Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 4

Table des matières

***

Chapitre 1 : Rencontres dans le désert

Partie 1

 

 

« Je l’ai trouvé ! C’est dans le désert de Rabbi, au sud-est du royaume de Sandora ! »

Nous étions tous en train de manger tranquillement notre petit-déjeuner quand soudain la porte s’était ouverte. Leen et Paula avaient fait irruption, crachant des mots à l’emporte-pièce. Leen affichait un sourire sur son visage, un sourire qui criait pratiquement : « Je l’ai fait ! »

« Sous le sable ! Des piliers en pierre ! Identique aux ruines de Nirya ! Il semblerait qu’il y ait six anciens piliers de pierre avec des gemmes magiques encastrées dans ceux-ci. C’est juste enterré sous le sable ! »

« Mmngh... c’est sympa, enfin, je suppose. »

 

J’avais répondu en mangeant mon toast pendant que Lapis me versait une tasse de jus frais. Le petit-déjeuner vous donnait votre plein d’énergie quotidien. Ce serait stupide de ne pas le manger correctement. Franchement, je n’avais pas vraiment eu le temps d’écouter ses divagations pendant ma routine matinale.

« ... sous-vêtements sexy. »

« Très bien, très bien. Parlez-moi du désert de Rabbi. »

Tsk... Elle s’en souvint, alors. Elle m’avait fait promettre, ou plutôt... me menaçait de lui promettre des sous-vêtements sexy si je refusais de chercher Babylone avec elle.

L’humeur dans la pièce avait pris un virage soudain quand elle en avait parlé, alors j’avais trouvé prudent de ne pas lui faire ce plaisir. Je n’avais pas d’autre choix que de sourire et de le supporter.

« Loin au sud de Mismede, à travers la mer des arbres, vous trouverez le royaume brûlant de Sandora. Le désert de Rabbi est juste au sud-est de cet endroit. »

« D’abord les profondeurs de la côte, et maintenant un désert en flammes... Est-ce que cette bonne femme en a après moi ? » Elle pouvait voir l’avenir, alors je me demandais si elle me regardait en ce moment même. Je lançais un regard irrité vers le ciel, juste au cas où.

Mais ça faisait des milliers d’années que ça dure... Le paysage avait probablement beaucoup changé, hein ? Je voulais dire, elle ne pouvait pas vraiment être si méchante, n’est-ce pas ? C’est du moins ce que je voulais croire. Pourtant, je n’arrivais pas à me débarrasser de l’impression qu’elle se moquerait de moi si elle regardait cela se dérouler.

« Alors, on devrait y aller ? »

« C’est exact. Nous allons découvrir d’autres reliques d’une époque révolue. J’espère qu’on trouvera la bibliothèque cette fois. »

Leen était tout à fait prête à s’y mettre. Moi, par contre, je m’en fichais un peu. J’avais jeté un coup d’œil rapide et réticent sur Cesca.

« Qu’est-ce qui ne va pas, Maître ? »

« Eh bien, je me demande juste ce qu’il se passerait si l’une d’entre vous devait se joindre à nous si on y va... »

« Un tout nouveau royaume de débauche s’ouvrira alors, Maître. »

« Ça suffit comme ça. »

C’est une vraie emmerdeuse...

Je me demande quoi faire. J’avais d’abord pensé à laisser tomber. Après tout, j’avais déjà fait tout ce chemin sans les chercher.

Mais en même temps, j’avais fait une promesse à Leen, et le professeur avait fait un discours plutôt énigmatique sur la civilisation détruite par la Phrase, alors il y avait toute cette histoire aussi.

Il était tout à fait possible que j’aie besoin du pouvoir de Babylone pour m’aider en cas de catastrophe. Je ne voulais certainement pas qu’on me prenne au dépourvu si ce moment arrivait un jour.

« D’accord, allons-y. Cesca, prépare le jardin. »

« Oui, maître. »

Leen et Paula se réjouirent, et tous les autres se levèrent en souriant. Elles étaient sorties par la porte, probablement vers leur propre chambre.

Je m’étais soudainement souvenu des maisons que j’avais téléportées de Reflet. Elles auraient dû être dans le jardin. J’avais pensé qu’elles auraient fait de belles maisons de vacances, après avoir tout arrangé, bien sûr. Elles étaient aussi assez grandes, donc il n’y avait pas de soucis d’espace.

OK, je vais commencer à aménager cet endroit pendant qu’on allait dans le désert.

Nous avions commencé notre voyage dans le jardin à Belfast, puis nous nous étions dirigés aussi vite que possible au sud de Mismede, vers le royaume brûlant de Sandora.

J’avais pensé que la vitesse du jardin était à peu près égale à celle d’un avion commercial. Eh bien, c’était surtout une supposition de ma part. Je n’avais jamais pris l’avion de ma vie. Ce n’était pas que j’avais le vertige ou quoi que ce soit du genre, je n’en avais tout simplement jamais eu l’occasion.

« Il nous faudra environ quatre heures pour atteindre notre destination. »

Je ne pouvais pas juger si c’était rapide ou non, mais c’était quand même beaucoup plus rapide que je ne l’avais prévu. Par conséquent, j’avais décidé d’aménager les maisons vacantes immédiatement.

Les maisons avaient été déplacées à l’angle du jardin. J’avais ouvert la porte de la plus grande des deux, puis j’étais entré. Hm, ce n’était pas mal du tout. Je supposais que nettoyer l’intérieur serait suffisant pour l’instant.

« Je m’occupe de tout l’étage », déclara Elze, l’air presque excité.

« Je m’occuperai de la cuisine et de la salle à manger. »

« Je m’occuperai du salon, je m’en occuperai ! »

« Bien, je m’occuperai de la salle de réception et des couloirs. Touya, s’il te plaît, occupe-toi de l’éclairage et des zones qui ont besoin d’eau courante, » décida calmement Yumina.

Attends, de l’eau... Que devais-je faire pour l’eau ? Attends, il y a un cours d’eau qui traverse le jardin, non ? Je pourrais peut-être m’en servir.

Je m’étais dirigé vers le monolithe de contrôle central et j’avais demandé à Cesca si elle savait d’où venait l’eau dans le jardin. Elle m’avait montré d’où elle provenait. L’eau avait été produite par un artefact que le professeur avait créé il y a longtemps.

Elle m’avait montré une fontaine qui produisait une quantité apparemment infinie d’eau qui coulait le long du ruisseau et s’étendait dans tout le jardin. L’eau était finalement nettoyée de toutes les impuretés qu’elle avait pu ramasser, puis elle retournait vers la fontaine.

« L’eau est-elle éternelle ? »

« Non, il y a encore de l’évaporation, de la condensation, etc. Mais même si de l’eau manquait, la source en produira toujours une quantité égale. »

Alors il ne devrait pas y avoir de problème à puiser de l’eau d’ici.

« On peut la boire ? »

« Oui, c’est propre à la consommation humaine. »

Bien, alors il n’y a pas de problème. J’avais utilisé la même méthode que celle utilisée à la Lune d’Argent, en installant un tuyau court dans le canal. J’avais décidé d’installer le tuyau de drainage au bout du canal. Après tout, c’était là que l’eau était la plus pure.

J’étais allé voir Linze, qui nettoyait la cuisine, et j’avais utilisé [Modelage] pour créer un évier pendant que j’étais là. J’avais fait l’évier en mithril, c’est ainsi pour qu’il brille d’un bel éclat. Ensuite, j’avais installé un robinet qui était relié à la source d’eau principale avec [Porte]. Après ça, j’avais réglé le tuyau d’évacuation pour qu’il retourne également dans le canal.

J’avais tourné la poignée du robinet, regardant l’eau s’écouler. Super, au final ça marchait. Linze avait d’abord été surprise, mais s’était rapidement habituée à l’idée d'ouvrir et de fermer un robinet.

Après ça, j’avais fait des toilettes. Ainsi qu’une bonne chasse d’eau. Je ne pouvais certainement pas me permettre de faire des économies sur cela. Je n’avais pas relié l’évacuation des toilettes à notre canal, cela aurait été méchant. Au lieu de cela, je l’avais branché à l’égout de la maison.

Après ça, j’avais fait une baignoire de la même façon. J’avais aussi fait une douche. Dans l’ensemble, j’étais plutôt satisfait.

Après tout ce travail, je m’étais dit que j’allais installer l’éclairage. Quelques enchantements [Orbe de Lumière] semblaient suffisants, car ils continuaient d’éclairer l’endroit pendant quelques heures tant qu’ils étaient rechargés de temps en temps par du pouvoir magique. Ce n’était pas un sort qui drainait beaucoup de magie, alors ça m’allait.

Après avoir terminé, j’avais regardé autour de moi et j’avais remarqué que je n’avais vu Leen ou Paula nulle part depuis un moment. Après avoir cherché un peu, je les avais trouvés tous les deux. Sango, Kokuyou, Kohaku et Cesca aussi. Ils étaient entassés autour du monolithe central, regardant quelque chose qu’il projetait.

« Que se passe-t-il ? »

« J’ai remarqué quelque chose de gênant. Des évadés, peut-être... Nous sommes près du royaume des flammes, mais on ressent les rigueurs du désert. Il ne devrait pas y avoir de gens qui braveraient ces conditions. »

L’écran projeté montrait la surface inférieure. Il y avait plusieurs personnes d’apparence faible qui marchaient de façon instable avec un chameau à l’arrière. Le peu qu’ils portaient était déchiré et en lambeaux, offrant peu de protection contre le soleil brûlant. Ils sembleraient être une dizaine, mais ils n’avaient certainement pas assez de provisions pour autant de personne.

« S’ils ont des ennuis, on devrait les aider, non ? »

« Tu en es sûr ? Et si tu nous compromettais en révélant l’existence de Babylone ? Ce sont peut-être des criminels ou des brigands. Ce n’est pas commun de parcourir ce désert à pied, tu sais ? Il ne faut simplement pas les aider uniquement par bonté d’âme. »

Je vois... C’était vraiment gênant. Eh bien, les Yeux Mystiques de Yumina pourraient déterminer si oui ou non c’étaient de bonnes personnes. Mais je ne savais pas ce que je ferais s’il n’y avait qu’une seule mauvaise personne parmi eux... Les laisser dans le désert, peut-être ?

« Sauvons-les. On pourra toujours utiliser une [Porte] pour les envoyer à Belfast ou à Mismede, de cette façon on ne compromettra pas le jardin. »

Pourtant, je ne savais pas trop comment établir le contact sans les effrayer. Se présenter devant eux par un portail de lumière ne serait pas vraiment une bonne chose.

« Tu devrais peut-être accélérer ton processus de délibération. »

« Pourquoi ? »

Cesca pointa du doigt l’écran, qui montrait maintenant le groupe attaqué par un gros monstre.

Qu’est-ce que c’était que ça !? Était-ce un insecte !? Un gros ver !? Son long corps se terminait par un visage presque entièrement buccal, et l’intérieur de sa bouche était garni de dents acérées.

« C’est un Sandcrawler. Une bête magique qui creuse sous le désert, mangeant ses proies avec le sable. »

Leen me murmura cette brève explication, les yeux fixés sur l’écran. Trois des survivants avaient des épées et des haches, mais leur situation ne semblait pas très bonne. Ils n’avaient pas l’air particulièrement doués, et ils n’avaient pas non plus avec eux de magicien. En quelques instants, leur chameau avait été dévoré, ainsi que leurs provisions. Ils seraient sûrement les prochains au menu.

« J’y vais ! »

Pendant que je parlais, j’évoquais un portail de lumière et j’atteignis le sol.

J’étais sorti par un portail en l’air au-dessus du Sandcrawler, lui tirant dessus avec mon Brunhild. Ce n’étaient pas non plus des balles ordinaires. C’étaient mes balles explosives, fraîchement enchantées par [Explosion]. Le Sandcrawler s’était tordu de douleur, des fluides corporels s’échappant de ses blessures.

En atterrissant sur le sable chaud, j’avais levé le bras droit et récité l’incantation que Linze m’avait apprise.

« Viens, Eau ! Meurs par ma lame, aussi bien froide que claire : [Lame Aquatique] ! »

J’avais projeté un jet d’eau sous pression vers ce que j’avais supposé être le cou du Sandcrawler. Il avait été fendu proprement à l’impact. C’était dégueulasse, j’en avais vraiment trop fait.

Des fluides blanc-vert suintaient de la plaie béante et s’accumulaient lentement sur le sable en dessous. Pourtant, il n’avait pas semblé mourir instantanément, et avait passé un peu de temps à se tordre et à se tortiller avant de finalement s’immobiliser.

C’était absolument dégoûtant. Je me souvenais avoir lu que les anguilles pouvaient survivre sans leur tête, mais l’image était beaucoup plus grotesque que je ne le pensais. Je m’étais fait une note mentale : brûler le prochain Sandcrawler que je devrais rencontrer.

J’avais jeté un regard dégoûté sur le cadavre pendant que je rangeais mon Brunhild. Peu de temps après, l’un des survivants était venu me voir. Ils portaient une longue épée et un capuchon, alors je ne pouvais pas voir son visage. Mais c’était une fille.

« ... Qui êtes-vous ? »

« Je suis Mochizuki Touya. Je ne m’attendais pas à rencontrer quelqu’un dans le désert, mais je ne pouvais pas rester sans rien faire quand je voyais que vous étiez en danger. »

« Nous vous en sommes redevables. Nous serions morts sans votre intervention. Je m’appelle Rebecca, je suis une aventurière. » Elle avait enlevé son capuchon, exposant son visage au soleil. Elle avait la peau brune bronzée et les cheveux cendrés, tombant jusqu’aux épaules.

« Franchement, c’était incroyable. Pour abattre une telle bête comme si ce n’était rien... »

Un homme brandissant une hache s’était approché par derrière Rebecca. Lui aussi avait enlevé sa capuche. C’était un homme grand et robuste avec une petite barbe. Il y avait un garçon qui semblait un peu plus jeune que moi, debout à côté de lui, haletant lourdement et essayant de porter une épée.

Même au premier coup d’œil, j’avais vu qu’une arme comme celle-là ne lui convenait pas. La lame était beaucoup trop grosse pour lui.

Pendant que j’y réfléchissais, il avait jeté l’épée sur le côté et s’était mis à genoux à mes pieds.

« Uh-Uhm, monsieur ! Vous venez d’utiliser la magie de l’eau, n’est-ce pas !? Pouvez-vous vous en servir pour faire de l’eau ? S’il vous plaît ! »

J’avais été surpris par cette demande soudaine, mais j’avais rapidement compris la situation. Ces gens étaient gravement déshydratés.

Leur chameau avait dû garder les dernières réserves d’eau. Voyager à travers le désert maintenant serait sûrement suicidaire pour eux.

« Désolé pour son comportement, mais nous avons désespérément besoin d’eau. Nous n’avons pas d’argent pour l’instant, mais nous vous serions redevables... Si vous pouviez faire cela pour moi, c’est-à-dire... »

Rebecca avait interrompu mon temps de réflexion. Je supposais que j’avais mis trop de temps à répondre.

« Non, ce ne sera pas un problème du tout. Je me demandais quel genre de contenant je devrais faire pour ça, c’est tout. »

« Hm ? »

J’avais sorti un petit morceau de fer avec [Stockage], puis j’en avais fait un grand bol avec [Modelage]. J’avais ensuite utilisé la magie de l’eau pour le remplir d’eau. Je savais que la chaleur du désert réchaufferait l’eau ou même la ferait bouillir, alors j’avais fait venir plusieurs morceaux de glace pour contrecarrer cela.

« Ooh ! »

En entendant le bruit de l’eau ruisselante, les autres étaient venus en traînant les pieds pendant que j’utilisais le reste du fer pour faire des tasses pour tout le monde.

C’était clair comme de l’eau de roche vu la façon dont ils s’efforçaient désespérément de remplir leurs gobelets, ainsi que d’après la façon dont ils l’avalaient. Ils devaient être assoiffés.

Au bout d’un moment, quelque chose d’étrange m’était venu à l’esprit. Il y avait dix survivants au total. À part le garçon et l’homme, toutes étaient des femmes.

À l’exception de Rebecca, toutes les femmes avaient quelque chose en commun. Elles portaient toutes d’épais colliers noirs étroitement liés autour du cou. Je me demandais...

Rebecca avait remarqué mon regard fixe et avait ouvert la bouche pour parler. Son ton était grave.

« C’est bien ce que vous pensez. Ces filles sont toutes des esclaves. Nous les avons tous volées à un groupe d’esclavagistes... »

Je m’étais demandé si Leen avait raison. J’avais peut-être tout simplement aidé un groupe de voleurs.

***

Partie 2

Cela s’appelait un « Collier de soumission ». Apparemment, il s’agissait d’un artefact unique dans le passé, mais les grands sorciers de Sandora avaient réussi à créer une version qui pouvait être produite en masse il y a des centaines d’années.

À l’origine, cela servait à asservir des bêtes féroces qui ne pouvaient pas être apprivoisées, mais avec le temps, cela avait aussi servi à asservir des gens.

Tout avait commencé de façon plus innocente, c’était utilisé pour lier les criminels au travail et à la servitude. Mais l’esclavage était finalement devenu la norme, et il n’y avait pas que les coupables qui y avaient été contraints. Ceux qui avaient le collier autour du cou avaient tout perdu, devenant eux-mêmes de la marchandise.

Dans ce pays, l’esclavage était légal et les personnes lourdement endettées pouvaient être prises au même titre que les criminels. Mais naturellement, cela avait aussi conduit à un nouveau type de crime.

Les marchands esclavagistes s’alliaient avec les brigands, conspirant pour faire des raids pour trouver de l’argent, des marchandises et des jeunes femmes. Les brigands prenaient tout ce qu’ils voulaient et les esclavagistes se procuraient de nouvelles marchandises sur le marché noir.

Après tout, une fois que le collier de soumission était autour de votre cou, votre liberté était perdue. Vous seriez inscrit auprès de la guilde marchande et officiellement reconnu comme une marchandise. Il semblerait que les filles ici, Rebecca exclue, étaient toutes dans cette catégorie.

Les esclavagistes avaient embauché une femme épéiste, un homme avec une hache et un jeune garçon pour les aider à escorter leur marchandise. Ces recrues s’appelaient Rebecca, Logan et Will. Apparemment, ce trio ne savait pas du tout que les marchandises qu’ils escorteraient étaient des personnes. Ils avaient écouté les esclaves et entendu leur histoire tragique, alors ils avaient choisi de prendre les armes contre les marchands au nom de la justice. Cependant, au moment où ils avaient pris cette décision, les esclavagistes avaient été attaqués par des brigands et tués assez facilement.

Apparemment, ils étaient morts sans ménagement, donc c’était un peu décevant. Pourtant, pour ceux qui avaient conspiré avec des brigands pour ensuite être tués par eux... c’était facile de penser que c’était l’œuvre du karma.

Rebecca et les autres s’étaient occupés des bandits, puis ils avaient décidé d’escorter les filles esclaves hors du pays. Après tout, s’ils retournaient à la guilde, les filles seraient simplement transférées à un nouveau maître. Mais voyager à travers le désert était le seul moyen pour eux de s’évader du pays sans que ce soit connu du grand public. Ils avaient donc essayé, mais ils avaient été pris dans une tempête de sable, et le reste, c’était de l’histoire ancienne...

« C’est donc ça l’histoire, hein ? »

« Ouais, c’est à peu près tout. »

Je vois... Il semblerait qu’ils aient eu de mauvaises fréquentations... un trafic d’êtres humains, hein. Cela existe donc aussi dans ce monde.

Apparemment, le Royaume ardent de Sandora n’avait pas beaucoup d’interaction avec les autres nations et préférait préserver sa propre culture. Cela me paraissait logique. C’était au-delà même de Mismede, au-delà d’une grande mer d’arbres et d’un désert si chaud que même un rocher sur le sol pouvait vous ébouillanter.

« Bon, à propos de ce collier de soumission... »

D’après ce qu’on m’avait dit, le collier abîmerait le corps de l’esclave, entraînant une grosse douleur et lui infligerait une mort horrible s’il essayait trop souvent de l’enlever. C’était vraiment n’importe quoi. La personne désignée comme maître par le collier ne pouvait pas non plus être désobéie ou attaquée.

Tout ce que leur maître avait à faire, c’était de pensée « reviens vers moi » et l’esclave n’aurait pas d’autre choix que de revenir. S’ils ne le faisaient pas, la douleur leur transperçait le corps.

Seul le maître désigné pouvait aussi enlever le collier. Mais ces filles étaient asservies au marchand qui était mort dans l’attaque de brigand. En d’autres termes, elles ne pouvaient pas du tout se faire enlever leur collier. S’ils retournaient à la guilde des marchands, ils seraient simplement vendus à un nouveau maître. Ils ne goûteraient jamais à la liberté à moins que ce maître ne décide de les laisser partir.

Une idée m’était soudain venue à l’esprit, mais je n’étais pas sûr qu’elle puisse marcher...

J’avais pensé essayer d’utiliser [Apport], mais je n’étais pas certain de la réussite.

Les cous des femmes étaient minces, cependant... Il s’agissait juste de savoir si je pouvais ou non en mettre un dans ma main. J’avais attrapé mon propre cou avec mes deux mains pour m’en rendre compte. J’avais pensé que ça irait, puisque mon cou était dans tous les cas plus épais que celui d’une femme. De plus, si ça ne marchait pas, il ne se passerait rien, donc il n’y avait aucun mal à essayer.

« J’ai peut-être un moyen d’enlever ces colliers. »

« Quoi ? »

« Êtes-vous sérieux !? »

La réaction de Will était beaucoup plus enthousiaste que celle de Rebecca. Il m’avait regardé, les yeux grands ouverts emplis d’espoir et d’émerveillement.

« Eh bien, je ne le saurai pas avant d’avoir essayé. Et il y a de fortes chances qu’il ne se passe rien, alors... »

« Essayez, s’il vous plaît ! S’il vous plaît, libérez Wendy ! »

Wendy ? Will s’était soudain approché et avait attrapé l’une des esclaves par la main. Il l’avait amenée ici.

Elle avait environ treize ou quatorze ans... probablement l’âge de Will. Sa peau était bronzée et ses cheveux étaient blonds et sales, pendus en tresses de chaque côté de sa poitrine. Elle était clairement la plus jeune des esclaves du groupe. Elle s’était cachée derrière le dos de Will, me regardant nerveusement. Elle semblait effrayée, peut-être en état de choc. Je venais de massacrer un Sandcrawler devant elle, donc ça avait peut-être quelque chose à voir là-dedans.

Eh bien, peu importe. Essayons un peu.

« [Apport]. »

Pour l’empêcher d’avoir encore plus peur, j’avais essayé de l’appeler à moi sans plus de bravade.

Et là, dans ma main, le collier noir brillait sous le soleil. Cela avait fonctionné.

« Quoi !? Hein !? Ah !? »

Will avait regardé ma main et s’était retourné pour regarder Wendy. Naturellement, il n’y avait plus de collier autour de son cou.

« Il l’a fait, Wendy ! Il s’est détaché ! »

« Eh... ? »

Wendy se frotta légèrement le cou. Quand elle avait réalisé qu’elle ne ressentait plus le contact froid du collier, elle avait mis une main sur sa bouche et s’était mise à pleurer.

Will l’avait serrée dans ses bras. Oh, donc c’était comme ça, n’est-ce pas ? Pas étonnant qu’il était si désespéré. Quel adorable petit couple !

« ... Hé, comment avez-vous fait ça ? »

« J’ai utilisé mon sort Néant [Apport]. Il me permet d’amener des choses dans ma main quand je suis à porter. »

Ignorant l’étonnement de Logan, j’avais continué à enlever les autres colliers. Finalement, j’avais tenu sept colliers dans ma main. Je les avais aussitôt incinérés avec un sort de feu de base. Rebecca me fixa d’un regard vide alors que le petit feu faisait rage, ne pouvant murmurer que quelques mots.

« Mais qui êtes-vous au juste ? »

« Juste un simple aventurier. Voilà ma carte. »

« Vous êtes un rang Rouge !? »

Le trio avait remarqué la couleur de ma carte de guilde et avait semblé assez surpris. Je le leur avais remis, et leur surprise avait atteint de nouveaux sommets.

« Tu as aussi les titres de Tueur de Dragons et Destructeur de Golems !? »

« Pas étonnant que tu aies pu te transpercer ce Sandcrawler comme si c’était du beurre... »

« Wôw... ! Je n’ai jamais rien vu de tel ! »

Chacun des trois m’avait donné de sincères mots de gratitude, bien qu’ils soient perplexes. J’avais repris ma carte et j’avais demandé à Rebecca quelle était leur prochaine ligne de conduite.

« Même sans leurs colliers, elles sont toujours enregistrées comme propriété de Sandora. Ce serait mal de les garder ici. Je pense que les emmener dans un autre pays serait le meilleur plan. »

« Pourquoi pas Belfast ? C’est très joli là-bas. Vous pouvez rester chez moi un moment si vous voulez. »

« Eh bien, attendez un instant. Je ne suis pas sûr de la distance qui sépare Belfast d’ici... »

J’avais répondu à Logan en ouvrant une [Porte]. J’y avais glissé ma tête, puis j’avais appelé Yumina pour qu’elle vienne me rejoindre.

« Hein !? Qui êtes-vous !? »

« C’est un plaisir de vous rencontrer. Je suis Yumina Urnea Belfast, fille de Tristwyn Urnes Belfast, roi du royaume de Belfast. »

« QUOI !? »

Le trio fit aussitôt écho à leur incrédulité. Ils s’étaient aussi immédiatement raidis. Mais encore une fois, c’était tout à fait naturel.

Parfois, je l’oubliais, mais après tout Yumina était membre de la famille royale. Même sans la tenue royale, son décorum et son attitude étaient de mise. Nous étions tous pâles en comparaison de la présence qui émanait d’elle.

« J’ai entendu parler de vos malheureuses circonstances. Mon pays serait heureux de vous accueillir, mais que souhaitez-vous faire ? »

Yumina les regarda un par un, souriant tout le temps. Elle utilisait à tous les coups ses Yeux Mystiques. Si l’un d’entre eux avait des pensées impures, nous l’emmènerions quand même à Belfast, mais il serait tout simplement dans une position où ils pourraient être surveillés pendant un certain temps.

Yumina avait fini de tous les regarder, puis elle avait fait un petit sourire et s’était tournée vers moi avec un signe de tête. J’avais pensé que ça voulait dire qu’ils étaient tous purs.

Rebecca s’était soudain mise à genoux, se prosternant devant la princesse.

« Oui, Milady ! Je vous remercie... Merci beaucoup ! »

L’un après l’autre, Logan, Will, Wendy et les autres s’étaient tous inclinés dans la même position.

Bon sang, les gars. Vous pouvez faire la génuflexion à l’ancienne quand vous le voulez.

« Alors, tout le monde va à Belfast ! Après toi, Touya. »

« Pas de problèmes. »

Ce serait difficile de voir tout le monde passer la porte en même temps, alors j’avais rassemblé tout le monde et j’en avais créé une au-dessus d’eux. La sortie se trouvait à un centimètre au-dessus du sol à l’extérieur de notre maison à Belfast, et se déplaçait lentement vers le haut à mesure que le portail d’entrée descendrait.

J’avais essayé de faire la routine classique « téléportation ! » d’une certaine émission de science-fiction, mais ça ne s’était pas passé aussi bien que je l’espérais. J’avais dû m’arrêter. J’avais l’air d’un crétin.

J’avais ressenti un étrange vertige lorsque nous nous étions téléportés de cette façon, comme le sentiment que l’on ressentait quand on pensait qu’il y avait une autre marche en haut de l’escalier quand il n’y en avait pas. C’était désagréable.

Eh bien, ce sentiment ne s’appliquait probablement qu’à Yumina et moi. Tous les autres étaient tout simplement trop stupéfaits à cause du changement soudain de décor.

« Où sommes-nous... ? »

« Vous êtes arrivés au Royaume de Belfast, mes amis. La capitale royale, devant ma maison pour être exact. Vous pouvez rester ici aussi longtemps que nécessaire. Hé, Laim ! »

J’avais tout de suite appelé notre super majordome vivant ici, et il était apparu sur la terrasse. Notre équipe de domestiques, composée de Lapis, Cécile et Renne, était apparue à ses côtés.

« S’il vous plaît, occupez-vous de ce groupe jusqu’à notre retour. »

« Très bien, monsieur. »

Laim s’inclina profondément, puis jeta un coup d’œil au trio de servantes. Lapis avait commencé à conduire tout le monde dans la maison. Rebecca regarda autour d’elle un peu agitée, mais elle se déplaça dans la maison, comme les autres.

***

Partie 3

« Pour l’instant, nous devons continuer notre route. Retournons dans le jardin. »

« Tu as raison. »

Rebecca et les deux autres étaient des aventuriers, donc ils pouvaient gagner de l’argent et trouver une maison par l’intermédiaire de la guilde sans trop d’histoires. Mais en ce qui concerne les autres... Je ne pouvais certainement pas me permettre d’embaucher sept employés de plus. J’espérais pouvoir les aider à trouver du travail.

{Maître !}

« Hein ? Kohaku ? »

J’avais été surpris par ce soudain message télépathique. Je me demandais ce qui n’allait pas.

{Kohaku ? Que se passe-t-il ?}

{Une créature inhabituelle est apparue dans le désert. Une créature de cristal, brillant d’un bel éclat...}

Celui qui avait répondu était Kokuyou, plutôt que Kohaku.

Attends, Cristal ? Ce n’est pas possible... ! J’avais ouvert une [Porte] et je m’étais précipité devant le monolithe du jardin. Tout le monde regardait l’écran. Là-dessus, un énorme être de cristal volait haut au-dessus du désert, émettant un cri aigu.

Celui que nous avions rencontré dans les ruines avait la forme d’un grillon. Celui que Leen avait rencontré était un serpent. La forme de cette créature... était celle d’une raie manta.

Il était énorme... C’était tout ce que je pouvais penser quand je l’avais vu. Le monstre en forme de grillon cité plus haut avait à peu près de la taille d’une petite voiture, mais celui-ci était facilement plus grand que quatre autobus.

À l’extrémité de son corps, il y avait deux protubérances rondes, et à l’intérieur de chacune d’elles se trouvait un noyau d’aspect orange, semblable au noyau que nous avions rencontré dans la Phrase précédente.

Mais, contrairement à la phrase du cricket, le noyau de cette bête avait à peu près de la taille d’un ballon de basket. Je supposais qu’il était à l’échelle du reste du corps.

Merde... Je ne pense pas qu’[Apport] allait marcher ici.

« Que devrions-nous faire ? »

Leen se tourna vers moi, attendant une réponse. Nous pourrions facilement nous échapper sans nous battre si nous le voulions. En vérité, nous n’avions absolument aucune obligation ou loyauté envers cette région ou le royaume voisin.

Pourtant, il était possible que cette créature puisse passer à travers la mer des arbres et attaquer Mismede. Pire encore, il pourrait attaquer Belfast après ça ! Il y aurait beaucoup de blessés, et sûrement beaucoup de victimes. Des gens pourraient être blessés, des individus à qui nous avions des dettes et des personnes que nous avions rencontrés au cours de nos voyages. Je ne pouvais pas accepter ça.

« Nous nous battrons. Je ne peux pas laisser cette créature sans surveillance. »

J’avais pris ma décision.

Heureusement, nous étions dans un désert aride. Cela signifiait que nous n’avions pas à nous soucier des dommages collatéraux.

« Mais comment peut-on blesser ce truc ? C’est énorme ! Il est probablement de la même nature que le dernier, donc non seulement il absorbe la magie, il a une couche extérieure extrêmement dure, mais il peut aussi voler dans le ciel ! »

Elze avait raison. Yae avait des armes en mithril maintenant, mais je n’étais toujours pas sûr que ça allait aider. Je ne savais même pas par où commencer avec la partie volante.

« Nous n’avons pas le choix, donc nous devrions utiliser des attaques magiques indirectes. Je crois que ça devrait marcher. »

Linze et Yumina hochèrent la tête en entendant le commentaire de Leen. Après l’avoir fait tomber au sol à l’aide de ces sorts, ça donnerait à Yae, Elze et à moi-même la chance de l’attaquer avec nos armes. Nous n’avions pas vraiment le choix quand il s’agissait de stratégie, de toute façon.

« Très bien, c’est l’heure ! »

J’avais ouvert une [Porte] et nous avions sauté dans le désert en bas.

La créature de cristal était maintenant bien au-dessus de nous, s’envolant calmement dans les airs alors que son corps brillait à la lumière du soleil. Le voir en personne n’avait fait qu’approfondir ma crainte et mon effroi. Le monstre nous regardait de haut, nous intimidant par sa présence même.

J’avais sorti mon Brunhild et j’avais fait quelques tirs. Ils avaient simplement rebondi sur le corps de la phrase de Manta avec peu ou pas d’effet.

« Je suppose que les balles ordinaires sont inutiles... »

Son corps lisse, aérodynamique et solide était clairement bien conçu pour repousser les attaques physiques.

« Venez, Glace ! Mur congelé éternel : [Mur de glace] ! »

Linze invoqua son sort, et un énorme morceau de glace apparut au-dessus de la créature de cristal.

Le morceau de glace avait heurté la créature de cristal, mais il n’avait réussi qu’à faire redescendre légèrement la créature vers le bas. La glace avait glissé le long de la surface lisse de la créature et s’était simplement écrasée dans le désert. Cela n’avait pas vraiment changé les mouvements de la créature de cristal. C’était un gaspillage total d’efforts de notre part. C’était tout ce qu’il y avait à dire.

C’était à peu près aussi futile que de lancer des pierres sur du polystyrène flottant sur l’eau. Il reviendrait toujours à sa position par défaut.

La créature de cristal nous avait finalement remarqués. Elle avait tourné dans notre direction. Soudain, la lumière commença à s’accumuler entre les deux noyaux présents sur sa tête. Il y avait quelque chose qui clochait ici !

« Tout le monde ! Séparez-vous ! »

À mon appel, tout le monde s’était dispersé dans des directions différentes.

À l’instant suivant, des tirs de lumière avaient été libérés de la créature en cristal et s’étaient dirigés vers l’endroit où nous nous trouvions. Une énorme vague de sable avait déferlé de la zone touchée. Franchement, c’était une démonstration choquante de puissance.

« C’est une blague... Si l’un d’eux frappe quelqu’un, je doute qu’il en reste quoi que ce soit ! »

On dirait cependant qu’il y avait un temps d’attente entre chaque tir. C’était un soulagement, au moins. On pourra l’esquiver tant qu’il continuera comme ça.

Comme pour se moquer de moi, la créature en cristal avait étendu sa queue en pliant l’extrémité sous son ventre. La pointe s’était mise à tourner comme une mitrailleuse Gatling, poursuivant l’assaut et tirant encore plus de projectiles.

« Oh, c’est quoi ce bordel !? »

Je m’étais écarté en courant et j’avais regardé vers le sable. Je devais voir ce qui venait d’être lancé sur nous.

On aurait dit une fine flèche de cristal, non, c’était proche de la forme d’un bo shuriken. Plusieurs projectiles minces et perçants. Peu importe ce qu’ils étaient, cette attaque était vraiment dangereuse.

J’avais regardé pour vérifier que tout le monde allait bien, et j’avais vu Linze s’agripper à sa cheville.

« Linze ! »

« Je... Je vais bien. C’était juste une égratignure... »

Linze avait lancé de la magie de guérison et avait titubé sur ses pieds. Mais j’avais remarqué que la queue en cristal Gatling était pointée directement sur elle. Oh merde !

« [Accélération] ! »

Grâce à sa bague de fiançailles, Elze avait accéléré et s’était dirigée vers sa petite sœur.

Elze leva son poing couvert du gantelet pour bloquer le flot de lames qui s’approchait. En raison de son enchantement de vent, tous les projectiles avaient été repoussés et dispersés.

« Touya-dono ! Mets-moi au-dessus d’elle avec une [Porte] ! »

« Entendu ! »

J’avais hésité une seconde à la suggestion de Yae, mais j’avais rapidement ouvert un portail sous elle, l’envoyant quelques mètres au-dessus de la créature en cristal.

« Prends ça !! »

Yae était tombée sur la Manta, la lame de mithril à la main. Mais les dommages qu’elle avait causés étaient loin d’être fatals.

Yae avait donné un coup de pied dans le dos de la créature et avait sauté. Hé, attends ! Tu tomberas lourdement si tu chutes de cette hauteur !

« Touya-dono, s’il te plaît, crée une autre [Porte] ! »

« Y-Yep ! Je m’en occupe ! »

J’avais créé un portail juste en dessous de Yae dans les airs, puis placé la sortie à environ un mètre au-dessus du sol près de moi. Elle avait disparu et était réapparue en un éclair, saine et sauve. Quel soulagement... !

« Ne fais pas ça, c’est mauvais pour mon cœur... ! »

« Je suis désolée ! »

Ça nous avait quand même aidés à comprendre l’efficacité du mithril sur ce truc. Ce n’était pas efficace du tout, en fait. Je n’avais aucune idée de la façon de le blesser. Je savais que nous devions cibler les noyaux comme avec la créature en forme de cricket, mais ils étaient de la taille d’un ballon de basket et il y en avait deux. Je ne pouvais pas utiliser [Apport] pour les attraper.

La queue Gatling s’était encore tournée vers moi. Merde, pas encore !

« Tourbillonne, Ô vent ! Rempart des tempêtes : [Mur de Cyclones] ! »

Yumina avait lancé une incantation, créant un mur de vent autour de Yae et moi-même. Les tirs perçants de la créature en cristal avaient été déviés en un instant. Dieu merci...

Mais au fur et à mesure que le sable s’affaissait, j’avais remarqué que la créature avait déplacé son attaque. Il préparait une autre salve de tirs de lumière.

« Tch, [Accélération] ! »

J’avais tenu Yae dans mes bras et je m’étais éloigné avec mon sort d’accélération. Quelques secondes plus tard, une explosion massive s’était abattue dans la zone où nous étions. C’était dangereux... C’était beaucoup plus intelligent que je ne le pensais !

« Tremble fortement, Terre ! Pulvérisation de Rocher : [Fracas de rocher] ! »

Leen évoqua un énorme rocher et frappa la créature de cristal dans la tête, mais l’effet fut le même que celui du sort précédent de Linze, pas grand-chose.

Merde... nous n’avons vraiment pas d’atout en réserve ici. Je ne savais pas quoi faire. Il y avait une chance que quelqu’un puisse être blessé, aussi... Rien que d’y penser, cela me glaçait le sang.

« Devrions-nous nous replier avec une [Porte], peut-être ? On ne peut rien faire là. »

« Euh... Touya-dono ? Sais-tu qui est cette personne ? »

« Hm ? »

Je m’étais retourné à la remarque de Yae, confus.

Même si nous étions au milieu d’un désert brûlant et chaud, il y avait un garçon. Un garçon portant une longue écharpe blanche.

« Ende... ? »

« Yo. »

Le garçon monochrome que j’avais rencontré en ville était soudain apparu. Il souriait et fit un petit signe de la main.

Que diable faisait-il ici ? Attends ! En premier lieu pourquoi était-il là ? Non, plus important... comment était-il arrivé ici !? C’était un désert stérile à des kilomètres à la ronde, on l’aurait vu.

« Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus. Je suis venu ici parce que j’ai détecté la présence d’une phrase, mais je ne m’attendais pas à te trouver, Touya. »

« Ende... tu connais la phrase ? »

« Hm ? Eh bien, je suppose qu’on peut le dire ainsi... Jusqu’à présent, je n’ai rencontré que des Constructions Intermédiaires... Je suppose cependant que la “frontière dimensionnelle” de ce monde est proche du point de rupture... »

Constructions intermédiaires ? Frontière dimensionnelle ? De quoi parlait ce type ?

« Pourrais-tu patienter un instant ? J’ai du ménage à faire. »

« Hein ? »

En riant, Ende se tourna vers la créature en cristal. La créature tourna son regard vers le garçon, mais il disparut complètement de sa place avant que les tirs perçants n’atteignent leur cible.

« Quoi !? »

J’avais regardé autour de moi, mais Ende avait complètement disparu. Avait-il utilisé la magie de l’invisibilité ? Attends, non... ça t’empêche juste d’être vu, donc les attaques l’auraient quand même touché.

« Là-bas, Touya-dono ! »

Yae avait soudain pointé du doigt la créature aéroportée. Ende était là, debout sur la bête volante. Comment avait-il... !?

« Très bien... »

Ende leva la jambe en l’air... Et l’a fit tomber par hasard sur le dos de la créature en cristal. Un bruit de claquement retentit, comme si quelqu’un avait fait tomber un verre de vin.

Une petite fissure était apparue au point d’impact, qui s’était ensuite répandu sur tout le corps colossal, le brisant en morceaux en un instant.

C’était quoi ce bordel !? Comment avait-il fait ça !? Ende descendit à la surface du désert le long d’une pluie de cristal scintillante.

Il avait trouvé les deux noyaux de la taille d’un ballon de basketball au milieu des débris, en avait pris un dans chaque main et les avait écrasés l’un contre l’autre. Ils avaient été anéantis instantanément. Son travail étant fait, Ende s’était dépoussiéré les mains.

« Qu’est-ce que c’était que ça !? »

J’avais regardé Ende, stupéfait. C’est tout ce que j’avais pu dire.

« Hm ? Je l’ai juste attaqué en accordant mes propres oscillations magiques à la longueur d’onde de la créature. »

Oscillation magique ? Comme dans le phénomène de résonance ? Attendez, c’était magique, donc c’était probablement un peu différent...

« Ende, tout à l’heure, tu as parlé d’une frontière dimensionnelle... Qu’est-ce que c’est ? »

« Je suppose qu’on pourrait considérer cela comme une sorte de filet qui empêche les entités de leurs propres mondes de passer dans d’autres mondes. Pour une raison quelconque, il y a un petit trou qui s’est ouvert récemment... Cette créature de cristal est passée, et les autres aussi. Mais heureusement, ce n’est pour l’instant que du menu fretin. »

Ende murmura cette explication en regardant les fragments brisés de l’ancienne créature cristalline.

« Ce ne sont que des crétins, des pions qui travaillent ensemble pour un but commun. Ils ne sont pas la vraie menace. »

« Alors, quel est leur but ? »

« Ils cherchent la phrase souveraine endormie, leur chef. C’est un objectif que je partage, en fait... »

C’est quoi ce bordel ?

« Oh, je dois y aller maintenant. J’ai un arrangement préalable à prendre. J’espère qu’on se reverra, Mochizuki Touya. »

« Attends ! »

Ende avait ignoré ma protestation, il m’avait fait un petit sourire, puis avait disparu en un clin d’œil. Qu’est-ce que c’était que cette magie ? De la téléportation ?

« La phrase souveraine... ? »

Je ne pouvais rien faire d’autre que de regarder fixement et en état de choc le mystère qu’Ende avait laissé derrière lui.

***

Partie 4

« C’est beaucoup trop suspect », conclut Leen, les bras croisés.

Je m’étais dit à peu près la même chose.

Après cela, j’étais retourné dans le jardin et j’avais parlé à tout le monde d’Ende.

« Il avait cette monnaie d’il y a cinq mille ans, et il a réussi à abattre en un seul coup une créature que nous ne pouvions même pas égratigner. En outre, il en savait beaucoup sur le monstre et portait une écharpe qui lui donnait un air stupidement sexy. Même l’attaque qu’il a faite était super énorme et dramatique aussi. »

Je ne pensais pas que ce dernier point était particulièrement important, mais cela ne changeait rien au fait qu’il était suspect. Qui donc pouvait bien être ce type ?

« Il a traité cette créature de cristal de Phrase. Mais c’était quoi exactement ? »

Elze avait mis en évidence le point principal. Ce n’était clairement pas un monstre ordinaire.

Ce que je savais, c’était que la Phrase était venue ravager le monde il y a 5000 ans. Mais les seuls qui le savaient étaient Cesca et moi. Et pour être honnête, je ne savais pas vraiment si le dire à tout le monde était la bonne chose à faire.

Le fait de se demander s’il fallait ou non leur dire, et donc leur causer de l’anxiété indue, ne faisait que compliquer encore plus la tâche que je leur confiais.

Fiiiiiiiixe...

Argh. Ça faisait longtemps que Yumina ne m’avait pas agressé avec ses yeux. Mes propres yeux avaient commencé à s’agiter. Merde. Je ne pouvais pas mentir à Yumina si je devais l’épouser !

« Tu sais quelque chose, n’est-ce pas, Touya ? »

« Argh... »

Yumina vit clair dans mon comportement suspect, je n’avais d’autre choix que de transmettre à tout le monde le message que j’avais reçu du docteur.

« Pourquoi garderais-tu le silence sur quelque chose d’aussi important ? »

« Eh bien, j’allais en parler tôt ou tard... »

Leen m’avait grondé, et j’avais désespérément essayé de me trouver des excuses.

« Une invasion de dizaines de milliers de phrases. C’est la raison pour laquelle l’ancienne civilisation a été détruite. Ils étaient donc si nombreux il y a 5000 ans, mais il n’y a presque plus de témoins oculaires aujourd’hui. Jusqu’à maintenant, bien sûr. Maintenant qu’ils réapparaissent. Qu’est-ce qui se passe ici... ? »

« C’était peut-être un survivant, ou un survivant qui s’est enfui ? »

Leen semblait inquiète, mais elle avait présenté ses idées à Linze. La créature en forme de cricket que nous avions rencontrée semblait à moitié morte, donc cette façon de penser avait du sens...

« J’ai réfléchi à ce que ce type, Ende, a dit sur la frontière dimensionnelle... La créature à forme de serpent semblait sortir d’une fissure dans l’espace. Cela me fait penser que peut-être les Phrases sont scellées dans une autre dimension... »

« Donc ça voudrait dire... que quelqu’un est en train de franchir la frontière ? »

« Mais je n’ai aucune preuve. »

Paula croisa les bras et hocha la tête entre les pieds de Leen. Est-ce que cet ours comprend vraiment ce qui se passe ? Ce qui me préoccupait davantage, c’est que nous n’avions aucune méthode pour lutter contre la Phrase. Ende avait appelé celui que nous avions combattu une construction intermédiaire. Cela signifie qu’il y avait aussi des constructions inférieures et des constructions supérieures.

La créature en forme de cricket et de serpent était probablement « des constructions inférieures ». Cela signifiait donc que nous ne pouvions même pas battre une Intermédiaire. Et si une construction supérieure était apparue... Je n’avais aucune idée de ce qu’on ferait.

On dirait qu’on avait vraiment besoin de chercher les autres Babylones.

« Cesca. L’humanité a-t-elle lutté contre la Phrase il y a 5000 ans ? »

Cesca s’était tournée vers moi de devant le monolithe.

« Oui, ils se sont battus. Mais ça ne s’était pas trop bien passé pour eux. Le docteur avait finalement réussi à créer une arme anti-Phrase, mais les Phrases avait complètement disparu avant qu’elle ne soit terminée. »

« Quel genre d’arme anti-Phrase ? »

« Le docteur a créé des armes qui sont contrôlées par une personne hébergée en eux. Elle les appelait “Frame Gears”. »

Quoi !? On dirait des robots géants ! Le docteur avait vraiment réussi à les créer !? Eh bien, elle avait réussi à fabriquer des robots plus petits, de la taille de Cesca, donc je supposais que faire des robots géants n’était pas trop compliqué...

« Que leur est-il arrivé ? »

« Ils étaient entreposés dans le hangar de Babylone. »

Cesca avait répondu à la question d’Elze. Ce qui voulait dire que si les ruines vers lesquelles nous nous dirigeons finissent par mener au hangar... nous pouvions nous procurer des robots géants !? Putain de merde. Ça me rendait tout excité. Je voulais dire, c’étaient des robots ? Des robots à l’intérieur desquels vous pouviez entrer et vous promener ! Tous les hommes en rêvaient ! Personne ici ne comprendrait, puisque c’étaient des filles...

« Il semblerait que nous soyons arrivés à destination. »

« Mais je ne vois rien. »

« Apparemment, il est enterré sous le sable. »

Kohaku m’en avait informé en regardant l’écran du monolithe. Les coordonnées étaient précises, mais je ne voyais rien d’autre que le désert dehors.

« Eh bien, allons jeter un coup d’œil. »

Laissant Kokuyou et Sango dans le jardin au cas où quelque chose se produirait, j’avais utilisé la [Porte] pour aller au sol. Le désert s’étendait aussi loin que je pouvais voir, avec rien d’autre en vue. J’avais de nouveau regardé les ruines sur mon smartphone, mais l’épingle était placée sur la carte exactement là où je me tenais.

« Juste en dessous de nous... »

Eh bien, que faire pour... On ne pouvait pas commencer à creuser dans le sable. Nous n’avions après tout aucune idée du temps qu’il faudrait pour creuser avec une pelle.

« J’utiliserai la magie du vent pour souffler le sable. Reculez. »

Leen avait eu cette idée avant moi, puis elle s’était avancée. J’avais fui, comme on me l’avait dit.

« Souffle fort, Ô Vent ! Qu’une tempête déchaînée balaye tout : [Ouragan] ! »

Une tornade avait aspiré tout le sable, le faisant tourbillonner dans le ciel. Cela s’était envolé sous notre vent alors qu’une sorte de bassin s’ouvrait dans le désert en contrebas.

Finalement, les ruines étaient apparues. C’était un dôme fait d’une sorte de pierre ou de béton. Il y avait une porte à un endroit qui semblait être l’entrée. Pas une double porte, mais une seule.

La tornade s’était calmée, alors nous nous étions dirigés vers le bassin, mais il n’y avait pas de poignée sur la porte.

Je me demandais si c’était automatique, mais elle n’avait pas réagi à ma présence. Il n’y avait pas non plus de détecteurs. J’avais tendu la main pour toucher la porte, mais ma main ne s’était pas arrêtée là. Je l’avais directement traversé.

« Quoi !? »

« Touya !? »

J’avais fait un pas en avant pour ne pas tomber, ce qui m’avait fait arriver dans les ruines. Six piliers se tenaient au centre, éclairés par une faible lumière.

J’avais encore touché la porte, mais cette fois-ci elle était froide et solide. J’avais essayé d’utiliser [Porte] pour sortir, mais ma magie n’avait pas fonctionné. Hein ? Étais-je piégé ici ?

{Vous allez bien, maître !?}

{Kohaku ? Ouais, je vais bien. Il ne se passe rien de spécial. Mais je vois un cercle de piliers, comme la dernière fois... Je vais continuer, alors dis à tout le monde de ne pas s’inquiéter.}

{Très bien. S’il vous plaît, soyez prudent.}

Au moins, je pouvais encore utiliser le lien télépathique...

Je m’étais dit qu’il devait y avoir un truc sur la porte, pour empêcher les gens d’entrer et de détruire le cercle. Par exemple, il ne laisserait entrer que les détenteurs de tous les attributs, ou une seule personne à la fois. Je ne savais pas pourquoi il ne me laissait pas sortir.

J’avais repensé à toutes ces choses énigmatiques que le docteur avait dites.

Je ne pouvais rien faire ici. Je ne sortirai pas tant que je n’aurai pas fait bouger ce cercle, alors il était temps de travailler.

J’avais envoyé de la magie dans chaque pilier à tour de rôle, un attribut à la fois. Quand les six étaient remplis de magie, le centre du cercle avait commencé à briller. Voyant que c’était mon signal, je m’étais dirigé vers le centre. J’avais laissé la magie Néant s’échapper de moi, et j’avais commencé à me sentir téléporté. S’il vous plaît, faites que celui-ci soit le hangar...

La lumière tourbillonnait autour de moi, rayonnante, couvrant ma vision, jusqu’à ce que je me retrouve dans un endroit qui ressemblait un peu au jardin. La seule différence était l’énorme bâtiment qui se dressait devant moi. Le bâtiment était une sorte de cube, comme un énorme dé blanc.

J’avais commencé à me diriger vers lui, quand une fille m’avait soudainement sauté dessus et m’avait bloqué le chemin.

« Arrêtez-vous là ! Affirmatif ! »

Elle avait levé la main droite, m’arrêtant sur mon chemin. Les cheveux orange de la fille étaient attachés dans un chignon de chaque côté. Ces petits pains étaient enveloppés soigneusement sous des couvertures à chignon avec des rubans qui les entouraient. Sa peau blanche et ses yeux dorés m’avaient immédiatement fait penser à Cesca.

Ses vêtements étaient similaires à ceux que Cesca portait quand je l’avais rencontrée pour la première fois, néanmoins cette rouquine avait des manches longues et des chaussettes noires. Les boutons de manchette portaient le numéro vingt-sept.

Elle devait être la gérante de cet endroit. Elle semblait plus jeune que Cesca. Surtout parce qu’elle avait l’air plus petite, cependant...

« Bienvenue à l’atelier de Babylone. Je suis High Rosetta, la Gynoïde du Terminal chargé de gérer cette installation. Je suis une personne assez gentille, donc je serai assez gentille pour vous permettre de m’appeler Rosetta, affirmatif. »

Je le savais. Attends, elle vient de dire qu’elle est gentille. C’est donc une fille ? C’est une fille, non ? Je veux dire, elle porte une jupe. C’est une fille... non !? Attends, c’est du Docteur dont on parle ! Je ne peux pas lui faire confiance ! Ça ne pourrait pas être un piège !?

« Rosetta ? Tu es... une fille... non ? »

« Hmm ? Je ne comprends pas la raison qui vous pousse à me poser cette question, mais oui, c’est ce que je suis. Affirmatif. »

Ouf, je supposais que c’était juste une erreur de sa part. Je voulais dire, Cesca avait dit que le docteur n’avait pas fait d’hommes. C’était donc l’atelier, hein... Ce n’était pas la bibliothèque que Leen espérait ou le hangar que je voulais.

« Devant nous se trouve le centre de l’atelier. Il y a actuellement une interdiction d’entrée pour tous ceux qui sont jugés incompatibles ! »

« Eh bien, Cesca a dit que j’étais compatible, donc... »

Je m’étais dit qu’elles étaient sœurs, alors j’avais essayé de mentionner Cesca par son nom.

« Cesca... comme dans Francesca ? Je vois. Vous avez donc déjà obtenu le jardin. Ça accélère les choses, oui, c’est vrai. Vous devez me permettre de vous faire passer un test pour vérifier que vous en êtes digne. »

Un test... ? J’avais un mauvais pressentiment.

« Devinez la couleur de ma culotte sans bouger de cet endroit. »

« Es-tu stupide !? »

Je savais que cela ne sentait pas bon ! Rien de fait par ce docteur ne pourra jamais être bon ! Est-ce qu’elle me demandait vraiment de relever sa jupe !? Qu’est-ce que c’était que ça !?

« Vous n’avez droit qu’à une seule réponse. Le temps imparti est de cinq minutes, affirmatif. De quelle couleur est-elle ? »

Tch ! Pourquoi était-elle de si bonne humeur ! Le temps avait commencé à s’écouler, car je m’inquiétais de ce que je devais faire. Eh bien, je vais devoir faire les choses à ma façon !

