Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 12

***

Chapitre 1 : Le monde inversé

Partie 1

« Il fait si chaud… »

Juste après avoir fini le ménage à Sandora, l’été avait déjà fait son chemin à Brunhild.

Ce n’était pas tout à fait la chaleur d’un désert brûlant, mais il faisait quand même d’une certaine manière assez chaud.

« Souffle, Vent ! Douce Rafale : [Vent frais] ! »

J’avais convoqué une brise calmante le long du balcon au moment où Leen arrivait de l’intérieur. Kohaku était assis à côté de moi. Tout naturellement, Paula était venue avec Leen. Dès qu’elle sortit sur la terrasse, ses queues doubles argentées tremblèrent dans le vent.

« On se relâche, n’est-ce pas ? Tu vas donner le mauvais exemple à tes sujets à ce rythme. »

« Garder les apparences est une douleur dans des moments comme celui-ci. Les choses chaudes sont chaudes, bon sang… »

J’avais été surpris qu’elle soit si calme et recueillie, vu que sa tenue de lolita gothique devait la tenir vraiment au chaud. Alors que je réfléchissais à cela, elle s’était rapprochée de moi, et l’air avait commencé à se refroidir. J’avais compris son truc, elle avait utilisé la magie pour envelopper son corps dans de l’air frais. Leen était après tout assez tolérante aux basses températures, je n’étais donc pas surpris qu’elle ait un sort comme ça sous la main.

« Il semble que nous devrons supporter la chaleur un peu plus longtemps. Même certains de tes habitants se sont effondrés à cause d’un coup de chaleur. »

« Ah oui ? Je suppose donc qu’on ferait mieux de rester hydratés. »

« Beaucoup de gens sont passés par les portails des îles donjons ces derniers temps. L’environnement y est beaucoup plus frais. Mais il y a encore des bêtes magiques là-bas, alors on devrait vraiment faire attention à ne pas laisser passer les civils… »

Les îles avaient une brise venteuse, c’était donc probablement beaucoup plus rafraîchissant que l’îlot enclavé de Brunhild. Les nuits étaient cependant extrêmement impitoyables et froides.

« De toute façon, c’est un peu pour ça que je suis venu ici… On devrait faire une zone de baignade sur les îles. »

« Hein ? »

« Beaucoup de gens voulaient se rafraîchir dans la mer. Ce serait une bonne occasion de gagner un peu d’argent. Des boissons, de la nourriture, des maillots de bain, et des frais généraux pour s’y téléporter. Ce serait une bonne occasion, non ? »

« Hoho… Ça me semble bien. »

Une voix résonna derrière nous. C’était Kousaka.

« Nous avons beaucoup d’immigrants sandorans maintenant, non ? Ce serait donc bien de gagner autant d’argent que possible. Alors, Mme Leen, qu’avez-vous en tête ? »

Leen avait soudainement sorti une carte et l’avait étalée sur la table.

« Eh bien, regardez ici. Voici une carte complète des îles. Vous voyez, cette île particulière n’a pas de donjon. Je pensais modifier son littoral avec la magie de terre, ce qui nous permettrait de créer une grande plage de sable. Nous installerions également une barrière spéciale qui éloignerait les animaux sauvages dangereux. En plus de cela, nous créerions un nouveau portail séparé qui y mènerait. »

« C’est fou… Tu suggères donc que nous créions un portail séparé de ceux que la guilde gère ? »

« C’est ça. Nous rendrons aussi l’île inaccessible d’accès depuis les autres portails. De cette façon, elle pourra aussi être complètement autosuffisante. Après cela, nous verrons s’il est possible de construire des restaurants, des boutiques touristiques, et peut-être même des logements… »

« Hm… J’aime ça. Nous pourrions gagner un peu d’argent. »

Hé, là ! Ne me laissez pas en plan, vous deux… n’ai-je pas mon mot à dire ? Vous allez me forcer à tout construire, à mettre en place la barrière et à terraformer le paysage, non ? C’est ça ? !

« Ne t’inquiète pas trop. Je vais t’aider, c’était après tout mon idée. »

Tsk… Bien sûr, mais je ne peux pas tout laisser à toi et au Doc Babylon, Leen… Je t’aiderai, ne t’inquiète pas.

« Kohaku… Je pense que je vais travailler dur à partir de maintenant. »

« Ne considérez pas cela comme une occasion de profiter de vous, mon seigneur. Considérez seulement qu’elles veulent prendre en compte vos conseils et votre protection. »

Je suppose que tu as raison… J’étais cependant un peu en mode détente… Pas la peine de se plaindre, mais je voulais vraiment profiter des vacances d’été.

« Ça devrait le faire… », m’étais-je murmuré à moi-même en posant mes pieds sur le sable.

Le sable blanc et granuleux me faisait du bien sous mes pieds. J’étais entré dans la mer, et le sable avait été emporté… Ça aussi, ça faisait du bien.

Je ne voulais pas que les gens soient emportés par le sable et attaqués par des monstres en dehors du rayon de la barrière, j’avais donc installé des bouées marquant la zone de sécurité.

La barrière était presque parfaite, il n’y avait donc rien de dangereux dans son périmètre d’action. Même les enfants n’auraient aucun problème à nager dans les environs. Mais des accidents étaient toujours possibles, j’avais donc décidé qu’il serait sage de poster un garde-côte et une équipe médicale sur la plage.

J’avais également aménagé une plage similaire sur une petite île voisine. C’était une plage privée pour moi et ma famille proche.

Je ne pensais pas qu’il était déraisonnable de vouloir avoir un peu de temps en privé.

« Très bien, c’est comme ça. Maintenant, tout ce que j’ai à faire, c’est de construire le portail. »

« Restons là un peu plus longtemps. Ça fait si longtemps que je n’ai pas apprécié la mer, chéri. »

« Mh… Je suis d’accord avec Kokuyou. Nous sommes après tout des créatures aquatiques… »

Kokuyou et Sango nageaient dans la mer. On aurait dit qu’ils s’amusaient.

« Je sais ce que vous ressentez, mais on a des choses à faire. Vous pouvez utiliser la plage privée quand vous voulez, d’accord ? On rentre maintenant. »

« C’est une honte… »

Kokuyou et Sango sortirent de la mer.

Il ne me restait plus qu’à penser à ce qui se passera après la construction du portail. J’avais demandé au roi de la mode Zanac de s’occuper des ventes de maillots de bain, les stands de nourriture avaient été confiés à Micah de la Lune d’argent, et les autres trucs généraux comme les sandales, les serviettes de plage, les parasols, les ballons de plage, les flotteurs, etc. avaient tous été pris en charge par Olba Strand.

Tout ce qui venait après, c’était l’affectation de sauveteurs.

Plusieurs membres de notre ordre de chevaliers étaient assez doués pour la natation, j’avais donc décidé de les affecter comme sauveteurs pendant la saison estivale. Ils vont donc devenir nos sauveteurs.

Je n’avais pas non plus d’objection à ce que les autres chevaliers viennent profiter de la plage en dehors de leurs heures de service. Avec cela, les préparatifs seraient enfin terminés. Nous pourrions donc aller de l’avant avec l’ouverture de la plage au public.

Et donc, quelques jours plus tard…

Ce fut un succès complet et total. Les projections de Leen et Kousaka étaient parfaites, et la plage était bondée presque tous les jours. Il y avait tellement de monde, même des gens de Regulus et de Belfast étaient venus. On aurait dit que la nouvelle se répandait rapidement.

Mais il était logique qu’ils viennent de là-bas. Ils n’avaient pas vraiment le choix en termes de destinations de loisirs, et la plupart des citoyens n’avaient jamais eu la chance de profiter de la mer.

Naturellement, un endroit où se rassemblait tant de monde donnait lieu à des disputes et des querelles. Nos chevaliers étaient généralement à l’affût de toute dispute qui éclatait entre les gérants. J’avais fini par augmenter leur charge de travail… J’avais pris la décision d’augmenter leur salaire avec mon propre argent.

« Très bien, il est temps pour moi de me reposer un peu… »

« Tu as travaillé dur ces derniers temps, Touya. »

Je me reposais sous un parasol, pour essayer de me détendre un peu. Yumina était là aussi, me parlant alors qu’elle portait un maillot de bain une pièce à froufrous.

Nous étions sur notre plage privée, une zone de terre réservée à ma famille proche.

Elze, Yae et Hilde jouaient à « brise pastèque » avec Moroha. Linze et Leen bavardaient à l’ombre. Lu préparait le déjeuner avec Crea, tandis que Sue et Sakura jouaient au ballon de plage avec Karen.

Karina pêchait au harpon au large de la côte, tandis que Suika perdait son temps dans l’ivresse la plus totale. J’entendais un ukulélé jouer, j’avais donc supposé que c’était l’œuvre de Sousuke. Kousuke n’était pas là, car il s’occupait probablement de ses cultures.

« Mon Dieu, mon Dieu… Nous avons un jeune maître de harem qui se détend au soleil, n’est-ce pas ? Comme c’est misérable… Tu devrais faire des choses plus vilaines que ça. »

« Ferme-la. »

Cesca papotait comme d’habitude pendant qu’elle se gargarisait d’une boisson tropicale à la main. Ce n’était pas une situation typique de harem ! Il y avait un autre gars ici ! Il était juste… hors de vue, il jouait du ukulélé ailleurs.

J’avais invité tous les numéros de Babylon, mais Rosetta, le Docteur Babylon et Monica étaient trop occupés avec la maintenance. Noël dormait, et Liora ne pouvait pas la laisser seule. Fam avait dit qu’elle ne voulait pas quitter la bibliothèque… Flora était stationnée dans le bureau médical, elle avait donc du travail à faire. Quant à Parshe et Tica… Je ne voulais pas que cette maladroite ou que cette gamine traîne autour de nous un jour de détente.

« Qu’est-il arrivé à ta vigueur de jeunesse ? Ne devrais-tu pas regarder ces dames en maillot de bain ? Ou peut-être qu’une telle chose n’est pas nécessaire… Serait-ce… ?! As-tu un sens caché qui peut voir à travers nos vêtements !? »

« Comme si je le pouvais ! »

Yumina se couvrit la poitrine et l’aine avec ses mains, devenant ainsi rouge comme une betterave.

N’ai-je pas dit que je ne pouvais pas ? ! En fait… Je le peux probablement avec ma divinité… Mais je n’ai pas l’intention de le faire. Pour l’instant, du moins.

J’avais repoussé Cesca et rassuré Yumina. Je ne voulais pas que des rumeurs bizarres circulent à mon sujet. Ce serait alors vraiment pénible…

« On aurait pu inviter papa, non ? »

« Ah… Je veux dire… Je pense que les autres leaders mondiaux seraient probablement jaloux si j’accordais un traitement préférentiel à Belfast… Ils voudraient aussi venir. »

Les choses étaient différentes maintenant, il y avait beaucoup plus de leaders mondiaux dans mon cercle social. Si j’appelais seulement le roi de Belfast, les autres allaient probablement se plaindre… Il serait naturel qu’ils finissent également par exiger de venir.

Je ne pourrais pas me détendre si tous ces types couraient sur ma plage privée. Je les inviterais une autre fois, mais en toute honnêteté, je voulais juste un petit moment de détente pour moi.

« C’est quand même assez étrange… Jusqu’à ce que vous arriviez, rassembler et faire coopérer autant de leaders mondiaux était considérée comme une chimère. »

« Mais je suis content qu’ils s’entendent bien. Pourtant on ne peut pas s’entendre avec tout le monde. C’est comme ça que certaines personnes sont. »

Le roi de Sandora m’était venu à l’esprit.

***

Partie 2

La situation à Sandora était un peu différente de celle de Yulong, puisque c’était moi qui ai directement provoqué la chute dans ce cas. Mais là encore, ils avaient tiré les premiers.

Finalement, j’étais un peu irrité. J’avais exactement fait ce que les autres dirigeants du monde voulaient que je fasse. Au moins, je pouvais être tranquille en sachant que je n’allais pas devenir encore plus tristement célèbre à la suite de ce qui s’était passé. Les esclaves affranchis s’étaient dispersés à travers les nations et n’avaient que de bonnes choses à dire sur ce qui s’était passé.

{Mon seigneur, je ne vous dérange pas ?}

{Hm ? Kougyoku ? Qu’est-ce qu’il y a ?}

Kougyoku aurait dû être au château, je m’étais donc demandé pourquoi elle avait décidé de m’envoyer un message télépathique.

{Eh bien, voyez-vous… C’est en rapport avec cette île mystérieuse. L’une des capitales protégées par une barrière, celle du sud, est actuellement attaquée par des béhémoths.}

{Des Béhémoths ? N’ont-ils pas des catapultes et des ballasts pour les repousser ?}

{Cela fonctionnerait dans des circonstances ordinaires, mais la ville est assiégée par plusieurs types de Béhémoths.}

Ça avait l’air plutôt mauvais… Je m’étais dit que les barrières avaient probablement leurs propres limites, et qu’elles ne résisteraient probablement pas à un assaut soutenu de multiples côtés.

En fin de compte, une barrière défensive n’était qu’un très grand bouclier magique, elle finirait donc par manquer de jus et s’éteindre.

Elle était cependant différente d’un bouclier conventionnel. Les boucliers classiques finissaient par se briser si un seul point était visé par quelque chose de faible pendant une période prolongée, même s’il fallait autant de temps qu’une goutte d’eau pour percer la pierre.

Cela n’arriverait pas à une barrière. Supposons qu’une barrière ait un niveau de puissance, et que ce niveau de puissance soit classé à dix. Une personne avec un niveau de puissance de neuf pourrait attaquer le bouclier pour toujours et elle ne l’affaiblirait pas vraiment. Les barrières ne se dégradaient pas non plus avec le temps. Même pas un peu.

Le problème, c’était que si quelque chose avec un niveau de puissance supérieur à dix se présentait et attaquait la barrière, alors la barrière s’effondrait.

Si nous utilisons ce modèle et disons que les boucliers de l’île étaient réglés sur un niveau de puissance de dix, alors cela n’aurait même pas d’importance si les bêtes magiques de l’île pouvaient attaquer avec un niveau de puissance de neuf. Mais… si les créatures attaquaient en même temps… Disons que deux bêtes avec un niveau de puissance de neuf attaquaient la barrière en même temps. Cela créerait une puissance combinée de dix-huit, provoquant l’effondrement structurel de la barrière.

Je ne pouvais me baser que sur des conjonctures pour avancer, mais il était probable que les attaques combinées de plusieurs béhémoths suffiraient à faire tomber la barrière.

Je m’étais demandé s’ils étaient assez intelligents pour coordonner leurs attaques… Ce n’était probablement rien de moins qu’un cas de mauvais timing.

