, et il vendait toujours bien, donc je n’avais aucune raison de ne pas lui faire confiance. Il n’était pas non plus formellement employé par Mismede, ce qui signifie qu’il pouvait faire ce qu’il voulait.

Mais je voulais aller voir le match avant de lancer des négociations commerciales. Je m’étais rendu à la cabine VIP transparente en haut des gradins. Les dirigeants de Lihnea, Regulus, Refreese et Ramissh étaient déjà là, mangeant du pop-corn.

Les chevaliers de chaque nation étaient également présents, probablement pour accomplir le devoir de garde du corps. Gaspar, le chevalier borgne de Regulus, maniait la lance enflammée qu’il avait gagnée au bingo il y a quelque temps. Comme je l’avais réglé de façon à ce que la magie soit annulée dans la loge VIP, la lance était ainsi devenue une lance ordinaire.

« Comment se déroule le match ? »

« Ah, Grand-Duc ! C’est très intéressant… J’espère qu’un jour, quand mon pays sera dans un meilleur état, nous aurons aussi une équipe nationale. »

Les yeux du prince, euh, du Roi Cloud brillaient, pleins d’excitation et d’espoir.

« Je me demande qui va gagner… »

« Je parie que Mismede va gagner puisqu’ils sont menés 3-2 à la fin de la 7e manche. Les hommes-bêtes ont après tout des qualités physiques exceptionnelles. Pour eux, ce qui serait normalement un triple se transformerait en un home run. »

« Ne sous-estime pas Belfast, mon ami. Ils ont ce lanceur qui est un expert des balles courbes. Une fois sur le terrain, Mismede ne pourra plus marquer. »

Les deux empereurs échangèrent leurs opinions sur la situation. Belfast avait besoin d’un autre run, d’une façon ou d’une autre. Pendant qu’ils bavardaient, le pape de Ramissh s’asseyait tranquillement, mâchouillant son pop-corn bruyamment.

« Ah, Seigneur Touya… »

« Pas besoin d’être si formel, te souviens-tu ? »

« Je le sais, mais… Je ne peux tout simplement pas parler au messager de Dieu comme à un homme ordinaire, mais cela mis à part... Ce “caramel”, c’est bien comme cela que vous l’appeliez ? Serait-il possible d’en faire aussi dans mon pays ? »

« Bien sûr. C’est assez simple, en fait. Je vais mettre la recette sur papier, alors donne-la à ton cuisinier. J’ai aussi fait des bonbons au caramel dans la cuisine il y a quelque temps. Veux-tu en goûter ? »

J’avais sorti plusieurs plaques de bonbons de [Stockage] et je les lui avais remises. Sa Sainteté en avait mis un petit morceau dans sa bouche, l’avait un peu mâché et avait adopté un visage étonné.

« C’est incroyable… ! Je sais que les enfants vont adorer ça. J’aimerais que cela devienne une source de financement pour nos orphelinats… »

« Oh, c’est super. Je vais t’écrire la recette pour celle-ci aussi. C’est bon de savoir que l’argent ira aux enf — »

À ce moment-là, j’avais senti un regard sur moi par-derrière. Trois regards, pour être exact. Trois personnes avides…

Je donnais donc du caramel aux empereurs et à Cloud. Ils l’avaient tout de suite mis dans leur bouche et l’avaient mâché avec bonheur. J’avais aussi distribué des morceaux de caramel à tous les hommes de garde… Mais c’était seulement parce que je sentais aussi leurs regards se former sur moi.

Le match s’était poursuivi jusqu’à la neuvième manche, trois à deux pendant tout ce temps. Belfast était à la batte, avec une personne sortie. Ils avaient un coureur sur la 1re base. S’ils réussissaient un home run, ils pourraient facilement faire un retour en force.

Subitement, l’extérieur de la loge VIP devint très agité. Les gardes étaient brièvement sur les nerfs, mais ils s’étaient rapidement calmés en réalisant qui c’était. Laim, mon majordome, était venu nous voir. Le fait qu’il avait fait tout ce chemin était rare en soi. Ce qui était encore plus rare, c’est qu’il courait.

« Se passe-t-il quelque chose ? »

« Monsieur… le miroir portatif… de Belfast… ! »

Sa respiration était saccadée, donc il avait clairement couru jusqu’au stade. Il m’avait passé un morceau de parchemin, et que j’avais ouvert à la hâte. Ce que j’avais vu m’avait fortement ébranlé.

« Cette… Oh non ! »

J’avais essayé d’utiliser une [Porte] pour atteindre immédiatement la loge de Belfast, mais dans ma hâte, j’avais oublié que j’avais annulé la magie dans la loge VIP. Je m’étais précipité dans les tribunes habituelles, j’avais réessayé et j’y étais arrivé immédiatement.

***

Partie 10

Debout comme un chef d’équipe, aux côtés de son frère, se trouvait Sa Majesté le roi de Belfast. Il était intensément concentré sur le jeu, mais s’était vite étonné quand il m’avait vu surgir de nulle part.

« Whoa, Touya ? Se passe-t-il quelque chose ? Es-tu là pour arbitrer la partie ? »

« N-Non, pas ça ! L-Le travail, Votre Majesté !! Travaille ! »

« Hein ? Le travail ? Tu veux dire, comme, travailler ? »

Non, bon sang ! Bien que Sa Majesté n’ait pas compris de quoi je parlais, le duc Ortlinde avait tout de suite compris.

« Ta femme est en travail, c’est ce que j’essaie de dire, Votre Majesté ! Un message vient d’arriver de Belfast ! Ton enfant arrive ! »

« Oh, je vois. ATTENDEZ. QUOI !? »

Tu parles d’une réaction lente ! Je pensais que le bébé arriverait bientôt, mais ce n’était pas le bon moment !

J’avais envoyé le roi agité à Belfast via une [Porte], puis j’avais demandé au duc de rester pour suivre le jeu. Le match s’était terminé comme je m’y attendais après deux autres retraits, mais ce n’était pas important.

Comme la reine était déjà en plein travail, nous n’avions pas le droit d’entrer dans la pièce. Je pouvais comprendre pourquoi on m’avait interdit de le faire, mais j’avais vraiment été assez surpris que le roi ne puisse pas y assister. Garder le mari à l’écart était quelque chose que je trouvais juste déroutant. Je me demandais si c’était une coutume royale ou une superstition. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas comme si ma présence pouvait aider quoi que ce soit.

Pour l’instant, nous attendions dans la chambre à côté de la suivante. Nous étions restés éloignés en considération pour la voix de la reine, mais de temps en temps ses cris parcouraient les deux pièces et atteignaient nos oreilles…

Le roi avait commencé à faire les cent pas, alors je l’avais brièvement laissé seul et j’avais ouvert une [Porte] pour appeler Yumina et les autres. C’était après tout la naissance de son jeune frère.

Yumina était immédiatement allée voir la reine, comme le reste de mes futures épouses, alors il n’y avait plus que moi et le roi après tout ça.

Je n’avais rien pu faire pour aider, alors j’avais laissé Kohaku derrière moi en cas d’urgence, puis j’étais retourné brièvement à Brunhild.

Il s’était avéré que Mismede avait gagné le match trois à deux. J’avais renvoyé chaque joueur et chaque monarque dans leurs pays respectifs. J’étais très anxieux au sujet de cette naissance, alors j’avais décidé de retourner immédiatement à Belfast. J’avais promis d’envoyer une lettre par le miroir portatif dès la naissance de l’enfant.

J’étais retourné avec le duc Ortlinde et Sue, pour découvrir que le roi faisait encore les cent pas.

« Ça prend du temps, hein… ? »

« En fait, Yumina était née assez rapidement. Mais je suppose que chaque naissance est différente. »

Une heure venait tout juste de s’écouler, mais elle s’était écoulée très lentement. Chaque fois qu’on entendait un gémissement de douleur de la reine, je fronçais les sourcils. Nous, les hommes, nous ne pouvions pas les empêcher de souffrir. Honnêtement, c’était un peu décourageant.

Je n’étais pas sûr de pouvoir d’endurer cela si c’était la naissance de mon propre enfant.

Attendez, attendez… Si ce que le docteur Babylon a dit était vrai, ça voudrait dire que je devrai ressentir ce genre d’anxiété au moins neuf fois !?

« Je n’arrive pas à le croire… »

Le roi faisait des allées et venues sans raison particulière. Je le suivais des yeux, me demandant si je serais bientôt à sa place.

Je me demandais combien de temps l’accouchement durait en moyenne, mais avant de pouvoir le chercher sur mon smartphone, j’avais entendu un bébé pleurer de près.

Tout d’un coup, le roi courut hors de la pièce. Je l’avais suivi en toute hâte.

Pourtant, comme c’était le cas auparavant, le roi n’avait toujours pas accès à la salle d’accouchement. Nous avions attendu que quelqu’un vienne nous annoncer la nouvelle. Au bout d’un moment, Linze avait jeté un coup d’œil à sa tête.

« L’enfant est né. C’est un petit garçon et il est en bonne santé. La mère et l’enfant vont bien. »

« Quoi ? Quoi !? Un petit garçon !? Et ils vont bien tous les deux ? »

Le roi s’approcha joyeusement de la porte. Le Duc Ortlinde et moi avions pensé qu’il ne serait pas approprié d’aller voir la reine immédiatement après l’accouchement, alors nous avions attendu dehors.

« Un petit garçon… ce qui fera de lui un prince. Cela signifie que tu ne seras plus dans la course pour devenir roi de Belfast, Touya… Quel dommage ! »

« Franchement, ne t’inquiète pas pour ça dans un moment pareil. »

Plaisanterie ou pas, ce que le duc avait dit m’avait soulagé. Avec la naissance du prince, tout était réglé.

Au bout d’un moment, la porte s’ouvrit, et le roi sortit, tenant un précieux petit bébé enveloppé dans du tissu blanc.

« Il est là ! L’héritier du trône de Belfast ! »

« Félicitations, grand frère ! »

« Félicitations. »

Le nouveau-né était ridé, un peu comme un singe. Il était tout petit. Il avait l’air assez fragile pour se briser si on ne touchait un peu. Yumina m’avait appelé en plaisantant grand-frère, parce que le petit gars était essentiellement mon plus jeune beau-frère. Si l’on considérait les choses ainsi, cela faisait un peu bizarre.

« Au fait, Touya. Nous aimerions beaucoup que tu deviennes le parrain du garçon, alors… peux-tu lui trouver un bon nom ? »

« Quoi, moi !? »

Me faire cette demande est très étrange, mais je suppose que je ne peux pas m’y dérober… Hm… Si sa sœur aînée s’appelait Yumina, alors…

« Yamato… Je pense que ce serait bien. »

« Yamato… Hm, oui. Yamato. Yamato Urnes Belfast. Un nom fort en effet. J’aime ça ! Très bien, le garçon se nommera Yamato. Prince Yamato. »

Yumina était constituée d’une suite de trois syllabes de base, alors je m’étais dit que cela devrait être aussi le cas pour Yamato. C’était aussi un nom plutôt solide. Eh bien… si nous donnions le même nom à notre premier cuirassé, ce serait peut-être un mauvais présage, mais… c’est un monde différent, donc il valait mieux ne pas s’inquiéter.

Le roi éleva son fils bien haut, souriant tout le temps.

« Whoosh… Woooooooh… »

« Waaaah !! »

Le prince s’était mis à pleurer, ce qui avait fait flipper le roi et l’avait renvoyé dans la salle d’accouchement. Il avait réagi vraiment de façon excessive… C’est cependant plutôt mignon. C’est donc ainsi que les gens se comportaient quand ils avaient des enfants ? Les enfants sont incroyables…

La naissance du prince fut officiellement annoncée peu après.

La nouvelle s’était répandue dans la capitale royale en un rien de temps, et les gens avaient afflué dans les rues pour faire la fête. J’avais aussi eu le droit d’allumer des feux d’artifice pour fêter ça. Eh bien, techniquement, ils avaient été largués depuis Babylone, mais je m’écartais du sujet.

Parallèlement à cette annonce, l’engagement de Yumina avait également été formalisé. Son fiancé avait été annoncé comme un grand-duc prometteur. En d’autres termes, moi. Les ragots n’avaient pas mis longtemps à se répandre à ce sujet également.

Apparemment, l’histoire était devenue très populaire au sein de la guilde. Une sorte d’histoire à succès à propos d’un modeste aventurier qui avait gravi les échelons, qui était devenu un monarque et s’était fiancé à une belle princesse.

Les fiançailles de Yumina n’étaient pas les seules annoncées. Dans Regulus, les fiançailles de la princesse Lucia avaient également été rendues publiques. J’imaginais que les gens bavarderaient de la même façon là-bas aussi.

Grâce à cette annonce, j’imaginais que les citoyens seraient beaucoup plus confiants dans une possible alliance entre Belfast et Regulus.

Les autres filles n’avaient pas reçu d’annonces de fiançailles officielles, mais cela ne les dérangeait pas vraiment. Seul Sue était un peu grincheuse.

Sue avait été acceptée comme ma fiancée, mais je n’avais pas à cœur de la ramener à Brunhild avec moi. J’imaginais que le duc Ortlinde et Ellen se sentiraient seul.

En guise de compromis, j’avais créé une [Porte] permanente dans sa chambre dans le domaine d’Ortlinde, qui était reliée à sa propre chambre dans mon château. Je lui avais dit qu’elle pouvait y passer n’importe quand.

« Ah… Je suis contente que le gamin soit né en bonne santé. »

« En effet. J’ai été très impressionné par sa détermination. »

Les filles, qui avaient assisté à la naissance du prince Yamato, étaient assises sur un canapé, épuisées. Nous étions tous dans une chambre d’amis qui nous avait été fournie. Yumina et Sue n’étaient pas présentes. Il n’y avait que moi, Elze, Linze, Yae, et Lu. Ils semblaient plus que détendus pour en finir avec tout ça.

« … Nous aurons un jour des enfants, n’est-ce pas… ? »

Linze parla doucement, ce qui fit rougir les autres et les poussa à marmonner entre elles.

Qu’est-ce qu’elle y avait à ajouter... Même moi, je suis en train de devenir rouge !

Des festivités se tenaient dans les rues ce soir-là. Le palais royal distribuait gratuitement de l’alcool et tout le monde célébrait la naissance du prince.

Les Miroirs portatifs que j’avais mis en place avaient tous connu un pic d’activité, des vœux de bonheur de diverses nations arrivant en masse. Le roi souriait doucement, ce qui, honnêtement, me rendait un peu nerveux… Je n’étais pas sûr d’être prêt à être comme ça.

Les problèmes de Lihnea avaient été réglés et le prince Yamato était enfin né… Il était temps de se reposer… c’est du moins ce que je pensais.

« Bonjour, je m’appelle Fleur. Grand-Duc, merci beaucoup de m’avoir sauvée. »

« Ah… Ce n’est vraiment pas grand-chose… »

Une jeune femme aux cheveux brun clair se tenait devant moi. Elle semblait avoir une vingtaine d’années. C’était la femme esclave que j’avais libérée de Zabune. En toute honnêteté, je l’avais un peu oubliée.

Comme il s’était passé beaucoup de choses, ce n’était donc pas vraiment ma faute. Apparemment Fleur vivait dans mon château depuis que je l’avais ramenée… Et ce n’était que maintenant qu’elle avait pu me rencontrer. Ou plutôt, c’était seulement maintenant que je m’étais souvenu de son existence.

« Zabune a été envoyé sur le site de fouilles de Sandora, donc tu es libre. Si tu veux que je te ramène chez toi, dis-le-moi. »

« Ah, non… J’aimerais savoir si je peux travailler ici. Je ne veux pas retourner à Lihnea, et je sais que tout se passe bien dans ma maison sans moi, donc… »

Je suppose que c’était une esclave là-bas… Même si l’endroit est différent maintenant, elle a probablement encore plein de mauvais souvenirs.

« Euh… Bien sûr ! L’un de mes amis tient une auberge dans la ville, aimerais-tu y travailler ? »

« Oui ! J’adorerais ! »

J’avais donc envoyé Fleur travailler à la Lune d’Argent. Micah avait facilement accepté l’offre, c’était une opportunité pour moi.

Je lui avais donné diverses potions de haute qualité faites dans le laboratoire d’alchimie. Il serait utile d’avoir ce genre de choses à l’auberge, juste au cas où des gens seraient blessés là-bas.

« Comment vont les clients ? Est-ce que l’auberge tourne bien ? »

« Je dirais que oui, on fait des bénéfices ! Les chambres sont rarement vides de nos jours. En fait, beaucoup d’aventuriers et de voyageurs de Belfast et de Regulus passent par ici. Ah, je m’en souviens… ils échangèrent souvent des histoires, et j’en ai entendu une intéressante récemment. »

« Hm ? Qu’est-ce que c’était ? » Bien que la succursale de l’auberge de la lune d’argent de Brunhild soit apparemment un hôtel, c’était aussi un point important pour la collecte de renseignements. Presque tout le personnel était des ninjas autrefois associé à la maison Takeda. C’était leur travail d’observer les individus suspects et d’écouter les histoires curieuses. Après tout, leur rôle était d’écouter les potins à ma place.

« Il y a un petit village au sud de l’Union Roadmare. Apparemment, un monstre cristallin y est apparu récemment. C’est censé avoir la taille d’un ours, avec un corps en forme de mante. »

« … Quoi ? »

Ça devait être une Phrase. Probablement l’un des plus faibles, compte tenu de la taille indiquée… Probablement au même niveau que la Phrase en forme de cricket que nous avions rencontrée il y a bien longtemps.

« Alors, qu’est devenu ce monstre ? »

« La guilde de Roadmare a émis une quête de subjugation, et un groupe s’est formé pour le tuer. Mais… il y a eu d’énormes pertes. Le village a été anéanti, et le groupe a failli mourir. »

Wôw, ils l’ont tuée ? Je suis impressionné… mais quand bien même, subir autant de dégâts contre une faible Phrase…

Pourtant, j’entendais de plus en plus ce genre d’histoire récemment… Petit à petit, ils apparaissaient de plus en plus souvent. Je me demandais si la frontière du monde devenait encore plus tendue.

Ende ne s’était pas présenté, ce qui voulait probablement dire qu’il ne considérait pas la Phrase faible assez importante.

« Je suppose que je ferais mieux de me dépêcher… »

J’avais demandé à Micah de s’occuper de Fleur, puis j’avais rapidement ouvert une [Porte] vers Babylone.

***

Chapitre 3 : Si vous êtes prêt, il n’y a rien à craindre !

Partie 1

« Aha, c’est donc ça, l’éther liquide… »

Flora m’avait remis une bouteille en plastique transparente contenant environ 50 cl de liquide vert émeraude. On aurait dit du soda au melon. Honnêtement, s’il y avait de la glace dedans, je l’aurais vraiment avalé sans me poser de questions.

« Alors, combien de temps pourrais-je utiliser mon Frame Gear avec une telle quantité ? »

« Tu pourras l’utiliser pendant environ un mois, vois-tu ? »

« Wôw, si longtemps que ça… ? Je pensais que je n’aurais pu l’utiliser quelques heures ou quelque chose comme ça. »

Je supposais ainsi que c’était plus économétrique que l’essence ou le kérosène… En fait, ce n’était probablement pas le cas. Étant donné ce qu’il avait fallu pour produire une si petite quantité, c’était déraisonnable.

« J’ai dit que l’éther liquide était un carburant, sais-tu ? Mais c’est en fait plus proche du système nerveux humain. C’est un fluide catalytique qui répand les intentions du pilote dans tout le Frame Gear. »

« Si cela ressemble réellement aux nerfs ou aux vaisseaux sanguins… est-ce qu’une si petite quantité suffira ? »

« Ce n’est pas un problème, tu sais. Ce n’est pas comme si le liquide se répandait dans l’intégralité du Frame, tu vois ? Il y a un mince squelette tubulaire qui stocke et répand le carburant. »

Franchement, je ne comprenais pas. Mais ça n’avait pas vraiment d’importance. Au final, un Frame Gear n’était rien de plus qu’un outil commode. Je pouvais l’utiliser même si je ne savais pas exactement comment il fonctionnait. J’avais décidé que je ne devrais m’en soucier que lorsqu’il tombera en panne.

« Alors, combien de bouteilles as-tu faites ? »

« Juste celle-ci pour l’instant, vois-tu ? Mais à partir de demain, je devrais pouvoir en faire environ dix. Quant au minerai d’éther… Je pourrais probablement en faire dix de plus jusqu’à ce que la pierre s’use, sais-tu ? »

Donc si j’ai dix Frame Gear… Je pourrais les utiliser pendant quelques mois. Ouais, ça semble à peu près juste… Après tout, on ne les sortira pas tous les jours.

Je quittais le laboratoire d’alchimie et j’apportais l’éther liquide à Monica dans le hangar.

Je lui avais passé le liquide et elle avait immédiatement versé dans le Chevalier, mon Frame Gear produit en série. Elle avait ouvert une partie de l’armure à l’arrière et avait poussé la bouteille contre lui. Avec une sorte de cliquetis de succion, j’avais entendu le bruit de l’air qui se précipitait, et la bouteille s’était rapidement vidée de son contenu.

« Woohoo ! Voilà, tu peux maintenant utiliser pleinement le Frame Gear si tu le veux ! Mais je t’en supplie, ne l’active pas dans cette zone, maître. Tu vas endommager mon précieux hangar si tu tombes ou bouges mal ! »

N’es-tu pas celle qui endommageait ton « précieux » hangar avec ta clé à molette tout le temps !?

Pourtant, elle avait raison. L’activer dans le hangar serait problématique. Il serait plus facile de le ramener au Duché afin d’y faire des tests, mais cela créera ses propres problèmes.

Je ne pensais pas qu’il serait sage de rendre les Frame Gears publics pour l’instant, mais en même temps, il serait prudent d’annoncer leur existence pour mieux nous préparer à l’invasion des Phrases. Je ne voulais pas trop y penser, mais il y avait de fortes chances que je ne puisse défendre que Brunhild. Pour cette raison, je m’étais dit que je devrais obtenir la coopération des autres nations.

Au moins, je n’avais pas encore eu besoin de parler de la Phrase à qui que ce soit. Cela ne ferait que provoquer une panique inutile. J’avais décidé d’informer les autres nations de l’existence des Frame Gear. Ce serait bien si je disais que ce n’était qu’un simple artefact ou quelque chose comme ça. Dans ce cas, ils ne trouveraient probablement pas ça trop étrange.

La principale préoccupation était que d’autres pays pourraient chercher à s’immiscer dans mes affaires après avoir appris l’existence des Frame Gear.

Je ne pensais pas avoir à m’inquiéter des dirigeants de l’alliance occidentale. Ils étaient bien conscients de ce dont j’étais capable et ils ne seraient pas enclins à me trahir. Au pire des cas, ils finiraient probablement par me harceler pour que je les laisse essayer le Frame Gear.

En toute honnêteté, tout pays qui se moquerait de moi le regretterait cruellement, alors je ne m’en inquiétais pas trop. Ils n’auront pas non plus la possibilité de me les voler. Mes Frame Gear seraient rangés en toute sécurité dans le hangar de Babylone.

D’accord, je suppose que je vais devoir mettre cette chose à la surface afin de commencer les tests. Je ne le cacherai pas, mais… Je suppose que je peux me permettre de le montrer à mes serviteurs et à mes chevaliers.

« Milord… qu’est-ce que c’est… ? »

« Wôw ! Incroyable ! C’est un vrai Frame Gear ! C’est vous qui avez fait ça, Votre Altesse !? »

« C’est… réel ? Vraiment ? Ce n’est pas une illusion ? »

Le commandant et ses vice-commandants se rassemblèrent autour de lui. Ils fixaient le Chevalier, la bouche grande ouverte. Divers citoyens et chevaliers, tout aussi abasourdis les uns que les autres, se tenaient également debout. C’était logique, vu l’horreur que ça représentait.

« H, hey, qu’est-ce que c’est que ce truc… ? Il peut bouger ? Peut-il vraiment le faire ? »

« Je parie qu’il essaie de le tester maintenant. Bonté divine, mon gars. Tu as fait quelque chose d’outrageux… »

Yamagata et Baba fixèrent le Chevalier. Eux aussi avaient été émerveillés par sa présence même. Je voulais m’attribuer le mérite, mais ce n’était pas comme si j’étais le créateur ou quoi que ce soit.

Ils avaient probablement supposé que j’avais construit l’armure parce que j’utilisais toujours [Modelage] pour fabriquer ceci et cela. J’avais décidé de ne pas corriger leur erreur. Au moins pour l’instant.

{Kougyoku… tout est bien préparé pour Yae ?}

{Tout est prêt, mon seigneur. Elle est prête et attend d’y aller.}

Yae et Kougyoku étaient tous deux à bord du Chevalier. Je n’avais pas installé de relais de communication, alors j’utilisais mes bêtes invoquées pour le moment. Cela ne me coûtait pas grand-chose, c’était donc une bonne solution de contournement.

Je me demandais si des haut-parleurs externes et des appareils de communication seraient des améliorations possibles pour les Frame Gears. J’avais décidé d’en parler à Rosetta plus tard.

{Roger, dans ce cas… Chevalier, avance !}

Avec un grondement, j’avais entendu quelque chose se mettre à ronronner. Des lumières étaient apparues à l’extérieur de l’Armure. J’avais pensé que c’était une étape de la procédure de mise sous tension. De l’air chaud était évacué par des bouches d’aération situées sur les jambes et la poitrine.

Lentement, mais sûrement, la jambe droite du Chevalier s’était déplacée vers l’avant, faisant un pas lourd et bruyant.

« Ça a vraiment bougé… »

Je n’avais pas vraiment entendu qui avait dit cela, mais cela résumait les sentiments de tous les habitants de la région.

Le Chevalier avait fait un deuxième pas. Il avait commencé à avancer à un rythme régulier, avait fait demi-tour et était revenu à sa position de départ.

Il avait répété la même suite de mouvement, mais cette fois-ci, il était allé encore plus vite. À chaque fois qu’il faisait un pas, de nouvelles vibrations secouaient le sol.

{Très bien, jusqu’à présent les mouvements de jambes semblent plutôt bons. Essaie le haut du corps maintenant.}

À mon commandement, le Chevalier s’était arrêté de marcher. Lentement, il avait sorti la lame attachée à sa taille. Il avait pris plusieurs positions martiales, répétant cycliquement ces positions assez rapidement. Il s’était déplacé sans heurts. Il ne semblait pas y avoir de problèmes.

J’avais choisi Yae comme pilote d’essai initial parce qu’elle était la personne ayant le moins de capacité magique que je connaissais. Je savais que si Yae pouvait se déplacer librement, n’importe qui le pourrait.

Au moment même où je pensais cela, le Chevalier s’était soudainement déséquilibré et s’était renversé sur le côté. Un choc incroyable avait fait vibrer la terre lorsqu’elle avait touché le sol.

{Yae, Kougyoku, allez-vous bien !?}

{O-Owowowowow… Je… Je vais très bien, je vais bien. Il semblerait que cet appareil absorbe très bien les chocs. C’était une sacrée chute, et je me serais sûrement fait mal autrement. Pour l’instant, ma seule blessure est un coude légèrement écrasé.}

La voix de Yae m’avait été transmise à travers ma connexion avec Kougyoku. J’étais content qu’elle n’ait pas été sérieusement blessée.

Rosetta s’était fait un point d’honneur de me mentionner que lorsque le Frame Gear démarrait, divers boucliers magiques étaient érigés autour du cockpit pour atténuer les dommages causés au pilote par les chocs. Je n’avais pas réalisé à quel point ils étaient efficaces jusque-là.

Le Chevalier se releva et se remit à marcher. Son armure extérieure n’était ni fissurée ni bosselée. Il était remarquablement solide.

Le Frame Gear s’était arrêté juste avant de nous atteindre à nouveau. La plaque au niveau de la poitrine s’était repliée vers l’extérieur et cela avait ainsi fait sortir Yae et Kougyoku. En même temps qu’ils sortaient de là, tous les chevaliers rassemblés avaient lancé des applaudissements. Gah, tu m’as fait peur ! Yae avait commencé à saluer lentement sous les acclamations. Ne laisse pas ça te monter à la tête, maintenant !

« Alors, comment était-ce ? »

Je m’étais retourné et j’avais demandé à Yae ce qu’elle en pensait.

« C’était beaucoup plus facile à déplacer que ce à quoi je m’attendais. J’avais aussi pensé que ça secouerait davantage, mais j’étais assez stable. Ce n’était pas du tout différent du simulateur de Frame. »

C’était assez logique pour moi. Les amortisseurs autour du cockpit devaient même supprimer les mouvements subtils de la marche. Au moins, ce serait probablement suffisant pour soulager Linze. Elle avait le mal des transports.

Pendant que je réfléchissais, j’avais de nouveau entendu les sons de démarrage provenant du Frame Gear. Je m’étais retourné pour constater que Chevalier était actif et qu’il se promenait.

« Quoi ? Qui !? »

« Je suis désolé… sœurette vient d’y aller et… »

Linze, dont le visage était terriblement agité, avait commencé à s’excuser abondamment auprès de moi. Merde, Elze ! C’est censé être mon tour ! Elle me volait l’amour d’un homme. C’était le rêve de tous les jeunes hommes que de se promener avec un robot géant ! C’était vrai que j’avais laissé faire le premier tour à Yae pour faire les tests, mais cela ne voulait pas dire que je voulais aussi abandonner le deuxième tour ! J’avais regardé le Chevalier qui courait maintenant, et j’avais un peu tapé du pied. Cependant c’était… vraiment cool. Ses mouvements étaient super intenses. Le Chevalier avait commencé à faire des sauts acrobatiques en même temps que des coups de poing et des coups de pied. Il n’avait pas du tout l’air de bouger avec difficulté. C’était à ce moment que j’avais réalisé à quel point Frame Gears était cool.

Peu de temps après, Elze était apparemment satisfaite. Elle avait sauté de hors de la poitrine, on voyait qu’elle était heureuse.

« Wôw ! Cette chose était tellement amusante ! Il a bougé comme je l’imaginais ! On dirait que mon entraînement dans le simulateur de Frame a payé, hein ? »

« Ouais, t’as été super ! Mais c’était mon tour, tu sais ! »

« Pssh… ne t’en fait pas pour les petites choses. Ne devrais-tu pas plus te comporter comme une personne royale ? Tu es le grand-duc, après tout. »

« Tais-toi, tais-toi ! Tu savais à quel point j’avais envie de monter dedans, bon sang ! Tu m’as volé ma place légitime ! »

Cela m’avait rappelé un incident qui s’était produit une fois à l’arrêt d’autobus. Une dame âgée était arrivée par le côté et était montée dans le bus devant moi. Elle avait fait semblant de regarder les horaires du bus jusqu’à la dernière minute. Quelle horrible vieille sorcière ! Personne ne devrait jamais, jamais couper la queue. C’était ce que faisaient les méchants. Même les bébés le savaient !

Alors que je me perdais dans ce souvenir désagréable, j’entendis une fois de plus le ronronnement du Chevalier au démarrage.

« Hey Hey — Non !! »

J’avais fait demi-tour et, bien sûr, le Chevalier était à nouveau pleinement opérationnel. Pourquoi est-ce que cela arrivait !? C’est mon robot ! Je veux le monter !

« Qui diable est dans le Chevalier !? Réponds-moi ! »

« … C’est Norn. Elle avait soudainement crié qu’elle était la suivante, et elle avait foncé droit devant. »

Yae me répondit avec appréhension, reculant un peu pendant qu’elle parlait.

Gaaah ! Va te faire foutre, salope de louve ! Tu n’es qu’une humble vice-commandante, comment oses-tu !? Alors que je me livrais à de telles pensées colériques, je m’étais retourné et j’avais remarqué que tout le monde faisait la queue et attendait son tour. Hé, quoi !? Qu’est-ce que c’est que ce bordel !? Et mon tour !?

J’avais justement éduqué tout le monde sur l’importance de ne jamais faire la queue, donc je serais damné si j’utilisais ma position royale pour désobéir à mes propres règles… même si c’était frustrant. Ainsi, j’avais rejoint la ligne comme tout le monde, prenant ma place à l’arrière. Tout le monde me suivait avec les yeux, c’était super embarrassant.

Ne me regardez pas comme ça ! Je ne suis pas pathétique, j’attends juste mon tour ! Je supposais que je n’avais pas vraiment le choix, hein… Bon sang… Ça craint !

***

Partie 2

Après que j’ai commencé à utiliser le Frame Gear pour la première fois, le nombre de personnes faisant la queue pour utiliser les simulateurs de Frame Gear devint déraisonnable.

