Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 13

***

Interlude : Préparation du festival

Partie 1

« … C’est un peu tardif, mais j’organise un tournoi de shogi ! »

« … Je suis d’accord, le délai est court. »

J’étais de retour dans la ville de Reflet. Plus précisément à l’auberge de la Lune d’Argent. Je parlais à un homme plus âgé, avec des cheveux roux et une barbe pleine. C’était Dolan, le père de Micah.

« Alors tu veux nous inviter à participer, hein ? »

« Eh bien, oui. Ce n’est pas comme si tu avais des avantages dans le concours, ça veut juste dire que tu peux sauter les inscriptions. »

J’avais recruté Dolan, mais aussi Barral du magasin d’armes des Huits Ours, et Simon du magasin général. Ils jouaient au shogi depuis le moment où je l’avais introduit dans ce monde, ils étaient donc plus susceptibles d’être meilleurs que moi.

« Alors, vas-tu participer ? »

« Bien sûr que je vais jouer. On va montrer à tout le monde que Reflet est l’endroit où le shogi a commencé, et où il est le mieux joué. »

Oh, c’est vrai. J’avais complètement oublié qu’ils avaient décidé de faire ça.

« Alors, mon garçon. Combien de personnes jouent ? »

« Euh… On n’a pas encore décidé. On en a invité quelques-uns, et chaque personne choisie fait partie du gratin. Toi et les autres participerez à partir du deuxième jour, vous n’aurez donc pas à venir avant la fin du premier jour. »

« Oh maintenant… On ne peut pas se permettre de manquer la possibilité de regarder les gens qu’on risque de rencontrer ! Nous viendrons pour le premier jour. Micah peut surveiller l’endroit en attendant. »

Dolan hocha la tête fermement. Je leur avais dit que je les prendrais le jour de l’ouverture et j’avais quitté Reflet.

À mon retour, j’avais appelé le roi de Belfast et le duc Ortlinde, ainsi que d’autres membres de la famille royale, et je les avais fait venir comme invités.

Nous allions organiser un tournoi de base-ball et un tournoi d’arts martiaux en même temps, j’avais donc invité les chevaliers d’autres nations à se joindre à nous.

J’avais organisé les deux autres événements pour susciter un peu plus d’intérêt, car le shogi seul n’était pas vraiment un facteur de surprise. De plus, les personnes qui ne connaissaient pas les règles complexes du base-ball et du shogi pouvaient assister à un tournoi d’arts martiaux plus simple.

Finalement, nous avions une liste de participants assez folle…

« … Oh bon sang, cette liste est un peu… »

« O-Oui… C’est un peu excessif, même si je comprends pourquoi ils voudraient participer… »

Yumina fit une petite grimace en regardant la liste des participants.

■ Participants au tournoi de Shogi

  • Le roi de Belfast (Belfast)
  • Duc Ortlinde (Belfast)
  • L’empereur Regulus (Regulus)
  • L’empereur de Refreese (Refreese)
  • Le roi de Palouf (Palouf)
  • Duc Rembrandt (Palouf)
  • Le Doge de Roadmare (Roadmare Doge)
  • Dolan (Belfast—Reflet)
  • Barral (Belfast—Reflet)
  • Simon (Belfast — Reflet)

■ Participants au tournoi d’art martial

  • Le roi de Mismede (Mismede)
  • Le chevalier roi de Lestia (Lestia)
  • Chevalier commandant Gaspar (Regulus)
  • Général Léon (Belfast)
  • Capitaine Lyon (Belfast)
  • Capitaine Garm (Mismede)
  • Baba Nohbuharu (Brunhild)
  • Yamagata Massakage (Brunhild)
  • Kokonoe Jutaro (Eashen)

■ Équipes nationales participant au tournoi de Base-Ball

  • Brunhild
  • Belfast
  • Mismede
  • Regulus
  • Lestia
  • Refreese
  • Lihnea
  • Roadmare

On avait fini par créer un sacré rassemblement… Et ce n’était que les gens que nous avions invités.

« … Aurons-nous assez de sécurité ? »

« Nous resterons discrets. J’ai demandé à toutes les personnes que nous avons invitées de porter des pierres de protections spéciales qui leur permettront de n’être vus par personne d’autre, et nous ferons aussi venir leurs gardes personnels déguisés. Bien sûr, nous allons aussi poster des gardes. M. Mittens surveillera les personnes suspectes. »

J’avais aussi demandé à Kohaku de faire venir quelques animaux familiers pour surveiller. Franchement, j’étais plus inquiet pour le Docteur Babylon… Elle n’avait rien dit à propos du tournoi de shogi, même si je savais qu’elle voudrait y participer… Et ni Moroha ni Karina n’avaient mentionné le concours d’arts martiaux… J’avais laissé entendre que je ne voulais pas qu’elles y participent.

Dans la mesure du possible, je ne voulais pas qu’elles y participent, mais je craignais aussi qu’elles me demandent quelque chose de déraisonnable en retour.

« … C’est essentiellement un festival à ce stade. »

« Eh bien, je suppose que tu as raison. On va avoir des petits événements et des stands de rue aussi… Dommage qu’on n’ait pas eu beaucoup de temps pour se préparer. »

Tout avait après tout commencé sur un coup de tête. Je me sentais un peu mal d’avoir entraîné tant de gens dans cette aventure, mais ils semblaient tous assez excités à leur manière, alors ça ne me dérangeait pas tant que ça. Si nous faisions à nouveau quelque chose comme ça, je donnerais plus de temps pour la préparation.

Kousaka était juste contrarié que je ne lui donne pas un mois de préparation, il avait dit que nous aurions pu gagner beaucoup d’argent si nous avions pu faire du battage publicitaire. Je comprenais ses inquiétudes, mais ce n’était qu’une chose parmi d’autres.

« Yae, Hilde et Elze veulent participer au concours d’arts martiaux. »

« Oui, mais je veux qu’elles soient de garde pour la sécurité. Elles auront d’autres occasions de montrer leurs talents à l’avenir. »

Ces trois-là étaient de toute façon déraisonnablement puissantes. Elles étaient entraînées presque tous les jours par Moroha, et elles étaient influencées non seulement par ma Divinité, mais aussi par celle de mes sœurs.

Cette protection divine sur elles était vraiment quelque chose… Si elles continuaient à être influencées, elles se développeraient au-delà des capacités humaines ordinaires.

Bien que l’effet dépende de la personne qui en bénéficiait plutôt que de celle qui l’accordait. Ce n’était pas parce que la divinité de Moroha les influençait que cela les aidait dans le maniement de l’épée. Yumina avait manifesté la capacité d’entrevoir quelques secondes dans le futur. J’avais supposé que c’était parce qu’elle était influencée par ma divinité, mais la capacité elle-même était probablement quelque chose d’inhérent à elle qu’il fallait faire ressortir.

Je ne pensais pas qu’il serait juste de laisser une personne sous influence divine participer à un tel concours. Au final, je voulais que tout le monde passe un bon moment. Je me sentais mal pour elles, mais si je ne m’en tenais pas à mes engagements, cela pouvait finir par devenir une planche savonneuse… Moroha s’en servait pour justifier sa participation.

Quant aux vieux pets Baba et Yamagata, ils avaient ignoré ma protestation et avaient dit qu’ils participeraient afin de mieux défendre l’endroit.

Pour être juste, il y avait toujours la possibilité que des gens viennent pour faire du mal, alors je les avais laissés faire. De toute façon, nous avions érigé diverses barrières pour éviter de faire trop de blessés.

« Ah… Je viens de me rappeler que le pape de Ramissh et Karen voulait utiliser l’église de la ville, Touya. »

« Pour quoi faire, la prière ? »

« Ils ont dit qu’ils voulaient établir un petit bureau de consultation, pour pouvoir écouter les gens et offrir des conseils religieux. »

Des conseils, hein… ? Je suppose qu’il n’y a rien de mal à ça. Ces deux-là sont de toute façon du genre à donner des conseils sur la vie. Je me demande cependant si le pape viendra déguisé ou non… C’est vraiment important de l’avoir ici.

Alors que je réfléchissais à moi-même, mon téléphone s’était mis à vibrer. Oh, un appel !

J’avais sorti mon téléphone et j’avais regardé l’écran. Celui me disait que l’appelant était… Dieu. J’étais secoué.

« Allô ? »

« Ah… Touya. Je regardais et je me demandais… Est-ce que je pourrais participer à ton festival ? J’avais un peu envie de visiter Brunhild, et peut-être de parler à l’église de ceci et de cela… Je te promets que je ne te dérangerai pas ! »

« … S-Sérieusement ? »

« J’aimerais aussi rencontrer les dieux qui sont en bas, et conférer un peu. Comprends-tu ? »

Il riait doucement, alors que je regardais devant moi en état de choc. Je m’étais forcé à sourire comme si je regardais mon spectateur à travers un quatrième mur.

… Ohhh non. Ohhh doux seigneur. Le gros bonnet arrive… Le gros bonnet lui-même ? Ici-bas… ? Pour faire du tourisme ? ! Est-ce que le festival va bien se passer ? ! Je veux dire… Il ne va sûrement pas descendre en tant que dieu ou quelque chose comme ça…

Soudainement, le grand tapage autour du rassemblement de tous les monarques, de leur déguisement, et de leur sécurité, était devenu tellement… insignifiant.

Je n’ai aucune idée de ce que je suis censé faire.

◇ ◇ ◇

Il y avait diverses friandises sucrées disposées sur la table.

Gâteaux, pudding, castella, pâte de haricot et sirop, tartes, glaces, sorbets, tartes, petits pains, gelées, et yaourts… Un arôme agréable se répandait dans le magasin.

« Tout semble si délicieux ! Merci beaucoup, Aer ! »

« Pas de problème ! »

Aer avait lentement fait un signe de tête à Lu en disant cela. Tous deux riaient doucement en regardant la table remplie de desserts, tout en ramassant quelques-uns par la suite.

J’en avais pris un, mais je ne voulais pas en prendre trop. Elles, par contre, semblaient heureuses de tout prendre. Les filles aiment vraiment les sucreries…

Chacune des filles avait des préférences individuelles pour les desserts. Yumina aimait les parfaits, Elze les castellas, Linze la glace, Yae la pâte de haricot, Sue les gâteaux, Lu le pudding, Hilde les choux à la crème, Leen le chocolat et Sakura les tartes. Il y avait beaucoup de diversité dans leurs préférences…

Le café d’Aer, Parent, était à l’origine situé à Reflet, mais nous avions ouvert une succursale à Brunhild. Le bâtiment principal de Reflet était dirigé par sa jeune sœur, qui s’était récemment mariée. Aer avait décidé de déménager à Brunhild et de gérer le nouvel endroit. Aujourd’hui, nous avions été invités à goûter le nouveau menu. Et ce fut tout ce qui s’était passé jusqu’à présent. Yae était certainement heureuse d’avoir été invitée.

Le menu n’était constitué que de plat dont les recettes avaient été introduites par moi dans ce monde, mais j’avais été étonné par la fidélité avec laquelle Aer avait recréé ces plats. Les ingrédients n’étaient pas exactement les mêmes que ceux que l’on trouve chez nous, mais même avec ce handicap, ce qu’elle avait préparé avait un goût incroyable.

Mais encore une fois, je n’étais pas le mieux placé pour juger. Je n’étais pas très gourmand et je n’avais pas essayé beaucoup de desserts de mon ancien monde.

Je préférais personnellement des choses comme le thé… Le thé était délicieux.

« J’en ai mangé beaucoup… Ils sont si savoureux… »

« Aha… Ne mange pas trop ! »

Elze avait gloussé un peu après que Yumina ait parlé. Je ne pense pas qu’elle sourirait autant si elle se pesait le matin… Ce furent cependant des pensées que je n’avais pas osé exprimer.

Je ne pouvais certainement pas trouver de défaut dans ce qu’Aer avait fait. Elles avaient néanmoins raison… Ce truc avait vraiment bon goût. Presque trop bon.

« Ahaha... Je me demande si on peut les manger dehors. »

« Oh, il y a une terrasse dehors… »

Hilde prit la parole en réponse à la réflexion de Yae.

La deuxième succursale du Café Parent était construite dans un coin animé de Brunhild, elle avait une terrasse à l’extérieur avec une jolie vue. Ce serait bien de s’y asseoir, si le temps était clément. Je me demandais à quoi Yae pouvait-elle penser, étant donné que nous étions passés devant la terrasse en entrant.

« Ah, je ne pensais pas vraiment à ça… Je voulais plutôt dire pour transporter de la nourriture… De la nourriture que vous pouvez tenir dans votre main. »

Ah, donc Yae faisait probablement référence à des friandises faciles à tenir, comme les crêpes et autres. C’était assez logique.

« Hmm… C’est vrai. Nous ouvrons bientôt le festival, non ? Je suppose que l’ouverture d’une boutique de desserts est une bonne chose, mais nous n’avons pas beaucoup de nourriture à grignoter pendant que l’on se promène… »

« Oh, et la recette du cône de gaufre que je t’ai apprise ? »

Si nous avions des cônes de glace, les gens pourraient les prendre et les manger en se promenant dans le festival. Ça se vendrait sûrement bien à Brunhild.

« Ah, oui. C’est l’un de nos principaux produits. Mais je me demande si on peut en faire plus… »

« Hé, Touya… Allez. Cherche. »

« D’accord… »

Elze me poussa à chercher de nouvelles choses. Je venais d’un autre monde, mais je ne connaissais pas tout ce qui s’y trouvait… si j’avais besoin d’informations, je me tournais alors vers Internet.

***

Partie 2

Hmm… Des desserts que vous pouvez porter… Des trucs à une main… Hm… Aha… Je m’étais demandé si les desserts faciles à transporter étaient si populaires parce que les filles aimaient grignoter des choses sucrées sur le pouce. Quoi qu’il en soit, il était clair qu’il y avait beaucoup de variétés.

« Ça, ça, et ça… Ça devrait faire… »

J’avais mis en évidence quelques résultats de la recherche d’images et les avais projetés en l’air.

« Incroyable… ! Il y en a tellement… Vous avez fait tout cela vous-même ? »

« Euh… En quelque sorte. Ces recettes sont courantes dans la ville où j’ai grandi… Je ne suis pas sûr de ce que ça va donner tant qu’on ne les aura pas essayés… »

J’avais donné une réponse vague à la question d’Aer. Heureusement, aucune des images n’avait quelque chose qui laissait deviner qu’il s’agissait d’images d’un autre monde… Mon secret était encore pour l’instant à l’abri du grand public.

Aer fixait avec avidité les images flottantes de desserts. Lu et les autres semblaient également excités.

« On dirait qu’il y a beaucoup de crêpes… »

« Je veux manger ce truc qui ressemble à une gaufre ! »

« C’est quoi ce gâteau roulé fin… ? Il a l’air incroyable… »

« Et ce bâton de tarte aux pommes… ! Je veux l’essayer… J’ai vraiment envie ! »

« Hmm… On dirait qu’il y a beaucoup de choses à faire avec ces trucs… »

J’avais trouvé quelques recettes, permettant à Aer et Lu de les mémoriser.

« Quelle est cette étrange pâtisserie en forme de poisson… ? »

Leen avait pointé un taiyaki… Je me demandais si c’était le genre de dessert à une main qu’on pourrait utiliser. Vous pourriez certainement le transporter facilement.

Leen se méfiait de ce qu’il y avait à l’intérieur de la pâtisserie, alors je le lui avais expliqué. Le Taiyaki était un assez bon encas.

« Je vois. Il y a de la pâte de haricot à l’intérieur, alors… »

« Ça a l’air vraiment savoureux… »

Yae salivait presque. Elle engloutissait aussi des gâteaux et des snacks provenant de la table. Cette fille était une vraie amatrice de délicieuses friandises… C’était vraiment une faiblesse.