« Souffle, Vent ! Qu’un vent tourbillonnant monte vers les cieux : [Tourbillon] ! »

Le vent s’était levé autour des pieds de Rosetta, faisant flotter les rubans sur sa poitrine et sa frange dans la brise. Cependant, sa jupe n’avait pas bougé d’un pouce. Quoi !?

« Cette jupe résiste à la magie du vent. »

Rosetta sourit.

Grrrrrr... Donc ça n’allait pas être si facile, hein ? Alors je me dois me débarrasser complètement de la jupe !

« Brûle fortement, ô Feu ! Crémation totale : [Souffle de feu] ! »

J’avais invoqué la magie du feu, avec l’intention de brûler sa jupe, mais elle ne n’avait pas brûlé. Je ne savais pas pourquoi ça ne marchait pas.

« De même, cette jupe résiste à la magie du feu. »

C’était quoi, la jupe la plus forte du monde !? C’était inutilement puissant ! Tch, ne pense pas que c’est fini, Rosetta. Quand je deviens sérieux, je peux regarder la culotte que je veux ! Attends, c’est idiot. Pourquoi suis-je si désespéré de toute façon... ?

J’en avais eu assez. J’avais décidé de jeter un coup d’œil directement. Tout ce que j’avais à faire était d’envoyer mon champ de vision sous sa jupe.

Je n’avais pas d’autre choix. C’était la seule façon d’avancer... Je me cherchais des excuses, mais peu importe.

« [Détection lointaine] ! »

J’avais placé ma vue sous sa jupe, puis j’avais ouvert les yeux. Il faisait un peu sombre... Je ne voyais pas très bien... Attends, qu’est-ce que... ?

... C’est quoi ce bordel !? Je m’étais accroupi sur place, tremblant, en essayant de retenir le sang qui coulait de mon nez.

***

Partie 5

« Alors c’est ça l’atelier... c’est ça. »

« ... Ne m’énerve pas maintenant, affirmatif ! »

Un regard menaçant de Rosetta s’était immédiatement manifesté face à la déception de Leen.

« Cet endroit est bien plus utile que le jardin, oui, c’est vrai ! Cet endroit n’est bon que pour être jolie. »

« Excuse-moi ? Le jardin est un lieu de guérison, un lieu pour aider à retrouver la paix de l’esprit, un lieu de soutien moral pour notre maître ! Comment oses-tu mal comprendre son utilisation ? »

Je sentais que cela pouvait aller au-delà de la dispute, alors je me tenais entre les deux gynoïdes.

« Cela mis à part, peut-on relier le jardin et l’atelier ? »

« Ouais. Maintenant que le maître possède aussi l’atelier, ce serait une bonne idée. »

« Nous pouvons abaisser la barrière et nous relier au jardin. Nous pouvons même combiner les systèmes de contrôle des deux installations maintenant, affirmatif. »

Il y avait un monolithe terminal, un peu comme celui du jardin, situé dans le coin de l’atelier. Rosetta y avait conduit Cesca.

« Que devons-nous faire, Maître ? »

« Envoyons le jardin à Belfast. Nous pouvons aussi y déménager l’atelier. Après ça, on pourra s’amarrer pendant qu’on y est. »

« S’amarrer... ? »

Les deux gynoïdes semblaient confuses.

Quoi ? Quoi ? J’avais dit quelque chose de bizarre ? Pourquoi me regardez-vous comme ça ?

« Comme c’est indécent... »

« Faites-le, c’est tout ! »

Super, nous avons maintenant une autre personne gênante dans l’équipe... C’était l’une des raisons pour lesquelles je n’avais pas voulu faire ça en premier lieu ! Ces deux-là étaient probablement semblables à l’ancien professeur en ce qui concernait la personnalité.

En porte-t-elle !? Celles-là !?

« De quelle couleur est-elle !? »

« Aucune couleur... Elle est transparente... »

« Affirmatif ! Je te reconnais comme une personne compatible. Désormais, la Gynoïde numéro vingt-sept, désignation “High Rosetta” te sera attribué. Puissions-nous travailler ensemble pour toujours, monsieur, affirmatif ! »

Rosetta m’avait salué, mais franchement, je m’en fichais. Elles n’avaient pas été tout à fait claires, surtout au niveau du packaging du produit, mais... Elle aurait dû avoir plus honte ! Elle était transparente...

Goutte à goutte, goutte à goutte... Mon saignement de nez refusait de lâcher prise.

« Ça s’est déjà arrêté ? »

« D’une façon ou d’une autre... »

Le torrent de sang s’était finalement calmé. J’avais réussi à éviter la mort par saignement de nez. C’était un soulagement.

Rosetta s’était changée avec des sous-vêtements ordinaires. Ce n’était pas bon pour ma santé de la voir se promener comme ça. Cela dit, je n’avais pas vu la preuve qu’elle avait faite ce que je lui avais demandé. Bien que je n’avais pas non plus été capable de la regarder directement à ce moment-là.

« Alors, commençons la visite de l’atelier. Oui, monsieur, allons-y. »

Rosetta avait parlé avant de se lancer dans une marche rapide. Elle m’avait regardé en réponse.

... Qu’est-ce qu’il y avait maintenant ?

« Ne veux-tu pas voir la culotte que j’ai mise quand je me suis changée ? »

Rosetta avait gloussé, puis avait attrapé l’ourlet de sa jupe.

« Certainement pas ! Dépêche-toi de me faire la visite ! »

« Affirmatif, monsieur ! Au fait, préfères-tu les grosses ou les petites poitrines ? »

« Continue la visite ! »

« Affirmatif ! »

D’où elle sortait ça !? Si les parents se comportaient comme des adultes, les enfants ne devraient-ils pas rester des enfants ? S’il vous plaît, lâchez-moi un peu...

J’avais marché derrière Rosetta, en m’approchant du bâtiment en forme de matrice. Comme c’était un atelier, je m’étais dit que c’était un endroit où ils avaient créé des choses.

Le bâtiment blanc mesurait une cinquantaine de mètres de haut de chaque côté. C’était à peu près la même taille que l’Arc de Triomphe en France, mais ce bâtiment était cubique. Il était à peu près de la même longueur et de la même hauteur.

Pourtant, il ne semblait pas y avoir de fenêtre... En fait, il n’y avait pas de portes non plus. Nous étions arrivés au bord de la bâtisse et Rosetta avait posé doucement ses mains contre le mur.

Dans l’instant qui avait suivi, plusieurs lignes étaient apparues le long du mur blanc, puis s’étaient transformées en un petit cube. Cela s’était transformé en une entrée en un clin d’œil.

Ce bâtiment est fait de petits cubes ou quoi !? Un bâtiment composé de petits cubes qui pouvaient se réformer selon les ordres de Rosetta, peut-être ? Cet atelier était vraiment quelque chose.

Nous étions passés par l’entrée nouvellement construite, puis nous avions monté plusieurs volées d’escaliers jusqu’à ce que nous entrions dans un grand espace dégagé. Quel était cet endroit... ?

C’était un espace complètement blanc. Il n’y avait rien dans le coin. Il n’y avait littéralement rien, car c’était un espace vide et blanc. Des murs blancs, un sol blanc et un plafond blanc. C’était large et vaste. Beaucoup trop vaste, et beaucoup trop large, en fait. C’était plus grand à l’intérieur, alors... l’espace était-il réparti par des moyens magiques ?

« Quel est cet endroit ? »

« C’est l’atelier, oui, monsieur. C’est une installation équipée de tous les outils d’artisanat imaginables, d’un établi sophistiqué et de capacités de production en série. »

Pendant qu’elle parlait, Rosetta avait touché un panneau du plancher, ce qui avait fait germer une table blanche devant mes yeux. La table semblait également avoir un tas d’outils en saillie sortant d’elle.

Je vois... Ainsi, les petits blocs blancs qui composaient le bâtiment pouvaient se transformer en outils et équipements.

« Seuls toi et moi pouvons diriger l’atelier ! Tu peux construire des objets originaux ici, mais aussi produire en série des copies d’autres objets ! Tant que tu as les matières premières, affirmatif ! »

C’était logique. S’il ne s’agissait que de faire des choses, alors j’avais déjà [modélisation], mais la production en série d’articles en était une autre. Par exemple, je pourrais produire des bicyclettes en série et commencer à les vendre... je pourrais alors sérieusement commencer à faire des affaires.

Cependant, créer quelque chose de plus complexe comme un smartphone ne serait probablement pas faisable. Je n’avais aucune idée de ce qu’ils contenaient.

Je m’étais dit que je serais capable de faire la forme générale, peut-être même ce qu’il se trouvait à l’intérieur, mais si je le faisais en quelque chose comme du fer, elle ne fonctionnerait évidemment pas.

Mais vraiment... cet endroit aurait mieux valu être nommé l’usine de production de Babylone... Le nom était totalement trompeur.

J’avais décidé de faire une expérience. J’avais sorti mon Brunhild et demandé à Rosetta de le reproduire. J’avais retiré un morceau de mithril de [Stockage], puis je lui avais demandé de l’utiliser comme matériau.

Rosetta posa mon Brunhild sur la table blanche, posa sa main dessus et récita une incantation.

« Scanner. »

Une lumière vert terne clignota brièvement sur la table. Une fois la préparation terminée, Rosetta avait retiré Brunhild de la table et avait placé la masse de mithril là où il se trouvait.

« Copie. »

La table s’ouvrit légèrement, avalant la masse de mithril dedans. Le voyant vert clignota à nouveau. Puis, un trou s’était ouvert et le produit fini était sorti. C’était rapide ! L’excès de mithril était dispersé sur les côtés, mais le produit au milieu était sans conteste mon Brunhild. Sauf que celui-ci brillait d’un éclat argenté.

« Regarde un peu ça. »

Une image du Brunhild argentée avait été projetée devant Rosetta. Elle avait placé son doigt le long de l’image, changeant et ajustant les traits les plus fins.

En même temps, le Brunhild d’argent sur la table s’était tordue et s’était modelée en une forme à peu près similaire, mais certainement différente de ce qu’elle était auparavant. Il avait été modifié pour correspondre à la forme que Rosetta avait créée sur la projection à l’écran.

« Tu peux librement changer la conception de ce que tu produis par ce moyen, affirmatif. »

J’avais pris l’arme dans ma main et j’avais essayé d’activer le mode lame, mais elle ne s’était pas étendue. Cela m’avait intrigué pendant un moment. Puis j’avais réalisé qu’il n’était pas capable de copier la programmation que j’avais appliquée à l’objet de base.

J’avais appliqué toute la programmation de combat que j’avais mise sur mon Brunhild original au nouveau modèle, puis j’avais rangé l’ancienne en utilisant [Stockage]. Après tout, je me sentais plus à l’aise avec du Mithril.

« Si tu notes un nombre exact pendant la copie initiale, il continuera à les produire automatiquement après cela. Oui, monsieur. »

« C’est vraiment pratique. »

Je sentais que ce n’était pas équivalent à une production de masse, mais je savais que ce serait certainement utile plus tard. Oh, c’est vrai...

« Rosetta. Cesca a parlé d’une arme qui pourrait s’opposer à la phrase... »

« Monsieur oui, monsieur ! C’est le Frame Gear, monsieur ! Tu peux certainement les produire ici. J’avais aidé le professeur à le faire, monsieur ! »

C’était comme je l’avais pensé. Les Frame Gear avaient été construits dans l’atelier, puis stockés dans le hangar après cela. Tout ce que j’avais à faire, c’était...

« Rosetta, on peut faire un Frame Gear ? »

« Monsieur, non, monsieur ! Pour l’instant, le mieux que je puisse produire, c’est de l’équipement et des choses similaires. Les schémas des Frame Gear ne sont pas sur place. Tu auras plus de chance de les trouver dans l’entrepôt, oui, monsieur ! »

Bon sang... Donc nous devrions trouver soit le hangar, soit l’entrepôt... Je suppose que je n’avais pas le choix...

« Je vais appeler les autres ici pour le moment. Cesca sera également probablement heureuse de te voir. »

« J’ai hâte d’y être, oui, monsieur. »

J’avais complètement oublié les amis que j’avais laissés dans le désert. J’avais ouvert une [Porte] à la hâte, là où se trouvaient les autres.

{Maître ? Le jardin semble avoir bougé de manière inexplicable.}

Kokuyou m’avait envoyé un message télépathique. Oh, j’avais failli les oublier.

{Ne t’inquiète pas. On l’emmène à Belfast d’ici. Nous avons trouvé l’atelier.}

J’avais ouvert une [Porte] et tout le monde avait déménagé dans le jardin. Il semblerait que les deux établissements se dirigeaient sans problème vers Belfast, alors j’avais ouvert un autre portail, j’avais pris mes familiers et j’avais ramené tout le monde à la maison, au manoir.

Nous avions traversé la terrasse et étions entrés dans le salon. Rebecca, Logan et Will étaient là. Dès qu’ils nous avaient vus, ils s’étaient levés de leurs sièges et s’étaient agenouillés devant nous.

« Hé, ne fais pas ça ! Ça suffit ! »

« Non, non, non ! Mlle Cécile nous a tout dit ! Pardonnez notre impolitesse. Demandez au roi de nous pardonner ! »

Qu’est-ce que cette bonne leur avait dit exactement... ? J’avais regardé Cécile et elle m’avait tiré la langue. En plus, elle m’avait aussi fait un petit sourire méchant. Ne crois pas que je te pardonnerai pour ça !

« Vraiment, ne t’en fais pas tant pour ça. Les formalités ne sont pas nécessaires ici. »

« Mais... »

Le trio s’était levé avec hésitation. Je leur avais dit de s’asseoir sur leurs chaises, et ils l’avaient fait.

« Eh bien, on va prendre un bain. »

Elze et les autres filles étaient parties dans leurs chambres respectives. Leen et Paula étaient retournées au palais royal pour parler de la Phrase et d’autres sujets. Je m’assurais de lui dire que toute mention de Babylone était cependant interdite.

Cesca et Rosetta se dirigeaient vers ma chambre. Cela m’avait rappelé le fait que je ne savais pas si Rosetta allait devenir l’une de nos servantes.

« Où sont les anciennes esclaves ? »

« Elles sont très... fatiguées, oui. Alors, elles sont allées se reposer et... se rétablir. »

« Rebecca, je ne suis pas un noble. Tu n’as pas besoin de te forcer à parler formellement. »

Rebecca avait clairement l’air tendue et mal à l’aise en raison de son statut social inférieur, alors elle avait fait un sourire ironique et avait avalé l’eau que Renne avait apportée.

« C’est vrai ? Alors je ne m’inquiéterai pas pour ça. »

« H-Hey, tu es sûr que c’est bon... ? »

« Il a dit que c’était bon, n’est-ce pas ? Il n’y a pas de problème, Logan. »

Rebecca avait ignoré la remarque de Logan et m’avait fait un sourire. Ça ne me dérangeait pas tant que j’étais sûr qu’il finirait par s’en remettre.

« Alors, qu’est-ce que vous allez faire après ? Vous trois pouviez facilement travailler avec la guilde, mais qu’en est-il des filles ? »

« Eh bien, c’est le problème... ces filles sont originaires de villages pauvres. Elles n’ont pas de compétences spécialisées à proprement parler, et leur capacité de combat est minime. Nous ne les abandonnerons pas tant que nous n’aurons pas tous un travail stable, je le sais bien, mais... »

« Hm... Je comprends. »

Le travail, hein... J’avais pensé à produire des vélos en série dans l’atelier et à les faire vendre par les filles, mais ce serait un peu difficile...

J’avais préféré garder l’atelier secret de toute façon, et j’aurais préféré demander à un professionnel de la distribution et de la vente plutôt que de le faire moi-même. Ce marchand de Mismede, Olba. De mémoire, c’était le père d’Olga, le chasseur de renards.

Quand il s’agissait de travailler autrement, j’envisageais de tenir une sorte de stand de nourriture, mais il y avait le coût des ingrédients à prendre en compte. De plus, cela ne générerait pas beaucoup de revenus pour sept personnes.

Hmph, je ne pouvais pas vraiment penser à quelque chose de bien. Les affaires étaient plus difficiles que vous ne le pensiez...

Je me demandais quoi faire.

***

Chapitre 2 : Le Lecteur Lunatique, café littéraire

Partie 1

J’avais décidé d’ouvrir une boutique. Mais pour démarrer une entreprise, j’avais besoin d’argent. J’avais donc envisagé de vendre plus de mithril, mais cela s’était avéré pas assez pratique, alors j’avais laissé tomber.

Au lieu de cela, j’avais pris du fer, du caoutchouc et j’avais produit en série une centaine de bicyclettes dans l’atelier. Ensuite, j’étais allé à Mismede et j’avais négocié un accord commercial pour une somme considérable avec Olba, le père d’Olga et d’Arma.

En toute honnêteté, je me sentais un peu coupable d’avoir gagné autant rien qu’avec du fer et du caoutchouc. Mais Olba était un marchand, donc j’étais sûr qu’il avait le sens des affaires. De toute façon, il profiterait probablement plus des vélos que je n’aurais jamais pu en profiter, donc c’était un investissement digne d’intérêt. J’avais essayé de ne pas trop y penser, car les relations d’affaires étaient généralement confuses.

Quoi qu’il en soit, cela m’avait aidé à obtenir les fonds nécessaires. J’avais décidé de visiter une librairie à Mismede pendant que j’étais dans le coin. Je m’étais fait un devoir d’aller chercher la plupart de leurs œuvres littéraires majeures. J’avais aussi acheté plusieurs séries complètes.

Mais je n’avais acheté que des œuvres achevées. J’avais fait en sorte d’éviter les séries en cours. Ce monde n’avait pas de calendriers de sortie, alors c’était à l’auteur de décider si le prochain livre allait être publié ou non. Je ne pouvais pas me donner la peine d’attendre et de garder un œil sur ce genre de choses. Au total, j’avais acheté environ 500 livres.

Puis j’étais allé à Eashen, en m’arrêtant chez Oedo pour y acheter des livres. J’étais un peu déçu, parce que je m’attendais à quelque chose comme des parchemins japonais traditionnels et des calligraphies, mais il semblerait qu’il n’y avait que des livres ordinaires. Je m’étais concentré sur les livres basés sur le folklore et les légendes. Eashen avait beaucoup de contes de fées mythologiques. J’y avais acheté environ trois cents livres et je les avais rangés avec [Stockage].

Yumina avait partagé ses souvenirs avec moi, alors j’avais pu me rendre à Berne, la ville impériale, qui se trouvait en plein milieu de l’Imperium Refreese. J’y avais acheté environ 400 livres. C’était la première fois que je venais à Berne, mais j’avais décidé de visiter la ville une autre fois.

Rebecca m’avait donné des souvenirs de la capitale de Sandora, Kyuray. Puis, Lapis m’avait donné des souvenirs de Gallaria, au Cœur de l’Empire Regulus. Je m’en servais pour aller dans ces endroits et y chercher des livres.

Quand j’étais arrivé à la librairie de Belfast, j’avais déjà une sacrée collection.

« Pourquoi as-tu ramassé autant de livres ? »

Linze regarda la montagne de livres que j’avais ramenés avec moi. Quand j’en remarquais un qui m’intéressait, je le feuilletais brièvement. Mais pas trop. Après tout, c’était ma marchandise.

J’avais enchanté tous mes livres choisis avec [Protection]. Cela empêcherait les livres d’être souillés et les rendrait résistants à l’humidité et à l’usure générale. Je les avais également empêchés d’être brûlés par le feu. Bien que je ne sois pas sûr que la magie du feu puisse la contourner ou non.

Elze avait ouvert la porte et était entrée.

« Je cherchais des propriétés, comme tu l’as demandé. En fait, j’en ai trouvé une plutôt bien. C’est au bout de la rue principale dans le quartier sud. Elle est d’une taille décente, et l’endroit semble également en bon état. »

« Bien sûr, on l’achètera si c’est prometteur. »

« Pourtant, je n’aurais jamais pensé que tu ouvrirais une librairie. »

C’était presque ça. Ce n’était pas une librairie que je voulais tenir ici.

« Non, je ne vais pas ouvrir une librairie. En fait, je pense plutôt à un café. Vous verserez de l’argent pour entrer pendant un certain temps, et ensuite vous aurez accès gratuitement à autant de livres que vous le souhaitez. »

C’était grossièrement semblable à un manga café. Les livres étaient assez chers dans ce monde. Les gens ordinaires n’avaient généralement pas accès à la littérature. Cependant, les textes éducatifs de base comme les abécédaires étaient assez accessibles.

Ce royaume n’avait pas non plus de bibliothèques publiques. La seule bibliothèque était celle qui se trouvait à l’intérieur du Palais Royal, et évidemment, tout le monde ne pouvait pas se promener là-bas.

Après y avoir réfléchi, j’avais pensé qu’un endroit où vous pourriez lire librement serait une bonne idée. Et pas seulement des livres de Belfast, mais des livres du monde entier. De plus, avec l’idée du café, les gens n’auraient même pas besoin de les acheter. C’est pourquoi j’avais eu l’idée d’une sorte de « Café littéraire ».

« Je vois... Lisez autant de livres que vous le souhaitez... et mangez aussi un morceau. L’idée est charmante. Honnêtement, je passerais tout mon temps dans un endroit comme ça. »

Linze murmura quelque chose en regardant la montagne de livres.

« Alors tu comptes laisser les esclaves diriger l’endroit ? »

« C’est le plan, au début, en tout cas. Si elles trouvent un meilleur emploi ou quelque chose qu’elles préfèrent, elles peuvent bien sûr partir. Je peux juste engager du personnel de remplacement. »

Les filles de Sandora étaient plutôt douées dans la cuisine, alors j’avais pensé qu’elles seraient à l’aise à l’idée de travailler dans un café. En tout cas, je n’avais vu aucune objection à ce qu’elles puissent travailler toute ensemble sur les produits alimentaires. J’avais pensé qu’elles pourraient gagner décemment leur vie grâce aux clients de l’endroit.

« Allons voir l’endroit. »

J’avais emmené Elze et Linze avec moi, et nous nous étions téléportés dans le district sud.

La propriété était plutôt en bon état. C’était un large bâtiment, probablement une auberge à l’origine. Le premier étage ressemblait à un ancien bar. Il aurait certainement pu être rendu plus attrayant avec un peu de décoration. Les deuxième et troisième étages possédaient des chambres, ce qui, à mon avis, serait parfait pour les gens qui voulaient lire dans le calme et la tranquillité. J’avais toutefois décidé de fixer un tarif un peu plus élevé pour ces chambres.

« Ça m’a l’air bon. Allons acheter cet endroit. »

J’avais contacté l’agent et signé l’acte. L’endroit était à moi. L’acheter n’était certainement pas bon marché, mais j’avais un bon pressentiment.

Très bien, maintenant, entamons la rénovation de l’endroit. Faisons de notre mieux.

J’avais appelé Wendy et les autres esclaves du manoir. Will était également venu, même si je ne lui avais pas demandé de venir. J’avais demandé à toutes les filles de nettoyer l’étage supérieur.

J’avais commencé à utiliser [modélisation] pour transformer les sièges en canapés doux et moelleux.

J’avais décidé où installer le comptoir de réception et où commander les boissons. Hmm... devrais-je le faire en libre-service pour les clients du premier étage ? Peut-être juste de l’eau ou du thé, gratuitement... ? Cela pourrait provenir des frais d’inscription. Des plantes décoratives... Je ne pouvais pas vraiment le faire, alors peut-être que je devrais en prendre de mon jardin et les apporter ici... Et mettons plusieurs étagères sur ce mur ici...

Après ça, j’avais fait des fauteuils inclinables. J’avais aussi fait des petites tables. Ouais, ça avait l’air bon.

J’avais commencé à sortir tous les livres de mon [Stockage], puis j’avais demandé à Will et Wendy de les empiler et de les ranger sur les étagères.

« Monsieur... J’ai une question. »

Wendy me parla pendant qu’elle rangeait les livres. J’aurais vraiment aimé qu’elle ne s’adresse pas à moi comme ça, mais elle m’avait semblé catégorique à ce sujet.

« Et si des clients venaient et emportaient les livres avec eux ? »

« Ah, en fait, j’y ai pensé. Et si quelqu’un entre dans une chambre, met un livre dans son sac à dos et s’en va, non ? Vous vous demandez ce qui se passera alors ? »

Bref, elle était préoccupée par le vol à l’étalage. Les livres avaient beaucoup de valeur par ici, et je savais que cela mènerait au vol, alors j’en avais déjà tenu compte. Des mesures avaient été mises en place !

« Et si on demandait à Will de faire une démonstration ? Prends un livre et mets-le sous tes vêtements. »

« A-Ah... Moi ? »

Will avait l’air inquiet, mais il avait fait ce que je lui avais demandé. Il avait pris un livre, l’avais mis sous ses vêtements et était sorti par la porte. Et puis...

« Ahwgh !! »

« Will !? »

Will avait fait un bruit bizarre et s’était effondré comme un chiffon humide. Super, ça marche ! Je l’avais mis en place pour que les livres lancent une [Paralysie] quand ils étaient sortis du bâtiment.

De plus, les livres qui se déplaçaient à plus de dix mètres du bâtiment se téléportaient automatiquement au comptoir de l’entrée. De cette façon, même si quelqu’un utilisait un talisman bloquant la magie, le livre reviendrait quand même à la maison.

J’avais soigné Will en utilisant [Récupération].

« W-Wow... Les voleurs ne s’en sortiront pas... »

« Nous livrerons les coupables aux gardes, et ils seront bannis de l’établissement. Pourtant, il peut y avoir des problèmes de temps en temps, alors j’ai une proposition à vous faire. J’aimerais demander à Rebecca, Logan et toi, Will, de travailler à la sécurité de l’endroit. Après tout, ce serait mieux d’avoir des gens que nous connaissons bien ici. Mais si tu ne peux pas, j’essaierai de trouver des gens dignes de confiance par l’intermédiaire de la guilde. »

« Non, ça me semble bien ! Je pense que je peux travailler ici trois jours par semaine, et trois autres pour la guilde. »

C’était logique. Attends, en fait... et le dernier jour ? Avait-il prévu de prendre un jour de congé ? J’avais essayé de le lui demander, mais Will avait commencé à rougir de façon incontrôlable et ses yeux s’étaient posés dans ses environs. Wendy avait aussi, pour une raison quelconque, commencé à rougir.

J’étais confus par leur comportement, quand soudain quelqu’un m’avait frappé à l’arrière de la tête. Je m’étais retourné et j’avais vu qu’Elze me regardait comme si j’étais un idiot.

« Espèce d’abruti ! Penses-y ! C’est évidemment un rendez-vous. C’est bien d’éclaircir les choses un jour pour être avec celle qu’on aime, n’est-ce pas !? »

« A-Ah... tu ne devrais pas le dire si hardiment comme ça... »

Linze semblait agitée, mais ce n’était rien comparé à la couleur rouge betterave qui était sur le visage de Wendy et Will. Elle semblait avoir raison. Eh bien, c’était tout à fait logique pour moi.

Je m’étais dit qu’il valait mieux laisser leurs sentiments tranquilles. Je n’avais plus de raison de mettre mon nez là-dedans.

J’avais laissé ces deux-là pour finir tranquillement d’empiler les étagères, puis j’avais confectionné une autre chaise longue avec [Modélisation]. Elze avait sauté dessus et l’avait ajusté jusqu’à ce qu’elle soit parfaitement à l’aise.

« Vos sorts Néant sont incroyables, monsieur. Je n’ai aucune aptitude pour les sorts, donc je suis assez jaloux... »

Will avait arrêté de travailler un moment pour commenter mes capacités. J’aimerais vraiment qu’il ne m’appelle pas comme ça.

« Mon défunt grand-père pouvait utiliser la magie Néant. Mais je ne peux pas... La magie n’est pas vraiment héréditaire, donc ce n’est pas trop étrange. »

Il poussa un petit soupir pendant qu’il poursuivait son travail.

Alors, c’est comme ça ? J’avais toujours pensé que la magie n’avait rien à voir avec la famille. Elze et Linze étaient jumelles, après tout, et leurs aptitudes magiques étaient assez différentes. Linze pouvait utiliser trois éléments conventionnels, tandis qu’Elze ne pouvait utiliser que Néant.

« Quel genre de magie Néant avait ton grand-père ? »

La magie Néant était bien sûr de la magie personnelle. Les gens qui pouvaient utiliser exactement les mêmes sorts Néants étaient donc rares. De plus, c’était rarement une magie utile, mais plus un tas de sorts un peu inintéressants. Un sort qui avait rendu l’eau un peu plus salée. Il suffit d’ajouter plus de sel et cela évite de vous ennuyer.

Mais j’étais toujours intéressé à en savoir plus. Même s’il n’avait pas une utilisation immédiate, il pourrait y avoir un moyen non conventionnel de l’utiliser.

« La magie de grand-père n’avait rien de spécial, alors ne soyez pas trop excité. C’est un sort qui rendait les choses qu’il touchait un peu plus lourdes. »

« Plus lourde... ? »

« Oui, cela a juste ajouté un peu de poids aux choses. Ce n’était pas du tout un sort très utile. Le sort s’appelait [Gravité]. »

... Attendez une minute. J’ai compris !

« Will, tu crois que tu pourrais m’en apprendre plus ? »

« H-Hm ? Bien sûr... ? »

Si ce sort pouvait faire ce que je pensais qu’il puisse faire, alors son potentiel pourrait être énorme ! Eh bien, c’était seulement si cela avait quelque chose à voir avec la force gravitationnelle, comme son nom l’indiquait.

J’avais décidé de toute façon de m’occuper du sort plus tard. Pour l’instant, il y avait plus de fauteuils inclinables à créer.

Je n’avais pas non plus encore pensé au menu. Je pensais que quelque chose de léger et facile à choisir serait mieux. Gâteaux, bonbons, ce genre de choses... Des parfaits seraient probablement un bon choix.

***

Partie 2

Nos préparatifs étant terminés, il était temps de s’entraîner et de revoir la charge de travail en prévision de l’ouverture officielle.

Quant à savoir qui travaillait où, j’avais assigné deux filles au comptoir. Elles s’appelaient Suras et Belle.

Elles avaient toutes les deux les cheveux bruns clairs. Suras avait les cheveux courts, tandis que ceux de Belle étaient ondulés et longs. Ils étaient à la fois brillants et soyeux, alors les assigner à la réception était le choix naturel.

Shea et Mea travailleraient dans la cuisine. C’étaient des sœurs aux cheveux noirs. Dès le début, leurs talents de cuisinières étaient plutôt corrects et Créa leur avait montré encore plus de techniques, ce qui leur avait permis d’acquérir une formation de base en cuisine triée sur le volet.

Puis il y avait les serveuses. Sylvie, Wendy et Marica.

Sylvie était l’aînée des sept, mais elle n’avait que 21 ans. Elle était du genre confiante qui gardait tout le monde ensemble. Elle avait fait preuve d’une certaine réserve, mais elle avait rapidement prouvé qu’elle travaillait dur et qu’elle était digne de confiance.

Marica était la deuxième plus jeune, après Wendy. C’était une jeune fille énergique avec beaucoup de volonté. Parfois, cette énergie s’était un peu retournée contre elle et elle avait échoué dans ses tâches, mais elle avait toujours travaillé dur pour y arriver.

Wendy était la plus jeune de toutes, mais c’était une excellente travailleuse. Je m’inquiétais un peu de sa docilité et de son calme, mais elle ne semblait pas avoir de problèmes. Lapis leur avait enseigné un peu les bases du service à la clientèle, alors j’avais pensé qu’elles s’en sortiraient très bien.

J’avais demandé à Zanac de s’occuper des uniformes de tout le monde. J’avais cherché diverses tenues en ligne, mais les filles étaient toutes attirées vers des tenues similaires à celles du protagoniste de Haikara-san ga Toru. Elles avaient dit que les autres tenues étaient un peu trop miteuses autour du buste et des jupes... Je ne le pensais pas, mais je n’allais pas me disputer avec elles.

Pour l’instant, notre emploi du temps semblait en ordre. Nous serions fermés le mercredi et le dimanche. Les heures d’ouverture seraient de 9 h à 19 h. Tous les clients recevront une carte de membre qui enregistrera leur temps de séjour. Le temps passé au café était prépayé, mais si quelqu’un restait plus longtemps, il pourrait payer pour le temps supplémentaire passé à la porte en sortant. Les personnes dans les chambres personnelles paieraient aussi des frais supplémentaires. De plus, les clients pouvaient payer leur nourriture et leurs boissons au fur et à mesure qu’elles arrivaient.

J’avais photocopié des dépliants en masse dans l’atelier et je les avais distribués. Après tout, nous avions besoin de publicité. Nous devions ouvrir dans deux jours.

Après avoir validé la situation avec tout le monde, j’avais commencé une autre partie de ma routine quotidienne.

J’avais posé mon smartphone sur une table et je m’étais assis loin de lui sur une chaise.

« Mise sous tension. »

En réponse à mes paroles, le smartphone s’était allumé tout seul.

« Lancement la recherche. Combien y a-t-il d’humains dans cette maison ? »

« ... Recherche terminée. Il y a dix humains dans la maison. Deux hommes, huit femmes. »

Les hommes étaient probablement Laim et moi, donc Julio était dans le jardin. J’avais seulement cherché des humains, donc Cesca et Rosetta n’étaient pas non plus incluses.

« Lancement la recherche. Combien y a-t-il de personnes dans le jardin de cette maison ? »

« ... Recherche terminée. Une personne dans le jardin, un homme. »

« Je suppose que Tom n’est pas inclus parce qu’il était à l’extérieur de la porte... Projetez les activités ayant lieu dans le jardin. »

« Bien reçu. »

Une projection en 3D était réalisée à partir de mon smartphone. C’était un enregistrement en direct de Julio. J’avais obtenu cet effet en combinant les sorts [Détection lointaine] et [Mirage]. Julio travaillait dur pour s’occuper du parterre de fleurs, mais il avait pris une pause pour se lever et s’étirer un peu. J’avais pensé qu’il était probablement fatigué.

« Cible verrouillée sur Julio. Appliquez-lui [Recouvrement de la santé] et [Récupération]. »

« Bien reçu. Application de [Recouvrement de la santé] et [Récupération] sur Julio. »

Une douce lumière magique était apparue sur la tête de Julio, puis s’était répandue sur son visage. Il avait l’air confus pendant un court instant, mais il avait ensuite bougé, sans effort. Il s’était tourné vers ma chambre. J’avais ouvert la fenêtre pour lui faire un signe de la main, ce à quoi il avait répondu de la même manière.

Super, tout se passait bien. J’avais progressivement ajouté et mis à jour la [Programmation] sur mon téléphone. Pour la sortie vocale, j’avais utilisé la voix de Cesca. J’avais essayé la mienne pendant un certain temps au début, mais je ne l’avais pas vraiment aimé, alors je l’avais changé assez rapidement. J’avais supposé honnêtement que la plupart des gens penseraient la même chose de leur propre voix.

C’était différent de l’ourse en peluche qu’était Paula, puisque la fonction d’enregistrement rendait l’ajout de commandes un peu plus simple. C’était un peu ennuyeux d’avoir à ajouter chaque commande vocale individuellement, mais cela avait progressivement rendu le téléphone plus utile, donc ça ne me dérangeait pas tant que ça. Je ne pouvais pas vraiment utiliser mon smartphone dans le feu de l’action, donc les commandes vocales me seraient utiles dans ce genre de situation.

« Recherche sur le net : Événements quotidiens. »

La projection 3D de Julio avait disparu, remplacée par un affichage de nouvelles de mon monde natal. Il semblerait que la Chambre des conseillers tenait une élection. J’étais un peu triste un instant, car je n’avais jamais eu l’occasion de voter de ma vie là-bas.

« Terminer les tâches. Éteignez l’appareil. »

L’écran de mon smartphone s’était assombri, avant de s’éteindre complètement. Tout bien considéré, ça avait plutôt bien marché. J’avais mis mon téléphone dans ma poche de poitrine et j’étais descendu.

J’étais descendu au premier étage et j’avais vu Will là-bas. J’avais de la chance.

« Tu arrives au bon moment. J’aimerais expérimenter un peu le sort Néant de ton grand-père... Peux-tu venir avec moi ? »

« Celui de mon grand-père ? Mais c’est juste un sort qui rend les choses un peu plus lourdes. Je ne pense pas que ce soit très utile, monsieur... »

« Ce n’est pas ça du tout. En fait, si mon idée est bonne, c’est peut-être l’un des sorts les plus importants dont j’aie jamais entendu parler. »

« Quoi !? »

Will avait adopté un regard extrêmement confus, mais il m’avait quand même suivi. Je ne crois pas qu’il ait cru ce que j’avais dit.

Nous étions sortis le long de la terrasse. Julio s’occupait des fleurs à proximité, comme d’habitude, alors que nous nous dirigions tous les deux vers le milieu du jardin.

« Will, tu peux me prêter ton épée ? »

« Hm... ? Ah, d’accord, dans ce cas. »

Il avait dégainé l’épée qui était à sa taille et me l’avait passée. C’était une épée assez standard. Ça n’avait pas l’air mal, mais c’était un peu gros pour Will.

« J’y pense depuis un moment, mais cette épée ne te va pas vraiment, Will. Pourquoi est-elle si grande ? »

« A-Ah, eh bien... Je venais de la ramasser. Ce n’était pas vraiment la mienne. Je l’avais trouvé dans le désert... donc elle appartenait probablement à quelqu’un qui avait été mangé par un Ver des sables ou quelque chose de pire... »

Putain... Donc il faisait le meilleur usage possible de ce qu’il pouvait obtenir. Les aventuriers novices avaient probablement beaucoup de difficulté à trouver l’équipement approprié, hein... Je supposais que c’était juste la réalité du terrain.

J’avais enfoncé l’épée dans le sol.

« Essaie de l’arracher. »

« Hein ? Eh bien... »

Will avait sorti l’épée en douceur. Il s’en était sorti sans réelle difficulté. Après avoir confirmé la difficulté, je l’avais fait remettre en terre. Will avait l’air très confus. Il semblerait qu’il n’avait pas encore compris l’intérêt de mon expérience.

Puis, j’avais commencé à aller droit au but. J’avais mis ma main autour de la poignée de l’épée, concentrant ma magie.

« [Gravité]. »

L’épée s’était enfoncée légèrement plus profondément dans le sol. J’avais pris cela comme la preuve que les choses fonctionnaient comme prévu.

« Essaie de l’arracher. »

« Hein ? »

Will avait saisi la poignée, puis avait commencé à s’efforcer de l’extraire.

« Ngh... ! Kuh !! C’est lourd... ! »

L’épée s’était enfoncée plus profondément dans le sol. Will avait essayé de la soulever, mais il n’avait pas pu la déplacer.

« On dirait que ce sort peut altérer le poids de n’importe quel objet touché. Mais ton grand-père ne pouvait que rendre les choses un peu plus lourdes parce que ses capacités magiques étaient petites dès sa naissance. »

Honnêtement, il aurait été plus juste d’appeler cela une magie qui changeait la gravité, mais peut-être aurait-il été plus approprié de l’appeler une magie de transfert de poids. C’était peut-être un meilleur nom que [Gravité], mais je n’avais pas besoin de m’inquiéter pour ces petits détails.

Le seul inconvénient était que l’objet devait être touché directement pour être modifié, mais le poids pouvait être changé librement et il pouvait être défait à tout moment. De plus, mon propre poids pourrait aussi être modifié.

En d’autres termes, si je concentrais ma magie au point d’impact, je pourrais faire quelque chose de cool comme un punch mégatonne. Mais je ferais probablement de gros dégâts à mes poings, donc ce ne serait pas une si bonne idée.

Changer le poids de mes armes au milieu de la bataille serait probablement l’utilisation la plus intelligente. Je pourrais probablement même casser une Phrase avec ceci si je maximisais le poids...

Je pourrais également réduire mon propre poids pour augmenter les effets d’[Accélération] et de [Renforcement].

Je pourrais aussi enchanter des armes avec ça, pour les rendre plus faciles à manier. Bien que l’utiliser sur une hache ou une masse ne serait pas d’une grande utilité... Après tout, ces armes n’étaient puissantes qu’en raison de leur poids. Quoi qu’il en soit, cette magie avait été extrêmement bénéfique.

« La magie de ton grand-père est incroyable, tu sais. Il n’avait pas assez d’énergie magique pour faire ressortir tout son potentiel. »

« Je ne savais pas que la magie de grand-père était si incroyable... ! »

Will m’avait involontairement donné un moyen de combattre la Phrase. J’avais dû lui laisser un gage de remerciement, quoi qu’il arrive. J’avais pris un morceau de mithril dans [Stockage], j’avais utilisé [Modélisation] pour le transformer, et j’avais remis un plastron en mithril au garçon, ainsi qu’une paire de gantelets.

« C’est... c’est bon ? Vraiment ? »

« N’en parle pas, gamin. Considère ça comme un remerciement pour le sort. Laisse-moi aussi faire quelque chose pour ton arme. »

J’avais annulé [Gravité] et pris l’épée de Will. Je l’avais ensuite enchanté en utilisant [Gravité], mais cette fois-ci, j’avais appliqué l’effet à l’envers. Il devrait être plus facile à manier, bien que la diminution du poids lui donnerait un peu moins de puissance d’impact.

Je lui avais donné l’épée, et il lui en avait donné quelques coups. Ses yeux s’élargirent avec stupéfaction.

« Wôw, c’est tellement plus facile à gérer. Je pourrais peut-être vaincre les monstres plus facilement maintenant ! »

« Mais ne soyons pas trop arrogants. Oui, je sais de quoi tu as besoin. Une formation accélérée devrait t’aider à comprendre... »

« Eu-Euh ? »

Je l’avais attrapé par le poignet et je l’avais emmené...

« Alors, l’affronteras-tu ? »

« Je vois... »

J’avais emmené Will sur le terrain d’entraînement de l’Ordre des Chevaliers de Belfast. De là, je l’avais amené au général adjoint Neil et lui avais expliqué sa situation.

« Vous arrivez vraiment au bon moment. En fait, nous avons essayé de rattraper le problème précédent avec les nobles qui se mélangeaient dans nos rangs, donc notre recrutement est devenu beaucoup plus équitable et plus large ces derniers temps. »

« Heheh, alors... Will peut s’entraîner et se joindre à vous s’il prouve sa valeur ? »

« Ça dépend de lui. »

Neil regarda le garçon d’un œil aiguisé.

« Will, c’est ça ? En mettant de côté toute l’histoire de rejoindre nos rangs... voulez-vous devenir fort ? »

« Je... je veux devenir fort. Il y a quelqu’un que je veux protéger. C’est pourquoi je veux devenir plus fort. Non, je ne veux pas juste devenir plus fort. Je veux devenir un homme digne de protéger ce qui l’intéresse. »

Ses genoux étaient faibles, ses paumes en sueur, mais il répondait toujours résolument. Je pensais qu’il parlait de Wendy. Neil avait souri au garçon, laissant échapper un rire chaleureux.

« Magnifique. C’est l’honneur et le devoir d’un chevalier de se battre pour ce qu’il aime. Tu as du caractère, mon garçon, et je respecte ça. Le matin ou le soir, tu viendras me voir. Tu peux t’entraîner à ta guise, alors tu te joindras à nous pour l’entraînement ? »

« Je vous le promets ! »

Will avait donné une réponse résolue.

« Sois courageux, jeune homme. Sois fort. »

***

Partie 3

 

Contrairement à ce à quoi je m’attendais, mon café littéraire, le lecteur lunatique, avait fini par devenir très populaire. Beaucoup de gens étaient venus parce qu’ils avaient entendu dire que le magasin était quelque peu unique en son genre, et beaucoup d’individus avaient fini par y rester pendant de longues périodes de temps en raison du caractère très confortable du lieu.

C’était pourquoi, trois jours après l’ouverture, nous avions décidé de créer un « Passe à la journée ». En l’achetant et en payant une somme d’argent fixe, les clients pouvaient aller et venir à leur guise. Les frais étaient un peu élevés, mais beaucoup moins élevés que ceux qu’ils devaient payer pour une journée entière aux tarifs normaux.

Nous avions également commencé à manquer de chaises et de salles privées, alors nous avions nettoyé le jardin et permis aux clients de lire sur les bancs. Toutefois, cette option était entièrement en libre-service et ne couvrait que la lecture. De plus, les jours de pluie avaient rendu le jardin complètement inutilisable.

Outre la popularité, une autre chose qui m’avait surpris, c’était l’équilibre entre les sexes parmi les clients. Dans mon esprit, ce commerce ressemblait beaucoup à un manga café, donc je m’attendais à ce que les clients soient principalement des hommes, mais c’était évidemment l’inverse.

Près de 80 % des clients étaient des femmes. Cela était probablement dû au fait que les livres disponibles étaient pour la plupart des récits.

Dans ce monde, les hommes s’intéressaient davantage aux choses plus pratiques, comme les livres manuels, les guides topographiques, les manuels de magie et les textes sur les techniques à l’épée, alors que les récits ne semblaient pas trop les intéresser. Pourtant, il y avait des hommes qui venaient ici pour lire des histoires de chevaliers, d’aventuriers et d’autres romans militaires de ce genre.

Une fois que nous avions réalisé que la plupart des clients étaient des femmes, nous avions commencé à élargir notre sélection de livres en pensant à elles. Le nombre de clientes avait connu une augmentation particulièrement importante lorsque Linze nous avait suggéré d’ajouter un nouveau genre à la sélection.

En fait, ces livres étaient si populaires que j’avais dû utilisé [Portail] pour me rendre à divers endroits pour en acheter d’autres exemplaires.

Je n’arrivais pas à décrire de quoi il s’agissait. Cependant, je pourrais honnêtement dire que je prendrais mes distances par rapport à tout homme qui les aurait lues de son plein gré. Leur présence m’aurait fait me sentir en danger.

Quoi qu’il en soit, comme le café avait été un grand succès, nous avions amassé une somme considérable d’argent. J’avais plus qu’assez pour le salaire de tout le monde, alors après les avoir payés, elles avaient toutes quitté le manoir et avaient trouvé leur propre logement.

Rebecca et Logan étaient partis il y a quelque temps, et Will les avait suivis peu après avec Wendy dans ses bagages. Bien sûr, ils vivaient tous dans le même endroit, même si ce n’était pas la même pièce. Sauf Wendy et Sylvie, en tout cas. Fais de ton mieux, petit.

« D’accord, ça fait un moment que je n’avais pas fait mon travail principal, alors je vais aller à la guilde. »

Après tout, je voulais tester la nouvelle [Programmation] sur mon smartphone et le sort Néant [Gravité]. Yumina était la seule qui n’avait rien de prévu pour la journée. Apparemment, puisqu’elle était la seule à être de rang bleu, elle voulait vraiment atteindre le rang rouge.

« Alors, on y va ? »

« Oui. On va chasser ensemble ! »

C’était trop brutal pour un rencard. C’était certainement quelque chose que je refuserais...

Tous les deux, nous nous étions rendus à la guilde, nous y étions entrés et avions remarqué qu’elle était remplie d’aventuriers de toutes sortes, comme d’habitude.

Lorsque nous avions commencé à marcher vers le panneau de demande, un homme de grande taille se tenait juste devant nous. C’était qui, bordel ? Il portait un pantalon noir et un gilet rayé sur son torse nu. Deux grosses haches étaient suspendues à sa taille, et pour une raison quelconque — probablement due à un horrible sens de la mode — il avait des chaînes autour de son cou. Sa tête était complètement chauve et il avait un sourire désagréable sur son visage.

« Hé, qu’est-ce que vous foutez là ? Ce n’est pas un terrain de jeu, vous savez ? »

C’était la première fois que je le voyais. Il était probablement nouveau dans la capitale. Après tout, je n’aurais jamais pu oublier quelqu’un avec un tel sens de la mode.

J’avais regardé autour de moi et j’avais remarqué que d’autres aventuriers souriaient aussi. Cependant, ces sourires ne nous visaient pas... Ils visaient l’homme devant nous.

Maintenant, comment devais-je m’y prendre... ?

« Tu m’écoutes, punk !? Dégage d’ici avant que je te fasse mal... gah !? »

Ses mains se dirigeaient droit vers Yumina, alors je lui avais tiré dessus sans aucune hésitation. J’avais utilisé des balles paralysantes, bien sûr, mais l’impact était encore suffisant pour être équivalent à un coup puissant sur le corps. Il était encore conscient, alors je lui avais montré ma carte de guilde.

« Il ne faut pas juger un livre à sa couverture. »

Après que ses yeux se soient ouverts à cause de la carte rouge, je l’avais traîné et jeté hors de la guilde. J’avais essayé d’utiliser [Gravité] pour le rendre plus léger, et cela s’était avéré être une application assez utile du sort. Le porter était ainsi facile.

Une fois de retour à la guilde, les gens qui souriaient riaient maintenant très fort. Je savais qu’ils espéraient quelque chose comme ça.

« Il a du cran ! Tout le monde ne peut pas s’en prendre à un Tueur de Dragons ! »

« De toute évidence, il ne le savait pas. Tu aurais dû lui dire, bon sang ! »

« Es-tu stupide !? On ne rirait pas comme ça ! »

Tous les autres étaient d’accord et riaient avec lui. Ces gens étaient justes...

Ce n’était pas la première fois qu’on essayait de m’embêter comme ça. Même si j’avais eu de la peine à l’admettre, je n’avais pas l’air fort dans tous les sens du terme, alors des gens comme ce gars me voyaient pour un amateur. Je finissais toujours par les tabasser et leur montrer à quel point ils avaient tort.

Eh bien, peu importe. Je m’étais rendu au conseil d’administration et j’avais examiné les demandes qui s’y trouvaient. Cette fois, il n’y avait que nous deux, donc de grandes quêtes de subjugation n’étaient pas envisageables.

J’avais pris une des demandes de subjugation de rang rouge et je l’avais lu.

« Crabe Sanglant ? Je suppose que c’est un crustacé dangereux ? »

« Oui, c’est un crabe rouge géant. Ils se reconnaissent facilement à leurs quatre grosses pinces et à leur carapace robuste. La carapace est un bon matériau pour une armure, tandis que la viande est de haute qualité. Les deux peuvent rapporter un bon prix sur le marché. »

Intéressant... C’est vraiment une quête séduisante. Je suppose que je vais la prendre.

Nous n’avions eu qu’à abattre l’un d’eux, et nous n’avions eu aucun problème à l’atteindre parce qu’il n’était pas trop éloigné des golems de mithril que nous avions vaincus il y a un moment.

J’avais pris le papier de demande et je l’avais apporté à la fille au comptoir. Le rang de Yumina était bleu, mais j’étais rouge, donc nous n’avions eu aucun mal à prendre la quête. Cependant, si nous avions une autre personne d’un rang bleu ou inférieur parmi nous, nous n’aurions pas pu l’accepter parce qu’il y avait plus de gens de rang inférieur dans le groupe que ceux qui répondaient aux critères.

« Vous êtes le propriétaire du café de lecture “Le Lecteur Lunatique”, n’est-ce pas ? »

Un peu timidement, la réceptionniste avait commencé à me parler.

« Eh bien, oui... »

« Hmm ! L’Imperium Refreese possède une série de livres intitulée “L’Ordre de la Rose”. Avez-vous l’intention de l’ajouter à votre sélection ? »

La femme s’était approchée de moi avec un air excité à son sujet et un rougissement sur son visage. Elle semblait vraiment intéressée par ce livre.

« Euh, eh bien... le livre forme-t-il une série complète ? »

« O-Oui ! Il devrait y avoir une quinzaine de volumes au total ! »

Je n’avais vu aucun problème avec l’achat d’un récit complété. Après tout, les clients perdraient probablement de l’intérêt si je n’investissais pas de temps à autre dans de nouveaux titres. J’avais décidé d’aller l’acheter après ma quête actuelle.

« Bien sûr, dans ce cas j’aurai cette série. Elle devrait être disponible demain, c’est bon ? »

« Sérieusement !? C’est incroyablement rapide ! Demain, c’est mon jour de congé, alors je viendrai lire l’intégralité toute la journée ! Merci beaucoup !! »

Nous avions quitté la guilde après avoir salué une réceptionniste étrangement enthousiaste. Yumina, qui était restée silencieuse tout le temps, n’arrêtait pas de me regarder.

 

 

« Hm ? Non, jamais entendu parler. C’est un récit célèbre ou quoi ? »

« E-Er, euh... C’est l’histoire d’un ordre de chevalier masculin dans un certain pays, l’Ordre de la Rose. Ils ont une confrontation avec les gardiennes du Lys, et... C’est une série bien connue à cause des scènes d’amour de l’ordre des chevaliers... »

... Deux secondes ! Les scènes d’amour de l’ordre des chevaliers ? Quoi ? Mais il n’y avait que des hommes dans le groupe, donc...

Les yeux de Yumina rencontrèrent les miens un instant, mais elle détourna rapidement les yeux. ... C’est vraiment comme ça ?

« ... Bref, tu as déjà promis de les acheter, donc ce serait mal de revenir maintenant sur ta parole... »

« Tu as raison... Eh bien, le personnel de la librairie pourrait commencer à penser des choses bizarres à mon sujet... »

Guh... ça craint. Je ne pouvais pas non plus demander à Yumina d’aller le chercher pour moi.

« ... Attends, Yumina. Tu sembles connaître ce livre assez intimement... Comment cela était-il possible ? »

« Ah, attends. Non, euh, ne te méprends pas ! Je ne lis pas des livres comme ça. C’est juste que... Je n’ai pas vraiment ce genre de passe-temps ! »

Je me posais des questions à ce sujet... J’avais jeté un regard rempli de doutes à Yumina. J’avais également pensé à Linze. Elle était vraiment dans ce genre de choses, mais ce n’était probablement pas une mauvaise influence. Au final, tout le monde avait ses propres passe-temps. Mais je n’avais pas besoin de dire ça à voix haute.

« ... Touya, je connais la personne qui a écrit l’histoire. C’est comme ça que j’en connaissais le contenu, promis. L’auteur est une personne publique, donc les histoires avaient été publiées sous un nom de plume. »

« Hein ? Pour de vrai ? Quelqu’un que je connaîtrais ? »

« Non, je ne crois pas que tu la connaisses. Tu ne dois pas non plus révéler son identité à qui que ce soit... L’auteur de cet ouvrage est Reliel Rehm Refreese. Princesse de l’Imperium Refreese. »

... Quoi ? Attends, attends, attends une minute ! Elle essaie de me dire que l’héritière d’une nation écrit ce genre de livre bizarre !?

« Les lignées royales de Refreese et de Belfast se sont mélangées depuis les temps anciens. Je connais bien Rili aussi. Elle est comme une grande soeur pour moi. Avant que quelqu’un puisse voir ce qui se passait, elle a développé... un certain type d’intérêt, et a commencé à écrire des choses elle-même, c’est tout. »

C’est... désagréable à entendre. Je ne pensais pas que j’irais souvent à Refreese, si je pouvais l’éviter. Je ne voudrais pas la rencontrer par erreur et qu’elle base l’un de ses personnages sur moi. Mais je devais quand même avoir cette foutue série de livres, ça craint !

Je m’étais dit qu’un membre de la famille royale impériale n’irait jamais dans une vieille librairie normale, alors j’avais pensé que ça irait.

