Mushoku Tensei (LN) – Tome 3 – Chapitre 9 – Partie 3

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Chapitre 9 : Le premier emploie : La valeur d’une vie

Partie 3

« Huh ? H-hey, quoi… Arrête ! » 

C’était la voix d’Éris. Je m’étais levé, complètement affolé. L’homme A avait-il cassé ses menottes pendant que je réfléchissais et avait-il pris Éris en otage avant que Ruijerd puisse réagir ?

« Quoi… » 

Non, Éris allait bien. Cependant, je ne pouvais pas en dire autant de l’homme A. Ruijerd lui avait enfoncé sa lance dans la gorge. Éris regardait, les yeux écarquillés et choqués.

Ruijerd tordit son trident latéralement en le tirant vers l’arrière, le sang fit un arc de cercle dans l’air et s’était écrasé contre le mur. La force fit tourner brièvement l’homme A avant qu’il ne tombe face contre terre. Du sang coulait de sa gorge. Une tache foncée rampa lentement sur son dos et une flaque rouge s’étendit sous lui. La puanteur métallique était écœurante.

Après une dernière secousse réflexive, l’homme s’arrêta de bouger.

Il était mort. Il était mort sans dire un seul mot. Ruijerd l’avait assassiné de sang-froid. 

« Pourquoi... Pourquoi l’as-tu tué ? » demandai-je, conscient du fait que ma voix tremblait. 

Ce n’était pas la première fois que je voyais quelqu’un mourir. Ghislaine avait tué pour nous sauver, Éris et moi. Mais d’une certaine façon, c’était différent. Pour une raison ou une autre, je tremblais. Pour une raison quelconque, j’avais très peur.

Pourquoi ? Qu’est-ce qui me faisait si peur ?

Le fait qu’un homme soit mort ? C’est ridicule. Des gens meurent tout le temps dans ce monde, pour les raisons les plus insignifiantes. J’en étais bien conscient.

C’était peut-être parce que je n’avais jamais vu ça de près ? Mais dans ce cas, pourquoi n’avais-je pas réagi de cette façon quand Ghislaine avait tué ces hommes pendant l’enlèvement ?

« Parce qu’il a donné un coup de pied à un enfant », dit Ruijerd.

Sa voix était calme et indifférente.

Il avait parlé comme un homme répondant à la question la plus évidente du monde.

Ah, c’est vrai. Maintenant, je comprends. Je n’ai pas peur parce que je viens de voir quelqu’un mourir. J’ai peur… parce que Ruijerd a tué cet homme… sans hésiter… juste parce qu’il m’avait frappé.

J’avais peur de Ruijerd.

Roxy m’avait prévenu, pas vraie ?

« … il y a beaucoup de différences entre ce qui est communément accepté dans la culture humaine et la culture démoniaque, donc tu ne sais peut-être pas quels mots vont déclencher une explosion. »

Alors qu’est-ce que j’allais faire si Ruijerd se retournait contre moi ? L’homme était fort, aussi fort que Ghislaine, ou même plus fort. Est-ce que j’aurais pu le battre avec ma magie ? Je pourrais probablement au moins me battre. J’avais élaboré de multiples stratégies de combat en tête-à-tête contre des spécialistes du combat rapproché.

Pour une raison quelconque, beaucoup de gens dans ma vie étaient tombés dans cette catégorie… y compris Paul, Ghislaine et Éris. Et Ruijerd était probablement le plus fort d’entre eux. C’était difficile pour moi de dire avec confiance que je pouvais le vaincre. Mais si je me battais avec l’intention de tuer dès le début, il y avait plein de choses que je pouvais essayer.

Et s’il s’en était pris à Éris ? Pourrais-je la protéger elle aussi ?

Non. Aucune chance.

« Tu ne peux pas tuer quelqu’un juste pour ça ! »

« Pourquoi pas ? Cet homme était diabolique. »

Ruijerd avait les yeux écarquillés devant mon objection troublée. Il semblait vraiment et totalement désorienté.

« Eh bien… »

Comment pourrais-je expliquer cela ? Qu’est-ce que je voulais de Ruijerd ?