« Peut-on mettre d’autres choses dedans ? »

« Oui, on peut. J’ai déjà vu des variantes avec de la crème ou du chocolat dedans. »

« Ça a l’air bien. »

Il y avait beaucoup de variantes de taiyaki. J’avais même vu des variantes plus originales avec du bacon, du fromage ou du curry à l’intérieur.

« Faut-il vraiment que ce soit en forme de poisson ? »

« Non. Vous pouvez le créer sous une autre forme si vous voulez. En fait, euh… attendez une seconde. Voilà, elle avait plutôt une forme ronde à l’origine. »

J’avais cherché l’image d’un imagawayaki, une pâtisserie ronde remplie de pâte de haricot. C’était vraiment un design simple.

« Je vais faire un moule pour vous. Ce n’est pas si compliqué. »

« Super ! Je vais préparer la pâte de haricot ! »

« Oh ! Ça a l’air bien ! »

Elze avait l’air plutôt enthousiaste. Je n’avais pas réalisé qu’elles voulaient déjà le manger ! Comme tout le monde semblait excité, j’avais soupiré et j’avais sorti un lingot de fer de mon [Stockage] pour en faire un moule pour la pâtisserie.

Le café était équipé d’un fourneau magique de Felsen. Il fonctionnait comme un poêle normal, mais était simplement alimenté par une pierre de feu. Aer l’avait acheté avec les bénéfices du café de Reflet, et il semblerait qu’elle en ait tiré un bon prix.

Naturellement, elle l’avait acheté à Olba Strand. Ce type ne manquait jamais une bonne occasion…

J’avais créé cinq moules afin qu’elles puissent les utiliser. Comme ils étaient un peu lourds à utiliser pour les femmes, je les avais enchantés avec la [Gravité] afin d’en réduire leur poids.

Aer courut dans la cuisine, un des moules à la main. Lu l’avait suivie de près. C’était un spectacle amusant.

« Le festival va être très amusant… »

Yumina avait gentiment souri. C’était difficile, mais tout le monde en ville se préparait. Tout avait commencé comme un stratagème pour donner confiance au jeune roi de Palouf, mais j’étais heureux de voir comment tout cela se mettait en place.

« Personnellement, je suis vraiment impatiente d’assister à ce concours d’habileté martiale. Vous verrez tous combien mon frère est puissant, vous verrez ! »

« Mon propre frère aîné ne se laissera pas vaincre si facilement, lui non plus ! »

Yae et Hilde avaient ostensiblement été affectées au service de sécurité, mais elles auraient le temps d’assister aux événements. Elles n’étaient pas différentes des autres participants à l’événement, après tout. C’était bien pour elles de prendre un peu de temps libre.

Pourtant, je ne voulais pas que l’ordre des chevaliers soit trop submergé… Ils avaient beaucoup à faire pendant l’événement à venir. J’avais décidé que je devrais probablement leur verser une prime en plus de leur salaire. Et puis, je venais d’accorder à tout le monde une augmentation de salaire… Au final, le salaire de l’ordre des chevaliers provenait toujours de ma propre poche. Kousaka contribuait certainement au revenu national, mais nous n’en tirions pas grand-chose.

Nous devions utiliser les fonds du trésor pour réparer les Frame Gears endommagés lors des escarmouches contre les Phases, et nous avions aussi récemment injecté beaucoup d’argent dans la création de la porte du Monde Inversé, ainsi que dans le réservoir de mana. Ces dépenses étaient nécessaires, je devais donc les classer par ordre de priorité.

Les Béhémoths avaient une certaine valeur, j’étais donc content de les avoir tués. Mais je ne voulais pas non plus inonder le marché de matériaux de dragons ou de pierres à sorts… j’avais donc dû délibérément me retenir de vendre ce genre de choses.

Les aventuriers allaient et venaient toujours sur les îles des donjons, et ils payaient le péage en chemin. C’était une précieuse source de revenus pour Brunhild.

L’argent gagné par les péages s’ajoutait également au trésor public… Personnellement, la chasse aux Golems de Mithril me semblait être de l’argent facile, mais je ne voulais pas braconner trop de monstres forts dans d’autres nations. Cela reviendrait à voler le gagne-pain d’autres aventuriers. Prendre tout leur butin ne serait pas juste, puisqu’ils avaient besoin de construire leurs propres fortunes et chemins dans la vie.

J’étais un aventurier de rang Or, ce qui faisait de moi un concurrent redoutable pour les autres aventuriers. Il serait probablement préférable que je m’occupe des Golems d’Orichalque. Mais encore une fois, qui sait quels dommages économiques je pourrais causer si je courais imprudemment partout pour récolter de l’argent comme ça…

Atteindre le rang or demandait beaucoup d’efforts… Le grand-père de Hilde avait fait la même chose que moi, il y a longtemps… et il répondait rarement aux quêtes qu’on lui demandait.

En fin de compte, l’argent était la racine du bonheur, mais je devais réfléchir soigneusement à la façon dont je le gagnais. Ne pas avoir besoin d’argent pour faire fonctionner les choses serait tellement plus facile…

« On a réussi ! »

Lu et Aer avaient apporté une assiette de la cuisine. Les pâtisseries sur l’assiette étaient un peu brûlées ici et là, mais elles avaient l’air assez savoureuses.

« Celui-ci est à la pâte de haricot, et celui-là à la crème anglaise. Veuillez excuser les coins brûlés… »

« Non, ne t’inquiète pas. Les parties croustillantes sont aussi plutôt bonnes. J’aime beaucoup ça. »

J’avais tendu le bras pour attraper une pâtisserie.

Mince, c’est chaud !

J’avais mordu dans la pâte croustillante, et la crème chaude coula de l’intérieur et se répandit sur ma langue. Hmm… Délicieux… On pouvait vraiment les vendre… Ils étaient savoureux et faciles à manger.

Mon estomac était plein à cause du gâteau que j’avais mangé plus tôt, alors je ne voulais pas en abuser.

« Délicieux… Je pourrais en manger toute la journée… Je veux essayer tous les différents types… Ah… Khh ? ! »

« S-Sakura ? ! Tiens, du thé ! »

Sakura avait mangé trop vite, et une partie de la pâtisserie s’était coincée dans sa gorge. Linze lui avait rapidement tendu une tasse de thé. Elle n’aurait vraiment pas dû se fourrer les deux types de pâte dans la bouche avec les deux mains… Je ne pensais vraiment pas que la pâte de haricot et la crème anglaise soient une bonne combinaison.

« On peut en faire de toutes sortes si on change la garniture. Je suis sûre que ça va être populaire. »

« On doit s’entraîner pour rendre les bords un peu plus croustillants… Ça dépendra aussi de la garniture. »

Aer et Lu parlaient déjà de la façon d’améliorer le produit. C’était presque comme si Lu était devenu une employée de l’endroit avant même que quelqu’un ne le remarque.

« Ah, je suis désolée d’être en retard ! Ah… Il reste quelque chose ?! »

Une femme passa la porte d’entrée du café et regarda frénétiquement autour d’elle en direction de la table empilée de friandises.

C’était Micah, la propriétaire de l’auberge la Lune d’Argent. Elle avait quitté Reflet pour Brunhild, tout comme Aer.

« Il en reste encore beaucoup, ne t’inquiète pas. Je vais en apporter d’autres maintenant ! »

Aer sourit et retourna dans la cuisine alors que quelques autres personnes entraient dans le café derrière Micah.

Oh, non.

« Wow ! Sais-tu qu’il y a beaucoup de bonnes friandises ici ? Bien joué d’avoir flairé cet endroit. »

« Pas de problème. Je savais que tu serais intéressée par ce genre de choses, Karen. »

« En effet… C’est arrivé à point nommé cette fois. »

« Wow ! Hic ! Je sens le dessert, hic ! Ça sent comme… De l’alcool ! Yahoo ! »

Oh mon dieu. Les nouveaux intrus étaient Karen, Moroha, Karina, et le petit lutin bourré connu sous le nom de Suika. C’était un malheureux rassemblement de dieux.

Il y avait des sièges et des tables disponibles pour elles, mais nous venions juste d’ouvrir l’endroit et il n’y avait même pas encore d’inscription… Je n’avais aucune idée de comment elles nous avaient découverts. Finalement, je n’y avais pas trop réfléchi. C’était inutile de questionner le divin. Je l’avais construit, donc elles viendraient.

« Lu, ma chérie ! Apporte-moi un peu de cette pâtisserie au poisson, tu sais ? Et du thé, aussi ! C’est Touya qui paie, tu sais ?! »

« O-Oui, je vais m’en occuper ! »

Lu prit un plateau de service et retourna en courant à la cuisine. Elle se comportait vraiment comme une employée… Mais bon, Karen était sa future belle-sœur, elle faisait donc probablement de son mieux pour l’apaiser. Et puis, qu’est-ce qui lui avait pris de dire que c’était moi qui payais ? N’avait-elle pas d’argent ? J’avais soupiré silencieusement pendant que Karen explorait le menu.

« Oho… Voici donc le menu. C’est si joli, tu sais ? Tout semble incroyable… »

« Attends une seconde, tu viens de commander un taiyaki ! N’en fais pas trop… ! »

« Ne t’inquiète pas, tu sais ? Et si on te racontait un truc intéressant ? »

« Hein ? »

J’avais levé les yeux au ciel. Ça avait l’air un peu sinistre. Mais j’étais certainement curieux d’entendre ce que quelqu’un comme Karen considérait comme intéressant.

Je l’avais regardée fixement, et Moroha prit soudainement la parole.

« Apparemment, l’île du donjon possède elle-même une escarboucle. Karina a dit qu’elle en avait vu un, du moins… N’est-ce pas vrai ? »

« Ouais, c’est sûr. Ce n’était pas dans le donjon, mais je l’ai vu de loin. C’était une escarboucle, c’est sûr… Ça va valoir beaucoup d’argent. »

De l’argent, tu dis ? Mais c’est quoi ton escarboucle truc ? Comme j’avais l’air perplexe, Linze était intervenue avec une clarification bien nécessaire.

« Une escarboucle est une espèce de bête magique avec une pierre précieuse incrustée dans son front. La pierre est en fait une pierre magique, et ils sont généralement de qualité très pure. Les bâtons et baguettes de haut niveau ont généralement des pierres magiques d’escarboucle incrustées dans leurs extrémités. »

Ohhh, je crois que je me souviens avoir lu ça dans la bibliothèque de la guilde. L’illustration ressemblait à un animal surdimensionné avec une pierre de feu sur le front.

Pourtant, une seule pierre de sort ne ferait pas gagner une tonne d’argent. Cela pourrait cependant couvrir un bon dîner à volonté…

***

Partie 3

« Hic ! Finalement, j’ai entendu dire que c’était une escaboucle hydrique, hic ! Plusieurs têtes… Et une pierre de sort dans chaque, hic ! Beaucoup d’argent, beaucoup d’argent ! »

« Quoi, une Hydre ?! »

J’avais secoué ma tête vers la petite ivrogne. L’Hydre n’est-elle pas plutôt un serpent à plusieurs têtes ? Un peu comme Orochi… Pourrait-il vraiment y avoir une créature comme ça, avec une puissante pierre de sort dans toutes ses têtes ?

« Elle a raison. C’était une Hydre assez grosse. Si tu la trouvais, tu obtiendrais certainement beaucoup d’argent. »

« C’est sur le territoire de Brunhild, Touya. Il n’y aurait aucun problème si tu la tuais. De plus, c’est ton travail en tant que roi de réduire les dangers sur cette île ! »

« Mais il faut se dépêcher, tu sais ? D’autres aventuriers pourraient la tuer à sa place, héhé… »

« Je ferais mieux d’aller la tuer rapidement… »

Je ne pouvais pas laisser passer cette occasion. Une chance en or s’était manifestée devant moi, je devais donc la saisir. Le temps était essentiel !

« À plus, hic ! Ah, Aer ! Donne-moi cette tarte au vin et aux fraises et le sandwich glacé rhum-raisin ! »

« J’aimerais bien le sorbet aux fruits, tu sais ? »

« Le gâteau goutte d’eau pour moi. »

« Le gâteau opéra, s’il te plaît ! »

Je les avais écoutés énumérer leurs commandes pendant que j’ouvrais une [Porte] vers l’île des donjons. Je voulais que ce soit fait le plus vite possible. Mais bon sang, ils commandaient vraiment beaucoup… Pas autant que Yae, mais quand même…

On dirait que je vais avoir besoin de tout l’argent que je peux trouver. Attends-moi, Hydre Escarboucle !

« Bon sang… C’était dur… »

J’avais tout juste réussi à battre l’Hydre.

C’était un sacré serpent… Je savais qu’elle avait ce genre de pouvoir, mais bon sang…

Chaque fois que je coupais un de ses cous, la tête repoussait tout de suite. En plus de cela, chacune de ses têtes possédait un élément magique différent !

Je l’avais tué en utilisant une lame et en les coupant toutes en même temps. C’était vraiment logique. Les pierres à sorts se trouvaient dans chaque tête, les enlever désactivait donc le flux de magie dans son corps.

Pourtant, les combats sur l’île des donjons étaient extrêmement durs… Le sang de l’Hydre était aussi un poison assez puissant… Cette chose était extrêmement dangereuse.

Heureusement, la bataille avait été gagnée et j’avais maintenant neuf pierres de sorts de la taille d’un ballon de football. Après les avoir livrées à la guilde, je les avais échangées contre de l’argent. Assez pour donner aussi un bonus à tous ceux qui travaillaient dans l’ordre des chevaliers.

J’avais quitté la guilde et j’étais retourné au Café Parent. Je m’étais promené dans la ville du château et j’avais vu tout le monde se préparer pour le festival. Il y avait des étals en train d’être montés et des décorations aux différents coins des rues.

Un air de fête flottait déjà dans la ville, même si nous n’en étions qu’aux préparatifs. J’aimais bien cette atmosphère animée. C’était excitant.

J’avais ouvert la porte du café, et la petite cloche à côté de la porte résonna.

« … Oups. »

La table avait une tonne de verres, de plats et de tasses empilés. Je n’aurais jamais cru qu’elles pouvaient manger autant de nourriture… Yumina et les autres étaient assises autour de la table pour boire du thé, mais Yae continuait à grignoter.

Je pouvais voir Karen qui souriait sournoisement en discutant au bout de la table. C’est quoi ce bordel... Tu as commandé beaucoup trop de choses !

« Hic ! Bienvenue à toi grand frère… As-tu bien gagné ta vie ? »

« … Oui. Mais en regardant les dégâts ici, je n’aurais plus qu’à retourner travailler à ce rythme. »

Suika, en petit lutin bourré qu’elle était, continuait de s’enfoncer des boulettes dans la bouche. Les Dieux n’avaient même pas besoin de manger… Elle en profitait totalement. En y réfléchissant, ça voulait probablement dire qu’ils avaient aussi des estomacs sans fond… Si je ne faisais pas attention, ils feraient augmenter les notes de nourriture autant que Yae.

Mais ils mangeaient des quantités normales dans le château… Peut-être qu’elles y allaient à fond parce que c’était un dessert.

« Je voulais tout essayer, c’est tout… Je me suis un peu perdu dans le goût. »

« Mhm. Tu ne peux pas connaître le goût en regardant. La seule façon de savoir si quelque chose est savoureux, c’est de manger ! Tout ce qu’il y avait sur le menu était pourtant savoureux. »

Attends, tout ? ! Tu as vraiment tout commandé sur le menu ? ! Je suis allé chercher cet argent et toi… Tu l’as finalement vraiment fait… Vous… Vous êtes des maniaques ! Vous avez tout mangé ! Soyez maudites !

« Ah, uhm… Touya… Désolée, mais, uhm… », murmura Aer vers moi.

« Oh, c’est vrai. Ne t’inquiète pas, je vais couvrir mes sœurs maintenant… ! »

À l’origine, j’avais l’intention de payer la moitié de la dégustation, mais maintenant je devais payer pour mes sœurs aussi… Je n’avais au moins pas besoin de m’inquiéter pour Micah… Aer l’avait invitée, donc c’était son problème.