{Pourquoi la ville est-elle attaquée par plusieurs Béhémoths ?}

{D’après ce que j’ai compris, une partie de chasse aux Béhémoths s’est mal passée. Ils ont été redirigés vers la ville et poursuivis. En chemin, ils sont tombés par hasard sur deux autres Béhémoths. Ces créatures les ont également poursuivis.}

C’était donc vraiment un cas de mauvais timing. Les chasseurs avaient continué à rencontrer d’autres béhémoths, et au lieu de se battre entre eux, les monstres avaient ciblé les humains. Je m’étais demandé s’ils avaient été provoqués, ou s’ils étaient naturellement enclins à cibler les gens…

Il y avait trois béhémoths, tous de types différents.

Le premier était un type de singe, le Singe Lourd.

Le deuxième était du type porc, le Grand Sanglier.

Et le troisième était un type d’ongulés, le Bison Puissant.

C’était tout.

On aurait dit que la ville les visait individuellement. Ils faisaient de leur mieux pour les repousser de la ville. Mais c’était sûrement quelque chose qui allait demander le sacrifice de beaucoup de leurs soldats.

Il y avait aussi ceux qui pensaient qu’ils devaient attendre, et se contenter de laisser charger les créatures sur la barrière jusqu’à ce qu’elles soient fatiguées et partent. Mais cela ne signifiait pas que la barrière allait tenir. Si elle se brisait, les gens mourraient sûrement.

Ils devaient soit tuer avant d’être tués, soit renforcer leurs défenses et laisser le sort décider.

Et me voilà, pas tout à fait sûr de ce qu’il fallait faire. Si j’avais l’intention de prendre contact avec l’île, je ne voyais pas de meilleur moment que maintenant. Je n’allais pas prétendre que ce n’était pas légèrement avantageux. Si je les sauvais, ils me seraient redevables. Cela serait utile pendant la phase de négociation.

Les pays du continent dans son ensemble espéraient un accord commercial, alors tout ce que j’avais à faire, c’était de le leur communiquer. De plus, si je supprimais la barrière autour de l’île, les béhémoths diminueraient probablement en quantité.

Peu importe comment je voyais les choses, il n’y avait pas vraiment d’inconvénient à interférer.

Il y a trois béhémoths, je vais donc prendre Elze, Yae et Hilde… Le Frame Gear de Lu est encore en cours de réglage, je ne peux donc pas encore la faire venir.

Le Frame Gear de Lu était une unité spécialisée construite pour la guérilla, ce qui signifiait que nous avions dû fabriquer beaucoup de matériel pour qu’elle puisse vraiment profiter de sa polyvalence. Cela signifiait que nous devions attendre un peu plus longtemps avant qu’il puisse faire ses débuts.

« Très bien. Je suppose que je devrais me préparer… Eh bien, malgré sa courte durée, cette pause a été agréable. »

« On peut revenir n’importe quand, ne t’inquiète pas ! »

Yumina me réconforta au moment où je m’étais tourné vers Elze et les autres, qui étaient maintenant en train de croquer dans leur pastèque écrasée.

Hm, en y repensant… Je ferais mieux d’appeler aussi l’ordre des chevaliers… Si nous y allons avec seulement trois Frame Gears, nous pourrions nous retrouver dans le pétrin. Je ne voulais pas que les habitants de l’île pensent que nous ne sommes pas aussi puissants que ça.

Je n’aimais pas afficher notre puissance de façon tape-à-l’œil, mais l’incident de Sandora m’avait montré qu’elle avait ses mérites de temps en temps.

En fin de compte, cela ne ferait que jeter les bases des inévitables pourparlers de paix et de commerce. S’ils nous attaquaient sans un mot, nous les mettrions facilement hors d’état de nuire.

J’espère sérieusement que les gens qui vivent sur l’île sont raisonnables…

◇ ◇ ◇

J’avais fait appel au sens de l’oiseau que j’avais envoyé sur l’île. J’avais utilisé sa vue pour y créer une [Porte].

La quantité de magie nécessaire pour maintenir le portail était en fait cinq fois plus forte que la normale. C’était probablement l’effet de la barrière. Cela en consumait tellement que, si j’arrêtais de canaliser ma magie ne serait-ce qu’une seconde, le portail se serait fermé. Si nous avions décidé d’aller sur l’île à bord d’un de nos véhicules à propulsion magique, nous nous serions probablement écrasés en plein dans l’île dès que nous aurions atteint la portée effective.

« Très bien, est-ce que… »

Je pouvais voir la ville du sud au loin. On aurait presque dit une forteresse. Elle avait des murs massifs, avec des ballasts stratégiques installés le long de plusieurs points de contrôle sur les côtés.

Et je pouvais aussi voir les trois béhémoths qui entouraient la ville.

Le Béhémoth en forme de singe, Singe Lourd, frappait furieusement des poings contre la barrière. Chaque coup de poing faisait brièvement matérialiser le dôme protecteur et le faisait scintiller dans l’air.

L’énorme cochon, le Grand Sanglier, continuait à s’enfuir de la ville avant de se retourner et de charger sauvagement dans la barrière.

Enfin, l’énorme Puissant Bison continuait à frapper et à s’écraser contre la barrière avec ses cornes en forme de foret.

Ils attaquaient tous à partir de différents points, mais les gens à l’intérieur concentraient leurs tirs sur le Grand Sanglier en particulier.

« Heh… Donc la barrière empêche seulement les êtres vivants d’entrer ou de sortir ? Eh bien, je ne suis pas trop surpris… »

Si la barrière empêchait les gens de riposter, ils ne pourraient pas repousser les envahisseurs. Il y avait beaucoup de barrières construites de la même manière pour protéger les grandes villes dans d’autres pays également.

Pourtant, le tir de baliste ne faisait pas grand-chose. Il y avait plusieurs projectiles coincés dans le corps de la bête, mais la plupart étaient déviés par son épaisse peau. Sa peau avait probablement une sorte d’épaisseur augmentée par magie… Probablement.

Hmm… Je n’étais pas tout à fait sûr de savoir combien de temps cette chose va tenir. Si cette chose avait un niveau de puissance de dix, alors je pensais que le Singe Lourd avait un niveau de puissance de trois, le Grand Sanglier de cinq, et le Bison Puissant de quatre…

Cela voulait dire que la barrière tiendra tant que seulement deux des bêtes l’attaquaient, mais qu’elle s’abaisserait si les trois attaquants connectaient leurs coups en même temps.

Le Singe Lourd attaquait constamment, mais il semblait peu probable que les attaques du Grand Sanglier et de Puissant Bison arrivaient en même temps. Mais je ne voulais pas vraiment courir le risque.

« Je suppose que nous ne pourrons pas ouvrir de négociations tant qu’il y a ce problème à régler… Faisons juste ce que nous pouvons pour l’instant. »

J’avais sorti mon smartphone et j’avais appelé les autres à Brunhild, puis j’avais ouvert une grande [Porte] dans le ciel.

Des centaines de Frames Gears commencèrent à sortir un par un, faisant trembler le sol lors de leur atterrissage.

« Très bien. Elze, le Singe Lourd est à toi, Yae, tu t’occupes de Grand Sanglier, et Hilde peut gérer le Bison Puissant. Tous les autres restent en attente. Surveillez les autres monstres de la région. »

« Compris ! »

Les Frames Gears rouge, violet et orange s’étaient tous dirigés vers leurs cibles respectives.

« Très bien ! Il est temps de faire sauter quelques têtes ! »

« Je vais faire de mon mieux ! »

« En avant ! »

Elze et les autres atteignirent les monstres et levèrent leurs armes. Les Béhémoths semblaient avoir remarqué la nouvelle menace, et chacun d’eux prit des poses offensives.

Le Singe Lourd commença à attaquer le Gerhilde d’Elze. Mais l’écarlate Frame Gear avait magistralement mené l’attaque, lançant un coup de poing croisé droit vers l’estomac du singe en réponse.

« Sois démoli ! »

Un lance-pieu s’était élancé du poignet de Gerhilde et pénétra dans la poitrine du Béhémoth. Le sang commença à couler sauvagement de la blessure alors que l’énorme bête tombait, morte.

Yae commença à engager le Grand Sanglier. Elle ne perdit pas de temps, son Schwertleite volant dans le flanc de la créature et la coupant proprement en deux d’un seul coup. Tout s’était déroulé à une vitesse déraisonnable. L’énorme cochon était simplement tombé au sol en deux moitiés, mort.

Pendant ce temps, le Siegrune de Hilde tenait bon contre les cornes du Puissant Bison. Son bouclier bloqua complètement son attaque, et elle utilisa le moment du recul comme une chance de décapiter la vile créature.

La bataille fut terminée dès qu’elle commença. Les trois créatures étaient mortes à peine une minute après avoir rencontré les Frames Gears. J’avais été honnêtement surpris, car je ne m’attendais pas à ce genre de retournement rapide.

Après avoir battu les trois béhémoths, les Frames Gears s’étaient éloignés un peu de la ville et s’étaient alignés devant la porte principale. Derrière eux, un Frame Gear blanc étincelant, le Comte Étincelant, s’était avancé.

Je m’étais tenu sur l’épaule de la machine blanche, utilisant ma magie pour projeter plusieurs amplificateurs de son et des haut-parleurs dans l’air. Puis, j’avais allumé mon microphone. J’avais alors commencé à m’adresser aux habitants de la ville.

***

Partie 3

« Nous sommes membres du duché de Brunhild, une nation souveraine située sur le continent au sud de votre île. Nous n’avons aucune intention hostile. Nous cherchons à obtenir une audience avec vos représentants politiques. Nous resterons ici une heure afin d’attendre votre réponse, merci. »

Nous leur avions donné un délai d’une heure parce que nous ne voulions pas qu’ils perdent leur temps à se chamailler pour savoir qui représenterait qui.

Je ne voulais pas qu’ils pensent que ce serait bien de nous ignorer à cause de leur barrière, je voulais en fait parler à quelqu’un. Je leur avais dit que nous n’étions pas hostiles, mais ils étaient probablement encore un peu effrayés par ce qui venait de se passer.

L’idéal serait qu’ils envoient une sorte de maire ou de chef, mais je pouvais facilement voir cette personne se méfier d’un piège. Il était possible qu’ils envoient juste un messager, mais ce serait bien. Ce serait au moins suffisant pour lancer le processus.

« Pensez-vous qu’ils vont sortir ? »

« Je ne suis pas sûr… Si ces gars ne sortent pas, on ira dans une autre ville. »

J’avais légèrement haussé les épaules suite à la question de Lain. Mais ce serait quand même chiant si on devait aller dans une autre ville. Nous avions déjà sauvé celle-là des béhémoths, ils avaient donc la plus grande chance de nous être reconnaissants. Je ne serais pas trop surpris si les indigènes des autres colonies finissaient par flipper et ensuite nous attaquent. L’idéal serait que cette ville devienne notre amie, puis qu’elle le dise aux autres villes.

J’avais appelé Kougyoku et je lui avais demandé ce qui se passait dans la ville.

« La ville est en plein tumulte. Ils nous regardent avec prudence, et arment leurs armes défensives du mieux qu’ils peuvent. »

« C’est logique… »

Je ne savais pas sur quoi ils s’étaient mis d’accord, mais il semblerait qu’ils préparaient leurs défenses de manière préventive. Apparemment, ils n’avaient pas encore pris de décision adéquate.

Si nous faisions quelque chose de bizarre, ils tireraient probablement par réflexe, j’avais donc décidé que la meilleure chose à faire était de rester assis. C’était cependant un peu fastidieux. J’avais un peu ronchonné en m’allongeant sur l’épaule du comte Étincelant tout en regardant le ciel.

« Votre Altesse, leurs portes s’ouvrent. »

« Oh, sérieusement ? »

Lain était dans le cockpit du Comte Étincelant et gardait un œil ouvert, alors dès qu’elle me parla de ce qui se déroulait, j’avais sauté au sol.

Un groupe de chevaliers s’était dirigé vers nous. Ils étaient tous en armure complète, et ils avaient l’air assez sérieux.

Leur armure était très différente de tout ce que j’avais vu auparavant. Je m’étais dit qu’ils n’avaient probablement pas beaucoup évolué depuis l’époque de l’ancienne civilisation. Il était possible qu’ils aient simplement stagné technologiquement en essayant de gagner leur vie sur cette petite masse terrestre.

Je m’étais tenu devant le Frame Gear, et les chevaliers s’étaient arrêtés à une dizaine de mètres de moi. Puis, un chevalier solitaire, qui portait une robe d’apparence particulièrement usée au-dessus de son armure de plaque battue, s’était avancé.

Il s’approcha un peu plus près et descendit de son cheval, continuant sa progression à pied. Son couvre-chef me rappelait un casque corinthien de la Grèce antique. Il avait une crête décorative sur le dessus et un petit espace en forme de T pour qu’il puisse voir à l’extérieur.

Ce n’était pas un casque de type fermé que l’on pouvait voir dans les dessins animés ou d’autres émissions de télévision. Son visage était donc entièrement exposé afin que je puisse le voir.

C’était un homme de grande taille. Il affichait une expression sérieuse. Il me regardait droit dans les yeux. Je ne sentais aucune hostilité de sa part, mais je sentais qu’il était anxieux.

« Je m’appelle Dyent South, représentant de Meridius, la capitale du Sud. Je suis l’un des quatre Grands Frères, et descendant de Freyend South. Merci pour votre aide contre les bêtes. Maintenant, qui êtes-vous, étranger ? »

« Je suis Mochizuki Touya. Touya est mon prénom. Je suis le grand-duc de Brunhild. C’est un plaisir de vous rencontrer, représentant Dyent. »

Ses yeux s’étaient écarquillés au moment où je m’étais présenté comme membre de la famille royale, ce qui signifiait qu’il avait au moins reconnu le titre… Quoi qu’il en soit, il avait tendu la main pour serrer la mienne. Son attitude était devenue un peu plus détendue après que je l’ai pris au mot. Peu à peu, nous avancions.

« “Grand-Duc”, vous dites ? Est-il vrai que vous veniez d’une terre au sud… Voulez-vous dire que le monde n’a pas été détruit ? »

« Je vois… C’est donc bien ce que nous pensions. Vos ancêtres ont dû couper les liens avec le monde extérieur avant que le Parthénon ne soit anéanti. Non, le monde n’a pas été détruit. Il y a beaucoup de nations qui existent pacifiquement même maintenant. »

J’avais utilisé mon smartphone pour projeter une carte du monde. Elle était pleine et entière, incluant même cette île.

« C’est le monde tel qu’il existe maintenant. »

« A-Ah… »

Dyent regarda la carte avec étonnement.