En premier lieu, en quoi le fait qu’il ait tué cet homme était-il un problème ?

Je n’avais pas vraiment un sens moral standard. Quand j’étais un loser enfermé, je reniflais avec mépris des phrases du genre « c’est mal de tuer ». Je n’avais presque rien senti quand mes parents furent morts. Je savais que les choses allaient devenir difficiles pour moi, mais en même temps, mon attitude générale était celle de Crystal Boy : « Au diable ces conneries, crétin ! Je m’en branle ! »

Inutile de dire que si j’essayais de donner à Ruijerd un argument éthique à l’emporte-pièce, il allait en ressortir faible et peu convaincant.

« Écoute, il y a… une très bonne raison… tu ne devrais pas tuer des gens. »

OK, je suis un plutôt secoué. Reconnaissons cela. Je flippe un peu.

Je flippe un peu, mais je vais quand même y réfléchir.

Tout d’abord, pourquoi tremblais-je ? Parce que j’avais peur. Parce que j’avais vu Ruijerd, qui avait toujours l’air d’un gars si gentil, tuer un homme sans même cligner des yeux.

Je pensais que les Superds étaient un peuple pacifique qui avait été mal compris. Ce n’était clairement pas le cas. Je ne connaissais pas sa tribu dans son ensemble, mais au moins, Ruijerd était un tueur. Il tuait ses ennemis depuis l’époque de la guerre de Laplace. Ce meurtre n’était qu’une autre entrée typique dans une longue, longue liste. Je ne pouvais pas dire avec certitude qu’il ne tournerait jamais sa lance sur Éris ou sur moi. Je n’étais pas le genre de personne au cœur pur et honnête qui pouvait gagner le respect de Ruijerd. Un jour, d’une façon ou d’une autre, j’aurais probablement fini par me mettre dans un mauvais camp.

C’était une chose qu’il se mette en colère contre moi. Comme nous avions des façons de penser différentes, parfois nos opinions divergeaient, c’était inévitable. On se battrait probablement de temps en temps.

Cela dit, je n’avais pas l’intention de le combattre à mort. Quelle que soit la situation, nos désaccords ne pouvaient pas dégénérer en violence. Je devais faire comprendre à Ruijerd que… ici et maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

« S’il te plaît… écoute attentivement, Ruijerd. »

Le problème était que je n’arrivais toujours pas à trouver les bons mots.

Qu’est-ce que j’étais censé dire, bon sang ? Comment le lui faire comprendre ? Dois-je au moins le supplier de ne pas nous tuer tous les deux ?

Maintenant, tu es juste stupide.

L’autre jour, j’avais convaincu Ruijerd que j’étais un guerrier, me battant avec lui comme un égal. Je n’étais pas sous sa protection, j’étais son camarade. Je ne pouvais pas commencer à le supplier maintenant. Un plat « arrêtez ça » n’allait pas marcher non plus. J’avais besoin de trouver quelque chose qui le convaincrait vraiment, ou ce serait complètement inutile.

Réfléchis, mec. Pourquoi Ruijerd est-il avec toi en premier lieu ? Il veut que tout le monde sache que les Superds ne sont pas des diables assoiffés de sang. Et s’il tue des gens, il ne fera qu’empirer leur réputation.

C’est… ça sonnait bien. C’était pour la même raison que je lui avais dit d’éviter les bagarres avec d’autres aventuriers. Le public avait déjà une terrible impression de son peuple. Peu importe le nombre de bonnes actions qu’il fera pour changer cela, tous ses progrès seraient réduits à néant si les gens voyaient Ruijerd commettre un meurtre. Chacun reviendrait à ses hypothèses initiales sur son espèce.

C’est pour ça qu’il ne pouvait pas tuer des gens. Nous ne voulions pas que tout le monde ait l’impression que les Superds étaient une tribu de brutes sans cervelle, non ?