Mais... la réceptionniste et beaucoup de mes clients étaient encore... dans le coup. J’avais un peu peur d’avoir introduit une certaine sous-culture dans ce pays. Si c’était pour cette raison que je suis entré dans cette affaire, je démissionne. J’avais décidé d’arrêter de penser à ces bêtises et de me concentrer sur le Crabe Sanglant. J’avais ouvert une [Porte] et j’avais emmené Yumina vers notre but.

***

Partie 4

On disait que le Crabe Sanglant vivait dans un habitat dans une région située au sud de la mine de Steer, l’endroit où nous avions tué les golems de Mithril il y a si longtemps. J’étais sorti du portail juste à l’extérieur de la mine, ne nous laissant pas d’autre choix que de nous diriger vers le sud à pied.

« Ce n’est pas assez loin pour qu’on se donne la peine d’utiliser le jardin, alors courons plutôt. »

« H-Huh ? Argh ! »

J’avais pris Yumina dans mes bras et je l’avais tenue avec mes deux bras. Naturellement, je l’avais portée comme une princesse. Sur ce, j’avais commencé à me précipiter sur la route.

« [Gravité] ! »

J’avais réduit de moitié mon propre poids et celui de Yumina. Si je ramenais notre poids à près de zéro, nous serions beaucoup trop légers et je n’aurais pas un bon contrôle sur notre équilibre.

« [Accélération] ! »

J’avais rajouté ma magie d’accélération et ma magie de fortification du corps par-dessus pour produire un niveau de vitesse extrême. Mais malgré cela, je n’avais senti ni freinage ni résistance. Pas de vent de face non plus. Cela faisait bien sûr partie du pouvoir d’[Accélération].

J’avais l’impression d’être dans un de ces jeux de RV. Je courais à une vitesse fulgurante avec ce paysage autour de moi, mais j’avais l’impression d’être dans un tout autre monde.

Yumina semblait ressentir la même chose, car elle ne réagissait pas à la vitesse intense avec peur, mais avec curiosité. Elle avait regardé les fleurs et nous étions rapidement passés à côté d’elles.

Après avoir couru pendant un court moment, l’habitat était apparu. J’avais posé Yumina après m’être arrêté.

« Lancez la recherche. Crabe Sanglant. Rayon : trois kilomètres. »

« ... Recherche terminée. Un Crabe Sanglant localisé. Au sud-ouest. Affichage. »

Une carte de la région avait été projetée sous mes yeux. L’emplacement du crabe était indiqué sur la carte, à environ un kilomètre de distance.

« Touya, tout à l’heure... c’était Cesca... ? »

« Hm ? Ah, c’est vrai. J’avais décidé d’utiliser sa voix pour mes programmes ici. Pour être honnête, j’avais choisi la sienne parce qu’elle était plutôt froide et sans émotion, tu ne trouves pas ? En tout cas, ce sera une source de distraction en moins. »

J’avais sorti mon smartphone de ma poche et j’expliquais les fonctionnalités à Yumina. Après ça, je l’avais récupéré et j’avais couru en direction du crabe.

On l’avait localisé assez tôt. Il était énorme et rouge. Il possédait une paire de pinces de chaque côté de son corps et portait son encombrante carapace sur ses huit pattes.

Franchement, c’était énorme. Je pensais que c’était de la taille d’un camion à ordures. Il avait une carapace rugueuse de couleur rouge sang, recouverte de divers affleurements et grumeaux ressemblant à des roches.

Cela donnait en quelque sorte l’image d’un crabe royal qui avait muté ou s’était déformé de façon flagrante. Ses pinces étaient aussi extrêmement grosses. C’était presque de façon disproportionnée. Si tu te faisais prendre dans un de ces trucs, tu serais foutu, c’est sûr. Ça te couperait facilement en deux.

Le Crabe Sanglant avait soudainement remarqué notre présence. Il s’était tourné vers nous. Il y avait une grosse mousse de bulles qui sortait de sa bouche, mais j’étais presque sûr que c’était un indicateur d’un crabe enclavé qui commençait les premières étapes de sa privation d’oxygène. Cependant, j’avais rapidement chassé cette pensée parce qu’elle était enracinée dans la manière de pensée d’un autre monde. Tout d’abord, le fait qu’il y aurait un crabe dans la nature n’avait pas de sens à mes yeux. Je ne devais pas penser avec la logique de mon ancien monde, sinon je serais grillé.

J’avais déposé Yumina, et nous avions préparé nos armes. J’avais mis mon Brunhild en mode lame et Yumina avait sorti son Colt M1860 modèle armée.

La bataille avait commencé, et une pluie de balles volait vers le crabe. Il n’avait pas du tout été affecté, probablement en raison de sa carapace robuste. Il semblerait que cette créature avait une défense magique naturellement élevée. La magie ne serait probablement pas très efficace non plus. C’était une quête du Rang Rouge, donc je n’avais pas été trop surpris.

« Prends au piège, ô Terre. J’invoque la colère du sol : [Liens de Terre] ! »

Yumina lança un sort, et le sol aux pieds du Crabe Sanglant avait pris vie, se tordant autour de chacune de ses pattes blindées et entravant son mouvement. Il semblerait que la magie indirecte fonctionnait très bien.

Yumina avait tiré ses balles sur le Crabe Sanglant immobilisé, ciblant les articulations et les charnières de ses pattes. Cette fille s’était attaquée aux points faibles naturels avec une précision d’expert. Elle avait certainement l’étoffe d’une tireuse d’élite.

À ma grande surprise, Yumina avait tiré dans les articulations, l’une après l’autre. Le mouvement du crabe devenait encore plus restreint à chaque nouvelle explosion.

« [Accélération] ! »

Ne voulant pas rater ma chance, j’avais utilisé la magie accélératrice pour sauter au-dessus du crabe et atterrir au sommet de son dos robuste. Même si le sort que j’avais l’intention d’utiliser était une magie directe, j’avais le sentiment que les choses allaient bien se passer. Je m’étais accroupie et j’avais touché l’exosquelette du crabe avant de prononcer un seul mot.

« [Gravité]. »

Avec un craquement puissant, les pattes du crabe se plièrent et gémirent, l’amenant à s’écraser au sol. J’étais sauté par terre et regardais par-dessus la bête, qui ne pouvait plus du tout bouger.

Maintenant que j’avais invoqué ce sort, ton poids va changer selon mes caprices !

« Qu’est-ce que tu viens de faire ? »

« J’ai augmenté de plusieurs fois le poids de son corps avec mon nouveau sort. Son corps est beaucoup trop lourd maintenant, alors il ne peut même plus bouger ! »

Même s’il aurait dû être beaucoup trop lourd à déplacer, le Crabe Sanglant avait quand même essayé d’attaquer. J’avais ajouté plus de poids pour l’arrêter dans son élan. La pince qu’il avait réussi à soulever s’était écrasée au sol et ne s’était pas relevée.

Hmph... J’avais ajouté une tonne de poids, mais sa carapace n’avait pas du tout craqué... Ce type était agaçant.

« ... Touya ? Je crois qu’il est mort. »

« Quoi ? »

La mousse autour de sa bouche avait déjà commencé à se disperser. Des fluides corporels s’échappaient aussi de diverses parties de son corps. Je ne pouvais que conclure que, bien qu’il ait une coquille robuste, les organes internes de la créature ne pouvaient pas supporter ce changement de poids soudain.

J’avais annulé la [Gravité]. Le Crabe Sanglant n’avait pas du tout bougé. Je m’étais approché et je l’avais un peu giflé avec mon Brunhild. Il n’avait pas du tout réagi, je savais alors qu’il était mort.

« C’était un peu plus facile que prévu. »

Yumina avait saisi son arme et avait regardé par-dessus le crabe mort.

« L’un des meilleurs aspects de ce sort, c’est qu’une fois que je l’invoque, je peux manipuler le poids à longue distance. »

J’avais essayé de détendre un peu l’atmosphère et j’avais ramassé quelques petits cailloux sur le sol. Je les avais jetés en l’air. J’avais ensuite multiplié leur poids une centaine de fois pendant qu’ils étaient en vol. Assez rapidement, il y avait eu des trous et des bosses dans le sol partout à cause de mes cailloux éparpillés.

« ... C’est un sort incroyable, n’est-ce pas. »

« Ouais, je pourrais probablement même casser un Phrase avec ça. Le seul inconvénient est que je dois toucher un ennemi pour l’appliquer, mais j’ai peut-être aussi trouvé un moyen de contourner ça. »

J’avais sorti mon smartphone de ma poche. J’avais été capable d’utiliser [Paralysie] sur les gens sans les toucher en utilisant cette méthode dans le passé... alors je me demandais si je pouvais faire la même chose avec [Gravité]. J’avais enfoncé mon Brunhild dans le sol, enterrant partiellement la lame.

« Lancez la recherche : Brunhild. Verrouillage de la cible. Invoquez [Gravité]. Voyons voir... doublez son poids. »

« ... Recherche terminée. Cible verrouillée. Invocation de la [Gravité]. »

J’avais pris en main mon Brunhild. C’était plus lourd que d’habitude. Apparemment, le test avait été un succès. Cela avait fonctionné exactement comme je le voulais. Je n’avais aucun doute dans mon esprit que ce sort magique deviendrait l’une de mes plus grandes armes. J’avais quand même dû me rappeler de ne pas devenir arrogant. Il y avait après tout de la magie qui pouvait neutraliser la magie dans ce monde, donc elle n’était pas infaillible.

J’avais annulé le sort et remis mon Brunhild à ma taille.

« Très bien, il ne reste plus qu’à ramener le crabe. »

« La preuve de l’accomplissement de la quête est une griffe, mais il a aussi été dit que la guilde en achetait d’autres parties. Devrions-nous tout apporter ? »

« Bien sûr, pourquoi pas ? Mais on va garder une patte pour Créa. J’ai vraiment envie d’un ragoût de crabe aujourd’hui. »

« Très bien. »

J’avais mis le crabe dans le [Stockage] et j’avais ouvert une [Porte] pour retourner à la guilde.

La réceptionniste avait fait les gros yeux, choquée en nous voyant arriver avec la preuve de l’accomplissement de la quête, mais elle avait tout compris une fois que je lui avais expliqué mes portails. Le personnel de la Guilde était censé garder confidentielles des capacités individuelles comme celle-ci, donc je n’avais pas vraiment peur de lui dire ce que je pouvais faire. Cela dit, il y avait encore des personnes qui doutaient de mes exploits.

J’avais posé le Crabe Sanglant dans la cour de la guilde et je l’avais fait évaluer. Bien sûr, une patte avait été mise de côté pour un usage personnel.

En somme, carapace et viande incluse, ça valait un joli paquet. Nous avions reçu la récompense pour la quête à la réception, ainsi que le paiement de la vente. Nos cartes de guilde étaient estampillées du sceau de la mission, comme d’habitude.

« Avec ça, Yumina, ton rang de guilde a augmenté. Félicitations. »

Yumina sourit joyeusement en ramassant sa carte de guilde, qui était maintenant entièrement rouge.

« Dieu merci, maintenant je suis au même rang que tout le monde. »

Était-elle si inquiète d’être laissée pour compte ? Comme c’est adorable... Elle ne voulait pas être l’exception.

Il ne restait plus qu’à se rendre dans une librairie à Refreese et à acquérir la marchandise. Nous avions gagné énormément plus d’argent que prévu, alors je m’étais demandé si nous devrions acheter d’autres livres... Des livres de ce genre, je voulais dire.

Après tout, les ventes avaient été dictées par la clientèle. Et heureusement, j’avais quelqu’un devant moi qui s’y connaissait assez bien ce domaine.

« Euh... la réceptionniste ? »

« Ah, vous pouvez m’appeler Prim. Puis-je vous être utile ? »

Je lui avais dit que j’allais acheter cette série et je lui avais demandé s’il y en avait d’autres dans ce genre qui pourrait aussi l’intéresser.

« Attendez, vous allez en acheter beaucoup !? »

« S’ils sont en stock, bien sûr. L’argent que j’ai gagné aujourd’hui devrait suffire à tout couvrir. »

« Attendez un instant, s’il vous plaît ! »

En un éclair, Prim s’était levée et s’était dirigée vers une autre femme de l’état-major de la guilde. Elle lui avait parlé de quelque chose et avait noté des choses sur un bloc-notes. Puis, elle était allée voir une autre employée et avait griffonné d’autres notes. Elle avait répété ce processus dans un cycle, puis elle avait même demandé l’avis de quelques aventurières. Franchement, madame, votre travail était en attente ici...

« Si vous pouvez acquérir tout cela, je vous promets que toutes les femmes à qui j’ai parlé viendront certainement au Lecteur Lunatique demain ! Veuillez prendre note de ça ! »

« Bien sûr... Je vais certainement... prendre note de ça. »

J’avais pris la feuille de papier déchirée et j’avais soudain levé les yeux pour voir plusieurs femmes qui me regardaient fixement. Elles avaient des étoiles dans les yeux.

... Est-ce que c’était vraiment quelque chose qui vous excite ? J’avais quitté la guilde et j’étais rentré chez moi. J’avais prévu d’aller à la librairie après avoir ramené Yumina à la maison, mais par coup de chance, j’avais rencontré Linze, qui mangeait sur la terrasse. Je lui avais montré le mot que Prim m’avait donné.

« ... Et tu prévois d’acheter... tout ça ? »

« S’ils sont en stock, bien sûr. »

Linze avait sorti un stylo de sa poche et commença à griffonner quelques titres. S’il te plaît, arrête d’ajouter des titres sur la liste, Linze. S’il te plaît. S’il te plaît, arrête.

« Ce sont des titres incontournables. Le dernier volume de celui-ci en particulier vient tout juste de sortir, si bien qu’il serait difficile de le manquer. Si c’était disponible au Lecteur Lunatique, les gens deviendraient fous, je te le promets. »

Je ne comprenais pas vraiment tout cela, mais j’avais décidé de faire confiance au jugement de Linze.

Je l’avais remerciée et j’avais décidé de consulter les différentes suggestions de titres.

« L’Ordre de la Rose » — 15 volumes

« Le secret du majordome » — 5 volumes

« Le Serment du Prince des Esclaves déshonoré » — 8 Volumes

« Le garçon enfermé » — 6 Volumes

« Saccharine, étreinte mortelle » — 12 Volumes

« La nuit rouge et chaude, entre les deux qui ne pouvaient pas faire machine arrière » - 5 volumes

« Le piège du magicien » — 12 volumes

« Immoralité ! Le jour de son mariage ! » — 17 Volumes

« Magie teintée de rose » — 9 volumes

« Sous le regard de mon maître » — 18 volumes

... Est-ce que c’était bon ? Était-ce vraiment bon si j’achetais ça ? J’avais déjà le cœur brisé. Mais j’avais déjà dit que je les aurais... donc je n’avais pas vraiment le choix.

J’avais pensé que je devrais probablement séparer ces livres des autres et leur créer leur propre section. J’inclurais aussi un rideau pour empêcher les gens de fouiner, et une dérogation pour refuser l’entrée aux moins de 18 ans. Attendez, en fait, non, c’était la même chose qu’un coin adulte dans un magasin de location de DVD. Argh... Je ne voulais pas avoir une image aussi miteuse. Ce n’était pas quelque chose d’illégal, et ça ne faisait pas la promotion de quoi que ce soit de mauvais, alors... Je supposais que c’est bon, et sain, ouais ! Je m’étais dirigé par une [Porte] vers Refreese, tout en me débattant sérieusement avec l’idée de remettre cet endroit à Linze et de m’en laver entièrement les mains.

***

Partie 5

La Cité Impériale, Berne. L’étoile brillante de l’Imperium Refreese. Dire que le « blanc » était le thème de la ville serait un euphémisme. Tout l’endroit était d’un blanc éclatant. Des murs des bâtiments jusqu’au pavage de la route et les escaliers, tout était blanc. Cela me rappelait des endroits comme Mykonos et Santorin en Grèce.

Le centre de la ville portuaire abritait le magnifique château blanc de Refreese. La mer bleue et l’architecture blanche se mêlaient pour créer une belle ambiance. C’était un peu trop brillant si on me le demandait. Des lunettes de soleil auraient été utiles.

Je n’étais pas venu cette fois pour faire du tourisme, alors j’avais pris la direction de la librairie. Heureusement, j’étais déjà venu ici avant même l’ouverture du Lecteur Lunatique, il n’y avait donc pas non plus lieu de s’inquiéter de se perdre.

Je m’étais appuyé contre la lourde porte et je l’avais ouverte en entrant dans le bâtiment. La librairie était assez grande, il y avait donc un large choix allant des anciens romans aux nouvelles parutions. Une femme toute seule aux cheveux noirs était assise là au milieu, devant un bureau.

Merde, c’était une dame... mais même si c’était un type au comptoir, j’aurais été nerveux. Pas la peine de s’inquiéter pour ça, il fallait juste lui demander.

« Excusez-moi, madame. Je cherche des livres spécifiques. »

« Oui, monsieur ? S’il vous plaît, dites-moi les titres pour que je puisse les chercher pour vous. »

« Très bien, les voici. »

J’avais sorti le billet de ma poche et je l’avais remis à la femme au comptoir.

« Voyons voir cela... L’Ordre de la Rose, le Secret du majordome, le... »

Sa voix s’était peu à peu calmée et elle avait commencé à me regarder de plus près. Je n’avais pas détesté ça, mais ses yeux avaient commencé à prendre le même éclat que les yeux des femmes qui allaient être au Lecteur Lunatique le lendemain. Il y avait des étoiles là-dedans, des étoiles, c’était sûr...

Tu penses vraiment que je suis ce genre de personne ?

« Euh, eh bien... donnez-moi un petit moment. Je vais devoir chercher tous les livres que vous avez demandés tout à l’heure. »

« ... Très bien. Dans ce cas, je vais attendre ici, merci. »

Attendez une seconde... De quoi devrais-je être reconnaissant et compréhensif ? Ce n’était pas comme si je demandais quelque chose d’inhabituel ! Je n’essayais pas de me trouver des excuses, c’était une demande normale !

« Merci de votre patience, je vais maintenant m’occuper de la commande. »

La femme avait souri et s’était enfuie vers son lieu de stockage de livres. Je ne comprenais pas pourquoi elle me traitait comme ça.

Comme je n’avais aucune idée du temps que je devrais passer à attendre, j’avais décidé de prendre un panier et de chercher d’autres livres. Après tout, j’avais besoin d’un peu plus de variété. Si je laissais les choses suivre leur cours, ma précieuse entreprise serait corrompue par ce genre de littérature.

J’étais allé à la section fiction et j’avais mis dans mon panier des histoires d’aventures, des épopées militaires, de vraies histoires d’amour et des contes peu communs.

Après avoir récupéré ces ouvrages, j’étais retourné au comptoir pour trouver une pile de livres qui m’attendait. J’avais pensé que c’était les miens. Mais ce n’était pas la seule chose que j’avais trouvée là-bas. Il semblerait y avoir une petite agitation, avec une cliente qui devenait assez irritable avec la dame à l’accueil.

« Je suis désolée, madame... Nous venons de vendre le dernier en stock, et je ne sais pas quand la prochaine livraison arrivera. »

« Pas possible... qu’est-ce que... »

La cliente s’appuya sur le comptoir avec un regard de défaite absolue sur le visage. Elle avait l’air d’avoir une vingtaine d’années, elle avait un visage juvénile. Ses longs cheveux châtains avaient été attachés en une seule tresse qui avait été tenue ensemble avec une barrette fantaisiste. Elle portait le combo d’un cardigan et jupe qui avait l’air simple, mais qui était clairement de haute qualité. Je m’étais brièvement demandé si c’était une noble. La dame au bureau avait finalement remarqué ma présence, puis avait souri dans ma direction.

« Ah, bonjour, cher client ! Je suis en train de préparer votre commande. Vous voulez également acheter ces livres ? »

« Oui, bien sûr que oui. Ajoutez-les au total actuel. »

J’avais empilé les livres que j’avais choisis avec les autres sur le comptoir.

« Attends, c’est toi qui as acheté le dernier volume de RoseMag ? »

La fille vaincue au comptoir s’était soudainement levée et m’avait posé une question. RoseMag ? Qu’est-ce qu’elle raconte ? Attends ! Est-ce qu’elle voulait parler de ce livre de ma liste : « Magie teintée de rose » ?

« Que se passe-t-il exactement... ? »

Je m’étais tourné vers la dame au bureau.

« Ah, eh bien... cette jeune femme est venue acheter le dernier volume de “Magie teintée de rose”, mais le dernier volume de notre stock était inclus dans votre grosse commande, vous voyez... »

Hm, c’était donc comme ça... C’était elle qui avait juste choisi le plus mauvais moment. Elle l’avait vraiment manqué d’un cheveu. C’était dommage, mais je ne pouvais pas le lui donner. Je ne pouvais pas revenir chez moi sans le volume final. J’avais besoin de l’ensemble complet, sinon ça ne servirait à rien.

« Excusez-moi, pouvez-vous me donner le dernier volume de RoseMag ? »

« Euh, non... Je suis venu ici avec l’intention de l’acheter, et c’est exactement ce que j’ai fait. »

La fille semblait déterminée à obtenir le livre. En fait, elle s’était même retournée et avait baissé la tête devant moi, mais bien sûr quelque chose comme ça n’allait pas me décourager.

« S’il vous plaît, c’est ma dernière chance... Toutes les autres librairies n’ont également plus de stock... »

« Même si c’est le cas, je ne peux toujours pas... »

Soudain, les yeux de la jeune fille dérivèrent... atterrissant directement sur la petite montagne de livres que j’avais achetés.

« Avez-vous aussi acheté “L’Ordre de la Rose” ? »

« Euh... bien, je, euh... »

Elle avait regardé les différents titres sur le tas de livres. Au bout d’un moment, elle m’avait regardé, les yeux brillants de la même façon que ceux que j’avais vus trop souvent aujourd’hui. J’en avais vraiment marre de ces malentendus...

« Mon Dieu, vous avez des goûts surs en matière de littérature, n’est-ce pas ? »

« Ne vous faites pas de fausses idées. Ce n’est pas du tout comme ça, d’accord ? Ce n’est pas pour ma lecture personnelle, je fais une course. »

« Bien sûr, bien sûr. Ne vous inquiétez pas pour ça. Je comprends tout à fait. »

Vous ne comprenez clairement pas. Arrêtez de me sourire comme ça !

La jeune fille s’était perdue dans ses pensées pendant un certain temps, mais elle avait fini par en sortir et m’avait appelé dans un coin.

« Que voulez-vous ? »

« Je suis prête à faire un marché avec vous. Si vous me donnez le dernier volume de RoseMag, je signerai tous les volumes de votre commande de roses. »

« Excusez-moi ? »

Cette fille était-elle une idiote ? Pourquoi voudrais-je un autographe d’une fille lambda ?

« Pourquoi voudrais-je que vous fassiez ça ? »

« C’est parce que je suis l’auteur ! Riel Rifrese elle-même ! »

La fille avait fièrement gonflé sa poitrine. Elle était grosse... du même niveau que Yae... Euh, attendez. Je devrais me concentrer.

« Heh... donc vous êtes vraiment l’auteur ? »

« Exactement ! Me prenez-vous pour une menteuse ? »

Bien sûr que je pensais que tu es une menteuse. Quelles étaient les chances de rencontrer l’auteur du livre que je venais d’acheter au milieu d’une librairie ? Sans parler du fait que je savais qui était vraiment l’auteur vu que Yumina me l’avait dit ! Hmph... Je supposais que j’allais m’amuser un peu ici et la nommer.

« Ça veut dire que vous êtes la princesse impériale Reliel, n’est-ce pas ? »

« Quoi... uh... »

L’auteur autoproclamée était devenue blanche comme un linge, le sang s’écoulant de son visage horrifié. C’est vrai, je vous ai dénoncé comme une impostrice.

Juste au moment où je me disais ça, elle avait commencé à transpirer abondamment, elle ouvrait et fermait la bouche comme un poisson. On aurait dit qu’elle était en état de choc. Euh... que se passait-il ici ?

« Qu- Huh- Huh- Buh- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- Qu- !? Même mon père ne le savait pas... ! »

Attends, franchement ? C’était vraiment elle ?

« Pourquoi exposer ma vraie... ? Avez-vous l’intention de me faire chanter, de m’utiliser comme tremplin pour vous rapprocher de mon petit frère, le premier dans la lignée du trône ? Après ça, vous comptez voler sa pureté et revendiquer le pays pour vous-même ! »

« Espèce d’abrutie ! »

« Aïe ! Aïe !! »

J’avais donné un rapide coup de karaté à la jeune fille sur la tête, en espérant que cela lui arracherait ces pensées aussi ridicules. Princesse ou pas, je le referais.

« Oh... Pourquoi avez-vous fait ça !? »

« Taisez-vous ! Si ce n’était pas pour Yumina, j’ignorerais totalement cette situation en ce moment, mais est-ce que ce pays se portera bien avec vous comme princesse !? »

« Y-Yumina ? Vous voulez dire Yumina de Belfast ? Qui êtes-vous exactement... ? »

La princesse Reliel me regardait avec curiosité, mais elle se frottait encore la tête. Malgré le fait qu’elle était plus âgée que moi, je n’avais pas besoin d’être poli ou respectueux avec quelqu’un comme ça. Elle n’avait que deux ans de plus que moi, de toute façon.

J’avais pris une grande respiration et j’avais essayé de me calmer.

« Je m’appelle Mochizuki Touya. Je suis le fiancé de Yumina. Oui, cette Yumina, princesse de Belfast. Mais ce n’est pas encore une nouvelle officielle. »

« Quoi ? Quoi !? Fiancés ? Cette fille, plus que tout autre, est fiancée !? »

Elle m’avait regardé, stupéfaite pendant un instant. Mais finalement, ses yeux se mirent à tourner en rond, comme si elle était en train de concocter une histoire étrange dans son esprit.

« Hein ? Mais Yumina est une fille, alors... Quoi ? Quoi ? Euh, serait-ce un mariage blanc... ? Et que votre vrai but serait de séduire le roi !? »

« Assez ! »

« Aïe !! »

Ce n’était même pas du tout comme ça ! Tu m’énerves réellement maintenant ! J’étais retourné au comptoir et j’avais payé tous mes livres. C’était assez coûteux, mais c’était quand même inférieur au montant que j’avais gagné grâce à la quête de la journée, donc ça ne me dérangeait pas trop.

J’avais mis tous les livres dans mon [Stockage], puis j’avais quitté le magasin avec la princesse à mes talons. Il y avait un carrosse magnifiquement construit à l’extérieur, dont j’avais supposé qu’il appartenait à la jeune fille et à son escorte.

Je l’avais emmenée derrière le magasin, j’avais ouvert une [Porte] et j’avais fait passer Yumina et Kohaku.

« Ça fait un bail, Reli. »

« Yumina !? Hein ? Depuis combien de temps es-tu à Refreese !? »

« Donne-moi une minute, Yumina. Je te laisse t’expliquer. Kohaku, garde un œil sur ces deux-là. Dis-moi s’il se passe quelque chose. »

{Très bien.} J’avais laissé Yumina et Kohaku derrière moi, puis j’étais parti à l’atelier. J’avais pris mon volume de « Magie teintée de rose » de [Stockage], j’en avais fait une copie et j’étais immédiatement revenu vers le groupe.

J’avais remis le livre à Reliel, qui avait été surpris par ma réapparition soudaine.

« Maintenant, il ne devrait plus y avoir de problème. »

« H-Huh ? Est-ce que c’est bon ? Je pensais que vous le vouliez... »

« Je vous avais dit que cela n’avait rien à voir ! Je n’achetais pas ça pour moi, c’était pour mon magasin ! »

« Vous savez ce qu’on dit des gens qui sont sur la défensive, n’est-ce pas... ? Euh, en fait... Peu importe. » Reliel avait fermé sa bouche quand elle m’avait vu me préparer à faire du karaté.

Bon, c’était l’heure de rentrer à la maison... J’avais ouvert une [Porte]. Kohaku sauta en avant et passa de l’autre côté.

« Prends soin de toi, Reli. J’espère te revoir bientôt. »

« Toi aussi, Yumina. S’il te plaît, invite-moi à ton mariage. »

Franchement, je préférerais qu’elle ne vienne pas, mais j’avais simplement montré une expression indifférente et j’avais persévéré.

J’étais passé par une [Porte] et j’étais rentré directement chez moi. Je m’étais affalé sur le canapé du salon.

« Purée... Je suis crevé. »

Cependant, je n’étais pas fatigué à cause de la quête de subjugation... Linze m’avait apporté un verre d’eau glacée.

« Merci beaucoup. »

« N, non, merci... »

J’avais avalé toute l’eau qu’elle m’avait apportée. Ahh, c’était trop bon. J’avais savouré le liquide frais, mais Linze était restée au même endroit en me regardant. Qu’est-ce qu’il y avait maintenant ?

« Euh, ces... livres. Tu les as eues ? »

Hehe, j’ai compris... Quelqu’un voudrait les lire, n’est-ce pas ? J’avais sorti la prise d’aujourd’hui de [Stockage] et l’avais empilée sur la table.

« J’ai demandé à Rosetta de faire des copies de chaque volume pour les préparer. Si tu veux quelque chose en particulier, dis-le-lui. »

« Compris ! »

Sur ce, Linze était allée appeler Rosetta. Rosetta avait la capacité de se rendre à l’atelier, et il y avait une [Porte] active qui reliait ma maison à Babylone, alors elles n’avaient probablement pas besoin de moi.

J’étais allé à la cuisine et j’avais donné la patte du Crabe Sanglant à Créa. Elle avait l’air contente. Après tout, le ragoût de crabe était au menu pour aujourd’hui...

J’avais décidé que je voulais aller me reposer. J’avais eu après tout une journée assez chargée. J’étais allé dans ma chambre, je m’étais écroulé sur mon lit et j’avais fermé les yeux. J’avais été soudainement et de façon satisfaisante agressée par le sommeil.

Zzzzz...

Le lendemain, le Lecteur Lunatique était encore plus vivant que jamais. La nouvelle avait dû se répandre, parce qu’il y avait une file qui s’étendait juste devant les portes. Parce qu’il y avait de tout nouveaux livres disponibles, il était logique que les gens veuillent venir les lire d’abord.

La popularité croissante du magasin était une bonne chose, mais je ne me sentais pas vraiment à l’aise.

Bah, comme je m’y attendais... Je vais confier cet endroit à Linze et ouvrir un nouveau magasin.

Quelques mois plus tard, l’auteur de « L’Ordre de la Rose » avait sorti une nouvelle série.

Apparemment, c’était l’histoire d’un homme au pouvoir incroyable, qui avait tenté de prendre le contrôle d’un pays. Pour ce faire, il avait forcé les chevaliers du pays, la belle princesse et son frère cadet, à succomber à ses mauvaises manières. J’avais demandé à Linze de me le montrer, et les illustrations de l’homme me ressemblaient particulièrement. C’était du harcèlement, non !? La prochaine fois qu’on se rencontrera, je te remercierai avec un coup de karaté sur la tête, misérable ! Tu ferais mieux de te préparer !

***

Partie 6

Ce matin-là, je m’étais réveillé avec une pression sur les lèvres et une sensation d’humidité sur la bouche. Juste en face de moi se trouvait le visage d’une autre personne. Rosetta. Ses yeux étaient fermés.

« Mmmph !? »

« Hoho ! Je t’ai réveillé, affirmatif, monsieur ! »

Qu — Hein !? C’était quoi ce bordel !? Pourquoi Rosetta était-elle là !? Pourquoi m’embrassait-elle afin de m’éveiller !? Qu’est-ce... !?

« Enregistrement génétique terminé ! Je ne faisais que stocker tes gènes, maître ! Maintenant, c’est officiel ! La propriété de l’atelier et ma charmante personne t’a été transférée, Mochizuki Touya, affirmatif, monsieur ! »

Hein ? Euh... ? Oh, c’était vrai... la gestion à l’atelier. Je ne l’avais pas encore fait, si j’avais... J’étais si occupé que j’avais complètement oublié. Malgré tout... cette méthode d’enregistrement était problématique. C’était mauvais pour ma santé.

Je n’étais pas sûr si Rosetta était devenue une servante comme Cesca, mais de toute façon elle ne portait pas d’uniforme. Elle portait ce qui ressemblait plus à une combinaison de mécanicien. Je me demandais si c’était ce que devrait porter un directeur industriel, mais je n’avais pas pris la peine d’y penser trop sérieusement.

D’après ce que j’avais compris, elle fabriquait quelque chose dans l’atelier. Je ne savais pas pourquoi, mais j’avais pensé que ça avait quelque chose à voir avec le fait qu’elle essayait de faire ses preuves.

Eh bien, ça ne me dérangeait pas. Elle était libre de faire ce qu’elle voulait.

« Maître, monsieur ! Je voudrais plus de fer et d’argent, monsieur ! »

« Encore ? Qu’est-ce que tu fais exactement ? »

« C’est un secret, monsieur ! Pas besoin d’en savoir plus, monsieur, oui, monsieur ! »

Toujours cette même réponse... Eh bien, peu importe. Je le saurai bien assez tôt. J’avais remis de la monnaie à Rosetta pour qu’elle puisse aller acheter le matériel nécessaire. Elle avait accepté l’argent avec un petit sourire mignon. Franchement, c’était un peu comme donner de l’argent de poche à un enfant.

« Oh, état de la situation, monsieur ! Un invité est venu au manoir ! »

« Un invité... ? Je me demande qui c’est. »

J’avais vite enlevé le pyjama et j’étais descendu. En entrant dans le salon, j’avais été accueilli par Laim et le général Léon.

« Ah, Touya, mon garçon ! Désolé d’être passé si tôt. »

« Je suis surpris de te voir général. Quelque chose ne va pas ? »

« Non, je suis venu pour affaires personnelles. Je voudrais quelque chose de toi ! »

Hm ? Qu’est-ce qu’il pouvait bien vouloir de moi ?

« Tu as fait pour Lyon une arme intéressante, n’est-ce pas ? Une qui prend la forme d’une lance et d’une épée. »

Oh, celle que je lui avais donnée après avoir tabassé ces enfoirés d’enfants nobles...

« Exactement. Pourquoi, il y a un problème ? »

« Au contraire, c’est génial ! C’est pourquoi je suis venu te demander. Peux-tu me faire une paire de gantelets avec des fonctions similaires ? »

« Hein ? »

« Aujourd’hui, l’Ordre des Chevaliers et l’Armée Royale s’engagent dans une session d’entraînement conjointe. Ce serait très embarrassant pour un père de perdre contre son fils. Je suis sûr que tu comprends. »

C’était le but de ta venue... ? C’était dur à croire qu’un type comme lui puisse élever Lyon.

« Mais tes gantelets sont déjà imprégnés de magie, n’est-ce pas, Général ? »

Pendant que je parlais, le général enleva les gantelets attachés à sa taille et les posa sur la table.

« C’est comme tu dis, ceux-là sont imprégnés de magie du feu. Mais il n’y a pas d’effet réel au-delà de cela. Si possible, j’aimerais un enchantement qui renforce ma force offensive. J’aimerais aussi demander un enchantement défensif, si ce n’est pas trop. »

« Je... vois... »

Eh bien, si je l’imprégnais de [Gravité], je pourrais augmenter la puissance destructrice à coup sûr... Et je pourrais probablement aussi faire un programme qui le transformerait en bouclier.

« D’accord, je vais y travailler pour toi. Tu veux que j’applique les effets à ceux-là ? Ou bien devrais-je juste te procurer un nouvel ensemble ? »

« Ces gantelets ont une valeur sentimentale pour moi. Je préférerais qu’elles restent inchangées, donc je préférerais que tu me fasses une nouvelle paire. »

« D’accord. »

J’avais utilisé [Stockage] pour retirer un autre morceau de mithril. Je l’avais ensuite moulé en deux gantelets. Je l’avais doublée avec la peau d’un monstre puissant, et j’avais demandé au général de les essayer pour que je puisse faire des ajustements de taille pertinents. Le général était droitier, alors j’avais fait en sorte que le bouclier soit à gauche. Après cela, j’avais appliqué les enchantements [Programmation] et [Gravité] pertinents.

« Est-ce que ça ira pour l’instant ? »

« Wôw ! Tu l’as fait ! »

J’avais remis les nouveaux gantelets en mithril. Le général les mit tous les deux et leur donna une tape sur les mains avec un sourire sur le visage.

« Hoho, comme on peut s’y attendre du mithril, c’est vraiment léger. »

« Je vais t’expliquer comment on doit les utiliser au combat, si tu veux te joindre à moi ailleurs. »

J’avais ouvert une [Porte] vers la zone où j’avais combattu le Crabe Sanglant. Un endroit aussi isolé était après tout le meilleur endroit pour tester les capacités destructrices.

« Très bien... tout d’abord... Le gantelet gauche peut devenir un bouclier. Tu dois dire la phrase “Bouclier activé” pour le déclencher, et la phrase “Bouclier désactivé” pour le ramener à la normale. »

« Ohohoho... Bouclier activé. Ohohohooo !! »

Le gantelet gauche avait répondu à la voix du général et s’était transformé en un bouclier de taille moyenne. J’avais pensé que ça pourrait être utile contre des ennemis armés de lames.

« Ensuite, il y a les capacités offensives. Quand tu dis le mot “Impact”, ton gantelet droit augmente son poids d’environ deux cents fois la norme pendant environ une seconde. Si tu le dis au bon moment de l’attaque, tu devrais avoir un coup extrêmement puissant entre tes mains. C’est extrêmement dangereux, alors ne l’utilise pas contre des gens légèrement équipés ou des gens mollassons. »

« Deux-cent-deux cents fois !? »

Un gantelet pesait environ cinq kilogrammes. Je m’étais dit qu’il suffirait d’amplifier le poids de deux cents fois, mais c’était peut-être un peu trop extrême... C’était un peu comme se balancer sauvagement autour d’un gros marteau.

Tandis que je me perdais dans mes pensées, le général prit une position de combat devant un gros rocher. Il avait reculé sa main droite... Et avait frappé la masse avec une vitesse étonnante.

« Impact ! »

Au moment où sa main avait heurté le rocher, il s’était fracassé en petits fragments sous mes yeux.

Il était vrai que j’étais le seul à pouvoir faire quelque chose comme ça, mais peut-être lui en avais-je donné un peu trop...

« Ohohoho ! C’est superbe, mon garçon ! Je pourrai sûrement m’occuper de fantassins lourds et de grands monstres sans aucun souci maintenant ! »

C’était le général, donc j’étais sûr qu’il n’en abusera pas.

« À part cela, il y a l’expression “Mode paralysant” pour paralyser tes ennemis, et l’expression “Mode brûlant” pour brûler tes ennemis. Dites simplement “Mode désactivé” pour le remettre dans son état normal. »

« Ooh, tu l’as aussi enchanté par le feu ? Je te suis si reconnaissant, maintenant je peux garder mon surnom de Léon le Poing de Feu. »

Le général avait souri. Il avait vraiment l’air très excité. Il avait tout de suite mis en marche le mode brûlant et avait commencé à faire des mouvements de boxe. Après avoir frappé dans le vide jusqu’à ce qu’il soit satisfait, il avait désactivé les gantelets et les avait regardés avec une expression heureuse.

« Ah, c’est merveilleux... Quand Lyon m’avait montré son arme, j’avais été très surpris. Tu es sûr que tu ne serais pas mieux comme maître forgeron ? »

« Je n’ai pas l’intention de faire ça sur le plan professionnel, non. »

Les armes que j’avais fabriquées étaient plus adaptées contre les bêtes que contre l’homme. Ils pourraient être trop facilement maltraités. Les faire pour des amis était assez bien pour moi. Je ne voulais pas non plus vraiment leur prendre de l’argent. Mais chaque fois que j’en parlais, on me disait toujours : « Ça ne suffira pas, laisse-moi au moins te donner quelque chose pour compenser. » J’avais au moins toujours eu tendance à accepter des substituts que de l’argent comptant. La nourriture était la meilleure option.

Le général était excité à l’idée de battre son fils... ou plutôt, excité à l’idée de s’entraîner avec son fils, alors nous avions ouvert un portail vers les terrains d’entraînement.

Le général était parti à la recherche de Lyon, en claquant joyeusement ses gantelets l’un contre l’autre. Pardonne-moi, Lyon...

Ma mission accomplie, je pensais rentrer chez moi, mais j’avais remarqué une paire de visages familiers. C’était Will, et Neil. On aurait dit qu’ils s’entraînaient.

Will avait fait une frappe en direction de Neil, mais l’homme plus âgé s’était esquivé assez facilement et avait donné un coup de pied au garçon, le faisant trébucher.

« L’adversaire est peut-être un épéiste, mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut utiliser que son épée ! Les attaques peuvent venir de beaucoup d’endroits, mon garçon. Ne jamais rompre la posture ! »

« Oui, monsieur ! »

Heheh... On dirait que ces deux-là travaillaient dur. J’avais posé mon coude sur la clôture qui entourait le terrain d’entraînement et je les avais vus s’en approcher. Par rapport à la dernière fois, Will s’améliorait nettement. J’étais content. On aurait dit que Neil lui faisait faire un sacré entraînement. J’avais confiance en ce que le gamin serait capable de devenir un vrai chevalier.

« Hm ? Touya ? »

« Hein ? Elze ? »

Elze s’était pointée, essuyant un peu de sueur sur son front avec une serviette.

« Qu’est-ce qui se passe ? Tu t’es levé tôt. Normalement, tu ne te lèves pas avant que je rentre à la maison... »

De la manière dont elle venait de la dire, elle m’avait fait passer pour un paresseux fainéant. À mon avis, il était trop tôt pour se lever.

« J’ai été réveillé par une visite du général. Il voulait que je lui fasse une nouvelle arme. »

« Hmm, je t’ai eu. »

Si j’avais été plus honnête, j’aurais dit que j’avais été réveillé par le baiser de Rosetta, mais je n’avais pas ressenti le besoin de mettre de l’huile sur le feu.

« Oh, c’est vrai, Touya ! Si tu rentres chez nous avec une [Porte], on peut passer par la Lune d’Argent d’abord ? Je veux utiliser les sources chaudes ! »

Elze avait soudain évoqué quelque chose d’inattendu. Dans le passé, nous avions déjà fait quelques excursions de groupe aux sources chaudes. On y était allés nous aussi plusieurs fois le matin. Je pouvais comprendre pourquoi Elze était si impatiente. Elle suait énormément et avait probablement travaillé dur.

« D’accord, alors on s’en va ? »

« Ouais ! »

J’avais ouvert une [Porte] vers Reflet, sortant devant la Lune d’Argent. Elze s’était rapidement dirigée vers l’intérieur et avait appelé Micah, qui s’occupait de la réception. Comme on était propriétaire du terrain utilisé pour les sources, nous avions pu entrer gratuitement.

« Alors j’y vais ! »

« Bien sûr, prends ton temps ! »

Elze ramassa joyeusement sa serviette et son linge de toilette sur le comptoir, puis se dirigea vers le côté féminin des sources. Je n’étais pas en sueur, donc je ne tenais pas particulièrement à y aller moi-même.

J’avais décidé de bavarder un peu avec Micah, pour m’assurer que tout allait bien en ville. Apparemment, il n’y avait jamais eu de pénurie de clients, donc les sources étaient plus rentables que l’hébergement à ce moment-là. Je me demandais si la Lune d’Argent ne devenait pas plus un sauna qu’une auberge.

« Salut, ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus. »

« Oh ! Zanac ? Tu es là pour un bain matinal ? »

Zanac, propriétaire de la boutique : le roi de la mode Zanac, se promenait hors du côté des hommes avec une serviette sur la tête.

« Hmm, dans un sens, je peux dire que oui. Si je ne viens pas ici le matin et le soir, mon humeur a tendance à empirer... Je suis un habitué ! Ha ! »

Zanac fit un rire éparpillé. Quelque chose m’était soudain venu à l’esprit. Avec les effets de la [Récupération] infusée dans le bain, les gens dans les sources se sentiraient toujours bien.

Mais c’était un peu comme le fait d’administrer une drogue à quelqu’un... peut-être qu’il ressentirait un sentiment de sevrage s’il n’avait pas pris sa dose régulière. J’avais décidé en tout cas de ne pas trop m’attarder sur cette pensée.

« Maintenant que j’y pense, j’ai réalisé un nouveau design de vêtements basé sur le concept que tu m’as donné. Je pense qu’au final ça s’est plutôt bien passé. »

« Eheheheh... c’est vrai ? »

Pendant qu’il parlait, des pensées malicieuses s’étaient formées en moi. Je demanderais à Micah de coopérer avec moi pour ce petit projet, après avoir bien sûr acheté la tenue de Zanac. Ce serait vraiment amusant.

« E-Eh, qu’est-ce que c’est ? »

« C’est un cadeau de ma part, bien sûr. »

Elze avait un peu tiré sur l’ourlet de la tenue dans laquelle elle s’était changée. C’était une robe rouge avec une fente au milieu et un col boutonné en diagonale. C’était une robe cheongsam. Bien que la partie inférieure soit un peu plus courte, je supposais donc que c’était un mini-cheongsam. Une paire de chaussures à talons hauts avait également été prévue pour elle. J’avais dans l’ensemble basé la taille de la tenue sur Micah.

« Oui, ça te va bien. Tu es très mignonne. »

« Qu’est-ce que tu dis tout d’un coup !? Et ne change pas mes vêtements sur un coup de tête ! »

Elze baissa soudain les yeux, son visage rougissait. Son expression était extrêmement timide. Linze et elle se ressemblaient plus que vous ne le pensiez.

C’était pareil à l’époque où je lui avais fait porter cette tenue gothique. Pour une raison ou une autre, en dépit de ses jolis vêtements, Elze n’avait jamais voulu les porter. J’étais convaincu qu’elle ne le voulait pas parce qu’elle pensait qu’ils ne lui convenaient pas. Par conséquent, j’avais été forcé de créer une situation dans laquelle elle devait porter ces vêtements.

J’avais demandé à Micah de lui enlever ses vêtements habituels et de les échanger contre cette nouvelle tenue. Au début, Elze était furieuse, mais elle avait vite semblé plus heureuse.

« Alors, accepteras-tu mon cadeau ? »

« ... O-oui. Merci... »

Quand elle avait dit cela et qu’elle m’avait regardé avec ses yeux de chiot, j’étais rempli du désir de la câliner ! Mais... il y avait des gens dans le coin, donc j’étais bien trop gêné pour faire quelque chose comme ça. Nous avions mis ses vieux vêtements dans un sac, j’avais ouvert une [Porte], et nous avions quitté la Lune d’Argent.

Après être sortie de l’autre côté, dans le jardin de notre maison, Elze avait un peu tremblé. Elle n’avait pas l’habitude des talons. Elle s’était accrochée à mon bras pour se soutenir.

« C’est... c’est bon si je reste comme ça un moment ? »

Je n’avais aucune raison de refuser. Mieux encore, j’avais senti une certaine douceur contre mon bras.

Premier arrivé, premier servi comme on dit. Aujourd’hui était un grand jour. Cela serait très bien si la journée se terminait même maintenant !

***

Interlude 1 : Les assaillants

Partie 1

« Hé ! »

Yae avait crié avec un esprit ardent. Son épée de bois plongea vers l’avant, attaquant le vicomte Swordrick par surprise et s’arrêtant dès qu’elle atteignit son cou. La vitesse de son épée était l’image même de la foudre frappant sa cible. Le vicomte, vaincu, détendit son visage en souriant.

« ... Impressionnant. Ce round te revient. »

« Merci pour votre entraînement ! »

Yae s’inclina devant le vicomte. Même si elle avait gagné, elle n’avait pas l’air très heureuse. Ce n’était pas une surprise si l’on considérait qu’il s’agissait du septième round, et qu’elle venait à peine d’obtenir un succès sur lui. Il lui avait fallu sept tentatives pour en gagner un seul, et elle avait dû utiliser un mouvement incroyablement risqué pour à peine le gérer.

Il ne fait aucun doute qu’elle maudissait sa propre faiblesse, se reprochant son inexpérience. J’avais pensé qu’elle ne devrait pas être si dure avec elle-même, considérant que son adversaire était largement reconnu comme l’un des plus grands épéistes de tout Belfast.

Nous étions allés au dojo du vicomte Swordrick pour que Yae puisse pratiquer avec lui. Le public était composé de Yumina et de moi-même. Ces matchs d’entraînement avaient duré si longtemps que le soleil avait commencé à se coucher. Les corbeaux se mirent à brailler au loin.

« Tes compétences se sont tellement développées que je t’aurais prise pour quelqu’un d’autre. As-tu compris quelque chose, par hasard ? »

« Je ne sais pas si c’est encore à ma portée ou non, je ne le sais pas. Cependant, le jour où vous m’avez demandé ce que je cherchais dans l’épée, vos paroles commencèrent à avoir plus de sens pour moi. Maintenant, elles en ont. »

« Oho. Très bien, très bien. Alors il semblerait que tu as fait le premier pas vers la réalisation de ta propre voie de l’épée. »

Les mots de Yae avaient égayé l’expression du vicomte. Leur pratique terminée, le vicomte était arrivé dans le coin où nous l’observions et s’était prosterné devant la princesse.

« Je suis terriblement désolé de ne pas avoir pu offrir une meilleure hospitalité, Votre Altesse. »

« S’il vous plaît, n’y faites pas attention. C’est moi qui ai demandé à assister à vos séances d’entraînement. »

Yumina avait fait un pardon poli au vicomte. Une fois cette formalité accomplie, il s’était tourné vers moi.

« Je n’aurais jamais pu imaginer que le jeune garçon de ce jour-là sauverait la vie du roi, et encore moins qu’il se fiancerait à la princesse. Et j’avais entendu dire que plus récemment, vous aviez même obtenu le titre de Tueur de Dragons. »

« À ce propos, si vous pouviez garder mes fiançailles avec Yumina secrètes, ça m’éviterait bien des ennuis. Je sais qu’il y a beaucoup de nobles qui seraient très contrariés par cette idée. »

« N’ayez crainte, je ne le dirai à personne. Moi aussi, je suis bien conscient des agissements de nombreux nobles de Belfast, cupides et têtus. »

En l’état, j’étais officiellement fiancé à la princesse Yumina. Cependant, nous n’avions pas encore rendu ce fait public.

Se marier avec Yumina signifiait se marier dans la famille royale, cela procurait une grande influence politique au sein de Belfast. Naturellement, ce genre de position sociale avait attiré l’avidité de beaucoup de gens.

Pour ceux qui penseraient qu’eux-mêmes ou leurs enfants conviendraient mieux à la princesse, je serais perçu comme une nuisance plutôt importante. Cela dit, quiconque s’approcherait d’elle par de viles intentions serait immédiatement pris en flagrant délit par l’Œil Mystique de Yumina.

« Cependant, s’ils connaissent tes Yeux Mystiques, les méchants n’oseraient-ils pas t’approcher ? »

Le sujet avait été abordé lorsque Yae avait interrogé Yumina au sujet de ses Yeux Mystiques lors de notre de retour à la maison.

Il faisait déjà nuit, mais le domaine du vicomte était assez proche du quartier ouest, alors nous nous étions dit qu’il serait bon de rentrer à pied, à l’ancienne, pour changer. Les rues étaient à l’abandon et, tout au plus, nous voyions passer de temps en temps un chariot sur la route.

Les lampadaires étaient éteints, et c’était une nuit sans lune. En gros, la nuit de ce monde se passait ainsi.

Yumina réfléchit un peu à la question de Yae avant de donner une réponse.

« Eh bien, tu vois... Le simple fait d’avoir de viles intentions ne signifie pas que tu as fait quelque chose de mal jusqu’à présent. Je ne peux pas accuser quelqu’un pour un crime qu’il n’a pas encore commis. De plus, tout le monde possède au fond de soi un peu d’avidité. Certains s’approchèrent même en croyant qu’ils ont trompé mon Œil Mystique... Et ils faisaient toujours partie des types les moins gênants. »

Yumina avait parlé avec un sourire tendu. J’avais du mal à m’imaginer devoir supporter quelqu’un comme lui en adoptant une attitude trop amicale, tout en sachant qu’il ne s’agissait que d’un jeu d’acteur. Ça avait l’air d’un emmerdeur.

« Tu veux dire qu’il y avait des gens encore pires ? »

« Oui, le type de personne le plus difficile à traiter pour moi est quelqu’un qui s’est trompé en croyant que toutes ses actions sont correctes et justifiées. Ils se disaient qu’ils n’ont rien à cacher, alors ils ne s’inquiétaient pas que mes Yeux Mystiques passent sur eux. Au contraire, ils s’attendent à ce que mes Yeux Mystiques les trouvent avec un cœur pur, prouvant ainsi leur propre justice. Je ne supporte pas du tout ces types. »

Je crois que j’avais compris ce qu’elle voulait dire. Ceux qui pouvaient prétendre que leurs actions étaient toutes dans l’intérêt de Belfast, que c’était eux qui étaient les mieux placés pour diriger le pays, que ce serait aussi dans l’intérêt de Yumina... Les gens qui pensaient ainsi avaient tendance à ne pas être conscients du fait qu’ils n’étaient rien d’autre qu’une nuisance. Ils n’avaient jamais pris en compte les sentiments de Yumina à ce sujet depuis le début.

C’était plus comme essayer d’utiliser leur propre nature vertueuse comme argument de vente, bien qu’en fait, cela paraisse plus moralisateur qu’autre chose.

« Tu ne peux pas voir à travers ces types avec tes Yeux Mystiques, n’est-ce pas ? »

« Non, je peux encore voir à travers eux. Les miens sont les Yeux Mystiques de l’intuition. Ils m’ont laissé voir la corruption dans l’âme d’une personne. Les moralisateurs ont tendance à marcher tout droit sans se soucier de ce qui les entoure, causant des problèmes aux gens sans le reconnaître. »

Ceux qui agissaient selon leur propre définition de la justice avaient tendance à entrer en conflit avec les autres. Lorsque cette personne agissait comme la figure du pays, cela pourrait très facilement dégénérer en guerre.

Je le jure, celui qui avait dit que « Le monde a trop de héros, c’est pourquoi la guerre ne finit pas » avait vraiment raison. Yae et moi, on s’était arrêté net.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Yumina avait commencé à paniquer un peu. J’avais pris sa main dans la mienne et j’avais parlé d’une voix douce.

« Je ne sais pas qui, mais nous sommes encerclés. »

« Quoi !? »

Yumina jeta un regard furieux sur notre environnement. L’air était épais et mal intentionné. Qu’est-ce qu’ils voulaient, ces types ?

« Sortez d’ici. On sait que vous vous cachez là. »

« Hmph. C’est un gamin difficile, n’est-ce pas ? »

Des groupes d’hommes étaient sortis des ruelles. Tous avaient l’air de voleur ou de voyou.

Ils portaient ouvertement des épées et des matraques. Ce n’était certainement pas le genre d’individus avec qui tu aimerais t’impliquer.

« Que voulez-vous de nous ? »

« Le seul qu’on cherche ici, c’est toi. Les femmes sont libres de partir. »

Hein ? Libre de partir ? Les bandits libéraient les filles ?