« C’est votre île, ici. Et voici le duché de Brunhild. C’est un petit pays, mais ces guerriers géants… les Frame Gears, sont un héritage laissé par le Parthénon. Nous sommes le seul pays sur la planète qui pouvons les faire fonctionner, et les autres pays évitent de nous attaquer pour cette raison. »

« Incroyable… »

Je ne voulais pas qu’il pense que Brunhild n’était pas important juste parce qu’il était petit, alors j’avais un peu exagéré la vérité. Il était vrai que Brunhild n’avait jamais été envahie, mais nous n’existions que depuis un an environ. Nous avions bien eu cette guerre avec Sandora… mais nous n’avions pas été envahis. Cela fut fini en quinze minutes.

« Pour être honnêtes, nous croyions tous que le monde extérieur avait disparu, qu’il avait été dévoré par les bêtes de cristal et qu’il leur appartenait désormais. »

« D’après ce que je comprends, l’ancienne civilisation a été détruite. Mais le peuple a réussi à la reconstruire. Asseyons-nous et discutons, d’accord ? Je suis sûr que nous avons beaucoup de choses à nous demander les uns aux autres. »

« H-Hm… Très bien. »

J’avais sorti une grande table et quelques chaises de mon [Stockage]. Le représentant Dyent cligna des yeux, surpris par l’apparition soudaine de ces objets, mais il s’était assis avec précaution.

◇ ◇ ◇

La première chose qu’on m’avait dite, c’était le nom de l’île. L’endroit était connu de ses habitants sous le nom d’île de Palerius. Elle avait été nommée d’après le mage Partheno qui y avait fondé la civilisation. Alerius Palerius, le Sage des Heures.

Il était venu sur l’île il y a longtemps, en raison de sa réputation d’endroit dangereux. C’était là qu’il avait découvert une structure qui pouvait naturellement créer des barrières. Il avait pris le territoire et l’avait revendiqué comme son terrain d’expérimentation. Sa magie était si immense qu’il n’avait aucun moyen de savoir quels dommages elle pouvait causer, donc une île mystérieuse inhabitée était un endroit idéal pour lui permettre de tester des choses.

Il finit par mourir à Partheno, et l’invasion de la Phase éclata. Son frère cadet, qui avait senti le danger qui approchait, avait évacué leur famille élargie, de nombreux enfants, des amis et les disciples de Palerius vers l’île, puis l’avait coupée du monde extérieur.

Ils avaient utilisé les trésors cachés laissés par Palerius pour renforcer la barrière afin que la Phase ne puisse pas entrer. Mais cela signifiait également que, si les envahisseurs ne pouvaient pas les atteindre, personne ne pouvait quitter l’île.

Les quatre principaux disciples de Palerius étaient convaincus que la dévastation causée par la Phase suffirait à anéantir le monde entier. Ils croyaient fermement que l’humanité entière en dehors de l’île avait disparu.

« Alors vous étiez enfermés ici, hein ? »

« Un peu, mais ça ne ressemblait pas à un emprisonnement… Nous pensions que la créature de cristal… la Phase… avait ruiné la planète. Nous pensions que tout ce qui se trouvait à l’extérieur avait été conquis par eux… Nous pensions que nous étions les seuls à être en sécurité. Nous avons mené des expéditions dans le passé, vers le monde extérieur, mais chaque bateau semblait faire une boucle à travers le brouillard pour revenir ensuite au port. »

C’était probablement l’effet d’une des barrières. Le brouillard qui entourait l’île perturbait la navigation et vous ramenait au point de départ.

J’étais au courant de la plupart des choses concernant l’île, alors j’avais décidé d’aborder le sujet en question.

Plus précisément, je voulais savoir s’ils avaient l’intention d’interagir avec le monde extérieur. Je voulais aussi savoir s’ils voulaient faire tomber la barrière et réduire le nombre de béhémoths qui se développent dans la région.

« Eh bien, le seul inconvénient serait que si j’enlève votre barrière, la phase pourrait apparaître sur l’île de temps en temps… »

« Ah, en fait… Je ne pense pas que ce serait un problème. Ces bêtes de cristal… Nous les avons déjà vues sur l’île. »

« Attendez, quoi ? ! »

Je lui avais demandé ce qu’il voulait dire. Il m’expliqua que la Phase était apparue deux fois ces deux dernières années. Les deux apparitions étaient mineures, certaines Petites Constructions avaient fourré leurs têtes ici. Les habitants de l’île avaient réussi à les maîtriser. Mais même ainsi, les habitants de l’île avaient été effrayés par l’apparition soudaine des anciens monstres légendaires dont ils étaient censés se cacher.

Ils pouvaient se défendre contre une invasion externe de la Phase, mais ne pouvaient pas se défendre contre la Phase qui se manifestait sur leur île.

En d’autres termes, la Phase de ce monde ne pouvait pas atteindre l’île en pénétrant la barrière, mais ils pouvaient directement traverser ce monde pour aller dans l’espace qui existait déjà sur l’île.

Cela m’avait vraiment fait me demander à quoi servait cette barrière. Elle ne pouvait pas arrêter complètement la Phase, elle empêchait les gens de s’échapper, elle faisait germer rapidement les Béhémoths… Plus j’en apprenais sur le sujet, plus la situation me semblait mauvaise.

« Ce que vous dites est vrai… mais, bon… Ne vous offensez pas, Grand-Duc, mais nous ne pouvons pas accepter entièrement ce que vous nous avez dit. Nous n’avons aucun moyen de savoir si vous nous avez apporté la vérité ou des mensonges. »

Ce n’était pas vraiment déraisonnable. Je venais d’apparaître de nulle part avec une histoire qui sapait le fondement même de leur existence… Aussi répugnants que cela puisse l’être, les habitants de cette île se méfiaient de moi.

« En plus de cela, je ne peux pas porter un jugement au nom de toute l’île. Il faudrait que je parle avec les représentants du Nord, de l’Est et de l’Ouest. Je devrais également parler au Seigneur Central. »

« Le Seigneur Central ? »

« Le Seigneur Central Palerius, oui. Un descendant direct de la lignée d’Alerius Palerius. La barrière autour de l’île est l’héritage de sa famille, le Seigneur Central est celui qui garde la Porte. »

« Euh… La Porte ? »

« La Porte est un puissant artefact qu’Alerius a construit de son vivant. Il l’a créé dans l’espoir qu’une fois terminés, nous pourrions l’utiliser pour migrer vers un nouveau monde. Ses quatre disciples ont fait de leur mieux après sa mort, mais ils n’ont jamais réussi à l’activer. »

J’avais immédiatement pensé à mon propre sort [Porte] d’après la façon dont il le décrivait. Je m’étais demandé s’il avait prévu de s’échapper de l’île en utilisant ce truc de porte… Mais s’il avait commencé à le créer de son vivant, alors cela signifiait qu’il avait dû commencer à le faire avant que ses disciples ne viennent sur l’île… Et même avant l’invasion de Phase. Quelque chose ne collait pas. Je m’étais demandé si ses disciples avaient essayé d’en faire quelque chose, mais n’avaient pas réussi après sa mort… C’était difficile à dire avec certitude.

***

Partie 4

« Alors… pourriez-vous parler aux autres représentants de la ville et à ce Seigneur Central ? S’ils nous refusent, ce sera parfait. Si cela arrive, nous quitterons l’île et ne reviendrons jamais, promis. Les autres pays ne pourront pas non plus venir ici avec cette barrière intacte. »

« … Très bien. Mais si vous me demandez mon avis personnel, je voudrais être débarrassé de la barrière. Chaque jour, l’humanité sur cette île reçoit un sinistre rappel. Nous vivons dans la peur des Béhémoths. »

« Ah, maintenant que vous le dites… Nous allons faire le tour et éliminer un tas de Béhémoths pendant que nous sommes ici. Mais nous prendrons la plupart de leurs ressources comme paiement. Je suis sûr que vous comprenez. »

J’avais prévu de retrouver le représentant Dyent deux semaines plus tard.

J’étais assez satisfait de la façon dont les choses s’étaient déroulées. Je ne m’étais pas senti aussi mal que Sandora.

Je me demandais encore qui avait réparé la frontière du monde toutes ces années auparavant. Au début, je pensais que c’était le Sage des heures, mais apparemment, il était mort avant que cela n’arrive.

Il aurait pu s’agir de ses quatre disciples, mais il était clair qu’ils avaient fait de leur mieux pour maintenir l’île isolée du reste du monde, donc ça n’aurait rien donné s’ils l’avaient fait. Ende ne le savait même pas non plus… Cela commence à devenir agaçant.

Je n’avais pas d’autre choix que de trouver moi-même comment réparer les coutures cassées. Mais j’avais besoin de plus de finesse et d’un réglage plus précis de ma propre divinité avant de pouvoir le faire. Le Dieu tout puissant m’avait dit qu’il faudrait le même niveau de précision que si l’on voulait réparer une toile d’araignée à la main… Quelle galère ce serait !

Il serait probablement plus facile de tuer toute la Phase. Mais même si elles disparaissaient, il y aurait d’autres effets négatifs liés au fait que la frontière du monde soit trouée. Après tout, la Phase n’était pas la seule créature qui pouvait passer. Je ne voulais pas qu’une nouvelle invasion de méchants se produise systématiquement à travers les trous dimensionnels.

Je me demandais si le centre de Palerius serait en mesure de m’apprendre quelque chose sur le fonctionnement des barrières de l’île.

Il ne serait pas trop déraisonnable de s’attendre à ce qu’il sache quelque chose. De plus, j’étais intéressé de voir quel était l’héritage de Palerius…

Près de deux semaines s’étaient écoulées depuis ma rencontre avec le représentant Dyent.

Je les avais observés à travers les oiseaux de Kougyoku, j’étais donc assez conscient de l’évolution de la situation de leur côté.

Le représentant du nord semblait hésitant, mais il s’était calmé une fois que le centre s’était prononcé en faveur d’une rencontre afin de connaître nos intentions. Ils ne me croyaient pas forcément, mais ils voulaient l’entendre de ma bouche.

J’étais juste content qu’ils soient prêts à écouter. Parler était préférable à d’autres alternatives.

J’avais parlé aux membres de l’alliance de ma rencontre avec les gens de Palerius. L’alliance semblait bien fonctionner, mais j’avais également veillé à ce qu’ils informent Palouf, Elfrau, Hannock et toute autre nation qui pourrait être curieuse. Pour les besoins du commerce, ils devaient savoir comment les choses allaient se dérouler.

Je ne voulais pas qu’un commerçant renégat se rende à Palerius et fasse des ravages.

« Pourtant… C’est l’héritage du vieux Palerius, hein ? Je suis assez curieux… Je me demande ce que c’est. »

« Étiez-vous ami avec lui ? »

« Eh bien, en quelque sorte. Il était un peu excentrique. Tu sais, cet artefact que j’ai utilisé pour te voir dans le futur ? C’était son œuvre. Enfin, du moins en théorie. Les écrits du vieux Palerius ont été la base de beaucoup de mes recherches. »

Bon sang… Ce docteur bizarre pense qu’il était bizarre ? Il devait être hors norme en matière d’excentricité… Apparemment, le vieux détestait faire quoi que ce soit pour son pays, et il n’obéissait pas aux ordres de l’État. Il aimait simplement aller faire des recherches avec ses disciples.

« Touya, peux-tu m’emmener sur l’île ? Je veux vraiment savoir ce que c’est que cette chose qu’il a laissée là-bas. »

« Euh… je suppose que c’est bon ? Ne fais rien de bizarre, d’accord ? La situation est déjà assez délicate. »

« Oh s’il te plaît, ne t’en fais pas pour ces petits détails. Je connais assez bien la situation pour ne rien faire de stupide. Et si tu faisais un peu confiance à ta maîtresse ? »

« Je ne me souviens pas t’avoir permis d’être ma maîtresse. »

Babylon et moi étions dans le garage du hangar, pour parler de la situation. Monica avait soudainement appelé du haut d’un pont roulant.

« Écoutez, vous deux… Pouvez-vous vous tirer de là ? ! Je ne peux pas me concentrer quand vous bavardez… »

« Ah, désolé pour ça. Je vais aller vérifier les véhicules… »

« C’est déjà fait. Je vous suggère de regarder les régulateurs de magie vocale pour le Frame Gear de Sakura. Le téléchargement n’est pas encore tout à fait terminé. »

« Ça me semble bien. »

Nous avions quitté le garage. Le Docteur Babylon était monté dans le cockpit d’un Frame Gear stationnaire dans un garage séparé à proximité. Il était de couleur cerisier en fleurs avec des touches de blanc mélangées. Le Frame Gear s’appelait Rossweisse, c’était l’unité de soutien de Sakura.

Il avait deux grandes cornes en forme de trompette qui s’étendaient depuis l’arrière et reposaient sur chaque épaule. Cela ressemblait honnêtement à des canons… C’était une nouvelle technologie conçue pour amplifier la musique de Sakura. Mais elles avaient aussi un but offensif : elles pouvaient amplifier les ondes sonores en utilisant la pression de l’air… Ou quelque chose comme ça, en tout cas. Elles pouvaient aussi se rétracter quand cela n’était plus nécessaire. Cela empêchait ces choses massives d’entraver le mouvement du Frame Gear quand il était temps de courir.

J’avais quitté ce garage et j’étais allé dans un autre en face. Celui-ci avait un éblouissant Frame Gear émeraude à l’intérieur.

Rosetta était assise dans le cockpit, il y avait une petite légion de mini-bots qui se précipitaient autour d’elle pour l’aider à faire ceci et cela.

Ce Frame Gear était celui de Lu. Il s’agissait d’un équipement de haute technologie conçu pour les opérations de guérilla, le Waltraute.

Il était capable d’utiliser différents types d’engins, selon la situation. Il y avait des armes rapprochées, des armes à longue distance, des armes lourdes, ou des trucs qui aidaient à augmenter la vitesse. Naturellement, cela signifiait que même si c’était un touche-à-tout, il n’en maîtrisait aucun.

Il n’était pas aussi solide que les autres Frame Gears, mais c’était quand même un Frame Gear. Il avait la capacité de survivre dans la bataille contre la Phase, j’en étais certain.

Si tout se passait bien sur l’île, nous pourrions tester ces Frame Gears en leur faisant tuer quelques béhémoths sur place ou quelque chose comme ça. De toute façon, on leur parlerait bientôt…

J’étais parti pour rencontrer le représentant. Celui-ci attendait là avec un groupe de chevaliers en armure comme la dernière fois.

Moi, à mon tour, comme la dernière fois, j’avais apporté une centaine de Frame Gears.

« Bonjour, représentant Dyent. Avez-vous parlé aux autres ? »

Je connaissais déjà la situation de leur côté grâce à Kougyoku, mais j’avais besoin de feindre l’ignorance.

