Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 11

Table des matières

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Chapitre 1 : Chevaliers recherchés. Renseignez-vous.

Partie 1

« La frontière du monde, hm… ? »

« Connais-tu un moyen de l’arranger ? »

Dieu avait tranquillement réfléchi en grignotant un cracker de riz. C’était une spécialité d’Eashen, je les lui avais donc apportés comme cadeau. Nous étions assis dans la petite pièce familière, au milieu d’une mer de nuages. Vous l’avez deviné, nous étions dans le royaume des dieux.

Il aurait été bien de le consulter par téléphone, mais je ne voulais pas être impoli. C’était pourquoi je lui avais apporté un cadeau et j’étais venu le voir en personne.

« Et bien, je pourrais effectivement arranger cela. Un dieu de haut rang serait capable de le faire avec peu d’efforts. Mais tu sais comment c’est maintenant, n’est-ce pas mon garçon ? Nous ne pouvons pas interférer avec les royaumes inférieurs. Bien que si un Dieu méchant ou renégat était responsable des dégâts, on ferait alors exception. »

Le Dieu tout-puissant avait bu son thé et avait poussé un soupir.

« La barrière a été réparée il y a cinq mille ans, n’est-ce pas ? »

« En effet, elle l’a été. Mais ce n’était pas mon œuvre. Il y a néanmoins des espèces dans les mondes inférieurs qui pourraient hypothétiquement faire une telle chose. »

Mais qui, cependant… ? Tu es un peu vague.

« Et si j’avais utilisé le pouvoir de ma divinité pour le faire… ? »

« Tu pourrais trouver que c’est un acte des plus imprudents, mon garçon. Peux-tu recoudre une toile d’araignée à la main ? Utiliser un pouvoir aussi vaste pour un travail aussi précis… As-tu vraiment le contrôle nécessaire pour cette précision ? »

Je suppose qu’il a raison… Au moins, il ne semble pas y avoir de problème avec le fait que j’utilise ma Divinité en bas. Ce serait mauvais si j’essayais de le réparer et que je finis par l’aggraver.

« Oh oui, je n’ai jamais pensé le demander, mais… y a-t-il quelqu’un qui utilise la divinité d’une manière malfaisante ? »

« Bien sûr. Mais ce ne sont pas exactement des dieux au même sens que nous. La plupart sont nés dans les mondes inférieurs. S’ils prenaient une émotion sombre comme le regret, la rancune, l’attachement, et la laissaient s’accumuler dans leur être, alors ils pourraient atteindre un état de divinité corrompue. C’est généralement en entrant en contact avec quelque chose de divin, comme un trésor sacré, qu’une mauvaise personne atteint cet état. Ton ancien monde avait beaucoup d’histoires populaires sur ce genre d’événements. »

« Interviendriez-vous dans ces cas-là ? »

« Je ne crois pas qu’il soit approprié d’intervenir directement, même dans ces cas-là. Dans de tels cas, nous apporterions simplement une aide divine aux gens de ce monde, comme en accordant une lame sacrée à un héros choisi ou quelque chose du genre. Les méchantes divinités formées par de tels actes ont après tout une divinité encore plus basse que les dieux serviles. »

Plus bas que les dieux serviles, hein… ? Eh bien, je suppose que ce ne sont que des imitations.

« Et si le héros meurt ? »

« Je n’interviendrais pas. Ce sera très probablement la fin du monde. Penses-tu que je devrais donner chance après chance ? Je leur donnerais une seule chance de remédier au danger, car abandonner un monde le mènerait sûrement à sa ruine. Des mondes tomberaient s’ils n’étaient pas surveillés. Bien que j’aie mis en place des mesures pour m’assurer que je leur prête attention pour la plupart. »

Dieu laissa échapper un petit rire d’autodérision. Mais je me demandais combien de mondes avaient été abandonnés ou ruinés à cause de leurs échecs.

Juste au moment où je réfléchissais à cela, Dieu leva un doigt et se mit à parler.

« Cela me rappelle que le smartphone que tu utilises est très certainement un Trésor Sacré. »

« Attends, sérieusement ?! »

J’avais sorti mon smartphone et j’avais regardé le vieil homme à partir de celui-ci. C’est un Trésor Sacré, sérieusement ?

« Quand tu es mort à l’époque, j’ai apporté cet objet dans ce royaume. Naturellement, j’ai bricolé un peu, comme tu le sais. Ce petit appareil est vraiment un Trésor Sacré, qui contient le pouvoir des dieux. Comment penses-tu qu’il puisse m’appeler, mon garçon ? Comment penses-tu qu’il puisse transmettre des informations d’un autre monde ? »

Je veux dire, c’est vrai… C’est logique. Pourtant, je n’avais pas réalisé que c’était un objet de ce calibre.

« Serait-il possible pour moi de faire un Trésor Sacré de ma propre initiative ? »

« Je n’en vois pas d’inconvénient. Il s’agit simplement de canaliser ta divinité dans un objet. Mais, comme je te l’ai déjà dit, les divinités méchantes et maléfiques naissent généralement par l’interaction avec des pouvoirs divins, alors tu devras peut-être t’en abstenir. »

« Oui, c’est logique. »

Ils accordent donc des Trésors Sacrés aux héros pour lutter contre les personnes malfaisantes qui obtiennent des pouvoirs divins. Mais que se passerait-il si une divinité maléfique mettait la main sur l’objet sacré ? Ce serait mauvais, n’est-ce pas ?

Dieu expliqua qu’il détruisait généralement l’épée sacrée ou d’autres reliques divines après qu’elles aient été utilisées pour vaincre le méchant, puis qu’elles étaient remplacées par un faux. De temps en temps, il oubliait de le faire, et la présence du Trésor sacré dans le monde finissait par donner naissance à un autre méchant quelques centaines d’années plus tard. Ce n’était certainement pas une bonne nouvelle.

Pourtant, j’avais appris que Dieu et ses semblables n’étaient pas omnipotents. Apparemment, il y avait beaucoup de dieux gênants. Même dans mon ancien monde, nous avions des mythes et des légendes sur le fait que le divin prenait forme humaine pour causer des malheurs. Les dieux étaient tout aussi variés que les humains… Comme je commençais à bien l’apprendre.

« Ah, Touya. Il est un peu prématuré d’y penser, mais… aimerais-tu être celui qui est assigné au monde dans lequel tu vis en ce moment ? »

« Je te demande pardon ? »

« Eh bien, vois-tu… Les dieux de haut rang, les dieux supérieurs… Chacun d’eux est chargé de superviser un monde particulier. J’ai pensé que lorsque tu atteindras ce niveau, tu préférerais un monde qui t’est familier. »

Attends. Attends un peu ! Dieu supérieur ? Cela me donnerait un rang supérieur à celui de mes deux sœurs, n’est-ce pas ? Mais… n’est-ce pas bizarre ? Je suppose que je suis un bénéficiaire direct de la bénédiction de Dieu, mais quand même…

« … Cela signifie que je devrais rejoindre le panthéon des dieux, non ? »

« Si tu ne le souhaites pas, alors je n’ai rien d’autre à dire. Je sais cependant que beaucoup d’autres dieux le souhaiteraient. Il y a plusieurs milliers d’années que le dernier dieu a été intronisé. Sais-tu que les plus âgés ne verraient pas d’inconvénient à avoir un dieu plus jeune pour pouvoir se vanter un peu ? »

C’est bien qu’ils nous soutiennent, mais… J’ai des sentiments mitigés à ce sujet.

« Si je rejoignais le panthéon, aurais-je le droit d’avoir des enfants ? Tu sais que je vais bientôt me marier… »

« Beaucoup de dieux ont engendré des enfants avec d’autres espèces. Nous n’avons pas de politique l’interdisant. Les enfants auront une force et des capacités au-delà de la norme, mais ils ne deviendraient pas plus puissants que toi. »

C’est logique. Hercule, Persée, Achille et Cu Chulainn sont tous des exemples de demi-dieux issus des légendes de la Terre. Il y en a aussi des tonnes d’autres.

Mais d’après le Doc, je vais avoir huit filles et un fils… S’ils ont tous la force d’un demi-dieu, ça pourrait les élever un peu plus…

« A-Ah, juste une question, mais… y a-t-il un dieu chargé de s’occuper des enfants ? »

« Il y en a un, oui… Mais on devrait s’efforcer d’élever ses propres enfants quand c’est possible. »

« Tsk… »

C’était juste une hypothèse ! Bien sûr, je n’abandonnerais pas mes enfants… Merde, c’est ennuyeux. De toute façon, pourquoi est-ce que je suis stressé par ce qui ne va pas naître avant des années ? Ce n’est pas comme si elles allaient accoucher juste après m’avoir épousé ? C’est vrai ?

« Tu devrais faire attention à ne pas trop compter sur ta divinité pour l’instant. Continue à faire ce que tu peux. Considère ton arrivée dans ce monde comme une bénédiction… Bien que ce ne soit peut-être pas à moi de dire une telle chose, vu comment je t’y ai envoyé. Quoi qu’il en soit, je suis fier de toi. Continue à travailler dur. »

« Merci. »

Je suppose qu’il me dit juste de prendre les choses comme elles viennent, hein ? Eh bien, ça semble juste.

Après avoir reçu quelques louanges de Dieu lui-même, j’avais quitté son domaine.

◇ ◇ ◇

« Alors, on recrute plus de chevaliers ? »

« En effet. Nous sommes actuellement à court d’effectifs. Nous ne sommes plus une nation naissante, il n’y a donc plus de marge de manœuvre. »

Kousaka hocha lentement la tête en parlant. Il avait raison, nous n’avions même pas une centaine de chevaliers actifs dans notre pays. Une quarantaine d’entre eux n’étaient pas non plus des combattants actifs, et ils ne savaient pas piloter des Frame Gears.

Certains d’entre eux servaient Tsubaki comme collecteurs d’informations. D’autres travaillaient pour le vieux Naito et s’occupaient de la paperasserie officielle. Cela ne voulait pas dire qu’ils n’étaient pas capables de se battre, ils avaient après tout réussi le test, mais ils n’avaient pas à suivre un entraînement officiel.

Notre pays n’était pas très grand, nous n’avions pas besoin d’armées de mille hommes comme d’autres nations, mais il n’était pas imprudent de renforcer un peu nos rangs.

« Je suis sûr que c’est une bonne idée. »

« En effet. Brunhild grandit à vue d’œil. »

« Effectivement. Je suppose que la ville sera plus paisible si nous avons plus de gardes autour. »

Elze, Yae et Hilde patrouillaient souvent de leur plein gré, tout en participant à l’entraînement des chevaliers. Elles n’étaient pas officiellement membres de l’ordre, mais elles aimaient toujours donner un coup de main. Elles apprécieraient probablement que davantage de personnes soient affectées au maintien de la paix.

« Alors, de combien de personnes parlons-nous ? »

« Eh bien, hm… Mon objectif est de doubler notre effectif actuel de chevaliers, donc j’aimerais avoir une centaine de nouvelles recrues. Mais nous devrions en recruter cent cinquante si nous incluons les patrouilles domestiques, les employés de bureau et les gardiens de château. »

Autant… ? Eh bien, je suppose que ça devrait aller… Même s’ils s’appellent l’Ordre des Chevaliers de Brunhild, ils sont techniquement payés avec mes propres fonds, donc c’est plutôt ma bande personnelle de mercenaires.

Je gagnais pas mal d’argent en faisant du commerce avec Olba de Mismede, et je pouvais tuer parfois des béhémoths, ce qui me rapportait beaucoup. Parfois, j’utilisais [Recherche] pour trouver des objets manquants pour des personnes importantes.

« Et combien de ces personnes seront des pilotes de Frame Gear ? »

« Disons que nous devrions viser… une centaine au total, cela inclut les soixante que nous avons déjà formés pour ça. »

Donc seulement quarante sur le nouveau lot, hein… ? Le reste finira par être des gardes royaux, des patrouilleurs dans la ville et des employés de bureau. C’est très bien. C’est aussi un travail important pour l’ordre. De toute façon, les personnes qui auraient du mal à remplir ces fonctions ne passeraient probablement pas la phase de recrutement.

« Nous devrions donc les recruter en fonction de leurs compétences au combat… »

Il est vrai que nous avions besoin de personnes qui s’occuperaient efficacement de la paperasse, mais…

Je ne pouvais pas me permettre d’abaisser mes normes juste pour accommoder des gens qui pourraient être plus adaptés au travail de bureau. Ils devaient être forts, prêts et capables.

Mais j’avais l’impression qu’en les envoyant à Moroha pour un entraînement spécial, même un faible serait à la hauteur en termes de force.

***

Partie 2

« Très bien, alors commencez à mettre en place un jury de recrutement. J’ai confiance en votre jugement sur ce point, alors si vous pensez que quelqu’un est un bon candidat, faites-le postuler. »

« Très bien. »

Personnellement, je ne connaissais personne qui soit qualifié pour rejoindre l’ordre, alors je lui avais laissé le soin de le faire.

J’aurais pu y inclure Sonia et Rengetsu, ou le groupe de Lop, mais c’était des aventuriers. Je ne voulais donc pas les retenir. Ils avaient de toute façon probablement gagné plus d’argent grâce à leurs quêtes.

J’avais donc décidé de passer une annonce dans la guilde. Il y aura probablement beaucoup plus de gens intéressés cette fois-ci.

Yumina et le pape devraient être impliqués afin que nous puissions utiliser leurs Yeux Mystiques pour contrôler les gens. Je me demande si je peux aussi demander au Docteur Babylone de faire un test polygraphique. Un détecteur de mensonges serait utile… N’ai-je pas vu quelque chose à ce sujet dans les registres de l’entrepôt ?

Je m’étais rendu à Babylone et je m’étais dirigé vers le hangar. J’avais trouvé Monica et un mini-bot effectuant une maintenance de routine sur Gerhilde.

« Hm, où est le docteur ? »

« Elle est actuellement en réunion avec Rosetta dans le laboratoire de recherche. Elles sont en train de discuter de ce qu’elles vont faire avec les prochains Frame Gears. »

« Huh… »

Je n’avais pas tout compris, mais j’étais allé au laboratoire de recherche pour voir ce qui se passait. Il y avait un Frame Gear miniature et un tas de plans éparpillés sur le bureau du Docteur. Il y avait une image en coupe d’un Frame Gear accroché à un mur voisin.

Les deux filles dans la pièce en montraient différentes parties, en marmonnant et en grognant.

« Quelque chose ne va pas ? Vous avez l’air ennuyé. »

« Ah, maître monsieur ! Nous sommes justes… En train de travailler sur le développement du Frame Gear, monsieur… ! Nous pensions que le Frame Gear de Linze serait du type transformation, un type de fusion qui pourrait se combiner avec celui d’Elze, monsieur ! »

Pendant qu’elle parlait, Rosetta prit le Frame Gear miniature et plia son bras et ses jambes vers l’intérieur. Cela lui permit de déployer librement ses ailes et de se transformer en mode avion.

Super. C’est un changement de forme assez fluide.

La conception du Frame Gear semblait suffisamment robuste pour lui permettre de survivre à une rentrée dans l’atmosphère. Le fait d’avoir un Frame Gear volant nous donnerait aussi un avantage dans la bataille. J’avais revu la figurine, me demandant si nous ne pourrions pas en faire des jouets pour enfants. Ils seraient probablement populaires.

« L’enjeu est le Frame Gear de Leen. Plus précisément, ce que nous en faisons. Je pensais en faire une unité d’artillerie lourde, avec de gros canons installés tout le long de son corps. Après tout, la Phase résiste à la magie. Je pensais donc que nous pourrions le charger avec des munitions basées sur la magie pour les dommages à grandes portées, ou des missiles pour une approche plus directe. Peut-être aussi des balles. J’ai repensé à ce dessin animé que j’ai regardé tout à l’heure et je me suis demandé si je ne pouvais pas faire quelque chose comme ce canon rotatif Vulcan et le canon Gatling. C’est du moins ce que j’ai pensé, mais… »

Cela ne semble pas du tout rentable. Pour commencer, nous aurions besoin de produire une tonne de balles ou de missiles qui pourraient endommager le corps d’une Phase, nous aurions besoin de quelque chose au moins au-dessus du Mithril. C’est le genre de chose qu’il serait impossible à maintenir, en termes de prix.

Mais nous pourrions toujours l’armer de balles de Phrasium… Non, attendez. C’est impossible. Il serait impossible de fabriquer des dizaines de milliers de ces choses, il faudrait la pleine capacité opérationnelle de l’atelier 24 h/24 et 7 j/7 pour continuer à les produire. Je ne peux pas consacrer le temps ou les ressources nécessaires à une telle entreprise.

De plus, la quantité de munitions qu’il peut emporter avec lui est probablement limitée. Nous pourrions peut-être envisager d’en faire une unité permanente qui serait constamment alimentée en munitions, mais aurions-nous même besoin d’une tourelle de type Frame Gear ?

« Si vous fabriquez un Frame Gear comme ça, disons qu’il commence à tirer toutes ses munitions sans arrêt… Combien de temps cela durerait-il ? »

« Cela durera approximativement au mieux une minute. »

« C’est loin d’être suffisant. »

Même dans les animes, les robots géants perdaient la plupart de leur puissance quand ils étaient à court de munitions. Je ne pouvais pas prendre ce risque.

Si elle ne tirait qu’après avoir visé, elle pourrait durer un peu plus longtemps… Mais ce n’est toujours pas bon. De plus, il n’y a aucune garantie que toutes les balles frappent. Ça a l’air d’être embêtant. Ça va juste finir par utiliser toutes les munitions et devenir un vrai engin de combat.

« Et si on abandonnait l’idée de la Gatling pour faire un sniper de grande puissance ? Quelque chose qui pourrait pénétrer les Noyaux des Phases à longue portée. Ne pensez-vous pas que ça marcherait mieux ? »

« Ça pourrait être pratique, monsieur ! Mais… L’esthétique que je voulais avec ce Frame Gear était plus une forteresse mobile, monsieur ! Grosse, méchante, bestiale ! Le genre de chose qui serait équipée pour faucher les armées à moyenne et longue portée ! »

Rosetta s’effondra en grognant. Un tireur d’élite serait certainement plus lent et moins impressionnant.

« On pourrait toujours le régler pour qu’il tire une rafale de [flèches de feu], ou peut-être de [flèches foudroyantes]. Mais cela n’aiderait pas contre la Phase. Le canon Gatling pourrait aussi utiliser des attaques basées sur la magie. »

Le docteur haussa les épaules et sourit un peu pendant qu’elle parlait. Les balles ne seraient pas un problème dans ce cas, mais le fait que Leen soit à court de pouvoir magique serait une réelle menace.

« … En fait, maître monsieur ! Où gardez-vous vos munitions ? »

« Pour mon arme ? Juste dans une poche à ma hanche. Il y a des balles réelles, des balles explosives, et des balles paralysantes là-dedans. Je les alterne en fonction de la situation. »

Je lui avais montré la poche, et les trois poches à l’intérieur. Il y avait vingt balles de chaque type à l’intérieur.

« … Hmm. Vous les échangez dans le feu de la bataille ? N’est-ce pas obstructif ? »

« Oh, non. Je les fais charger dans mon arme automatiquement. J’ai programmé le canon avec [Apport] pour qu’il éjecte la douille usée et remplace immédiatement la fente de la chambre par de nouvelles balles, puis je… »

« C’est ça ! »

Je n’avais pas fini de parler, mais elles avaient soudainement sursauté et crié dans ma direction.

« C’est ça, oui monsieur ! On ne doit pas charger les munitions directement sur le châssis, non monsieur ! Nous devons juste construire un énorme dépôt de munitions à l’intérieur de Babylone et utiliser la [Porte] ou [Téléportation] pour recharger à partir de là ! »

« Hm… Cela nous donne un petit délai de mise à feu, mais franchement ce n’est pas un gros problème. Il y a plus d’avantages à cette configuration que d’inconvénients. Il faudrait quand même produire suffisamment de munitions… »

Elles s’étaient lancées dans l’aventure sans moi. J’étais laissé derrière dans la boue.

« Ah, Touya. Quelle quantité de cristal as-tu maintenant ? »

« Le Phrasium ? Une tonne. Nous n’en utilisons vraiment beaucoup que lorsque nous fabriquons un nouveau Frame Gear spécial, donc nous en avons beaucoup économisé pour le moment. »

J’avais pris tout le phrasium que j’avais pu trouver lors des incidents de Roadmare et de Yulong. J’en avais suffisamment pour provoquer un krach boursier si je mettais tout en circulation.

« Donc nous avons assez de matériel, excellent. Et on ne peut pas avoir l’atelier occupé à fabriquer des balles… Je n’aurai pas d’autre choix que d’en faire un autre qui se focalise uniquement sur les munitions. »

« Un autre ? Un autre quoi ? »

« Mais voyons, un autre atelier. J’ai de toute façon toujours eu l’intention d’en construire un deuxième. Il ne sera pas à la même échelle que l’actuel. Il sera seulement de la taille d’une petite maison. Je l’appellerai l’atelier junior ! »

En gros, tu veux fabriquer une usine de munitions ! N’est-ce pas un peu trop ? ! Eh bien, je veux dire… Je suppose que si ça marche comme l’atelier actuel, ça pourrait être un renfort bien pratique.

« Petit ou pas, cela ne sera-t-il pas difficile de construire un autre atelier ? »

« Aucun souci, monsieur ! On peut juste le faire avec l’atelier ! »

Hein ? Faire un atelier avec l’atelier ? J’avais été stupéfait par ce que Rosetta m’avait dit.

« L’atelier a la capacité d’un moteur, monsieur oui monsieur ! Faire une version plus petite de lui-même est un jeu d’enfant ! »

Rosetta sourit tout en bombant le torse.

« Je pense que cela devrait nous prendre environ deux semaines. Nous devrons aussi affiner les processeurs magiques… On te le fera ensuite transférer via une [Porte], Touya. Après tout, il ne peut pas se déplacer comme un Frame Gear. »

« Ouais, c’est bien, mais… »

Faire un atelier avec un atelier pour qu’on puisse créer plus que ça… C’est ça, il fera le sale boulot. C’était vrai qu’il ne pourrait peut-être pas produire de Frame Gears à cause de sa petite taille, mais il serait quand même capable de produire en masse beaucoup d’autres choses.

« D’accord ! Nous savons maintenant quoi faire, allons-y ! »

« Oui, madame ! »

Les deux morveuses étaient sorties en courant du laboratoire de recherche.

Je me demande si elles sont toujours aussi énergiques…

 

 

J’avais regardé le modèle miniature des Frame Gears. Celui de Linze avec son changement de forme aérienne, et celui de Leen avec son bras Gatling et ses canons rotatifs Vulcan.

Ce sera intéressant… Un Frame Gear de type aérien et un Frame Gear de type bombardier lourd, hein… ?

J’avais pris le modèle du Frame Gear de Linze et je l’avais posé sur celui de Leen. Heh, ils sont bons. Oh, c’est déséquilibré… Peut-être que je devrais voir si je peux les vendre. Si on les faisait plus petits, on pourrait les mettre dans des petites capsules au hasard. Je pourrais faire des petites machines à gacha et les placer autour… Un petit enfant devrait pouvoir se permettre un truc comme ça avec une allocation de base, non ?

J’avais quitté le labo avec les figurines à l’échelle tout en réfléchissant à ces choses.

***

Partie 3

Notre campagne de recrutement pour l’ordre des chevaliers avait finalement attiré beaucoup d’attention. J’avais attribué cela au fait que des affiches étaient placées dans des endroits comme la guilde et les routes très fréquentées.

En toute honnêteté, les salaires offerts par mon ordre de chevaliers étaient bas. Même si un chevalier gagnait une promotion, il n’y avait pas beaucoup de place pour l’évolution. S’il cherchait un emploi lucratif, il était préférable qu’il travaille pour une autre nation.

Les aventuriers gagnaient souvent de grandes richesses en prenant d’énormes risques et en combattant des bêtes magiques. Le risque était proportionnel au gain. Mais même les aventuriers médiocres pouvaient probablement gagner plus que ce que mes chevaliers gagnaient. Je voulais officiellement augmenter leur salaire une fois que Brunhild serait devenu un peu plus prospère, mais ce n’était pas faisable pour le moment.

L’avantage de travailler pour l’ordre des chevaliers de Brunhild était que le salaire était régulier et que les besoins vitaux de base étaient également couverts. De plus, c’était un travail moins risqué que celui d’aventurier. Certains d’entre eux combattaient la Phase, mais ils étaient toujours équipés de Frame Gear, qui les mettait relativement à l’abri du danger.

Je pensais que dans ces circonstances, nous aurions peut-être un millier de candidats tout au plus, mais j’étais loin du compte. Nous avions plus de trois mille personnes qui voulaient s’engager. J’étais stupéfait.

Nous voulions en recruter environ cent cinquante personnes dans ce groupe.

Il y avait trop de gens pour tenir dans la cour, nous avions donc demandé à tous les candidats potentiels de se rendre dans une plaine du nord que nous utilisions habituellement pour l’entraînement de Frame Gear.

Il y avait aussi beaucoup de gens présents qui ne faisaient que regarder. Ce n’était pas comme si nous faisions un spectacle ou quoi que ce soit, mais le fait d’avoir les habitants de la ville autour de nous pour voir leurs nouveaux gardes potentiels n’était probablement pas la pire chose.

 

 

« Salutations. Je suis Lain Netherland, et je suis responsable de l’ordre des chevaliers de Brunhild. Je vais présider la procédure de recrutement d’aujourd’hui. »

Lain était monté sur une plateforme et s’était présentée en utilisant le haut-parleur de son smartphone comme micro amplificateur.

En passant, Nikola portait comme nom de famille « Strand », mais Lain et Norn n’avaient que des prénoms parce qu’ils n’avaient pas de famille.

J’avais pensé qu’un nom de famille serait bénéfique aux personnes occupant des postes élevés, alors je leur avais donné comme noms Lain Netherland et Norn Siberia. Les noms venaient des Lapins nains des Pays-Bas et des Huskies de Sibérie, mais les gens de ce monde n’en savaient rien. C’était des hommes bêtes, j’avais donc pensé que ces noms correspondaient parfaitement.

Je ne pensais pas que c’était une bonne idée d’apparaître en public, je m’étais donc tenu à l’écart. Plus précisément, je m’étais déguisé en participant avec [Mirage]. Après tout, je voulais tout voir comme mes futurs chevaliers le verraient.

J’avais dû me déguiser parce que mon visage était déjà assez connu à ce moment-là, et je ne voulais pas que quelqu’un vienne vers moi au milieu de l’événement.

J’avais informé mes chevaliers du plan, pour qu’ils ne s’inquiètent pas de ce que je faisais. Je leur avais également dit de me traiter comme n’importe quel autre candidat.

De plus, être au niveau du sol me permettrait de faire connaissance avec ceux qui souhaitent me rejoindre. J’avais déjà découvert quelques personnes qui ne convenaient pas à l’ordre de Brunhild.

J’avais remarqué quelques personnes dans la foule qui faisaient des gaffes. Par exemple certains ignoraient complètement le discours de Lain. Je ne savais pas s’ils l’ignoraient parce que c’était une femme ou parce que c’était un homme bête, mais dans un cas comme dans l’autre, cela les rendait inaptes au service.

J’avais remarqué qu’un nombre remarquable de candidates au titre de chevalier étaient des femmes. Environ quarante pour cent des habitants de la région étaient des filles. C’était un peu logique, étant donné que la plupart des autres ordres de chevaliers dans le monde ne recrutaient pas de femmes, et que ceux qui le faisaient ne recrutaient que des nobles. On avait probablement entendu dire que Brunhild était un pays qui ne se souciait ni de la race, ni du sexe, ni des croyances.

Il y avait aussi beaucoup plus d’hommes bêtes et de démons. Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander si c’était l’œuvre du seigneur… Une partie de moi soupçonnait qu’il avait envoyé un groupe de démons afin qu’il puisse obtenir plus d’informations sur ce que Sakura faisait. Même pour un père aimant, ce serait un peu trop… J’avais décidé de leur accorder le bénéfice du doute et de supposer qu’ils étaient des participants réguliers.

« Maintenant, commençons. Tournez-vous, s’il vous plaît. »

« Hein ? »

Lain pointa l’horizon et, comme si c’était un ordre, le bruit des battements d’ailes submergea la zone. Tout le monde se retourna pour trouver un dragon monstrueux qui les regardait fixement.

« GRWAUUUUUUUGH ! »

Le dragon d’azur, Luli, releva la tête et rugit avec une vigueur bestiale.

H-Hey, n’est-ce pas un peu trop ? Je t’ai juste dit de les effrayer un peu.

« Eeek ?! »

« C — c’est un Dragon ! Pourquoi ? ! »

« Courrez pour votre vie ! Il va nous tuer ! »

La grande majorité des candidats commença à se diriger vers les collines, se dispersant dans toutes les directions et cherchant désespérément à s’échapper. Luli ne fit rien d’autre que de les fixer silencieusement pendant qu’ils se dispersaient.

Ceux qui coururent avaient été naturellement disqualifiés. C’était la première phase. Il n’y avait pas de place pour les lâches dans notre armée, nous avions besoin de gens qui défendraient les innocents autour d’eux.

Nous avions perdu environ les deux tiers de la foule initiale. Luli était descendue au sol, et Lain recommença à parler.

« Ceux qui se donnent la priorité sur les citoyens de notre nation n’ont pas leur place parmi nous. Félicitations, ceux qui sont restés ont passé le premier test. »

Lain avait fini de parler, et la foule avait finalement réalisé ce qui s’était passé. Il y avait des gens qui étaient devenus faibles des genoux et qui ne pouvaient tout simplement pas s’enfuir à cause de la profondeur de leur peur. Mais ce n’était pas un problème pour moi. J’avais le sentiment que ces personnes seraient éliminées au cours des prochaines phases.

Certains des lâches étaient revenus et avaient essayé de se trouver des excuses, disant qu’ils couraient vers la ville pour la protéger, ou qu’ils avaient été emportés par la foule sans le vouloir, mais Norn et les autres les avaient simplement ignorés. Il y avait ceux qui refusaient de reculer même après avoir été rejetés, j’avais dit à Luli, par télépathie, de leur rugir dessus. Ils s’étaient encore enfuis, et je savais qu’ils ne reviendraient pas.

Luli était remontée en flèche dans le ciel, après avoir fait son travail. Lain recommença à parler alors que la foule regardait Luli s’envoler.

« Très bien, passons à la phase deux. Je vais faire passer à tout le monde trois jours dans la forêt à l’ouest de cette plaine. L’eau y est abondante, car une grande rivière la traverse. Mais vous ne pouvez pas apporter de nourriture à l’intérieur. Nous fournirons cependant des cantines d’eau. Si vous quittez la forêt avant la fin des trois jours, vous êtes disqualifiés. Plusieurs chevaliers de notre ordre vont jouer le rôle d’Oni affamé, et ils vous traqueront. Ces Onis ne vous tueront pas, mais ils tenteront de vous assommer et de vous faire sortir de la forêt. »

Lain termina son explication, plusieurs participants levèrent la main comme pour l’interroger.

« Pouvons-nous nous battre contre les Onis ? »

« Oui, bien sûr. Les vaincre est tout à fait possible. Mais nous vous demandons de vous abstenir de les tuer dans la mesure du possible. »

« Pouvons-nous faire équipe avec d’autres dans la forêt ? »

« Cela me convient également. Mais il sera peut-être plus facile pour l’Oni de vous suivre si vous êtes en groupe. »

« Combien d’Onis y aura-t-il ? »

« Je ne peux pas vous le dire. Il pourrait n’y en avoir qu’un, il pourrait y en avoir une centaine. Ils porteront tous des masques Oni distincts, vous pourrez donc le savoir en un coup d’œil. »

« Peut-on utiliser la magie ? »

« L’utilisation de la magie est interdite pour cet examen. Nous avons érigé une barrière autour de la forêt qui rend la magie inutile, vous devrez donc utiliser votre cerveau. »

Je ne voulais pas que la forêt brûle à cause des sorts de feu. Tout ce qu’ils avaient à faire était d’éviter l’Oni pendant trois jours. S’ils comptaient sur la magie tout le temps, cela ne signifierait pas grand-chose quant à leurs capacités de survie.

« Si vous restez dans la forêt après trois jours, vous passerez cette étape de l’examen. Il n’y a pas de limite au nombre de personnes qui peuvent le passer. Si tout le monde ici est à l’intérieur de la forêt à la fin, alors vous réussissez tous. Nous vous distribuerons des badges, que vous pourrez attacher à vos vêtements. Si vous les enlevez à tout moment et les jetez par terre, vous serez téléportés ici. Si vous pensez avoir atteint votre limite, ne jouez pas les héros. Abandonnez si vous pensez que vous ne pouvez pas le supporter. Les badges fonctionneront aussi si vous quittez la forêt, ils vous ramèneront ici. Mais vous serez quand même disqualifié. »

Nous avions commencé à distribuer les badges que nous avions utilisés la dernière fois. J’avais fini par avoir le dernier.

« Cela va sans dire, mais il est également interdit de terroriser les autres participants pour qu’ils abandonnent leur badge ou quittent la forêt. Ce serait un motif de disqualification immédiate. Vous devez agir à l’image d’un chevalier. »

Lain descendit de la plate-forme et Nikola commença à guider tout le monde vers la forêt.

Je marchais avec eux quand une femme aux cheveux noirs, à côté de moi, avait commencé à parler d’un ton feutré.

« Les préparatifs sont terminés. Nous pouvons partir à tout moment. »

« Bon travail, Tsubaki. Voyons comment se déroulent les deux premières heures pour l’instant. Je veux voir ce que tout le monde fait. S’il y a des personnes qui agissent de manière sournoise ou suspecte, faites-les éliminer. Je ne veux pas perdre de temps avec les fauteurs de troubles. »

« Compris. »

Tsubaki fit un signe de tête subtil à mes côtés. Elle avait infiltré les participants, tout comme moi. Pas seulement elle, d’ailleurs. Quelques membres de l’ordre des chevaliers s’étaient mêlés aux autres participants. La plupart d’entre eux étaient des membres du corps de renseignements de Tsubaki.

Ils y allaient sans nourriture, donc la survie était primordiale. J’avais conçu ce test dans l’idée qu’il ferait ressortir la vraie nature d’une personne. J’avais demandé à des gens de s’infiltrer dans l’examen pour enquêter sur la façon dont les gens allaient agir, mais aussi pour assurer la sécurité de tout innocent en cas d’urgence.

J’avais le sentiment qu’il y aurait de dangereux fauteurs de troubles parmi les candidats, et la forêt contenait aussi quelques bêtes magiques.

Heh, je me demande s’ils vont tomber sur les pièges spéciaux que j’ai mis en place… ? Heheh… Je me demande s’ils pourront tenir tout ce temps dans la forêt… ? Heh… A-Attends, ça me fait passer pour un méchant ! J’y travaille, je vous le promets ! Je suis un bon gars !

La forêt était assez large, et il y avait beaucoup d’arbustes denses. Il n’y avait pas beaucoup de marge de manœuvre pour s’y repérer là-dedans. Le territoire de Brunhild était à l’origine envahi par des bêtes magiques, et j’avais chassé la plupart d’entre elles, mais la forêt était lentement devenue un terrain de reproduction pour les plus têtus au cours des derniers mois.

Personne n’y était vraiment allé jusqu’au fond, à l’exception de quelques aventuriers envoyés par la guilde pour trouver certains objets. La densité de la forêt protégeait la route des attaques de bêtes magiques, mais j’avais quand même pensé qu’il serait plus sûr de tous les anéantir.

***

Partie 4

Alors que je réfléchissais à ça, nous avions atteint la lisière de la forêt. Nikola avait commencé à nous expliquer la procédure.

« L’examen commence ici. Vous entrerez dans la forêt par ordre de numéro de badge, en prenant une cantine avec vous au préalable. Si nous appelons votre numéro et que vous souhaitez quitter les lieux maintenant, faites-le-nous savoir et vous pourrez partir. Si vous n’êtes pas armé et que vous voulez une arme, faites une demande et nous vous accorderons un équipement de base. Une fois que vous êtes entré dans la forêt, vous êtes libre de vous déplacer. Les Onis sont déjà à l’intérieur, alors faites attention. Maintenant, concurrent un, concurrent deux… »

Nikola avait utilisé son smartphone pour photographier tous les participants qui passaient, confirmant ainsi leur participation.

Norn commença elle aussi à prendre des photos et, après une trentaine de minutes, on m’avait finalement appelé. Ils n’avaient pas vraiment besoin de prendre une photo de moi, mais ils l’avaient quand même fait.

« Que Flora et nos mages de récupération se tiennent prêts, d’accord ? Réglez aussi la destination du téléporteur sur la zone de départ. Oh, d’accord… Nikola, Norn… Vous allez aussi être des Onis, n’est-ce pas ? »

« Effectivement. Nous allons bientôt entrer dans la forêt. »

« Ouais, on va le faire. Mais si nous vous rencontrons, vous ou les autres infiltrés, pendant que nous sommes à l’intérieur ? »

« Attaquez-nous comme vous le feriez avec n’importe qui d’autre. Nous nous défendrons pour ne pas éveiller de soupçons. La nuit, je prendrai aussi le rôle d’Oni. »

Norn avait affiché un sourire gêné face à ma réponse.

« … Retenez-vous, s’il vous plaît. Je plaindrais toute personne qui se battra contre vous, Oni ou un concurrent. »

Elle avait raison.

La plupart des membres de notre ordre de chevaliers jouaient le rôle d’Oni pour cet examen. Mais pas les employés de bureau. Même le vieux Baba et le vieux Yamagata y participaient. Les Onis avaient reçu l’ordre de ne disqualifier personne qui aurait montré des traits exemplaires d’une manière particulière. Je ne voulais pas que les gens vraiment bons échouent par hasard ici et manquent une chance de briller pendant l’entretien.

Les personnes jouant le rôle d’Oni tenaient des bâtons enchantés par [Paralysie], pour ne pas blesser les participants. Même s’ils étaient défaits, l’Oni les laissait simplement allongés s’ils faisaient preuve d’une grande compétence ou d’un trait personnel. Mais s’ils étaient simplement mauvais, leurs insignes étaient retirés, les téléportant ainsi vers la disqualification.

Moroha voulait être une Oni, mais je l’avais rejetée de manière délicate. Je ne pouvais pas me permettre qu’elle fasse cela. Personne ne finirait par passer.

« Très bien, j’y vais. S’il y a un problème, appelez-moi. »

« Entendu. »

« Amusez-vous bien, patron. »

Nikola avait incliné la tête vers moi, et Norn commença à faire des signes et à sourire. J’étais alors entré dans le dense sous-bois.

◇ ◇ ◇

« Très bien, qu’est-ce que je vais donc faire ici… »

En premier lieu, j’avais décidé d’aller chercher de l’eau. J’avais marché vers la rivière avec ma gourde à la main.

Si je me souviens bien, la rivière devrait être au milieu de la forêt… Elle coule du nord au sud-est.

J’avais pu voir d’autres personnes au loin pendant que je me frayais un chemin à travers la forêt. Il semblerait qu’ils aient eu la même idée.

Bordel, je peux à peine voir… Il y a une tonne d’arbres dans les environs, aussi. Oh, un lapin. C’est une bonne trouvaille, mais je n’ai qu’une épée sur moi…

Même si j’étais capable d’utiliser la magie ici, il n’y avait aucune chance que je le fasse. Je ne voulais pas compromettre mon identité.

Chaque membre de l’ordre de Brunhild était exempté des règles de la barrière. Mais il y avait toujours le risque que quelqu’un me voie. Ce n’était pas comme si je pouvais utiliser le [Stockage] pour sortir un arc et un jeu de flèches.

Je me demande si cet équipement de base sera suffisant si des bêtes magiques viennent attaquer… Les arbres sont assez denses pour que je puisse m’enfuir sans problème. De toute façon, je suppose que je ne devrais pas utiliser la magie ici… Mais enfin, je vais finir par avoir faim à ce rythme. J’ai de la nourriture dans mon [Stockage], de l’eau aussi, mais je ne peux pas me permettre d’éveiller les soupçons. Ce serait suspect si j’avais de l’eau avec moi sans même aller à la rivière.

L’examen actuel devait mesurer les compétences des chevaliers qui deviendraient gardiens de château, de ville ou espions sous les ordres de Tsubaki. Toute personne qui se montrait capable ici obtenait immédiatement un entretien. Cela avait un peu laissé le département administratif du travail en plan… Mais peu importe. Nous n’avions pas encore besoin d’une équipe magique dédiée.

C’était un jeu de survie, et seuls ceux qui avaient des compétences de base en survie pouvaient s’en sortir. Je me demandais s’ils se battraient ou s’ils utiliseraient leur intelligence pour s’enfuir. De toute façon, s’ils tenaient trois jours ici, ils auraient ce qu’il faut.

J’avais continué de marcher jusqu’à ce que j’entende le bruit de l’eau qui coule.

J’étais sorti dans une clairière et j’avais vu la rivière, son lit tapissé de galets lisses. Elle faisait environ six mètres de large, ce ne serait donc pas difficile à traverser. La plupart du temps, elle était également peu profonde.

J’avais rempli ma gourde et j’avais bu un peu d’eau fraîche et froide. Mince, c’est bon…

J’avais regardé autour de moi et j’avais vu beaucoup d’autres participants dans le coin, ils remplissaient aussi leur gourde. Cet endroit était assez dégagé, il était donc facile de sentir le danger… Mais c’était aussi un endroit idéal pour que l’Oni vous trouve.

S’ils étaient malins, ils partiraient juste après avoir fait le plein d’eau. Certains d’entre eux avaient eu cette bonne idée et s’en allaient déjà. Après tout, quiconque s’attardait trop longtemps ici risquait réellement d’échouer immédiatement à l’examen.

J’étais retourné dans la forêt et j’avais grimpé sur un grand arbre. Très bien

« [Détection lointaine]. »

J’avais projeté mes sens à travers les environs. Il y avait des gens qui se déplaçaient en groupe, et d’autres qui avaient décidé de se lancer en solo.

Oh, ce type grimpe à un arbre tout comme moi… Mais je ne peux pas vraiment voir son visage. Il porte un masque, il est habillé tout en noir… Il ressemble à un ninja, heh. Hein ? Est-ce qu’il… me regarde ? Pas du tout. Il est à plus d’un kilomètre, et il y a des obstacles, non ? Quoi… il me fait signe, maintenant ? J’avais bougé mon corps, tout en lui faisant signe. L’homme montra une réaction de choc. Je m’étais cependant demandé pourquoi en premier lieu il avait fait signe. Peut-être cherchait-il à savoir si je pouvais aussi le voir. Si c’était un ninja, alors c’était probablement une de ses techniques de ninjutsu, quelque chose qui fonctionnait différemment de la magie. Soit ça, soit il possédait une sorte d’œil mystique, ce qui n’était pas non plus impossible.

« Gah ! Un Oni ! Gugh !!! »

« Hngh ! Gyaaah ! »

« Courez ! Échappez-vous de là! »

Mon audition me dirigea vers une soudaine masse de cris, j’avais donc tourné mon regard vers la rivière une fois de plus.

Deux membres de notre ordre de chevaliers, portant leurs masques Oni, faisaient un travail assez rapide sur certains des traînards qui restaient encore au bord de la rivière. Ils étaient impitoyables dans leur approche, faisant tomber les concurrents les uns après les autres avec leurs cannes paralysantes. Il s’agissait du vieux Baba et du vieux Yamagata…

Ils projetaient une aura de bonheur autour d’eux alors qu’ils renversaient joyeusement leur proie, leur arrachant les insignes de leur vêtement. Honnêtement, ils semblaient être des bandits sans pitié… agissant trop comme des bandits impitoyables. Ceux qui avaient été dépouillés de leurs insignes disparurent en un éclair, téléportés sur la ligne de départ. Apparemment, aucune des personnes présentes n’avait montré le moindre potentiel.

D’autres participants dans la région avaient entendu l’agitation, et leurs réactions avaient été variées. Certains avaient pris la fuite, d’autres étaient venus voir ce qui s’était passé. Certains étaient restés immobiles, comme si un seul geste pouvait les exposer.

J’avais tourné mon attention vers l’arbre, l’homme ninja avait disparu. Il était étonnamment rapide… Ce doit être un ninja.

Le duo d’Onis, près du lit de la rivière, s’était frayé un chemin dans la forêt dense et avait rejoint les ombres une fois de plus.

« Son œil droit est percé ! Flanquez-le de ce côté ! Attrapez-le ! »

Hm ? Qu’est-ce que c’est que tout ça, alors... J’avais projeté mes sens vers un groupe de trois participants. Ils se battaient contre un singe roi à une certaine distance de la rivière. Attendez, ce n’est pas un singe… Il est plus grand que d’habitude. Est-ce une sorte de mutation ?

« Attaquez en premier lieu ces jambes ! Arrêtez ses mouvements ! »

L’homme qui lançait des ordres semblait avoir une vingtaine d’années. Il avait les cheveux courts et argentés. Il portait une cotte de mailles qui avait l’air abîmée par les intempéries, mais qui était étonnamment résistante. Son commandement sur le groupe était lui aussi sacrément impressionnant. De plus, il utilisait pleinement les compétences de ses compagnons, même s’il venait apparemment de les rencontrer.

Je les avais observés pendant un moment. Ils avaient finalement réussi à éliminer le Singe surdimensionné. Pendant qu’ils se battaient, le chef surveillait de près les environs. Il surveillait probablement une attaque d’Oni, juste au cas où. J’avais donné l’ordre aux Onis de ne pas combattre les participants pendant qu’ils étaient engagés avec des bêtes magiques, mais ils ne le savaient pas. J’avais l’impression que ce type était un leader.

J’étais descendu de l’arbre, je m’étais dirigé vers le sud, et j’avais fini par tomber sur un candidat qui creusait le sol.

« … Qu’est-ce que tu fais ? »

« Eeek ! A-Ah ! Ah… N-nourriture… J’essayais juste de me procurer de la nourriture. »

Je lui avais fait peur, apparemment, mais il s’était vite calmé. Il avait sûrement dû me confondre avec un Oni.

« De la nourriture ? »

« Hm ? Oh, ouais… Cette vigne, ici, fait pousser des ignames géantes de montagne. Tu peux manger les produits qui poussent sous terre, au moins pendant cette saison… Après trois mois, ils fermenteront et deviendront toxiques. »

« Hein, vraiment… ? »

« L’Oni pourrait m’attraper si j’allume un feu, alors j’ai pensé que je pourrais aller chercher des trucs, tu vois ? Il y a aussi beaucoup de fleurs et de noix comestibles dans la région. »

Huh, je vois… Donc même si vous attrapez un lapin, il n’est pas conseillé de le cuire. Personne ne va en manger un cru. Ce type ne fait rien de tape-à-l’œil, mais c’est quand même une compétence de survie précieuse.

Le jeune homme avait beaucoup de fleurs, de noix et de fruits sur lui. Il avait en gros toutes les sortes de plantes comestibles de la région. De toute évidence, il s’y connaissait.

« Si tu vas au sud, il y a aussi des kakis… Je n’en ai pris que quelques-uns, il devrait donc en rester. »

« Hm, merci. Je vais vérifier. »

J’avais laissé l’homme derrière moi pour continuer à chercher de la nourriture. Il n’avait de toute façon pas l’air très intéressé à tenir une conversation.

J’étais donc allé dans la direction qu’il m’avait indiquée, et les kakis étaient là. Les kakis avaient une texture semblable à celle des poires, mais ils étaient doux. J’avais subtilement ouvert [Stockage] et j’en avais mis à l’intérieur, mais j’en avais gardé un pour manger.

Savoureux… Hein ? Un bruit sourd était venu de derrière moi. J’avais sauté juste à temps, ayant remarqué que quelque chose volait vers moi depuis les sous-bois. C’était un poing.

J’avais réussi à esquiver le coup de poing, mais j’avais instinctivement jeté mon kaki.

***

Partie 5

Ouah ! L’agresseur se tenait debout, portant un masque d’oni noir distinct. Il avait de longs cheveux argentés qui tremblaient dans le vent. C’était clairement une femme… Une femme que je ne connaissais que trop bien.

« Haaah ! »

« Gaaah ! A-Attendez ! Elze, Elze ! C’est moi ! Moi ! Touya ! »

« … Touya ? »

Le coup de poing du gantelet avait été à quelques centimètres de mon visage avant de s’arrêter.

Bon sang ! Tu as failli m’arracher la tête !

« As-tu utilisé [Mirage] pour participer à la compétition ou quelque chose comme ça ?! »

« Ahaha… Quelque chose comme ça… »

Merde, j’ai complètement oublié… J’en ai parlé au dîner hier soir, et Yae, Hilde et Elze ont dit qu’elles voulaient participer… Mais pas en tant que participantes. En tant qu’Oni…

« Pourquoi m’as-tu attaqué par-derrière quand je mangeais… ? »

« Tu sais que je ne peux pas me permettre de faire preuve de pitié à l’heure du repas ? Tu crois que quelqu’un qui se fait prendre par surprise si facilement survivrait à l’entraînement de ta sœur ? »

Ce qu’elle avait dit était juste. À moins d’avoir un certain niveau de compétence, vous ne feriez pas long feu contre Moroha.

« Peut-être que tu devrais cependant ne pas en faire trop. Tu utilisais [Renforcement] ou un truc du genre ? »

« … Non, j’ai décidé de ne pas l’utiliser pour l’examen. Je ne voulais pas causer de blessures. »

Quoi ? ! Ces gants donneraient une putain de commotion cérébrale à n’importe qui ! Et bien… J’imagine qu’il y a des médecins en attente s’ils sont sortis, mais quand même…

« Très bien, je vais continuer à chasser les ennemis. Bonne chance, Touya. »

« Toi aussi ! »

Bonté divine… Elle est de plus en plus forte…

J’avais grimpé dans un arbre voisin et j’avais activé [Détection lointaine] tout en continuant ma veille. J’avais vu certains examinés se faire attaquer par l’Oni, et j’en avais vu d’autres coordonner des attaques contre des bêtes magiques. Il semblerait qu’aucun de mes hommes n’avait été assommé.

Certaines personnes avaient été disqualifiées, mais pas autant que je l’aurais cru. L’idéal serait de réduire le nombre à moins de cinq cents, mais ils tenaient bon.

Peu à peu, le soleil s’était couché, le vrai plaisir allait commencer.

J’avais utilisé mon smartphone pour confirmer qu’il n’y avait personne dans les environs, puis j’avais désactivé [Mirage]. J’avais ouvert [Stockage] et j’avais récupéré mon masque. Je l’avais mis et j’avais changé ma tenue en noir de jais. J’avais ensuite sauté de branche en branche en avançant.

En remarquant une lumière au loin, j’avais projeté mes sens vers elle. Il y avait là un grand groupe de participants, réunis autour d’un feu de camp. Ils cuisinaient du gibier qu’ils avaient chassé avec succès, et surveillaient le périmètre à tour de rôle.

Ce n’est pas une mauvaise idée. Avec un tel nombre, ils doivent être sûrs que l’Oni ne viendra pas les chercher. Manger et surveiller à tour de rôle, c’est aussi très malin…

Ils seraient un peu plus difficiles à vaincre que d’habitude, mais j’étais certain que mes Onis pourraient les vaincre s’ils y mettaient du leur.

J’avais utilisé mon smartphone pour déterminer où les Onis se rassemblaient à proximité, je m’étais rapidement déplacé pour les rejoindre.

« Bonsoir, les gars. »

« Hm ?! Oh… Votre Altesse. Vous m’avez fait peur. »

« Ne m’effraie pas comme ça, mon petit. Ça m’a presque sauté aux yeux. »

Les gens assis dans le coin avaient tous été un peu agacés par mon apparition soudaine.

Le vieux Baba, le vieux Yamagata, Logan, Nikola et quelques autres étaient là. Il n’y en avait pas plus de dix. C’était tous des hommes.

L’atmosphère était assez détendue. Notre ordre de chevaliers était après tout assez familial. Nous avions une sorte de sentiment de fraternité. Nous étions aussi tous des gens bien. L’œil mystique de Yumina s’assurait que les mauvaises personnes soient rejetées au moment de l’interview.

« Alors, quelle est la situation ? Vous avez trouvé des gens talentueux ? »

« Oui, quelques-uns qui s’en sortiraient bien s’ils étaient bien formés. »

« En effet, j’ai trouvé quelques jeunes soldats prometteurs. »

Baba et Nikola me firent un signe de tête. C’était une bonne nouvelle. J’avais été heureux d’entendre qu’il y avait de vraies personnes prometteuses dans la compétition. J’en avais vu quelques-uns aussi. Le ninja, le commandant et le cueilleur de plantes étaient tous des gens qui correspondaient bien… Même s’il était encore possible qu’ils aient été vaincus par un Oni. Surtout le cueilleur de plantes, il semblait plein de ressources, mais physiquement faible.

« Alors, qu’est-ce que vous prévoyez ? Vous allez attaquer ce groupe ? »

« Hmph… Nous sommes dix ici, et ils sont une centaine dans leur camp. Ce n’est pas comme si nous ne pouvions pas les battre, mais il faudrait y aller à fond… Mesurer les compétences individuelles dans une bataille à grande échelle comme celle-là n’est pas vraiment viable. »

Yamagata grogna légèrement en repliant les bras. Mais il n’avait pas tort. Nous étions désavantagés pour les examiner. Si nous entrions, nous serions encerclés et nous devrions les faire sortir rapidement. Cela signifiait que nous n’aurions pas beaucoup de temps pour tester leurs compétences.

De plus, bien que nous ayons rassemblé quelques Onis dans la région, le groupe autour du feu de camp était relativement petit si l’on considère le nombre de concurrents qui se trouvaient encore dans la forêt.

Cela dit, s’ils avaient allumé un si grand feu, c’était comme s’ils nous incitaient presque à les attaquer.

