Mushoku Tensei (LN) – Tome 7 – Chapitre 2 – Partie 4

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Chapitre 2 : Les grizzlis brillants

Partie 4

Lorsque nous étions rentrés à six à la guilde des aventuriers de Rosenbourg avec des douzaines de peaux, nous avions été accueillis par les habitants de la région qui nous avaient jeté un regard peu amical. De nombreux aventuriers avaient travaillé dans une seule ville pendant de nombreuses années, voire toute leur carrière. Lorsque des étrangers arrivaient de nulle part et effectuaient immédiatement un travail important et lucratif, cela suscitait toujours au moins un peu d’hostilité de ce genre. Dans les villes les plus tordues, des gens venaient vous harceler et exiger une réduction de vos revenus.

J’avais jeté un coup d’œil à Timothy, en me demandant comment il allait gérer cela. À ma grande surprise, je l’avais trouvé en train de regarder dans la pièce avec un sourire éclatant, comme si les autres aventuriers étaient de vieux amis au lieu d’étrangers rayonnants et pleins de ressentiment.

« Ce soir, nous fêtons l’arrivée de mon groupe à Rosenburg. Allons au bar, tout le monde. C’est moi qui paie ! », cria-t-il à la foule.

Pendant un instant, les autres aventuriers furent trop surpris pour réagir, mais ils savaient déterminer rapidement si ce qu’ils entendaient était vraiment une bonne affaire. Des acclamations s’étaient élevées tout autour de la salle.

« Hé, pour une fois que les nouveaux en ville ont l’air sympas ! »

« Hahaha ! Je vous aime bien, les gars ! »

« Putain, ouais ! De l’alcool gratuit ! »

Pour être honnête, j’étais stupéfait. Est-ce que Timothy avait vraiment jeté les gains d’un travail de sept jours aussi simplement ?

Suzanne vit le regard que j’avais et sourit, regardant fièrement son chef.

« C’est comme ça que Timothy fait toujours les choses. Si vous payez à tout le monde quelques verres de temps en temps, personne ne va vous détester, non ? C’est un petit prix à payer pour que les gars les moins amicaux ne soient pas sur votre dos. »

Huh. Vu la manière dont elle le disait, cela avait l’air vraiment logique. Plus vous aviez d’argent et de succès, plus les gens étaient jaloux. C’était une réalité. Les aventuriers devaient vivre de l’argent qu’ils gagnaient lors de leurs quêtes, ce n’était donc certainement pas quelque chose que vous pouviez faire si souvent… mais si vous faisiez preuve d’un peu de générosité les jours de paye importante, cela réduirait l’hostilité qui se mettait en travers de votre chemin.

« Très bien, tout le monde ! Souvenez-vous juste de nos noms, d’accord ? On est le groupe Compteur de Flèches, et lui, c’est Rudeus Greyrat ! Nous sommes impatients de travailler avec vous ! »

« Compteur de Flèches ! Compteur de Flèches ! »

« Rudeus ! Rudeus ! »

En se basant sur les chants chaleureux qui nous entouraient, Timothy nous avait à tous les coups fait gagner une popularité temporaire. Si sa stratégie était aussi efficace, je devrais essayer de suivre son exemple. Ce serait bien si je pouvais éviter les disputes inutiles avec des gens comme Sara.

Avec cette pensée, j’avais laissé la foule me porter tout en se dirigeant vers le bar le plus proche.

 

◇ ◇ ◇

J’étais finalement rentré à mon auberge quelques heures plus tard. Les autres m’avaient convaincu de prendre quelques verres au bar. Malheureusement, je n’étais pas habitué à l’alcool, et la seule sorte qu’ils avaient dans cette ville était du whisky assez fort. J’avais rapidement eu mal à l’estomac et j’avais dû me lancer un sort de désintoxication. Ce n’était pas une erreur que je referais.

En utilisant un sort de base de guérison sur ma tête encore douloureuse, j’avais traversé ma chambre pour allumer un feu dans le poêle de chauffage.

« Ouf… »

Très vite, de petites flammes dansaient sur le bois à l’intérieur de la boîte métallique. Il faudrait probablement un certain temps pour que la pièce se réchauffe de manière significative, mais le simple fait de regarder le feu était étrangement réconfortant.