Ce n’était pas que je puisse faire grand-chose pour changer la situation, puisque la salle de jeu était un endroit prescrit pour que les chevaliers passent leur temps libre. À l’unanimité, ils avaient tous décidé de s’entraîner dans les simulateurs immédiatement après leur entraînement quotidien régulier.

Si ce monde avait quelque chose de semblable aux droits et aux devoirs des travailleurs, j’aurais peut-être eu à m’inquiéter d’une action formelle contre moi. Mais ce n’était pas comme si je les forçais à faire quoi que ce soit. Chacun s’entraînait de son plein gré.

Il y en avait aussi d’autres comme Baba et Naito, qui n’étaient pas particulièrement intéressés par le pilotage. Ils y voyaient plus un jeu qu’autre chose. De plus, le Frame Gear lui-même était ma propriété personnelle, plutôt que celle de Brunhild, de sorte qu’ils n’étaient même pas certains d’obtenir l’autorisation de le piloter.

Je m’étais rassuré en me disant que nous n’aurions pas besoin d’utiliser les Frame Gears à moins qu’une Phase intermédiaire ou avancée n’apparaisse, ce qui était certainement peu probable.

Mais cela n’avait pas ébranlé les peurs qui m’habitaient profondément.

« Je suis très heureuse de faire enfin votre connaissance, Grand-Duc de Brunhild. Je m’appelle Relisha Millian. Je suis chef de guilde, et en tant que tel, je m’occupe de toutes les opérations régulières de la guilde à travers le pays. »

J’étais face à une jeune femme d’une vingtaine d’années. Elle se tenait dans ma salle du trône, inclinant la tête. Ses cheveux étaient d’un blond doré éblouissant, assez longs aussi. Sa peau était remarquablement pâle et ses épaules étaient ornées d’un manteau vert. La fille tenait une épée d’argent à la taille.

Elle était vraiment séduisante, mais ce qui m’avait captivé n’était pas son visage éblouissant. C’était ses longues oreilles tranchantes.

« … N’aviez vous jamais encore rencontré d’elfes ? »

« Ah, désolé… excusez mon impolitesse. »

J’avais souri timidement tout en m’excusant par réflexe. Mes soupçons avaient été confirmés, c’était effectivement une elfe. Je ne savais même pas qu’il y avait des elfes dans ce monde.

Je n’avais pas vraiment beaucoup de connaissances sur les univers de fantasy, mais comme je m’en souvenais, les elfes étaient des gens hautains experts en arcs, et souvent doués en magie. Ils avaient aussi tendance à habiter les forêts. Cela dit, les connaissances imaginaires conventionnelles de mon monde n’étaient pas très pertinentes ici. Les règles pourraient être différentes.

Il était même possible que cette femme soit assez âgée malgré ses jeunes traits. Leen la fée, par exemple, paraissait plus jeune que son âge réel.

« Notre guilde est fière de savoir que l’un de ses membres n’est pas seulement un monarque, mais l’un de nos rares aventuriers de rang argent. »

« A-Aha... Eh bien, je ne suis pas le seul responsable, beaucoup de circonstances ont fini par se superposer, et… »

Oublie ça. Je vais juste laisser cela tel quel… J’ai l’impression qu’elle me considérait plus comme un bijou… Ce n’est pas comme si je n’aime pas la manière dont elle me regarde.

« Alors, qu’est-ce qui vous amène ici aujourd’hui ? »

« Ah, oui. Je suis arrivée dans ce magnifique duché de Brunhild avec une affaire en or. J’aimerais vraiment établir une branche de la Guilde des Aventuriers ici. »

« Hein ? Mais pourquoi ? Savez-vous qu’il n’y a pas de bêtes ou de monstres magiques dans le coin, hein ? »

J’avais chassé toutes les créatures locales jusqu’à l’extinction au moment où j’avais fondé le pays. Mais encore une fois, ça faisait un moment… on ne savait pas quel genre de bêtes aurait pu ramper jusqu’ici.

« Pardonnez mon impolitesse, mais si je peux être franche… le massacre des bêtes et des monstres n’est pas la fonction première de la guilde des aventuriers. Non, la véritable marque de fabrique de notre guilde, c’est l’esprit de camaraderie, c’est d’aider les citoyens en difficulté dans leur vie quotidienne. »

« Oh, je vois… »

Elle avait soulevé un point juste. Il n’y avait pas que des quêtes de chasse aux monstres sur les tableaux de la guilde. J’avais juste évité de regarder les demandes diverses. Il était probable que beaucoup d’aventuriers aidaient les gens dans le besoin dans leurs vies quotidiennes. Après tout, c’est en aidant les gens normaux que votre nom se répandait.

Si la Guilde ne s’occupait que des subjugations, il ne serait pas vraiment pratique d’ouvrir une succursale Brunhild.

« Dans ce cas, c’est d’accord. Je ne pense pas que ce sera un problème. Si vous pouviez consulter le vieux Naito pour choisir le meilleur emplacement, je suis heureux de vous avoir. »

« Euh ! Merci beaucoup ! Maintenant… si je peux faire une autre demande. »

Hmm ? Il y a autre chose ? Le nouveau chef de guilde leva lentement la tête tout en souriant doucement.

« Je suis ici pour vous livrer une quête personnelle de la Guilde, cher aventurier de rang Argent, très estimé Mochizuki Touya… Il y a un Béhémoth que nous vous demandons de détruire. »

« Un… Béhémoth !? »

Kousaka, qui se tenait paresseusement près de mon trône jusque-là, perdit soudain tout son sang-froid. Je n’avais aucune idée de ce dont ils parlaient. J’avais décidé de le lui demander.

« Pardon, c’est quoi un Béhémoth ? »

« … Un Béhémoth est, comme son nom l’indique, une énorme bête magique. Je suppose que vous pourriez considérer cela comme une aberration ou une mutation. De temps en temps, une bête de ce type apparaît. Leur taille varie, mais la plupart deviennent considérablement plus grandes que les bâtiments. »

Wôw, merde. On dirait un Kaiju [1]… Je n’avais jamais entendu parler de ces choses avant… Mais s’il s’agissait d’une mutation rare, cela ne devrait pas être surprenant.

« Les Béhémoths sont généralement tués en bas âge en raison de leur horrible potentiel de croissance. Mais, dans de rares cas, la créature peut atteindre sa pleine maturité, sans que personne puisse s’en apercevoir. Cela se produit habituellement si la créature naît au sommet d’une haute montagne, au fond de la mer, ou simplement en territoire inconnu. »

Relisha continua l’explication. On s’attendrait à ce que ce genre de chose se distingue un peu, mais la population totale de ce monde n’étant pas si grande, alors il était logique qu’il y ait des endroits où les monstres pourraient grandir sans être dérangés.

« Cela ne nous pose aucun problème tant que la créature vit tranquillement dans des zones inexplorées, loin de l’humanité, mais de temps en temps, elle rencontre la civilisation et commence à ravager les villes. Lorsque cela se produit, il n’est pas rare que toute l’armée d’un pays soit mobilisée pour tenter de réprimer la bête. Dans de tels cas, les taux de pertes sont abominablement élevés, et même après avoir vaincu le monstre, le pays touché est mis dans une situation désespérée. »

« Alors, où se trouve ce monstre ? »

« Ah, oui. Le Béhémoth est apparu dans la mer des arbres. Mais, d’après des témoins oculaires, il se dirige droit vers l’est et il se rend directement vers le royaume de Ryle. Sa trajectoire actuelle signifie aussi qu’en route, il va saccager et anéantir une petite ville, Tem. »

Ryle… si je me souviens bien, cet endroit borde directement la mer des arbres… Si ce monstre sort de la forêt et attaque, ils seront complètement cuits. J’avais des doutes sur le fait que je puisse le faire tout seul, mais il semblerait que je n’avais pas le choix…

« Mais attendez… pourquoi êtes-vous venu me faire cette demande ? Pourquoi le demande à moi, en particulier ? »

« Avec tout le respect que je vous dois, votre Grand Duché… nous avons entendu des rumeurs selon lesquelles vous auriez quelque chose qui pourrait se battre à pied d’égalité avec le Béhémoth. On dit que le grand-duc de Brunhild possédait un puissant géant au service de son armée, un énorme chevalier. »

Oh. Elle parlait certainement du Frame Gear, hein. Je m’attendais effectivement à ce que quelqu’un le remarque, mais je n’aurais pas cru que la Guilde soit la première à m’en parler.

Hrmph… que dois-je faire ? Mon pays se portera bien si je dis non, mais je serais mal à l’aise si cette ville était détruite.

« Cette demande vient-elle directement du royaume de Ryle ? »

« Effectivement. Naturellement, la récompense sera à la hauteur. »

« Ouverture de carte, dans la région autour de Ryle. Recherchez le Béhémoth. »

« Compris. Affichage de la carte. »

La carte avait été projetée sous mes yeux, et une seule épingle était apparue. Je n’avais jamais vu un Béhémoth auparavant, mais le sort de recherche avait fonctionné parce que je savais à quoi il ressemblait.

Le royaume de Ryle était une nation juste au sud-est de Ramissh. D’après la carte, le Béhémoth était en route pour Tem.

Hm… c’est peut-être une bonne occasion de tester les capacités du Frame Gear, mais… Oho…

« Excusez-moi. En ce qui concerne la récompense… J’aimerais faire une demande supplémentaire. »

« … Oui, et qu’est-ce que ce serait ? »

J’avais fait une petite recherche sur ma carte, puis je m’étais tourné vers Relisha qui était maintenant confuse.

« Dans le royaume de Ryle… euh… ouais, ici. J’aimerais avoir la permission de fouiller ces trois endroits comme récompense. Il y a des pierres de sorts enterrées ici, et je les veux. »

« Ce ne sont pas de trop grosses zones, alors je pourrais probablement en obtenir la permission. Donnez-moi un moment pour le leur demander. »

Hein ? Donnez-moi un instant ? Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? Relisha avait sorti une petite ardoise noire de format B6 et avait commencé à écrire dessus avec un stylo. Peu de temps après, elle s’était éclairée d’une faible lumière et les mots s’y fondirent, tout en disparaissant.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« C’est un artefact connu sous le nom de Tracebook. En fait, ça fait partie d’un ensemble. Tous les mots que vous écrivez sur l’un d’entre eux seront livrés au Tracebook correspondant. C’est un outil puissant qui permet l’échange rapide d’informations… Les guildes s’en servent pour se coordonner. Mais ça n’a de la valeur que pour ceux qui occupent des postes de direction, comme moi et les directeurs des autres succursales. »

Heh, c’était cool. C’était une sorte de boîte mail rudimentaire. C’est en fait bien plus pratique que mes Mirroirs portatifs, puisque la messagerie est instantanée. Je me demande à quel point ils sont rares… il ne devrait pas y en avoir beaucoup.

Les miroirs portatifs étaient cependant pratiques en ce sens qu’ils pouvaient être produits en série. Alors, ils avaient au moins ça pour eux. Mais j’étais le seul à pouvoir les créer. Il était probable que l’artefact du Tracebook avait été utilisé à l’époque de l’ancienne civilisation de Partheno.

J’avais emmené Relisha dans une chambre d’amis plutôt que dans la salle d’audience, car on ne savait pas combien de temps mettrait la réponse pour arriver. Le contact de la guilde à Ryle avait probablement dû courir au château royal et relayer la demande. En attendant, j’avais décidé d’en savoir plus sur ce Béhémoth.

« Alors, ce Béhémoth… quel genre de monstre est-ce ? »

« Pour dire les choses simplement… c’est un énorme scorpion à deux queues. On lui a donné le nom de “Scorpinas”. Nous avons entendu dire qu’il se déplace lentement en raison de son poids élevé… On peut dire la même chose de tous les Béhémoths, quel que soit leur type. Mais ses pinces sont censées être tranchantes comme des rasoirs, et il peut envoyer du venin de sa queue. »

Du venin ? Putain de… D’après ce que j’avais compris, le Frame Gear déployait une barrière de protection de base autour du cockpit… mais je devrais peut-être envisager d’apporter un bouclier ou autre chose.

J’avais appelé Naito et l’avais consulté sur la construction d’une branche de guilde. Ce serait bien de faire venir des aventuriers, mais je ne voulais pas d’altercations ou d’incidents dans ma ville, alors nous avions décidé de la construire dans l’ouest de la ville, plutôt que dans le centre.

Apparemment, un bar approuvé par la corporation devait aussi être construit à côté de la guilde. Après avoir entendu cela, j’avais finalisé les plans pour installer un poste de garde de l’ordre des chevaliers dans la région. Après tout, je ne voulais pas qu’un ivrogne nous cause des ennuis.

Après avoir réglé ces détails, le Tracebook s’était soudainement mis à briller. Relisha avait sa réponse.

« Votre demande a été approuvée. Ils sont tout à fait d’accord pour vous céder les pierres de sorts à ces endroits. Mais uniquement après que la quête soit accomplie, bien sûr. Nous, la guilde, en serons aussi les témoins. »

D’accord ! On pourra créer plus d’éther liquide après ça… c’était donc une réponse positive. J’avais essayé d’utiliser [Modelage] pour rassembler un tas de petites pierres de sorts… mais l’incantation ne fonctionnait pas du tout, donc cette approche était inutile. Même les pierres de sorts du même type ne résonneraient pas ensemble et ne permettraient pas de faire de l’éther liquide. Les différences entre elles, aussi subtiles soient-elles, suffisaient à perturber le flux d’énergie magique entre elles.

Pour le dire simplement… la viande hachée se transformera en hamburger si vous la réduisez en purée, mais elle ne deviendra jamais un faux-filet.

« Très bien, défi accepté. Je m’en occupe tout de suite. »

« Merci. »

Je me séparai de Relisha et je me rendis à Babylone. J’avais demandé à Cesca de se rendre tout de suite en direction du Béhémoth. Je ne voulais pas qu’il atteigne Ryle. Je m’étais dit qu’il vaudrait mieux que Babylone s’y installe le plus tôt possible, au cas où des événements imprévus viendraient compliquer les choses.

Après avoir quitté le jardin, je m’étais dirigé vers le hangar.

J’étais passé devant le garage de Chevalier et j’étais allé au suivant. Dans celui-ci se tenait un chevalier noir foncé ayant une masse et un bouclier lourd.

Celui-ci était un peu plus grand que le Chevalier. C’était une unité de style commandant connue sous le nom de Chevalier Baron. Ce qui attirait le plus l’attention, c’était sa grosse corne qui jaillissait du front. Il n’était pas là à l’origine, mais je l’avais mis là. J’avais pensé qu’une unité de type commandant devrait avoir l’air un peu plus cool.

Rosetta m’avait dit qu’il était environ une fois et demie plus fort que le Chevalier. C’était un chiffre assez précis. Je m’étais demandé si elle deviendrait trois fois plus forte si je la peignais en rouge.

« Hm… ? Maître ? Genre, Babylone est-il vraiment en mouvement… »

Monica faisait quelques ajustements au niveau de l’épaule du Chevalier Baron quand elle m’avait appelé.

« Salut, Monica. Le Chevalier Baron peut-il se déployer ? »

« Je ne vois aucun problème, maître. J’ai fait toutes les modifications nécessaires. Il est aussi totalement alimenté avec de l’Éther liquide ! »

Super. Alors on va l’essayer, le Béhémoth peut être son premier ennemi. Enfin, j’ai l’occasion de le tester dans un combat réel contre un vrai monstre…

Oho, je viens de me souvenir d’une chose… Les matières premières du Béhémoth décédé seront-elles utiles ? Je suis prêt à parier que cela me fournira un sacré pactole, sans compter que la carapace devrait être bonne pour la défense. Je suis un aventurier en mission ! Une mission qui me permettra de me remplir les poches ! Je ferai de mon mieux, bon sang !

Notes

  • 1https://fr.wikipedia.org/wiki/Kaij%C5%AB

***

Partie 3

Après un certain temps, Babylone s’était retrouvé flottant au-dessus du ciel de la théocratie Ramissh. Nous étions en route vers la mer des arbres et le Béhémoth.

« Rosetta, as-tu installé l’appareil de communication comme je te l’ai demandé ? »

« Je parie que je les fais, maître ! Avec cet appareil, tu seras en effet en mesure de transmettre des messages entre les différents Frame Gears, ainsi que directement à Babylone lui-même. Il y a un canal privé et aussi un haut-parleur ! »

L’écoutille thoracique du Frame Gear s’était refermée, et je m’étais retrouvé sur trois canaux. Tous les trois étaient connectés au récepteur de Monica, à l’extérieur.

« Tu me reçois, Monica ? »

« Je te reçois très bien, mon maître. Parfaitement bien, même ! »

Monica avait agité les bras devant la caméra, et j’avais aussi entendu sa voix. C’était bien, il n’y avait aucun problème avec les canaux audio.

Eh bien, je suppose qu’on verra comment ça se passera dehors plus tard. C’était une mission solo, donc ce n’était pas comme si nous pouvions non plus tester la communication entre les Frame Gears individuels.

« Maître. Nous approchons progressivement de notre cible. La bête est dans ma ligne de mire. Elle vient de sortir de la forêt et elle se déchaîne au milieu des bois à la périphérie de Ryle. Une fois que nous serons au-dessus d’elle, prépare-toi à descendre. »

« Entendu. »

La voix de Cesca avait retenti dans le cockpit. J’avais vérifié tous les compteurs, jauges et moniteurs avant de canaliser la magie à travers le dispositif opérationnel. Le moteur avait démarré.

Avec un grondement, le Chevalier Baron s’était enfin réveillé.

Monica, que je voyais sur mon écran, m’avait guidé jusqu’à l’ascenseur. J’y avais emmené le Chevalier Baron avec peu de difficulté. L’ascenseur descendit lentement jusqu’au niveau le plus bas du hangar.

Si c’était un anime, j’aurais pu dire une phrase cliché du type « Décollage ! » ou « Lancement ! » et descendre avec un dispositif catapulté, mais… Je ne volerai pas dans le vide de l’espace, et le Chevalier Baron n’était pas équipé pour voler.

D’une manière un peu indigne, j’avais simplement sauté du hangar par une ouverture à son niveau le plus bas. Nous volions à basse altitude, selon les normes d’un avion, même si nous étions en fait très haut dans les airs. En toute honnêteté, j’avais eu la frousse juste avant de sauter, mais ne le dites à personne.

Ma vitesse de chute avait commencé à diminuer rapidement. J’avais remarqué après avoir jeté un petit coup d’œil que c’était dû aux propulseurs sur les jambes et à l’arrière de l’engrenage du Frame Gear. Je me demandais si cela fonctionnait de la même façon que [Lévitation].

Je continuais à tomber vers le sol, ma chute ralentie par les propulseurs. Une fois que j’avais atterri, je n’avais pas ressenti beaucoup d’impact. Apparemment, j’allais me faire treuiller jusqu’à Babylone avec un câble quand tout ça serait fini. Je n’étais pas sûr que ce soit la façon la plus efficace de procéder… Je m’étais dit que j’utiliserais bien une [Porte] pour revenir.

De ma position sur le terrain, j’avais vu le scorpion à deux queues. Il se déchaînait dans ma direction. C’était énorme. Plus grand que je ne le pensais.

En termes d’échelle… si le Frame Gear était une personne, alors la créature avait sûrement la taille d’un bus à deux étages.

Le contraste était frappant entre son corps bas et plat et ses deux pinces étaient bombées et énormes. Je savais que je serais anéanti si l’un de ces trucs me frappait, Frame Gear ou pas… Ce serait encore pire s’il arrivait à m’attraper.

« … Je suppose que c’est celui qui frappera le premier qui gagnera. »

J’avais saisi ma masse fermement dans ma main droite, et j’établis une position défensive avec le bouclier à ma gauche. Le Chevalier Noir, Chevalier Baron, chargea vaillamment vers Scorpinas.

Soudainement, le Béhémoth s’agita, comme s’il remarquait mon avance. Il pointa ses deux queues dans ma direction. D’une manière qui rappelait celle d’un pistolet à eau, deux jets de liquide violet s’échappèrent de ses queues.

Heureusement, je m’attendais à ce genre de mouvement, et j’avais habilement levé mon bouclier pour le bloquer.

« Si vous êtes préparé, il n’y a rien à cr… Quoi ? Quoi !? »

Une odeur fumante et nauséabonde émanait de mon bouclier. Attendez une seconde… ça fond !? Ce n’est pas que du venin, c’est de l’acide ! Encore quelques attaques comme celles-ci et mon bouclier sera entièrement détruit !

Heureusement pour moi, l’attaque avait un peu ralenti la créature. Je courais le long de son côté et je visais l’une de ses queues, abattant ma masse de toutes mes forces.

Avec un bruit de craquement, la carapace s’était un peu brisée, mais c’était tout. Quoi, c’était si dur que ça !? Les scorpions étaient plus apparentés aux araignées qu’aux écrevisses, n’est-ce pas !? Pourquoi sa carapace était-elle si dure !? La biologie de l’évolution était-elle différente dans ce monde ou quoi !? Comme j’avais été pris par surprise par la carapace ferme du Béhémoth, celui-ci avait attaqué le Chevalier Baron avec ses pinces.

« Oh mon Dieu ! »

Quand la créature s’était mise à bondir, j’avais fait tomber une masse sur la tête de la créature. Une fois de plus, sa carapace avait absorbé la plus grande partie de l’impact, mais elle était encore légèrement décalée. Et avant que j’aie pu faire une nouvelle attaque, il avait encore lancé de l’acide depuis sa queue.

« Merde… »

J’avais levé mon bouclier à nouveau pour bloquer, mais il était gravement affaibli. Profitant d’une petite ouverture, la créature avait continué avec un coup de ses pinces, que j’avais aussi pu bloquer par réflexe avec mon bouclier.

« … Merde ! »

Le scorpion avait attrapé le bouclier dans ses pinces. Sentant le danger, j’avais lâché prise et j’avais sauté en arrière.

Le bouclier à demi fondu s’écrasait facilement sous la pince menaçante. Ce monstre allait devenir un problème sérieux.

« Je suppose que je vais devoir aller jusqu’au bout… Monica, lâche le marteau de guerre ! »

« Oui monsieur ! Par exemple, lâcher totalement le marteau de bataille et tout ça ! »

Un énorme marteau de guerre noir était tombé du ciel. Il avait causé un choc violent en s’écrasant sur le sol. J’avais laissé ma masse sur le côté tout en esquivant habilement les coups du Béhémoth. J’avais saisi l’instrument lourd des deux mains.

« Peaufinage magique. Premier niveau, libérez ! »

Je tournais un interrupteur à côté du joystick de commande, accordant lentement ma magie dans les mains du chevalier baron. Celle-ci coulait de ces mains directement dans le marteau de bataille.

« [Gravité]. »

Le poids du marteau de combat avait été en grande partie réduit, ce qui m’avait permis de le saisir adroitement. J’avais vu une opportunité. J’avais fait un saut en courant vers le Béhémoth. En tombant vers lui, j’avais inversé ma magie, amplifiant à plusieurs reprises le poids par défaut du marteau de combat.

Avec un boom et un cri écœurant, la terre gronda. Scorpinas n’était plus. Son corps convulsait alors que ses organes internes éclataient furieusement dans sa carapace. C’était vraiment affreux à regarder.

« … Remarquable. Tu as réussi, maître. »

Monica parlait silencieusement, elle était étonnée. Ça avait fini par être bien plus dur que ce à quoi je m’attendais. Pourtant, ce n’était pas du tout un mauvais résultat, vu que c’était un ennemi qui était censé être défié par beaucoup plus de gens. Mon bouclier était aussi entièrement détruit. Rosetta allait vraiment me crier dessus. Quel que soit le résultat, j’avais gagné. C’est tout ce qui comptait.

… En ai-je fait peut-être un peu trop… Est-ce qu’au moins quelqu’un voudra acheter ce truc dégueulasse ? Je poussai un soupir défaitiste en regardant les restes mutilés et difformes de ce qui était autrefois Scorpinas.

« Quoi... Je… Je n’arrive pas à croire que tu l’aies déjà vaincu. »

J’avais utilisé une [Porte] pour amener Relisha devant le corps de Scorpinas. Surtout parce qu’elle avait du mal à croire qu’il était mort.

Il semblerait qu’il n’y avait pas de règles fermes sur le rôle à jouer par la Guilde en cas de destruction d’un Béhémoth, car l’idée même d’un travail en solo était impensable. C’était à l’origine un scorpion, alors j’avais pensé que montrer l’une des pinces serait probablement suffisant.

Avec la chef de guilde comme témoin, je n’aurais probablement pas beaucoup d’ennuis. Relisha avait appelé quelques membres du personnel de la guilde de Tem en utilisant son Tracebook, et ils avaient commencé à évaluer et à acheter les matières premières laissées par le monstre. Heureusement, ils s’occupaient aussi de la partie récolte. Honnêtement, c’était dégoûtant, je ne voulais pas toucher à ce truc gluant.

« Eh bien… C’est fait. »

« Hm ? » Relisha m’avait rendu ma carte de guilde. Elle était en or pur. C’était joli, mais peut-être un peu trop voyant.

« Vous avez atteint le rang le plus élevé possible, le rang Or. Les seules personnes au monde qui détiennent ce titre sont vous, Grand-Duc, et l’ancien roi de Lestia, le Royaume des Chevaliers. »

« Lestia ? Il y a un royaume des chevaliers ? »

« En effet, c’est un royaume militaire constitué de chevaliers. Juste à l’est de Ryle. »

Hoho, ça avait l’air intéressant… L’autre rang or doit être extrêmement fort. Ce doit être un roi guerrier ou quelque chose comme ça. Mais elle vient de dire que c’était l’ancien roi, alors il était peut-être à la retraite.

Ce qui m’avait fait rappeler que ma carte de guilde avait aussi trois titres liés à celle-ci. Tueur de dragons, destructeur de Golem, et Tueur de démons… Mais rien n’avait été ajouté cette fois-ci.

Eh bien, ce n’était pas comme si c’était une quête que l’on pouvait raisonnablement s’attendre à ce qu’une personne la fasse en solo, alors ils n’avaient pas de titre pour ça. En plus, Relisha ne me l’aurait certainement pas demandé si elle n’était pas au courant pour le Frame Gear. Eh bien, je supposais que de toute façon, quelque chose comme chasseur de Béhémoth n’aurait pas l’air si cool que ça.

« Au fait… votre guerrier. C’est vraiment un artefact effrayant. Avec un tel pouvoir, l’invasion d’une nation étrangère ne vous poserait pas de problème. », murmura Relisha en regardant le Chevalier Baron.

Comme je m’y attendais, les gens de ce monde ne le prendraient pas à la légère.

« Ça s’appelle un “Frame Gear”. C’est la création d’un docteur de génie (pervers) d’une ancienne civilisation. Il a été créé pour sauver le monde. »

« Pour sauver le monde… ? »

« Vous êtes une chef de guilde, donc vous devriez en savoir plus à leur sujet… à propos des étranges créatures de cristal qui ont surgi dans le monde entier ces derniers temps, comme si elles venaient de nulle part. »

« Quoi… ! »

L’expression de Relisha devint plus sombre. Comme je le pensais, elle les connaissait. La guilde des aventuriers était une organisation qui couvrait le monde entier, donc si quelqu’un devait le savoir, ce serait elle. De plus, avec le Tracebook qui la tenait au courant de tous les événements, il n’y avait aucune chance qu’elle ne le sache pas.

« … Vous avez raison, oui. Nous en avons reçu des rapports de presque toutes les succursales. Les épées ne peuvent pas les trancher, la magie n’agit pas… elles se régénèrent, et elles ont des corps faits de cristal pur. Ils détruisent les bandes de mercenaires et des villages avec facilité, et ils se sont renforcés à chaque apparition. »

« Ces créatures sont des Phases, Relisha. Ce sont des êtres qui sont apparus une fois auparavant, et qui ont détruit le monde antique. »

« Quoi !? »

Le corps entier de Relisha s’était raidi, elle me regarda avec une expression surprise. Je voulais éviter une panique généralisée en révélant la Phase au monde, mais Relisha et sa guilde seraient un atout puissant. Si j’avais sa coopération, ce serait plus facile à coordonner, alors j’avais décidé de la tenir au courant.

Avec un ton calme, j’avais lentement divulgué au chef de guilde des éléments d’information soigneusement choisis.

« La frontière du monde… les envahisseurs d’un autre monde… Si je ne connaissais pas l’existence de ces créatures de cristal, je prendrais cela pour une mauvaise blague, mais… »

Relisha déglutit et murmura à elle-même après avoir entendu mes paroles. Naturellement, j’avais négligé de mentionner Babylone et le noyau souverain, je n’avais pas besoin de lui révéler ces choses pour obtenir son aide.

Pourtant, elle semblait me croire. Au contraire, il valait mieux pour elle qu’elle me croie, car la Phase causait beaucoup d’ennuis à la guilde.

« Je ne sais pas si la Phase commencera une invasion à grande échelle, et je ne sais pas non plus quand elle se produira. Ce que je sais, c’est que si cela se produit, nous serons détruits. C’est pour cette raison que je fais revivre les Frame Gears à l’époque actuelle. »… C’était aussi parce que les robots étaient cool, et que je voulais en piloter un.

Je ne pensais pas qu’il était possible détruire des Phases intermédiaires ou avancées sans Frame Gear. De plus, dans le cas des plus avancés, je n’étais même pas sûr qu’une équipe entière de Frame Gears puisse se dresser contre eux et gagner. C’était pourquoi j’avais dû commencer à faire mes préparatifs beaucoup plus rapidement. Après tout, nous ne savions pas combien de temps il nous restait pour nous préparer.

Après un certain temps passé à fixer mon chevalier noir, Relisha se tourna vers moi et prit la parole.

« Très bien. Je transmettrai cette information au quartier général central de la guilde. J’obtiendrai autant d’informations que possible sur ces créatures, et je vous en tiendrai informé, Votre Altesse. »

« Merci infiniment. Mais s’il vous plaît, gardez l’information sur l’invasion imminente pour vous. Ce n’est après tout pas encore certain. »

« Oui, bien sûr. Il n’y a aucune raison de créer une panique inutile à grande échelle. Toutes ces informations resteront avec moi. »

Maintenant que j’avais obtenu la coopération de la guilde, je pouvais être au courant des incidents dès qu’ils se produisaient. Ce n’est pas que je voulais savoir si des incidents se produisaient vraiment, je préférerais que la Phase reste à la maison.

En raison de l’énorme quantité de matériel traité, la guilde avait conclu un accord avec moi pour me verser l’argent un peu plus tard.

Relisha décida de rester dans la salle de la guilde afin de s’occuper de la partie administrative, j’en profitais pour ramener le Chevalier Baron au hangar en utilisant [Porte].

Ensuite, j’avais utilisé le [Vol] pour me rendre sur les sites de fouilles et déterrer les pierres de sorts une par une. Il y avait trois pierres au total. Une bleue, une verte et un jaune. Avec ces pierres de sorts sécurisées, je pourrais créer plus d’éther liquide, et ainsi créer plus de Frame Gears.

Je plaçais les trois pierres dans le [Stockage], puis j’ouvris une [Porte] pour retourner à Babylone.

***

Partie 4

Alors que l’on continuait la production de Frame Gear et d’Éther liquide, ma vie quotidienne n’avait pas du tout changé. C’était bien sûr normal.

Après quelques jours, la guilde m’avait versé la récompense et l’argent que j’avais gagné en vendant les matières premières. Honnêtement, le montant était franchement obscène. J’avais décidé de le garder en cas d’urgence, au cas où il y aurait un problème avec un Frame Gear entre autres.

J’avais utilisé ma [Porte] pour me diriger droit vers le hangar. Une fois arrivé, j’avais jeté un coup d’œil dans le hangar du Chevalier Baron et j’avais vu Rosetta et Monica grogner pendant qu’elles retiraient son blindage.

« Quoi de neuf ? »

« On travaille dur, maître ! Les bras du Chevalier Baron sont endommagés, alors on les répare. »

Hein ? Mais il n’avait été déployé qu’une seule fois. Je n’avais même pas remarqué que les bras étaient endommagés.

« Monsieur, ce Frame Gear n’est pas endommagé à cause des dégâts subis par l’ennemi pendant le combat, monsieur ! Ce Frame Gear a été endommagé par la puissance de ta magie, monsieur ! »

« Hein ? »

« Uhm, comment le dire… ton pouvoir magique est bien trop puissant. Ta magie est extrêmement pure, donc quand le Frame Gear l’amplifie… Eh bien, les pièces fixées sur le chevalier baron ne peuvent tout simplement pas le supporter. »

C’était comme ça que ça marchait ? Ça voudrait dire que je ne pourrais pas tout faire ?