« Et vous, votre Altesse. Que feriez-vous ? »

« Moi ? Je pense que je me montrerais, que je les effraierais un peu, puis que je fuirais. Je commencerais alors à tendre une embuscade à ceux qui décideraient de me suivre. »

« Hmph… Vous croyez qu’ils tomberont dans le panneau ? »

« Ça me semble bien. De toute façon, quiconque charge à fond au lieu de tenir bon n’est pas en état de nous suivre ! Vaincus ou pas, on verrait leur vraie nature. »

Baba avait raison. En faisant cela, nous verrions les idiots imprudents qui se cachaient parmi eux. J’avais utilisé [Détection lointaine] avec mon smartphone pour projeter une image du camp ennemi dans les airs.

« Je vois… Il y a des gens qui surveillent le périmètre. Cela veut donc dire que les gens à l’intérieur vont se relâcher, hm ? », marmonna Nikola en regardant l’image. Il y avait des participants nerveux qui gardaient un œil sur leur environnement, tandis que d’autres faisaient les fous et avaient l’air plutôt détendus. Ils avaient apparemment confiance en leurs nombres. Ils semblaient penser qu’ils pouvaient se permettre de se détendre.

Hm… ? Qu’est-ce qui se passe ici ? J’avais jeté un coup d’œil à un certain endroit de leur camp, quelques personnes s’étaient présentées près du feu, et une dizaine d’hommes rassemblés là-bas essayaient de les éloigner. J’avais augmenté le volume par curiosité.

« Pas question ! Dégagez, bon sang ! Il y en a déjà trop ici comme ça ! »

« Quoi ? On ne demande pas de nourriture ou autre chose, on veut juste passer du temps près du feu. Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ? »

Le groupe qui s’approchait était une petite équipe d’hommes-bêtes et de démons, deux hommes et deux femmes. Ils avaient un tas de lapins morts avec eux. Il semblerait qu’ils demandaient la permission de cuisiner là. Après tout, on pouvait cuisiner en toute sécurité alors qu’on était entouré d’alliés. Moins de chance d’une attaque-surprise d’Oni.

« Hmm… un des hommes bêtes est un dérivé du lion, et l’autre est ailé… Les démons sont respectivement un chien de guerre et une arachne. »

Nikola m’avait donné quelque renseignement sur leur espèce.

Hm, intéressant… J’ai déjà vu ce genre d’hommes bêtes, mais ces démons sont vraiment nouveaux pour moi.

Les chiens de guerre étaient un type de démon qui ressemblait à des chiens. Mais pas au sens loup-garou comme Norn, qui semblait humain avec une queue et des oreilles de loup. Ils ressemblaient à des chiens anthropomorphes de la tête aux pieds. Ils ressemblaient à des loups-garous, avec une fourrure hirsute et tout le reste. Mais ils ne pouvaient pas se transformer en humains. Et leurs traits ressemblaient plus à des espèces de chiens domestiques qu’à des loups sauvages.

L’arachne se tenait debout avec grâce. Ses cheveux noirs étaient courts et bien arrangés dans un style de coupe de princesse. Elle avait l’air honnêtement plutôt mignonne. Il y avait cependant beaucoup de pattes d’araignées qui dépassaient de son dos. Et aussi, ses yeux étaient d’un rouge perçant.

« Dégage, tu m’entends ? ! Si un type de ton genre traîne dans le coin, les bêtes magiques de la région vont nous flairer et causer des problèmes. »

« C’est vrai. Vous puez comme des animaux, alors foutez le camp ! »

« C’est bien si les animaux se battent entre eux, mais ne nous mettez pas dans le même sac. »

« Vous… ! »

La bête lionne avait dû être retenue par le chien de guerre. Il semblerait qu’elle était sur le point d’attaquer furieusement les gens près du feu. La femme grogna légèrement avant de baisser les bras. Le chien de guerre soupira et secoua la tête. Ils se retournèrent tranquillement avec l’homme ailé et la fille arachnéenne, puis partirent.

« Tsk. Mais pourquoi ces monstres participent-ils ? Ils devraient s’en tenir à Xenoahs et Mismede. Qui dirige même cet ordre de chevaliers ? Est-ce qu’ils laisseraient aussi les animaux manger à la même table que les gens ? »

L’homme qui avait rejeté le groupe s’était retourné vers ses compagnons de feu.

« Brunhild est un nouveau pays, donc ils manquent probablement de gens compétents. C’est la seule raison qui me vient à l’esprit pour recruter des animaux. Des bêtes et des démons… Dégoûtant. C’est un pays bizarre, c’est sûr. »

« Le commandant était une bête, non ? Si quelqu’un comme ça peut s’élever si haut, nous n’aurons aucun mal à obtenir un statut de noble dans un endroit comme celui-ci. »

« Imbécile. Si quelqu’un comme toi devient noble, alors je serai évidemment haut placé dans le gouvernement. J’ai entendu dire que le grand-duc ici présent était aussi un aventurier. Cet ordre de chevaliers est juste une blague, c’est pourquoi ils ne se soucient pas de qui ou de quoi s’y joint. »

Le groupe avait ri entre eux. Mais mon smartphone avait capté le moindre détail.

« Oui, je suppose. C’est pour ça que les choses vont changer après notre recrutement, hein. On ne peut pas avoir un ordre de chevaliers avec des animaux qui courent partout… Visons les premières places. »

« Hm ? Alors, veux-tu être le nouveau commandant ? »

« Je suppose, oui. Quand de vrais soldats arriveront, ils n’auront plus besoin de ces bêtes. On va juste vaincre le commandant et les vice-commandants actuels en formation, montrer à quel point on est bon, et on sera promu. Les gagnants gagnent, les perdants perdent. »

Le groupe d’hommes se mit à rire odieusement. Ils souriaient et riaient, mais aucun des Onis autour de moi n’était aussi enthousiaste.

« … Ces gars ne valent rien. »

« En effet. »

Nikola, qui était lui-même un homme renard, fixa l’écran. Il était un ami proche du commandant Lain, avant même de venir à Brunhild, donc sa colère était tout à fait compréhensible. Je pouvais voir que ses poings étaient serrés.

Ces gars pensaient clairement que nous recrutions des demi-hommes par nécessité ou par manque de ressources. C’était un grave malentendu de leur part.

Les bêtes et les démons voyageaient rarement en dehors de Mismede ou de Xenoahs, donc le monde extérieur était généralement assez peu expérimenté pour les affronter.

***

Partie 6

Beaucoup de gens voyaient encore les démons comme une sous-espèce de bête magique, et il y avait beaucoup de discrimination contre les hommes bêtes, comme s’ils étaient tous des sauvages indisciplinés ou quelque chose comme ça.

Les démons humanoïdes, en général, avaient été historiquement maltraités, ayant été considérés comme des créatures inférieures sur le plan génétique et social. Il y avait même eu une période dans le passé où ils étaient couramment utilisés comme esclaves pour des travaux manuels ou d’autres tâches dégradantes.

Après la fondation de Mismede, la discrimination à l’égard des hommes bêtes avait été quelque peu réduite, mais elle n’avait pas complètement disparu. Les démons étaient cependant extrêmement rares, de sorte que la peur qu’ils suscitaient pouvait également être considérée comme synonyme de peur de l’inconnu. Quoi qu’il en soit, je ne voulais pas de gens comme ça dans mon pays.

Notre pays était spécial, ils avaient raison… Notre ordre de chevaliers ne semblait peut-être pas approprié, mais il l’était néanmoins.

Mais je ne voyais pas le problème. La plupart des leaders mondiaux que j’avais rencontrés n’agissaient pas vraiment comme des rois ou des empereurs stéréotypés. Ils avaient tous des bizarreries, à bien y penser. Si vous basiez l’idée d’un « bon » ordre de chevaliers sur une image stéréotypée, alors vous étiez un imbécile.

Il était vrai que Lain et les autres s’étaient vu confier les fonctions de chevalier au départ parce que nous n’avions pas beaucoup de monde. Mais ils avaient subi un entraînement qui permettait au chevalier le plus expérimenté de se battre à fond. C’était l’ordre des chevaliers de Brunhild. Ils l’avaient fait leur.

Ils avaient été entraînés par Moroha elle-même, ce qui les rendait comparables en puissance à Yae ou Hilde. Les gens qui parlaient avec arrogance comme eux ne pouvaient pas tenir la chandelle au commandant et aux vice-commandants de ma nation.

Baba et les autres vieux hommes mis à part, ils étaient réellement les trois meilleurs chevaliers de Brunhild. Leurs pouvoirs avaient été aiguisés par le dieu des épées lui-même.

Je n’avais aucune patience pour les gens qui jugeaient au premier coup d’œil.

« Nous vous aiderons à éliminer ces salauds. »

Trois autres Onis étaient apparus dans la forêt. D’après leurs cheveux, je pouvais dire qu’il s’agissait de Yae, Elze et Hilde. Il semblerait qu’elles aient entendu.

« Ils méritent d’être punis… Ils sont vraiment indisciplinés… »

« Je ne peux pas rester les bras croisés alors que mes compagnons sont raillés, je ne peux pas. »

« Oui. Ils ne sont pas dignes d’être chevaliers. »

Toutes les trois semblaient en colère. Elles n’étaient pas officiellement membres de l’ordre des chevaliers, mais elles s’entraînaient quand même à leurs côtés quotidiennement. Il était logique pour elles de considérer les chevaliers comme de proches camarades. Je ressentais après tout la même chose.

« Bien… Alors, occupons-nous de ces gars ensemble. »

Les Onis du coin avaient tous acquiescé à ce que je leur avais dit. Personne n’avait protesté, ce qui était compréhensible.

« Mais voyons voir… Avant d’attaquer le camp, nous devons nous assurer que nous désignons tous ceux qui se comportaient bien là-bas. »

« Dans ce cas, pas ces gars. Ils ont juste bavardé tout le temps, ils n’ont pas une once de prudence. »

« Ces deux-là ont cependant été attentifs et prudents toute la nuit. Ne les ciblons pas. »

« Ces trois-là… Hmm, c’est difficile à dire. Combattons-les et basons-nous sur ça. »

On décidait qui on allait cibler pour disqualifier, et qui on allait cibler pour tester. Les concurrents désespérants seraient éliminés d’un seul coup et ce serait tout. Ceux qui se montraient prometteurs perdaient leur badge ou non, selon leurs résultats.

S’ils faisaient preuve d’un certain niveau de compétence, nous les ignorions et les laissions inconscients. Sinon, nous leur prenions leur badge. Tout le monde allait se faire tabasser, de toute façon.

Notre stratégie était simple. On se précipitait sur eux. On n’avait pas besoin de se retenir, surtout contre ces racistes. Mais c’était un examen officiel… alors je devais faire attention à ne pas trop les torturer.

« On y va ? »

Tout le monde tenait sa canne paralysante, s’assurant que son masque soit bien fixé avant de se lever.

Nous nous étions séparés en trois groupes et avions flanqué le feu de joie. Le plan était d’assommer instantanément les personnes que nous avions jugées sans valeur, puis de nous battre contre les autres.

Les équipes étaient respectivement dirigées par moi-même, le vieux Baba et Nikola. Nous avions coordonné l’assaut à l’aide de nos smartphones.

« … Trois, deux, un… Allez ! »

Nous avions sauté de l’ombre, en entourant le feu de joie de trois côtés.

« Ghah ! Oni ! »

« Ils attaquent ! Défendons-nous ! »

« Attendez, ils sont derrière nous aussi ! »

« Oh merde, ils arrivent par les côtés ?! »

Les gardes avaient tous sauté dans l’action, mais les gars qui paressaient avaient eu des réponses tardives.

Les participants paniqués avaient tenté de sortir leurs armes, mais il était trop tard. Ils avaient été frappés au ventre par nos cannes paralysantes. Ils étaient bien trop lents ! C’était pourquoi la préparation était vitale dans des cas comme celui-ci.

« Gwuh ! »

« Hgh ! »

« Hrgh ! »

Les concurrents lâches avaient été éliminés un à un par une dizaine d’Oni.

Il y avait des femmes autour de nous, mais cela n’avait pas affecté notre comportement. Nous les avions éliminées à la loyale. Et bien… Je les avais frappées un peu plus doucement que les hommes. Mais j’avais fait en sorte de bien frapper les gars.

« Gh ! »

« Hm ? »

Ouah… Ce type a pris un de mes coups, bien… Mais il est tombé au second coup. J’avais fait une note mentale pour mémoriser son numéro de badge, puis je l’avais laissé derrière sans l’arracher.

Pendant que je me battais de ce côté, Nikola était à l’autre bout du camp, en train d’affronter le groupe raciste. Nikola brandissait une tige paralysante de deux mètres en forme de bâton.

« Ghuh ! Haaah ! »

« … Silence. »

L’un des accusateurs avait été abattu d’un coup rapide dans le ventre.

« Ghaaaugh ! »

L’homme s’était évanoui sur le coup, les yeux grands ouverts en état de choc. Même sans l’effet de surprise, un coup aussi fort aurait assommé la plupart des hommes.

« Hnnngh… ! »

Les hommes avaient progressivement reculé alors que Nikola leur tombait dessus comme une tonne de briques.

« … Quelque chose ne va pas, roquets ? Je ne suis qu’un demi-homme, non ? N’allez-vous pas vous opposer à moi, même si vous êtes plus nombreux que moi ? Ou bien n’avez-vous que de la gueule? »

Nikola était vêtu d’un masque et de vêtements noirs. Ses oreilles de renard étaient toutes couvertes, mais sa queue touffue était fièrement exposée. Il était impossible que les hommes ne se rendent pas compte qu’ils avaient affaire à un homme bête.

Nikola était le seul homme bête de Brunhild à avoir des traits de renard. S’ils savaient quelque chose sur notre ordre de chevaliers, ils le sauraient. Si vous vous demandiez à quoi servait le costume d’Oni si nos membres pouvaient être identifiés par des traits de ce genre, eh bien… je dirais euh… l’esthétique.

« Entourez-le, idiots ! Encerclez-le ! »

« Heh… »

Six d’entre eux avaient rapidement encerclé Nikola. Baba, Elze, et l’autre Oni avaient remarqué l’attaque. Aucun d’entre eux n’avait bougé pour intervenir. Il n’y avait après tout aucune raison de le faire.

« HAAAAAAAH !!! »

« Wastrel ! »

Nikola surpassa tous les hommes en termes de vitesse, enfonçant habilement son bâton paralysant dans le sol, il utilisa l’élan pour se propulser dans les airs.

Et ainsi, il avait atterri derrière les hommes, en dehors de leur cercle. Se retournant sur place, il s’était empressé de les frapper tous par-derrière, les rendant ainsi incapables de se battre plus longtemps.

« Ghah ! »

« Hughah ! »

Un des hommes avait été frappé si fort qu’il avait vomi son dîner en plein vol, puis avait atterri face contre terre dans les éclaboussures gastriques. C’était dégoûtant.

Chaque homme était tombé, les uns après les autres, et aucun n’avait porté un seul coup sur Nikola. Il était vraiment, dans la façon dont il les avait combattus, comme un oni brutal. Un véritable oni en effet…

Finalement, Nikola s’était avancé, face à l’homme qui avait lancé des ordres auparavant.

« E-Eeek ! »

« L’ordre des chevaliers de Brunhild est un lieu de travail où règne l’égalité des chances. Les fanatiques n’ont cependant pas ce privilège. »

« Gaaaaaaah ! »

Le candidat s’était avancé avec une épée, mais cela n’avait servi à rien. Nikola l’avait frappé au cou. L’homme s’était effondré, dans un état de spasmes.

J’avais regardé autour de moi et je n’avais pas vu beaucoup d’autres cibles, j’étais donc allé voir Nikola.

« Hé, bon travail. »

« … j’ai laissé mes sentiments prendre le dessus. Je m’excuse pour ça. Il semble que j’ai encore beaucoup à faire en termes de calme et d’entraînement… »

« Je ne m’inquiéterais pas autant. Nous sommes Oni maintenant, non ? Si c’était moi, je les aurais déshabillés et pendus à des branches d’arbre. »

Je voulais réconforter Nikola avec une petite anecdote, mais il avait fini par me faire un sourire un peu gêné et inquiet en réponse.

H-Hey, ne me prends pas au sérieux…

« Je suis presque certain que vous l’avez déjà fait, Touya-dono… pas vrai ? »

Elze et Yae avaient raconté une histoire du passé. (NDT voir l’interlude 1 du tome 1 pour relire cette histoire.)

Allez… C’est de l’histoire ancienne ! De toute façon, ces types ne méritaient même pas d’être appelés des gens ! Je faisais juste ce qui est naturel.

« Tout est fini ici. »

Je m’étais tourné vers Hilde et j’avais vu un tas de concurrents tombés près du feu. La canne paralysante n’avait pas forcément privé les gens de leur conscience, elle les avait juste paralysés et empêchés de bouger. Elle était cependant capable d’assommer les gens. L’efficacité de l’objet dépendait de la résistance magique individuelle, de la forme physique, etc.

Les Onis avaient pris tous les insignes de leurs cibles tombées. Mais on tenait compte des gars compétents… Il n’y avait pourtant qu’une dizaine de bonnes personnes sur la centaine qui s’étaient rassemblées.

Ils se réveillèrent en une trentaine de minutes. Certains des Onis s’étaient retirés dans la forêt et ils les avaient surveillés, en s’assurant qu’aucun d’entre eux n’avait accidentellement perdu son badge.

« Je vais les surveiller, Votre Altesse. S’il vous plaît, allez vous occuper des autres. »

« Vous êtes sûr ? Alors c’est parfait. »

« Nous retournerons aussi au château. Je ne veux pas que le personnel s’inquiète. »

Hilde avait raison. J’avais ouvert une [Porte] pour qu’elle et les autres filles puissent revenir. Et après ça, je m’étais séparé de Nikola et j’avais quitté la zone.

J’avais sauté d’arbre en arbre, de branche en branche. Je m’étais brièvement demandé si ma vision nocturne avait toujours été aussi bonne. Je pouvais voir assez loin si je concentrais ma vue. C’était une étrange capacité. Je m’étais demandé si c’était un autre réveil de ma divinité…

Cette nuit-là, j’avais tué beaucoup de bêtes magiques qui menaçaient les participants. Mais j’avais aussi vaincu les participants qui ne pouvaient pas vaincre les monstres. J’avais aidé les participants qui s’étaient fait prendre dans des pièges, puis je les avais rapidement vaincus pour s’être fait prendre dans des pièges. Au bout d’un moment, le matin était arrivé.

◇ ◇ ◇

Les trois jours étaient passés.

« L’examen est maintenant terminé. Félicitations pour avoir réussi. Tous ceux qui ont un badge ont réussi la deuxième phase d’examen. Veuillez retirer vos badges maintenant, et vous serez téléportés au point de départ. »

Tous les concurrents avaient commencé à retirer leurs badges, un par un. J’avais aussi retiré le mien.

Après s’être téléportés, ils devaient indiquer leur nom complet et leur numéro de badge. L’entretien devait avoir lieu deux jours plus tard.

J’avais fait attention à la longue file de candidats qui avaient réussi, et j’avais vu le type ninja, le type commandant et le type aux plantes. J’avais été surpris que le type aux plantes ait survécu… Il avait l’air plutôt mal en point. Je m’étais dit qu’il avait trouvé un endroit où se cacher et qu’il y était resté pendant les trois jours.

J’avais remarqué la femme lionne, l’homme ailé, le chien de guerre et l’arachne. Ils avaient apparemment aussi réussi. J’étais content de voir ça.

J’avais utilisé ma magie de recherche pour m’assurer qu’il ne restait plus personne dans la forêt. Heureusement, il n’y avait personne.

Tsubaki, toujours déguisé en concurrent, s’était approché de moi et m’avait secrètement informé du nombre de personnes qui avaient réussi.

« Il y a quatre cent seize candidats qui ont réussi. La partie entretien devrait ramener ce nombre à environ cent cinquante. »

« Yumina nous aidera, elle pourra donc mettre hors course tout type suspect ou douteux… mais je me demande si nous finirons par avoir assez de types après tout ça… Eh bien, même si ça nous laisse en sous-effectif, je préfère ça que d’avoir des méchants dans mon ordre de chevalier. »

***

Partie 7

Les vrais tests allaient commencer ici. On analysait soigneusement chaque membre et on s’assurait de savoir quel genre d’individu il était.

Le docteur m’avait également fourni un test polygraphique. Un test assez précis. En plus de l’œil mystique de Yumina, j’étais assez confiant sur le fait que tout irait bien.

Quand j’avais montré le test à mes fiancés, elles m’avaient branché à ce foutu truc et avaient commencé à me poser des questions. Mais je ne voulais pas répondre à leurs maudites questions ! C’était un artefact puissant qui pouvait distinguer le vrai du faux, donc il ne réagissait pas si vous ne répondiez pas ! J’avais après tout le droit de garder le silence !

Elles m’avaient demandé des choses terribles, comme ma préférence sur la taille des seins, et la couleur des sous-vêtements que je préférais… C’était terrifiant ! Elles ne pouvaient pas me poser des questions comme ça… Elles m’avaient même ordonné de leur dire si je les aimais vraiment ou non. Elles furent heureuses du résultat.

« N’y avait-il pas un ninja parmi les candidats retenus ? Était-il l’un des vôtres ? »

J’avais demandé à chaque membre de haut rang de l’ordre des chevaliers de dire à tous les gens talentueux qu’ils connaissaient de se présenter au test. S’ils étaient talentueux, ils n’auraient aucun problème à s’inscrire et nous aurions des personnes fiables et puissantes qui viendraient grossir nos rangs. La phase d’entretien se déroulerait aussi beaucoup plus facilement.

« C’est possible, oui. J’ai contacté de nombreux shinobi d’Eashen. Le récent incident avec Hideyooshi a provoqué l’effondrement de plusieurs petits clans, ce qui a entraîné l’errance de nombreux soldats. J’ai fait appel à ceux qui étaient particulièrement talentueux et je les ai invités ici. »

« Hm ? Plusieurs personnes ? Je n’en ai vu qu’une… Ce sont tous des ninjas ? »

« Oui, ils le sont. Un du clan Kouga, un d’Iga, et un de Fuma. »

Kouga, Iga et Fuma, hein… ? Ce sont des écoles de ninjas assez différentes. Si je me souviens bien de mon histoire, Iga et Kouga n’étaient-ils pas en mauvais termes en général ?

J’avais posé la question à Tsubaki, mais elle avait dit que ce n’était pas vrai dans ce monde. Ils avaient une certaine rivalité et étaient de niveau similaire, mais il n’y avait pas de mauvaise relation. Ils avaient d’abord servi le même clan et avaient commencé à dériver dans le service après son effondrement. Il semblerait que le clan qu’ils servaient était étroitement lié au clan Hashiba.

« Hmm… J’ai fini par causer cela indirectement, n’est-ce pas… ? J’ai des sentiments mitigés… »

« Ils ont tous les deux quitté le clan Sanada et ont décidé que Brunhild était la meilleure option pour continuer leur service. Je ne pense pas que vous ayez besoin de vous inquiéter, c’est simplement le cours naturel de la vie et de la guerre. »

« Je suppose, mais… attends, Sanada ? »

Sanada… ? Le clan Sanada ? Attends, les ninjas Kouga et Iga au service de Sanada… Pas possible…

« Ces deux ninjas… Ils ne s’appellent pas Sarutobi et Kirigakure, hein… ? »

« Hm… ? Effectivement… Mais comment le savez-vous ? »

Oh, Seigneur.

◇ ◇ ◇

« Très bien. Les résultats seront affichés après-demain à l’extérieur du château. Vous pouvez maintenant partir. »

« Oui, madame ! »

Nous venions de terminer une interview avec cinq personnes, et elles quittèrent la pièce sur ordre du commandant Lain. Et une fois qu’elles furent toutes filtrées, Yumina s’était mise à parler.

« Ces trois personnes à gauche n’étaient pas du tout bonnes. Leurs intentions étaient au moins claires pour moi. Deux d’entre eux ont prévu de monter en grade jusqu’à ce qu’ils puissent tyranniser les gens. Le troisième est bien trop rebelle. Il semblait ne pas bien écouter les ordres. C’est le genre d’individu à désobéir à un commandant avec lequel il a un problème personnel. Nous ne pouvons pas laisser des gens comme lui entrer dans l’ordre des chevaliers, car cela nous déstabiliserait. »

« Je crois comprendre ce que vous voulez dire, j’ai ressenti instinctivement la même chose. Chaque mot qu’ils prononçaient était également empreint d’arrogance. Il y avait aussi des mensonges. »

Lain avait répondu à Yumina. J’avais haussé les épaules en barrant les noms de ces trois personnes. C’était fini pour eux.

 

 

« Et les deux autres ? »

« Ils bégayaient un peu, mais je n’ai pas ressenti de malice et ils ne mentaient pas. Je me sentirais bien avec eux. Ils avaient l’air bien. »

« En effet. Ils avaient un comportement très sérieux, ils passent. »

Ces gars avaient fini par passer.

À ce moment-là, on avait déjà interrogé des gens pendant deux jours.

Les personnes qui menaient l’entretien étaient moi, le commandant Lain et Yumina. Mais j’avais changé d’apparence avec [Mirage].

Nous avions mené les entretiens par groupes de cinq. Il fallait environ dix minutes pour interviewer un groupe, ce qui signifiait qu’il y eut environ quatre-vingts interviews au total. Même après l’avoir réparti sur deux jours, c’était un travail assez intensif.

Mais je ne pouvais pas me permettre d’être paresseux sur ce sujet. Si nous laissions passer de mauvais œufs, les habitants de Brunhild souffriraient de notre négligence.

C’était vraiment l’élément clé que je recherchais chez un chevalier. Je voulais des chevaliers qui seraient volontiers des champions du peuple plutôt que des champions de la nation. Je n’avais pas besoin de gens qui se battent pour moi ou qui se battent pour l’honneur. J’avais besoin de vrais défenseurs.

Je voulais des chevaliers qui se battraient volontiers contre moi si mon règne devenait corrompu. Non pas qu’une telle situation se produirait réellement…

« Très bien alors. Amenez les cinq prochains. »

« Bien sûr. »

Spica, l’elfe noir, surveillait la porte. Elle avait appelé le groupe suivant de participants. Les frères et sœurs Lamia, Mulette et Charette, se tenaient également à proximité.

Je me sentais un peu mal de les avoir utilisés, mais ils étaient aussi importants pour le test.

Au moment où les cinq suivants entrèrent, j’avais vu trois d’entre eux adopter une expression aigre en direction des trois démons. Les deux autres semblaient surpris, mais n’avaient pas l’air offensés ou fâchés. Ils semblaient surtout plus intéressés. Après tout, Spica était une belle femme, alors que les lamias avaient des corps à moitié serpents.

Nous savions d’emblée que le trio que nous jugions n’était pas bon. Mais nous leur posions toujours les questions habituelles. Les questions étaient conçues pour bien comprendre leurs attitudes et leurs personnalités, et nous avions mis en place le polygraphe pour savoir s’ils mentaient aussi.

Nous faisions venir des menteurs, et des gens honnêtes. Je ne m’attendais pas non plus à ce qu’un candidat soit honnête à 100 %. Après tout, quelques mensonges de temps en temps, c’était quelque chose de normal dans la vie. Les gens pouvaient hésiter à divulguer certains détails, ils connaissaient à peine les personnes qui les interrogeaient. On les jugeait en fonction des mensonges et des vérités qu’ils décidaient de mélanger.

Après le départ des cinq, Yumina et Lain avaient commencé à parler d’eux. Nous avions convenu que nous ne voulions pas du trio. Yumina déclara qu’elle pouvait sentir leur surabondance de fierté et leur suffisance. Parmi les deux autres, l’un d’entre eux avait raconté beaucoup de mensonges, y compris sur son lieu de naissance. Je ne voulais pas vraiment employer un type comme ça, car c’était un peu louche. J’avais donc rayé quatre des cinq et j’avais laissé passer le seul type normal.

Spica fit entrer les cinq suivants. Il était temps de recommencer…

J’étais content de voir que, sur les cinq suivants, l’un était le gars aux plantes et l’autre, le gars qui avait commandé son groupe.

Ils avaient tous les deux exprimé leur curiosité et leur surprise face aux démons en entrant, mais rien de plus. Le comportement de l’homme aux plantes s’était un peu durci. Il semblait nerveux en leur présence, ce qui n’était pas totalement déraisonnable.

Ils s’étaient assis l’un à côté de l’autre sur la gauche, ce qui signifiait qu’ils devaient avoir des numéros d’entrée similaires.

Hmm… Donc le blond en armure se nomme Lanz Tempest, et le gars aux plantes se nomme Charon…

Lanz Tempest. Né dans le Royaume des Chevaliers de Lestia. Troisième fils d’un chevalier renommé. Ses frères aînés étaient des chevaliers lestiens.

« Pourquoi Brunhild ? »

« Ah, eh bien. J’entends des histoires sur le grand-duc et son ordre de chevaliers depuis un certain temps déjà. Les histoires du grand-duc et de ses vaillants chevaliers qui se battent contre une horde de dragons m’ont ému. J’ai décidé à ce moment-là que je voulais consacrer mon pouvoir, aussi maigre soit-il, à un ordre aussi vaillant. »

Il ne savait pas que le grand-duc était assis juste devant lui, ce que j’avais trouvé amusant. J’avais une question complémentaire.

« Vous voulez donc devenir chevalier de Brunhild… Mais est-ce que c’est bien de quitter sa maison et de ne pas devenir chevalier lestien ? »

« Le grand-duc de Brunhild est fiancé à notre vénérable princesse, Hildegard, ce qui signifie que Brunhild est aussi honorable pour moi que ma patrie. J’ai décidé que mon épée sera un autre maillon de la chaîne qui lie nos deux glorieuses nations. »

Il ne mentait pas. Il était extrêmement sérieux, sinon un peu coincé. Mais il était issu d’une famille de chevaliers, il fallait donc s’y attendre.

Le type suivant était Charon, le type aux plantes.

Charon. Né dans le Royaume de Belfast.

« … D’après le rapport des Onis, vous avez cueilli diverses plantes et herbes comestibles dans la forêt. Où avez-vous appris cet ensemble de compétences ? »

« Je, euh… Ce n’est pas exactement un ensemble de compétences, mais, euh… Je viens d’une famille d’herboristes, donc je cueille ce genre de choses depuis que je suis petit… »

Il était nerveux. Ses paroles étaient aussi un peu intéressantes.

Avoir une formation pharmaceutique, c’était cependant bien. Il connaissait probablement beaucoup de choses sur les plantes et les remèdes. Ce serait un bon atout.

« Alors, pourquoi un ordre de chevaliers ? »

« U-Uhm, eh bien… J’ai entendu dire que l’ordre des chevaliers de Brunhild faisait aussi du travail agricole… Je pensais que je pourrais aider dans ce domaine, je peux cultiver, et je peux nettoyer des zones. Mes compétences au combat ne sont pas terribles. Je peux tuer des ours et d’autres choses… »

Ça me rappelait les matagi, les chasseurs d’hiver du nord du Japon. Il a réussi le jeu de survie, donc je suis sûr qu’il ira bien. J’ai l’impression qu’il se débrouillerait bien avec une machette nata.

Il ne mentait pas non plus, alors j’avais pensé que lui et Lanz étaient bien adaptés à l’ordre.

Après leur départ, j’avais demandé à Yumina et à Lain leur avis sur les hommes. Elles semblaient être d’accord avec moi.

« Nous allons affecter Lanz à la patrouille des gardes du château. Charon devrait être sous les ordres de Naito pour aider à transformer le territoire de l’est en des terres agricoles. »

Lain avait suggéré exactement ce que je pensais. Ils avaient tout de suite été recrutés.

Ensuite, il y avait eu les gens que j’avais vu être chassés du feu pendant l’épreuve de la forêt. La bête lionne, l’homme bête ailé, le chien de guerre, et la fille arachnéenne. Le cinquième membre de ce groupe interrogé était un homme vêtu de cuir. Il ressemblait à un aventurier générique, et j’avais immédiatement perdu tout intérêt pour lui à cause de la façon hautaine dont il regardait ses compagnons demi-humains.

La femme lionne s’appelait Ashley.

L’homme ailé s’appelait Baris.

Le chien de guerre s’appelait Dingo.

Enfin, la fille arachnéenne s’appelait Lifon.

Apparemment, ils s’étaient dirigés directement vers Brunhild après avoir entendu des rumeurs selon lesquelles on allait recruter des membres pour mon ordre. Ils formaient deux groupes à l’origine, Baris avec Ashley et Dingo avec Lifon, mais ils avaient fini par se rencontrer en chemin.

Je leur avais rappelé que nous n’offrions pas un salaire élevé, mais cela ne semblait pas les déranger. Ils ne mentaient pas non plus… Ces salaires étaient très bas, ils devaient donc être satisfaits de peu. J’avais honteusement fait une note mentale pour faire augmenter les salaires d’une manière ou d’une autre.

J’avais posé quelques questions supplémentaires, et j’avais été assez satisfait du résultat. J’étais plus qu’heureux qu’ils travaillent pour nous.

***

Partie 8

Après leur départ, je m’étais tourné vers Yumina pour avoir son avis. Elle n’avait trouvé rien de problématique. Ils avaient tous les quatre réussi. Le type en cuir n’avait pas réussi.

Nos entretiens se poursuivirent tout au long de la deuxième journée. Le nombre de personnes était immense, bien plus que ce que j’avais prévu au début. Nous ne pouvions pas nous permettre de nous relâcher, alors nous avions continué à avancer.

Après une dure journée, nous avions fini par recruter beaucoup de gens talentueux. Et finalement, nous étions arrivés aux trois derniers…

« Sarutobi Homura… Kirigakure Shizuku, et Fuma Nagi… »

C’était trois filles vêtues en ninja qui étaient assises devant moi. C’était le trio que Tsubaki m’avait recommandé.

C’était respectivement les filles de Sarutobi Sasuke, Kirigakure Saizou et Fuuma Kotarou.

Leurs filles… Honnêtement, je m’attendais à voir leurs parents. Je leur avais posé des questions sur leurs vieux. Elles me répondirent qu’ils étaient très âgés et qu’ils avaient pris leur retraite il y a quelque temps.

Les filles avaient toutes quinze ans, environ deux ans de moins que moi. Mais elles étaient dans la même tranche d’âge qu’Elze et Linze. Homura était brillante, énergique et semblait être de bonne humeur. Shizuku était une fille cool, calme et recueillie. Nagi, par contre, n’avait pratiquement pas de présence.

Homura avait les cheveux courts, tandis que ceux de Shizuku étaient longs. Ceux de Nagi étaient à longueur d’épaule. Elles avaient aussi chacune des spécialités différentes. Homura était une artiste martiale accomplie, Nagi était une experte des armes à distance et Shizuku avait un talent pour se dissimuler. Toutes avaient aussi les bases du ninjutsu.

C’était Homura qui m’avait vu me tenir en haut de cet arbre, mais je pensais que c’était un mec à cause de sa tenue…

« C’est peut-être un peu difficile à comprendre pour vous, mais je porte un œil mystique. Je peux voir les choses de loin, et j’ai la capacité de voir à travers des obstacles relativement petits. »

L’œil d’Homura était légèrement différent, de couleur marron clair. Il était cependant difficile à distinguer d’un seul coup d’œil. Elle appelait cette capacité son « Second Oeil ». Elle était similaire à ma [Détection lointaine], mais n’utilisait que le sens de la vue. Ce serait néanmoins une compétence utile.

J’avais pensé qu’elle conviendrait bien au corps de renseignements de Tsubaki. Je leur avais demandé si cela leur posait un problème, et ça n’avait pas semblé les déranger.

« Je sais me dissimuler, donc je pense que je serais bien dans un tel groupe. Une enquête privée ou une simple surveillance, ce n’est rien pour moi », déclara Shizuku.

« Je suis trop fainéante… J’ai dépassé tous les Oniii… » déclara Nagi. Il semblerait que son jeu de jambes rapide l’avait aidée à réussir l’examen.

Nagi me rappelait quelqu’un… Cécile, une de nos servantes. Sa façon de parler était assez similaire, et si je me souvenais bien, Cécile était douée pour lancer des couteaux. Elle avait après tout été employée par la division des renseignements de Belfast.

« Hé, vous. Mon nom est Cécile. »

« Je m’appelle Naaagiii… C’est sympa de vous rencontrer… »

« Ufufuuu… »

« Eheheee… »

J’avais essayé d’imaginer un scénario dans lequel elles se rencontrèrent. C’était effrayant. Elles avaient toutes les deux une aura… très particulière. Je me demandais si elles étaient des sœurs perdues depuis longtemps ou quelque chose comme ça…

Nous avions terminé le reste de l’interrogatoire et nous avions mis fin à l’interview. Elles n’avaient pas menti, et Yumina n’avait pas de problème. La recommandation de Tsubaki avait été le dernier clou de leur note positive. Elles avaient donc réussi.

Ainsi, la phase d’interview était terminée. Environ quatre cents candidats avaient réussi le deuxième essai, et la phase d’entretien avait réduit le nombre à cent trente et un. C’était un peu moins que ce à quoi nous nous attendions, alors nous avions demandé à Kousaka de préparer un entretien séparé plus tard pour que les gens puissent remplir les postes de la fonction publique.

Il ne nous restait plus qu’à assigner aux gens les rôles d’espions, de patrouilleurs et de gardes de château. Nous en avions affecté certains sur place, mais le reste n’avait pas été trié.

Quoi qu’il en soit, tous les candidats retenus avaient été sélectionnés, il nous suffisait donc de les inscrire officiellement par le biais d’une cérémonie.

◇ ◇ ◇

« Félicitations à vous tous. En tant que grand-duc, j’ai le plaisir de vous introniser dans l’ordre des chevaliers de Brunhild. »

J’étais monté sur la scène et j’avais salué la foule des candidats retenus. Ceux qui me rencontraient pour la première fois étaient stupéfaits. Après tout, j’étais connu dans le monde entier comme un aventurier héroïque qui avait vaincu des monstres de cristal, hérité des Frame Gears d’une ancienne civilisation, tué des dragons et résolu des conflits politiques en solo.

Il était naturel qu’ils soient choqués de découvrir que le héros légendaire était un jeune homme. Mais ils ne semblaient pas me prendre à la légère. Cela signifiait seulement que l’évaluation que Yumina avait faite d’eux était juste.

« Maintenant, vous avez réussi l’examen officiel et vous êtes dans… mais je veux voir vos compétences de première main. Je voudrais que vous vous battiez tous contre moi. »

La foule me regarda d’un air perplexe alors que je faisais ma demande. Ils se regardaient et murmuraient avec incrédulité.

« Alors nous allons faire ça… »

« Vous voulez parier sur la durée qu’ils vont pouvoir tenir ? »

« On ne devrait pas parier… »

« Espérons qu’aucun d’entre eux n’en ressortira traumatisé… »

Nous nous étions tous installés sur un des champs d’entraînement à l’extérieur et nous avions décidé que la bataille un contre cent trente et un commencerait. Toutes les nouvelles recrues portaient des armes d’entraînement en bois. J’aurais été bien s’ils avaient utilisé leurs armes habituelles, mais ils auraient probablement été trop agités pour me combattre sérieusement dans ce cas. De toute façon, je n’avais pas l’intention de les laisser poser un seul doigt sur moi.

J’avais décidé d’utiliser cette bataille pour juger où assigner les candidats. Après tout, tous les membres supérieurs de l’ordre des chevaliers regardaient attentivement.

« Nous sommes prêts ? [Accélération]… »

J’avais utilisé mon sort d’accélération et j’avais chargé tête baissée vers les nouveaux.

Il avait fallu vingt minutes pour que la bataille se termine, et toutes les nouvelles recrues étaient au sol. Pas une seule d’entre elles n’avait pu rester debout.

J’avais rapidement lancé [Guérison Maximale] et [Rafraîchissement] sur eux, les remettants dans l’état où ils étaient avant la bataille. Après tout, je ne voulais pas les laisser se rouler par terre.

Beaucoup m’avaient remercié de les avoir guéris, mais je m’étais senti un peu coupable. Après tout, c’était moi qui les avais mis dans cette situation, et… ce n’était pas fini.

« Très bien, à mon tour… N’est-ce pas ? »

Moroha était allée sur le terrain et avait échangé sa place avec moi.

C’est un sacré sourire que tu as… Assure-toi de ne pas les traiter trop mal…

« Écoutez, nouvelles recrues ! Je m’appelle Mochizuki Moroha, Moroha est mon prénom ! Je suis un conseiller de l’ordre des chevaliers de Brunhild et instructeur principal de maniement de l’épée ! Félicitation pour avoir rejoint la famille, maintenant je vais vous botter le cul ! »

Et c’est ainsi que commença l’éreintante semaine d’entraînement que nous avions planifiée. Moroha était en colère contre moi pour avoir refusé de la laisser participer en tant qu’Oni au deuxième test, c’était donc le compromis que j’avais trouvé pour elle.

« Très bien, commençons par courir autour du château. Cinquante tours de piste. »

Les nouveaux arrivants avaient grogné et gémis. Le périmètre du château était d’environ deux kilomètres. Si c’était cinquante tours, ils auraient couru une centaine de kilomètres… J’avais eu pitié d’eux. Moroha était une sorte de monstre.

J’avais prié le ciel pour leur sécurité, mais ça semblait un peu futile… Après tout, celle qui les poursuivait si durement avait été envoyée par les cieux eux-mêmes…

Moroha et les autres dieux n’avaient pas le droit d’interférer avec le royaume des mortels en utilisant leur divinité, mais ils avaient quand même le droit d’opérer dans les normes d’un mortel. Le seul problème était qu’ils avaient tendance à être des mortels au sommet de leur art.

Ils étaient le genre « d’humains » qui atteignaient un niveau de compétence qu’on pouvait atteindre après un millier d’années. Ils ne tenaient pas du tout compte de la durée de vie… Eh bien, encore une fois… les elfes, les fées et les autres demi-hommes pouvaient probablement atteindre ce niveau si on leur donnait suffisamment de temps.

Quoi qu’il en soit, le creuset infernal rendrait nos nouveaux venus plus forts. Ils devaient persévérer pour un avenir meilleur.

***

Interlude 1 : Les novices

Partie 1

« Haaah ! »

« C’est ça ! Plus fort maintenant ! »

Lanz était au milieu d’une bataille. Il utilisait son arme d’entraînement face à son opposant. Cela faisait environ trente minutes qu’ils avaient commencé, et son jeu de jambes devenait instable. La bataille était féroce et son ennemi ne montrait aucun signe d’arrêt.

Le commandant Lain et le vieux Baba avaient laissé la supervision des débutants à Moroha, elle avait donc organisé des combats individuels.

« Guh ! »

« Qu’est-ce qui ne va pas, hm ?! C’est tout le pouvoir qu’un chevalier lestien a en lui ? »

Son partenaire de combat, Hilde, était arrivé par derrière Lanz, armé d’une épée. Elle prouvait bel et bien son statut de princesse chevalier. L’urgence de la bataille lui rappelait ses jours à la tête d’un escadron, et elle savait qu’elle combattait pour le bien de tous.

Lorsqu’elle était à Lestia, elle inspirait souvent ses troupes en criant la fierté lestienne, c’était donc sa petite façon d’encourager cela chez Lanz.

« Ghuh ! »

La lame de bois de Hilde frappa fort, frappant Lanz en plein dans le ventre. Il s’effondra sur place, en se retournant.

« Ça fera l’affaire. »

La voix de Moroha avait alors retenti sur le terrain d’entraînement. Tous les chevaliers qui regardaient la bataille pouvaient à peine se contenir, ils poussèrent de lourds soupirs alors que la bataille touchait enfin à sa fin.

Lanz utilisa son arme comme une béquille et se mit debout en titubant, il inclina la tête devant Hilde.

« Merci de m’avoir entraîné, madame ! »

« Aucun problème. »

Hilde baissa la tête à son tour, et Lanz s’enfonça à nouveau dans le sol.

Un groupe d’autres novices s’était avancé pour vérifier s’il allait bien, mais Lanz leva la main pour dire qu’il allait bien. De toute façon, il était clair qu’il était à un stade d’épuisement assez avancé.

« Avance, Lumière ! Souffle ta vigueur : [Rafraîchissement]. »

Je m’étais avancé et j’avais lancé un sort magique pouvant effacer la fatigue sur Lanz et Hilde. Ils avaient certainement beaucoup souffert, mais j’étais honnêtement surpris qu’ils puissent tenir aussi longtemps.

« Dans Lestia, on nous apprend à affiner notre technique physique et à éliminer tout mouvement inutile. Connaître les limites de notre endurance nous permet de bouger sans perdre un seul pas. Puis, au plus fort de l’épuisement, nous sommes encore capables de porter des coups précis. Un entraînement dans des conditions aussi extrêmes est plus précieux qu’une centaine de séances d’entraînement où l’on se retient ! »

Il était assez sauvage… Ce n’était cependant pas trop surprenant, étant donné qu’il venait du Royaume des Chevaliers de Lestia.

« Mon Dieu, j’ai vraiment eu l’impression d’être de retour à Lestia. Ça fait un moment que je n’ai pas eu autant de plaisir à m’entraîner… »

Hilde avait l’air assez remontée, contrairement à son habitude. Les Lestians avaient vraiment une culture guerrière, un peu comme Sparte.

Grâce à Moroha, les nouveaux venus avaient été soumis à un entraînement éreintant. Mais, comme on pouvait s’y attendre de la part de ceux qui avaient réussi le test, aucun d’entre eux n’était prêt à abandonner. Ils avaient tous retrouvé leur vigueur et continuaient à se battre.

Les nouveaux arrivants étaient tous affectés à des zones différentes, ils recevaient donc un entraînement de leurs prédécesseurs bien établis.

J’étais venu voir comment ils allaient, mais il semblerait qu’ils se débrouillaient très bien sans moi…

Les chevaliers actuellement sur le terrain d’entraînement étaient ceux qui avaient été affectés à la patrouille de la ville et à la garde du château. Après tout, nous avions après tout besoin qu’ils soient forts. Et il semblait qu’ils y parvenaient.

Nikola était également là pour superviser l’entraînement. Il avait provisoirement pris le commandement des gardes du château. Logan était là pour les combattre aussi, car il était le capitaine de la garde. Logan était un homme que j’avais rencontré à Sandora, il aidait un groupe d’esclaves à l’époque. Il ne s’attendait pas à avoir un rôle décent à jouer dans un ordre de chevaliers émergent comme celui de Brunhild, mais il était là.

Norn avait également pris le commandement des patrouilleurs, avec Rebecca comme numéro deux. Rebecca était une aventurière qui avait travaillé à Sandora comme Logan. C’était une femme chevalier assez respectable de notre ordre à ce moment-là.

Il semblerait que mes services n’étaient pas vraiment nécessaires. Tout le monde travaillait dur. Rebecca s’entraînait aussi contre beaucoup de nouvelles recrues féminines. J’avais alors regardé Hilde, qui semblait encore un peu dans les vapes, et je lui avais tendu une serviette de bain.

« On dirait que les nouveaux s’en sortent tous plutôt bien. »

« En effet. Ils sont tous nouveaux et remplis de nouveaux espoirs. Ils souhaitent tous devenir forts, et on peut dire qu’ils souhaitent devenir forts pour une bonne raison. La formation seule ne peut pas susciter un tel sentiment, alors je suis heureuse qu’ils l’aient eu dès le début. »

Lorsque je les avais interviewés, j’avais voulu mettre l’accent sur l’embauche de personnes qui se battraient pour le peuple. L’œil mystique de Yumina et le test polygraphique avaient écarté ceux qui avaient des motivations impures pour devenir plus forts.

J’avais ensuite voulu vérifier le projet agricole du vieux Naito. Hilde voulait m’accompagner, alors nous étions partis à l’est. Ces gens n’étaient pas principalement des combattants, donc leur entraînement pouvait être retardé pendant un certain temps.

Beaucoup de gens n’associaient pas l’image du chevalier au travail et aux cultures agricoles, mais c’était sans doute la chose la plus importante qui se passait en ce moment.

Cette branche particulière de notre ordre de chevaliers était spécialisée dans le développement de cultures expérimentales, l’ouverture de terres plus sûres, la construction de maisons et le soin apporté à la construction et à l’entretien des routes.

L’homme responsable de la plupart des plans était Kousaka, mais c’était le vieux Naito lui-même qui faisait la plupart des travaux pratiques.

Au moment où j’entrais dans la zone, j’avais trouvé notre homme.

« Oh, Votre Altesse et Dame Hilde. C’est bon de vous voir. »

Il avait l’air en général plutôt décontracté, mais Naito était très travailleur. Ses capacités à résoudre les problèmes étaient sans égal. Sans lui, nous ne serions pas aussi avancés qu’aujourd’hui.

« Alors, qu’est-ce qui vous amène ici ? »

« Je suis juste ici pour voir comment vont les nouvelles recrues. Comment tiennent-ils le coup ? »

« Ah. Eh bien, nous n’avons pas besoin de beaucoup d’entraînement intensif ici. Ils sont donc en plein milieu de la mémorisation des bases et de l’apprentissage de nos protocoles. »

J’avais regardé où il pointait et je vis un groupe de recrues utilisant des cordes pour mesurer des parcelles de terre.

Hmm… Où est-il, pensais-je. Puis, j’avais soudainement repéré le gars aux plantes du jeu de survie, le gars nommé Charon.

Le développement de la terre était vital pour la croissance d’une nation. Ils avaient de nombreuses tâches à accomplir qui allaient devenir des bases solides pour Brunhild dans les années à venir. Dans un sens, les chevaliers du secteur agricole étaient des chevaliers polyvalents qui construisaient le pays à partir des racines. Mais cela ne les rendait pas si impressionnants que ça… J’avais décidé de ne pas leur dire quelque chose comme ça en face.

« Les chevaliers labourent le sol avec des houes et mesurent les parcelles… Un spectacle plutôt agréable, n’est-ce pas ? Ce n’est pas quelque chose que l’on voit chez nous à Lestia. »

« Vraiment ? Les soldats labourent aussi les champs à Eashen. »

« Est-ce que c’est vrai… ? »

Hilde était la princesse de Lestia, une grande puissance orientale. Il semblerait impensable que des commandants et des soldats fassent de l’agriculture et du travail manuel. Tout ce à quoi leurs militaires pensaient, c’était de polir leurs compétences avec une lame.

La famille royale de Lestia était certainement au-dessus de ces choses, mais je pensais que s’occuper de la terre était une bonne qualité à avoir pour quelqu’un qui la défendrait.

« Une bonne partie des nouvelles recrues ont des aptitudes pour la magie de la Terre, donc c’est tout à fait normal. Je dois vous dire, en tant que personne née à Eashen, que c’est tout à fait remarquable. La magie n’est pas très répandue là-bas, et les quelques exemples de magie que j’ai vus sont le feu et le vent. »

Le vieux Naito avait raison sur ce point. La magie était une rareté à Eashen. La famille de Yae n’en avait pas non plus beaucoup.

Les habitants d’Eashen avaient mis au point des techniques spéciales comme le Ninjutsu à la place de la magie. Ce n’était pas tout à fait la même chose, mais c’était dans les deux cas assez similaires. À ce propos, il était temps d’aller rendre visite à l’escadron d’infiltration de Tsubaki.

J’avais salué le vieux Naito et je m’étais dirigé vers la forêt de l’ouest. C’était là que se trouvait la zone d’entraînement pour nos agents secrets.

La course d’obstacles avait été conçue à l’origine pour aider à entraîner la dextérité de l’ordre des chevaliers. Tsubaki m’avait récemment fait installer des parcours et des courses pour les trois niveaux de difficulté, allant du débutant à l’avancé, en passant par l’intermédiaire. Il y avait divers pièges et obstacles alignés le long des parcours, chacun variant en fonction du niveau de danger.

Le corps d’infiltration était en train de s’entraîner sur le parcours aujourd’hui.

« Gwaaaugh ?! »

Un individu hurleur s’était soudainement envolé dans les airs avant d’atterrir dans un petit étang non loin de nous. Elle s’était jetée dans l’eau avant de remonter à la surface, en toussant et en crachant.

De l’eau s’était écoulée de ses cheveux courts et bouclés. Elle faisait partie du trio de ninja qui venait de rejoindre notre ordre, Sarutobi Homura.

« Pas bon, Homura-san ! Faites plus attention la prochaine fois. Si c’était un piège de l’ennemi, vous seriez déjà morte. Traitez ce cours comme une vraie mission. »

« Ugh… »

Tsubaki secoua la tête en critiquant la performance d’Homura. À ce moment, un autre cri résonna dans l’air, et une autre fille s’envola dans les airs avant d’atterrir dans l’étang.

C’était un autre membre du trio de ninja, Fuma Nagi.

« Bonté divine, c’est assez intense… »

Hilde semblait assez choquée, mais ce n’était pas trop surprenant étant donné que deux personnes venaient de voler sous nos yeux.

« Notre mission est principalement l’acquisition d’informations. Nous devons être préparés à toutes les situations dangereuses possibles, et l’infiltration est un must. Nous devons garder les yeux ouverts sur le moindre détail hors de propos. »

Tsubaki avait parlé en sautant d’une cime d’arbre.

Le corps de renseignements de Tsubaki s’occupait généralement de la collecte d’informations. Brunhild était reconnue par les autres nations, parfois pour de bonnes raisons, parfois pour de mauvaises. Il y avait certainement des pays qui n’avaient pas une très bonne opinion de nous. Yulong, par exemple, était un pays avec lequel nous avions de mauvaises relations. Mais Yulong n’était plus vraiment un pays.

Mais même si j’étais ami avec un leader mondial, cela ne signifiait pas que les membres de la noblesse ne m’en voulaient pas. Je me souviens avoir entendu dire que beaucoup d’aristocrates de Belfast et de Regulus n’aimaient pas trop mes fiançailles avec Yumina et Lu. Des gens comme ça pouvaient toujours finir par essayer de causer des problèmes à Brunhild. Et c’était là que Tsubaki et ses agents entraient dans l’équation. Ils rassemblaient des informations sur les menaces et me les transmettaient. Pour la plupart, ils étaient d’Eashen, ce qui signifiait qu’ils utilisaient principalement le ninjutsu. Quelques-uns étaient cependant capables de faire de la magie noire, ce qui signifiait qu’ils pouvaient invoquer des animaux furtifs pour les aider dans leurs opérations d’espionnage.