En regardant les flammes vacillantes, j’avais mis la main dans ma poche et j’avais récupéré un certain objet. C’était un morceau de tissu blanc. Pas un simple mouchoir, bien sûr. C’était quelque chose que Lilia m’avait livré contre toute attente, malgré tout ce que nous avions perdu lors de l’incident de déplacement.

C’était ma sainte relique. Je l’avais gardée en sécurité dans ma poche tout au long de mon voyage jusqu’ici. Je l’avais saisie à deux mains et je l’avais pressée fermement contre mon front.

Quand j’avais vu les membres du groupe se tourner pour combattre cette horde de grizzlis brillants, c’était une image de Roxy qui m’avait traversé l’esprit de façon si vive.

Roxy était la personne la plus forte et la plus déterminée que j’avais jamais connue.

Je ne l’avais jamais vue dans une situation de vie ou de mort, mais je savais qu’elle avait elle-même été une aventurière. Lorsque son groupe s’était retrouvé en danger, elle s’était probablement retournée et avait dû l’affronter, tout comme les membres de ce groupe. Elle avait protégé ses amis avec courage, et elle avait été protégée en retour. Elle avait survécu.

Et puis… elle était devenue ma tutrice. Elle m’avait appris tout ce qu’elle avait appris dans sa vie d’aventurière. Elle m’avait appris ce que ça signifiait d’être en vie.

Mais elle n’était pas née en sachant tout ça. Elle l’avait compris par elle-même, au cours des années qu’elle avait passées à se battre aux côtés des autres.

« Bien sûr que ça compte si tu meurs, crétin… »

J’avais serré le tissu blanc contre ma poitrine pendant un moment.

« Tu as perdu tout ce à quoi tu tenais ? Qui l’a dit ? ! »

J’avais pressé l’étoffe blanche sur mon front pour que mes larmes ne le tachent pas, je m’étais alors recroquevillé en boule et je m’étais mis à sangloter. Peu après, j’avais commencé à pleurer, mon corps frémissant à chaque hoquet douloureux.

Je n’avais pas tout perdu. Pas du tout. J’avais perdu quelque chose qui me tenait à cœur. C’était vrai. Mais cela ne signifiait pas que je n’avais plus de raison de vivre.

Souviens-toi du jour où tu es arrivé dans ce monde. Souviens-toi de Roxy. Souviens-toi du jour où elle t’a montré le monde extérieur. Tu as appris toutes sortes de choses d’elle. Elle t’a tant appris. Tu ne peux pas la trahir maintenant.

Roxy n’était pas la seule qui m’avait donné quelque chose. J’avais touché le pendentif en bois que je portais autour de mon cou. C’était un cadeau de Lilia — un cadeau qu’elle avait probablement fait à la main. Lilia avait toujours été si gentille et dévouée envers moi. Elle attendait sans doute avec impatience le jour où nous nous reverrions. Et quelque part à Millis, Paul faisait de son mieux pour réunir notre famille. Nous étions très éloignés l’un de l’autre, oui. Mais quand même, je n’étais pas seul au monde.

« Roxy… s’il te plaît, montre-moi le chemin… »

Je ne pouvais pas m’allonger et mourir ici au milieu de nulle part. Oui, je souffrais encore. Ça ne servait à rien de prétendre le contraire. Mais j’avais déjà vécu pire que ça il y a longtemps.

Tu ne peux pas tomber en morceaux maintenant, bon sang. Continue d’avancer. Fais ce que tu dois faire.

« … Très bien. »

J’avais ouvert mon bagage et j’avais sorti un autre morceau de tissu. C’était mon souvenir d’Éris, celui que j’avais trimballé avec moi tout ce temps, même si cela me faisait me sentir malheureux.

Sans un mot, je l’avais jeté dans le fourneau de chauffage.

 

Sara

Pour être honnête, je l’avais sous-estimé.

La première chose qui m’était venue à l’esprit lorsque j’avais entendu le nom de « Greyrat » était le noble qui avait régné sur la ville où j’étais née. La famille Nostos Greyrat contrôlait toute la région de Milbotts. Je n’avais vu le seigneur lui-même qu’une seule fois, quand j’étais très jeune. Il était venu dans notre village avec un groupe de soldats pour chasser quelques monstres dans les environs. Mes souvenirs de l’époque étaient pour la plupart assez flous, mais je me souvenais très clairement de son visage à l’air rusé. Et Rudeus lui ressemblait beaucoup.