« Le Chevalier et le Chevalier Baron sont tous deux de vieux modèles, monsieur ! Nous pourrions améliorer cela sur des modèles plus récents, monsieur ! »

« Nouveaux modèles ? »

« Les modèles laissés par le professeur comme documents préparatoires, etc. Nous avons des modèles qui servent de base à d’autres unités planifiées, les Frame Gears de bases. Il y avait des plans pour un Frame Gear spécialisé dans le combat rapproché, un autre pour le combat à distance, un autre automatisé et divers autres types différents utilisant le châssis squelette comme base. Et, euh… ce serait totalement personnalisable et tout ça ! De cette façon, vous pourriez le rendre super-méga unique et spécialisé pour chaque pilote individuel ! Hypothétiquement, ces Frame Gears n’auraient même pas besoin d’éther liquide pour fonctionner. Mais pas un seul d’entre eux n’a porté ses fruits. Ce ne sont après tout que des dessins. »

Eh bien, ça avait l’air génial. Avoir un Frame Gear spécifiquement adapté à mon style serait cool. Tout comme la possibilité d’échanger des pièces… Ce serait cool d’en faire au moins un.

« Alors, où est le plan pour celui-ci ? »

« Normalement, ils sont tous dans l’entrepôt… »

Ouaip. C’est ce à quoi je m’attendais. Si je me souvenais bien, le gynoïde de l’entrepôt était aussi une sorte de maladroite… Je me demandais si après tout ce temps, ces plans étaient encore présents.

Considérant que tant d’artefacts étaient déjà dispersés à travers la surface du monde… Ce serait un miracle si ces plans n’étaient pas brûlés en enfer.

« Eh bien, mon maître… Je pense qu’il est prudent pour le moment que tu t’abstiennes d’utiliser la magie à l’intérieur d’un Frame Gear. »

« Sérieusement ? »

« Je suis totalement sérieuse ! Je ne veux pas, par exemple, avoir à réparer ou à jeter un Frame Gear à chaque fois ! Après tout, il n’y a que nous deux comme membre du personnel d’entretien. »

Hmph… Je suppose que je ne pouvais rien dire quand elle me présentait cela comme ça. Même si les Frame Gears étaient fabriqués en permanence dans l’atelier, je devais toujours compter sur ces deux-là pour maintenir les Frame Gears dans le hangar… Attendez, attendez.

« Ne pourrions-nous pas simplement utiliser l’atelier pour fabriquer un nouveau Frame Gear à partir des restes du chevalier Baron ? »

« Tu es en train de nous suggérer que nous devrions utiliser des matériaux de production pour, euh… prendre les pièces des autres Frame Gears afin de les utiliser pour renforcer le Chevalier Baron ? C’est un traitement peu orthodoxe… »

« Oh, non… je veux dire juste jeter ce Frame Gear brisé dans l’atelier et le décomposer en pièces, alors… »

« Monsieur ! Avec tout mon respect, monsieur ! Si nous démontions ce Frame Gear dans l’atelier, toute sa mémoire de combat et ses données de réglage seraient complètement perdues, monsieur ! Veux-tu vraiment lutter encore et encore avec un Frame Gear de niveau 1 pour le reste de tes jours misérables, monsieur !? »

Elles me regardèrent toute les deux avec mépris. On dirait que j’avais dit quelque chose que je n’aurais définitivement pas dû dire.

« Et bien… si nous extrayions simplement ces données de combat et que nous les transférions dans un nouveau Frame Gear… »

« Bien sûr, dis-nous juste qui se chargerait de ce travail. Je ne crois pas que tu dois tout à fait au courant ni du processus fastidieux ni du temps qu’il faudrait pour transférer les données d’un simple Frame Gear de niveau deux. »

« Excuse-moi monsieur ! Et avec tout le respect que je te dois encore, monsieur ! Cela doit être très bien d’entraîner le sergent à nous crier dessus sur quelque chose que tu ignores complètement, monsieur ! Quand nous remplaçons ne serait-ce qu’une seule pièce, nous devons restaurer tous les circuits de mana et peaufiner tous les réglages… et maintenant tu nous demandes de tout faire à partir de zéro à chaque fois que ta pauvre personne sort et détruit nos créations… monsieur !? »

Des sirènes d’avertissement retentissaient dans ma tête. Les deux m’avaient regardé avec des yeux froids et morts. À la fin, elles m’avaient doucement fait pression pour que je me taise. Leurs yeux me suppliaient de ne plus casser de Frame Gear. Les dégâts subis lors des combats étaient normaux, mais ce que je faisais était la même chose que de détruire mes propres jouets.

Je m’étais vite enfui avant qu’elles ne me tabassent ou quelque chose du genre.

Je supposais que même elles avaient leurs limites. Naturellement, elles seraient en colère, c’était comme dire à votre réparateur de PC ce qui n’allait pas avec votre ordinateur tout en insistant sur le fait que vous aviez besoin de toutes ces barres d’outils gratuites sur votre navigateur internet. C’était vrai, je n’avais que la connaissance provenant du Japon moderne. Je parlais sans rien connaître sur le sujet et j’aurais vraiment dû me retenir la langue.

J’avais décidé de laisser le hangar seul pendant un petit moment. Je ne voulais plus que ces deux-là se fâchent contre moi… Après avoir fui la colère de Rosetta et de Monica, j’avais décidé de faire une petite promenade. Il y avait beaucoup de rizières et de parcelles de terres agricoles cultivées dans la partie est de Brunhild à ce moment-là, alors je leur avais rendu visite.

« Oho, Votre Altesse ? »

Je m’étais tourné vers la voix, et je m’étais retrouvé face à face avec une jeune femme.

C’était une femme, mais pas une femme ordinaire. Elle se tenait debout avec du lierre enroulé autour de son corps, des fleurs ornant ses cheveux de couleur verte, une jupe en forme de pétale ornaient sa taille, et des feuilles coulaient sur son dos comme des ailes. C’était une femme, mais pas une femme humaine. C’était une alraune.

Elle était l’une des cinq demi-humaines que j’avais recrutées pour mon ordre de chevalier.

« Oh hey. Tu t’appelles bien… Lakshy, c’est ça ? »

« Exactement ! Je suis un membre de l’ordre des chevaliers, Lakshy l’Alraune. »

Elle m’avait fait un petit sourire innocent, puis elle m’avait salué… Tu n’es pas une policière, tu sais.

« Pourquoi êtes-vous ici, mon seigneur ? »

« Eh bien… J’étais juste ici pour inspecter l’endroit. Et toi, alors ? »

« Eh bien, aujourd’hui est mon jour de congé alors… J’aidais sur le terrain ! »

Wôw, c’était impressionnant. Les Alraune étaient des démons… mais c’était aussi des plantes. Je supposais que l’agriculture était une sorte de vocation pour eux.

« Comment t’es-tu adaptée à la vie ici, Lakshy ? »

« Très bien, merci. Tout le monde est très gentil avec moi. Je me débrouille très bien et je fais de mon mieux. De temps en temps, il y a des voyageurs qui ont peur de me voir, mais cela ne me dérange pas ! »

Les démons et leurs semblables avaient fait l’objet d’un préjudice extrême. Dans certains pays, ils étaient même ségrégués et ostracisés. Bien qu’ils fassent rarement l’objet de mauvais traitements. Les démons étaient beaucoup plus forts que la plupart des humains.

Les gens avaient tendance à les éviter, simplement à cause de la façon dont ils étaient nés. Dans certains endroits particulièrement cruels, il y avait même des rumeurs selon lesquelles toucher quelqu’un d’ascendance démoniaque vous tuera ou vous maudira. C’était plutôt le bordel.

« Si je me souviens bien… tu viens du pays des démons, non ? »

« C’est exact. Je viens d’un endroit très éloigné de l’autre côté de la mer, au nord-est. Le pays s’appelle Xenoahs. L’environnement est dur, mais les miens ne sont pas trop dérangés par ce genre de choses. »

Le royaume des démons, Xenoahs… Rien que par son nom, cela projetait l’image d’une nation cruelle qui cherchait à dominer le monde, mais apparemment il fonctionnait simplement comme une nation normale.

Les citoyens qui s’y trouvaient étaient des démons, et ils n’interagissaient généralement pas avec les nations humaines. Ce n’était pas qu’ils étaient naturellement isolés ou quoi que ce soit d’autre, ils ne semblaient tout simplement pas très intéressés à ouvrir le dialogue avec les autres nations. De ce fait, on ne savait pas grand-chose sur le pays lui-même.

Le chef du pays était connu comme le seigneur suprême, et ses plus proches collaborateurs étaient connus comme les quatre seigneurs… Cela n’aidait pas vraiment à redorer leur image, du moins dans mon esprit. Lakshy m’avait dit que c’était un endroit assez agréable.

Pour être honnête, je ne pensais vraiment pas que les humains et les démons avaient besoin d’être aussi inquiets les uns pour les autres. Le plus grand problème était juste qu’une bonne partie de l’humanité craignait sans raison valable les démons. J’étais presque certain que s’ils interagissaient normalement, rien n’empêcherait les membres des deux espèces de devenir amis.

Eh bien, on pourrait aussi dire que le problème venait des démons, parce qu’ils n’essayaient pas d’être plus ouverts avec l’humanité… C’était probablement plus prudents et timides, plutôt qu’à une haine féroce contre l’humanité.

« Ce pays est aussi très agréable. Je suis heureuse d’avoir fait le grand saut et d’avoir demandé d’intégrer l’ordre. »

« Je suis heureux de l’entendre, Lakshy. Je compte sur toi. »

« Oui, mon seigneur ! »

Je ne voulais pas trop m’immiscer dans le travail sur le terrain, alors j’avais laissé Lakshy à ses fonctions et j’étais retourné en ville. Là, j’avais vu un autre démon. Il se tenait à l’endroit où la guilde était en construction.

Il mesurait environ trois mètres de haut et avait un corps brun-rouge. Ses bras étaient comme des troncs d’arbre et deux cornes dépassaient de ses cheveux blancs. C’était un ogre.

Il se baladait, torse nu. Il semblerait qu’il transportait du bois pour l’équipe de construction. Sa puissance correspondait à celui de cinq hommes bien entraînés. Un homme effrayant, en effet.

« Och, patron. C’est bon de vous voir. »

« Salut, Samsa. N’êtes-vous pas non plus en service? »

« Bien sûr que oui. Comme je mange autant que trois gars… mon salaire de base n’est donc pas très élevé, hein ? J’en avais parlé à Naito, et il m’avait arrangé ce boulot. Maintenant, mon ventre est plus plein que jamais ! »

Samsa l’ogre souriait le plus largement possible, ce qui… faisait un assez large sourire. C’était certainement l’homme qu’il fallait pour ce travail. Sa force n’était pas quelque chose dont on pouvait se moquer. Je n’avais aussi aucun doute sur le fait qu’il soit capable de manger abondamment au bar de la guilde, puisqu’il allait clairement être celui qui en construira la plus grande partie.

Apparemment, Samsa n’était pas vraiment une personne axée sur le combat, ce qui m’avait un peu surpris. Ce n’était pas comme s’il n’avait pas le corps pour ça, c’était certainement le cas… c’était que sa personnalité n’était pas bien adaptée pour ça. Pour parler franchement, il y avait une partie de lui qui avait peur de se battre.

Je ne voyais pas ça comme un défaut fatal pour un chevalier comme Samsa. L’ordre des chevaliers n’était pas seulement une force de frappe, il devait aussi être là pour aider le peuple, et c’était quelque chose que l’ogre amical était tout à fait disposé à faire.

Sa force profitait à l’heure actuelle à l’ensemble de la nation et il n’y avait pas un seul ennemi blessé en vue.

« Continue ton bon travail. Tiens, prends ça… Assure-toi d’en profiter avec tout le monde quand le travail d’aujourd’hui sera fini, d’accord ? »

J’avais sorti deux énormes morceaux de viande de sanglier enveloppé de tissu depuis mon [Stockage], puis je les avais posés sur le sol.

« Étonnant… Merci beaucoup, patron. Je vais tout donner, d’accord ? »

Samsa avait trimballé son bois et m’avait fait un sourire sincère. Il était certainement travailleur. J’avais réfléchi un peu à son sujet, pensant que sa grande carrure devait causer des problèmes de temps en temps. Je doutais qu’il puisse entrer dans la plupart des bâtiments, étant donné qu’il était plus large qu’une porte… Mais il avait l’air heureux, alors je n’avais pas trop insisté.

J’avais décidé que je voulais rendre le pays meilleur pour mon peuple. Des bâtiments plus civiques seraient une bonne idée. Une école était absolument nécessaire. Je ne pouvais pas négliger la jeunesse de demain.

Je marchais lentement jusqu’à mon château, réfléchissant à ce que je pouvais faire de plus pour mon peuple pendant que je regardais un groupe d’enfants courir vers leurs maisons.

***

Partie 5

« Whoa, incroyable ! Cela vole réellement !? »

« Hey, hey… Seigneur ! Est-ce une sorte de magie !? Vraiment !? »

« Non, il n’y a pas du tout de magie. C’est juste un principe physique de base, j’utilise le vent pour le faire voler. »

Je supposais que ce que je faisais était une sorte de magie. J’avais tiré une ficelle dans ma main, ce qui avait permis à mon cerf-volant de s’élever en douceur dans les airs. Les enfants avaient regardé dans le ciel, complètement stupéfaits lorsqu’il naviguait dans les vents.

Au bout d’un moment, j’avais passé le cerf-volant à l’un des enfants, et j’en avais vite fait une tonne de plus pour empêcher leurs yeux envieux d’augmenter de plus en plus.

Ils avaient tous commencé à manipuler leurs cerfs-volants avec une finesse surprenante. Je n’avais même pas eu besoin de leur montrer grand-chose.

Pendant qu’ils jouaient, mes yeux balayaient instinctivement les environs à la recherche d’Olba le marchand. Je m’attendais à ce qu’il apparaisse comme s’il venait de nulle part afin de me demander les droits sur le produit. Mais hélas, il ne l’avait pas fait. Ce n’était pas comme si cela aurait été raisonnable pour lui de surgir de nulle part.

Je m’étais assis à l’ombre d’un arbre et j’avais posé mon cerf-volant, en prenant soin de ne pas emmêler la corde dans les branches. J’avais bougé dans un endroit isolé, loin de la ville, pour ne pas déranger les gens avec mon jeu.

Mec… cela détendait vraiment… Ce serait bien si chaque jour était aussi paisible que celui-ci.

Rosetta et Monica travaillaient dur pour réparer mon chevalier Baron brisé. Elles avaient rejeté mon idée d’en construire un nouveau chaque fois.

Apparemment, si vous continuiez à utiliser le même Frame Gear au combat, son temps de réponse et son affinité magique deviendraient plus accordés et plus aigus. J’avais pensé que ce serait une bonne idée d’accumuler beaucoup d’expérience et de stocker des données dans une image, puis de les porter sur un nouveau Frame Gear à un moment donné dans le futur… Si on réussissait à en faire de nouveaux, bien sûr.

En termes de jeu, ce serait comme… niveler un personnage dans un jeu, puis être capable d’utiliser ses statistiques dans la suite.

Nous n’avions pas beaucoup de personnel de maintenance, alors ce serait probablement la meilleure façon de procéder.

J’avais fait part de mes préoccupations au sujet des limites du personnel de Rosetta, et elle m’avait dit qu’il y avait des robots réparateurs miniatures qui étaient conçus pour réparer de façon autonome les dommages causés aux Frame Gears. Apparemment, il y en avait pas mal, et ils réparaient les Frame Gears en un clin d’œil.

« Des robots comme ça résoudraient tous nos problèmes ! Où sont-ils, alors ? »

« Dans l’entrepôt, monsieur ! »

« Gah ! »

Cette doctoresse Babylone protégeait trop sûrement ses affaires… C’était ennuyeux qu’elle ait mis tant de choses importantes dans cet entrepôt… elle ne semblait pas vraiment du genre méthodique.

Tandis que je boudais distraitement à propos de ce médecin irritant, j’avais entendu une paire de voix me crier dessus.

« Touyaaaaaaa ! »

« T,Touya… ! »

« Hm ? Yumina ? Et Lu aussi ? »

Je m’étais levé du sol et je m’étais dépoussiéré, pour me retrouver immédiatement agressé des deux côtés par leur étreinte.

Les deux filles avaient maintenant été officiellement annoncées comme mes fiancées. Comme notre relation avait été officiellement rendue publique, elles avaient toutes les deux tendance à s’accrocher à moi sans réserve chaque fois qu’elles le pouvaient. J’étais un peu gêné, en toute honnêteté, mais je ne voyais pas non plus la nécessité de gâcher leur plaisir.

« Je me demandais où tu t’étais enfui… Mais j’ai vu cette chose étrange, et j’ai su que tu devais être ici ! »

Lu montra le cerf-volant du doigt, naviguant toujours librement dans le ciel. C’était assez logique pour moi. Après tout, j’étais plutôt connu comme le gars qui faisait des trucs inhabituels par ici.

« Tu sais, Touya… ce n’est pas gentil à toi de nous laisser derrière pour aller jouer avec les enfants. Ne devrais-tu pas passer un peu plus de temps avec tes femmes ? »

« Dans l’absolu, vous n’êtes pas encore mes femmes, mais… »

« Mais nous le serons bientôt, hein ? C’est mon rêve… d’être heureux en ménage avec toi, Touya… Dans un mariage affectueux et monogame. Ah… enfin, pas monogame. Le point restait toujours d’actualité. »

C’était effectivement le cas. La monogamie et la polygamie n’étaient après tout pas si différentes dans ce monde. Juste au moment où j’avais montré à Lu un sourire ironique, un lourd tumulte de sabots passait. Une caravane marchande passait devant nous à grande vitesse.

Toute une série de chariots nous avait dépassés alors que nous les regardions trotter en direction de Belfast.

Les marchands assis sur les voitures regardaient tous les cerfs-volants qui passaient à côté d’eux. Cela ne me tenait vraiment pas à l’esprit. J’étais plus que certains qu’au moins un de ces types avides essaierait d’imiter mon idée avant longtemps.

« C’est une caravane marchande de Régulus. Hoh, ils ont même une escorte armée derrière eux. »

« Il y en a beaucoup… Je me demande s’ils transportent quelque chose d’important. »

Vu le nombre de gardes, ils transportaient probablement des produits de luxe ou des objets d’art. Une telle sécurité était excessive pour une marchandise régulière. Ce n’était certainement pas une question que j’avais envisagée, puisque j’avais la [Porte]. Je pourrais certainement gagner beaucoup d’argent si j’ouvrais un service de livraison express avec ma [Porte]. Mais je ne pourrais livrer que dans les endroits que j’avais visités.

Ce serait mieux s’ils avaient des camions de livraison, cela serait utile pour toutes sortes de choses. Oh, en fait… un train de marchandises pourrait être plus utile encore…

« Un… train. »

« Touya ? »

Un train… un train ! La construction d’un chemin de fer ne changerait-elle pas tout pour le mieux ? Rosetta pourrait faire un train à vapeur rudimentaire si je lui demandais… Bien que… hm. Peut-être que je m’avance un peu. Serait-il sage d’introduire les trains dans un monde comme celui-ci ? Les gens qui ignorent tout des chemins de fer pourraient finir par jouer sur les voies ferrées… Des bandits de grand chemin et des bandes de voleurs de trains pourraient faire leur apparition… Des pierres et des débris pourraient s’accumuler sur les voies et causer des déraillements, aussi…

Bah, penser à ces questions est une source de tracas. Ce n’est pas comme si je pouvais les résoudre. Chaque fois que je pense à un nouveau concept, je suppose que je devais également tenir compte des risques associés à la sécurité. Mais je supposais que c’était un peu fort de ma part, puisque j’ai introduit les Frame Gears au monde par imprudence.

Hmph… Je suppose que le plan du train est mort avant même d’avoir vu le jour. Ah eh bien…

« Oh, Oh, Oh, Oh !! »

« … Qu’est-ce que tu crois faire ? Pourquoi rêvasses-tu au lieu de faire attention à nous !? »

Pendant que j’étais au pays des rêves en matière de santé et de sécurité, Yumina en avait profité pour me pincer brutalement la joue. C’était totalement déplacé, si vous voulez mon avis.

{Monseigneur, êtes-vous disponible ?}

{Hm ? Kohaku ?}

Alors que je frottais ma joue, un message télépathique s’était propagé directement dans mon cerveau. Yumina m’avait vu m’arrêter sur mes pas et s’était mise à gonfler ses joues. Elle semblait un peu ennuyée, probablement parce qu’elle pensait que je rêvais encore.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Se passe-t-il quelque chose ? »

J’avais répondu de façon audible, afin de leur montrer que je ne faisais pas que de les ignorer.

{Maître ! C’est Rosetta, monsieur ! Nous n’avons plus d’Orichalque, monsieur ! La quantité que vous aviez pour la production de Frame Gear est à sec, monsieur !}

J’avais entendu la voix de Rosetta grâce au lien télépathique de Kohaku. Elle avait besoin de plus d’Orichalque. Il semblerait que la quantité qu’Olba avait reçue pour moi était déjà épuisée.

C’était irritant : il me fallait maintenant trouver une autre source.

« Compris. Je vais devoir régler ça. »

{Merci beaucoup, monsieur !}

« S’est-il passé quelque chose, Touya ? »

Lu s’approcha soudainement de moi et me demanda ce qui s’était passé.

« Rosetta m’a demandé un peu plus d’Orichalque. Et je ne sais pas trop où en trouver… »

« Nous pourrions probablement en trouver au marché à minéraux, mais… Je suppose que ce ne sera pas suffisant, n’est-ce pas ? »

« L’orichalque est un métal très rare tel qu’il est… Ce sera certainement très cher à acquérir en gros. »

Ce n’est pas que ce soit un problème d’argent. La mort du Béhémoth auquel je m’étais livré l’autre jour avait fini par me faire gagner une grosse somme. Idéalement, j’aurais aimé épargner ce genre d’argent pour les situations d’urgence. Il nous restait un peu de mithril, peut-être qu’on pourrait… oh… oho…

« Est-ce que l’une de vous sait si un Golem d’orichalque existe ? »

Penser au Mithril me rappelait qu’il existait des golems de Mithril, donc ça ne pouvait pas faire de mal de demander.

« Un Golem d’orichalque ? Je ne peux pas dire que j’ai déjà entendu parler de quelque chose comme ça… »

« Moi non plus. Même si quelque chose comme ça existe, ce ne serait probablement pas une promenade de santé pour se battre… »

Hmph… Je supposais qu’avoir un Golem d" orichalque qui se pavanait quand j’en ai besoin serait un peu trop pratique, hein ? Juste pour en être sûr, j’avais allumé ma carte et j’avais essayé de faire une recherche. Je n’avais jamais vu un Golem d’orichalque auparavant, mais il était facile d’imaginer une telle créature. Cela devrait être un gros monstre rocheux, couvert d’Orichalque scintillant. Je pourrais sûrement reconnaître quelque chose comme ça, donc ce serait facile à chercher.

« Recherche : Golem d’orichalque. »

« Recherche en cours… Recherche terminée. Affichage des résultats. »

Plusieurs épingles étaient tombées sur la carte, les unes après les autres.

« … Donc ils existent. »

« … je suppose que oui. »

Nous avions tous été pris par surprise pendant un court instant. Après tout, le monde était plus vaste que ce que nous en savions. Eh bien, il y avait beaucoup d’endroits que l’humanité n’avait pas encore visités dans ce monde. Des canyons profonds et vastes, de larges vallées qui s’étiraient, de hauts sommets… Il était tout à fait possible qu’ils vécussent dans des endroits que les mains humaines n’avaient jamais touchés.

« D’accord, je vais aller en tuer un. »

« Ah… alors peut-on aussi venir… ? »

« Non, j’y vais tout seul. C’est un endroit où je ne suis jamais allé, alors je vais utiliser le [Vol] pour y aller. »

Dès que j’avais parlé de mon sort de vol, elles avaient arrêté de protester. Elles n’aimaient vraiment pas ce truc. Je les avais renvoyées toutes les deux au château de Brunhild par une [Porte], puis j’avais remis ma carte à l’écran.

« Hm… Je suppose que l’endroit le plus proche où je suis allé est… à Eashen. »

Les golems étaient situés dans les montagnes un peu à l’ouest d’Oedo. Eashen ressemblait à bien des égards au Japon, alors je m’étais demandé s’il avait aussi sa propre version du mont Fuji.

Venir d’Oedo en volant semblait assez simple. Très bien, allons-y.

En m’élançant, j’avais fantasmé à l’idée d’utiliser une grande quantité d’Orichalque pour créer un Frame Gear ayant une armure dorée. Faire un Chevalier d’or aurait cependant pu être un peu trop voyant à mon goût…

***

Partie 6

« Wôw… C’est vraiment brillant et doré… »

Loin à l’ouest d’Oedo, j’avais trouvé le golem d’orichalque reposant dans une vallée profonde, blotti entre quelques montagnes géantes.

Il était un peu plus grand qu’un golem en Mithril, et son corps doré reflétait les rayons du soleil quand ils descendaient dans la vallée. Il brillait magnifiquement lorsqu’il se promenait. J’avais su ce que c’était dès que je l’avais vu. La créature avait à peu près la taille d’un Frame Gear.

Il y avait probablement un noyau à l’intérieur, un peu comme un Golem en Mithril.

Son corps robuste et caillouteux possédait deux grands bras. Il avait de minuscules petites jambes et un torse large. Dans l’ensemble, il ressemblait beaucoup à un Golem en Mithril, alors j’avais supposé que le noyau serait au même endroit.

« Tout ce que j’ai à faire, c’est de détruire sa poitrine, ça devrait être assez simple. [Glissade]. »

Avec un grand fracas, une puissante secousse secoua la vallée. Le golem doré s’était écrasé au sol.

« [Gravité]. »

Je n’avais pas perdu de temps à l’épingler au sol avec un sort de soutien. J’avais rapidement utilisé [Stockage] pour extraire un petit fragment de phase. J’y avais versé de la magie, le remodelant en une forme de balle de baseball, tout en augmentant sa résistance jusqu’à ce qu’il soit plus dense que l’orichalque.

« [Porte]. »

J’avais ouvert un portail et j’avais tranquillement lancé la petite balle à travers lui, en appliquant la [Gravité] dans le processus.

Le portail de connexion était juste au-dessus de la poitrine du golem, et en quelques secondes à peine, la minuscule boule de cristal avait traversé le corps du golem et avait touché sa cible. La balle, qui était plusieurs centaines de fois plus lourdes qu’elle n’aurait dû l’être, avait complètement oblitéré le corps du golem. Un fracas monstrueux retentit, et le golem se tut enfin.

C’était mon combo breveté [Glissade], [Gravité] et [Porte]… Peut-être qu’il était un peu surpuissant.

J’avais prudemment approché le corps du golem pour confirmer qu’il était mort. Comme je m’y attendais, son noyau se trouvait dans sa poitrine.

J’avais rouvert mon [Stockage] et j’avais commencé à récolter le cadavre du golem. Mission accomplie ! Mec, c’était simple.

Soudain, un bruit était venu de nulle part, je m’étais tourné pour voir un cerf sortir de la broussaille. J’avais failli être surpris, mais il n’était certainement pas inhabituel de voir un cerf se promener.

Le cerf ne m’avait pas jeté un second coup d’œil, mais il s’était plutôt dirigé vers une rivière voisine. Il ne semblait pas avoir peur des gens.

Un cerf, hein… Je devrais peut-être ramener du gibier à la maison… Non, non, contrôle-toi, Touya. C’était un joli petit cerf qui ne craignait pas l’homme, je ne devrais pas le découper et manger sa chair tendre…

Comme mon attention était concentrée sur le cerf, j’avais soudainement remarqué quelque chose sur la berge de la rivière. Qu’est-ce que c’était… ? J’avais fait un pas en avant pour essayer d’avoir une meilleure vue d’ensemble, et lentement j’avais réalisé ce que c’était. J’avais commencé à courir plus vite. C’était une personne, une personne blessée.

« Hé ! Hé ! Hé là ! Est-ce que ça va !? »

Je m’étais dirigé vers le bord de la rivière. La personne effondrée semblait être une jeune femme.

Elle avait le même âge qu’Elze et Linze. Ses vêtements avaient l’air en lambeaux et déchiré, mais ses cheveux étaient longs, purs et blancs. Elle était couverte d’égratignures, de coupures et de blessures tout le long de son corps. Je m’étais brièvement demandé si elle avait été emportée par le courant de la rivière.

Je l’avais prise dans mes bras et l’avais tirée hors de la rive. Immédiatement, j’avais remarqué quelque chose d’inhabituel au niveau de sa jambe droite. Hein… Est-ce qu’elle était cassée ? Oh… Oh non… J’avais roulé son hakama [1] pour inspecter sa jambe, mais ce que j’avais trouvé… c’est qu’il n’y avait plus rien à partir du genou. Elle avait été déchiquetée et réduit en pâte, comme un morceau de viande crue. J’avais rapidement constaté que sa main droite était dans un état similaire, tranchée au niveau du poignet.

Je l’avais bien regardée et j’avais trouvé d’énormes entailles dans son dos. Elle avait été clairement tranchée avec une épée.

Je pensais qu’elle était morte, mais je l’entendais respirer durement. Si je ne l’avais pas rencontrée, elle se serait probablement noyée. Mais survivre aussi longtemps l’avait rendue plus tenace.

J’avais décidé d’arrêter de réfléchir et de commencer à la guérir !

« Viens, Lumière ! Le calme de la déesse : [Mega Guérison] ! »

J’avais jeté mon sort de guérison le plus puissant, et toutes les blessures sur son corps s’étaient refermées en même temps. Ses ecchymoses s’étaient aussi estompées. Sa blessure à la jambe s’était aussi refermée, mais la chair manquante ne s’était pas régénérée. J’avais décidé de lancer [Récupération] pendant que j’y étais. Je ne voulais pas découvrir qu’elle avait été empoisonnée ou quoi que ce soit d’autre.

« … Gh… »

« Hé ! Tu es avec moi ? »

Ses yeux s’ouvrirent lentement, des orbes violets s’élevèrent sur moi.

« … Ah… »

Elle essaya de parler… mais elle ferma rapidement les yeux et s’évanouit à nouveau.

« Je vais l’emmener au laboratoire d’alchimie. Je crois que Flora avait dit qu’il serait possible de régénérer des membres là-bas… J’espère qu’on pourra restaurer sa jambe. »

J’avais bercé la fille dans mes bras, tout en ouvrant une [Porte] vers le laboratoire d’alchimie en même temps.

« Où est la fille ? »

« Elle dort dans une capsule de Lazare dans le labo d’alchimie. Flora et Lu s’occupent d’elle en ce moment. »

J’avais répondu à la question de Linze en m’asseyant sur ma chaise. Je voulais aussi m’occuper d’elle, mais Yumina et Lu m’avaient vite mis dehors. Ce n’est pas comme si je voulais reluquer une fille nue qui se faisait régénérer son corps tout en flottant dans une capsule de liquide régénérant… Franchement.

Apparemment, elle était sur le point de mourir. Flora m’avait dit que si je l’avais trouvée quelques minutes plus tard, elle ne serait plus de ce monde. Peut-être que ce cerf était un guide venant d’en haut…

« Et combien de temps prendra le processus de régénération, Touya-dono ? »

« On dirait que ça va prendre une journée. »

« C’est vraiment incroyable qu’une main et une jambe manquantes puissent repousser en un seul jour… »

Ça l’est vraiment. La technologie de Babylone est une force avec laquelle il faut compter. C’est fou de penser que ça pouvait même faire des trucs comme des clones ou des homuncules… Quand je pense que j’étais en train de regarder quelque chose comme ça en ce moment…

Mes yeux regardaient constamment sur Cesca alors qu’elle me servait une tasse de thé. Ces gynoïdes terminaux étaient composés de parties biologiques et des parties mécaniques, donc cela ressemblait plus à des cyborgs selon moi. Ou peut-être qu’elles étaient plus proches des formes de vie mécaniques, comme ceux de cette vieille émission de télévision ou comme ces types de robots qui pouvaient se transformer en voitures, etc... Hm… Je trouverais étrange qu’elles puissent faire cela.

« … Maître, je peux sentir ta vive excitation me transpercer et me masser la peau. Je comprends, tu m’ordonnes silencieusement de te présenter mon corps afin que tu puisses en faire ce que tu en veux ce soir… »

Je ne pensais pas avoir à m’inquiéter pour elle. C’était une excuse inutile pour une gynoïde.

Elle serra son corps contre le mien, je m’étais levé pour sortir de son étreinte dès le moment où elle commença à se tordre et à se frotter contre moi. J’étais allé à l’atelier. Après tout, je devais remettre mon orichalque durement gagné à Rosetta.