Les agents de Tsubaki s’entretenaient également avec M. Mittens et ses chevaliers félins, échangeant des informations sur les menaces dans la ville.

Récemment, il y avait eu des discussions sur des dissidents étrangers qui essayaient de recueillir des informations sur nous. Apparemment, ils en avaient encore après nos Frame Gears… Suivre des gens aussi avides était un sacré casse-tête.

« Tout le monde semble faire des efforts. »

« Effectivement, merci. Nous faisons de notre mieux. »

« Voulez-vous vous entraîner avec Touya et moi demain ? Je pense que Yae voudra aussi se joindre à nous. »

« Ah… Je ne suis pas sûr de pouvoir, j’ai quelques affaires de Grand Duc à régler… »

J’avais un peu ri à la suggestion de Hilde.

Pour être honnête, j’étais presque sûr que Yae et Hilde étaient au point où elles pouvaient me battre à l’épée. Moroha les avait entraînées au point qu’elle était la seule à les dépasser.

Elles étaient toutes les deux incroyables. Même avec ma magie, je devrais lutter pour les battre.

***

Partie 2

L’inspection quotidienne était terminée. J’avais décidé de me séparer de Hilde et de retourner au château. Là, j’avais vu Sue courir vers moi dans le couloir. Son majordome, Leim, lui courait après.

« Touya ! »

« Yo. Quoi de neuf, Sue ? Salut, Leim. »

« Bonne journée, Votre Altesse. »

Sue m’avait pratiquement taclé, Leim s’était donc excusé en me saluant la tête baissée.

Sue pouvait facilement se rendre de sa chambre dans ce château depuis sa propre chambre à la maison. Il y avait une [Porte] faite sur mesure pour elle qui reliait les deux pièces, elle rendait donc souvent visite à Brunhild.

C’était l’une de mes fiancées, mais elle vivait toujours chez ses parents, c’était donc un compromis. Seule Sue pouvait passer le portail, c’était donc sécurisé. Cela dit, si elle y consentait, elle pouvait passer avec d’autres personnes comme Leim.

« Qu’est-ce qui t’amène ici aujourd’hui ? »

« Je suis venue rendre visite à Renne ! Tu sais que c’est son jour de congé ? Oh, Touya. Puis-je utiliser la salle de jeux ? J’aimerais montrer à Renne la formation du Seigneur Suprême. »

La formation du Seigneur Suprême… ? Oh, elle doit vouloir dire l’attaque suprême que fait son Frame Gear… Elle va le montrer dans le simulateur ?

La salle de formation de Frame Gear avait plusieurs simulateurs de Frame Gear, les filles pouvaient aussi accéder à leurs machines sur mesure grâce à cela. Les chevaliers ordinaires ne pourraient pas les utiliser.

« Bien sûr, pas de problème. N’oublie pas de lui montrer. »

« Yay ! Merci, Touya ! »

Sue était partie à toute vitesse vers l’endroit où se trouvait Renne. Elle était plus vivante que jamais.

« S’il vous plaît, excusez-moi. »

Leim trottait après elle. Je me sentais un peu désolé pour lui.

Alors que je les regardais partir, mon smartphone s’était mis à vibrer. C’était un appel de Rosetta.

« Yo ? »

« Maître, monsieur ? ! J’ai fait un prototype, monsieur ! Je pensais faire une expérience, oui, en effet. Vous voulez voir ? »

« Oh, vous avez fini ? Nous pouvons le tester dans la cour Nord. J’amènerai Sakura. »

« Oui, monsieur ! » J’ai coupé l’appel avec Rosetta et j’avais appelé Sakura. C’était une journée bien remplie.

◇ ◇ ◇

« … Grand-Duc. Qu’est-ce que c’est ? »

« C’est un microphone spécial avec amplification du son. Et ce n’est pas tout. »

Sakura pencha la tête dans la confusion en regardant le pied du micro.

J’avais demandé à Sakura de m’aider à réaliser une expérience avec un appareil magique spécial. Elle avait aussi amené Spica.

« Les préparatifs sont terminés, monsieur ! »

Je m’étais éloigné du micro que Rosetta avait ajusté. Monica, qui était aussi observatrice, leva le pouce. Cela signifiait qu’il était temps.

« Très bien, essayons… une musique assez simple et légère pour commencer. La tête du micro doit être dirigée vers toi, Spica, alors peux-tu t’éloigner un peu plus ? »

« Ah, bien sûr. Est-ce que c’est bon ? »

Spica se tenait au milieu de la zone d’entraînement que nous avions préparée.

« Très bien, Sakura. S’il te plaît, chante quelque chose de doux dans le micro. Et s’il te plaît, canalise ta magie sur lui aussi, si tu le peux. »

« … Je ne comprends pas bien, mais je vais essayer… »

Sakura fit un signe de tête obéissant, elle s’était ensuite mise à chanter.

 

 

Hm… Cette chanson ? C’était une chanson française assez populaire que j’avais entendue au Japon, un morceau de jazz populaire et doux.

La « Chérie » mentionnée dans les paroles n’était pas un nom de femme, mais une façon française de dire « darling ».

« Très bien, Spica. Peux-tu essayer de te déplacer ou de faire des sauts ? »

« Très bien. Quoi ?! »

Spica n’avait bougé que quelques secondes, mais elle avait parcouru une distance surprenante. Elle s’était regardée en état de choc. Elle s’était soudainement arrêtée sur place et avait sauté en l’air, se retrouvant propulsée à trois mètres vers le haut.

« Mon corps est léger comme une plume, non, c’est comme si j’avais eu des plumes et que je pouvais voler ! »

Sakura, tout aussi confuse, s’était arrêtée de chanter en regardant Spica.

« Ah. »

La vitesse accrue de Spica était soudainement tombée à un rythme standard.

Hmm… Donc les améliorations ne fonctionnent que lorsqu’elle chante. Et je suppose que les effets vont aussi changer en fonction du style de la chanson.

« Grand Duc, qu’est-ce que c’est… ? »

« Laissez-moi répondre à ça, madame ! C’est une application de la magie, madame ! Le Docteur Babylone appelle ça de la magie lyrique, madame ! Votre pouvoir magique passe par le microphone via votre voix, et peut ensuite être appliqué à d’autres personnes ! Les effets varient en fonction de l’oscillation, et nous ne connaissons pas encore tout le potentiel, madame ! Mais rassurez-vous, c’est avant tout de la magie de soutien, il n’y a donc aucun risque ! »

Rosetta avait soudainement répondu. Apparemment, cela était basé sur la magie utilisée par une espèce qui existait à l’époque de la civilisation antique, mais je ne connaissais pas les détails.

D’après ce que j’avais compris, il s’agissait simplement d’une amplification par ondes sonores, et c’est tout ce que j’avais besoin de savoir.

« Très bien, Sakura. N’hésite pas à chanter n’importe quelle chanson. »

« D’accord. »

Sakura avait chanté une chanson après l’autre à Spica. Elle ne semblait pas vraiment se soucier de ce qu’elle choisissait, car elle passait en revue plusieurs types de musique.

Il y avait beaucoup de chansons occidentales, mais seulement des trucs des années 60 à 80. C’était mon genre de musique préféré, j’avais donc fini par lui en faire découvrir beaucoup. Mon grand-père me l’avait fait découvrir au départ, c’était donc juste l’une de ces passions. Il semblerait que Sakura était aussi une grande fan. Je ne me plaignais donc pas.

Il y avait beaucoup d’effets magiques basés sur les types de chansons qu’elle chantait. Plus d’agilité, plus de résistance magique, une barrière protectrice, plus d’agressivité, plus de force, etc. Il y avait clairement une tonne d’autres effets potentiels, mais nous n’avions pas besoin de les passer tous en revue en une seule journée.

L’avantage de cette magie était qu’elle pouvait affecter n’importe qui à portée de la musique. L’effet pouvait même être appliqué à la personne qui chantait, ainsi qu’à toute personne se trouvant à proximité. De plus, quel que soit le nombre de personnes touchées, la magie consommait la même quantité d’énergie que si elle n’était appliquée qu’à une seule personne.

L’effet s’arrêtait lorsque Sakura cessait de chanter, il fallait donc veiller à ce qu’elle n’épuise pas sa voix.

Le docteur Babylon était en train de concevoir une sorte d’avion qui pourrait servir de haut-parleur mobile de combat. L’idée serait que la voix de Sakura serve efficacement de musique de fond pour la bataille tout en donnant du pouvoir à nos troupes.

Cela dit, nous ne pourrions appliquer qu’un seul effet à la fois, donc son utilisation tactique était limitée. Sakura ne pouvait pas chanter différentes chansons en même temps, et les enregistrements ne fonctionnaient pas non plus.

J’avais réfléchi davantage en regardant la performance fougueuse de Sakura.

Une fois l’expérience terminée, j’étais allé à Babylone avec Rosetta. La docteur était dans son laboratoire de recherche, réfléchissant devant une carte du monde sur son écran.

Sur son bureau, il y avait un tas de papiers, de livres et de papeterie éparpillés. J’avais remarqué un tas de biscuits et de gâteaux qui avaient l’air rassis ainsi que de tasses à thé usagées.

Range ta vieille nourriture… Tu vas attirer les insectes.

« Qu’est-ce que tu fais ? »

« Hm ? Ah, c’est Touya. Vois-tu quelque chose d’étrange ? »

« Étrange ? »

La doc fit un mouvement vers son moniteur. J’avais alors regardé la carte du monde.

Hm ? Qu’est-ce que c’est que ça… Ça ressemble à la carte du monde, mais les détails sont un peu différents.

« C’est une carte du monde telle qu’il était il y a cinq mille ans, à mon époque. C’était l’état du monde avant l’invasion de la Phase. Il y a eu une destruction magique à grande échelle pendant cette période, et la résistance générale contre leurs forces a fini par sculpter la géographie mondiale. Peux-tu voir les principales différences ? »

Elle superposa la carte du monde actuelle sur l’ancienne.

Oh, euh… Il y a effectivement des différences de côtes et de terrains… Bizarre… Refreese et Lihnea… étaient beaucoup plus grands… Et la rivière Great Gau ne descendait pas jusqu’à Ramissh ? Le terrain a-t-il changé naturellement, ou est-ce que tout cela est dû à la magie… ? Bon sang…

« La Phase ne pouvait pas être directement affectée par la magie, tu t’en souviens ? Un pays a lancé un sort interdit appelé [Grande Fissure], qui a changé beaucoup de choses dans le monde. »

Huh… Quel genre de sort était-ce ? Est-ce que ça a provoqué la rupture du sol ou quelque chose comme ça ? Eh bien, on ne peut pas nier qu’il y a de sérieuses différences topographiques ici, mais bon sang…

Il semblerait que ce soit probablement un sort terrestre qui avait provoqué le soulèvement et le déplacement d’une grande partie du sol, probablement pour essayer d’attraper la Phrase en masse.

Quelque chose d’aussi destructeur aurait été insensé… De penser que l’humanité avait été amenée à prendre une décision aussi horrible.

« C’est ici que se trouvait Parthénon. C’était une civilisation massive qui s’étendait de là où se trouve Belfast maintenant, couvrant la plupart de Regulus, Brunhild, Ramissh, Roadmare, Felsen, Lestia, et Horn. »

J’avais regardé la zone qu’elle avait montrée. C’était incroyablement vaste. Ce devait être un empire incroyable. Il s’étendait d’ouest en est sur une énorme superficie. En termes terrestres, c’est comme si une seule nation contrôlait toutes les terres entre l’Europe et la Chine.

« À l’époque, la phase est apparue là où se trouve Xenoahs aujourd’hui. Les nations qui occupaient la zone où se trouvent Yulong, Nokia et Hannock ont été les premières à tomber. C’est pourquoi tu peux voir tant de changements géographiques dans cette région. »

Cela explique tous les lacs en forme de cratères à Yulong et Xenoahs… Mais se sont-ils vraiment battus à ce point ? Pour endommager leur propre monde dans l’espoir de le défendre ? Je suppose que c’est logique, ils auraient défendu leur terre natale avec tout ce qu’elle contenait. Je ne peux même pas imaginer à quel point ces batailles ont dû être terribles.

« Hm ? Qu’est-ce que c’est ? »

« Oh, ça ? Ça, c’est… Juste au nord de l’endroit où se trouve Elfrau actuellement. »

Sur la carte de l’ancien monde, il y avait une île dans la mer juste au nord d’Elfrau. Elle était de la même taille que Ramissh. Sur la carte moderne, cette île n’existait plus, ce qui m’avait amené à penser qu’elle avait complètement coulé.

« À l’époque, cette île était connue sous le nom de La Demeure du Diable. Il y avait des monstres marins comme les Sirènes et les Cracènes qui entouraient ses eaux, il était donc impossible d’y aller en bateau. Si vous essayiez de voler, les Wyvernes vous tuaient. L’île empestait la mort, et même de loin, on pouvait voir son brouillard dense et son air vicié. »

Ça a l’air plutôt dingue, et c’est tout à fait digne de son nom.

« J’étais un peu confuse quant à la raison pour laquelle elle n’était plus là à l’époque actuelle. Je me demandais si elle avait coulé, mais je ne voyais pas pourquoi. J’ai donc utilisé une forme avancée de magie de détection sur la zone, et voilà le résultat. »

Sur la carte moderne, à l’endroit vide où l’île aurait dû se trouver, une petite brume rouge était apparue, correspondant vaguement au contour de la masse terrestre.

… Attendez, une barrière ? Est-ce que quelqu’un a érigé une barrière autour de l’île pour la rendre invisible ? Mais est-ce qu’une telle chose aurait pu durer aussi longtemps ? Et pourquoi ?

« Sais-tu que ma Babylone fonctionne sur un principe similaire ? Elle est invisible dans l’air depuis cinq mille ans. Je pense que quelqu’un a également fait cela sur l’île à l’époque. Les seules questions seraient : qui et pourquoi ? »

« … Penses-tu qu’un mage a échappé à la Phase, s’est rendu sur l’île, puis a érigé une barrière pour qu’on ne puisse pas le trouver ? »

« Ce n’est pas impossible, mais… Une magie aussi puissante serait sûrement impossible… La seule personne de cette époque capable d’un tel exploit serait le Sage des Heures, mais j’étais sûre qu’il était mort lors d’une attaque de la Phase… » murmura le Docteur Babylone en s’appuyant contre sa chaise. Elle était dans un corps minuscule, alors elle avait l’air un peu bête.

« Pardon, Sage des Heures ? »

« Effectivement. C’était un maître de la magie de l’espace-temps. Voyance, téléportation, arrêt du temps régulier, capacité de vieillir ou simplement de vieillir ses cibles, etc... C’était un vieil homme choquant. Ce n’était pas comme s’il pouvait tout faire sur un coup de tête. Il devait encore faire les réglages nécessaires et ainsi de suite, mais il était le seul à savoir comment cela fonctionnait. »

« Il pouvait arrêter le temps… ? Je ne savais même pas que la magie de l’espace-temps existait… »

« De quoi parles-tu ? Depuis combien de temps utilises-tu [Stockage], [Porte] et [Téléportation] ? Qu’est-ce que tu pensais que c’était ? Mais il était bien plus habile, il pouvait faire tout cela et même plus… Pour être vraiment honnête, je suis un peu triste que son savoir soit entièrement perdu dans le temps. »

Intéressant… Donc tu dis qu’il y avait un vieux type qui contournait les exigences de la magie Néant pour réaliser ces folles prouesses… ? Ce type semble vraiment choquant…

Mais s’il pouvait si facilement manipuler l’espace-temps, alors créer une barrière qui empêcherait quelqu’un de voir une île ne serait pas un problème. Le fait que la barrière empêche le monde extérieur de la remarquer est pratiquement de la magie de l’espace-temps en soi.

« Peut-être que le vieux avait un disciple ou quelque chose comme ça et qu’ils l’ont mis en place… ? »

« … Hm… Il est possible qu’il ait eu des étudiants. Mais je dois t’avertir, si tu prévois d’enquêter… J’hésiterais à utiliser Gungnir parce que si tu prends un véhicule volant à grande vitesse, tu risques de t’écraser sur le côté. Après tout, je ne pourrais voir aucune ombre. »

Ce serait ennuyeux. Si j’utilisais [Vol], il y avait aussi le risque qu’il désactive toute la magie, donc je finirais par m’écraser dans la mer…

Je me demandais si je pouvais utiliser un véhicule qui n’avait pas besoin de magie.

« Je ne pourrais pas y aller avec Kougyoku ou Luli ? Ce serait plus facile. »

« Oui, je suis sûr que ça marcherait. Envoyer une bête convoquée là-bas serait généralement la chose la moins risquée à faire. Mais tu devrais quand même être prudent, selon le type de barrière, tu pourrais finir par perdre le contact, ou même voir ta créature invoquée se perdre complètement. »

Je voulais me rendre sur l’île tout de suite, mais les paroles du Docteur m’avaient un peu décontenancé.

Je n’étais pas tout à fait sûr de ce qu’il y avait là, alors j’avais décidé de jouer la sécurité et de demander aux oiseaux de Kougyoku de repérer l’endroit en premier.

Si la barrière était toujours en place, il était tout à fait possible que l’invocateur y vive encore.

Mais c’était une île sur laquelle personne n’était entré, même dans les temps anciens. C’était un peu comme les îles Galapagos sur terre, complètement insensibles au monde extérieur… Ses habitants avaient peut-être même subi des différences d’évolution très marquées.

Que pouvais-je attendre d’un tel endroit… ?

***

Chapitre 2 : Travailler en vue de l’avenir

Partie 1

Un barrage de balles s’était abattu sur les restes du bataillon d’acier qui étaient éparpillés autour des déchets. Ces balles étaient tirées à une cadence de plusieurs centaines par seconde par un canon Gatling fixé au bras droit d’un grand mécha sombre. Le Grimgerde, l’engin de Leen, était prêt à rouler.

Le Chevalier Baron de Nikola avait un canon Gatling similaire, mais celui de Leen était un peu différent et avait une portée plus large, il était donc encore assez unique.

La structure située au niveau de la poitrine de Grimgerde se déformait, ce qui faisait que les deux canons Gatling installés soufflaient une grêle de balles.

Puis, les deux épaules s’étaient ouvertes de chaque côté, révélant des nacelles de missiles. Ils avaient rapidement commencé à tirer en l’air. Parallèlement à ce mouvement, les charnières des jambes s’étaient ouvertes pour révéler d’autres missiles, ils avaient également tiré leurs projectiles.

Chaque bout de doigt de la main gauche crachait également des tirs de mitrailleuse, et le Vulcan rotatif installé sur la tête du Frame Gear tirait également à pleine puissance. C’était vraiment une grêle de balles, comme dans un film de science-fiction.

« Mon Dieu, quelle horreur… »

Nous avions utilisé des unités brisées du Bataillon d’acier comme cible d’entraînement, je les avais simplement retirées du [Stockage], mais la force du Grimgerde de Leen les réduisait en ferraille en quelques secondes.

Le Grimgerde avait fini de tirer et s’était finalement arrêté. Je pouvais voir de la vapeur s’échapper de sa silhouette, ce qui témoignait de la chaleur qu’il avait atteinte au cours du processus.

« Combien de balles a-t-on utilisées… ? »

« Seulement cinquante mille environ, ce qui est peu, monsieur. »

Pas beaucoup… Sérieusement ? J’avais regardé Rosetta, j’étais resté sans voix. Je ne savais pas du tout quoi dire. La chose était carrément imparable. Je doutais que même le Gerhilde d’Elze ou le Schwertleite de Yae puissent faire quoi que ce soit contre un barrage frontal comme celui-là… Même si leur armure au phrasium les défendait, ils subiraient de sérieux dégâts.

Mais j’étais presque certain que le Seigneur Suprême Ortlinde de Sue serait capable de l’encaisser.

« Eh bien, monsieur ! C’est bien, mais il y a des inconvénients ! Après une volée à pleine puissance comme celle-là, le Frame Gear devra entrer en refroidissement pendant quelques minutes afin de se remettre en état de marche, monsieur ! Cela créera une ouverture où il sera vulnérable à une attaque, oui, il le sera. »

« En effet, Rosetta a raison. Le châssis est également conçu de telle sorte qu’il se nourrit par magie à un rythme plus élevé. Leen devrait s’en sortir, mais je pense que seuls elle, toi et Linze seriez capables de gérer un Frame Gear de ce type. »

Rosetta et le professeur avaient soulevé quelques points intéressants. Il faut faire attention à la consommation de la magie. Après tout, c’était à peu près la même chose que d’invoquer continuellement le sort [Explosion].

« Il fait si chaud ! »

L’écoutille sur l’estomac du Frame Gear s’était ouverte, et Leen sortit avec Paula derrière elle. Paula était sortie de l’ouverture et roula sur le sol.

Ça va, là… ?

« C’est comme un sauna là-dedans, bon sang ! »

« Ah, désolée monsieur ! Désolée, madame ! J’ai oublié d’installer une unité de refroidissement pour le cockpit ! »

Rosetta se mit à grogner.

Mon Dieu, quelle idiote ! C’est dangereux. Si le cockpit finit par surchauffer, elle y cuira comme un poulet au four !

« En plus, je pouvais à peine entendre la radio, c’était un tel vacarme… »

« Hmm… Donc on devrait aussi l’insonoriser, compris. Je vais la régler pour que tu puisses l’allumer et l’éteindre selon la situation. »

Le cockpit était juste à côté des doubles Gatlings au niveau de la poitrine, il n’était donc pas étonnant qu’elle se plaignît du bruit.

Ce Frame Gear était certainement notre plus grand travail en ce qui concerne les dégâts à grande échelle, mais il avait aussi l’inconvénient de toucher par son feu les unités amies. Il ne serait pas vraiment bon pour les déploiements de groupe, nous devrions donc probablement ne l’utiliser que pour les cas où il y en a un contre plusieurs.

« C’est certainement le meilleur Frame Gear que j’ai jamais piloté. Mais il est encore assez lent à manipuler… »

 

 

C’est parce qu’il est presque aussi lourd que l’Ortlinde de Sue ! Il doit l’être, afin de résister au choc des tirs.

Whoooooosh… !

« Hm ? »

Je regardai en l’air et je vis un avion de chasse bleu voler au-dessus de moi.

Il avait commencé à ralentir et à descendre, se transformant en une forme plus humanoïde à l’atterrissage.

C’était le Frame Gear de Linze, Helmwige.

 

 

La trappe du cockpit s’était ouverte, et Linze en était sortie. Helmwige était un Frame Gear avec des angles vifs. Cela lui permettait de se déplacer facilement et de se convertir en avion à réaction. L’idée avait été inspirée par un dessin animé de mécha que j’avais vu.

« Comment était-ce ? As-tu l’habitude de le piloter ? »

« Je crois que oui, au moins un peu… Je n’ai cependant pas été trop rapide avec. »

Linze m’avait montré un sourire raide. Si elle s’était habituée à piloter Helmwige, elle n’aurait pas pu se plaindre que je l’emmène avec [Vol].

« Eh bien, monsieur ! Madame Leen et Madame Linze sont bien équipées avec leurs Frame Gears, monsieur ! Qu’en est-il des Frame Gears dont on a encore besoin pour madame Lu, madame Sakura et madame Yumina ? »

Rosetta m’avait salué en énumérant les noms.

« Le Doc Babylon n’a-t-elle pas décidé laquelle des trois sera la prochaine ? »

« Si je devais décider, je suppose que Sakura serait la prochaine. J’aimerais en faire un Frame Gear de type support qui transmet le son. La magie est inefficace contre la Phase, mais utiliser une magie de support sonore sur des Frame Gears alliés ? Ce serait très utile. Nous serions capables d’augmenter la vitesse et la durabilité du Frame Gear de cette façon. Nous allons fabriquer un Frame Gear qui peut projeter sa voix sur tout le champ de bataille. »

« Un Frame Gear de type support avec un focus sur la zone d’effet, monsieur ! »

Hmm, c’est un peu comme mon sort [Multiple], mais en plus large. À cette époque, il avait l’habitude de remonter le moral des soldats en jouant de la musique de guerre, non ? Je suppose que c’est le même principe cette fois, juste avec la magie vocale.

« Très bien, alors mettez-vous au travail sur le Frame Gear de Sakura. »

« Entendu. »

J’avais renvoyé Grimgerde et Helmwige à Babylone avec le Docteur et Rosetta. Moi, par contre, j’étais passé par un portail pour retourner au château avec Linze et Leen.

La journée d’essais était terminée.

Mais j’avais complètement oublié Paula…

Après être rentré au château, j’étais passé devant le terrain d’entraînement. J’avais vu une bande de débutants épuisés sur le terrain. Ils s’étaient entraînés jusqu’à leur limite.

Le camp d’entraînement intensif de Moroha s’était terminé il y a peu, mais ils étaient toujours dévoués à leur entraînement du matin et du soir.

La plupart d’entre eux étaient encore mis à rude épreuve par Moroha elle-même, matin et soir. Ils avaient réussi l’examen, mais, naturellement, ils étaient tous prêts à tout donner.

« [Guérison maximale] [Rafraîchissement]. »

J’avais guéri toutes leurs blessures et je les avais aussi débarrassés de leurs fatigues. »

Ils m’avaient tous remarqué dès que leur fatigue disparut, et chacun des nouveaux s’était incliné dans ma direction.

« Bon travail, crétins ! L’entraînement du matin est terminé ! Prenez une douche, nourrissez-vous et prenez vos postes ! »

« Oui, madame ! »

Les chevaliers s’éloignèrent tous de Moroha et se dirigèrent vers leurs salles de douche séparées par sexe.

Ils avaient des douches et un bain fermé que j’avais crée en transportant par magie l’eau d’une source chaude naturelle depuis l’une des chaînes de montagnes de Belfast.

La famille royale m’avait bien sûr donné la permission. J’avais même installé un bain dans le château royal de Belfast en guise de remerciement.

Cela m’avait rappelé que je voulais parler à Kousaka de la construction d’un véritable établissement de bains publics.

Les nouveaux venus avaient déjà été affectés à leurs tâches. Les gardes du château devaient s’occuper des visiteurs et devaient également combattre ou arrêter les intrus. Ceux qui étaient affectés à la surveillance de la ville devaient patrouiller dans la ville et aider les citoyens. Ceux qui étaient affectés à notre corps de renseignements devaient former leurs compétences sociales et se concentrer sur la collecte de données.

Ceux qui étaient plus aptes au travail de bureau et aux travaux agricoles avaient déjà été envoyés à leur poste.

En plus de ces tâches, nous avions décidé de former la plupart d’entre eux à l’utilisation des Frame Gears.

Nous avions plus de deux cents chevaliers, et la grande majorité d’entre eux connaissaient au moins les bases du pilotage d’un Frame Gear. Nous avions cependant exempté l’ogre Samsa et les sœurs lamia de cet entraînement. Elles ne pouvaient pas raisonnablement s’intégrer dans le cockpit. De plus, les non-combattants, tels que les employés de bureau et les agriculteurs, n’avaient pas non plus à suivre la formation sur le Frame Gear.

Nous n’avions aucune idée de la date à laquelle la Phase apparaîtrait ensuite, donc préparer l’avenir était le choix le plus sage. Tout ce que nous avions à faire était de continuer à travailler.

***

Partie 2

« Une pêche, hein ? »

« Oui, une pêche. »

J’étais assis dans mon bureau, en train de réfléchir à la dernière idée de Kousaka.

Par « pêche », il voulait dire une façon d’attraper un tas de poissons. Je ne savais pas quand il en avait eu l’idée, mais c’était vrai qu’il n’y avait pas beaucoup de produits de la mer dans notre pays.

« Prévois-tu d’attraper du poisson dans la rivière ? »

Brunhild était enclavé et n’avait pas de mer à sa disposition. Nous avions cependant un grand fleuve qui traversait notre territoire.

« Pas la rivière, non. Mon idée était que les pêcheurs ramassent de grandes quantités de poissons dans la mer, et les vendent ensuite pour faire de gros bénéfices. »

« Hein ? Mais nous n’avons pas d’accès à la mer… »

« Hm ? Bien sûr que nous en avons un. De l’autre côté de ces portails menant aux donjons. »

« Oh ! »

Il avait raison. Les donjons de l’autre côté des portails de Brunhild étaient sous un ensemble d’îles. C’était aussi le territoire de Brunhild.

Nous pouvions y récolter beaucoup de poissons. Il n’y avait pas d’accès à la mer dans la principale zone d’habitation de Brunhild, ça se vendrait donc probablement bien. J’aimerais bien aussi me procurer du sashimi.

« Je vois, je vois. Bonne idée. Alors tu veux construire un port sur une des îles ? »

« Tout à fait. Cependant, les îles sont petites, on ne pourra donc probablement pas créer quelque chose d’énorme. De plus, il y a des bêtes magiques sur certaines des îles, ce qui pourrait poser un problème. »

Hmph… Je suppose que je pourrais toutes les poursuivre jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus, et ensuite vendre leurs matières premières… Mais je me sentirais un peu mal d’enlever des opportunités aux aventuriers. Et puis, je ne pense pas qu’il y ait des pêcheurs qui travailleraient dans des conditions aussi dangereuses.

« Et si j’érigeais une barrière qui repousse les bêtes magiques ? »

« Ce serait bien. Mais il faudrait faire des recherches plus poussées. Il pourrait aussi bien y avoir des menaces aquatiques à gérer. »

C’était aussi un bon point. Nous ne voulions pas que nos bateaux de pêche soient détruits par des monstres marins.

Finalement, j’avais décidé de convoquer un Kraken ou un Dragon de mer, et de lui donner l’ordre de chasser tous les monstres ou bêtes potentiellement dangereux dans la région.

« Et les pêcheurs eux-mêmes ? »

« Je m’occupe de tout ça. De toute façon, je ne peux pas dire avec certitude à quel point les mers autour de ces îles sont riches en poissons. Je vais devoir faire des vérifications préliminaires. »

J’avais décidé de l’autoriser, au moins provisoirement.

Je suppose que je vais devoir convoquer un Kraken ou un Dragon des mers ou quelque chose du genre demain. Je vais en fait convoquer un serpent de mer, comme le Dragon qui m’a aidé près du Royaume d’Aigrette. Ensuite, il pourra rester dans les îles et agir comme leur protecteur. Si c’est un des subordonnés de Luli, alors tout ira bien.

Pendant que j’y suis, je lui demanderai aussi de tenir à distance les navires aux allures bizarres. Je ne veux pas qu’un autre cas d’esclavage se présente. C’était déjà assez mauvais la première fois.

J’avais vérifié les différents rapports sur mon bureau après le départ de Kousaka. L’opinion des gens était assez importante quand vous les dirigiez, ils avaient donc besoin d’être entendus.

Le chef de la guilde, Relisha, m’envoyait également des informations sur l’actualité dans le monde entier grâce au smartphone que je lui avais donné.

« Mince, si j’avais été sur Terre, j’aurais sûrement pu simplement parcourir l’actualité mondiale en ligne… »

Chaque dirigeant national avait un smartphone, et ils m’envoyaient aussi régulièrement leurs propres informations. L’empereur de Regulus m’avait envoyé des informations officielles sur les fiançailles entre sa fille et le roi de Felsen, et le roi de Belfast m’avait envoyé des informations sur la façon dont le prince Yamato marchait enfin. Il avait aussi joint une petite photo de l’enfant.

Les conflits à travers le continent avaient considérablement ralenti depuis la fondation de l’alliance. Tout le monde commençait à trouver un terrain d’entente. Chaque fois que deux pays avaient un différend, ils se tournaient souvent vers moi pour trouver un terrain d’entente.

Belfast et Mismede développaient rapidement leurs relations. Regulus et Roadmare n’avaient jamais été en meilleurs termes. Même Ramissh mettait fin à sa politique anti-immigration. Lihnea établissait des relations amicales avec Palouf au nord. Les choses s’amélioraient.

Cependant, j’avais regardé ces lettres et j’avais remarqué un motif distinct. L’activité des Phases était en hausse dans presque tous les pays. La plupart du temps, il s’agissait juste de petites constructions. Elles étaient donc prises en charge par des groupes d’aventuriers de haut rang.

Hm… Quel était mon rang quand j’ai tué ma première Phase… Huh… Attends une seconde…

Quelque chose m’était soudain venu à l’esprit, j’avais donc ouvert mon smartphone et j’avais projeté ma galerie de photos en l’air. J’étais retourné sur une photo que j’avais prise il y a longtemps. Bien sûr, l’écriture sur le mur que je n’avais pas pu comprendre était toujours là, préservée dans la photo.

Il m’était venu à l’esprit que je pouvais la déchiffrer avec [Lecture]. Mais j’avais besoin de savoir de quel genre de langue il s’agissait. Il était possible que Fam en sache plus. J’avais décidé de monter et de me rendre à la bibliothèque pour obtenir plus d’informations.

Mais si la langue n’existait pas il y a cinq mille ans, elle pourrait être dans l’ignorance à ce sujet. Mais il était vrai que la langue n’était connue d’aucun belfastien de souche, et que les ruines n’avaient pas non plus leur origine à Belfast. Cela valait la peine d’essayer.

Mais cela ne faisait que soulever plus de questions… Qui avait fait ces ruines ? Pourquoi construire un tel endroit ? Et pour commencer comment la Phase avait-elle été scellée là-dessous ?

Ce n’était pas bon, je n’arrêtais pas d’y penser.

Je m’étais dirigé tout droit vers la bibliothèque à la recherche de Fam.

◇ ◇ ◇

« Je n’ai jamais vu de ma vie une langue ressemblant à cela. »

J’en avais parlé avec Fam, mais elle m’avait répondu assez brusquement.

« Elles ressemblent vaguement aux Lettres cachées d’Arthema. Ce n’est certainement pas la Parthénèse… Ces lettres n’existaient certainement pas avant l’effondrement de la civilisation du Docteur Babylone. »

« Donc la langue a dû être inventée après l’effondrement de la civilisation ? »

Leen, qui était en train de lire un livre, avait soudainement parlé de l’autre côté de la pièce. Paula n’était pas là, pour une raison inconnue.

« Le problème est que cette langue est un point aveugle, une anomalie dans la compréhension de ma bibliothèque et de votre monde. Je suppose que ces lettres n’ont été utilisées que par un petit groupe qui s’est éteint relativement vite. »

Nous avions trouvé les ruines dans l’ancienne capitale de Belfast. Mais les lettres n’étaient pas du tout belfastiennes. Il était possible que ce petit groupe ait créé les ruines souterraines, mais dans quel but ? Et qu’est-ce que cela avait à voir avec cette Phase scellée ?

« Que disiez-vous à propos des lettres cachées d’Arthema ? »

« C’est une langue que je ne peux pas lire. Cette langue était utilisée par une petite population qui n’a laissé aucune trace écrite. Je n’ai trouvé que des parties de leurs écrits dans des ouvrages qui n’ont pas de rapport direct avec eux. »

C’était embêtant. Il était possible que ce soit les descendants du peuple qui aient fait les ruines. Cela valait donc la peine d’essayer. J’avais décidé d’essayer de le déchiffrer.

« [Lecture] : Lettres cachées d’Arthema. »

Les lettres étaient devenues lentement reconnaissables après que j’ai jeté le sort. Je pouvais les comprendre, au moins partiellement.

J’avais l’impression de comprendre vaguement le chinois grâce à la connaissance des kanjis japonais, à cause du lettrage commun.

Mais il était possible que les lettres utilisées ici aient une signification différente de celle des lettres utilisées dans la langue originale d’Arthema.

Par exemple, le kanji 可憐, prononcé ka-ren, signifiait quelque chose d’apparenté à « coquette ». Il pourrait être utilisé pour décrire une jolie fille. Mais si vous lisez la même lettre en chinois, elle serait interprétée comme 可憐, prononcée kho-lien, et signifierait quelque chose de plus proche de « pitoyable ». C’était du moins ce que mon grand-père m’avait dit.

L’écriture ici ressemblait à un genre de divergence similaire. Je pouvais distinguer des morceaux de mots, mais pas des phrases entières.

« Notre rouge… Le monstre scintillant… Sacrifié… Ville… Euh… Minuscule ? Noir, et… Chevalier ? Chevalier noir… ? Temps et espace… Réparé… Rendu… Euh, non… Gauche… Répéter… Des cadavres… ? Déversement… ? »

« Rouge et noir ? Qu’est-ce que c’est que ça ? »

Hmph. C’est un peu difficile. Le monstre scintillant est probablement la Phase. La ville est probablement l’ancienne capitale. Mais qu’est-ce que le Chevalier Noir ? Un Frame Gear ? On dirait un Chevalier Baron… Mais qu’en est-il de la suite ?

Étant donné qu’il dit notre, je suppose que le gars écrivait au nom de tous, mais ça ne répond pas à grand-chose. Aucune idée de ce que signifie la partie rouge après « notre »… Peut-être qu’ils voulaient identifier le groupe ? Comme notre clan de roux, ou quelque chose comme ça… ?

Mais la partie réparée attira mon attention. Ont-ils fixé les frontières du monde d’une manière ou d’une autre ?

D’après ce que je pouvais vaguement conclure, cette tribu rouge aurait pu avoir la capacité de réparer la frontière du monde. C’était peut-être même un artefact ou quelque chose comme ça.

« Je n’ai pas vraiment appris quoi que ce soit. »

« Tu n’as rien appris »

Cette Phase était certainement apparue il y a mille ans et avait détruit l’ancienne capitale. C’était certain. Quelqu’un avait dû les vaincre à l’époque ou du moins les retenir suffisamment pour réparer la frontière protégeant le monde.

Je voulais savoir comment il y est arrivé.

« Et toi, Leen ? Sais-tu quelque chose sur la situation de Belfast il y a mille ans ? »

« J’ai peur de ne rien savoir. Nous, les fées, ne nous sommes pas aventurées hors de notre territoire pendant longtemps. Je doute que même les anciens d’aujourd’hui le sachent. À ma connaissance l’histoire de Belfast n’a pas été enregistrée jusqu’à ce jour. »

Ce n’était pas bon. J’espérais qu’il y aurait de très anciennes fées. Bien sûr, cinq mille ans, ce n’était pas raisonnable, mais je pensais que certaines d’entre elles auraient pu vivre quelques milliers d’années.

Il me semblait que les espèces qui avaient une longue durée de vie étaient pour la plupart restées isolées dans ce monde, et qu’il était donc inutile de leur apprendre l’histoire mondiale. C’était le genre de personnes qui ne s’impliquaient pas avec les autres.

Le royaume des démons de Xenoahs en était un bon exemple. Ils n’agissaient pas, ils ne disaient rien.

Ce n’était qu’une de ces choses. Je ne pouvais rien y faire.

Tout ce que je pouvais faire maintenant, c’était continuer à faire ce que je faisais. Le Docteur Babylone et les gynoïdes travaillaient sur les Frames Gear, tandis que Lain et Moroha travaillaient à mettre nos chevaliers en forme. Tout ce que je pouvais faire pour l’instant était… Eh bien, mener des négociations commerciales avec Olba et essayer d’augmenter les fonds. C’était un peu déprimant, je pensais que j’avais plus de valeur.

En réfléchissant à ces choses-là, mon téléphone s’était mis à vibrer. C’était la Chef de Guilde Relisha.

« Salut, ça va ? »

« Désolé de vous déranger, je sais que vous devez être occupé… Mais il y a une urgence ! »

« Hm ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Un Béhémoth est apparu. »

Un Béhémoth. Aussi connu sous le nom de bête mutée. C’était des bêtes magiques qui n’apparaissaient que très rarement, mais qui étaient toujours monstrueusement énormes. J’avais affronté Scorpinas, un Béhémoth scorpion à deux queues il y a quelque temps. Naturellement, je l’avais vaincu dans un Frame Gear.

« Il se trouve dans le royaume d’Elfrau, plus précisément dans les plaines glacées du Snorra. La créature semble être un loup Snorra muté. »

Les béhémoths avaient souvent acquis des capacités spéciales en plus de leur taille massive. Tout d’abord, je ne savais pas si cette capacité les faisait muter en géant, ou si c’était un sous-produit de la mutation.

Quand je m’étais battu contre le Scorpion, il pouvait tirer avec férocité, envoyant de l’acide de sa queue. Les scorpions ordinaires ne pouvaient rassembler qu’un faible venin.

D’après ce que j’avais compris, ce loup rongeur possédait aussi un étrange pouvoir…

« La reine d’Elfrau a appelé à l’aide contre le loup Snorra, mais la situation est grave. Il a déjà causé des pertes massives chez les militaires d’Elfrau. La guilde a également perdu plusieurs aventuriers de rang rouge et un de rang argent. Elle a détruit un village il y a deux jours, et ne montre aucun signe de vouloir s’arrêter. »

« Elle a battu un rang Argent ? Sérieusement ? »

Il n’y avait que quelques personnes dans le monde à ce niveau. Je n’y étais arrivé qu’après avoir remporté les titres de Tueur de dragons, Destructeur de golem et Tueur de démons.

J’avais atteint le rang d’or après avoir tué Scorpinas, mais c’était surtout grâce à mon équipement.

Je me demandais si le gars de rang Argent espérait pouvoir le tuer et devenir le prochain rang or.

« Cette requête vient directement de la reine d’Elfrau. Comment dois-je y répondre ? »

« C’est une quête pour moi en tant qu’aventurier de rang Or, n’est-ce pas ? »

« C’est ça ! N’importe quel aventurier de rang Or peut la prendre, puisque c’est une quête de guilde officielle. La récompense est énorme, une centaine de pièces d’or royales. On dit aussi qu’on peut posséder tout le trésor royal ! Mais à ce rythme, il n’y aura plus rien à sauver à Elfrau. »

***

Partie 3

Hrmph… Ce n’est pas comme si j’avais une obligation de les sauver. Je ne suis pas non plus le seul rang Or dans ce monde. Il y a ce vieux pervers à la retraite, il pourrait donc aussi la prendre…

Bon sang, si je ne le fais pas, des innocents vont être blessés.

Si je réfléchis de manière pragmatique, je devrais envoyer deux ou trois Frame Gears pour s’en occuper. Comme ça, je n’aurais pas à y aller. Ah, mais si je fais ça, ce ne sera pas moi qui agirai comme un aventurier, ce serai moi qui agirai comme un grand-duc… Les gens penseront que j’ai ordonné à mes chevaliers de s’introduire dans Elfrau.

L’un ou l’autre serait bien puisque Elfrau serait sauvé, mais je devrais y aller en personne. Je ne veux pas causer un incident international. En plus, il y a des choses que je veux tester. Je ne veux pas non plus être connu comme le gars au rang Or qui compte tout le temps sur ses Frame Gears pour se battre, alors je vais y aller seul cette fois-ci. Je devrais prendre le temps de me battre en utilisant mon corps de temps en temps, sinon Moroha et les autres seront toujours physiquement en avance sur moi.

« D’accord. Je vais le prendre. Envoyez-moi un message avec l’emplacement, compris ? »

« Compris, merci. Je vais le faire maintenant. »

J’avais fini ma conversation avec Relisha et j’avais immédiatement appelé Kousaka pour l’informer de mon voyage à Elfrau. Il avait l’air surpris, je pensais qu’il y serait habitué maintenant.

L’entendre devenir comme ça m’avait rappelé cette vieille émission sur un homme âgé qui avait servi un seigneur féodal. L’homme soupirait d’incrédulité chaque fois que son maître quittait le château sans permission pour faire quelque chose de fou. Je regardais des rediffusions de cette émission avec mon grand-père.

C’était assez drôle que Kousaka et moi ayons le même genre de relation que les personnages de la série.

« Ce mastodonte, le loup Snorra… Ça a l’air intéressant, emmène-moi. »

« Tu veux venir, Leen ? »

C’était un travail pour un aventurier de premier ordre, mais Leen semblait vraiment vouloir venir avec moi, et je ne voyais aucune raison de l’en empêcher.

Pour être honnête, la maîtrise magique de Leen l’avait probablement placée en termes de compétences au rang Or.

Mon smartphone vibra pour signaler le nouveau message de Relisha. C’était l’emplacement exact du Loup Snorra. Les militaires d’Elfrau l’avaient apparemment suivi. Ils se tenaient à distance de lui, car il pouvait les sentir s’ils s’approchaient trop près.

Le plan était d’utiliser [Porte] pour nous déplacer, Leen et moi, vers le petit coin d’Elfrau où j’étais allé dans le passé pendant ma recherche des morceaux de Babylone. Après cela, nous utiliserions tous les deux le [Vol] pour atteindre les plaines enneigées.

« [Porte]. »

Nous avions laissé Fam dans la bibliothèque et étions arrivés à Elfrau. Il fait froid, bon sang !

« B-Brr… Venez, Feu… Qu’un manteau douillet se répande : [Réchauffement] ! »

Leen avait immédiatement jeté un sort pour nous réchauffer tous les deux à une température confortable. J’avais vraiment cru pendant une seconde que j’allais mourir…

Il faisait déraisonnablement froid à Elfrau. C’était apparemment un petit détail que j’avais complètement oublié !

« Bon sang… Tu es vraiment un idiot. »

« T-Tu es aussi passé par le portail sans protection, Leen… ! »

« … Cela mis à part, où est le Loup Snorra ? »

Hmph… N’oublie pas mes commentaires ! J’avais ronchonné un peu en ouvrant ma carte et en déterminant ma position actuelle.

« Voyons voir… Nous devrions d’abord suivre les soldats d’Elfrau. »

Je n’avais jamais vu un membre de l’armée d’Elfrau avant, mais j’étais certain de pouvoir en reconnaître un d’un seul coup d’œil. J’avais raison. Ils étaient apparus sur ma carte après que j’avais lancé la recherche.

J’avais pris Leen dans mes bras et j’avais invoqué le [Vol] pour aller directement à leur emplacement, j’en avais vu plusieurs dans une zone boisée près des plaines enneigées.

Nous avions rapidement atterri à côté d’eux.

« Hm ?! »

Les soldats d’Elfrau portaient de lourds manteaux d’hiver et des chapeaux qui ressemblaient à des ushankas russes. Dans la confusion, ils avaient immédiatement pointé leurs armes vers moi.

« Je suis Mochizuki Touya, le grand-duc de Brunhild. La reine d’Elfrau m’a demandé de venir ici pour tuer le loup Snorra. Voici la magicienne de la cour de Brunhild, Leen. Qui est le responsable ici ? »

« Le grand-duc de Brunhild ?! »

Mes pieds s’étaient lentement enfoncés dans la neige. Je n’étais pas du tout habillé pour le temps qu’il faisait. Je soupirai doucement et sortis ma carte de ma poche.

« Une carte de guilde de rang Or… Bonté divine… »

« Si vous voulez d’autres preuves, dois-je faire venir un Frame Gear ? »

« Non, non… Ce n’est pas nécessaire… J’ai entendu dire que la reine a demandé de l’aide. Je suis le responsable ici, mon nom est Alexei. »

Un homme s’était avancé du groupe de dix, il était plus grand que les autres. Ils semblaient m’accepter assez facilement, mais je n’étais pas sûr qu’ils croyaient vraiment ce qu’ils voyaient.

D’après ce qu’on m’avait dit plus tard, le père d’Alexei travaillait au bureau de la guilde à Elfrau et parlait souvent de moi en raison de mon haut rang. Ils avaient prêté attention à moi sans que je m’en rende compte.

Quoi qu’il en soit, je lui avais passé ma carte de la guilde pour qu’il puisse la confirmer.

« Alors, où est le Loup Snorra ? »

« Juste au nord d’ici. Il a mangé beaucoup de sangliers dans les plaines, et se repose actuellement. »

Sanglier… ? Oh, je crois que j’ai entendu parler d’eux, ces cochons sauvages blancs. Il semble que ce Béhémoth ne s’attaque pas exclusivement aux humains… Mais manger n’importe quoi sans discernement n’est pas non plus vraiment bon. Plus il reste longtemps, plus il fait de dégâts. Il vaut mieux en finir avec ça.

« C-Capitaine ! Le loup Snorra arrive ! »

« Quoi ?! »

Un soldat tenant des jumelles montra une zone derrière nous. Puis nous l’avions vu entrer dans notre champ de vision. C’était un énorme loup blanc, d’une vingtaine de mètres de long. Il était en train de déblayer la neige alors qu’il se dirigeait vers nous.

« Eh bien, d’accord ! Il est temps de se battre ! »

Il n’avait pas la taille du Béhémoth que j’avais combattu la dernière fois. Mais il était quand même bien plus grand qu’un homme. Je n’avais donc pas besoin de faire venir un Frame Gear.

« Allons-y ! »

Leen sauta en avant comme pour protéger les soldats d’Elfrau, levant la main et chargeant sa magie en même temps.

« Avance, Vent ! Rafale de poignards sorciers : [Impact aérien] ! »

Leen invoqua un ancien sort de Vent, et l’énorme loup fut arrêté à mi-chemin de sa charge et emporté par celui-ci. Elle avait visiblement fait des recherches sur les anciens sorts dans la bibliothèque.

« C’est la première fois que je l’utilise sur une cible vivante… Cela ressemble moins à un mur de vent et plus à une balle, fascinant. Cela a de bonnes applications défensives. »

Le loup culbuté corrigea son équilibre et se leva pour nous affronter à nouveau. Il me fixa avec des yeux dorés, hurlant alors que sa gueule s’ouvrait.

« Grawoooooooo ! »

Une grande masse de glace commença à se former à l’intérieur de sa gueule. Il semblerait que c’était la capacité spéciale qu’il avait développée lorsqu’il était devenu un béhémoth. Il rugit à nouveau, envoyant la masse grumeleuse vers nous à une vitesse incroyable.

Oh merde. C’est mauvais !

Je n’avais aucun moyen de l’éviter. Les soldats étant juste derrière nous.

« Brûle, Vent ! Coup de feu : [Ouragan Ignis] ! »

Un vortex de flammes émergea de l’air, faisant disparaître la masse de glace. Le sort que j’avais jeté était similaire à la [Tempête de feu], mais il était plusieurs fois plus puissant.

C’était un ancien sort, connu sous le nom de sort composé qui fusionnait les affinités du vent et du feu. Avec le temps, il était probable que l’utilisation du sort n’avait pas été bien comprise et que ce soit devenu un sort de feu de base connu aujourd’hui sous le nom de [Tempête de feu].

Si quelqu’un n’avait pas à la fois des affinités avec le vent et le feu, il ne pourrait pas l’utiliser. Cela entraînait une tonne d’inconvénients pour compenser sa puissance pure.

« Étincelle Glacée, Gèle ! Maelstrom qui secoue : [Vortex Brumeux] ! »

« Grrrgh ! »

Une brume étincelante commença à s’élever autour du loup. S’il touchait la masse brumeuse, il était électrocuté. On l’avait complètement immobilisé. Le sort que Leen avait jeté était une magie composée conçue pour l’immobilisation.

Je ne voulais pas utiliser un sort de Feu pour l’achever, car cela endommagerait la valeur du corps.

Il y avait un nouveau sort que je voulais essayer, mais il nécessitait un contact physique. J’avais donc demandé à Leen de disperser son sort.

À la seconde où le brouillard avait disparu, le loup avait rugi et fonça sur moi. C’était extrêmement rapide, mais pas assez.

J’avais utilisé la [Téléportation] pour me mettre à côté de la bête, puis j’avais donné dans ses côtes un coup de pied infusé de magie.

« Graugh, awrhhh ! »

J’avais entendu un claquement de son corps, puis un crissement sourd. Quelque chose à l’intérieur s’était cassé. Il était tombé par terre. Je m’étais alors précipité vers l’avant pour placer ma paume sur son cou.

« Dessèche, o Ténèbres ! Draine la vie de mon ennemi : [Drain d’énergie] ! »

« Grawooo ! »

La vie même du Loup Snorra commença à couler en moi. Il mourrait petit à petit, et mon corps se mit à guérir. L’effet sur moi ressemblait beaucoup à celui de la [Récupération]. C’était cependant un peu plus lent qu’un sort de guérison. Probablement à cause de la taille de la bête.

« Grargh ! »

« Hmph ! »

J’avais sauté en arrière pour éviter la morsure. Il avait essayé de se lever, mais ses genoux étaient faibles. C’était fini pour la créature.

« Bonne nuit. »

J’avais dégainé Brunhild de ma taille et j’avais tiré dans la poitrine de la bête. Une balle divine lui avait transpercé le cœur.

« Awooo… »

Il poussa un petit hurlement alors que la vie quittait son corps. Avec cela, le loup Snorra, terreur d’Elfrau, était mort.

Je m’étais approché du loup pour m’assurer que j’avais fini le travail, et bien sûr, il ne respirait plus.

« Ce [Drain d’énergie] est un sort effrayant… »

« Tu sais que tu dois garder le contact pour le rendre mortel ? C’était probablement plus un sort incapacitant, comme mon [Paralysie]. »

Leen n’avait aucune aptitude pour Ténèbres, donc elle ne pouvait pas utiliser le sort. Yumina et Sakura en étaient capables, mais elles n’avaient aucun intérêt à apprendre ce genre de choses.

Qu’est-ce que c’est que cette fourrure ? ! Elle est incroyablement douce ! Elle est plus belle que le vison, merde ! Je veux dire, je n’ai jamais vraiment touché du vison, mais c’est plus doux que ce que j’imagine être du vison ! Ça va se vendre cher !

« G-Grand Duc… Le Loup Snorra… »

« Il est mort. Vous pouvez sortir maintenant. »

J’avais rassuré Alexei et ses hommes, dont la plupart se cachaient derrière des arbres. Quelques-uns avaient fini par s’affaler sur le sol en guise de soulagement. Ce n’était pas déraisonnable de leur part.

Il ne me restait plus qu’à montrer la preuve de mes actes à la reine. Je me rendrais donc au château d’Elfrau, je montrerais le cadavre et je me mettrais en route pour rentrer à la maison.

J’avais planqué le loup Snorra mort dans le [Stockage], puis j’avais parcouru les souvenirs d’Alexei avec [Rappel] pour obtenir des informations sur la capitale d’Elfrau, Slanien.