« Greyrat » n’était évidemment pas un nom de famille si rare dans le royaume d’Asura. Mais la plupart des gens qui l’avaient étaient des nobles de rang inférieur ou moyen. Vous n’en trouverez pas beaucoup parmi les villageois ou les citadins ordinaires. En fait, les gens ordinaires n’avaient généralement pas de nom de famille. Je sais que je n’en avais pas. J’étais née d’un chasseur et de sa femme, et le nom « Sara » était tout ce qu’ils pouvaient m’offrir. Ma mère et mon père n’en avaient pas non plus.

Pour faire court, ce « Rudeus Greyrat » était manifestement un enfant riche. Il mettait une robe bon marché et se laissait pousser les cheveux à l’état sauvage pour tenter de se déguiser en aventurier ordinaire, mais ce bâton à l’allure coûteux qu’il portait ne laissait aucun doute. On pouvait pratiquement sentir l’ignorance sur lui.

Pourquoi le fils d’un noble asurien quitterait-il son pays pour se rendre dans les Territoires du Nord ?

L’expression de son visage le montrait clairement. Le gamin parlait assez poliment, mais il avait toujours l’air sombre comme l’enfer, et son attitude criait simplement « laissez-moi tranquille ». Il avait probablement eu des problèmes au pensionnat pour enfants riches, ou s’était battu avec ses parents. En d’autres termes, il s’enfuyait de chez lui.

Ce n’était vraiment pas très inhabituel. Je n’arrivais pas à le comprendre, mais il semblerait que certains jeunes nobles asuriens ne supportaient pas que tout ce qu’ils voulaient leur soit donné sur un plateau d’argent. Et après avoir fui leurs écoles ou leurs demeures, ils essayaient généralement de devenir des aventuriers.

Les enfants de la noblesse étaient éduqués dès leur plus jeune âge. L’accent était mis sur des choses normales comme la lecture, l’écriture et le calcul, mais beaucoup de familles avaient aussi formés leurs enfants au maniement de l’épée. Certaines maisons nobles considéraient la magie comme moins importante, mais de nombreuses académies exigeaient également que leurs élèves apprennent des sorts de niveau débutant.

Ainsi, certains enfants avaient acquis des compétences de combat de base, puis ils commençaient à apprendre un peu sur le monde extérieur dans leurs académies. À ce stade, pour une raison ou une autre, beaucoup d’entre eux décidaient d’abandonner leur vie facile. C’était particulièrement fréquent chez les garçons de l’âge de Rudeus. J’avais déjà monté la garde pour des enfants comme lui quelques fois auparavant, bien qu’aucun d’entre eux n’ait été assez courageux pour essayer de quitter Asura. La majorité d’entre eux n’avaient tenu qu’un ou deux jours avant de prendre peur et de retourner d’où ils venaient. Bien sûr, de temps en temps, l’un d’entre eux se révélait avoir un vrai talent et devenait un véritable aventurier, mais je n’en avais jamais rencontré.

Je m’étais dit que Rudeus n’était qu’un autre de ces enfants riches. Et j’avais toujours détesté ces enfants. Ils étaient nés dans des foyers riches et avaient reçu une excellente éducation. Ils pouvaient vivre dans le luxe et ils n’auraient jamais à travailler. L’idée que des gens comme ça puissent devenir des aventuriers me rendait furieuse.

Peut-être que cela ne me dérangerait pas tant s’ils étaient réellement engagés. Mais d’après mon expérience, ils n’étaient jamais prêts à risquer leur vie comme nous le faisions tous les jours. Lorsqu’un monstre les frappait ou qu’un autre membre de leur groupe était en danger, les enfants riches se mettaient toujours à courir.

La raison était en fait assez simple : ils avaient encore un endroit où retourner. Quand les choses devenaient trop laides ou trop effrayantes, ils pouvaient toujours rentrer chez eux. Même lorsqu’ils essayaient de devenir des aventuriers, ils avaient toujours ce plan de secours planqué dans le coin de leur esprit. Il ne leur venait même pas à l’esprit que certains d’entre nous n’avaient pas cette option. Ils ne se rendaient même pas compte que certaines personnes devaient passer le reste de leur vie en tant qu’aventuriers. Et ils nous entraînaient dans leurs petits jeux inutiles, n’épargnant même pas une pensée pour ce qui pourrait nous arriver si nous étions blessés assez gravement pour perdre notre gagne-pain.

