Mushoku Tensei (LN) – Tome 6 – Chapitre 4 – Partie 2

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Chapitre 4 : Dieu n’était pas là

Partie 2

« Au fait, Monsieur le Maître du Chenil. »

« Oui ? »

« Comment se fait-il que vous connaissiez mon nom ? ! »

Nous allons laisser de côté la partie où je m’étais empressé de trouver une excuse jusqu’à ce que je repère enfin son nom brodé sur le bord de ses vêtements.

Aisha m’avait raconté ce qui s’était passé ces deux dernières années. Elle s’était débattue avec les détails, ce qui avait donné lieu à une mauvaise explication, mais j’avais compris l’essentiel de ce qu’elle disait.

Il semblerait qu’elle et Lilia avaient été téléportées au Palais Royal du Royaume de Shirone. Leur apparition soudaine était suspecte, et elles avaient toutes deux été arrêtées. Lilia avait essayé de s’expliquer, mais les autorités avaient décidé de les confiner toutes les deux dans le palais. Aisha ne comprenait pas pourquoi, ni ce qui allait se passer ensuite, mais elle savait que pour une raison quelconque, ils ne la laisseraient même pas envoyer une lettre.

Apparemment, ils n’avaient rien fait de mal à Lilia, ou du moins rien qui avait laissé des traces visibles. Qui aurait pu savoir ce qui se passait la nuit, alors qu’Aisha n’en était pas consciente ? Lilia s’en sortait depuis des années, donc avec un peu de chance, la possibilité que des gens fassent tout leur possible pour la violer était faible.

Il était étrange qu’elles soient encore détenues deux ans et demi après avoir été téléportées ici. Lilia n’avait-elle vraiment pas réussi à corriger ce malentendu pendant tout ce temps ? Il devait y avoir d’autres facteurs dont je n’étais pas au courant.

Au milieu de tout cela, Aisha essayait d’envoyer une lettre à Paul pour lui demander de l’aide. Elle s’était perdue et s’était dit que si elle suivait un aventurier, elle finirait par arriver à la guilde. Apparemment, cet aventurier, c’était moi.

Aisha n’avait pas parlé de Roxy. N’essayait-elle vraiment pas d’aider Lilia ? Non… il était possible que les choses n’aillent pas si mal que ça parce que Roxy l’aidait dans l’ombre. Quoi qu’il en soit, tout ce que je pouvais faire maintenant était d’attendre la réponse de Roxy. L’Homme-Dieu m’avait dit de lui envoyer une lettre. Maintenant que je l’avais fait, le reste des pièces du puzzle devait se mettre en place.

« Ooh, alors vous êtes venu du Continent Démon, hein ? »

Aisha était impatiente d’en savoir plus sur moi.

« Oui. J’ai aussi été pris dans l’incident de téléportation à Fittoa. »

« Et qu’avez-vous fait avant cela ? »

« J’étais tuteur à domicile. J’enseignais la magie à la fille d’un noble. »

« Oh, vraiment ? Où ça ? »

« Roa », ai-je dit.

« C’est le même endroit que mon frère ! Vous auriez pu vous croiser à un moment donné ! »

« Oui, oui. La possibilité que je le rencontre est très faible, mais elle est là. »

Cela mis à part, il semblerait qu’Aisha avait beaucoup appris de Lilia. Le bon sens général, l’étiquette, la sagesse qui l’aiderait dans sa vie quotidienne, comment être une bonne, etc. Il me semblait suspect qu’elle puisse comprendre tout cela à son âge, mais au moins, elle le savait assez bien pour pouvoir me l’expliquer. Ses capacités d’élocution étaient également avancées pour son âge. Elle faisait peut-être semblant d’agir comme une adulte, mais elle était quand même intelligente. Franchement.

Depuis sa jeunesse, elle avait la capacité d’absorber comme une éponge tout ce qu’on lui enseignait. Je m’étais demandé comment elle serait en vieillissant. Pourrais-je vraiment conserver ma dignité de grand frère ?

« Si vous enseigniez à la fille d’un noble, peut-être que sa famille était en contact avec l’employeur de mon frère. Avez-vous entendu quelque chose ? »

« N -non. J’ai bien peur de ne pas le connaître. », bégayais-je

« Oh, d’accord. J’espérais connaître vos impressions sur mon frère. »

« Uhhhhh, la seule chose que j’ai entendue, c’est que la Jeune Mademoiselle au manoir du Seigneur féodal était très violente et impossible à gérer. »

Bien que j’aie été tenté de laisser tomber quelques informations supplémentaires, Aisha allait finalement découvrir que j’étais son frère. Je ne voulais pas qu’elle se rende compte que j’avais délibérément parlé de moi en prétendant être quelqu’un d’autre.