Ensuite, j’avais ouvert une [Porte] qui nous avait conduits directement au château royal d’Elfrau.

C’était vraiment beau à voir de l’extérieur.

***

Partie 4

« Nous sommes à Slanien… ? »

« Si vite… ? »

J’avais demandé qu’Alexei et ses hommes me conduisent au château.

Le château d’Elfrau était d’apparence gothique, il était plus petit que la plupart des châteaux que j’avais vus. Mais il était encore plus grand que le château de Brunhild. Il respirait l’élégance. Il était simple et élégant.

Nous avions marché jusqu’à la cour du château. J’avais alors sorti le cadavre du Loup Snorra de mon [Stockage] comme preuve de mon acte.

Les gardes du château avaient regardé avec admiration et incrédulité la taille de ce loup.

Alors que j’étais sur le point de sortir mon téléphone et d’appeler Relisha pour lui faire part de mon succès, j’avais entendu une voix qui m’appelait.

« Êtes-vous le grand-duc de Brunhild ? »

Je m’étais tourné vers une femme aux cheveux longs et blonds. Deux soldats se tenaient de chaque côté d’elle. Elle portait d’élégantes fourrures dans des tons crème pâle et portait un beau diadème sur la tête. Il était orné de pierres précieuses vertes.

La chose au sommet de sa tête était pourtant trop voyante pour être appelée diadème, mais bien trop maigre pour être appelée couronne. Elle brillait comme un diamant.

Elle semblait avoir une vingtaine d’années, et ses yeux émeraude étaient tournés vers moi.

« … En effet. Je suis le grand-duc de Brunhild, Mochizuki Touya. Voici Leen, ma magicienne de cour. Je présume que vous devez être la reine d’Elfrau ? »

« En effet. Je m’appelle Fortuna Tierra Elfrau, reine du royaume d’Elfrau. Nous vous sommes redevables de nous être venus en aide. »

Bien que la reine me remerciait, mes yeux étaient entièrement tournés vers une autre partie de son corps. Ses oreilles pointues. C’était les mêmes oreilles que celles de Relisha.

La reine d’Elfrau était, en fait, une elfe.

Les elfes ne sont-ils pas des habitants de la forêt… ? Je sais que je ne suis pas un grand fan de fantasy, mais quand même…

Oh, duh… Les elfes d’Elfrau sont probablement une race d’elfe. Bien que… Il y a beaucoup d’elfes par ici ? Je suppose qu’il est trop tôt pour juger.

« On y va ? J’ai préparé du thé pour vous. »

« Ah, d’accord. »

J’avais suivi la reine des elfes dans le château d’Elfrau.

Le château d’Elfrau était assez chaud, ce qui m’avait fait croire qu’ils avaient jeté une sorte de sort de chauffage sur l’endroit. Après tout, il n’y avait pas de cheminées en vue. Il n’y avait rien que je ne puisse identifier à distance comme un chauffage dans la grande chambre d’amis où j’avais été conduit. De toute façon, ils avaient clairement une sorte de contrôle de climat magique. C’était agréable, comme de l’air conditionné.

J’avais déjà visité quelques châteaux. Belfast, Mismede et Regulus pour n’en citer que quelques-uns, mais ils faisaient tous pâle figure en comparaison de la beauté de celui d’Elfrau. C’était comme un chef-d’œuvre, comme si pas un seul pouce de l’endroit n’était gaspillé. C’est comme s’il avait été conçu pour être luxueux et voyant, mais aussi intime et délicat.

D’une certaine manière, cela ressemblait plus à la lueur de l’argent qu’à l’éclat de l’or.

Je m’étais assis sur un canapé voisin avec Leen. Une femme de chambre était entrée dans la pièce avec du thé. La reine s’était assise à côté. Elle avait également apporté un petit pot de confiture et une petite cuillère de service pour chacun d’entre nous.

Cela m’avait vraiment rappelé ce que j’avais entendu sur le thé russe. J’avais lu un article à ce sujet il y a quelque temps, apparemment on était censé apprécier le thé en prenant une petite cuillère de confiture et en sirotant le thé pendant qu’elle était encore dans la bouche. J’avais observé les mouvements de la reine, et c’était exactement ce qu’elle avait fait.

Je ne savais pas vraiment comment faire, mais j’avais essayé. J’avais pris la confiture sucrée dans ma bouche, puis je l’avais arrosée avec le thé relativement amer. C’était une combinaison intéressante de saveurs et ce n’était pas mal du tout. Leen avait également pris son thé de cette façon et, à en juger par son expression, elle l’avait aimé.

« Tout d’abord, je voudrais vous exprimer ma plus grande gratitude pour la mise à mort du Loup Snorra. Compte tenu des circonstances soudaines, j’apprécie vraiment la rapidité avec laquelle vous avez géré la situation. Soyez assurés que vous serez équitablement dédommagés pour votre acte. »

« Ah, merci. Ce n’était rien, vraiment. »

La reine semblait sur le point de faire un salut complet, j’avais donc rapidement essayé de dissiper ce genre d’atmosphère.

Elle avait semblé le remarquer et m’avait fait un sourire.

« C’est la petite Relisha qui vous l’a dit, n’est-ce pas ? »

« Hm ? Vous la connaissez ? »

Je le suppose, vu que ce sont tous les deux des elfes… Attendez, est-ce raciste ? Hmm, peut-être qu’on m’a contacté si vite parce que la reine est une elfe… Hmm… Peut-être.

J’avais continué à manger ma confiture et mon thé en réfléchissant aux subtilités des relations avec les elfes.

« Eh bien, je suppose qu’on peut dire que je la connais bien. C’est ma nièce, la fille de ma petite sœur pour être précis. »

J’avais failli cracher le thé et la confiture en même temps.

Nièce ? ! La tante de Relisha est la reine d’Elfrau ?! La reine fit un petit rire, il semblerait qu’elle avait compris ma surprise.

« Relisha est ma nièce, oui. Mais elle n’est pas affiliée à ce pays. C’est un peu amusant, et c’est un sujet sensible ces temps-ci, mais… Ne trouvez-vous pas un peu étrange que moi, une elfe, je sois la reine d’une nation ? »

« Hm ? Ah… Et bien, je suppose que oui. »

Je me demandais si elle m’avait démasqué.

« Elfrau a été fondée il y a un peu plus de mille deux cents ans. La terre était rude et inhospitalière, mais un aventurier solitaire nous a donné de l’espoir. Il s’est uni au clan Frau, vestiges d’une vieille nation en ruine, et a fondé Elfrau de ses propres mains. »

« Un aventurier ? Qui… ? »

« Heheh… Il s’appelait El Carterede. Il a été le premier roi de cette nation, et mon mari. »

« Quoi ?! »

Mon mari ? ! Mais c’est… Sérieusement, elle est si vieille… ? Elle est plus âgée que Leen. Non, genre deux fois plus vieille… ! Bon sang, madame. On dirait que vous avez seulement la vingtaine.

« Le nom de ce royaume, Elfrau, vient de son nom et du clan qui l’a suivi. Après sa mort, il n’y avait que moi. J’étais une aventurière, et je savais ce que je devais savoir sur la gouvernance. L’aînée du clan Frau m’a également soutenue, alors j’ai pris le manteau de la reine. Depuis lors, je règne sur cette nation. Tout cela pour honorer l’héritage de mon mari. »

« Qu’en est-il de la succession… ? Pardonnez-moi d’être impolie, mais vos enfants ? »

« Nous n’en avons pas eu. J’ai souvent déploré ce fait… Si seulement nous avions pu avoir un enfant avant sa mort. »

Je suppose que les questions de succession n’étaient pas si importantes pour les espèces qui vivent longtemps comme les elfes. Je suppose que c’est la même chose pour les Xenoahs… Bien que le maître suprême ait un héritier provisoire, c’est un peu différent.

… Et mon royaume, alors… ? Je m’étais tourné vers Leen, en réfléchissant à l’avenir de ma nation.

Si je finis par devenir un dieu à proprement parler, alors je ne mourrai probablement pas de vieillesse… Je pourrais finir par régner pour toujours… Franchement, il vaudrait peut-être mieux que je passe le flambeau à mon fils et que je me retire pour toujours à Babylone ou autre part.

Cependant, je ne sais pas laquelle de mes femmes donnera naissance à un fils… Je suppose que si lui, ou son fils, ou le fils de son fils, fait un mauvais travail, je descendrai du ciel et lui botterai les fesses.

« Ce doit être un dur devoir régner depuis si longtemps. »

« Ce n’est pas aussi dur qu’on pourrait le penser. Le clan des Frau est un peuple doux et pacifique. Ils disent ce qu’ils pensent, mais pas de manière cruelle ou impolie. Tout le monde ici a une politique assez ouverte et un esprit large. Nous sommes généralement à l’abri des conflits majeurs et la terre est si stérile ici que nous ne risquons pas que d’autres nations viennent nous attaquer. Il peut y avoir de petits affrontements ici et là, mais je suis reine depuis assez longtemps pour que leur résolution soit une question insignifiante. J’ai aussi une équipe de conseillers compétents. »

Elle était là depuis la fondation de la nation, donc je ne serais pas surpris si elle était un peu un symbole nécessaire pour le pays à ce stade.

Elfrau avait à peu près la même taille que Ramissh, mais la plupart des terres étaient inhabitables. La terre inhabitable était sous la gouvernance d’un esprit de glace, mais ce fut grâce à une négociation acharnée et à une preuve de compétence que l’esprit permit d’accorder des terres aux personnes qui allaient fonder Elfrau.

Apparemment, c’était la reine elle-même qui avait négocié avec l’esprit. Leen m’avait informé que les Elfes avaient une affinité innée pour la nature, et pouvaient donc faire davantage appel au surnaturel.

Il semblerait que si quelque chose arrivait à la reine, alors le contrat serait rompu et le royaume régresserait vers une terre de glace et de neige inhospitalière. Une terre désolée et gelée en permanence.

Il était néanmoins intéressant d’en savoir plus sur les esprits. C’était la troisième fois que j’en entendais parler, la première étant l’incarnation des ténèbres dans Ramissh, et la seconde étant l’esprit de l’arbre.

Je voulais aussi rencontrer celui-ci un jour.

« Ah, oui. À propos de ce Loup Snorra… Pourriez-vous nous vendre son corps ? »

« À vous ? »

« Oui. La peau du Loup Snorra est de très haute qualité, et c’est un article peu commun. Si vous le pouviez, nous vous demanderions de vous en séparer en échange d’une compensation. Je pense que vous trouverez notre offre plus que généreuse. »

« Bien sûr, pas de problème. De toute façon, j’imagine qu’on en aurait plus besoin ici qu’ailleurs. »

Je m’étais demandé si elle voulait juste un beau manteau de fourrure, mais je n’y avais pas trop réfléchi. La viande du loup Snorra était apparemment dure et dégoûtante, ce n’était donc pas une grande perte pour moi.

« Merci. Si vous pouviez nous donner un peu de temps pour préparer votre récompense, j’apprécierais. En attendant, je crois qu’on vous a promis un objet du Trésor. »

« Ah, oui. »

Effectivement… Une partie de la récompense consistait à prendre un objet du trésor royal.

La reine nous avait guidés, Leen et moi, jusqu’au sous-sol, et nous étions finalement arrivés au trésor. Il y avait beaucoup d’objets rangés sur des étagères et dans des armoires de luxe. Il y avait des objets qui pouvaient être immédiatement reconnus comme des trésors, mais d’autres objets qui vous faisaient simplement cligner des yeux dans la confusion.

J’avais posé des questions sur diverses choses, mais il n’y avait pas grand-chose qui m’avait attiré l’attention. Après tout, j’étais assez sûr que la plupart des objets qui accumulaient la poussière dans le dépôt de Babylone avaient plus de valeur que ceux qui se trouvaient ici.

Leen semblait beaucoup plus absorbée que moi, elle posait des questions sur toutes sortes de choses.

Elle avait regardé un objet en particulier et m’avait fait signe de venir.

« Regarde ça. »

« Hm… ? Qu’est-ce que… Oh ! »

Ce que Leen m’avait montré était une sorte de hache. C’était cependant un peu spécial. C’était une lourde hache de combat avec une teinte rouge qui la recouvrait entièrement.

Mais ce n’était pas ce qui avait attiré son attention. C’était l’écriture inscrite sur le manche.

C’était exactement le même lettrage que j’avais vu à Belfast. Il ressemblait vraiment au lettrage d’Arthema, mais était légèrement différent, tout comme les mots dans les ruines. Cela ne faisait aucun doute, cette hache devait avoir un rapport avec le reste.

***

Partie 5

« Votre Altesse, qu’est-ce que c’est ? »

« Ah, c’est un cadeau qui nous a été donné par un autre clan lors de la fondation d’Elfrau. »

« Quel clan était-ce ? »

« Si je me souviens bien, c’était le clan d’Arcana. Ils s’appelaient eux-mêmes le Peuple Rouge. Dans leur culture, la couleur rouge était considérée comme sacrée. »

Le Peuple Rouge… Ça doit être ça. Cela correspond parfaitement à ce que j’avais pu reconstituer plus tôt.

Leen m’avait poussé avec son coude comme pour me dire de tout relier avec ce que je connaissais déjà. Mais je l’avais déjà fait dans ma tête !

« [Lecture] : Lettres cachées d’Arcana. »

J’avais invoqué tranquillement mon sort linguistique.

Qu’est-ce que ça veut dire... Le crépuscule… Jugement… ? Je ne comprends pas.

Il n’y avait pas beaucoup d’écriture ici. J’avais donc pensé que je pourrais la comprendre. Mais il me semblait que cette langue était aussi légèrement différente. C’était un peu problématique. Arthema… puis Arcana… À un moment donné, la tribu et sa langue avaient dû changer légèrement, et il se pourrait qu’elle ait encore changé avant qu’ils n’écrivent à Belfast.

« Cette arme a-t-elle un nom ? »

« Ah oui, je crois que celle-ci s’appelle Condamnation Crépusculaire. Il décuple au moins la force de celui qui le manie. »

Condamnation Crépusculaire… Donc ma lecture n’était pas trop éloignée, mais elle n’était pas tout à fait exacte. Bon sang, la traduction doit être un travail difficile. Ça ressemble à une hache bien pratique, mais je n’en ai pas vraiment besoin.

« Savez-vous si des descendants du clan des Arcanas existent de nos jours ? »

« Je ne suis pas sûre… Voyez-vous, c’était une tribu nomade. Je ne serais pas surprise s’il y avait des personnes vivantes ou des descendants de la tribu, s’ils avaient réussi à trouver un bon endroit pour s’installer. »

Apparemment, la reine n’avait pas rencontré les représentants des Arcanas en personne, c’était seulement son mari qui l’avait fait. J’avais essayé de lui poser des questions sur Belfast, mais elle ne connaissait pas non plus l’état du pays il y a mille ans. Elfrau était après tout assez éloigné de Belfast et de Regulus.

Hmph… Bon, même si ce n’est pas une piste sure, je devrais m’estimer chanceux d’avoir déjà autant d’infos sur le Peuple Rouge.

« Voulez-vous peut-être la hache ? »

« Ah, non… J’étais juste curieux de connaître ses origines… Hé, c’est quoi ce truc ? »

J’avais pointé vers un pendentif proche. C’était un petit ovale, d’environ trois centimètres de diamètre. Il ressemblait plus à une perle qu’à un diamant ou une pierre précieuse.

« Ah, c’est un artefact connu sous le nom de “Bénédiction de la vie”. Si une femme le porte lors d’un rapport sexuel avec son partenaire, alors il augmente massivement la probabilité qu’elle conçoive un enfant. Pour une raison inconnue, peu importe comment je le portais quand mon mari était… avec moi, cela n’avait jamais porté de fruits. Nous l’avons prêté à nos serviteurs, et ils ont facilement produit des héritiers, cependant… Il est possible que vous ayez besoin de certains critères pour qu’il prenne effet. »

Hm… On dirait que le gars a tiré à blanc ou quelque chose comme ça… Évidemment, je n’ai pas dit ça à voix haute.

Mais c’est quand même un objet parfait dans un sens, non ? Si un couple veut un enfant, mais n’a pas pu en avoir, ça les sauverait vraiment. Mais ce n’est pas comme si cela garantissait une grossesse, cela ne fait que la rendre plus probable. J’ai l’impression que si ce genre de chose était vendu sur le marché, les gens le regarderaient d’un œil suspicieux. Eh bien, c’est clairement un artefact puisqu’il est rempli de pouvoir magique, mais je ne peux pas dire si c’est efficace d’un seul coup d’œil.

« Vous savez, Grand Duc… Vous avez beaucoup de fiancées. Peut-être devriez-vous penser à produire un héritier assez tôt. »

La reine m’avait donné quelques conseils, probablement tirés de son expérience personnelle.

Savez-vous que l’une de ces fiancées est juste à côté de moi... Leen s’était un peu penchée sur le côté, essayant désespérément d’agir calmement, recueillie et indifférente. Elle était clairement intéressée.

Hmm… Ne me dites pas que cette chose est la raison pour laquelle j’aurai un tas d’enfants dans le futur… Eh bien, non… J’aurai neuf femmes, donc si vous y pensez comme ça, au moins neuf enfants, en quelque sorte.

J’avais regardé le pendentif devant moi. Je ne voulais pas vraiment que mes enfants ne naissent pas, et j’étais à l’aise d’avoir un enfant avec chacune de mes femmes.

« Alors, ça vous plairait ? »

Hmmm.…

◇ ◇ ◇

“Et c’est comme ça que j’ai eu ce truc, Duc Ortlinde.”

“Ohoho !”

J’étais au domaine d’Ortlinde, je faisais glisser la « Bénédiction de la vie » sur la table vers le bon duc.

Au final, j’avais choisi le pendentif, j’avais fait mes adieux à Elfrau, je m’étais séparé de Leen, et je m’étais dirigé tout droit vers sa propriété.

Leen était retournée au château, et j’étais presque certain que toutes mes futures épouses connaîtraient la « Bénédiction de la vie » avant la fin de la journée.

En tout cas, je n’avais pas encore prévu de l’utiliser.

« Alors tu veux me donner ça, mon garçon ? »

« Provisoirement, oui. La reine me l’a donné, donc c’est à moi de l’utiliser comme bon me semble. Avant même que je pense à l’utiliser, j’aimerais que toi et ta femme le testiez. »

« Ahaha... Alors nous sommes tes sujets d’expérimentation, hm ? »

Il n’avait honnêtement pas vraiment tort. Bien qu’apparemment, il avait fonctionné pour des dizaines de personnes dans le passé sans aucun effet négatif, j’étais quand même curieux de le voir de mes propres yeux.

Depuis que Sue avait rejoint Brunhild en tant que future mariée, Ortlinde n’avait plus d’héritiers. D’une certaine manière, j’avais senti que je lui étais redevable, alors j’avais pensé que je pourrais l’aider à en faire un autre.

« Tu as ces euh… pilules de vigueur que je t’ai données l’autre jour, n’est-ce pas ? »

« Ohoho, oui je les ai. J’en ai donné quelques-unes à des messieurs que je connais, et ils ont été assez choqués par les résultats. »

Eh bien, n’importe qui le serait. Ils pourraient rendre même le vieux vieillard le plus ridé sexuellement actif et viril à nouveau. Et c’était encore pire si vous le donniez à un jeune homme, puisqu’apparemment ils pouvaient aller en ville avec une fille et le faire pendant trois jours et trois nuits sans arrêter avec elle.

« Serais-tu peut-être intéressé par la vente de ces pilules au grand public ? »

« Pas pour l’instant, non. »

Je ne voulais pas vraiment que Brunhild soit associé à l’énergie érectile. Nous n’étions qu’une nation naissante, donc ce serait mauvais pour notre image. Je ne voulais pas non plus qu’on m’appelle Duc Pervers.

« De toute façon, je te prête ça pour l’instant. Ça marchera si ta femme le porte pendant le, euh… l’acte. Il ne devrait pas non plus y avoir d’effets secondaires bizarres, alors je te le laisse pendant un an et on verra ce qui se passe. »

« Est-ce qu’on peut emprunter un des trésors nationaux de Brunhild ? Si c’est juste un test, alors nous n’avons pas besoin de le garder toute l’année, n’est-ce pas ? »

« Mm… honnêtement, j’ai encore des doutes personnels sur son efficacité, alors je veux voir. Ce n’est pas réellement un vrai trésor de Brunhild. Nous ne l’avons pas utilisé. Je l’enregistrerai comme trésor national quand le petit frère ou la petite sœur de Sue sera né, non ? En plus, ça aidera le ménage Ortlinde, c’est le moins que je puisse faire. »

Pour être honnête, il serait impossible de prouver si une grossesse avait été provoquée ou non par cet objet. J’avais des réserves à ce sujet, ou peut-être que je voulais juste que ce soit un faux… Hmph.

Ça va être un sérieux problème de prouver si ce truc fonctionne vraiment ou non. Est-ce que ça en vaut la peine ? Je soupirai légèrement, en réfléchissant à ces choses tout en regardant le duc souriant.

◇ ◇ ◇

J’étais retourné au château, mais j’avais été accueilli par Kougyoku qui battait des ailes au coin de la rue. J’avais tendu mon bras gauche et je l’avais laissée se percher là. Elle était dans sa petite forme de perroquet, le poids n’était donc pas un problème.

« Un message est venu d’un de mes subordonnés que j’ai envoyé sur l’île. Mais il y a quelque chose que vous devez savoir… »

« Hm ? Qu’est-ce que c’est ? »

« Eh bien, pour être franc. L’île grouille de béhémoths. »

« Je suis désolé, quoi ?! »

Des béhémoths ? Grouillantes ? Quoi ? Je m’attendais à des différences d’évolution, mais une île pleine de bêtes géantes, c’est un peu trop…

« Y a-t-il des gens là-bas ? »

« Oui. Il y a plusieurs endroits sur l’île avec des barrières érigées que même les Béhémoths ne peuvent pas franchir. À l’intérieur de ces barrières se trouvent des villes avec des gens vivants à l’intérieur. Il y en a quatre au total, une dans chaque direction cardinale. Au centre de l’île, il y a une grande structure qui ressemble à un temple, qui les relie tous. »

Whoa, il y a vraiment des gens là-bas ? Je parie que le Sage des Heures est derrière tout ça, étant donné qu’il a dû falloir beaucoup de magie pour ériger de telles barrières.

« Que fait la barrière ? Elle bloque la magie ? »

« Pas tout à fait. Elle disperse la magie. Et il y a un effet appliqué à la mer qui fait que les véhicules et les gens perdent leur route. »

Je vois… Donc la barrière coupe la magie à la source, interfère avec les artefacts, et conduit même les navires à s’égarer ? Je suppose que ça explique pourquoi des objets s’écraseraient ou se perdraient dans la zone.

Cela signifie que la [Porte] était probablement possible pour moi, puisque le fait que ma magie soit un peu perturbée n’était pas un problème trop important pour mes réserves importantes.

Grâce à ces informations, j’avais pu mieux comprendre l’île mystérieuse. J’étais étonné que des gens y vivent, mais je devais maintenant trouver ce qu’il fallait faire.

Kougyoku avait dit que l’île grouillait de béhémoths, cela correspondait donc vraiment aux Galapagos de mon monde.

J’étais très intéressé, car le côté mystérieux de l’endroit ne m’échappait pas. Mais d’un autre côté, j’étais en conflit avec l’idée d’interférer avec eux.

Ils ne savaient après tout peut-être rien du monde extérieur. Je ne voulais pas créer un incident en m’immisçant sur leur territoire.

« Hm… Que faire ? »

Si j’étais un tyran, je l’aurais simplement envahi sous la bannière de l’expansion de mon territoire. Ou je pourrais y aller avec des tentatives d’ouverture commerciale, comme le Commandant Perry et ses navires noirs.

En y repensant, 1853 est l’année où tout s’est écroulé, non ? Il y avait une façon mnémonique de s’en souvenir, mais je ne me souviens pas bien…

Même si je vais là-bas et que je leur dis que je suis un souverain d’un pays étranger, ils ne me divertiront peut-être pas. Si je ne gère pas bien la situation, ils pourraient même essayer de me tuer. À moins que je ne laisse un impact qui leur fasse penser que je suis quelqu’un d’extraordinaire ou quelqu’un avec qui il vaut la peine de parler, ils ne m’écouteront probablement pas.

Il y avait toujours la possibilité d’y aller avec une centaine de Frame Gears…

Mais je n’aimais pas trop ça, car je ferais simplement ce que le commandant Perry avait fait. Je ne voulais pas les menacer, mais je sentais presque que je n’avais pas le choix.

Puis, il y avait eu la question de savoir s’il était juste ou non que je prenne cette mesure seul. D’un point de vue commercial, Hannock, Elfrau et Palouf ne seraient probablement pas intéressés à commercer avec eux. Xenoahs refuserait certainement.

Honnêtement, je n’étais même pas sûr qu’il y aurait un intérêt à ouvrir une relation commerciale avec eux. Eh bien… finalement, j’avais décidé qu’il était trop tôt pour le dire.

« On ne peut rien faire pour l’instant. Demande juste à tes subordonnés de surveiller pour le moment. Recueillez des informations sur leur culture, et sur le type de société qu’ils ont. Mais n’oubliez pas de garder vos distances. »

« Comme vous le souhaitez. »

Ce serait bien si le Sage des Heures laissait derrière lui quelque chose d’une importance magique…

Il aurait pu laisser un secret sur cette île.

Je ne savais toujours pas quoi faire de l’île, mais s’il y avait une possibilité de quelque chose comme ça, alors je devrais les affronter un jour. Même s’il n’y avait rien, je devais enquêter.

Lorsqu’il s’agissait de sauver le monde, il n’y aurait aucune perte à subir.

J’avais affirmé ma résolution tout en marchant dans le couloir.

***

Chapitre 3 : Le rassemblement des dieux

Partie 1

« Très bien, c’est le dernier produit. »

« Ohoho… C’est quoi ce truc… ? Il y a quelque chose à l’intérieur ? »

Je parlais à Olba Strand dans l’immeuble de sa société à Brunhild.

La partie supérieure de l’appareil que je présentais était claire, remplie de marchandises. En dessous, il y avait une fente pour l’argent et une poignée que l’on pouvait tourner. En dessous, il y avait un trou où quelque chose pouvait sortir.

En bref, j’avais inventé le distributeur de capsules bien que les capsules à l’intérieur ne soient pas exactement sphériques.

« Je suppose qu’on pourrait appeler ça un appareil de loterie automatisé. Et si vous essayiez ? »

Olba avait mis une petite pièce de bronze dans l’ouverture et tourna la poignée. Un petit bruit provenait de la machine lorsqu’elle s’activa. En réponse, la machine libéra une petite capsule cylindrique à travers la trappe du prix.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Ouvrez-la et vous verrez. ».

Olba dénoua la ficelle attachée autour de la capsule enveloppée de cuir. Il en avait sorti un Frame Gear miniature. La figurine qu’il avait reçue était un petit Chevalier. Je l’avais fabriquée à partir d’une substance ressemblant à du caoutchouc, créée en cassant des cornes d’animaux. J’avais pris soin d’inclure tous les détails de la vraie figurine.

« Oho! C’est effectivement bien fait… Mais ne peut-on pas les vendre de la manière habituelle ? Pourquoi la machine ? »

« Les petites capsules n’ont pas seulement des Chevaliers à l’intérieur, c’est le hasard seul qui te dira ce que tu auras. Voici la liste complète. »

Olba regarda la liste que j’avais écrite, et il s’était rendu compte à quel point il y avait de nombreuses variétés. Mais il n’avait pas encore l’air de comprendre.

« Ah, eh bien… Je suis encore un peu confus à propos des petites boîtes… On ne peut pas les vendre dans les magasins ? Pourquoi tout ce raffut supplémentaire? »

« Eh bien, disons que vous voulez une figurine de Chevalier Baron, non ? Vous pourriez l’acheter dans un magasin pour une pièce de bronze si nous la vendons de manière classique. Mais si on la met dans une de ces machines, alors… »

« Oh ! Ohhh ! Je vois maintenant ! Vous ne l’aurez probablement pas au premier coup ! Il faudrait que vous continuiez à essayer jusqu’à ce que vous obteniez ceux que vous voulez ! Un profit potentiel maximum, vous êtes un génie ! »

En bref, nous jouions sur les impulsions de la masse. C’était encore assez bon marché pour ne ruiner personne, et cela nous assurait un flux régulier d’argent. De plus, nous encouragions les gens à en échanger dix contre une pièce de cuivre. Cela nous permettrait de recharger les machines plus régulièrement.

J’avais sorti un autre distributeur de capsules de mon [Stockage].

« Celui-ci contient des produits de meilleure qualité que l’ancien. Un essai coûte une pièce de cuivre. Il coûte dix fois plus cher que la machine précédente. Mais les prix dans celui-ci sont en métal. »

C’était comme comparer une machine d’enfant avec une machine d’adulte. Mais ce n’était pas comme si un enfant utilisait la machine à une pièce de cuivre ou un adulte celle à une pièce en bronze.

Olba tourna la poignée de la plus chère. Le prix qu’il avait reçu cette fois-ci était un Frame Gear Lune Bleu, le Chevalier bleu. C’était le Chevalier Baron spécialement modifié que le vice-commandant Norn utilisait.

Celui-ci était légèrement plus grand que celui en caoutchouc, et malgré son poids, il ferait bonne figure comme pièce décorative ou de collection.

La liste complète des prix potentiels était :

  • Gerhilde (Le Frame Gear d’Elze)

  • Schwertleite (Le Frame Gear de Yae)

  • Siegrune (Le Frame Gear d’Hilde)

  • Ortlinde (Le Frame Gear de Sue)

  • Helmwige (Le Frame Gear de Linze)

  • Grimgerde (Le Frame Gear de Leen)

  • Le Comte Souriant (Le Frame Gear du commandant)

  • Le Chevalier Baron (Le Frame Gear du vice-commandant)

  • La Lune Bleue (Le Frame Gear du vice-commandant)

  • Le Chevalier (équipement standard)

  • Dragoon (Le Frame Gear d’Ende)

  • Diverses armes miniatures

En outre, il y avait aussi des prix qui n’étaient pas basés sur les Frame Gears.

  • Dragon noir

  • Wyverne

  • Loup Snorra

  • Golem en Mithril

  • Scorpinas

  • Seigneur Démon

  • Crabe sanguinolent

  • Golem en bois

  • Roi des singes

  • Diverses petites bêtes magiques

Nous avions donc une collection de monstres et une collection de méchas.

J’avais ajouté la collection de monstres parce que je voulais qu’il y ait une variété décente pour commencer. Je ne voulais pas que les gens se disent « Oh mec, c’est encore un Chevalier… »

Quoi qu’il en soit, il y avait toujours une chance que quelqu’un puisse constamment avoir des Chevaliers… C’était simplement une question de chance.

Pour la troisième fois, j’avais sorti une machine à capsules de mon [Stockage]. Cette fois, c’était la vraie affaire. La pièce maîtresse. Elle était plus grande que les deux dernières, et beaucoup plus sophistiquée.

« Celle-ci n’a pas besoin d’argent pour tourner la poignée. Je me disais que quand quelqu’un dépensait assez d’argent dans votre magasin, il aurait droit à un tour de celle-ci gratuitement. Les articles à l’intérieur de celle-ci sont de bien meilleure qualité que les deux dernières. Ils sont fabriqués en os de dragon. Ils sont également de la bonne couleur et leurs membres sont entièrement articulés. »

C’était des figurines, entièrement articulé au point que certains modèles, comme le Frame Gear de Linze, pouvaient même faire une séquence de transformation complète.

« Dépense assez d’argent… Genre une pièce d’argent ? »

« Hm ! Et bien je n’en suis honnêtement pas sûr. Vous êtes l’expert financier ici, donc je vous laisse déterminer ça. »

Une pièce d’argent valait environ dix mille yens, donc je n’étais pas tout à fait sûr. Mais en fin de compte, c’était un cadeau, donc c’était son choix.

Les fabriquer n’avait pas été très difficile. Les pièces articulées demanderaient un peu plus d’efforts, mais Olba avait un artisan nain dévoué qui travaillait pour sa société, j’étais donc sûr que ça irait.

Nous avions installé la machine à sous en bronze à l’intérieur du magasin d’Olba, si nous l’installions à l’extérieur, il y aurait toujours un risque de vol. Un groupe d’enfants était immédiatement venu voir de quoi il s’agissait, et ils avaient commencé à tourner la poignée.

Oh, un dragon. C’est assez rare.

« C’est en effet intéressant… Si on alterne les contenus, je suis sûr qu’on fera des économies… » se marmonna Olba en regardant les gens autour de lui. Il faisait probablement déjà un tas de plans commerciaux.

J’avais passé les différents moules pour les figurines à Olba, puis j’avais quitté le magasin. J’étais persuadé qu’il pouvait s’occuper du reste.

J’avais descendu la rue principale quand une certaine agitation devant moi attira soudainement mon attention. Une petite foule s’était rassemblée. J’avais jeté un coup d’œil à travers les brèches et je vis quelqu’un procéder à une arrestation.

« Épinglez-le ! Il est en état d’arrestation ! »

Quatre de nos chevaliers étaient en train de retenir deux hommes turbulents. Ils avaient été rapidement attachés avec une corde, puis trois des chevaliers les avaient emmenés.

« Désolé pour le dérangement, tout le monde. Tout va bien maintenant ! »

Le dernier chevalier était resté derrière pour calmer les gens paniqués. Je l’avais reconnu.

« Yo ! Bon travail tout à l’heure. »

« Hm ? Ah… Votre Altesse ! »

Le chevalier aux cheveux blonds avait immédiatement tenté une génuflexion. C’était Lanz Tempest. Il s’agissait de l’une de nos nouvelles recrues qui venaient de Lestia.

« C’est bon, ne t’inquiète pas pour ça. Tu peux te lever. C’est un peu gênant si tu décides de faire ça chaque fois que tu me vois, alors ne t’inquiète pas. »

« T-Très bien… »

Il avait l’air un peu confus, mais il s’était levé. Son comportement était logique, il venait après tout d’un royaume de chevalerie.

« Alors, que s’est-il passé ? »

« Ah, bien. Une serveuse d’un restaurant voisin était harcelée. Son fils a accouru pour nous informer, nous avons immédiatement arrêté les coupables. »

Je vois… Donc, ils prenaient un peu trop de liberté avec une serveuse, hein. C’est méprisable. Je vais m’assurer qu’ils paient pour leurs crimes.

Une fois que je vis qu’ils retenaient les criminels avec une corde, j’avais été un peu perplexe. Ça ressemblait à un drame historique. J’étais sûr qu’il devait y avoir quelque chose de plus pratique que ça dans ce monde… N’avaient-ils pas de chaînes ou de fermoirs ?

« Tsk… Je suppose que je vais devoir en faire. »

« Hm ? »

J’avais fouillé dans mon [Stockage] et j’en avais sorti un lingot d’acier que j’avais rapidement transformé en une paire de menottes.

Ah oui, je dois aussi faire les clés… Ça avait pris quelques minutes, mais j’avais créé une belle paire de menottes.

« Votre Altesse, qu’est-ce que c’est ? »

« Des menottes ! Elles sont légères et plus faciles à transporter que des cordes ou des chaînes. Donne-moi tes mains. »

Il avait tenu ses bras et j’avais mis les menottes aux poignets.

« I… Incroyable… Elles sont aussi étonnamment résistantes… »

Lanz essaya de résister aux menottes, mais elles avaient refusé de bouger. J’avais utilisé la clé sur elles. Elles s’ouvrirent facilement.

« Tu peux les garder. Utilise-les au lieu d’attacher les gens, d’accord ? Je pense qu’on va en faire un standard pour la patrouille. Tu ne pourras cependant pas les déverrouiller sans la clé… Attends, je vais en faire un double. »

« Très bien ! »

Mec, tu es tellement coincé… Si je me souvenais bien, Logan était responsable de la patrouille. J’avais pris note d’aller vérifier les détails avec lui plus tard.

« Alors, comment se passe la vie à Brunhild ? »

« Très bien, monsieur. Tout ce que je vois ici est si vivant et intéressant. C’est un pays vraiment merveilleux et agréable. »

J’étais heureux que Lanz se sente ainsi. J’étais heureux de savoir que les gens venant de loin avaient une si haute opinion de Brunhild.

« Oh ? C’est toi, Touya ? Hmm, Lanz aussi ? »

J’avais soudainement entendu la voix de Micah, le propriétaire de la branche de Brunhild de l’auberge de la Lune d’Argent. Elle transportait beaucoup de choses avec elle. Elle devait être en train de faire des courses.

« Ça fait un moment que tu n’es pas passé à l’auberge. Comment ça va ? J’espère que tu te portes bien. »

« Je vais bien, merci. Je reste en bonne santé, c’est promis. »

J’avais souri à Micah, elle n’avait pas changé. Cela m’avait rappelé que je n’avais pas déjeuné à la Lune d’argent depuis longtemps.

« M-Mademoiselle Micah… Pourquoi parlez-vous si simplement à notre chef… ? ! »

« Ahaha, ne t’inquiète pas pour elle. C’est une vieille amie à moi. Je la connais même depuis plus longtemps que toutes mes fiancées. C’est très bien ainsi. »

Lanz avait l’air d’être sur le point de s’envoler dans la panique. En gros, c’était la première amie que je m’étais faite dans ce monde, à part le roi de la mode Zanac. Je ne l’avais rencontrée que quelques heures après lui.

« Donc tu connais Lanz ? »

« Bien sûr que oui ! Sais-tu qu’il m’a beaucoup rendu visite ces derniers temps ? C’est un client régulier ! »

« A-Ah, uhm… que… C’est seulement parce que votre cuisine est si bonne, Mlle Micah ! C’est juste que le goût est unique, ça me rappelle presque la maison ! »

Lanz se tenait soudain rigide et se mit à bégayer. Son visage était aussi rouge qu’une betterave…

Hmm… Je me demande ce que c’est…

« Elle t’a ensorcelé, n’est-ce pas, Lanz ? »

« Qu… ?! V-Votre Altesse, je… Qu-Quoi ?! »

« … Ensorcelé par sa cuisine bien sûr. Pensais-tu que je voulais dire autre chose ? »

« Ngh… N-Non ! Pas du tout, monsieur ! »

***

Partie 2

Ahahaha… Ce type est complètement raide dingue… Micah avait simplement incliné la tête, incapable de comprendre ce qu’il se passait.

« Micah, ces sacs ont l’air lourds… Tu devrais l’aider à retourner à la Lune d’Argent en les portant, Lanz. »

« Oh, oui ! Ce serait d’une grande aide. »

« T-Très bien ! Je ferai de mon mieux ! »

Lanz, toujours avec le visage rouge, prit les sacs de Micah et commença à marcher vers l’auberge. Je leur avais fait signe de partir.

Micah avait environ vingt ans, tandis que Lanz en avait vingt-deux. Ils semblaient certainement être dans une tranche d’âge suffisante, mais… Le père de Micah était un géant musclé et barbu. Il lui faudrait beaucoup de chance pour affronter cette montagne de muscles.

« Sais-tu que leur relation devient assez intéressante ? »

« Whuh ? ! D’où viens-tu ? ! »

Karen était soudainement à mes côtés. Je n’avais pas du tout senti sa présence. D’où est-ce qu’elle pouvait venir?

« Ufufufu... Dès qu’une affection naissante se présente, tu m’y trouveras ! Sais-tu que c’est moi, la déesse de l’amour, Mochizuki Karen ?! »

Elle avait pris une pose élaborée et fit un signe de paix, mais je l’avais simplement regardée fixement.

« … Je surveillais juste un peu. »

« Bien sûr que tu le faisais… ! »

Bordel, tu vas avoir des ennuis un de ces jours. Pourtant, sa réputation de déesse de l’amour se répandait, elle donnait beaucoup de conseils aux gens, et ces gens finissaient souvent par se réunir.

Pourtant, il y avait ceux qui se séparaient après s’être réunis, et elle persuadait souvent ceux qui avaient une affection sans espoir de renoncer aux personnes qui leur étaient chères. Karen avait dit que renoncer à des choses malsaines était aussi une forme valable d’amour, et elle l’encourageait.

« Ne te mêle pas trop de tout, d’accord ? »

« Tu sais que tu ne devrais pas être si impoli ? Je n’interfère pas dans la vie amoureuse de quelqu’un à moins qu’il ne me le demande directement ! Sais-tu que l’amour n’est finalement rien de plus qu’un sentiment naturel ? On ne peut pas presser l’amour. »

Elle avait l’air plutôt raisonnable, mais j’avais quand même des doutes. Après tout, elle n’était pas le genre de personne qui se retenait souvent.

« Alors, qu’est-ce qui t’amène ici ? Tu les as réunis ? »

« Mm… Oh, c’est vrai ! Sais-tu qu’il y avait quelque chose qui me tracassait un peu ? Je peux sentir une certaine divinité dans le sud-est ! »

« Attends, quoi ?! »

C’est encore le dieu servile ? Je n’en sens aucun pour l’instant, mais je suppose que Karen et Moroha sont bien plus douées pour ça.

« C’est le dieu servile… ? »

« Non ! Ça sent différent, tu sais ? Ça appartient à tous les coups à un dieu inférieur comme moi et Moroha. Je ne pensais pourtant pas que cela soit possible… »

Attends, quoi ? J’avais un mauvais pressentiment dans mes tripes…

« Ouais, on dirait qu’un troisième est venu se joindre à nous, tu sais ? »

Attends, quoi ? ! Lâchez-moi un peu ! J’avais soupiré doucement et j’avais pincé l’arête de mon nez. Quel genre de dieu aurait pu venir ?

◇ ◇ ◇

« Alors, où cherchons-nous ? »

« Je n’ai pas eu une lecture fiable parce que la divinité a disparu en quelques instants. »

Une fois de retour au château, j’avais ouvert une carte et j’avais demandé à Karen d’indiquer où elle ressentait le pic de divinité. Elle avait indiqué une zone au sud-est, au-delà de Ramissh et près du royaume de Ryle. C’était juste un peu dans la mer des arbres.

La région qu’elle indiquait était assez grande… J’avais honnêtement des doutes sur notre capacité à trouver le dieu. Moroha était aussi dans la Mer des Arbres quand nous l’avions rencontrée. Cela m’avait amené à penser qu’il devait y avoir une sorte de point de repère ou un aspect particulier de la région qui rendait la descente des dieux plus pratique.

« Donc, laisse-moi comprendre… Je suppose que cette personne, ou, euh, ce dieu… peut utiliser librement ses pouvoirs ? »

« Dans un sens, oui et non. Nous ne sommes pas autorisés à interférer avec les royaumes inférieurs en utilisant nos pouvoirs divins, mais nous pouvons utiliser ces pouvoirs pour nous faire paraître plus humains, d’accord ? Interférer ici est aussi possible tant que nous n’utilisons pas de divinité dans le processus. Les échappatoires sont assez pratiques. »

Je suppose que c’est logique… En quelque sorte. Après tout, aucune de mes sœurs n’a été capable d’utiliser sa divinité sauf pour traiter avec ce dieu servile… Même si Moroha est super puissante, je suppose qu’elle compte juste comme une humaine à son sommet plutôt qu’une divinité… Bien que je ne puisse pas m’empêcher de penser qu’elle doit tricher un peu.

« Même dans ton cas, Touya. Tu ne devrais probablement pas trop utiliser ta vraie divinité, sais-tu ? »

J’étais perdu. Je ne pouvais pas dire où était l’autre dieu. Il n’y avait donc rien à faire pour lui.

Peu importe, je suppose que c’est bon. J’espère quand même qu’aucun autre dieu ne va se montrer. Karen est déjà assez chiante comme ça… Mes pensées avaient été coupées par une douleur intense.

« Tu pensais à quelque chose d’impoli à l’instant même, pas vrai ?! »

« Ow, ow! Je suis désolé ! Lâche-moi ! »

Karen me serrait les joues. Cette fille avait un talent surnaturel pour savoir à quoi je pensais ! Mais elle était elle-même surnaturelle…

« Et c’est quoi toute cette agitation… ? »

« Ah ! Moroha ! »

L’autre sœur était apparue comme venue de nulle part, pour me sauver de ma souffrance. Il était logique qu’elle soit là aussi, elle avait probablement senti la divinité comme Karen.

« Tu l’as sentie aussi, hein ? »

« Bien sûr. On se demandait si on devait ou non aller à la rencontre du nouveau visiteur. »

« Hmm… J’aimerais bien moi-même leur rendre une petite visite. Je veux surtout savoir qui est descendu jusqu’ici. Ce ne sera pas un gros problème à moins que ce soit le dieu des apocalypses ou autre. »

Quoi ? ! Si c’est ce type, alors renvoyez-le tout de suite !

« Les gens ne peuvent venir ici que s’ils ont la permission du Dieu du Monde, donc je doute que ce soit quelqu’un d’hostile. Ça pourrait être le dieu de la forge, le dieu de l’agriculture, ou le dieu du commerce. »

« Aww… La forge et l’agriculture, c’est bien, mais vous savez… Je préférerai que ce ne soit pas le commerce ? »

« Vous ne vous entendez vraiment pas, hein ? »

J’avais écouté le duo parler et j’avais appris que certains dieux avaient juste de mauvaises affinités entre eux.

« Je serais personnellement assez contente si c’était le dieu des katanas, le dieu des lances ou le dieu de la guerre. Touya, ici présent, ne m’a pas beaucoup amusé ces derniers temps. »

Oh, lâchez-moi un peu. S’entraîner avec toi m’épuise même, pfft… La dernière fois que je me suis battu avec toi, j’ai dû me reposer toute une journée ! Bien sûr que je ne vais pas m’amuser avec toi si tu t’attaques à moi avec l’intention de me tuer, espèce de folle ! Sans parler du fait que je n’ai pas gagné un seul match contre toi. Cinquante-deux défaites ! Peux-tu me le reprocher ? Je ne savais rien du dieu des lances ou du dieu des katanas, mais j’avais le sentiment qu’ils seraient semblables à Moroha. Mais… Si c’était l’un d’entre eux qui descendait et qu’il acceptait d’être le partenaire d’entraînement de Moroha, ce serait en fait un grand soulagement.

« Eh bien, cela mis à part... Allons jeter un coup d’œil. Il y aura probablement une sorte de réaction si je lâche un peu de ma divinité dans la région. »

« Compris. Mais ils sauront pour toi aussi, Touya. Donc je ne pense pas qu’il y aura une réunion sur le problème, tu sais ? »

J’avais ouvert une [Porte] à la frontière du Royaume de Ryle. Plus précisément, c’était la grande étendue où j’avais combattu le Béhémoth Scorpinas. Après cela, nous avions marché vers la Mer des Arbres.

« Hm… Vous ne savez pas voler ? »

« Enfin, on pourrait, mais on ne devrait pas utiliser notre divinité. »

Moroha avait raison. Cependant, traverser la mer des arbres était problématique. J’avais donc décidé d’utiliser enfin quelque chose d’intéressant que j’avais trouvé dans l’entrepôt.

J’avais ouvert le [Stockage] pour révéler l’objet qui m’intéressait. Je l’avais répandu sur le sol. C’était un peu grand, suffisamment large pour que nous puissions nous asseoir tous les trois.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« C’est apparemment un tapis magique. On va s’asseoir et voir comment ça se passe. »

J’avais dit à mes deux sœurs confuses de s’asseoir dessus, et elles avaient accepté. Puis, je m’étais assis devant elles. En un instant, le tapis s’était mis à flotter à un mètre dans l’air.

« D’accord, allons-y. »

Le tapis avait commencé à avancer lentement. Il y avait une barrière qui se déployait automatiquement autour de nous afin d’éviter la résistance au vent ou une chute accidentelle. C’était une fonction très pratique. J’avais aussi appliqué [Invisibilité] pour que personne ne me voie galoper comme si je sortais d’un film de Disney.

« Oh mon dieu… C’est vraiment sympa, tu sais ? »

« Le seul problème, c’est qu’il faut une tonne de pouvoir magique pour le faire fonctionner, donc c’est inutile pour la plupart des gens. »

Les deux s’étaient peu à peu habitués, alors j’avais accéléré d’un cran. Mais je n’avais pas pu faire de loopings sympas ou de tours acrobatiques.

Finalement, nous étions arrivés au-dessus de la mer des arbres. J’avais arrêté le tapis. Nous avions plané dans les airs en la regardant.

« Je vais donc libérer un peu de ma divinité. »

J’avais déclenché mon Apothéose très, très soigneusement, et presque immédiatement après, un éclair de divinité était venu de la forêt en réponse. On aurait dit qu’ils avaient senti le mien, puis qu’ils avaient renvoyé le sien en guise de signal.

« Hngh ?! »

« Hmph ?! »

Karen et Moroha eurent brièvement des expressions maladroites sur leur visage, comme si elles avaient été électrocutées pendant quelques secondes.

« Quelque chose ne va pas ? »

« Ah, et bien… Cette divinité que nous venons de ressentir… »

« Elle venait de plusieurs sources, sais-tu ? »

De sources multiples ? ! Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire… Y a-t-il de multiples dieux là-bas ? Qu’est-ce qu’ils font… une putain de fête ? !

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Je ne sais pas… Mais il n’y a qu’une seule façon de le savoir, tu sais ? Allons-y, Touya ! »

Je ne savais pas quoi dire, alors j’avais dû aller voir pour y croire. J’avais fait en sorte que le tapis magique se dirige vers la source.

Peu à peu, j’avais pu distinguer quelqu’un dans une petite clairière de forêt. Pas seulement quelqu’un, mais plusieurs personnes.

En s’approchant, on pouvait entendre une belle musique. En plus de cela, il y avait des rires et une délicieuse odeur.

« … Qu’est-ce que… ? »

« Bonté divine… »

« C’est incroyable, sais-tu… ? »

Ils le faisaient vraiment. Ils faisaient vraiment une putain de fête.

Un jeune homme jouait de la mandoline pendant qu’une petite fille au visage rouge était assise en train de boire de l’alcool. Et comme si cela ne suffisait pas, un homme d’âge moyen se trouvait à proximité, envoyant des baies et des noix dans sa bouche, tandis qu’une jeune femme faisait gaiement griller de la viande.

Mais qu’est-ce que c’est que ça ? J’avais sauté du tapis à l’atterrissage avant de me tourner vers Karen.

« C’est le dieu de la musique, le dieu de l’alcool, le dieu de la chasse et le dieu de l’agriculture, tu sais ? »

C’est quoi ce bordel ?! Ils sont quatre ?! Alors que la petite fille nous remarquait et nous faisait signe, je regardais cela dans une confusion abjecte.

 

 

***

Partie 3

« Heee ~ ! C’est la déesse des lames et la déesse de l’amour, hic ! Venez boire un verre, hic ! »

Il s’agissait d’une petite fille avec de longs cheveux bleus, et elle semblait avoir environ sept ans. Elle était clairement plus jeune que Sue en ce qui concernait les apparences. Mais le plus curieux, c’est qu’elle agitait maladroitement une bouteille d’alcool.

Bon sang, cette gamine est le dieu de l’alcool ! Celui qui jouait de la mandoline était clairement le dieu de la musique. Il avait l’air d’avoir la vingtaine, il avait aussi l’air d’un joli garçon. Il souriait doucement dans ma direction, ses cheveux blonds se balançant dans la brise, mais il n’arrêtait pas de jouer une seule seconde.

J’avais l’impression qu’il exprimait ses sentiments à travers ses notes. En fait, la mélodie qu’il jouait avait subtilement changé lorsqu’il nous avait remarqués.

L’homme d’un certain âge qui se bourrait de baies semblait être dans la fleur de l’âge. Il riait joyeusement. Ses yeux étaient un peu étroits et il avait l’air en général plutôt détendu. Ses cheveux étaient d’un brun uni et il avait un air assez simple. Je le prenais pour le dieu de l’agriculture, ce qui faisait que la fille aux cheveux verts avec la queue de cheval n’était autre que le dieu de la chasse. Elle avait quelques flèches improvisées à ses côtés, ainsi qu’un arc.

Elle grillait de la viande, probablement issue d’un gibier qu’elle avait elle-même chassé. Je m’étais demandé ce qu’elle cuisinait, car la viande était presque identique à celle des morceaux de viande sur l’os que l’on voyait dans les mangas. C’était vraiment bon !

« Eh bien, alors… Pourquoi vous êtes là, vous savez ? Vous êtes bien trop nombreux pour avoir été envoyés contre le dieu servile, vous savez… »

« Non, c’est pas ça. Mhhh… On n’est pas… Chomp… On n’est pas là pour le dieu servile. », murmura le dieu de la chasse tout en mangeant des morceaux de viande.

C’était vraiment une personne sauvage… euh, un dieu. Mais je me demandais ce qu’elle voulait dire par cette déclaration.

« Nous sommes là pour toi, mon garçon. En vérité, on t’a été affecté. »

« Hein ? ! »

L’homme âgé aux yeux étroits… euh, non une divinité… me pointait du doigt. J’ai aussi pointé mon propre doigt vers moi de manière distraite.

« Touya ? Qu’est-ce que tu veux dire par “tu lui es affecté” ? »

Moroha parla avant même que j’aie pu exprimer ma confusion.

« C’est comme ça, jeune fille. Le dieu du monde lui a donné la divinité, hein ? Et il va aussi atteindre la divinité avec la bénédiction du vieux. C’est notre devoir et notre honneur, en tant que dieux supérieurs, de nous assurer que la petite famille du petit suit nos traces en tant que dieu fier et puissant, n’est-ce pas ? »

« Ouais, ouais ! Hic… On a pensé à une histoire sympa pour la justifier, alors, hic, on va jouer un peu dans le monde des mortels, woohoo ! »

S’il vous plaît, ne soyez pas si franc ! Est-ce que vous avez sérieusement utilisé ma divinité naissante comme excuse pour faire une virée dans le monde des mortels ?!

Le dieu de la chasse avait soudainement laissé échapper un rire bruyant.