Je pensais que Rudeus n’était qu’un autre de ces gosses inutiles. L’histoire de sa mère disparue m’avait choquée au début, mais après un certain temps, j’avais commencé à penser que c’était probablement un mensonge. Il semblerait plus probable qu’il voulait juste prouver à quel point il était « différent » et « spécial » en jouant à être un aventurier dans les Territoires du Nord, plutôt qu’être un aventurier d’Asura. Je m’étais dit qu’il s’enfuirait si les choses devenaient un tant soit peu risquées. J’avais donc essayé de limiter son rôle au sein de notre groupe, en espérant au moins l’empêcher de nous saboter.

Pour être honnête, je l’avais sous-estimé.

Au lieu de fuir pour sauver sa vie, il avait anéanti presque à lui seul cette énorme meute de Grizzlis Brillant. C’était clairement un magicien de niveau Avancé ou même de niveau Saint. Et pour une raison inconnue, il nous avait caché cela.

Cela ne faisait que m’ennuyer encore plus. Il était indéniable qu’il avait sauvé notre groupe, alors je l’avais remercié. Mais je ne me sentais toujours pas particulièrement reconnaissante.

« Viens, Sara. Combien de temps vas-tu bouder ? »

« Qui dit que je boude ? ! »

Mon irritation n’avait pas disparu, même après notre retour à l’auberge. Je ne voulais pas admettre que ce gosse de riche était différent des autres. C’était toujours un aristocrate, et je détestais les aristocrates.

« Qu’est-ce qui t’arrive ces derniers temps, Suzanne ? Pourquoi continues-tu à t’occuper de ce type ? »

« Allez, Sara, qu’est-ce que j’étais censé faire ? Un enfant aussi jeune ne devrait pas voyager tout seul, non ? Ça m’aurait laissé un très mauvais goût dans la bouche s’il se faisait tuer. Je veux dire, on dirait qu’il peut prendre soin de lui-même, mais quand même… »

« Qui s’en soucie ? S’il se fait tuer, ce sera à cause de sa foutue stupidité ! Cette histoire sur sa mère est de toute façon forcément fausse. Il est probablement juste en train de s’enfuir de chez lui. »

« Sara, je sais que tu ne veux pas l’admettre, mais il dit manifestement la vérité. Ne prétends pas que tu ne le sais pas. »

Suzanne n’avait pas tort. Si Rudeus mentait, il n’aurait pas tenu bon avec nous. Il n’aurait pas craqué et pleuré au milieu de la guilde des aventuriers. Je le savais.

Je savais que ce qu’il disait était vrai. Il avait vraiment été victime de l’incident de téléportation de Fittoa. Il avait vraiment passé des années à apprendre la magie afin de rentrer chez lui, pour se rendre compte que sa maison avait disparu. Il s’était vraiment mis à la recherche de sa mère disparue. Ce n’était pas seulement une histoire triste, c’était vraiment arrivé. Maintenant que j’avais travaillé avec l’enfant, j’étais presque sûre de tout cela.

Mais une partie de moi voulait vraiment le traiter d’escroc. Je suppose qu’il y avait quelque chose à propos de Rudeus que je ne pouvais pas tolérer. Ou peut-être que c’était trop humiliant d’affronter le fait qu’un gosse de riche m’avait sauvé la vie.

« Hmph. Ce travail ne semblait de toute façon pas être un grand défi pour lui. Je suis sûre qu’il va se mettre à courir dès qu’il sera en danger. »

Faisant fi des paroles de Suzanne, je m’étais enfoncé dans mon lit et lui avais tourné le dos.

Pour une raison inconnue, je m’étais sentie incroyablement frustrée.

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2 commentaires :

  1. Bonjour, je vous remercie pour le travail que vous faite mais j'ai une petite question j'ai vu sur amazone des livre mushoku Tensei, et surtout il vont jusqu'aux tome 15...
    C'est les même ou une autre version ? ca vos le coups de les prendre ?

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