« Je l’ai fait. Tout le monde souhaite vous rencontrer, y compris le Seigneur Central. Nous avons également décidé de la manière dont nous souhaitons gérer nos relations avec vous. Cela pourrait vous causer des problèmes, mais auriez-vous la gentillesse de venir au Temple Central sur l’île avec nous ? »

« Le Temple central ? Très bien. Nous pouvons y aller grâce à ma magie. »

« Hm ? »

J’avais ouvert une énorme [Porte] afin d’engloutir tout le monde dans la zone. Nous étions arrivés sur une colline près du temple. Les oiseaux de Kougyoku m’avaient servi d’yeux pendant un moment, j’avais donc vu la plus grande partie de l’île. Il m’avait donc été facile d’ouvrir un portail pour accéder à n’importe quel endroit de l’île.

« C’est… ? »

« Nous sommes au Temple Central… ?! Mais comment ? ! »

Les chevaliers indigènes regardaient autour d’eux dans la confusion. Ils avaient vu la magie de mon portail au moment où j’avais apporté les Frames Gears, mais ils ne devaient pas s’attendre à en faire l’expérience eux-mêmes. Dyent semblait un peu troublé lorsqu’il avait ordonné à un messager de se rendre au temple. Les autres représentants s’y étaient apparemment déjà réunis, il n’y avait donc aucun problème pour que nous entrions tous et commencions les négociations.

J’avais renvoyé environ la moitié de leurs chevaliers dans la capitale du Sud avec une autre grande [Porte]. Après tout, je ne voulais pas que leurs citoyens flippent à cause de la disparition soudaine de leurs guerriers. Cela aurait été pénible.

J’avais laissé derrière moi Lain et les autres chevaliers de Brunhild et je m’étais dirigé vers le Temple central. J’y allais avec le Docteur Babylone, Yae et Kohaku. Ces deux derniers étaient ostensiblement avec moi comme gardes, mais je n’en avais pas vraiment besoin.

Le Docteur Babylone montait sur le dos de Kohaku, sa blouse blanche et ample flottant dans la brise. Vous auriez dû demander à Zanac une tenue mieux adaptée…

Finalement, nous étions arrivés au temple, une grande structure cylindrique d’environ six étages. Elle ressemblait un peu à une version droite de la tour penchée de Pise. Celle de la Terre était cependant un peu plus grande.

Dyent nous conduisit dans une cage d’escalier à l’intérieur de la zone principale du temple. En termes d’atmosphère, cela ressemblait à une ruine ancienne. Elle avait dû être construite à l’apogée de la civilisation antique, il y a environ cinq mille ans.

« Cet endroit est en excellent état, c’est vrai. »

« Il est probablement enchanté contre l’âge et l’usure, un peu comme mes installations de Babylone. Stopper les effets du temps sur un objet n’aurait pas été un problème pour ce vieil homme… »

Le docteur Babylon donna une réponse simple à la réaction déconcertée de Yae. Elle souleva un point juste. Si le Sage des Heures avait maîtrisé la magie de l’espace-temps, il n’y avait aucune raison de penser qu’il ne serait pas capable de faire facilement une telle chose.

Nous croisâmes deux gardes et montâmes un escalier en colimaçon, puis nous empruntâmes un long couloir. Nous ouvrîmes une grande porte et arrivâmes dans une pièce spacieuse. Il semblerait que c’était une salle de réunion.

Il y avait deux hommes et deux femmes assis dans la pièce. Ils étaient autour d’une table circulaire, en plein milieu de la pièce. Il y avait aussi quelques gardes en poste.

Trois des personnes assises portaient une armure similaire à celle de Dyent. Les personnes portant cette armure étaient un jeune homme, un vieil homme et une jeune femme aux cheveux roux.

Ils étaient probablement les représentants des autres capitales.

La dernière personne était vêtue de robes blanches. Elle s’appuyait contre une canne en bois rugueuse et noueuse. Ses cheveux étaient auburn et ondulés, ils descendaient jusqu’à sa taille. Selon mes estimations, elle avait une vingtaine d’années. Elle sourit doucement dans notre direction générale. Elle avait l’air un peu plus âgée que l’autre femme présente.

Yae et moi entrâmes dans la pièce, suivis de Kohaku avec le docteur Babylone sur le dos. Tout le monde avait l’air surpris, mais ils s’étaient calmés une fois qu’aucune hostilité n’était apparue. C’était vraiment naturel.

La femme vêtue de blanc tendit le bras vers moi après s’être levée.

« Bonjour, Grand Duc de Brunhild. Je suis le Mentor Palerius, descendant d’Alerius Palerius. Je suis celle qui guide l’île. Leur mentor, si vous voulez bien. »

« Ravi de vous rencontrer. Je suis Mochizuki Touya, Grand Duc de Brunhild. »

Je lui serrais la main fermement. Elle semblait être la représentante générale de l’île. Puis, les trois autres avaient commencé à se présenter. Le vieil homme aux cheveux gris était le représentant de la ville de l’est, Morgan East.

***

Partie 5

Le jeune homme brun représentait la ville du nord, Sagitta North.

Enfin, la femme aux cheveux roux représentait la ville de l’ouest, Millie West.

Si l’on ajoutait Dyent South, on obtenait alors les quatre directions cardinales, ce que leurs noms de famille indiquaient assez clairement.

Il était possible qu’il s’agisse d’anciens titres qui s’étaient lentement transformés en noms de famille. Mais je n’avais aucun moyen d’en être sûr. C’était un peu amusant, car leurs noms de famille étaient en anglais, mais je n’en avais pas vraiment tenu compte.

Je m’étais assis à la table et j’avais commencé à leur expliquer à tous ce que j’avais dit à Dyent.

J’avais projeté la carte en l’air et j’avais commencé à expliquer l’actualité, les événements mondiaux, l’invasion des Phases, pourquoi leur île comptait tant de Béhémoths et comment annuler leur barrière.

« Je l’ai déjà dit à Dyent, mais vous pouvez librement rejeter ce que je dis ici. Nous aimerions coopérer avec vous tous, mais nous ne voulons pas vous forcer à conclure un accord. Si vos représentants demandent que nous nous retirions, nous partirons et nous ne reviendrons pas de sitôt. »

« Puis-je poser quelques questions ? »

La représentante Millie leva la main. Je lui avais fait un signe de tête.

« Si nous décidons de rejeter votre proposition, les autres nations laisseront-elles notre île tranquille ? »

« La barrière protectrice de votre île est extrêmement puissante. La seule raison pour laquelle nous avons pu prendre contact avec vous est due aux qualités uniques du Duché de Brunhild. Vous n’avez aucune raison d’attendre d’autres visiteurs. »

« Et si nous acceptons votre proposition, si la barrière s’abaisse… risquons-nous d’être envahis par d’autres nations ? »

« Il leur faudrait une flotte de navires assez importante pour tenter de prendre cette île… Supposons qu’un pays fasse la guerre sur votre île et vous envahisse. Je ne crois pas qu’ils seraient capables de franchir les barrières protégeant vos grandes villes. La présence de Béhémoth sur votre île rendrait également une invasion terrestre difficile. Je ne peux pas en être certain, mais je ne pense pas que vous courriez un risque immédiat. »

Il y aurait moins de Béhémoths après l’effondrement de la barrière, mais il faudrait quand même les efforts d’un traître de l’intérieur pour anéantir les défenses de cette île.

C’était cependant juste hypothétique. Je ne pensais pas que l’île avait beaucoup de valeur. Il n’y avait pas beaucoup de terres agricoles, et il n’y avait presque pas de capacité de production. Il y avait bien des mines, mais pas assez pour justifier une guerre.

Il était vrai que les béhémoths avaient une grande valeur, morts ou vivants, mais les combattre entraînerait des pertes considérables.

Il n’y avait aucune nation qui avait suffisamment de puissance nationale ou navale pour envahir l’île. Il aurait été possible que Yulong essaye, mais ils avaient disparu. Pourtant, s’ils étaient dans le coin et qu’ils avaient essayé, cela aurait été une excuse pour les détruire.

Je ne savais pas grand-chose sur Xenoahs, mais j’avais l’impression qu’ils essaieraient d’abord de nettoyer le territoire de Yulong s’ils voulaient s’étendre.

Pourtant, si l’île avait vraiment si peu de valeur, je pouvais comprendre que les gens ne sachent pas pourquoi je leur tendais la main. En fait, je voulais juste entrer en contact avec eux et en savoir plus.

Mais en fin de compte, c’était aux habitants de l’île de décider s’ils voulaient ou non s’ouvrir au monde. J’étais convaincu qu’une culture aussi unique pouvait apporter beaucoup au monde, et vice versa.

De plus, ce serait une bonne chose pour les gens qui vivaient actuellement dans la peur des béhémoths qui erraient librement.

« Grand-Duc, j’ai entendu dire que vous extermineriez plusieurs Béhémoths sur notre île si nous supprimions la barrière. Est-ce vrai ? »

Morgan, le représentant de l’Est, me posa ainsi sa question. J’avais regardé par les volets de la fenêtre à ma gauche. Il y avait un Frame Gear qui se tenait là, j’avais commencé à parler alors que mon regard restait dessus.

« Nous luttons contre la Phase avec nos Frame Gears. En termes de combat, les Béhémoths font de bons entraînements de tir sur cible pour les nouveaux modèles. Nous ramènerons aussi les carcasses à Brunhild avec nous quand nous aurons fini, mais nous serons heureux de vous donner une part. C’est parce que nous vous demandons de nous autoriser à chasser sur vos terres… »

Morgan commença à réfléchir alors qu’il s’affalait sur son siège. Cette fois, c’était le Mentor Central qui leva la main.

« Grand-Duc, vous avez parlé d’enlever la barrière autour de cette île, mais je dois vous demander… Comment comptez-vous vous y prendre ? La barrière érigée par le sage Alerius couvre toute l’île. Il y a un artefact dans le sous-sol de ce temple qui la contrôle, mais l’artefact lui-même est entouré de plusieurs barrières impénétrables qu’il contrôle… »

Je m’y attendais. J’avais mis la main dans ma poche et j’en avais sorti un petit outil magique. Il ressemblait un peu à une seringue.

« C’est un artefact qui peut annuler les effets des autres artefacts. Pour être franc, il peut complètement annuler ces petites barrières qui protègent l’artefact du sous-sol. Si nous utilisons cet objet, nous pouvons complètement détruire la barrière autour de l’île, et elle ne reviendra jamais. Mais cet objet ne peut être utilisé qu’une seule fois ».

J’avais mis l’initialisateur sur la table. Tous les gens assis tendirent leur cou pour l’examiner de plus près.

Je l’avais repris, puis je l’avais tendu au Mentor Central.

« Vous pouvez l’avoir. C’est à vous de décider si vous l’utilisez ou non. »

J’avais compris leur appréhension. Ils croyaient toujours que la barrière était la seule chose qui les protégeait. Il était naturel qu’ils aient besoin de temps pour y réfléchir, ils avaient probablement besoin de temps pour traiter ce que je leur avais dit.

Le Mentor Central regarda en silence l’objet qu’elle tenait dans sa main.

« Hypothétiquement… pourriez-vous utiliser vos capacités pour n’émigrer que ceux qui veulent quitter l’île, Grand-Duc ? Y aurait-il une nation qui accepterait les migrants de cet endroit ? »

C’était intéressant, je n’étais pas sûr qu’ils demanderaient ça. Ce que le Mentor Palerius suggérait, c’était une situation dans laquelle la barrière était maintenue, mais où ceux qui voulaient partir pouvaient toujours choisir de le faire.

« Je pourrais le faire, oui. Et je suis assez sûr qu’il y aurait des nations qui seraient prêtes à les accepter… Mais je ne suggère pas d’adopter cette approche. Les gens que vous enverrez là-bas devront recommencer leur vie avec rien. »

La menace des Béhémoths disparaîtrait, mais ils auraient du mal à s’adapter à la vie hors de l’île. Ils n’auraient plus de contacts là-bas et ne sauraient pas quelles sont les compétences dont ils auraient besoin. Ce serait encore plus difficile s’ils amenaient des familles.

« Ce que vous me suggérez n’a plus d’importance. Vous avez l’outil d’initialisation. Quoi que vous décidiez, ce sera votre décision. Vous pouvez choisir de faire tomber la barrière, ou de la maintenir. Nous respecterons votre choix en fin de compte. Réfléchissez bien. »

« … Merci. Je crois que nous allons délibérer sur ce sujet une fois de plus ! »

Le Mentor Central inclina la tête devant moi.

J’avais décidé qu’il serait préférable d’en rester là pour la journée. S’ils voulaient enlever la barrière, nous les aiderions. Sinon, on les laisserait tranquilles. Même s’ils décidaient de le faire des dizaines d’années plus tard, c’était leur choix. Mais s’ils attendaient aussi longtemps, je ne pourrais probablement pas les aider aussi facilement.

Le Doc Babylon avait soudainement tiré sur ma manche.

Oh, c’est vrai. J’avais complètement oublié.

« En fait, je voulais vous demander quelque chose. »

« Qu’est-ce que c’est ? On vous répondra si c’est possible. »

« Le Sage des Heures, Alerius Palerius… J’ai cru comprendre qu’il avait laissé quelque chose derrière lui ? Quelque chose connut sous le nom de “La Porte” ? J’aimerais la voir, si c’est possible. »

« La Porte, vous dites ? Ce ne sera pas un problème. Je vous permets de la voir, comme un remerciement pour nous avoir accordé cet outil magique. Ce n’est pas exactement un secret d’État, donc ça devrait aller… »

Le Mentor Central avait souri dans ma direction, mais Sagitta Nord s’était soudainement interposée avec un regard troublé sur son visage.

« Seigneur Central. N’y a-t-il pas un risque à amener un étranger à voir l’héritage de Lord Alerius ? S’il devait être détruit… »

« Nous le comprenons à peine nous-mêmes, ne soyez pas stupide. C’est un artefact vieux de cinq mille ans. Qu’auraient-ils à gagner en le détruisant ? En fait, j’ai l’impression que le grand-duc pourrait même avoir une idée de ce que fait la Porte. »

Les mots de Central firent taire Sagitta assez rapidement. Mais elle avait raison. Le Doc Babylon et moi avions un sort appelé [Analyse], qui nous avait permis de comprendre fondamentalement comment les choses fonctionnaient. Je n’aurais probablement pas pu me faire à l’idée d’une chose aussi complexe, mais j’avais le sentiment que Babylone savait ce qui se passait.

« S’il vous plaît, suivez-moi. La Porte est tout en haut du temple. »

Nous avions commencé à monter l’escalier en colimaçon.

J’étais curieux au sujet de cette Porte. On disait qu’elle les guiderait vers un nouveau monde, mais j’étais curieux de voir si elle était liée à la façon dont la barrière du monde était réparée. Je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait être…

Nous étions finalement arrivés au dernier étage du temple, c’était un atrium en plein air sans toit. Il pleuvait à l’extérieur, mais il semblait qu’il y avait une barrière qui empêchait la pluie de nous frapper.

Plusieurs formations et formes géométriques inhabituelles étaient griffonnées dans le sol, créant un cercle magique massif que je ne reconnaissais pas du tout. Les lignes et les formations convergeaient toutes vers un point au milieu de l’atrium, c’était là que se trouvait la Porte.