« Ah, non… En fait, uhm… je n’ai plus d’ingrédients… Plus rien du tout… Je n’ai pas de fruits ou de sucre pour le festival… donc, euh… »

« Ah, j’ai compris. Je vais donc aller en acheter… »

Vous êtes des dangers publics… Vous avez complètement ruiné les provisions de cette pauvre femme…

Les magasins de Brunhild étaient à court de provisions à cause des préparatifs du festival. Ce genre de choses était généralement fourni par des marchands extérieurs, mais Aer venait tout juste d’ouvrir son café et n’avait pas eu le temps de passer des contrats avec des fournisseurs.

Heureusement, je pouvais utiliser une [Porte] pour faire des achats dans d’autres villes du monde en quelques secondes, et j’avais aussi le [Stockage] à portée de main pour stocker les denrées périssables.

Je suppose que j’avais juste besoin de sortir et d’acheter quelques trucs…

« Je crois que je vais y aller… »

« Oh, Touya ! Je viens aussi ! »

J’étais sur le point de franchir mon portail nouvellement créé quand Lu s’était soudainement levée et avait commencé à enlever son tablier. C’était un vrai soulagement. Je ne savais pas quels étaient les meilleurs aliments, elle me serait donc d’une grande aide.

Sue et Sakura avaient regardé Lu s’approcher de moi.

« Zut, Lu m’a devancée… »

« Je vous accompagnerais bien, Grand Duc… mais j’ai mal au ventre… »

Sakura s’était adossée à sa chaise, les mains posées sur son ventre. Elle avait vraiment trop mangé… Elle n’avait pas la force de caractère de Yae.

En parlant de Yae, la samouraï gloutonne faisait enfin une pause dans son repas. Elle sirotait juste un peu de thé à la place. Lu, de son côté, n’avait pas beaucoup mangé, car elle aidait Aer à préparer toutes les friandises.

Je m’étais dit que j’irais au laboratoire d’alchimie plus tard et que je demanderais à Flora des médicaments pour l’estomac.

« Merci d’avoir attendu, Touya. Allons-y ! »

« Mhm. À tout à l’heure. »

« Faites attention à vous. »

Leen et Paula m’avaient toutes les deux fait un signe du départ. Tous les autres avaient aussi souri et salué.

Je suppose que si Lu me suit, je dois aussi aller à Regulus. Je pourrai aussi y acheter des grains de café.

J’avais ouvert une [Porte] directement sur Gallaria.

◇ ◇ ◇

Les préparatifs allaient bon train.

À l’origine, nous avions prévu de n’organiser qu’un festival de deux jours, mais cela s’était finalement transformé en une affaire de quatre jours. Les gens ne voulaient pas se contenter de voir un tournoi, ils voulaient profiter de plus de choses en plus.

Les finales des tournois de shogi et d’arts martiaux se déroulaient le même jour et à la même heure dans le programme initial, ce qui ne convenait pas du tout.

Nous avions donc modifié le programme.

■Journée 1

Cérémonie d’ouverture

Tournoi de baseball (préliminaires)

■Deuxième jour

Tournoi de Baseball (Finales)

Tournoi de Shogi (préliminaires)

■ Troisième jour

Tournoi de Shogi (Finales)

Tournoi d’arts martiaux (préliminaires)

■Quatrième jour

Tournoi d’arts martiaux (finales)

Cérémonie de clôture

C’était en gros la façon dont les choses se déroulaient à ce stade.

Il serait cependant toujours difficile pour les participants d’un tournoi de se rendre dans un autre.

De nombreuses autres nations avaient également demandé à participer aux célébrations.

À l’origine, il ne devait y avoir que les membres de l’alliance, mais Palouf n’étant pas membre, nous ne pouvions pas leur accorder un traitement spécial. C’était pourquoi nous avions envoyé des invitations écrites aux membres de la royauté étrangère avec lesquels nous avions des relations neutres ou amicales.

Nous avions envoyé des lettres à Hannock, Felsen, Ryle, Xenoahs et Elfrau.

Quant à Eashen, j’avais envoyé une lettre à Tokugawa Ieyahsu, puisque je n’avais jamais rencontré leur empereur. De toute façon, je savais que c’était Ieyahsu qui dirigeait vraiment l’affaire.

Pour être honnête, j’avais envoyé ces lettres en supposant qu’il y aurait des problèmes s’ils ne recevaient pas d’invitation… Je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un vienne… Mais chacun des membres de la famille royale invités avait accepté mon offre et avait décidé de venir.

« Ils ont probablement pensé que s’ils ne venaient pas, ils pourraient te blesser… avec le risque que tu débarques avec l’un de tes Frame Gears… »

Nikola hocha lentement la tête en me donnant son avis.

Tu penses sérieusement que je ferais ça ?! Ces pays amèneraient aussi leurs propres chevaliers et des individus talentueux pour les tournois. Le roi de Felsen lui-même avait même prévu de participer à celui des arts martiaux…

Si je me souvenais bien, c’était un collectionneur d’armes acharné… Une vraie tête de mule, aussi. C’était assez drôle pour moi, étant donné qu’il était censé représenter Felsen, qui était connu pour être orienté vers la magie. Il ne correspondait pas du tout à l’image.

Quand même, c’était juste censé être un petit festival… Maintenant, nous avions des VIP mondiaux qui venaient de partout.

Je n’étais pas vraiment inquiet pour la sécurité ou quoi que ce soit d’autre, nous nous en occupions… mais je serais moins enclin à intervenir dans des querelles personnelles entre membres de la royauté.

Par exemple, si le roi bestial de Mismede rencontrait le roi de Felsen après le tournoi… Il était possible que s’ils s’affrontent lors du tournoi, le perdant soit rancunier et se venge.

Mais là encore, je doute fort qu’on en arrive là.

Ils allaient cacher qui ils étaient pendant leur participation, ils n’auraient donc pas perdu leur honneur s’ils étaient vaincus. Inversement, ils n’auraient pas gagné d’honneur s’ils gagnaient. C’était une situation dépourvue de tout enjeu.

J’avais brièvement envisagé de faire combattre le champion du tournoi contre Moroha… mais je m’étais dit que cela bafouerait probablement leur bonheur. Et franchement, je voulais que l’événement se déroule aussi bien que possible.

***

Chapitre 1 : Début du festival

Partie 1

« Le chef suprême arrive… ? »

« Oui… Lui et son visage stupide… »

Sakura fit alors la moue, comme chaque fois que son père se manifestait.

Il pleurerait s’il te voyait comme ça, tu sais ?

Leur relation père-fille était plus unilatérale que jamais.

« Je devrais prévenir ma mère… lui dire de me cacher… »

« Non, non… Franchement… Ne le traitons pas comme ça. Tu dois au moins le rencontrer. »

« Hmph… »

Sakura sirotait tranquillement son thé. Il était vrai que le chef suprême était un peu… autoritaire… mais je ne voulais pas avoir de problèmes avec lui. Ce n’était rien de plus qu’un père aimant typique.

« Quant à moi, je suis d’accord pour que mon frère vienne, mais… mon grand-père pourrait causer des problèmes… »

Hilde avait laissé échapper un petit soupir.

Oh… Le vieil homme vient aussi ? C’était la seule personne au monde, à part moi, qui avait atteint le rang or en tant qu’aventurier.

Il deviendrait probablement assez docile si je lui montrais des photos en maillot de bain… Il serait beaucoup plus facile à gérer que le père de Sakura.

« Mon frère aîné va venir escorter Ieyahsu-sama. Cela fait un moment que je ne l’ai pas vu. J’ai hâte de le voir ! »

Yae sourit à elle-même, apparemment satisfaite. Son frère n’était pas seulement là en tant que garde, puisqu’il comptait également participer au tournoi. Il y avait également plusieurs combattants d’Eashen qui venaient se mesurer à eux.

« Franchement, ce festival est devenu vite incontrôlable… »

« Je pense que ça va être amusant, pas toi ? Oh oui, tante Lana et notre cousine Emma viennent aussi. »

« Pas ton oncle ? »

Je m’étais souvenu que l’oncle d’Elze était assez nerveux lorsqu’il s’agissait de côtoyer des membres d’une classe sociale supérieure.

« Il ne viendra pas. Je suis sûre qu’il s’évanouirait sur place et ne se relèverait jamais si on l’emmenait dans un endroit aussi chic qu’un château. »

J’étais d’accord avec ce que disait Linze. C’était dommage, mais c’était comme ça. Bon sang, il aurait probablement la malchance de tomber sur l’empereur de Refreese, son propre souverain. Il aurait probablement une crise cardiaque.

Je suis certain qu’il y aura une montagne de choses à faire lors du jour d’ouverture… Surtout pour moi. J’avais peur de penser au nombre de fois où j’allais devoir utiliser la [Porte]. Pourtant, cela ne devrait pas prendre trop de temps… Je devais juste m’arranger pour rencontrer chaque leader mondial à un endroit précis.

Les membres de l’alliance participants étaient :

Belfast

Regulus

Refreese

Mismede

Ramissh

Roadmare

Lestia

Lihnea

En comptant Brunhild, cela faisait neuf nations au total.

Ensuite, il y avait les pays qui ne faisaient pas partie de l’alliance, mais que nous connaissions bien. Ces nations comprenaient :

Eashen

Xenoahs

Palouf

Felsen

Elfrau

Ryle

Hannock

Sept au total.

Enfin, il y avait les nations avec lesquelles nous n’avions pas grand-chose à voir :

Egret

Horn

Nokia

Trois au total.

Le monde tel que nous le connaissions était composé de ces dix-neuf nations.

Techniquement, il y avait aussi l’île de Palerius, ainsi que les tribus de la Mer des Arbres, mais ce n’étaient pas des régions officiellement reconnues comme des nations. Il y avait aussi des gens qui vivaient encore dans les restes fracturés de Yulong et Sandora, mais ces endroits n’étaient plus vraiment des pays.

Au final, des représentants de toutes les nations du monde se réuniraient à Brunhild… Pour être honnête, j’étais un peu inquiet. J’en avais vraiment trop fait ici. Pourtant, il n’y avait pas de retour en arrière possible.

J’espérais juste que tout le monde pourrait s’amuser.

Je crois que je vais devoir tout donner ! C’est assez excitant !

 

◇ ◇ ◇

Le jour était enfin arrivé.

J’étais allé de pays en pays afin de récupérer les VIP concernés.

Les nobles et les membres de la famille royale s’étaient réunis dans mon château et semblaient, pour la plupart, bien s’entendre. Certains d’entre eux ne s’étaient jamais rencontrés en personne auparavant, c’était donc une sorte d’occasion fortuite de faire connaissance.

Ils devaient venir ici déguisés, donc à première vue, ils ne ressemblaient à rien d’autre qu’à des gens ordinaires. Ceci étant dit, ils se distinguent toujours un peu par leur façon de se comporter, ce qui, en raison de la façon dont ils avaient été élevés, était bien naturel. Je ne pensais pourtant pas que ce soit problématique. Pourtant, ils avaient quelque chose en eux qui leur donnaient un air royal.

« Grand-Duc… Comment fonctionne cet insigne, exactement ? »

Le jeune roi de Palouf prit la parole en épinglant un petit badge en forme d’étoile sur sa poitrine. Il était vêtu de vêtements simples, ce qui le faisait ressembler à un petit garçon ordinaire que l’on pourrait voir se promener dans n’importe quelle ville ordinaire du monde. Il avait vraiment l’air tout à fait banal…

« Vous avez juste besoin de canaliser un peu de votre magie dans l’étoile. La pierre magique à l’intérieur va passer du rouge au jaune, d’accord ? Ensuite, votre apparence devrait être changée. Comme ça, vous voyez ? »

« Mais, Votre Altesse… Ernest ne me semble pas du tout différent. »

La sœur du jeune roi, Lucienne, avait légèrement incliné la tête. Son insigne était en effet devenu jaune, tandis que le sien était toujours rouge.

« C’est parce que vous portez un badge, vous aussi. Les gens qui portent un badge ne voient pas les illusions, ils peuvent donc savoir à qui ils parlent. Si vous enlevez votre badge et que vous regardez le roi de Palouf, vous verrez ce que je veux dire. »

La princesse suivit mes instructions et retira son badge, les yeux écarquillés par le choc en regardant son frère. Il avait l’air d’un parfait inconnu. Je portais également un badge, donc les illusions ne fonctionnaient pas non plus sur moi.

« L’étoile a également une fonction protectrice, alors écoutez attentivement. Si vous y versez de la magie supplémentaire, elle devrait devenir verte. Tant que le badge sera vert, il sera capable de détecter si vous êtes en danger. Si vous êtes en danger, quelle qu’en soit la cause, le badge vous ramènera dans votre chambre d’amis dans ce château. Veillez à ce que l’étoile reste verte pendant toute la durée du festival, et ne l’enlevez pas non plus. »

On avait aussi donné des badges aux gardes chargés de protéger leurs chefs d’État. Mais on leur avait demandé de garder leurs badges jaunes, car ils seraient éloignés de tout danger si l’étoile était verte. Il n’y avait aucune raison qu’ils soient là s’ils ne pouvaient pas protéger leurs monarques.

Ceux qui participaient au tournoi, comme le Roi Bête, avaient été priés de le garder sur le vert en dehors des matchs. Mais comme il n’y avait pas de match le premier jour, tout irait bien. Jutaro et Lyon n’étaient pas vraiment des citoyens de haut rang, ils n’avaient donc pas besoin de déguisements, mais ils avaient tout de même reçu des badges leur permettant de reconnaître les autres.

« Ah, d’accord, prenez aussi ce petit gars… »

J’avais appelé un petit chiot blanc hors d’un cercle d’invocation. Je ne voulais pas donner de smartphones aux personnes qui ne faisaient pas partie de l’alliance, tous les membres de cette catégorie avaient reçu un familier pour les suivre partout.

« Si quelque chose arrive, parlez à ce type. Il sera capable de me contacter. Il est aussi beaucoup plus fort qu’il n’y paraît. »

« Merci ! Oh, il est si mignon ! »

Le roi de Palouf s’accroupit et caressa doucement la tête du chiot. Le chiot répondit en remuant joyeusement la queue. Ce n’était pas vraiment un chien, mais un petit loup. Plus précisément, il s’agissait d’un bébé loup Snorra provenant des terres gelées d’Elfrau.

Rachael, la fille du Duc Rembrandt, se tenait de l’autre côté de la pièce. Elle regardait le chiot Snorra avec beaucoup de curiosité. Il me semblerait qu’elle voulait jouer avec le chiot comme le jeune roi le faisait, mais elle ne voulait pas s’approcher parce que j’étais là.

Merde… Je suis vraiment allé trop loin avec elle… J’imagine que je ne peux pas lui en vouloir.

J’avais dit au revoir au groupe de Palouf et j’avais traversé la pièce. Rachael s’était immédiatement dirigée vers le roi et sa sœur, et ils avaient commencé à jouer avec le chiot. Ça s’était passé comme je l’avais prévu…

J’avais enfin fini de tout expliquer aux membres de la royauté présents dans la salle. Certaines personnes étaient retournées dans leurs chambres d’hôtes, mais pour la plupart, tout le monde semblait s’entendre. Ils profitaient probablement du fait qu’ils pouvaient discuter librement avec des ressortissants étrangers dans un environnement détendu.

J’avais laissé le reste des salutations royales à Yumina et Lu avant d’ouvrir un portail vers l’auberge de la Lune d’Argent dans la ville du château.

J’étais entré dans la salle à manger et j’avais trouvé Elze et Linze en train de prendre leur petit-déjeuner au milieu d’un grand nombre de personnes. Elles étaient assises à côté de leur tante Lana et de ses enfants. Ils étaient sept au total, dont Emma. Emma était la fille aînée, et elle avait à peu près mon âge. Toute la famille prenait son petit-déjeuner ensemble, sauf le fils aîné, qui était assez indépendant pour partir seul.