« Touya-dono, qu’est-ce que tu as encore fait cette fois ? »

« Je... ne peux pas vraiment penser à quoi que ce soit d’après ce que j’ai en tête. »

À vrai dire, je n’en étais pas si sûr. J’avais eu des ennuis de toutes sortes au cours de mes voyages, et j’étais même devenu moi-même un peu tristement célèbre. En y repensant, il y avait ce type dont j’avais cassé le visage quand il s’était disputé avec moi. C’étaient ses amis, alors ?

« Rien de personnel, petit... Mais je dois te tuer maintenant ! »

« Oui, un duel entre toi et moi. »

L’homme m’avait frappé avec son épée, alors je l’avais impitoyablement abattu avec mon Brunhild. Je lui avais tiré dessus avec des balles en caoutchouc parfaitement sûres et paralysantes. Le voyou s’était effondré au sol, le visage tordu, agonisant. Même s’ils n’avaient fait que paralyser une cible, il y avait toujours la force de la balle en caoutchouc elle-même à considérer. Ça faisait quand même un peu mal.

« Tu l’as maintenant fait ! »

« Quoi ? Tu t’attendais à ce que je reste immobile et que je me laisse poignarder ? »

J’avais abattu plusieurs autres bandits plus proches, mais ils n’arrêtaient pas de venir. Ils étaient courageux, à tout du moins, car pas une seule personne n’avait essayé de fuir, même après avoir vu des hordes de leurs compagnons se faire abattre. Ce genre de situation était franchement encore plus pénible à gérer.

« Mode sécurité. »

J’avais mis mon Brunhild en mode épée courte à lame émoussée, en mode paralysant. Puis, j’avais esquivé une épée qui descendait et j’avais utilisé mon élan pour enfoncer mon épée dans son torse.

En vérité, il n’y avait aucune raison réelle pour moi de balancer mon épée si fortement contre eux. Tout ce qu’il aurait fallu, c’était une légère égratignure et la paralysie s’installait, tant que la personne ne portait pas de talismans. C’était tout ce qui était vraiment nécessaire.

Quelques minutes s’étaient écoulées avant que tous les assaillants ne se soient allongés pour se détendre dans toute la rue.

« Ouf... Franchement, quelle plaie ! »

« Qu’est-ce qu’on en fait ? »

« Mmm... Ça ne me dérangerait pas de les laisser ici comme ça, mais je ne voudrais pas qu’ils s’en prennent encore à nous une fois qu’ils se seront remis debout... Je crois que je vais aller voir le poste de chevalier le plus proche... »

« Qu’est-ce que tu fais là-bas !? »

Les chevaliers à qui j’avais pensé aller me présenter étaient venus à notre place. Apparemment, ils s’étaient dirigés vers nous après avoir entendu une sorte d’agitation dans le quartier.

J’avais montré ma carte de guilde pour prouver mon identité et j’avais expliqué la situation aux chevaliers. Comme il était impossible de falsifier une carte de guilde, elles servaient de preuve d’identité dans des moments comme celui-ci.

« Ils nous ont sautés dessus de nulle part, alors on les a tabassés. »

« Je vois. Certains de ces visages sont sur quelques affiches de recherches. Je suppose qu’ils vous ont vu comme une cible facile. »

Ah oui, quiconque ne me connaissait pas me verrait naturellement de leur point de vue comme un enfant faible. J’avais rencontré beaucoup de gens comme ça, alors, honnêtement, je m’y étais habitué.

Pourtant, pensaient-ils vraiment qu’un gamin aussi faible que moi serait chargé d’argent ? J’étais, en fait, incroyablement riche, mais là n’était pas la question.

« On va s’occuper de tout ici. On va aussi dire à la guilde ce qui s’est passé. »

« D’accord. Merci beaucoup. »

Je m’étais incliné devant les chevaliers et j’avais décidé de profiter de cette occasion pour faire une pause. En partie parce que je voulais rentrer chez moi, mais aussi parce que ce serait pénible s’ils apprenaient pour Yumina. Si les gens commençaient à s’énerver à propos d’une tentative d’enlèvement de la princesse, nous n’en saurions jamais assez.

Cependant, il semblerait que ces chevaliers étaient des chevaliers de rang inférieur, puisqu’ils ne semblaient pas du tout reconnaître Yumina.

« Les méfaits se produisent même encore dans la capitale. »

« Le taux de criminalité augmente naturellement avec la taille de la population. Je suis sûre que c’est aussi difficile à gérer du côté de mon père. »

Ça avait l’air dur d’être roi.

Nous avions continué à bavarder comme ça jusqu’à ce que nous arrivions à la maison.

***

Partie 2

« ... Pardon ? »

« Comme je l’ai dit, il y a eu hier un incident impliquant un groupe d’hommes qui ont été tués par balle au milieu de la rue. Nous enquêtions sur des pistes possibles quand l’une d’elles nous a menés à vous, Touya. »

Lyon était arrivé à la première heure du matin avec des nouvelles désagréables. Dans mon état de fatigue, j’avais pris un moment pour traiter les choses.

Une attaque a été commise à coups de feu ? J’étais le principal suspect ? C’était ridicule ! Ça n’avait aucun sens !

« Tout s’est passé sur la route Fourslet, dans le quartier ouest. Plusieurs hommes ont été retrouvés morts avec des blessures par balle. On pense qu’ils sont tous morts sur le coup. Juste à côté de la scène du crime, on a trouvé ça. »

Aux paroles de Lyon, le général adjoint Neil avait placé un cylindre de caoutchouc solide sur la table. Attendez une minute, c’est... !

« C’est vraiment le mien. C’est le caoutchouc que j’utilise pour créer de nouvelles balles. »

« Plusieurs personnes du quartier ont aussi entendu le bruit distinctif de votre arme... Brunhild, c’est comme cela que vous l’avez appelé ? Ils disent qu’ils avaient entendu le bruit de coups de feu hier soir. Avouez-vous avoir été sur les lieux du crime ? »

« Attendez, attendez ! Oui, j’y étais hier soir, mais je n’ai tué personne ! N’avez-vous pas reçu un rapport à ce sujet de ces chevaliers hier !? »

« ... Nous n’avons reçu aucun rapport de ce genre de la part des chevaliers qui étaient en service. »

Ça n’avait pas de sens. Qu’est-ce qui se passait ? J’avais soigneusement raconté en détail les événements de la nuit précédente à Lyon et Neil.

« C’est vraiment étrange. Je peux confirmer que nous n’avons reçu aucun rapport de ce genre. Qu’est-ce qui se passe ici ? »

« Comment étaient-ils, ces chevaliers qui se sont précipités à votre secours ? Pouvez-vous décrire leur apparence ? »

« Puis-je les décrire... ? Voyons voir... L’un d’eux avait des yeux un peu hauts sur son visage, et l’autre avait un nez qui ressemblait à... attendez, j’ai une meilleure idée. »

J’avais lancé [Mirage] et je projetais les images des deux chevaliers que j’avais rencontrés lors de l’incident. Je ne me souvenais pas des visages des bandits qui nous avaient agressés, mais j’avais au moins bien vu les deux chevaliers. J’avais vu leurs visages, je me souvenais même de leurs voix.

Lyon et Neil avaient été surpris par la soudaine apparition d’images projetées, mais ils s’étaient calmés et les avaient examinées en détail.

« J’ai peur de ne pas les reconnaître du tout. Lyon, ces hommes sont-ils sous votre responsabilité ? »

« Pas à ma connaissance, il n’y a pas de chevalier comme lui, du moins pas dans la première division. Peu importe, je n’ai jamais vu ces hommes avant. »

Attendez une seconde, ça voudrait dire qu’ils se faisaient passer pour des chevaliers ?

Si c’était le cas, cela signifiait que c’était probablement eux qui avaient engagé les bandits pour m’attaquer. Et, dès que nous étions partis, ces faux chevaliers avaient tué les bandits et placé des preuves pour tenter de m’accuser du crime. Ils m’avaient poussé dans une position où il était presque impossible de prouver mon innocence avec ces preuves.

Bon sang, étant donné que tous mes assaillants étaient morts et que je n’avais même pas une égratignure sur moi, ça donnait l’impression que je les avais tous massacrés unilatéralement. Même plaider la légitime défense serait un défi.

« ... je suppose que prétendre que nous avions été trompés par de faux chevaliers me rendrait encore plus suspicieux dans cette affaire. »

« C’est vrai, mais vous aviez aussi la princesse Yumina comme témoin dans cette affaire. On ne peut pas vous arrêter dans ces circonstances. »

« Selon vous, quel était le but des coupables ? Faire accuser le seigneur Touya de crime et nous obliger à l’emprisonner ? »

C’était... une grosse rancune que j’avais moi-même gagnée.

« C’est étrange qu’en premier lieu il y eût même eu des bandits dans le quartier ouest. Ce n’est peut-être pas le quartier des nobles, mais c’est une zone bien gardée, donc il n’y a aucune chance qu’un tel groupe ait pu se déplacer librement sans être pris par la patrouille ou dénoncé pour activité suspecte. »

Il n’avait pas tort. Sans l’aide de quelqu’un de l’intérieur, il aurait été impossible de réaliser un tel exploit.

« La question est, que comptez-vous faire ensuite ? »

« Je suppose que je vais aller attraper le vrai coupable et me disculper. C’est le moyen le plus rapide de résoudre ça. »

« En effet, mais comment comptez-vous vous y prendre exactement ? »

« Comment ça, comment ? On connaît déjà leurs visages. »

J’avais pointé du doigt les images des faux chevaliers projetées par mon [Mirage].

« Lancement de la recherche. Trouvez les faux chevaliers que j’ai rencontrés hier. Quant au rayon de recherche... Ils devraient toujours être dans la capitale. »

« Recherche... Recherche terminée. Affichage. »

Lyon et Neil avaient été légèrement surpris quand Cesca avait soudainement commencé à parler de nulle part, mais leurs expressions avaient instantanément tourné au vinaigre quand ils avaient vu les épingles sur la carte maintenant projetée dans l’air.

Les résultats de la recherche pointaient vers... Une zone dans le quartier des nobles. Du côté intérieur, en plus. C’était une région pleine de gens de très haut statut social. C’était dans la même zone que le domaine de Sue, ou plutôt du Duc Ortlinde.

Les épingles sur la carte se déplaçaient dans le quartier des nobles avant de s’arrêter devant un endroit en particulier, où ils disparaissaient de la vue.

« Hm ? »

« Les cibles sont entrées dans une barrière empêchant la traçabilité de la magie de recherche. Je ne suis plus capable de les suivre. »

Qui que soit le coupable, il y avait mis une barrière juste au cas où. J’avais toujours pu compter sur des nobles véreux pour faire ce genre de choses.

« Dans quel domaine sont-ils entrés ? »

« ... C’était la propriété du marquis Rygel, sans aucun doute. Tout a un sens maintenant. »

« En effet, c’est vrai. »

Le marquis Rygel ? Je ne savais pas s’ils s’attendaient à ce que je reconnaisse le nom, mais il devait être un gros bonnet pour avoir le titre de marquis.

« Monsieur Touya, vous souvenez-vous de l’incident avec le vicomte Barrow ? »

« ... Ça ne me dit rien. C’était qui, déjà ? »

Les deux chevaliers avaient simplement haussé les épaules avec un visage qui disait qu’ils en attendaient autant. Quoi !? Je suis sérieux ! Je ne me souviens pas du nom de tous les méchants à deux sous dont je m’occupe !

« Le vicomte Barrow était le père d’un certain ex-stagiaire que vous veniez de réduire en bouillie. C’est la famille qui a été dissoute après que leur fils ait essayé de faire une descente dans votre manoir. »

« Oh ! Les enfants de riches gâtés ! Oui, je me souviens d’eux. »

On ne pouvait pas s’attendre à ce que je me souvienne de leurs noms. Je ne les aimais pas vraiment. J’aurais quand même compris si c’était les vestiges de cette maison qui avaient un compte à régler avec moi, mais que venait faire ce marquis dans cette histoire ?

« Un membre de la lignée du marquis Rygel avait pris une des Barrows pour épouse. C’étaient des maisons assez proches. Je suppose que c’était une maison qui avait demandé sa protection. De plus, bien que cela remonte à quelques générations, le marquis Rygel a en lui du sang royal. Le marquis essaie de marier son fils à la princesse Yumina depuis un certain temps déjà. Une grande partie de son affirmation était que sa lignée était certainement la plus appropriée. Naturellement, Sa Majesté a refusé la proposition. Le garçon lui-même a été jugé comme étant un simple morveux qui est mis sur un piédestal en raison de l’influence de sa famille. »

En résumé, cela signifiait que ce marquis Rygel avait dû découvrir mes fiançailles avec Yumina grâce à la famille Barrows, et maintenant pour leurs propres plans ainsi que pour se venger de la chute des Barrows, le marquis essayait de me mettre hors de son chemin. Il ne se serait pas plaint si les bandits m’avaient tué, et même s’ils échouaient, il m’aurait accusé de leur meurtre. Ce n’était que de sales combines...

« Bien que vous n’ayez jamais commis ouvertement de crimes auparavant, vous êtes déjà bien connu de la population en général. Le marquis a très probablement prévu de souligner ce fait comme preuve que vous n’êtes pas qualifié pour épouser la princesse, et que sans aucun doute son propre fils serait un bien meilleur choix. Selon certaines rumeurs, le marquis ne recule devant rien pour épouser un membre de la famille royale. »

Hrmph... Je commençais à m’énerver, mais ça n’avait rien à voir avec le fait qu’on me visait. Apprendre que ces gens voulaient seulement utiliser Yumina comme un outil pour renforcer leur propre influence m’avait mis en colère.

« ... Partons du principe que ces types étaient les cerveaux derrière tout ça, et qu’ils avaient essayé de me faire assassiner. Quelle serait la gravité d’un crime ? »

« Assez sérieux, j’imagine. Je doute fort que Sa Majesté soit du côté du Marquis. Depuis des années, le Marquis est un vieux grincheux du même acabit que le comte Balsa, contestant les décisions du roi à chaque fois. »

Au même niveau que le Comte Balsa... Donc, en gros, purement et simplement un gros boulet incompétent ? Plus j’en apprenais sur lui, plus je savais que j’avais deviné à peu près tout. Il y avait des rumeurs disant qu’il était impliqué dans des transactions malhonnêtes, et qu’il s’était farouchement opposé aux accords commerciaux et à l’alliance avec Mismede à cause de son mépris inhérent pour les races bestiales.

Lyon n’avait même pas essayé de cacher son aversion pour cet homme. Je ne pouvais pas lui en vouloir, vu que sa petite amie était Olga.

« Pourtant, même si nous confrontons le Marquis avec ce que nous avons maintenant, il est évident qu’il ferait l’innocent jusqu’à la fin. C’est pourquoi il a engagé des bandits non liés à sa maison pour l’agression initiale. Le fait est que sans votre magie, Touya, nous n’aurions même pas cette piste pour continuer. »

C’était vrai. Même les faux chevaliers qui m’avaient piégé pouvaient facilement être accusés de tout, laissant le marquis s’en tirer à bon compte. Vu l’état des choses, cela semblait un résultat très plausible.

« Sans preuve solide, même le roi ne pourrait pas porter une telle accusation. Comment comptez-vous trouver de telles preuves alors qu’ils ont fait tant d’efforts pour couvrir leurs traces ? »

« Oh, c’est facile. Si on ne peut pas trouver de preuves maintenant, alors on n’a qu’à en faire. »

J’avais fait un sourire impitoyable sur mon visage. J’avais déjà commencé à préparer mon prochain coup.

***

Partie 3

« Et ? Qu’est-il advenu du morveux ? »

« Le général adjoint et le commandant du Premier Bataillon ont visité sa maison ce matin. Il a été escorté au quartier général des chevaliers la dernière fois qu’on l’a vu. On peut supposer qu’ils lanceront leur enquête sur ses antécédents avant la fin de la journée. »

« Kuhahahaha ! Oui... Excellent. Ces sales rats qui se disent aventuriers devraient connaître leur place dans le monde. Tout roturier qui se met sur mon chemin mérite de finir comme ça ! »

« Tu as réussi, papa ! Prends ça dans ta gueule, roturier ! C’est moi qui vais épouser la princesse Yumina ! Moi et moi seul ! »

Debout sur la terrasse, face au jardin, un homme riait joyeusement. C’était un homme de grande taille, dans la cinquantaine, portant un costume qui semblait coûter cher. Il portait une toute petite moustache. C’était le maître de ce domaine, le marquis Rygel.

À côté du Marquis se tenait son fils unique, qui se gonflait ses joues de joie. C’était un petit spécimen d’un homme pleurnicheur qui, même s’il n’avait qu’une vingtaine d’années, avait déjà le front dégarni. Une couche de graisse semblait également recouvrir le crâne chauve de cet homme.

Devant ces deux-là, dans le jardin, se tenaient deux hommes particulièrement remarquables. Il s’agissait des faux chevaliers apparus la veille au soir sur ordre du Marquis, ainsi que les vrais assassins des bandits dans la rue. C’était aussi la garde privée du marquis.

« Ensuite, nous devrons glisser des biens volés dans ses affaires. Pour faire bonne mesure, vous comprenez. Quand cela se produira pendant l’inspection, ses crimes seront doubles ! »

« Volé... De la marchandise volée, monsieur ? »

« Vous savez, ceux que vous avez ramenés après avoir agressé cette caravane le mois dernier. On peut s’en servir ! Quand on annoncera que le fiancé de la princesse était un bandit sauvage, tout le pays sera dans le trouble ! »

« C’est vous le boss, patron... »

Le faux chevalier travaillait aussi à temps partiel à des vols sur la route en vertu d’ordres similaires.

« Pour la touche finale, nous nous assurerons que le fiancé de la princesse soit un meurtrier, un voleur et une personne ayant des désirs pervers aux yeux du public. Avec ceci, j’approcherai le roi et j’exigerai que les fiançailles soient annulées immédiatement. Le roi n’aura pas d’autre choix que de le faire, vu les circonstances. Le peuple n’acceptera tout simplement pas qu’un homme connu comme un criminel violent soit le mari de la princesse ! Nous prouverons à tout le monde que le roi n’est tout simplement pas capable de choisir un partenaire approprié, alors nous en tirerons avantage ! Je pouvais déjà voir sur lui l’image même de la honte ! »

Le marquis sourit joyeusement à lui-même. Si convaincu de sa victoire..., il était si convaincu que même son reflet dans la vitre de la fenêtre semblait vivant d’une joie enivrante.

« ... et c’est comme ça que vous comptiez faire épouser votre fils par la princesse Yumina ? »

« Ehehehehehe ! Je ne peux pas attendre ! Une fois que la princesse m’appartiendra, je pense que je vais l’intimider un peu ! Elle m’a toujours regardé de haut avec ces yeux froids, cette gosse impudente ! Je vais devoir m’assurer et passer beaucoup de temps à lui apprendre comment me servir en tant qu’épouse ! »

« Fais-en ce que tu veux, mais ne joue pas avec elle si fort qu’elle casse. Souviens-toi, ton boulot est de l’engrosser et d’en faire sortir des enfants. Elle ne nous est utile que tant qu’elle peut encore tomber enceinte. Ne l’oublie pas, mon garçon. »

« Ehehehehehe ! Je le sais, papa ! Je vais l’engrosser gentiment, et tu seras le grand-père du nouveau roi ! »

Le rire indécent du garçon avait résonné dans la nuit. Comme s’il était contagieux, ce rire dégoûtant s’était répandu jusqu’au marquis. Toute leur conversation putride était assez forte pour que l’on entende l’écho de l’endroit où nous étions dans le jardin.

« Touya, mon garçon. Je crois que c’est plus que suffisant et j’ai peur que mes oreilles ne pourrissent. »

« Oui, je ressentais la même chose en fait. »

« Qu’est-ce que c’est que ce bordel !? »

Le marquis connaissait intimement la voix qui émergeait de la bouche de ce qui aurait dû être un membre de sa garde privée.

Sur ordre de notre ami, j’avais annulé l’illusion lancée par mon sort [Mirage].

La garde privée du marquis commença lentement à prendre sa véritable forme.

« Votre Majesté ! Mais comment !? C’est impossible ! »

Son Altesse Royale le Roi de Belfast, qui était ici depuis le tout début, était manifestement tellement furieux qu’il en avait fait tomber le marquis à terre sur le dos. À la gauche et la droite du roi se trouvaient Lyon, et le général adjoint de l’Ordre de chevalier, Neil.

« Qu, qu, qu, quoi... Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Nous avons pris la liberté d’emprunter vos gardes. À l’heure actuelle, les vrais sont dans une cellule de prison, j’imagine qu’ils avouent des choses dont nous ne les avons même pas encore accusés. Nous avons pu obtenir d’eux suffisamment d’informations pour prouver mon innocence, mais je pensais que le roi devait entendre personnellement votre version de l’histoire, alors je me suis permis de l’escorter directement dans votre jardin. »

« ... Il y a peut-être un peu de vérité dans vos accusations, Marquis. J’ai appris que j’ai laissé une canaille comme vous s’en prendre à des innocents. »

Le roi parla au marquis d’une voix profonde et intimidante, un peu comme la terreur du tonnerre lui-même. Le roi était vraiment furieux.

« Ce n’est pas possible ! J’ai dressé une barrière autour de tout le domaine, même dans le jardin ! Vous ne pouvez pas utiliser la magie ici ! »

« C’est tout ? Une barrière régulière ? Tout au plus, cela vous exclut en tant que cible de tout sort ciblant la zone sur laquelle il est lancé. C’est pourquoi la magie de téléportation ou de recherche cesse de fonctionner dès que le sort interagit avec la barrière. Cependant, si c’est sur moi que je jette un sort, alors votre barrière est impuissante pour arrêter ça. Après tout, elle ne peut pas vous protéger contre des sorts que je lancerais sur moi-même. Ainsi, mon [Mirage], un sort d’illusion que je peux jeter sur moi-même, est capable de franchir votre barrière sans problème. Peut-être que vous auriez dû passer un peu moins de temps à comploter le mal et un peu plus de temps à étudier les fondamentaux. »

« Gredin insolent ! Ne comprends-tu pas que tu es en présence d’un marquis, espèce de parasite !? Reste à ta place ! »

Peut-être que la leçon était un peu trop forte, car elle semblait avoir rendu le marquis indigné et furieux. Avait-il au moins compris sa propre position ?

« Je suis insolent, n’est-ce pas ? Dites-moi, Marquis, lequel d’entre nous est celui qui a commis le meurtre, qui a mis le crime sur le dos d’un innocent, qui a comploté contre le roi qu’il avait juré de suivre, et comme si cela ne suffisait pas, qui a utilisé des groupes de bandits pour attaquer et voler des personnes innocentes ? N’est-ce pas vous qui avez tout fait, non ? À mon avis, je ne crois même pas que vous méritiez qu’on vous parle sur un ton poli. Hé, garçon porcher, peux-tu me donner ton avis sur la question ? »

« Garçon porcher !? Comment oses-tu !? Ne crois pas que tu peux t’en tirer en me parlant comme ça, roturier ! Je vais m’assurer que tu ne le feras jamais... »

Je n’étais pas d’humeur pour jouer cette comédie, alors j’avais réduit la distance entre nous plus vite qu’ils ne pouvaient cligner des yeux, puis j’avais soulevé ce gros bâtard du sol par son col.

« ... C’est toi qui m’énerves le plus en ce moment, mon cochon. Tu t’es bien amusé quand tu pensais vouloir engrosser ma future femme... Si j’entends encore un mot comme ça sortir de ta bouche, je t’arrache ta petite bite, je te l’enfonce dans la gorge, et je te recoudrai la bouche. Tu vas te sucer jusqu’à la fin de tes jours. Compris ? Hoche la tête si tu captes le message, connard. »

« A-Argh !? »

Je lui avais jeté toute la méchanceté que j’avais pu rassembler dans la direction du garçon à travers chaque mot que j’avais prononcé, pour découvrir qu’il s’était pissé dessus et s’était évanoui de peur.

C’était absolument dégoûtant, alors j’avais jeté son corps taché de pisse contre le mur.

« A-Alexander ! »

Le marquis poussa un cri à la vue du corps de son fils qui était jeté à l’écart.

Il s’appelait Alexander ? C’est le nom le moins approprié que je puisse trouver pour ce sac à merde.

« Intrus ! Des intrus sur le terrain ! Sortez-les ! »

Sur ordre du marquis, tous les soldats de sa garde privée sortirent de leurs chambres et se précipitèrent dans le jardin.

Ils étaient apparemment exactement le genre de sous-fifres pathétiques qu’on pouvait s’attendre à trouver, puisqu’il était clair qu’ils ne reconnaissaient même pas le roi en personne. Ils avaient sorti leurs épées et les avaient pointées dans notre direction.

« Marquis Rygel, comprenez-vous la gravité de vos actes en ce moment ? »

« Silence ! Je vais juste vous soumettre par la force brute, à la place ! Gardes, abattez ces hommes ! N’en laissez pas un seul debout ! »

Le marquis était tellement fou que les paroles de Sa Majesté le Roi ne lui parvenaient même plus. C’était une cause complètement perdue à ce moment-là. En gros, il était devenu fou.

« Je suppose qu’on peut ajouter “haute trahison” à sa liste de crimes. »

« Idiots, tous des idiots. »

Lyon et Neil poussèrent chacun un grand soupir.

Il ne fallait pas être un génie pour considérer qu’il n’y avait pas moyen pour le roi de venir en personne dans un endroit comme celui-ci sans prendre la moindre précaution. Le roi m’avait regardé dans les yeux, alors j’avais sorti mon Brunhild de ma hanche, puis j’avais tiré un seul coup de feu puissant directement dans le ciel nocturne.

Ce bruit explosif était leur signal pour sortir. Les chevaliers royaux envahirent le jardin en grand nombre en un instant.

« Qui... Qu... Comment... !? »

L’armée privée du marquis n’avait pas d’autre choix que de se rendre. Le marquis lui-même devint pâle en voyant sa garde privée lâcher les armes les uns après les autres.

« Marquis Rygel, votre titre est révoqué pour haute trahison et tentative d’assassinat contre la Couronne, entre autres crimes majeurs. Votre culpabilité est claire comme de l’eau de roche. Abandonnez. »

Les paroles du roi choquèrent tellement le marquis qu’il tomba à genoux. Neil avait apporté de la corde pour lui lier les bras.

***

Partie 4

« La responsabilité de cet incident repose entièrement sur mes épaules. Il n’y a aucune excuse pour ce que tu as traversé, Touya. »

« Pas du tout. Vous avez réussi à traduire en justice un ennemi qui s’était caché pendant longtemps. Tout est bien qui finit bien, Votre Majesté. »

J’essayai d’apaiser le roi, qui s’était incliné devant moi.

Le lendemain de l’incident, j’étais allé avec Yumina au Palais Royal. J’étais curieux de savoir ce qui était arrivé au marquis et à son fils. Naturellement, ils avaient tous deux été sévèrement punis.

« Ne serait-ce pas un gros problème ? Je veux dire, techniquement, c’était quand même un marquis. »

« Pas du tout. Toute l’affaire est réglée. C’était un homme que Yumina n’avait jamais aimé au départ, alors je n’avais de toute façon jamais voulu lui déléguer des fonctions importantes. J’ai maintenant un domaine ouvert à offrir à tous les nobles les plus responsables s’ils rendent un assez grand service. Je considère que c’est une bonne chose. »

Ce qui veut dire qu’il savait depuis le début qu’on ne pouvait pas lui faire confiance depuis que Yumina l’avait observé la première fois avec ses Yeux Mystiques. En fin de compte, elle avait plus raison à son sujet que n’importe lequel d’entre nous.

« Leurs deux âmes ont été couvertes de boue depuis que je les connaissais. J’avais toujours su qu’ils avaient des pensées méprisables en eux, mais je ne pensais pas qu’ils iraient aussi loin... Je les avais pris pour ceux qui participeraient à ces luttes de pouvoir mesquines, et non à de la haute trahison. Il semblerait que je sois encore beaucoup trop naïve à propos du monde. »

Les Yeux Mystiques de Yumina étaient remarquablement aiguisés, mais ils n’étaient pas si omniscients qu’ils pouvaient exactement lui dire quels genres de mauvaises pensées les autres pouvaient avoir. En voyant Yumina avoir l’air toute déprimée, j’avais pris sa main et je lui avais tapoté la tête avant même de m’en rendre compte. Ne sois pas si dur avec toi-même, c’était ce que je voulais te dire.

Le marquis Rygel n’était plus marquis. L’incident avait servi d’exemple à tous les autres nobles et cela avait envoyé le message qu’aucun d’eux, pas même ceux qui avaient des liens de sang, aussi lointains soient-ils, avec la famille royale, ne seraient pardonnés pour leur corruption.

L’ancien marquis Rygel avait été exécuté et son fils, Alexander, avait été envoyé travaillé dans les mines pour le restant de ses jours.

Il s’était avéré que le garçon suivait les traces de son père, car sa propre liste de crimes avait été découverte après cette nuit-là. J’avais entendu dire qu’il avait même utilisé la garde privée de sa famille pour enlever des femmes dans la rue. Naturellement, son père l’avait couvert à chaque fois, laissant son fils faire ce qu’il voulait. Il avait également été prouvé que le vicomte Barrow avait également participé à ces opérations dans le passé.

« Rien qu’à l’idée de savoir que ces canailles avaient une goutte de sang royal dans les veines me donnait envie de vomir. »

« Il a trouvé une trace de sang royal en remontant son arbre généalogique il y a plus de mille ans, n’est-ce pas ? Mais à l’heure actuelle, vous n’êtes littéralement que des étrangers. »

En pensant à protéger les sentiments de Yumina de la même façon, j’avais donné mon opinion. Le fait était que si vous remontiez assez loin dans l’arbre généalogique de deux personnes, vous trouveriez forcément un lien entre les deux. Eh bien, à l’exception de moi, qui venais d’être placé dans ce monde par Dieu un beau jour.

« Dans tous les cas, je crois que cela mettra fin pour l’instant à tout harcèlement de la part d’autres nobles dissidents. Je n’ose penser que quelqu’un soit assez stupide pour suivre l’exemple du marquis. »

« On dirait presque que c’est moi qui suis personnellement responsable d’avoir amené le marquis devant la justice... »

« C’est essentiellement ce que tu as fait, n’est-ce pas ? »

J’avais plutôt cru qu’il avait creusé sa propre tombe. Tout ce que j’avais fait, après tout, c’était d’emmener le roi à sa rencontre.

J’avais pensé que la forme de preuve la plus crédible serait celle qui viendrait directement de la bouche du coupable. Tout ce que j’avais à faire, c’était de l’amener à en parler ouvertement.

Mon plan initial était d’enregistrer les aveux du marquis sur mon smartphone et de les présenter comme preuve plus tard, mais quand le roi avait eu vent de mes plans, il avait insisté pour que je l’emmène pour qu’il puisse voir de ses propres yeux la vérité. J’avais l’impression que je ne m’habituerais probablement jamais aux bouffonneries ridicules de ce roi.

« Et quand tu as frappé ce crétin d’enfant, ça m’a donné des frissons dans la colonne vertébrale. Yumina a de la chance d’avoir rencontré un homme qui prend soin d’elle aussi intensément que toi, mon garçon. »

« Qu’est-ce qu’il a dit ? »

« Pouvons-nous s’il vous plaît laisser tomber ce sujet... ? »

Rien que de penser à cette explosion de rage m’avait fait rougir jusqu’aux oreilles. J’avais complètement laissé la situation me monter à la tête quand c’était arrivé. Yumina avait essayé de me tirer les vers du nez, mais ce que j’avais dit était beaucoup plus vulgaire que tout ce que cette fille avait besoin d’entendre, alors mes lèvres étaient scellées.

« Regard Fiiiiiixe... »

Ne compte même pas essayer ces yeux sur moi cette fois. Je n’en dirai pas un mot.

« Touya, mon garçon. Si tu tiens vraiment autant à ma Yumina, alors je crois que la meilleure façon de t’en sortir serait que tu fasses un enfant avec elle ! Je suis sûr que de toute façon vous y arriverez bientôt tous les deux ! »

« Votre Majesté, s’il vous plaît, abstenez-vous ! »

« Père ! »

Yumina, au visage couleur betterave, criait à pleins poumons, assez fortement pour souffler dans les tympans et faire écho dans tout le château.

Moi aussi, j’étais sans doute rouge comme une tomate, mais là n’était pas la question.

***

Chapitre 3 : Troubles dans la capitale de l’Empire

Partie 1

« L’Empire Regulus agit bizarrement ces derniers temps... »

J’avais terminé une quête de guilde avec Yae, et nous étions allés ensuite dans un café. Logan était là, et il avait fait un commentaire.

« Étrange ? Comment est-ce possible ? »

« Hm... comment dire ? Tout comme Belfast, ils avaient divisé leur force militaire en une armée permanente et un ordre de chevaliers. L’armée avait pour but d’attaquer et de se défendre contre les autres pays, tandis que leur ordre de chevalerie était utilisé pour la sécurité intérieure et la patrouille dans la capitale. Mais dernièrement, leur armée permanente a recruté beaucoup plus de monde, même si elle n’est en guerre contre personne. »

« Tu crois qu’ils se préparent à une invasion ? »

Bien que Yae avait posé la question à Logan, c’était Rebecca qui se retourna et lui répondit.

« J’en doute. On dit que l’empereur est alité et malade. Son fils, le prince héritier, n’a même pas vingt ans et n’est pas non plus en état de diriger les affaires nationales. Il n’y aurait aucune raison pour eux de commencer un conflit. »

Je ne savais pas que leur empereur était malade. Quelle que soit leur situation interne, il était bon de savoir qu’il n’était pas dans leur intérêt de déclencher une guerre.

Dans tous les cas, ils ne commenceraient rien de ce côté-ci. Belfast, le Royaume de Mismede et l’Empire Refreese étaient tous en bons termes. Cela signifiait que les territoires de l’ouest et du sud immédiatement adjacents à Belfast étaient couverts. Regulus n’avait aucun moyen de se mesurer à trois autres nations à la fois.

« Alors, une fois l’empereur décédé, l’empire aura-t-il à craindre d’être envahi par d’autres ? C’est peut-être pour ça qu’ils renforcent leur armée. »

Yae avait raison. Belfast n’avait pas de telles intentions, mais c’étaient de vieux ennemis dont leurs derniers conflits s’étaient achevés il y a vingt ans. Il était logique qu’ils soient prudents.

Il y avait l’Union Roadmare à l’est de l’empire, ainsi que la théocratie Ramissh au sud.

« Je pense que tous les pays sont conscients qu’il n’y a plus de raison de combattre l’empire de nos jours. Même s’ils ne sont plus aussi forts qu’avant, ils sont quand même assez solides. Si Refreese, Belfast, Mismede, Roadmare et Ramissh attaquaient tout en même temps... ce serait probablement une victoire facile. »

« Mais diviser le territoire après un tel effort serait une tout autre bataille en soi ! »

Logan avait gloussé en répondant. Si les étincelles s’envolaient, j’étais sûr qu’on pourrait s’en occuper. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils me causent des ennuis.

Yae et moi avions quitté Rebecca et Logan, puis nous étions retournés au Lecteur Lunatique. Une fois de plus, j’avais reçu une nouvelle demande pour un nouveau titre à acheter. J’étais un peu méfiant, mais j’avais fait quelques recherches et j’avais trouvé que c’était une histoire d’aventure sérieuse, et non pas une histoire louche.

Il s’était avéré que le livre n’était disponible qu’à un certain endroit... L’Empire Regulus.

« Eh bien... Je suppose que je devrais aller acheter ce livre. Et toi, Yae ? »

« Linze-dono est au deuxième étage. Je l’inviterai à rentrer à la maison avec moi. De toute façon, c’est bientôt l’heure de manger. »

Récemment, Linze passait la plupart de son temps libre ici. Heureusement, elle était passée à des genres plus intéressants comme l’histoire et la fiction générale.

Mais, si elle était laissée à elle-même, elle passerait souvent des journées entières à lire, alors j’avais demandé à Yae d’aller la voir de temps en temps.

J’avais décidé de visiter leur capitale, juste pour jeter un coup d’œil.

J’avais ouvert une [Porte] vers Gallaria, le Cœur de l’Empire.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? »

La scène qui était apparue devant moi n’était pas celle d’une ville paisible, mais une mer déchaînée de flammes et de chaos.

Pendant un moment, j’avais cru qu’un incendie s’était simplement déclaré à proximité, mais c’était clairement autre chose. Partout où je regardais, les civils fuyaient, les gens criaient, les bâtiments tombaient en ruine. J’étais complètement décontenancé. Que s’était-il passé ici ? J’avais invoqué [Gravité] pour alléger mon poids, puis j’avais encore amplifié mon corps avec [Puissance]. J’avais tout de suite sauté sur le toit d’un immeuble, réalisant qu’il me fallait un meilleur point de vue.

« Hé, hé... »

J’avais vu des civils se précipiter et tenter de fuir, tandis que des soldats vêtus d’uniformes noirs les ignoraient et marchaient vers le château. Il y avait une lignée d’hommes vêtus d’armure noire, de gardes royaux et de chevaliers, essayant d’empêcher les hommes en uniforme de progresser. Il y avait des lames qui s’entrechoquaient ici et là dans les rues. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait.

J’avais entendu un cri dans le voisinage. Je courais le long du toit pour voir d’où cela venait, puis je découvris deux soldats en uniformes militaires sombres qui avaient coincé un chevalier. Le chevalier saignait abondamment de l’épaule, ayant clairement perdu l’usage d’un de ses bras.

Certes, je ne connaissais pas les circonstances, mais je devais les empêcher de continuer. Je ne pouvais pas rester là à regarder un homme mourir, peu importe qui il était. J’avais sauté derrière eux et j’avais tiré des balles paralysantes.

« Guh ! »

« Gah ! »

Les deux soldats tombèrent instantanément. Le chevalier blessé tomba lui aussi subitement à genoux.

« Ça va, mec !? »

J’avais guéri les blessures de l’homme grâce à la magie de guérison. Mais il était à peine conscient. L’homme avait besoin de repos. Son regard était aussi plutôt flou. C’était probablement le résultat d’une perte de sang.

« Qu’est-ce qui s’est passé ici !? »

« L’armée... a trahi notre glorieux empereur... »

Le chevalier prononça ces quelques mots et perdit connaissance.

L’armée s’était rebellée... ? Attends, ça voudrait dire qu’il y a un coup d’État militaire !? Pour l’instant, j’avais placé l’homme par-dessus mon épaule et je l’avais porté dans une maison voisine. Celle-ci était déserte, j’avais alors supposé que les résidents s’étaient enfuis. Je l’avais posé sur un lit et j’avais appliqué plus de magie de guérison. J’avais arrêté quand j’étais sûr qu’il ne mourait pas.

Après ça, j’avais quitté la maison et je sautais sur le toit. J’avais besoin d’avoir une bonne idée de la situation.

« Recherche. Affichez les deux factions en deux couleurs différentes ! »

« ... Recherche terminée. Affichage. Les chevaliers royaux sont affichés en bleu, mille cent soixante-cinq unités. Les soldats de l’armée sont affichés en rouge, douze mille six cent cinquante-quatre unités. »

Presque dix fois plus. La situation qui m’attendait était absolument insensée. La carte était teinte en rouge foncé.

J’avais cherché autour de moi d’autres incendies, mais il me semblait que c’était dans ce quartier que la situation était la pire.

Mais qu’est-ce que je devrais faire ? Devrais-je juste partir ? Ce n’était pas comme si j’avais des obligations envers ce pays. Je pourrais retourner à Belfast, laisser la situation telle quelle et faire un rapport à la famille royale. Ce serait la chose la plus facile à faire, mais...

« Je suppose que je ne peux pas partir comme ça... »

Dans un premier temps, je ne savais même pas pourquoi un coup d’État s’était produit. Je pensais qu’ils en avaient après la tête de l’empereur.

« Je vais au château... Peut-être que je peux offrir un refuge à l’empereur à Belfast si je l’atteins à temps. »

L’empereur était malade, mais je pouvais aussi déplacer le lit si la pression venait à s’amplifier.

Je m’étais précipité sur les toits. Au fur et à mesure que je me rapprochais du château, d’autres conflits étaient apparus. La garde royale et l’armée s’affrontaient et se mettaient en travers de mon chemin. Je les poussais afin de pouvoir continuer ma route.

Je ne savais rien de l’Empire Regulus. Il se pourrait que l’armée se batte pour une cause juste, elle pourrait s’opposer à un empereur tyrannique. Honnêtement, je me posais quelques questions morales au sujet de mon implication dans toute cette situation, alors j’avais encore une fois brièvement envisagé de partir et de laisser les choses s’arranger.

Si l’empereur n’était plus dans le coup, le conflit serait réglé et je pourrais peut-être parler pacifiquement à celui qui avait commencé le coup d’État. Ce n’était pas comme si j’avais le choix quant à la façon de gérer la situation à ce moment-là. Si l’empereur était vraiment tyrannique, ce serait peut-être même mieux.

« H-Hm... Est-ce la porte du château ? »

La porte du château était déjà brisée, ce qui signifiait que l’armée avait envahi la zone. Je m’étais dit que je devrais me dépêcher. Comme je le pensais, une partie du château avait explosé. J’avais été choqué par cela, mais j’avais ensuite remarqué les différentes boules de feu qui volaient autour du lieu de l’impact. C’était l’artillerie magique. Je n’avais même pas pensé à quel point cela pouvait être dangereux.

J’étais passé par la porte du château. La sécurité était... définitivement laxiste. Mais ce n’était pas vraiment surprenant. Ce serait impossible de patrouiller dans un moment pareil.

J’avais couru à travers le jardin royal, puis je m’étais dirigé vers le balcon du deuxième étage. De là, j’étais entré dans le château par une fenêtre ouverte.

« Je ne sais pas où est la chambre de l’empereur... »

Je ne pouvais pas non plus utiliser la fonction de recherche pour le trouver. Je ne serais pas capable de déterminer quelle chambre appartenait à l’empereur. S’il n’était pas alité, j’aurais juste cherché quelque chose comme « trône » pour le trouver.

J’avais décidé qu’il n’y aurait plus de raison de s’inquiéter à ce sujet. J’avais pris la décision de quitter la pièce.

Comme on pouvait s’y attendre du château de l’empereur, il était extrêmement luxueux et bien décoré. J’avais ouvert une porte particulièrement grande et ornée, et quelqu’un était tombé à l’intérieur.

« Wôw ! »

La personne qui était tombée était une femme chevalière. Elle s’appuyait contre la porte avant que je la bouge. Bien qu’elle ne bougeait pas, il y avait toujours cet esprit combatif dans ses yeux. Elle m’avait interrogé de la manière suivante :

« Qui es-tu ? »

Ce qui n’était pas une surprise.

Elle avait l’air d’avoir une vingtaine d’années. Je n’avais pas remarqué de blessures claires sur elle, jusqu’à ce que j’aperçoive l’arrière de son cou. Derrière ses cheveux blonds se cachait une aiguille logée dans sa peau. Je l’avais soigneusement enlevée et l’avais mis devant mon visage. Il semblerait qu’elle contienne une substance étrange.

Je me demandais si c’était du poison, alors j’avais cherché des ennemis. Je n’avais vu qu’un seul soldat tombé au combat dans le hall intérieur, donc je n’étais pas entièrement sûr de la source. Quoi qu’il en soit, je devais la guérir.

« Je vais te guérir maintenant, d’accord ? Je ne suis pas un ennemi, alors s’il te plaît, ne m’attaque pas après que j’ai fini ! »

Je m’étais brièvement présenté pour m’assurer qu’elle ne paniquerait pas, puis j’avais invoqué ma magie de guérison.

« [Récupération]. »

Une douce lumière enveloppa la femme. Elle se leva, ouvrit et referma lentement sa main, confirmant apparemment que sa propre force était revenue. Après ça, elle avait dégainé deux épées et elle m’avait attaqué. C’était quoi ce bordel !? Ça ne faisait pas partie du marché !

« [Gravité] ! »

« Gah ! »

J’avais attrapé son bras et j’invoquais ma magie d’altération du poids. Mais j’étais paniqué, alors j’en avais utilisé un peu plus que prévu. Elle avait commencé à s’effondrer sous son propre poids jusqu’à ce qu’elle ait presque l’air de ramper sur le sol. J’avais réduit le poids jusqu’à ce qu’elle soit dans une position accroupie, puis je lui avais parlé normalement.

« Je t’ai dit que je ne suis pas un ennemi, alors pourquoi as-tu essayé de m’attaquer !? »

« Nommez-vous immédiatement ! Si vous n’êtes pas dans la garde royale, alors vous êtes dans l’armée, n’est-ce pas !? Si vous êtes dans l’armée, alors vous êtes un ennemi, n’est-ce pas !? Ça veut dire que je dois vous tuer ! »

Cette femme a-t-elle des troubles cérébraux ? On dirait qu’elle ne comprend rien.

« Tout d’abord, je ne suis pas dans l’armée. Je ne porte même pas d’uniforme militaire ! En plus de ça, si j’étais avec eux, pourquoi t’aurais-je sauvée !? »

« Eh bien, cela a du sens... »

« Je ne suis même pas de ce pays ! Je m’appelle Mochizuki Touya. Je vis à Belfast, je suis un aventurier. J’ai voyagé au cœur de l’Empire et je me suis accidentellement retrouvé dans ce pétrin ! Quant à savoir pourquoi je suis ici dans le château, je suis venu pour essayer d’aider la famille royale. Je possède la magie du transport, alors j’espérais évacuer des gens importants. »

En m’écoutant, l’expression de la chevalière avait changé. Elle était lentement passée de l’inquiétude à l’espoir.

***

Partie 2

« Possédez-vous vraiment... la magie du transport...  !? Si c’est le cas, pouvez-vous m’aider ? »

« Bien sûr, mais pourrais-tu me promettre de ne plus m’attaquer ? »

« Très bien. Je le jure, sur mes deux lames. »

J’avais annulé mon sort et elle s’était levée. Elle s’était débarrassée de sa torpeur et avait un peu bougé son corps, puis elle regarda vers moi en rengainant ses armes.

« Touya, c’est ça ? Je m’appelle Caroline Rillettes. Appelez-moi Carol, s’il vous plaît. J’appartiens au Tiers Ordre de l’Empire. Je suis un chevalier de deuxième classe. »

Je ne savais pas vraiment ce que ça voulait dire, mais j’avais quand même acquiescé.

Carol semblait s’être battue avec des soldats de l’armée, mais elle avait été terrassée par le poison dès qu’elle avait tourné le dos. Comme je m’y attendais, l’arme saisie dans la main du soldat mort était sans aucun doute une sarbacane d’un peu moins de dix centimètres de long.

« Nous devons rencontrer Sa Majesté l’empereur immédiatement ! Venez, je vais vous conduire à lui ! »

C’était alors que j’avais remarqué le symbole sur la poignée de sa lame. Un griffon, un bouclier, deux épées et des lauriers... J’avais l’impression d’avoir déjà vu ça quelque part. Carol s’était dépêchée avant que je ne puisse m’attarder trop longuement sur la question, alors je m’étais précipité vers le château à ses côtés.

Des chevaliers et d’autres soldats étaient éparpillés dans la cour. Ils étaient tous morts, saignant dans un bain de sang collectif. La zone puait le sang frais. C’était mauvais... Si l’endroit était dans cet état, il était peu probable que l’empereur soit en sécurité.

J’avais continué avec Carol, mais mon esprit était déjà rempli des pires scénarios possible.

Après avoir monté les escaliers en courant pendant un certain temps, nous avions finalement atteint un grand couloir.

Carol s’était déplacée droit devant, mais je m’étais soudainement arrêté. J’entendais un léger cri.

Je m’étais arrêté un moment et je m’étais concentré. Les explosions... les cris des guerriers... les armes qui s’entrechoquaient et... elle était là... Une femme... non, une jeune fille... J’entendais la voix d’une fille !

« Recherche ! Une jeune fille dans un rayon de 100 mètres ! Et aussi quelqu’un qui pourrait essayer de lui faire du mal ! »

« ... Recherche terminée. Affichage. »

La carte affichait une pièce au fond du couloir. Compris... Droit devant !

J’avais ouvert la porte et j’avais fait irruption dans la pièce. J’avais inspecté la pièce, j’y trouvais un homme en uniforme militaire. Il chevauchait une jeune fille aux cheveux d’argent. Sa main gauche était enroulée autour de son cou, tandis que sa main droite était sur le point de lui percer la poitrine avec un couteau.

« Hein !? Qui sont... Gyuuuuh !! »

Mon entrée surprise avait fait hésiter l’homme, alors j’avais saisi cette occasion pour lui tirer une balle paralysante. C’était vraiment proche ! Elle serait morte si j’étais arrivé une seconde plus tard ! L’homme s’était effondré sur place, tombant sur la fille.

« E-Eek !? »

La fille avait poussé l’homme loin d’elle et s’était précipitée au coin de la pièce. Elle s’était recroquevillée sur elle-même, toute tremblante. Ce n’était pas vraiment surprenant. Elle venait après tout de survivre à une tentative de meurtre.

« Ça va ? »

Je voulais qu’elle soit calme, alors j’avais essayé de parler doucement. La fille réalisa mes intentions et me regarda dans les yeux.

Ses yeux étaient d’un jade plein et profond, et sa peau était blanche comme de la porcelaine. Elle portait une belle robe blanche, mais ses cheveux argentés étaient un peu sales. Elle avait l’air d’avoir le même âge que Yumina. Le fait que cet homme ait tenté de tuer une enfant était la chose la plus méprisable.

En regardant de plus près, j’avais remarqué que ses vêtements étaient légèrement déchirés. Il y avait des coupures sur sa peau exposée. Si je ne faisais pas quelque chose rapidement, elle finirait par avoir des cicatrices.

« Viens à moi, Lumière ! Confort apaisant : [Magie curative] ! »

J’avais soudainement invoqué un sort de guérison, mais sa réaction avait été effrayante. Heureusement, lorsque la lumière apaisante s’était enroulée autour de ses bras, son expression s’était transformée en une expression d’émerveillement.

« Qui êtes-vous... ? »

« Je m’appelle Mochizuki Touya. Je ne suis rien d’autre qu’un aventurier itinérant, non affilié à votre pays ou à l’armée. »

J’avais choisi mes mots un peu plus soigneusement. Je ne voulais pas qu’elle panique ou qu’elle m’attaque comme ce qui s’était passé avec Carol.

« M-Mochizuki... Touya. »

« Pouvez-vous marcher ? »

« Je... je le peux. »

Je l’avais prise par la main et je l’avais aidée à se relever. Hm ? Je n’y avais pas pensé jusqu’à maintenant, mais... qui était cette fille, exactement ? Ses vêtements étaient de très bonne qualité... Se pourrait-il que... non, c’était impossible ?

Ses yeux étaient fixés sur les miens. Elle ne clignait même pas des yeux, elle regardait simplement... cette sensation était un peu familière.

« ... Qu’est-ce qui se passe ? »

« Quoi ? Quoi !? R-rien ! Ce n’est rien du tout ! »

Les joues de la fille rougissaient d’un rose pâle.

« D’habitude, je n’ai pas l’occasion d’interagir avec des messieurs comme vous... Alors, s’il vous plaît, pardonnez-moi si j’ai l’air plutôt tendu... »

« ... Ne vous en faites pas. »

Il semblerait que la jeune fille était quelqu’un de surprotégé, ce qui ne faisait que rendre mes soupçons plus concrets... Juste au moment où j’allais lui demander son nom, j’avais entendu quelqu’un charger à travers la porte ouverte que j’avais laissé dans mon sillage.

« Princesse ! »

« Carol ! »

Carol avait fait irruption dans la chambre et avait couru vers la fille. C’était comme je m’y attendais. Cette fille était la princesse de l’empire.

« Êtes-vous en sécurité !? Êtes-vous blessée !? Qui est-ce ? »

Carol se dirigea vers l’homme en uniforme au sol.

« Il était là pour me tuer ! Mais Touya m’a sauvé la vie... »

« Il voulait faire quoi !? Impardonnable... même poser la main sur la princesse est un crime de haute trahison ! Je vais le tuer ! »

« Hé, attends une seconde ! »

Carol avait dégainé sa lame et l’avait rapprochée du cou de l’homme inconscient. Je l’avais attrapée par le col et je l’avais ramenée. C’était une personne frustrante qui ne réfléchissait pas avant d’agir.

« Alors c’est vous la princesse ? Ça explique votre attitude générale. »

J’avais appelé la princesse en traînant Carol. J’avais le sentiment que ça finirait comme ça.

« Je suis la troisième princesse de l’empire Regulus. Lucia Leah Regulus... Mes excuses, mais vous n’avez pas l’air très surpris, Touya. Beaucoup de gens changent d’attitude en apprenant que je suis de la royauté. »

« J’ai rencontré deux autres princesses en plus de vous, je crois qu’en ce moment je m’y suis habitué. »

Ouais, l’une était ma fiancée, et l’autre était cette auteur bizarre.

« Connaître autant de membres de la royauté... qui êtes-vous ? »

Cette fois, c’était Carol qui avait été surprise. En toute honnêteté, je n’avais aucune idée de comment me définir à ce stade. J’avais l’impression que ma position sur la scène politique n’était pas vraiment bien établie. Temporairement, j’étais affilié à Belfast en raison de mes fiançailles avec Yumina, mais... Je ne voulais certainement pas en devenir le roi.

« Je vous expliquerai les détails plus tard. Pour l’instant, pouvons-nous continuer ? Je peux utiliser la magie du transport pour envoyer la princesse Lucia en lieu sûr, si vous le voulez. »

« Je pense que ce serait sage. »

Carol avait commencé à réfléchir, j’avais supposé qu’elle pensait à des endroits sûrs pour l’envoyer, mais la princesse elle-même avait refusé.

« J’irai plus tard. Je m’inquiète plus pour mon père et mon frère aîné en ce moment. Allons-y tous ensemble. »

Lucia avait parlé avec bravoure et détermination. Je pensais que c’était un peu dangereux, mais j’avais probablement besoin d’elle avec moi pour que le prince héritier et l’empereur me fassent aussi confiance. J’avais décidé qu’une fois qu’on aurait trouvé sa famille, on se téléporterait tous chez moi et on s’y réfugierait.

J’avais laissé la sécurité de Lucia à Carol et je m’étais concentré sur les environs. Nous étions retournés dans le couloir principal, là où j’avais quitté Carol, puis nous avions continué notre route.

« Nous n’avons qu’à sauver l’empereur et le prince héritier, n’est-ce pas ? »

« C’est exact. Mais j’aimerais aussi garder un œil sur le ministre d’État et les assistants. »

Carol m’avait répondu en courant. Ça m’avait rappelé que Lucia se disait la troisième princesse, mais où étaient les deux autres ? Je l’avais demandé, et apparemment sa sœur aînée s’était mariée à l’étranger, alors que son autre sœur étudiait à l’étranger. Pour l’instant, ils étaient en bons termes avec Regulus, mais... Mais selon ce qui devrait arriver à l’empire après le coup d’État, tout pourrait arriver. Les princesses à l’étranger pourraient même être forcées de rentrer chez elles et se soumettre à qui sait quoi.