Elle m’avait posé diverses questions sur le Continent Démon, et j’avais répondu en détail. J’avais peur de ne pas savoir de quoi parler avec un enfant aussi jeune, mais Aisha était si intelligente que nous n’étions jamais à court de sujets. Curieusement, je m’étais trouvé à apprécier ce qui était en fait ma première vraie conversation avec ma petite sœur.

Quelques heures plus tard, peut-être épuisée, Aisha s’était endormie. Éris et Ruijerd étaient revenus après le coucher du soleil, l’air fatigué. Apparemment, ils étaient allés jusqu’aux bidonvilles pour recueillir des informations, et beaucoup de choses s’étaient passées, dont une bagarre.

Ils s’étaient encore battus ? Ils avaient l’air de s’excuser, mais ce n’était pas nouveau, et je n’allais pas demander de détails. Tout le monde faisait parfois des bêtises, même moi. Tant qu’on se soutenait mutuellement, ça allait.

Je leur avais raconté comment j’avais rencontré Aisha, comment Lilia était enfermée dans le château, et comment beaucoup de choses dans cette histoire semblaient terriblement suspectes. Pendant que j’y étais, je leur avais dit que je lui cachais aussi mon nom. Je leur avais fait comprendre qu’il était important de garder ma véritable identité secrète.

« Pourquoi es-tu si évasif à ce sujet ? », demanda Éris.

« Apparemment, quelqu’un lui a fourni des informations erronées à mon sujet. Je veux lui montrer mon bon côté pour que je puisse corriger la perception qu’elle a de moi. »

« Hmm. Eh bien, je pense que tu es cool comme tu es. »

« Éris… »

J’avais essayé de lui faire un sourire de remerciement pour avoir dit des choses si gentilles sur moi, mais quand je l’avais fait, Éris prit du recul.

« Ugh… pourquoi as-tu ce sourire flippant sur ton visage quand je te complimente !? »

Apparemment, ma marque de fabrique était un visage flippant. C’était un peu un choc. Que quelqu’un me donne un nouveau visage, s’il vous plaît…

« De toute façon, si c’est ce qui se passe, alors attaquons le château ! », s’exclama Éris, tout à fait prête et disposée à se jeter à terre.

« Ça fait un moment que je n’ai pas pris d’assaut un château. »

Même Ruijerd brandissait sa lance comme s’il était prêt à partir.

Je m’étais dépêché de refroidir leurs ardeurs.

« Non, non. Attendons pour l’instant une réponse à ma lettre. »

Éris écouta mes mots sans enthousiasme. Comme d’habitude, elle voulait juste se déchaîner. Il aurait certainement été plus simple de passer en mode force brute afin de lancer une attaque sur le château, mais cela pourrait mettre Roxy en difficulté, et je voulais pouvoir la regarder dans les yeux quand nous nous rencontrerions. Nous devrions d’abord savoir exactement ce qui se passait. Et juste pour que vous le sachiez, ce n’était certainement pas seulement parce que je voulais voir Roxy.

C’était ainsi que la journée se termina.

♥♥♥

Le lendemain, un chevalier était venu à l’auberge au moment où l’horloge était sur le point de sonner midi. L’armure qu’il portait était similaire à celui des ravisseurs d’Aïcha, mais de meilleure qualité. J’avais fait attendre les autres dans la chambre pendant que je descendais seul dans le hall pour m’occuper de lui.

« Vous êtes le Seigneur Rudeus ? »

« Oui. »

« Je fais partie de la garde impériale du Septième Prince. Je m’appelle Ginger York. »

Je m’étais demandé pourquoi un membre de la garde impériale était ici. Et puis, Roxy donnait des cours à un prince.

« C’est un plaisir de faire votre connaissance. Je m’appelle Rudeus Greyrat. »

Le chevalier était une femme, et était venu seul. Elle me regarda sans une lueur d’émotion en se présentant à la manière des chevaliers et en s’inclinant. Je lui avais rendu la pareille avec une salutation de style noble. Je n’étais pas vraiment sûr de la salutation appropriée, mais tant que j’exprimais ma sincérité, c’était suffisant.