« Ah, Touya. Est-ce que tout est réglé ? »

« Pour l’essentiel, oui. Comment vont les choses ici ? »

« Les choses vont bien. Personne ici n’a besoin de se déguiser, alors c’est plutôt cool. »

J’avais fait un signe de tête à Elze, puis j’avais salué Lana et Emma. Il y avait aussi quelques personnes de Reflet qui mangeaient leurs repas, comme Barral du magasin d’armes, et Simon du magasin général. Je les avais salués et ils m’avaient répondu avec des sourires.

Tous nos invités allaient avoir leur nourriture et leur pension couvertes par le trésor national. La plupart des personnes séjournant à la Lune d’Argent étaient des gens à qui nous avions demandé de venir.

« Hmm… Où est Dolan ? Je ne le vois nulle part. »

Linze m’avait expliqué la situation.

« Ah, Dolan aide Micah en cuisine. L’auberge est totalement réservée, il y avait donc quelques problèmes de manque de personnel… »

Bon sang, je suppose que le personnel est vraiment occupé par ici… Je me demande comment ça se passe dans les autres auberges.

« Quand est-ce que le festival commence, déjà ? »

« Vers huit heures. Donc, dans une heure environ. Nous ferons une cérémonie d’ouverture officielle, nous accueillerons tous les invités, puis nous organiserons des batailles simulées sur le terrain d’entraînement nord. On va essayer de rendre ça le plus tape-à-l’œil possible. »

« Le terrain nord… Tu vas utiliser des Frame Gears ? »

Le terrain d’entraînement nord était différent du terrain standard que nos chevaliers utilisaient habituellement. C’était une zone plus spacieuse, loin du château, et nous l’utilisions pour effectuer des tests sur les Frame Gears. La plupart du temps, seules les personnes autorisées avaient le droit d’accéder au terrain en raison du danger qu’il pouvait représenter. Nous avions installé une puissante barrière sur le terrain nord pour empêcher tout dommage causé par des sorts ou des balles s’ils s’échappaient d’une certaine zone. Nos tests ayant souvent une… large zone d’effet, la barrière était donc nécessaire pour s’assurer qu’aucun spectateur ne se blesse. Les Frame Gears étaient un peu trop massifs pour rester secrets, on pouvait donc les voir s’entraîner sur le terrain à distance.

Pendant les heures d’entraînement, de nombreux habitants de la ville commençaient à venir voir les Frame Gears s’affronter. C’était devenu un peu une habitude pour eux, et ils semblaient beaucoup aimer ça. C’était pourquoi j’avais pensé qu’une démonstration de Frame Gear serait assez divertissante pour nos visiteurs internationaux.

« Après cela, nous ferons les premiers tours de baseball. Les deux stades accueillent deux matchs, un le matin et l’autre l’après-midi. Cela signifie qu’aujourd’hui, nous aurons quatre matchs à disputer. Ces matchs devraient permettre de décider qui sera qualifié pour les matchs de demain. »

« A-t-on déjà décidé de qui jouera contre qui ? »

« Non. On va faire un tirage au sort pour décider ça dans un moment. »

Il n’y avait que huit équipes, ça ne prendra donc pas longtemps. Le tirage au sort était en fait l’un des événements que j’avais choisis pour rendre le jeu un peu plus amusant.

L’équipe de Brunhild était dirigée par Logan de l’ordre des chevaliers, mais je n’avais pas grand-chose à dire sur l’équipe en général. Elle n’était ni particulièrement forte, ni particulièrement faible. Tout dépendait vraiment de l’adversaire que nous allions avoir… vu que toutes les autres équipes semblaient avoir des forces et des faiblesses plus spécifiques. Quoi qu’il en soit, tout irait bien tant que tout le monde s’amuse.

***

Partie 2

J’avais distribué quelques coupons de réduction à Lana et ses enfants. Ils pouvaient être échangés aux stands du festival contre 50 % de réduction sur certains achats. J’avais fait ensuite un signe d’au revoir avant de me rendre à l’école.

« Whoa! C’est quoi ce bordel ?! »

Je regardais avec incrédulité la foule de chats rassemblés dans la cour de l’école. Il y avait des chats tricolores, des chats tachetés, des chats noirs, des chats blancs, des chats à rayures de tigre… Des chats à perte de vue. Et ils fixaient tous Mr. Mittens… Il se tenait au sommet d’une boîte à mandarines, tenant son épée vers le ciel.

« Mes chers amis à fourrure ! Aujourd’hui est un jour pour moi et vous ! La paix de la ville repose sur nos pattes ! Commencez la patrouille des pattes, mes yeux et mes oreilles de félins ! »

« Miaou ! Miaou ! »

« Si vous voyez quelque chose de suspect, alors gardez un œil sur eux, compris ?! Si quelque chose arrive, courez vers le garde le plus proche et amenez-le à l’incident ! Ensuite, allez miauler là-bas ! »

« Miaou ! Miaou ! Miaou ! »

« Les chats qui se battent pour le bien de l’humanité ! L’humanité qui donne son sang aux chats ! Les cieux pleurent ! La terre pleure ! Les chats pleurent ! Ils seront les témoins de notre chevalerie féline ! La gloire attend ceux qui travaillent dur aujourd’hui ! Un thon séché pour tous, je dis ! Un pour tous ! »

« Miaou ! »

Les chats s’étaient tous dispersés dans diverses directions, se dispersant dans la ville. Son leadership était certainement… incroyable. Il était honnêtement presque trop bon pour être gaspillé sur des chats. Mais encore une fois, le thon séché avait probablement quelque chose à voir avec ça.

« Ah, miaou messire. Vous êtes ici pour purifier la zone ? »

« Eh bien, je suppose que oui. Mais il semblerait que tu as tout pris en charge ici. »

« Mais bien sûr ! Je suis le parfait gardien de cette ville et de la mère de Milady ! Car je suis M. Mitt… Euh… D’Artagnan ! »

Wôw… Il s’était trompé dans son propre nom. C’était plutôt drôle… Oh oui, je devais le prévenir.

« Le seigneur de Xenoahs pourrait vouloir visiter Fiana pendant qu’il est ici… »

« J’ai déjà obtenu une récompense de la princesse ! S’il se comporte de manière insolente devant Dame Fiana, j’ai la permission de le tuer sur place ! »

« N’est-ce pas un peu trop ?! »

Cela causerait un incident international, Sakura… Pardonne ce vieil homme. Je commence sérieusement à me sentir désolé pour ce gars. Il veut juste l’amour de sa fille… Bon sang.

J’avais gentiment demandé à M. Mittens de ne pas assassiner le suzerain, de peur que la déstabilisation politique n’en résulte.

J’avais soupiré tranquillement et vérifié mon smartphone. Le docteur Babylon m’ayant envoyé un mail, je m’étais donc décidé à retourner au château. Les choses semblaient se dérouler assez paisiblement.

Une fois de retour au château, j’avais trouvé Kohaku, Kougyoku, Sango, Kokuyou, et Luli qui m’attendaient pour m’accueillir.

« Mon seigneur, nous envoyons nos propres animaux subordonnés pour surveiller également les rues. »

« Compris. Faites-moi savoir si quelque chose de bizarre se produit. »

Kohaku envoya des chiens et des souris, Kougyoku envoya plusieurs petits oiseaux, tandis que Sango et Kokuyou dispersèrent plusieurs petits serpents dans la zone urbaine. Ils seront une sécurité supplémentaire pour nous. Évidemment, nous ne pourrions pas faire grand-chose des subordonnés de Luli, puisqu’elle gouvernait les dragons. Luli elle-même s’envolerait dans les airs, ce qui lui permettrait d’avoir une vue d’ensemble de tout incident en ville.

J’avais franchi la porte du château et j’avais remarqué un groupe de personnes de Ramissh qui se dirigeait vers la ville. Sa Sainteté le Pape était parmi eux. Je suppose que certains des envoyés étrangers sont déjà en train de visiter la ville du château…

Le pape m’avait remarqué et avait commencé à s’approcher, il y avait un prêtre qui marchait avec elle. Oh ! Je te connais… Tu es Phyllis !

Après tout ce qui s’était passé à Ramissh, Phyllis était devenue cardinale. Elle était aussi la seule personne, à part moi et le pape lui-même, à avoir rencontré Dieu tout-puissant.

Toutes les deux portaient leur badge en forme d’étoile. J’avais été heureux de constater que les deux badges étaient verts.

« G-Grand Duc… Sais-tu quand il arrivera… ? »

Il… ? Ah, ça ne peut vouloir dire qu’une seule personne… Dieu tout-puissant ! Je l’avais informée il y a peu de temps qu’il allait descendre pour le festival, et elle avait fini par s’affoler. Heureusement, elle s’était un peu calmée depuis… Mais pas complètement. Il n’y avait rien que je puisse faire à ce sujet.

« Je ne pense pas qu’il viendra aujourd’hui. Il m’a contacté récemment, je pense qu’il sera là à partir de demain. Ne t’inquiète pas trop, je te ferai savoir quand il sera là. »

« Penses-tu qu’il se souvient de moi… ? »

Phyllis s’était tournée vers moi et avait poussé un léger soupir. Elle semblait préoccupée.

« Il s’en souviendra, tu sais ? Il n’est pas encore sénile, tu sais ? »

« Wh-Whoa ! Ne surgis pas de nulle part comme ça, Karen ! »

J’avais sursauté au moment où mon agaçante sœur était apparue de nulle part pour répondre à Phyllis. Il faut que tu arrêtes de faire ça ! Je vais avoir une crise cardiaque, tu as aussi fait peur au pape et à Phyllis !

« Je vais ouvrir un bureau de consultation dans l’église aujourd’hui, tu sais ? Je suis impatiente de résoudre les problèmes des gens ! Je vais leur montrer mes compétences ! »

Hmm… Ça a l’air super au premier abord, mais la façon dont elle le dit me met mal à l’aise… J’espérais tranquillement qu’elle ne causerait pas de problèmes.

« Eh bien, allons-y ! Les agneaux perdus ont besoin de nous, tu sais ? »

« A-Ah, attendez, Dame Karen ! »

« A-Ah, d-désolée, Grand Duc ! On se voit plus tard ! »

Karen attrapa Phyllis et le pape et commença à les traîner vers la ville. Leurs gardes avaient commencé à se précipiter après les trois, visiblement confus. Je me demande s’il est bon de traiter un représentant étranger comme ça… Bon sang, Karen. Tu es techniquement de la royauté ici, agis un peu plus comme tel !

Je ne m’étais cependant pas trop inquiété. Ils étaient incroyablement en sécurité tant qu’ils étaient près d’elle. Cette fille était effrayante quand elle le voulait.

Quelques groupes supplémentaires s’étaient dirigés vers la ville du château. Il était enfin temps de commencer.

La tour de l’horloge au milieu de la ville sonna huit coups, Babylon lança alors plusieurs feux d’artifice dans l’espace aérien.

Sousuke, qui était positionné dans la tour de l’horloge, commença à jouer de son violon, envoyant une mélodie à travers toute la ville. Il jouait Pomp and Circumstance Marches d’Edward Elgar.

J’avais entendu dire que cette chanson était connue sous le nom de The Land of Hope and Glory au Royaume-Uni, et qu’elle y était adorée au point que beaucoup la considéraient comme leur deuxième hymne national. Je trouvais quelque peu amusant qu’une telle chanson soit maintenant jouée dans un autre monde.

Personnellement, je souhaitais que Brunhild devienne une « Terre d’Espoir et de Gloire » à part entière… J’avais doucement souri, puis je m’étais approché d’un microphone relié aux haut-parleurs de la tour de l’horloge. Il était temps que les festivités commencent officiellement.

◇ ◇ ◇

Le premier jour était bien avancé.

Le commerce était en plein essor, la bataille simulée entre les Frame Gears s’était déroulée à merveille, et les rues de la ville du château étaient maintenant animées.

Il y avait toutes sortes d’étals le long des rues, et de merveilleuses odeurs se mêlaient dans l’air. Je voulais goûter à la nourriture du festival…

Nous avions des gardes de l’ordre des chevaliers qui patrouillaient et surveillaient le crime, et quelques gardes belfastiens et réguliens étaient là pour profiter aussi des festivités. En plus de cela, nous avions les chats de M. Mitten, et les animaux subordonnés de mes bêtes célestes dispersés autour. La sécurité était pratiquement garantie.

Je n’avais donc pas vraiment besoin de patrouiller moi-même…

« Je suppose que je vais m’amuser un peu ! »

« Ça me paraît bien. Les leaders mondiaux ont leurs badges et leurs gardes, alors on peut se la couler douce… »

Leen marchait à mes côtés, vêtue de son habituelle tenue gothique Lolita et brandissant une ombrelle noire.

Les autres étaient partis rejoindre leurs propres familles… Sakura était cependant un peu irritée quand le chef suprême avait essayé de lui parler. Elle essayait probablement de l’empêcher de visiter Fiana. Ce type était vraiment désespéré.

Leen avait proposé de passer un peu de temps avec le Roi Bête de Mismede, mais il voulait se promener un peu tout seul. Elle avait donc décidé de m’accompagner à la place. Leen était assez bien considérée à Mismede, elle avait donc invité quelques amis au festival, mais ils n’étaient pas encore arrivés.

Paula trottinait derrière nous également, mais elle était parfois retenue par des enfants excités qui voulaient l’embêter.

« Hm… ? »

J’avais jeté un coup d’œil vers la scène près de la tour de l’horloge et j’avais vu un essaim de jeunes femmes séduisantes se pâmer devant Sousuke.

Tu fais un concert de piano impromptu ou quoi ?

« Il est franchement étonnant… Je n’ai jamais entendu une mélodie aussi belle de ma vie. »

Même Leen semblait enchantée par la musique. Je m’étais demandé si la nature ensorcelante de sa musique était sa propre marque de divinité… Il portait des vêtements assez voyants, presque comme un musicien de la cour… En fait, maintenant que j’y pensais, il était bien notre musicien de cour…

Il jouait un air français sur son piano, une mélodie assez simple.

Bien que, aussi simple qu’elle soit, il allait sans dire que les compétences de Sousuke surpassaient les miennes de loin. C’était certainement naturel pour lui, mais ce n’était pas trop surprenant… C’est un dieu… S’il n’était pas un dieu, je serais sûrement le meilleur, je le jure !

Je voulais continuer à écouter sa chanson, mais nous étions passés devant lui et nous nous étions dirigés vers l’un des stades.

Il y avait quatre matchs à jouer aujourd’hui, deux dans chaque stade. Deux le matin, et deux l’après-midi.

Les matchs se déroulaient de cette manière :

Stade 1

Matin : Brunhild vs Lestia

Après-midi : Mismede vs Refreese

Stade deux

Matin : Belfast vs Roadmare

Après-midi : Regulus vs Lihnea

Ça me semblait assez simple.

Après la bataille simulée plus tôt, nous avions organisé le tirage qui avait déterminé qui jouerait contre qui.

Nous étions contre le Royaume des Chevaliers de Lestia… Leur équipe était axée sur l’offensive, mais cela ne signifiait pas nécessairement qu’ils avaient beaucoup de poids morts. Ils étaient du genre à accumuler lentement des points pour conserver un avantage.

Logan avait dit qu’il était confiant, que les batteurs de Brunhild étaient plus équilibrés et plus capables que ceux de Lestia.

Le premier match était déjà en cours lorsque j’étais arrivé. Le score était toujours à 0-0. Ils en étaient à la deuxième manche, et Lestia venait de finir de lancer.

J’avais regardé dans les tribunes et j’avais vu le Roi Bête avec l’équipe de Mismede, et l’empereur de Refreese avec son équipe également. Ils regardaient attentivement le déroulement du match.

Mismede affronterait Refreese après ça, et le gagnant affronterait celui qui avait gagné ici. C’était logique qu’ils surveillent le jeu.