Cela ressemblait certainement un peu à une Porte, mais ce n’était clairement pas une Porte standard. Plus précisément, elle ressemblait plus à un arc en marbre, sauf qu’elle n’était pas en marbre. Cela me rappelait un peu une version plus petite de l’Arc de Triomphe en France. Elle était de la taille d’une personne. Au-dessus de l’arche se trouvait ce qui ressemblait à un wattmètre, et ailleurs sur l’arche se trouvait un présentoir qui ressemblait à un tachymètre.

Est-elle en métal ? Elle est si majestueuse que j’ai du mal à croire qu’elle est ancienne… Cependant, je suppose qu’elle pourrait avoir un charme protecteur comme le reste de cet endroit.

« Puis-je la toucher ? »

« Certainement. »

J’avais obtenu la permission du Mentor Central, puis j’avais tendu la main vers l’objet. Il était froid au toucher, confirmant mes soupçons sur sa composition métallique. Je pouvais aussi sentir les flux inhabituels d’énergie magique qui le traversaient.

« Elle a l’air extrêmement robuste… »

« Oui… Mais ce n’est pas du Mithril ou de l’orichalque. Je n’ai aucune idée de quel genre de métal c’est. »

J’avais haussé les épaules vers Yae, qui avait elle aussi pris sur elle de toucher l’arche bizarre. Je l’avais tapotée un peu avec mes doigts. C’est effectivement bien du métal.

« Hmhm… C’est fait de chronium. Mais je n’ai jamais vu un échantillon aussi pur… »

Le Docteur Babylon sauta de Kohaku et lui fit quelques caresses. Pendant qu’elle parlait, les yeux de Mentor Central s’écarquillaient.

« Quel œil incroyablement perspicace… ! Grand-Duc, qui est cette fille ? »

Sa réponse était naturelle, vu que Babylone ressemblait à un enfant de dix ans avec un manteau trop grand.

« Elle s’appelle Docteur Regina Babylon. C’est la première magicienne de Brunhild. Lui permettriez-vous d’analyser la Porte avec sa magie Néant ? Elle apprendra probablement quelque chose de nouveau à ce sujet. »

« Oh ?! A-Ah… O-Oui, bien sûr ! »

Elle était probablement plus surprise qu’une si petite fille soit une chercheuse de premier plan qu’autre chose. Les quatre représentants derrière elle étaient tout aussi déconcertés. Ils avaient tous fixé leurs regards sur Babylone au moment où celle-ci commençait à faire son truc.

***

Partie 6

Elle avait complètement ignoré leurs yeux vigilants et posa les deux mains sur la Porte. Ses propres yeux s’étaient fermés alors qu’elle concentrait son pouvoir magique.

« [Analyse]. »

Elle avait commencé à essayer de traiter les informations dans sa tête. Ou du moins, c’était ce que je pensais qu’elle faisait à cause de tous les marmonnements qui se produisaient maintenant.

J’avais aussi essayé d’utiliser [Analyse], mais il ne m’avait fallu que quelques secondes pour abandonner l’idée de me faire une idée de ce que je voyais. J’avais compris certaines choses, comme la façon dont il avait été construit et ce dont il était fait, mais c’était une question d’étendue. En fin de compte, mes connaissances n’étaient pas assez spécialisées. Je ne pouvais pas faire bon usage de l’information. C’était comme si une personne âgée ordinaire voyait les schémas d’un appareil électrique.

« Je ne reconnais certainement pas les formules magiques ici. Mais il va sans dire que c’est un appareil incroyable. D’après ce que je comprends ici, ça fonctionne comme une [Porte], c’est-à-dire qu’il fonctionne comme un dispositif de transfert espace-temps… Je suis cependant quelque peu confuse par le manque de coordonnées. Ou plutôt, je ne peux tout simplement pas sentir aucune coordonnée de destination. La quantité de puissance magique nécessaire pour l’activer est également obscène, ce qui signifie en fait… »

J’avais arrêté d’écouter le docteur qui divaguait et je m’étais tourné pour poser une question au Mentor Central.

« Alerius Palerius a laissé ça derrière lui, non ? »

« C’est exact. Mon ancêtre a utilisé cette île comme son terrain d’essai personnel. Ce temple a été construit uniquement pour abriter la Porte à l’intérieur, mais malheureusement, Palerius a quitté l’île avant d’avoir pu la terminer. Ses quatre disciples ont repris les opérations par la suite, mais même eux n’ont pas pu terminer —. »

« Non, c’est déjà terminé. J’en suis en fait presque sûre. »

Le docteur Babylon s’était immiscé dans la conversation de Mentor Central, essuyant la sueur de son propre front lorsqu’elle retira finalement sa main de la porte.

« Nous ne saurons pas exactement où elle va à moins de la mettre en marche, mais elle est à tous les coups terminée. La formule permettant à la magie de s’y infiltrer est terminée. »

« … Alors pourquoi ne se déclenche-t-elle pas ? Nous avons essayé d’y verser de la magie pendant des années, des générations. »

« N’est-ce pas évident ? La magie que votre peuple a fournie n’était pas suffisante. »

Sérieusement ? Ce n’était pas suffisant ? Êtes-vous en train de me dire que cette porte a besoin de plus de magie que des générations de personnes ? Mais c’est une si petite porte ! Attendez, ne me dites pas que la porte est une métaphore pour l’île entière ou quelque chose comme ça, et qu’en fait vous avez besoin de charger beaucoup plus. Est-ce que la porte est juste une fausse ?! Une illusion ?! La vraie porte, c’était les amis qu’on s’est faits en chemin ?

« … Comment est-ce possible ? Je suis une personne avec un pouvoir magique incroyable comparé à l’individu standard, et même le mien n’est pas suffisant pour que cette Porte fasse quelque chose. »

Le Mentor Central fronça les sourcils en sondant le Doc pour obtenir des réponses.

« Vous n’avez pas tort, vous avez beaucoup d’énergie magique. Pourtant, je parie que votre magie équivaut à celle de deux ou trois personnes. Ce n’est pas suffisant. Si je voulais faire une estimation basse, je pense que cette porte a besoin de la magie de cent mille personnes pour s’activer. »

« Qu — ?! »

« Aussi, cette magie permettrait d’allumer la porte pendant une fraction de seconde. Il est impossible qu’une personne normale puisse l’activer. Il faudrait probablement environ 300 ans à une personne normale pour l’activer, à condition qu’elle épuise sa magie chaque jour. »

C’était absolument absurde, cette chose ne possédait aucune efficacité énergétique !

Le Mentor Central et les quatre représentants avaient été complètement abasourdis.

Yae, par contre, avait juste incliné la tête dans la confusion. Elle n’arrivait pas à saisir l’échelle dont nous parlions, mais elle ne pouvait de toute façon pas utiliser la magie.

« Il semble que les disciples de Palerius aient essayé de graver une formule magique d’efficacité qui aurait réduit la quantité de puissance nécessaire… mais ils n’ont pas réussi à la terminer à temps. Cela n’aurait pris qu’un centième du temps, s’ils avaient terminé cette partie. »

« Alors, vous voulez dire que si cette formule est terminée, nous pourrions ouvrir la porte en seulement trois ans ? »

« Oui, ça semble raisonnable. »

Trois ans… Je suppose que ça semble plus raisonnable. Je me demande si le fait d’utiliser trois personnes permettrait d’aller plus vite, comme le réduire à un an… Ou peut-être qu’ils pourraient utiliser trente-six personnes pour le faire en un mois !

Mon idée avait été rejetée. Apparemment, utiliser la magie de plusieurs personnes ne suffirait pas. C’était une honte.

Chaque humain avait une longueur d’onde magique différente… Il serait plus facile d’y penser en termes de couleurs. Une toile peinte sur une longue période avec la même couleur finirait par avoir un aspect complètement différent d’une toile sur laquelle on aurait éclaboussé un tas de couleurs pendant une courte période. Lorsqu’il s’agit d’appareils nécessitant une magie concentrée, il est préférable qu’une seule personne s’en occupe.

« Donc c’est incomplet, alors… »

« Eh bien, c’est toujours utilisable. Touya devrait pouvoir l’allumer maintenant. »

« Ahaha… On a vraiment recours à moi, Doc ? »

Celle-ci fit un sourire dans ma direction. Je soupirai.

« Désolé, je comprends que le Grand Duc possède une grande quantité d’énergie magique… Il doit en falloir beaucoup pour faire venir ces guerriers géants, mais… combien en a-t-il exactement ? »

« Je ne suis pas vraiment sûr. Ma réserve de magie est assez importante. J’ai des centaines de créatures invoquées actives en ce moment et aucune d’entre elles n’en pompe beaucoup. »

« Qu — ?! »

Même après avoir invoqué Kohaku et les autres Bêtes Célestes, ainsi que les créatures qui leur étaient apparentées, je n’avais pas eu l’impression que ça avait beaucoup diminué. En fait, après que ma divinité soit apparue, j’avais eu l’impression d’avoir plus de magie pour jouer avec. J’étais dans une ligue à part entière ces jours-ci, bien qu’il me semblait un peu tard pour le dire.

« Je crois pouvoir activer cette Porte, mais… Je vais vous demander la permission. Me laisseriez-vous essayer ? »

« O-Oui, bien sûr. Si cela peut nous aider à comprendre exactement ce qu’Alerius Palerius préparait il y a tant d’années, alors j’en serais heureuse… »

Le Mentor Central m’avait donné la permission, j’avais alors haussé les épaules et j’avais commencé à me préparer à l’allumer.

D’après la façon dont elle fonctionnait, elle semblait fonctionner de façon assez similaire à mes portails. Le seul problème, c’était que je n’avais aucune idée de la destination.

Je ne voulais pas que ce truc s’ouvre sous la mer ou quoi que ce soit… Ce serait très embêtant.

« Je suis ici pour te protéger, Touya-dono. Je ne peux pas te laisser te mettre en danger, je ne peux pas. »

« C’est de moi qu’on parle, Yae. Si c’est un mauvais endroit, je vais me téléporter. Si ce n’est pas trop mal, je m’occuperai des problèmes là-bas. »

Yae ne voulait pas me laisser partir, mais je l’avais persuadée du contraire. Après tout, je ne voulais pas l’exposer à des dangers potentiels de l’autre côté. Après cela, j’avais installé une barrière de protection autour de la Porte. C’était une mesure préventive au cas où elle mènerait quelque part sous l’océan. La barrière bloquerait le flux. Il ne me resterait plus qu’à fermer la Porte.

« Très bien, laissez-moi essayer ça… »

J’avais fait reculer tout le monde, puis j’avais posé mes mains sur la Porte. Ma magie commença à y pénétrer. Les mécanismes de la porte commencèrent à s’animer. Le tachymètre s’était aussi mis à tourner. Comme je le soupçonnais, les compteurs devaient mesurer la magie canalisée dans l’objet. Le design avait un côté un peu rétro-chic à cet égard…

J’avais accéléré le taux de transfert. Elle s’était mise à ronronner et à bourdonner énormément. La lecture du tachymètre commença à augmenter rapidement. La formation magique sur le sol sous la porte avait également commencé à s’éclairer.

« Oh, wôw ! »

« Ça marche ! »

Tout le monde autour de moi semblait surpris par ce qui se passait. J’étais surpris aussi, mais pour une raison complètement différente. Malgré les grandes quantités de magie que j’avais canalisées, ce n’était pas encore fini. Elle continuait d’absorber. Peu à peu, le temple entier était enveloppé d’une faible lueur de lumière. Le tachymètre avait atteint environ quatre-vingts pour cent de son cadran.

L’espace entre l’arche commença à se tordre et à s’éclairer. Il suffisait d’un peu plus pour que le portail apparaisse. J’avais intensifié mon envoi, en y injectant encore plus de magie.

Le tachymètre avait finalement atteint 100 %. J’avais regardé à travers l’arche pour voir des arbres et un ciel ouvert. L’autre côté n’avait pas l’air dangereux, ce qui était un soulagement.

« On dirait que ça a marché… »

Je ne voulais pas que la porte se ferme parce que mon lien avec elle était coupé, alors j’avais traversé l’arche avec ma main toujours dessus.

« Très bien, à bientôt. »

J’avais souri aux autres, puis j’avais continué à travers la Porte.

C’est bizarre…

Le sentiment était inhabituel. C’était presque comme si je marchais dans de la mélasse chaude, ou que mon corps tout entier se pressait doucement dans du caoutchouc souple.

Je n’aimais pas vraiment cette sensation, alors j’avais franchi la Porte d’un seul coup.

En un instant, j’avais senti le sol sous mes pieds. J’avais levé les yeux pour voir une zone boisée.

Je m’étais retourné pour regarder derrière moi, mais il n’y avait rien. Comme je m’y attendais, le voyage était à sens unique.

Je me sentais sacrément épuisé, ce qui était normal vu la quantité de magie qui avait été consommée. Heureusement, elle commençait déjà à se rétablir.

Maintenant… laissez-moi m’orienter… Suis-je dans la Mer des Arbres… ? Pour une raison inconnue, je ne le crois pas… Je suppose que l’endroit ressemble à une forêt ordinaire.

J’avais sorti mon Smartphone et j’avais essayé de projeter la carte.

« Qu’est-ce que… ? »

Il avait refusé de s’ouvrir. Je m’étais demandé si cette zone avait une barrière autour d’elle, ou si c’était l’œuvre d’Alerius Palerius. Cette dernière hypothèse était peu probable, puisqu’il n’avait jamais réussi à terminer la Porte de son vivant. C’était quand même vexant.

J’avais sorti mon téléphone et j’avais essayé d’appeler Yae, mais l’appel avait refusé de se connecter. Je ne pouvais pas non plus contacter Kohaku par voie télépathique. J’avais cru comprendre qu’il y avait une sorte de barrière d’interférence qui me bloquait.

Mais ma magie était toujours efficace. J’avais invoqué un petit vent comme test et ça avait bien fonctionné. Je m’étais demandé ce que cela voulait dire. Alors que je réfléchissais à moi-même, j’avais soudainement entendu des cris venant de la forêt. C’était accompagné du bruit des arbres qui tombaient.

Qu’est-ce qui se passe ici ? J’avais couru à travers la forêt jusqu’à ce que je sorte enfin sur ce qui ressemblait à une grande route. Il y avait des arbres dans la région, mais ils avaient tous été arrachés à leurs racines. J’étais extrêmement confus.

C’était à ce moment-là que je vis un dinosaure à deux têtes attaquer une voiture de tourisme métallique.

« Quoi… ?! »

La créature ressemblant à un tyrannosaure était clairement une espèce de bête magique que je ne reconnaissais pas du tout. Ou peut-être un dragon… J’avais un peu froncé les sourcils en voyant ça.