En arrivant, j’avais trouvé Rosetta en train de faire quelques ajustements au nouveau Chevalier. Rosetta était très pratique, elle avait appliqué les dernières mises au point et mises à jour à n’importe quel robot qui était produit et assemblé.

« Heyo, je t’ai apporté de l’Orichalque. »

« Effectivement, vous avez fait vite, monsieur ! Toutes mes excuses, monsieur ! J’ai arrêté la production en série parce que je pensais que ça prendrait plus de temps, monsieur ! »

J’avais sorti le corps du Golem orichalque de [Stockage], en m’assurant de couper la partie juste en dessous du coude droit afin de le garder pour moi.

Avec cela, la production en série pourrait recommencer.

« Bonté divine, monsieur… ! Ça fait beaucoup d’orichalque ! Il y en a même trop ! »

« Hein ? Vraiment ? »

« Oui monsieur ! Comparés à d’autres matériaux, nous n’avons pas besoin d’autant d’Orichalque ! Peu importe, je suppose qu’en avoir trop est une bonne chose, monsieur ! Nous pouvons probablement produire beaucoup de Frame Gear avec cette quantité, monsieur ! »

Pendant qu’elle parlait, le sol de l’atelier s’était ouvert autour du golem et l’avait avalé en entier.

« Maintenant, cher maître, j’aimerais vous parler du chevalier lourd, le Chevalier. Et plus précisément de son équipement, monsieur. Par défaut, il est équipé d’une épée, mais il possède aussi d’autres composants supplémentaires ! Un bouclier lourd, une masse, un marteau de combat, une lance, une hallebarde et une hache de combat ! Est-ce suffisant, monsieur ? Ou devrais-je vous en donner 20 de plus ? »

« Euh, non. Ça a l’air plutôt bien. Je suppose que combattre la Phase ressemblera plus à un échange de frappe, vu qu’ils sont résistants à la magie et tout. »

Je m’étais dit qu’une stratégie solide consistait simplement à les frapper sans cesse avec le marteau de combat, mais je n’aurais pas été contre des capacités à longue distance. Cela dit, la quantité de poudre nécessaire pour une arme de cette taille était tout simplement irréalisable… Puis, une autre idée m’était venue.

« Pourrais-tu me faire… des armes à distance ? Comme un arc ? »

« Je pourrais, monsieur… mais je doute sincèrement qu’elle puisse faire grand-chose contre la dure carapace d’une phase, avec tout le respect que je vous dois. Ça pourrait marcher si vous vous rapprochez et tirez à fond, monsieur ! Mais cela irait à l’encontre d’une attaque à distance. »

Oh, elle marque un point… je supposais que les attaques de longue portée étaient inutiles. Eh bien, ça craint.

« Que dirais-tu d’une arme de mêlée avec des capacités à longue portée ? Comme une arme avec une grosse boule de fer sur une chaîne qu’on peut brandir. »

« Vous voulez parler d’un fléau d'arme, monsieur ? C’est faisable. »

J’étais presque sûr que les étoiles du matin n’étaient pas si flexibles et ressemblaient plus à des armes de mêlée, mais j’avais laissé tomber. Cela devait fonctionner comme ça dans ce monde.

Après avoir quitté l’atelier, j’étais allé au laboratoire d’alchimie pour voir comment allait la fille Eashen.

Mais, comme le destin l’avait voulu, Lu m’avait refusé l’accès.

« Ses blessures seront probablement guéries d’ici demain, mais… On ne sait pas quand elle reprendra connaissance. »

« Hrmph… ce serait mal si elle était traumatisée ou quelque chose comme ça… »

D’après ces blessures, elle avait été attaquée par quelqu’un. Dans un monde idéal, être si près de la mort ne laisserait pas de cicatrices mentales durables, mais… Je savais que ça ne finirait pas comme ça.

« Ah, Touya. Prends ça. »

Lu m’avait passé un objet. C’était un petit médaillon d’environ dix centimètres de diamètre. Il était fait d’un métal brillant et entouré d’une corde d’argent.

« La fille le portait autour du cou. Cela pourrait nous aider à l’identifier, d’une façon ou d’une autre… »

Le médaillon portait une gravure complexe, qui avait clairement été réalisée par quelqu’un d’extrêmement compétent. L’autre côté était complètement plat et sans décoration. Sur la face avant, je n’avais pas vraiment compris ce que représentait la sculpture, mais elle ressemblait un peu au soleil. Ça ne ressemblait pas du tout à des armoiries de famille.

J’avais décidé de le garder pour le moment.

Il n’y avait plus grand-chose à faire, alors j’étais retourné au château. Alors que je me promenais dans les couloirs, Lapis s’était pointée.

Lapis et Cécile servaient ma famille depuis l’époque où nous vivions dans le manoir de Belfast. Ils étaient maintenant des résidents officiels de Brunhild.

Pendant qu’elles nous servaient à Belfast, elles étaient restées avec nous. C’était des espions qui agissaient au nom des services secrets de Belfast. Mais quand mes fiançailles avec Yumina avaient été officiellement annoncées, elles avaient démissionné et étaient devenues nos bonnes à plein temps à Brunhild. Pour l’instant, Lapis était la femme de chambre de Brunhild.

« Votre Altesse, il faut qu’on parle. »

« Hm ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

« J’aimerais qu’on augmente le personnel ici. Moi-même, Cécile, Renne et Cesca ne suffisons pas pour bien nettoyer toutes les pièces ainsi que pour divertir tous les invités possibles… »

C’était raisonnable. Je pouvais voir ce qu’elle voulait dire. Il était déraisonnable de s’attendre à ce qu’elles s’occupent de toutes les tâches, du nettoyage à l’accueil des invités, en passant par notre prise en charge. D’après ce que j’avais entendu dire, certains membres des services de renseignements de Tsubaki avaient aidé ici et là, mais ils avaient aussi leur propre travail à faire.

« Bien sûr, alors. Je vais essayer d’embaucher plus de personnel. Combien de personnes voudrais-tu ? »

« Je crois qu’il faudrait embaucher une dizaine de bonnes de plus. Nous avons besoin de domestiques pour nous occuper de la blanchisserie, des appartements des femmes, des servantes pour le salon et la cuisine. Ceux assignés à la cuisine serviront directement sous le chef Créa, et ceux qui travaillent dans le salon serviront directement sous Cécile. »

C’était une forte augmentation de personnel, mais je pensais que c’était justifié.

« Nous n’embaucherons pas non plus par l’entremise de la Guilde des bonnes, mais par le biais de nos relations personnelles. Nous aimerions que vous conduisiez les derniers entretiens, Votre Altesse. De plus, Renne et Cesca seront les servantes chargées de répondre directement à vos besoins. »

Hm… ça ne me dérangeait pas d’avoir Renne, mais… J’étais un peu mal à l’aise à l’idée d’avoir Cesca avec moi. Mais encore une fois, il serait mieux que cette servante gynoïde perverse me serve directement, plutôt qu’elle en vienne à déranger nos invités.

« Je m’occuperai aussi de former le personnel aux techniques essentielles de combat. »

« Attendez, un entraînement au combat !? C’est un truc dont vous avez besoin ? »

« Nous ne saurons jamais où est l’ennemi, Votre Altesse. Une fille faible qui ne peut pas subvenir à ses besoins est un échec en tant que femme de chambre. Une vraie bonne doit être capable de faire face à toutes les situations possibles. »

Lapis inclina la tête, souriant doucement. Les femmes de ménage menaient apparemment une vie dure.

Je m’étais soudain souvenu qu’Angie de Lihnea était aussi une combattante de mêlée talentueuse, alors je m’étais demandé si l’étude des tactiques de combat n’était pas quelque chose que les servantes apprenaient ici.

C’était bien d’avoir des femmes de ménage qui savaient aussi prendre soin d’elles-mêmes, alors j’avais donné mon feu vert.

Je m’interrogeais sur la participation de Renne à de telles choses, alors j’avais demandé juste pour être sûr.

« Renne est déjà bien éduquée par Cécile. Les voyous d’ici ne seront pas de taille contre sa splendide technique au poignard. »

Qu’est-ce que tu lui apprends !? Lui as-tu appris des trucs bizarres pendant que je tournais la tête ? Quel groupe effrayant ils représentaient !

Je soupçonnais sournoisement que les servantes de ce monde étaient vraiment quelque chose.

Notes

1https://fr.wikipedia.org/wiki/Hakama

***

Partie 7

« Je sais que c’est étrange, mais enfin, vu que cela ait était fait par Touya… »

« … Bon sang… Je sais que c’est comme ça, mais on devrait vraiment se considérer comme chanceux… »

« Hm… comment ça ? »

Je m’étais accidentellement retrouvé en train d’écouter une conversation entre l’empereur de Régulus et le roi de Belfast. Ils levaient les yeux vers le Chevalier tout en bavardant entre eux.

« Eh bien, pensez-y de cette façon. Si le garçon était trop ambitieux ou imprudent, il aurait pu facilement effacer n’importe quel pays de la carte. Il possède une puissance militaire effrayante, et aucun d’entre nous ne pourrait vraiment lui résister s’il voulait nous être hostile. »

« Hm, peut-être, mais… Je ne pense pas vraiment qu’il serait du genre à faire un tel revirement. Quel genre de personne faudrait-il être pour s’attendre à une telle chose ? »

L’empereur de Refreese et le Roi-bête de Mismede s’interposèrent également. Il était honnêtement difficile de dire si j’étais loué ou critiqué.

« Touya n’est pas du genre ambitieux et hostile, je peux vous l’assurer. Je sais qu’il est bon et juste, et il est sûrement notre ami et allié. »

Sa Sainteté le pape de Ramisch avait parlé, une expression calme sur son visage. D’une certaine façon, elle était la seule personne dans la pièce à connaître ma vraie nature. Cela étant dit, je n’étais certainement pas le messager sacré qu’elle pensait que j’étais. Aussi malheureux que cela ait pu être, je n’étais pas un ange.

« Cela mis à part, cette chose est incroyable… Peut-il vraiment bouger ? »

« En effet, il en est capable. Il fonctionne de la même façon que les simulateurs de Frame Gear. »

Cloud, roi de Lihnea, regardait le Frame Gear, avec de l’étonnement dans les yeux.

J’avais rassemblé tous les chefs de l’alliance de l’ouest à Brunhild pour leur montrer les Frame Gears. Les gardes du corps chevaleresques que chaque chef d’État amenait avec lui le regardaient avec des expressions étonnées ou choquées. Ce n’était pas trop surprenant, tout bien considéré.

« Alors… à quoi sert ce truc ? »

« Je suppose qu’on pourrait appeler ça une sorte de passe-temps… pour l’instant. Mais formellement, c’est une mesure anti Béhémoth. »

« Ah, les Béhémoths. Effectivement, cette chose pourrait certainement réduire les dégâts causés par ces bêtes. »

Le roi de Belfast hocha la tête avec confiance, comme s’il était d’accord avec son utilisation. Il était bien évident que j’allais les utiliser pour une autre raison que celle-là.

Je ne pouvais pas me permettre de le dire tout de suite aux dirigeants du monde, alors pour l’instant, je ne laisserais que Relisha, la chef de guilde, être au courant au sujet de la Phase. Son réseau de renseignements était assez précieux pour que je la mette dans la confidence. De plus, je ne voyais pas l’intérêt d’impliquer des pays étrangers dans des situations qui pourraient ou non se produire. Sans parler du fait que je n’avais aucune preuve réelle pour l’instant.

J’avais décidé que pour l’instant, la meilleure chose à faire était de se préparer tranquillement, de sorte que la situation devait empirer… Nous serions en mesure de faire face à la situation. J’avais dû réfléchir à ce qui était le mieux pour tout le monde.

Révéler l’existence des Frame Gears au public était une étape nécessaire à cette fin.

« Hm… Touya… Pourrions-nous peut-être faire un tour ? »

« Oui, bien sûr ! C’est une question très importante ! »

Le roi de Belfast et le Roi-bête de Mismede me fixaient, je voyais de la passion dans leurs yeux. Leurs regards troublants se concentraient entièrement sur moi, criant silencieusement : « Allons-y. »

« Eh bien… Je n’y vois pas d’inconvénient, mais… Je crois qu’il vaudrait mieux qu’un garde s’en occupe d’abord, pour assurer la sécurité. N’est-ce pas, Gaspar ? »

« Hm… ? Moi ? »

Le commandant militaire borgne de l’Empire Regulus, Gaspar, me regarda avec une expression curieuse. Tous les gardes d’ici s’étaient après tout entraînés avec les simulateurs de Frame Gear dans la salle de jeux. C’était pour cette raison que je ne pensais pas qu’ils auraient des problèmes avec les Frame Gears.

« Tu n’as vraiment rien à craindre. J’ai installé une fonction spéciale en cas de circonstances imprévues. Il y a une fonction d’arrêt d’urgence. »

Par mesure de sécurité, j’avais fait installer un arrêt d’urgence sur le Frame Gear. Il était commandé à partir de mon smartphone, sa fonction était de limiter les mouvements d’un Frame Gear. Par exemple, si Gaspar décidait d’utiliser le Frame Gear pour attaquer tout le monde dans les environs… il ne serait plus du tout capable de bouger. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’un homme bon comme lui fasse une telle chose.

Après le succès de l’essai de Gaspar, il y avait eu une petite dispute pour savoir qui monterait le Frame Gear en premier, mais sinon il n’y avait pas grand-chose à craindre. Tous les chefs (à l’exception de Sa Sainteté le pape) avaient eu la chance de piloter le Frame Gear, et… étonnamment, ils avaient tous manié le Frame Gear avec beaucoup de finesse.

J’avais également promis de prêter le Frame Gear aux nations attaquées par les Béhémoths. J’avais également décidé de donner à chaque nation six simulateurs de Frame Gear, afin que les pays puissent former des pilotes. Comme ça, ils n’auraient pas à compter sur moi.

Le raisonnement que je leur avais donné était que chacun des six simulateurs permettrait à leurs chevaliers de se détendre et de s’entraîner.

Le vrai raisonnement était, bien sûr, une préparation discrète à l’invasion potentielle des Phases. S’ils étaient entraînés à la guerre sans le savoir, cela ne leur ferait pas de mal.

Comme Belfast et Régulus avaient tous deux de vastes territoires, il y avait une plus grande probabilité pour qu’un Béhémoth puisse y apparaître. J’avais accepté de leur prêter le Frame Gear en cas de besoin à cause de ça. Ramissh et Mismede bordaient aussi la mer des arbres, il était donc possible qu’un Béhémoth puisse charger à partir de la forêt et qu’il commence à faire des ravages, donc il était assez logique que je m’engage à les aider là aussi.

Gaspar grimpa et monta à bord du Chevalier, après avoir, bien sûr, obtenu la permission de l’empereur.

« Qu’en pensez-vous ? Ce n’est pas trop différent d’un simulateur de Frame Gear ? »

« Oui… Vous avez raison, j’en reconnais les commandes. »

« Alors, je vous en prie. Essayez un peu. »

Je communiquais avec Gaspar par l’intermédiaire d’un module de réception, et j’avais dit à tout le monde autour du Frame Gear de prendre du recul.

J’entendais le ronronnement familier du démarrage, et le lourd équipement du Chevalier avait pris vie.

Lihnea n’était pas vraiment susceptible d’être agressée par un Béhémoth… donc il était peu probable qu’ils n’aient jamais besoin d’obtenir mon soutien à travers les Frame Gears. Mais bon, le pire des scénarios pourrait toujours arriver, alors je m’étais engagé à les protéger également. Après tout, un Béhémoth pourrait toujours surgir de l’océan.

J’avais été heureux d’entendre que tous les pays présents avaient accepté mes conditions avec peu de protestations et qu’ils semblaient tous satisfaits.

J’avais peur qu’ils me demandent de leur fabriquer leurs propres Frame Gears ou qu’ils essaient d’intégrer cette technologie dans leurs armées, mais cela ne semblait pas être le cas.

On m’avait dit que la fille que j’avais sauvée à Eashen s’était enfin réveillée, alors je m’étais dirigé directement vers le laboratoire d’alchimie. Quand j’étais arrivé, elle n’était plus dans la capsule de Lazare, mais dans une chambre du laboratoire. Elle était assise dans son lit, vêtue de vêtements légers, tel un pyjama.

Sa main droite, posée sur la couverture, s’était entièrement régénérée. Je ne pouvais pas voir sa jambe, mais j’avais supposé qu’elle était dans le même état.

J’avais remarqué que ses cheveux, que j’avais d’abord cru être d’un blanc pur, avaient en fait une petite teinte de rouge. Ses cheveux étaient d’un rose très pâle, comme la nuance d’une fleur de cerisier. J’espérais que ce n’était pas un mauvais présage, que ces cheveux n’avaient pas été souillés par le sang ou autre chose.

« … Ah… »

Dès qu’elle posa les yeux sur moi, une petite voix sortie de sa bouche. Elle avait l’air de me reconnaître.

Flora, assise sur une chaise à proximité, vint vers moi et me salua.

« Elle s’est complètement régénérée, n’est-ce pas ? »

« Ah… En quelque sorte… tu sais… »

Flora fronça les sourcils doucement, et sa réponse sonna aussi un peu faux. Je me demandais ce qui n’allait pas.

« Eh bien… la fille a perdu la mémoire, tu sais ? »

« Quoi ? »

D’après Flora, la fille n’avait aucun souvenir de quoi que ce soit jusqu’au moment où je l’avais sauvée. Elle ne se souvenait ni de son nom, ni de l’endroit où elle était née, ni même de la raison pour laquelle elle était si blessée.

« Ce n’est pas un effet secondaire de ce traitement régénérant, n’est-ce pas… ? »

« C’est impossible, tu sais !? Peut-être que si c’était son cerveau qui se régénérait… Mais une perte de mémoire due à la repousse d’une main et d’une jambe !? C’est absurde, tu sais ! T’aimerais peut-être tester cela toi-même, tu sais ? Je sais ! Je couperai ta petite bite et je te plongerai dans une capsule de Lazare ! »

« C-Calme-toi ! »

Ne fais pas l’imbécile ! Je n’irai pas si loin juste pour tester ta théorie sur les animaux ! Et si c’était vraiment un effet secondaire, je perdrais aussi la mémoire ! Cela mit à part... Que savait-elle ?

« Tu te souviens de moi ? »

La jeune fille hocha la tête lentement. Donc elle avait encore ses souvenirs de moi en train de la sauver. Tout de suite après, elle avait suivi le traitement de régénération, il était donc beaucoup plus probable que l’attaque sur sa vie elle-même soit la cause de sa perte de mémoire post-traumatique.

« Quel est ton nom ? »

« … je n’en suis pas sûr. »

« Comment as-tu été blessée ? »

« … je ne sais pas. »

Qu’est-ce qui se passait ici… ? J’avais sondé sa mémoire pendant un moment après ça, lui posant des questions sur des choses et d’autres. Sur sa compréhension générale du monde, son bon sens, la lecture, l’écriture, les chiffres et sur Eashen, tout était intact. Elle connaissait également Belfast et Regulus.

Mais tous ses souvenirs personnels avaient disparu. Elle ne connaissait pas son nom, son lieu de naissance, sa date de naissance, ses goûts et ses aversions, ni sa situation familiale. En dernier recours, j’avais essayé de lui appliquer à nouveau [Récupération], mais c’était inutile.

« Hm… Je suis sûr que d’une façon ou d’une autre tu retrouveras tes souvenirs. »

« … Vous… »

« Moi ? »

La fille sur le lit se retourna pour me regarder, ses yeux violets clairs me regardant à travers tout mon être.

« … Qui êtes-vous… ? »

« Ah, je suis Mochizuki Touya. Je suis le grand-duc ici… Ici, c’est le Duché de Brunhild. »

« … Grand-Duc… »

La jeune fille avait montré une expression surprise pendant deux secondes, puis elle était immédiatement revenue à une expression neutre. Elle n’avait pas l’air d’avoir beaucoup de portée émotionnelle.

« … On est à Brunhild ? »

« Oui, c’est exact. Je t’ai amené ici d’une région rocheuse d’Eashen, puisque tes blessures étaient si grandes. »

« Comment… ? »

« J’ai utilisé une magie de transport. »

Ses yeux s’étaient à nouveau élargis pendant deux brèves secondes. Puis l’expression neutre s’installa à nouveau. C’était d’une certaine manière assez drôle.

Il aurait été assez mauvais de révéler l’existence du laboratoire d’alchimie à un étranger, alors j’avais immédiatement utilisé [Porte] pour transférer la chambre à coucher, toutes les personnes et tout ce qui s’y trouvait dans une pièce libre du château.

« Quoi… ? »

La jeune fille regarda soudainement autour d’elle, ses yeux se jetant dans la pièce, tandis que le paysage changeait brusquement. J’avais pensé que ce serait suffisant pour qu’elle me croie au sujet de ma magie de transport.

Sur ce, j’avais décidé qu’elle pouvait rester à Brunhild pour le moment. Avec un peu de chance, elle retrouvera bientôt sa mémoire.

Je pourrais toujours la ramener à Eashen, mais le fait qu’elle n’avait aucun souvenir et le fait qu’elle était probablement visée n’étaient pas de bon augure pour elle. Je n’avais donc pas le choix.

« Ce serait mal si tu n’avais pas de nom, tu sais. Est-ce qu’on devrait t’en donner un en attendant ? »

« Un… Nom… Je serais… d’accord avec celui que vous choisiriez. À vous de décider, Seigneur. »

Hmm… c’était un peu brusque, laisse-moi y réfléchir ici… Je pense a un nom qui a une forte consonance d’Eashen serait mieux qu’un nom traditionnellement occidental… Voyons voir… Aha, j’ai trouvé.

« Hm… Dans ce cas, pourquoi pas Sakura ? »

« Sakura… ? »

« Tes cheveux sont d’un beau rose, alors je t’ai donné le nom des cerisiers en fleurs dans mon pays natal. Si ça ne te plaît pas, j’en trouverai un autre. »

C’était un nom assez simple. Mais de toute façon, la fille secoua la tête.

« Sakura c’est… un joli nom. Merci… »

J’avais remarqué que Sakura, qui semblait plutôt muette sur le plan émotionnel, souriait un tout petit peu.

***

Partie 8

Un certain temps s’était écoulé, mais Sakura ne semblait pas avoir retrouvé ses souvenirs.

En termes de santé physique, cependant, elle était en pleine forme. Pas une seule tache ou cicatrice n’était restée sur sa peau.

J’avais essayé de lui remettre le médaillon qu’elle avait sur elle, mais elle l’avait regardé avec confusion. Quoi qu’il en soit, c’était le sien, alors j’avais insisté pour qu’elle le garde. J’espérais que ça pourrait déclencher certains de ses souvenirs ou quelque chose comme ça.

J’avais suggéré de retourner dans la vallée où je l’avais trouvée, mais elle avait immédiatement et fermement refusé. Je ne pouvais pas dire que je lui en voulais. Aller à l’endroit où vous aviez failli mourir devait être traumatisant.

Il semblait presque qu’elle évitait activement le retour de ses souvenirs… Je commençais à me demander si elle était vraiment bien amnésique ou quelque chose du genre…

Je n’avais jamais moi-même connu l’amnésie, donc je ne pouvais pas vraiment me mettre à sa place, mais je me demandais si sa personnalité actuelle était la même qu’avant, et si cela causerait une sorte de crise d’identité au final… Bien que je supposais que ce soit plus un trouble lié à une double personnalité plutôt qu’un problème d’amnésie.

J’avais lu un livre quelque part qui expliquaient que les personnalités fonctionnaient comme ça. Commençons par appeler la personnalité par défaut d’une personne A. Si une personne traverse une période exceptionnellement difficile de sa vie, alors A peut créer un ego nommé B. B va expérimenter toutes les choses difficiles, et ne remontera à la surface que pendant les périodes de stress, alors que A est protégé des expériences difficiles. D’une certaine façon, on pourrait appeler cela un mécanisme de défense, quelque chose qui protège la personne en lui donnant l’impression que c’est arrivé à quelqu’un d’autre.

J’avais décidé qu’il était inutile d’essayer de lui faire se remémorer ses souvenirs. J’étais sûr qu’avec le temps, ils remonteraient à la surface.

Sakura avait finalement repris assez de force pour se déplacer à nouveau, et la première chose qu’elle avait dite, c’était qu’elle voulait visiter mon pays. Je n’avais pas vraiment de problème avec ça, mais j’avais assigné Sango et Kokuyou comme gardes du corps, pour plus de sécurité.

Elle semblait particulièrement aimer se promener dans les zones de construction et les fermes. Je l’avais même vue se promener avec Linze de temps en temps. Je pensais qu’elles s’entendaient probablement parce qu’elles étaient à la fois calmes et réservées, du point de vue de leur personnalité.

« Cette fille est vraiment quelque chose… Elle est forte même face aux souvenirs perdus. »

« Je ne sais pas si c’est de la force ou un manque de sensibilité. Elle ne sait pas qui ou ce qu’elle était, ou quoi que ce soit sur son ancienne vie… Alors j’imagine qu’il serait dur de faire son deuil. »

Je creusais des trous dans le sol en répondant aux pensées de Julio, puis je commençais à planter des cerisiers en fleurs dans la terre fraîchement enfouie.

Je ne pensais pas que ça réveillerait la mémoire de Sakura, mais j’avais l’intention d’apporter des fleurs de cerisier d’Eashen depuis un moment. Cependant, l’hiver approchait… Ils ne fleuriront pas avant un bon moment.

C’était un peu tard pour y réfléchir, mais je m’étais même brièvement demandé s’ils allaient réellement fleurir. Apparemment, le climat de Brunhild était similaire à celui d’Eashen… mais je ne pouvais en être certain. Je m’étais dit que si ça ne marchait pas, je pourrais facilement demander à Flora de créer une espèce qui le ferait.

Le climat dans ce monde était plutôt peu fiable et généralement instable. Apparemment, cette instabilité serait l’œuvre des esprits.

Sur un plan tangentiel, je pensais que ce que représentaient les cerisiers en fleurs dépendait aussi de la région. Ainsi les cerisiers en fleurs étaient considérés comme un symbole d’adieu à l’ouest du Japon, mais un symbole de nouvelles opportunités à l’est. Je suppose que c’était aussi différent qu’une cérémonie de remise des diplômes et un examen d’entrée.

Je me souvenais d’avoir rendu visite à un parent à Aomori pendant la Golden Week, et d’avoir été surpris que les cerisiers ne soient pas en fleurs là où il était.

« Julio, as-tu déjà manipulé des fleurs de cerisier ? »

« Non, je ne l’ai pas fait. Mais ce pays semble avoir beaucoup d’influence d’Eashen, donc je ne pense pas que je dois trop m’en inquiéter. »

C’était certainement vrai. Beaucoup de gens à Brunhild étaient après tout d’anciens résidents d’Eashen. Tsubaki et ses ninjas, ainsi que les anciens membres du groupe de l’élite des quatre de Takeda. Nous étions certainement un groupe animé ! Nous avions même eu des hommes bêtes et des démons qui travaillaient pour nous.

Brunhild était plutôt multiculturel, ce qui permettait aux gens de toutes croyances et tous héritages culturels de travailler et de vivre librement. Trouver un emploi n’était pas difficile à cause de ça.

« Voulez-vous que je plante une rangée de cerisiers en fleurs le long de la route qui mène au château ? Je pense que cela sera joli quand ils fleuriront. »

« Oui, ça a l’air bien. »

J’avais passé la matinée avec Julio, en écoutant attentivement ce qu’il avait à dire. Après ça, j’étais allé écouter le rapport de Tsubaki.

« Les relations entre Palouf et Lihnea sont en voie de guérison. La guerre est extrêmement improbable à l’heure actuelle. »

« C’est bien. Après tout, le roi de Lihnea travaille dur. J’espère qu’ils pourront conclure un traité de paix un jour. »

Les agents de Tsubaki s’étaient dispersés sur tout le continent et avaient transmis des informations concernant d’autres pays par l’intermédiaire des miroirs portatifs que chacun d’entre eux possédait. Je n’avais pas d’agents stationnés dans les palais royaux d’autres pays : ce n’était donc pas de l’espionnage. Je les avais fait se mêler aux habitants de la ville et ils recueillaient des informations de la manière qui me convenait.

« Actuellement, je dirais que le problème le plus urgent est l’instabilité croissante à Eashen. »

« Hein ? À Eashen ? »

J’avais demandé plus d’informations à Tsubaki, me demandant si cela avait quelque chose à voir avec Sakura. Ce n’était pas du tout le cas. Apparemment, il y avait un tas d’escarmouches entre les seigneurs féodaux et leurs maisons respectives. Rien à grande échelle pour l’instant, mais ça ne se présentait pas bien.

« Eashen était divisé entre neuf maisons. Date, Uesugi, Tokugawa, Takeda, Oda, Hashiba, Chosokabe, Mouri et Shimazu. En raison de l’incident dans lequel vous étiez impliqué, la maison des Takeda a été dissoute. En conséquence, le pouvoir d’Oda et de Tokugawa s’est accru. Puis Hashiba a fusionné avec Oda. Tokugawa et Oda ont actuellement une relation amicale, mais Oda est beaucoup plus puissante en ce moment. »

Je me demandais comment ça se passerait. Dans mon monde, c’est Tokugawa qui avait pris le pouvoir. Je me demandais si, dans ce cas, Oda pilerait le mochi, Hashiba pétrirait le mochi et Tokugawa s’assiérait dessus et dévorerait le mochi.

Je m’étais soudainement souvenu d’avoir rencontré Tokugawa Ieyahsu, et d’avoir vu sa carrure petite et trapue et sa petite moustache… Cela m’avait fait soupçonner que l’histoire pourrait bien se dérouler de la même façon dans ce monde également. Mais je ne pouvais pas le dire avec certitude, ce n’était pas comme si Eashen était identique au Japon ou quoi que ce soit d’autre.

J’étais inquiet pour Eashen, mais j’avais décidé de laisser cette question de côté pour le moment. Si Oedo devenait une zone dangereuse, j’avais l’intention de l’évacuer… au moins la famille de Yae.

Après que Tsubaki eut fait son rapport, je m’étais dirigé vers le Hangar de Babylone.

Des Frame Gears de type chevaliers lourds, les Chevaliers, étaient tous alignés dans leurs garages. Il y avait aussi deux chevaliers Barons. Pour ce qui était du ratio, il y avait neuf Chevaliers pour un Chevalier Baron.

Il était facile de compter le ratio, mais le taux de production était un peu plus complexe. Il avait fallu beaucoup plus de ressources pour créer un Chevalier Baron, et c’était un engin de type commandant, donc il fallait beaucoup plus de contrôle pour le manier correctement. S’il était simple à contrôler, il ne servirait à rien de créer des Chevaliers.

En l’état actuel des choses, les Chevaliers excellaient en défense, tandis que les Chevaliers Barons excellaient en attaque. Rosetta et Monica avaient également travaillé dur pour mettre au point un nouveau type de Frame Gear.

J’étais entré dans un garage où je n’étais jamais allé auparavant, et je m’étais retrouvé à regarder un Frame Gear rouge et mince.

Il avait des propulseurs massifs sur le dos et à la taille, ainsi que des roues gigantesques sur les pieds. Par rapport aux autres Frame Gears, il se démarquait complètement. J’avais vu Monica et Rosetta régler les propulseurs à la taille, et je les avais appelés.

« Alors, combien de temps ça va prendre ? »

« Eh bien, monsieur, ça devrait être fait d’ici demain, monsieur ! As-tu déjà choisi un pilote pour ce Frame Gear, monsieur ? »

« C’est un Frame Gear un peu capricieux, donc il est plutôt inadapté à la production de masse. Tu dois vraiment choisir la bonne personne pour le boulot ! »

C’était un Frame Gear de type Chevalier Dragon, le Dragoon. Si le Chevalier avait été construit pour la défense, et le Chevalier Baron pour l’attaque, alors le Dragoon avait été construit pour être le plus mobile possible.

Il avait une faiblesse. Pour le rendre plus rapide, son armure était relativement mince. Elle était également relativement faible. En toute honnêteté, je n’étais pas sûr que cela puisse constituer une menace pour la Phase. J’étais cependant pratiquement sûr que cela conviendrait bien face à un Béhémoth. L’un était déjà dans le hangar, puis j’en avais fait faire un autre, donc il y en avait deux au total.

J’avais essayé de faire un essai pilote, mais il était incroyablement difficile à manier. Lorsque j’avais déclenché le mode vitesse extrême et qu’il avait déployé ses roues, il était presque impossible de maintenir son équilibre. Cela allait sans dire… les choses allaient vite.