J’avais regardé dans les tribunes et j’avais vu le roi chevalier de Lestia assis un peu plus loin que la troisième base. Hilde était assise à sa droite, et leur grand-père était assis à sa gauche.

Du côté des tribunes de Brunhild se trouvait le vieil homme Naito. Lui et ses hommes dégustaient des bières et riaient entre eux.

Les personnes qui travaillaient dans l’ordre des chevaliers et au château avaient droit à un jour de congé pendant le festival afin de pouvoir s’amuser. Je voulais qu’ils se reposent également un peu. Il n’y avait pas beaucoup d’opportunités pour eux de s’amuser comme ça pendant les jours de vacances, alors je les avais laissés les saisir quand ils le pouvaient. Mais évidemment, tout le monde ne pouvait pas prendre le même jour de congé, il y avait donc un roulement qui faisait que certains employés étaient en congé le premier jour, d’autres le deuxième, et ainsi de suite.

Les seuls événements du premier jour étant les matchs de baseball, les personnes qui avaient eu ce jour de congé avaient donc probablement tiré la courte paille… Néanmoins, j’étais heureux de voir qu’ils s’amusaient.

« Ah, monseigneur. Vous patrouillez ? »

« Je regarde juste les alentours pour le moment. Tout le monde s’amuse ? »

« Oui ! C’est le festival d’une ville que nous avons nous-mêmes construite, vous savez ? Bien sûr qu’on s’amuse ! »

D’habitude, le vieil homme ne faisait pas grand-chose pour se faire remarquer, mais il semblait être d’une humeur inhabituellement élevée. C’était probablement dû à l’alcool. Naito était responsable de la construction et des développements agricoles, il était donc probablement très fier de ce que Brunhild était devenu.

J’avais construit les fondations de cet endroit, mais ce sont eux qui construisirent dessus et qui le modelèrent. La ville ne serait pas ce qu’elle était aujourd’hui sans eux. Non, le pays entier avait besoin d’eux.

Je leur avais adressé un sourire, j’avais commandé pour Leen et moi-même du pop-corn et des boissons, et nous avions passé du temps à apprécier le match ensemble avec Naito et les ouvriers.

***

Partie 3

« Quel dommage… ! »

« Oui… Si seulement on avait eu ce dernier point… »

Lestia avait gagné contre Brunhild sur un score final de trois à deux. Ce n’était pas comme si Brunhild était la plus mauvaise équipe, c’était juste la façon dont le match s’était déroulé… Parfois, la victoire était juste circonstancielle.

Les joueurs ayant fait de leur mieux, j’avais décidé de leur apporter des snacks et des boissons après le match.

Le match entre Belfast et Roadmare dans l’autre stade s’était terminé par une victoire de Belfast. Apparemment, leur jeu tactique était supérieur sur toute la ligne.

Mismede vs Refreese et Regulus vs Lihnea auront lieu plus tard dans la journée. Ensuite, les matchs finaux entre les équipes gagnantes auront lieu le jour suivant.

En nous promenant dans la ville, nous avions vu l’entourage de Palouf manger dans un café du coin. Le jeune roi était là, ainsi que sa sœur, le duc Rembrandt, et sa fille Rachael. Ils avaient l’air d’apprécier leur déjeuner.

J’avais détaché mon badge un instant et les avais regardés. Leurs déguisements les faisaient ressembler à une famille ordinaire. J’étais heureux de voir que les illusions fonctionnaient correctement. Leen portait également un badge, mais nous n’avions pas besoin des fonctions de déguisement, les nôtres étaient donc inactifs.

« Yo, vous mangez ? »

« Ah, Grand Duc ! Oui, on a beaucoup marché, alors on faisait une pause… »

Je les saluai donc. Le jeune roi nous proposa alors des sièges à proximité. Rachael était assise en face du jeune roi. Elle tenait le chiot Snorra dans ses mains et regardait à peu près partout sauf vers moi. Elle me détestait vraiment…

« Qu’est-ce que vous allez faire cet après-midi ? »

« Nous avions prévu de voir le match de Lihnea. Nous n’avons pas encore fait connaissance avec le baseball… »

La princesse Lucienne avait pris doucement la parole en souriant. C’était probablement le roi Cloud qui leur avait demandé de venir. J’étais heureux d’entendre que les choses se passaient toujours bien entre eux.

« Nous nous sommes promenés ce matin et n’avons certainement pas manqué de distractions… Le temps a passa si vite que l’on n’avait même pas remarqué l’heure qu’il était ! C’est une ville merveilleuse. Il y a beaucoup de choses que Palouf pourrait apprendre d’elle… »

Le duc Rembrandt regardait les rues en parlant. J’étais extrêmement heureux d’entendre qu’il avait une si haute opinion de cet endroit.

« Ceci étant dit, nous avons trouvé un endroit qui était un véritable gouffre financier… Ça a fini par être plutôt… malheureux. »

« Ah… »

Le duc Rembrandt avait souri au jeune roi, qui était soudainement devenu un peu rouge. Je me demandais de quoi il parlait.

« Ernie ici présent est devenu plutôt accro aux machines à capsules dans le quartier du marché… Il les a utilisées de nombreuses fois. Nous avions beaucoup d’argent, mais Père finissait toujours par le gronder parce que d’autres personnes voulaient aussi avoir la chance de les utiliser. »

« Je voulais vraiment avoir la figurine du comte brillant, c’est tout… »

Rachael jeta un coup d’œil vers un objet posé sur l’une des chaises voisines, je vis alors un sac en papier rempli de jouets en forme de capsule. On dirait qu’il en avait vraiment fait trop…

Attends, elle vient de me parler ! M’a-t-elle déjà pardonné ? Je m’étais retourné pour la regarder, mais cette dernière avait immédiatement détourné son regard. Franchement…

« Tu as finalement réussi à tous les obtenir ? »

« Euh… Je n’ai pas réussi à avoir Grimgerde… »

« Oh ? Mon Frame Gear ? »

« Hein ? »

Le jeune roi regarda Leen avec une expression perplexe. J’avais expliqué à toute la table que Leen était la pilote de Grimgerde. Ils l’avaient ensuite tous regardé avec surprise.

Elle avait beau avoir six cent douze ans, elle ressemblait encore à une jeune femme. Elle ne correspondait probablement pas du tout à l’image qu’ils avaient dans leur tête. Grimgerde avait déclenché une tonne de destruction pendant la bataille simulée après la cérémonie d’ouverture, ils avaient donc probablement pensé que le pilote était quelqu’un de beaucoup plus effrayant.

Les gens savaient que Leen était la magicienne de la cour de Brunhild, et l’ancienne matriarche du clan des fées. Ils savaient aussi qu’elle était ma fiancée… Mais peu de gens semblaient savoir qu’elle était aussi pilote de Frame Gear.

« Chéri, tu n’en as pas un ? »

Leen enfonça rapidement ses doigts dans mon côté tout en me posant cette question.

« Oh, oui… Mais, je veux dire… Ah, peu importe… »

Je voulais que les gens obtiennent les prix de la bonne manière… mais il avait investi beaucoup d’argent dans ce jeu, lui laisser celui-ci ne me dérangeait donc pas trop.

J’avais ouvert mon [Stockage] et j’avais sorti une petite figurine noire de Grimgerde. Leen l’avait ensuite prise et l’avait tendue au jeune roi de Palouf.

« Voilà pour toi. Assure-toi de bien la traiter. »

« Oh, merci beaucoup ! Maintenant, je les ai tous ! »

« Ahaha, pas tout à fait. Nous allons ajouter le Waltraute de Lu et le Rossweisse de Sakura le mois prochain, donc le set aura de nouveaux ajouts… »

« Ah… »

Le jeune roi fronça un peu les sourcils à la suite de mes paroles, ce qui fit doucement ricaner tout le monde. Je ne devrais probablement pas lui dire que le Waltraute de Lu a quatre variantes… Il y a les types : attaquant, booster, lanceur et défenseur… Ça va être difficile de tous les avoir… !

Olba finira probablement par ouvrir une succursale à Palouf… S’il était patient, j’étais sûr qu’il finirait la collection.

Nous n’avions pas seulement ajouté des figurines de Frame Gear à la collection, il y avait aussi de nouveaux Behemoths. Plus précisément, le Heavy Kong, le Grand Sanglier, le Puissant Bison et le Rat Aiguille de l’île Palerius.

Je m’étais quand même demandé s’il n’y aurait pas une plus grande demande pour des figurines de Béhémoth en vinyle, ou des modèles réduits de Frame Gears en plastique… Je n’étais pas vraiment sûr que nous ayons la technologie pour produire en masse ce genre de choses… Surtout que nous aurions besoin de colle. Ce monde n’avait pas vraiment de plastique, cela pourrait donc être un problème. Mais les os des bêtes magiques avaient une composition similaire.

Hmm… Mais si nous pouvons faire ça, peut-être pourrons-nous trouver comment utiliser la magie pour les produire plus facilement…

Alors que je continuais à réfléchir, Leen me donna un coup sur le côté. Argh ! Bien, je vais garder les pensées professionnelles pour plus tard.

Après avoir terminé notre repas, le groupe de Palouf décida d’aller voir le match de Lihnea.

Très bien, où devrions-nous aller ensuite…

« Ah… Euh… ! »

Cette voix soudaine me fit tourner la tête, et je vis Rachael qui regardait le sol. Elle tenait fermement le chiot Snorra contre sa poitrine. Je me demandais ce qu’elle voulait…

« Je suis désolée… À propos de l’autre jour… Je… Je comprends maintenant que je suis loin du sommet… »

Oh… On est loin de la petite fille suffisante à qui j’avais parlé récemment. On dirait qu’elle a bien réfléchi. En fait, maintenant que je repense à cette journée, elle a été plus maladroite avec moi que détestable… Je suppose que c’est logique…

« … C’est bon. Souviens-toi juste que tu ne peux pas te considérer comme le meilleur. Il y a beaucoup de gens dans le monde qui peuvent te surpasser de bien des façons. Même moi, il y a des gens que je ne peux pas égaler dans certains domaines, et je perds contre eux tous les jours. »

« Qu-Quoi ?! Vraiment ?! »

Il serait plus juste de les appeler des dieux plutôt que des gens, mais quand même… Je me demandais quand j’arriverais à gagner. J’étais probablement un millier d’années trop jeune…

« Je… dois protéger Ernie… Même si je pensais que j’étais imbattable… J’ai quand même perdu contre toi, alors j’ai réfléchi pour voir à quel point je suis forte… »

Elle commençait à avoir l’air de plus en plus malheureuse, et elle avait laissé sa tête pendre avec honte. Hein… Je suppose que c’est elle qui manque de confiance en elle pour une fois… Bon sang…

Ce n’était pas comme si elle n’était pas forte. Son adversaire était juste un opposant surpuissant… Mais je ne pouvais pas lui dire ça, car elle ne le prendrait pas comme sincère.

J’étais à court de mots, mais Leen avait soudainement ouvert la bouche.

« C’est vrai, si tu deviens forte, tu pourras protéger le roi de Palouf. Mais n’importe quel chevalier fort pourrait le faire, non ? Tu dois réfléchir davantage, jeune fille. Il y a quelque chose que toi seule peux faire. »

« H-Hein… ? »

Les paroles de Leen incitèrent Rachael à lever la tête.

« La vie d’un roi est une vie d’épreuves et de lutte. Parfois, il peut être difficile d’affronter ces choses seul. C’est pourquoi tu dois être son roc. Bien sûr, ses conseillers peuvent soutenir les affaires politiques et militaires, mais tu dois être là pour soutenir son cœur. Tu dois rester à ses côtés, t’inquiéter à ses côtés, rire à ses côtés, sourire avec lui et être là pour lui. Tu n’as pas à le protéger uniquement par la force brute. Tu peux devenir son soutien en étant là pour lui à un niveau personnel. C’est quelque chose que toi seule peux faire. Tu peux devenir un bouclier qui protège le cœur de celui qui compte pour toi… Tout comme moi. », dit Leen en souriant tout en prenant ma main.

O-Oh bon sang, comme c’est embarrassant… Paula avait soudainement porté ses mains à son propre visage comme si elle rougissait. Bon sang, Paula, tes talents de mime sont trop bons !

« Est-ce que je peux vraiment faire ça… ? Puis-je devenir son bouclier… ? »

« Une femme bien peut être exactement cela pour son homme. Elle peut devenir une personne irremplaçable dans sa vie. Si tu veux mon avis, tu es la seule qui puisse faire ça pour lui. J’en suis sûre… Toi seule peux soutenir le cœur du roi, et marcher à ses côtés. Ne perds pas espoir. »

« … D-D’accord ! »

Rachael nous sourit à tous les deux et courut pour rejoindre la délégation de Palouf.

Elle avait certainement obtenu un rétablissement rapide… J’avais fait un petit sourire en la voyant s’accrocher au bras d’Ernest.

« C’était un conseil intéressant que tu lui as donné. »

« Eh bien, ce n’était pas entièrement mon idée… Je n’ai simplement fait que lui dire ce que ta sœur m’a dit, chéri… »

Donc c’était l’idée de Karen… Pas étonnant que ça sonnait si faux… Mais franchement, elle a vraiment un don avec les mots. Et franchement, c’est un peu effrayant.

« Alors, où allons-nous maintenant, Chéri ? »

« Ah… Mon bras… »

Leen tira sur mon bras comme pour me guider dans la rue. J’étais sérieusement embarrassé…

« Hmm ? Tu ne veux pas me serrer le bras, chéri ? Je ne suis peut-être pas douée pour m’accrocher à toi… Tu crois que tu es le seul timide ici ? Je suis celle qui a le courage de prendre l’initiative… Ne devrais-tu pas jouer le jeu ? »

« Ahh… Je suppose que tu as raison. Hm… Il va y avoir un spectacle de marionnettes dans un petit moment. Tu veux aller le voir ? »

« Comme tu le veux, Grand Duc ! »

Leen sourit et fit un clin d’œil pour accompagner sa réponse à moitié sarcastique, et nous étions partis dans la foule.

***

Partie 4

Le deuxième jour était bien entamé.

Les finales de baseball et les matchs préliminaires du tournoi de shogi se déroulaient pendant cette journée. Il y aura ce matin les demi-finales avec Lestia contre Mismede au stade 1, et Belfast contre Regulus au stade 2. Puis, l’après-midi, les équipes gagnantes s’affronteraient dans le match final.

Il y aurait aussi un match pour la troisième place autour du déjeuner. Nous avions veillé à ce que les équipes ne soient pas épuisées. Il y avait beaucoup de potions d’endurance à portée de main de Flora et du laboratoire d’alchimie.

Les matchs de shogi allaient se dérouler du matin au soir. Nous avions eu un nombre étonnamment élevé de participants, plus que ce que nous avions prévu.

Le shogi avait des limites de temps pour les mouvements, mais les règles étaient trop compliquées. J’avais décidé que nous donnerions à chaque joueur un maximum de deux minutes pour effectuer son tour.

Nous avions pu faire respecter cette règle en utilisant des pièces de shogi magiques qui devenaient grises après une minute, puis noires après deux minutes. C’était assez simple.

S’ils jouaient leur tour avant que la pièce ne devienne noire, ils étaient en sécurité. Sinon, ils devaient déclarer forfait.

Nous avions aussi un sablier pour montrer aux joueurs combien de temps il leur restait.

Honnêtement, j’aurais aimé que le tournoi se déroule selon des critères corrects, mais il y avait beaucoup plus de participants que prévu. Le shogi était un jeu qui ne se souciait ni de l’âge ni du sexe, toutes sortes de personnes avaient donc décidé de s’y essayer. J’étais sûr qu’il y aurait aussi des gens qui voudraient faire durer leur tour aussi longtemps que possible pour pouvoir réfléchir.

Quoi qu’il en soit, les préliminaires se terminaient aujourd’hui, et les gagnants s’affronteraient le troisième jour entre eux ainsi que contre les joueurs spéciaux que j’avais invités.