***

Partie 7

Mais j’avais alors remarqué quelque chose qui m’avait encore plus troublé que le monstre.

Pour être franc, la voiture en métal… n’était pas exactement un type de voiture conventionnelle que l’on pouvait trouver tirée par des chevaux ou quelque chose comme ça.

Curieusement, elle ressemblait plus à… un crabe ? La voiture elle-même avait des pattes en métal qui faisaient saillie sur les côtés gauche et droit, ce qui lui donnait l’apparence d’un crabe. Mais il n’avait pas de pinces.

Honnêtement, le simple fait de le regarder me faisait un peu flipper. Je n’avais jamais rien vu de tel.

Ce n’était pas non plus une petite voiture. Elle était suffisamment longue pour qu’on l’appelle un bus… C’était pourquoi j’avais décidé de l’appeler le Bus Crabe. Ou peut-être que Wagon Crabe aurait-il été plus approprié. Il ressemblait certainement à un dispositif mécanique à l’ancienne, il avait des rivets et des vis rondes visibles ici et là, aussi… Un peu comme ceux des steampunk. (NdT : mouvement littéraire du 19e siècle)

« C’est un artefact, ou quelque chose comme ça ? » murmurais-je dans la confusion alors que le corps du dragon à deux têtes frappait la cage du crabe. J’avais entendu plusieurs cris à l’intérieur pendant l’impact. Je n’avais pas le temps de rester ici à ne rien faire. Si je restais assis et regardais tout cela, les gens à l’intérieur auraient vraiment des ennuis.

« Avance, Feu ! Pilier du purgatoire : [Feu Infernal] ! »

J’avais fait surgir une spirale magique enflammée. Celle-ci enveloppa la bête à deux têtes. Elle recula de douleur au moment où j’avais activé [Stockage] pour sortir le Brunhild en mode lame, que j’avais rapidement utilisé pour lui couper la tête.

Elle était tombée au sol en s’écrasant, et ce fut tout.

Le crabe mécanisé s’était stabilisé, et plusieurs personnes sortirent du chariot. Ils étaient en sécurité, c’était un soulagement.

L’une des personnes, un homme, s’était approché de moi avec un large sourire sur le visage. Puis, il s’était mis à parler.

« .su devas yllaer uoY .lap ,taht rof sknahT »

« … Excusez-moi ? »

C’était mauvais. Je n’avais aucune idée de ce qu’il disait. Je me demandais si la langue commune que je parlais n’existait pas ici.

« Vous ne parlez pas la langue commune ? »

« egaugnalerofeb ...... taht draeh reven ev'?spahrep ,rengierof a uoy erA ?huH」

C’était futile. Le marchand, un vieux monsieur moustachu, poussa un soupir confus. Aucun de nous deux n’arrivait à comprendre l’autre.

Il n’y avait rien d’autre à faire, il ne pouvait pas comprendre mes paroles. J’avais donc dû utiliser d’autres méthodes.

J’avais commencé à faire une série de gestes pour communiquer mon manque d’hostilité. Je lui avais tendu la main, et il la prit. Nous nous étions retrouvés à faire une poignée de main ferme. J’étais immensément soulagé. Où que je sois, ils savaient ce qu’était une poignée de main. Après tout, il fallait que je touche sa main pour que mon sort particulier fasse effet.

« [Traduction]. »

Ma magie coula de mon corps et dans le sien, après un bref instant, elle était revenue.

« Et maintenant, me comprenez-vous ? »

« Ahhh, vous parlez allentese, merveilleux. J’étais un peu confus, car je pensais que vous vous étiez cogné la tête… »

Le sort que je venais de jeter était un petit sort bien pratique. Il se fondait dans les souvenirs de la cible, absorbait toutes les informations nécessaires sur une langue, puis les ramenait au lanceur.

La langue que je venais d’apprendre s’appelait l’allentese. Je n’en avais jamais entendu parler.

« Je m’appelle Pedro Sancho, je suis un commerçant itinérant. Je vous suis redevable, mon fils. »

« S’il vous plaît, ne vous inquiétez pas pour ça. Oh, c’est vrai. Je m’appelle Mochizuki Touya. »

« Touya, hein ? C’est un nom assez bizarre… D’où venez-vous ? »

Si je voulais être honnête, je lui dirais la Terre, mais évidemment, ce n’était pas une option ici.

« Je suis né à Eashen, mais je vis à Brunhild en ce moment. »

« Eashen ? Brunhild ? Jamais entendu parler d’eux. Ont-ils des villages frontaliers… ? »

Attends… il n’a jamais entendu parler d’aucun de ces endroits ? Où est-ce que j’ai atterri… ? J’avais soupiré calmement, puis j’avais posé une question à M. Sancho.

« Euh… Cela peut sembler un peu bizarre, mais où sommes-nous en ce moment ? Je pense que je me suis un peu perdu. »

« C’est la route principale qui s’étend à l’est d’Allen, la capitale. Nous sommes à environ une journée de route en voiture. »

« Allen… ? C’est une capitale ? De quel pays fait-elle partie ? »

« De quel… ? Franchement, mon garçon. C’est Allen, c’est donc naturellement la capitale de la théocratie d’Allent. Tenez, attendez une seconde. »

M. Sancho retourna à sa voiture et revint. Il me passa ensuite un petit papier dans les mains.

« Voici une carte. Vous voyez ici ? La Théocratie d’Allent. Et voici la capitale, Allen. »

« … Que diable… »

J’avais regardé la carte avec des yeux frénétiques et confus. C’était absolument la carte du monde que je connaissais. Ce n’était pas si différent de la carte que je pouvais consulter sur mon smartphone. Il y avait juste une différence essentielle.

Sur une carte standard, Eashen serait situé à l’extrême est. Mais sur cette carte, il était à l’extrême ouest. Non seulement ça, mais c’était à l’envers.

De manière incroyable… La carte du monde que je regardais était… à l’envers. Renversée, comme si elle était devant un miroir.

◇ ◇ ◇

Qu’est-ce que cela pourrait signifier… ? Je suppose que cette Porte n’était pas un portail ordinaire… Ne me dites pas que j’ai été envoyé dans un autre monde !

Il n’était pas déraisonnable de supposer qu’Alerius Palerius ait pu faire quelque chose comme ça. Mais ce n’était que grâce à ma magie quasi infinie que ça avait vraiment marché… Mais c’était quand même inquiétant.

« Tohya ? Vous allez bien ? »

Sancho s’était tourné vers moi, se demandant pourquoi j’avais gardé le silence.

« Ah, oui. Je vais bien. C’est juste que j’ai atterri un peu plus loin de la maison que je ne le pensais… »

« “Atterri” ? Oh, dis-moi, Tohya. Avez-vous utilisé la magie du transport ou quelque chose comme ça ? »

« Mhm… Effectivement… »

J’avais donné une réponse plutôt brusque au marchand concerné. Il semblerait que ce monde avait aussi de la magie, ce qui était un soulagement.

Il m’avait proposé de m’emmener à la capitale, mais j’avais poliment décliné son offre. J’avais besoin de temps pour comprendre ce qui se passait. De plus, je pouvais utiliser la magie pour me déplacer plus rapidement.

Il m’avait dit d’aller voir son magasin si jamais je visitais la capitale, et il avait continué son chemin dans la mystérieuse calèche à crabes.

Je m’étais demandé quoi faire…

« [Porte]. »

J’avais essayé d’ouvrir un portail, mais il avait refusé de se connecter.

… Quoi ? Comment vais-je rentrer chez moi ? C’est mauvais, c’est vraiment mauvais… Ils vont commencer à paniquer de l’autre côté s’ils ne me trouvent pas…

J’avais commencé à paniquer un peu, mais mon téléphone s’était mis à sonner tout à coup. L’appelant n’était autre que Dieu Tout-Puissant.

Un message d’en haut ! Littéralement !

« Allo ?! »

« Ah, c’est connecté. Allô, Touya ? »

« Hé ! Je suis un peu paniqué en ce moment, mais ça va… Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Ahahaha… Je ne m’attendais pas à ce que tu ailles dans un autre monde tout seul. Mais au moins, tu as gardé ton smartphone. Patiente s’il te plaît, je vais envoyer quelqu’un te chercher. »

Me chercher ? Avant même que je puisse comprendre ce qui se passait, un grand flash de lumière éclata de nulle part. Puis, une personne sortit de l’éclair aveuglant.

« Bonté divine… Sais-tu que tu nous as fait peur ? »

« Karen… »

C’était la déesse de l’amour, ma sœur Karen. Elle se tenait là, boudeuse, les mains sur les hanches.

« C’était horrible là-bas, tu sais ? ! Le petit Kohaku s’était soudainement évanoui dans les airs ! Personne ne pouvait te localiser, tu ne décrochais pas ton téléphone ! On pensait que tu aurais pu être blessé ! Yae m’a appelé au téléphone en pleurant ! »

Aïe… Je suppose que ma magie a été coupée de toutes mes bêtes convoquées. Évidemment, ça aurait effrayé tout le monde aussi.

« Ni moi ni les autres dieux de Brunhild ne pouvions te sentir, tu sais ? C’est pourquoi nous avons contacté le Dieu Tout-Puissant. »

« Je suis désolé pour le dérangement… »

Apparemment, cela faisait dix heures que j’étais entré dans la Porte, mais j’avais l’impression que cela faisait moins d’une heure.

Étant donné que Kohaku s’était probablement évaporé devant Yae, il était tout à fait logique qu’elle soit en détresse. Elle pensait sans doute que j’étais en difficulté.

« Alors, comment puis-je revenir ? »

« Nous avons une capacité appelée Translocation Spatiale, sais-tu ? Mais ce serait trop lourd à porter pour toi… Retournons au royaume des dieux et repartons à partir de là. »

Le fait qu’il fallait moins d’effort pour aller au royaume des dieux que de sauter dans mon monde me parut bizarre, mais je ne m’étais pas posé de questions.

Cela dit, si l’on tenait compte des barrières du monde, il était probablement plus facile pour une entité divine d’entrer dans un espace fait uniquement pour le divin. Après tout, personne d’autre ne pourrait y aller.

J’avais ouvert une [Porte] et je l’avais franchi. J’étais sorti juste devant le Dieu Tout-Puissant.

« Franchement, je suis vraiment désolé pour tout ça… »

« Pas du tout, mon garçon. Ce genre de choses arrive de temps en temps. »

Hm… Je suppose que oui ? Apparemment, il n’était pas trop rare dans les innombrables mondes de voir des gens en changer de temps en temps. Apparemment, certains Dieux s’étaient glissés dans différents mondes de temps en temps juste pour se cacher.

***

Partie 8

« J’adorerais parler, mais je pense que tu devrais rentrer chez toi rapidement. Ta famille sera très inquiète. »

« Tu as raison. Merci beaucoup. »

Je m’étais incliné pour m’excuser auprès de Dieu, puis j’ai ouvert une [Porte] à nouveau. En y repensant… N’a-t-on pas mentionné une fois que je pouvais ouvrir un portail pour rentrer chez moi… Je supposais que je ne le pouvais pas. En haussant les épaules, j’étais apparu avec Karen dans le temple de l’île de Palerius.

J’avais vu Yae s’incliner profondément devant la Porte, et le Doc Babylon l’examinait frénétiquement. Les représentants de l’île les observaient nerveusement de loin.

« Je suis là. »

« T-Touya-dono ?! C’est toi, c’est toi ! »

Yae se leva, cria de joie et commença à me serrer fort.

Oof… C’était presque du niveau de Sue…

« Je… J’étais si inquiète pour toi, j’étais… K-Kohaku a disparu. Et puis l’appel n’a pas abouti ! J’ai pensé, *sniff*… Je pensais que tu étais retourné dans ton ancien monde… Waaaaaaah ! »

Je suis désolé de t’avoir inquiété… J’avais doucement brossé les cheveux de Yae avec ma main. Elle reniflait et pleurait.

« Hé, maintenant… Il n’y a pas moyen que je t’abandonne… N’est-ce pas ? »

« *sniff*… T-Tu as raison… »

« Hé, les tourtereaux. Désolé de casser un truc sympa, mais elle n’était pas la seule à s’inquiéter. »

Le Docteur Babylon me regardait, le feu dans les yeux.

« C’est ma faute. Désolé pour le dérangement. »

« … Cette excuse était un peu différente de celle que tu donnais à Yae à l’instant. Étais-tu vraiment obligé de parler de façon aussi monotone ? Eh bien, peu importe. Dans quel genre d’endroit la Porte t’a-t-elle emmené ? »

« Oh, d’accord… »

Le Mentor central commença à s’approcher par les escaliers. Je n’avais aucune idée de ce qu’il fallait leur dire.

Hmm… Qu’est-ce que je devrais dire…

« Un autre monde… La Porte a vraiment mené à un tel endroit ? »

Le Docteur Babylon était choqué, tout comme le Mentor central et les quatre représentants.

Finalement, j’avais décidé de leur dire la vérité. Ce n’était pas si important, car personne d’autre que moi ne pouvait l’activer. Mais qu’ils me croient ou non, c’était une autre affaire.

« Je suppose qu’on peut appeler ça un monde inversé. C’est similaire à ce monde, mais il y a quelques différences. »

J’avais pris une photo de la carte de M. Sancho avec mon smartphone. J’avais ensuite utilisé [Dessin] pour créer une impression.

« C’est donc ce que voulait dire Alerius Palerius quand il parlait du nouveau monde… » se marmonnait Dyent.

Il avait probablement raison. Bien que, plus précisément, ce furent les disciples d’Alerius qui tentèrent d’utiliser la Porte pour atteindre un nouveau monde et échapper à la Phase.

Mais aucun d’entre eux, pas même tous réunis, n’était aussi talentueux que le sage original. Ils n’avaient pas pu l’achever, et c’était pourquoi leurs descendants avaient été piégés sur l’île.

« Très bien, vous avez encore plus d’options. Vous pouvez rester sur l’île et continuer votre lutte contre les Béhémoths. Vous pourriez supprimer la barrière et rejoindre le monde extérieur… Vous pourriez mélanger les deux, et envoyer ceux qui voudraient partir tout en restant fermés au monde. Ou, comme dernière option, vous pourriez passer par la Porte menant à ce nouveau monde. »

La pièce était devenue complètement silencieuse. J’avais continué à parler.

« Laissez-moi cependant clarifier une chose. Si vous allez dans le nouveau monde, vous ne pouvez pas revenir. J’ai eu de la chance d’en revenir, mais c’était exceptionnel. Vous n’aurez pas la même chance. Les gens de l’autre côté ne parlent pas la même langue, et je ne sais rien de leurs affaires géopolitiques. Si vous prenez une décision, j’aimerais l’entendre assez tôt. »

C’était un monde avec des créatures bizarres dans la nature, ce n’était donc pas vraiment sûr comme le Japon moderne. Cela étant dit, il était probablement plus sûr que ce monde. Il n’y avait pas de menace de Phase à affronter là-bas.