« Naaaw, c’est bon ! Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas mortellement fait plaisir, hein ? On doit juste s’habituer à notre corps pendant un moment, bwahaha… J’ai essayé de combattre deux de ces bêtes magiques et le faire en tant que mortel était sacrément rafraîchissant ! »

« Yahoo, hic ! Ça fait une éternité que je n’ai pas bu autre chose que du nectar sacré ! Je me saoule, hic ! Oh oui ! »

« Ouais, ça fait un bon moment que je ne suis pas venu et que je n’ai pas moi-même mangé la primeur du sol. C’est délicieux et pur. »

« ... ... »

Le dieu de la musique restait tout simplement silencieux alors que ses cordes semblaient transmettre le son du contentement. N’allait-il vraiment pas parler ?

« C’est génial, tu sais ? Bon travail pour avoir eu sa permission ! »

« Ouais, ce n’était pas grand-chose ! Nous lui avons dit que nous voulions y aller, et il a dit qu’il n’avait pas de problème. Il nous a demandé de surveiller le petit gars là-bas, alors c’est ce que nous allons faire… ! »

« … Le petit gars ? »

Laisse-moi tranquille… J’ai l’impression que le vieux essayait de faire quelque chose de gentil, mais il a envoyé un tas d’excentriques bizarres pour faire le boulot…

« Pshaaaw… Ce n’est pas un problème ! Allez, bois ! »

Le dieu de la chasse avait avancé une tasse en bois pleine d’alcool dans ma direction.

Je suppose que je peux légalement boire, bien sûr… mais ne soyez pas si arrogant !

« … Où avez-vous trouvé de l’alcool ? »

« Hmhmm ~ ? Hic, on a tabassé un tas de méchants venant d’une tribu de la région, et on a eu tous ces beaux verres comme récompense. Je suis le dieu de l’alcool, hic, mais boire dans le royaume supérieur ne fait rien pour moi, hic ! C’est pour ça que je suis heureuse ici, tu me comprends ? Je suis tout bourdonnante et tout ça ! Eeheheh ! »

Le visage du dieu de l’alcool était presque entièrement rouge, et elle riait comme une idiote.

T-Tu es déjà saoule ? Est-ce que ça va ? Le fait que tu aies l’air si jeune me déconcerte un peu… Tes yeux tournent, tu vas vraiment bien ?!

Elle trébucha vers moi et commença à tirer sur la jambe de mon pantalon. Je n’avais aucune idée de ce qu’elle voulait.

« Hé, Grand Frère, hic… Donne-moi des snacks, des snacks ! Calamar… Edamame… Yakitoriii, hic ! Je sais que tu en as ! »

Comment... Comment sais-tu ça ? ! J’ai toutes ces choses dans mon [Stockage] en ce moment… Est-ce que sa divinité est au travail ?

« Oho, ça a l’air délicieux. On en prend un peu, hein ? On n’a pas beaucoup à manger ici, et on doit fêter ça ! Nous sommes des êtres célestes super-superbes, mais pour l’instant, oublions ça et faisons la fête ! »

« Aye, tu as raison ! Je veux essayer de voir un peu de ce que le monde terrestre a à offrir ! »

« ... ... .. »

Le dieu de l’agriculture acquiesça aux paroles du dieu de la chasse, et le dieu de la musique intensifia tout simplement son chant. Karen et Moroha s’étaient simplement regardées, puis moi. Leurs expressions étaient celles de la défaite.

« Bon sang, Louise… Je suppose que c’est juste un de ces moments. »

« Ça va aller, tu sais ? Apporte la nourriture, Touya. »

J’avais haussé les épaules et écouté ma sœur, en ouvrant mon [Stockage] pour sortir une table, plusieurs chaises, et beaucoup de nourriture et de boissons.

Le dieu de la chasse avait commencé à engloutir la nourriture tandis que le dieu de l’agriculture savourait lentement sa nourriture. Le dieu de l’alcool, par contre, faisait alterner des gorgées d’alcool avec des poignées de snacks. Le dieu de la musique jouait des airs lents et sombres et ne mangeait pas une seule bouchée. Au bout d’un moment, le dieu de l’alcool lui mit un yakitori dans la bouche et les airs devinrent joyeux. On aurait dit qu’il exprimait ses sentiments à travers les notes qu’il jouait, mais franchement, j’aurais aimé qu’il pose ce satané truc.

Même mes sœurs avaient commencé à se saouler et à se réjouir. Elles s’étaient jointes aux festivités. Je participais effectivement à un banquet divin.

Franchement, c’était vraiment bizarre…

Je m’étais éloigné du groupe principal et j’avais pris mon téléphone.

« Quelle était donc ta grande idée? »

« Ah, et bien… Ils ont travaillé très dur pendant très longtemps, vois-tu. J’ai pensé qu’un peu de temps libre leur ferait du bien. »

J’étais au téléphone avec le vieux, le grand Dieu lui-même. Franchement, je n’étais pas très enthousiaste à l’idée que mon monde devienne une destination de croisière pour les dieux qui avaient besoin d’un peu de temps libre. Je m’étais demandé si les dieux pouvaient vraiment faire cela, avant de me rappeler que dans de nombreuses légendes terrestres anciennes, les dieux descendaient et faisaient aussi des choses imprudentes.

« C’est bon, mon garçon. Je suis sûr qu’ils ne poseront pas de problème. Traite-les bien, et ils se comporteront à merveille… je pense. »

Tu crois ? ! Tu sais très bien qu’ils vont être pénibles !

« Et rappelle-toi, un jour ta propre divinité dépassera même la leur. Il est important de s’y habituer le plus tôt possible. »

La situation était un peu compliquée à intérioriser pour moi, mais j’avais l’impression d’être un président d’entreprise qui disait à son fils de se mêler au personnel afin d’avoir une bonne idée du travail et des employés avant de prendre la relève, malgré le fait qu’il n’était pas du tout qualifié.

J’avais soupiré, puis j’avais fait mes adieux au vieux. Je n’avais aucune idée de ce qu’il fallait faire.

« Grand Frère ! Viens, hic, boire ! Buvons, il faut que tu te calmes et tout le monde sera content ! Oublie la nature transitoire de la déprime des mortels ! Allez, allez, allez ! »

Le dieu de l’alcool riait odieusement alors qu’elle s’enroulait autour de ma jambe comme un serpent.

C’est toi le problème, bon sang ! Et comment diable me traînes-tu comme ça ?! Ne me dis pas que tu es une sorte de maître du combat d’alcoolique… Après avoir été traînée de force à la table par une petite fille accablée, Karen me força à prendre une tasse en bois. Qu’est-ce que… Ton visage est tout…

« Hé, Touuuuuuuya. Et si tu disais à ta grande sœur jusqu’où tu es allé avec ces petites filles, tu sais ? Je meurs d’envie d’entendre ce que tu leur as fait, tu sais ?! »

Karen, complètement bourrée, s’était mise à jacasser et à sourire comme une idiote.

« … Tu es ivre. »

« Je ne le suis pas, tu sais ? Je ne le suis pas, je ne le suis pas, je ne le suis pas ! On ne peut pas le prouver, tu sais ? »

 

 

Je peux le sentir dans ton haleine ! Tu te comportes comme un ivrogne. En plus, tu respires aussi très fort…

Je m’étais tourné vers Moroha pour qu’elle m’aide, mais elle était déjà inconsciente.

Comment la déesse des épées peut-elle être aussi insouciante ?! Je m’étais dit que c’était bien mieux ça que si elle brandissait soudainement des couteaux et des fourchettes après s’être saoulée, mais je comptais un peu sur elle pour me sauver la mise.

Le dieu de l’alcool avait continué à boire, le dieu de la chasse avait continué à rire, le dieu de l’agriculture avait continué à manger et le dieu de la musique avait continué à jouer. Je n’avais personne pour m’aider.

Mon Dieu… Ces fous sont-ils vraiment nos dieux ?

***

Partie 4

Nous avions décidé que les nouveaux arrivants assumeraient les rôles de mon oncle et de ses enfants. Après tout, je ne voulais pas ajouter de frères et sœurs.

De toute façon, je ne voulais surtout pas que le dieu de l’agriculture, qui avait l’air d’avoir une quarantaine d’années, soit mon frère. Faire de lui mon père serait gênant d’un point de vue politique.

De cette façon, il était devenu mon oncle, et les trois autres étaient devenus mes cousins.

Mon oncle était Mochizuki Kousuke. (Dieu de l’agriculture).

Son fils aîné était Mochizuki Sousuke. (Dieu de la musique).

Sa fille aînée s’appelait Mochizuki Karina. (Dieu de la chasse).

Et enfin, la plus jeune fille était Mochizuki Suika. (Dieu de l’alcool).

Seul le dieu de l’alcool semblait plus jeune que moi, ce qui m’avait donné une excuse pour ne pas être aussi formel avec elle.

Quand je les avais présentés aux autres, tout le monde avait été moins surpris par mes nouveaux parents que par le fait que Suika était complètement bourrée. J’avais rapidement improvisé une excuse sur le champ, en prétendant que si elle ne buvait pas une tonne d’alcool, elle souffrirait de spasmes débilitants dus à sa mystérieuse maladie. J’étais presque sûr qu’ils y croyaient.

Selon Leen, les enfants nains commençaient à boire vers l’âge auquel Suika ressemblait. Donc, bien que je ne puisse pas la considérer comme une naine, je m’étais souvenu que sa mère était, en fait, une naine. Quelle étrange coïncidence !

« Hm… Ce sont donc encore des membres de votre famille ? »

« Ouais, désolé… C’est juste arrivé comme ça. »

Je marchais vers l’est en direction des terres agricoles avec Yumina au moment où elle avait soudainement parlé.

Elle et les autres filles savaient que je venais d’un autre monde, ce qui signifiait qu’elles savaient aussi que mes sœurs n’étaient pas liées par le sang. Et donc, il allait sans dire qu’elles comprenaient que ma relation avec mon oncle et mes cousins n’était pas non plus liée au sang. Mais je ne pouvais pas leur dire exactement la vérité.

« Alors… ces nouveaux parents sont les mêmes que tes sœurs, oui… ? »

« Ah… Eh bien… Je veux dire, au niveau des compétences, oui. Ils ont tous des talents individuels, mais ils ne sont pas tous liés au combat. Karina est une chasseuse sérieuse, elle est cependant presque inégalée avec un arc. »

C’était pourtant ce qu’il fallait attendre du dieu de la chasse. Elle ne laisserait jamais sa proie s’échapper. Elle semblait également douée pour les machettes, les fusils, les haches et les pièges à collets. Je m’étais brièvement demandé si cela la rendait vraiment meilleure que Moroha, mais ce n’était probablement pas le cas. Moroha était spécialisée dans le combat à l’épée, tandis que Karina était simplement plus polyvalente.

Le quatuor s’était rapidement habitué à la vie à Brunhild et avait commencé à travailler à leur façon. C’était pourquoi je m’étais rendu sur les terres agricoles. Je voulais voir comment ils s’en sortaient.

« Oh… Ce n’est pas ton oncle là-bas ? »

Yumina pointa vers un homme au loin, et elle avait raison. Il labourait un champ avec sa houe. Oncle Kousuke s’essuya le front, le chapeau de paille sur sa tête le protégeant du soleil. Mais il avait l’air d’avoir transpiré. Ses vêtements de ferme étaient tout en sueur. Le type avait l’air de bien aller. Mais cela allait de soi, il était après tout le dieu de l’agriculture.

« Bonjour Touya, Yumina. Comment allez-vous tous les deux ? »

Il nous avait accueillis avec un petit sourire. L’homme était vraiment apparu comme étant… sans aucune particularité.

« Tu laboures le champ tout seul ? Tu sais que tu peux engager des gens pour ça, hein… ? »

« Ce n’est pas comme ça que je fais, mon gars. Si un homme ne veut pas labourer le sol… alors il ne mérite pas de goûter à la générosité de la nature… Eh bien, pour être honnête, c’est une approche très dure à adopter… Vraiment, c’est juste ce que je veux faire, hein ? Je suis content qu’on réclame des terres sauvages et qu’on mette les graines en terre pour la récolte. »

S’il utilisait ses pouvoirs divins, il serait probablement capable de faire tout ça en une fois, mais il n’y aurait pas d’amour ou de plaisir là-dedans. De plus, il n’était pas autorisé, ce qui était aussi une bonne chose.

Il n’en demeure pas moins qu’il était à la hauteur de son titre. Je pouvais voir qu’il utilisait au mieux ses connaissances spécialisées. Il avait commencé à éparpiller quelques trucs dans les champs, et je lui avais demandé ce que c’était. Apparemment, c’était de la farine d’os faite à partir des os broyés de bêtes magiques. Il avait dit que les qualités magiques du corps des créatures faisaient euh… quelque chose pour promouvoir… je ne sais plus trop quoi. Je n’ai pas tout à fait compris. Lakshy l’Alraune, d’un autre côté, semblait faire très attention à ce détail.

Il n’était pas seulement prêt à labourer ou à semer, il avait aussi dit qu’il s’occuperait des rizières. C’était un homme si simple qu’il était presque difficile d’imaginer qu’il était en fait un membre du panthéon divin.

Nous étions revenus des terres agricoles et nous avions remarqué un bruit inhabituel venant de la place centrale de la ville.

« Est-ce que quelque chose se passe… ? »

En nous approchant, nous avions déterminé que ce son était de la musique. J’avais une idée de qui c’était.

J’avais poussé à travers la foule et je vis le visage du dieu de la musique, mon cousin Sousuke. Il jouait habilement de la guitare devant une fontaine d’eau.

La guitare était l’un des instruments que j’avais fabriqués à la demande de Sakura. Il avait dû la prendre et l’apporter ici pour en jouer. J’avais d’abord fabriqué un piano, mais j’étais rapidement passé aux flûtes, aux trompettes, aux castagnettes et à toutes sortes d’autres choses. J’avais un peu exagéré et j’aurais bien pu me mettre au défi de fabriquer tous les instruments imaginables. Mais je ne savais pas comment en jouer. Ils s’étaient donc accumulés et étaient restés inutilisés. Je les avais laissés dans les casernes de l’ordre des chevaliers, car deux des recrues avaient fini par avoir plus qu’un intérêt passager.

La performance de Sousuke s’était terminée, ponctuée par des applaudissements enthousiastes. Certaines personnes avaient même été émues jusqu’aux larmes. J’avais été surpris par sa performance…

« Quel merveilleux spectacle… ! »

« Oui, je pense que personne ne peut le surpasser… »

Nous avions quitté Sousuke alors qu’il démarrait son rappel, et nous avions marché dans les rues en passant devant la guilde. J’avais tourné la tête et regardé vers le bar, pour voir…

« Mais qu’est-ce que… ? »

Il y avait une bande de gars à l’entrée du bar, tous complètement bourrés.

Ils étaient tous sur le sol. Je les avais donc enjambés et j’avais vérifié à l’intérieur. Comme je m’y attendais, Suika était là, buvant énormément.

Il y avait un homme assis en face d’elle, qui serrait son verre. Il était bourré.

« Oh, Grand Frère ! Tu veux faire un concours de dégrisement ? Quand je gagnerai, pose l’argent là, gahahaha ! »

« … Pourquoi ferais-je ça ? »

Suika balançait joyeusement son verre, mais j’étais tout simplement ennuyé.

Les autres clients étaient soit inconscients, soit en train de se diriger vers la porte. Ils avaient tous dû essayer de défier Suika, mais ils s’étaient vite retrouvés ivres sous la table. Je m’étais demandé combien de temps cela avait duré.

« Tu es en retard, alors on va commencer avec trois tasses, hic… »

« Je ne suis pas là pour boire, compris ? Assez de ça. »

« Aww… »

J’avais pris la boisson de Suika dans sa main. Des quatre personnes qui étaient arrivées, elle était vraiment la pire. Après ça, je l’avais emmenée avec moi et je m’étais excusé auprès du barman. Mais il avait l’air de bien le prendre. Apparemment, il avait tiré un bon profit de toute la boisson qu’il avait bue.

« Bon sang… S’il te plaît, ne bois pas autant. »

« Il y a longtemps que je n’ai pas bu, hic, sincesh, idiot ! Laisse-moi juste me lâcher un peu… Et si Yoomina et moi on se rapprochait pour boire un peu de whisky, hic ! »

« Je vais très bien, merci… »

Yumina avait souri très poliment et fit un signe de la main dédaigneux.

Je m’étais demandé ce que le bar pensait en laissant quelqu’un de si petit boire autant, mais apparemment, elle avait lâché le nom de Mochizuki et aucune question n’avait été posée.

Il semblerait qu’ils ne savaient pas si elle disait vrai ou non. Ils avaient donc dû appeler des chevaliers pour vérifier la situation. J’avais pris comme note de m’excuser auprès de ces gars plus tard…

« Oh, Touya, hein ? »

Karina était sortie de la guilde alors que nous sortions de la taverne voisine.

Elle s’était inscrite à la guilde assez rapidement et s’était immédiatement mise au travail en faisant des quêtes basées sur la chasse. Elle ne voyait pas la nécessité de fouiller dans les donjons ou de chercher un trésor. Pour elle, le frisson était dans la chasse… et dans le fait de manger les produits de ces chasses.

On aurait dit qu’elle venait de finir de chasser. Elle tenait un très gros oiseau dans ses mains.

« Je vous ai attrapés au bon moment. Voici le dîner de ce soir, c’est un truc savoureux. Donne-le à Crea pour moi, d’accord ? »

« Entendu »

Depuis peu, Karina n’arrêtait pas de ramener toutes sortes de gibier, et donc notre alimentation était devenue progressivement un peu plus variée. J’avais ouvert mon [Stockage] et j’avais rangé l’oiseau là-dedans.

« Je vais te le dire honnêtement, mais je veux chasser de plus grosses bêtes que celles-ci. Mais il n’y a rien d’aussi effrayant à Brunhild, alors tu ferais mieux de me faire visiter le monde plus tard ! »

« Bien sûr, pourquoi pas ? Je vais faire une petite enquête sur les terrains de chasse de Mismede pour toi. »

Brunhild n’avait pas beaucoup de grands monstres, mais j’étais certain que Mismede en aurait en abondance. La mer des arbres était également remplie de choses qui feraient hurler de joie n’importe quel chasseur de gros gibier.

Il semblerait que les quatre dieux s’étaient parfaitement installés à Brunhild… Je suis vraiment content qu’ils aident tous à leur manière. Sauf Suika. Suika est la pire.

« Hmph, hic ! Tu penses à quelque chose de grossier, Grand Frère ?! »

Merde. Elle peut lire mes pensées aussi bien que Karen. Je suppose que je ne peux vraiment pas traiter ces gars à la légère…

***

Chapitre 4 : Une rencontre pleine d’espoir

Partie 1

« Ils ne sont pas encore là… »

« Non, ils ne sont pas là », Lu s’était assise sur un rocher voisin, en marmonnant un peu.

Nous étions dans les plaines de l’Islum, au milieu du territoire de Regulus, un peu au nord-est de leur capitale, Gallaria. L’endroit ressemblait aux plaines de Mongolie, avec de vastes champs et des montagnes au loin. De plus, il n’y avait pas un nuage dans le ciel.

Cela faisait quatre jours que nous avions sorti les Frame Gears et déployé une base avancée. La guilde Regulus avait senti que la Phase arrivait, mais nous pouvions attendre toute une semaine avant qu’ils n’arrivent. Il n’y avait rien d’autre à faire qu’attendre.

Ce n’était pas comme si je voulais qu’ils apparaissent, je détestais juste attendre aussi longtemps. Nous ne pouvions pas retourner à Brunhild, car ils pouvaient apparaître à tout moment.

Les filles retournaient à tour de rôle au château par une [Porte].

Lu, Sue, Linze et Leen étaient alors déployées. Yumina et Sakura étaient de retour au château pour faire une pause, tandis que Yae, Elze et Hilde dormaient chez elles après avoir terminé leurs patrouilles.

Nous ne pouvions pas vraiment nous permettre de baisser notre garde parce que nous savions qu’une Construction Haute arrivait… mais rester constamment tendu était aussi assez difficile.

« Touya, c’est l’heure du déjeuner. Tu veux manger ? »

« Déjà ? Bien sûr. Ça me paraît bien. »

Lu avait sorti deux boîtes à lunch et deux flacons de son sac. L’un était plus grand que l’autre. Elle nous avait versé un bol de soupe de la grande fiole et une tasse de thé de la petite. Puis elle m’avait remis une boîte à lunch. Je l’avais ouverte et je vis un savoureux étalage de riz et d’accompagnements.

« Wôw, c’est incroyable. Est-ce toi qui as fait ça, Lu ? »

« Oui. Je l’ai fait ce matin. Crea a fait celui des autres, mais je voulais faire le tien… »

Lu affichait un sourire timide pendant qu’elle parlait. La petite princesse avait un certain talent pour la cuisine, et elle l’avait encore affinée après être venue à Brunhild. Crea avait pris Lu sous son aile et avait utilisé de nombreuses recettes de mon monde que j’avais fourni afin de faire de la fille un excellent chef.

J’avais regardé le repas, j’avais souri et j’avais commencé à manger les crevettes frites. C’était délicieux. C’était même mieux que celles de Crea.

« J’adore ça. Tu t’es vraiment amélioré, Lu. »

« Merci beaucoup… Je suis heureuse de t’entendre dire ça. »

Le karaage et le tamagoyaki étaient aussi vraiment bons. En vérité, le chemin vers le cœur d’un homme passe par son estomac. Juste quand je pensais que rien ne pouvait être meilleur, j’avais essayé le ragoût.

« Wôw, c’est vraiment bon… Je veux manger ça tous les jours. »

« Je pense que quand on se mariera, je pourrai faire ça ! Hehe… ! »

Lu avait commencé à grignoter sa nourriture avec un visage rouge. J’étais reconnaissant pour ma vie actuelle. Je devais vraiment remercier Dieu pour toutes ces choses. Soudainement, je m’étais souvenu de quelque chose.

« Lu, en ce moment nous travaillons sur le Frame Gear de Sakura… mais qu’en est-il du tien ? J’imagine que tu voudras un Frame Gear de type mobilité avec des lames jumelles ? »

« Uhm, laisse-moi réfléchir… J’aime bien ce style, oui… mais j’aimerais privilégier l’adaptabilité. Elze, Hilde et Yae sont des unités d’avant-garde, tandis que Sue, Sakura et Leen sont des arrière-gardes. Je crois que je devrais être un Frame Gear de type commando qui peut alterner entre elles, un peu comme Linze. »

« Un commando ? »

« Je pense qu’un armement polyvalent serait utile. La possibilité pour moi d’alterner entre le combat à longue et à courte portée. »

Hm… Je suppose que c’est faisable. Il faudra sûrement passer d’un mode haut mobilité à un mode blindé. Il faudra aussi qu’il puisse se transformer tout en étant en mouvement. Je ne veux pas perdre de temps sur le champ de bataille. Je vois bien qu’un Frame Gear de type transformation est utile pour les tactiques non conventionnelles…

« Très bien. Essayons donc de faire ça. Pour l’instant, nous n’avons que le Dragoon comme Frame Gear de type mobilité. »

J’avais regardé vers le Chevalier Dragoon peint en vert tout près. C’était le même modèle que celui d’Ende, mais c’était quand même un vieux modèle.

Lu pilotait actuellement le Dragoon vert en attendant que son équipement personnel soit produit. Mais Lu était tout à fait capable de s’en occuper, donc ce n’était pas si mal comme mesure temporaire.

« Merci pour la nourriture, Lu. »

« Pas de problème, je suis contente que tu aies aimé. »

J’avais rangé ma boîte à déjeuner et j’avais souri. Après ça, on s’était reposé et nous avions bu notre thé.

« Grand Duc, Princesse, est-ce le bon moment ? »

« Pas de soucis, Gaspar. Qu’est-ce qu’il y a ? »

J’avais regardé la source de la voix et j’avais trouvé le chevalier commandant de Regulus, Gaspar. L’attaque était sur le territoire de Regulus, donc beaucoup de leurs chevaliers étaient là pour aider.

« Je suis heureux de voir que vous êtes plus proches que jamais. Brunhild et Regulus vont vraiment prospérer à ce rythme… »

Gaspar rit de bon cœur en parlant.

« Se passe-t-il quelque chose ? »

« Eh bien, rien en particulier, non… Je me demandais simplement si nous pouvions avoir plus de Frame Gear pour l’armée de Regulus. »

« Hm ? Encore plus ? »

J’avais été surpris par cette demande, car j’avais déjà donné à Regulus plus de Frame Gears que d’habitude. Vingt-sept Chevaliers et trois Barons Chevalier.

« En vérité, tout comme Brunhild, Regulus a fait une campagne de recrutement pour son ordre de chevaliers. Nous aimerions permettre à nos nouveaux hommes d’acquérir une certaine expérience du champ de bataille. Cela dit, je suis conscient qu’il y en a une Construction Haute parmi la Phase, et je ne nous mettrai pas en danger en ayant les novices à l’avant-garde. C’est pourquoi j’aimerais que vous autorisiez qu’un autre groupe de Frame Gears puisse se concentrer sur les Constructions Basses. »

Cela me semblait assez logique. Brunhild déployait également une équipe de débutants pour leur donner une expérience pratique du combat contre la Phase, donc la demande n’était pas déraisonnable. Cependant, je ne voulais pas qu’ils se battent contre une Construction Haute. En gros, leur travail consistait à suivre des instructions et à se faire une idée générale de l’atmosphère d’une situation de combat.

« Ont-ils utilisé les Frame Gears pour s’entraîner ? »

« Oui, ils ont terminé leur entraînement. Je n’aurais pas fait cette proposition autrement. Tant qu’ils ne sont pas sous pression, j’ai l’impression qu’ils pourront s’occuper des plus faibles sans problème. »

Je n’étais pas trop inquiet, car la magie de l’évacuation d’urgence sauverait tous ceux qui avaient été vaincus… Mais j’imaginais que ce ne serait pas nécessaire s’ils recevaient des instructions adéquates.

« Très bien. Je vous donne un autre chevalier baron et neuf autres chevaliers. Qu’en penses-tu ? S’ils sont endommagés, Regulus devra payer les réparations. »

« Très bien, merci. »

J’avais contacté Monica et je lui avais dit d’envoyer dix Frame Gears depuis le hangar.

Même si une Construction Haute devait arriver, les relevés n’indiquaient pas une quantité massive. Il n’y en avait même pas dix mille qui passaient. Nous utiliserons aussi les nouveaux modèles de Frame Gear. Je ne voyais pas le combat comme un grand défi.

Après le départ de Gaspar, j’avais demandé à Lu une autre tasse de thé.

« Hm… Regulus a plus de monde dans son armée, hein ? »

« Il semble que oui. Après le coup d’État, Regulus a perdu beaucoup de puissance militaire… »

« Ce général est vraiment allé trop loin… »

Le général Bazoar avait essayé de tuer l’empereur de Regulus en utilisant le pouvoir du Bracelet Bloqueur et du Bracelet Draineur. Il avait fini par invoquer diverses créatures démoniaques et avait même provoqué un coup d’État.

Après le coup d’État, lui et ses sympathisants avaient tous été mis à mort. Un grand nombre de militaires avaient également été condamnés à de lourdes peines. L’ordre des chevaliers de Regulus était séparé de l’armée de Regulus à l’époque. Mais après cela, l’armée était devenue une subdivision de l’ordre des chevaliers. Ils étaient coupables d’avoir déshonoré la nation, ils devaient donc être surveillés de près jusqu’à ce qu’ils soient réformés.

Heureusement, grâce à mes relations avec eux, leurs relations avec l’étranger s’étaient beaucoup, beaucoup améliorées. Grâce à cela, ils n’avaient plus besoin de se soucier autant de se défendre contre les nations étrangères. Ils étaient en paix avec Belfast, mais grâce à mon intervention, ils avaient aussi fait la paix avec Roadmare et Ramissh.

« C’était un incident tragique pour l’empire, mais je suis quand même contente que ce soit arrivé. C’est comme ça que je t’ai rencontré, Touya. Est-ce mal pour moi de penser de cette façon ? »

« Pas du tout. Sans cet incident, je ne t’aurais jamais rencontré. Si tu le dis comme ça, je dois peut-être même un peu reconnaissant envers ce général pour ses plans diaboliques. Même si c’est égoïste, je suis content qu’on se soit rencontrés. »

Nous nous étions souri tous les deux. J’étais vraiment reconnaissant de l’avoir à mes côtés.

Lu était une travailleuse acharnée. Elle était également concentrée au point de ne pas renoncer à ses objectifs. Mais malgré cela, elle était douce et gentille.

Nous regardions au loin et nous étions assis tout près l’un de l’autre. Peu à peu, nous avions tous les deux fermé les yeux. Et puis…

« Ohoho… Quelle audace… ! »

« Shhh, Sue. Baisse la voix. »

« Hmph… Je mentirais si je disais que je n’étais pas un peu jalouse. »

L’apparition soudaine de voix étouffées nous fit ouvrir les yeux.

Sue, Linze, Paula et Leen nous regardaient toutes en cachette, derrière un rocher au loin.

 

 

« Les F-f-filles, qu-quand avez-vous commencé à nous regarder ?! »

Lu avait soudainement eu son visage tout rouge, bégayant vers les trois filles et la peluche.

« Je suppose que c’était au moment où Gaspar était là ? »

« Et-et bien, nous étions juste curieuses à propos du déjeuner… alors nous sommes venues prendre des nouvelles de vous, et nous ne voulions pas gâcher l’ambiance… »

« Je leur ai dit de ne pas s’en mêler, bon sang… »

Le trio avait répondu à leur manière alors que Paula se tenait fièrement aux pieds de Leen. Elle se gonflait la poitrine avec fierté. C’était un peu ennuyeux et déplacé, mais c’était Paula.

Lu s’était accroupie et avait mis ses mains sur son visage, la pauvre fille était complètement rouge comme une betterave.

« Uwaaah… C-Comme c’est embarrassant… »

« Tu ne devrais pas être gênée, idiote. Touya est notre futur mari ! Il n’y a pas de honte à avoir un petit rendez-vous amoureux ! »

Sue parlait très clairement, en penchant la tête comme si elle ne comprenait pas le problème.

« Je ne suis pas tout à fait prête pour la prochaine étape… »

Lu détourna son regard suite à la provocation de Sue. Elle avait raison. Ce n’était pas comme si nous en étions à ce stade. Pourtant, j’avais l’impression que beaucoup de barrières personnelles avaient été franchies au fil du temps.

« Notre précieux petit chéri ne fait pas souvent ce genre de choses avec nous. J’aimerais être un peu plus proche de lui, de moi-même… »

***

Partie 2

« C’est vrai ! Pour être honnête, Touya a besoin de flirter un peu plus avec nous ! »

« Qu… Quoi ?! »

Lâchez-moi un peu, je suis japonais ! Je ne suis qu’une personne issue d’une classe modeste, la plupart des gars de ma génération n’ont donc même pas de copine ! Vous me demandez d’escalader une montagne ici… Si je faisais quelque chose comme flirter en public dans mon ancien monde, j’invoquerais la colère des guerriers du clavier. Voir ce genre de chose vous donne envie de crier « Crève, péquenaud ! Fous le camp d’ici ! »

« C’est ça ! Je veux que tu me serres bien fort, Touya. »

« Moi aussi. Je veux marcher main dans la main avec toi, et t’offrir à manger au restaurant… »

« Ça a l’air bien. Ne peut-on pas au moins en faire autant ? »

Hngh… C’est juste un gros obstacle à franchir pour moi… Je ne veux énerver personne en faisant ça publiquement.

« C’est bon, non ? Et si on le faisait sans personne pour nous déranger. Faisons des câlins en privé. »

Sue s’était soudainement précipitée sur moi et commença à me faire des câlins par devant.

H-Hey ! Ce n’est pas parce qu’il n’y a personne autour que c’est moins gênant !

« A-Ah… M-Moi aussi ! »

« Hm… Je veux participer à ça. »

« Gh — Quoi ?! »

Linze et Leen m’avaient soudainement attaqué par la gauche et par la droite.

Argh ! Lâchez-moi un peu ! Même Paula s’était jointe à l’attaque et me serra la jambe.

« N-Ne l’accaparez pas toutes ! Moi aussi ! »

« Whoa! »

Lu avait soudainement parlé et m’avait attrapé par derrière. Je n’avais nulle part où m’échapper. Quatre ennemis, ou euh… de jolies filles m’avaient encerclé sous tous les angles.

Ce n’est pas comme si ce n’était pas mignon, mais c’est quand même embarrassant ! C’est pire que ce que je craignais ! Que quelqu’un me sauve !

« Attention ! Fissure dans le ciel localisée ! La Phase va bientôt se mobiliser ! À toutes les unités, préparez-vous au combat ! »

Une alarme avait soudainement sonné, et les environs s’étaient réveillés bruyamment. Linze et les autres filles s’étaient soudainement détachées de moi et s’étaient dirigées vers leurs Frame Gears.

J’avais été sauvé par le gong… J’avais cependant eu des sentiments mitigés envers la Phase qui m’avait sauvé de ma situation.

Ce n’était pas comme si je ne voulais pas flirter avec elles… Après tout, elles étaient toutes les neuf fiancées avec moi… Je savais que je devais être un peu sociable avec elles, mais quand même…

J’avais décidé d’y aller doucement. Je n’avais pas besoin de flirter en public… Je ne voulais juste pas que quelqu’un se mette en colère ou soit jalouse. Dans ce monde, quelqu’un pourrait littéralement me faire « foutre le camp » avec un sort bien placé !

J’avais poussé un soupir et je m’étais dirigé vers notre base d’opérations.

◇ ◇ ◇

Les balles de phrasium qui sortaient du canon Gatling de Leen avaient réduit en miettes une foule entière de Petites Constructions.

« Hoho, ils sont plus fragiles que je ne le pensais. »

Leen avait souri alors que son Grimgerde détruisait un escadron entier de Phase de type Manta aéroportée avec une grêle de balles.

La trappe pectorale s’était ouverte et d’autres canons Gatling émergèrent pour anéantir encore plus d’ennemis. Après cette salve, le Grimgerde commença sa période de refroidissement pour éviter la surchauffe.

Plusieurs Chevaliers se déplacèrent pendant cette période pour briser les noyaux de Phase que son attaque n’avait pas réussi à détruire.

L’équipement de Leen avait plusieurs inconvénients. Le premier était que ses alliés ne pouvaient pas aller dans la zone et attaquer pendant son tir. Les tirs amis constituaient un risque énorme en raison de l’imprécision de son assaut.

Deuxièmement, ses attaques n’étaient pas assez précises pour toucher les noyaux tout le temps. Même si les ennemis étaient mis en pièces, si le noyau était intact, ils se régénéraient tout simplement. Ceci étant dit, elle était capable de concentrer ses salves.

Le troisième et dernier problème était qu’elle ne pouvait pas maintenir un feu soutenu pendant un certain temps. Le corps du Frame Gear s’était lentement réchauffé tandis qu’il continuait son attaque. Le Grimgerde était partiellement construit en Phrasium, il y avait donc un élément d’autoréparation dans sa composition, mais cela ne suffisait pas à atténuer les dégâts d’un barrage constant. C’était pourquoi la période de refroidissement était devenue nécessaire.

C’était aussi pourquoi nous devions l’associer à des personnes capables de couvrir ces faiblesses. Le Grimgerde était sans défense quand il cessait de tirer. Les Phases aéroportées commencèrent à concentrer ses attaques sur la machine inactive. Mais soudain, les balles étaient apparues comme venues de nulle part et détruisirent le tout.

« Merci pour l’aide, Linze. »

« Pas de problème ! »

Helmwige était passé comme un avion à réaction et avait détruit une multitude de Phases qui étaient encore dans les airs. Bon travail, Linze !

Le Frame Gear de Linze s’était déplacé dans tout le champ de bataille et avait soutenu diverses zones avec des attaques de type raid. Tout comme nous voulions que le Frame Gear de Lu soit, il avait pris la position de commando.

Sur le terrain, Lu s’était précipitée dans son Dragon vert, tranchant les ennemis avec ses deux lames.

Leen et les autres avaient déjà commencé un autre combat à l’arrière.

« Stardust Shell ! »

Sue haussa la voix tandis que le Seigneur Ortlinde levait son bras gauche, produisant une multitude de boucliers de lumière en forme d’étoile. Les boucliers s’alignèrent et défendirent ses alliés dans la région.

Le Stardust Shell était un puissant bouclier qui rejetait complètement les rayons qui avaient été tirés par une bande de carpes koïs aéroportées. À ce moment précis, le mécha doré avait levé son bras droit et avait tiré tout l’avant-bras au niveau du coude.

« Cannon Knuckle Spiraaaaaaal!!! »

La main tirée s’était envolée en l’air, écrasant les Phases de type carpe koï les unes après les autres en une succession rapide. Le coup de poing fusée vola en arc de cercle avant de revenir au corps principal du robot.

Ouah… Ils ont ajouté un mode qui lui fait faire ça… Eh bien, je suppose que c’est assez pratique.

J’avais dit à Sue d’utiliser Ortlinde pour se concentrer sur la défense du QG. Son mécha était adapté pour cela, étant donné ses capacités défensives élevées. De plus, je ne voulais pas que Sue soit en première ligne. Elle était encore trop jeune pour cela. Mais je ne voulais pas qu’elle pense que j’étais injuste.

J’avais utilisé le [Vol] pour traverser le champ de bataille et vérifier un groupe qui semblait avoir des difficultés.

« Cinquième Escadron ! Ce n’est pas parce qu’ils sont de petites constructions que vous devez les affronter en tête à tête ! Soutenez-vous les uns les autres et faites attention à vos alliés. »

« Oui, monsieur ! »

Je leur avais donné des instructions par le biais de mon smartphone. Le cinquième escadron était composé des nouvelles recrues. Ils n’étaient pas habitués aux batailles de mêlées. Ils devaient vraiment faire plus attention à leur situation. Leur pouvoir était une épée à double tranchant.

« Enlace-toi donc, Glace ! Malédiction gelée : [Liens de glace] ! »

J’avais invoqué un sort de type restriction et l’avais jeté sur les Phases qui attaquaient le 5e Escadron. Leurs jambes étaient prises dans un piège de glace, ce qui limitait leurs mouvements. Ils pouvaient facilement s’échapper en cassant leurs membres, mais même les arrêter un court instant serait un grand avantage.

Les chevaliers du cinquième escadron commencèrent à briser les Phases les unes après les autres. J’avais pensé qu’ils s’en sortiraient bien à ce moment-là.

En regardant autour de moi, je vis trois Frame Gears arriver du QG. Un rouge, un violet et un orange.

« On t’a fait attendre, hein ? »

« Pardonnez notre retard, Touya-dono ! »

« Désolé pour notre retard ! »

C’était Elze dans son Gerhilde, Yae dans son Schwertleite, et Hilde dans son Siegrune.

Toutes les trois avaient dormi dans le château, il fallait donc s’attendre à leur arrivée tardive.

Yae avait pris les devants, dansant à travers le champ de bataille avec sa lame en Phrasium. Elle coupait les Phases proprement en deux, sans manquer un seul noyau.

Ainsi, les trois demoiselles de la mort commencèrent leur déchaînement.

« Mon seigneur. Il y a une grande distorsion spatiale à environ un kilomètre du QG. La construction supérieure arrive bientôt. »

« Alors c’est presque là, hein… ? À toutes les escouades, éloignez-vous du point d’émergence prévu. »

« Bien reçu. »

Tsubaki confirma que le gros poisson arrivait, j’avais utilisé mon [Stockage] pour sortir quelques morceaux de Phrasium pour mon attaque de pluie de météorites.

Le plan était de l’écorcher dès qu’il sortirait. Utiliser une attaque comme celle-là ne suffirait probablement pas à en retirer le noyau, mais l’épuiser avec l’attaque-surprise suffirait à l’affaiblir et à le terminer par une attaque totale.

J’avais invoqué la [Détection Lointaine] pour vérifier la zone perforée dans l’espace. Elle se fissurait de plus en plus, ce qui signifiait que la créature était sur le point d’émerger.

Le bruit du verre éclaté retentit dans l’air. En quelques instants, la Construction Haute était arrivée en criant à travers la déchirure dans notre monde.

« GRAUUURGH ! »

Elle cria dans les cieux, son corps scintillant et étincelant dans la lumière du soleil. La forme montagneuse de la créature fit trembler la terre sous ses pieds.

Son dos était grand, courbé et lisse. Ses six pattes étaient trapues et corpulentes. Il avait une longue queue en forme de serpent, avec plusieurs épines en pointe le long de la queue. Sa courte tête surgissait de son corps.

C’était une tortue géante. Ou peut-être ressemblait-elle davantage à un crocodile. Pourtant, aucune tortue que j’avais vue n’avait six pattes et une double lame de scie sur sa carapace.

En ce qui concerne les noyaux… Elle n’en avait qu’un. Je pouvais voir la lumière orange terne qui sortait du fond de sa carapace.

« Elle est énorme ! Bien que… peut-être que c’est à peu près la moyenne pour une Haute. Si c’est le cas, ça en fait une cible facile… Finissons-en avec ça… Pluie de météorites ! »

J’avais invoqué le pouvoir de [Porte], en ouvrant plusieurs au-dessus de la bête. Les « météores » cristallins commencèrent à pleuvoir sur elle, leur poids étant augmenté par la [gravité]. Mais alors que j’étais certain de mon succès, la tortue rentra sa tête, sa queue et ses pattes dans la carapace centrale. Je n’avais pu que constater, en état de choc, que mon tir de barrage s’était écrasé sur la carapace, ne faisant absolument aucun dégât.

« Gh… Ses défenses sont-elles si bonnes que ça ? »

On aurait dit que c’était une Phase axée sur la défense. J’avais soupiré légèrement quand la créature massive avait sorti sa queue épineuse de sa coquille. Tout à coup, les épines avaient été tirées vers l’extérieur dans de multiples directions, comme une salve de missiles.

« Tsk, pas bon ! À toutes les unités, mesures d’évitement ! »

Les épines s’étaient brisées en volant dans l’air, créant d’autres fragments. C’était comme une attaque de bombes à fragmentation.

Bon sang ! Heureusement, les dégâts étaient négligeables. Tout le monde avait déjà quitté la zone de façon préventive à cause de mon attaque de pluie de météorites. Ceci étant dit, plusieurs Frame Gears avaient été touchés. Ils avaient cessé de bouger, et leurs couleurs étaient devenues grises, signifiant que leurs pilotes s’étaient éjectés.

« Gaaah ! Brise ! »

Le Gerhilde d’Elze se dirigea vers le géant, s’écrasant contre l’une de ses jambes massives avec son pieu. Elle le toucha à deux reprises, le premier provoquant une brève fissure et le suivant brisant complètement la jambe.

***

Partie 3

Pourtant, la tortue avait trois paires de pattes. Elle ne tomberait pas si facilement. J’avais envisagé d’utiliser [Glissade] pour la mettre sur le dos, mais Elze était dans le chemin. Je ne voulais pas qu’elle tombe sur elle.

Elze s’était soudainement retirée, permettant à Hilde et Yae de se rapprocher avec une attaque en deux temps qui écrasa les deux autres pattes du même côté.

La créature avait immédiatement perdu l’équilibre et tomba sur la gauche. Yae et Hilde s’étaient retirées en quelques secondes, évitant habilement la chute de la Phase.

Mais nous ne pouvions pas nous reposer sur nos lauriers. Elle était peut-être immobilisée, mais elle avait tout de même ouvert la bouche pour recueillir des particules de lumière.

Merde ! Il va tirer un rayon ? ! Le Grimgerde de Leen lança une salve dévastatrice, mais chaque tir avait simplement arraché sa carapace comme s’il n’était rien. La carapace n’était pas seulement dure en termes de structure, elle avait aussi une sorte de propriété naturellement réfléchissante. Dans un sens, elle était similaire au style de combat défensif de Spica.

« Cannon Knuckle Spiraaaaaal !!! »

Le Frame Gear de Sue, Ortlinde, frappa la tête de la tortue avec un poing chargé à bloc, la brisant en petits morceaux. La lumière s’était éteinte alors que son cou pendait mollement.

Bon travail, Sue ! Malheureusement, j’avais célébré trop tôt. Ses pattes et sa tête avaient commencé leur cycle de régénération. Nous devions briser le noyau, mais la seule question était de savoir comment.

Alors que je me demandais quoi faire, mon smartphone s’était mis à vibrer.

« Touya… Ne veux-tu pas essayer d’utiliser… ça… ? »

C’était le Docteur Babylon.

« Attends… tu veux dire que… ?! Le truc que Rosetta a fait… ? N’as-tu pas dit que cette chose consomme une tonne de magie ? »

« Eh bien, c’est vrai… Même en combinant la magie de Linze et de Leen, tu ne pourras en tirer qu’une seule balle… C’est quand même mieux que rien, non ? J’ai aussi leur consentement. Tout dépend de toi. »

Hrmph… Je voulais avoir la chance de le tester d’abord, mais la situation est un peu désespérée…

Helmwige et Grimgerde s’étaient mis en formation, se préparant en faisant face au lourd canon qui se matérialisait devant eux. Une énorme ancre était sortie du canon, enfonçant profondément dans le sol, empêchant tout dommage majeur dû au recul.

Il s’agissait en fait d’un canon géant à pouvoir magique. Je l’avais appelé Brionac. Son canon était trois fois plus long qu’un châssis standard et tirait une balle massive et spécialisée imprégnée d’ [Explosion]. Elle était également imprégnée du sort [Lance Spirale], provoquant la rotation des fragments de la balle après l’impact pour une vitesse maximale et un potentiel de dommages élevé.

Il fallait du temps pour charger l’arme avec un pouvoir magique, et elle ne pouvait pas vraiment tirer en succession rapide. Malgré cela, elle était capable de faire des dégâts considérables. C’était une sorte de tir unique, un tir mortel.

« Vous êtes prêtes ? »

« Oui, nous sommes prêtes ! »

« Comme nous le serons toujours. »

Linze avait canalisé sa magie du Feu dans Brionac comme Leen avait canalisé sa magie du Vent. La jauge sur le côté du canon commença à monter progressivement.

« Soixante-quinze pour cent… 80 %… Quatre-vingt-cinq… Quatre-vingt-dix… ! »

Le docteur nous avait tenus au courant de la situation alors que nous dirigions l’arme vers la tortue. Nous visions sa gorge. Un tir à cet endroit pourrait pénétrer jusqu’au cœur et exploser à l’intérieur de la carapace. Elle ne serait pas capable de se défendre.

Sa tête et ses pattes étaient presque entièrement restaurées, nous devions donc tirer immédiatement.

« Prêt à tirer ! »

« Compris ! Feu ! »

Le Brionac produisit un coup de tonnerre en crachant des flammes. Le canon du fusil lui-même s’était brisé et s’était fissuré à cause du recul.

La balle massive était sortie de l’extrémité et s’était écrasée sur le cou de la tortue. Très bien ! Montre-leur de quoi tu es fait, Brionac !

Après l’explosion initiale, la balle, maintenant un peu plus pointue et rainurée, commença à tourner violemment contre le corps de la tortue. Elle était en train de percer. La construction supérieure était complètement impuissante à l’empêcher de percer son corps de cristal, de sorte qu’elle ne pouvait que rugir lorsqu’elle était violemment pénétrée.

La trajectoire de la balle l’avait menée droit au cœur, pulvérisant la sphère orange en quelques secondes avant de faire une sortie rapide par l’arrière de la bête.

La structure supérieure s’était immobilisée, puis tout son corps commença à se briser.

Les fissures s’étaient reliées et la structure entière s’effondra, créant une montagne scintillante. En quelques instants, ce n’était plus que des débris jonchant les belles plaines de l’empire Regulus.

« Nous l’avons fait… »

La vapeur s’était précipitée hors de Brionac alors que son mécanisme de refroidissement s’enclenchait. Helmwige et Grimgerde cessèrent également de bouger, tombant à genoux et se taisant complètement.

« Vous deux, ça va ? »

« D’une certaine façon, oui… »

« Qué... C’était terrible, chéri… Toute ma magie a pratiquement disparu… Agh… Un deuxième coup serait impossible. »

Ça leur avait vraiment pris beaucoup d’énergies. Je m’étais néanmoins dit qu’on pourrait peut-être faire un deuxième tir en utilisant Yumina et Sakura. Je ne pouvais pas le faire moi-même, car le recul était assez fort pour détruire un Frame Gear, et Brionac avait été lui-même endommagé au cours du processus… Honnêtement, c’était assez dangereux.

Quoi qu’il en soit, j’avais pensé que nous pourrions l’améliorer pour une utilisation future. Après tout, le docteur saura le faire.

« Très bien, les gens. La construction supérieure est morte. Commencez l’opération de nettoyage. »

« Entendu ! »

Les Frame Gears avaient commencé à nettoyer les Phases les plus faibles, une par une. Je n’avais pas vraiment fait quelque chose d’important dans ce combat…

Il y avait plusieurs nouveaux Frame Gears utilisés, et les filles travaillaient toutes très bien en tandem, mais il semblerait que je n’avais plus besoin de faire quoi que ce soit de spécial.

Pourtant, j’avais soupiré de soulagement et j’étais sur le point de me féliciter pour ce travail bien fait… Quand j’avais remarqué que toutes les Phases du voisinage avaient cessé de bouger.

C’est quoi leur problème ?

« T-Touya, regarde ! »

Linze utilisa Helmwige pour pointer vers le ciel, montrant une nouvelle déchirure dans l’espace. Le son des déchirures et des craquements se répandit dans l’air. Bien plus intensément que lorsque la construction supérieure était arrivée.

Oh merde, ne me dites pas… ! Quelque chose traversa. Quelque chose de petit. Quelque chose d’humanoïde. Il sauta à travers le trou dans l’espace et commença à surveiller la zone.

Un corps de cristal, une forme humaine, un pouvoir incroyable… Une construction Dominante.

C’était la quatrième que je voyais. Je m’étais souvenu de Ney, la femme qui cherchait à blesser Ende. Je m’étais souvenu de Gila, l’homme fou de bataille. Et je m’étais aussi souvenu de Lycee, l’observateur à l’allure féminine qui s’était rangé du côté d’Ende.

Celle-ci, je ne m’en souvenais pas. C’était quelqu’un de nouveau. Il avait un beau visage et avait l’air distinctement masculin. Mais je ne savais pas si le sexe ou le genre était important pour la Phase. Ses « cheveux » étaient longs et élégants, mais ses yeux étaient glacés comme de la glace.

J’étais descendu au sol pour l’affronter. Il me regarda, mais l’expression de son visage n’avait pas bougé d’un pouce.

Il pointa lentement son doigt vers moi, en l’étendant dans un mouvement d’obliquité.

« Qu — ?! »

Le doigt s’était étendu vers moi, et je l’avais dévié en utilisant mon Brunhild.

C’est sorti de nulle part ! Si j’étais un humain normal, je serais mort à coup sûr ! Son doigt s’était brisé. J’avais remarqué un changement subtil dans son expression quand il remarqua ça. Il semblait un peu choqué, mais seulement pendant un moment. Son doigt s’était rétabli en quelques secondes.

« … Hmph. Alors cela doit faire de toi le complice d’Endymion. »

« Vous pouvez parler ? »

« Gila a partagé la langue de ce monde avec moi. Tu dois être ce Touya. »

« … Euh, effectivement. »

Qui est ce type, et comment sait-il pour moi ? Ce salaud de Gila a répandu des rumeurs sur moi là-bas ? Bon sang… J’avais soupiré, en jurant doucement le nom de Gila.

« Je ne suis pas comme Gila, je n’ai aucun intérêt pour un misérable comme toi. Il y a quelque chose dont je dois m’occuper avant que le recul ne se fasse sentir. Reste en dehors de mon chemin. »

Le recul… ? La chose qui renvoie les Constructions Dominantes au-delà de la frontière ? Ende m’avait expliqué que ce recul ramènerait les créatures d’une certaine force de l’autre côté, mais qu’il serait de moins en moins efficace sur elles au fur et à mesure qu’elles passeraient. Au final, elles seraient capables de voyager librement à travers le monde sans aucune limitation.

Les Constructions Dominantes ne pouvaient pas rester longtemps dans le monde. Même Gila ne pouvait rester que trente minutes au total. Malgré tout, cela avait été suffisant pour qu’ils fassent des ravages. Je devrais donc m’occuper de ce type rapidement.

« Je ne sais pas ce que tu veux faire, mais je ne peux pas rester là à te regarder faire. »

J’avais utilisé la [Téléportation] pour passer derrière lui. Ensuite, j’avais fait descendre mon arme au-dessus de sa tête dans le but de le couper en deux en plein milieu, mais il esquiva. Je n’avais attrapé que son bras.

Il se tourna vers moi depuis sa nouvelle position, me regardant d’un air choqué.

« … Je comprends mieux. Gila avait vraiment une raison de s’extasier sur toi de cette manière. »

Son bras droit avait commencé à se régénérer sous mes yeux. La vitesse à laquelle son corps pouvait se rétablir était bien plus rapide que l’autre Phase.

« Je ne suis pas comme Gila. Je ne trouve aucun plaisir à la guerre. Je ne m’intéresse pas non plus à toi. »

« … Alors tu es juste là pour le Souverain ? »

« Je l’ai été, une fois. »

« Hein ? »

Avant que je puisse lui demander ce qu’il voulait dire, j’avais remarqué une Phase poisson à queue volante se dirigeant dans notre direction.

J’avais été distrait, je n’avais donc pas remarqué que la Construction Dominante s’était précipitée vers moi et avait tenté un coup de paume.

« Guh ! »

J’avais instinctivement levé mon bras gauche, mais j’avais été repoussé par cette force incroyable.

Bon sang… ! J’avais changé de position pour me préparer à une nouvelle attaque, mais le Dominant avait déjà fait son mouvement. Il sauta par-dessus moi, atterrissant sur le dos de la Phase à queue volante.

« Le recul arrive, bientôt. Je n’ai pas le temps de m’occuper de tes petites batailles aujourd’hui. Tu peux m’appeler Yula. Nous nous reverrons, Touya. »

Yula commença à s’envoler sur le poisson volant.