À mon arrivée, la salle était bondée de participants et de spectateurs. Quelques-uns des invités, comme Dolan et le jeune roi de Palouf, observaient déjà attentivement certains matchs.

Personnellement, je ne m’intéressais pas vraiment au shogi, je me contentais donc de me promener un peu.

L’un des participants avait intentionnellement retourné la table alors qu’il était sur le point de perdre, mais nous avions des planches de shogi spécialisées qui enregistraient les positions de chaque pièce. Sa tentative avait été complètement vaine… Il fut bien sûr disqualifié. Certaines personnes n’avaient vraiment pas de manières du tout.

Le vieux Naito était chargé de superviser ces matchs, mais il avait clairement la gueule de bois suite à la soirée de la veille.

« Oui… Je suis sûr qu’il est encore un peu ivre… »

« On dirait quand même que tout le monde s’amuse. Regardez là-bas, un homme plus âgé joue joyeusement avec un adversaire plus jeune… »

Yae pointa du doigt ce qui était probablement un grand-père et son petit-fils jouant un match de shogi ensemble. D’après ce que l’on voyait, le gamin donnait du fil à retordre au vieil homme.

« Oh, mais au fait, Yae… Est-ce bon pour toi d’être loin de Jutaro ? »

Yae et Hilde s’étaient ostensiblement inscrites au service de sécurité de leurs familles, et j’étais curieux de savoir pourquoi Yae était ici au lieu de se promener avec son frère comme Hilde le faisait avec le sien.

« Mon frère va certainement travailler dur pour le tournoi de demain. C’est pourquoi il s’est entraîné sur le terrain depuis ce matin. Je ne veux pas le déranger, donc… J’… J’ai pensé que je pourrais me joindre à toi aujourd’hui, Touya-dono… »

Yae avait légèrement rougi en entrelaçant ses doigts. Je n’avais certainement aucune raison de ne pas l’accompagner, j’étais donc flatté.

« Très bien, devrions-nous aller voir les stades de baseball ? Il devrait être temps que les équipes soient décidées. »

« A-Ah… B-Bien, dans ce cas… je peux aller me changer d’abord, n’est-ce pas ? J’aimerais te retrouver à la Lune d’Argent, je… »

« Hein ? Euh oui, bien sûr… »

Yae hocha la tête et commença à se diriger vers le château. Je ne pensais pas vraiment qu’elle avait besoin de se changer… Mais elle était probablement gênée d’être en sueur après son entraînement matinal.

J’avais commencé à me diriger vers la Lune d’Argent, mais je m’étais arrêté quand quelqu’un tira fort sur l’ourlet de mon manteau. J’avais failli trébucher.

Alors que je me retournais pour me plaindre, j’avais remarqué que c’était la toute petite poivrote… Suika. Mais qu’est-ce qu’elle voulait, bon sang ? !

« … Qu’est-ce que tu fais ? »

« Touya… Le dieu de l’alcool a besoin de ton aide… De l’argent… De l’argent, maintenant… J’ai besoin d’argent… Karina a pris mon alcool ! Donne-moi de l’argent ! C’est un péché de ne pas se bourrer la gueule pendant un festival ! Auuugh ! »

Suika commença à grogner bruyamment tout en s’accrochant à moi.

Lâche-moi ! Tu as le nez qui coule ! Je pensais que, puisqu’elle était le dieu de l’alcool, elle pouvait fabriquer son propre alcool à partir de rien, mais ce n’était pas le cas. Comme cela nécessitait une divinité, elle n’avait pas le droit de le faire ici. En ce qui concerne ses pouvoirs, elle disposait d’une analyse avancée lui permettant d’identifier tout alcool qu’elle buvait, et elle avait également la capacité de rester sobre quelle que soit la quantité d’alcool ingérée. Il semblerait qu’elle n’avait pas vraiment de pouvoirs pratiques.

Mais bon… Je me demande si elle peut utiliser le style du poing ivre… Ce serait effrayant…

« N’as-tu pas une coupe magique qui peut produire de l’alcool à l’infini ? C’est l’un de tes trésors sacrés, n’est-ce pas ? »

« Ne me dis pas ça ! Cette coupe ne peut produire que du vin sacré ! J’en ai marre de le boire, aaagh ! Je ne veux pas boire ça ! Je veux boire les différents trucs de ce festival ! Il y a des trucs de partout ici ! Allez ! Allez ! »

Suika commença à taper du pied comme une enfant. Je pouvais comprendre ses sentiments, mais j’aurais aimé qu’elle agisse de manière un peu plus adulte… Après tout, elle était censée être un être divin. N’avait-elle pas de fierté en tant que déesse ?

On disait qu’on ne pouvait pas gagner un débat contre des enfants ou des ivrognes, et malheureusement, elle était les deux à la fois.

Ah merde… Les gens nous regardent…

Je soupirai doucement et m’accroupis pour que mes yeux soient au niveau des siens.

« Tu pourras boire après la fin du festival. Si tu restes sobre et que tu aides les femmes de chambre, on s’arrangera pour que tu puisses boire des trucs variés après, d’accord ? »

« C’est tout ce que tu avais à dire, patron ! Je ne boirai rien si cela signifie que je peux avoir ce que je veux plus tard ! Promis ! Je vais devenir sobre à partir de maintenant ! »

Honnêtement, c’était un peu bizarre de voir quelqu’un qui ressemblait à une enfant parler de devenir sobre. Mais franchement, ce n’était pas grave. J’étais juste content qu’elle ne soit plus ennuyeuse.

« Très bien, alors. C’est bon ? Juste… prends ça avec toi pour l’instant, ok ? Ça devrait te dépanner. »

J’avais ouvert le [Stockage] et j’avais sorti une pièce d’or, et un sac de viande de bœuf… Ou plutôt, de la viande de dragon séchée, que j’avais ensuite passée à Suika.

Cette pièce était suffisante pour son argent de poche, et j’étais sûr qu’elle le dépenserait en alcool. Bon marché ou cher, l’alcool était de l’alcool pour elle.

D’après Suika, même le goût ne comptait pas tant que ça. Elle disait que même un mauvais alcool avait sa propre nuance et sa propre saveur, ce qui était quelque chose que je n’arrivais pas à comprendre. Honnêtement, j’étais curieux de savoir pourquoi elle voulait savourer les différentes boissons du festival alors qu’elle les avait probablement déjà toutes essayées, mais je ne pouvais pas prendre la peine de le lui demander. Pourtant, avec tout ça, elle devrait pouvoir tenir les trois jours. Au moins, comme ça, je n’avais pas à m’inquiéter qu’elle me harcèle à nouveau.

« Woohoo ! Merci ! Merci beaucoup, Grand Frère ! »

Suika me donna un petit coup de bec sur la joue et s’éloigna rapidement en direction du magasin de spiritueux. Acheter son affection n’avait pas pris beaucoup de temps…

Après l’avoir laissée derrière moi, je m’étais dirigé vers la Lune d’Argent, qui était bien plus fréquentée que d’habitude.

Il était juste avant midi et la salle à manger était bondée de convives. Les invités devaient attendre encore plus longtemps que le premier jour… Il y avait probablement un manque de personnel, car Dolan était parti regarder les matchs de shogi.

D’habitude, il n’y avait pas autant de monde, et donc deux serveurs suffisaient pour gérer la foule un jour normal.

J’avais passé la tête dans la cuisine et j’avais vu Micah travailler désespérément, un plat après l’autre. Elle était clairement en train de mener sa propre guerre là-dedans.

« Hé là. Besoin d’aide ? Pfft. »

« Ah, entrez, entrez ! Je suis vraiment occupée, désolée ! Pouvez-vous amener cette commande à la table 3, s’il vous plaît ?! »

En fait, je plaisantais en disant ça, mais il semblerait qu’elle avait sérieusement accepté mon offre. Elle m’avait immédiatement jeté un plateau de soupe, de viande et de légumes frits. Quoi, sérieusement ? ! Il n’y a aucun moyen de dire que je plaisantais maintenant… Je vais passer pour un con ! J’avais apporté la commande à la table 3, en alignant les plats devant les invités. Et alors que je terminais, un autre client avait levé la main et m’avait fait signe.

« Hé là, sers-nous un ragoût de tato, une salade de légumes, et un polo grillé. »

« Huh ? Ah, d’accord… Ragoût de tato, salade de légumes… Un polo grillé. Entendu. »

D’accord, l’ordre est mémorisé… Attends une seconde. Je ne suis pas un serveur, bon sang !

J’étais retourné à la cuisine et j’avais donné la commande à Micah. Elle m’avait alors tendu un autre plateau et me renvoya dehors.

Attends une seconde, bon sang ! J’avais essayé de parler, mais j’avais été réduit au silence par l’intensité de son regard. Elle me criait pratiquement dessus avec ses yeux. Si c’était une zone de guerre, alors Micah elle-même était un terrifiant seigneur de guerre.

Même moi, grand-duc ou pas, je ne pourrais pas lui tenir tête dans cet endroit.

Je soupirai en signe de défaite alors que j’apportais la commande suivante à la table désignée, me lamentant intérieurement sur mon propre sort.

« Seigneur ? ! Que faites-vous… ? »

La voix venait de Lanz, un de nos chevaliers. Il venait d’entrer dans la pièce et m’avait repéré. Oh, il est ici pour le déjeuner ? Ou peut-être qu’il est là pour voir Micah… Quoi qu’il en soit, je vais pouvoir m’en sortir !

« Lanz ! Je te donne par la présente un ordre royal ! »

« H-Huh ?! Oui Seigneur ! »

« Pour le reste de la journée, tu dois travailler ici à la Lune d’Argent ! Tu es sous le commandement de Micah ! Je vais prévenir l’ordre des chevaliers. Tu dois prendre des commandes et apporter des plats. C’est un devoir vital, Lanz ! »

« Hein ? Mais… Ah… Oui Seigneur ! »

Lanz fit un salut et s’était élancé dans la cuisine. J’étais heureux de voir à quel point il était dévoué. C’était logique, puisqu’il était de Lestia.

Presque immédiatement, il était sorti avec un tablier, portant des plats aux tables et prenant autant de commandes qu’il pouvait.

Ne pense à rien de mal envers moi pour ça, Lanz… Utilise ça comme une chance de te rapprocher de Micah.

Je ne voulais plus être utilisé pour servir des tables, j’étais donc sorti de la Lune d’Argent, laissant Lanz à son sort.

J’avais attendu Yae près de l’entrée et j’avais envoyé un message à Lain pour savoir ce que Lanz allait faire pour le reste de la journée. Il semblerait qu’il n’était pas vraiment nécessaire pour l’entraînement, donc tout allait bien.

***

Partie 5

Dolan va être aussi occupé demain… Micah devrait certainement poster une annonce de travail à temps partiel dans la guilde… Ça lui permettrait probablement d’avoir quelques mains supplémentaires.

« Je suis vraiment désolée de t’avoir fait attendre. »

« Ah… »

Je m’étais tourné vers la voix et j’avais vu Yae. Elle portait un magnifique yukata, et ses cheveux étaient attachés.

Son yukata était violet clair et avait des fleurs imprimées sur le côté, c’était des gloires du matin. Elle portait des sandales geta et un obi bleu pour lier le tout. En bref… elle était éblouissante.

« Tu avais dit que ce serait un festival, n’est-ce pas ? Alors j’ai demandé à ma mère que mon frère l’apporte… Tu l’aimes, pas vrai ? »

« Ah… Ça te va vraiment bien, Yae. Je ne sais pas si je peux le dire avec des mots, mais… tu es superbe… »

« A-Ah, c’est vrai ? »

Il y avait aussi d’autres personnes portant des yukatas en ville aujourd’hui, c’était parce que Brunhild avait beaucoup d’immigrants d’Eashen vivant sur ses terres. Dans ce monde, les yukatas étaient traditionnellement portés lors des célébrations d’Eashen.

Cependant, de toutes les personnes que j’avais vues aujourd’hui, c’était Yae qui avait l’air la plus à l’aise dans son yukata. Je suis probablement partial puisque je l’aime, mais…

« J’ai sûrement dû laisser mon katana derrière moi. »

« Eh bien, c’est logique… »

Un katana et un yukata… Ça n’aurait pas été très joli si elle avait opté pour un look plus masculin cette fois-ci. J’étais heureux de voir que Yae avait choisi d’être plus féminine, plutôt que de ressembler à un samouraï sans seigneur.

« Ne t’inquiète pas. Je cache une dague dans ma poitrine. »

Cela lui ressemble vraiment.

« Très bien, dirigeons-nous donc vers le stade. Maintenant que j’y pense, les finalistes ont probablement déjà été déterminés. Le match de consolation est probablement en cours. »

« Ah, très bien… A- Ah… Touya-dono… ? Pouvons-nous nous tenir la main ? »

Yae avait nerveusement tendu une main vers moi, et je l’avais prise d’une poigne ferme. Nous étions tous deux clairement embarrassés, des rougeurs sur le visage, mais nous avions joyeusement continué à traverser la ville.

Honnêtement, je n’aurais jamais cru que cet événement attirerait autant de monde. D’après le rapport du premier jour, un tas de gens avaient monté des tentes à l’extérieur de la ville parce qu’ils ne trouvaient pas de logement. Nous avions probablement besoin de plus d’auberges si nous devions refaire ça.

Nous avons déjà beaucoup de logements, alors… peut-être devrions-nous avoir des auberges spéciales qui ne seront ouvertes que pendant la période du festival ?

Nous étions arrivés au stade 2 à temps pour voir le match de consolation en cours qui déterminera la troisième place. Les résultats du match étaient affichés sur un grand panneau.

« Le gagnant du stade 1 est Mismede, et le gagnant du stade 2 est Belfast… »

« Ça veut dire que le match de consolation est entre Lestia et Regulus, c’est ça. »

Ça semblait correct. Nous étions entrés dans le stade pour trouver le match à sa troisième manche. Le score était toujours nul des deux côtés. Regulus était à la batte.

Au moment où on s’était assis, une acclamation jaillit du banc des batteurs. J’avais levé les yeux et j’avais vu la balle blanche s’envoler dans le ciel. Oh, elle se dirige par ici… ? Oh, elle est là ! Oh, elle a atterri.

Les rires et la joie résonnèrent dans le stade en un éclair. C’était un home run spectaculaire !

Le batteur leva son bras en l’air en parcourant les bases. Regulus avait beaucoup de frappeurs lourds, probablement les meilleurs du monde entier.

Le score était maintenant de zéro à deux. Le match semblait entrer dans le vif du sujet, et l’équipe adverse pourrait faire une remontée. Nous avions tous deux décidé de regarder le match pendant un moment…

À la fin, Regulus continua à avoir deux points d’avance et Lestia n’avait pas pu les rattraper.

Ainsi, la troisième place était déterminée.

Il ne restait plus que le match final entre Mismede et Belfast dans le stade 1.

« Je me demande vraiment qui va gagner. »

« Mismede est définitivement meilleur en termes de force physique, mais il leur faudra plus que ça pour gagner. Belfast a une équipe plutôt bien équilibrée. Ils ont une bonne attaque, une bonne défense, et de la vitesse. »

Le public commença à se diriger vers le stade 1, il semblerait que la plupart d’entre eux avaient l’intention d’assister au dernier match.

On avait aussi pris ce chemin, et on était tombé sur le groupe de Belfast en chemin. Ils portaient leurs badges et ressemblaient probablement à des gens ordinaires pour les spectateurs.

Yumina parlait à son père, qui était apparemment à la salle de shogi jusqu’à récemment.

« Vous êtes venu voir les finales ? »

« Oui, mais je voulais continuer à regarder le shogi… Touya, mon garçon… La prochaine fois que nous ferons quelque chose comme ça, s’il te plaît, ajuste mieux les horaires. Ça a été une journée plutôt mouvementée pour moi. »

J’avais hoché doucement la tête vers le roi. Franchement, tu devrais être reconnaissant que j’ai réussi à faire ça… C’était un plan de dernière minute que j’ai sorti de mon cul !