« Nous ne pouvons pas prendre de décision maintenant… Pouvons-nous l’envisager dans les prochains jours ? »

« D’accord, c’est bon. On n’est pas pressés, mais il faut prendre en compte tous les facteurs. »

J’avais fait un signe de tête au Mentor central après avoir dit ça. Leur choix aurait des ramifications importantes, j’avais donc compris pourquoi ils avaient besoin de temps. Une discussion appropriée était tout à fait naturelle.

J’avais décidé que la meilleure chose à faire pour l’instant était de rentrer chez moi. J’étais complètement crevé.

◇ ◇ ◇

J’étais retourné à Brunhild, et j’avais été accosté par tout le monde. J’avais compris qu’ils avaient eu peur, mais ils n’avaient pas besoin de se serrer si fort…

J’avais convoqué Kohaku et les autres bêtes et je m’étais excusé de les avoir fait disparaître soudainement. Ils étaient assez choqués par ce qui s’était passé.

J’avais aussi convoqué Snow, le petit rongeur qui appartenait à Lop et à ses amis.

« Désolé pour tout ça… Retourne auprès de tes amis, d’accord ? »

J’avais renvoyé Snow avec un petit mot d’excuse, celui-ci s’était vite enfui dans l’obscurité.

Hrmph… Je ne veux pas que ça se reproduise, alors… peut-être que je devrais préparer une sorte de réservoir de stockage avec ma magie dedans ? Si je peux faire une sorte de batterie de mana qui stocke ma magie, elle devrait fonctionner comme une réserve si jamais je me retrouve à nouveau hors de portée…

« Alors cette Porte t’a emmené dans un autre monde… ? Compte tenu de la Phase, et de ta propre histoire sur tes origines, je comprends, mais… c’est quand même étrange… »

Yumina, vêtue d’un pyjama blanc, s’était roulée sur mon lit en marmonnant.

Il n’y avait pas non plus qu’elle. Toutes mes autres fiancées avaient envahi ma chambre et faisaient de mon lit leur nouveau nid. Elles disaient qu’elles voulaient me punir pour leur avoir fait peur, pour qu’elles puissent toutes dormir avec moi… Pas de cette façon, bien sûr. Ce n’était pas le moment.

Le lit était spécialement conçu pour ce genre de situation, il était donc très grand. Assez grand pour que dix personnes puissent au moins s’asseoir dessus. Même avec l’ajout de l’ours en peluche, il restait beaucoup de place.

Pour être honnête, je pensais que le lit était beaucoup trop grand. C’est pourquoi je dormais généralement sur un lit plus petit à côté, la plupart des nuits.

« Hé, Touya, comment était-ce de l’autre côté ? »

Sue, portant son propre petit pyjama jaune, s’était accrochée à mon dos et m’avait posé une question. Elle était assez stressée par l’épreuve, elle avait été donc autorisée à passer la nuit chez moi.

« Mmm… Je ne suis pas restée très longtemps. Je n’ai pas vu grand-chose. Je voulais rentrer le plus vite possible parce que je savais que vous seriez toutes inquiètes. »

« Tu avais raison, nous étions toutes inquiètes. »

« Extrêmement inquiètes… »

Linze et Sakura me fixaient du regard. Je m’étais déjà excusé une tonne de fois, alors j’avais souhaité qu’elles ne me blâment pas autant.

« Quand Kohaku a disparu, j’avais effectivement eu l’impression que mon cœur allait lâcher. »

« Moi aussi ! Je ne savais pas quoi faire quand Yae m’avait appelé pour me dire que tu avais disparu. »

« Nous sommes heureuses que tu sois rentré sain et sauf. »

Yae, Elze et Hilde avaient également exprimé leurs craintes. Mais ce n’était pas comme si j’étais responsable…

« Je suis confuse, Touya… Tu as réussi à revenir dans notre monde sain et sauf, mais… n’as-tu pas dit que tu ne pouvais utiliser aucune [Porte] ? »

« Ah… Eh bien, Lu, uhm… à propos de ça… »

« … Que nous caches-tu ? »

J’hésitais à répondre à la question de Lu, et Leen avait presque immédiatement mis le doigt dessus.

Hrmm… Dois-je sérieusement leur dire ? Je veux dire… Ce n’est pas comme si je n’avais pas le droit de leur dire, et franchement ne pas leur dire pourrait juste causer plus de problèmes.

J’avais décidé de leur dire mon plus grand secret. Je leur dis tous, sur la façon dont je suis venu au monde, tout sur Dieu, et tout sur ce que j’allais devenir. Au début, elles pensaient que je plaisantais, mais peu à peu, leurs expressions s’étaient adoucies au fur et à mesure que je continuais à parler. Elles soupiraient légèrement et me regardaient avec des expressions perplexes sur leurs visages.

« Je ne sais même pas par où commencer ici… »

Elze avait l’air choquée.

« Alors tu me dis que… non seulement tu viens d’un autre monde, Chéri… mais tu es aussi un dieu ? Pourquoi ne cesses-tu jamais de me surprendre… ? »

« Ceci… explique honnêtement beaucoup de choses… »

Lu fit un signe de tête à Leen, acceptant entièrement mon histoire. J’avais été un peu surpris par la facilité avec laquelle elles l’acceptaient.

« Alors, est-ce que ça veut dire que tes sœurs sont… »

« Des déesses, oui. Elles n’ont pas le droit d’utiliser leur divinité ici, mais elles viennent du panthéon divin. »

« … Ce pays est vraiment assez fou, non ? Je me demande si nous serons un jour vaincus à ce rythme… »

Leen poussa un autre soupir.

« Peu importe ce qu’est Touya. Il restera toujours notre mari ! »

Yumina l’avait dit franchement, et les autres filles acquiescèrent. J’étais assez étonné par mes fiancées. Elles avaient beaucoup de courage pour l’accepter comme ça.

J’étais gêné, même si c’était agréable d’être accepté. Je m’étais recroquevillé dans mon lit et j’avais essayé de dormir.

Yumina et les autres gloussaient entre elles, mais je faisais semblant de ne rien entendre. LE sommeil m’appelait.

J’allais rendre visite aux dieux après mon réveil, pour leur exprimer ma gratitude pour m’avoir sauvé. Je me demandais quel serait le meilleur cadeau à apporter…

D’après Karen, je pourrais utiliser la capacité de translocation spatiale si je concentrais ma divinité, mais je ne pouvais pas encore le faire. L’utiliser me permettrait apparemment de sauter vers d’autres mondes. Je voulais quand même obtenir une sorte de réservoir ou de réserve magique avant même de faire une autre tentative.

J’avais commencé à réfléchir à ces choses alors que le sommeil me réclamait et que l’obscurité s’installait dans les coins de ma vision.

***

Chapitre 2 : La méchante bête divine

Partie 1

Le lendemain, j’avais rendu visite au Dieu Tout-Puissant. J’avais apporté quelques gâteaux que Crea avait faits, ainsi que des plats faits maison par Lu.

« Encore désolé pour les ennuis… »

« Je t’ai dit que ce n’était pas un problème, ne t’inquiète pas. Tout ce que j’ai fait, c’est téléphoner et regarder un peu autour de moi pour toi. Cependant, j’accepterai tes cadeaux avec gratitude. »

Il sourit un peu en prenant les repas et en les mettant dans un petit réfrigérateur compact. Je n’aurais pas été surpris d’apprendre que le réfrigérateur qu’il utilisait était une sorte de trésor sacré…

« Voyager dans d’autres mondes n’est pas si inhabituel dans le grand ordre des choses. Il y a des gens dans d’autres mondes qui peuvent même convoquer des gens de l’autre côté de l’espace-temps. De plus, il y a même des gens qui sont nés avec la capacité de se déplacer à travers les mondes. »

Le fait d’être appelé dans un autre monde ressemble à une sorte de prémisse d’un LN quelconque… Mais je suppose que cela signifie qu’il y a aussi d’autres personnes comme Ende dans le monde.

« Au fait, ce monde où je suis allé… Sais-tu quelque chose à ce sujet ? »

« Celui-là ? Eh bien, pour le dire simplement, il existe à côté du monde dans lequel tu vis actuellement. De ce fait, il a beaucoup de caractéristiques qui le rendent similaire à ton monde actuel. Cela étant dit, il ne s’agit pas d’une situation où il existe des versions miroir de personnes que tu connais. »

Je suppose donc que la ressemblance ne va pas plus loin que le fait d’avoir une carte du monde de forme similaire, des monstres qui errent, et aussi de la magie… Je suis content que ce ne soit pas un monde inversé bizarre où il y aurait une version féminine de moi courant partout.

« Ce monde a aussi été ravagé une fois par une grande guerre. »

« Attends, vraiment ? C’était la phase ? »

« Ce n’était pas la phase. C’était juste une simple guerre mondiale. Leur technologie s’est développée au point que cela fut inévitable. Leur civilisation a été détruite. Cela arrive en fait à de nombreux mondes. »

Même chez nous, nous avions des mythes et des légendes comme l’Arche de Noé et Ragnarok. Beaucoup de mondes étaient probablement morts pour ensuite renaître de leurs cendres.

« Est-il interdit pour moi ou pour quiconque de visiter ce monde à nouveau ? »

« Hm ? Pas du tout. Je ne vois pas de raison de t’empêcher d’enquêter plus avant sur ce monde. Il y aurait peut-être eu un problème si tu avais pris certains de ces parasites de cristal, mais tu t’en es occupé pour l’instant. Il n’y a donc pas de problème, après tout, ce n’est qu’un monde parmi tant d’autres. »

On a donc bien le droit de retourner dans le monde inversé ? Je suppose que je peux le dire aux habitants de l’île s’ils décident de faire ce choix.

« … Au fait, ma sœur m’a dit que je pourrais utiliser quelque chose appelé “Translocation Spatiale”. Est-ce que je peux utiliser cette capacité pour aller dans des mondes au-delà de celui qui est adjacent ? »

« Translocation Spatiale, hmm… D’habitude, tu ne peux pas utiliser la magie de téléportation habituelle pour aller entre les mondes. C’est à cause de la frontière qui entoure chaque monde, qui est presque impossible à pénétrer. »

D’après Dieu, il était déjà assez inhabituel que je puisse utiliser la [Porte] pour accéder au royaume divin. Il était assez curieux de savoir comment j’avais réussi à le faire, mais il voulait la jouer cool la première fois. Ou quelque chose comme ça… Mais le fait que le dieu des mondes ne l’ait même pas remarqué était un peu inquiétant… Si leur sécurité était si faible, pas étonnant que ce dieu servile soit sorti.

Mais c’était peut-être la juridiction d’un autre dieu, c’était donc lui qui avait besoin de tirer la couverture à lui.

« La translocation spatiale est différente de la magie typique du transport ou de la téléportation. C’est une technique divine qui permet de contourner la frontière. »

« Dans ce cas… ne pourrais-je pas l’utiliser pour retourner dans mon ancien monde ? »

« C’est possible, oui. Mais j’aimerais que tu n’entretiennes pas ce genre de pensée. Après tout, tu es déjà mort dans ce monde. Il serait très troublant que tu réapparaisses soudainement, ressuscité. »

C’était logique, je ne voulais pas vraiment provoquer une panique générale en revenant d’entre les morts. Revenir dans mon ancien monde causerait juste un tas d’ennuis aux gens qui y vivaient.

Mais je me demandais s’il n’y avait pas un moyen de revoir mon ancien monde… À travers les rêves des gens, peut-être…

« Quand tu pourras utiliser la translocation spatiale, tu seras devenu un dieu à part entière. Je t’ai dit que je pense qu’il serait préférable que tu ne rejoignes pas nos rangs si rapidement. Cela finira par arriver, quoi qu’il arrive, donc je pense que tu devrais profiter encore un peu de la marge de manœuvre dont tu disposes actuellement. »

Il avait raison. J’avais actuellement des pouvoirs divins, mais je n’étais pas limité par leurs règles. Il y avait des choses que moi seul pouvais faire en raison de mon statut de demi-dieu. Il était probablement préférable de rester un peu plus longtemps dans ma situation actuelle.

Si je pouvais aller et venir librement de ce monde, alors peut-être que le doc pourrait trouver une solution. Elle avait déjà utilisé [Analyse] sur la structure du portail, je m’étais donc demandé si elle pourrait construire une autre Porte à Brunhild en utilisant l’atelier.

J’avais réfléchi tranquillement en prenant une bonne tasse de thé avec Dieu.

◇ ◇ ◇

« Un réservoir de magie de réserve… ? Je suppose que ça devrait être possible. Je vais fabriquer le réservoir pendant que je construis le disrupteur dimensionnel. Ils partageront après toute certaine fonctionnalité, puisqu’ils sont tous deux destinés à stocker de grandes quantités de magie. »

« Un je ne sais plus quoi Dimensionnel ? Tu es sérieusement en train de construire une autre Porte ici ? »

« N’est-ce pas évident ? Je ne veux pas avoir à admettre que j’ai emprunté le design du vieux, mais ce truc a des applications intéressantes. »

Selon le Doc Babylon, la nouvelle porte… ou disrupteur dimensionnel… serait prête en trois jours seulement. C’était affreusement rapide, même pour l’atelier. Mais une fois de plus, tout le travail nécessaire pour le mettre en service a été fait. Elle ne faisait que le dupliquer en se basant sur les résultats existants.

J’avais haussé les épaules et j’avais décidé de lui confier ce travail. Après tout, j’avais mes propres affaires à régler. Plus précisément, les problèmes contenus dans le rapport sur la table basse à proximité.

Le Mangeur d’âmes s’était remis à la tâche. Ou, pour être plus précis, des Squelettes en cristal avaient été repérés à nouveau. Cette fois-ci, c’était à Refreese, dans une ville portuaire.

C’était une ville commerciale où divers commerçants allaient et venaient à toute heure de la journée. Il y avait ainsi dans cette ville des commerçants honnêtes, mais aussi des commerçants sans scrupule. Et d’après ce qu’on m’a dit, la corruption l’emportait sur l’équité dans les affaires. C’était une ville dominée par les commerçants corrompus et leur philosophie de droit à gagner de l’argent.

Je ne pourrais cependant pas exactement utiliser cela pour dire que le gouvernement de Refreese avait tort. La cupidité était une force motrice, une énergie qui pouvait conduire à la prospérité. Il se trouvait que la force motrice de la prospérité était suffisamment imprégnée de négativité pour attirer quelque chose de terrible.

On avait plutôt l’impression que le Mangeur d’âmes était simplement attiré par des émotions négatives en général. Il n’apparaissait pas nécessairement dans les endroits où ces sentiments étaient concentrés, il apparaissait simplement dans leurs environnements immédiats.

Il semblait se déplacer au hasard. Je ne pouvais qu’espérer que les futurs sites d’attaque entreraient en contact avec nous avant qu’il ne soit trop tard.