On avait couru dans le couloir et on avait tourné au coin. Cinq soldats nous attendaient avec des épées dégainées.

« C’est Lucia ! Attrapez... non, massacrez cette petite salope ! »

Les soldats avaient tourné leurs lames contre nous et avaient chargé à l’unisson.

« C’est dangereux, tu sais. »

J’avais sorti mon Brunhild, je tirais une salve de balles paralysantes. Avec un ra-ta-tat-tat-tat, les hommes étaient tombés les uns après les autres. C’était assez simple.

« Vous avez tué ces cinq hommes si rapidement... »

« Ce n’est pas vraiment ça. Je les ai seulement paralysés. L’empereur est-il dans les parages ? »

Carol était un peu surprise, alors j’avais posé une question à Lucia.

« Oui, la pièce de devant est la chambre de mon père. Il est malade, donc je n’ai pas pu le voir beaucoup... »

« Est-il malade ? C’est contagieux ? »

« Non... il est juste très vieux et malade. Je pense qu’il ne veut pas que je le voie comme ça. J’ai entendu dire qu’il est devenu très fragile et faible ces derniers temps. »

C’était inquiétant... Je ne savais pas comment procéder. Le fait qu’il y avait cinq ennemis qui nous attendaient si loin n’était pas vraiment de bon augure pour nous. Il était tout à fait possible que l’armée s’y soit rendue et avait déjà tué le vieil homme. Je ne voulais pas être responsable d’exposer quelqu’un d’aussi jeune au cadavre potentiellement brutalisé de son père. Lucia remarqua mon hésitation, et me saisit rapidement par la manche.

« Je suis prête à aller jusqu’au bout, quelles qu’en soient les conséquences. Si je ne vois pas mon père de mes propres yeux, même maintenant... Je le regretterai vraiment. Par conséquent, je viendrai avec vous. »

La détermination de la jeune fille était tout simplement admirable, alors je ne pouvais pas lui dire non après cela. Tout en me préparant, j’avais ouvert la porte.

La chambre était très spacieuse, clairement construite pour un membre de la royauté. Plusieurs hommes se tenaient autour d’un grand lit près du mur du fond, mais ils s’étaient tournés vers nous lorsque nous étions entrés.

Ils portaient tous des uniformes de style militaire. Trois soldats réguliers, deux hommes qui ressemblaient à des officiers et un général. Il y avait aussi plusieurs cadavres éparpillés autour. Ils étaient vêtus d’une armure, donc probablement ils étaient de la garde royale.

Il y avait un homme âgé parmi eux tous, couché dans le lit. Il ne semblait être ni membre de l’armée ni de la garde royale. C’était probablement l’empereur de l’Empire Regulus lui-même. Si c’était le cas, il était trop tard.

« Et qui êtes-vous ? Vous n’êtes pas de la garde royale. »

L’homme qui semblait être le général avait pris la parole. Il avait des yeux aiguisés et un nez crochu, cela me faisait penser au visage d’un faucon. Il avait l’air d’avoir une quarantaine d’années.

« Général Bazoar ! Avez-vous levé vos mains contre Sa Majesté l’empereur !? »

« Père... ! »

Carol rugit furieusement contre l’homme, et j’entendis Lucia haleter d’horreur. C’était donc un général. Je me demandais s’il était le cerveau derrière le coup d’État.

« Tiens, la princesse Lucia et la stupide fille de la maison des Rillettes. Comme c’est vexant. Je suis sûr d’avoir ordonné votre mort à toutes les deux. »

Le général avait froncé les sourcils. Il semblait ennuyé par leur survie. Je me demandais si Carol avait une réputation... Je lui avais jeté un bref coup d’œil avant de regarder le général en arrière.

« C’est toi qui es derrière tout ça, alors ? Dis-moi au moins ceci. Pourquoi ? Pourquoi fais-tu ça ? »

J’avais posé ma question directement au général Bazoar. En fin de compte, j’étais totalement étranger dans cette affaire. Je devrais l’écouter pour savoir quel côté était le bon.

***

Partie 3

« L’empereur a une maladie. Une maladie de cœur. Il a signé un traité de paix avec Belfast et Roadmare, et il hésite même quand on lui dit de piétiner de tels accords et de conquérir ces territoires ! L’empereur tel qu’il était dans la fleur de l’âge ne se serait jamais comporté de cette façon. Vraiment, l’âge est une maladie effrayante sans remède. »

« ... Et juste pour ça, tu le tuerais ? »

« Pour le bien de son peuple, un empereur doit être fort. S’il perd cette force, alors il doit s’écarter et faire de la place à un autre. Un nouvel empereur doit prendre sa place, un empereur qui a de la force et de l’énergie. »

Cela ne se passera pas comme ça, n’est-ce pas ? Ce n’était qu’une trahison ! C’était clairement un coup d’État. Le général doit avoir plus de respect de la part des militaires que l’empereur, sinon il n’aurait jamais pu déclencher une révolte comme celle-ci. Un vieil empereur mal en point, sans projets pour son peuple, et un prince héritier peu fiable... Quand vous les mettiez aux côtés d’un général déterminé qui ne reculera devant rien pour gagner... Eh bien, il était assez facile de voir lequel de ces trois-là avait la plus grande présence. Pourtant, ces types avaient-ils sérieusement l’intention de rompre le traité et de faire la guerre ?

« Belfast, Refreese et Mismede sont unis dans une alliance. Pouvez-vous au moins espérer aller à l’encontre des trois nations à la fois ? »

« Bien sûr que je peux ! Penses-tu que j’ai été assis là, à me tourner les pouces pendant ces vingt dernières années de paix ? »

Le général Bazoar leva le bras droit vers une fenêtre voisine et commença à se concentrer.

Oh, c’était un utilisateur de magie !? Attends, le plus important... quel genre de magie pourrait-elle être !? J’avais ressenti une immense pression. C’était clairement une force plus grande que celle que j’avais rencontrée chez n’importe quel utilisateur de magie auparavant. Quel était ce sentiment... ? Mon corps semblait... d’une façon ou d’une autre plus lourd.

« Sortez, ténèbres ! Je cherche un démon du plus haut niveau : [Seigneur Démon] ! »

Le général avait lancé son incantation. Et au moment où il termina sa phrase, la fenêtre s’était brisée en morceaux et la pièce avait été plongée dans une lumière blanche.

Lorsqu’elle s’était finalement atténuée, le mur sur lequel la fenêtre avait été fixée n’existait plus. Plus important encore, il y avait une énorme créature qui flottait à l’extérieur, clairement visible malgré le fait que nous étions au troisième étage. Elle avait la tête d’une chèvre, les ailes d’une chauve-souris, le haut du corps était celui d’un homme bien bâti et le bas du corps celui d’un hibou.

Qu’est-ce que c’était que ce truc !? Il avait appelé ça un Seigneur Démon ? C’était un euphémisme, on dirait le diable en personne !

« I-Impossible... ! Comment a-t-il pu passer un contrat avec une telle créature ? D’où lui vient le pouvoir magique lui permettant de le garder dans ce monde ? »

Lucia marmonnait à elle-même, stupéfaite et horrifiée. Elle n’avait pas tort. Les hommes-lézards, les loups argentés et les squelettes étaient des invocations standardes, mais cette chose se situait à un tout autre niveau. Je n’avais aucune idée d’où le général tirait cette énergie magique.

« Passer un contrat avec la bête était insignifiant. Je lui ai simplement offert des sacrifices vivants. Les criminels de notre grande ville ont été offerts en pâture à la créature. L’empereur s’y est obstinément opposé, bien sûr. Mais pensez au potentiel. Si l’on pouvait contracter un Démon Supérieur, alors on pouvait aussi contrôler les Petits Démons par procuration. Après avoir rempli les conditions du contrat et nourri la bête avec autant de vies qu’elle le souhaitait, j’ai réussi à le contrôler. Et maintenant, une armée entière de monstres est à ma disposition ! Quant à la magie... »

Le général Bazoar leva le bras droit et retira sa manche. Il l’avait soulevé pour nous montrer un beau bracelet enroulé autour de son poignet. Un bijou rouge éblouissant y était fixé, qui scintillait d’une lueur terrifiante. C’est... un artefact !?

« Ce bracelet absorbe l’énergie magique des lieux et des gens autour de moi. Petit à petit, elle a vidé la magie de tous ceux qui se trouvaient à proximité. C’est vous qui maintenez le Seigneur Démon. »

Ça drainait la magie ? Je supposais que ça expliquait le sentiment bizarre d’avant... Mais c’était une mauvaise nouvelle. Je devrais sortir d’ici ou il allait juste gagner plus de magie.

J’avais remarqué que Lucia et Carol étaient tombées à genoux. On aurait dit qu’elles s’affaiblissaient au fur et à mesure qu’elles perdaient de l’énergie.

Ma magie s’était déjà suffisamment régénérée, mais il serait inutile d’utiliser [Transfert] sur les filles. Toute la magie que je leur rendais serait à nouveau sapée.

Alors il n’y avait qu’une chose à faire... Je vais devoir l’effacer à la source !

[Apport] !

J’avais essayé d’éloigner le bijou avec de la magie. Mais au lieu de ce qui devait se produire habituellement, un son étrange avait résonné près du général, et le sort avait complètement échoué.

« Hm ? Et bien, mon petit ! Tu as encore de la magie à revendre ? C’est malheureux pour toi que de telles choses ne marchent pas du tout sur moi. Pourquoi crois-tu que j’ai choisi un démon parmi toutes les choses avec qui faire un contrat ? »

Le général fit un geste en direction de la créature monstrueuse qui planait encore dans l’air à proximité.

« Ce Seigneur Démon a une caractéristique particulière. C’est ce qu’on appelle l’annulation magique. Les attaques magiques et les effets des armes enchantées n’ont aucun effet sur elle. Et, en tant que maître et entrepreneur, la capacité s’étend maintenant à moi ! »

Annulation magique !? Comment étais-je censé faire quoi que ce soit contre ça !? Je supposais que je devais dans ce cas utiliser des attaques physiques...

J’avais sorti mon Brunhild et l’avais rechargé avec des balles paralysantes. Si la magie n’avait aucun effet, c’était probablement ma meilleure chance.

« Hm ? »

J’avais appuyé sur la détente, visant le général. L’arme avait fait écho et... la balle avait heurté un mur invisible devant le visage du général. Qu’est-ce que c’était que ça !?

« Hm ? C’était une sorte d’arme à projectile ? Tu pensais passer aux attaques physiques après avoir échoué à me frapper avec de la magie ? Comme c’est malheureux. »

Le général retroussa sa manche gauche pour dévoiler un autre bracelet serti d’une pierre précieuse rouge différente.

« C’est mon bracelet bloqueur. Il forme une barrière invisible égale au niveau de la magie déversée, annulant complètement tous les dommages physiques. Mon bracelet draineur absorbe la magie, mon Seigneur Démon m’accorde une résistance à toutes les attaques magiques, et mon bracelet bloqueur résiste à toutes les attaques physiques ! C’est ma Sainte Trinité ! Ma défense ultime ! Je ne peux pas être attaqué, quels que soient les moyens employés ! »

Il devait mentir, non !? C’était impossible ! Je voulais dire ça, mais je n’étais pas vraiment en mesure de dire quoi que ce soit à ce sujet, mais est-ce que ça ne semblait pas un peu trop simple ? Il est bien trop puissant ! Ce n’était pas juste du tout ! Et il m’utilisait aussi comme batterie magique ! Ce n’était pas juste ! Donc, même si j’utilisais [Gravité] pour faire une attaque extrêmement lourde ou puissante, il pourrait simplement utiliser ma propre magie afin de générer un bouclier pour la bloquer. Attends, cela avait-il un sens ? Comment pouvait-il tirer autant de magie de moi à la fois ? Eh bien, je supposais que d’autres lui fournissaient aussi de la magie...

Tsk... c’était mauvais. Si seulement je pouvais me débarrasser de ses satanés bracelets.

« Je ne sais pas d’où tu viens, mais on ne peut pas te laisser partir vivant. Tu deviendras de la nourriture sacrificielle pour le Seigneur Démon, un sacrifice supplémentaire parmi d’autres. »

« Alors quoi ? Tu prévois d’appeler une armée de monstres et de faire la guerre ? Combien de citoyens innocents de cette nation as-tu l’intention de sacrifier ? »

« Je ne sacrifie pas les citoyens, les seuls qui sont morts jusqu’ici étaient des criminels. Dans la vie, c’étaient des ordures, inutiles à notre glorieux empire. N’est-il pas mieux pour eux de mourir au nom de mon ambition ? Mais si c’est ton problème, ne t’inquiète pas. Nous utiliserons les soldats de Belfast comme nourriture sacrificielle bien assez tôt ! »

Le général rit de bon cœur. C’était à ce moment-là que j’avais réalisé qu’il n’était rien de plus qu’un fou avec une soif de carnage.

Je ne savais pas si le coup d’État était juste ou non, mais sa tirade m’avait amené à la conclusion suivante : C’était le méchant.

Utiliser et abuser de la vie des autres pour ses propres fins était simplement un péché impardonnable.

« Uuh... »

L’empereur, qui gisait sur le sol derrière le général, bougea très légèrement son pied. Était-il vivant !? Ni le général ni ses compagnons ne semblaient s’en rendre compte. J’avais alors décidé que ma priorité devait être de sauver l’empereur. Les deux derrière moi semblaient être elles-mêmes à la limite de leur conscience, il semblerait donc que leurs réserves magiques étaient à leur limite.

« Invoquez [Porte]. Ciblez trois individus, l’empereur, Lucia et Carol. Envoyez-les chez moi, juste à l’extérieur. »

« Bien reçu. Invocation de [Porte]. »

« Quoi !? »

Une lumière était apparue autour des trois individus, et ils avaient disparu en un éclair.

« Misérable, tu peux même utiliser la magie de transport !? »

« C’est exact. Je vais me retirer juste pour aujourd’hui, mais ne pense pas une minute que j’en ai fini avec toi. »

J’avais rechargé Brunhild avec des balles différentes. J’avais pointé mon arme sur le général.

« Enfant stupide, c’est inutile ! Tant que je porterai le bracelet bloqueur à mon poignet, tu ne pourras pas me faire une égratignure ! »

« Très bien. Il n’est peut-être pas possible de blesser ton corps, mais... Je suis sûr que je peux au moins porter un coup à ta fierté. »

« ... De quoi diable parles-tu, mon garçon ? »

Un sourire cruel s’était répandu sur mon visage. J’avais baissé le canon de mon arme, puis j’avais tiré près de ses pieds.

« [Glissade]. »

« Augh ! »

Le général était tombé de très jolie manière. Il avait posé sa main sur le sol et avait essayé de se relever, mais la balle que j’avais tirée était programmée pour créer une zone sans frottement dans une large zone. Peu importait où le général mettait ses mains, ses pieds, n’importe quoi. Il était entièrement à ma merci maintenant.

« G-Général ! Ne vous inquiétez pas ! »

Ses alliés avaient couru pour l’aider... comme des agneaux idiots allant au massacre. L’effet magique n’était après tout pas seulement concentré sur le général. C’était un sort à zone d’effet.

« Whuh ! »

« Gah ! »

Comme prévu, ils avaient été entraînés dans cet enfer glissant et avaient commencé à tomber à plusieurs reprises. Ils n’avaient pas de bracelet bloqueur comme le général, alors ils avaient certainement subi des dommages après s’être écrasés dans le sol à plusieurs reprises pendant un certain temps.

« Ohohoho... Hahahahaha !! Oui, c’est cela ! Tomber pour toujours ! Continuez à danser cette danse pathétique jusqu’à votre mort ! »

J’avais dit ces choses sarcastiques pour essayer de le provoquer, mais il n’avait pas mordu à l’appât. Il aurait pu utiliser son bracelet draineur pour absorber la magie que j’avais imprégnée dans le sol, mais il ne semblait pas s’en rendre compte. Et je n’avais aucune obligation de lui dire.

« Seigneur Démon ! »

Le monstre à tête de chèvre m’avait attrapé en réponse à l’appel de son maître. Ce n’était pas bon. Je ne pensais pas que ça marcherait dans l’air.

Cette chose pourrait être blessée par des attaques physiques. Pourtant, le général serait probablement en mesure de le rappeler si je le défais... J’avais donc décidé de faire la seule chose que je pouvais faire.

« Adieu, chers messieurs ! Mais ne croyez pas que vous avez fini de me voir ! Bientôt, le Marteau de Babylone descendra sur vous ! Le tonnerre de ma vengeance s’abattra sur vous avec la rafale de mille vents ! Vivez dans la peur jusque-là, vermine ! Fuhahahahaha !! »

Je m’étais un peu trop impliqué.

Juste avant de partir, j’avais fait apparaître un mirage pour choquer leurs sens. L’image que j’avais créée était celle de cafards, d’asticots, de mille-pattes et d’autres animaux qui se tortillaient, partout sur le sol. C’était mon cadeau d’adieu.

« Eek !! Augugh !! »

« Des i-insectes ! Ils sont partout !! »

« Fils de... ! Je te ferais payer pour ça ! »

Ils avaient poussé leurs cris d’angoisse en réponse à mes provocations. Quoi qu’il en soit, leur souffrance m’avait fait sentir beaucoup mieux.

J’avais ouvert une [Porte] sous moi et je m’étais échappé.

J’avais atterri dans mon jardin, regardant par-dessus pour voir que Lucia était à côté de son père. Il avait l’air pâle et froid.

« P-Père ! Père... ! »

La situation semblait préoccupante. J’avais besoin de le soigner immédiatement. Lucia tenait l’une de ses mains, alors je m’étais penché et j’avais attrapé l’autre.

« Viens, Lumière ! Amène le repos de la déesse : [Mega Soins] ! »

Mon sort de rétablissement avancé avait créé une belle lumière qui s’était enroulée autour du corps de l’empereur. Le coup de couteau sur le côté s’était refermé tout seul. Même ainsi, ce sort ne suffisait pas à lui seul.

« [Récupération]. »

J’avais jeté un autre sort au cas où il y aurait des effets secondaires sur lui. Je ne pouvais rien faire d’autre. C’était à l’homme lui-même qu’il appartenait de faire le reste.

J’avais fait déplacer l’empereur dans une chambre d’amis, puis je l’avais vite mis au lit. Après cela, j’avais dit à Laim de contacter le Palais Royal et d’amener le Docteur Raul, puis j’avais amené Lucia et Carol dans la chambre de l’empereur.

Pendant que j’attendais l’arrivée de Raul, j’avais rassemblé tout le monde dans le salon. Je leur avais ensuite donné un aperçu de la situation.

« Bon sang, Touya... pourquoi tu continues à fourrer ton nez dans de telles affaires ? », soupira Elze.

Ce n’était pas comme si je foutais mon nez dans les choses ! C’était plutôt les choses qui restaient collées à mon nez !

« Malgré tout, sans tenir compte des problèmes de l’empire... Où est le prince ? »

Linze marmonnait ses inquiétudes, mais tout ce que je pouvais faire, c’était prier. J’aurais préféré téléporter tout le monde en lieu sûr, mais je n’avais jamais vu le prince auparavant, alors je n’avais pas pu l’inclure dans le rappel collectif.

« Mais c’est terrible... Et si l’empire fait bientôt une attaque contre Belfast ? »

« L’armée des démons est pour l’instant la chose la plus préoccupante. On doit s’en occuper avant toute chose. »

Le moyen le plus simple serait de vaincre le général Bazoar, mais... Les attaques magiques n’avaient rien fait, et je ne pourrais pas non plus trouver un moyen de le vaincre par des attaques physiques.

Si j’utilisais [Porte] et que je le lâchais d’une grande hauteur, son bracelet bloqueur annulerait les dégâts. En plus, il était très probable qu’il aurait convoqué le Seigneur Démon avant ça. Alors il pourrait s’envoler et partir en retraite. [Gravité] n’aura probablement aucun d’effet. Mec, quel emmerdeur !

Des sorts comme [Glissade] et [Mirage] fonctionnaient bien, probablement parce qu’ils étaient indirects. Il était assez clair que je devais réfléchir à quelque chose, mais plus important encore... je devrais le signaler au roi de Belfast.

Un coup d’État militaire dans l’Empire était une affaire énorme, et le roi devrait aussi être informé de l’apparition d’une armée de démons.

Mais devrais-je lui parler de Lucia et de l’Empereur... ? Leurs états avaient signé un traité de paix provisoire, mais ils étaient aussi d’anciens ennemis...

J’avais brièvement envisagé ce qui pourrait arriver si le roi voulait qu’ils partent du pays. J’avais alors décidé de les laisser se réfugier à Babylone. Je ne voulais pas m’allier à une nation en particulier, mais je ne pouvais certainement pas abandonner une personne blessée comme ça.

Alors que je réfléchissais, Laim avait amené le docteur Raul. J’avais pensé qu’il valait mieux confier le reste à un professionnel. En attendant, j’avais des projets à faire. Je devais trouver un moyen de vaincre le Seigneur Démon, ainsi que le général qui le contrôlait.

Est-ce que je pouvais enlever les artefacts de ce général et le battre ainsi... ? En fait... attends, c’était peut-être plus facile que ce à quoi je m’attendais... J’aurai peut-être besoin d’un peu de temps de préparation, mais je pensais que je pouvais le faire... J’avais soigneusement réfléchi à mon idée et j’en étais venu à une conclusion solide. Ouais, ça devrait aller.

J’avais formulé mon plan. Harceler les gens n’était pas exactement la chose la plus classe à faire, mais j’avais soudainement imaginé le visage du général, pleurant et mendiant. C’était hilarant. En un rien de temps, un sourire sadique s’était répandu sur mon visage. Tous ceux qui m’avaient regardé avaient un peu reculé.

Quoi, avais-je l’air si bizarre ?

***

Partie 4

« Son état est stable pour l’instant. Il a juste besoin de repos et de temps pour récupérer. Il sera réveillé bien assez tôt, j’en suis sûr. »

Raul avait posé son stéthoscope et nous avait donné son diagnostic. L’empereur aurait dû être atteint d’une maladie, mais apparemment il n’y avait rien de symptomatique à cela.

Je me demandais si c’était l’effet du sort [Récupération] que j’avais utilisé sur lui. Mais il n’aurait pas dû être capable de purger le corps de la maladie ou de ses infections. Une fois, j’avais essayé de l’utiliser sur Linze pour la débarrasser d’un rhume, mais cela n’avait rien fait.

[Récupération] était l’un de ces sorts où les détails étaient un peu obscurs. Cependant, je n’étais pas vraiment un médecin spécialiste, et je n’avais donc pas la moindre idée des subtilités de la classification des maladies. Les virus et les tumeurs auraient pu être traités différemment. J’avais décidé de ne pas trop m’en faire, car de toute façon le résultat final était clairement positif.

« Bonté divine... Je n’aurais jamais pensé soigner l’empereur de Régulus... Sa forme devrait rapidement devenir meilleure. »

Docteur Raul avait fait un petit sourire ironique pendant qu’il parlait. Je lui avais demandé de garder cette affaire secrète pour le reste du palais, juste pour le moment. Le plan était d’informer le roi de la situation au réveil de l’empereur.

D’un point de vue médical, il avait probablement compris que nous ne voulions pas mettre de pression inutile sur le patient. La présence de Yumina avait au moins probablement contribué à renforcer sa confiance.

Lucia était assise à côté de son père tout le temps, le soignant doucement au chevet du malade. Naturellement, Carol s’était aussi tenue aux côtés de la jeune fille durant tout ce temps.

« Princesse Lucia... tu devrais prendre le temps de te reposer. Si tu finis par mourir d’épuisement, ton père va s’inquiéter, non ? »

« Très bien, dans ce cas... Pourrais-tu m’appeler Lu ? Si c’est d’accord, je veux dire. »

La princesse me regarda avec des yeux innocents et un ton hésitant. Si c’était ce qu’elle voulait, ça ne me dérangeait pas.

« Très bien alors ! Lu, c’est ça ? C’est mignon. »

« Oui, oui, merci. C’est beaucoup mieux. »

Lu leva les yeux en souriant. J’avais remarqué que quelqu’un me regardait à travers une fissure dans la porte. Quelle était la personne qui pouvait me regarder de travers ? C’était troublant, honnêtement. Whoa, c’est effrayant ! N’était-ce pas Yumina ? Pourquoi est-ce qu’elle me regardait comme ça... ?

Sur ce, la porte s’ouvrit et Yumina entra. Elle se tenait devant Lu et s’inclina avec bienséance et grâce.

« Enchantée de vous rencontrer. Je suis Yumina Urnea Belfast, princesse du Royaume de Belfast. Fille de Tristwyn Urnes Belfast, roi du royaume de Belfast. »

Carol et Lu s’étaient toutes les deux raidies lors de cette introduction soudaine, mais elles s’en étaient vite remises. Après quelques instants, Lu se leva et s’inclina en retour.

« Enchantée et ravie de faire votre connaissance. Je suis Lucia Leah Regulus, troisième princesse de l’Empire Regulus. Fille de Zephyrus Loah Regulus, empereur de l’Empire Regulus. »

C’était donc une salutation officielle entre membres de la famille royale, n’est-ce pas ? C’était cependant plus mignonnet que sublime ou impressionnant. C’était probablement à cause de leur âge.

« J’ai entendu les nouvelles, comme c’est horrible. Je suis contente que vous soyez en sécurité. »

« Je vous remercie. Grâce à l’aide du seigneur Touya, j’ai réussi à venir ici en toute sécurité. »

Lu sourit comme une fleur en pleine floraison.

« En effet, je suis heureuse de le savoir. Ça me rend heureuse de savoir que mon fiancé est si désintéressé. Touya est un merveilleux fiancé. »

« A-Ah... Je vois... »

La fleur s’était immédiatement fanée.

Est-ce qu’elle allait bien ?

« Ma chère Lucia, voulez-vous vous joindre à moi dans mes quartiers privés un moment ? Je pense que nous devons discuter d’une certaine affaire. »

« H-Huh ? Tout de suite, bien sûr ! »

Lu suivit précipitamment Yumina. Après la fermeture de la porte, le docteur Raul murmura quelque chose sous son souffle.

« ... Querelle de femmes... »

« S’il te plaît, ne fait pas ce genre de blagues. »

Personnellement, je n’avais pas trouvé ça drôle.

« Eh bien, peu importe la façon dont tu le vois, tu as influencé cette petite princesse de Regulus. Deux princesses amoureuses du même homme... C’est la base de futurs ennuis. »

Attends, sérieusement !? Je croyais qu’elle était mal à l’aise parce que je lui avais sauvé la vie !

« ... Tu crois que Yumina l’a remarqué ? »

« Désolé gamin, mais c’est sûr. C’est une petite dame, mais je crois que sa capacité à sentir ses rivales est plutôt aiguisée. »

C’est... troublant. J’espérais que ces deux-là allaient s’en sortir. Un malaise s’était soudain emparé de moi.

Ce n’était pas comme si j’imaginais Yumina crier quelque chose comme « Bas les pattes, salope ! » Ou d’autres méchancetés de ce genre... Mais j’étais encore un peu inquiet.

« ... Je ne me sens pas très bien. »

« Besoin d’un examen médical ? »

Ce n’était pas ce que je voulais dire.

« Docteur, si tu veux retourner au château, on peut passer par une [Porte]. De toute façon, je devrais probablement me présenter devant le roi. »

« Dans ce cas, je vais accepter cette offre. »

J’avais laissé l’empereur sous la garde de Carol et je m’étais dirigé via une [Porte] vers le palais royal. Puis, je m’étais immédiatement présenté devant le roi.

« Et voici ce qui se passe dans l’empire Regulus en ce moment... »

J’avais exposé les principaux faits de la situation et proposé qu’une ligne défensive soit tracée sur la frontière la plus proche de l’empire. J’avais aussi recommandé qu’ils se concentrent sur les troupes magiques pour prévenir les pertes en première ligne. Par la suite, j’avais réalisé plusieurs Miroirs Portails pour faciliter la communication.

Les miroirs portails étaient de petites paires de miroirs que j’avais enchantées avec [Porte]. Si une lettre était envoyée par l’un, elle sortait par l’autre.

Si l’on envoyait quelqu’un dans un fort ou sur les lignes de front, cela permettrait un contact quasi instantané avec la capitale.

« Hmph... D’avoir de si bonnes et de si mauvaises nouvelles dans un si court laps de temps... Quelle journée ! », murmura Sa Majesté le roi avec un petit soupir.

Hm ? Je n’ai apporté que de mauvaises nouvelles... C’était quoi la bonne ?

« Eh bien, je vais être franc. Yumina va avoir un petit frère ou une petite sœur. »

« Whuh ? », m’exclamais-je.

Le roi m’avait fait un petit sourire. Il avait l’air un peu gêné.

« Hehehe... félicitations ! J’espère que ta femme donnera naissance à un successeur solide. »

Si c’était un garçon, la probabilité que j’aie à monter sur le trône serait bien moindre. C’était très bien pour moi.

« Hm... mes sentiments sont un peu mitigés. Si tu me succédais, Touya, j’en serais très heureux. »

« Mais si tu as un garçon, il prendra le trône, non ? »

« Hoho, donc tu dis que si on a une fille, tu prendras le trône ? »

« ... Non, ce n’est pas ce que je voulais dire ! »

L’argument du roi était un peu irritant. Il n’aurait pas dû assigner des rôles à des gens qui n’étaient même pas encore nés.

« Alors, qu’est-ce que l’empereur a l’intention de faire... ? »

« Euh... Je ne suis pas sûr de ce qui se passe là-bas. Soit il s’enfuit avec sa fille, soit il aurait été exécuté, les détails sont flous. »

J’avais donné une réponse aussi évasive que possible. Je voulais attendre que l’état de santé de l’empereur soit stabilisé et qu’il soit conscient avant de tout expliquer.

« Pour l’instant, le général a une armée et il faut faire quelque chose à ce sujet. Si je le vaincs, alors l’invasion devrait être empêchée. »

« Hoho... tu as l’air confiant, mon garçon ! J’espère alors que tu as un plan. »

« Eh bien, je ne le saurai pas avant d’avoir essayé... »

Je quittai le palais royal après avoir donné encore une fois une réponse évasive quant à mes intentions.

Le Seigneur Démon avait annulé toute magie, mais j’avais quand même senti que je pouvais l’éliminer par des attaques physiques. Je n’avais pas pu utiliser [Gravité] dessus, mais peut-être que laisser tomber quelque chose de très lourd d’en haut ferait l’affaire...

Mais même si j’avais vaincu la créature elle-même, le général aurait probablement encore cette résistance magique passive. En plus de cela, son bracelet draineur absorberait toute la magie des environs, il rappellerait ainsi immédiatement le Seigneur Démon.

Tout dans ce monde possédait de la magie, aussi minuscule soit-elle. Animaux, plantes, petits insectes... Toutes ces choses possédaient une énergie magique. À eux seuls, elle était vraiment insignifiante, mais réunie ensemble, cela devenait immense. Si son bracelet pouvait absorber passivement la magie de tout ce qui se trouvait à proximité, cela lui donnait un pouvoir redoutable. C’était la nature même de la magie qui avait fait du bracelet draineur quelque chose de vraiment formidable.

Le bracelet bloqueur était une tout autre affaire. Au début, je pensais que cela bloquait mes balles, mais c’était un peu différent. La barrière s’était générée d’elle-même en fonction de l’endroit où serait frappé le général. Si tout son corps était touché, cela se déploierait sur tout son corps.

Mais cela n’avait pas bloqué complètement tous les dégâts quand je l’avais fait glisser... Il avait continué à tomber, qu’il ait été blessé ou non. En résumé, cela restait néanmoins un bouclier automatique gênant. Je devrais faire quelque chose.

Il n’y avait rien d’autre à faire, il faudra que je m’en serve de ça.

Et bien... ce ne sera certainement pas amusant pour lui. Il n’aimera certainement pas ça du tout. Au moins, ça ne le tuera pas ! C’est au moins un point positif pour lui. Heheh... J’avais déjà hâte d’y être.

J’avais décidé de me préparer pour la bataille à venir. J’étais rentré chez moi et j’avais demandé à Linze si un certain objet existait dans ce monde. Il s’était avéré que l’objet n’existait pas ici, mais il y avait quelque chose de similaire et de beaucoup plus puissant. Ce serait mon arme ultime contre lui si la magie s’avérait impossible. J’avais décidé de partir et d’arranger ça.

J’avais parcouru le marché de Sandora, et j’avais finalement pu l’obtenir. Le vieux marchand m’avait supplié de ne pas l’ouvrir à proximité, alors je l’avais mis dans [Stockage]. Je voulais le tester avant le grand jour, mais je ne voulais pas que cela tourne mal. J’avais décidé qu’il n’y avait pas besoin de sauter les étapes.

Je m’étais rendu à l’atelier et j’avais demandé à Rosetta de créer plusieurs épaisses plaques de fer. Je les avais ensuite enchantés avec [Invisibilité], les rendant ainsi complètement transparentes. J’avais grossièrement créé du métal renforcé avec les propriétés de transparence du verre.

Je ne comprenais pas vraiment les aspects techniques du sort que Leen essayait souvent de m’expliquer, mais pour moi cela ressemblait vraiment à du verre.

J’avais été étonné de constater que, quelle que soit l’épaisseur de la feuille, elle était complètement transparente. Je pourrais probablement installer une sorte d’aquarium avec cette méthode.

Mais au lieu de me laisser distraire, je m’étais concentré sur mon objectif. J’avais mis l’objet que j’avais acheté à Sandora en plein milieu, puis j’avais fini le tout avec [Modelage].

Une fois terminé, j’avais rapidement dissimulé mon arme secrète dans mon [Stockage].

« Hmm, tu as parlé du bracelet draineur et du bracelet bloqueur... »

Rosetta inclina soudain la tête et croisa les bras.

« Hm ? Tu sais quelque chose sur eux ? »

« Je suis presque sûre que ces choses devaient se trouver à l’intérieur de l’Entrepôt de Babylone, oui, monsieur ! »

« Attends, quoi ? »

***

Partie 5

Franchement ? Ces bracelets étaient-ils tombés du ciel dans ses mains ou quoi !?

« Eh bien, monsieur ! Ça fait des milliers d’années, monsieur ! Il n’y a aucune garantie que l’entrepôt soit encore intact, monsieur ! Il se peut que divers artefacts et d’autres choses de ce genre soient tombés et qu’ils soient maintenant répandus partout, monsieur, oui, monsieur ! »

« Attends une seconde... as-tu déjà entendu parler d’un artefact qui accorde à son propriétaire l’immortalité et le contrôle sur les morts ? »

« Oui monsieur ! C’est certainement stocké dans l’entrepôt ! Le docteur Babylon l’a scellée bien fermement, monsieur ! »

Je le savais ! La crise d’Eashen avait donc aussi été causée par cela ? Attends, cela ne voulait-il pas dire que l’entrepôt s’était peut-être écrasé, ou qu’il avait explosé, ou quelque chose comme ça ? Cela signifiait aussi qu’il y avait peut-être encore une tonne d’artefacts dangereux qui étaient en train de se répandre, n’est-ce pas... ?

« S’il s’était écrasé, qu’en était-il du gynécoide qui gérait l’endroit ? »

« Nous avons des capacités de téléportation d’urgence à courte portée, il est donc possible qu’elle se soit échappée, monsieur ! Cependant... La responsable du magasin est une fille insouciante et indisciplinée, monsieur ! Il est donc possible que les artefacts soient tombés au sol par d’autres moyens... »

Il semblerait que ce soit une nouvelle fille-robot gênante... Car en y pensant, Cesca et Rosetta l’étaient toutes autant.

Pas la peine de s’en faire pour l’instant. Ce n’était pas comme si je pouvais faire n’importe quoi.

Tout cela mis à part, mon arme contre le général était prête. Le soir était tombé, j’étais alors rentré chez moi avec Rosetta, et c’était à ce moment que Carol m’avait dit que l’empereur s’était enfin réveillé.

J’étais content qu’il se soit réveillé, mais j’étais quand même un peu inquiet. Carol avait toutefois mis fin à ces craintes. Elle avait dit qu’il ne s’était jamais mieux porté avant et qu’il était même prêt à parler.

Elle m’avait suivi quand j’étais entré dans la chambre d’amis avec l’empereur à l’intérieur. Il était là, en train d’avoir une conversation décontractée avec sa fille. En fait, il avait l’air très bien.

« T-Touya, mon père s’est réveillé ! »

« Oh ? C’est le légendaire Mochizuki Touya ? »

Lu se retourna avec un immense sourire plâtré sur son visage, tandis que l’Empereur me regardait tranquillement. Il avait un visage décharné et une longue barbe blanche. Il ressemblait presque à un ermite des montagnes.

« Veuillez accepter mes remerciements les plus sincères. Vous avez sauvé ma fille, vous m’avez sauvé... Les mots seuls ne suffisent pas, mais quand même... ! »

Il avait baissé la tête devant moi. Franchement, c’était un peu embarrassant.

« N’y faites pas attention, Votre Majesté Impériale. J’étais dans votre capitale en train de faire des courses. »

Peu importe la façon dont on regardait la chose, c’était juste une coïncidence. Si j’avais été là un jour plus tôt, ça aurait été une tout autre histoire.

« Quoi qu’il en soit, je vous en suis reconnaissant. Le fait qu’une chose aussi horrible se soit produite remplit mon cœur de regrets. »

« Alors, qu’est-ce que vous voulez faire maintenant ? Je n’ai pas encore informé le gouvernement de Belfast de votre séjour ici. Si vous aviez un endroit où vous préfériez vous échapper, je peux ouvrir une [Porte] et vous y emmener. »

L’empereur s’arrêta soudain et me regarda fixement.

Y avait-il quelque chose sur mon visage ?

« Touya... n’êtes-vous pas un agent de Belfast ? »

« J’habite ici, donc je suppose qu’on pourrait dire que je suis un citoyen. Mais à part ça, je ne sers pas formellement le pays ou quelque chose du genre. Je suis lié d’amitié avec le roi, mais je n’aime pas m’impliquer dans les affaires politiques. »

J’avais pensé qu’il devrait aller chercher asile dans un endroit sûr, loin de toute question politique. Il pourrait peut-être aller voir sa deuxième fille, qui étudiait à l’étranger.

L’empereur avait mis un peu de temps à réfléchir, puis m’avait finalement donné sa conclusion. « J’aimerais rencontrer le roi de Belfast. Idéalement, j’aimerais le rencontrer en toute confidentialité... Serait-il possible que vous puissiez arranger ça ? »

« À vrai dire, je pourrais probablement arranger ça, mais... est-ce vraiment une bonne chose pour vous ? »

« Je pense que oui. Il est temps de toute façon que je lui parle, du passé et de notre avenir ensemble. »

Hm... il n’était pas trop tard, donc le roi était probablement encore disponible... J’avais décidé d’emmener Yumina et de parler à son père. J’avais quitté l’empereur et j’étais parti à sa recherche.

« Excuse-moi, peux-tu répéter ce que tu viens de dire ? »

« Euh, eh bien... J’ai accordé l’asile politique à l’empereur Régulus et à sa fille cadette. Je, euh... Je suis désolé de ne pas te l’avoir dit plus tôt. »

Le roi fut complètement surpris par ce que je lui avais dit. Il ne savait pas trop comment le prendre.

« L’empereur Regulus ? Dans ma capitale ? Aujourd’hui, ce n’est qu’une surprise après l’autre, n’est-ce pas... ? »

Je ne pouvais rien dire à ce sujet. Tout, sauf le fait que la reine soit tombée enceinte, c’était un peu de ma faute de toute façon... Enfin, pas tout à fait. Tout était entièrement de ma faute.

« Alors, l’empereur souhaite te rencontrer. Que veux-tu faire ? »

« L’empereur veut me rencontrer, n’est-ce pas ? »

Le roi se pencha légèrement, laçant ses doigts avec un soupir. Il réfléchit un moment, puis se leva comme s’il avait pris une décision.

« Il n’y a pas de raison de fuir ça. J’ouvrirai des négociations avec lui. »

« Très bien, allons chez moi. »

J’avais utilisé une [Porte] pour nous amener directement dans la chambre temporaire de l’empereur.

L’empereur, qui était couché dans son lit, fut d’abord surpris par l’apparition soudaine de mon portail. Il avait été encore plus surpris lorsque nous étions passés par là. Les deux monarques fermèrent les yeux et, peu de temps après, l’empereur détourna le regard et inclina la tête.

« Veuillez excuser mon triste état, ô, roi de Belfast. J’ai apporté des ennuis à votre nation, semble-t-il. »

« N’ayez crainte, empereur de Régulus. J’ai entendu toute l’histoire de la part de Touya, et je sais que vous n’êtes pas à blâmer. »

Le roi s’était assis sur une chaise au chevet du malade. Une discussion politique de haut niveau était clairement sur le point d’avoir lieu. J’avais quitté la pièce. Il valait mieux laisser les deux familles royales s’en occuper.

Carol montait la garde devant la porte. Elle avait d’abord été surprise quand elle m’avait vue sortir de la pièce, vu que j’y étais entré par une [Porte]. Je m’étais dit qu’elle s’y habituerait, alors ça ne me dérangeait pas trop.

« N’entrez pas, l’empereur a une discussion politique avec le roi de Belfast. »

« Vous, quoi !? Quand est-ce que c’est arrivé !? »

Carol avait soudainement pris la parole avec surprise. Elle avait l’habitude de réagir de façon excessive aux plus petites choses.

Soudain, mes yeux avaient dérivé vers son épée, et je m’étais souvenu de quelque chose. C’était l’écusson sur la garde de sa lame. Je n’arrivais pas à me débarrasser de l’impression que je l’avais déjà vu. Maintenant, où était-ce... ? Oh, c’est vrai !

« Excuse-moi, Carol ? Que signifie l’emblème sur ton épée ? »

« Hm ? Vous voulez dire les armoiries de la famille Rillettes ? Et ensuite ? »

Elle m’avait laissé regarder de près. C’était certainement le même que celui que j’avais vu avant. Celle que Renne portait sur elle.

« J’ai déjà vu ce blason ailleurs, Carol. Sur un pendentif. »

« Quoi !? C’était une pierre magique de type vent !? Dites-moi, maintenant ! Où est la propriétaire, où est-elle !? »

Ses yeux devinrent soudain aigus et concentrés, et Carol commença à avancer dans ma direction avec un ton passionné. Elle avait clairement ses raisons, mais je ne les connaissais pas encore, alors je décidais de ne pas lui parler de Renne.

« La propriétaire est morte d’une maladie. Je suis désolé, elle était malade. »

« Oh... Je vois... »

En réponse à mes paroles, Carol vacilla et la force sembla s’écouler de son corps. Cette personne devait être très importante pour elle.

« La propriétaire de ce pendentif était ma sœur aînée. Quand nous étions plus jeunes, notre père têtu et strict l’a expulsée de notre foyer. »

Sa sœur aînée, hein... ? Pas étonnant qu’elle semblait si désespérée. Ça voudrait dire que Renne était la nièce de Carol ? Elles ne se ressemblaient pas vraiment. Carol était blonde, mais Renne avait les cheveux auburn. Je me demandais si elle tenait cela du côté de son père.

« La famille Rillettes est-elle une maison noble dans l’Empire Regulus ? »

« La maison n’est pas particulièrement riche, mais nous descendons d’une des douze lames de l’Empire. »

« Hm ? Qu’est-ce que c’est ? »

« Je doute que les habitants de Belfast en sachent beaucoup à ce sujet, mais les Douze Lames étaient ceux qui avaient soutenu le premier empereur et aidé à fonder la nation au départ. Kir Rillettes était l’un de ces hommes, et c’est mon ancêtre. Mais de nos jours les descendants des Douze Lames ne sont en fait que des nobles par leurs noms... »

Carol avait laissé échapper un petit rire pendant qu’elle parlait.

Ils étaient donc nobles, mais ils étaient pour la plupart pauvres et vivaient en grande partie dans l’ombre... Même Laim ne savait même pas quel était leur blason.

« Alors ma sœur aînée est décédée... Notre père s’était confronté avec elle jusqu’au jour de sa mort, et ils n’avaient jamais réconcilié leurs sentiments... Sur son lit de mort, il avait appelé cela son plus grand regret... J’espère qu’ils se sont réconciliés de l’autre côté. »

« Ah, euh... Eh bien, à propos de ta sœur... Elle a une fille, ce qui veut dire que tu as une nièce. Sa fille vit en ce moment même ici... »

« ... Vous venez de dire quoi ? »

Carol était à court de mots. Elle m’avait juste regardé fixement. Je n’avais pas été trop surpris. Après tout, cela devait être dur à encaisser.

Juste à ce moment-là, c’était dans ce cas un bon ou un mauvais moment, Renne était arrivée en courant par le couloir.

« Oi, Frangin — Tou — Euh, Monsieur ! Le dîner est prêt ! »

« Ah, merci, Renne. Je serais là bientôt. »

Renne nous salua brièvement, Carol et moi. Carol avait suivi la fille du regard, jusqu’à ce qu’elle tourne dans le coin. Puis, elle avait recommencé à me regarder.

« C’est ta nièce. Elle s’appelle Renne. Avant que je ne l’engage, elle vivait dans les bidonvilles et vivait de pickpocket. »

« Quoi... !? »

« Elle devait faire ce qu’elle pouvait pour survivre. Son père était un aventurier qui n’est jamais revenu d’une mission particulièrement difficile. Mais même si elle était au bord de la pauvreté, elle chérissait le pendentif de sa mère par-dessus tout. »

Carol regarda l’endroit où se trouvait Renne.

« ... Est-ce que ça vous dérangerait si je parle à cette fille ? »

« Tout de suite ? Je peux l’appeler, si tu veux. »

« Non, pas tant que l’empire est dans un tel état. Je veux que tout soit réglé d’abord. Je suis contente qu’elle soit là, en fait. C’est un endroit sûr et je suis heureuse pour elle. Mais j’aimerais qu’elle rencontre ma mère. La fille... ses cheveux sont rougeâtres. Ses yeux sont différents, mais elle est vraiment le portrait craché de ma sœur. »

La mère de Carol... C’est la grand-mère de Renne, c’est ça ? J’espère qu’elles se rencontreront bientôt.

En pensant à tout cela, Yumina était apparue dans le couloir.

« Touya, mon père et l’empereur te demandent. »

« Ils me demandent ? »

Qu’est-ce qu’ils voulaient ? J’avais délibérément quitté la pièce pour éviter d’être coincé là-dedans !

L’empereur était assis sur son lit, apparemment détendu. Le roi avait également l’air détendu sur la chaise de chevet. Ils semblaient tous les deux assez calmes, vu la situation. Je me demandais si les négociations étaient déjà terminées.

***

Partie 6

« Touya, à propos de tout à l’heure... »

« Hm ? De tout à l’heure ? »

Je ne comprenais pas où le roi voulait en venir, car beaucoup de choses s’étaient déjà passées aujourd’hui.

« Est-ce vrai ? Le roi m’a dit que vous aviez un plan, un plan pour vaincre le Général Bazoar. »

L’empereur m’avait appelé pour clarifier ce que le roi venait de dire. Oh, c’était ça.

« Eh bien, oui. Je suis presque sûr que je peux vaincre le général. Je peux aussi probablement enlever tout le pouvoir à l’armée. J’ai l’impression que je pourrais reprendre la capitale en moins d’une journée. Probablement demain, pour le dire franchement. »

« Excusez-moi !? »

Tout le monde, à part Yumina, était sous le choc. Yumina avait fièrement gonflé sa poitrine comme pour dire « C’est bien mon homme ! » Hehe... ils grossissent un peu.

« Je suis curieux. Les membres de l’armée qui ont participé au coup d’État... Avez-vous l’intention de tous les punir ? »

« Pas dans la même mesure. L’exécution du général est inévitable, car c’est lui le cerveau, mais je pense que je vais simplement bannir les soldats qui ont participé au coup d’État. »

Les congédier, ce n’était pas une mauvaise idée... C’était vraiment une bonne idée. Cela représentait près de la moitié de leur force militaire permanente, mais ce n’était pas comme si elle ne pouvait pas remplacer ces personnes avec le temps.

« Affichage de la carte : Capitale de l’Empire Regulus. »

« Compris. Affichage de la carte. »

Une carte de la capitale de l’empire était projetée au milieu de la pièce.

« Qu’est-ce que c’est... ? »

« Est-ce une carte de notre capitale... ? Cette carte détaillée est incroyable... ! »

« C’est l’un de mes sorts de Néant. Aimez-vous ça ? »

Lu et l’empereur semblaient extrêmement surpris et impressionnés. Le roi aussi avait été très choqué. C’était bizarre, j’aurais juré le lui avoir déjà montré.

« Lancez la recherche. Chevaliers royaux en bleu. Armée permanente en rouge. »

« Compris... Recherche terminée. Affichage. »

Une vague rouge s’était peinte sur la carte de la capitale. J’avais l’impression qu’il y avait plus de monde que la dernière fois que j’avais vérifié. Ils avaient probablement été appelés d’autres villes d’un bout à l’autre du pays. Dans un coin du château, il y avait un groupe concentré de points bleus.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« C’est le donjon souterrain. Les chevaliers restants sont probablement là, mais ce n’est pas possible. Ils sont si peu nombreux... Ont-ils fui ? Ou, ont-ils été tués... ? »

L’empereur serra les poings. Il était, à juste titre, frustré. Lu s’était soudain levée et m’avait posé une question.

« Euh, Touya... ? Pourrais-tu chercher mon frère ? »

« Eh bien... ouais, je pense que je peux le faire, mais... a-t-il des traits distinctifs ? Quelque chose qui me permettrait de le remarquer tout de suite en tant que prince héritier. »

La fonction de recherche était après tout basée sur ma perception subjective. Il pouvait trouver des membres de l’armée parce que je voyais les gens en uniforme militaire comme des « membres de l’armée. »

Mais à cause de cela, je ne pouvais pas exactement chercher des gens que je n’avais jamais rencontrés ou vus auparavant. Ce serait bien qu’il ait quelque chose qui le distingue. Comme le frère de Yae qui avait une cicatrice sur la joue.

« Quelque chose de distinctif... ? Euh..., eh bien, il a les cheveux argentés, mais... »

Lu réfléchissait beaucoup. L’empereur avait un peu souri en la voyant faire des efforts. Je supposais qu’il ne s’était après tout pas trop démarqué. Il n’y avait donc rien d’autre à faire. Je devais juste entrer dans ses souvenirs.

« Lu. Puis-je avoir ta main un instant ? »

« Hm ? Oui... ah... »

J’avais saisi sa petite main dans la mienne. Le visage de Lu était soudainement devenu rouge comme une betterave, j’avais alors pris la parole tout en essayant de la calmer.

« Ferme les yeux et imagine ton frère pour moi. Le plus récent souvenir de lui que tu puisses te rappeler. »

« Oui, oui... »

J’avais appuyé mon front contre celui de Lu pendant qu’elle se concentrait. Prendre un souvenir de l’empereur aurait probablement été plus facile, mais je ne voulais pas pousser ma tête contre un autre homme. Cela m’avait fait penser à la princesse Refreese. Elle s’en donnerait à cœur joie avec un tel scénario.

« A-Ahhh !? »

« Concentre-toi, maintenant. »

« O-oui !! »

Honnêtement, Lu était plutôt mignonne quand elle était agitée, mais ce n’était pas le moment pour ça. J’avais concentré mon énergie et j’avais jeté le sort.

« [Remémoration]. »

Un visage vague commença à apparaître dans mon esprit, et l’image devint peu à peu plus claire. Ses cheveux étaient un peu argentés, mais ce n’était pas particulièrement distinct... Son visage, par contre, était extrêmement doux.

« Attends... si c’est le prince héritier... alors je l’ai déjà rencontré. »

« Quoi !? »

Tout le monde dans la salle avait crié de surprise.

Il n’y avait aucun doute là-dessus. Quand la capitale avait été attaquée... J’avais sauvé un jeune chevalier d’un groupe de soldats. Et... c’était apparemment le prince-héritier. Essayait-il de s’échapper déguiser !? Ah, merde... Je venais de le laisser dans un lit !

« Recherche. Le prince-héritier de l’empire. »

« Compris... Recherche terminée. Affichage. »

Une épingle verte était tombée sur la carte de la capitale. Il bougeait, ce qui voulait dire qu’il devait être vivant. C’était un soulagement.

« Il est vivant, alors... Où est-ce qu’il était ? »

« C’est la maison du général des troupes occidentales de notre empire, Romero. Merveilleux, il semble que mon fils soit en sécurité. »

Il était en sécurité ? Mais il était dans l’armée... Juste comme je le pensais, l’empereur avait fait un petit rire. Il s’était ensuite exprimé comme un vrai liseur d’esprits.

« Toutes les divisions de l’armée n’opéraient pas sous les ordres du général Bazoar. Le général Romero s’opposait fermement au plan proposé par Bazoar d’utiliser des démons pour renforcer nos troupes. Il a probablement pris la situation en main et a offert un refuge à mon fils. »

Je vois... Donc tous les soldats ne suivaient pas aveuglément Bazoar. Je suppose que c’était logique... Il y sera en sécurité pour l’instant, mais je ne pensais pas qu’il nous restait beaucoup de temps.

« Bien, nous irons à la capitale demain matin. »

« Attendez un instant ! Êtes-vous sûr que ça ne vous dérange pas ? L’armée adverse est massive, et elle a la capacité d’appeler des renforts démoniaques ! »

L’empereur s’était mis à paniquer et avait essayé de m’arrêter. J’avais compris ce qu’il pensait. Si j’étais une personne normale, j’aurais eu aussi des doutes. Mais je n’avais pas l’intention de perdre. C’était la même chose à Eashen.

« Je vais arranger ça, ne vous inquiétez pas. Après tout, j’ai des compagnons en qui j’ai confiance. »

J’avais jeté un coup d’œil à Yumina, et elle m’avait fait un signe de tête ferme. L’empereur semblait également soulagé par notre confiance mutuelle.

« Demain matin, alors... m’emmèneriez-vous ? »

« En êtes-vous sûr ? Ce sera dangereux. Ce serait probablement plus sûr d’attendre ici. »

« Eh bien, je dois voir ça de mes propres yeux. C’est le moins que je puisse faire en tant qu’empereur de la nation. »

Hmph, si cela devait être ainsi... alors je ne pouvais pas le laisser ici après avoir dit ça. Mais je pouvais difficilement le mettre en première ligne non plus.

« Que l’ordre des chevaliers de Belfast serve de garde à l’empereur. Je souhaite moi-même voir Touya au combat. »

Le roi fit cette offre que l’empereur accepta avec reconnaissance. Je supposais que les choses allaient peut-être s’arranger après tout.

J’avais décidé que nous irions à la capitale le lendemain matin, avec l’empereur et un groupe de chevaliers.

J’avais utilisé une [Porte] pour voir le roi retourner au palais, puis j’avais quitté la chambre de l’empereur.

J’étais allé sur la terrasse et j’avais appelé Kokuyou, Sango et Kohaku. J’avais dû leur poser quelques questions sur la magie d’invocation. Après tout, je n’allais pas me contenter d’y aller avec ces types. J’avais besoin d’appeler des renforts.