Il semblerait que le roi de Belfast voulait voir autant de shogis que possible en raison du fait qu’il participerait le jour suivant.

Le Duc Ortlinde était resté dans la salle de shogi, puisqu’il participerait aussi au tournoi du lendemain. Je me demandais si Sue allait se lasser de le côtoyer et nous chercher…

Yae et Yumina discutaient ensemble quand soudainement...

« Oncle ! Touya ! Oh ! Yumina et Yae aussi ! »

Sue fonça vers nous à toute vitesse, accompagnée de Leim, le majordome de la famille Ortlinde. Elle s’était faufilée dans mon dos comme un insecte et s’était accrochée.

Elle montrait vraiment son côté enfantin quand elle agissait comme ça… Mais c’était quand même adorable.

« Donc tu es venu, après tout… Regarder le shogi t’ennuyait-il tant ? »

« Oui ! C’était juste des gens qui faisaient des trucs ennuyeux et qui applaudissaient ! Père regardait juste le plateau de jeu et marmonnait pour lui-même tout le temps. Pas drôle du tout… ! »

Sue avait gonflé ses joues et fit la moue. Elle était certainement plus orientée vers l’action. Regarder du shogi, un jeu aussi analytique devait être ennuyeux pour elle. Quoi qu’il en soit, j’étais d’accord pour qu’elle se joigne à nous. J’étais d’accord pour que nous regardions tous le baseball.

Sue était descendue de mon dos et avait tourné son attention vers Yae.

« C’est si joli, Yae ! C’est un Kim mono ? Euh… Kim-oh-no ? »

« C’est un yukata ! Nous les portons pendant les festivals à Eashen. »

« C’est pourtant très beau… On devrait tous préparer nos propres yukatas pour le prochain festival ? »

« J’aime cette idée, Yumina ! Je veux en porter un, oui ! »

« Alors j’apprendrai davantage de ma mère. Celui-ci a été fait par elle. Linze-dono pourrait aussi m’aider à ce sujet. »

J’avais écouté sans rien faire leurs discussions de filles pendant que nous marchions vers le stade.

La finale du tournoi était sur le point de commencer.

◇ ◇ ◇

Ils s’étaient précipités. Deuxième base… puis troisième… et une charge téméraire vers le marbre !

La balle était lancée comme un rayon laser et se dirigeait vers le receveur. Le coureur de Mismede était aux prises avec le receveur de Belfast, et c’était très serré…

Un nuage de poussière s’était soulevé entre les deux alors que le coureur glissait vers le marbre… La foule entière était sous tension, se taisant dans l’attente de la décision. Le silence était brisé par la voix de l’arbitre.

« Sauvé ! »

Une acclamation éclata dans la foule. Les joueurs de Mismede s’étaient précipités hors des bancs et avaient commencé à soulever le coureur qui avait réussi à atteindre le marbre.

La finale s’était soldée par un match nul pendant les neuf dernières manches, avec un score nul de chaque côté. Mais Mismede l’avait finalement emporté avec un score final de deux à un.

Ainsi, Mismede remporta le premier tournoi international de baseball du monde. Belfast était arrivé en deuxième position, et Regulus en troisième.

Des confettis et des serpentins sous forme de ruban argenté avaient été lancés au-dessus de nos têtes, célébrant la victoire de l’équipe.

Bon sang, c’était un grand match… Les deux équipes ont vraiment tout donné.

Un tonnerre d’applaudissements retentit dans le stade, étouffant tout autre son. Après cela, il y avait eu la cérémonie de remise des prix.

En tant que dirigeant de la nation hôte, j’avais remis un trophée et un bouclier commémoratifs au capitaine de l’équipe, puis des médailles aux autres joueurs.

J’avais travaillé sur un système similaire à celui des Jeux olympiques, dans la mesure où le type de médaille différait en fonction du rang. La troisième place recevait des médailles hihi'irokane, la deuxième des médailles en mithril, et la première des médailles en orichalque.

Habituellement, aux Jeux olympiques, les participants recevaient une prime en espèces de la part du pays hôte, mais j’avais laissé cette tâche à leur pays d’origine cette fois-ci.

Le trophée et les médailles étaient tous gravés de l’inscription « Premier tournoi international ». Et même si certaines nations n’avaient pas participé, c’était quand même le premier… J’espérais que plus de pays participeraient à de futures célébrations comme celle-ci.

Le public était toujours aussi enthousiaste et continua à faire des éloges aux participants sous forme d’ovation. J’avais décidé qu’en guise de prime spéciale, l’équipe gagnante serait autorisée à célébrer sa victoire dans le château de Brunhild. J’avais personnellement acheté de la nourriture et de l’alcool, et j’avais décidé de leur offrir un festin somptueux. J’espérais qu’ils ne feraient pas sauter les bouchons de champagne ou autre… Je ne voulais pas que la pièce soit en désordre. Mais encore une fois, je ne pensais pas que ce monde avait ce genre de coutume, donc tout irait probablement bien.

Ainsi, le tournoi de baseball s’était terminé sans incident majeur.

Il était presque quatre heures de l’après-midi, et les matchs de qualification de shogi battaient toujours leur plein.

Yae, Yumina et Sue m’avaient suivi pendant que je retournais à la salle de shogi.

Il n’y avait pas autant de monde que dans la matinée. La plupart des gagnants et des perdants avaient probablement déjà été déterminés.

« Oh, Père ! »

Sue avait rapidement désigné le Duc Ortlinde et s’était dirigée vers lui.

« Eh bien, il semble que Mismede ait gagné le tournoi de baseball, hm ? La nouvelle s’est déjà répandue ici. »

« C’est en effet un peu dommage pour Belfast. »

« Eh bien, il y a un sens à la victoire et à la défaite, mon frère. La deuxième place est une raison plus que suffisante pour que nous soyons fiers de notre patrie. »

Le match aurait vraiment pu basculer d’un côté comme de l’autre, et tous les spectateurs de la finale le savaient aussi. C’était une victoire bien méritée et un match serré.

« Et comment vont les choses ici ? »

« Je dois dire que tout se passe plutôt bien. Il y a quelques joueurs formidables dans la course ici… Franchement, des gens avec qui je préférerais même éviter de me mesurer. »

C’était intéressant de l’entendre exprimer son inquiétude de cette façon. En comptant les invités et les personnes qui étaient passées, il y avait un total de trente-deux participants au tournoi du troisième jour.

Si tout se passait bien, un gagnant serait désigné dans la soirée… Néanmoins, j’étais curieux de savoir comment la pression de jouer plusieurs tours consécutifs affecterait les performances des participants. Il aurait été bon d’augmenter un peu le temps entre les matchs, mais nous avions beaucoup plus de participants que prévu… Il fallait qu’ils s’y fassent.

***

Partie 6

Notre plan était d’utiliser un écran pour diffuser les matchs, afin que plus de gens puissent les voir. J’aiderais Monica et Rosetta à installer l’écran avant le début des matchs.

Ça allait être un travail difficile, mais ça devait être fait. Mon smartphone s’était alors mis à vibrer, je l’avais donc sorti de ma poche de poitrine.

« Ah, veuillez m’excuser… »

J’avais fait signe à Yumina et aux autres avant d’utiliser la [Téléportation] pour rejoindre une église à la périphérie de la ville.

« Alors, il vient demain ? ! Qu-Quand ? »

« À midi, je pense. Mais ça pourrait être plus tôt ou plus tard, tout dépend vraiment de lui. »

Je parlais au pape du message que j’avais reçu sur mon téléphone. Sa respiration était soudainement devenue irrégulière et désordonnée… Elle paniquait vraiment. Allait-elle s’en sortir ? Elle est assez âgée, alors j’ai peur qu’elle ait une crise cardiaque ou autre… Elle n’a pas genre… 60 ans, au moins ? Eh bien, ce n’est pas comme si j’allais demander… Ce serait malpoli.

« Que… Que devons-nous faire, Votre Sainteté ? »

« Calmez-vous, Phyllis. Il n’y a rien à gagner à prendre de l’avance… »

Les prêtres qui les accompagnaient n’avaient aucune idée de ce que nous étions en train de faire, alors ils étaient restés bouche bée pendant un moment. Seule la cardinale Phyllis avait compris les implications de ce dont on parlait, ce qui lui avait valu une gestuelle anxieuse. Je suppose que c’était logique. J’étais le seul ici à pouvoir gérer une visite du Dieu Tout-Puissant avec autant de désinvolture.

Karen marmonnait pour elle-même pendant que les deux femmes Ramissh se chamaillaient.

« C’est un peu étrange, vous savez ? Le dieu des mondes qui descend dans le royaume des mortels… Cela n’a pas été observé depuis des millions d’années, vous savez ? »

Il est pourtant déjà descendu une fois… Techniquement, c’était plutôt un avatar… donc il serait plus approprié de dire que les deux dernières fois où je l’ai rencontré dans ce monde, c’était juste une partie de lui… Son pouvoir doit être vraiment immense.

Je ne savais pas s’il allait refaire le coup de l’avatar, ou bien sauter dans un corps humain et descendre comme les autres dieux.

« Je-J’espère qu’on ne le contrarieras pas… Si nous nous retrouvons responsables de l’apocalypse, je… »

« Ça n’arrivera pas. Je te rappelle qu’Il a une politique de non-interférence ? Ne t’inquiète pas de sa venue, il est juste là pour se détendre un peu. »

J’avais essayé de calmer Phyllis avant qu’elle ne s’emballe à nouveau. Je me demandais si elle irait vraiment bien… Elle ne se comportait pas comme une cardinale.

« En plus, mes sœurs et moi serons là, d’accord ? Rien ne va mal se passer. »

« A-Ahh… En fait, toute cette histoire avec le dieu servile est encore en suspens, donc… J’espère qu’il n’est pas en colère contre moi, tu sais ? »

Karen soupira et croisa les bras.

Il pourrait l’être… S’occuper de ce dieu NEET était bien ton boulot, non ? Et maintenant, il est parti et s’est fait absorber par cette méchante bête Divine, et il est complètement hors de notre portée…

Elles auraient pu m’aider à le vaincre lors de la dernière rencontre, mais Karen avait fait en sorte que Moroha et elle soient en retard au rendez-vous…

La méchante bête divine n’avait rien fait depuis. C’était une bonne nouvelle à certains égards, mais c’était aussi inquiétant. Les Petites Phases apparaissaient ici et là et étaient généralement vaincues par des aventuriers de haut rang.

Mais oui… je traînais trop. Je devais vraiment trouver un moyen de réparer la frontière du monde.

J’en étais certain, c’était techniquement possible. Le Monde Inversé que le Vieux Palerius étudiait était probablement la clé de tout cela.

Ma théorie actuelle était que l’un des Gollems du Monde Inversé avait pu être amené dans ce monde par l’une des expériences de Palerius… Et il aurait pu avoir une sorte de pouvoir spécial.

Il était possible qu’en utilisant ce pouvoir, Palerius ait pu réparer la barrière. Mais je n’avais rien d’autre qu’une hypothèse pour avancer, là.

Alors que je réfléchissais, j’avais soudainement entendu un grand bruit… Comme un animal qui miaulait au loin. Est-ce un chat ?

Je m’étais retourné et j’avais vu des dizaines de chats se ruer vers l’église. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?!

Ils continuaient à miauler encore et encore en sautant sur moi. Ce n’était pas comme s’ils m’attaquaient, mais plutôt comme s’ils essayaient de m’inciter à les suivre… Mais où ? J’avais utilisé une [Porte] pour attraper Kohaku dans le château. Elle pouvait après tout comprendre le langage des chats.

Les chats s’étaient immédiatement calmés en présence du Monarque Blanc.

« Alors, qu’est-ce qu’il y a ? »

« Ah… Il semblerait que M. Mittens soit engagé dans un duel… Ils vous demandent de l’arrêter et d’interrompre le combat. »

« Ce chat est en train de se battre en duel ? ! Avec qui ?! »

« … Le maître de Xenoahs. »

TU TE MOQUES DE MOI !

Le sabre et la rapière s’entrechoquèrent, faisant voler des étincelles. M. Mittens lâcha une rafale de coups vers le chef suprême. Mais le chef démon ne se laissait pas battre si facilement. Il utilisait son sabre pour parer les coups et s’était approché pour effectuer une frappe tranchante horizontale. Cependant, M. Mittens était un chat agile, il avait ainsi habilement évité la lame.

« Assez, Seigneur Chat ! »

« Il est hors de question que je mette un terme à ce combat ! Je ne peux pas du tout dire que je suis apte à garder Dame Fiana si je ne suis même pas capable d’en faire autant ! »

M. Mittens avait fait un sourire et avait rétréci ses yeux.

Tous deux s’approchèrent l’un de l’autre sur le terrain vide de l’école alors que le soleil se couchait au loin derrière eux. Ils avaient donné un coup de pied au sol en tandem, réduisant la distance entre eux… Ils étaient tous deux prêts à porter des coups mortels, quand…

« [Glissade] ! »

« Gwah ! »

« Miaou ?! »

Ma magie les avait fait à la place tomber sur leurs fesses. Ces deux-là étaient complètement stupides.

J’avais laissé échapper un soupir tandis que les deux personnes… Ou plutôt, l’homme et l’animal, se roulaient et se frottait leurs coccyx blessés.

« Qu’est-ce que vous pensez être en train de faire, Seigneur ? »

« A-Ah ! Grand-Duc ?! Je vous promets qu’il n’y avait aucune mauvaise intention, j’essayais simplement de vérifier la force du chat qui défendait Fiana ! »

Fiana était la directrice de l’école de la ville du château de Brunhild, et M. Mittens était un chat qui avait été invoqué par Sakura pour l’aider.

Il avait dit qu’il voulait évaluer la puissance du chat, mais quelque chose me semblait louche. Il était plus probable qu’il était simplement jaloux du fait que M. Mittens avait l’attention de la fille et de l’ancienne amante qui l’avait éconduit.

Pourtant, il n’avait pas l’air d’y aller à fond. Il n’avait même pas utilisé de magie.

La magie de Sakura s’intensifiait rapidement, probablement en raison de la divinité qu’elle recevait du fait de sa proximité avec tant de dieux. Je n’avais pas été en mesure de le vérifier, mais je soupçonnais fortement qu’elle surpassait maintenant le chef suprême en termes de potentiel magique. Il était possible que M. Mittens devienne également inutilement puissant en raison de son association avec son biorythme magique vu que c’était l’une de ces invocations.

Quoi qu’il en soit, M. Mittens était probablement en faute pour avoir accepté de se battre en duel avec un leader mondial.

Bien sûr, le suzerain était tout aussi stupide vu qu’il s’était aussi battu, mais cette situation était tellement désordonnée que je ne voulais pas y penser.

« Tu veux t’expliquer, minou ? »

« M-Miaou ! La princesse m’a dit de ne pas retenir mes griffes quand le suzerain est apparu ! Je ne faisais que suivre les ordres ! Elle m’a dit d’essayer de lui casser les jambes ! »

« Whuh ?! »

Le suzerain se serra la poitrine et tomba à genoux. … Allez mec… C’est quoi ce mélo ?

Il était clair qu’il avait été émotionnellement endommagé par le manque de considération de sa fille. Mais ce type était une épave totale… J’étais un peu effrayé par l’influence que Sakura semblait avoir sur lui.

Si Sakura et moi finissions par lui donner un petit-enfant… Cet enfant pourrait un jour se tourner vers lui et l’appeler « ennuyeux »… Il mourrait probablement d’une crise cardiaque sur le champ.

« … L’as-tu fini, M. Mittens ? »

L’une des fenêtres de la classe s’était ouverte et Sakura passa la tête à l’extérieur. Elle semblait assez nonchalante sur le fait qu’elle venait d’ordonner à un chevalier chat suralimenté de briser les jambes de son père, mais… eh bien… elle avait le sang du chef suprême en elle, et elle était techniquement un démon…

Au moment où elle était apparue, le chef suprême s’était levé de sa position affaissée et chargea vers elle.