Comme si je te laisserais t’échapper ! J’avais invoqué [Vol] et je l’avais poursuivi. Alors que j’étais sur le point de le rattraper, son corps avait soudainement émis un éclair aveuglant.

« Hngh ?! »

Mon champ de vision avait été réduit à un blanc pur. Quand j’avais pu enfin voir à nouveau, Yula avait disparu.

C’était une tactique d’écran de fumée… ?!

« Recherche ! Phase aéroportée ! »

« Recherche terminée. Quatre résultats. »

Mon smartphone afficha les résultats, et je vis que trois d’entre eux étaient encore sur le champ de bataille. Cela signifiait que l’autre devait être celui à bord duquel se trouvait Yula. Il se dirigeait vers l’ouest, extrêmement vite.

***

Partie 4

J’avais volé en ligne droite pour l’intercepter. J’avais volé pendant environ cinq minutes avant de finalement le rattraper. Il était face à moi, et prête à lancer un faisceau de lumière. Cependant, Yula n’était nulle part.

« Bon sang ! »

J’avais sorti mon Brunhild avec colère et j’avais tiré une balle en plein cœur. Ce n’était au final qu’une misérable construction intermédiaire.

Elle était tombée, des morceaux scintillants s’étaient écrasés sur le sol.

« Recherche. Construction dominante. »

« … Recherche terminée. Aucun résultat trouvé. »

Attends… rien ? C’est quoi ce bordel ? Est-ce que ce truc de recul l’a déjà renvoyé ? Ou peut-il bloquer ma magie d’une manière ou d’une autre… Et de toute façon, qu’est-ce qu’il cherchait au juste ? !

Soudainement, j’avais senti une douleur lancinante dans mon bras. J’avais regardé en bas et j’avais vu qu’il était presque cassé. J’étais tellement absorbé par la poursuite que je ne l’avais même pas remarqué. Je jetais donc un sort de récupération pour soulager la douleur.

Les Constructions dominantes ne pouvaient pas rester longtemps dans ce monde, pas tant que le contrecoup était actif. Ils étaient toujours ramenés dans l’espace entre les mondes, donc la seule question que je me posais était de savoir ce que cette phase essayait d’accomplir en si peu de temps.

Je n’avais pas de réponse… mais un sentiment de mauvais augure s’était installé dans mes tripes ce jour-là.

◇ ◇ ◇

« Hrmph… Il semblerait que je sois de retour. »

Victime du recul, Yula s’était retrouvée dans l’espace entre les mondes. Il y avait une petite bosse sur la route, mais ça ne l’avait pas dérangé. Il avait fait ce qu’il avait prévu de faire.

« Yo ! Comment était-ce l’autre côté ? Quelque chose d’intéressant ? »

La voix de Gila résonnait dans l’obscurité. Yula le regarda, apparemment insatisfait, puis poussa un soupir.

« J’ai rencontré le Touya que tu louais autant. C’est une créature puissante. Un de mes bras a été perdu dans une bagarre avec lui. »

« Pfftahaha... Tu vois ? Je t’avais dit que mes plus belles capacités d’évaluation étaient infaillibles. Laisse-moi juste clarifier les choses, d’accord ? Ce petit voyou et le Noyau Souverain sont mes trophées à réclamer. Touche à l’un ou l’autre et je te briserai tout autant. Compris ? »

« Si tu le dis. Je ne m’intéresse ni au noyau ni à Touya. »

« Tsk. Tu sais que tu es toujours aussi difficile à lire ? Je n’ai aucune idée de ton plan, mais je m’en fous tant que tu restes en dehors de mes affaires. »

Gila avait encore une fois sombré dans le noir. Gila était une personne qui pensait simplement, et ne considérait que deux choses. Des ennemis à combattre, et des ennemis à soumettre.

Yula, par contre, avait été découpée dans un autre tissu.

Yula cherchait le pouvoir, c’est vrai. Mais ce n’était pas la force physique brute que Gila désirait. Yula recherchait la domination absolue, la capacité de faire céder n’importe quel autre à sa volonté.

Yula cherchait le pouvoir absolu sur la Phase, le pouvoir du Noyau Souverain. C’était une capacité qui lui donnerait le contrôle sur toute la race. Une capacité qui lui permettrait même de dominer d’autres Constructions Dominantes. C’est pourquoi il avait travaillé si dur pour découvrir la méthode pour voyager de force dans les mondes. C’est pourquoi il l’avait partagée avec son espèce.

Mais plus il voyageait, plus il se battait, et plus il rasait de mondes, plus il commençait à sentir un vide grandissant en lui.

S’il devait prendre le Noyau Souverain… S’il prenait ce pouvoir en lui, il aurait la domination sur la Phase. C’était vrai, et pourtant… Ce n’était pas suffisant. Il ne régnerait que sur un seul monde. Lentement, il réalisa la diversité de la vie. L’immensité du cosmos. Il n’était plus possible de se contenter de régner sur la Phase. Il souhaitait régner sur toute la vie, sous toutes ses formes.

Mais comment pouvait-il réaliser un tel exploit ? La conclusion était simple. Il devait devenir une existence au-delà du Souverain.

Au cours de ses voyages à travers les différents mondes, Yula avait pris conscience de vagues existences. Quelque chose qu’il ne pouvait pas comprendre, mais qu’il pouvait indéniablement sentir. Ce qu’il ressentait, c’était la divinité, quelque chose qui appartenait à des créatures appelées dieux.

Il ne pouvait pas les voir. Il ne pouvait pas vraiment les sentir. Il n’en avait jamais rencontré, et il n’avait aucun moyen de prouver leur existence. Mais il avait vu des aperçus de leur divinité ici et là, à travers les myriades de mondes qu’il avait traversés. Les preuves qu’il avait trouvées n’étaient pas vraiment si nombreuses. Des trésors sacrés, des lames sacrées, des objets puissants d’origine mystérieuse. Mais aussi petites que soient ses preuves, il sentait toujours la faible divinité cachée en lui.

Yula avait senti quelque chose avant que la déchirure ne s’ouvre et il est descendu dans ce nouveau monde. C’était une impulsion, similaire aux longueurs d’onde émises par la Phase, mais aussi très différentes. L’impulsion emportait avec elle le parfum de la Divinité. Il y avait sûrement un dieu dans ce monde, Yula pouvait le sentir. Il l’appelait.

Dès qu’il le sentit, il courut vers la frontière. Une construction supérieure avait percé la frontière il n’y a pas longtemps, lui donnant l’ouverture parfaite. Après avoir percé et traité le Touya, il s’était dirigé vers la source… et l’avait obtenue. Malgré les obstacles, il avait réussi à l’acquérir au moment même où le recul le ramenait dans l’espace entre les mondes.

La nature de l’objet qu’il avait acquis était assez simple. C’était un petit œuf qui brillait d’un or éclatant.

« Hm… ? Qu’est-ce que… ? »

L’œuf se mit à vibrer et à frissonner, avant de se dissoudre en une substance boueuse et de glisser entre les doigts de Yula.

Lentement, la tache semblable à une amibe s’était solidifiée et changea de couleur, jusqu’à ce qu’elle prenne la forme d’un vieux mâle humain.

Elle prit la forme d’un vieil homme maigre aux cheveux blancs. Le vieil homme regarda autour de lui, puis Yula lui-même.

« C’est… l’espace entre les mondes, hm ? Oh, c’est charmant. Ils ne me trouveront pas ici… »

« … identifiez-vous. »

« Moi… ? Euh, eh bien… Je suis un dieu, bien sûr. »

Yula sentit la divinité boueuse qui émanait du vieil homme, et il crut immédiatement à ses paroles. Un sourire malicieux se répandit sur le visage de la créature de cristal alors que son plan se mettait en place…

***

Interlude 2 : Une nuit mouvementée

Partie 1

« … Hm ? »

« Qu’y a-t-il, Touya ? »

J’étais à Regulus avec Lu. Vu que nous n’y étions pas allés depuis un moment, on ne voulait pas rentrer les mains vides. On était alors passé au marché au retour. Lu avait aussi dit qu’elle voulait avoir des ingrédients frais pour le dîner.

Gallaria était une ville énorme, même selon les normes occidentales, et elle contenait un peu de tout. Il y avait toutes sortes d’aliments disponibles, y compris des choses que je n’avais jamais vues auparavant.

Une variété d’odeurs se dégageait du marché animé. L’une de ces odeurs était celle dont je me souvenais très bien.

« Cette odeur… »

« Quelle odeur… ? »

Lu pencha la tête en signe de confusion alors que le parfum s’infiltrait doucement dans la brise. Je me demandais d’où elle venait. J’avais suivi cette odeur dans le marché et je l’avais finalement trouvé. Sans aucun doute, c’était une odeur qui me rappelait mon ancien monde.

Ce n’était pas trop cher également. J’en avais pris un peu et j’avais hâte d’en profiter après le dîner.

« Qu’est-ce que c’est, Touya-dono… ? Ça sent bon, mais… »

Yae s’était assise et avait porté l’objet à son nez, et l’avait reniflé. Quand je les avais trouvés à l’étal, ils étaient correctement torréfiés et vendus aux clients, mais ça ne sentait pas si fort quand c’était des haricots crus.

« Est-ce que c’est une sorte de… noix ? »

Leen le regarda avec le front plissé. Dans mon ancien monde, le grain de café était la graine d’une plante. C’était probablement la même chose ici. J’espérais que ce n’était pas une sorte de plante maléfique ou une sorte de créature.

En tout cas, c’était un grain de café. J’avais trouvé du café. Je n’avais aucune idée que le café existait dans ce monde. D’après ce qu’on m’avait dit, il ne poussait que dans certaines régions, et il n’était pas particulièrement populaire, donc peu de gens le connaissaient.

Elze avait légèrement haussé les épaules après avoir regardé le grain dans la bouche de Yae, puis en avait pris un pour elle et l’avait mis dans sa bouche. Ce fut soudain.

« … C’est un peu dur, et pas vraiment savoureux… »

« Vous n’êtes pas vraiment censé le manger cru… »

J’avais du moins confirmé via [Recherche] que ce n’était pas toxique… Comme le vendeur de Gallaria le préparait et le faisait rôtir lui-même, je m’étais dit qu’il était préparé de la même façon dans ce monde que dans le mien. Mais ce n’était certainement pas le genre de haricot qu’on mangeait tout seul.

« Désolé de vous avoir fait attendre. »

« Désolé pour l’attente ! »

« La préparation est prête. »

Elles étaient enfin là.

Trois de nos servantes, Lapis, Renne et Cesca, avaient apporté des tasses de café dans la chambre. J’avais cherché sur internet comment préparer correctement le café et je le leur avais montré.

« Oh… Ça sent bon. »

« Ce genre de haricot sent bon quand il est torréfié. »

Yumina et Lu semblaient enchantées par l’odeur qui commençait à se répandre dans la pièce. Personnellement, je ne pensais pas que c’était si magique, mais j’étais quand même heureux de le sentir.

« Uhm… Touya ? Est-ce que cette boisson est censée être noire comme ça, ou… ? »

Hilde pencha légèrement la tête en regardant par-dessus la tasse. Il était clair qu’elle n’avait jamais vu de café auparavant.

« C’est une boisson noire effrayante… »

« Ça sent bon… Ça sent bon… »

Sue semblait curieuse à propos de la boisson. Mais je ne savais pas pourquoi Sakura avait dit exactement la même chose deux fois.

« C’est du café. C’est une boisson aimée par beaucoup de gens dans le monde d’où je viens. Vous devriez l’essayer. Si c’est trop amer, vous pouvez ajouter du lait et du sucre jusqu’à ce que ce soit mieux adapté à vos besoins. »

« Ah… Hm… C’est… amer ? »

L’expression de Linze semblait un peu déprimée pendant que je parlais. Elle n’avait pas l’air très impressionnée, mais j’espérais qu’elle essaierait quand même.

J’avais senti une odeur agréable en portant la tasse à mes lèvres.

Comme je le pensais. Ce n’est pas aussi fort que le café sur Terre, mais assez agréable. Oh… Il est peut-être un peu trop amer, nous l’avons probablement un peu trop torréfié.

« Mm… ça fait si longtemps… »

J’avais bu ma tasse en soupirant. Je vis que tout le monde me regardait.

Hé, allez ! Je suis quoi, un testeur de poison ?!

« Blegh !!! »

Tout le monde avait essayé son café, elles eurent toutes eu la même réaction. Je n’avais pas été trop surpris par leur réaction. Après tout, si vous n’étiez pas habitué au café, c’était une réaction naturelle.

« Ça doit sûrement être du charbon liquide… »

 

 

« Grand-Duc… Cette boisson ne peut pas être bonne pour vous… J’en suis sûre… »

Yae ne semblait pas très impressionnée, et Sakura cita des problèmes de santé. Si je me souvenais bien, on disait que la caféine du café n’était pas bonne pour soi.

Mais je m’étais aussi rappelé avoir entendu dire qu’elle favorisait la combustion des graisses à cause de quelque chose qui contient des lipides. Il y avait aussi beaucoup de régimes à la mode à base de café. Mais boire trop était vraiment malsain.

« Le goût change quand on ajoute plus de sucre et de lait. Il deviendra moins amer. »

Après avoir dit cela, tout le monde s’était mis à le boire avec du sucre et du lait. Ce n’était pas une surprise, tout bien considéré…

Je ne pouvais pas le boire quand j’étais enfant. Mon père buvait toujours du café noir, alors je m’y étais peu à peu habitué avec le temps.

Je n’étais pas capable d’apprécier le café non noir à ce moment-là. Même le café en boîte était un peu trop sucré à mon goût.

« Je pense que je me débrouillerai si j’ai du sucre… »

« Le lait le fait changer de couleur, intéressant… Je pense que je peux mieux en profiter maintenant. »

Chacune semblait prendre son café différemment.

« Tu es incroyable, Touya… Savourer quelque chose d’aussi amer… »

« D’où je viens, le café est considéré comme une boisson pour adultes. Je suppose que je voulais tellement être un adulte que j’ai juste continué à le boire. »

J’avais un peu ri de la perplexité d’Hilde, me souvenant d’avoir été tout aussi étonné par les adultes qui pouvaient boire du café noir pur quand j’étais enfant. Pourtant, le simple fait d’être capable de le supporter ne faisait pas forcément de vous un adulte.

« Ah… C’est logique… »

« Hm, Renne ? Quoi donc ? »

Renne hocha légèrement la tête en tenant son plateau de service en argent devant elle.

« Quand je l’ai goûté dans la cuisine, je n’ai pas pu l’apprécier. Mais la patronne et Mlle Cesca pouvaient le boire sans problème. C’est parce qu’elles sont adultes et que je suis une enfant, non ? »

Eh bien, je me le demande… Lapis est une adulte, c’est sûr… Mais parfois, je m’interroge sur la sensibilité de Cesca… Je suppose que c’est juste une question de goût.

« Ohoh… Je suis en fait une adulte… Très adulte. Aujourd’hui, je bois du café noir, car je porte de la dentelle noire sous ma robe. »

Mon idiote de gynoïde avait fait un commentaire déplacé. N’avait-elle jamais entendu parler du concept de TMI ? Est-ce qu’elle écoutait au moins ? Et de toute façon, qui a décidé que le fait de porter du noir rendait quelqu’un plus adulte ? (NdT : TMI= Too Much Information, expression indiquant que quelqu’un a divulgué trop d’informations personnelles et a mis l’auditeur mal à l’aise.)

« Je pense que c’est délicieux. J’ai essayé beaucoup de choses délicieusement amères dans le passé. »

J’avais ri calmement et nerveusement suite aux paroles de Lapis, en réfléchissant désespérément à ce qu’elle aurait pu manger d’autre.

Elle travaillait pour l’agence de renseignement de Belfast, je m’étais donc demandé si elle faisait franchement référence au poison… Il n’était pas déraisonnable de s’attendre à ce qu’elle ait été formée pour les identifier. Elle aurait même pu se constituer une immunité.

« Je ne sais pas vraiment pourquoi une boisson si amère existe… Les choses sucrées sont bien meilleures… »

« C’est juste une question de goût. Le café noir est également bon si vous êtes fatigué, il vous aide à rester éveillé. J’en buvais quand j’étudiais le soir. »

J’avais haussé les épaules en direction de Sakura qui avait versé plus de sucre dans sa tasse.

Tu ne devrais pas en mettre autant… Tu vas en avoir un tas dégueulasse au fond à ce rythme…

« Ça réduit la somnolence, hein… Je me demande si je vais ressentir des effets, » marmonna Elze en versant un peu plus de lait dans son café.

Le sucre et le lait ne réduiraient pas la teneur en caféine, ça n’aura donc probablement aucun effet. J’aurais dû leur faire boire du café le matin, plutôt qu’après le dîner.

Je m’étais dit qu’elles n’en avaient pas vraiment bu trop, cela ne devrait donc pas poser de problème. De plus, je ne savais pas si les grains de café de ce monde étaient les mêmes que ceux de mon ancien monde.

Le type à qui je les avais achetés n’avait pas dit grand-chose, et il était tout à fait possible qu’il n’y ait pas d’effet de privation de sommeil. Je ne m’en souciais pas vraiment, tant que le goût était le même.

J’avais souri doucement en me fondant dans un pays des merveilles au parfum de café.

◇ ◇ ◇

« Hé, je n’arrive pas à dormir ! Et toi ?! »

Elze était venue dans ma chambre au milieu de la nuit. Elle grognait.

« Je veux dire, j’ai un peu sommeil, mais… »

Hmph…

Je m’étais demandé si c’était à cause du café, mais je n’étais pas du tout fatigué.

« Tu devrais pouvoir dormir si tu te mets sous ta couverture et que tu comptes les moutons. »

« Il n’y a pas de moutons dans ma chambre. »

Ce ne sont pas de vrais moutons…

Je savais qu’il y avait différents niveaux de tolérance à la caféine selon les personnes, alors je m’étais demandé si l’effet était juste plus fort sur Elze.

Hmm… Je suppose que j’appelle ça du café, mais c’est toujours quelque chose de ce monde. Je sais, d’après ce que j’ai vécu jusqu’à présent, qu’il n’est pas nécessaire de suivre une logique conventionnelle ou du moins le genre auquel je suis habitué… Je suppose que je n’aurais pas dû le préparer sans avoir fait des recherches appropriées.

Alors que je réfléchissais en moi-même, Elze s’était rapprochée un peu plus de moi. Son visage était rouge.

W-Whoa là !

« C’est de ta faute si je ne peux pas dormir… alors, prends tes responsabilités jusqu’à ce que je puisse ! »

Elle était follement mignonne. En toute honnêteté, j’aurais pu la faire s’endormir instantanément en utilisant [Nuage de sommeil], un sort de magie noire que j’avais appris à la bibliothèque… Mais l’ambiance n’était pas vraiment propice à cela. J’étais un peu endormi, mais j’avais envie de rester debout tout d’un coup.

« Alors, que devrions-nous faire ? »

« Je pense que je peux m’endormir si je m’épuise… Allons nous entraîner sur le terrain d’entraînement. »

« A-Attends une minute ! On ne peut pas y aller au milieu de la nuit ! »

Quelle sorte de logique était-ce ? ! Ce n’était pas de l’endormissement, on ne fera juste que vider tes batteries jusqu’à ce que tu ne puisses plus fonctionner !

« Alors qu’est-ce que je devrais faire ? » répondit Elze en grognant.

Je ne savais pas quoi dire… mais j’avais quand même essayé.

« … Lire un livre difficile ou quelque chose comme ça ? »

« Ça pourrait me donner sommeil, mais… c’est ennuyeux, non ? »

C’est exactement pour ça que tu devrais le faire ! Les choses ennuyeuses vous font dormir ! C’est pour ça que j’ai dormi pendant les cours que je n’aimais pas.

***

Partie 2

« Rien d’autre… ? »

« Hmm… Laisse-moi réfléchir. Oh, attends une seconde… »

J’avais pris le smartphone sur le côté de mon lit et j’avais commencé la consultation.

« Tu pourrais t’étirer… Écouter de la musique… Prendre une boisson chaude… »

« S’étirer ? »

« Euh… Tu sais, comme bouger légèrement pour relâcher la tension musculaire. »

« J’ai déjà fait toutes ces choses. Il n’y a rien d’autre ? »

Tu as même écouté de la musique… ? Oh, c’est vrai… Les smartphones produits en masse ont des lecteurs mp3.

Je me demandais ce qu’il restait à faire.

« Oh, attends ! Et un film ? Ça pourrait me donner sommeil. »

Cela ne me semblait pas vraiment déraisonnable. Je m’étais endormi en regardant la télé plusieurs fois dans le passé. Mais c’était à peu près la même chose que de lire un livre quand on y pense…

Eh bien, il n’y avait pas vraiment de mal à regarder un film avec elle. J’avais sommeil, mais j’étais prêt à le faire avec elle.

J’avais choisi un film sur mon smartphone et j’avais commencé le visionnage. Il était tard, j’avais donc mis le volume assez bas.

Le film démarra. C’était un film adapté d’une série de jeux vidéo de mon ancien monde, sur un prince en Perse. Le décor comprenait un vaste désert. Mais c’était complètement différent de l’intrigue du jeu.

« Ouah… C’est un film intéressant. »

Elze se pencha vers l’écran. Ce film comportait beaucoup de mouvements de style parkour et beaucoup d’action énergique. C’était logique qu’il plaise à une combattante comme elle.

C’était ainsi que nous avions fini par regarder un film ensemble. Elze ne s’était pas du tout endormie, elle s’était juste laissée emporter par le film. Je n’avais pas été trop surpris, puisque c’était à coup sûr à son goût.

 

 

« C’était génial ! »

Elze avait parlé avec une voix tout excitée. Ses yeux brillaient de joie. C’était très amusant, mais je n’étais pas aussi excité qu’elle… Probablement parce que j’étais habitué à ce genre de choses à Hollywood.

« Je n’ai pas pu dormir, hein ? »

« Ah… Eh bien, c’était très amusant… »

J’avais l’impression qu’elle voulait juste passer du temps avec moi. Mais ça ne me dérangeait pas vraiment. Elle pouvait être incroyablement mignonne dans des moments comme ça. J’avais un peu ri quand j’avais pensé à son doux visage, mais elle semblait l’interpréter à tort comme si je me moquais d’elle.

« Allez ! D’habitude, je dors comme une bûche… ! Linze est généralement celle qui ne dort pas aussi bien… »

« C’est parce que Linze est une fille. »

« … Linze n’est pas la seule personne féminine… Je le suis aussi… »

« Ah, attends ! Ce n’est pas ce que je voulais dire ! Je suis désolé ! »

Elze m’avait regardé tout en faisant la moue. Tout ce que je pouvais faire, c’était m’excuser, car je ne savais pas quoi dire d’autre.

Je savais bien qu’Elze était délicate et douce. Elle avait des traits de caractère plus traditionnellement masculins, mais derrière cela, il y avait une jeune femme très agréable et douce.

« Y a-t-il eu des moments où tu ne pouvais pas dormir aussi bien ? »

« Eh bien, euh… Quand j’entendais des histoires effrayantes… Mais c’était seulement quand j’étais enfant, je le jure ! »

Elze grogna un peu. Je ne la croyais pas tout à fait, mais je ne voulais plus la taquiner.

Je soupirais doucement, puis je souriais à Elze… Mais j’avais soudainement entendu un bruit dans le couloir, dehors.

Nous avions tous les deux remarqué le bruit et nous avions tourné la tête vers la porte.

« Qu’est-ce… que c’était… ? »

« Je vais vérifier. »

J’avais quitté Elze et m’étais dirigé dans le couloir avec mon smartphone.

J’avais ouvert la porte et j’étais parti dans le noir. Cette zone était privée, et nous n’avions même pas de gardes qui patrouillaient… Les seules personnes ici auraient pu être mes autres fiancées…

Il n’y avait personne en vue. Le clair de lune passait par la fenêtre, mais c’était à peu près tout. Je m’étais demandé si c’était une ronde de la nuit, mais alors…

« Hm ? »

J’avais remarqué quelque chose sur le sol, éclairé par la lumière de la lune. Il y avait des morceaux de poterie éparpillés sur le sol. Il y avait un petit vase qui était tombé d’une table. Ça devait être la source du bruit.

C’était quand même un assez grand support, et nous avions placé les vases de manière à ce qu’ils tombent difficilement tout seuls. Je m’étais demandé si quelqu’un avait heurté le support et l’avait fait tomber. En plus de cela, j’avais trouvé quelque chose de suspect mélangé aux débris. Je l’avais ramassé et je l’avais amené près de mon œil.

« Des grains de café… ? »

Il y avait des grains de café torréfiés sur le sol. J’avais levé les yeux et j’avais jeté un coup d’œil sur le sol. Il y avait une traînée d’autres grains de café sur le sol. J’avais suivi la piste des grains dans l’obscurité du couloir. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait.

« T-Touya, attends ! Reviens… Où vas-tu ? »

« Attends là, Elze. Il se passe quelque chose de bizarre. »

Elze avait essayé de me rappeler dans la pièce, mais je ne pouvais pas ignorer ces haricots. Il aurait pu y avoir un voleur dans les parages.

« Lancez la recherche. Voleur. »

« Recherche terminée. Aucun résultat. »

Il semblerait qu’il n’y avait pas de résultats, mais c’était logique. Je n’avais pas d’image mentale claire d’un voleur, à moins de porter un type en vêtements rayés blancs et noirs avec un sac d’argent en toile de jute sur l’épaule.

J’avais essayé de rechercher des intrus, mais cela n’avait pas donné de résultats. En d’autres termes, le responsable n’était pas un intrus. Il devait s’agir de quelqu’un qui vivait dans le château. Je m’étais demandé si c’était Yumina ou l’une des autres fiancées. Mais que feraient-elles avec des haricots au milieu de la nuit ?

« Je vais vérifier ça. Retourne à l’intérieur, El — »

« Pas question ! Si tu te balades, moi aussi ! »

Elze se précipita hors de la chambre et saisit l’ourlet de mon pyjama… Elle était complètement effrayée. Nous avions suivi la piste des haricots dans le couloir faiblement éclairé.

En chemin, nous étions passés devant un tableau. Je m’étais soudainement souvenu que nous avions un système de sécurité.

« Hé, Ripple ? »

{ … Oui ? Oh, hé maître !}

« Eeek ! »

Une jolie fille était apparue dans le tableau. Elle avait un beau ruban dans ses cheveux roses. Elze s’était accrochée à mon côté quand elle était apparue.

Elle s’appelait Ripple. C’était une forme de vie artificielle créée par le docteur Babylone il y a longtemps. Elle vivait actuellement dans mon château comme une sorte de système de sécurité vivant.

« Savez-vous qui a cassé le vase dans l’autre couloir ? »

{Non. Mon œil dans votre espace privé est désactivé. Je ne sais pas qui l’a cassé.}

C’était surprenant. Ripple nous surveillait constamment, j’avais donc été choqué qu’elle soit handicapée comme ça.

« Sommes-nous attaqués ? »

{Impossible. J’aurais prévenu les gardes de sécurité si c’était le cas.}

Ripple avait gonflé sa poitrine avec un signe de tête fier. Elle n’avait pas tort, pour être juste.

« C-Ça pourrait être un fantôme… ? »

« Je ne pense pas. Le château a un effet [Bannissement] autour de lui, ça ne peut donc pas être quelque chose comme ça… »

J’avais réalisé qu’Elze regardait nerveusement Ripple.

Bonté divine, Elze, c’est juste un tableau.

De toute façon, quelqu’un rôdait dans notre château. Ce n’était certainement pas un voleur, mais je devais trouver qui c’était.

Ripple ne pouvait pas quitter son cadre, Elze et moi avions donc continué dans l’obscurité. J’avais allumé la lumière de mon smartphone, mais cela avait rendu l’intérieur du château encore plus effrayant…

« T-T-Touya… peux-tu lancer [Orbe de lumière]… ? »

« Je pourrais, mais ça pourrait rendre les choses un peu plus compliquées, vous savez ? »

Ce sort créait un petit orbe de lumière qui rayonnait dans toutes les directions, il n’était pas unidirectionnel comme la lumière de mon smartphone. Je ne voulais pas vraiment confondre les chevaliers en patrouille avec un orbe mystérieux qui se promenait dans le château. Je ne savais même pas qui je cherchais, donc je ne voulais pas impliquer les gardes.

La piste des haricots avait continué à avancer. Je me demandais s’il y avait un trou dans le sac ou quelque chose comme ça. Serait-ce sérieusement un voleur de haricots ? La piste des haricots avait continué jusqu’à une certaine porte, puis elle s’était arrêtée. Cela signifiait que le voleur devait être dans cette pièce. Mais c’était une chambre d’amis inutilisée…

De la lumière s’échappait de derrière la porte. Je pouvais entendre une voix de l’intérieur. Plusieurs voix…

« Mm… C’est amer, tu sais ? Super amer… »

« Je n’aime pas vraiment ça… Ehhh… Ce n’est cependant pas amer. »

« Tu devrais avoir honte si tu ne peux pas boire ça… Tu n’as pas de fierté en tant que femme ? ! »

« Ta mesure de la fierté est assez inhabituelle… Eh bien, je peux très bien le boire. »

« C’est délicieux… Les fruits du sol de la terre sont vraiment quelque chose. »

« Donne-m’en un peu avec du saké, d’accord ? ! Avec du saké ! »

J’avais regardé par la porte et j’avais vu la déesse de l’alcool agir comme une idiote, puis j’avais vu les autres dieux. Comme d’habitude, le dieu de la musique n’avait pas prononcé un seul mot. Il se contentait de gratter joyeusement sa guitare. Il était tard, donc il jouait plus doucement que d’habitude.

L’idiote ivre avait un sac rempli de grains de café. Il y avait un trou dedans. La source de la piste, sans doute. Ils avaient pris les grains directement dans la cuisine, et ils avaient pris le moulin à café de fortune que j’avais aussi fait. Ces idiots…

« Ah… Ce n’était pas un fantôme… »

Elze soupira de soulagement. J’étais sûr que ce n’était pas un voleur, mais j’étais aussi heureux d’en avoir eu le cœur net.

« Il semble qu’il n’y ait pas de mal, alors laissons-les tranquilles. La petite ivrogne a cassé le vase, alors je la ferai travailler dans la cuisine demain. »

Même les dieux n’étaient pas exempts de jugement. Les vases n’étaient pas gratuits. Le café non plus.

Le café était précieux dans ce monde et assez rare. Pourtant, maintenant que je l’avais connu, je serais capable de trouver les grains grâce à ma magie de recherche.

J’avais décidé de demander au dieu de l’agriculture d’en cultiver pour moi.

Mais le café avait besoin de certains environnements pour bien pousser, alors il fallait que je trouve une solution. C’était probablement faisable dans le jardin de Babylone. J’en parlerais à Cesca ou au Docteur Babylone plus tard.

En rentrant dans la pièce, j’avais entendu des voix venant de ma chambre. Qu’est-ce que… ?

J’avais ouvert la porte et j’avais trouvé Yumina et les autres filles en pyjama.

« On ne peut pas bien dormir… C’est probablement à cause de ce verre de caffey qu’on a bu au dîner… »

Linze marmonnait lentement, on aurait dit que les filles allaient être réveillées toute la nuit. Je me demandais si les haricots de ce monde n’avaient pas plus que de la caféine…

De toute façon, elles étaient toutes debout. Je ne pouvais rien y faire.

« Jouons, jouons ! J’ai des cartes ! »

Sue encouragea gaiement. Elle était venue pour rester avec Yumina.

Des cartes… ?! Je veux dire, je suppose, mais…

On avait joué à des jeux de société, on avait fait des gaffes et on avait même regardé un autre film. Cependant, personne ne montrait de signes de somnolence. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait.

À la fin, j’avais secrètement choisi [Nuage endormissent] pour envoyer tout le monde au pays de Morphé. Le café de ce monde n’était du moins pas résistant à la magie.

J’avais ramené chacune d’entre elles dans sa chambre et je les avais doucement mises au lit. Je m’étais demandé ce qu’il y avait avec le café de ce monde… Le lendemain matin, du café frais nous avait été servi à tous. Personne n’en avait bu, sauf Karen, qui restait bien silencieuse. Bizarrement, du coin de l’œil… je l’avais vue me faire un sourire d’idiote.

***

Chapitre 5 : Sandora, le royaume brûlant esclavagiste

Partie 1

« C’est mauvais, monsieur… ! »

Rosetta grogna légèrement en regardant les Frame Gears Helmwige et Grimgerde dans le hangar.

« Les dommages subis par les deux Frame Gears sont graves, monsieur ! Le Brionac a vraiment du punch ! »

« Devrions-nous, par exemple… échanger les pièces et tout ça ? Et dois-je te rappeler que c’était ton idée de créer cette chose, Rosetta… »

« Aw, allez, Monica ! Ce canon géant était la pièce maîtresse du champ de bataille, oui, c’est ça ! Même s’il est puissant, même s’il est sale, et même s’il est dangereux, il y a de la passion et du style ! »

Rosetta et Monica étaient sur le point de se chamailler, alors je m’étais faufilé.

Franchement, j’étais heureux d’avoir le Brionac de notre côté. La Phrase de Type tortue aurait été un énorme problème sans elle.

Nous devions cependant penser à d’autres stratégies pour les constructions supérieures… Utiliser le Brionac chaque fois serait un peu trop. Le fait est qu’il s’abîmerait et abîmerait les Frame Gears après chaque tir… Réparer ce truc n’était pas bon marché. Je me suis donc dit qu’il valait mieux le laisser comme option de dernier recours.

Le problème majeur était que les armes standard ne pouvaient pas toucher le cœur d’une Construction Haute. En réalité, nous aurions besoin de quelque chose comme une lance, ou une arme longue et puissante… Le seul problème serait alors que seul un Frame Gear comme le Seigneur Suprême Ortlinde de Sue pourrait la manier.

Et honnêtement, je voulais que Sue reste sur la défensive en ce qui concerne les batailles. Il semblerait vraiment que nous ne pouvions utiliser que quelque chose de lointain comme le Brionac.

Je devais aussi penser à des choses. Ma pluie de météorites n’était clairement pas idéale… Après tout, je ne voulais pas que ce qui s’est passé aujourd’hui se répète.

Sue était du genre : « Donne-moi un marteau ! Un marteau ! Un marteau géant ! » ou n’importe quoi d’autre, parce qu’apparemment elle en avait vu un vraiment cool qui détruisait les ennemis dans un anime. Mais c’était de la fiction, et complètement irréalisable pour nous…

J’avais essayé d’y réfléchir pendant un petit moment. J’avais allumé mon smartphone, en surfant sur des sites centrés sur les animes de mécha.

« Hm… Une sorte de vague de gravité photonique perturbatrice… ? »

Je me demande si je peux créer quelque chose comme ça en utilisant [Gravité]… Je vais demander au Docteur, mais quand même… elle va probablement finir par créer quelque chose d’horrible.

J’avais décidé de ne parler de ça que plus tard. Au final, nous avions besoin de plus de polyvalence sur le champ de bataille. C’était après tout la clé de la victoire.

J’avais aussi besoin de m’améliorer dans l’alternance des attaques.

J’étais retourné sur le terrain et je m’étais retrouvé face à face avec les trois recrues kunoichi dans la salle de mon château. Si je me souvenais bien, il s’agissait de Sarutobi Homura, Kirigakure Shizuku et Fuma Nagi.

« Uhm, seigneur ! Nous avons une requête ! »

Homura et les autres s’étaient soudainement agenouillés et s’étaient inclinés vers moi.

Quelle est donc cette requête… ?

 

 

« Veuillez nous accorder le même appareil de communication que celui de Dame Tsubaki ! »

« Nous vous en prions, seigneur ! »

Shizuku et Nagi commencèrent à parler après Homura.

Que demandent-ils ? Me demandais-je. Puis, j’avais réalisé qu’ils devaient parler de son smartphone.

« … Je vais le demander pour être sûr, mais pourquoi en avez-vous besoin d’un exactement ? »

« Ah, bien. Nous devrons voyager loin pour le bien de nos missions, et nous devrons effectuer de nombreuses infiltrations. Cet outil permet de communiquer avec les alliés, quelle que soit la distance, c’est pourquoi nous avons pensé que nous pourrions l’utiliser… »

Hmm… Je vois. Eh bien, c’est assez logique. En plus, ce serait pratique pour les infiltrations. En y pensant, elles pourraient prendre des photos et des preuves vidéo de choses.

« Où allez-vous exactement cette fois ? »

« Le royaume brûlant, Sandora. Voyez-vous, nous avons entendu des rumeurs inhabituelles dans cette région. Nous nous y rendrons tous les trois demain. »

Sandora… Maintenant que Yulong était parti, Sandora était la seule nation qui employait encore l’esclavage.

Ils avaient un système de castes strict, et si quelqu’un était d’un ordre social supérieur au vôtre, vous ne pouviez pas ignorer leurs ordres. Ils avaient une culture isolationniste et n’avaient généralement pas d’interaction avec les autres nations.

Le pays utilisait largement les artefacts magiques connus sous le nom de colliers de soumission. C’est ainsi qu’ils avaient créé une force de travail d’esclaves qui ne pouvaient pas se rebeller contre leurs maîtres.

Sandora n’avait pas une population énorme par rapport à sa superficie, et environ un tiers de ces personnes étaient asservies.

Plus intéressants encore, beaucoup de ces esclaves étaient des gens du monde entier. Il y avait un dicton dans ce monde qui disait : « Si tu ne peux pas trouver ta fille, vérifie d’abord à Sandora. » Les elfes et les nains y étaient aussi vendus pour faire de gros bénéfices.

Malheureusement, les esclaves étaient considérés comme de simples outils et on les employait souvent jusqu’à ce qu’ils se brisent. Après cela, un autre esclave était acheté pour les remplacer. C’était une question insignifiante pour les habitants de cette nation, car ils considéraient que c’était la même chose que de remplacer une paire de chaussures usagées par une nouvelle.

En toute honnêteté, c’était un pays dont je ne voulais pas du tout m’occuper. Mais leur collier de soumission avait également causé des problèmes dans d’autres pays. Les types qui essayaient d’asservir les gens sur mes îles donjons les utilisaient aussi.

« Hm… Eh bien, je suppose que oui. Ils seraient utiles aux agents de renseignements… S’il vous plaît, donnez-moi un peu de temps. »

Je ne voulais pas que ces filles soient réduites en esclavage parce qu’elles avaient fait une erreur ou autre… J’avais donc contacté Tsubaki et je l’avais fait venir dans la cour.

J’étais arrivé avec les trois filles, et Tsubaki était déjà là. Sa vitesse était impressionnante, même pour un ninja…

« De toute façon, je vais donner des smartphones à ces trois-là. »

Tsubaki entendit mon explication et jeta un regard furieux sur le trio derrière moi. Elle était probablement furieuse qu’elles soient passées au-dessus de sa tête et m’aient posé directement la question. Elles avaient reculé, terrifiées.

« C’est bon. J’avais l’intention de donner un jour des téléphones à tous les chevaliers. De plus, étant donné la nature de leur travail, il est logique que les services secrets les aient en premier, non ? »

« … Si vous le souhaitez, mon seigneur. Merci beaucoup pour votre générosité. »

J’avais jeté un sort sur les smartphones qui leur permettait de retourner dans les mains de leur propriétaire si jamais ils les perdaient ou les faisaient tomber. Dans le pire des cas, si jamais un chevalier essayait d’en voler un, je pourrais utiliser l’enchantement pour remettre également le téléphone entre mes mains. Personne ne me volera plus.

Chaque smartphone avait aussi son propre numéro de série, donc je savais lequel appartenait à qui.

J’avais ouvert le [Stockage] et j’avais sorti une dizaine de smartphones. C’était des modèles plus rudimentaires que ceux de Tsubaki et des leaders mondiaux, et ils étaient de couleur vert citron.

« Très bien. Vous pouvez vérifier vos propres numéros si vous regardez dans l’annuaire. »

J’avais remis des smartphones aux filles. Elles regardèrent leurs smartphones avec des étoiles dans les yeux, la joie surmontant leurs visages. Tsubaki avait quand même fini par leur tirer un autre regard mortel.

« En plus de ça, je vais vous donner quelque chose pour vous aider à vous déplacer. »

J’avais sorti trois tapis magiques du [Stockage]. J’avais pensé que le corps des renseignements pourrait en tirer profit, car il rendait les gens invisibles pendant le vol.

Ils pourraient faire un truc stéréotypé de ninja et le coller très près d’un mur pour se cacher derrière ! Mais ils se feraient repérer si quelqu’un s’approchait trop près du mur.

Je les envoyais à la périphérie de Sandora avec la [Porte], et elles pouvaient revenir par leurs propres moyens avec les tapis.

« Merci beaucoup. Nous vous devons beaucoup. »

« Non, je veux juste être plus préparé que je ne l’étais quand on s’est occupé de Yulong. J’ai entendu de très mauvaises rumeurs sur Sandora. Je pense que si quelque chose arrivait, il serait trop tard pour que je le découvre. »

Ce collier de soumission qu’ils avaient utilisé ne me convenait pas. Mais il faisait partie de la façon dont leur pays fonctionnait fondamentalement.

Le fait était que j’étais capable de les retirer aux gens en toute sécurité, mais je ne voulais pas que cela devienne de notoriété publique. Cela aurait causé de sérieux problèmes.

Des rumeurs pouvaient commencer à se répandre, des choses comme « allez à Brunhild pour être libéré de l’esclavage ». Cela aurait été gênant. Je voyais bien Sandora envoyer des assassins en réponse, un peu comme Yulong l’a fait.

Cela dit, si on tentait de me tuer, je répondrais sans pitié.

« Si vous deviez résumer… quel genre d’endroit est Sandora ? »

« Eh bien, je ne peux que vous donner mon opinion, mais… Le roi de Sandora se tient au sommet, et tous les autres sont juste des individus à des niveaux différents de plus faible valeur que lui. Les riches deviennent plus riches, et les pauvres n’ont pas la possibilité de s’élever. Leur place dans la vie est déterminée au moment de leur naissance. Quel que soit son talent, celui qui est né d’un esclave sera toujours un esclave. Peu importe qu’il soit paresseux ou misérable, l’enfant d’un citoyen sera un citoyen. Mais si votre rang social s’abaisse, alors il n’y a pas de retour possible. »

Dans les nations alliées, il était vrai que les nobles étaient souvent séparés des roturiers… Pourtant, il était toujours possible pour quelqu’un d’atteindre son potentiel grâce à un travail acharné, un talent naturel ou une simple persévérance.

Une personne ne possédant rien pouvait devenir un aventurier, acquérir une réputation, et même finir par devenir chevalier ou mieux encore. Ma propre histoire ressemblait à ça.

« Il est possible pour les citoyens d’abandonner leur patrie et de partir pour d’autres terres, mais les esclaves ne le peuvent pas. Ils meurent souvent en travaillant, à peine assez nourris pour continuer à vivre. »

« Ça a l’air horrible… »

Il semblerait qu’ils étaient traités comme des pions jetables.

« Et le roi de Sandora ? »

« Il y a très peu à dire sur lui. Peu de gens parlent ouvertement ou honnêtement de lui. Les gens de Sandora disent simplement des phrases tous faites comme “Il est merveilleux”, “Nous sommes reconnaissants pour sa protection” ou “Il est le soleil même dans notre ciel”. Il n’y a rien d’honnêteté quand il s’agit de lui. »

« Mais pourquoi ? »

« Qui sait… Il se peut que la classe supérieure de Sandora ressente la même chose, mais il est probable que la plupart des citoyens ne veulent pas être pénalisés socialement pour avoir dit du mal de lui à la mauvaise personne. Il semblerait que les gens de la classe supérieure de Sandora soient aussi immunisés contre les critiques… Les subordonnés ne pouvaient pas non plus s’exprimer contre leurs chefs… Ça avait l’air plutôt sympa, quand je pense à la façon dont j’étais dirigé. »

« Nous ne pouvons pas non plus oublier de sous-estimer leur puissance militaire. Leurs Chevaliers de la Bête Magique sont extrêmement dangereux. »

« Oh, c’est vrai ! Ces colliers de soumission étaient à l’origine faits pour apprivoiser les bêtes magiques, non ? »

Les Chevaliers de la Bête Magique… C’était le nom donné à un groupe de chevaliers de Sandora qui utilisaient des colliers de soumission pour apprivoiser et monter des bêtes magiques. Sandora n’avait pas de frontière avec une autre nation, ils n’avaient donc pas besoin d’une grande force défensive… Ils étaient cependant entourés d’un territoire dangereux, rempli de monstres. Le désert et la mer des arbres avaient chacun leur part de créatures puissantes, et ils erraient souvent près de Sandora.

Les Chevaliers de la Bête Magique étaient chargés d’anéantir ces menaces. Mais ce n’était un ordre de chevaliers que de nom seulement. En réalité, un grand nombre de cavaliers étaient dans la même position que les monstres qu’ils chevauchaient au combat. C’était des esclaves. De faux chevaliers forcés à se battre.

En fin de compte, Sandora laissait aux esclaves tout travail dangereux. La défense nationale n’était pas différente.

« Je me sens un peu mal de vous y envoyer les filles… »

« S’il vous plaît, ne vous inquiétez pas. Nous nous présenterons tous les jours, et nous fuirons si les choses se présentent mal. Le but des agents de renseignements est après tout de fournir des informations ! »

Homura se gonfla la poitrine avec fierté. Je n’arrivais pas à situer ça, mais une vague d’inquiétude et d’anxiété m’avait submergé quand je m’étais demandé si cela leur convenait bien…

***

Partie 2

« Ah, Touya, mon garçon. Tu as enquêté sur Sandora dernièrement, non ? »

« Oh, j’ai entendu la même chose ! »

« Vous avez de bonnes oreilles… »

J’avais ronchonné tranquillement pendant que le roi de Belfast et l’empereur de Regulus parlaient.

Nous avions eu notre réunion d’alliance habituelle, et maintenant tous les dirigeants du monde se détendaient dans la salle de jeux.

Le roi de Belfast, le roi-bête de Mismede, l’empereur de Regulus et moi jouions tous au mah-jong. Le chevalier roi de Lestia et le roi de Lihnea jouaient tous les deux au billard.

Le doge de Roadmare et l’empereur de Refreese se faisaient chanter la sérénade par Kousuke et recevaient diverses confections par Crea. Dans l’autre moitié de la salle, Karen, Moroha, Sousuke et Karina discutaient tranquillement des questions relatives aux dieux avec le pape de Ramissh. Suika était complètement inconsciente sur le canapé. Elle tenait encore une bouteille de saké à la main.

« Tu n’es pas le seul à t’intéresser à Sandora. Le roi bête s’est aussi intéressé à eux. »

« Il y a beaucoup de choses sur Sandora qui nous inquiètent tous, sincèrement… »

« Comme quoi ? »

J’avais ramassé une tuile en parlant.

Inutile… Je l’avais jetée.

« Après la dissolution de Yulong, d’autres esclavagistes ont élu domicile à Sandora. J’ai aussi été informé que des citoyens de Regulus ont été emmenés dans des commerces d’esclaves. »

« Pareil chez moi ! Une bande de bandits a attaqué notre village, s’enfuyant avec des hommes, des femmes et des enfants. Ce doit être des esclavagistes. Les hommes bêtes comme nous sont appréciés comme esclaves de combat en raison de notre robustesse ! Et le seul qui s’occupe des esclaves de nos jours est Sandora, donc ça doit être eux… »

Dans le cas de Mismede, c’était un pays assez facile à attaquer en raison de sa proximité avec la mer des arbres. Les qualités uniques des hommes bêtes en faisaient aussi des objets de valeur.

« Ce serait vraiment bien si quelqu’un s’occupait de ce pays difficile. Ahaha… »

« Haha, je sais, n’est-ce pas ? Je parie que quelqu’un comme Touya pourrait le faire en moins d’une journée… Peut-être qu’on pourrait l’aider, haha… »

« Hahaha… Je parie que si on utilisait les Frame Gears on pourrait totalement prendre le contrôle de leur capitale en moins d’une journée, hahaha… Hahaha… Imaginez ça. »

« … On peut vraiment lire en vous comme dans un livre ouvert. Vous essayez de plaisanter à ce sujet, mais vous voulez en fait que je fasse tomber un pays entier pour votre propre intérêt, n’est-ce pas ? ! »

Les trois hommes s’étaient tus, et s’étaient détournés de moi.

Regardez-moi, bande de salauds !

« En ce qui concerne la destruction de Sandora, nous n’étions pas sérieux. Cependant, nous voulons que quelque chose soit fait à propos de l’esclavagisme rampant. »

Je pourrais au moins comprendre ça. Il semblerait que l’intrusion des esclavagistes en territoire étranger était plus problématique que le pays lui-même. Cela étant dit, les esclavagistes avaient peut-être simplement obéi à ce que leurs supérieurs du gouvernement de Sandora leur avaient dit.

Sandora n’avait aucune relation diplomatique avec aucun pays, à l’exception de Yulong. Il n’y aurait certainement aucun pays en difficulté si nous détruisions l’endroit, mais… non, ça poserait un problème. Les réfugiés commenceraient à affluer dans le Royaume de Ryle, et personne ne voulait cela.

« En fin de compte, les problèmes se résument aux colliers… »

Je me demandais où ils produisaient ces colliers de soumission. Peut-être qu’ils avaient une sorte d’enchanteur qui travaillait pour le gouvernement.

Mais la Magie Néant n’était pas héréditaire… En supposant que les colliers existaient depuis plus d’une génération, comment Sandora aurait-il pu continuer à les produire ?

De plus, les colliers existaient toujours même si leurs porteurs mouraient, il s’agissait donc peut-être simplement d’une question de recyclage intelligent. Mais qui était donc le cerveau de l’esclavagisme ? Le roi, ou quelqu’un d’autre ?

« Ohohoho... Dommage, Touya. C’est ma victoire. »

« Gah ! »

Le roi bête avait posé ses tuiles, révélant une main gagnante.

Bon sang ! Comment ai-je pu perdre si facilement… Je soupirais légèrement alors que nous commencions un nouveau jeu. Ma main de départ était terrible…

« … Attendez, Sandora n’a-t-elle pas été fondée à l’origine par quelqu’un connu sous le nom de Roi des Esclaves ? »

« Oui, c’est exact. Dans le temps, Sandora était une terre fragmentée par des tribus en conflit. On disait qu’un jour, un homme est apparu, et a conduit une des tribus, la tribu Flari, à unifier les autres. C’est grâce à ses efforts que Sandora a été créée. »

L’histoire était similaire à la fondation d’Elfrau… Un homme seul fondant un royaume avec des gens importants autour de lui… Cela m’avait rappelé d’une certaine manière ma propre expérience.

« On dit que l’homme était un esclave gladiateur venu d’une terre lointaine, et qu’il marchait toujours avec les menottes qui l’emprisonnaient sur ses jambes. »

C’est pourquoi on l’appelle le Roi des Esclaves… A-t-il déserté son pays et s’est-il dirigé vers les sables ? Je n’aurais pas dû être si surpris qu’il y ait aussi des esclaves à l’époque.

« Ce n’est qu’un côté de la médaille. D’autres histoires disent qu’il a asservi les tribus qui le servaient. »

« Mhm… On dit qu’il a lui-même créé les colliers de soumission, même si la version produite en masse a été créée par un autre plus tard. »

Les paroles de l’empereur et du roi bête me firent lever le front. Je suppose que je devrais voir les choses sous un autre angle. Je m’étais demandé s’il avait vraiment utilisé les colliers pour forcer les tribus à le suivre et à se battre pour lui. Mais j’avais senti qu’il devait y avoir un autre aspect à tout cela. Je me demandais s’il avait trouvé un artefact quelque part qui le rendait assez fort pour les dominer, bien que la vérité n’avait pas vraiment d’importance.

Sauver les esclaves actuels de Sandora de leur captivité ne serait pas un problème… mais je me demandais ce qu’ils feraient après. Fuiraient-ils, ou se relèveraient-ils ?

Ils ne pardonneraient probablement pas à ceux qui les avaient enchaînés. Même les nobles étaient le produit de leur situation, car ils auraient été élevés en considérant les esclaves comme moins qu’humains. Mais il était impossible que les esclaves se soucient de cela.

Hmmmph…

Il y avait toujours la possibilité d’aller voir le roi et de lui demander de libérer les esclaves enlevés aux autres nations. Mais il n’y avait aucune garantie qu’il écouterait une telle demande. Il n’avait après tout aucune raison de le faire.

Nous aurions pu exercer une certaine pression économique, mais c’était aussi une situation impossible. Ils n’avaient pas de relations diplomatiques à proprement parler.

Les esclaves n’étaient pas bien nourris, les esclaves n’étaient pas bien traités et ils n’avaient pas besoin de compter sur une aide extérieure pour les cultures. Les deux tiers de Sandora étaient désertiques et les terres agricoles restantes servaient uniquement à nourrir la petite élite.

Ils n’avaient aucune interaction avec les autres nations. Sandora était complètement isolée. Je m’étais demandé si je ne devrais pas simplement agir comme le Commandant Perry, et construire un tas de bateaux noirs…

Hmph… Ça craint.

Détruire Sandora dans son ensemble était une mauvaise idée, mais ça commençait à sembler beaucoup plus facile que d’interdire le commerce d’esclaves.

« Oh, Touya. C’est ma victoire, maintenant. Regarde ça et pleure, haha ! »

« Qu’est-ce… ?! »

Bon sang, je ne peux pas continuer à me perdre dans mes pensées ! Je vais continuer à perdre si je continue à penser à Sandora… Euh, je veux dire… ce n’est pas bon pour moi d’être aussi anxieux à propos de Sandora ! De toute évidence, la politique est plus importante qu’un stupide jeu…

J’avais décidé que la meilleure chose à faire pour l’instant était d’attendre la réponse des trois kunoichi.

Le lendemain, la pluie avait commencé à tomber à Brunhild. Les chevaliers avaient décidé de faire une pause dans leur entraînement, et de prendre le temps d’étudier, de lire ou d’entretenir leurs armes.