J’avais également chuté lorsque mon équilibre avait atteint un point de basculement, et Frame Gear avait en conséquence fini par être endommagé. Ce n’était pas suffisant pour le briser ou quoi que ce soit, mais je pouvais voir que cela pouvait facilement se produire si le pilote tombait à plusieurs reprises.

Il fallait donc beaucoup de finesse pour bien manier ce Frame Gear. Le pilote devait être habile, mais même à ce moment-là, il n’avait pas beaucoup de puissance et ne pouvait donc pas non plus utiliser d’armes lourdes. Je ne savais pas comment l’utiliser au mieux. Hmph…

Il serait probablement capable d’utiliser une arme faite de fragments de Phases. Il devrait probablement même être capable de percer une Phase si j’y canalisais assez d’énergie magique.

J’avais dit que je devrais parce que je n’avais pas encore eu l’occasion de tester une arme faite de Phase sur une Phase.

Si j’équipais le Frame Gear de type Chevalier Dragon avec quelque chose comme la lame Touka de Yae, alors je pourrais mieux utiliser sa mobilité au combat.

Pourtant… cela signifierait que je devrais utiliser des fragments de Phases comme matériaux. Il m’en restait encore un peu en stock, mais je n’en avais pas vraiment assez pour fabriquer un équipement efficace pour un Frame Gear.

J’étais retourné au château, Kougyoku s’était mis à voler frénétiquement dans ma direction.

« Que se passe-t-il ? »

« J’ai reçu un rapport de mes éclaireurs. Une ruine ancienne a été découverte, comme celle de l’île isolée. »

Une île isolée ? Oh… la ruine qui m’avait amené au hangar de Monica… ! C’est une bonne nouvelle !

« Où est-elle ? »

« À l’est du royaume de Ryle, dans le royaume des chevaliers, Lestia. Elle est située dans une ruine abandonnée dans le sud du pays. »

Oh, Lestia… C’est l’endroit gouverné par le Roi Chevalier, si je me souvenais bien. Et son père était un aventurier de rang d’or, tout comme moi.

Je voulais en savoir plus sur l’énigmatique Roi Chevalier, mais mes priorités étaient différentes. Babylone avait pris le dessus. Si les ruines m’emmenaient à l’Entrepôt de Babylone, j’aurais l’avantage tactique et je serais capable d’améliorer mes Frame Gears de diverses façons. Je pourrais même être capable de créer un avion. Mec, ce serait sympa. Mon propre jet privé…

Je me demandais quelle serait ma prochaine ligne de conduite. Lors de toutes mes excursions précédentes, j’allais vers la Babylone tout en emmenant tout le monde, mais maintenant que j’avais [Vol], il serait beaucoup plus pratique d’y aller moi-même.

Finalement, j’avais dit à tout le monde que la cinquième Babylone avait été localisée, mais j’avais l’intention d’y aller seul. Elles s’y étaient d’abord opposées, mais j’avais pensé que j’irais beaucoup plus vite en volant, et que j’étais le seul à avoir besoin d’y aller de toute façon, étant donné mes aptitudes pour tous les éléments. Par la suite, elles avaient accepté à contrecœur. Elles m’avaient cependant fait promettre de les amener avec une [Porte] au moment où j’aurais mis le pied sur la nouvelle Babylone.

En y pensant, Sue était devenue l’une de mes futures mariées, mais elle ne savait toujours rien de Babylone. Je ne lui avais pas non plus encore donné de bague de fiançailles.

Je m’occuperais de la bague plus tard, mais je ne savais pas si elle était prête à apprendre l’existence de la forteresse flottante.

Je n’étais pas sûr de pouvoir le dire à Sue. Lors de notre première rencontre, je lui avais raconté une histoire basée sur un vieux dessin animé, et elle m’avait immédiatement dit qu’elle voulait chasser ce château dans le ciel… Elle était vraiment impatiente, mais… Il y avait une chance qu’elle le dise au Duc Ortlinde, puisqu’elle était très proche de son père.

J’avais demandé conseil à Yumina.

« Sue est une fille intelligente, il faudra vraiment lui expliquer les bases. Mais d’un autre côté, elle pourrait devenir trop excitée et elle essaiera de chercher les choses par elle-même ou quelque chose comme ça… »

C’était à tous les coups une possibilité. Sue était beaucoup trop énergique pour tout ce qu’elle appréciait. Ce ne serait pas un problème si elle avait la force de faire correspondre son énergie, mais je pouvais la voir s’attirer des ennuis.

J’avais donc décidé de me taire un peu plus longtemps.

J’avais dit à tout le monde de s’occuper de Sakura. J’avais ouvert une [Porte] à l’endroit où j’avais combattu le Béhémoth plus tôt, juste à la frontière entre Ryle et la mer des arbres.

En m’en servant comme base, j’avais utilisé [Vol] et je filais vers l’est. Grâce à mon sort [Bouclier], toute la pression du vent avait été annulée. Voler était… un jeu d’enfant.

Après avoir volé un moment, j’avais fait une pause pour ressortir ma carte. J’étais cependant pratiquement certain d’être sur le territoire du Royaume des Chevaliers.

« Voyons voir ici… Ah, un peu plus au sud et à l’est… Bien reçu. »

J’avais éteint ma carte et, au moment où j’étais sur le point de m’envoler de nouveau, j’avais aperçu un objet inhabituel du coin de l’œil. C’était quoi cette… fumée ? Quelque chose couvait au loin. Non, quelque chose était en feu.

« [Sens élargi]. »

J’avais utilisé ma magie d’espionnage pour voir ce qui se passait là-bas. Ce que j’avais vu était une ville. Une ville en feu. Il y avait des gens qui fuyaient en masse. Ils étaient défendus par des chevaliers en armure brillante. Ils se défendaient contre des créatures horribles qui ravageaient l’endroit sans pitié.

Des monstres faits de cristal scintillant. Des Phases.

« Ghah... !! »

Cela peut sembler insensible, mais les gens avaient eu beaucoup de chance. Ils n’étaient pas trop gros. Ils ressemblaient à la Phase du type cricket que j’avais rencontrée il y a si longtemps.

Mais il y en avait beaucoup. Je pouvais en voir une dizaine dans les environs.

Ils avaient la même forme que les coléoptères. Ce n’était pas le scarabée typique comme le rhinocéros japonais, mais il était plus proche par sa forme des scarabées hercules.

J’avais vu quelqu’un balancer sa lame dans la direction de la Phase de type scarabée. Elle était vêtue d’une armure d’argent, ses cheveux d’or coulant galamment derrière elle. Avec un coup d’épée florissant, le chevalier avait repoussé quelques-unes des Phases de type scarabée, mais n’avait causé que quelques égratignures en surface. Des égratignures qui avaient guéri très vite.

« Pas d’hésitation, pas de reddition ! N’êtes-vous pas des chevaliers !? Nous devons gagner du temps afin que les habitants de la ville soient en sécurité ! Ne chancelez pas, ne cédez même pas un pouce de terrain ! »

C’était une fille. Elle tourna la tête sur le côté, donnant des ordres aux chevaliers derrière elle. Elle avait l’air d’avoir à peu près le même âge que moi. J’avais supposé qu’elle était la chef.

L’une des Phases de type Coccinelle fixa comme objectif la jeune fille, étendit sa corne et chargea comme si elle tentait de percer son armure.

La chevalière esquiva habilement la frappe, exécutant une roulade sur le côté dans le processus.

Ce n’était pas le moment de regarder ! J’avais annulé mon [Sens élargi] et je commençais à foncer à toute allure vers eux.

***

Partie 9

Les Chevaliers de Lestia attaquèrent de toutes leurs forces la Phase de type scarabée. Mais plusieurs d’entre eux étaient cloués sur place, impuissants face aux carapaces implacablement dures de leurs ennemis.

« Pourquoi ne peut-on pas les percer… !? »

Se déplaçant derrière l’une des créatures, la chevalière entailla sa lame en direction de ses pattes relativement maigres.

Mais la jambe n’était pas cassée. Ce qui s’était brisé, c’était sa lame.

« Quoi… !? »

Elle s’arrêta de bouger, prise par surprise, et un autre des coléoptères en profita pour charger sa corne en premier.

« Bon sang… ! »

J’étais soudainement descendu du ciel, j’avais utilisé [Stockage] pour sortir une épée en cristal de Phase et j’avais tranché la corne de la bête pour commencer.

Et, tout en enchaînant le mouvement, j’avais poursuivi mon attaque en plantant ma lame directement dans le noyau de la bête.

Dès que j’avais percé son centre de commande, la créature s’était fissurée et s’était effondrée.

C’était un test grandeur nature très utile pour moi : il me semblait qu’ils étaient faibles face aux lames faites de leur propre corps. Du moment que j’y avais mis suffisamment de magie pour rendre l’épée très dure. Je devrais m’en souvenir, de peur de foirer et de les frapper avec des coups faibles.

Les Phases ici étaient de la caste la plus basse de leur espèce, donc je pouvais facilement les tuer en arrachant leurs noyaux avec [Apport], mais je voulais tester un peu plus les capacités de coupe de l’épée en cristal.

« Mais qui êtes-vous… ? »

« Arrêtez de bavarder. Évacuez les habitants de la ville. On en reparlera plus tard. Pour l’instant, laissez-moi m’en occuper. »

« Très bien, dans ce cas ! Je laisse tout entre vos mains ! »

Très bien…

« Lancez la recherche. Localisez toutes les Phases dans un rayon d’un kilomètre. En excluant ceux qui ont été détruits. »

« Recherche en cours… Recherche terminée. Onze Phases au total. »

Cela signifiait donc qu’il y en avait douze… Voyons voir, deux, quatre, six… Je n’en voyais que huit dans les environs immédiats… Très bien.

« Dansons ! [Puissance accélératrice] ! »

J’avais utilisé mon sort combiné, mélangeant le meilleur de la fortification corporelle et de la vitesse. J’avais sauté en avant, coupant proprement en deux les noyaux de deux Phases. J’avais sauté avec un certain angle, j’avais donné un coup de pied sur le mur d’une maison et j’avais plongé vers le bas, perçant un troisième noyau avec ma lame pendant que je me posais.

J’avais fait irrésistiblement irruption dans la ville, coupant une Phase au niveau de sa corne. J’avais gracieusement sauté sur le côté, coupant à travers son noyau dans le processus. J’avais utilisé mon élan pour me tourner et couper une autre Phase de la même manière.

Il en restait trois. J’avais raccourci la distance en une seconde, en transperçant deux noyaux pendant que je chargeais. Le dernier était juste devant moi, et je l’avais simplement poignardé par devant.

« Lancez la recherche. Les trois autres Phases. »

« Compris. Affichage. »

J’avais confirmé l’emplacement des trois dernières sur la carte, puis j’avais sauté et couru le long des toits. J’en avais vu une en dessous de moi, pris dans un conflit avec quelques chevaliers. En un éclair, j’avais sauté et je l’avais réduit en pièces.

Ignorant les chevaliers confus, j’avais foncé tête baissée vers les deux dernières.

Tandis que j’esquivais habilement les attaques de leurs cornes, je me déplaçais tout en tournoyant et je fauchais les deux dernières. Sur ce, tout était fini.

Il n’y avait même pas une égratignure ou une fissure dans l’épée que j’avais utilisée pour les couper tous. Comme je l’espérais, la lame en cristal de Phase était absolument parfaite pour ce travail.

J’avais cessé de fournir mon pouvoir magique à la lame, j’avais sorti un fourreau de [Stockage], et je l’avais mise à l’intérieur. Puisque la gaine était aussi faite d’un fragment de Phase, les deux types se mélangèrent dans un combo indiscernable.

Je regardais les alentours, et j’avais vu la chevalière de tout à l’heure me fixer. Elle semblait indemne, c’était un soulagement. Je l’avais appelée.

« Alors, quels sont les dégâts ? »

« Hm ? A-Ah… Eh bien, il y a beaucoup de morts. Des citadins et des chevaliers. La plupart des citoyens ici sont gravement blessés. »

« Je vois… C’est dommage que tant de gens soient morts, mais je peux au moins soigner les gens qui restent. »

La jeune fille semblait confuse par ce que j’avais dit, et avait regardé certains des chevaliers tombés, mais je l’avais ignorée. Avec cela, j’avais déclenché [Multiplication] et j’avais appliqué une magie de guérison sur tous les blessés dans un rayon d’un kilomètre.

Les blessés étaient tous enlacés par des fils de lumière, et leurs blessures se refermaient. Certains chevaliers tombés dans la rue s’étaient également levés, comme si de rien n’était. La fille avait regardé les chevaliers, les yeux écarquillés, et ensuite moi.

« … Qui êtes-vous, étrange sauveur ? Comment saviez-vous qu’on avait besoin d’aide ? Qui diable êtes-vous… ? »

« Je m’appelle Mochizuki Touya. Touya est mon prénom. Il se trouve que je passais par là. Et vous, qui êtes-vous ? »

« A-Ah… S’il vous plaît, pardonnez mon comportement impoli. Je suis la première princesse du royaume des chevaliers de Lestia. Hildegard Minas Lestia. Nous vous sommes très redevables aujourd’hui. »

Attendez ! quoi ? C’était une princesse ? J’avais juste pensé que c’était un chevalier… Elle maniait bien l’épée. Je supposais que c’était ce à quoi je devrais m’attendre d’un royaume des chevaliers, hein. Je l’avais encore regardée. Elle était grande et mince, avec un corps bien proportionné. Ses cheveux étaient longs et blonds, ses yeux étaient bleus comme un ciel clair et sa peau était claire. Elle avait certainement le look élégant d’une princesse.

Son armure semblait être aussi faite de Mithril. Il y avait des ornements dorés ici et là, et si je ne m’étais pas trompé, je pensais que je pouvais sentir quelques enchantements dessus aussi. Les autres Chevaliers de Lestia n’avaient pas non plus les mêmes marques que les siennes. Ce qui semblait être l’emblème de la famille royale de Lestia était gravé sur son plastron. J’avais reconnu le symbole, puisque je m’étais un peu documenté concernant ce pays. D’autant que je sache, elle disait la vérité.

Et bien, dans ce cas je supposais que je ferais mieux de me présenter correctement.

« Non, c’est moi qui ai été impolie. Je n’avais pas réalisé qui vous étiez. Je viens de l’ouest, un pays situé entre Belfast et Regulus. Permettez-moi de me présenter officiellement. Je suis Mochizuki Touya, grand-duc de Brunhild. »

« Brunhild !? Je connais un tel endroit… Il est dirigé par un simple aventurier qui a gravi les échelons, passant de la misère à la richesse… Le médiateur de génie qui se mêle des affaires des nations occidentales, résolvant tous leurs problèmes… »

Une fois que j’avais changé de ton et que je m’étais officiellement présenté, Hildegard semblait absolument déconcertée.

Hein, un médiateur ? Est-ce de cette façon que l’on me voyait maintenant ? Où que j’aille, je faisais ce que je voulais, et j’organisais les réunions de l’Alliance de l’Ouest… Mais j’étais aussi assez impartial. Ce n’était pas comme si je choisissais qui j’aidais en me basant sur des relations personnelles.

Elle avait demandé à voir ma carte de guilde, juste au cas où, alors je l’avais prise dans ma poche et je le lui avais remise.

« É-Étonnant… C’est en effet le même type de carte dorée que celle de mon grand-père… S’il vous plaît, pardonnez mon impudence. Je m’excuse d’avoir pu émettre le moindre doute. »

« Honnêtement, n’en parlez pas. Plus important encore… Faisiez-vous allusion à l’ancien roi tout à l’heure ? J’aimerais bien rencontrer l’homme qui a le même rang que moi. »

Je voulais savoir quel genre de gars il est. C’est probablement un combattant incroyable. Quand j’avais dit que je voulais le rencontrer, la princesse avait fait un petit sourire gêné. Je me sentais un peu mal à l’aise.

« Eh bien… Je vous demanderais seulement… J’espère que votre rencontre répondra à vos attentes. »

« Hein ? »

« Non, ne faites pas attention à mes pensées oisives. Honnêtement, vous êtes incroyable. La totalité de notre groupe ne pouvait rien faire contre ces misérables bêtes, mais vous les avez abattues d’un seul coup… »

La princesse murmura cela en regardant les fragments brisés de la Phase. Es-tu stupide ? C’est encore plus étonnant que vous les ayez parés sans aucune aide magique, et que vous ayez réussi à les retenir. C’est vous les vrais héros ici !

« Ces créatures s’appellent Phase. Elles absorbent la magie et leur résistance physique est inégalée. Malgré leur corps robuste, elles sont dangereusement agiles. Elles ont aussi la capacité de se régénérer. Pour les tuer, vous devez détruire le noyau de contrôle de leur corps. »

« La Phase… »

La princesse chevalière commença à raconter son histoire. Apparemment, elle et son groupe allaient s’entraîner. Mais tout à coup, elle entendit parler d’une ville attaquée par des monstres qui venaient d’apparaître de nulle part. Ils avaient fait un détour et étaient arrivés en vitesse à la ville. Mais, ils avaient découvert que leurs armes n’étaient pas capables de blesser ses créatures, alors ils avaient décidé de les retenir et de laisser au moins le temps aux civils de se mettre à l’abri. Alors qu’elle me racontait son histoire, ses poings s’étaient un peu serrés.

Je n’en avais vu qu’un aperçu, mais Hildegard était clairement douée pour le maniement de l’épée. Je n’étais même pas sûr qu’elle perdrait contre quelqu’un comme Yae.

Ce qui s’était passé ici, c’était qu’elle était tombée sur un adversaire qui était tout simplement trop difficile à gérer pour un seul humain. C’était tout ce qu’il y avait à faire.

« Ah oui, cela ne vous dérange pas si je ramasse les morceaux des Phases ? »

« Hm ? Ah… Oui, cela ne me dérange pas. C’est après tout vous qui les avez tués, Votre Altesse… »

Une règle tacite parmi les aventuriers était que le vainqueur repartait avec le butin. Les groupes divisaient souvent leur butin, mais les combattants solitaires n’avaient pas besoin de s’inquiéter de telles choses. J’avais rassemblé tous les fragments de Phases brisées en une seule fois, et je les avais aspirés dans [Stockage]. Une bande de chevaliers avait sauté par surprise alors que les monstres morts s’enfonçaient dans le sol.

Super. C’est un vrai coup de chance ! Bien sûr, « ils étaient tous de bas niveau, mais il y en avait douze, donc je pouvais certainement faire un tas de trucs avec ça. Bien que… Il y en avait douze. Le fait que tant de Phases soient apparues en même temps était vraiment troublant.

« Votre lame… est-ce qu’elle faite du même matériau que la Phase ? »

Hildegarde regardant vers l’épée de cristal. Elle avait l’air très intéressée. Elle avait l’œil vif. Mais je supposais que c’était un peu évident, vu que ma lame et les corps de Phase étaient faits du même cristal.

« Vous avez raison. Les chevaliers de mon pays portent tous des lames et des boucliers en cristal comme équipement par défaut. Je suis le seul à pouvoir les faire, avec ma magie du Néant. »

J’avais décidé d’ajouter ce dernier petit commentaire pour leur suggérer subtilement qu’ils ne devraient pas se donner la peine d’essayer de la reproduire. Je ne voulais pas qu’on me demande soudainement de rendre les morceaux que j’avais ramassés tout à l’heure. Même s’il fallait le sort [Modelage] pour créer les épées, il fallait aussi une tonne d’énergie magique pour les rendre fermes et assez tranchantes, sans parler du fait que [Gravité] était aussi nécessaire pour les rendre plus légères… J’étais vraiment le seul à pouvoir fabriquer de tels équipements comme celle-là.

« Incroyable… Je vous mentirais si je vous disais que je ne vous enviais pas un peu. J’espère qu’un jour, je pourrai manier une lame aussi magnifique. »

Héhé… Donc elle aime tant que ça l’épée, hein… Je suppose que c’est pour ça qu’elle regardait si attentivement.

Hmm… J’ai une idée. Je ne perdrais certainement rien si je faisais aujourd’hui un bon geste envers la Princesse de Lestia.

J’avais activé [Stockage] afin de produire deux autres épées en cristal ainsi que leurs fourreaux. J’avais pris les deux, et la troisième que je venais de manier, et j’avais utilisé [Modelage] pour sculpter l’emblème royal de Lestia dans les poignées. Puis, j’avais passé les trois épées à la princesse Hildegard.

« Voilà. Ce sera une façon de se souvenir de notre rencontre fortuite. Une pour vous, Princesse, une pour votre père et une pour votre grand-père. »

« Non… Vraiment !? »

Hildegard semblait stupéfaite. Elle ne s’attendait vraiment pas à tenir l’une de ces épées, encore moins d’en obtenir trois. Quand je les lui avais passées, elle avait adopté une expression très agitée. C’était mignon.

« Êtes-vous sûr que ça ne vous dérange pas ? Ces armes ne sont elles pas pour Brunhild des choses classées secrète défense ? »

« Non. Peu importe qui les connaît, je suis le seul à pouvoir les produire. Les matériaux ne sont pas si communs, même si tous les chevaliers de Brunhild en possèdent une. Mais ces trois-là sont spéciales. Ce sont celles que j’ai faites pour mon usage personnel, alors elles surclassent celles que mes chevaliers manient. Versez juste un peu de magie en elles et elles tourneront à plein régime. Si vous placez le bord de la lame légèrement sur quelque chose qui ressemble même à un morceau de fer, elle devrait passer à travers lui comme dans du beurre. Et elles ne devraient jamais se briser. Si elles se cassent ou se fissurent, elles se régénèrent en un instant. »

La princesse Chevalier avait dégainé l’une des épées et l’avait tenue devant la lumière. Elle fixa l’épée scintillante, y canalisa tranquillement un peu de magie et la frappa très faiblement contre le mur en ruines d’une maison qui s’écroulait à proximité. Le mur de briques était en effet tranché aussi facilement que du beurre.

« É-Étonnant… Je ne sens même pas son poids dans ma main. Je vous en remercie beaucoup… Si une autre de ces créatures Phases apparaît… je la vaincrai. »

J’avais un peu souri quand j’avais vu le visage heureux de la princesse, mais une pensée lancinante au fond de mon esprit m’avait dit que ce ne serait pas si facile pour elle de combattre la Phase, même si elle était d’un rang inférieur à celles que j’avais tuées aujourd’hui. J’avais chassé cette pensée au moment où elle était apparue, car je ne voulais pas que son bonheur disparaisse.

OK, je ferais mieux d’y aller. Je ne voulais pas qu’on se demande pourquoi un monarque étranger était ici. Je ferais mieux de partir d’ici avant que ça n’arrive inévitablement.

Je devrais peut-être nommer quelqu’un pour m’occuper des affaires de l’État pendant que je faisais ce genre de choses… Je veux dire, tant qu’ils me rendraient le trône quand je rentrerais à la maison.

Je devrais peut-être envisager de rédiger une loi qui faciliterait la cession du trône à quelqu’un d’autre. Je n’étais roi que de mon vivant… Je pourrais même nommer Kohaku chef de l’État à ma place. Je me demandais si les gens finiraient par appeler Kohaku le roi Tigre, ou quelque chose du genre… Comme ce char allemand.

J’en parlerai à Kousaka quand je rentrerai à la maison… Mais peut-être que je ne devrais pas… En fait, vous savez quoi ? Ce n’est pas la peine. Il allait me crier dessus.

« Maintenant, j’ai des affaires à régler, alors veuillez m’excuser. C’était un plaisir de vous rencontrer. J’adorerais vous revoir. »

« Tout le plaisir était pour moi, Votre Altesse. Merci pour votre cadeau à ma famille. Je vous promets de rendre la pareille à votre duché un jour. »

Ça ne me dérangeait pas vraiment… Mais j’étais curieux de savoir ce qu’elle avait en tête, de toute façon.

J’avais invoqué [Vol] et la princesse sembla encore plus surprise. Je lui avais souri, j’avais laissé échapper un petit rire et je m’étais envolé vers les cieux.

Eh bien, c’était amusant… Mais maintenant, je dois me concentrer. Babylone, j’arrive !

***

Partie 10

Après m’être séparé de la princesse Hildegard, je m’étais déplacé vers le sud. Finalement, les ruines étaient apparues. Mais on aurait dit des bâtisses abandonnées. Il y avait un tas de murs de pierre qui s’effritaient, et des piliers rocheux ici et là.

J’avais vu ce qui m’avait semblé être des châteaux et des forteresses délabrés, ce qui avait certainement attiré mon attention. Tous leurs murs étaient dans un état de délabrement avancé.

Quand j’avais atterri, un petit oiseau chanteur bleu survola les arbres environnants. C’était l’un des éclaireurs que j’avais envoyé il y a quelque temps.

L’oiseau chanteur vola au-dessus de ma tête et se dirigea vers le centre des ruines en chantant comme s’il me faisait signe de le suivre.

« Hein… Qu’est-ce que c’est ? »

Au milieu des ruines, il y avait un objet inhabituel dont la composition ressemblait à celle des objets précédents que j’avais rencontrés dans les ruines de Babylone… Mais la forme était bizarre.

Le premier était de forme cylindrique, le second avait la forme d’une pyramide… Mais celle-ci ressemblait à une bague. C’était un énorme anneau d’environ quatre mètres de diamètre. Il était juste là, au milieu des ruines.

Les fondations et la moitié inférieure de l’anneau étaient complètement enterrées, il aurait donc été plus approprié d’appeler cela une arche. L’anneau en lui-même mesurait environ 50 centimètres de large… et une épaisseur d’environ 30 centimètres.

J’avais essayé de le traverser, mais il ne s’était rien passé. J’avais essayé d’y toucher, mais rien ne s’était passé non plus.

« C’est quoi ce truc ? »

Je me demandais si, c’était par hasard une chose semblable aux autres endroits que j’avais visités, et que cela n’avait peut-être rien à voir avec Babylone.

Maintenant que j’y pense… Il n’y avait pas quelque chose comme ça dans un film que j’avais vu une fois ? Je me souviens que l’anneau dans ce film était une sorte de portail sous forme de cadran et qui pouvait vous emmener sur d’autres planètes.

J’avais pensé que c’était peut-être la clé, alors j’avais essayé de tourner l’anneau entier comme un cadran. Elle n’avait pas tourné. Je commençais à manquer d’idées.

J’avais fait le tour de l’anneau, en le regardant. Puis j’avais aperçu une pierre rouge logée sur le côté. Qu’est-ce que c’est, une pierre de sort ? J’avais levé les yeux et j’avais vu une pierre de sort bleue logée aussi sur le côté. J’avais utilisé [Vol] pour vérifier la bague sous tous les angles, et j’en avais trouvé encore plus. Vert, brun, jaune et violet. Il y avait six pierres de sorts logées dans ce truc.

Heh, j’avais compris. Donc l’anneau lui-même était une sorte de porte, et je n’avais qu’à la déclencher de la façon habituelle.

J’avais versé de la magie du feu dans la partie du cercle avec la pierre rouge, et l’espace entre les deux côtés jusqu’aux pierres suivantes était devenu rouge. J’avais répété le processus de versement de magie dans chaque pierre, jusqu’à ce que l’anneau entier soit maintenant un bel arc-en-ciel de six couleurs.

Enfin, j’avais déversé ma magie Néant à mes pieds, et les six couleurs s’étaient mélangées avec le septième ajout. J’étais enveloppé de lumière, et tout était devenu blanc.

Quand j’avais ouvert les yeux, je m’étais retrouvé entouré de ce paysage familier de Babylone. Un anneau, un peu comme celle des ruines, était derrière moi.

« Hoh. »

Je pouvais aussi voir un anneau similaire à proximité. Cet endroit semblait pour une raison quelconque plus grand qu’une île standard de Babylone.

J’avais levé les yeux au loin et j’avais vu une énorme tour blanche s’élever bien au-delà des arbres. Au moins, ce n’était pas la Tour Noire.

Hm… Ça voudrait dire que c’est la tour ? J’aurais préféré par contre que cet endroit soit l’entrepôt…

Même si je l’appelais une tour, elle n’avait pas de fenêtres, de décorations ou de protubérances visibles. Et la partie inférieure était gonflée vers l’extérieur, donc ça ressemblait à un Erlenmeyer.

« Bienvenue dans la Tour de Babylone. Et bienvenue sur mon rempart. »

Soudainement, une voix avait retenti. Surpris, je m’étais retourné frénétiquement. Une fille se tenait là, elle était un peu plus petite que moi. Elle faisait à peu près à la taille de Flora… Mais ses seins étaient loin d’être aussi impressionnants. Elle était plate !

Elle portait une tenue semblable à celle de Cesca quand je l’avais rencontrée pour la première fois. Une grande différence était une jupe à fines rayures. En dessous de ladite jupe se trouvaient deux jambes minces enveloppées dans des collants. Ses cheveux étaient courts, un peu ondulés et très légèrement bleus.

« En effet, je suis la Gynoïde terminale chargée de gérer le rempart. Je m’appelle en effet Preliora. Vous pouvez m’appeler Liora. »

« Le rempart ? Je croyais que c’était la tour. »

Peut-être qu’elle était défectueuse : Je considérais que ceci était vraiment une tour. En la fixant, je lui avais fait connaître ma surprise.

« En effet, c’est la Tour de Babylone. Mais il est également vrai que le rempart est également stationné ici. L’anneau de transfert de la Tour a en effet été détruit par l’explosion d’un volcan il y a environ cinq cent vingt-sept ans. Après cela, moi, la Gynoïde terminale du rempart, j’ai effectivement rencontré la Gynoïde terminale de la Tour il y a environ trois cent soixante-quatorze ans. En effet, c’est notre rencontre fortuite qui nous a amenés à nous amarrer ensemble et à attendre ensemble la personne possédant les attributs appropriés. »

Liora inclina lentement la tête pendant qu’elle parlait. Hm… Alors la tour et le rempart se sont amarrés ensemble, hein… C’est super pratique pour moi ! Deux en un.

« Je prends en effet note du fait que vous êtes effectivement une personne ayant toutes les aptitudes requises pour tous les éléments. Cependant, cela ne veut pas dire que vous êtes la bonne personne. »

« En êtes-vous sûr ? Les filles du jardin, de l’atelier, du laboratoire d’alchimie et du hangar me reconnaissent toutes. »

« S’il est vrai que vous êtes devenu le maître de quatre Babylones, alors… Il n’y a pas de problème en effet. Le rempart est à vous. »

Hein ? C’est si… facile. Tu ne vas pas montrer ta culotte ou me faire toucher ta poitrine ? Tu ne vas pas me balancer une clé à tuyau ? Soudainement, je m’étais souvenu de toutes les bêtises que j’avais faites et je m’étais demandé s’il n’y avait pas une raison à cela.

Je ne peux pas m’empêcher d’être un peu insatisfait. N-Non, calmes-toi… Tu ne voudrais pas devoir faire face à un procès pour perversion bizarre. C’était mieux comme ça.

« En effet alors. La gynoïde numéro 20, Preliora, va être transférée à vos soins. Prenez bien soin de moi, maître. »

Liora s’inclina devant moi. Numéro 20 ? Je suppose que cela te rend plus vieille que Flora. Ou… plus jeune ? Monica était la numéro 28, donc je n’étais pas sûr des règles. Je supposais cependant que les nombres passent de vingt à vingt-huit.

« En effet, maître. Je vais vous emmener vers le gynoïde terminal de la tour. Par ici, par ici. »

J’avais suivi Liora, j’avais vu quelqu’un dormir à l’ombre d’un arbre.

Pendant une fraction de seconde, je m’étais demandé si elle était blessée ou handicapée, mais elle ne faisait que faire une sieste.

Elle portait un gros ruban semblable à celui de Liora, et le même type d’uniforme que les autres gynoïdes. Elle était beaucoup plus petite que Liora, mais ses seins étaient un peu plus développés. Ils se soulevèrent alors qu’elle ronflait. Elle dormait vraiment profondément.

Ses cheveux couleur améthyste atteignaient presque sa taille et étaient regroupés à deux endroits sur le devant de son corps avec de petits fermoirs.

Et, il y avait autre chose…

« Euh, sa jupe… »

« En effet. Ça ne me dérangerait pas. C’est comme ça qu’elle dort d’habitude. »

Non, ça me dérangeait vraiment ! Sa jupe était complètement retroussée, sa culotte était exposée à mes yeux ! Elle était rayée ! Elle portait une culotte rayée ! La fille avait de la chance que seuls deux gynoïdes vivaient ici, sinon elle se mettrait en danger.

« D’accord, eh bien… Essayez donc de la réveiller. »

« En effet, je le ferai. Noel. Il est temps de se réveiller. Pamela Noël, réveille-toi. »

Liora secoua doucement la dormeuse par les épaules, mais elle ne bougea pas. Liora avait ensuite placé ses mains sous les aisselles de la fille pour la soulever, mais elle n’avait toujours pas remué.