« Alors ce que vous dites, c’est que... sachant que la bête invoquée est complètement aléatoire, si vous contractez un être assez élevé d’une certaine famille de créatures, alors vous pouvez librement faire appel à toute créature de niveau inférieur dans cette même famille ? »

« C’est exact. En tant que mon seigneur contracté, tu peux invoquer presque n’importe quelle bête féroce, typiquement des bêtes avec des crocs ou des griffes. »

« Et dans notre cas, tu peux invoquer n’importe quelle bête avec des coquillages ou des écailles. »

Kokuyou et Kohaku m’avaient expliqué leurs spécialisations. En effet, comme extension de ma capacité à faire appel à eux, je pourrais faire appel à n’importe quel mammifère à quatre pattes ou à n’importe quelle créature reptilienne. Pour posséder une telle puissance... ils étaient vraiment dignes de leur statut de Bête Céleste.

« Il vaudrait mieux que tu puisses passer un contrat avec le maître de chaque famille. Ainsi, une fois que tu auras donné un nom à leur chef, la tribu entière sera à ta disposition. Après tout, cette pratique ne se limite pas aux démons. »

Kokuyou gloussa légèrement en parlant.

« Eh bien, je vais essayer... Euh... qui est-ce que je devrais alors convoquer ? »

« Si je peux t’en suggérer un... Cerbère a un excellent potentiel de combat. »

Oh, je reconnais ce nom. Cerbère est le chien gardien des enfers, non ? Il est grand, noir et a trois têtes, si je me souviens bien. Je ne vois aucun obstacle à sa convocation...

Cet après-midi-là, j’avais convoqué d’innombrables bêtes. J’en avais appelé une, je l’avais nommé, puis j’en avais appelé une autre, je l’avais nommé... Franchement, à la fin, j’avais fini par donner des noms au hasard. J’espérais qu’ils me pardonneraient, mais ce n’était pas comme si j’avais une réserve de noms prêts à l’emploi...

Après ça, je m’étais couché tôt. Je devais me préparer pour le lendemain.

Et juste comme ça, le lendemain matin était arrivé. Je me tenais au sommet d’un toit dans un coin de la capitale de l’empire.

J’avais sorti mon smartphone pour confirmer l’heure. Il était huit heures du matin. J’avais essayé d’ouvrir un portail vers le château, mais ça n’avait pas marché. Je n’avais pas été surpris. Ils savaient que je pouvais me téléporter, il était donc naturel qu’ils érigent une barrière pour le contrer.

J’étais accompagné par Elze, Linze, Yae, Yumina, Kohaku, Kokuyou, et Sango. Sa Majesté le roi de Belfast, ainsi que l’empereur de Régulus étaient également présents, accompagnés du Général Léon, du Commandant adjoint Neil, de Lyon, et de quelques autres membres de l’Ordre de Chevalier Belfastiens. Et, même si je ne voulais pas l’amener, Lu était ici avec Carol comme garde personnelle.

J’avais dit à tout le monde d’attendre ici pour le moment. J’avais aussi laissé une [Porte] ouverte près d’eux, juste au cas où nous aurions besoin de faire une retraite tactique. Elle avait été programmée pour se fermer une minute après que quelqu’un l’ait traversé, afin d’empêcher l’armée ennemie de l’envahir. Je ne pensais pas en arriver là.

« Maintenant, pour la déclaration de guerre... Euh... Lecture vidéo. Dans le ciel au-dessus de cette ville. »

« Compris. Lecture en cours. »

***

Partie 7

Un écran géant avait été projeté dans le ciel au-dessus de la capitale de l’empire. Il mesurait environ deux cents mètres de large. C’était vraiment assez grand pour être vu à distance. De toute façon, je ne pensais pas qu’il serait approprié d’avoir un si grand écran à proximité des gens.

J’avais également inclus une piste audio forte à côté de la vidéo, car je devais m’assurer que tout le monde en dessous faisait attention. La musique que j’avais choisie était « Ride of the Valkyries » de Wagner. J’avais réduit le volume de la musique de fond et j’avais atténué l’audio de la vidéo que nous avions enregistrée plus tôt ce matin-là. L’empereur était apparu sur la vidéo.

« Peuple de la Capitale de l’Empire. Je suis le souverain de l’Empire Régulus, Zephyrus Loah Regulus. La situation est la suivante. L’armée permanente a organisé un violent coup d’État militaire. Veuillez accepter mes plus sincères excuses pour le carnage causé en leur nom. J’ai l’intention de réprimer cette rébellion une fois pour toutes, alors restez en sécurité d’ici là. Soyez à l’aise et reposez-vous bien. Pendant que je parle, mes guerriers font des démarches pour reprendre la ville aux insurgés. Restez dans vos maisons. »

« Mon Dieu, c’est à ça que je ressemble ? »

L’empereur se tourna vers sa fille, il semblait assez surpris. Je n’aurais pas dû être trop surpris qu’il ait réagi de cette façon. Peu de gens dans ce monde avaient après tout entendu leur propre voix.

« Ceci est un message pour l’armée qui organise le coup d’État. J’ai mes défauts, je l’admets volontiers. Je vais donc faire entendre votre voix, mais ce n’est pas de cette façon que vous attirerez mon attention. Je vous offre une chance de vous rendre. Si vous enlevez vos uniformes maintenant, vous serez pardonné. Mais pour ceux d’entre vous qui porteront encore leur uniforme militaire à la fin de mon décompte jusqu’à dix... Je vous assure que mon jugement sera rapide. Le compte à rebours commence maintenant. Un... deux... »

Un écran plus petit était projeté devant moi, montrant les soldats en uniforme marqués en rouge sur la carte. La ville en était pleine, mais un par un, leur nombre avait chuté. Il semblerait que beaucoup d’entre eux écoutaient l’empereur et se débarrassaient de leurs uniformes.

« Les hommes qui restent en uniforme... devront nous les attaquer ? »

« Nous n’avons pas le choix. Mais je préférerais que vous vous reteniez dans vos attaques, je préférerais que vous les mutiliez plutôt que vous les tuiez. »

« Très bien. »

L’image de l’empereur, bien au-dessus de nos têtes, continuait à compter jusqu’à dix. Comme il l’avait fait, les points rouges sur ma carte avaient commencé à diminuer en nombre. Les deux tiers de la capitale étaient cependant encore rouges.

« Neuf... et dix. Votre chance de vous rendre est maintenant terminée. Nous allons reprendre la capitale par la force. »

L’écran géant montrant le visage de l’empereur avait disparu. Une trompette s’était mise à sonner. Cette fois, c’était l’ouverture de « Ride of the Valkyries » de Wagner.

Très bien, c’était l’heure de commencer.

« Verrouillez sur les soldats en uniforme. Invoquez [Paralysie]. »

« Compris... Verrouillage de la cible confirmé. Invocation de la [Paralysie]. »

Il y avait divers cris qui résonnaient à travers la capitale, mais j’avais remarqué quelque chose d’étrange. Le nombre de points rouges n’avait pas du tout diminué.

Qu’est-ce qui se passait ici ? Oh, attendez... évidemment. Les paralyser ne change pas qui ils étaient. Les soldats restaient des soldats, qu’ils puissent marcher ou non.

« Montrez-moi les soldats paralysés avec des épingles jaunes. »

« Compris. »

Environ, la moitié des épingles s’étaient transformées en jaunes. C’était moins que ce à quoi je m’attendais, en fait. Je m’étais dit qu’un nombre surprenant de soldats avaient soit des talismans magiques sur eux, soit une résistance magique anormalement élevée. Ce n’était pas prometteur.

« Touya-dono, là-bas ! »

Yae avait pointé du doigt le château. L’énorme Seigneur Démon se déchaînait là. Il était entouré d’un essaim massif de démons, tant dans le ciel que sur le sol. Il y en avait beaucoup, avec aussi beaucoup de types différents. J’en avais compté des douzaines et des douzaines sur mon écran.

« Je crois qu’il est temps d’appeler notre propre cavalerie. »

J’avais concentré ma magie, et un cercle magique était apparu sur le sol.

« Rends-toi, ténèbres. Je cherche le Gardien de l’Enfer : [Cerbère] ! »

Une brume sombre se mit à suinter et à s’accumuler dans le cercle magique, et un chien à trois têtes en sortit en rampant. Pour l’instant, il avait la taille d’un chien normal, mais une fois qu’il sera passé en mode combat, il aura la taille d’un lion.

J’avais continué d’appeler les différentes créatures avec lesquelles j’avais passé la majeure partie de l’après-midi d’hier à faire des contrats.

J’avais appelé des groupes d’hommes-lézards, une bande de Griffons, une troupe de tortues blindées, une bande de Ligers sanguinaire, un peloton d’Ours puissants, et un régiment de chevaliers lézards. Avec leurs pouvoirs combinés, ils formaient ma propre armée de monstres.

Maintenant que j’y pensais, était-ce vraiment juste d’appeler Kohaku et les autres bêtes célestes ? Nous n’avions invoqué que des monstres terrifiants ! Je supposais que je ne devrais pas trop y réfléchir. J’avais décidé de ne pas m’attarder sur la question, choisissant plutôt de donner mon prochain ordre.

« Verrouillage de la cible. Les démons. Invoquez [Javelot Brillant]. »

« Compris. Invocation de [Javelot Brillant]. »

Plusieurs cercles magiques étaient apparus dans le ciel, et la lumière était tombée sur mes ennemis... Mais les démons étaient indemnes.

« Les attaques ont été repoussées par une barrière invisible. Aucun effet enregistré. »

Ce n’est pas surprenant. Le Seigneur Démon offrait une résistance magique à tous ceux qui étaient de son côté. Ça voulait juste dire qu’on allait devoir leur mettre une raclée avec des attaques physiques.

« Bêtes invoquées, vous suivrez les ordres de Kohaku, Kokuyou et Sango. Yae et Elze, rejoignez-les. Yumina, Linze, vous vous tiendrez sur les lignes arrière avec Cerbère et utiliserez des attaques à longue portée aussi bien physique que magique. Je vais me diriger vers le Seigneur Démon et le général. »

Kokuyou, Sango et Kohaku avaient soudainement disparu dans une bouffée de fumée. Un bruit de cliquetis retentit, et ils réapparurent sous leurs formes originales. Cela faisait longtemps qu’ils n’étaient plus sous leur forme réelle, alors je leur avais dit qu’ils pouvaient y aller à fond.

« D’accord, on y va. »

« ... Je compte sur vous. »

J’avais regardé l’empereur en arrière et je l’avais informé de mes plans. Puis, j’avais sauté sur les toits tout en me dirigeant vers les lignes de front.

Elze, Yae, Sango, Kokuyou, et les troupes terrestres chargèrent le long des rues de la ville. Pendant ce temps, Kohaku, moi-même et les griffons avions gravi les toits en direction d’un groupe de démons volants.

« N’en faites pas trop maintenant, et n’oubliez pas... visez leurs ailes. Les gars au sol devraient pouvoir les éliminer une fois qu’ils seront tombés. »

J’avais donné des ordres aux griffons. Les démons au sol étaient déjà en train d’engager les autres dans les rues, et un deuxième groupe de démons volants était déjà en route. J’avais besoin d’éliminer les troupes aéroportées dès que possible.

« Euh... John, attends, tu es John ou Paul ? Oh, George ? Très bien, euh... Vous trois, prenez le flanc gauche. Ringo ? Tu prends celui de droite ! »

Les griffons avaient poussé un cri de guerre en chargeant de deux côtés différents. Les griffons se ressemblaient tous, donc ce n’était pas vraiment ma faute ! Je m’étais dit qu’il fallait que je leur achète des colliers de couleurs différentes.

En sautant d’un toit à l’autre, j’avais tendu la main vers le [Stockage] et j’avais sorti une épée en mithril. Elle mesurait quarante centimètres de large et environ deux mètres de long. Le mithril était léger par défaut, et il était devenu encore plus léger quand j’avais réduit son poids avec [Gravité]. Cela avait transformé cette épée massive en une épée à seule main.

J’avais utilisé le [Renforcement] pour sauter très haut au-dessus d’un démon ennemi. Puis, en plongeant vers lui, j’avais invoqué [Gravité] pour augmenter massivement le poids de mon arme.

C’était si puissant que le démon avait été instantanément coupé en deux. J’avais rapidement changé le poids de nouveau et l’avais réduit à un poids gérable.

Le fait de pouvoir changer le poids de mon arme à la volée m’avait été d’une utilité exceptionnelle. Un démon m’avait chargé de la droite, alors je l’avais rapidement coupé en deux, mais c’était une frappe horizontale cette fois, plutôt qu’une verticale.

Je devais m’assurer que le moment était bien choisi, sinon je risquais de me faire mal aux bras. J’avais l’impression que je m’y habituais. Franchement, j’aurais même pu me débrouiller sans utiliser [Gravité], vu que l’épée faisait un bon travail dans la découpe des démons.

Kohaku avait sauté près de moi et avait coupé les ailes d’un démon avec une frappe de ses redoutables griffes.

« Kohaku ! Je te laisse le reste ! »

« Très bien ! Bonne chance, mon seigneur ! »

J’avais combiné [Renforcement] et [Accélération] pour me diriger rapidement vers le château. J’avais pensé que si je pouvais vaincre le général, tous les démons disparaîtraient et le combat serait gagné.

J’avais sauté d’un toit à l’autre, profitant de l’élan pour me propulser dans la cour du château. Après mon atterrissage, un groupe de soldats m’avait immédiatement encerclé.

Je sautais rapidement en l’air et sortis mon Brunhild, tirant une salve de balles paralysante sur les soldats des environs.

Si [Paralysie] ne marchais pas, ces balles seront aussi inutiles. J’allais devoir me retenir contre eux pour le moment.

J’avais attiré l’attention du Seigneur Démon. Il s’était tourné vers moi et avait tiré une sorte de rayon rouge depuis ses yeux.

Putain de merde ! Le faisceau avait touché une zone au sol proche de moi. C’était en train de brûler. Avait-il des yeux laser !?

Il continuait à me tirer des rayons lasers à distance, tandis que les petits démons me chargeaient depuis tous les angles.

J’avais réussi à les trancher assez facilement à l’aide de ma grande épée en mithril. Les démons normaux n’étaient certainement pas très forts. Ils étaient plus emmerdants que n’importe quoi d’autre, en vérité.

Le Seigneur Démon avait finalement arrêté ses rayons lasers. Ce n’était pas trop tôt.

De l’électricité avait soudainement commencé à s’accumuler autour de son corps. Les cornes du Seigneur Démon semblaient agir comme une sorte de paratonnerre. Finalement, il avait accumulé une énorme charge, et la lumière était comme sortie hors de son corps pour aller dans diverses énormes masses tourbillonnantes.

Je n’avais aucune idée de ce qu’il faisait, mais cela devait être quelque chose de dangereux... Il devait être en train de charger quelque chose, non !?

« Gruuugaaaaaaaaaaaah !! »

Il avait attaqué, déclenchant ce qui semblait être plusieurs coups de foudre serpentant. J’avais évité ses attaques, mais ils avaient frappé un immeuble derrière moi et avaient fait de terribles ravages dans ce petit quartier. Maintenant, y aura-t-il un bombardement de lasers... ?

C’était un truc de niveau supérieur. Ça devrait être l’attaque ultime du Seigneur Démon. S’il continuait comme ça, il pourrait raser toute la ville.

« Nngh. »

J’avais ressenti une sensation soudaine. Mon énergie magique était tirée hors de mon corps. Est-ce qu’il absorbait mon énergie pour compenser la charge qu’il venait de lâcher ? Le général qui était dans les parages en était-il le responsable ?

Même si mes pouvoirs magiques étaient absorbés, je pourrais les récupérer presque instantanément. En d’autres termes, le Seigneur Démon pourrait lancer autant de tir qu’il le voulait.

C’était une attaque sans fin. Il pourrait utiliser ma propre magie et l’utiliser contre moi.

***

Partie 8

J’avais utilisé [Renforcement] et [Accélération] afin de remonter le mur du château comme un ninja, puis j’avais rebondi dessus.

J’avais sauté très haut au-dessus de la tête du monstre et j’avais tourné ma lame vers lui. Puis, j’avais fait tomber l’épée mithril sur sa tête.

« C’est l’heure de dormir ! »

J’avais fait tomber la lame, et le Seigneur Démon était tombé par terre. Même si cela annulait la magie, cela ne signifiait rien. C’était quand même une épée, effet magique ou pas.

Bien qu’il semble avoir ressenti quelques douleurs, il ne semblait pas être sérieusement blessé. Au moins, l’une de ses cornes avait été tranchée. Pour survivre à un coup comme ça, il devait être très résistant. Il avait clairement un crâne épais.

Le Seigneur Démon avait essayé de se stabiliser avec son bras afin de se relever, c’est alors que j’avais utilisé mon arme ultime.

« [Glissade] ».

Son bras avait glissé, l’amenant à s’écraser au sol en exposant ses épaules et son dos. J’avais sauté dans l’action, coupant ses ailes avec ma lame.

« GyAaAAaaauuuuuuuuuuuggGghhhh !! »

Tandis que le Seigneur Démon criait, j’avais terminé le travail en tirant de nombreuses balles [glissantes] à ses pieds.

Le Seigneur Démon commença à tomber sans arrêt. Il ne pouvait pas s’envoler, car il n’avait plus d’ailes. Personne ne pourrait lui venir en aide.

Chaque fois que la bête tombait, le sol grondait et tremblait. Je devrai m’excuser plus tard auprès de toute personne vivant dans le voisinage.

Laissant le Seigneur Démon derrière moi, j’avais sauté sur le grand balcon. Le général Bazoar était là-haut, le visage pâle et horrifié.

« Prêt pour ton châtiment divin, général ? »

« Qui es-tu !? C’était un démon supérieur ! Un seul homme ne peut espérer... »

« Peu importe ce que tu dis, imbécile. Je l’ai quand même fait. »

Pendant que je parlais, j’avais fait un geste au Seigneur Démon, qui tombait encore et encore.

Il était beaucoup plus fort que ce à quoi je m’attendais... Mon épée en mithril n’était plus en bon état après cette dernière attaque ! Elle était sérieusement endommagée...

« Hmph... cependant, tu ne me feras pas la même chose ! Mon bracelet bloqueur rend les coups physiques insignifiants, et j’ai toujours la possibilité d’annuler tes sorts ! Même si cela échouait, mon bracelet draineur absorbera quand même toute magie entrante ! »

Tch... je supposais qu’il savait comment fonctionne ma [Glissade] maintenant... Je peux supposer qu’il ne danserait plus sur le même air si je l’utilisais à nouveau.

« L’empereur n’est pas mort, mais peu importe. Ce n’est plus son domaine ! Je deviendrai le nouvel empereur. Et puis, j’utiliserai le pouvoir des démons pour frapper Refreese, Belfast, Mismede, et toutes les autres nations occidentales ! Sous une seule bannière, l’Empire Regulus renaîtra ! Il renaîtra comme Empire Bazoar ! »

Le général se mit à rire comme un fou.

Comment comptait-il maintenir son armée exactement ? Il ne pouvait pas continuer à sacrifier les gens, ce n’était pas durable ! Cet homme était complètement délirant, il n’y avait pas moyen de le sauver.

Je n’avais vu aucune autre option, alors j’avais choisi de retirer ça de mon stockage. Mon arme secrète, un cube de trois mètres sur trois, était maintenant placée sur le balcon. Mis à part la base, il était entièrement fait d’un matériau transparent, semblable au verre. On pouvait clairement voir à l’intérieur.

Au milieu de cette boîte transparente se trouvait une créature visqueuse à l’air dégoûtant. Elle était décolorée et semblait presque toxique. Malgré la coloration, ce n’était pas toxique du tout. En fait, c’était inoffensif, enfin, presque.

« C’est quoi ce truc ? »

« Ceci, mon ami, est le cadavre d’un slime. C’est une merveilleuse petite créature d’un écosystème standard. Ils vivent dans l’eau et la nettoient. Mais, on dit qu’ils ont une particularité assez horrible. Environ une heure après leur mort, ils commencent à dégager l’une des odeurs les plus nauséabondes connues de l’homme. Eh bien, c’est censé disparaître au bout de deux heures, c’est ce qu’on dit... Et celui-là me direz vous ? Il est mort il y a une heure. »

Tout en l’expliquant de cette manière, j’avais souri au général et je l’avais fixé du regard latéralement.

« Tu n’oserais pas... »

« [Porte]. »

Un cercle magique était apparu sous le général et il s’y était enfoncé dedans comme dans des sables mouvants. Il n’était pas ciblé directement, donc l’annulation ne s’était pas activée. C’était un sort qui, après tout, ne faisait que relier deux endroits... Et mon plan glorieux dépendait de l’endroit où je venais de l’envoyer.

Le général était instantanément réapparu à l’intérieur de la boîte de verre. Enfin, le spectacle pouvait commencer.

« GHAGUAAAAAAAUUUGH ! »

De l’intérieur de l’épaisse paroi de fer que j’avais enchanté pour ressembler à du verre, le général se mit à crier. Il se pinçait le nez, mais c’était trop tard. Son visage était devenu plus pâle qu’avant et il avait commencé à transpirer à grosses gouttes.

« Ghaugh !! C’est quoi cette odeur !? C’est... N-Non ! S’il te plaît ! Ça fait mal ! Ça fait mal ! »

Ça devait sentir aussi mauvais que je l’imaginais. Le général commença à devenir violet.

Mon monde d’origine possédait quelque chose connu sous le nom de surströmming. C’était une sorte de hareng fermenté. On disait que l’odeur était parmi les plus atroces dans le monde. Mais il semblerait que l’odeur de ce slime était encore pire que ça. Le général semblait déjà prêt à s’évanouir. J’avais levé légèrement le front en regardant l’homme se débattre. Il avait essayé de concentrer sa magie sur l’une des parois, mais il l’avait tâtonné. Il lui était impossible de canaliser d’une seule main une vaste énergie magique, et il avait sa main droite fermement plantée autour de son nez. Finalement, il avait abandonné et avait commencé à s’asseoir dans le coin de la boîte, se balançant d’avant en arrière. Il pleurait.

Je me demandais s’il essayait d’attendre, mais je savais que ce serait futile.

Son entourage était entièrement composé de cette puanteur nauséabonde. Son visage se tordait de dégoût et d’agonie chaque fois qu’il respirait. Tout ce qu’il pouvait inhaler, c’était l’odeur fétide et nauséabonde de la défaite.

« Auugh !! Arrête ça !! »

Sa façade stoïque commença à s’effriter. Son visage était empli de larmes, de sueur et de morve. Il y avait une petite [Porte] en haut de la boîte pour permettre à l’air frais d’entrer, car je ne voulais pas qu’il suffoque. Je l’avais relié à un endroit instable en haut de la montagne, ce qui aurait tout au plus bouleversé certains animaux.

Il avait commencé à convulser. Il ne pouvait même plus se concentrer sur sa propre respiration. Il était tombé à genoux et s’était affaissé vers l’avant. Le blanc de ses yeux était visible, comme s’ils avaient roulé dans sa tête. Il était vraiment évanoui.

À l’origine, j’avais envisagé de l’envoyer au milieu de la mer quelque part, mais... Il convoquerait le Seigneur Démon pour qu’il le fasse s’envoler.

Puis, j’avais envisagé de l’enterrer dans cette boîte au fond de la mer, mais je n’y étais jamais allé, alors ce n’était pas comme si y ouvrir la [Porte] serait particulièrement facile non plus.

D’accord, je suppose qu’il s’est rendu, je vais le téléporter maintenant... J’avais ouvert une [Porte] et l’avais téléporté, mais je l’avais immédiatement regretté.

« Ghaughaguh !? »

C’était quoi cette odeur !? On dirait qu’un tas d’ordures était tombé sur un tas de produits sanitaires usagés ! QUE ÇA S’ARRÊTE, BON SANG. J’avais immédiatement fermé la [Porte], mais l’odeur ne s’était pas arrêtée. Ça venait du général ? Dégueu !

J’avais rapidement arraché les bracelets présents sur son corps et je l’avais remis dans le conteneur. On disait que les cadavres de slime cessaient d’émettre une odeur nauséabonde après deux heures de mort, mais je m’étais sérieusement posé d’autres questions sur les choses que l’odeur avait infestées. La puanteur était si forte que j’avais peur qu’elle ne disparaisse jamais.

En quelques secondes, l’armée démoniaque avait disparu. Le Seigneur Démon avait cessé de glisser et s’était lui aussi évanoui dans le néant. Les bracelets disparus, la ligne d’alimentation magique avaient été coupés.

Sur ce, les démons avaient été vaincus. Seule l’armée régulière était restée.

J’avais décidé d’ouvrir une [Porte] et d’appeler l’empereur et les autres.

« Tu l’as vraiment fait... Incroyable... »

L’empereur parla d’un ton étonné, fixant le général pendant tout ce temps.

« Ça sent vraiment mauvais. »

Lyon tenait son nez pendant qu’il parlait.

« Désolé, cette puanteur est causée par ce slime mort... Un peu de cette puanteur a fini par s’échapper. Bon sang, c’est assez puissant. »

La puanteur se dégageait des deux artefacts que le général portait autrefois.

Le bracelet draineur et le bracelet bloqueur, hein... ? C’étaient des outils utiles, cela ne faisait aucun doute, mais... Ils puaient. Ils puaient vraiment très fort. Même mes doigts puaient légèrement alors que je ne les avais qu’à peine touchés.

Étant donné l’état de puanteur des bracelets, je tremblais en pensant à la puanteur du général lui-même.

Les chevaliers belfastiens s’étaient dirigés sous terre vers le donjon pour libérer les chevaliers de Regulus. Pendant ce temps, l’empereur et moi nous nous étions installés sur le balcon pour créer une autre émission. Après tout, nous devions informer les gens de la situation.

Cette fois, l’émission avait été diffusée en direct. J’avais braqué mon smartphone et commencé à filmer l’empereur.

« Citoyens de la Capitale de l’Empire, je m’excuse pour ce qui s’est passé aujourd’hui. Le responsable du coup d’État a été arrêté et notre capitale est de nouveau entre les mains des justes. Merci de votre compréhension. »

La projection s’était déplacée pour montrer le général. Il était inconscient, les yeux roulaient sur le blanc, la morve coulait de son visage et la bave coulait de sa bouche. J’espérais que les autres membres de l’armée se rendraient après avoir vu quelque chose d’aussi horrible.

C’était peut-être un peu cruel, mais... c’était nécessaire.

« Je vous promets maintenant que je travaillerai plus dur. Cela ne nous arrivera plus jamais dans ce pays. Du fond du cœur, veuillez accepter mes sincères excuses. Je suis vraiment désolé. » L’empereur inclina légèrement la tête.

Huh, il s’excusait... Honnêtement, j’avais entendu dire qu’il était assez arrogant, mais peut-être que la maladie lui avait inculqué une certaine humilité.

Après l’émission, l’empereur regarda le général avec des yeux tristes.

« Quelque chose ne va pas ? »

« Ce n’est rien... J’ai l’impression que cet homme est pitoyable. Ses sentiments pour l’empire étaient sincères, je le sais. Il s’était enrôlé dans l’armée à un jeune âge et voulait faire une réelle différence. D’une certaine manière, il me rappelle ce que j’étais dans ma jeunesse. Si je n’étais pas tombé malade, j’aurais peut-être suivi un chemin similaire. Ça me rend triste d’y penser... »

« Même ainsi, les crimes de cet homme sont impardonnables. »

Il avait convoqué une légion de démons et de monstres. Chacun avait été convoqué au prix de plusieurs vies humaines, ce qui signifiait qu’il avait dû massacrer de nombreuses personnes dans sa folle campagne. Toutes ces personnes n’avaient pas non plus été condamnées à la prison ou à l’exécution. Et honnêtement, ça ne se serait pas vraiment bien passé même s’ils l’avaient été.

« Je le comprends bien. Un crime est un crime. Il doit expier ses péchés. Il a causé un grand émoi à notre peuple, et je ne ferai preuve d’aucune indulgence. »

L’empereur avait laissé échapper un petit rire triste. Après tout, c’était aussi une victime de ces évènements.

« Milord ! »

Un groupe de chevaliers chargea sur le balcon et se prosterna immédiatement.

Oh, c’étaient ceux qui étaient enfermés dans le donjon ? Un homme âgé, aux cheveux noirs et n’ayant plus qu’un œil, s’avança et s’inclina sur un genou.

« Milord, comment est-ce possible !? Vous avez l’air d’être de nouveau en bonne santé ! »

« Je vais plutôt bien, chevalier commandant Gaspar ! C’est grâce à cet incroyable jeune Touya ici présent. Par sa puissance, je suis rétabli. Je suis en pleine forme. C’est aussi par sa puissance que le Général Bazoar a été vaincu ! »

« Quoi !? »

Le chevalier commandant me fixa, les yeux écarquillés et choqués. L’empereur hocha simplement la tête et sourit. Je n’étais pas sûr que c’était grâce à moi, mais... J’avais pensé que c’était probablement dû au sort [Recouvrement] que j’avais lancé.

Elze et Yae s’étaient montrées sur le dos de Kohaku. Il était dans sa forme originale. Sango et Kokuyou flottaient à proximité, mais ils étaient dans leurs mini-formes.

« Tout est terminé, pour l’instant au moins. La plupart des soldats se sont effondrés ! »

Elze avait sauté de Kohaku et s’était présentée.

Bien. J’étais content qu’on se soit occupé des soldats restants. J’étais heureux de voir que ces deux-là étaient saines et sauves.

« Arrêtez les soldats inconscients. Cependant, épargnez ceux qui ont rendu les armes lors de l’appel initial. »

« Oui, Milord ! »

L’empereur donna un ordre au chevalier commandant Gaspar, qui partit immédiatement.

Je suppose que les émeutes allèrent s’apaiser... J’étais content qu’il ne se soit rien passé de majeur à la fin. Maintenant, je n’avais rien d’autre à faire que de laisser les habitants de l’empire s’en occuper.

Oh, oups... Je devrais rappeler toutes ces créatures que j’avais invoquées en premier, n’est-ce pas ?

Tous les soldats de l’Empire Regulus qui s’étaient effondrés avaient été arrêtés et placés en détention. Ils avaient été immédiatement démobilisés de l’armée permanente, puis interrogés sur leurs autres crimes potentiels.

Mis à part une bande spécifique d’instigateurs, on constata que la plupart des soldats suivaient simplement les ordres et ne participaient à aucune activité criminelle grave. Naturellement, ceux qui avaient délibérément déclenché la rébellion feront l’objet des condamnations les plus graves, mais ceux qui y avaient participé devront également être punis. Mais j’étais sûr dans tous les cas qu’ils seraient reconnaissants d’apprendre qu’ils n’allaient pas se faire tuer.

***

Partie 9

L’empereur ordonna aux troupes restantes de se rendre dans les différentes villes du pays. Le maintien de la paix semblait être la priorité numéro une pour les jours à venir.

Les officiers captifs avaient également été libérés de leurs enfermements. Le général Romero ramena aussi le prince héritier au palais. Quand le garçon m’avait vu, il avait été surpris. C’était vraiment le gamin que j’avais sauvé pendant la crise.

Il s’était déguisé en chevalier pour fuir le château, mais à cause de cette tenue, il s’était retrouvé attaqué par les soldats rebelles.

Pour être honnête, je n’avais pas été très impressionné par ce que je voyais en lui. Il n’avait pas beaucoup de charisme... Mais il avait l’air d’avoir un cœur doux, alors j’étais sûr qu’il s’en sortirait bien.

« Nous vous sommes vraiment, vraiment redevables aujourd’hui. Touya, vous êtes un homme très digne..., vous m’avez non seulement sauvé la vie, mais aussi la vie de mon fils et de ma fille unique. S’il vous plaît, donnez-moi votre prix. Comment puis-je vous récompenser pour cet exploit ? »

« Ne vous inquiètez pas. Ça s’est passé comme ça, et franchement... c’était plus une coïncidence que de l’héroïsme. »

J’avais poliment décliné l’offre grandiose de l’empereur. Je ne voulais rien du tout de lui. Mais après avoir entendu cela, le roi de Belfast s’était mis à rire.

« De telles choses n’ont pas d’importance pour mon fils Touya. En effet, nous avons essayé de lui donner un titre de noblesse à Belfast, mais il a refusé cela aussi. En fin de compte, nous avions réussi à lui faire choisir une grande maison et une somme forfaitaire... Mais je préférerais qu’il s’occupe de ma fille ! Hohohoho ! »

« Ohohoho... Alors que dites-vous de ça ? Je serais honoré si vous acceptiez ma Lucia. Si les princesses de Belfast et de Régulus étaient unies au même homme, cela créerait la plus puissante des relations entre nos deux nations ! »

« Attendez un instant. »

La discussion avait commencé à prendre une drôle de tournure, alors j’allais leur dire d’arrêter. Au lieu de cela, c’était Yumina qui avait pris la parole. Je me demandais ce qu’elle allait dire.

« Ce n’est pas un simple arrangement politique, j’ai parlé avec la Princesse Lucia. Elle ressent la même chose que moi et les autres à propos de Touya, et elle serait donc plus qu’heureuse de devenir sa fiancée. Vous avez raison, cela améliorerait les relations entre nos nations, mais ce qui est important ici, c’est que c’est aussi ce qu’elle veut. »

J’avais été abasourdi. Qu’est-ce que Yumina avait dit ?

« Je... pense aussi que c’est une bonne chose..., » déclara Elze.

« Oui, tout comme moi », s’exclama Linze.

« Je n’ai aucune objection à un tel arrangement », dit Yae.

Toutes les autres filles qui voulaient m’épouser s’étaient prononcées en faveur de ce nouvel ajout.

Tout ce à quoi je pouvais penser à ce moment-là, c’était à la simple phrase : « Toi aussi, Brutus ? » J’avais été trahi au plus profond de moi-même ! Pourquoi ne tenaient-ils pas compte de mes sentiments !?

« Attendez une minute, n’ai-je pas mon mot à dire !? »

La conversation semblait se diriger sur une voie à sens unique, du genre : « Les opinions de Touya ne sont pas recevables », alors j’avais dû dire quelque chose ! En réponse, Lyon avait simplement haussé les épaules et m’avait souri avec ironie.

« Hmph... vraiment, Seigneur Touya... c’est de votre faute, d’une certaine façon. »

« Quoi ? Comment ça pourrait être ma faute !? »

« Dès le premier moment où je vous ai rencontré, Seigneur Touya, j’avais réalisé que votre pouvoir était anormal. Si un seul pays était lié un tel surhomme, cela ne serait perçu que comme une menace à l’échelle internationale. Essayez de voir les choses de notre point de vue. Si vous êtes considéré comme dangereux, alors Belfast serait considéré comme dangereux. Mais si vous étiez aussi fiancée à la princesse de Régulus ? Eh bien, alors nous pourrions dire que votre pouvoir n’est pas simplement consolidé en un seul endroit, et que vous n’allez pas déclencher une sorte de guerre horrible. »

« L’Empire est l’Empire, et le Royaume est le Royaume. Pas d’affaires politiques louches. C’est une simple alliance politique qui utilise le corps du seigneur Touya ! »

Le Chevalier Commandant Gaspar poursuivit là où Lyon s’était arrêté. Je pouvais comprendre ce qu’ils m’expliquaient, mais mon opinion devait quand même compter pour quelque chose !

J’avais jeté un coup d’œil à Lu, qui rougissait follement et jouait avec ses cheveux. De temps en temps, elle me jetait un coup d’œil. Ah, merde.

« Ahaha ! Touya, mon garçon ! Il n’y a pas vraiment de différence entre le numéro quatre et le numéro cinq, n’est-ce pas ? Pourquoi s’inquiéter, mon garçon ? »

« Eh bien ! Quand même, je ne sais pas... »

Le général Léon s’était pavané et m’avait tapé dans le dos comme d’habitude. Il avait l’air très optimiste à propos de tout ça. Je n’arrivais pas à trouver un moyen de sortir de cette situation.

On se connaît depuis seulement deux jours, n’était-ce pas un peu soudain !? C’était un engagement énorme... ! Attendez ! Je m’étais aussi fiancé à Yumina le jour où je l’avais rencontrée, n’est-ce pas... ? Je supposais que ça voulait dire... Était-ce bon... ?

« Et toi, Lucia, mon amour ? Es-tu contre l’idée d’épouser le courageux jeune Touya ? »

« Pas même un peu, mon Père ! Je suis si heureuse que je puisse m’enflammer de fierté et m’évanouir ! Je n’ai jamais été aussi excitée de toute ma vie ! Je veux être à lui et à lui seul ! »

Ses mains étaient serrées devant sa poitrine, ses yeux étaient pratiquement scintillants... il y avait de la vapeur qui sortait de son nez... !

Oh, bon sang... Il n’y avait donc aucun moyen que je m’en sorte, hein ?

Je n’arrivais pas à comprendre comment les gens dans ce monde voyaient le mariage. Dans mon monde, c’était plus une institution sacrée entre deux personnes, mais ici... ça semblait beaucoup plus léger. Une partie de moi avait un peu peur de voir à quel point ce monde était différent du mien sur le plan social.

« Alors, qu’en dites-vous ? Accepteriez-vous ma Lucie dans vos bras et la prendrez-vous pour épouse ? »

« Pouvons-nous au moins attendre que j’aie dix-huit ans avant d’avoir la cérémonie ? »

« Ce n’est pas un problème pour moi ! Alors c’est réglé. »

Ce n’était pas comme si nous devions attendre d’avoir dix-huit ans ou quoi que ce soit d’autre, mais j’avais besoin d’opposer une certaine résistance, sinon j’aurais l’air d’une vraie bonne poire.

Gah, Lu courrait déjà pour rejoindre les autres filles !? Elles étaient devenues très vite amies, hein... C’est quoi ça, un club « marions-nous à Touya » !?

« Très bien, alors. Je voudrais naturellement vous offrir une autre récompense supplémentaire, bien sûr. Maintenant que mon Empire et le Royaume de Belfast sont sur un pied d’égalité, je suis sûr que nous aurons une alliance durable. »

Ce que l’empereur avait dit était vraiment stupéfiant. Ainsi, presque toutes les grandes puissances occidentales seraient unifiées. Belfast, Mismede, Refreese, et maintenant Regulus, tous connectés pacifiquement...

« De plus, nous annoncerons officiellement vos fiançailles avec Lucia et ma Yumina dans les deux nations. Pour cette raison, il est prudent que nous t’accordions un titre véritable et approprié. J’ai parlé avec l’empereur de Régulus, et nous avons tous les deux accepté de nous séparer de certains de nos propres territoires et de t’accorder la gestion de l’ensemble. »

« Je suis désolé, quoi ? »

J’avais dû mal comprendre ce qui venait d’être dit. Me donner une partie du territoire de chaque pays ? Ça allait être chiant s’ils voulaient que je règne sur un endroit comme un seigneur ou quelque chose du genre...

« Il s’agit moins d’un don de terre que d’un transfert de territoire. En d’autres termes, nous avons l’intention de former un petit pays entre Regulus et Belfast. Le souverain de cette nation fraîchement encerclée sera vous, Touya. S’il vous plaît, soyez juste et gentil dans votre règne. »

« Excusez-moi !? »

Fonder un pays ? Attendez ! Souverain !? Moi, quoi !? Arrêtez !

« Nous disons que c’est un pays, mais il n’y a pas encore de population à gouverner. C’est une étendue de terre inhabitée, et sous ton règne, elle ne sera liée par aucune loi de Regulus où de Belfast. Nos deux pays, comme soutien de cette jeune nation, signeront naturellement un traité de paix avec toi. Quoi qu’il arrive dans ce pays, nous jurons de ne pas intervenir. Le pays sera à toi seul, Touya. Avec cela, la question de ton statut social est complètement invalide, et tu pourras épouser les deux princesses sans aucun souci ! »

Alors quoi, serait-ce un peu comme le Vatican ? Je supposais que cela ressemblait plus à un duché souverain ou à une principauté... Je n’étais pas bien informé sur ce sujet...

« Touya, mon garçon. Peux-tu remontrer cette carte ? »

« Hein ? Euh, bien sûr. Affichez la carte. »

« Compris. Affichage de la carte. »

Je n’étais pas sûr de ce que le roi voulait exactement, mais j’avais fait ce qu’il m’a demandé et j’avais laissé la carte se projeter dans les airs.

Belfast était à gauche et Regulus à droite. Le roi pointa du doigt la frontière qui les séparait.

« Maintenant, entre nos grandes nations se trouve la Cordillère de Melicia. Elle s’étend sur une bonne distance, mais à un certain endroit, il y a une forêt et une grande plaine. Bien que la terre soit fertile, il y a beaucoup de bêtes démoniaques qui infestent la région. C’est pourquoi aucun des deux pays ne s’est beaucoup impliqué dans ce territoire. Au sud de cette région se trouve une route qui deviendra le lien commercial entre les deux pays. C’est là que se trouvera ton pays ! »

Quoi !? Ne viens-tu pas de dire que cet endroit était infesté de monstres mangeurs d’hommes ?

« Vous voulez qu’on s’installe dans un endroit aussi dangereux ? »

« Maintenant, personne n’a dit qu’il fallait vraiment y vivre. Cela dit, cette région est maintenant complètement indépendante et hors de notre contrôle. Même si quelque chose se passait là-bas, ni Regulus ni Belfast ne pourraient rien faire. Même si un groupe de brigands s’y était retranché pour s’en servir comme base d’opérations, cette région reste hors de notre juridiction. Touya, mon garçon, tu en seras le grand-duc, donc la responsabilité de nettoyer le désordre t’incombe. »

L’empereur et le roi souriaient jusqu’aux oreilles.

Bande d’escrocs... Vous m’avez chargé de sécuriser votre nouvelle route commerciale, n’est-ce pas !? Après l’annonce de l’alliance, beaucoup plus de gens commenceront à prendre la seule route entre les deux pays. Voilà donc votre plan pour sécuriser le chemin, n’est-ce pas ? Espèces... de salauds !

Attends, était-ce leur plan depuis le début ? Est-ce qu’ils venaient de m’offrir Lu pour que je tombe entre leurs mains !? Ces types étaient vraiment effrayants... J’étais tombé dans le panneau !

« J’ai l’impression qu’on me trompe, mais... »

« Non, non, non ! Pardonnez cette pensée. C’est une région riche et abondante avec de vastes frontières. Les personnes qui passeront par là y trouveront la sécurité et la sérénité, et de leur part, vous recevrez un statut, des éloges et des accolades. N’est-ce pas bon en soi ? »

Alors c’était comme ça, hein... ? J’avais l’impression que ces deux-là se servaient de moi, mais peu importe. Ils étaient un peu trop de connivence à mon goût, mais je suppose que je pouvais le comprendre. Ils avaient tous les deux eu des problèmes avec leurs voisins dans le passé, alors m’avoir là-bas serait bon pour avoir l’esprit tranquille.

Hmph... Ce n’était pas une mauvaise affaire, j’imagine... Pour épouser les deux filles, j’avais besoin d’un poste convenable. De plus, ce n’était pas non plus comme s’il y avait des citoyens dont il fallait s’inquiéter... Sans parler du fait qu’avoir une grande étendue de terre sur laquelle je pouvais faire ce que je voulais était définitivement un plus. Eh bien, pourquoi pas ? Avoir mon propre pays pourrait être utile.

« Bien, dans ce cas, c’est entendu. Vous voulez juste que j’y sois pour sécuriser l’endroit, non ? Je vais le faire. »

« Toutes nos excuses, mon garçon. Dans ce cas, nous déclarerons formellement la formation d’une nouvelle nation ! Les deux pays reconnaîtront formellement ton droit de régner ! »

Le droit de régner, hein... Je ne pouvais même pas imaginer comment je serai en tant que chef d’État. Je suppose que je n’aurais pas réellement beaucoup de responsabilités à assumer. Vais-je devoir construire un château ?

« Tu as enfin pris une position royale, tu l’as fait. Notre futur époux est vraiment magnifique... »

« Mais je n’aurais jamais pensé qu’il aille aussi loin, c’est vraiment incroyable ! »

Yae et Elze avaient commencé à bavarder entre elles. En toute honnêteté, je ne m’attendais pas non plus à ce que quelque chose comme ça arrive. Je pensais que j’étais plus choqué qu’elles.

« Que veux-tu faire en ce qui concerne le nom de la nouvelle nation ? »

Linze me regarda, me posant une question importante à laquelle je n’avais pas vraiment réfléchi.

Uhhh... un nom ? Peut-être... Mochizukukiland ? Non, c’était bien trop embarrassant ! Impossible...

Nihon ? Eh, c’était un no, vraiment peu inspiré... Le Japon ? Japang... ? Argh... Je sentais bien qu’aucun de ses noms ne conviendrait réellement ! Oh... attendez, peut-être que...

« Brunhild... Je pense. Le Duché de Brunhild. »

« Brunhild n’est-il pas le nom que tu as donné à ton arme, Touya ? »

« Oui. Mais d’où je viens, c’est un nom dérivé d’une légendaire demoiselle protectrice. »

Oui, le Duché de Brunhild... Ça avait l’air sympa, si je peux le dire. De plus, comme ce que j’allais obtenir ressemblait plus à une micro-nation qu’un vrai royaume, je pensais donc que je pouvais donner un nom fantaisiste à mes terres.

« Le Duché de Brunhild, c’est ça ? C’est un nom plutôt splendide. Très bien, le Royaume de Belfast soutiendra formellement cette nation naissante dans une alliance ! »

« En effet. Comme le fera l’Empire Regulus. »

« Maintenant, allons-nous nous mettre au travail pour sécuriser cette terre ? »

Au fait, quelle était l’étendue du territoire ? Je ferais mieux d’utiliser mon téléphone pour vérifier, juste pour en être sûr. Alors je l’avais demandé, le téléphone en avait mesuré la taille exacte.

« Taille totale : Environ quatre cent dix kilomètres carrés. »

Pour le dire franchement, je n’avais aucune idée de ce que cela signifiait... Laissez-moi comparer cela à la taille des 23 arrondissements de Tokyo... J’avais fait une recherche pour déterminer la taille de ce dernier, et le téléphone m’avait dit que cela faisait environ six cent dix-neuf kilomètres carrés.

Attendez, quoi !? Ce qui voulait dire que mon pays ferait environ les deux tiers de la taille des arrondissements de Tokyo !? N’était-ce pas un peu trop, non !?

***

Partie 10

« Il n’y a vraiment rien, hein ? »

Nous avions regardé la forêt et la plaine. Il y avait des zones vallonées, ainsi que des montagnes au loin. Il y avait aussi une rivière à proximité, c’était une bonne chose.

Nous avions décidé d’aller visiter la terre que Regulus et Belfast m’avaient si gracieusement accordée. Je l’avais trouvée plutôt déserte. Mais, pour être honnête, c’était mieux que d’avoir une zone trop bruyante.

« Très bien alors... Lancez la recherche : Les créatures monstrueuses qui pourraient faire du mal aux êtres humains. »

« Compris. Affichage. »

À l’aide de plusieurs « épingles », des marqueurs rouges s’éparpillèrent sur toute la zone environnante de la carte. Il y en avait beaucoup. Je voulais dire que je n’étais pas trop surpris par ce résultat, vu que la région était immense. Mais je n’avais même pas inclus les monstres inférieurs dans la requête de recherche ! Il ne restait plus qu’à trouver quoi faire.

« Est-ce que je devrais les anéantir tous en même temps avec de la magie ? »

« Si tu les traites tous comme ça, je ne suis pas sûr que ça se passera bien... », Yumina fronça les sourcils.

Hmph, je suppose... si je faisais ça, alors il y aurait une énorme pile de cadavres. Les animaux carnivores en mangeraient peut-être, mais je doute fort qu’ils soient capables d’éliminer toute cette viande avant que cela ne devienne un problème. L’odeur finira certainement par être un problème majeur pour tout le monde. De plus, il était assez probable que les animaux carnivores soient ceux qui seraient tués en premier lieu.

J’avais envisagé de les envoyer quelque part à travers une [Porte] ou quelque chose du genre, mais cela causerait des ennuis aux gens de l’autre côté. J’avais pensé aussi à les envoyer tous se noyer dans la mer, mais Elze avait dit ceci :

« Certains de ces monstres sont peut-être des matières premières précieuses, tu ne peux pas t’en débarrasser comme ça ! »

Sur le coup, elle avait raison. Envoyer des monstres comme ça signifierait potentiellement moins d’argent pour nous. Les téléporter dans la mer était un gaspillage inutile.

Malgré tout, comme nous regardions le territoire depuis Babylone, il était possible de faire une [Porte] n’importe où en bas, alors je ne voulais pas gâcher cette occasion...

« Et si on utilisait [Porte] pour téléporter les cadavres ? Nous pourrions les vaincre, puis les transporter ici... Ensuite, nous pouvons les démanteler manuellement pour en obtenir les matériaux... Mais euh... que fera-t-on des cadavres ? »

« Il serait bon pour l’écosystème que nous répandions leurs cadavres à travers les montagnes et la campagne. Tant qu’il n’y en a pas trop, nous pourrions nourrir les animaux et nourrir le sol et les plantes. »

Hm, faisons-le alors. Le point de vue de Yae m’avait semblé assez juste, alors j’avais fait avec.

« Allons-y, alors. Verrouillage de la cible. Invoquez [Javelot Brillant]. »

« Compris. Invocation [Javelot Brillant]. »

...

« C’est enfin fini... ? »

J’en avais enfin fini, bon sang... Récolter le matériel des monstres était trop difficile... ! Chaque monstre avait des parties différentes et des caractéristiques différentes avec des valeurs différentes. Cela faisait beaucoup trop de choses à connaître ! Des crocs, des griffes, des peaux ? Comment suis-je censé savoir ce que tout ça valait !?

En cours de route, nous nous étions vite rendu compte que nous n’étions pas les mieux équipés pour déterminer exactement ce qui en valait la peine, alors nous avions appelé Will, Logan et Rebecca de la capitale. Nous avions décidé de leur donner la moitié de la récolte, alors ils avaient gracieusement accepté le travail.

J’avais aussi appelé ma bonne, Cécile, et mon jardinier, Julio. Puis, j’avais pris Lyon pour faire bonne mesure, parce qu’il n’était pas en service aujourd’hui. Honnêtement, c’était un travail à temps partiel plutôt décent pour eux.

Lyon déchira, déchira et déchiqueta furieusement les monstres. Quelque chose m’avait fait penser qu’il avait vraiment besoin d’argent. Cela avait-il un rapport avec Olga, peut-être... Je me demandais s’il allait se fiancer. L’opposé polaire de l’enthousiasme de Lyon était Lu, qui luttait clairement pour démonter les animaux morts. J’avais décidé de lui donner un coup de main.

J’avais été surpris de voir à quel point elle s’y était bien prise une fois qu’elle s’en était occupée. Elle avait l’air plutôt douée pour ce travail préparatoire.

« Tu es une princesse, donc c’est naturel. C’est la première fois que tu fais quelque chose comme ça, non ? »

« Effectivement. Mais je veux quand même le faire au mieux de mes capacités. Je ne veux pas être un fardeau pour toi, cher Touya. Je veux être aussi utile que les autres. »

Après qu’elle ait dit ça, je lui avais donné une petite tape sur la tête. Elle avait un peu rougi. Hehe, elle est mignonne...

La troisième princesse de l’Empire Regulus, Lucia Leah Regulus, devint ma fiancée. En même temps, sur la recommandation de Yumina, elle était venue vivre avec moi à Belfast.

J’avais pensé la même chose quand j’avais rencontré Yumina, mais les princesses de ce monde avaient beaucoup d’autonomie...

Elle ne portait pas une grande robe d’apparat comme la première fois que je l’avais rencontrée. Elle portait des vêtements plus aptes pour le travail.

Elle portait une chemise à manches longues avec un grand nœud autour du cou et des collants noirs sous une jupe plissée blanche. À sa taille, derrière son dos, il y avait deux courtes épées dans une sorte d’holster.

D’après ce que j’avais compris, Lu était une manieuse d’épée double. Il semblerait qu’elle ait appris un peu du style de Carol et qu’elle y ait pris goût. Son aptitude magique était complètement déficitaire, donc pas de sort pour elle.

Apparemment, Yae avait essayé de l’entraîner un peu, mais Lu n’était pas compatible. Comme les lames jumelles étaient basées sur un mouvement rapide et trompeur, il était naturel qu’elles ne s’harmonisassent pas avec le style de samouraï de Yae.

Je me demandais si elle accepterait de combattre avec deux épées... Mais j’avais décidé qu’il valait mieux attendre et la voir en action.

« Eh bien, maintenant les choses vraiment dangereuses sont prises en charge... »

J’avais relancé mon application Carte, juste pour être sûr. Pas un seul résultat enregistré dans la zone. Mission accomplie.

Cependant, j’avais soudainement eu une idée et je m’étais décidé de partir à la recherche d’humains dans les environs. Bien sûr, il y en avait tout un tas dans la forêt...

Les gens vivaient vraiment ici ? C’était une zone dangereuse, alors je ne pensais pas que c’était un endroit où l’on pouvait se sentir chez soi...

« C’est probablement une bande de brigands. »

Lyon murmura cela tout en regardant la carte.

« Vraiment ? »

« D’après ce que j’ai entendu, il y a eu beaucoup d’attaques de bandits dans les territoires environnants récemment... Un tel rassemblement montre clairement que c’est la base centrale de leur opération. Leurs têtes sont sûrement mises à un bon prix. »

La forêt était immense et dangereuse, c’était donc évidemment un endroit idéal, un lieu où les égorgeurs pouvaient se cacher. S’ils étaient assez nombreux, et qu’ils étaient forts, ils pourraient repousser les monstres.

« ... Alors qu’est-ce qu’on fait ? »

Linze avait parlé, comme si elle ne savait pas déjà qu’on allait les évacuer. Cet endroit devait faire partie de mon territoire, après tout, alors c’était mieux d’éliminer les mauvaises personnes.

« Eh bien, je vais m’en occuper. »

« Je peux t’accompagner ? »

Étonnamment, Lyon m’avait proposé de me suivre. Je n’avais aucune raison de dire non, alors je l’avais laissé faire. Nous avions laissé le démantèlement des corps des monstres à tout le monde, et nous nous étions tous les deux dirigés vers la planque. Ce n’était qu’un voyage de trente minutes à pied, il n’était donc pas nécessaire de compliquer la méthode de voyage.

« Tu veux la prime, n’est-ce pas ? »

« H-Huh ? Aah... Hahaha, eh bien... Je suppose que vous m’avez compris, Seigneur Touya. »

Lyon gloussa un peu, se grattant l’arrière de la tête tout le temps. Je sentais ce désir de gagner de l’argent qui émanait de lui quand il dépouillait les monstres, alors c’était tout naturel.

« Tu économises pour offrir une bague de fiançailles à Olga ? »

« Ah, non... En fait, je lui en ai déjà donné une. »

« T’es sérieux !? »

J’avais été complètement décontenancé. J’étais vraiment à côté de la plaque. Il l’avait peut-être en tête depuis le début, mais n’était-il pas un peu trop rapide ? Il ne m’avait pas fallu longtemps pour réaliser que je n’étais pas en mesure de parler de cela à tout le monde.