J’étais assis sur une chaise et je lisais un livre au sommet de mon balcon. Il était protégé par un petit affleurement de toit. Soudainement, j’avais entendu une musique venant de loin. Ce devait être Sousuke.

Il jouait une mélodie tout à fait appropriée pour un jour de pluie, mais j’avais l’impression que personne ne se mettrait à chanter dessus ou à danser avec son parapluie.

La pluie était cependant assez forte… Je me demandais combien de temps elle allait durer. Je ne voulais pas que la rivière finisse par déborder…

De toute façon, ce sera bientôt l’été. Il n’y avait pas de plage à Brunhild, mais nous pouvions profiter de la mer le long des îles donjons.

Les gens seraient probablement heureux si je me dépêchais d’ouvrir une plage à accès public là-bas. Il serait assez facile de tenir à distance les créatures marines dangereuses si je faisais appel à un Léviathan. Mais cela ne suffirait pas pour chasser les méduses.

Ça pourrait être amusant si j’installais tout ça avec des maisons de plage et des stands de nourriture. Ce serait comme un festival d’été… Je venais d’ailleurs de me rappeler que Brunhild n’avait pas vraiment de festivals ni de vacances. Et puis, cela ne faisait même pas un an que le pays avait été fondé, nous n’avions donc pas besoin de fêter un anniversaire ou autre chose. Mais le Nouvel An était arrivé et reparti.

Il n’y avait pas non plus de sanctuaires shintoïstes… Mais ce n’était pas comme si le festival devait être à la japonaise. J’avais besoin d’un dieu sur lequel me concentrer si je voulais aussi faire un sanctuaire… Eh bien, il n’y avait pas grand-chose à craindre sur ce sujet. Il n’y avait qu’un seul dieu que je vénérais vraiment. Et je ne voulais pas lancer une religion à son sujet.

Il ne serait probablement pas fâché si je lui faisais un petit sanctuaire, mais j’avais senti que je devrais probablement demander la permission.

Il y avait beaucoup de dieux qui traînaient dans les environs. Bien qu’en réalité, ils ne faisaient que paresser, comme cette bonne à rien de dieu de l’alcool ! J’avais ronchonné en me rappelant les bêtises de Suika, mais mon smartphone s’était ensuite mis à sonner.

L’écran disait Sarutobi Homura. C’était une des ninjas. Ça devait vouloir dire qu’elle était déjà arrivée à Sandora.

« Ça va ? »

« A-Ah ! Votre Altesse, c’est vous ? ! C’est moi ? ! S’il vous plaît… à l’aide ! Les gens en ville, ils sont… Ils… Ils sont… ! »

« Calme-toi. Je ne comprends rien de ce que tu dis. »

On aurait dit qu’elle était paniquée. Cela m’avait tout de suite inquiété.

« Le-les gens ! Ils… Ils brillent, et puis meurent ! Leurs corps… Ah… Pardonnez-moi, Votre Altesse. C’est Shizuku, j’ai pris le téléphone. »

La voix de Shizuku était beaucoup plus composée que celle d’Homura. C’était une bonne chose. Homura était tellement mortifiée qu’elle n’était manifestement pas en mesure de parler.

Tsubaki avait éteint son smartphone, ce qui expliquait pourquoi elles m’avaient appelé directement. Ce n’était pas sa faute, puisqu’elle avait une réunion.

« Où êtes-vous ? Qu’est-ce qui se passe ? »

« Nous sommes dans la ville d’Astal, à l’est de la capitale royale de Sandora. Nous nous sommes arrêtées ici pour passer la nuit dans une auberge avant de nous rendre à la capitale, mais… quelque chose d’inhabituel s’est produit. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

Astal était la deuxième plus grande ville de Sandora, donc ça aurait été un gros problème si quelque chose de mal s’était passé là-bas.

« Les citoyens de cette ville sont tous morts. Jusqu’au dernier. »

« Quoi ?! »

Je m’étais levé de ma chaise en état de choc.

Tous morts ? Mais c’est une ville énorme ! Comment peuvent-ils tous être morts ?!

« Des cristaux ont commencé à jaillir des corps des citoyens. C’était comme si toute l’humidité de leur corps était aspirée… Ils sont morts peu de temps après que les cristaux soient apparus sur leurs corps. Cette condition a affecté tout le monde dans cette ville… »

Les cristaux… ? Comme… la phase ? Mais je n’ai jamais entendu parler de cela avant…

Ça devait être une sorte de virus. Cela signifiait que les filles étaient en danger.

« Vous allez bien ? ! Des anomalies ? »

« Nous allons bien. Pour l’instant, au moins… Nagi a signalé qu’elle ne se sentait pas bien… »

« Sortez de la ville ! Allez n’importe où sauf là-bas ! Partez immédiatement, vous comprenez ? Je viendrai vous voir dans une heure ou moins. »

« Compris ! »

J’avais fermé l’appel. Après cela, j’avais ouvert une carte d’Astal, je l’avais projetée en l’air et j’avais lancé une recherche de personnes vivantes. Trois points étaient apparus, se dirigeant vers la périphérie de la ville. Ça devait être les trois filles.

Donc c’était vrai… Alors il n’y avait pas une seule âme vivante dans cette ville, à part elles.

Comment... Comment pouvaient-ils tous être morts ? Qu’est-ce qui s’est passé, bon sang ?

« Inutile de paniquer maintenant, je suppose… que je ferais mieux d’aller les rencontrer. »

J’avais appelé Flora au laboratoire d’alchimie et lui avais fait préparer des procédures de quarantaine. Pas besoin de prendre des risques. J’avais aussi demandé à la bonne à rien qui aime les enfants, Tica, d’y aller en stand-by.

Après tout cela, je m’étais dirigé à travers une [Porte] vers les sables brûlants de Sandora. J’étais dans la partie de Sandora où j’avais voyagé quand je cherchais Babylone.

Le ciel était bien plus clair dans le désert qu’à Brunhild. Et il faisait aussi sacrément chaud…

J’avais ouvert ma carte et j’avais invoqué [Vol], tout en me dirigeant vers les filles.

Finalement, j’étais passé au-dessus de la ville, et tout le monde en dessous de moi était clairement mort. Je n’en croyais pas mes yeux. Ils étaient tous ratatinés et secs, leur peau était craquelée.

Après avoir pris conscience de cette vision écœurante, j’avais volé de plus en plus vite, essayant d’effacer de mon esprit l’horrible image de cadavres mal nourris.

***

Partie 3

J’avais localisé le trio Kunoichi un peu en dehors d’Astal.

J’avais tout de suite fait en sorte de leur lancer une [Récupération], puis j’avais ouvert une [Porte] et je les avais envoyées dans la zone de quarantaine. J’avais demandé à Flora et Tica de s’en occuper à partir de là.

S’il s’avérait qu’il s’agissait d’une contagion virale, la situation empirerait considérablement. Je sentais qu’elles s’en sortiraient.

Moroha et Karina passaient par là, alors je leur avais demandé de m’accompagner. Si c’était un virus, cela n’aurait pas d’importance pour les gens comme nous qui avions de la divinité dans notre âme.

Je ne voulais pas perdre plus de temps, nous étions donc partis tous les trois à Astal sur le tapis magique.

En route, nous avions croisé une caravane de commerçants qui se dirigeait dans la direction opposée.

La magie nous avait rendus invisibles, nous n’avions donc pas à nous inquiéter. On aurait dit des marchands ambulants. La carte n’avait indiqué aucun survivant dans les environs, il était donc probable qu’ils avaient fait un arrêt à Astal avant de voir l’atrocité et de s’enfuir.

Nous avions continué jusqu’à ce que nous apercevions la fortification d’une ville. Nous avions finalement atteint Astal, la deuxième plus grande ville de Sandora.

Elle était entourée d’un grand mur, fait de briques de boue rouge. Mais elle ne servait pas à la défense, car les portes de la ville étaient restées grandes ouvertes.

Les personnes qui se trouvaient devant les portes étaient mortes. D’après l’aspect de leur armure, ils devaient être les gardes.

« Bon Sang… »

Leurs visages étaient déformés dans une angoisse cauchemardesque et s’étaient aussi desséchés comme s’ils avaient été momifiés. Je pouvais voir de petites saillies dans leur peau, des affleurements cristallins bizarres qui sortaient de l’intérieur de leur corps.

J’avais utilisé Brunhild pour percer les cristaux, et ils étaient tombés du cadavre avec leurs racines. Puis, j’avais ramassé un des cristaux pour l’examiner et j’avais immédiatement conclu qu’il était bien trop fragile pour que ce soit du Phrasium. Il s’était effondré sous la moindre pression.

« Que diable s’est-il passé ici ? », me suis-je dit en murmurant, alors que mes sœurs regardaient les cadavres avec des expressions d’inquiétude sur le visage.

« Il n’y a aucune chance… »

« C’est terrible… »

Elles s’étaient regardées et échangèrent une affirmation silencieuse.

« Vous savez quelque chose à ce sujet ? »

« Oui, nous le savons. Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais les âmes de ces gens ont été consumées. »

« Leurs âmes ? »

Qu’est-ce que ça voulait dire ? J’avais entendu parler d’âmes qui sortaient du corps pendant les états comateux, mais je n’avais aucune idée de ce qu’elles racontaient.

« Pour dire les choses simplement, quand quelqu’un meurt, son âme quitte son corps et remonte dans notre royaume. L’âme sera purifiée dans le royaume céleste et renvoyée dans un royaume inférieur où elle sera logée dans un nouveau corps. C’est ainsi que le cycle de la transmigration et de la renaissance s’est toujours déroulé. »

« Les âmes de ceux qui étaient méchants et cruels ont besoin d’une purification supplémentaire, et généralement leurs âmes ne sont adaptées aux corps des bêtes qu’au moment où le travail est terminé, mais… »

« Les âmes des gens d’ici ne monteront jamais au ciel. Touya, essaie de concentrer ton Oeil de Dieu. Invoque ta divinité et répands-la sur tes yeux. »

J’avais suivi les instructions de Karina, en concentrant ma divinité sur mes yeux et en fixant les corps.

Je pouvais voir quelque chose à l’intérieur de chacun des corps, un tout petit orbe brillant. Je pouvais reconnaître d’un seul coup d’œil que cela devait être leur âme. Mais en regardant de plus près, j’avais remarqué que ces petits orbes avaient des trous ici et là. La lumière à l’intérieur s’échappait lentement par l’extérieur endommagé et mordu.

« Peux-tu la voir ? Ils ne sont plus que de la nourriture pour l’âme maintenant. Leurs âmes vont s’échapper et disparaître à jamais. Ils ne renaîtront plus jamais, ils n’iront plus jamais nulle part ailleurs. Ils seront simplement perdus dans le cycle de la réincarnation. Ils ont été complètement effacés au niveau de la base. »

Complètement effacés… ? Disparus de ce monde, et de tous les autres… pour toujours ? Rien que de penser à cette notion, cela m’avait fait mal au cœur.

« Ne pourrait-on pas trouver un moyen de sauver les âmes… ? »

« Nous le pourrions. Mais il faudrait un miracle, même pour nous. Nous ne pourrions pas faire quelque chose d’aussi paisible tant que nous sommes dans ce royaume. Et tu ne peux pas non plus, tu sais ? Le fardeau sur ton corps serait bien trop lourd à ce stade. »

Mes espoirs avaient été anéantis en un instant. Mais ce n’était pas comme si j’en avais eu au départ, je n’avais aucune idée de la façon de les ramener.

« Nous devons raser la ville. Brûler tout ça en cendres. Si une âme ne monte pas au ciel, elle va simplement s’échapper dans le corps et s’y infuser. Ils ressusciteront comme des morts-vivants, souffrant pour toujours. Si cela arrive, ils ne seront plus que des zombies en détresse, à la recherche des vivants. »

Selon Moroha, les morts-vivants avaient été créés lorsque les âmes des créatures n’avaient pas bougé et s’étaient plutôt enracinées dans un corps mort. Certains morts-vivants avaient été créés par des sentiments profonds de rancune ou d’attachement, mais les morts-vivants dont l’âme était endommagée n’avaient aucun but.

Après avoir été tuée ou purifiée, l’âme d’une créature morte-vivante était libérée jusqu’au ciel… Mais ceux dont l’âme était abîmée cessaient tout simplement d’exister. Ils n’avaient nulle part où aller si ce n’était dans le vide de la mort.

C’était triste à penser, mais ils seraient entièrement retirés du cycle de réincarnation.

J’étais entré dans la ville et j’avais regardé autour de moi. J’avais découvert que ce n’était pas seulement les gens qui étaient morts. J’avais vu des chevaux, des chiens et même des petits oiseaux avec des cristaux qui sortaient de leurs cadavres ébouriffés. Leurs âmes étaient aussi dévorées… Non, cela devait être l’œuvre de la Phase.

J’avais pris en considération différents facteurs avant de conclure que l’endroit entier devait être brûlé.

Il y avait encore de l’argent et des marchandises à l’intérieur des magasins et des maisons, mais je ne pensais pas qu’il serait moralement juste de voler ce qui était essentiellement une fosse commune.

Si je laissais la ville telle qu’elle était, j’étais sûr que de mauvaises personnes finiraient par passer et piller l’endroit. Il valait mieux laisser les choses brûler en cendres avec leurs anciens propriétaires.

J’avais envisagé de transmettre les restes aux autorités de Sandora, mais il était toujours possible qu’un virus soit à l’origine de tout cela. De plus, je ne voulais pas qu’ils utilisent les recettes de la récupération pour créer d’autres colliers de soumission.

J’avais cherché sur la carte pour confirmer qu’il n’y avait plus rien de vivant dans la région, puis je m’étais préparé à purger la ville dans une flamme purificatrice.

Les bâtiments, les gens, leurs âmes, et la ville elle-même. Tout aura disparu.

« Fait avancer ta rage, Feu. Flamme du purgatoire : [proéminence]. »

Les flammes magiques que j’avais appelées enveloppèrent toute la ville dans un incendie. Le feu de l’enfer hurlait et dansait, brûlant le ciel tout en s’opposant à la nuit noire. La ville tomba en ruine dans son immense brasier.

Les maisons s’étaient effondrées, les toits avaient commencé à s’effondrer, tout s’était fondu dans la chaleur de mes flammes.

J’avais regardé la ville s’éteindre. Je n’avais ressenti qu’une impuissance totale.

« … Les âmes se font-ils souvent manger comme ça ? »

« Parfois, mais pas fréquemment. Les Wraiths, les Fantômes et les Spectres sont tous des monstres que nous classerions parmi les Mangeurs d’âmes. Ils sont attirés par les pensées négatives. Ils aiment se régaler des gens qui sont embourbés dans le désespoir. »

« Ils ciblent spécifiquement les gens qui ont peur. Ceux dont l’anxiété, les inquiétudes ou la dépression les accablent… Ils accaparent leurs cibles, intensifiant la peur. C’est comme si on assaisonnait leur repas. En fin de compte, la peur de l’inconnu est l’une des choses les plus dérangeantes à vivre. »

Je me souvenais avoir entendu dire que la peur du noir était inhérente à tous les humains. Il était facile d’imaginer que quelque chose existe dans l’obscurité, et cela sert à intensifier les sentiments de peur. La peur de l’inconnu, en fin de compte, naît de la puissance de l’imagination humaine.

J’étais conscient que des monstres du genre esprit maléfique pouvaient manger les âmes, mais je ne croyais pas du tout que c’était leur œuvre.

Ces cristaux étaient bien trop suspects et ne ressemblaient pas à l’œuvre d’une créature naturelle de ce monde. Il était possible que des milliers de Wraiths soient descendus dans la ville, mais ce serait un incident sans précédent et cela n’expliquerait pas les formations de cristaux.

J’avais regardé dans l’obscurité, certain que quelque chose d’horrible était en train de se déplacer là-bas.

« Il y a une chose, cependant… » murmura Moroha en regardant la ville brûler.

« Quelque chose qui mange les âmes et qui grandit à partir d’elles… Il se peut qu’un dieu malfaisant tente de s’élever. »

« Ah, je vois… Ça pourrait être ça, alors… Il n’y a pas de trésor sacré dans ce monde, à part le smarffo de Touya… Euh… Smarphone… ? Smartphone. Ça pourrait donc être l’œuvre de ce dieu servile. »

Je m’étais demandé si c’était vrai. Traditionnellement, ces esprits étaient issus de la divinité des objets sacrés après avoir accumulé des pensées sombres et des rancunes. Quelque chose comme ça serait plus faible qu’un dieu servile, mais ce serait quand même une menace majeure pour l’humanité.

Même s’il s’agissait d’un dieu, un dieu méchant ou mauvais n’en était pas vraiment un. Les dieux n’interviennent généralement pas non plus puisqu’ils étaient un produit des royaumes inférieurs. Il était vrai qu’ils n’avaient pu naître que grâce à la divinité, mais les dieux avaient souvent donné à un héros ou à quelqu’un d’important quelque chose de spécial pour qu’il s’en occupe à son rythme.

Je m’étais demandé si le dieu servile essayait de créer un trésor sacré et un dieu méchant à côté de celui-ci.

« Eh bien, même s’il y en a un, ça ira. Touya s’occupe de ce monde. »

« De toute façon, ce n’est pas un vrai dieu. En plus, ce ne sera qu’une création d’un humble dieu servile. Ce ne sera même pas un combat loyal s’il s’oppose à toi, Touya. Après tout, tu es favorisé par le Dieu Tout-Puissant. »

« … Alors je suppose que c’est bon… »

Je n’avais pas vraiment aimé le fait qu’ils comptaient déjà sur moi pour s’en occuper. Mais si c’était plus bas que ce dieu NEET, alors j’étais sûr que ça irait bien.

Mais j’étais plus inquiet pour les cristaux. Si le dieu servile avait joint ses forces à la Phase, ce serait un scénario cauchemardesque. L’idée semblait stupide, mais je n’arrivais pas à me défaire de ce sentiment…

Si la Phase expérimentait la divinité, cela pourrait en fait être une menace. Mais tout cela ne reposait que sur mon intuition.

« … Quoi ? Quelque chose ne va pas… Il y a quelque chose qui bouge dans le feu. »

J’avais regardé vers Moroha, qui murmurait quelque chose à propos du feu. Je m’étais demandé ce qu’elle voulait dire. Puis, je l’avais vue. Des silhouettes ombrageuses se balançant dans le feu de l’enfer. C’était impossible. Ces flammes étaient suffisantes pour faire fondre de l’acier. Avant même que je puisse penser plus loin, un Squelette de Cristal sortit de la ville ravagée et tenta de me charger.

« Augh ! »

Karina avait tiré une flèche de Phrasium sur sa tête.

***

Partie 4

La tête s’était brisée en morceaux et le squelette était tombé au sol, mais il s’était immédiatement relevé et avait régénéré la matière perdue.

Quoi ? ! C-C’est comme la phase ! Le Squelette de Cristal s’était mis à trembler vers moi une fois de plus. À l’intérieur de sa cage thoracique se trouvait une petite sphère de la taille d’une balle de golf. Elle était rougeoyante.

« C’est… ! »

J’avais sorti Brunhild et j’avais appuyé sur la gâchette, en visant la sphère. Elle éclata à l’impact. Le squelette s’était immédiatement brisé en morceaux. Il ne s’était pas relevé.

C’était la même capacité de régénération. Le noyau maintenait le fonctionnement, tout comme les constructions des phases. Cela signifiait que la magie était également inefficace, ce qui expliquait comment ils avaient réussi à résister aux flammes.

Est-ce à cause de ces cristaux qui poussent hors de leur corps ?!

« Ils arrivent… Tous les corps humains de la ville ont été transformés en construction des Phases. »

« Repliez-vous dans le désert ! Ils vous suivront ! »

Les autres battirent en retraite sur mon ordre. Les squelettes de Cristal s’étaient tous mis à sortir par les portes de la ville en ruines. Alors qu’ils s’approchaient de nous, Karina et moi avions tiré sur leurs noyaux, les uns après les autres.

Il y avait des squelettes de toutes les formes et de toutes les tailles, y compris des petits… et des nourrissons qui rampaient à quatre pattes. Des enfants et des bambins, réduits à l’état de drone sans âme et sans esprit. C’était un destin pire que la mort.

J’avais avalé la misère que la vue m’inspirait, et j’avais continué à prendre mes photos. Leurs âmes étaient détruites. La meilleure chose que je pouvais faire pour eux était de les laisser mourir et de ne jamais revenir dans cet enfer.

Moroha s’avança et découpa plusieurs noyaux avec sa lame. Ils n’étaient pas unifiés, mais ils étaient très nombreux. S’il y en avait moins, j’aurais pu utiliser [Apport] pour leur arraché les noyaux.

Mais le jeu d’épée de Moroha m’avait montré qu’ils étaient assez fragiles pour être arrachés avec des lames. Ce qui signifiait que je pouvais appeler des renforts…

« Avancez, Ténèbres ! Je cherche un guerrier squelettique en armure : [Guerrier Squelette] ! »

Des squelettes blanc ivoire étaient sortis de terre les uns après les autres. Ils brandissaient chacun une épée et un bouclier.

Œil pour œil, dent pour dent… Squelette pour un squelette.

« Tuez les squelettes de cristal qui sortent de la ville ! Visez les noyaux dans leurs poitrines ! »

Les squelettes étaient différents des autres Phases en ce sens que leurs noyaux étaient complètement exposés. Vous pouviez facilement les frapper à travers les trous dans les côtes.

J’avais appelé d’autres guerriers squelettes en succession rapide. Des milliers d’entre eux. Je devais vraiment cet exploit à ma vaste réserve de magie.

Une bataille avait alors éclaté entre les squelettes de cristal et les squelettes réguliers, au milieu d’une mer de flammes. Il semblerait que la Phase de type Squelette était attirée par les humains par instinct, comme les autres. Il y avait d’autres sorties vers la ville, mais ils convergeaient tous vers la plus proche de nous.

Mon armée de squelettes avait rapidement et efficacement bloqué les coups de leurs ennemis cristallins, tout en mordant sans pitié. Ils étaient vraiment doués pour suivre les ordres.

Une chose que j’avais trouvée intéressante, c’était que seuls les corps humains étaient devenus des Constructions des Phases. Il y avait probablement une méthode pour cela, mais je n’en avais aucune idée.

« Des squelettes déchirants des squelettes… c’est comme une vision tout droit sortie de l’enfer. »

La ville en feu derrière eux n’avait fait qu’empirer l’image. C’était l’une des choses les plus dérangeantes que j’avais vues de mémoire récente.

Deux heures passèrent, et finalement le dernier des squelettes de cristal tomba aux mains de mon armée. Les flammes avaient également enfin commencé à s’éteindre. J’avais regardé sur la carte de mon smartphone pour voir s’il y avait des traînards, mais je n’en avais trouvé aucun.

Ainsi, Astal, la deuxième plus grande ville du royaume de Sandora… avait été effacée des annales de l’histoire.

◇ ◇ ◇

Le lendemain, j’avais convoqué une réunion d’urgence avec les représentants de l’alliance. Je les avais tous informés de la situation à Astal. C’était un peu gênant d’expliquer que je devais raser toute la ville, mais l’aspect le plus troublant était la cause.

Flora ne pouvait pas détecter d’agents pathogènes ou de choses inhabituelles dans les trois kunoichi, il était donc difficile de dire ce qui avait réellement déclenché la réaction qui avait transformé les habitants de la ville en Phase de type Squelette.

Les autres dirigeants du monde avaient réagi à la nouvelle avec des visages pâles et des regards craintifs. C’était tout à fait naturel. Ils avaient clairement peur que cela puisse se produire sur leur propre territoire.

Ce monde était habitué à ce que les humains deviennent des morts-vivants, donc ils n’avaient pas particulièrement mal pris cette nouvelle, mais… eh bien, le problème était venu de l’ampleur de l’incident et du fait que nous ne pussions pas être certains qu’il s’agissait d’un complot de la Phase ou d’une attaque fortuite de monstres fantômes.

J’étais fermement convaincu que la Phase devait être derrière tout cela. Après tout, comment expliquer autrement les squelettes ?

La seule bonne nouvelle dans tout cela, si l’on pouvait qualifier de bon tout ce qui s’était passé, c’était que les squelettes étaient si faibles qu’ils pouvaient même être tués par le plus novice des aventuriers.

Pourtant, j’avais l’impression que les squelettes eux-mêmes étaient un simple sous-produit, et que le but réel de l’attaque était la consommation d’âmes humaines.

J’étais assez convaincu que le dieu servile avait également un rôle à jouer dans tout cela.

Mais je ne pouvais pas vraiment en parler aux autres rois. Même si Sa Sainteté le Pape comprenait, ce serait trop compliqué à expliquer aux autres.

Nous ne pouvions rien faire d’autre qu’attendre et voir, mais nous devions rester vigilants pour détecter tout ce qui était suspect.

C’était pourquoi j’avais compilé plusieurs points clés d’information. J’avais aussi décidé de les transmettre à Relisha et aux autres chefs de guilde.

Premier point : il existe une ou plusieurs créatures désignées comme mangeurs d’âmes.

Deuxième point : les humains qu’elle consomme se transforment en Phase de type Squelette.

Troisième : Ce ne sont que des spéculations non confirmées de ma part, mais elles sont susceptibles d’apparaître dans des endroits à forte densité d’émotions négatives.

Des créatures comme les Fantômes et les Spectres entraient souvent dans la catégorie des mangeurs d’âmes. Ils consommaient des âmes tout comme le dieu maléfique l’avait fait. Il y avait un point commun entre les deux, et on ne pouvait pas le négliger.

Astal était connue comme la ville des esclaves en raison de sa forte concentration d’activités liées à la traite des esclaves.

Si une ville devait être embourbée dans des émotions négatives, ce serait bien celle-là. Les désirs déraisonnables des marchands d’esclaves, le désespoir écrasant des esclaves, l’angoisse des travailleurs opprimés et l’arrogance des oppresseurs.

Ce n’était finalement qu’une théorie, mais je ne pensais pas être loin de la vérité.

Je me demandais si les parties fragmentées de Yulong seraient touchées comme Astal, mais ces endroits étaient bien trop étendus pour créer une source concentrée de misère. Mais je ne pouvais pas encore en être certain, alors j’avais décidé de rester vigilant.

Comme je l’avais dit, ce n’était qu’une hypothèse. Je ne savais même pas qui avait commencé ce désordre. De ce que j’en savais, cela aurait pu s’agir d’une seule attaque contre la ville.

J’avais donc décidé de mettre la mission de reconnaissance de Sandora en attente pendant que je prenais mes repères. Il était possible que Sandora, aussi négative qu’elle soit, finisse par être un buffet pour celui qui orchestrerait tout cela. J’aurais peut-être réussi à sauver les trois filles cette fois-ci, mais elles avaient eu une chance incroyable. Je ne voulais donc pas courir le risque à nouveau.

Cela dit, je ne voulais vraiment pas qu’un dieu malfaisant naisse de tout cela… Ce n’était pas un dieu complet, mais mes sœurs ne pouvaient pas du tout interférer avec leur plein pouvoir. Ce qui, en gros, signifiait qu’en fin de compte… je serais celui qui devrait le combattre.

Merde… C’est franchement pénible… Un héros légendaire ne peut-il pas surgir de nulle part afin de me sauver ?

***

Partie 5

« … Je ne m’attendais pas à ce qu’ils apparaissent à Lestia… »

Dix jours après l’attaque de Sandora, la Phase de type Squelette était apparue à Lestia, dans une petite ville appelée Merica.

Le seigneur local responsable de la ville avait imposé des taxes sévères aux citoyens, comptant sur son éloignement de la capitale pour empêcher les gens de le découvrir. En conséquence, l’élite de la ville s’engraissait grâce au butin et à la souffrance des pauvres. La misère n’était pas aussi grande qu’à Astal, mais elle était certainement suffisante pour manifester des émotions négatives en masse.

Les âmes de tout le monde à Merica avaient été dévorées et ses habitants étaient devenus des squelettes. Ou plutôt, ils étaient devenus des zombies à l’ossature de cristal. Il s’était avéré que le feu que j’avais allumé avait simplement brûlé la chair des Hommes d’Astal.

Les zombies avaient été rapidement éradiqués par une équipe d’aventuriers qui se trouvait dans la région, avec une petite unité de chevaliers lestiens.

Les squelettes n’étaient pas des menaces individuelles, mais il était important de se rappeler que si une ville entière devenait une horde de zombies, ils pouvaient représenter un grand danger. S’ils n’étaient pas tués rapidement, ils auraient sûrement été répandus dans la nature et auraient attaqué des innocents.

Cela m’avait permis de conclure que les transformations n’avaient pas été causées par un virus. Les chevaliers et les aventuriers n’avaient rien à craindre.

Cela signifiait qu’il y avait quelque chose qui consommait directement les âmes des vivants. C’était probablement la forme prématurée du dieu malfaisant, que j’avais pris l’habitude d’appeler la Graine du Mal.

Elle avait probablement traversé la déchirure dimensionnelle, puis en était rapidement ressortie, tout comme la Phase. Il était possible que le recul l’eût affectée comme les Constructions dominantes, mais franchement, j’avais trouvé cette créature beaucoup plus difficile à gérer.

Pour aggraver les choses, notre technologie ne pouvait détecter que les constructions inférieures, intermédiaires et supérieures. Elle voyageait probablement seule, car nous n’avions pas de relevés dans les régions qui avaient été attaquées.

Honnêtement, c’était un vrai casse-tête. J’avais décidé de lui mettre une raclée dès que j’aurais posé mes yeux dessus.

« Touya… Ton œil s’agite, tu vas bien ? »

« Ah, désolé, Hilde. J’étais juste un peu ennuyé. »

Hilde était assise avec moi dans le salon du château, me souriant comme elle le faisait d’habitude.

J’étais trop ennuyé par mes pensées, alors j’avais rapidement bu le thé tiède devant moi.

« Mince… Il semblerait que Sa Majesté s’énerve. Peut-être pourriez-vous… Soulager sa tension en… marmonnant… Ohoho. »

« Qu-Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes… ?! »

 

 

« Ferme-la, sale perverse. Ne murmure pas de bêtises à l’oreille des gens. »

Le visage d’Hilde devint rouge, tandis que Cesca murmurait indistinctement dans sa direction. Je comprenais à peu près la nature de ce qu’elle disait, alors je l’avais immédiatement réprimandée.

Hilde était crédule, il était donc facile de lui faire comprendre des choses de travers. Elle était donc assez ignorante de la façon dont le monde fonctionnait. Elle était tout simplement facile à tromper. Même si son maniement de l’épée était exemplaire, c’était le genre de personne à tomber dans des mensonges que même un enfant n’accepterait pas.

C’était une princesse protégée, entraînée au maniement de l’épée, et elle ignorait totalement le monde qui l’entourait. Elle avait un cœur pur, contrairement à son grand-père pervers…

Elle était assez semblable à Elze et Yae à cet égard. Toutes les trois, bien qu’elles aient été de rudes combattantes, étaient assez délicates en matière de sentiment. Pourtant, c’était une bénédiction pour moi, car elles n’étaient pas insistantes et essayent toujours de m’embrasser.

Je m’étais demandé si cela avait quelque chose à voir avec le fait qu’elles excellaient dans les disciplines physiques. Après tout, un corps sain mène à un esprit sain. De plus, Leen, Linze et Yumina, nos spécialistes en magie, étaient souvent étonnamment audacieuses dans leurs approches.

J’avais tourné mon visage vers Hilde et lui fit un petit sourire.

« Ne t’inquiète pas, je pensais juste à la situation générale de Lestia. »

« Ah… Mon frère aîné était lui aussi déçu. Il pensait que s’il avait remarqué la corruption à Merica, ce désastre aurait pu être évité… »

« Il ne devrait pas penser comme ça. Qu’importe quel genre de roi il est, il ne pourrait jamais voir tout ce qui se passe sur ses terres. C’était tout simplement inévitable. »

Même si j’avais dit cela pour la réconforter, j’espérais que les grandes nations comme Lestia prendraient des notes sur la manière d’agir de Brunhild et surveilleraient de plus près les petites zones qu’elles gouvernent.

Un pays existe pour protéger ses citoyens, et non l’inverse.

C’est pourquoi, à Brunhild, j’avais des espions, des chevaliers en patrouille. Même les chevaliers félins de M. Mittens me signalaient directement toute activité inhabituelle.

« Alors, qu’arrivera-t-il à Merica ? »

« J’ai appelé mon frère aîné et je lui ai posé la question, mais… ils vont se concentrer sur la reconstruction pour le moment. Ils invitent les gens à venir la repeupler… Le seul problème, c’est que peu de gens sont intéressés à y vivre, à cause de l’épidémie de zombies qui l’a détruite et tout… »

Cela m’avait semblé assez logique. Les gens seraient naturellement réticents à vivre dans une ville qui avait été infestée de zombies. Cela risquait d’éveiller des superstitions et des craintes à propos de la terre elle-même.

Les terres sacrées, les cimetières et les marais toxiques… Tous ces endroits étaient associés aux zombies. Cela faisait simplement partie du décor.

Apparemment, les âmes qui mouraient dans de tels endroits avaient plus de mal à atteindre le ciel, ce qui signifiait qu’elles risquaient d’infester les cadavres et de devenir des zombies.

Les zombies et les squelettes appartenaient à la même catégorie générale de morts-vivants. La seule différence était de savoir s’il restait de la chair sur les os ou non. Les squelettes avaient également tendance à se déplacer plus rapidement que les zombies. Je m’étais demandé si c’était parce qu’il n’y avait pas de chair pour les retenir.

« Je suppose que je peux comprendre pourquoi ils auraient peur de vivre là. »

« Il est tout à fait possible que si les gens qui vivent ici deviennent effrayés, la négativité puisse remonter et attirer ce qui les ronge. »

Hmph… C’est assez vrai. Cesca avait soulevé un point assez juste.

La peur était l’une des émotions négatives les plus fondamentales qu’un humain puisse posséder. Si des incidents répétés se produisaient, ils s’accumuleraient et intensifieraient l’anxiété d’une personne. Cette anxiété finit par provoquer plus de peur, créant un cercle vicieux qui piège les gens. Cette peur accumulée convoquerait alors tout ce qui s’en nourrit, ce qui laisserait à son tour un sillage de plus de peur.

Il fallait que je détruise la racine du problème avant qu’un cycle d’anxiété et de peur ne s’empare des gens dans cet endroit. En fin de compte, il fallait que j’attrape la graine du mal et que je l’écrase avant qu’elle ne puisse germer.

« Touya, tes yeux s’agitent à nouveau… »

« Ah, désolé. »

Pour une raison quelconque, j’étais de plus en plus irritable ces derniers temps. C’était frustrant que nous continuions à arriver en retard devant ces catastrophes et que tant de vies innocentes soient perdues. J’avais l’impression d’être intimidé par l’univers.

« Bon sang… J’aurais vraiment besoin d’un changement de rythme par ici… »

« Heheh… Alors tu as finalement décidé de faire des choses perverses avec nous, hm ? »

« H-He a ?! »

« Si elle parle, il y a 90 % de chances qu’elle dise des bêtises. Ignore-la. »

Putain de merde… Je vais devenir chauve un de ces jours à cause du stress…

◇ ◇ ◇

« Terrible nouvelle ! »

La porte de la salle à manger s’ouvrit bruyamment, et Tsubaki entra dans la pièce.

Gah ! Frappez la prochaine fois ! Linze avait failli s’étouffer avec son thé. Les joues de Tsubaki rougirent de honte quand elle réalisa son impolitesse.

« Calme-toi, calme-toi. Quel est donc le problème ? »

« Nous avons reçu un message à travers le miroir Portail ! C’est de Pam dans la mer des arbres. Les tribus de la région sont attaquées par Sandora, ils ont envoyé leurs Chevaliers de la Bête Magique ! »

« Qu’est-ce que tu as dit ?! »

Pourquoi diable Sandora voudrait-elle envahir la Mer des Arbres ? N’avaient-ils pas un accord de paix tacite en cours… ?

« L’armée d’invasion a capturé les gens de la tribu vivants et les a traînés un par un jusqu’à la capitale. Ils veulent asservir la population générale et les faire servir Sandora. Pam et sa tribu empêchent actuellement les autres tribus de charger furieusement sur le territoire de Sandora, mais la situation est désastreuse… »

J’étais dégoûté par ce que j’entendais.

Ce n’est pas seulement une foutue course d’esclaves, c’est une attaque organisée contre un groupe de personnes dans le but exprès de les réduire en esclavage… C’est quoi ce bordel ? Si Sandora continuait comme ça, ce serait une guerre totale entre les deux régions.

« Alors je suppose que ces rumeurs sur Sandora produisant plus de Colliers de Soumission étaient vraies… »

« Cela en a tout l’air… »

J’avais essayé d’envoyer les trois kunoichi là-bas avec l’intention de découvrir la crédibilité, mais c’était une preuve suffisante.

Il serait inutile d’avoir plus de colliers sans cou pour les porter. Ils avaient besoin d’une bonne source de nouveaux esclaves à soumettre. Il semblerait que Sandora visait à tirer le maximum de la Mer des Arbres. Plus ils asservissaient de guerriers, plus leur armée pouvait s’agrandir. Peu importe le talent des membres de la tribu, il serait confronté à un problème majeur en affrontant les bêtes magiques apprivoisées.

Je me demandais s’ils avaient l’intention d’augmenter leur nombre et de s’emparer de toute la région.

« Ce ne serait pas bon si Sandora et la Mer des Arbres se battaient. Cela pourrait déclencher une guerre totale. »

« Alors, que vas-tu faire ? », marmonna Elze tout en me regardant.

« Heureusement pour nous, Brunhild a de bonnes relations avec la tribu Rauli, la tribu responsable de la Mer des Arbres. Nous allons négocier entre les deux parties, et demander à Sandora de rendre les personnes capturées. »

« Pensez-vous qu’ils rendront les esclaves ? »

« Ils feraient mieux… Et puis nous leur ferons aussi payer des réparations pour leurs dommages. Cela aura certainement des répercussions politiques négatives, mais c’est peut-être la seule façon d’éviter la guerre. Nous ne voulons pas non plus que les membres de la tribu lancent leurs propres attaques de guérilla. »

Leur but était d’obtenir des esclaves, donc je doutais qu’il y ait des génocides… Mais s’ils avaient déjà tué un des captifs dont Pam nous avait parlé, la guerre serait inévitable.

Les tribus de cette région plaçaient leur fierté familiale au-dessus de tout. Il était douteux qu’ils pardonnent à Sandora de l’avoir blessée si brutalement.

« Cela pourrait être une bonne occasion pour nous d’en apprendre plus sur Sandora… Envoyez un message à Pam, et envoyez un message à Sandora. Leur roi et ses hommes nous parleront directement. »

« Nous pouvons envoyer un messager, mais… qui ? Nous ne pouvons pas envoyer le commandant Lain… Nikola, peut-être ? Ou moi… ? »

« Non. »

J’avais secoué la tête suite aux paroles de Tsubaki, puis j’avais fait un large sourire.

« Je vais y aller. »

« Hein ?! »

« Ce ne sera pas un problème, n’est-ce pas ? Je vais changer d’apparence et je vais y aller en tant que messager de Brunhild. »

Je ne voulais pas envoyer les gens importants de Brunhild dans un endroit aussi dangereux et horrible. C’était un pays qui n’avait rien de pacifique, pour autant que je le comprenne. Beaucoup de gens avaient commencé à l’appeler le « pays des kidnappeurs » à cause du nombre de visiteurs qui finissaient par disparaître.

J’aurais pu envoyer mes sœurs ou mes cousins… Ils n’y mourraient certainement pas… Mais ils n’étaient pas vraiment aptes à négocier. Kousuke pouvait probablement le faire, mais il n’en avait pas vraiment l’air.

Je voulais surtout savoir ce qui se passait à Sandora.

De plus, la nouvelle arme secrète qui avait été développée en collaboration avec le laboratoire de recherche et la bibliothèque était enfin terminée, je l’avais donc en réserve.

Si Sandora finissait par répondre cruellement à mes exigences, alors je m’assurerais que le royaume n’enferme plus jamais personne.

J’avais eu un problème personnel après que Sandora se soit infiltrée dans nos donjons et ait essayé de s’en prendre à des aventuriers débutants.

Bien sûr, ils étaient indépendants, mais Sandora était l’acheteur. Cela signifiait qu’ils avaient aussi des informations sur mon pays. Ils pensaient probablement qu’ils pouvaient prendre des gens en cachette sans salir leur nom directement.

J’avais parlé aux autres dirigeants du monde et j’avais découvert que les esclavagistes de leurs territoires respectifs relevaient tous d’une autorité supérieure, liée à Sandora au niveau administratif.

Les esclavagistes étaient en fait des employés de l’État. C’était des fonctionnaires travaillant pour Sandora. Ils kidnappaient des gens d’autres pays. À mes yeux, cela rendait le pays responsable.

Je ne pouvais pas dire si le roi de Sandora était activement responsable de toutes ces bêtises d’esclavage, ou s’il était simplement manipulé par les gens autour de lui. Quelle que soit la situation, je ne ressentais que des choses négatives à propos de cette nation.

Je voulais aller au fond des choses. En fonction de ce que j’y découvrirais, j’étais prêt à faire tomber ma vengeance sur eux.

***

Partie 6

Le carrosse faisait du bruit dans les rues de Kyuray, la capitale de Sandora. Les routes n’étaient pas exactement de la meilleure conception. Heureusement pour nous, Rosetta avait conçu une voiture qui absorbait les chocs, elle n’était donc pas aussi mauvaise.

Je regardais les vieilles rues usées par la fenêtre. Il y avait plusieurs murs effondrés autour de la place et des toits creux. Il y avait des huttes en bois mélangées à des maisons en ruine faites de briques de boue rouge.

C’était un endroit où vivaient les classes inférieures. Les citoyens de seconde classe.

« Les gens ici ne sont pas vraiment joyeux… »

« Êtes-vous surpris ? Ils ne mènent pas vraiment la vie la plus heureuse. »

Lanz, le nouveau chevalier qui était assis à côté de moi, marmonnait en regardant par la fenêtre.

J’avais dit à Kousaka que j’avais l’intention d’aller à Sandora et de parler au roi, il avait donc demandé à Lanz de m’accompagner. Il n’avait pas cru que j’essaierais juste de parler… J’avais trouvé cela un peu désagréable, étant donné que j’avais généralement une politique non violente tant qu’on ne m’attaquait pas en premier.

En fait, il voulait que le vice-commandant Nikola m’accompagne, mais je ne voulais pas qu’une personne d’un statut aussi élevé vienne avec moi pour une mission comme celle-ci. Lanz m’avait donc bien convenu.

Il y avait quatre autres soldats avec nous à part lui, mais ils étaient dans une autre voiture qui nous suivait.

Je voulais partir immédiatement pour Sandora en utilisant le [Vol] ou quelque chose comme ça, mais pour l’instant je n’étais pas Mochizuki Touya, j’étais envoyé par Brunhild au nom des tribus unies de la Mer des Arbres. Mais j’avais fini par utiliser une [Porte] pour atteindre la périphérie.

Lorsque Pam avait remis la liste écrite des demandes, elle avait une expression féroce sur le visage. Elle n’avait même pas besoin de le dire, mais je savais qu’elle voulait que je frappe le roi de plein fouet si je le rencontrais.

Sa tribu et les autres tribus de la Mer des Arbres entreraient en guerre contre le royaume de Sandora si nous ne faisions pas attention, il restait donc à voir si j’allais vraiment donner des coups de poing. Elle voulait venir avec nous, mais elle ne pouvait pas en raison de son statut qui lui permettait de maintenir provisoirement les tribus en paix.

« Il y a à peu près autant d’esclaves que je m’y attendais. Beaucoup d’entre eux ont aussi l’air mal nourris… Il semblerait que vous ayez raison, Votre Altesse. Ils ne sont sûrement pas bien nourris. Cela étant dit… les esclaves combattants ont l’air de bien manger. »

« C’est parce que ce sont des combattants, Lanz. Tu ne peux pas faire combattre quelqu’un l’estomac vide, ou ils ne seront que de la chair à canon. »

J’avais vu des esclaves éparpillés sur notre passage, ce qui signifiait que même les citoyens de seconde classe pouvaient en posséder. Il y avait des esclaves à l’allure forte qui se tenaient à l’entrée des magasins, probablement pour monter la garde pour leurs maîtres commerçants.

Il y avait aussi des hommes bêtes et d’autres demi-hommes parmi les esclaves. Ils avaient probablement été amenés à Sandora depuis d’autres parties du monde. Ceux que j’avais vus portaient des vêtements rudimentaires, en loques, et leurs bras et leurs jambes étaient entièrement exposés.

« Oh, autre chose. Tu ne peux pas t’adresser à moi comme si j’étais le grand-duc, Lanz. Je ne veux pas qu’on t’entende, ou tu pourrais faire sauter notre couverture. »

« A-Ah… S’il vous plaît, pardonnez-moi. Que… comment devrais-je vous appeler à la place ? »

Lanz m’avait regardé avec une expression mortifiée. J’avais réalisé que je n’avais pas beaucoup réfléchi à mon faux nom. Hmm…

« Et Dolan ? C’est le nom du père de Micah, non ? Tu devrais l’avoir déjà rencontré. »

« Qu… Ah ! Votre Altesse… M-Mademoiselle Micah et moi n’en sommes pas encore là, je vous assure ! »

Lanz se tortillait sur place alors que ses joues rougissaient. Espèce d’idiot… Espèce d’idiot ! Je sais tout sur tes visites à la Lune d’Argent ! Tu ne peux pas arrêter mon regard perçant ! Ou euh… Le regard perçant de Karen !

Mais j’avais décidé d’arrêter de le taquiner. J’avais pensé à une idée de nom.

« Robin des Bois… Ou, euh, non. Robin Loxley. Ça fera l’affaire. »

« Robin… Loxley ? Alors je devrais vous appeler ambassadeur Loxley, monsieur ? »

« Oui. Mais je ne suis pas très doué dans l’utilisation des arcs. »

« Hm ? »

Je portais des vêtements vert clair, alors ce nom m’était venu à l’esprit.

Cette fois, je n’avais pas changé tout mon corps en utilisant [Mirage]. Tout ce que j’avais fait, c’était changer de coiffure, de couleur des yeux et de cheveux. C’était suffisant pour tromper tous ceux qui ne m’avaient vu que peu. De toute façon, je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait quelqu’un à Sandora qui me connaisse assez bien.

Le carrosse traversa le quartier de deuxième classe, et atteignit finalement les portes de la prochaine zone.

Un duo de soldats en armure s’avança soudainement et nous barra le chemin avec des lames croisées.

« Identifiez-vous ! Cette zone de la ville est réservée aux personnes autorisées ! »

« Bonté divine… Nous sommes des envoyés du Duché de Brunhild. N’avez-vous pas reçu un avis de notre arrivée à l’avance ? »

« Brunhild… ? Tsk… Attendez là et fermez-la. Nous allons demander à nos supérieurs. »

Le soldat jeta un coup d’œil par la fenêtre, nous ricanant dessus et se mettant à grogner dans le portail.

« Agir si impoliment envers un envoyé étranger… Quel genre d’entraînement avaient-ils au juste ? Si c’était Lestia, on lui aurait retiré son grade immédiatement. »

« Sandora ne s’accorde aucune importance aux relations diplomatiques, donc ces manières merdiques sont probablement le résultat de l’inexpérience. »

Mais ça m’avait quand même un peu énervé. Parfois, il fallait faire un peu de travail supplémentaire dans le cadre du travail, il n’y avait pas de raison de s’énerver.

Ils nous firent attendre un moment, mais nous avions finalement été autorisés à entrer.

« Continuez. Mais ne vous avisez pas de faire des histoires. »

Il était toujours grossier, même s’il avait confirmé qui j’étais. J’avais eu l’impression qu’il n’avait pas une très bonne opinion de nous. Sandora était géographiquement isolée, ce qui signifiait qu’il avait été à peu près épargné par les invasions extérieures dans le passé… Il était possible qu’il soit simplement satisfait de savoir que les étrangers ne pouvaient rien faire dans son pays, mais cela pouvait aussi être simplement la faute à son éducation. Après tout, il ne savait pas faire autrement.

Le carrosse s’était remis à circuler, j’avais tout de suite été surpris par la douceur des routes par rapport à celles que nous avions empruntées auparavant. La route de deuxième classe était bosselée, grossière et inégale. Celle-ci était lisse, plate et parfaitement entretenue. Les maisons aux alentours étaient aussi toutes immaculées et blanches. Tout le monde dans ce quartier avait l’air extrêmement voyant et bien nourri, quand ils se promenaient avec leurs esclaves.

Les esclaves de ce quartier avaient également l’air extrêmement bien habillés, mais leurs visages étaient tout aussi misérables que ceux que j’avais vus dans le quartier de seconde zone.

« J’avais entendu dire que les conditions de vie entre les classes de Sandora étaient très contrastées, mais là… c’est extrême… »

Lanz secoua la tête, incrédule, en regardant dehors. Il y avait un monde de différence absolue en termes de qualité de vie.

Au bout de la route, nous étions arrivés à un magnifique château, construit en pierre lisse. C’était en grande partie un château carré et anguleux, avec quatre tours cylindriques qui s’élevaient sur les remparts. Il inspirait certainement la crainte et la majesté.

Mais je savais aussi que ce château était aussi le produit de l’esclavage.

Nous étions arrivés aux portes et on nous laissa passer sans problème. On aurait dit que la nouvelle était déjà arrivée jusque-là, mais nous avions quand même été accueillis par la même grimace dédaigneuse des gardiens de la porte.

On nous fit descendre de notre voiture avant de rencontrer un homme en robe d’apparence grincheuse qui sortait du château. Il n’était visiblement pas content de nous voir. Nous l’avions suivi dans les salles du château.

Lanz et moi avions été dépouillés de toutes nos armes après une fouille minutieuse. Ils faisaient preuve de prudence, mais ce n’était pas déraisonnable. Après tout, nous allions nous entretenir avec leur roi.

On nous fit entrer dans la salle de réunion et on nous força à nous agenouiller. Il y avait d’autres hommes dans les environs, des généraux et des serviteurs. Naturellement, ils étaient accompagnés de leurs esclaves guerriers. Ils étaient eux aussi nombreux. Ils n’avaient pas voulu venir avec seulement quelques armes, je m’étais alors demandé pourquoi ils s’étaient donné la peine de nous les enlever. Encore une fois, il valait mieux être en sécurité que désolé.

« Alors… c’est l’envoyé de Brunhild ? J’ai entendu dire qu’il transportait avec lui une requête des tribus de la Mer des Arbres. Mon Dieu, mon Dieu… Quelle situation intéressante ! »

Un homme chauve vêtu d’une robe rouge et noire s’était exprimé sur un ton sardonique. Il semblerait être le Premier ministre du pays.

Au milieu de la pièce, un petit homme dodu était assis et fumait une longue pipe. Il avait l’air de s’assoupir sur son trône étincelant. Ses yeux à demi fermés me surveillaient paresseusement. Au premier coup d’œil, il ressemblait vraiment à un gros orc, le genre de gros monstre que l’on voit dans certains animes.

À côté du trône était assise une fille portant un collier de soumission. Elle portait des vêtements si fins qu’elle aurait aussi bien pu être complètement nue. Elle était agenouillée à ses côtés, son corps complètement immobile. Je m’étais rendu compte qu’elle tenait un cendrier.

Ce gros porc portait une couronne dorée, ce qui signifiait qu’il était le roi, Abdul Djerba Sandora III. Il n’avait certainement pas l’air d’un type bien, bien que j’essayais de ne pas juger les gens d’un seul coup d’œil. Il était tout à fait possible que cet homme dégoûtant et grossier soit tout à fait bien, et ne ressemblant pas à ces nombreux méchants dégoûtants et grossiers que j’avais éliminés dans le passé.

Son trône était accentué par une belle armure dorée d’un côté, et une lame dorée voyante de l’autre. L’épée comportait beaucoup trop de pierres précieuses incrustées, mais j’avais eu le sentiment qu’elle pourrait être utilisable. Quant à l’armure… Je ne pensais pas que ce gros porc serait capable de l’utiliser… Il n’avait pas du tout la bonne taille.

J’avais regardé directement le roi de Sandora, en prenant soin de ne pas dire les choses grossières auxquelles je pensais.

***

Partie 7

« Mon nom est Robin Loxley, mon souverain. Je suis ici aujourd’hui au nom de la Mer des Arbres, pour vous demander de libérer les membres de la tribu capturés par… »

« Refusé. »

Il m’avait complètement coupé en plein milieu de la phrase, en utilisant ses doigts potelés pour faire tomber la cendre de sa longue pipe. Ensuite, il la fit remplir de feuille par la fille esclave et ralluma sa pipe. Puis il recommença à fumer sans se soucier des autres.

Il fit courir sa paume grasse sur la joue de l’esclave, se léchant les lèvres d’une manière dégoûtante alors qu’un sourire se glissait sur son visage. Il continua ce mouvement, mais s’était ensuite mis à parler, traçant la peau de la jeune fille de façon inappropriée sans même nous regarder.

« Nous n’avons pas encore assez d’esclaves. Pourquoi rendrions-nous les quelques individus que nous avons pris ? »

« … Alors vous avez expressément lancé un assaut sur la mer des arbres avec l’intention de capturer les gens là-bas en tant qu’esclaves ? »

« Est-ce un problème ? Tu n’as aucune autorité sur nous, petit homme. Brunhild est un petit pays, ça vaut à peine la peine d’y réfléchir. Tu ferais bien de t’occuper de tes propres affaires. »

Le roi de Sandora tourna son visage dans ma direction, souriant follement en crachant du vitriol.

C’était la seule preuve dont j’avais besoin. Le pays lui-même était responsable de la cruauté des esclavagistes.