« Dame Roxy vous demande de venir la voir. S’il vous plaît, accompagnez-moi au palais royal. »

Elle n’avait rien dit sur les événements qui s’étaient déroulés la veille. Je n’avais pas caché mon visage pendant le sauvetage, mais il semblerait que je n’avais pas été identifié.

J’avais hésité. Qu’étais-je censé faire avec Aisha ? Si je l’emmenais avec moi, ils sauraient que c’est moi qui avais attaqué ces soldats avec mon canon de pierre. J’allais devoir la laisser derrière moi. Je pourrais m’excuser auprès des soldats une fois que j’aurais Roxy pour m’aider.

Cela étant décidé, j’avais dit à Aisha de ne quitter la pièce sous aucun prétexte et j’avais confié sa protection à Ruijerd et Éris. Comme j’allais rencontrer Roxy, j’avais vérifié mon apparence avant de partir. Mes cheveux étaient peignés et j’étais dans ma robe habituelle. Mais oui, pensais-je, je devrais lui offrir une boîte de bonbons. Je m’étais demandé ce que je devrais acheter, puisque je ne l’avais pas vue depuis si longtemps.

C’est alors que j’avais découvert par hasard la figurine de Ruijerd, ultra impopulaire, au fond de mon sac à outils. Je m’étais souvenu que dans une de ses lettres, elle m’avait dit qu’elle avait une figurine d’elle-même. Il pourrait être intéressant de lui montrer celle-ci et de lui dire que j’avais aussi été le créateur de celle-ci.

« Tu es très consciencieux à ce sujet », déclara Éris.

« Ça fait un moment que je n’ai pas vu mon maître. »

« … Tu vas officiellement me présenter à elle, pas vrai ? »

« Oui, bien sûr. Je m’assurerai de le faire une fois que tout sera réglé. »

J’avais terminé mes derniers préparatifs.

« Es-tu sûr de devoir y aller tout seul ? » demanda Ruijerd sur un ton inquiet.

J’avais souvent eu des ennuis quand j’étais seul, j’avais donc bien compris son inquiétude.

« Aucun souci. S’il y a un problème, je reviens tout de suite ici. »

Ce n’était bien sûr qu’une façon de parler. Je n’allais jamais prendre des mesures si drastiques que si je me cassais à nouveau les deux jambes.

« Monsieur le Maître du Chenil… », dit Aisha.

« Ne t’inquiète pas. Laisse-moi m’occuper de ça. »

Elle avait l’air anxieuse, alors je lui avais tapoté la tête. Ses lèvres firent une moue tandis qu’elle hochait la tête. C’est une bonne fille, pensais-je.

Mené par le chevalier Ginger, je m’étais dirigé vers le palais royal. Nous nous étions rapidement déplacés le long d’une route principale, animés par des voitures qui allaient et venaient. La route était si tortueuse et parfois si étroite que les voitures ne pouvaient pas passer librement les unes à côté des autres. Je pensais que c’était une contre-mesure en cas d’attaque ennemie. J’avais entendu parler d’une ville de la région de Mino au Japon qui avait des rues comme celle-ci.

Ginger semblait assez taciturne, je ne parlais pas trop, sauf en cas de nécessité. Mais si je lui posais une question, elle me répondait. Elle était toujours polie.

« OK, la prochaine est celle-là ! »

Une voix énergique s’élevait dans l’air. J’avais tourné ma tête dans sa direction.

« C’était une femme chevalier du pays de Washawa. C’est une esclave prête au combat ! Elle est un peu fougueuse, mais elle est douée ! Trois pièces d’or ! »

Un marché d’esclaves occupait une zone en face de la route principale. Là, sur une haute plate-forme, se trouvait une file d’esclaves. Il y avait trois humains et une fille-bête avec des oreilles de lapin. Il y avait deux hommes et deux femmes. Ils avaient tous le haut du corps exposé. Même à cette distance, je pouvais voir leur peau briller. Elles étaient probablement huilée pour les rendre plus attrayantes.

J’étais sûr que la fille bête avait été prise dans la Grande Forêt. Je n’avais aucun moyen, ni même l’obligation de les aider, mais j’avais quand même plissé mon front. J’avais plissé les yeux sur les seins de la femme Washawa, j’avais senti la réaction de mon petit ami en bas.

J’entendais le marchand à côté des esclaves expliquer diverses choses à leur sujet, mais je n’arrivais pas à distinguer les détails. Ils donnaient probablement des arguments de vente sur chaque esclave, tels que leurs capacités et leur pays d’origine. Après quelques instants, les voix de la foule se firent plus fort. C’était une vente aux enchères.

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