« L’absence d’attaques de Phase ces derniers temps est un peu troublante… »

« Il n’y a rien que nous puissions faire pour l’instant. »

« J’aimerais juste qu’on puisse trouver cette chose avant qu’il ne soit trop tard… »

Yumina et Lu soupiraient doucement en exprimant leurs inquiétudes.

Kousaka s’occupait de la plupart des questions domestiques, mais il y avait aussi des domaines où certaines de mes fiancées pouvaient apporter leurs conseils.

Yumina et Lu étaient des membres de la famille royale, alors elles aidaient à la diplomatie étrangère et aux questions intérieures de temps en temps. Mais je ne voulais pas les surcharger de travail.

Toutes les autres étaient au bord de la mer aujourd’hui, Karen les avait invitées. Je voulais y aller aussi, mais j’avais des choses à faire. Si je n’y allais pas, je le regretterais plus tard, quand d’autres personnes innocentes auront subi des dommages.

« Où cela apparaîtra-t-il ensuite… ? »

« Je n’espère pas à Regulus… Ah, je veux dire… J’espère qu’il n’apparaîtra nulle part ! Désolé, je ne veux pas que vous pensiez que j’ai donné la priorité à mon lieu de naissance… »

« Ce n’est pas grave. Regulus est toujours en train de reconstruire son armée depuis le coup d’État. Ce serait mauvais s’ils étaient touchés maintenant. »

Alors que je réfléchissais, mon smartphone s’était soudainement mis à vibrer. C’était Relisha. Je me demandais s’il se passait quelque chose avec la guilde.

« Quoi de neuf, Relisha ? »

« Votre Altesse ! La créature, la dévoreuse d’âmes ! Elle est apparue à Yulong ! Elle est à Changyung, une ville du sud ! »

« Quoi ? »

Quand on parle du loup. Apparemment, des membres de la branche de la guilde de Roadmare s’étaient rendus à Changyung pour créer une nouvelle guilde. Leur venue était une bénédiction et une malédiction, à cause des horreurs qu’ils y avaient découvertes.

Je ne pouvais pas me permettre de laisser tomber. J’avais ouvert ma carte et j’avais vérifié où se trouvait Changyung sur la carte.

« C’est là… D’accord, j’y vais! »

« Je viens avec toi ! »

« Moi aussi ! »

J’avais ouvert un portail pour m’y rendre, mais Yumina et Lu m’avaient appelé. Elle m’avait demandé la permission d’y aller.

En toute honnêteté, j’hésitais à les emmener dans un endroit aussi horrible et dangereux, mais elles s’étaient aussi entraînées sous la direction de ma sœur. Je ne pouvais pas continuer à les couver ou bien à les prendre à la légère.

Cela pouvait devenir trop difficile pour une seule personne. Il était possible que les rôles soient inversés. Il était aussi possible que je doive sacrifier des gens, ou que quelque chose tourne mal… Mais…

« C’est bon. Nous écouterons tout ce que tu diras, et nous n’en ferons pas trop. »

« … Bien, alors. Je compte sur vous. »

Yumina sourit doucement. Il semblerait qu’elle ait remarqué mon hésitation. Elle voyait clair en moi…

« Kohaku ! Luli ! »

J’avais canalisé ma magie et j’avais appelé deux de mes convocations vers moi.

Il était tard, il semblerait donc que Kohaku dormait. Luli, d’un autre côté, semblait lancer tranquillement des raisins dans sa bouche directement de la vigne. Bon sang…

***

Partie 2

« Je vais affronter le méchant Dieu. Kohaku, tu protèges Yumina. Luli, tu protèges Lu. Compris ? »

« O-Oui ! Bien sûr, tout de suite ! »

« Mmm… Mhm... ! »

Kohaku s’agitait dans une sorte de demi-sommeil, tandis que Luli répondit avec une bouche pleine de raisins. C’était très bien.

Pour une raison inconnue, je n’avais pu joindre aucune de mes sœurs au téléphone… Elles étaient probablement en train de nager et n’avaient pas pris leur téléphone pour éviter de le détruire. C’était dommage, mais inévitable. Je leur avais envoyé à la place un SMS.

« Très bien, allons-y ! »

« Oui ! »

« Ok ! »

Nous avions passé la [Porte] et étions sortis dans les ruines de l’ancienne capitale de Yulong. L’endroit était vraiment un champ de ruines. En fait, cela semblait s’empirer depuis la dernière fois. Il ne restait plus qu’à utiliser le [Vol] et à filer vers Changyung.

« … Vous serez en mesure de voler ? »

« Ah, oui. C’est un peu effrayant, mais je suis sûre qu’on peut le faire. N’est-ce pas, Lu ? »

« Bien sûr ! Volons aussi vite que possible ! »

Elles avaient toutes les deux été effrayées par l’instabilité de la situation lorsque je les avais soumis à la [Lévitation] chaque fois que je volais. Mais je n’avais pas beaucoup de temps. Elles devaient donc s’en accommoder.

Je les avais prises toutes les deux par la main et j’avais rapproché leurs corps du mien, un bras autour de leur dos.

« T-Touya ?! »

« A-Ah, Touya ?! »

« Tenez-vous bien toutes les deux. On y sera dans un instant. »

J’avais utilisé la [Lévitation] pour ramasser Kohaku et Luli. Luli était un peu ennuyée parce qu’elle avait ses propres ailes, mais je m’en fichais. Je pouvais voler plus vite qu’elle à ce moment-là, et le temps était un facteur essentiel.

Je m’étais lancé dans les airs et j’avais foncé vers ma destination. Je pouvais voler à pleine vitesse et ne sentir aucune résistance au vent grâce aux barrières de protection que j’avais érigées. Malgré cela, les deux filles s’accrochaient à moi avec crainte.

Il me faudra que cinq minutes pour atteindre Changyung à cette vitesse.

Mes yeux avaient immédiatement été attirés par les signes de mort et de carnage dans la rue, plutôt que par la belle architecture et les toits rouges.

Nous avions atterri sur le sol et avions trouvé des cadavres ici et là. De leurs corps poussaient de petits cristaux, et leurs visages étaient tous déformés par l’agonie.

« Quelle horreur… ! »

« Terrible… ! »

Yumina et Lu regardèrent le désastre avec dégoût.

J’avais utilisé ma divinité pour vérifier les corps. Leurs âmes avaient disparu. Il n’y avait aucun doute. Le Mangeur d’âmes était là.

« Gyaaaaaaugh ?! »

Un cri horrible résonna dans les rues. Ce n’était pas loin de moi. C’était comme une agonie rendue audible.

« Allons-y ! »

Kohaku prit sa forme de tigre et Luli prit une taille plus adaptée au vol urbain.

Yumina s’était assise sur le dos de Kohaku, et Lu chevaucha Luli. Kohaku se mit à marcher dans la zone, et Luli battit des ailes.

Nous avions tourné au coin de la rue et étions arrivés à la source du son. Nous avions trouvé un énorme monstre qui arrachait la gorge d’un homme.

Il avait une crinière dorée et ce qui ressemblait à un manteau de fourrure d’une dureté irréaliste, son éclat était quelque peu trouble. Il ressemblait à un chien ou à un grand loup, mais certains de ses aspects ressemblaient aussi à un lion. Une brume troublante émanait de la créature. Il ressemblait à une divinité, mais une divinité souillée.

« Est-ce le méchant dieu ? »

Il mesurait quatre mètres de haut. Quand il remarqua ma présence, il tourna deux yeux rouges scintillants dans ma direction. Sa crinière d’or sombre était hérissée d’une force maligne, ne faisant qu’intensifier le danger que je pouvais ressentir dans l’atmosphère.

Cette… méchante bête divine… avait fait tomber l’homme au sol avant de bondir sur un toit. La blessure au cou de l’homme s’était immédiatement refermée alors que son corps se ratatinait et séchait. Une fleur de cristal s’était alors épanouie dans son cou.

« C’est ici… »

La bête n’avait pas perdu de temps et sauta du toit vers moi. J’avais sorti Brunhild de mon [Stockage] et je l’avais mis en mode lame, puis j’avais moi-même sauté vers elle. Je l’avais frappée alors que nous nous croisions. Mais… d’un seul coup, un bruit métallique retentit dans l’air au moment où je l’avais touché.

« C’est si dur que ça ? ! »

Mon bras s’était tendu et j’avais senti l’impact résonner dans mon corps. Mon attaque n’avait occasionné aucun dommage. Et au moment où je regardais mon Brunhild avec admiration, je découvris que la lame au phrasium avait en fait un éclat.

C’est impossible !

La bête s’était retournée et s’était dirigée vers moi.

Gah !

« Viens, terre ! Barrière de la mère nourricière : [Mur de terre] ! »

« Whoa ! »

Le sol entre moi et la bête se souleva, forçant la créature à se cogner le visage contre le sol durci.

« Tu vas bien, Touya ?! »

« Merci, Yumina ! »

La bête fixa Yumina et Kohaku avant de courir vers eux, pour être interceptée par Lu, qui fit vomir une pluie de boules de feu par la bouche de Luli.

La créature fut stupéfaite par l’attaque, mais pas beaucoup. Elle s’était mise debout et sauta en arrière.

Bon travail !

« Mode Pistolet ! »

J’avais changé la forme de Brunhild et l’avais rapidement dirigée vers mon ennemi.

J’avais tiré quelques coups de feu sur la bête. Celle-ci s’était soudainement enveloppée dans un torrent de flammes.

Je l’avais chargé avec des balles spécialisées. Plus précisément, celles enchantées par la [Tempête de feu].

Les flammes s’étaient rapidement dissipées, s’écoulant dans le corps de la bête. Sa forme lourde scintillait alors qu’elle consommait entièrement la magie.

Elle semblait avoir les propriétés d’absorption des sorts que la Phase avait… C’était logique, la couleur or boueuse et le revêtement semblable à de la fourrure m’avaient déstabilisé, mais il était indubitablement fait du même matériau que celui de la Phase. Je m’étais demandé s’il s’agissait d’une sorte de sous-espèce modifiée.

« Grauuugh ! »

Une aura sombre et dorée commença à émaner de la créature et se concentra progressivement autour d’elle, avant de se disperser en un large éclat.

Attendez, c’est… de la divinité !

« Yumina, Lu ! Est-ce que ça va, vous deux ?! »

« On va bien ! Je ne sais pas ce que c’est, mais on s’en sort ! »

« Je-je vais bien, oui ! »

Yumina et Lu avaient obtenu la protection divine de moi et de mes sœurs. Si une personne ordinaire avait été frappée par cette explosion de divinité, elle aurait été assommée, ou tout au moins forcée de s’agenouiller.

Tsk… Il n’y avait donc plus de doute, ce monstre contenait quelque chose de divin en lui… Même si c’était causé par ce stupide dieu NEET.

« Essayez de garder vos distances avec lui ! »

Pour la première fois depuis longtemps, j’avais déclenché mon Apothéose. Mes cheveux poussèrent vers l’extérieur en un instant, et la divinité s’était enroulée autour de mon corps. En un instant, mon aura de platine entoura le champ de bataille.

La méchante bête divine s’était arrêtée sur ses pas. J’avais soudainement entendu un rire sourd retentir de quelque part. J’avais reconnu cette voix !

« Kukuku… Je connais cette divinité… C’est toi, n’est-ce pas, mon garçon ? »

Un tourbillon d’or et de boue apparut dans l’espace à côté de la bête, et il prit peu à peu la forme d’un vieil homme maigre. Je me demandais quand il se montrerait.

« Tu as beaucoup de temps libre, mais je suppose que c’est naturel pour un dieu NEET. »

« Tu es vraiment très grossier… Mais bon, merci d’être venu. Je suis sûr qu’avec une âme comme la tienne dans le ventre, mon petit animal de compagnie évoluera bien plus vite. »

« Alors vous avez créé cette méchante bête divine ? Tu es même allé jusqu’à utiliser certains aspects de la Phase dans sa conception ?! »

C’était à tous les coups au moins aussi durs que les monstres de cristal. Ce type était un vrai emmerdeur, et je voulais qu’on en finisse avec lui. Il était allé trop loin. Ce monstre avait dévoré des âmes et s’était lentement autonomisé. C’était tout simplement mal. Aucun dieu ne devrait jamais faire ça dans un royaume mortel… Mais cet homme n’était pas un dieu pour moi.

« C’est grâce à mon bienfaiteur… Ne t’inquiète pas pour ça. C’est grâce à eux que j’ai réussi à créer un dieu si magnifique et si méchant. Maintenant, nous n’aurons plus de mal à ravager ce monde ensemble. »

« … Pardon ? »

« Oh, tu ne le sais pas ? Tout monde détruit par un dieu malfaisant ne relève plus de la juridiction du dieu des mondes. Il ne l’observera plus et ne le gérera plus, tu comprends ? J’ai l’intention de tout détruire complètement dans ce petit monde stupide, et ensuite je m’élèverai comme son nouveau dieu, sans être gêné par des supérieurs stupides ! Kuhuhuhu… Joli plan, n’est-ce pas ? »

Quoi, son plan est de faire en sorte que le Dieu Tout-Puissant abandonne complètement ce monde et qu’il règne ensuite sur lui ? Est-ce que ce type est un idiot ? Est-ce qu’il pense vraiment qu’il peut faire ça ?

Il avait quand même raison. Les mauvais dieux sont des entités qui naissaient dans le royaume des mortels. Cela signifiait que les dieux n’avaient pas le droit d’interférer dans leur ascension. C’était pourquoi les héros ou les élus dans les romans se voyaient accorder des trésors sacrés pour s’en occuper…

Si ces héros tombaient, alors le monde serait abandonné. C’était assez logique. Le monde serait alors abandonné par les dieux et arriverait lentement à sa fin. Le plan du dieu NEET était donc de devenir le nouveau dirigeant de ce monde une fois qu’il sera abandonné… Il était vraiment misérable.

« Maintenant, je comprends pourquoi tu as été un dieu servile pendant si longtemps. Tu es pathétique. »

« Silence, crétin ! Comment oses-tu parler si haut alors que tu n’es même pas un vrai dieu ! Tu n’es même pas un dieu servile… Tsk ! Tu vas devenir du fourrage pour mon animal de compagnie, et ensemble nous allons ruiner cet endroit ! »

La bête, à l’appel de son maître, ouvrit sa gueule et cracha plusieurs frappes de feu noirs.

« Gah ! »

J’avais repoussé l’une de ses frappes de feu noirs avec un coup de poing habillé de divinité. Ce n’était pas chaud, mais l’impact m’avait secoué jusqu’au poignet.

Bon sang ! Si je n’avais pas utilisé mon truc divin, ça m’aurait brisé le bras !

***

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2 commentaires :

  1. La "P6", c'une autre dimension,, un autre monde...?? J'imagine que j'le l'saurai bien assez tôt

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