« Wôw, mec... félicitations. Alors, pourquoi essayes-tu d’obtenir de l’argent si férocement ? »

« Eh bien, les mariages coûtent cher... et le coût de la vie après coup. Idéalement, j’aimerais acheter une maison pour nous deux. »

Lyon avait laissé échapper un rire un peu inquiet, mais il semblait tout de même heureux. Je comprenais assez bien ses sentiments, l’argent était absolument nécessaire pour maintenir une vie de couple heureuse.

« Tes parents ne peuvent pas t’aider ? »

« Ah, eh bien... mes parents croient qu’il faut se frayer un chemin dans la vie, et ses parents croient qu’il est nécessaire que l’on obtienne cet argent par nous-même... »

Oh mon dieu... La nature résolue de la tradition militaire stricte et de l’impitoyable tradition mercantile pesait sur lui.

« Nous vivons tous les deux avec nos parents respectifs en ce moment, mais... comme je suis le deuxième fils, je devrais déménager après mon mariage. »

« Olga viendra-t-elle à Belfast ? »

« Son père a besoin d’un successeur pour son empire mercantile, mais... J’espère vraiment pouvoir me permettre de la faire venir assez tôt. »

Lyon poussa un petit soupir irrité. Hmph... Je pourrais lui prêter de l’argent, mais cela mettrait probablement le général Léon en colère contre lui et moi. Alors il ne vaudrait mieux pas...

« Oh, qu’en est-il des biens volés que les brigands auront ? »

« Idéalement, nous aimerions les rendre à leurs propriétaires légitimes. Toute autre chose appartiendra de droit à ceux qui ont vaincu les bandits. Il n’y a pas vraiment de profit à éradiquer les bandits, alors ils réussissent généralement à se cacher pendant un bon moment. »

« Donc tu dis que leur chef a probablement une tonne d’argent, n’est-ce pas... ? »

« C’est ce que j’espère, en fait. Évidemment, je rendrai tout ce qui a un propriétaire connu. »

Donc s’il n’y avait personne pour réclamer la marchandise, il pourrait l’empocher. C’était logique.

La carte indiquait une hutte de construction grossière à l’orée de la forêt. J’avais supposé que c’était leur planque.

« Alors quels bandits dans cette zone ont leurs têtes mises à prix ? »

« Trois d’entre eux. Un trio de voleurs, tous frères et sœurs. »

J’avais confirmé leur présence sur la carte, trois marqueurs étaient apparus. On dirait cependant que c’était tous de grands bandits. Lyon avait sorti l’arme que j’avais faite pour lui et l’avait transformée en mode lame.

J’allais laisser ça à Lyon, je crois... Si je m’impliquais, il voudrait probablement partager la récompense avec moi, et j’étais d’accord pour qu’il ait tout.

Finalement, Lyon avait anéanti tout le camp des brigands. Eh bien, je dis qu’il les avait anéantis, mais il avait utilisé le mode paralysant pour tous les paralyser. Je pensais qu’ils seraient plus féroces, étant donné qu’ils avaient une réputation, mais il me semblait que je n’avais pas à m’en inquiéter.

Les bandits avaient accumulé une assez grosse pile de butin, que j’avais été très heureux de voir. Avec le sourire aux lèvres, Lyon avait capturé tous les brigands, tandis que j’ouvris une [Porte] vers la capitale royale.

J’avais planqué tous leurs gains mal acquis dans mon [Stockage], faisant une note mentale pour les remettre à Lyon. Après ça, j’avais écrasé leur misérable cabane avec [Gravité]. Après tout, ça m’aurait fait chier si d’autres gars avaient eu la brillante idée de squatter là.

Nous étions ensuite retournés auprès des autres, on aurait dit qu’ils en avaient fini avec la récolte de matériels. On les avait emballés et j’avais mis toutes les bonnes choses dans mon [Stockage], en prenant soin d’étiqueter deux sacs « Rebecca, » et « Cécile ». Après tout, ça aurait été mauvais pour eux de trimballer tant de choses.

Nous étions retournés à la guilde de la capitale et nous nous étions dirigés directement vers le bureau de négociation. Immédiatement, j’avais sorti une tonne de choses de mon [Stockage] et je les avais empilées sur le comptoir. La quantité de choses était si indécente que l’homme au bureau avait dû prendre quelques minutes pour tout recueillir.

Pendant qu’il faisait les comptes, j’avais emmené Lu au bureau de Prim.

« J’aimerais inscrire cette fille à la guilde. Vous devriez avoir reçu une notification de la part de l’Empire Regulus ? »

« Ah, oui ! Nous l’avons obtenu, mais... avez-vous vraiment réprimé un coup d’État militaire tout seul !? »

« Eh bien ! Je ne l’ai pas fait tout seul, mais... oui. »

« Mon Dieu... Je n’arrive presque pas à croire que c’est vrai. J’aurais dû savoir que le propriétaire du Lecteur Lunatique était un homme si extraordinaire... »

Tandis que Prim admirait mes accomplissements, un autre employé donna à Lu les explications de base, et Lu expliqua les raisons pour lesquelles elle était devenue une aventurière. Naturellement, j’avais écouté. D’après ce que j’avais compris, Lu n’avait certainement pas besoin de devenir une aventurière professionnelle, mais elle ne pouvait pas supporter l’idée de rester à la maison et d’être exclue des autres, alors elle avait pris sur elle pour devenir plus forte.

« Ah, s’il vous plaît, donnez-moi votre carte de guilde. »

J’avais remis la carte, comme Prim me l’avait demandé. Elle l’avait estampillée d’un autre sceau que d’habitude.

« C’est la preuve que vous avez abattu un Grand Démon dans l’Empire Regulus. Au nom de la guilde, veuillez accepter ce nouveau titre. Vous êtes officiellement un tueur de démons ! »

Tueur de Dragons, Destructeur de Golem, et maintenant Tueur de Démons, hein ? J’étais juste en train d’accumuler des titres à une vitesse folle.

« Avec cela, vous avez acquis trois titres en tout. Ceci, combiné à la recommandation formelle du Royaume de Belfast et de l’Empire Regulus, signifie que votre rang de guilde a augmenté d’un rang. Félicitations ! »

« Hein ? C’est comme ça que ça marche ? »

La carte de guilde qu’elle m’avait retournée était d’un argent scintillant. C’était vraiment joli. Je supposais que la guilde n’avait eu aucun problème à me promouvoir à ce niveau après avoir pris conscience de l’étendue de mon pouvoir, sans parler de mon soutien politique.

« Eh bien, c’est certainement quelque chose de spécial ! Cela fait presque deux décennies que notre pays n’a pas eu d’aventurier de rang Argent. »

J’avais été surpris que cela soit il y a si longtemps, mais il était vrai que je n’avais jamais vu de demandes de rang Argent ou Or sur les tableaux des requêtes.

« Quand vous arrivez au rang Argent et Or, vous recevrez généralement des quêtes directement de la guilde. »

C’était assez logique pour moi. Il était logique de limiter le nombre de personnes susceptibles de voir de tels emplois, car ils seraient probablement sensibles ou ne pourraient être traités que par les personnes les plus compétentes.

Lu avait fini de s’inscrire et m’avait joyeusement montré sa carte de guilde noire.

J’avais emmené Lu à la zone commerçante, et il me semblait qu’elle avait finalement compris combien tout cela valait.

Rebecca et les autres de Sandora semblaient extrêmement heureuses de cette aubaine inattendue. Cécile et Julio semblaient aussi très heureux. Il fallait s’y attendre. Ils s’en sortaient tous très bien, après tout.

Ma part personnelle ainsi que celle de Lyon avaient été mises de côté et cela nous avait été remis au moment où j’avais quitté la guilde. Les bandits avaient apparemment été appréhendés sans problème. Lyon avait dû rapporter ça comme l’ayant fait en solo en raison de la prime sur leurs têtes, mais il avait été en mesure de la recevoir sans tracas.

L’argent des matériaux, couplé à l’argent des brigands... Cela faisait un joli pécule pour Lyon, tout compte fait. Avec ça, il aurait au moins de quoi sécuriser son mariage.

J’avais soudain réalisé que je devrais offrir un cadeau de mariage à Lyon et Olga. J’avais fait une note mentale pour demander des suggestions aux filles plus tard.

***

Interlude 2 : Grand-mère et petite-fille

Partie 1

Même si j’avais obtenu des terres — ou plutôt un pays — de Regulus et de Belfast, je vivais toujours dans la capitale de Belfast.

Les effets du coup d’État à Régulus étaient encore en cours de traitement, nous avions donc dû reporter la déclaration quant à la création du nouveau pays et l’annonce de mon mariage, celui de Yumina et celui de Lu.

C’était à ce moment qu’une certaine personne avait visité ma demeure à Belfast.

« Ça fait un moment, Seigneur Touya. »

« Bienvenue à Belfast, Carol. »

Le visiteur s’appelait Carol. Elle était chevalière de la famille des Rillettes et l’une des « Douze lames de l’Empire », un groupe qui servait Regulus depuis que le premier empereur avait pris le trône.

En raison d’un manque de réalisations notables pendant de nombreuses années, la famille Rillettes était sur le point de s’effondrer, mais elle avait été reconnue pour sa « précieuse contribution » pendant le coup d’État et avait ainsi restauré l’honneur de sa famille.

J’avais même entendu dire qu’elle allait obtenir un rang important parmi les chevaliers. Et franchement, ça me mettait mal à l’aise.

« Alors, qu’est-ce qui t’amène ? Tu viens voir Renne, c’est évident, non ? »

« Oui. Puis-je la voir ? »

Il y avait peu de temps, il était apparu que Renne, l’ancienne voleuse qui travaillait pour nous maintenant, était en fait la fille de la sœur aînée de Carol, ce qui signifiait qu’elles étaient tante et nièce.

Mais ce n’était pas complètement confirmé, alors il était nécessaire que tout soit clair.

J’avais appelé Lapis, notre femme de chambre, pour qu’elle amène Renne au salon.

« Avez-vous besoin de quelque chose, monsieur ? »

Soit parce qu’elle était tendue à cause de la présence de l’invitée, soit simplement parce qu’elle n’avait pas l’habitude de dire ces mots, tout cela me paraissait un peu bizarre. Alors je faisais un sourire ironique, je l’avais fait venir vers moi.

« Renne. Je peux te demander quelque chose ? »

« Que voulez-vous savoir, monsieur ? »

« Oh, ce n’était pas la peine de me parler comme ça. Connais-tu le nom de ta mère ? »

« ... Maman ? »

Visiblement perplexe, elle s’était mise à réfléchir.

« Umm... Je crois que c’était “Steph”. J’ai entendu papa le dire souvent quand il était ivre. Mais je ne lui ai rien demandé de plus. »

J’avais jeté un coup d’œil à Carol, qui m’avait fait un léger signe de tête. Il n’y avait pas de malentendu, hein ?

« Renne, tu peux me montrer ton pendentif ? »

« D’accord, mais pourquoi ? »

« C’est extrêmement important, alors s’il vous plaît. »

Le fait que Carol — l’invitée — avait dit cela avait rendu Renne quelque peu confuse, mais elle n’avait pas mis longtemps à retirer le pendentif de son cou et à le poser sur la table.

Comme la dernière fois que je l’avais vu, il avait la forme d’un triangle vers le bas et contenait une grande pierre magique de type vent.

Carol l’avait prise en main, l’avait retournée et avait examiné l’écusson sur le dos.

« Il n’y a plus aucun doute possible. Ceci appartenait bien à ma sœur. C’est un héritage de la famille Rillettes. »

« Quoi !? »

Rendue perplexe par ses paroles, Renne se plaça sur la défensive face à Carol.

« P-Père m’a dit que c’était un souvenir de maman ! Je ne l’ai pas volé, je... »

« Je sais, je sais. Ceci appartenait à ma sœur. Et maintenant, il vous appartient. »

« Eh... ? »

« Ma sœur s’appelait Stéphanie. Stéphanie Rillettes. Il est plus que probable que c’était votre mère. »

Tandis que Renne se raidissait et que sa bouche s’ouvrait de surprise, je lui avais gentiment dit de s’asseoir.

« Écoute, Renne. Ta mère était une fille de la noblesse de l’Empire Regulus. Mais elle s’est enfuie de chez elle après s’être disputée avec son père. Puis, elle a rencontré ton père et t’a donné naissance. »

« Alors cette dame est... »

« Je suis la petite sœur de votre mère... Ça fait de moi votre tante. Je m’appelle Caroline Rillettes. Je suis une chevalière de l’Empire Regulus. »

« Tante... »

Quand Renne avait dit ce mot, Carol s’était agrippée à sa poitrine, car son visage était déformé.

Qu’est-ce que tu fous, bon sang ?

« Qu’est-ce qui ne va pas... ? »

« Eh bien, c’est juste que... c’est difficile à exprimer en mots, mais le fait d’être appelé ainsi pique légèrement... »

« Pourquoi ? Vous êtes une tante, n’est-ce pas, tante Carol ? »

« Arrêtez de le répéter ! Je sais que je le suis ! Vous n’avez pas tort, mais c’est juste... ! »

Les larmes aux yeux, Carol avait commencé à se tordre.

Franchement, elle est vraiment chiante. Mais c’était vrai qu’elle allait rentrer dans une zone de turbulence au vu de son âge...

« Renne. Au lieu de “tante”, veuillez utiliser “Carol”, “Lady Carol”, ou quelque chose comme ça... Je sais que c’est pénible, mais quand même. »

« Eh ? Alors pourquoi pas... Sœurette ? »

« Ah, c’est parfait ! »

Carol avait approuvé avec enthousiasme le choix de Renne.

« Sœurette », hein... ? Elle m’appelait bien « Frangin », donc je supposais que c’était approprié.

Apparemment, le pendentif que Renne avait était en fait un artefact. Il était imprégné de la magie du vent qui ne pouvait être activée que par des membres de la lignée des Rillette.

Nous étions allés dans le jardin, Carol tenait le pendentif dans la main et avait prononcé un mot-clé qui avait fait apparaître un mur défensif de vent autour d’elle.

Était-ce une sorte de [Mur Cyclonique] ? Les artefacts étaient des outils qui permettaient à ceux qui n’avaient aucune aptitude pour la magie d’utiliser des sorts, mais ceux qui ne pouvaient être activés que par une certaine lignée sanguine semblaient être une rareté.

Je me demandais si c’était programmé pour faire ça. Devrais-je supposer que c’était comme l’épée sacrée fantastique préférée des JDR, qui ne pouvait être maniée que par les descendants du héros légendaire ?

Comme confirmation finale, j’avais aussi demandé à Renne de l’activer, et cela avait fonctionné sans problème. Il était clair que le sang qui coulait dans ses veines était celui de la famille Rillettes.

Au fait, rien ne s’était produit quand c’était moi qui l’avais essayé.

« Renne. Avec ça, c’est évident que tu es un membre de la famille Rillettes. Ce qui veut dire que tu es l’une des nobles de l’Empire Regulus. »

« Je, Je vois... »

Renne avait l’air complètement embrouillée. C’était tout à fait naturel. Elle ne savait pas comment réagir à ça. Après tout, c’était une bonne à qui on venait de dire qu’elle était en vérité une fille issue de la noblesse.

« Alors... qu’en dis-tu ? Veux-tu aller dans l’Empire Regulus ? »

« ... Je... Je veux rester ici. »

Bien que le volume soit faible, sa voix était claire.

« Tu seras juste une bonne ici, tu sais ? Mais dans l’empire, tu seras une fille d’une famille noble. Cela ne te rendrait-il pas plus heureuse ? »

« Je déciderai de ce qui me rend heureuse ! J’aime vivre ici. J’aime tout le monde ici ! C’est pour ça que je veux rester ici pour toujours ! Tout le monde ici est ma famille... ! »

« Je vois... »

Tandis que Renne pleurait et s’accrochait à moi, je la retenais doucement. Si c’était ce qu’elle avait décidé, je ferais de mon mieux pour protéger son mode de vie. C’était tout ce que j’avais à dire.

« J’avais le sentiment que ça arriverait... »

Carol avait parlé avec un sourire ironique sur son visage. Elle s’était ensuite dirigée vers Renne et s’était accroupie pour mettre leurs yeux au même niveau.

« Si c’est ce que tu veux, je ne dirai rien contre. Cependant, n’oublie pas que ce n’est pas ta seule famille. »

« Tante — »

« Guh !? »

« Sœurette... Merci. »

J’avais été exposé à une scène où une nièce était en train de considérer une tante qui tenait sa poitrine, essayant de supporter une douleur mystérieuse. C’était quoi ce bordel ?

Bientôt, Carol se leva et me fit de nouveau face.

« Ça ne me dérange pas qu’elle vive ici, mais j’aimerais qu’elle rencontre ma mère au moins une fois. Cette fille est après tout sa seule petite-fille. »

« Hein ? Tu n’es pas mariée, sœurette ? »

« Ghuh !? »

Wôw ! Elle avait été poignardée dans le dos par sa nièce nouvellement découverte !

Avec une expression vraiment peinée, Carol se tourna vers Renne avec un son grinçant et força un sourire.

« Oui... Je ne suis pas encore mariée... »

« R-Renne, juste pour que tu le saches, les femmes chevalières peuvent être tellement occupées qu’elles n’ont aucune chance de rencontrer la bonne personne ! »

Je ne voulais pas que cette atmosphère sinistre puisse se répandre davantage, alors j’avais pris l’initiative d’aider Carol. Il y avait probablement de nombreuses raisons pour lesquelles elle ne pouvait pas se marier, mais je croyais réellement que cela pourrait être l’une d’elles.

« Je vois. Elle est jolie et cool, donc ça m’a paru étrange. Tu es belle, donc si tu n’étais pas chevalière, les hommes ne te laisseraient jamais seule. »

« Oh ! Quelle gentille fille ! »

Carol enlaça rapidement sa nièce.

***

Partie 2

Si vous vouliez mon avis, c’était cet aspect de sa personnalité qui faisait d’elle une personne si... regrettable... Cependant, je ne dirai rien.

« Le manoir des Rillettes... La maison de Carol se trouve dans la capitale de l’Empire Regulus, n’est-ce pas ? »

« Oui. Bien que l’on vive dans un quartier non au centre, notre résidence se trouve dans le quartier noble. Mais je vis dans la maison des chevaliers en semaine et je n’y rentre que le week-end, donc la plupart du temps, il n’y a que ma mère et mes serviteurs. »

Je pourrais facilement me rendre à la capitale en utilisant une [Porte].

« Avez-vous dit à votre mère..., en avez-vous déjà parlé à la grand-mère de Renne ? »

« Oui. En fait, elle voulait se joindre à moi pour venir ici à Belfast, mais je l’ai arrêtée, évidemment. »

Eh bien, n’était-ce pas normal... ? La distance qui nous séparait de la capitale de l’Empire Régulus était assez grande. Même si c’était parfaitement viable pour Carol, qui était chevalier, le voyage serait certainement éprouvant pour une personne âgée. Sérieusement, ils devraient même camper dehors.

Hmm... On ne dirait pas qu’elle fuit Renne. Je supposais que c’est une bonne idée de les laisser se rencontrer. Alors tu ferais mieux de te dépêcher.

« Très bien, allons voir la grand-mère de Renne. »

« Eehh !? Tout de suite !? »

Ignorant sa surprise, j’étais allé chez Lapis, je lui avais dit que j’emmenais Renne pour un moment, puis j’étais allé dans la chambre de Lu et je l’avais fait venir avec nous.

Si nous allions à Regulus, avoir Lu avec nous permettrait de faire mes affaires beaucoup plus rapidement. À Belfast, je pouvais faire ce que je voulais parce que je connaissais des gens, mais on ne pouvait pas en dire autant de Regulus.

« Mes excuses, Princesse. Je suis désolée de devoir vous impliquer dans nos affaires familiales... »

« Ne vous en faites pas pour cela, Carol. Sans vous, je n’aurais sans doute jamais eu la chance de rencontrer Touya. Alors c’est le moins que je puisse faire. »

En voyant Carol qui inclinait la tête, Lu avait tout simplement souri. Debout à côté d’elles, Renne s’inclinait à la hâte. Avant que je m’en rende compte, Renne tenait un sac à main. Se pourrait-il que ce soit des souvenirs de sa grand-mère ?

« Très bien, allons-y. Lapis, occupe-toi de tout. »

« Prenez soin de vous. »

Une fois que j’avais ouvert une [Porte], Carol, Renne, Lu et moi étions passés par là.

Nous étions sortis dans une ruelle de Gallaria, au cœur de l’empire Regulus.

Une fois dans la rue, nous étions entourés d’une telle agitation qu’il était difficile de croire qu’il y avait eu un coup d’État il y a quelques semaines à peine. Par rapport à Belfast, Regulus semblait avoir beaucoup plus de « sang-froid » à ce sujet.

Les rues de Regulus étaient surtout rectilignes, tandis que celles de Belfast étaient surtout incurvées. Le paysage ordonné de la ville était entouré d’une aura qui montrait qu’elle avait tenu un rôle majeur dans l’histoire, ce qui lui donnait une lueur d’espoir quant à son importance en tant que capitale. Sans être trop voyante, elle avait néanmoins une certaine personnalité. C’était une bonne description de cette ville.

Ici et là, je pouvais encore voir les blessures que le coup d’État avait laissées sur cette ville. Certaines maisons étaient encore en cours de reconstruction et certains lampadaires étaient encore en cours de réinstallation.

Certaines maisons avaient été complètement détruites par le Seigneur Démon. Ça allait prendre un peu de temps pour que tout redevienne normal.

« Touya. Par ici. »

Tandis que je regardais autour de moi, Lu avait pris ma main et commença à me conduire quelque part. Lorsque le coup d’État avait eu lieu, les incendies n’avaient touché que les quartiers populaires et les bidonvilles, tandis que le quartier résidentiel noble n’avait pas du tout été touché.

Je supposais que ce général ne voulait pas se faire d’ennemis parmi les gens les plus importants.

Après un moment de marche, nous avions atteint un quartier avec des résidences de différentes tailles. Dans un coin, à une courte distance des autres, se trouvait notre destination. C’était une demeure de taille moyenne — ni trop grande, ni trop petite. Elle avait un toit rouge qui avait évidemment protégé de nombreux hivers, ce qui lui donnait un aspect « ancien ». Ses portes étaient assez impressionnantes. Il y avait deux griffons munis d’un bouclier à ses côtés et un cimier arborant des épées croisées et un laurier au-dessus de lui.

« Lady Carol ! »

Dès que nous nous étions tenus devant les portes, un homme qui semblait mesurer plus de deux mètres nous avait appelés de l’intérieur. Il avait les cheveux blancs, une moustache et le visage d’un homme d’une soixantaine d’années. Cependant, sa musculature le faisait paraître beaucoup plus jeune.

Qui est donc ce vieil homme... ?

« Je m’appelle Robinson. Je suis majordome au service de cette famille depuis des années. »

« Je... Quoi ? »

Il n’y avait pas que moi. Renne et Lu avaient également été stupéfaites. Effectivement, il portait les vêtements du majordome. Cependant, il ressemblait plus à quelqu’un dont la vocation dans la vie était les arts martiaux.

« Je suis content de vous revoir si vite ! Oh... Ohh ! C’est Lady Renne !? »

« En effet, c’est elle. C’est la fille de Stéphanie. »

« Je le savais ! Elle ressemble à Lady Steph quand elle était jeune ! Oh, cela me fait me souvenir de tant de choses... Vraiment, c’est le cas... Mon Dieu, il faut que j’en informe Madame ! Madame ! Madame ! »

« Ah, hé, Robinson ! »

Un instant plus tard, le majordome musclé se retourna et s’enfuit dans le jardin.

... Qu’est-ce que j’étais censé penser de ça ?

« Ce stupide majordome... ! C’est bien d’être excité pour Renne, mais ne pas saluer la princesse est inexcusable ! »

« Ça ne me dérange pas. Cette fois, je ne suis qu’une figurante. »

Tandis que Lu riait, Carol se retourna et ouvrit les portes. Une fois que nous étions entrés dans le domaine, Carol nous avait conduits à la porte d’entrée.

Bien que la famille Rillettes soit au bord de l’effondrement, l’édifice était à la fois élégant et grandiose.

« C’est la maison de maman ? »

« Oui. Steph a vécu ici jusqu’à ses 17 ans. »

Carol répondit à Renne alors que la jeune fille levait les yeux vers le domaine.

La mère de Renne s’était enfuie quand elle avait 17 ans, hein ? Cela avait dû être une étape de rébellion assez forte...

Comme pour répondre à mes pensées nonchalantes, Carol avait commencé à parler d’elle.

« Bien qu’étant une femme, ma sœur avait un talent pour l’épée. C’est pour cela que notre père l’a fait passer par un entraînement sévère. Cependant, il était clair que ma sœur n’aimait pas faire partie d’une famille de chevaliers et qu’elle ne voulait pas être soumise à toute cette rigueur. Elle était un peu libre d’esprit. »

« En effet. Elle détestait être bridée et essayait toujours de résister à son père. Cependant, c’était quand même une enfant gentille. »

J’avais regardé d’où venait cette voix inconnue et j’avais vu une femme aux cheveux aussi blonds que ceux de Carol. Elle avait l’air d’avoir la cinquantaine. Ses vêtements étaient décontractés et plutôt simples. Cependant, par-dessus ses vêtements, elle avait une cape qui, bien que non voyante, avait l’air vraiment bien faite.

Était-il sûr de supposer qu’elle était... ?

« Je suppose que tu dois être Renne ? Vraiment, tu ressembles à Steph. »

« U-Umm... Êtes-vous ma grand-mère ? »

« Grand-mère... Eh bien oui, c’est bien ça. Oh, mon Dieu, c’est assez accablant. Il semble que d’avoir une si grande petite-fille m’ait laissé un peu perplexe. »

La dame était devenue maladroite, timide et embarrassée en même temps.

Mets-toi à l’aise. Tu n’es pas aussi mauvaise que ta fille.

« C’est un plaisir de vous rencontrer. Je suis Renne. »

« Oh mon Dieu, quelle politesse. Je m’appelle Mary. Mary Rillettes. Il se trouve que je suis la chef de famille des Rillettes. Eh oui, je suis ta grand-mère. »

Mary répondit en souriant tandis que Renne inclinait légèrement la tête.

C’était un peu dur, vu qu’elles étaient apparentées, mais je supposais qu’il fallait s’y attendre. Après tout, elles venaient juste de se rencontrer.

Un instant plus tard, Mary me regarda et me salua profondément.

« Vous êtes donc Mochizuki Touya. Je tiens à vous remercier pour vos actes durant la tourmente... et pour avoir sauvé la capitale. Vous avez même aidé ma fille et ma petite-fille... Je ne sais même pas quoi dire... »

« Ah, pas besoin de ça. Vraiment, ce n’est rien. »

« Et cette dame est... Oh ? Non, ce n’est pas possible... »

Au moment où Mary avait tourné son regard vers Lu, son visage s’était raidi. Soudain, elle s’agenouilla et inclina à nouveau la tête.

« Votre Altesse !? Pourquoi portez-vous ce... ! Non, pourquoi honorez-vous cette résidence par votre présence ? »

« C’est parce que Mochizuki Touya est mon chéri. Il n’y a rien d’étrange à ce que je sois ici, Mary. »

« Je... Je vois. »

Complètement décontenancée, Mary passa de moi à Lu, qui portait un ensemble de vêtements décontractés et faciles à porter.

Je ne savais pas que Lu et Mary s’étaient déjà rencontrées.

Plus tard, j’avais découvert que chaque nouvelle année, il y avait un événement où les nobles de l’Empire Regulus avaient une audience avec l’empereur. Naturellement, Mary, la chef de la famille Rillettes, y avait aussi participé. Et, comme elle était la troisième princesse, Lu y participait également.

***

Partie 3

« Debout. Cette fois, je ne suis venue ici qu’en tant que figurante. Ça ne me dérange pas si vous ne m’accordez pas de traitement de faveur. »

« Je vois... alors, je ferai ce que vous dites. »

Lu avait souri alors que Mary, toujours visiblement tendue et perplexe, se leva. Elle nous avait ensuite invités à l’intérieur.

Alors que j’avais été impressionné par l’architecture de la chambre d’amis, qui n’était pas très gaie, mais tout de même apaisante, le majordome musclé nous avait apporté du thé. Dans ses mains, les tasses à thé ressemblaient à des jouets. Nous avions ensuite raconté à Mary tout ce qui s’était passé avec Renne, ainsi que sa décision. Carol lui avait déjà parlé de la mort de Stéphanie, alors elle nous écoutait sans dire un mot.

Le majordome, cependant, s’était mis à pleurer. Apparemment, il s’occupait d’elle depuis qu’elle était jeune, donc il était logique qu’il réagisse comme ça. On m’avait aussi dit que la mère de Renne avait été enterrée dans un cimetière près d’une petite église dans un village de Belfast.

« Je me demande si elle était heureuse... »

« Je ne sais pas... Mais papa disait qu’elle souriait beaucoup quand elle me regardait. Mais je ne m’en souviens pas... »

Après tout, elle venait de naître.

J’espérais que ses parents étaient heureux de vivre ensemble au ciel. Ce serait encore mieux s’ils pouvaient aussi rencontrer son grand-père et qu’ils peuvent commencer à s’entendre.

« Je suis heureuse de te voir dans la résidence des Rillettes... Mais je comprends pourquoi tu hésites à vivre avec nous dans ta famille. Sans parler du fait que ta mère s’est enfuie parce qu’elle détestait ce genre de choses. Si je t’obligeais à devenir noble, j’ai l’impression qu’au moment où je devrais partir, si je la rencontre dans l’au-delà, Stéphanie se fâcherait contre moi. »

« Je suis désolée... Cependant, je veux rester avec Touya et les autres. Tout le monde est très gentil et m’apprend beaucoup de choses. »

« En outre, bien qu’elle sera une bonne, elle travaillera dans le palais du nouveau pays. Elle sera traitée aussi bien que les servantes de la Maison Impériale. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. »

Lu ajouta cela aux paroles de Renne.

Quelques nobles étaient déjà au courant de la création du nouveau pays. Au début, il y avait eu une certaine agitation, mais cela s’était calmé dès qu’ils s’étaient rendu compte qu’il n'était un pays que de nom.

Après tout, le pays était de petite taille. De plus, ils pensaient probablement qu’un aventurier seul ne pouvait pas faire grand-chose. Il était en fait plus petit que les plus petits territoires de Belfast et de Regulus. C’était une raison suffisante pour qu’ils croient qu’il était inoffensif.

On pouvait supposer sans risque de se tromper que les informations sur mes fiançailles avec Yumina et Lu n’avaient toujours pas été divulguées. La réaction pourrait changer lorsque cela sera annoncé.

Après avoir entendu les paroles de Lu, Mary inclina la tête devant moi.

« Prenez bien soin d’elle. »

« Certainement. Vous n’avez pas à vous inquiéter. Renne est une fille intelligente ayant beaucoup de tact. Elle apprend vite, elle aussi. Je suis sûr qu’elle deviendra une femme parfaite. »

Mes louanges avaient fait que Renne était devenue timide tout en baissant les yeux. Cependant, elle eut bientôt une idée et se tourna vers Mary.

« Puis-je emprunter ta cuisine ? »

« La cuisine ? Je m’en fiche, mais pourquoi ? »

« Créa... le chef du manoir m’apprend à cuisiner. J’aimerais que tu goûtes un peu de ma nourriture, grand-mère... »

« Oh mon Dieu ! Oh, mon Dieu, c’est merveilleux ! Steph et Carol... mes filles n’ont jamais été bonnes en cuisine. En fait, je ne me souviens pas qu’elles m'aient déjà donné quelque chose qui n’était pas trop ou pas assez cuit. Leur maniement à l’épée s’est peut-être amélioré de jour en jour, mais aucune d’entre elles ne semblait même avoir une once de féminité. »

L’attention de Carol avait été détournée par les paroles de Mary.

Était-ce pour ça qu’elle ne pouvait pas se marier... ? Le sourire aux lèvres, Mary regarda le majordome conduire Renne, qui tenait encore son sac, vers la cuisine.

« Quelle gentille fille ! Je n’en attendais pas moins de la fille de Stéphanie. Tu pourrais apprendre d’elle une chose ou deux, Carol. »

« Maman... on dirait que je suis incapable de faire quoi que ce soit. »

« Je m’inquiète pour une fille qui n’est toujours pas mariée à un tel âge. Tu devrais au moins apprendre à cuisiner. Est-ce que tu te lèves correctement le matin quand tu es à la caserne ? Ou est-ce que tu dis « juste cinq minutes de plus » comme tu le fais quand tu es à la maison ? Les hommes sont extrêmement perspicaces face à une telle négligence, tu sais ? S’il te plaît, fais tout ce que tu peux pour faire entrer un bon gendre dans la famille Rillettes. Je crois vraiment que tu ne veux pas aller là où se trouve Steph avant d’avoir vu les visages de tes enfants. »

En un instant, Mary changea de classe de « grand-mère » à « mère » et commença à abattre Carol avec ses paroles.

Pendant ce temps, Carol écoutait Mary, l’air sérieusement fatigué. On dirait qu’une mère réprimande toujours son enfant, quel que soit son âge.

« Avez-vous essayé d’organiser des réunions de mariage ? »

Apparemment intéressée, Lu s’était jointe à leur échange.

Compte tenu de la situation, Carol deviendra le prochain chef de famille des Rillettes. Cela l’empêchera de pouvoir trouver un marié selon sa propre volonté. Quelqu’un qui voudrait être le marié devrait venir la voir à sa place.

En supposant qu’il soit un noble, cela ne pourrait jamais être le fils aîné parce que c’était lui qui héritera de la maison. Cela signifiait que seuls le deuxième, le troisième ou d’autres fils pourraient être de futurs mariés.

« Il y a eu pas mal de demandes... Cependant, selon ce que Robinson a découvert, la plupart d’entre eux avaient des caractères extrêmement douteux. En fait, certains d’entre eux avaient été arrêtés pendant la rébellion. »

« Voilà ! Tu vois, maman ? Si je me dépêche, je risque de me retrouver avec la mauvaise personne. Je veux être complètement certaine de mon choix. »

« Oh, combien de fois ai-je entendu ça... ? À ce rythme, Renne se mariera avant toi. »

Franchement, il n’y avait aucune chance que... attendez, si Renne se mariait à 16 ans, il lui resterait environ 8 ans pour le faire. Ce n’était peut-être pas complètement impossible.

Il y avait des tonnes de femmes célibataires dans la trentaine dans mon monde précédent, mais elles étaient assez rares ici.

Même si elle ne pensait pas que c’était un problème, ceux qui l’entouraient commençaient à trouver ça bizarre. Cela amenait beaucoup d’entre eux à croire qu’il y avait une raison pour laquelle elle ne pouvait pas se marier. Par conséquent, la difficulté de Carol à se marier ne ferait qu’augmenter.

Était-ce moi ou était-elle vraiment désespérée ?

Alors que cette pensée grossière me traversait l’esprit, Renne et Robinson avaient ouvert la porte de la pièce et étaient revenus. Tous les deux poussaient une table avec de la nourriture dessus.

Pendant que nous nous asseyions autour de la table, nous avions tous une assiette en bois sur laquelle reposait une autre en fer. Bon sang, nous y voilà.

La plaque de fer chaud émettait un son grésillant et l’arôme de la nourriture.

« Je n’ai jamais vu ce plat... Est-ce un animal qui se tortille ? »

« Ce n’est pas un ver, n’est-ce pas ? »

Mary et Carol avaient des expressions perplexes.

Eh bien, je suppose qu’il est naturel pour la plupart des gens qui le voient pour la première fois d’être surpris. Même si cela ne s’appliquait pas aux gens d’Eashen.

« Cela se prépare avec un katsuobushi, qui est un poisson séché par chauffage, que l’on réduit en morceaux fins. Ils sont si minces, qu'en vérité, la chaleur de la nourriture les force à bouger et cela donne l’impression de danser. »

« Katsuobushi... Alors, c’est du poisson ? »

« C’est l’un des ingrédients de base de la cuisine d’Eashen. Mais ce n’est pas bien connu ici, dans les pays occidentaux. »

Une fois qu’elles avaient découvert quels étaient les objets en mouvement, les deux femmes avaient soupiré, soulagé.

Cela mis à part, j’avais été un peu surpris de voir que c’était la nourriture que Renne avait choisi de faire.

Mais ce n’était pas comme si c’était un plat difficile. On prenait de la farine, des légumes, des œufs et de la viande et c’était fini.

On pouvait supposer sans risque que le sac de Renne contenait du katsuobushi, de la sauce et de la mayonnaise.

« Comment appelles-tu ce plat ? »

« C’est « okonomiyaki ». C’est un plat populaire au manoir. »

Renne avait répondu à la question de Mary. C’était moi qui l’avais initiée en donnant la recette à Créa.

C’était à la fois savoureux et facile à préparer. Vous pouviez également utiliser les ingrédients de votre choix. Fruits de mer, nouilles... tout pouvait marcher. En raison de sa flexibilité, c’était un choix populaire chaque fois que les domestiques étaient occupés.

« Quelle bonne odeur ! Ça stimule certainement mon appétit. »

Lu, qui était assise à mes côtés, s’intéressait aussi beaucoup à l’okonomiyaki.

Oh oui, elle n’avait pas encore pu y goûter.

« C’est mieux quand on le mange chaud. Renne, je vais commencer à manger. »

J’avais pris le couteau et la fourchette dans mes mains. J’aurais préféré manger avec des baguettes, mais je n’étais pas chez moi, alors j’avais dû m’adapter.

Un instant après moi, Mary et les autres avaient pris leurs propres ustensiles.

Une fois que j’avais mis le couteau dedans, le fromage s’en était répandu en grandes quantités.

Je ne m’attendais pas à ça. Ça avait l’air vraiment bon.

Quand j'avais mis un morceau de cet okonomiyaki dans ma bouche, un goût familier et nostalgique avait submergé mes papilles. La compatibilité entre la texture moelleuse et la sauce sucrée salée était tout simplement parfaite. Le fromage aussi était épais et riche en goût.

« Oh, oh mon Dieu ! C’est délicieux ! »

« C’est vraiment... C’est tellement bon ! Je n’ai jamais rien mangé de tel ! »

« Je suis tout à fait d’accord ! Alors c’est de l'okonomiyaki... ! »

Les trois avaient l’air surpris, mais dans le bon sens du terme. Les mains qui portaient leur nourriture à leur bouche ne montraient aucun signe d’arrêt. Renne nous avait regardés, clairement satisfaite de son travail.

Le temps que tout le monde ait vidé son assiette, Renne et Robinson nous avaient apporté du thé.

Oh ? C’était du thé vert, n’est-ce pas ? Je suppose qu’elle a apporté aussi ça du manoir.

Il avait été fait à partir des feuilles de thé de haute qualité que j’avais reçues d’Ieyahsu. Je les avais remises aux servantes et leur avais donné la permission de les utiliser comme elles l’entendaient.

« Ce thé est aussi délicieux. Merci, Renne. »

« Non, merci, merci. Je ne sais pas ce que j’aurais fait si ça ne t’avait pas plu, grand-mère... »

Renne sourit timidement. En voyant Mary sourire en retour, j’avais réalisé que la distance entre elles s’était raccourcie, ce qui m’avait mis à l’aise.

J’avais sorti une paire de miroirs de mon [Stockage] et je les leur avais remis.

« Qu’est-ce que c’est ? »

En prenant son exemplaire, Mary inclina la tête dans la confusion.

« C’est un artefact que j’ai fait. Quand on met une lettre dans ce petit miroir, elle sort par l’autre. Utilisez-le pour échanger des lettres avec Renne. »

« Touya... êtes-vous sûr qu’on peut avoir ça ? »

« Oui. Les capitales étant assez éloignées l’une de l’autre, ça prendrait ainsi du temps pour que vos lettres arrivent. Des chevaux plus rapides coûteraient cher. Je t'enverrai aussi ici quand tu auras des jours de congé consécutifs, pour que tu puisses voir ta grand-mère assez souvent. »

« Merci beaucoup, frangin ! »

Avec un sourire éclatant sur son visage, Renne s’était accrochée à moi.

Quoi, maintenant ?

Une fois que je l’avais serrée dans mes bras, Lu m’avait regardé, la bouche grande ouverte.

« C’est tellement injuste ! Je veux aussi m’accrocher à Touya ! »

« Euh, Lu... »

« Hein !? »

Une fois qu’elle avait remarqué les regards étranges, Lu s’était éclairci la gorge et apporta élégamment sa tasse de thé sur ses lèvres. Ce ne sera pas suffisant pour passer inaperçu, tu sais ?

« C’est une enfant, après tout. Il n’y a pas besoin de s’énerver pour ça. »

D’accord, tu mentais. Tu t’étais sérieusement énervée tout à l’heure. Ça m’embrouillait et me rendait heureux.

Lu semblait avoir un côté compétitif. Mais cela ne servait à rien de rivaliser avec Renne.

Tout le monde essayait de contenir son rire en voyant à quel point Lu semblait charmante à l’instant. Renne, qui semblait simplement confuse, était la seule exception.

***

« Je vois. Je suis heureuse de savoir que ça s’est bien passé. »

« Ouais. Après tout, avec Renne, cette maison devient un endroit beaucoup plus joyeux. Ne pas l’avoir dans les parages serait triste, donc je suis contente que ça se passe comme ça. Continuez à prendre soin d’elle, d’accord ? »

« Certainement. »

J’avais raconté à Laim ce qui s’était passé dans la capitale de l’Empire Regulus et je lui avais encore une fois demandé de veiller sur notre petite servante. Depuis que Renne avait choisi de rester, je ne voulais rien faire qui lui aurait fait regretter cette décision.

Pendant que j’étais assis sur le balcon et que je sirotais le thé que Laim m’avait préparé, je levais les yeux vers la lune dans le ciel nocturne.

« Où est Renne, au fait ? »

« Je l’ai déjà renvoyée dans sa chambre. Elle a demandé à Cécile de lui donner du papier et des enveloppes, alors je pense qu’on peut supposer qu’elle écrit déjà une lettre à la capitale de l’empire. »

Je vois. Une partie de moi était envieux. Après tout, aucune des lettres que je pourrais écrire ne parviendra à ma famille.

Cependant, la famille que j’avais ici dans ce monde m’était tout aussi chère. Et ça aurait pu être une belle chose.

« Vous en voulez encore ? »

« Oui, s’il vous plaît. »

Laim prit la tasse de thé vide et quitta la chambre.

En levant les yeux vers la lune dans le ciel nocturne, j’avais prié Dieu pour le bonheur de la famille que j’avais laissée derrière moi.

***

Chapitre 4 : Le Duché de Brunhild

Partie 1

Un mois s’était écoulé depuis la fin des troubles dans l’empire. L’empereur m’avait honoré et loué comme le héros qui avait sauvé Regulus. J’avais été officiellement reconnu comme un aventurier de Belfast qui se trouvait dans leur capitale le jour de l’incident.

Profitant de cette situation, Régulus avait également annoncé le renouvellement de son amitié avec Belfast, ainsi qu’avec le Duché de Brunhild, qui sera formé à partir des territoires des deux nations.

Et, bien sûr, c’était moi qui étais devenu le grand-duc de ce duché. Beaucoup de gens semblaient surpris de l’annonce soudaine d’une nouvelle nation, mais l’agitation s’était calmée peu après. L’intérêt que j’y avais porté avait en fait duré beaucoup moins longtemps que ce à quoi je m’attendais. Cela ne me dérangeait pas, puisque je n’avais pas l’intention d’y déménager dans l’immédiat.

En plus, ce n’était pas comme s’il y avait des gens qui vivaient là non plus. Cependant, j’avais commencé à réfléchir à ce qu’il fallait faire de la vaste étendue de terre que le duché occupait. J’avais pensé que faire une sorte de verger ou de champ cultivé serait peut-être un bon début.

L’annonce officielle de mes fiançailles avec Yumina et Lu avait été mise en attente délibérément. La raison était que le sexe du bébé porté par la reine Yuel de Belfast était encore inconnu. Le sexe de l’enfant déterminerait aussi ma position, alors nous avions retardé l’annonce jusqu’à ce que cela soit confirmé. Par répercussion, l’annonce de mes fiançailles avec Lu avait également été reportée.

Le général Bazoar et la plupart des hauts gradés de l’armée avaient été condamnés à mort. C’était tout à fait naturel, puisqu’ils avaient commis un crime de haute trahison. Le bracelet bloqueur et le bracelet draineur que le Général avait utilisés furent également confisqués, au cas où ceux qui auraient des ambitions similaires décideraient de reprendre le flambeau.

Il avait été décidé qu’ils seraient détruits, puisqu’ils ne causeraient que des ennuis à Belfast ou Regulus s’ils étaient mal utilisés. Une partie de moi voulait se lever pour dire : « Excusez-moi, mais ce sont d’anciens trésors de Babylone, ce qui fait de moi le propriétaire légitime », mais évidemment je ne pouvais pas faire cela.

J’avais aussi envisagé de créer des faux dans l’atelier et de les remplacer, mais je ne voulais pas tromper le roi ou l’empereur. Après tout, ils allaient tous les deux être mes beaux-pères.

Et donc, devant ce public royal, j’avais écrasé les deux bracelets à plat avec [Gravité]. Je l’avais regretté, mais pour être honnête... Ils sentaient encore mauvais.

Après tout, les deux pays avaient officiellement concédé des terres et me les avaient accordées, ce qui avait été la fondation officielle du duché de Brunhild.

« ... Alors, allons-nous déménager dans le nouveau pays ? »

« Eh... est-on obligés ? »

Je sirotais du thé que Laim m’avait apporté en répondant à la question de Linze. Cela commençait à m’énerver au plus haut point... Il vaudrait mieux rester ici.

« Je ne pense pas que ce soit un sujet d’inquiétude. En fait, je crois que nous avons déjà pris des dispositions pour y déménager. »

« Attends, quoi !? »

« Es-tu un vrai crétin ? Si tes fiançailles avec Lucia et Yumina sont bientôt annoncées, alors vivre ici ne fera que donner l’impression que tu privilégies Belfast. »

Oh, c’est juste. Je suppose que l’Empire prendrait ceci plutôt mal, hein ? Mais honnêtement, je ne voyais pas ça comme une grosse affaire. J’avais [Porte], donc ce n’était pas comme si je ne pouvais pas être à aucun endroit en un éclair...

« Nous n’avons pas d’autre choix que de vivre à Brunhild ? Alors quoi ? Vous voulez que je transporte toute la maison là-bas ? »

« Je pense qu’il serait plus intelligent de laisser cette maison comme telle ici. Elle sera une sorte d’ambassade pour Brunhild. »

D’accord, je supposais que c’était la chose la plus logique... Mais ça voulait dire que je devrais construire une toute nouvelle résidence là-bas. Bon sang...

« Dois-je acheter un manoir et le faire transporter à Brunhild ? Oh, attends, on ne peut pas juste utiliser le complexe de logements que j’ai dans le jardin suspendu de Babylone ? »

« Si nous nous donnons la peine de déménager, pourquoi ne pas construire un château ? À toutes fins utiles, Touya, tu es le chef d’État. Ce serait merveilleux si tu pouvais créer quelque chose de plus grandiose qu’un manoir. »

« Ahh, ça a l’air superbe ! Un magnifique château en briques blanches... Oh mon Dieu... »

Lu avait bien réagi à la proposition de Yumina, et elles se mirent aussitôt à bavarder entre elles sur ce concept. Elles s’entendaient vraiment bien. J’avais l’impression que le fait qu’elles étaient toutes les deux du même âge y était pour quelque chose. Sans parler du fait qu’elles avaient grandi dans des circonstances similaires. Pour être honnête, je préférerais qu’elles s’entendent bien plutôt qu’elles s’arrachent les yeux l’une de l’autre, je ne pouvais pas vraiment me plaindre.

« Hm, un château... »

J’avais sorti mon smartphone et je m’étais connecté à Internet, en faisant une recherche d’images pour « château ». En un éclair, plusieurs images de châteaux avaient été projetées par le biais de l’hologramme.

« Touya, qu’est-ce que c’est ? »

« Heh, je suppose qu’on peut le considérer comme un catalogue de château... ou peut-être plus comme un guide illustré. »

J’avais ignoré la question de Linze, puis j’avais fait défiler chaque image au fur et à mesure qu’elles passaient.

« Bonté divine, il y a même des châteaux qui ressemblent à ceux d’Eashen. »

Comme j’avais cherché « château », il était naturel qu’il y en ait quelques-uns de style japonais dans le mélange. Pour être honnête, il y avait une tonne de châteaux, et plus de types que je ne me l’imaginais. Je voulais voir si je pouvais en voir des semblables à Het Steen. Après tout, ce serait un château approprié pour un lanceur de sorts comme moi.

« Ce château est si beau et blanc... »

Le château dont Lu devenait folle était le château de Hluboka, ce grand château de la République tchèque. C’était blanc, et très beau, mais...

« N’est-il pas un peu trop grand ? Nous n’avons pas de personnel ou de militaires en ce moment, donc un tel endroit ne serait qu’un fardeau. »

« Aw… Je suppose que tu as raison. »

« Pour l’instant, commençons par un château relativement petit, que nous pourrons agrandir au besoin, d’accord ? »

Maintenant que j’y pensais, je ne savais pas vraiment comment construire un château.

J’avais pensé que tant que j’avais les matériaux nécessaires, je pourrais certainement construite un édifice solide avec [Modelage].

Je ne pouvais pas garantir qu’il aurait l’air classe... Sans parler du fait que l’intérieur serait selon toute vraisemblance horrible. Je pourrais peut-être utiliser le château de Belfast comme référence mentale, mais j’avais l’impression que tout cela prendrait plus de temps que je l’avais prévu.

« Je suppose qu’on ne trouvera aucun château de libre sur le marché, n’est-ce pas... ? »

« Monsieur, oui monsieur ! J’avais le pressentiment que cela pourrait arriver, monsieur ! »

Avec un cri guerrier et un bruit fort, Rosetta entra furieusement dans la pièce. Merde, ça m’avait fait peur !

« L’heure est venue, monsieur ! Je peux enfin te montrer le vrai potentiel de l’Atelier, monsieur ! »

Elle serra fermement son poing et le souleva jusqu’aux cieux. Elle avait beaucoup trop d’enthousiasme, si vous voulez mon avis.

« L’Atelier ne se contente pas de répliquer des choses, tu vois !? Nous avons aussi un système de remodelage automatisé ! Oui, c’est vrai ! Nous pouvons scanner des objets et les remodeler selon tes goûts, monsieur, oui, monsieur ! »

La respiration de Rosetta était irrégulière, car elle expliquait tout cela d’un seul coup. Un système de remodelage automatisé ? Donc on pouvait manipuler des objets qui avaient été scannés ?

« Dépêchons-nous, au pas de course ! Droite gauche, droite gauche, droite gauche ! À l’atelier ! »

Lu n’avait pas pu contenir sa crainte, car elle voyait l’atelier pour la première fois. Nous nous étions tous dirigés vers le grand cube qui abritait l’installation.

Il y avait de plus petits cubes empilés à divers endroits sur le plancher, et une structure ressemblant à un moniteur avait été construite vers le milieu de la pièce. De la même façon, il y avait une chaise pavée composée de cubes blancs juste devant lui. Rosetta avait posé son derrière sur la chaise et avait posé son doigt sur le moniteur.

« Garde-à-vous ! Je vais bien scanner le château de ce pays, monsieur ! »

Babylone avait été déplacée dans le ciel de Belfast, juste au-dessus du château royal, un peu plus tôt. Naturellement, personne ne l’avait remarqué en raison du champ furtif intégré.

J’étais un peu perplexe devant le fait qu’il n’avait même pas projeté une ombre sur la ville, cependant... Peu importe combien de fois je l’avais regardé, c’était déraisonnable d’y penser. Mais peut-être que c’était logique... Les ombres étaient projetées lorsque la lumière était bloquée par un objet, mais dans ce cas, la lumière circulait bien toujours autour de l’objet... ? J’avais décidé qu’il valait mieux ne pas trop réfléchir à la façon dont la magie et la science fonctionnaient. J’en perdrais tout simplement le sommeil sans raison valable.

Le moniteur montrait une vue aérienne du château de Belfast. Soudain, un feu vert avait recouvert le château pendant une fraction de seconde, tout cela afin que l’écran soit remplacé par un modèle tridimensionnel du bâtiment.

« Scan terminé, monsieur ! Je vais maintenant activer le système automatisé ! As-tu quelque chose en tête ? »

Rosetta se retourna et posa une question.

« Euh... quelque chose de spécifique ? Il n’a pas besoin d’être si grand, alors pourrais-tu commencer par enlever certaines pièces ? »

« Ordre de mission reçu, monsieur ! »

Rosetta s’était précipitée ici et là sur l’écran, coupant et découpant diverses pièces sur le modèle 3D. Je me demandais s’il y avait un système d’apprentissage intelligent qui sélectionnait automatiquement les changements par rapport aux coupes et aux ajustements.

« Oh, cette tour de rempart n’a pas de sens non plus. Tu devrais t’en débarrasser. J’aimerais aussi que la cour soit un peu plus large. »

Comme pour répondre à mes caprices, le château se transforma à nouveau. Je pourrais certainement m’habituer à ce genre de fonction de remodelage. C’était très utile. Je ne savais pas que l’atelier pouvait aussi être utilisé pour des conceptions et des rénovations aussi complexes. Mais encore une fois, c’était à peu près la même chose que ce que j’avais fait sur mon Brunhild, mais sur une plus grande échelle.

« Est-ce que d’autres personnes souhaiteraient faire des modifications ? »

« Ah, oui... Je préférerais un balcon plus large. »

« Je désire un magnifique dojo, pour pouvoir m’y rendre et m’entraîner. »

« Oh, si cela est possible, alors je voudrais aussi une zone d’entraînement pour le combat sans armes !! »

« Si ce n’est pas trop, j’aimerais qu’une bibliothèque soit installée... »

« J’aimerais un large fossé, et aussi un magnifique pont-levis ! »

Comme chacune faisait ses propres changements, le modèle du château s’était transformé. Il ne ressemblait plus du tout au château de Belfast, qui en était pourtant le modèle. Il était devenu tout à fait unique. Un fossé, une porte, un pont-levis, même de petits bâtiments autour du château le rendaient maintenant distinct.

« Eh bien, monsieur ! Ce n’est pas grave !? »

« Oui, ça me va très bien. Alors, comment vas-tu le rendre réel ? »

« Une affaire dérisoire, monsieur ! Nous nous rendons simplement à l’endroit désiré et nous traçons ces données. J’aplatis le paysage et je commence l’assemblage automatique ! J’estime que cela prendra trois jours, monsieur ! »

J’avais été étonné qu’elle puisse le faire en si peu de temps. L’atelier avait vraiment été un outil extraordinaire. Pourquoi s’arrêter à un château ? Nous pourrions facilement construire une ville ou un hameau en plus.

« Si les matériaux sont facilement disponibles, monsieur ! »

« ... Désolé ? »

Que voulait-elle dire exactement ? Des matériaux pour le château ?