« Farneeeeeese ! Je suis enfin là, s’il te plaît ! Je ne vais pas rester longtemps ici ! Laisse-moi parler avec Fiana juste un peu ! »

« Mère est occupée pour le moment. Partez, Chef Suprême ! »

Sakura claqua la fenêtre avec un bruit sourd.

Tu n’aurais pas pu dire ça en termes plus gentils… ? Le gars est devenu pâle à cause du choc !

« Grand-Duc… Est-ce que… y-a-t-il une chance que ma fille me déteste ? »

« Non… Je suis sûr qu’elle aurait été beaucoup plus cruelle si elle te détestait à ce point… Je ne peux pas en être sûr, mais… Je ne pense pas qu’elle te méprise. »

« Tu oses dire que ce n’est pas cruel ? ! Mon cœur menace de sortir de ma poitrine ! »

Pour être honnête, il était difficile de dire ce que Sakura pensait la plupart du temps. Elle ne le détestait probablement pas tant que ça, mais elle ne se souciait pas tant que ça de lui. Elle ne semblait pas avoir envie de lui parler. N’ayant pas eu de relation père-fille dans son enfance, elle n’avait donc pas eu le temps de créer un lien avec lui. Elle ne voyait pas vraiment le suzerain comme son père, mais plutôt comme un vieil homme bizarre qui avait commencé à la suivre partout.

Il y avait définitivement une grande distance entre eux deux… Et je me suis demandé si je serais capable de la combler.

« Je sais à quoi ressemble la situation, mais Fiana et Farnese… Ça m’a brisé le cœur de les abandonner, je te le promets… Je l’ai fait dans le but de leur donner une vie heureuse et sûre… Tu comprends… elle est née sans les cornes de ma lignée. Même si elle a le sang du suzerain, elle n’a pas les cornes… Il n’y avait tout simplement aucune chance que la noblesse de mon pays lui permettre de prendre place dans mon palais… Ils auraient fait de sa vie un enfer. Celle de Fiana, aussi. Je souhaitais qu’elle reste à une certaine distance, comme une fille normale… Si je pouvais remonter le temps, tout recommencer… Je serais un homme plus fort, et je les aurais laissés rester… Je les aurais protégées ! Mais c’est hors de mon contrôle maintenant, ce qui est fait est fait. »

Bon sang… C’est assez dur… Sakura peut sûrement comprendre qu’il y avait plus que le simple fait qu’il les ait abandonnées, elle et sa mère…

Pour être honnête, Sakura n’évitait probablement pas le suzerain par mépris pour ce qu’il avait fait, elle ne voulait probablement pas déterrer des souvenirs douloureux pour elle et sa mère.

Même si c’était le cas, traiter avec lui n’aurait pas été plus facile pour autant. De plus, je me retrouvais souvent dans la position délicate de le faire partir.

Je soupirais doucement, me demandant comment le faire partir quand Fiana était sortie de l’école avec Sakura à ses côtés.

« A-Ah ! Fiana… ! Ça fait si longtemps… »

« En effet, mon suzerain. J’espère que vous trouverez Brunhild à votre goût… »

Fiana salua le démon triste avec un sourire sérieux, ce qui fit que Sakura fut choquée.

Sakura, ta mâchoire vient de s’ouvrir complètement.

***

Partie 7

« Je suis désolé pour les problèmes et le chagrin que ma fille a dû vous causer. S’il vous plaît, trouvez dans votre cœur la force de lui pardonner. »

« Ah, n-non… C’est bon… C’était vraiment ma faute, j’ai débarqué de nulle part… Je suis venu ici plus tôt, mais Farnese m’a repoussé… »

« Vraiment ? »

Fiana jeta un regard surpris à sa fille, ce qui poussa Sakura à détourner le regard, honteuse. Il semble que Fiana n’ait pas été informée de tout cela.

« … J’ai simplement pensé qu’il serait un obstacle à tes tâches quotidiennes, Mère… Tu étais assez occupée à préparer l’assemblée… »

« L’assemblée ? »

Le suzerain avait légèrement froncé les sourcils.

Ah oui, même moi j’avais oublié ça.

« Elle parle de la façon dont ils vont inviter tous les enfants de la ville à l’école demain. Ils vont raconter des histoires et organiser des petits événements, pour que même les enfants analphabètes puissent s’amuser. »

« Oh… »

Les livres n’étaient pas très bon marché dans ce monde, et une quantité massive de personnes n’étaient pas capables de lire. Les livres d’histoires n’étaient pas non plus très courants pour les enfants. Les histoires étaient souvent racontées par des bardes itinérants ou des conteurs professionnels, de sorte que l’art de raconter une histoire était encore un peu théâtral dans la plupart des nations. Il y avait aussi des pièces de théâtre, mais elles étaient généralement un peu trop inabordables pour les enfants.

De plus, la majorité des pièces avaient été jouées tellement de fois que la plupart des gens dans le monde connaissaient déjà les histoires.

J’avais téléchargé quelques livres électroniques sur mon téléphone, j’avais donc demandé l’aide de Linze et Sakura pour les localiser dans la langue de ce monde.

Nous avions dû changer certains termes, car ce monde n’avait par exemple pas de voitures ou de feux de circulation. Heureusement, nous n’avions pas eu à changer grand-chose aux contes de fées que j’avais téléchargés.

J’avais envie de faire un autre spectacle de marionnettes, mais nous n’avions pas vraiment de personnel… Et de toute façon, Linze devait s’occuper de sa famille.

Alors que je réfléchissais, le chef suprême avait soudainement pris la parole.

« Très bien ! Laissez-moi vous aider avec cette assemblée, s’il vous plaît ! »

Il avait soudainement lâché une phrase déconcertante avant de se tapoter la poitrine.

… Franchement, à quoi pense ce gars… ? Je ne vais pas le traiter d’agaçant à haute voix, mais il y a une chose qui est vraie, c’est qu’il est trop impatient.

« Non, nous ne pouvons pas demander ça… »

Fiana tenta d’émettre un léger refus, mais le chef suprême s’était interposé et avait continué à parler.

« Vraiment, ce n’est pas un problème. Tu es occupée, non ? Je vais t’aider, et bien mieux que ce minou, là. »

« Miaou, tu oses ! Je te ferai savoir que je suis une aide estimée ! »

Des étincelles proverbiales jaillirent du regard du démon et du chat. Je me demandais si j’allais encore devoir les faire tomber sur leurs fesses. Pourtant, c’est peut-être une bonne occasion… Ils pourraient commencer à recoller les morceaux de leur relation.

Au final, il ne faisait qu’aider sa fille et son ex-amante, il ne comptait donc pas comme un ressortissant étranger aidant Brunhild… En plus, il portait l’insigne de déguisement. Cela semblait être une bonne idée, et cela pourrait même amadouer Sakura un peu plus.

D’accord, je pense que je vais faciliter un peu les choses. Je m’étais tourné vers Fiana et j’avais pris la parole.

« S’il veut aider, je dis qu’il faut le laisser faire. Nous sommes après tout un peu en sous-effectif. »

« Quoi qu’il en soit… »

« De plus, il pourrait apprendre quelque chose qui pourrait servir aussi à Xénoahs. Si tu y réfléchis, c’est comme un échange culturel. »

« C’est vrai ! »

Le suzerain hocha rapidement la tête, comme pour suggérer que c’était son plan depuis le début. C’était franchement un sacré numéro, mais j’avais admiré son enthousiasme.

Sakura avait l’air un peu frustrée et avait décidé de ne pas tenir compte de ce que je disais.

« M. Mittens est bien suffisant pour tout ça… Il peut même lire des livres… »

« Bien sûr, il peut lire des livres, mais il miaule constamment et remplace les mots par des jeux de mots de chats, n’est-ce pas ? »

« Miaou ! Tu oses dire une telle chose ! Je suis positif et je sais très bien lire ! »

Monsieur Mittens cria à haute voix, prouvant complètement mon point de vue. J’avais décidé de le tester.

« Très bien, alors dis la phrase suivante. Je peux parler parfaitement, je ne plaisante pas. Tu t’es peut-être trompé, mon ami. Répète-la. »

« Ha ! Je peux parler parfaitement… Je ne suis pas un chaton ! Peut-être que tu avais juste tort, bout de chou ! Oh… Oh non. »

Ainsi, mon argument était pleinement prouvé. M. Mittens était tombé sur le sol, vaincu. Sakura avait fait la moue.

« Écoute, même en mettant tout ça de côté, il n’y a aucune raison de refuser une offre d’aide. Tu veux que l’assemblée se déroule bien, n’est-ce pas Sakura ? »

« Je le veux… Bien, il peut aider… »

Sakura accepta l’offre à contrecœur, ce qui fit naître un énorme sourire chez le chef suprême.

« Assure-toi juste de rester hors du chemin de maman… Et n’effraie pas les enfants, ou ne leur apprends rien de bizarre… »

« Je te le promets ! Fais-moi confiance ! »

Fiana regarda entre les deux avec un doux sourire. C’est un peu subtil, mais ils agissent presque comme père et fille… Oh, c’est vrai.

« Fiana, peux-tu te mettre là une seconde ? »

« Hm ? Ici ? »

« Yep, et tu te tiens ici, Seigneur Suprême. Sakura, tu vas entre eux. Reste tranquille, d’accord ? »

« D’accord… ? »

Je les avais fait se placer l’un à côté de l’autre avec Sakura entre eux, puis je m’étais accroupi un peu et j’avais sorti mon smartphone.

« D’accord, dites “cheese” ! »

Un petit son était sorti de mon smartphone alors que je prenais une photo d’eux.

Tout ce que j’avais à faire était de sortir du papier du [Stockage] et d’utiliser [Dessin] pour l’imprimer.

Il était possible d’utiliser [Dessin] pour imprimer des choses sans photo, mais le fait d’avoir une référence visuelle sous la main rendait les résultats plus précis. Le docteur Babylon avait dit qu’elle allait fabriquer un artefact similaire à une photocopieuse que d’autres personnes pourraient utiliser, mais pour l’instant, elle se concentrait sur des choses interdimensionnelles.

Une fois que j’avais fini d’imprimer trois copies, je les avais tendues à chacune des personnes en face de moi.

« Bonté divine… »

« Oh… Incroyable ! »

« Hmph… »

Les trois personnes avaient réagi très différemment aux photographies qu’elles tenaient dans leurs mains.

« G-Grand Duc, puis-je emmener cette photo chez moi ?! »

« Oui, vas-y. Utilise-la comme souvenir d’aujourd’hui. »

« Merci beaucoup… ! »

Le chef suprême sautait pratiquement de joie, mais l’expression de Sakura était beaucoup plus modérée. … S’il te plaît, ne le coupe pas de la photo, il est littéralement debout juste là.

Sakura n’était pas allée aussi loin, heureusement. Elle avait juste pris une expression grincheuse envers son père surexcité. Je pouvais comprendre ses sentiments, au moins un peu… Il sautait partout comme un petit enfant, mais d’après ce que j’avais entendu, il devait avoir plus de 100 ans.

Fiana baissait les yeux sur sa copie avec un sourire chaleureux.

Ah, oui…

J’avais sorti l’un des smartphones blancs fabriqués en série de [Stockage] et je l’avais tendu à Fiana. Elle semblait en mériter un, étant donné qu’elle était responsable de l’éducation du pays. Sakura serait capable de lui montrer comment l’utiliser.

Le chef suprême me posa des questions sur le téléphone et, quand je lui avais expliqué, il en avait aussi demandé un. Je lui avais dit que c’était seulement pour les employés du gouvernement de Brunhild et les membres de l’alliance… Il m’avait alors dit qu’il souhaiterait que Xenoahs puisse s’y joindre immédiatement. Choisis une meilleure raison de t’inscrire que la possession d’un téléphone, vieil homme…

Xenoahs avait été assez isolé pendant une longue période, c’était donc probablement une bonne chose qu’ils s’ouvrent plus aux autres nations… Cependant, j’avais sérieusement un problème avec le fait que « je veux un smartphone » soit la raison pour laquelle tout cela avait commencé. Le suzerain affirma que Xenoahs cherchait en fait à ouvrir des discussions avec d’autres nations depuis que Yulong s’était effondré, mais je n’étais pas sûr de le croire…

Que Xenoahs rejoigne ou non l’alliance n’était pas une décision que je pouvais prendre seul, nous verrions tout cela après le festival.

Au vu des récents événements, nous devions envisager d’inviter d’autres pays comme Hannock, Felsen, Ryle, Elfrau et Eashen… Ah, je ne pouvais pas non plus oublier l’île de Palerius.

À ce rythme, nous allions probablement devoir changer le nom. Mais tout dépendrait de l’acceptation ou non de notre invitation par les nations.

J’avais laissé échapper un soupir en pensant à la complexité de la situation.

◇ ◇ ◇

Le troisième jour du festival avait commencé.

Le tournoi de shogi avait commencé dans la matinée et était bien avancé.

Nous avions installé quatre grands moniteurs pour projeter un total de seize parties en même temps à un public plus large.

Nous étions assis à regarder de loin, en mangeant de la soupe miso et des pommes de terre bouillies, assis sur quelques chaises près de quelques stands de nourriture. Cette dernière avait vraiment bon goût. Les radis étaient croquants et les pommes de terre étaient tendres, créant une dynamique délicieuse. La cuisine orientale avait en fin de compte définitivement ma préférence.

« Les finales de shogi et les qualifications du tournoi de combat ont lieu aujourd’hui, non ? »

Yumina, à mi-chemin d’une pomme de terre, s’était retournée pour me poser cette question.

« Oui. Belfast, Regulus, Refreese, Palouf, et Roadmare participent tous à la finale de shogi. Mismede, Felsen, Lestia, et Eashen participent au tournoi de combat. »

Ah oui… Je suppose que le vieux Baba et Yamagata représentent aussi Brunhild…

Le roi chevalier de Lestia sera probablement le vainqueur, mais comme la magie était autorisée, le roi-bête pouvait utiliser son [Accélération] pour donner du fil à retordre à ses adversaires.

Cette ville était remplie d’aventuriers, même les jours ordinaires, je ne serais donc pas surpris de voir arriver des concurrents sans nom. Il y aura probablement quelques personnes qui se joindront à nous juste pour tester leurs propres capacités.

« Quel est ton plan pour aujourd’hui, Touya ? »

Lu nota exactement comment ces pommes de terre avaient été si bien cuites à la vapeur avant de se retourner et de me poser une question.

« Eh bien, je vais devoir annoncer les gagnants du tournoi de shogi et de combat plus tard… Donc, je suppose que je vais faire le tour de quelques endroits aujourd’hui. Ah, je dois aussi passer à l’église plus tard. »

Je n’étais pas trop inquiet pour le tournoi de combat puisque Moroha et Karina étaient là et agissaient en tant qu’arbitres, et Nikola avait également un œil attentif sur le tournoi de shogi.

« Et vous deux, au fait ? Belfast et Regulus participent à la finale du shogi, non ? »

Le chevalier commandant Gaspar représentait en quelque sorte Regulus dans le tournoi de combat, mais il était là incognito.

La participation d’un chevalier commandant à un tournoi libre n’était probablement pas la meilleure image pour une nation, il était donc logique qu’il soit déguisé. Si je me souviens bien, le général Léon de Belfast participerait aussi. Tout irait bien, je me suis dit. Ils ne seraient pas découverts.

« Père et ses amis vont participer au shogi, c’est vrai… Mais je ne dois pas m’inquiéter pour eux. Je n’ai donc rien de prévu. »

« C’est vrai. Nous avons toutes les deux du temps libre aujourd’hui… Alors nous avons pensé le passer avec toi. »

Ahh… C’est pour ça que vous m’avez fait venir ici ce matin. Eh bien, ça me semble bien.

Nous avions payé notre nourriture et remis les bols vides au propriétaire de l’étal, puis nous étions partis nous promener.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Laisser un commentaire