« … Est-elle comme ça d’habitude ? »

« En effet. Nous, les Gynoïdes terminaux de Babylone, nous partageons les différents aspects de la personnalité du Docteur Babylon. Ces traits de personnalité se manifestent et s’amplifient en nous, devenant le noyau de notre être. Celle-ci… Noël… est en effet l’amplification parfaite des tendances paresseuses, apathiques et procrastinatrices du Docteur. »

Oh, alors c’est comme ça, hein… Leur personnalité était dictée par certains aspects de la personnalité du Docteur, et elles s’étaient développées à partir de ceux-ci. C’était pour cela qu’elles affichent de temps en temps l’attitude de cette méchante perverse…

Liora avait cependant l’air d’aller plutôt bien… Je me demande si elle contenait la seule bonne partie de la personnalité de cette bonne à rien de docteur.

« Maître… Avez-vous peut-être de quoi manger ? »

« Hein ? Je n’ai rien sur moi… Pourquoi ? As-tu faim ? »

« Non, ce n’est pas pour moi. Il sera peut-être nécessaire de fournir de la nourriture à cette fille. »

Quoi ? De la nourriture pour la réveiller ? J’avais sorti des brochettes grillées du [Stockage] et je les avais passées à Liora. Elles étaient encore très chaudes, car je les mettais dans l’espace de rangement immédiatement après les avoir cuites.

Liora les tenait dans sa main gauche, déplaçant sa main droite avec un mouvement d’éventail, faisant flotter l’odeur dans la direction de Noël.

Le nez de la fille endormie avait commencé à trembler, sa tête se cabrant inconsciemment vers l’odeur. Finalement, elle se leva, titubant dans la direction de Liora… Ses yeux étaient encore fermés.

« Réveille-toi, Noël. Tu auras des brochettes à manger si tu te réveilles. »

Comme pour répondre aux paroles de Liora, les yeux de Noël s’étaient ouverts. Ses yeux étaient féroces, rivés sur leur cible. La cible étant bien sûr les brochettes dans la main de Liora.

« … Mmh… J’ai faim… Je n’ai pas eu un bon repas depuis quatre mille neuf cent sept ans… Ça te dérange si je mange un morceau ? »

« Euh… Vas-y… »

Dès qu’elle avait entendu mon approbation, Noël avait arraché la brochette des mains de Liora. Elle s’était immédiatement mise à manger et à avaler le tout en un clin d’œil.

Elle a l’air un peu bizarre, mais bon sang… Si elle n’a vraiment pas mangé depuis près de cinq mille ans, c’est incroyable… Mais Cesca m’a dit qu’elles ne sentaient plus la faim depuis qu’elles avaient été mise dans un sommeil profond. Apparemment, elles tiraient leur énergie de quelques mélanges médicinaux et de la photosynthèse, de sorte qu’elles n’avaient pas vraiment besoin de manger.

« Miam. Ce truc est délicieux. »

« Content que tu le penses. »

Je ne savais pas si c’était en raison de la bonne nourriture ou si elle se sentait juste un petit peu plus à l’aise, mais la fille s’était tournée vers moi.

« C’est quoi ton nom ? »

« Mochizuki Touya. Je viens juste d’être reconnu comme une personne apte à contrôler le rempart, alors j’aimerais que la Tour en fasse autant. »

« … Certaines conditions doivent être remplies pour que vous soyez considéré comme la personne convenable pour la Tour. Si tu remplis ces conditions, alors je t’accepterai. »

Noël s’était levé et m’avait regardé d’un air aiguisé. Je ne peux pas te prendre au sérieux à la vue de la sauce de brochette que tu as sur le visage…

« D’accord, quelles conditions ? »

« De la nourriture délicieuse. Et un lit chaud. Donne-moi ça, et je t’accepterais. »

… C’est… simple. La fille elle-même semble l’être également. Je me demande si tout se passera bien juste avec ça…

« Bien sûr, alors. Je peux arranger ça. »

« D’accord, d’accord. Dans ce cas, je te reconnais. À partir de maintenant, la gynoïde numéro vingt-cinq, Pamela Noël, est à ta charge. Nourris-moi bien, Maître. »

Je vois que ton esprit est dans ton estomac. Mais je ne suis pas du genre à revenir sur mes promesses. J’avais ouvert [Stockage] et j’en sortais d’autres brochettes. Noël, les yeux écarquillés et souriants, les attrapa et les dévora tous.

« Incroyable, maître. Je savais que je pouvais te faire confiance. Youpi… »

Après avoir tout mangé, elle s’était mise à lécher la sauce sur ses doigts. Yae aimait beaucoup manger, mais j’étais sûr que cette gynoïde pourrait faire jeu égal avec elle. Elle me faisait penser à un ours juste avant l’hibernation.

Noël s’était soudainement tournée vers moi, m’avait fait un petit signe de tête et s’était approchée, comme si elle avait oublié quelque chose. Avant même que je puisse commencer à lui demander ce qu’elle faisait, elle m’avait volé mes lèvres.

« Mghh !? »

Sa langue avait commencé à envahir ma bouche, elle tourbillonnait et tournoyait autour de la mienne. A-Ah… Ce goût, c’est si sucré… Non, c’est aussi salé ! C’est cette foutue sauce ! Finalement, elle avait séparé ses lèvres des miennes, avait sorti sa langue et s’en était servie pour s’essuyer les lèvres de tout le jus restant.

« Enregistrement terminé. J’ai ton code génétique maintenant, maître. La tour est sous ton commandement… Maintenant, nourris-moi. Nourris-moi davantage. »

« Bon sang… » J’avais porté ma manche à ma bouche pour essuyer la sauce collante que Noël m’avait mise, mais Liora était sortie de nulle part. Elle m’avait saisi fermement par le menton et m’avait volé un baiser de la même manière.

« Mghh !? »

Elle m’avait pris par surprise, je n’avais pas pu me libérer. Elle m’avait complètement saisi de toutes ses forces. Il m’était impossible de résister, la langue de Liora se tortillait, se tordait et vibrait doucement dans ma bouche violée.

Qu’est-ce que… ? En fait, cela faisait du bien… C’était différent, ahhh… Ses mouvements alternant le rugueux et le doux, elle tétait avidement mes lèvres avec une vigueur passionnée.

Ça prend du temps, n’est-ce pas !? Cela faisait déjà un moment que cela durait, alors j’avais essayé de reculer plus fortement, mais elle ne m’avait pas laissé partir. Lentement, j’en étais arrivé au point où j’étais penché vers l’arrière, le bras s’étendant vers le ciel en désespoir de cause. Juste au moment où je pensais que j’allais m’évanouir, ses lèvres avaient libéré les miennes, et j’étais tombé par terre. Dans un certain sens, elle m’avait fait tomber encore plus bas.

« Enregistrement terminé. Les gènes du maître sont en effet conservés. Le rempart est formellement à vous, Maître. »

Liora me sourit tout en inclinant la tête, comme pour me demander si j’allais bien. Comment pourrais-je aller bien après ça !? Elle m’avait presque réuni avec le vieil homme.

« Veuillez accepter mes excuses les plus sincères, maître. Je n’avais jamais embrassé un homme auparavant. »

« … Un homme ? »

« Oui, en effet. Dans un passé lointain, j’étais la préposée de nuit… du docteur Babylone. Si vous le souhaitez, je pourrais assumer le même rôle avec vous, Maître. Je veux bien être pénétré, mais ça me ne me dérange pas d’être pénétrante. »

« QUUOOII !? »

N’est-ce pas un peu explicite !? Est-ce qu’elle a acquis cette technique grâce à son expérience !? Mais qu’est-ce qu’elle veut dire par être pénétrante, comment comptait-elle faire ça !? Comment avait-elle pu me dire ça !? Je te croyais bonne, Liora, mais t’es qu’une bonne à rien bizarre ! Bon sang, tu es la plus effrayante ! Attends, ça voudrait dire que le Docteur était aussi passé par là !? Aimait-elle les nanas ? J’avais la tête complètement hébétée. Je ne savais pas trop comment me sentir. C’est bon. Je vais bien. J’avais repoussé ces mauvaises pensées et je m’étais convaincu que tout allait bien.

***

Partie 11

Même si on l’appelait la Tour, elle ne faisait que 6 ou 7 étages de haut. Il n’y avait pas non plus beaucoup de fenêtres. Un étrange motif s’élevait le long des côtés, avec des formes géométriques variées. Les murs de couleur blanc craie reflétaient intensément les rayonnements du soleil.

« Laisse-moi t’expliquer. La tour est… Zzzzz… »

« S’il te plaît, réveille-toi. »

… Tu fais déjà la sieste ? Tu viens de manger ! Tu vas grossir, idiote !

Noël ferma les yeux et commença à somnoler profondément, alors Liora reprit là où elle s’était arrêtée.

« En effet, la tour capte le mana de l’atmosphère et en amplifie la quantité accumulée. D’une certaine façon, je te prie de la considérer comme un réacteur magique fonctionnel. Il est effectivement vrai que chacune des îles de Babylone a quelque chose de similaire qui les alimente, mais même toutes les Babylone combinées ne peuvent pas égaler le rendement de la Tour. On pourrait en effet la considérer comme le cœur de Babylone dans son ensemble. »

Donc si Babylone était un vaisseau, la tour en serait le moteur. S’il s’amarre avec le reste des Babylone, elle fournira une tonne de puissance.

Selon Liora, Babylone pourrait voler beaucoup plus vite avec la Tour amarrée. Mais plus important encore, la puissance supplémentaire augmenterait l’efficacité des autres pièces. Nous serions en mesure d’augmenter la vitesse de production des Frame Gears et de l’éther liquide. C’était en fait une trouvaille assez précieuse.

« La Tour est également unique en ce qu’elle nécessite très peu d’entretien. Il faut juste peaufiner la chose de temps en temps, donc c’est un jeu d’enfant… C’est pourquoi je peux faire de longues siestes… Bonne nuit… »

Noël, qui s’appuyait maintenant contre un arbre, ouvrit les yeux pour ajouter cela, puis se rendormit. Hé, mais j’y pense… Est-ce que Babylone se portera bien si le responsable de son moteur est comme ça ? Ou… alors… Il est possible que Noël soit responsable de la tour à cause du peu d’entretien qu’elle nécessite. Elle ne se réveillait pas même après l’avoir secouée un peu, alors j’utilisais [Lévitation] pour l’amener avec nous.

« Wow… Zzzzz… C’est nouveau… Zzzzz… Ça fait du bien… Zzzzz. »

Tais-toi… Si tu dis que tu dors, alors dors !

Liora m’avait conduit ailleurs, et finalement nous étions arrivés devant un château blanc. Il était situé de l’autre côté de l’île, à l’opposé de la tour. C’était un peu plus petit que mon château à Brunhild, mais c’était quand même un château.

On dirait le château du Disneyland de Tokyo… Ce qui, maintenant que j’y pense, ne devrait pas s’appeler Tokyo Disneyland. Il se trouvait à Chiba. Eh bien, peu importe… Il ressemblait au château de Neuschwanstein, en Allemagne.

« Je vais te présenter le Rempart. C’est le système défensif central de Babylone. Il peut repousser les attaques physiques et magiques en déployant un bouclier. Des fonctionnalités telles que le contrôle de la température, le bouclier d’invisibilité, la régulation de l’accès, la détection de l’ennemi et le pilotage de Babylone dans son ensemble sont également présentes ici. »

Hoho… Donc, en termes de navires… Si le rempart était le navire, cette chose en serait le pont.

Néanmoins… Un bouclier qui peut se défendre contre les attaques physiques ? Ça me rappelait un peu ce Blockbracer qui avait fini par être utilisé pendant le coup d’État de Regulus.

« En effet. Le Blockbracer a été créé selon un principe similaire à celui du rempart. »

Ils étaient donc apparentés… C’était en fait plutôt effrayant. Mais si je pouvais détourner l’énergie de la tour vers le rempart, je pourrai mettre en place un bouclier assez puissant. C’était un super contournement.

Oh, maintenant que j’y pensais… Il y avait cette Phase de type Manta que j’avais rencontrée il y a quelque temps. Je me demandais si nous avions des contre-mesures pour ce genre de choses.

« As-tu quelque chose qui puisse intercepter des ennemis volants ? »

« En effet. Les orbes satellitaires devraient très bien se débrouiller. »

« Euh… Les orbes satellitaires ? »

« En effet. Un orbe satellitaire est une arme sphérique d’une vingtaine de centimètres de diamètre. Ils sont faits d’Orichalque et ont des fonctions de vol automatisées, de suivi automatisé. Ils sont de densité variable et possèdent des boucliers miniatures. »

… Huh, c’est plutôt gros. Je suppose qu’ils ont une taille comparable à celle des boules de bowling… non ?

En gros, les orbes satellitaires étaient des armes sphériques qui interceptaient les ennemis aéroportés en les percutant à une vitesse incroyable. C’était vraiment une façon efficace de détruire la Phase.

Il y avait vingt-quatre Orbes Satellites au total, et ils étaient tous en orbite autour du rempart à l’état dormant. Dans les situations d’urgence, ils s’activaient et s’enfonçaient sans discernement dans les ennemis qui s’approchaient.

Ils m’avaient fait penser à quelque chose se trouvant dans un vieux dessin animé de mécha. Mais la fonction était un peu différente.

J’avais suivi Liora et j’étais entré dans le château. Le hall d’entrée était absolument magnifique. Il était incroyablement bien entretenu et avait une aura royale. Si je ne savais pas d’où venaient les Babylone, je n’aurais jamais cru qu’ils avaient environ cinq mille ans. Je dirais que l’endroit avait été enchanté par quelque chose comme [Protection] afin de le protéger de l’usure et aux dégâts.

Pourtant, ça ressemblait à un château ordinaire.

C’était plutôt sympa. Mais ce qui avait attiré mon attention, c’était les petites choses qui se déplaçaient sur le sol.

Ils avaient des têtes rondes et des corps cylindriques. Ils avaient des mains et des pieds arrondis avec des membres qui ressemblaient à des soufflets. Qu’est-ce que c’est que ces trucs ? En fait, je savais en quelque sorte ce que c’était. C’était clairement des robots. Ils mesuraient environ deux têtes de haut. J’avais vu quelque chose de semblable dans un vieux dessin animé qui avait été rediffusé une fois. C’était un robot assistant basé sur ces vieilles poupées Karakuri1 de l’époque d’Edo. Ces petits robots ressemblaient un peu à ça… Mais ils n’avaient pas de chignons.

Je ne pensais pas non plus qu’ils étaient aussi grands. Mais ce n’était pas comme si j’avais ce robot avec moi.

Il y en avait presque dix qui s’occupaient de leurs affaires. Il semblerait qu’ils mesuraient une trentaine de centimètres de haut. Ils tenaient dans leurs mains des plumeaux, des balais et des débarbouillettes. Est-ce qu’ils… nettoyaient ?

« Rassemblement. »

Liora avait donné un ordre, et les robots avaient tous titubé tout en faisant un petit salut. Il y en avait neuf au total.

« Désormais, le vénérable Mochizuki Touya sera notre maître. Ne soyez pas grossier avec lui. »

Les mini-robots m’avaient regardé et m’avaient encore salué. Je me demandais si ces choses étaient les petits robots dont Rosetta m’avait parlé plus tôt. Je pensais cependant qu’ils étaient tous dans le dépôt… Mais je m’étais dit qu’il était possible que certains d’entre eux aient aussi été stationnés sur le Rempart.

« Hé… Est-ce que ces choses peuvent aider à maintenir les Frame Gears ? »

« En effet, mais seulement pour des tâches simples. Ils sont incapables d’accomplir une tâche trop complexe ou spécialisée. »

« Ils sont tous là ? »

« Non. Il devrait y en avoir six autres dans le château. En comptant ceux qui sont ici, ça en fait quinze au total. »

Quinze, hein… Eh bien, ça permettra à Monica et Rosetta de se détendre un peu. J’avais demandé si on pouvait en reproduire à l’atelier, mais apparemment ce n’était pas possible. Ils avaient été enchantés par une magie spéciale et exclusive au Docteur Babylone, et programmés avec sa propre séquence. C’était une honte. Apparemment, ils étaient aussi à la bonne taille. S’ils étaient plus grands, leurs fonctions autonomes pourraient aller de travers.

Je leur avais ordonné de continuer à nettoyer pour le moment, et les petits drones avaient continué leur travail.

J’avais transporté Noël, qui flottait encore à mes côtés, dans l’une des pièces du château. Puis je l’avais couchée sur un lit.

La tour et le rempart étaient tous deux partis dans la direction de Brunhild, j’avais ouvert une [Porte] pour rencontrer tout le monde à la maison.

« C’est… assez irréel. Il m’a fallu environ deux cents ans pour programmer Paula avec ce niveau de complexité… »

Leen fixa un mini-bot et le mit sous ses bras, murmurant tout le temps.

Paula, désespérée, leva les bras et s’écrasa jusqu’aux genoux, sa pose signifiant sûrement : « J’ai été vaincue ! » Elle s’était alors mise à mimer en criant vers le ciel, mais il n’y avait évidemment pas de larmes. Merde, Paula… Tu n’es pas si mal non plus, ne t’inquiètes pas.

La Babylone que j’avais trouvée n’était pas la bibliothèque que Leen voulait désespérément trouver, mais elle ne semblait pas trop triste parce qu’elle contenait quelque chose qui avait retenu son attention.

« … Donc tu es l’aînée des sœurs, Liora ? »

« Je ne mettrais pas beaucoup d’importance au fait que nous soyons sœurs, mais… En effet. En ce qui concerne la numérotation Babylone, j’ai été créé en premier. »

Liora répondit sèchement à la question de Linze. Noël faisant la sieste seule à l’intérieur du château du Rempart, c’était donc à Liora d’expliquer les détails des deux nouveaux Babylone. Au bout d’un moment, Liora avait commencé à poser ses propres questions, et cela ressemblait un peu plus à une discussion mutuelle qu’à une interrogation.

J’étais très à l’aise à l’intérieur du Rempart. Il y avait beaucoup de meubles qui me rappelaient mon propre château à Brunhild. Selon Liora, le docteur Babylone avait en fait jeté un coup d’œil dans le futur, regardé mon château et copié mes choix esthétiques avant même que je les aie faits.

« Alors… Yumina, Lucia, Yae, Elze, Linze… Vous êtes bien les femmes de mon maître, n’est-ce pas ? »

« Femmes, haha… Eh bien, c’est certainement cela… »

Elze répondit timidement à la question de Liora. Pourquoi a-t-elle demandé ça… ?

« Effectivement, j’en compte cinq. Mais où sont les autres ? »

« … Les autres ? Aha. Tu veux parler de Sue-dono. Elle réside actuellement à Belfast. »

« Cela en fait maintenant six. Mais qu’en est-il des trois autres ? »

« GAAAAAAH !! »

Ma voix m’avait trahi, j’avais dit ensuite des bêtises. La ferme ! La ferme ! La ferme, bon sang ! Ne dis plus rien ! Toutes les filles m’avaient regardé fixement.

« … Pourquoi as-tu crié tout à l’heure !? »

« AUCUNE RAISON ? JUSTE… J’AVAIS ENVIE DE CRIER. C’EST… HAHA… CE N’EST RIEN, LINZE. JE T’EN FAIS LA PROMESSE ! »

DANGER. DANGER. Même moi, je savais que je n’avais pas du tout l’air convaincant. Je sentais leurs regards passer de la confusion au mépris glacial. J’en avais eu des sueurs froides. Les choses étaient soudainement devenues terriblement tendues.

Yumina se retourna et commença à parler à Liora.

« Liora… Qu’est-ce que tu voulais dire quand tu as dit “les trois autres” ? »

« Ah oui. C’est quelque chose que j’ai entendu du Docteur, mais le maître le fera… »

« Non ! Non ! Non ! Nooon ! Temps mort, Liora ! Je crois qu’il est temps que tu ailles faire une sieste avec Noël ? Ne parlons pas de ces choses délicates si vite et sans raison, d’accord ? » ! »

« Yae. Fais-le. »

« Très bien. »

L’ordre tacite de Yumina avait été facilement écouté par Yae, qui m’avait serré les bras dans le dos. Pourquoi êtes-vous si synchronisées !? Et pourquoi travaillez-vous le mieux ensemble quand il s’agit de me torturer !?

« Alors, tu disais ? »

« Ah oui, en effet. La vision d’avenir du Docteur a révélé que le maître aura un total de neuf épouses. C’est pour cette raison que Babylone était fragmentée en neuf morceaux. »

« NEUF !? »

Elles crièrent toutes les cinq en même temps. C’était sorti. Le secret était dévoilé. Tout le monde sauf Leen et Liora criait. Même Paula. Pourquoi paniquait-elle !?

« Si Sue est la sixième, alors… Ça veut dire qu’il y en aura trois de plus ? »

« Je ne sais même pas quoi dire… Je n’ai pas de mots… »

Elze et Lu parlaient lentement, comme si elles étaient sous le choc. Attendez, pourquoi vous énervez-vous !? Je n’ai encore rien fait !

« … Touya. »

« A-Argh ! »

« À genou. »

La voix froide de Linze me transperça le cœur. Je ne pouvais rien faire d’autre que ce qu’on m’avait dit. Je me levai de ma chaise, m’accroupis jusqu’au sol, et je m’inclinai abondamment. Malgré mes pensées, tout le monde m’avait déjà qualifié de pécheur.

Je n’étais pas du tout d’accord. Ce n’était pas moi qui avais fait quoi que ce soit, c’était le futur moi !

« Ne bouge pas, chien. »

« H-Hein ? »

Les filles s’étaient blotties les unes contre les autres et s’étaient dirigées vers le coin le plus éloigné de la pièce, marmonnant quelque chose. Hé maintenant… Je me sens un peu à l’écart ici…

« Heheh... Je me demande quelle punition elles vont te donner… »

« Ne dis pas ça ! »

Leen me murmura ceci à voix basse tout en riant légèrement. La fée ne faisait que fixer la scène qui se déroulait là, avec un méchant sourire sur son visage. Elle était absolument ravie. Paula me tapota doucement sur l’épaule comme pour me réconforter. Au moins, tu es de mon côté, Paula…

Au fur et à mesure que mon lien social avec cet ours en peluche s’était resserré, tout le monde était revenu.

« Eh bien ? Le verdict est-il rendu ? Héhé… Quelle est sa sentence ? »

« Ne dis pas ça, bon sang ! »

Alors que j’essayais d’ignorer les cruelles paroles de Leen, j’attendais patiemment mon destin. J’avais même accepté le fait d’être puni.

Yumina poussa un petit soupir, et commença à me raconter la conclusion à laquelle elles étaient parvenues.

« … En fin de compte, il n’y a pas beaucoup de différence entre six et neuf. On a déjà fait tout ce chemin. Je t’avais déjà dit que tu pouvais avoir autant de maîtresses ou de concubines que tu voulais. Sans parler du fait que ce n’est pas encore arrivé. Te blâmer ne résoudra rien, alors… C’est bon. »

Oh… Oh mon Dieu… Oh, mon Dieu, merci !

J’avais presque cru entendre la voix de Dieu me dire : « Ça n’avait rien à voir avec moi », mais j’étais d’humeur trop soulagé pour m’en soucier.

« … Cependant. »

Lu avait repris là où Yumina s’était arrêtée. Hein ? Je suis innocent, n’est-ce pas ? Libérez-moi ! Libérez-moi ! Linze avait ensuite repris le petit discours, la continuant ainsi :

« … Nous avons réalisé que tu étais au courant depuis un certain temps et que tu avais gardé le silence, Touya. Garder des secrets comme ça… C’est sûrement un problème dans une relation entre un homme et ses femmes, n’est-ce pas ? »

« Par conséquent, nous vous déclarons… »

« Coupable. »

Quoi !? Non ! Mon Dieu, aide-moi ! Aide-moi, mon Dieu ! Emmène-moi, Dieu ! J’avais presque cru entendre la voix de Dieu qui disait : « Je te l’ai dit, ça n’a rien à voir avec moi ! » Dieu, espèce de salaud ! Aide-moi sinon je vais te tuer ! J’avais l’impression que mon pouvoir personnel diminuait avec chaque nouvelle femme que j’obtenais… Que leur puissance combinée était suffisante pour mettre un terme à ma vie. C’était à ce moment-là que j’avais commencé à réfléchir aux avantages de la monogamie. Quel bâtard avait dit qu’avoir un harem était le rêve de tous les hommes !? J’aurais aimé pouvoir l’amener ici et lui montrer la dure réalité.

« Alors… Qu’attendez-vous de moi… ? »

« Nous te pardonnerons… Si tu nous embrasses, une par une. Tes actions nous ont mis notre relation avec toi dans l’embarras, Touya… Tu as la responsabilité de nous faire nous sentir mieux. »

Oh… Oh mon dieu. J’avais déjà embrassé Yumina et Linze, mais… pas les trois autres.

J’avais regardé autour de moi pour voir que Yumina sourirait, Linze rougissait, Lu tenait sa main à son cœur qui battait vite, Yae s’agitait avec son hakama, et Elze agitait ses mains.

En toute honnêteté, j’étais très embarrassé. J’avais pensé que ce serait le meilleur moment pour m’échapper et laisser leur demande insatisfaite, mais je n’avais nulle part où aller.

Alors, avec Leen et Paula qui se moquaient de moi… C’était moi qui l’avais fait. Je les avais embrassées une par une. C’était bizarre.

Mais… après avoir embrassé chacune d’elles… Lu prit une teinte écarlate et s’enfuit, Yae me saisit par le bras et me jeta à travers la pièce en criant… Tandis qu’Elze retira son bras et me roua de coups au niveau de la poitrine, m’envoyant voler en arrière. Ghah !! Même si vous êtes gêné, nul besoin de me tirer comme un tire-bouchon ! Je commençais à craindre que ma vie ne soit en fait menacée si je ne faisais pas des choses romantiques un peu plus régulièrement et si je ne passais pas plus de temps avec mes femmes.

Comme je perdais conscience, je m’étais posé une petite et profonde question dans ma tête. Est-ce de la misère ou de la joie ?

Notes

***

Interlude 1 : Les Yeux mystiques des Catoblepas

Partie 1

« Avez-vous déjà entendu parler du monstre connu sous le nom de Catoblepas ? »

Le chef de guilde elfique Relisha avait brisé la glace en me parlant d’une sorte de monstre.

Je pensais qu’elle m’avait pris à part pour parler de la branche de la guilde, mais cela ne semblait pas être le cas.

« Non, je ne le connais pas. Quel genre de monstre est-ce ? »

Relisha ouvrit le livre dans ses mains et me montra une certaine page. On aurait dit l’encyclopédie des monstres que j’avais vue dans une salle de lecture d’une guilde il y a quelque temps.

« Ils ont le visage d’un cochon et le corps d’un taureau, mais leur cou est très long. La façon dont leurs têtes lourdes pendent au sol est considérée comme leur marque de fabrique. »

La page qu’avait utilisée Relisha contenait une illustration de monstre qui correspondait parfaitement à ce qu’elle venait de décrire.

« Ils crachent du gaz toxique si nocif de leur bouche qu’ils tuent les plantes se situant en dessous d’eux. Mais ce qui est le plus effrayant, c’est leur regard mystique. Celui qui regarde un Catoblepas dans les yeux finit par être paralysé sur place, et en peu de temps, tout son corps se transforme en pierre. »

« Quoi !? En pierre ? »

« Oui, ils sont classés comme un monstre de rang rouge au même niveau qu’un Dragon de bas niveau à cause de leurs yeux, mais pas plus haut que ça à cause de leur personnalité paisible. Passons au point principal. Un Catoblepas assez grand et d’une agressivité inhabituelle a été vue et il a fait son nid dans la Cordillère de Melicia. On pense que trois groupes composés d’environ treize personnes au total sont déjà morts en les combattant. »

Treize personnes, mortes… ? Et la cordillère de Melicia se situe juste au nord de Brunhild, coincée entre le Royaume de Belfast et l’Empire Regulus…

« Naturellement, en tant que chef de guilde, je ne peux pas simplement ignorer ce problème et j’ai donc engagé deux aventuriers de Régulus, classés argent, pour s’en occuper. Malheureusement, il semblerait qu’eux aussi aient été transformés en pierre. »

« Même des aventuriers classés argent ne pouvaient pas les gérer ? »

« En effet. J’ai entendu dire que ce Catoblepas n’est pas un Catoblepas normal, mais plutôt un Catoblepas qui a évolué et a commencé à grandir massivement en taille. Je ne peux qu’imaginer les ravages qu’il causera s’il est laissé dans la nature. C’est pourquoi j’aimerais vous demander de nous prêter votre force en tant qu’aventurier classé de rang or, mon Seigneur. Sans parler de votre immense force, votre sort Néant devrait être la clé pour vaincre cette bête. Non seulement vous pouvez annuler toute pétrification qu’il pourra vous infliger, mais vous pouvez aussi sauver les aventuriers qui ont déjà été pétrifiés. »

J’ai compris. La pétrification des Catoblepas n’est pas à craindre à cause de ma magie. Un Catoblepas sans ses yeux démoniaques devrait être un jeu d’enfant à tuer. Après tout, il ne sera pas capable de me transformer en pierre juste en me regardant.

« Dans des circonstances normales, je ne présenterais jamais une telle quête d’aventurier à une personne membre de la royauté, mon Seigneur, mais j’ai entendu dire que vous cherchiez vous-même des quêtes à compléter et j’ai donc pris sur moi pour vous faire cette demande. »

Oui, j’avais dit que je cherchais des quêtes à faire. C’était une question d’argent. J’avais besoin d’argent et même de beaucoup d’argent. Cela était dû aux frais de fonctionnement des Frame Gears, mais aussi pour soutenir mes chevaliers royaux.

« Au fait, que ferais-tu si je refusais cette quête ? »

« Dans des circonstances normales, j’offrirais la quête à d’autres aventuriers de votre rang, mais le seul autre aventurier de rang or vivant est l’ancien roi du royaume des chevaliers de Lestia. Naturellement, je ne pourrais jamais apporter cette quête à un roi de soixante-dix ans à la retraite, donc le résultat final serait que notre guilde déclinerait cette quête dans son intégralité. Je crois que les chevaliers royaux de Belfast et de Régulus travailleraient alors ensemble pour vaincre la bête, mais je ne suis pas sûre. »

Pas besoin de s’inquiéter pour ça. Je vais la prendre. On ne peut pas laisser ça là et laisser plus de gens mourir. Je ne voudrais pas non plus forcer Belfast et Regulus à s’en occuper.

« Combien recevrais-je en récompense ? »

« Ce que vous donneront les villes et villages voisins. Votre récompense comprendra ce que les pays voisins paieront en signe d’appréciation, ainsi que ce que vous gagnerez en vendant une partie des Catoblepas à notre guilde. »

Oh mec. C’est beaucoup d’argent.

J’avais souri après avoir vu Relisha calculer combien d’argent au total je gagnerais en prenant cette quête.

C’était exactement le genre de grosses sommes dont j’avais besoin.

« Compris. J’accepte la quête, et je vais m’occuper des Catoblepas. »

« Un Catoblepas, hein ? C’est un monstre assez rare. »

Leen avait commencé à parler à Linze pendant que cette dernière regardait la page des Catoblepas dans l’encyclopédie des monstres que j’avais emprunté à Relisha.

« C’est parce que la nature n’a pas besoin d’espèces fortes pour proliférer. Sans compter qu’il doit être difficile pour les Catoblepas de former des liens. »

« Hein ? Quel genre de difficulté pourraient-ils trouver, Leen-dono ? »

« Imaginez les problèmes qu’ils auraient en essayant de ne pas se transformer en pierre ! », Leen répondit à la question de Yae en riant.

Quoi ? Les Catoblepas peuvent se transformer en pierre ? N’est-ce pas un peu exagéré ?

« Est-ce que ça veut dire qu’ils se transformeraient tous les deux en pierre après s’être regardés dans les yeux ?... Je sens qu’il y a quelque chose de triste là-dedans. »

Lu avait parlé sur un ton plaintif. Elle n’avait pas tort. Cela signifierait aussi qu’ils ne pouvaient pas regarder directement leurs enfants.

« Il semblerait qu’il faille plusieurs mois pour que les Catoblepas nouveau-nés développent des yeux mystiques pleinement fonctionnels. Les parents partent avant que ça n’arrive. S’ils étaient restés jusqu’à ce que leurs enfants soient assez mûrs, ils pourraient finir par se transformer en pierre. »

Donc les enfants ne regardaient leurs parents que quelques mois dans leur vie, hein ? Et même là, ils ne se regardaient jamais dans les yeux. Il était logique qu’ils finissent par se sentir seuls.