« Tu veux parler des matériaux de base, n’est-ce pas ? Marbre, brique, métal, et ainsi de suite ? »

« Pas seulement ça, monsieur ! Du bois, du verre, du laiton, du fer, des tissus comme du coton et de la soie ! Tous ces matériaux sont nécessaires pour terminer votre château, monsieur ! »

« Je n’ai pas tout ça ! »

En plus, tu sais combien de temps ça me prendra pour rassembler tout ça !? Au final, cela serait exactement le même prix que l’achat d’un château normal. Non cela me coûterait plus cher ! On économiserait peut-être de la main-d’œuvre, mais ce n’était pas comme si c’était une somme considérable au départ !

« Hum... est-ce que les matériaux doivent être neufs ? »

Lu prit soudain la parole, s’adressant nerveusement à Rosetta.

« Non, madame ! De toute façon, les vieux matériaux seront démontés et reconstruits comme s’ils étaient neufs, madame ! Seul un matériau extrêmement décomposé serait totalement inutile ! »

« Si c’est le cas, alors... il y a un château fort abandonné au nord de l’Empire Regulus. Si on faisait des prélèvements, n’aurions-nous pas assez de matériaux pour notre nouveau château ? »

C’était logique pour moi. Si nous utilisions un bâtiment qui était de toute façon un château, nous économiserions massivement sur les besoins matériels. Même si le matériel était en lambeaux, brisé ou usé, il pouvait être recyclé et réutilisé ! Lu était une génie.

Je ne pensais pas non plus que ce serait grave si un vieux fort abandonné était démoli, alors je m’étais décidé à en demander la permission à l’empereur tout de suite. Le plan avait été ainsi adopté.

Lu avait soudainement exprimé son inquiétude, même si c’est elle qui l’avait suggérée en premier lieu.

« En fait, à propos de cette forteresse, peut-être qu’on ne devrait pas... ou ils pourraient être dérangés... »

« Qu’est-ce qui pourrait être dérangé ? »

« Les... Les fantômes... »

Oh voyons... Était-elle sérieuse ? Un château hanté !?

***

Partie 2

L’histoire racontait qu’à une certaine époque un jeune seigneur bienveillant vivait dans un château fortifié au nord de Regulus. Il avait toute la confiance et le soutien de l’empereur, et les gens l’aimaient pour sa nature aimable, sa merveilleuse éthique de travail et ses politiques généreuses.

Mais un jour, tout avait changé. La femme du jeune seigneur était morte. Par la suite, il était devenu solitaire, s’enfermant à l’intérieur de son château. Peu de temps après, d’étranges incidents avaient commencé à se produire dans les environs...

Un par un, des gens avaient disparu. Et un jour, une jeune fille avait été vue emportée par le même seigneur qui s’était enfermé il n’y a pas si longtemps. Les gens du village étaient tous allés au château, voulant des réponses.

Bizarrement, il n’y avait personne pour garder les grandes portes du château. Plus étrange encore, ils trouvèrent le château complètement vide. Pas de domestiques, pas d’hommes d’armes, pas de gardes.

Les gens avaient continué, désespérés de retrouver leurs familles et amis disparus. Ce qu’ils avaient trouvé à la place... c’étaient des cadavres. Des tas de cadavres, des tas de morts, jetés nonchalamment et éparpillés. Le jeune seigneur avait commis les actes les plus ignobles. Il avait fait des recherches sur l’art de la nécromancie, tout cela afin d’obtenir le retour de sa femme bien-aimée dans le monde des vivants. Ceux qui vivaient à l’intérieur du château avaient été abattus comme des agneaux, utilisés pour ses expériences morbides. Et quand ils furent tous tués, le jeune seigneur commença tout simplement à aller chercher du nouveau bétail dans le village voisin.

Les gens, horrifiés, grimpèrent et s’enfuirent en courant du château. Ils s’étaient adressés directement à l’empereur et avaient témoigné. L’armée avait été envoyée, et le jeune seigneur avait été facilement attrapé. Il fut exécuté sans procès.

Mais cela ne s’était pas arrêté là. Peu de temps après, un nouveau seigneur fut nommé au château. Il mourut d’une maladie desséchante. Un autre avait été nommé, mais celui-ci tomba de cheval et se cassa le cou. Le troisième seigneur ? Poignardé à mort par sa femme dans une rage furieuse.

Des rumeurs se répandirent, le jeune seigneur avait laissé derrière lui une malédiction des plus diaboliques. Le quatrième seigneur affecté au territoire refusa de vivre dans le château, et celui-ci se délabra lentement, sans que les habitants n’aient pu s’y installer.

Naturellement, la structure abandonnée attirait la lie de la société. Brigands et bandits s’y étaient logés, y voyant une base parfaite. Mais aucun d’entre eux n’y était resté longtemps. Tous les voleurs capturés n’avaient qu’une chose à dire...

« Un esprit vengeur marche dans ces couloirs... »

« C’est ce château, n’est-ce pas ? »

« Eh bien, cette histoire date d’il y a plus de cent ans. »

Un château maudit... Ce genre de chose pouvait sembler très effrayant la nuit, mais le jour, ce n’était pas vraiment le cas. L’air était pur, et il n’y avait pas un nuage dans le ciel. Au contraire, c’était très agréable.

J’avais amené mon équipe habituelle, plus Lu, au château. Mon trio de monarque, composé de Kohaku, Sango et Kokuyou, était avec nous également. Devant nos yeux se trouvait un vieux château énorme et sinistre. J’avais inconsciemment croisé les bras. Ça donnait l’impression qu’une sorte de monstre allait en sortir.

« On a la permission de l’empereur, non ? »

« Oui, c’est vrai ! Détruisez-le, recyclez-le, reconstruisez-le, nous sommes autorisés à faire ce que nous voulons. »

Ça m’avait l’air bien. J’avais pensé que la meilleure solution serait d’enlever tout ça d’un coup. Le château était un peu plus grand que celui que nous avions conçu à l’atelier, donc il y avait même une chance pour que nous puissions obtenir tout le matériel dont nous avions besoin ici. Même si ce n’était pas assez, j’étais sûr que nous aurions les moyens d’acheter les éléments manquants dont nous aurions besoin.

« D’accord, je dois agrandir un portail sous ce truc pour tout transférer à Brunhild ? »

« Veuillez patienter un instant... On ne devrait pas s’assurer qu’aucun danger ne se trouve à l’intérieur avant de faire ça ? Il est possible que des voleurs, des monstres ou des morts-vivants habitent cet endroit en ce moment. »

« Peut-être même le fantôme, h-heh... »

Elze s’était soudainement interposée suite à la suggestion de Linze. Linze ne croyait certainement pas à cette vieille histoire, mais Elze avait l’air un peu nerveuse...

Quoi qu’il en soit, l’argument mis en avant était valide. Il était probablement important que nous vérifiions au moins l’intérieur avant de déplacer quoi que ce soit de potentiellement dangereux sur ma terre. J’espérais ne pas tomber sur ces slimes bizarres. (NDT Référence au chapitre bonus du tome 2 : le château des slimes)

Nous avions franchi les portes puis nous étions entrés dans le château, nous nous étions dirigés vers le hall d’entrée. L’intérieur était tout aussi sombre et oppressant que l’extérieur, la poussière et les toiles d’araignée étaient partout.

« Très bien, les gars, on se sépare et on cherche des indices. Nous pouvons nous mettre par deux, et que les Bêtes Célestes aillent avec chaque groupe qui n’est pas le mien. De cette façon, nous pourrons rester en contact télépathique au cas où quelque chose tournerait mal. Kohaku, tu vas avec Yumina et Lu, Sango et Kokuyou, vous allez avec Linze et Yae. Elze peut venir avec moi. »

« Quoi ? C’est bon... ? Alors, allons par là, Hahahah... ! »

Elze prit la parole bruyamment et effectua une marche rapide vers l’intérieur. Elle s’était brusquement arrêtée une fois qu’elle était allée assez loin puis elle se retourna pour me crier dessus.

« H-Hey, Touya ! Vas-y, elle est déjà loin ! »

Linze sourit soudainement tout en lâchant un petit rire. Je me demandais si elle savait qu’Elze finirait comme ça. J’avais marché vivement pour rattraper mon adorable partenaire, puis j’avais commencé à marcher à ses côtés. Les autres groupes s’étaient tous dispersés dans leurs directions respectives.

J’avais regardé à l’extérieur, j’avais vu une accumulation de nuages. C’était étrange, il faisait beau tout à l’heure, non ?

« Alors, Elze. Tu es du genre à avoir peur des fantômes, hein ? »

« Hein !? Attends, qu’est-ce que tu dis !? Des fantômes, où ça !? Les fantômes n’existent pas... »

« Alors c’est quoi ce truc blanc derrière toi ? »

« Eeeek !! »

Elze avait crié fortement tout en s’accrochant à moi.

Oh, aïe ! C’était censé faire du bien, ne me serre pas comme ça ! Cela ressemblait étrangement à un câlin fait par un putain d’ours !

« Désolé... c’était... le rideau... Je ne peux pas... respirer... »

« Le rideau ? »

Elze se retourna pour voir un vieux rideau légèrement jauni qui soufflait maintenant légèrement dans la brise. Après s’être assurée que ce n’était pas un fantôme, elle m’avait relâché.

Bon sang, j’avais vraiment cru qu’elle allait me briser la colonne vertébrale.

« Bien sûr que c’était juste un rideau... »

Une expression de soulagement était venue sur Elze alors qu’elle plaçait une main sur sa poitrine.

« Alors tu ne te sens pas bien avec eux, hein ? »

« Argh... »

Elze se tourna vers moi, ses joues étaient d’un pourpre brillant. Sa bouche s’ouvrait et se fermait comme un poisson. Honnêtement, je pensais qu’elle essayait de trouver une excuse.

« Il n’y a pas de honte à avoir peur, tout le monde à une ou deux phobies ! »

« Eh bien, je suppose que c’est le cas... Je ne m’attendais pas à ce que tu dises quelque chose comme ça. »

« C’est juste qu’on ne peut pas les frapper, alors c’est tout simplement pénible à affronter... »

Elze fronça les sourcils et me tourna le dos. Son visage était de toute façon encore rouge. Cette raison me semblait plutôt faible. Je ne pensais pas qu’Elze avait un problème avec les squelettes ou les zombies, donc les fantômes n’auraient pas dû lui faire si peur.

J’avais attrapé Elze par la main.

« Arhh ! »

« Tu n’as pas besoin de faire semblant avec moi. Si tu as peur, prends ma main. »

« ... O-Ok... »

Elze hocha la tête, juste un petit peu. Les mains jointes, nous avions commencé à chercher des choses suspectes. Nous avions commencé à jeter un coup d’œil dans les pièces pour confirmer s’il y avait quelqu’un autour de nous.

Comme on pouvait s’y attendre, le château était remarquablement grand, mais il était également couvert de poussière, ce qui montrait qu’il était largement inutilisé. Pour qu’il y ait une telle accumulation de poussière et de toiles d’araignées... on voyait bien qu’il n’y avait plus personne qui y vivait depuis longtemps. Juste au moment où je tombais dans cette confortable ligne de pensée, quelque chose bougea dans le coin d’une pièce que nous vérifiions.

« A-Agh ! »

Elze avait paniqué et avait plaqué tout son corps contre mon bras. Deux objets doux et ronds étaient aussi serrés contre mon bras.

Cela me convenait parfaitement.

Le porteur de ma bonne fortune, en l’occurrence un rat, s’était précipité dans un coin et avait quitté la pièce.

« C’était un rat... »

« Tu n’as pas peur des rats, n’est-ce pas ? »

Normalement, on s’attendrait à ce que les filles aient peur de choses comme les souris, les rats et les cafards, mais les filles de ce monde étaient très dures. Je ne pensais pas que ça l’ébranlerait autant.

« Va-t-on vérifier le deuxième étage ? »

En montant les escaliers, j’avais remarqué un portrait massif accroché en haut du palier. Il s’agissait d’une femme assez jeune, vêtue d’une jolie robe verte. Elle était assise dans une chaise plutôt luxueuse et regardait dehors avec un sourire.

C’était la femme du dernier seigneur qui avait vécu ici ? Elle était vraiment très belle. Et ils étaient aussi assez gros...

« Qu’est-ce que tu regardes ? »

« Hein !? Rien ! Rien du tout ! »

Elze m’avait surpris. Alors tout ce que j’avais pu faire, c’était de détourner le regard. Elle ne perdrait certainement pas contre Yumina ou Lu en ce qui concernait la taille de la poitrine, mais peut-être s’inquiétait-elle d’en avoir un peu moins que sa sœur. Ce n’était pas comme si je m’en souciais, mais c’était probablement ce qu’elle ressentait.

***

Partie 3

Tenant toujours la main d’Elze, nous nous étions dirigés vers le deuxième étage. J’avais regardé de nouveau à l’extérieur d’une fenêtre voisine et j’avais remarqué que les nuages devenaient de plus en plus sombres et intenses. Le ciel était pourtant si clair tout à l’heure que ça n’avait aucun sens pour moi.

{Kohaku, Sango, Kokuyou. Au rapport ! Que se passe-t-il de votre côté ?}

{Rien à signaler, mon maître. Pas même une souris.}

{Il n’y a rien à signaler ici non plus.}

{Il n’y avait qu’un rat ici, un peu ennuyeux si tu veux mon avis.}

Il semblerait que rien ne se passait nulle part.

S’il était vrai qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce que six personnes fouillent chaque pièce de la maison en si peu de temps, des voleurs ou des brigands se seraient certainement déjà fait connaître. Sans parler du fait que les pièces où nous nous trouvions jusqu’à présent étaient clairement abandonnées depuis longtemps. Chaque recoin de l’endroit était couvert de poussière. Nous avions même laissé des empreintes de pas à certains endroits. Si un animal, un monstre ou une personne avait été ici, ils auraient sûrement laissé une trace.

« Hum, après tout, cela ne pourrait-il être que des rumeurs ? »

« Oui, comme je le pensais... il n’y a aucune chance que des fantômes existent, n’est-ce pas ? »

« Il y avait probablement des esprits dans ce monde, comme les revenants, les fantômes et les spectres, alors je supposais qu’on pouvait considérer que les monstres présents ici étaient des fantômes. En fait, pas plus tard qu’hier, Linze était — . »

« Augh ! Tais-toi, tais-toi ! Je ne veux pas t’entendre, je ne t’entends pas ! »

Elze mit ses doigts dans ses oreilles pour essayer de ne pas entendre mes paroles. Comme c’était puéril de sa part.

Des monstres comme les revenants et les fantômes étaient bien connus dans ce monde, mais il n’y avait aucune preuve qui les reliait réellement aux âmes des défunts. Cela dit, je pensais qu’il avait été prouvé que les zombies et autres monstres morts-vivants étaient encore liés à des êtres vivants.

Hm... ? Oh, il pleut.

J’avais jeté un coup d’œil à l’extérieur, et j’avais remarqué de grosses gouttes de pluie qui tombaient du ciel. J’espérais que le toit ne fuirait pas ou quoi que ce soit d’autre, mais étant donné que le bâtiment avait plus de cent ans, c’était une certitude.

Elze s’accrochait à mon bras de plus en plus fermement, je pénétrais plus profondément dans le château. Il faisait beaucoup plus sombre qu’à l’entrée.

Peu de temps après, nous étions arrivés au bout du couloir, devant une grande porte double. Je me demandais si c’était la porte menant à la chambre du seigneur. J’avais tourné la poignée. Elle grinça lentement tout en faisant un bruit effrayant, la porte s’ouvrit.

La pièce était immense et le plafond était très haut. Un beau lustre avait sûrement été placé là-haut une fois dans le passé, mais maintenant c’était un tas de verre brisé et dispersé sur le sol. Les parties métalliques avaient dû certainement rouiller.

Il y avait une vieille commode usée près d’une cheminée en ruines qui était surmontée d’une rangée de vases. Dans le coin de la pièce se trouvait une vieille armure rouillée qui donnait une impression inhabituelle à la situation dans son ensemble.

« Quelque chose ne va pas dans cet endroit... »

Elze se blottissait de plus en plus sur moi. Elle avait l’air audacieuse pour une fille si effrayée.

Il y avait aussi un portrait sur le mur de cette pièce. Celui-ci représentait un homme d’allure robuste en tenue militaire, arborant une belle barbe. À côté de lui se trouvait une femme à l’allure assez simple, vêtue d’une robe simple.

Était-ce le seigneur qui avait tué tous ses serviteurs ? Attendez, ça ne pouvait pas être cela. La propriété de ce château avait changé de mains trois fois après sa mort. Alors, est-ce que ça faisait de lui le dernier habitant du château, hein... ?

Soudain, j’avais eu des frissons dans le dos. Quelque chose n’allait pas du tout.

Attendez, mais... ce n’était pas possible. Si la femme dans ce portrait était la dernière épouse du seigneur, alors... pourquoi n’étaient-ils pas aussi gros ?

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« La personne sur ce portrait... elle n’est pas la même que celle dans le portrait de tout à l’heure, n’est-ce pas ? »

« Oh ! Peut-être que tu as raison... »

Juste au moment où je me retournais pour regarder de plus près le portrait, la porte grande ouverte que nous avions franchie pour entrer dans la pièce s’était refermée, elle avait été claquée avec éclat.

« E-E-Eeeek !? »

Elze avait crié et m’avait serré encore plus fort.

Ow, ow, ow, ow !! N’étais-tu pas en train de lancer [Renforcement], femme !?

« Était-ce le vent ? »

« Le vent ? »

Cet endroit était en train de s’écrouler, donc je ne serais pas surpris s’il y avait un mur avec un trou laissant passer le vent quelque part... Attendez, qu’est-ce que c’était ? J’avais redressé les oreilles et j’avais soudain entendu un léger cliquetis.

Encore un rat ? Non, ça ressemblait plus à... un vase qui tremble ? L’un des vases au sommet de la commode tremblait et tournait comme un fou.

Soudain, il s’était arrêté de tourner et s’était jeté sur nous.

« Gah ! »

J’avais sauté hors du chemin, traînant Elze avec moi. Le vase s’était brisé sur le mur derrière où nous nous tenions.

C’était quoi ce bordel !? Cela ne ressemblait-il pas à un stéréotype de film d’horreur !?

Un autre vase avait sauté vers nous de la même façon. Je l’avais cassé en plein vol avec mon Brunhild. Juste après, un vieux stylo à encre et une paire de ciseaux posés sur un bureau nous fonçaient dessus, puis des livres étaient sortis des étagères.

Je les avais tous abattus avec une relative facilité. Elze n’était pas du tout utile dans cette situation. Juste au moment où je pensais qu’il n’y plus aucun projectile à lancer, j’avais entendu un grincement venant du coin de la pièce. La vieille armure rouillée avait dégainé son épée, puis avait commencé à tituber vers nous.

« H, Hé maintenant... »

Devant la fenêtre, la foudre s’était écrasée et le tonnerre avait grondé. De fortes pluies avaient continué à tomber brutalement.

L’armure marcha tout en frappant, se frayant lentement un chemin vers moi.

« Votre force, Lumière ! Lance scintillante : [Javelot brillant] ! »

La lance de lumière s’empalait sur l’armure, et passa même à travers le mur derrière elle. L’armure elle-même avait été réduite à des morceaux de métal tordu.

« O misérables démons qui osent envahir mon château... Je vais vous tuer... vous tuer tous... ! C’est le châtiment divin... Partez maintenant, c’est votre dernière chance... »

Une voix désincarnée résonnait dans la pièce. J’avais été surtout surpris par le fait que cela nous donnait une chance de partir. Je m’attendais à ce que ce soit plus déraisonnable, pour être honnête.

« Donc vous dites que si on part, vous ne nous ferez rien de mal ? »

« C’est vrai... il ne se passera rien si vous partez. »

« Alors je refuse. »

Sur ce, j’avais tiré d’autres lances de lumière dans un mur voisin. Un énorme trou s’était ouvert, exposant la pluie battante à l’extérieur.

{Kohaku, Sango, Kokuyou. Dites à tout le monde de sortir et de se mettre à l’abri. Je vais combattre le fantôme seul ici.}

{Très bien. Laissez-nous nous occuper de la sécurité de ces dames.}

{Bien sûr, chéri.}

J’avais tiré une autre lance de lumière en envoyant mon message télépathique. J’avais fait irruption dans la chambre d’à côté. Le pilier principal était encore intact, je n’avais donc pas encore à m’inquiéter de l’effondrement du toit.

« Vous, qu’est-ce que vous croyez faire ? »

« Je suis en train de saccager l’endroit. Tout s’effondre de toute façon, donc peu importe comment je le fais ! »

« Attendez, vous voulez dire... vous allez détruire le château !? Euh, arrêtez ça tout de suite, mortel ! La malédiction vous coûtera la vie ! »

Quelque chose ne tournait pas rond. Je n’avais ressenti aucune sorte de pression ou d’intensité de la part de ce soi-disant esprit malin.

« Hé, fantôme... Es-tu vraiment un fantôme ? »

« *Toux, toux * ! C’est... C’est exact ! Je suis un méchant fantôme, lié à ce château par le destin ! »

Ce truc venait de tousser. Pourquoi un fantôme tousserait-il ?

« Si tu es lié à ce château, alors tu disparaîtras avec lui ! »

« C’est vrai, euh... Attendez, non ! Ça ne l’est pas ! Même si vous détruisez cet endroit, je vivrai et vous hanterai pour toujours. »

Tu ne m’impressionnes plus vraiment, faux-fantôme. Même Elze, qui était complètement terrifiée, regardait droit devant avec une expression vide.

« Salut, fantôme. Qui es-tu, alors ? Si tu m’expliques ce qui se passe, j’écouterai. Mais voici mon dernier avertissement, si tu ne m’expliques rien, je transformerai cet endroit en ruines. »

« ... »

Le fantôme n’avait pas répondu. Je n’avais aucune idée de qui il était, mais il était bien dans ce château. Avec cela à l’esprit, j’avais pensé qu’il pourrait être prêt pour une discussion raisonnable.

« Très bien, si tu n’as rien à dire, je vais détruire cet endroit. »

« Agh !! Attendez, s’il vous plaît ! J’ai compris, j’ai compris ! Je vous expliquerai tout très clairement, retournez au palier. »

« Le palier ? »

Nous quittâmes la chambre du seigneur, maintenant extrêmement délabrée, pour retourner à l’escalier. Comme avant, le portrait de la femme en vert était là. J’avais regardé l’image de la femme qui se tenait debout avec une chaise derrière elle.

Comme je le pensais, ils étaient vraiment gros... Ce portrait n’était donc pas un portrait de la dernière femme du seigneur.

« Attendez une minute... »

« Quelque chose ne va pas ? »

Ce portrait... cela ne pouvait pas être la femme du premier seigneur qui avait vécu ici, n’est-ce pas ? Cet endroit avait déjà changé de mains trois fois et je n’aurais certainement pas mis une photo de la femme d’un fou mort dans mon couloir.

Et attendez, la femme de ce portrait n’était-elle pas assise tout à l’heure !? Pourquoi était-elle debout maintenant !?

« Agh, attends... »

« Quoi ? Quoi !? Comment ça... T-Touya, quelqu’un sort du tableau ! C’est un fantôme ! »

Elze s’était encore une fois accrochée à moi, protégeant sa chère vie. Elle n’était plus douce, délicate et enjouée. Cela me causait une douleur extrême, alors je voulais qu’elle arrête !

***

Partie 4

« Je ne suis pas un fantôme. Je suis un être magique. Le cadre du portrait est mon vrai corps, et cette forme n’est qu’une projection de ma volonté. »

Un être magique ? Donc c’était une créature faite avec quelque chose comme de la magie ? Elle voulait dire que c’était peut-être identique à un homoncule ou un golem ? Mais pourquoi de toutes les choses existantes fallait-il que ce soit un cadre d’image ?

« Je vois... De toute évidence, quelque chose comme ça pouvait te faire confondre avec un fantôme. Pourquoi as-tu essayé de nous chasser ? »

« C’est parce que des voleurs et des bandits venaient ici, et qu’ils mettaient le bordel. Mon vrai corps est ce cadre, donc s’il devait être endommagé ou détruit, alors je pourrais mourir ! »

Hm, je m’en rappelais, j’avais entendu dire que des voleurs et des bandits avaient plusieurs fois fait de cet endroit leur repère... Elle les avait chassés ou quoi ?

« Alors c’est toi qui as tué chaque nouveau seigneur qui a emménagé ? »

« N-Non, c’est un malentendu ! Je n’ai tué personne, vous entendez !? Le premier seigneur a eu une terrible maladie et est mort dans la nuit. Le deuxième seigneur est tombé de son cheval et est mort d’un accident tragique ! Le troisième seigneur s’est vraiment disputé avec sa femme tarée, et elle l’a poignardé ! C’est vrai ! »

Tandis qu’elle parlait, elle pointait Elze du doigt avec un flair dramatique. Elze avait soudain hurlé tout en faisant quelques pas en arrière.

Les seigneurs féodaux assassinés n’avaient donc pas été assassinés par un fantôme... En fait, ils n’avaient même pas du tout été assassinés !

« Après ça, personne n’est venu ici pendant longtemps. Parfois, des voyous venaient à l’intérieur et commençaient à saccager l’endroit juste pour s’amuser. C’est alors que j’ai commencé à m’inquiéter des dommages causés à mon précieux cadre... »

« Alors tu as revêtu l’apparence d’un esprit vengeur pour protéger ta propre vie. »

La femme du cadre hocha la tête et fit un petit salut.

« Qui a créé quelque chose comme toi ? »

« Un brillant docteur d’une civilisation morte depuis longtemps. C’était une vrai génie, mais certainement un peu décalée et excentrique. »

« ... Attends un peu. »

Docteur, femme, excentrique, et génie... ? Quand tous ces mots-clés s’alignaient, je ne pouvais qu’imaginer le sourire suffisant d’un certain individu...

« ... Quel était le nom de ce docteur ? »

« Docteur Regina Babylon ! »

« Cette salope ! »

Je supposais que le mot salope n’était pas vraiment approprié, mais pourquoi encore elle !? Pourquoi est-ce qu’elle continuait à causer des ennuis, et pourquoi ces ennuis me tombaient toujours dessus !? Qu’est-ce que c’était que cette sorcellerie !? J’en avais assez, bon sang ! Argh...

J’avais décidé qu’il n’était pas sage de paniquer, alors je m’étais calmé et j’avais décidé d’aborder la situation de façon sensée.

« Alors, tu es un artefact que le docteur Babylon a créé, mais pourquoi es-tu ici ? »

« Uhmm, eh bien... pendant très longtemps, j’avais flotté dans le stockage dans le ciel, mais l’administratrice là-haut était super maladroite, et il y a environ trois cents ans elle avait complètement cassé une partie du mur du stockage ! Donc, par accident, moi et quelques autres objets intéressants étions tombés jusqu’au sol. Heureusement, nous étions à basse altitude, j’étais donc tombée sur une montagne enneigée, alors je m’en suis sorti intacte. »

« Attends... parles-tu bien de l’Entrepôt de Babylone !? »

« Oh mon Dieu, tu le savais ? »

J’avais l’impression que beaucoup d’événements anciens se répétaient.

D’abord ce foutu bijou que possédait Kansukay, puis le combo bracelet bloqueur et bracelet draineur que possédait le Général Bazoar, et maintenant ça. Le coupable devait être cette gynoïde administrative qui dirigeait cet endroit. Je vais devoir la trouver et rendre justice.

« Je ne suis qu’un cadre, donc ce n’est pas comme si je pouvais faire grand-chose. J’ai attendu qu’un randonneur me trouve, et de là, j’ai été traitée comme une antiquité. J’ai juste suivi le mouvement, vous voyez ? Pour une raison quelconque, une fois que ce vieux seigneur a mis un portrait de sa femme morte dans mon cadre, j’avais acquis la capacité d’utiliser la magie ! Alors je me promenais en pleine nuit, mais petit à petit ce type devenait complètement fou... »

Oh non... N’importe qui deviendrait fou s’il voyait sa défunte femme se promener tous les soirs, n’est-ce pas ?

« Alors finalement, il commença à faire des recherches sur des trucs vraiment bizarres. Et juste au moment où je pensais profiter d’un peu de paix et de tranquillité, l’armée royale était arrivée et l’avait tué ! Après ça, un nouveau seigneur avait emménagé. Je voulais voir quel genre de personne il était, alors je suis allé dans sa chambre au milieu de la nuit. Quand il m’a vu, il s’est soudainement arrêté de bouger et en est mort ! Puis, le seigneur suivant m’a vu alors qu’il montait son cheval. Dès qu’il l’a fait, il a perdu le contrôle et est tombé !! Le seigneur qui est venu après, et bien, sa femme devait être folle. Elle a couru partout en criant qu’il était infidèle, et qu’il cachait une autre femme dans leur maison ! Puis elle l’a poignardé ! »

« Mais ça voulait dire — »

« Elze, ne fais pas ça. »

J’avais coupé la parole à Elze, qui essayait de dire l’évidence. Cette personne dans le cadre était clairement la source de tout et elle ne s’en rendait même pas compte.

Le premier seigneur était devenu fou devant le supposé fantôme de sa défunte femme errant dans ses couloirs. Le second était clairement tombé en état de choc ou avait eu une crise cardiaque lorsqu’il pensait qu’un esprit s’approchait de sa personne frêle et malade. Le troisième avait manifestement paniqué sur son cheval après l’avoir vue et en avait perdu le contrôle. Et la femme du dernier seigneur ici présent avait dû confondre la femme du cadre avec l’amante secrète de son mari.

C’était très désagréable.

« Quelque chose ne va pas ? »

« Non, pas vraiment... Mais maintenant au moins nous connaissons tout de l’histoire, je peux donc ainsi démolir le château sans aucun souci. »

« Attendez, quoi !? Comment pouvez-vous être si méchant ? »

« Au moins, écoute-moi d’abord. Je t’offre un autre logement. Si tu viens avec nous, tu pourras vivre librement et ne pas avoir à t’inquiéter d’être saccagé. Qu’en dis-tu ? »

« Oh, vraiment ? C’est vrai !? J’en serais ravie ! »

Sur ce, les négociations étaient terminées. Je l’avais fait revenir dans la peinture, puis j’avais détaché le cadre du mur. Ce faisant, quelque chose avait frappé ma curiosité, je m’étais demandé pourquoi tous les autres seigneurs avaient gardé le tableau de la femme du premier seigneur. Typiquement, on s’attendrait à ce qu’une peinture comme celle-ci soit enlevée pendant le processus de redécoration.

« Ils voulaient plusieurs fois me jeter dehors, mais il s’avérait que le type qui avait peint ce truc était vraiment célèbre, alors ils l’avaient gardé pour ça ! »

Eh bien, c’était logique. L’œuvre d’art elle-même avait donc une grande valeur. Je me demandais si je ne devais pas enlever la peinture et la vendre. De toute façon, ce n’était pas comme si je voulais garder le portrait de la femme d’un seigneur mort depuis longtemps. Je pourrais mettre une autre peinture dans le cadre et la personne qui vivait dans le cadre se porterait probablement bien.

Nous étions retournés à l’entrée, nous avions retrouvé les autres. Je leur avais expliqué en gros les circonstances et leur avait fait connaître la vérité derrière l’histoire du fantôme. Vestige de l’ancienne civilisation ou pas, cela m’avait causé beaucoup de problèmes. Pourtant, c’était à peine quelque chose que je pouvais changer à ce stade.

Maintenant que le problème avait été réglé, j’avais ouvert un portail et j’avais aspiré tout le château jusqu’à Brunhild. Comme on pouvait s’y attendre, j’étais un peu nerveux à l’idée de déplacer quelque chose d’aussi massif pour la première fois, mais tout s’était très bien passé.

Après cela, j’étais allé à l’atelier et j’avais parlé avec Rosetta. Selon elle, nous n’avions toujours pas assez de matériel. Cependant, il n’en manquait que très peu, juste du bois, du verre et du tissu. Je n’avais pas d’autre choix que d’en assumer moi-même le coût. Le verre serait assez facile à acquérir à partir d’anciennes structures, mais le tissu devra probablement être acheté neuf. Il semblerait que vous ne pouviez recycler et réutiliser le tissu que jusqu’à un certain point.

« D’accord, monsieur ! Apportez le matériel pertinent à l’atelier chaque fois que vous le pouvez ! Ils y seront automatiquement transportés et ajoutés au site de construction sur la base de mes données de projection, monsieur ! Ah, une question, monsieur ! Où devra se trouver le château ? »

J’avais indiqué sur la carte de mon territoire l’endroit où il devrait se trouver. C’était tout à fait naturel, Brunhild ayant un terrain assez plat, il serait donc facile de le déplacer et de pouvoir faire plus tard des travaux d’expansions.

À mon avis, c’était très raisonnable de positionner le château en son milieu. Après tout, nous n’avions pas d’autres plans de construction à l’époque. Si ça causait un problème, je pourrais déplacer le château à nouveau en utilisant une [Porte].

Il faudra trois jours pour terminer la construction du château, je devrais donc me mettre au travail pour trouver les matériaux restants...

***

Partie 5

« Ça n’a vraiment pris que trois jours... »

« Oui monsieur ! C’est le pouvoir de mon atelier, monsieur ! »

Rosetta avait fièrement gonflé sa poitrine. Ce n’était pas comme s’il y avait vraiment quelque chose à exhiber.

J’avais regardé le moniteur dans l’atelier. Il exposait mon tout nouveau château blanc. Bien qu’il soit d’assez petite taille, il était quand même beaucoup plus grand que mon manoir à Belfast.

Apparemment, les tissus et les chiffons usés ne pouvaient pas retrouver leur intégrité même si nous les recyclions, alors j’avais fini par acheter la plupart de ces produits tout neufs. J’aurais pu aller récolter des cocons de vers à soie, mais c’était plus simple de tout acheter. Faire des trucs à partir de matières premières, c’était de toute façon chiant. Je préférais dépenser de l’argent plutôt que du temps et des efforts.

Cela dit, j’avais coupé beaucoup de chêne et de hinoki pour le bois. C’était plus rapide et plus facile que de l’acheter.

Ainsi, avec un peu d’huile de coude, le château fut finalement construit.

Nous avions descendu le pont-levis au-dessus de nos vastes douves et nous avions avancé vers les murs intérieurs. L’eau des douves était limpide et provenait d’une rivière voisine. Le purificateur d’eau était semblable à celui utilisé dans le jardin suspendu de Babylone.

Il était également possible de manipuler l’écoulement de l’eau en utilisant des vannes situées en amont et en aval. Ce serait pratique en cas d’inondations soudaines ou de fortes pluies.

Nous avions franchi les murs du château, par la porte robuste. Nous avions pris le temps d’admirer les bâtiments défensifs de la zone. Il y avait un poste pour les gardes, ainsi que des tours bien construites pour les hommes à l’intérieur. Il y avait aussi un sentier qui menait à un terrain d’entraînement entièrement équipé à l’arrière.

Nous avions continué vers un bel escalier en marbre qui donnait sur un magnifique jardin avec une fontaine d’eau à son milieu.

Nous avions traversé le jardin jusqu’à ce que nous traversions enfin les doubles portes de l’intérieur du château. Nous avions ouvert les grandes portes puis nous étions entrés. Ce qui nous y attendait, c’était un magnifique couloir avec un plafond haut. Un beau lustre était suspendu au milieu de la pièce, juste au-dessus d’un vaste escalier.

L’escalier se divisait en deux parties, l’une à droite et l’autre à gauche, menant à deux autres entrées. Les escaliers étaient également recouverts d’un beau tapis rouge.

Cet escalier aux courbes douces me rappelait vraiment le château royal de Belfast. Mais ça n’aurait pas dû être surprenant vu qu’il avait servi comme base à la construction de ce château.

« Ah, c’est merveilleux. Il y a quelque chose de calme dans cet endroit. »

Yumina semblait ressentir la même chose. C’était probablement parce que l’endroit était basé sur le lieu où elle s’était sentie chez elle presque toute sa vie.

Nous étions montés au deuxième étage et nous arrivâmes devant une énorme porte qui donnait sur une vaste pièce. Il y avait une immense lucarne au plafond, qui semblait concentrer la lumière en un seul rayon sur une chaise surélevée d’une extrême beauté. Était-ce la salle d’audience royale ?

« N’est-ce pas un peu trop extravagant ? »

Qui était censé s’asseoir là, moi ?

« C’est sûrement la salle où tu recevras les visiteurs d’autres nations et ainsi de suite. Si ce n’est pas un peu voyant, on pourrait te mépriser. La magnificence de mon cher Touya doit resplendir à tout moment ! »

Je pouvais comprendre ce que Lu voulait dire, mais je trouvais ça gênant. Après m’avoir autant forcé la main, tout le monde m’avait finalement convaincu de m’asseoir sur le trône. Je me sentais extrêmement mal à l’aise. Mais tout le monde avait dit des trucs comme « Wôw ! » et « Incroyable ! » sans tenir compte de mes sentiments.

Qui allait envoyer des représentants dans un pays où il n’y avait rien ? Nous n’avions pas de vassaux non plus. Cette pièce allait probablement rester inutilisée pendant un bon moment.

Après avoir quitté cette pièce, tout le monde s’était dispersé pour visiter le château à sa guise. J’avais essayé de regarder autour de moi aussi, mais je n’avais pas pu voir toutes les pièces en une seule fois. Celles que j’avais regardées comprenaient une salle de bal, une salle à manger, une bibliothèque, une salle de musique, une salle d’entraînement et une belle cour.

Cet endroit n’était-il pas un peu grand ? Je pensais que le plan était de le rendre petit et gérable...

Après que tout le monde ait fini de regarder autour de lui, nous nous étions tous rassemblés pour nous détendre dans une grande pièce avec un balcon attaché à l’extérieur.

« C’est certainement spacieux ici. Nettoyer tout ça sera tout un exploit... »

« Non, tout ira bien. Tout le château est enchanté avec [Protection], donc la saleté et l’usure ne l’affecteront pas. Eh bien, je suppose que la poussière va quand même s’accumuler... »

Tandis que je répondais à Yae, j’avais regardé vers le balcon et j’avais vu Yumina et Lu bavarder joyeusement l’une avec l’autre et regarder le paysage. Ah, la jeunesse... C’était un moment si énergique. Attendez, je vais ressembler à un vieil homme.

Lapis, Cécile, Renne et Cesca étaient entrées dans la pièce avec du thé et des gâteaux. Comme d’habitude, Laim suivait consciencieusement derrière elles.

« Ah, monsieur, c’est un magnifique château. Je ne pensais pas servir à nouveau dans un château un an après mon retour au service. »

« Ah, je suis désolé, Laim. Tu as arrêté de travailler dans un château, tu es finalement devenu maître d’hôtel, et puis j’ai fait ça... »

« Ne vous en faites pas, monsieur. Les jeunes d’aujourd’hui ont certainement l’air d’avoir plus de sang chaud. Je suis sûr que les choses deviendront encore plus excitantes au fil des jours. »

Laim laissa échapper un petit rire pendant qu’il parlait. S’il n’avait pas peur de travailler à nouveau dans un château, ça ne me dérangerait pas non plus.

« Maître, il y a un jardin ici avec une fontaine, mais j’aimerais l’aménager. »

Cesca avait fait une demande curieuse pendant qu’elle servait mon thé. Elle gérait le jardin flottant de Babylone, il allait donc sans dire que le jardinage était sa spécialité. Julio s’occupait de la cour, alors j’avais décidé de laisser Cesca faire ce qu’elle voulait avec le jardin en général.

« Au fait, où puis-je trouver la salle d’entraînement aux plaisirs coquins ? »

« Assez ! »

Cette fille ne savait vraiment pas quand s’arrêter ! Quand je pris ma tasse à thé, Renne m’apporta une sélection de gâteaux.

Renne devenait peu à peu une servante très compétente. Elle aidait beaucoup plus qu’au début. Parfois, elle faisait des bêtises, mais ce n’était pas grand-chose. Soit dit en passant, il semblerait que Renne était heureuse d’échanger presque tous les jours des lettres avec sa grand-mère vivant dans l’empire. Elle faisait bon usage du miroir portail.

« Hé, monsieur. Ce n’est pas un peu gênant pour nous de vivre ici ? Ce sera difficile pour nous d’aller acheter des trucs, vous savez ? »

Cécile avait parlé avec son ton doux et allongé habituel. Elle n’avait pas tort. Il n’y avait rien d’autre que ce château dans ce pays, donc on ne pouvait pas du tout faire de shopping ici.

« Eh bien, le plan actuel, du moins pour le moment, est de relier le château à notre maison de Belfast par une [Porte]. Ce n’est pas l’idéal, mais ça devrait aider. »

J’avais l’intention de créer une [Porte] spéciale qui ne pourrait être utilisée que par certaines personnes. En combinant [Recherche] et [Porte], il devrait être assez simple de créer un portail qui ne s’ouvrirait que pour certaines personnes. Mieux vaut prévenir que guérir, après tout.

« Je vais demander à Tom et Huck de continuer à être les gardiens du manoir. Comme ça, s’il se passe quelque chose là-bas, ils pourront nous contacter à ce sujet. Quant au garde ici... dois-je convoquer Cerbère et le laisser vivre dans le jardin ? »

« C’est le chien de garde le plus puissant qu’on puisse demander. »

Elze avait gloussé. Le Chien des Enfers était maintenant mon chien de garde. J’étais presque sûr qu’il serait capable de repérer les intrus avec son nez puissant.

Ça devrait être bien d’appeler des hommes-lézards et des loups-garous pour garder le château, non ? Attendez, non... si j’allais si loin, les gens pourraient commencer à penser que c’était une sorte de territoire pour monstre ou quelque chose comme ça...

« Hm... ? Qu’est-ce que c’est... ? C’est un chiot ? Non, attendez, c’est... un ours ? C’est un ours en peluche... ? »

Lu, qui était dehors sur le balcon, s’était soudainement levée. Un ours en peluche ? Ce n’était pas possible...

***

Partie 6

J’avais couru vers le balcon et j’avais déplacé mon regard vers l’endroit où Lu regardait. Effectivement, il y avait un petit ours en peluche qui se promenait à travers les portes du château. Un petit ours en peluche accompagné de sa maîtresse, qui se promenait avec un parasol noir...

« Bonté divine, je détourne mon regard un instant de toi et tu finis par devenir grand-duc... C’est un grand pas en avant, n’est-ce pas ? Je suis surprise. »

Leen buvait du thé et commentait ma situation alors qu’elle s’allongeait sur un canapé. Paula était toute proche, se prosternant et frottant ses pattes l’une contre l’autre dans ma direction. La programmation de cet ours n’avait jamais cessé de m’embrouiller.

« Sans parler du fait que tu as revendiqué la princesse de l’Empire Regulus... Quelle vie insouciante que tu vis maintenant ! »

Le caractère moqueur de sa phrase n’était pas passé inaperçu. Ce n’était pas comme si j’avais revendiqué quelqu’un, j’avais même obtenu une princesse et un pays dans le cadre d’un accord global.

« Je ne vais pas t’ennuyer avec les détails, mais voici le point le plus important. À partir d’aujourd’hui, je vais vivre ici en tant qu’ambassadeur de Mismede. Ouais, ouais, ouais. Ravie d’entrer à votre service, Monsieur le Grand-Duc. »

« Quoi !? Attends une seconde, n’es-tu pas en ce moment ambassadeur à Belfast ? »

« J’ai déjà délégué ce rôle à un autre. Cet endroit est bien plus intéressant. »

Était-ce pour de vrai... ? Ce n’était pas que ça me dérange, mais changer de lieu de travail sur un caprice aussi stupide n’était pas vraiment une bonne chose... Mais si Sa Majesté n’y voyait pas d’inconvénient, ce n’était pas grave.

« J’ai aussi une demande personnelle à te faire. Il y a quelques jeunes qui m’ont demandé s’ils pouvaient travailler ici... Pourrais-tu leur autoriser ? »

« Ils veulent travailler ici... dans ce pays ? »

« C’est exact. Ils veulent servir le Duché de Brunhild. »

H, Hrmph... c’est vrai que nous n’avons pas beaucoup de personnel en ce moment, mais je ne voulais employer personne inutilement. Je ne voulais pas que les choses se compliquent ou que de mauvaises personnes finissent par être employées par moi. Au pire, Yumina avait ses Yeux Mystiques. Je supposais que je pouvais utiliser cela pour voir si quelqu’un avait de mauvaises intentions.

« Eh bien, je ferais aussi bien de les rencontrer. Où sont-ils ? »

« Ils t’attendent à l’extérieur des portes. »

J’avais emmené Yumina et Leen jusqu’au bout de notre pont-levis. Il y avait trois jeunes gens là-bas. J’avais dit des jeunes, mais ce n’était pas comme si j’étais vieux. Ils avaient à peu près mon âge, peut-être étaient-ils plus jeunes. Quand ils m’avaient vu arriver, ils avaient plié le genou tout en baissant la tête avec respect.

Argh, debout ! Ce n’est pas confortable ni pour moi ni pour vous !

Ces trois personnes sont des hommes bêtes... Il y a un garçon lapin, un garçon renard et une louve... Attends une seconde... ce lapin, ne l’aurais-je pas déjà rencontré quelque part... ? Oh, je sais !

« Excuse-moi, tu es bien Lain ? »

« Hahaha... ça fait longtemps, mais je suis content que vous vous souveniez de moi, Seigneur Touya. »

Le petit rouquin m’avait souri.

C’était l’un des subordonnés du loup-garou Garm, de l’excursion à Mismede. Mais attends, dans ce cas, ne devrait-il pas être au service du Royaume de Mismede ?

« J’ai quitté mon emploi dans mon pays, alors je viens vous demander si je peux servir votre nation à la place. »

« Je vois... Mais pourquoi ? Garm avait l’air de t’aimer, alors j’étais sûr que tu allais rester dans cette armée. »

« Seigneur Touya, quand je vous ai vu abattre le Dragon noir, je... J’ai été ému au-delà des mots. Quand j’ai su que vous aviez fondé un pays, j’ai su que je devais venir vous servir ici. J’ai immédiatement demandé vos coordonnées à Madame Leen. »

Wôw, en voilà du dévouement. Je ne méritais pas du tout ce genre de dévotion... Pendant que Lain parlait, la louve à côté de lui avait émis un petit rire.

« Maintenant, Lain, calme-toi un peu. Tu vas faire fuir le Seigneur Touya ! »

« A-Ah... Pardonnez mon ton trop zélé. »

Lain devint rouge comme une betterave et inclina la tête avec honte. La louve aux cheveux argentés me jeta un coup d’œil de biais, inclinant la tête.

« Je m’appelle Norn. Vous avez travaillé avec mon grand frère il y a quelque temps. »

« Votre frère ? »

« Norn est la petite sœur de Garm, Sire Touya. »

Lain m’avait fourni cette brève explication.

Ah, c’était logique.

Le garçon renard était le seul qui restait. Il inclina rapidement la tête. Il avait l’air du genre trop sérieux. D’après son apparence, il avait l’air d’avoir un ou deux ans de plus que moi. C’était plus clair de près. Il était aussi très grand. Ses oreilles de renard couleur blé frémissaient, et sa queue remuait consciencieusement.

« Nikola Strand. Tout le plaisir est pour moi, mon seigneur. »

Il se tenait au garde-à-vous pendant qu’il parlait, sa posture ferme et droite.

S’il te plaît, ne dis pas « mon seigneur »... Je sais que je suis le chef de ce duché, mais apparemment le terme « duc » était un peu plus flexible dans ce monde. Mon titre était différent de celui du Duc Ortlinde. Dans mon cas, je supposais qu’il était équivalent à celui de « roi d’une nation ». Eh bien, il n’y a pas de raison de s’inquiéter pour ces petits détails. Plus important encore...

« Avez-vous dit Strand ? Êtes-vous de la famille d’Olga Strand ? »

« Olga est l’une de mes cousines du côté de mon père. Son père, le célèbre marchand Olba Strand, est mon oncle. »

C’était bien ce que je pensais. Attends, ça ne voulait-il pas dire que tous ces gars avaient un lien personnel avec moi ? Eh bien, je suppose que ce n’était pas déraisonnable. Je venais tout juste de fonder ce pays, donc seules les personnes qui m’étaient proches, même si cela n’avait été qu’occasionnellement, se donneraient la peine de venir travailler pour moi.

« Ces trois-là sont plutôt habiles, ils sont donc plus que capables de protéger ton château. »

Après avoir entendu la recommandation de Leen, j’avais regardé Yumina. Elle me regarda en réponse, ne faisant qu’un petit signe de tête et un sourire silencieux. Il semblerait que ses Yeux Mystiques de l’Intuition n’avaient rien remarqué de mauvais à leur sujet.

« Hm... Eh bien, rien n’est encore définitif. Je n’ai pas non plus d’ordre de chevalier officiel ou d’armée permanente, alors je pense que vos tâches consisteront surtout en de petits boulots pour l’instant. Si ça ne vous dérange toujours pas, je serais ravi de vous avoir ici. »

« Merci de nous recevoir ! »

Tous les trois dirent ces mots à l’unisson. J’avais été heureux de leur réponse.

Maintenant, pour l’instant... où devraient-ils dormir ? Je devrais probablement diviser leurs quartiers par sexe. Je suppose qu’ils pouvaient vivre dans le château pour l’instant... J’avais décidé d’y penser plus tard.

S’ils finissaient par devenir la base d’un ordre de chevalier officiel, alors je finirais probablement par leur donner un bâtiment séparé.

« D’accord, deux hommes et une femme. Ce n’est pas encore assez pour appeler ceci un ordre de Chevalier, mais je suis presque sûr que nous y arriverons un jour... ? »

L’atmosphère autour de Lain s’était alourdie pendant que je parlais. Norn avait souri un peu maladroitement et détourna les yeux, tandis que Nikola regardait le sol comme s’il venait d’entendre quelque chose d’horrible.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Ai-je dit quelque chose de stupide ?

« Espèce de crétin absolu. Ne sais-tu pas que Lain est une fille. »

« ... Quoi ? »

Leen avait soudainement sorti ces mots, et j’avais remarqué que Paula mettait ses pattes sur son propre visage comme pour dire, « Oh mec, qu’est-ce que tu fais ? » La sueur avait commencé à couler de tous mes pores quand j’avais commencé à réaliser mon erreur.

Attends, sérieusement ? J’avais lentement tourné la tête vers Lain, qui semblait maintenant un peu déprimée, les oreilles de lapin montrant des signes de résignation.

Mais... ces cheveux courts... ce beau visage androgyne... Je supposais que cela avait effectivement l’air un peu féminin quand on le regardait d’assez près... Oh, mon dieu, oh non.

« ... C’est une femme. »

« Oh non, je suis désolé ! Vraiment !! »

Je m’étais mis à genoux pour m’excuser. Il était sans précédent pour un souverain de se prosterner devant son subordonné, mais c’était de cette manière qu’avait commencé la vie de mon pays.

***

Bonus Premium : L’écuyer

« Viens, maintenant ! Ne me dis pas que c’est tout ce que tu as ! »

« N, non ! Je peux encore continuer ! »

Bien que ses paroles avaient montré la volonté de continuer, Will ne semblait pas avoir la force de continuer à tenir son épée de bois. Il avait quand même pointé son épée vers le vice-commandant Neil et avait calmé sa respiration.

La situation ne permettait pas d’autres tours de passe-passe. Son seul espoir était de tout donner en un seul coup final.

« YAAAHHHHHH ! »

Après avoir rassemblé son esprit combatif suffisamment pour réchauffer son sang, il avait bondi pour réduire la distance entre lui et Neil. Il semblerait que le bout de son épée atteindrait la poitrine de son adversaire, mais Neil l’avait évitée juste avant l’impact et avait ensuite frappé avec force au niveau du cou de Will.

« GHAH ! »

Naturellement, il avait fait tomber Will par terre. Il n’avait même plus l’énergie pour se tenir debout.

« Cette dernière feinte était très bonne. Bref, c’est tout pour aujourd’hui. »

« Merci... beaucoup ! »

Will le remercia, il était toujours allongé sur le sol et face vers le haut. Neil avait réagi en souriant alors qu’il quittait les lieux d’entraînement.

Le doux flux du vent avait touché sa peau en sueur et l’avait dépouillée de sa chaleur. Le froid était agréable, mais il y avait un risque qu’il tombe malade. Cependant, il était beaucoup trop fatigué pour bouger, et encore moins pour se lever.

« Viens, Lumière ! Souffle de vigueur : [Rafraîchissement]. »

Soudain, Will entendit quelqu’un lancer un sort, après quoi son corps fut submergé par la lumière. L’éclat avait fait disparaître le poids pesant de son corps, presque comme s’il n’avait jamais été là. Il s’était ensuite levé, avait regardé autour de lui et avait vu un garçon lever légèrement la main vers lui tout en s’appuyant sur la clôture en bordure du terrain d’entraînement.

« Tu travailles dur, hein, Will ? »

« Monsieur... Non, Duc... »

« Le fait que tu m’as appelé montre que quelque chose ne tourne pas rond. »

Le garçon en manteau blanc qui l’avait précédé était le héros qui était récemment devenu le chef d’un petit pays. En plus de cela, il était aussi un aventurier de rang Argent. Comme il était le fiancé de la princesse de ce pays, Belfast, Will l’avait déjà rencontré plusieurs fois dans le château.

« Tu es vraiment fort maintenant. »

« Non, j’ai encore un long chemin à parcourir... En fait, je passe la plus grande partie de mon temps récemment à penser uniquement à comment devenir plus fort... »

Les paroles de Will firent croiser les bras du jeune homme en manteau, il avait réfléchi à quelque chose avant de faire un commentaire.

« Dans ce cas, pourquoi ne pas faire un mouvement spécial ? »

« Un mouvement spécial ? »

« Prends une compétence dans laquelle tu es bon et améliore-la au point d’être inégalé lorsque tu l’utiliseras. En y réfléchissant, ce conseil est assez vague, n’est-ce pas ? Certains sont très rapides, d’autres sont bons en défense, et d’autres encore sont bons dans les manœuvres, ce genre de choses. Tu devras trouver quelque chose qui te convient. »

En effet, les membres les plus forts de l’ordre avaient tous leurs spécialités. Il s’agissait de savoir si cela pouvait être qualifié de « mouvement spécial », mais Will comprenait ce que le garçon voulait dire.

Après son départ, Will avait un peu réfléchi avant de décider de réessayer la dernière fente qu’il avait tentée pour toucher le vice-commandant Neil. Bien qu’il avait échoué, il avait eu l’impression que cela aurait pu être son propre coup spécial s’il s’était donné à fond. Il s’imaginait sauter vers son adversaire plus vite que n’importe qui et pousser son épée tout aussi rapidement.

Certaines rumeurs disaient que cette rencontre et ses techniques d’entraînement avaient permis à Belfast de gagner le fier et puissant chevalier qui allait être connu sous le nom de « Will l’éclair ».

***

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6 commentaires

  1. Il aurait en gardé un conscient pour savoir qui a mis un contrat sur sa tête.

  2. J’espère que le marquis et son fils vont se faire exécuter, en même temps vus les crimes, se serait surprenant qu’ils s’en sortent avec la vie sauve.

  3. J'adore ce que Touya dit au fils, il a vraiment la haine là ?

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