« … Alors vous voulez faire la guerre contre la Mer des Arbres ? »

« La guerre ? Qu’est-ce que c’est que la guerre ? Est-ce amusant ? Est-ce du sport ? Ce n’est qu’un petit rassemblement de sauvages tribaux. Penses-tu que mes Chevaliers de la Bête Magique tomberaient contre des créatures comme eux ? »

« La tribu régnante de la région a une relation amicale avec Brunhild. Voulez-vous aussi nous faire la guerre ? »

Le front du roi s’était légèrement tordu, il avait cessé de caresser l’esclave et s’était penché en avant sur son trône.

« Ne parle pas avec autant d’assurance, mon garçon. Ton petit grand-duc semble avoir la grosse tête, mais nous ne céderons pas si facilement. Tes guerriers géants ne signifient rien pour nous, tu entends ? Tu ferais mieux de ne pas réveiller le serpent endormi, compris ? Sandora n’est pas un pays qui s’allongera, la poitrine enflée quand vous la violez. Comprends-tu qu’il y a beaucoup de superbes assassins à notre service ? Si je le souhaite, la tête du grand-duc roulera par terre, et je lui donnerai un bon coup de pied, comme dans un ballon. »

Tout le monde dans les environs avait ri de bon cœur de ses paroles. Ces gars étaient vraiment désespérés…

Tout le monde dans cette cour était pourri jusqu’à la moelle. Dès le départ, ils n’avaient clairement jamais eu d’intentions pacifistes. J’enviais sincèrement leur confiance en soi. Ils n’avaient manifestement aucune idée de ce qui se passait dans le monde extérieur.

Le roi de Sandora claqua des doigts et tous les esclaves du voisinage avaient sorti leurs armes.

Lanz et moi nous étions levés, et les gardes qui nous avaient amenés avaient également sorti leurs armes.

« Qu’est-ce que cela signifie au juste ? »

« Hm ? Pour autant que je sache, aucun envoyé n’est jamais venu à Sandora. Nous n’avons pas assez d’esclaves après la destruction d’Astal. Nous pouvons faire venir des esclaves non initiés d’autres nations, et les former durement pendant environ un mois. Nous vous emmènerons, et nous dirons simplement que vous n’êtes jamais arrivés. Après tout, nous avons les meilleurs formateurs disponibles. Nous briserons tout le monde sous nous. »

Je fixai, abasourdi, le roi rieur odieux. Je n’arrivais pas à croire ce que je voyais ici ni à quel point il l’admettait volontiers.

Ils avaient donc vraiment kidnappé des gens d’autres nations. C’était exactement comme les autres dirigeants du monde me l’avaient dit. Ce pays était dans un sale état, et j’avais eu tort d’attendre quoi que ce soit d’eux…

Je n’avais pas perdu mon sang-froid, mais il était hors de question que je continue à traiter quelqu’un comme ça avec respect. J’avais décidé que leur comportement signifiait que je n’avais vraiment aucune raison de me retenir.

J’étais un peu ennuyé, car je venais à Sandora pour obtenir des informations et je ne m’attendais pas vraiment à ce genre de traitement.

« … Vous êtes vraiment un idiot. »

« Hein ?! »

J’avais utilisé le [Stockage] pour faire surgir un fauteuil finement conçu qui correspondait au roi du trône de Sandora en termes de qualité. Ensuite, je m’étais assis dessus et j’avais croisé une de mes jambes par-dessus l’autre, puis j’avais posé mes deux bras sur les accoudoirs.

« J’ai dit, vous êtes vraiment un crétin. Quelle blague ! Très bien, tout le monde. Je suppose que c’est une guerre, hein ? Alors, finissons-en. S’ils veulent se battre, on peut leur donner un combat. »

« Espèce de salaud… Ne comprends-tu pas ta situation ? »

Le roi s’était levé et m’avait regardé fixement.

Héhé… Tu te mets en colère, gros lard ? Ton visage est tout rouge.

« Je comprends parfaitement la situation, mon pote. Je vous comprends parfaitement, toi et ton pays. Je peux voir un roi idiot et ses conseillers idiots. Comprends-tu que les poissons dans la mer ne connaissent pas la terre ? Il y a tout un monde que vous, les idiots qui vivent dans des bulles, ignorez clairement. »

« Tuez-les ! »

« Vous n’allez même pas m’écouter parler ? Wôw. »

Les esclaves guerriers chargèrent vers nous, mais furent arrêtés à la hâte par une barrière invisible. De toute évidence, j’avais érigé un [Bouclier] à l’avance. Idiots.

« Qu — ?! Misérable Robin ! Qui es-tu au juste ?! »

« C’est juste un pseudo, mon ami. Vous pouvez m’appeler Mochizuki Touya, grand-duc de Brunhild. Ravi de vous rencontrer, grand… Euh… Seigneur Abdul de Sandora. Qu’est-ce que vous disiez à propos de prendre ma tête ? »

J’avais dissipé mon [Mirage], en inversant ma coiffure, ma couleur de cheveux et la couleur de mes yeux. Il n’y avait pas besoin de le cacher après qu’ils aient essayé de nous tuer.

« Qu-Qu-Quoi ? ! Grand-Duc ?! Impossible, pourquoi… Pourquoi un leader mondial s’aventurerait-il aussi loin… ?! »

« Ne sais-tu pas que j’ai commencé comme aventurier ? Je suis le genre de type qui aime se balader. Et tu ferais bien de prendre mon exemple, gros lard. »

Le roi cochon commença à grincer des dents alors que son front se plissait. La pipe dans sa bouche avait failli se briser. Les esclaves guerriers l’avaient regardé, puis moi, puis ils commencèrent à reculer lentement.

« Idiots ! Si c’est vraiment le grand-duc, alors c’est une chance unique ! Apportez-moi sa tête ! »

Les esclaves guerriers et ses soldats s’étaient à nouveau dirigés vers moi, mais ils avaient été repoussés par mon sort défensif.

« Tsk… Alors, que dites-vous de ça ? ! »

Un mage se situant à l’arrière tenta de me lancer un sort [Flèche de feu], après avoir remarqué que les attaques physiques étaient inefficaces.

« [Réflexion]. »

Je l’avais nonchalamment fait rebondir sur lui. Le sort de Feu toucha le mage et deux serviteurs à ses côtés, les faisant sortir du jeu.

« Tu m’attaques même après avoir su qui je suis. C’est donc vraiment une déclaration de guerre, hein ? »

« Idiot. Une fois qu’on t’aura tué ici, on le couvrira et on fera ce qu’on veut ! »

Le roi de Sandora s’était mis à me railler. C’était un imbécile. Tout ce que j’avais à faire était d’invoquer une [Porte] et je pouvais être parti avant qu’un autre rouleau de graisse ventral ne s’abatte sur son ventre bancal. Mais je n’allais pas le faire.

« Je vais te le demander une fois de plus. Est-ce une déclaration de guerre ? »

« Mon magnifique pays a à la fois des esclaves de guerre et des chevaliers de la bête magique ! Ce sont mes magnifiques soldats, qui se battront jusqu’à leur dernier souffle ! Avec Sandora comme ennemie, vous ne vous en remettrez jamais ! Jamais ! »

Seigneur… Ce type est vraiment un crétin.

« Désolé, mais Brunhild n’a pas besoin de faire de Sandora son ennemie. Je vais juste m’occuper de toi à la place. »

« Pardon ? » Il me regarda, confus.

Je m’étais penché sur ma chaise et j’avais agité la main dans sa direction.

« [Apport]. »

Tout à coup, un collier de soumission était apparu dans ma main. La jeune esclave, qui se cachait maintenant derrière le trône, avait soudainement porté ses mains à son cou en signe d’incrédulité. Je tenais le collier qu’elle venait de porter. Le roi avait l’air de ne pas en croire ses yeux.

« Quoi ? ! »

« Ces colliers de soumission… J’ai fait mes recherches. Je vois qu’ils lisent la longueur d’onde magique d’une haute autorité et y répondent. En d’autres termes, tous les Colliers de Soumission sont réglés sur ta longueur d’onde magique, pas vraie ? »

J’avais calmement expliqué la situation alors que les esclaves guerriers tentaient à nouveau de franchir la barrière. Je regardais le roi directement pendant que je parlais.

Au final, c’était assez évident. Les esclaves obéissaient à leurs maîtres, mais si quelqu’un rassemblait un grand nombre d’esclaves, ils auraient toujours pu essayer de monter un coup d’État ou une révolution.

C’était pourquoi le roi de Sandora avait mis en place un plan d’urgence. Sa longueur d’onde magique se trouvait dans tous les colliers de soumission, ce qui lui permettait de contrôler quiconque les portait.

Il avait probablement fait cela en utilisant un artefact magique qui avait été transmis à la famille royale de Sandora, ou quelque chose comme ça.

Après tout, si le pouvoir ne pouvait pas être hérité, alors le nouveau dirigeant du pays ne pouvait pas régner sur les esclaves à la mort du vieux roi. Il ne pouvait pas non plus être simplement lié au sang, sinon toute personne appartenant à la lignée royale en aurait le contrôle.

Il s’agissait d’une capacité composée de deux parties. Un artefact qui permettait à quelqu’un d’exercer un contrôle, et une longueur d’onde biorythmique qui appartenait à la famille royale.

« En d’autres termes, tu es le maître des esclaves qui règnent sur ce pays, non ? »

« … Correct. Et alors ? À mon commandement, tous les humbles esclaves de cette nation te mettront à nu et te mettront en pièces. Rends-toi maintenant, et je te laisserai peut-être vivre. »

Cette capacité était vraiment terrifiante. C’était une bonne chose que la production de masse des colliers de soumission ne soit qu’un développement récent, ou alors il aurait pu finir par contrôler de nombreuses personnes dans le monde entier.

Les gens asservissaient d’autres personnes pour le profit, sans se rendre compte qu’ils ne faisaient qu’ajouter des effectifs à l’armée du roi de Sandora. Un nouvel ordre mondial, entièrement composé d’esclaves… C’était probablement son plan pendant tout ce temps.

Mais je n’allais pas le permettre.

« Alors que se passe-t-il quand ton contrôle est annulé, hm ? »

« Excuse-moi ? »

J’avais bidouillé mon smartphone pendant un moment, en ciblant chaque personne ayant un collier dans Sandora avec le sort [Multiple]. Il y en avait tellement qu’il avait fallu beaucoup de temps pour les trier, mais mes préparatifs étaient enfin terminés. Je n’avais aucune raison de perdre plus de temps avec ses mots.

« [Craquage]. »

***

Partie 8

Le sort Néant connu sous le nom de [Craquage] était un sort qui écrasait complètement les éléments liés aux artefacts et à leurs configurations primaires.

Par exemple, pensez à quelqu’un qui avait un artefact qui ressemblait à un robinet de salle de bain. En tournant la poignée, l’eau sortait par des moyens magiques. Je pourrais utiliser ce sort pour empêcher complètement l’écoulement de l’eau, faire jaillir une grande quantité d’eau du robinet, ou simplement en faire un misérable filet.

C’est une magie que j’avais découverte dans la bibliothèque de Babylone. Si je l’utilisais en conjonction avec mon sort [Analyser], je pourrais facilement identifier les fonctions exactes d’un objet et les modifier à mon gré.

Cependant, cela excluait les choses que je ne pouvais pas comprendre par manque de connaissances. Je devais faire attention à ne rien modifier de façon inutilement complexe, de peur de causer un problème majeur.

Même le collier de soumission était un peu trop pour moi. Je ne pouvais pas annuler les effets qu’il avait comme l’obéissance absolue, ou le fait de forcer les gens à bouger.

Cependant, j’avais réussi la suppression de la longueur d’onde magique et son remplacement par la mienne. J’avais fait des expériences en utilisant les colliers que j’avais obtenus des esclavagistes lorsqu’ils étaient sur mon île.

En termes simples, j’avais changé le propriétaire de tous les esclaves de Sandora.

Plus précisément, j’avais transféré la propriété de tous les esclaves de Sandora du roi… à moi. Ce qui signifiait…

« Qu’est-ce que vous faites, bande d’idiots ?! Ôtez-lui la tête ! »

Les esclaves guerriers avaient tourné leurs lames vers moi sur son ordre, puis s’étaient arrêtés sur leurs pas. Ils s’étaient soudainement regardés, un peu confus.

C’était tout naturel. Ils ne se déplaçaient pas par la force. Leur embardée vers moi n’était qu’un réflexe de leur mémoire musculaire. Ils avaient réalisé qu’ils n’étaient pas du tout obligés de le faire.

« Allez ! Coupez-les en morceaux ! »

Le roi de Sandora s’était mis à crier et à hurler, et même à grogner. Mais les esclaves n’avaient pas répondu. Ils s’étaient contentés de mettre les mains au cou, comme pour vérifier leur collier. Ils étaient toujours là, mais ils ne les retenaient plus.

« Que… Qu’est-ce que… ? »

« Bande de merdeux dégoûtants ! Obéissez-moi ! »

Les domestiques de la région commencèrent aussi à regarder autour d’eux avec inquiétude.

« Ils ne t’obéiront pas, gros lard. Les esclaves avec ces colliers de soumission n’acceptent d’ordres que de celui qui est désigné comme leur maître. Et, depuis quelques instants, ce maître, c’est moi. »

« N’importe quoi ! »

« Environ deux tiers de la population de Sandora sont des esclaves, n’est-ce pas ? Cela signifie que je contrôle la majorité opprimée. Tu veux que je le dise en termes plus simples, espèce d’idiot ? Ton pays m’appartient maintenant. »

« Qu… Quoi… ?! »

Le roi de Sandora était assis là, stupéfait. Il essayait de canaliser le pouvoir magique dans un bracelet en or à son poignet. J’avais eu l’impression que le bracelet était l’artefact qu’il avait utilisé pour enregistrer la propriété.

Mais cela ne lui servirait à rien. Malgré tous ses efforts, c’était moi qui avais le contrôle. Ses ordres atteindraient des esclaves plus éloignés, mais je ne voyais aucune raison de lui dire cela.

« N’importe quoi… Le bracelet du roi des esclaves peut accéder à tous les colliers de soumission du monde ! Il ne peut pas être écrasé… À moins que… À moins que tu ne fasses partie de ma famille… ? »

« Ne sois pas si dégoûtant, espèce de salaud. »

L’idée d’être lié à ce gros lard visqueux m’avait donné des frissons. Pas question d’être parent avec un porc comme ça.

Les esclaves guerriers avaient jeté un coup d’œil à moi et au roi, apparemment incapables de saisir leur situation.

« Maintenant, mesdames et messieurs les esclaves. Je ne vous donnerai aucun ordre aujourd’hui. Je promets de vous libérer tous de vos liens de captivité, à condition que vous ne soyez pas des criminels. Si vous avez été amenés de l’extérieur de Sandora, vous serez également libres de retourner chez vous. »

Je m’étais levé de ma chaise et je m’étais adressé aux hommes armés autour de moi. Ils avaient déjà déposé leurs armes. Certains d’entre eux pleuraient.

« Nous… Nous sommes vraiment libres… ? »

« Oui, je vous le promets. Vous êtes vraiment libres. Je ne laisserai pas cette nation vous garder asservis plus longtemps. »

J’avais parlé aux esclaves autour de moi avec un sourire compréhensif. Un par un, ils s’étaient mis à murmurer entre eux. Presque tous pleuraient à ce moment-là.

« La liberté… enfin… ? »

« Nous ne sommes plus esclaves… »

« … U-une vie normale… pour nous tous… ? »

« Retour à ma maison… dans ma famille… »

Les hommes tremblants commencèrent à s’essuyer les yeux. Ils avaient probablement une accumulation massive d’émotions en eux.

« Mes esclaves… Non… Comment… ?! »

« [Apport]. »

« Hein ? »

L’ornement voyant au poignet du roi Sandora avait soudainement disparu et s’était retrouvé dans ma main.

Joli, je me suis acheté le bracelet du roi des esclaves.

« Rends-moi ça ! »

« Non, tu n’en as plus besoin. »

J’avais souri au bâtard branlant en faisant tomber à terre le bracelet et en le découpant en morceaux.

Il était tombé en deux morceaux bien nets. Les esclaves n’avaient plus besoin d’obéir à son porteur. Il était vrai qu’il y avait encore beaucoup d’esclaves avec des propriétaires individuels, mais j’avais prévu de les relâcher un par un.

« Misérable ! Comment as-tu pu ? Qui t’a donné le droit de venir ici et de juger ma culture ! Qui t’a donné le droit d’imposer ta moralité à mon peuple ! »

« Regarde-toi avant de parler, gros porc. Qui t’a donné le droit d’imposer ton esclavage au peuple de cette terre, et aux terres des autres ? »

« Ughgh… ! »

Les esclaves autour de moi tournèrent soudainement leur attention vers le roi, et les larmes dans leurs yeux firent place à une fureur débridée. On leur avait volé leur vie, on leur avait volé leur dignité de peuple. Leur colère était une conséquence naturelle.

En même temps, une grande quantité de bruit venait de l’extérieur. J’avais entendu le rugissement des animaux sauvages, et une série de bruits sourds alors que diverses choses tombaient sur le sol. Il était temps que cela commence.

« Qu’est-ce que c’était… Quel est ce bruit ?! »

Ces vassaux devinrent vite paniqués, incapables de comprendre ce qui se passait. L’homme en robe qui nous avait amenés dans la pièce était entré par la porte, manifestement paniqué.

« Votre génie, c’est affreux ! Les bêtes magiques sous le contrôle de nos chevaliers se sont déchaînées ! Ils n’obéissent pas du tout ! »

« Qu’est-ce que vous avez dit ?! »

C’était aussi une évidence. Les esclaves avaient encore toute leur tête. Ils avaient leur collier autour du cou, ils savaient donc qu’il fallait être prudent. Les animaux étaient une tout autre affaire. Ils étaient libérés, donc ils faisaient juste ce qui était instinctif. Je m’étais demandé s’il était possible de les apprivoiser de manière non forcée.

« Ne te l’ai-je pas dit ? Les colliers de soumission sont à moi maintenant. Ils n’obéissent qu’à moi, et je n’ai donné aucun ordre. »

« Hgngh… ! »

Mais j’avais donné un ordre silencieux. J’avais dit aux créatures de ne faire de mal à personne, et de quitter la ville. Personne d’autre ne le savait, d’où la panique frénétique.

« Espèce de salaud… Espèce de… Espèce de salaud ! Silence, silence, maudit ! »

« Je te l’ai demandé encore et encore, non ? Je t’ai demandé si tu voulais déclencher une guerre. Je suis un pacifiste, mais ça ne me rend pas idiot ou naïf. Si tu me frappes, je riposterai. Tu nous as déclaré la guerre, mon gros. Quand apprendras-tu ? Quand apprendras-tu que tes actions ont des conséquences ? »

« Tais-toi, tais-toi, tais-toi ! »

Le roi de Sandora me regarda, le feu dans les yeux. Il ne me restait plus qu’à l’arrêter et à trouver où les colliers étaient fabriqués.

J’avais fait un pas en avant pour commencer à le faire, quand… La jeune esclave, qui se cachait encore derrière le trône, dégaina la lame voyante sur le côté et l’enfonça profondément dans le cou du gros homme.

« Whhh… »

J’avais entendu un claquement, puis une stupide respiration sifflante. Et puis, j’avais regardé une tête de gros porc s’envoler dans les airs en formant un arc.

J’avais cligné des yeux et c’était arrivé, tout était fini en quelques secondes. J’aurais peut-être pu intervenir avec la [Téléportation], mais j’avais à peine eu le temps de noter ce qu’elle faisait. Même au dernier moment, mon corps avait refusé de bouger. Je n’avais aucune volonté de le sauver. Finalement, j’aurais pu le laisser mourir.

J’avais légèrement haussé les épaules et j’avais regardé sa tête passer au-dessus et atterrir à mes pieds.

« Augh, dégueulasse ! »

J’avais donné un coup de pied à la tête de manière réfléchie.

Ah, merde ! Je ne voulais pas manquer de respect aux morts, c’était juste une tête dégueulasse ! J’ai été surpris ! Quiconque se fait jeter une tête sur lui serait surpris, non ?! La tête volante roula sur le sol, là où le Premier ministre avait atterri.

« Eeek ! »

Il avait été pris d’horreur et s’était effondré sur place. Le corps du roi s’était alors affaissé en avant alors que le sang jaillissait de son moignon de cou.

Le sang dans son corps avait émis un bruit de gémissement alors qu’il jaillissait du cou du roi.

Je regardais mes chaussures, qui étaient maintenant complètement ruinées par le liquide rouge collant qui les recouvrait.

Et meeeerde… Je n’ai même pas pu utiliser [Glissade]… Cette fois, le gars sur lequel je l’aurais utilisé a fini par mourir sans que je ne fasse rien. J’ai voulu le frapper au moins une fois, mais je me suis dit qu’un coup de pied sur sa tête coupée était un bon moyen de substitution.

« Très bien, maintenant c’est fini… [Paralysie]. »

« Hngh ! »

« Gwaugh ! »

J’avais utilisé un sort paralysant sur les vassaux et le Premier ministre, les empêchant de bouger. Ensuite, j’avais demandé aux anciens esclaves de m’aider à les attacher avec une corde.

La jeune esclave, qui était déjà tombée à genoux comme si elle était épuisée, s’était lentement tournée vers moi.

« … Merci. Merci beaucoup… Je… J’ai enfin réussi à venger mes sœurs… »

Je m’étais demandé ce qu’elle voulait dire, alors je le lui avais demandé. Il semblerait qu’elle et ses sœurs étaient des aventurières, mais au cours d’une mission à Regulus, elles avaient été attaquées par des esclavagistes et capturées.

Elle et ses sœurs étaient extrêmement belles, elles avaient donc été amenées au roi comme esclaves sexuelles. Elles avaient été brutalement traitées comme ses jouets. Ses deux sœurs ayant réussi à contrarier le roi d’une manière ou d’une autre, il les fit lentement torturer jusqu’à ce qu’elles se brisent mentalement, puis moururent. Elle avait poursuivi en disant qu’elle devait continuer à vivre, attendant l’occasion de se venger de celui qui était responsable de quelque chose de si odieux.

En fin de compte, cet homme était une ordure. Il avait beaucoup de péchés à expier, et j’étais content que ce soit elle qui l’ait tranché comme un porc.

Mais je ne savais pas quoi faire d’elle. D’un point de vue objectif, c’était une criminelle qui avait assassiné son monarque. Mais le monarque était un ennemi, et franchement, du point de vue de Brunhild, c’était probablement une héroïne.

***

Partie 9

Je m’étais dit qu’il n’y aurait probablement pas de problème si nous la faisions émigrer à Brunhild. En fin de compte, ce qui s’était passé, c’était qu’une guerre avait éclaté entre Brunhild et Sandora. En quinze minutes, le potentiel de guerre de Sandora avait été massivement réduit. Le roi de Sandora avait finalement été tué au combat, en quelque sorte… Puis, la guerre s’était terminée. Point final.

C’était ce qui se serait passé si une guerre officielle avait été déclarée, donc c’était assez proche de ma version.

De toute façon, c’était eux qui avaient déclenché les hostilités… Je n’avais cependant pas vraiment envie d’expliquer ça à Kousaka.

J’avais juste décidé de ne pas le faire pour le moment. C’était la meilleure chose à faire. Oui, vous ne pourrez pas me convaincre du contraire. La meilleure façon de régler les problèmes que vous ne vouliez pas aborder, c’était de les enterrer.

J’avais supprimé la paralysie du Premier ministre. Je lui avais demandé de me guider vers le lieu où les colliers de soumission avaient été créés.

Il était situé sous l’une des flèches du côté ouest du château.

Le pays produisait les colliers, qui avaient ensuite été vendus aux esclavagistes, les bandits capturaient ensuite des gens pour les esclavagistes, et les esclavagistes les achetaient comme esclaves. Les esclaves étaient ensuite ramenés à Sandora et vendus aux citoyens… C’était effectivement un horrible cercle.

Il y avait beaucoup d’esclaves au travail dans l’établissement, mais ce travail avait cessé depuis.

Un artefact qui ressemblait vaguement à un micro-ondes se trouvait au centre de l’installation. Apparemment, en y introduisant des colliers réguliers, la configuration de l’appareil l’enchantait avec des propriétés qui en faisaient des colliers de soumission.

À côté de celui-ci se trouvaient deux artefacts qui se ressemblaient. Ils semblaient beaucoup plus récents. Apparemment, il s’agissait de répliques exactes qui n’avaient été créées que récemment. Les répliques étaient le résultat de décennies de recherche sur l’original.

Les mages qui l’avaient créé étaient apparemment d’incroyables magiciens de Felsen, qui avaient été rapidement asservis dans une opération tactique et emmenés à Sandora.

Ils étaient tous morts d’épuisement à cause des heures de recherche constante et du manque de repos. Et à cause de cela, personne en vie ne pouvait reproduire l’appareil. D’après ce que j’avais entendu, Sandora avait prévu de faire un autre raid sur Felsen, mais cela n’avait pas eu lieu maintenant.

« Avec ça, le mal devrait être coupé à la racine. »

J’avais utilisé [Gravité] sur les trois appareils, les écrasant sous leur propre poids et les détruisant entièrement.

Avec cela, plus aucun collier de soumission ne pourra être créé. Ce n’était pas vraiment vrai, car le Docteur Babylon et moi-même pouvions utiliser [Analyse] pour les reconstruire, mais nous n’allions pas le faire.

Il ne restait plus qu’à libérer les esclaves. Le seul problème étant qu’il y aurait probablement une rébellion dans tout Sandora si je faisais cela. Les anciens opprimés seraient libres de se venger. Cela dit, ils pourraient toujours être contraints à la servitude s’ils commettaient un crime grave, et une partie de moi espérait donc qu’ils seraient un peu plus rationnels.

Je ne voulais pas libérer les esclaves qui avaient été réduits en esclavage pour avoir commis des crimes. Il valait mieux les laisser tels qu’ils étaient afin de donner l’exemple. Mais je ne savais pas combien ils étaient.

Sandora était en grande partie désertique, elle n’avait pas une population massive, forte heureusement…

Je me demandais combien de jours je finirais par passer à charrier des esclaves dans les deux sens.

« Je suppose qu’il n’y a rien à faire… Il va falloir demander de l’aide à l’alliance. »

Je ne voulais pas vraiment traiter avec Sandora plus longtemps, mais une guerre était une guerre, aussi petite soit-elle. Je ferais casquer le gouvernement et ils payeront pour leurs actes. Au moins, ils paieront des réparations aux personnes qu’ils avaient asservies.

Si le pays s’effondrait en conséquence, alors ce n’était pas mon souci. Ils étaient libres de reconstruire Sandora, mais sans esclaves.

Mais ils devront tout faire eux-mêmes. Plus de travail gratuit. Enfin, sauf pour les esclaves criminels. Je m’étais dit qu’ils pouvaient encore les utiliser.

Je m’étais demandé s’il se passera la même chose qu’à Yulong où un groupe de dirigeants autoproclamés finirait par apparaître. Je m’étais demandé s’il y aura des villes-états ou juste un groupe de personnes qui se battraient pour le contrôle total.

Mais je doutais que cela se produise. Toute personne ayant une telle prétention avait compté sur les esclaves toute sa vie. Ils ne sauraient pas travailler dur si cela les giflait au visage. J’étais presque sûr que Sandora était sur le chemin de l’extinction… Cependant, cela me fit réfléchir… Le roi de Sandora avait-il des enfants ou non.

De toute façon, cela n’avait rien à voir avec moi. Le pays avait perdu son emprise sur les esclaves, je m’étais alors demandé si quelqu’un qui resterait dans le coin respecterait même une revendication de droit de naissance à ce stade.

J’étais un peu déçu, car j’avais fini par faire ce que les autres dirigeants du monde voulaient que je fasse. Je n’avais pas du tout l’intention d’écraser Sandora, mais je ne m’attendais pas à ce que le roi soit aussi bête. Sérieusement, j’aurais mieux fait de négocier avec un chimpanzé.

Bordel… La guerre… la guerre ne change jamais…

◇ ◇ ◇

Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis la guerre contre Sandora, et j’avais à peu près réglé les conséquences.

J’avais rassemblé tous les esclaves de la capitale, criminels mis à part, et j’avais donné à chacun d’eux une somme d’argent provenant du trésor de Sandora. Ensuite, j’avais envoyé tous ceux qui avaient un endroit où retourner en passant par des [Porte] individuelles. J’avais utilisé ma magie pour examiner les souvenirs de ceux qui venaient d’endroits où je n’étais jamais allé auparavant. J’avais immédiatement informé les membres de l’alliance afin qu’ils soient prêts à faire face à un afflux de personnes rentrant chez eux.

J’avais également ramené les gens de la Mer des Arbres à Pam. J’avais fait en sorte de ne manquer aucun d’entre eux.

« Formez une ligne ordonnée, s’il vous plaît. D’ici à ici. »

Avant de les envoyer à travers les portails, j’avais utilisé l’arme secrète que le Docteur Babylon avait développée avec Tica dans le laboratoire de recherche. Elle était capable de désarmer leur collier autour du cou.

Tica avait apporté un objet qui ressemblait à une seringue sans aiguille, et fit sauter les colliers avec, un par un. C’était un artefact que nous avions appelé l’initialisateur.

En bref, c’était un artefact qui éliminait les effets magiques de tout ce sur quoi il était utilisé.

Après cela, j’avais utilisé [Apport] pour retirer les colliers en toute sécurité. C’était une magie que je pouvais utiliser pour appeler n’importe quel objet dans mes mains. Il était limité aux objets de la taille d’une balle de base-ball, mais les colliers étaient de la bonne taille pour cela. Cela ne me dérangeait pas vraiment, même si cela prenait un peu de temps.

L’initialisateur était un artefact assez terrifiant en termes de force. Les artefacts d’autrefois étaient incroyables, et nous pouvions même en fabriquer des incroyables maintenant. Les Frame Gears n’étaient que de gros appareils par rapport aux outils complexes qui pouvaient être développés.

Pour être plus précis, l’initialisateur était un dispositif magique qui écrasait tout dispositif magique avec la commande : « ne rien faire », pour ainsi dire. Il était évident que c’était moi qui avais dû le recharger. Il faudrait une année entière à un mage ordinaire pour recharger cet appareil. C’était en gros aussi extrême en termes d’effet et de nécessité d’alimentation. Les gynoïdes de Babylone avaient toutes aidé à désactiver les colliers, puis les esclaves étaient passés par les portails pour rentrer chez eux.

Beaucoup de gens ne voulaient pas abandonner leurs esclaves, mais nous avions demandé à nos chevaliers de les réprimer, de les arrêter et de les jeter dans les cages où vivaient leurs esclaves. J’avais pensé que ce traitement les ferait peut-être réfléchir un peu à leur attitude.

Nous avions même des gens qui ne voulaient pas être libérés de l’esclavage, mais ces gens étaient peu nombreux. Certains d’entre eux semblaient être en accord avec la vie qu’ils avaient, et les gens qu’ils servaient, donc… même si c’était bizarre, je ne voulais pas juger cela. Mais je m’étais assuré qu’ils ne soient pas forcés de dire quoi que ce soit contre leur volonté.

Nous avions désactivé leurs colliers au cas où. Je ne voulais pas laisser de traînards. Le reste dépendait de leurs sentiments. Si une personne voulait légitimement vivre dans la servitude… C’était un choix de vie bizarre, mais je n’avais pas envie de me sentir humilié.

Plusieurs jours après avoir libéré la capitale, nous avions continué à faire nos efforts dans d’autres colonies de Sandora.

Beaucoup de gens qui avaient régné sur ces villes avaient fini par nous résister, mais ils avaient généralement cédé après que nous ayons entouré leurs colonies de quelques Frame Gears.

Nous avions fini par répandre la rumeur selon laquelle le roi de Sandora avait déclaré la guerre à Brunhild et avait rapidement perdu sa tête, ce qui n’était pas techniquement incorrect. Nous avions simplement menacé tous ceux qui résistaient de subir le même sort que leur roi.

Je ne voulais pas vraiment menacer les gens comme ça, mais cela avait permis d’aplanir les choses en ce qui concerne la libération des esclaves.

La jeune esclave qui avait décapité le roi de Sandora n’avait pas de maison où retourner, alors je lui avais demandé de venir à Brunhild. C’était une ancienne aventurière, donc elle s’intégrerait bien.

Les gens qui n’avaient pas d’endroit où retourner avaient eu le choix de la nation où vivre. Certains étaient partis vers de nouvelles terres, d’autres avaient dit qu’ils préféreraient rester à Sandora.

Certains voulaient venir à Brunhild, et je les avais invités à bras ouverts. Il y avait encore des terres à cultiver et d’autres emplois à pourvoir, pour qu’ils puissent se débrouiller comme il faut.

Kousaka avait fini par m’engueuler pour ce qui s’était passé, mais l’afflux d’immigrants avait été une aubaine inattendue en termes de nouvelles forces de travail. Il n’avait cependant pas dit un mot à ce sujet… Il m’avait dit que j’aurais dû soutirer plus d’argent à Sandora pour les réparations, mais c’était mon erreur.

En tout, il avait fallu plus d’un mois pour régler toutes les affaires de Sandora. Beaucoup d’associés du gouvernement de Sandora avaient tenté de nous cacher leurs esclaves, certains prétendant même nous aider dans les recherches. C’était pour la plupart des marchands d’esclaves, et nous les avions réglés avec peu de problèmes.

Les marchands d’esclaves avaient été dépouillés de leurs biens et, ironiquement, furent réduits en esclavage pour leurs crimes. Ils allaient de pays en pays, blessant et prenant des gens, il était donc naturel qu’ils aient leur juste récompense. Nous avions décidé qu’ils travailleraient dans les mines pour le reste de leur vie. J’étais aussi celui qui avait l’autorité sur leurs colliers.

Il y avait… d’autres véritables marchands d’esclaves, si on peut les appeler comme ça. Ils ne se salissaient pas les mains en pillant d’autres nations, et ils opéraient à l’époque dans le cadre de la loi de Sandora. Je n’avais pas tenu compte de leurs crimes, mais j’étais toujours en train de me demander s’il fallait ou non leur faire faire du travail forcé dans les mines.

Pour être honnête, je n’aurais pas été surpris que les esclaves libérés retournent à Sandora pour se venger de leurs oppresseurs.

Je n’étais pas non plus sur le point de les arrêter. La vengeance était en fin de compte un choix personnel. S’ils étaient décidés à être tués, arrêtés ou réduits en esclavage à nouveau, alors je pensais qu’ils devaient simplement foncer. Mais j’espérais qu’ils ne se précipiteraient pas. Après tout, ils venaient d’obtenir leur liberté.

Il était également possible que certains des esclaves criminels eussent été emprisonnés sur de fausses accusations, j’avais donc décidé de leur faire passer tous les tests polygraphiques individuels pour déterminer s’ils étaient innocents ou non. J’avais essayé de leur demander à tous, en tant que foule, de lever la main s’ils étaient innocents, mais ils avaient tous fini par lever la main sans vergogne.

***

Partie 10

Il y avait beaucoup de crimes pour lesquels on pouvait être arrêté à Sandora, mais je n’étais pas vraiment en mesure de juger. Honnêtement, c’était une situation assez compliquée de juger toute leur vie et les circonstances qui auraient pu les forcer à mener une vie de criminel.

A la fin, j’avais demandé à Yumina d’utiliser son Œil mystique pour déterminer les innocents à partir de leur personnalité.

Je n’avais pas vraiment besoin d’aller aussi loin, mais je voulais effacer l’esclavage autant qu’il était raisonnablement possible de le faire.

Franchement, je voulais aussi éliminer la peine d’esclavage… Mais cela nécessiterait plus de travail à l’avenir.

Mais ce qui comptait, c’était que mon travail acharné soit enfin terminé. J’avais pratiquement fini, et je pouvais enfin rentrer chez moi. En toute honnêteté, j’étais presque un esclave… Un esclave du travail !

Liberté, douce liberté… !

◇ ◇ ◇

« Douce liberté… n’étais-je pas censé en avoir fini avec cette merde ? »

Il semblerait que j’avais fêté ça trop tôt.

Hélas, je me tenais à nouveau dans le château royal de Sandora, soupirant pour moi-même.

Je regardais un homme assis sur le trône. C’était le roi de Sandora, Abdul Djerba Sandora III. Ou plutôt, l’ancien roi.

« Guhuhuhu… Misérable Grand Duc… Je vois que tu es revenu ! Ohoho ! »

« Bon sang… »

Sa tête pourrie et coupée avait commencé à me parler. Le roi cochon était assis sur son trône, la tête littéralement dans ses mains. Tout son corps était pâle, et ses beaux vêtements étaient usés et sales.

En gros, c’était un zombie. Il avait été enterré dans un cimetière de Sandora, et il s’était apparemment juste levé et en était sorti. Je pensais que c’était peut-être l’œuvre du mauvais dieu, mais non. Il était vraiment revenu en tant que zombie. Il était tellement attaché au monde matériel qu’il s’était relevé d’entre les morts.

Le roi zombie avait attaqué le Premier ministre en premier et l’avait transformé en premier. Comme c’était la règle générale, les personnes mordues par un zombie devenaient généralement elles-mêmes un zombie.

Apparemment, les zombies avaient commencé à se multiplier comme des lapins après cela. Nous étions tellement occupés à nous occuper des esclaves dans les autres colonies qu’aucun d’entre nous n’avait remarqué que la capitale était devenue une colonie de zombies.

Le roi n’était pas le seul ici. Il y avait aussi une lignée de généraux zombies et de serviteurs zombies. Ils se tenaient tous là, me regardant avec des yeux vides. Leur bouche s’était ouverte.

Dégoûtant, dégoûtant… Quelque chose sort de vos bouches…

« Guhuhuhu… J’ai un nouveau pouvoir… J’ai de nouveaux esclaves… Je vais vous asservir aussi… ! Oink, oink, squeee ! »

Est-ce qu’il vient vraiment de faire un clin d’œil ? Il est devenu un Orc cochon, bon sang.

J’avais soupiré en apercevant un nouveau trio… Ce qui ressemblait à une femme… était apparu de derrière le trône. Ils avaient tous un visage de cochon.

« Oink, oink… Le but de Père est notre but ! Les rancunes de Père sont nos rancunes ! »

« Sniff, sniff… Mangeons-le ! »

« Cerveau C-C… L-L-Laissez-moi manger son c-cerveauuuuuuu… »

« Oink, oiiink ! Tuons-le… ! »

Bon sang. Des princes cochons et une princesse, hein… ? Il a sérieusement zombifié ses propres enfants ? Ils sont son portrait craché… Ont-ils déjà été humains ? Eh bien, peu importe. Ce sont des zombies maintenant.

« Oink, oink, oiiink ! Voyez-vous, imbécile ? Comment pouvez-vous nous vaincre maintenant ? Nous sommes immortels ! Nous utiliserons ce nouveau pouvoir pour asservir ces fugitifs idiots ! »

Tu dis encore ça ? Eh bien, comme le dit le proverbe… Idiot un jour, idiot toujours. Je suppose que même la mort ne peut pas guérir la stupidité. Je peux voir ça assez clairement devant moi.

« Je suppose que je vais devoir te rabaisser pour de bon, hein. »

« Silence ! Tuez-le, Zombies ! »

J’avais tranché le bras d’un des généraux zombies avec Brunhild, mais il était venu me charger à nouveau. Puis, j’avais haussé les épaules, réalisant que je n’avais pas besoin de me retenir. Les zombies étaient pourris… Mais ces gens étaient pourris même quand ils étaient vivants.

« Oink oink oiiink ! Imbécile ! Nous avons des corps immortels ! Des corps qui ne connaissent pas la douleur ! Toute attaque que vous nous lancez est futile… »

« Viens, Lumière ! Confort apaisant : [Guérison]. »

« Hnghuh ! O-Ow ! Je-je-ça fait mal ! Ça brûle ! »

« On dirait que tu avais tort. »

Merde, ça a vraiment marché. Joli. Le général zombie commença à crier et à se tordre de douleur après que je lui ai jeté de la magie de guérison. Pour les morts-vivants, la magie de restauration était un ennemi naturel.

J’avais pris une petite bouteille de mon [Stockage] et je l’avais saupoudrée sur le zombie. C’était le geste de finition parfait.

« Auuugh ! Mon corps ! Je suis en train de fondre ! Je suis en train de fondre ! C’était quoi ça ? ! »

« De l’eau bénite, duh. Je l’ai fait bouillir. »

« H — Ugaaah ! »

Le général zombie s’était effondré de douleur en fondant et en disparaissant dans le néant.

Repose en paix… L’eau bénite de Ramissh est vraiment très puissante… Extrêmement puissante…

« Bâtard… Où avez-vous trouvé ça ?! »

« Hein ? Es-tu stupide ? J’ai entendu dire que je combattrais les zombies, pourquoi je n’apporterais pas d’eau bénite ? En plus, je suis adepte de la magie purificatrice. »

« Qu-Qu’est-ce que vous avez dit ?! Gwaugh ! »

Le cochon s’était levé de son trône et avait essayé de s’enfuir. Les autres zombies lui avaient couru aussi après. Ils étaient étonnamment rapides, étant donné leur état…

« [Glissade]. »

« Hngh ?! »

Leurs pieds avaient cédé en dessous d’eux et les zombies avaient dégringolé. Le sang, les entrailles et le sang gore éclaboussèrent partout alors que leurs corps en décomposition s’étaient ouverts à l’impact. Les zombies ne pouvaient pas se régénérer, mais ils pouvaient continuer à vivre tant que leur cerveau n’était pas détruit.

« Bon, assez de ces conneries. Viens, Lumières ! Exile Souriant : [Bannissement] ! »

Les zombies s’étaient transformés en particules de lumière et disparurent. J’en avais fini avec eux.

« Gyaaah ! »

« Je ne veux pas mourir de nouveau ! Guyahaaah ! »

« Je suis en train de fondre ! » Ils crièrent tous à l’agonie en disparaissant. Les seuls qui restaient étaient le roi cochon et sa famille.

Les princes et la princesse avaient tous quitté le côté de leur père et s’étaient précipités vers moi. Ils sautèrent en l’air avant de s’effondrer à mes pieds en un salut désordonné. Je n’avais jamais vu un saut se transformer en un salut… C’était un peu dégoûtant parce qu’ils s’étaient cassé les jambes à l’impact.

« O-Oink ! On ne faisait que suivre les ordres ! »

« On n’est même pas ses vrais enfants ! »

« P-P-Pardonnez-nous ! »

« Oubliez que vous nous avez vus… ! »

« V-Vous êtez des morveux ! Comment osez-vous ignorer votre père ! »

Le roi du porc avait crié, sa tête avait roulé sur le sol. Les quatre se retournèrent vers lui et inclinèrent la tête.

« Oink... Qui étais-tu déjà ? »

« Vous n’êtes que des petites merdes ! »

Le porc serra les dents au point où j’avais cru que ses vaisseaux sanguins allaient exploser. J’avais profité de la situation et j’avais versé un seau d’eau bénite sur la tête de ces petits porcelets.

« Gyaaaaaauuugh !!! »

Les quatre porcelets crièrent alors que de la fumée s’élevait de leur corps et qu’ils disparaissaient dans le néant. Le roi des porcs regarda, son expression de fureur se transformant en un véritable sourire.

« Oinkahahahaha ! Bien fait pour vous, traîtres ! Petites merdes ! »

Toi et ta foutue famille êtes dégoûtants… Il est impossible que les esclaves que vous avez tous tués puissent reposer en paix pendant que vous bavardez encore.

« Frappe vraiment, Lumière ! Sainte Lance Étincelante : [Javelot Brillant] ! »

J’avais lancé une lance de lumière dans la poitrine du roi. Son corps tout entier avait pris feu et s’était réduit en cendres en quelques secondes.

« M-Mon corps ! »

Cria-t-il, choqué, quand sa tête roulante regarda ce qui se passait. J’étais fatigué de ses bêtises, alors j’avais décidé de mettre fin à tout cela.

J’avais sorti un réservoir d’eau du [Stockage]. Contrairement aux précédents conteneurs que j’avais sortis, celui-ci ne contenait pas d’eau bénite. C’était juste de l’eau de rivière.

J’avais invoqué [Porte] et j’avais appelé plusieurs créatures vivantes de la Grande Rivière Gau. Elles étaient apparues à l’intérieur du réservoir. Elles étaient longues et minces, d’environ dix centimètres de long. Je les avais enchantés avec la magie de la lumière.

« Que… Quelle est cette chose ? »

« Des poisson indigène de la Grande Rivière Gau. On les appelle les candiras. Ils mangent exclusivement de la viande, et ont une préférence particulière pour la viande pourrie. »

« A-Attendez, alors vous… ? »

« [Porte] »

J’avais créé un portail sous le roi cochon, sa tête était tombée dans l’aquarium avec les poissons. Tous les poissons de l’aquarium avaient immédiatement commencé à lui grignoter le visage.

« Hiagaugh ! N-Non ! Non ! Mes yeux ! Mes yeux ! Ils mangent… Nghn !!! »

« Et bien, ils ont vraiment faim… »

Les candiras étaient de drôle de poisson. Ils ressemblaient beaucoup aux poissons candiru de mon ancien monde.

Les poissons candiru vivaient dans la forêt amazonienne et ils étaient féroces. C’était une espèce parasite qui s’enfouissait dans les gros poissons et les mangeait de l’intérieur.

Ils étaient censés être apparentés aux poissons-chats, mais ils étaient plus mortels que les piranhas. Ils s’attaquaient également à des créatures plus grandes en groupe. Les humains n’étaient même pas une exception à l’horrible menu de cette créature. Certains les appelaient même le poisson-vampire.

J’avais été heureux de constater que les poissons candiras étaient tout aussi horribles.

« Sauvez-moi ! »

« Hors de question. Si je t’épargnais maintenant, les gens que tu as blessés ne me pardonneraient jamais. Je suppose que si je te laissais sortir, je déposerais ta tête en guise de corps dans ta tombe. »

Je l’avais regardé se tordre de tourment en me rappelant les visages des esclaves que nous avions récupérés dans les donjons du château. La plupart d’entre eux étaient morts et attachés. Torturés, et maltraités. Pas seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants.

Mon seul regret était qu’il ne pouvait plus sentir la sensation dégoûtante de sa propre mort ramper vers lui. Dans un sens, j’étais heureux qu’il soit revenu. Il ne méritait pas une mort régulière et propre. Je me demandais s’il était revenu dans le monde des vivants pour que les morts trouvent la paix en sachant qu’il regrettait vraiment ses actes.

« Ohhh Dieu ! S’il vous plaît, s’il vous plaît ! C’est horrible, faites-les arrêter ! Ils sont… Ils creusent, oh, oh mon dieu ! »

Le poisson avait été enchanté par la lumière, alors une fois qu’ils étaient entrés dans son corps, ils créèrent une sensation de brûlure. C’était un zombie, il ne pouvait pas suffoquer. Il faudrait probablement une journée entière pour que le poisson lui arrache entièrement la chair du visage.

« Pense aux vilaines actions que tu as faites jusqu’à présent. Penses-y, et sache que personne ne te pardonnera jamais. »

« O-Oink ! Auuuuuuuugh ! »

Il mourut après avoir perdu une partie de son cerveau, puisqu’il était un zombie. J’étais heureux d’attendre que ça arrive.

J’avais utilisé [Bannissement] sur tous les zombies de la capitale… sauf le roi, et j’avais mis un terme à tout ça.

La capitale royale, tout comme Astal avant elle, était devenue une nécropole. Il n’y avait aucun moyen pour Sandora de s’en remettre. J’avais utilisé la magie de terre pour affaiblir les fondations de la ville, en espérant que les sables reprendraient cet endroit maudit.

J’espère que les esclaves morts pourront trouver la paix maintenant… J’avais quitté la capitale avec ces sentiments à l’esprit.

***

Bonus : L’histoire d’un chevalier

« Assez occupé, n’est-ce pas… ? »

Le jeune homme regarda autour de lui avec émerveillement. Il avait voyagé loin du Royaume des Chevaliers de Lestia afin de voir de ses propres yeux cette nation nouvellement fondée, et ce qu’il avait trouvé était très intéressant. Le duché de Brunhild était un tout petit pays. Il avait été fondé presque du jour au lendemain par un aventurier qui était apparu de nulle part. Ce n’était qu’un minuscule morceau de terre situé à la frontière de Belfast et de Regulus, mais il était également indéniable qu’il avait une influence considérable sur le paysage politique mondial.

D’une part, ils brandissaient leurs Frame Gears, un héritage laissé par un ancien royaume. Ce pouvoir permettait à leurs militaires d’accomplir des exploits incroyables, comme le massacre d’une horde de dragons avec peu ou pas d’effort. Il était juste de dire que la puissance militaire de cette minuscule nation n’était pas proportionnelle à sa taille. Elle était encore plus puissante que Lestia, un royaume qui s’était construit sur son ordre chevaleresque. Il était intéressant de noter que le grand-duc qui présidait cette nation n’avait pas utilisé ce pouvoir pour la conquête ou la guerre. Il l’avait plutôt utilisé pour défendre le continent tout entier contre les horribles monstres qui envahissaient leur monde. Il était même allé jusqu’à prêter ces armes redoutées à d’autres nations, afin qu’elles puissent elles aussi se défendre.

Lanz Tempest avait entendu les histoires de son frère aîné, et depuis, il était curieux de connaître Brunhild. Ce n’était pas qu’il avait un problème avec Lestia. Non, loin de là en fait. Cependant, Lanz pensait simplement qu’il pourrait trouver plus d’utilité dans une nation arriviste, en particulier une nation aussi intéressante. S’il se montrait pur de cœur et d’intention, il atteindrait sûrement des sommets qu’il n’aurait jamais pu atteindre dans Lestia. Au moment où les rumeurs de la campagne de recrutement de chevaliers de Brunhild lui parvinrent, Lanz était sur pied et quitta Lestia.

Il avait réussi à arriver juste à temps pour s’inscrire, puis il s’était installé dans une auberge pour se reposer avant le jour où tout allait commencer. Il y avait plusieurs auberges à Brunhild, mais Lanz n’avait pas vraiment assez d’argent sur lui pour vivre dans le luxe. La famille Tempest n’était pas vraiment une famille de haut niveau à Lestia. En fin de compte, il n’était pas sûr du classement qu’il obtiendrait après cet examen, mais il était certain qu’il ferait de son mieux malgré tout. Il haussa les épaules et entra dans une auberge un peu plus petite à proximité. Elle s’appelait la Lune d’argent. En entrant, un homme qui ressemblait à un marchand se précipita devant lui.

« Bienvenue ! »

« … Y a-t-il des chambres disponibles ? »

Une fille aux cheveux rouges se tourna vers Lanz avec un sourire. Il se demandait si elle était la propriétaire et s’informa poliment des réservations.

« C’est votre jour de chance ! Nous étions complets, mais une chambre vient d’être libérée. Le monsieur qui devait y rester a été rappelé par sa femme ! Il semble qu’elle va bientôt accoucher… Vous pouvez rester ici à sa place, si vous le voulez. »

Lanz avait supposé que le client en question était probablement le commerçant effréné qui s’était enfui en courant à son arrivée. Quoi qu’il en soit, le prix n’était pas du tout mauvais. Il accepta gracieusement.

« Êtes-vous ici pour essayer d’entrer dans l’ordre des chevaliers ? »

« Est-ce si évident ? »

« Eh bien… c’est évident quand l’on vous voit. De toute façon, ça va être assez difficile, alors bonne chance. Je pense qu’il y a en fait une tonne de candidats ici. »

« Ah oui ? »

La fille avait appris pas mal d’informations grâce aux histoires que lui avaient racontées les voyageurs. À la surprise de Lanz, elle en savait même beaucoup sur l’ordre des chevaliers et le grand-duc. En signe de gentillesse, elle lui en avait dit un peu plus sur la façon dont les chevaliers actuels avaient été recrutés dans l’ordre.

« Les chevaliers aiment venir ici pour manger, alors j’ai entendu beaucoup de choses. Je pense qu’ils ont entendu de bonnes choses sur mon menu. Oh, c’est vrai. Voulez-vous manger quelque chose, vous aussi ? »

« Bien sûr… J’adorerais ça. »

« Super ! »

Lanz sourit à la fille qui lui apportait quelques plats. Il avait commandé un plat du menu et il était prêt à se mettre au lit. Il décida de passer ce temps à observer les gens, mais son regard se posait souvent sur elle.

« C’est incroyable… »

La nourriture était, pour être franche, sublime. Lanz était très curieux de la cuisine qui existait en dehors de Lestia, et il ne s’était pas trouvé déçu par ce que cette auberge avait à offrir. Il était plus que satisfait à la fin de son repas. Après avoir mangé, il avait bu une petite tasse de thé. La jeune fille s’était présentée sous le nom de Micah. Elle travaillait dur et rappelait un peu à Lanz sa propre mère. Il s’était retrouvé à la regarder inconsciemment pendant qu’elle s’affairait dans le réfectoire. Une fois qu’il avait réalisé ce qu’il faisait, il avait très vite secoué la tête pour reprendre ses esprits.

Il devrait se concentrer. Il avait l’examen demain, un examen qu’il était déterminé à passer, malgré les objections de son père et de son frère. Il regrettait d’avoir abandonné Lestia pour chercher de nouvelles opportunités, mais il sentait qu’il devait le faire. S’il réussissait, il vivrait avec les chevaliers au château de Brunhild. S’il échouait, il rentrait chez lui en courant vers Lestia. Il ne pouvait pas se laisser distraire par une belle fille dans une très belle auberge. Après tout, il n’y retournerait plus jamais…

Bien que… peut-être que s’il réussissait, il pourrait revenir et manger. Ce n’était sûrement pas un problème, non ? Micah avait dit que les chevaliers de Brunhild venaient dîner de temps en temps… Ce ne serait pas un problème, et ce ne serait certainement pas déplacé. Lanz avait tranquillement décidé que ce ne serait peut-être pas si mal s’il fréquentait cet endroit. Alors que son esprit se fixait sur l’idée, il n’avait pas réussi à voir que son regard s’était de nouveau fixé vers Micah, un doux petit sourire affiché sur son visage.

***

Illustrations

 

Fin du tome 11.

***

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