Yae était même sur le point de pleurer un peu. Je ne pouvais pas lui en vouloir, elle imaginait probablement ce que ressentaient les Catoblepas.

« Quoi qu’il en soit. Peux-tu ramener les aventuriers pétrifiés à la normale avec ton sort ? Je veux dire, ils sont transformés en pierre depuis des mois. Ne vont-ils pas maintenant mourir de faim ? »

« C’est une bonne question, Elze, mais j’ai entendu dire que quand une personne est pétrifiée, ses os et ses organes se transforment aussi en pierre. C’est pourquoi je devrais être capable de guérir complètement toute personne dont la statue de pierre n’est pas brisée. »

Bien que la pétrification ait transformé une personne en pierre, la pierre elle-même était assez faible pour que le vent et la nature elle-même puissent briser les statues des aventuriers pétrifiés après quelques années. Si j’utilisais ma magie sur une statue brisée, le sang giclerait probablement de partout… J’avais décidé de ne pas y penser.

« D’accord, alors, je m’en vais. Je devrais être de retour avant le coucher du soleil. »

« Eh ? Mais on veut venir avec toi. »

« Hein ? Pourquoi ? »

La question de Yumina m’avait déconcerté. Elles n’avaient pas besoin de venir dans un endroit aussi dangereux. Je pourrais m’en occuper facilement aussi.

« Tu pourras nous protéger de la pétrification, Touya, et nous voulons tous voir à quoi ressemble un Catoblepas. »

« Sans compter que ça fait longtemps que je n’ai pas combattu de monstres. Depuis mon arrivée à Brunhild, je n’ai plus eu besoin de me battre. »

« Moi aussi, je veux manier ma Touka dans un combat. Ça fait effectivement trop longtemps. Il serait déraisonnable pour moi d’affronter les chevaliers royaux dans une bataille sérieuse de vie ou de mort, ce serait déraisonnable. »

Lu, Elze et Yae avaient l’air impatientes de venir avec moi.

Quoi !? Non seulement elles voulaient venir avec moi, mais elles voulaient aussi se battre ? Mais cette quête est pour les aventuriers de rang or. Il était vrai qu’avec mon sort, elles n’avaient pas besoin de s’inquiéter de la pétrification. Et le Catoblepas lui-même ne semblait pas très fort tout seul… Yumina et Linze avaient l’air de vouloir se joindre à nous… Ce qui signifiait que pratiquement tout le monde voulait venir. Pourquoi voulaient-elles toutes tant y aller ? Heureusement, Leen avait dit qu’elle ne voulait pas venir.

Ehh, cela ne va-t-il pas devenir une sortie pique-nique, mais… Mais au fond, pourquoi pas ?

On s’y rendra sur Babylone. Naturellement, elles ne voulaient pas voler dans les airs en utilisant la magie, alors Babylone était notre seul choix. La Babylone était assez grande avec le jardin, l’atelier, le laboratoire d’alchimie, le hangar, la tour et le rempart qui y étaient tous amarrés en même temps.

Cesca avait pris soin de contrôler Babylone dans son ensemble. Elle était plus ou moins la capitaine du navire. Pour reprendre la métaphore du vaisseau : Rosetta et Monica étaient les mécaniciennes, Flora était la médecin et Liora était la navigatrice et l’artilleuse. Je ne sais pas si je peux appeler Noël l’ingénieur, vu qu’elle faisait la sieste tout le temps.

« Maître. Nous avons atteint l’espace aérien au-dessus de notre destination. »

Il y avait des montagnes imposantes partout en dessous de nous. Nous avions atteint la cordillère de Melicia, qui était situé directement au nord de Brunhild. Les montagnes étaient recouvertes d’une épaisse couche de neige et d’épaisses forêts vertes.

« Où est le Catoblepas ? »

« Il est quelque part dans les plaines à l’est de la montagne en dessous de nous. »

Le monolithe se trouvant devant Cesca montrait des images vidéo de ce qui semblait être un Catoblepas, enregistré par l’une des caméras de Babylone.

***

Partie 2

Ils étaient donc à Régulus. Le rapport de Relisha avait raison, il devait avoir niché là.

Je ne devrais pas me précipiter et me battre immédiatement. Il y avait des aventuriers pétrifiés tout autour. Si je ne fais pas attention, ils pourraient se briser… Et si ça arrive, on ne pourra plus rien faire pour eux. Ce serait la même chose que de les tuer.

Nous devions descendre quelque part et tenter une approche discrète.

Tout le monde était d’accord avec moi, alors Yumina, Elze, Linze, Yae, Lu, et moi étions tous descendus de Babylone grâce à ses téléporteurs embarqués.

« Où se trouve le Catoblepas ? »

« Attendez. Nous devrions d’abord sauver les gens pétrifiés. »

Je m’étais tourné dans la direction opposée du Catoblepas et je m’étais dirigé vers l’endroit où se trouvaient la plupart des aventuriers pétrifiés.

J’avais rapidement trouvé trois statues de pierre dans la forêt, chacune portant des expressions terrifiées.

Ils étaient dans un tas de positions différentes, l’un des aventuriers se recroquevillant sur le sol, mais ils sembleraient que tous étaient en un seul morceau. Même leurs vêtements s’étaient changés en pierre. Quelle terrible malédiction !

Pour être plus précis, il vaudrait mieux dire que si vous regardez un Catoblepas dans les yeux, vous et votre entourage immédiat étiez transformés en pierre.

« Touya, dépêche-toi et utilise ta magie sur eux. »

« Attendez, attendez. »

Je ne veux pas qu’ils s’immiscent dans ma bataille contre le Catoblepas. J’utiliserai ma magie sur eux plus tard. Pour l’instant, nous allons juste récupérer leurs corps.

« Le stockage ne fonctionne pas sur les êtres vivants. Comment allons-nous les porter ? »

« Je pense que tout ira bien puisqu’ils sont en pierre en ce moment et qu’ils sont techniquement morts… Tu vois ? Ça a marché. »

J’avais utilisé avec succès [Stockage], je pouvais donc récupérer et stocker leurs corps, levant ainsi les doutes de Linze.

Selon Relisha, quinze aventuriers confirmés avaient été transformés en pierre : il y avait treize aventuriers de rang rouge et deux aventuriers de rang argent. Comme j’en avais stocké trois, il m’en restait douze à trouver.

« Touya, il y a des statues là-bas aussi. »

J’avais regardé l’endroit que me montrait Lu, j’avais vu quatre aventuriers figés sur place avec des expressions aussi terrifiantes sur leur visage. J’avais stocké ces quatre-là aussi et j’avais commencé à chercher les autres.

J’avançais en faisant attention à ma carte et je rangeais aventurier après aventurier. Heureusement, pas un seul aventurier n’avait fini par être brisé.

J’avais réussi à récupérer treize statues, puis les deux dernières. Je les avais tous retrouvés.

« Ces deux-là sont probablement les aventuriers de rang argentés. Je peux le dire rien qu’en les regardant. »

En effet. Ces deux-là montraient des signes de vexation et de colère, pas de peur. Leur équipement avait aussi l’air plutôt bon. Ces deux-là étaient à tous les coups des aventuriers de rang argent.

« Ça doit être le bouclier utilisé par l’un d’eux. Il a l’air plutôt neuf, pas porté du tout. »

Elze prit un grand bouclier et en effet, il brillait de mille feux et réfléchissait la lumière comme un miroir.

« Ils essayaient probablement d’utiliser ça pour combattre le Catoblepas sans le regarder directement. »

Selon une légende grecque, le héros Persée avait vaincu Méduse de la même façon. Il semblerait que ces deux-là avaient échoué dans leurs tentatives, même si leur plan avait fonctionné pour Persée.

J’avais pris le bouclier des mains d’Elze. C’était étonnamment léger. Il avait probablement été fabriqué à partir de Mithril. Ils avaient dû le polir pendant des heures jusqu’à ce qu’il puisse réfléchir la lumière comme un miroir. Le tout brillait d’un éclat fou. Ils s’étaient probablement transformés en pierre après l’avoir fait tomber par accident.

J’avais décidé de l’entreposer avec eux. Je le leur rendrais plus tard.

« On a dû tous les récupérer. Je suis heureux qu’aucun d’eux n’ait été brisé. »

« Le Catoblepas a dû se désintéresser d’eux après les avoir transformés en pierre. Contrairement aux humains vivants, les statues de pierre ne peuvent pas être mangées. »

C’était vrai. Je me demandais si le Catoblepas était carnivore. S’il transformait sa proie en pierre, il ne pouvait pas la manger. Peut-être qu’il essayait de la manger avant de la transformer en pierre.

« Alors, où se situe actuellement le Catoblepas ? »

« Il se trouve dans la forêt au sud de nous. Approchons-le dans son dos. »

Naturellement, toutes les filles avaient grâce à leurs alliances la compétence [Récupération]. Même si elles devaient regarder le Catoblepas directement dans les yeux, elles devraient sûrement être capables de se guérir immédiatement de la malédiction de la pétrification.

Nous nous approchions prudemment du Catoblepas. Yae, Elze et moi nous étions en avant-garde, Yumina et Linze étaient à l’arrière tandis que Lu était au milieu.

« Le voilà… ! »

Il semblait manger un animal qu’il avait tué, un cerf ou un cheval. Cela montrait bien que ce n’était pas un herbivore.

Mais plus important encore, c’était beaucoup plus grand que ce à quoi je m’attendais. C’était un peu difficile à dire par-derrière, mais il était à peu près aussi gros qu’un wagon. Le Catoblepas tourna son long cou pour regarder dans notre direction. Son visage ressemblait plus à un sanglier qu’à un cochon. Sans parler des cornes de taureau qui sortaient de sa tête. Il avait le corps d’une vache, mais pour une raison quelconque sa fourrure était assez longue.

J’avais rapidement regardé vers ses pieds pour éviter de le regarder dans les yeux.

« La meilleure défense est l’attaque. Linze et moi l’attaquerons avec la magie. Les autres, dépêchez-vous d’agir pendant qu’on le distrait. Si vous le regardez dans les yeux par accident, utilisez le sort [Récupération] se trouvant dans vos anneaux. »

Après avoir vu tout le monde acquiescer de la tête, j’avais fait un geste vers Linze et nous avions commencé à lancer la magie en même temps.

« Brille, Lumière ! Brillance éblouissante : [Flash] ! »

Si le Catoblepas avait des yeux qui causaient la pétrification, il suffisait de les rendre inutilisables. Ces sorts ne seraient probablement qu’une distraction momentanée, mais ce serait plus que suffisant pour qu’Elze et tous les autres puissent réduire la différence entre elles et lui.

« GRAAAW !? »

Le Catoblepas émit un rugissement après que du sable avait été projeté dans ses yeux en même temps qu’un éclair de lumière aveuglante.

Ce rugissement avait servi de signal pour Elze, Yae, Lu et moi pour charger en avant avec nos armes en main.

« Hyah ! »

Le Touka de Yae passa facilement à travers la grande queue des Catoblepas. Pas étonnant, vu la force de Yae et le tranchant de sa lame. Sa Touka pourrait même couper à travers de l’acier solide comme du beurre.

« Prends ça ! »

Le coup de poing de suivi d’Elze avait touché le Catoblepas sur le côté et avait provoqué la rupture de sa peau.

« BGGRAAAAH ! »

Le corps du Catoblepas voltigea tandis qu’un gaz violet sortit de sa bouche. Ce truc était vraiment empoisonné. Elle recouvrait les plantes voisines, les faisant flétrir et mourir instantanément.

« C’est du gaz toxique ! Faites attention ! »

Malheureusement, comme nous avions attaqué par vent arrière, le gaz toxique se dirigea droit vers nous.

Nous nous étions séparés à gauche et à droite pour éviter le gaz en nous dirigeant à nouveau vers les Catoblepas.

Les lames jumelles de Lu étaient faites de Cristal de Phase, elles avaient donc réussi à couper à travers la peau des Catoblepas, mais elles étaient trop courtes pour faire de profondes entailles dedans. Malgré cela, on aurait dit qu’elle avait fait de gros dégâts.

Il semblerait que je doive utiliser un swing assisté par gravité pour finir ce travail une fois pour toutes. J’avais sorti mon épée longue de Phase, mais au moment où je m’étais dirigé vers elle, le Catoblepas s’était tourné vers moi et avait établi un contact visuel avec moi.

J’avais immédiatement senti mon corps commencer à durcir. Une sensation de froid me montait des orteils comme si je venais de marcher dans de l’eau glacée.

Je ne sentais rien sous mes chevilles. J’avais regardé en bas et j’avais vu que mes chaussures avaient commencé à se transformer en pierre.

« Ngh ! [Récupération] ! »

J’avais lancé mon sort de guérison, je sentais des sensations revenir dans mes pieds. Mais il s’était passé quelque chose à quoi je ne m’attendais pas.

Mes chaussures n’étaient pas redevenues normales. Elles étaient encore en pierre.

« Si lourd ! »

Je ne pouvais pas me battre avec des chaussures en pierre. J’étais tout de suite allé les enlever, mais ce n’était pas si facile d’enlever des chaussures en pierre.

« Lâchez-moi ! »

J’avais donné un coup de pied dans un arbre voisin et j’avais réduit les chaussures en pierre en morceaux. Elles étaient peut-être faites de pierre, mais il était facile de les briser, car la pierre était aussi fine que le tissu qui avait servi à fabriquer mes chaussures. Je détestais perdre mes chaussures comme ça, mais ce n’était pas le moment de m’inquiéter pour ce genre de choses.

… Merde. Mes chaussettes aussi ont été transformées en pierre. Maintenant, je suis pieds nus.

Bang ! Une balle me frôla la tête, interrompant mes pitreries.

La balle du Colt Model Armée 1860 de Yumina avait touché le Catoblepas directement dans l’œil gauche avant d’exploser. On dirait qu’elle avait utilisé les munitions imprégnées d’[Explosion].

« GOOOOAAAH !? »

Le Catoblepas faisait rage autour d’elles, balançant son long cou partout.

« Enlace-toi donc, glace ! Malédiction gelée : [Liens de glace] ! »

La magie de Linze figea progressivement les jambes du Catoblepas. Il avait essayé de se libérer, mais la glace magique de Linze ne se brisait pas si facilement.

J’avais utilisé cette ouverture pour sauter sur le Catoblepas et frapper avec mon épée aussi fort que possible sur son cou.

« [Gravité] ! »

Le poids de mon coup avait été décuplé grâce à ma magie, et ainsi ma lame avait décapité le Catoblepas comme si ce n’était rien.

***

Partie 3

Sa tête avait heurté le sol et s’était retournée tandis que son corps géant s’enfonçait dans le sol, le sang jaillissant de son cou.

« Ouf. Il ne s’en était fallu de peu. »

J’avais poussé un petit soupir et je m’étais recueilli. Aïe. Marcher dans la forêt sans chaussures est assez douloureux. J’avais sorti des chaussures neuves de l’entrepôt et je les avais mises. Le bas de mon pantalon s’était un peu transformé en pierre, mais ce n’était pas trop grave. Je pouvais le garder.

« Ça va, Touya ? »

« Oui, j’ai baissé ma garde une seconde. »

J’avais souri ironiquement à Yumina.

C’est un spectacle pitoyable, si je puis dire. J’avais dit à tout le monde de faire attention, mais c’était moi qui avais failli me faire transformer en pierre.

« Kyaaaah !? [R-Récupération] ! »

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Lu tomba sur ses fesses et lança précipitamment de la magie contenue dans son anneau. On dirait qu’elle était allée voir la tête décapitée des Catoblepas.

« Ses yeux sont ouverts, et j’ai établi un contact visuel avec eux ! Même s’il est mort, ses yeux mystiques peuvent encore causer la pétrification ! »

« S’il te plaît, calme-toi, Lu. Les yeux mystiques des Catoblepas restent dangereux pendant un certain temps après la mort de leur propriétaire. »

Lu s’accrocha à Linze, terrorisée. Elle lui expliqua ce qui se passait.

Apparemment, le pouvoir de pétrification des yeux mystiques s’estomperait bientôt, mais ils conserveraient le pouvoir de causer la paralysie tant qu’ils étaient chargés de pouvoir magique. Les yeux étaient donc très précieux comme outils magiques et pouvaient être vendus à un prix élevé.

Yumina avait l’air un peu triste après avoir entendu ça. Probablement parce qu’elle avait détruit l’un de ses yeux.

J’avais fermé les paupières des Catoblepas pour que personne ne puisse accidentellement les regarder dans les yeux à nouveau. Je me suis dit que tout se passera bien comme ça.

« Lu, tes jambes vont bien ? »

« Oui, oui. D’une façon ou d’une autre. Il semblerait cependant que mes chaussures soient totalement inutilisables… »

On aurait dit que les pieds de Lu étaient encore pétrifiés, mais c’étaient probablement ses chaussures qui restèrent en pierre. Il lui était donc arrivé la même aventure qu’à moi.

Alors qu’elle était assise, Lu prit sa courte épée et écrasa sa poignée contre ses chaussures pétrifiées, les faisant éclater. Et comme prévu, les collants sous ses chaussures avaient aussi été transformés en pierre.

Le collant mince en pierre s’était cassé facilement à partir du moment où Lu se déplaçait juste un peu autour, mais ses pieds devinrent complètement exposés.

« As-tu des chaussures de rechange ? »

« Oui. Dans ma bague… ! »

Lu se leva, faisant tomber bruyamment des morceaux de pierre par terre à ses pieds.

« Eh… !? Pas moyen… ! »

Lu rougit vivement et poussa sa jupe vers le bas.

« Hein ? »

« Touya ! S’il te plaît, tourne-toi ! »

« Hein ? Quoi ? »

« Oh… ? Ah ! Touya. S’il te plaît, fais ce qu’elle dit. Vite ! »

« Compris. »

Je n’étais pas sûr de ce qui se passait, mais je m’étais retourné comme elles le voulaient. Qu’est-ce qui se passait, bon sang ?

« Lu, est-ce que ta… ? »

« Uuuh... Oui, il l’a fait… »

« Hein ? Même ta culotte s’est transformée en pierre ? Mais pourquoi ? Tu sais, Linze ? »

« C’est probablement lié au fait que la pétrification est une magie de type Terre. Je parie que le processus de pétrification commence à partir de n’importe quelle partie du corps qui touche sol ou quelque chose comme ça… Après tout, tu venais de tomber sur tes fesses, Lu… »

« Aha. Alors, c’est comme ça. C’est une tragédie. »

Qu, qu,qu,quoi !? Sa culotte ? Sa culotte s’était transformée en pierre ? Et ces fragments de pierre qui étaient tombés par terre, c’était sa culotte ?

« As-tu une paire de rechanges ? »

« J’en ai une en stock, mais… »

« Tu veux changer tous tes vêtements, je parie. Vu que tes collants et ta jupe ont aussi été un peu abîmés… »

J’avais entendu le bruit des vêtements qui volaient derrière moi. Ce que j’aurais dû faire ici, c’était de me boucher les oreilles.

Je regardais autour de moi sans but, le cœur battant rapidement… Et soudain, j’avais entendu un grand bruissement dans la forêt voisine.

« Quoi !? »

J’avais regardé vers le bruit et j’ai vu un Catoblepas beaucoup plus grand que celui que nous venons d’abattre. Il regardait dans notre direction avec ses yeux mystiques. Il y en avait un autre !? Franchement, Cesca, fais plus attention là-haut ! Attends, je suppose que j’aurais dû aussi faire plus attention ! Merde ! Je l’ai regardé dans les yeux ! J’avais perdu la sensation dans mes pieds comme avant et j’avais vu mes chaussures se transformer à nouveau en pierre.

« GAAAH ! Je venais de les changer ! »

« Ngh ! [Récupération] ! Attention, tout le monde ! Il y a un autre Catoblepas ! »

« EEEH !? »

« Attends un peu ! Ma jupe est immobile ! MA JUPE ! »

J’avais détourné mon regard du Catoblepas et, après avoir cassé mes chaussures en pierre, j’avais commencé à jeter de la magie pour distraire la bête de mes compagnes.

« Sortez, Vent ! Lance tourbillonnante : [Lance tourbillonnante] ! »

J’avais transformé un tourbillon d’air en une lance et je l’avais lancée sur le Catoblepas, détruisant ainsi l’une de ses cornes.

Ouais. Ce truc est bien plus gros que le dernier Catoblepas. Celui-ci a des cornes qui ressemblent plus à celles d’un buffle qu’à celles d’un taureau. La forme est totalement différente. Peut-être que celui que l’on a tué était en fait une fille ? Et celui-là, c’est son pote ou quoi ?

« GRAAAAAAAAAAHHH !! »

Le Catoblepas avait rugi et chargea dans ma direction. J’avais vu cela du coin de l’œil et j’avais couru dans une direction éloignée des autres.

J’avais jeté un coup d’œil à Lu, mais on aurait dit qu’elle avait réussi à mettre une jupe à temps… Ce n’était pas que j’espérais qu’elle ait échoué, ou quoi que ce soit.

« Perce, ô glace ! Pointe gelée : [Aiguille de glace] ! »

Linze invoqua une tonne d’aiguilles à glace qui tombèrent sur le Catoblepas. Sa meilleure magie était basée sur le feu, mais comme nous étions au milieu d’une forêt, elle ne pouvait rien en tirer. Comme elle n’était pas très douée avec la magie de la lumière, l’eau était le seul élément qu’il lui restait à utiliser ici.

« GRAAAAAAAAAHHH !! »

Le Catoblepas avait secoué les aiguilles à glace qui lui avaient percé le corps superficiellement, il avait craché du gaz toxique dans ma direction.

« Whoa, je dois esquiver ça ! [Vol] ! »

J’avais jeté mon sort de fuite, j’avais ainsi évité le gaz toxique en m’envolant dans les airs. Je ne pouvais après tout pas courir sans mes chaussures.

« [R-Récupération] ! »

Linze lança [Récupération]. Elle avait dû établir un contact visuel avec le Catoblepas après qu’il se soit retourné. Dommage, ses chaussures étaient abîmées.

J’avais volé vers Linze, je l’avais ramassée et je l’avais emmenée en lieu sûr.

« Est-ce que ça va ? »

« Oui, oui. J’étais un peu… un peu effrayée. »

Linze m’avait serré dans ses bras pendant que je la portais dans le ciel. Ce n’était pas le moment de penser à de telles choses, mais je n’avais pas pu m’empêcher de remarquer à quel point elle était douce et qu’elle sentait bon. Ressaisis-toi, mec.

« Ngh, celui-ci est plus agressif que le précédent. »

« Et ses yeux mystiques nous empêchent de faire une attaque physique… »

Ce Catoblepas était plus intelligent que le précédent. Si nous détournions un peu le regard, il n’avait qu’à tourner son cou pour nous pétrifier, et si je détournais les yeux, il exploiterait mon manque de visibilité pour lancer une attaque-surprise.

« Si nous pouvions juste couvrir ses yeux, cela ne serait plus un problème, mais… », murmura Linze dans mes bras.

C’est difficile. Ce n’est pas comme si ça allait nous bander les yeux. Si seulement on pouvait lui mettre un bandeau noir sur le visage comme dans les magazines. Ou peut-être des mosaïques…

« Ah ! »

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Il y a une magie qui peut bloquer sa ligne de mire ! Je l’ai lu en cherchant le sort du vol ! [Mosaïque] ! »

« Guoooh !? »

Le Catoblepas émit un grondement de confusion après l’apparition soudaine de mosaïques sous ses yeux. Ce sort [Mosaïque], n’avait rien à voir avec un style artistique. C’était une application réelle de la technique de floue.

« Fuoooh !? Guoooh !? »

Le Catoblepas avait commencé à paniquer à cause des mosaïques qui bloquaient sa vision. Il s’était mis à détruire sauvagement la forêt en balançant sa tête partout.

Cette chose allait certainement être plus difficile à tuer que la précédente, mais nous n’avions plus à nous soucier de ses yeux mystiques.

« Maintenant ! »

« Ah ! Hayaah ! »

« GRAAAAH !? »

Elze se précipita vers l’avant et frappa les Catoblepas sur le côté de la tête.

« Déchiquetez, vent ! Mille Lames Nées du vent : [Oeil du cyclone] ! »

Yumina lança une rafale vers le Catoblepas, entaillant profondément dans son corps. Yae avait ensuite fait suivre cela en frappant le Catoblepas avec son Touka en main.

À cause des bruits de ses pas, où peut-être son odeur en général, il avait senti son approche, et avait craché des gaz toxiques dans sa direction… Mais elle n’était plus là.

« Style caché de Kokonoe — levé du Phoenix ! »

« Guoooh !? »

Elle avait sauté en l’air et était redescendue en chute libre avec son Touka pointé vers le cou du Catoblepas. Naturellement, elle l’avait décapité facilement.

La tête avait heurté le sol avec un son lourd. Il y avait encore des mosaïques autour des yeux, donc honnêtement, ça avait l’air bizarre. Eugh. Je ne peux pas enlever les mosaïques tout de suite. C’est toujours dangereux…

« Wah... J’étais incapable de faire quoi que ce soit… »

Lu parlait à elle-même, vexée, pendant qu’elle réparait sa jupe. Je pouvais voir des larmes se former dans ses yeux. Personne ne pouvait s’attendre à ce qu’elle se batte dans la situation dans laquelle elle se trouvait.

« En parlant de ça, quelque chose comme ça s’était aussi passé dans le passé, n’est-ce pas ? »

« Oh oui. Tu parles de l’époque où nous avions combattu le Golem en Mithril, n’est-ce pas ? Un deuxième était aussi sorti de nulle part à l’époque. »

Linze et moi avions discuté après que nous nous soyons installés à terre. Huh. Nous avions également combattu les golems de Mithril dans la Cordillère de Melicia.

La guilde nous avait payé le double à l’époque, car ils n’enquêtaient pas assez profondément. Espérons qu’ils feront de même cette fois-ci. Je ne peux m’empêcher de penser que les monstres de ces quêtes de rang supérieur étaient bien plus puissants que les monstres normaux.

En échange de nos combats, nous devrions être mieux payés. C’était logique pour moi.

Ensuite, nous étions retournés à Brunhild et j’avais utilisé mon sort [Récupération] pour libérer les aventuriers pétrifiés.

Mais je n’y avais pas assez réfléchi. Au lieu de retourner à la normale, ils s’étaient alors tous retrouvés nus après que leur armure et leurs vêtements se soient brisés, tout comme mes chaussures.

Personne n’était content de voir un groupe de vieux mecs confus à poil.

Inutile de dire que Yumina, les autres filles et toutes les employées de la guilde avaient failli faire éclater mes tympans.

Je n’avais pas l’intention de le faire, mais j’avais fini par lancer [Mosaïque] sur les plus vieux aventuriers pour couvrir ce qui était généralement couvert par une mosaïque dans mon monde.

Désolé, les gars.

***

Interlude 2 : Une visite de Brunhild

Partie 1

En acquérant le Hangar de Babylone, j’avais enfin mis la main sur les Frame Gears.

Ces robots géants étaient véritablement les machines dont je rêvais. Bien que, aussi excité que je sois, nous ne pouvions pas vraiment les utiliser à cause d’une pénurie de carburant : l’éther liquide.

Outre les Frame Gears, le hangar possédait également des engins tels que des hydravions à grande vitesse, des trains blindés et des machines souterraines polyvalentes.

Toutefois, ils étaient également à court d’éther liquide. Et sans cela ils n’étaient rien de plus que de simples décorations.

Je pourrais transférer une partie de l’éther liquide des Frame Gears, mais ces choses auraient quand même besoin d’un peu d’entretien pour fonctionner. Cela exigerait les mains expertes de Rosetta et Monica, mais comme elles étaient concentrées sur les robots, j’avais remis cela à plus tard.

Les machines souterraines pourraient probablement creuser de très bons tunnels. L’ouverture d’un tunnel dans la cordillère de Melicia, au nord de Brunhild, pourrait faciliter le commerce et la communication entre Regulus et Belfast.

Attendez, cela ne réduirait-il pas le flux de personnes vers ma terre… ? Je devrais d’abord y réfléchir.

Aujourd’hui, j’avais décidé de faire le tour de ma ville-château animée.

J’étais accompagné de Kohaku et Sue. Comme elle ne pouvait pas être avec nous la plupart du temps, je lui donnais la priorité chaque fois qu’elle venait nous rendre visite. Après tout, bien qu’elle soit jeune, Sue était toujours l’une de mes fiancées.

Elle s’était assise sur Kohaku et regarda toutes les maisons en construction.

« Ça commence à ressembler à une vraie ville. »

« Eh bien, tout le monde fait de son mieux. »

La ville du château avait déjà un réseau de routes en pierre, avec des maisons en briques construites autour d’elles.

La plupart des nouveaux habitants étaient soit des commerçants qui voulaient travailler ici, leur famille et leurs employés.

Il y avait aussi les familles de nos chevaliers. Bien que nous ayons installé des casernes de chevaliers dans le château, la plupart de ceux qui y vivaient étaient célibataires, tandis que ceux qui avaient des familles choisissaient de vivre avec les leurs dans la ville.

Bien entendu, c’était moi qui leur avais prêté assez d’argent pour leur permettre de construire les maisons. Quoi qu’il en soit, grâce à l’augmentation du nombre de ces familles, la ville était maintenant remplie de toutes sortes de gens, jeunes et vieux.

La ville en elle-même occupait la zone au sud du château de Brunhild. À l’est, il y avait les terres agricoles, au nord, les terrains d’entraînement, et à l’ouest, nos installations de divertissement.

Jusqu’ici, il n’y avait qu’un terrain de baseball, mais quand même. Pourvu qu’ils aient suffisamment d’argent, même les gens du peuple pouvaient louer l’endroit, et nous y organisions fréquemment des matchs. Et comme le simple fait de regarder était gratuit, les jeux étaient souvent observés par les enfants et autres.

« Touya, Touya ! Ce magasin a tellement de choses que je n’ai jamais vues avant ! »

En voyant les marchandises alignées derrière la vitrine d’un magasin que nous avions croisé, Sue avait fait arrêter Kohaku.

Le bâtiment avait deux étages et c’était l’un des plus grands de la ville. Sur la devanture, il y avait une pancarte indiquant « Compagnie Strand », ce qui signifiait qu’il appartenait au commerçant mismédien Olba.

À travers la fenêtre, j’avais vu des battes de baseball, des balles, des gants, des jouets en peluche, des shogis, des Hula-Hoops, des toupies et bien d’autres produits de divertissement, ce qui me faisait penser que ce magasin ressemblait d’avantage à un empire du jouet qu’à un magasin générique.

Bien sûr, ce n’était pas le cas. L’endroit vendait aussi des articles de tous les jours comme des aiguilles, des vêtements, du tissu, des clous, des marteaux, des couteaux de cuisine, des bougies et des miroirs.

En regardant plus loin, j’avais vu Olba, alors j’avais décidé d’entrer et de lui dire bonjour.

« Bonne journée à vous ! Bienvenue dans le magasin de la compagnie Strand ! »

Une employée aux oreilles de chien nous avait remarqués et nous avait accueillis. Au fait, Kohaku était de retour à sa forme mini habituelle.

« Salutations, Votre Majesté. Votre visite nous honore. Avez-vous des affaires à régler ici ? »

En nous voyant, Olba était aussi venu nous saluer. Sue — qui avait rarement eu l’occasion de visiter de tels magasins — ne faisait que regarder la marchandise de manière distraite.

« Bonjour, Olba. Ce n’est pas quelque chose que j’appellerais “affaires”. Sue m’a forcé à venir à l’intérieur, alors je me suis décidé à entrer pour vous dire bonjour. »

« Eh bien, maintenant. Merci, Lady Sushie. Regardez autour de vous, s’il vous plaît. »

« Avec plaisir ! Merci à vous, Olba ! »

Avec un sourire rayonnant sur son visage, Sue avait commencé à ramasser diverses marchandises pendant que l’employée aux oreilles de chien lui expliquait ce que c’était.

J’allais lui acheter ce qu’elle voulait afin de le lui offrir en cadeau. Mais attendez, cela va probablement énerver les autres filles si je n’offrais que des cadeaux à Sue, alors… Devrais-je en acheter cinq de plus ? Avoir six fiancées demandait beaucoup de considération.

J’avais laissé Sue et Kohaku avec l’employé et j’allais parler à Olba des événements récents.

La succursale principale de la compagnie Strand se trouvait dans la capitale de Mismede, Berge. La raison pour laquelle Olba pouvait venir si facilement dans le lointain pays de Brunhild était qu’il possédait un objet connu sous le nom de « cercle de télé-transportation ».

D’après ce que j’avais entendu dire, c’était une feuille de la taille d’un coussin. C’était une version miniature du cercle utilisé dans les ruines de Babylone. Il permettait de se déplacer d’un point A à un point B en se tenant simplement debout dessus.

Cependant, il avait aussi quelques inconvénients, à commencer par le fait qu’il ne pouvait transférer que ce qui était entièrement sur la feuille, ce qui signifiait qu’on ne pouvait pas transporter de gros objets ni plusieurs personnes à la fois.

Ensuite, il y avait une limite quant au poids des objets transférés et la distance qu’ils pouvaient parcourir. Je n’avais pas demandé de précisions, mais d’après ce que j’avais pu voir, ces restrictions étaient assez strictes.

Le dernier problème, et le plus important, c’était qu’il fallait attendre une journée entière avant de pouvoir être réutilisé.

Malgré tout cela, cependant, ce cercle de télétransportation était un artefact de grande valeur qui appartenait à la famille Strand depuis des générations et qui ne pouvait être utilisé que par le chef actuel de la famille.

Même moi, je n’avais pas eu l’honneur de l’apercevoir. Honnêtement, je pourrais probablement faire des choses similaires, mais je m’en étais abstenu, car les choses pourraient mal tourner si la société le découvrait. Mes miroirs portatifs étaient plus que suffisants.

« Comment ça va ces derniers temps ? »

« Nos bénéfices augmentent rapidement, et ce grâce à vous. Vous êtes comme un dieu de la richesse pour nous, seigneur. On est tellement occupés à Brunhild que j’ai à peine le temps de dormir. »

C’est bon à savoir.

Pendant que nous parlions, j’avais vu des enfants acheter des caramels et des toupies.

Ils ont de beaux sourires.

Laisser tout ça à Olba n’était après tout pas une erreur.

« Cependant… »

« S’est-il passé quelque chose ? »

« Oui. Comment dire... Avoir d’aussi bonnes affaires peut attirer les jaloux. Quelqu’un a répandu de fausses rumeurs à notre sujet. Quelque chose à propos du fait qu’on vous ait soudoyé et que les autres rois nous ont donné un avantage injuste. »

C’était quoi ce bordel ? Ce n’étaient que des rumeurs stupides de la part de gens tout aussi idiots.

C’était à peu près le contraire de la vérité. Une grande partie du succès d’Olba venait de la commercialisation d’objets qui venaient d’être présentés aux rois.

« Eh bien, ce n’est pas vraiment rare. Le plus gros problème de nos jours, ce sont les produits contrefaits. »

« De la contrefaçon, hein ? Les yoyos et les bilboquets ne sont pas vraiment difficiles à faire. »

« Voici l’un des faux bilboquets. Jetez un coup d’œil… »

Olba avait pris un objet sous le comptoir et me l’avait montré. À première vue, cela ressemblait à un bâton et une balle de bilboquets de style japonais tout à fait normal.

Je l’avais pris en main et j’avais essayé de faire entrer la balle dans le grand bâton sur le côté.

J’avais échoué, alors j’avais essayé deux fois de plus, mais j’avais encore échoué.

Quelque chose ne va pas ici. Je ne pouvais pas prétendre que j’étais très doué pour jouer avec les bilboquets, mais je n’étais certainement pas assez mauvais pour ne pas réussir à mettre la boule sur le bâton.

« Ah. Attends, quoi ? »

J’avais ensuite essayé de mettre la balle à la main, mais l’équilibre était rompu et le bord de la coupe était plié. Même quand je l’avais placée là, la balle avait un peu tremblé et était tombée.

Effectivement, c’est dangereux.

« La qualité est vraiment médiocre. C’est clairement sculpté par un amateur, plutôt que par un maître menuisier. Même la corde est mal faite. Regardez. »

Olba avait tiré dessus, et la ficelle s’était détachée sans grand effort de sa part.

Hé, c’est dangereux ! Si cela se produisait lorsqu’un enfant jouait avec, quelqu’un pourrait être blessé !

« C’est vraiment mauvais. C’est une mauvaise affaire. »

« Il en va de même pour les yoyos contrefaits sur le marché. Ce qui est vraiment terrible, c’est qu’ils les rendent mauvais exprès. »

« Eh ? Pourquoi ? »

« Ils croient probablement que les clients les achèteraient à nouveau. C’est la manière de pensée d’un marchand de troisième ordre. »

C’était vraiment stupide. Je veux dire, la réputation d’un commerçant se basait sur la confiance.

N’importe qui ayant la moitié d’un cerveau pourrait dire que de telles tactiques minables amèneraient finalement les clients à les ignorer complètement.

« Bien que l’existence des contrefaçons ne soit pas favorable, je ne crois pas que l’on puisse faire grand-chose contre elles. Après tout, même moi, je ne l’ai appris que de vous, Votre Majesté. Elles sont après tout nées de votre esprit. »

Je suis désolé. Je sais que vous êtes sincère, mais je ne suis qu’un autre faussaire… Merde, ça me fait un peu mal au cœur.

« Cependant, je ne peux pas tolérer qu’un commerçant ne soit pas prévenant envers ses clients. Je crois que la chose la plus importante est de faire en sorte que nos chers clients profitent de leurs achats en toute sécurité. Les marchands qui ne peuvent pas faire ceci ne sont pas dignes de ce titre. Ce ne sont que des escrocs. »

Exactement. Il y avait également beaucoup de marchandises copiées illégalement dans mon monde. Certaines personnes vendaient des faux pour ressembler à de vraies choses tout en les présentant comme leurs propres originaux.

Quelqu’un qui avait confiance en sa propre entreprise ne copierait jamais les logos, dessins ou produits d’autrui.

***

Partie 2

« L’existence de ces faux doit être gênante. Pourquoi ne pas faire quelque chose pour qu’il soit facile de reconnaître vos produits des autres ? »

« Eh bien, nous les marquons avec le symbole du magasin… »

Il avait pris un des bilboquets alignés dans la boutique et, bien sûr, il était marqué du symbole de la compagnie Strand. C’était un cercle avec une écaille et un renard dessus.

« Cependant, même la marque finit par être copiée. Bien qu’un œil attentif verrait la différence, la plupart des amateurs ne sont pas capables de le dire. Je suis vraiment désolé pour ceux qui ont acheté les faux bilboquets en croyant que c’était des originaux. »

Je ne pensais pas qu’il y avait de quoi être désolé. Ce n’était pas Olba le méchant, mais les faussaires.

De plus, même si je pouvais tolérer les imitations, le vol du logo dépassait les bornes.

« Eh bien, il s’agit seulement de faciliter la différenciation entre les choses authentiques et les fausses, donc… Attendez une seconde. »

J’avais pris un morceau de fer de la taille d’une balle de golf, une planche en bois de la taille d’un cahier B5 et un petit bâton en bois.

En utilisant [Modelage], j’avais transformé le fer en un bâton, créant ainsi le logo de la compagnie Strand sur son dessus tout en m’assurant de le faire horizontalement en profondeur. Puis, j’avais transformé le bâton en poinçon, complétant le corps principal de l’article.

Pour la touche finale, j’avais enchanté une magie que j’avais programmée dans le logo.

Une fois que j’avais poussé le résultat sur une planche et canalisé un peu de magie, une fine ligne de fumée s’éleva lorsque le symbole de la compagnie Strand apparut dessus.

« De quoi ça a l’air ? »

« Eh bien, oui, ça ressemble exactement à notre logo. Y a-t-il plus que ça… ? »

« Essayez d’amener la planche à logo dans un endroit sombre. »

« Hein ? »

Semblant perplexe, Olba l’avait emmené dans un coin de la boutique.

« Qu’est-ce que… ? Hein ? »

« On dirait que ça marche. »

Dans l’obscurité, le logo sur la planche émettait une faible lumière.

J’avais fait en sorte que les logos créés par ce fer soient imprégnés d’un faible sort de lumière.

« Avec ces logos, même les amateurs pourraient savoir qu’elles sont les produits la compagnie Strand. »

« Si nous disons à tout le monde que les logos de la compagnie Strand brillent dans le noir, il devrait y avoir beaucoup moins de gens qui se laissent berner par les produits contrefaits ! Merci beaucoup ! »

Eh bien, même si cela atténuait le problème pour la compagnie Strand, cela ne voulait pas dire que les faux s’en iront. Après tout, il y avait beaucoup de clients qui achetaient des imitations tout simplement parce qu’ils étaient moins chers.

Il y avait d’innombrables types de clients et de nombreuses préférences concernant les marchandises. Ainsi, il y aura toujours des gens qui achèteront les stylos bille à 100 yens.

En fin de compte, il semblerait que nous ne pourrions confier la moralité de l’achat qu’à ceux qui s’en occupaient. Il n’y aurait pas de demandes pour des biens copiés si les personnes qui les avaient achetés n’existaient pas, donc il serait mieux d’amener les acheteurs à être conscients de ce qu’ils obtiennent, mais ce n’était certainement pas une tâche facile.

« Touya, Touya ! Regarde ! »

« Oh. C’est mignon. »

Sue m’avait apporté une petite boîte avec des lapins gravés sur le dessus. Il s’agissait d’une sculpture en trois dimensions d’une mère lapin entourée de ses enfants.

« Si vous le souhaitez, je peux donner ceci en cadeau, Votre Majesté… »

« Non. Ce sera un cadeau de ma part à Sue, alors je paierai le prix fort. Je veux aussi acheter quelque chose de similaire pour les autres, puis-je donc les voir ? »

Après avoir rejeté l’offre d’Olba, Sue et moi avions choisi quel genre de boîtes conviendraient pour les autres filles. Il y avait des chats sur celle de Yumina, des renards sur celle d’Elze, des écureuils sur celle de Linze, des chiens sur celle de Yae et enfin des oiseaux chanteurs sur celle de Lu.

« J’espère vraiment qu’elles aimeront ça. »

On avait dit au revoir à Olba, quittant ainsi le magasin de la compagnie Strand.

J’avais mis les souvenirs de tout le monde dans [Stockage] et j’étais reparti en ville.

« Bonjour, Votre Majesté ! Bonjour, Princesse ! »

« Bonjour à vous aussi ! Cependant, je ne suis pas une princesse, mais une duchesse ! »

« Vraiment ? »

« Pas encore, bon sang… »

Sue « corrigea » une jeune fille qui nous saluait, mais elle était toujours ma fiancée, c’était donc une position différente de celle de duchesse. Tout d’abord, Sue était la fille d’un duc, donc ce n’était même pas une princesse.

« Je finirai par l’être, donc ça n’a pas d’importance. En fait, il vaut mieux qu’ils m’appellent “Duchesse” maintenant, pour qu’ils n’aient pas à changer mon titre quand le moment viendra. »

Vraiment ? De toute façon, ce n’était pas comme si je voulais me disputer avec elle.

La ville de Brunhild s’étendait sur la route reliant l’Empire Regulus et le Royaume de Belfast. La grande route allait d’est en ouest, et au milieu de celle-ci, il y avait une route vers le nord qui menait au château.

Au croisement de ces deux routes, il y avait la seule auberge dans tout Brunhild, la Lune d’Argent.

C’était un établissement ayant une assez grande importance, et la personne qui le dirigeait n’était ni plus ni moins que le Micah que nous avions connu lors de notre séjour à Reflet.

Au début, j’avais envisagé de faire de la Lune d’Argent un établissement géré par le gouvernement, mais en fin de compte, je lui avais simplement donné un soutien financier.

Après tout, s’il passait sous l’aile du gouvernement, les travailleurs et les travailleuses seraient des fonctionnaires.

Le bâtiment de la succursale de la Lune d’Argent de Brunhild possédait quatre étages et avait la forme d’un L. Il possédait également une grande salle à manger et un bain public, les deux étant ouverts au public.

Cela avait permis à l’endroit de fonctionner non seulement comme une auberge, mais aussi comme un sauna. De plus, c’était très bon marché.

Grâce à cela, les habitants de Brunhild avaient toujours eu une bonne hygiène et les voyageurs fatigués pouvaient se détendre avant de reprendre leur voyage.

« Hey. »

« Oh, salut. Qu’est-ce qu’il y a ? »

En entrant dans la Lune d’Argent, j’avais salué Micah de la même façon que je l’avais toujours fait, sans tenir compte de mon statut de grand-duc.

Pourquoi est-ce que je me sens chez moi ici ?

C’était étrange, vu que je n’avais jamais dormi ici. Micah s’en sortait si bien que j’avais l’impression d’être de retour à Reflet.

« J’observe juste l’endroit. Y a-t-il des problèmes ici ? »

« Je ne dirais pas ça. J’ai beaucoup de clients et il n’y a pas de dispute sérieuse. J’ai peur d’avoir plus de clients dans les saunas et dans la salle à manger que dans les chambres. »

Ce n’était pas vraiment une surprise. Beaucoup de gens voulaient se baigner tous les jours, alors que les recettes pour la salle à manger avaient été fournies par votre serviteur. Il était naturel de vouloir manger des aliments rares et savoureux.

Sans parler du fait que les gens qui vivaient à Brunhild ne dormiraient pas à l’auberge.

« On a des hooligans de temps en temps, mais les chevaliers sont prompts à s’en occuper. Leur poste de garde n’est après tout pas loin d’ici. »

L’ordre de chevalier de Brunhild avait été divisé en plusieurs groupes. L’unité de patrouille maintenait la paix dans la ville, l’unité de sécurité protégeait le château lui-même et d’autres endroits, l’unité d’information était chargée de recueillir des renseignements, tandis que l’unité de développement supervisait la croissance de la ville et de notre agriculture.

Pour être honnête, certains de ces emplois n’étaient pas exactement des emplois de chevaliers. Ces unités existaient parce que Brunhild était un nouveau pays et qu’il y avait une pénurie de main-d’œuvre, les chevaliers en avaient été informés avant d’y adhérer.

Je m’assurais aussi de les assigner à des rôles dans lesquels ils étaient bons ou qu’ils voulaient obtenir.

Eh bien, l’unité de développement avait cependant fini par être assez petite. Cependant, Naito — l’un des quatre anciens membres de l’élite des Takeda — était l’un d’entre eux, de sorte que l’unité comprenait un certain nombre de ses subordonnés.

« C’est bon de savoir que ça se passe bien. Ça aurait été plutôt gênant si les recettes que j’avais amenées ici ne marchaient pas bien. »

« Je ne pense pas que même la capitale ait une auberge comme celle-ci. Se baigner tous les jours est un tel luxe que les gens ne voudront peut-être pas quitter le pays. »

« Effectivement, peu de roturiers vivent près d’un endroit qui leur permette de se baigner. »

Sue, qui avait Kohaku entre ses mains, hocha la tête en réponse aux paroles de Micah. Eh bien, les bains publics loin des sources chaudes étaient rares. Les capitales de Belfast et de Régulus disposaient en fait d’installations semblables à des bains publics, mais elles étaient soit très chères, soit réservées aux nobles.

La plupart des roturiers se lavaient dans un bac, et ce n’était certainement pas parce qu’ils n’aimaient pas les bains publics ou quelque chose comme ça.

« C’est vrai. Il n’est pas encore midi, mais que diriez-vous d’un repas ? Je vous donnerai une part du gâteau de Fleur en dessert. »

Fleur était l’une des filles réduites en esclavage par ce connard de prince de Lihnea. Je l’avais présenté à la Lune d’Argent, et il s’était avéré qu’elle était si douée en cuisine qu’elle était déjà responsable de la cuisine de Micah.

Elle était déjà capable de faire la plupart des recettes que je lui avais données, et elle se débrouillait maintenant si bien qu’elle était devenue l’apprentie de Crea, notre chef cuisinier.

J’avais regardé l’heure, et il n’était que 11 heures.

En effet, il était un peu tôt pour manger, mais en entendant parler des petits gâteaux, Sue en bavait tellement qu’une partie avait failli arriver sur la tête de Kohaku, ce qui me montrait que je n’avais évidemment pas le choix.

« … Alors, c’est ce qu’on va faire. »

« En effet, nous le ferons ! »

Le plat du jour était du katsudon. Je me demandais si le dessert qui suivrait conviendrait, mais Sue mangeait ça sans se soucier de rien.

J’avais un peu mal à l’estomac, alors je lui avais donné ma part de dessert, qu’elle avait aussitôt mangé. Les filles gardent toujours une petite place pour le dessert, non ?

Après avoir quitté la Lune d’Argent, nous nous étions dirigés vers la zone agricole.

Comme il était presque midi, peu de gens travaillaient. La plupart mangeaient leur repas au bord des champs et sous les arbres avoisinants.

***

Partie 3

« Touya, Touya. À qui appartient ce champ ? »

« En fait, il m’appartient. J’ai payé ces agriculteurs pour le cultiver, alors même si la récolte est un échec, ils n’en souffriront pas. C’est après tout encore au stade expérimental. Si les fermiers peuvent obtenir des récoltes régulières, je prévois de leur vendre la terre pour pas cher. »

Dans ce domaine, nous cultivions secrètement les produits spéciaux que nous obtenions au laboratoire d’alchimie. À première vue, cela ressemblait à des radis normaux, mais il s’agissait en fait d’une sorte de radis super résistants aux changements climatiques et riches en nutriments.

À l’heure actuelle, nous étions en train d’expérimenter leur croissance et de voir combien les récoltes pourraient être importantes. Bien sûr, nous serions de retour à la case départ s’ils avaient mauvais goût.

Flora du laboratoire d’alchimie m’avait dit que je n’avais rien à craindre, mais que je ne pouvais pas être à l’aise avec ça tant que je ne les aurais pas récoltés et mangés.

C’était de vrais OGM, mais on m’avait dit qu’ils étaient sûrs et qu’ils n’avaient pas d’influence négative sur le corps humain. Eh bien, les changements avaient été après tout causés par de la magie.

Les récoltes de ce monde étaient déjà riches en sorcellerie, et l’on pensait généralement qu’elles étaient la cause de la magie des humains.

Il en allait de même pour la viande, et plusieurs personnes croyaient que manger de la viande de bêtes magiques de la grande forêt augmenterait véritablement leur capacité magique.

« Y a-t-il des fruits ? »

« Tu viens de manger un dessert… »

On dirait qu’il restait encore de la place dans le second estomac de Sue.

En fait, nous avions des fruits, mais ce n’était pas des fruits qui poussaient rapidement. Après tout, les pêchers et les pommiers prennent leurs temps. Bien sûr, nous les avions modifiés dans le laboratoire d’alchimie, mais leur vitesse de croissance n’était pas aussi extrême.

Les fraises et les pastèques pourraient pousser plus vite, mais… C’était des légumes, non ? En parlant de ça, même si je me rappelais avoir mangé des fraises, je ne savais pas si ce monde avait des pastèques.

Comme dans mon ancien monde, je m’attendais à ce qu’ils soient de la forme d’un melon, mais ce monde avait des fruits ayant l’apparence des poires, mais qui avaient le goût d’un citron.

Je devrais demander à Flora de faire des fraises.

« Touya, c’est quoi ce marais ? Quelque chose semble pousser là-bas. »

« C’est une rizière. Tu obtiens de ces plantes du riz. Tu en as mangé aussi, tu t’en souviens ? »

« Oh ! Alors ça devient du riz ! »

J’avais laissé les immigrants d’Eashen s’occuper d’environ 80 % des rizières. Ils cultivaient le riz en utilisant les mêmes semences que ceux de leur pays d’origine. Le reste des champs était expérimental, encore une fois axé sur des espèces modifiées dans le laboratoire d’alchimie.

« J’espère qu’ils seront prêts à récolter dans quelques mois. »

« J’ai hâte d’y être ! »

Nous avions traversé la rizière et nous nous étions dirigés vers le terrain d’entraînement au nord du château.

Il y avait une zone d’entraînement dans la cour du château, mais cet endroit était beaucoup plus large. La zone était entourée d’une petite clôture, mais elle était également reliée à un vaste terrain qui s’étendait davantage.

Nous avions besoin de plus d’espace pour nous entraîner avec les Frame Gears et les sorts magiques. Heureusement, j’avais enchanté le terrain pour qu’il se répare automatiquement avec la magie de la terre chaque fois qu’il y avait des trous dans le sol.

« Oh, il y a des gens ici. »

Sur le terrain, quelques recrues étaient occupées à s’entraîner les unes avec les autres. Il y avait quelques groupes jumelés. Certains travaillaient tranquillement ensemble, d’autres simulaient des batailles, d’autres encore couraient en armure complète sur le terrain.

« Gah ! »

« Pas assez bien ! Bougez-vous ! Dans une vraie bataille, on meurt si on fait une pause ! »

Je tournais les yeux en direction des cris aigus et je vis le vieux Yamagata lancer des critiques à l’encontre d’un chevalier tombé sur le terrain d’entraînement. Ils avaient eu une bataille fictive.

En entrant dans le terrain d’entraînement, tout le monde m’avait remarqué et avait arrêté ce qu’il faisait pour s’incliner avec respect. Je leur avais dit d’arrêter et de continuer leurs entraînements. J’aurais aimé qu’ils s’habituent à ce que je me balade.

« Oh, patron. Qu’est-ce que vous voulez ? »

Le vieux Yamagata déambulait, une épée d’entraînement sur son épaule. Il était extrêmement sévère, comme d’habitude.

« Nous étions juste en train de faire le tour de tout le pays. Comment se passe l’entraînement ? »

« Ça se passe bien. Beaucoup de gens différents servent votre armée. Les styles d’entraînement diffèrent, mais c’est bon. Nous sommes tous au moins plus forts que les voyous de la ville. »

Le Duché de Brunhild était pris en sandwich entre Belfast et Régulus, donc être envahi par un autre pays était peu probable.

Sans même parler du fait que j’étais allié aux deux pays. Yumina et Lu étaient aussi mes fiancées. Même si l’invasion n’était pas probable, il serait stupide de négliger l’entraînement.

Avoir des chevaliers faibles à mon service ne serait pas un avantage. Un seul maillon fragile dans la chaîne pourrait tout gâcher. Il valait mieux rester bien entraîné afin d’être à la hauteur.

Le général Léon de Belfast nous avait même proposé de faire un entraînement conjoint avec ses chevaliers, alors les choses semblaient aller dans le bon sens.

« Au fait, où est le vieux Baba? »

« Baba ? Il a emmené quelques gars dans les montagnes. Il a entendu dire qu’il y avait des sangliers sauvages dans la région, alors ils ont fait une partie de chasse. »

« Chasser ? N’est-ce pas un peu dangereux ? »

« Non. La viande sera délicieuse, donc c’est bon. »

Bon sang… Ces types sont insouciants.

Je couvrais l’intégralité des frais de l’ordre des chevaliers du Duché de Brunhild.

En tant que dirigeant du pays, j’étais naturellement le haut commandant.

Directement sous mes ordres se trouvait le commandant Lain. Puis Norn et Nikola agissaient directement sous ses ordres en tant que vice-commandants. Rebecca, le capitaine de la garde, et Logan, le chef de la sécurité, se trouvaient directement sous eux.

L’unité de renseignement et l’unité de reconnaissance opéraient séparément. Ils étaient dirigés respectivement par Tsubaki et le vieux Naito.

Le problème était que je ne savais pas trop où se situaient Yamagata et Baba dans la hiérarchie. Ils étaient officiellement des conseillers de l’ordre des chevaliers, mais ils avaient également formé Lain, les vice-commandants et les chevaliers ordinaires.

Ils se trouvaient tout compte fait donc dans une position un peu étranges.

« Eh bien, je suppose que c’est bien de se débarrasser des risques. »

« Ce n’est pas comme s’il y avait ici de réels dangers. Il y a en fait une tonne de sangliers, de loups et d’ours. C’est mieux que des monstres, bien sûr… Mais c’est dangereux si l’on ne contrôle pas leurs nombres. »

Yamagata bavardait et soulevait quelques points importants, quand tout à coup Kohaku, qui était actuellement dans les bras de Sue, m’envoya un message télépathique.

{Ne vous inquiétez pas, mon seigneur. Tant que nous sommes présents, les bêtes de la terre, de la mer et du ciel ne peuvent terroriser Brunhild.}

C’était exact… J’avais oublié, mais Kohaku, Sango, Kokuyou et Kougyoku étaient des bêtes divines. Ils maîtrisaient parfaitement les animaux de leur espèce respective, et aucune des créatures sous leur commandement ne pouvait donc causer de problèmes ici. Les bêtes magiques étaient exclues.

Grâce à Kohaku, les chiens, les rats et les chats de la ville avaient été mes oreilles à l’intérieur de mes terres. Dans d’autres pays, les oiseaux sous le commandement de Kougyoku étaient mes yeux.

Brunhild avait peu d’eau et certainement pas de mer, alors Kokuyou et Sango n’étaient pas très actifs. Pour cette raison, ils suivaient Sakura pour le moment.

« Après l’entraînement, nous allons tous aller voir Baba pour manger une fondue chinoise à base de sanglier avec lui et les garçons. Vous voulez venir aussi, patron ? »

« Non, ça ira. Mais j’espère que vous vous amuserez bien. »

J’avais souri doucement, mais j’avais décliné l’invitation de Yamagata. Je n’avais pas envie de me saouler avec des mecs plus vieux. Ce serait une expérience trop fatigante.

J’avais utilisé [Stockage] pour sortir deux barils de saké, de la viande, des légumes, un bouquet de fruits et quelques morceaux de chair de crabe sanguin.

« Tenez, vous les utiliserez sans doute mieux que moi. N’hésitez pas à faire votre fête ici, mais nettoyez après. »

« Ohohoho ! Hé, tout le monde ! Le grand-duc vient de nous faire un cadeau ! Travaillons dur aujourd’hui, et amusons-nous tous bien ce soir ! »

« Woohoo ! »

Tout le monde avait applaudi à l’unisson.

« Wôw… Les adultes sont étranges. »

Surprise, Sue marmonna en regardant tous les joyeux chevaliers rire ensemble. Hé, ne sois pas comme ça. Il existe beaucoup de types de personnes…

Nous nous étions séparés des chevaliers souriants et nous étions allés à notre destination pour la journée. À l’ouest du château.

L’endroit n’avait pas beaucoup été aménagé, alors il était composé en grande partie de plaines vides. Il n’y avait que le stade de baseball que j’avais construit il y a quelque temps.

« C’est bondé… »

Il y avait eu beaucoup d’applaudissements joyeux venant du terrain de baseball. J’avais ouvert le stade à tout le monde, à condition qu’ils puissent payer la location pour jouer. Il y avait des matchs tout le temps, alors je m’assurais de garder des tarifs bas.

Les enfants jouaient sur des terrains gazonnés, tandis que les adultes payaient pour avoir le privilège d’utiliser le stade approprié.

Regarder les matchs était gratuit, donc les joueurs étaient souvent soutenus par leur conjointe et leurs enfants, qui regardaient les matchs avec enthousiasme.

Nous avions également organisé des matchs amicaux avec des membres de l’alliance de l’Ouest.

Malheureusement, notre équipe n’était pas particulièrement impressionnante. Nous n’avions pas beaucoup de joueurs qui avaient ce qu’il fallait.

Le terrain de baseball avait été construit comme une installation de loisirs, mais je voulais construire plus de choses pour divertir mes citoyens. Je voulais que les enfants s’amusent tout en étant en bonne santé, alors j’avais décidé qu’avoir un objectif sportif serait une bonne chose.

Une activité qui entraînait le corps tout en détendant l’esprit était la meilleure. De plus, nous pourrions offrir des versions plus dures de l’activité pour entraîner l’ordre de chevalerie.

Nous étions allés dans les tribunes et nous avions regardé le match. Une équipe en uniforme rouge affrontait une équipe en uniforme blanc. Il y avait quelques personnes qui marchaient dans les stands pour vendre des boissons et du pop-corn aux fans qui les soutenaient.

« Touya… Pop-corn… »

« As-tu encore faim… !? »

On avait déjeuné tout à l’heure. Eh bien, peu importe…

Je lui achetais du pop-corn au caramel et on avait regardé le match pendant un moment. Le match s’était très bien passé et les deux équipes s’étaient montrées très respectueuses l’une de l’autre.

« Touya, tu es vraiment incroyable… »

« Hein ? »

Sue m’avait tenu la main quand nous étions retournés au château, et elle avait murmuré soudainement quelque chose.

« Tout le monde ici est vraiment heureux. On dirait qu’ils profitent de leur vie. Tu es un souverain merveilleux, Touya. »

« Vraiment ? Je ne pense pas que je fais quelque chose de spécial. »

C’était vraiment sympa de voir tout le monde aujourd’hui. D’abord et avant tout, je voulais que mes citoyens mènent une vie pleine et heureuse. D’une certaine façon, les gens de Brunhild étaient toute ma famille.

Au fond de mon cœur, je voulais que les enfants nés à Brunhild grandissent avec un fort sentiment patriotique.

« Je me sens en sécurité ici. Et je pense que cet endroit est très spécial. Tu pourrais t’inquiéter parfois, Touya… Mais je pense que tu fais un travail merveilleux. Tout le monde ici semble être ami avec l’autre, comme s’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient. »

« Ahaha... Eh bien, merci. Je fais ce que je peux. »

Cela m’avait rendu heureux. C’était comme elle l’avait dit : tout le monde semblait heureux de faire ce qu’il voulait.

J’avais dû travailler dur pour faire de Brunhild une nation brillante et heureuse.

Nous étions arrivés au château, et les chevaliers de garde avaient ouvert la porte.

« Je suis de retour. »

« Nous sommes de retour ! »

Nous étions retournés avec joie au château. Je retournais dans ma famille. Yumina, Lu, Elze, Linze et Yae. J’étais à la maison.

Le Duché de Brunhild… C’était notre maison. Maintenant, et pour toujours.

***

Bonus Premium : Les deux mécaniciennes

« T’as fini là-bas ? »

« Je n’ai qu’à connecter le tuyau d’Éther. »

« Ensuite, j’irai accorder le Chevalier Baron. »

« Compris. »

Quand notre maître avait acquis le Hangar de Babylone, j’avais recommencé à travailler sur les Frame Gears. Pour moi, terminal de l’atelier, High Rosetta, c’était à la fois le paradis et l’enfer. Après tout, il n’y avait que deux mécaniciennes. Moi-même et le terminal du hangar, Fredmonica. D’un autre côté, les gens qui ne savaient rien de ce travail ne feraient qu’entraver les choses.

Cependant, ce problème n’avait pas duré longtemps, car notre maître nous avait envoyé les mini-robots qui se trouvaient sur le rempart quand il l’avait trouvé avec la tour. Ils étaient équipés de connaissances en mécanique et d’outils très utiles, ce qui en faisait d’excellents assistants, oui monsieur. L’atelier avait également reçu un réacteur de la tour, ce qui avait considérablement augmenté sa puissance et nous avait permis de construire les Frame Gears avec une efficacité maximale.

« Je n’aurais jamais cru qu’on les produirait en masse. »

« Je partage ce sentiment. Le docteur Babylone avait-il prévu la seconde arrivée de la Phase ? »

« Elle avait un artefact qui lui permettait de voir l’avenir, donc c’est probable. »

Docteur Regina Babylon, utilisatrice de tous les éléments et docteur en ingénierie responsable du développement des Frame Gears. Bien que sa personnalité causait quelques problèmes, elle était sans aucun doute un génie.

« Ça me donne envie de mettre la main sur les plans des nouveaux modèles dans l’entrepôt. »

« Je suis tout à fait d’accord. Nous ne pouvons qu’espérer que l’entrepôt et son terminal soient en état de marche. »

Le gynoïde terminal de l’entrepôt était l’une des plus négligentes, sinon la plus négligente d’entre nous toutes, les Babylon Numbers, et il s’agissait de savoir si elle pouvait garder l’entrepôt à flot pendant 5000 ans.

« Oh, je suis sûr qu’elle va bien. Cette fille a vraiment de la chance quand ça compte. »

« J’aimerais l’espérer. »

D’après ce que j’avais entendu du Maître, plusieurs artefacts étaient déjà tombés de l’entrepôt, et je ne pouvais qu’espérer que l’entrepôt lui-même ne soit pas sur le sol. Ce serait génial s’il trouvait bientôt l’entrepôt, la bibliothèque et le laboratoire de recherche. J’aimerais savoir comment vont les filles là-bas.

« Bref, le maître nous apporte des friandises cet après-midi. Finissons-en d’ici là ! »

« Ouais ! Allons-y ! »

Notre nouveau maître était très gentil et attentionné. Bien sûr, il nous avait fait travailler dur, mais il s’était rattrapé en nous donnant des gâteries et en étant généralement très prévenant.

Je l’aime beaucoup, oui, je l’aime beaucoup. C’est pourquoi je vais travailler aussi dur que possible !

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Illustrations

 

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