« Si tu continues à tuer des gens, la réputation des Superds va encore empirer. »

« … Même si les gens que je tue sont mauvais ? »

« Peu importe qui. Si tu tues quelqu’un, ce sera problématique. »

Je parlais délibérément maintenant, et je choisissais mes mots avec soin.

« Je ne comprends pas, Rudeus. »

« Quand un Superd tue quelqu’un, ce n’est pas vu de la même façon que quand quelqu’un d’autre le fait. C’est l’équivalent d’être tué par un monstre. »

Ruijerd s’était un peu renfrogné. Il croit que j’avais l’air de mal parler de son peuple.

« … je ne comprends toujours pas. Pourquoi serait-ce le cas ? »

« Tout le monde pense que tu fais partie d’une tribu de diables vicieux. Ils pensent que vous êtes des maniaques qui tuent au pied levé, même pour la moindre provocation. »

D’accord, ça avait l’air dur… mais là encore, c’était vraiment le consensus général. Notre objectif était de changer cela.

« C’est facile de dire aux gens que les Superds ne sont pas vraiment des monstres. Mais si tu prouves que les rumeurs sont fausses par tes actions, ils pourraient tous changer d’avis. »

« … »

« D’un autre côté, tu vas tout gâcher si tu commences à tuer des gens. Tout le monde supposera qu’ils avaient raison à propos de ta race depuis le début. »

« Ce n’est sûrement pas vrai. »

« Ça ne te dit vraiment rien, Ruijerd ? As-tu déjà aidé des gens et commencé à te lier d’amitié avec eux, pour qu’ils se retournent soudainement contre toi ? »

« … effectivement. »

À ce moment-là, j’avais senti que mon argumentation avait un sens.

« Eh bien, voilà le truc. Si tu ne tues plus personne à partir de maintenant… »

« Oui ? »

« Tout le monde réalisera que les Superds sont des gens normaux et rationnels. »

Était-ce vraiment vrai ? Serait-il suffisant de s’abstenir de tuer pour convaincre les gens de ce monde que sa tribu était raisonnable ?

Ce n’était pas le moment d’y penser. Je n’avais pas tort de toute façon. Ruijerd avait manifestement tué trop de gens. La population en général pensait que les Superds étaient des tueurs de par leur nature même. Mais s’il arrêtait de tuer, on devrait pouvoir les faire changer d’avis.

C’était assez logique, pas vrai ?

« Si tu tiens à ta tribu, ne tue plus personne, Ruijerd. Pas un seul. »

Normalement, vous deviez prendre des décisions à ce sujet. Tuer peut normalement être une erreur, mais dans certaines circonstances, cela peut être justifié ou même nécessaire. Mais je ne connaissais pas les normes selon lesquelles les habitants de ce monde faisaient cette distinction, et les critères personnels de Ruijerd étaient probablement… extrêmes. L’homme ne vous laissait pas de marge d’erreur, et il était difficile de savoir où il fixait sa limite. Dans ce cas, il était plus simple et plus sûr de lui interdire tout simplement de tuer.

« Et si personne ne regarde ? Ça ne serait pas bien ? »

J’avais dû me battre contre une forte envie de lui foutre ma main dans la figure. C’était quoi, un gamin d’école primaire ? Ce type était-il vraiment en vie depuis 500 ans ?

« Tu penses peut-être que personne ne regarde, mais les gens voient des choses quand même. »

« Il n’y a personne d’autre dans cette bâtisse, je te l’assure. »

Ah, merde. C’est vrai. Il a cette gemme stupide sur le front.

« Il y avait encore quelqu’un qui regardait, Ruijerd. »

« D’où ? »

Juste ici, mec.

« Éris et moi avons tout vu, pas vrais ? »

« Hm… »

« Ne tue plus personne à partir de maintenant, s’il te plaît. On ne veut pas non plus avoir peur de toi. »

« … Très bien. »

En fin de compte, j’avais essentiellement eu recours à l’approche du « plaidoyer les larmes aux yeux ». Mes paroles n’avaient pas l’air tout à fait convaincantes, même pour moi. Ruijerd hocha la tête, et c’était tout ce qui comptait.

« Merci, Ruijerd. »

J’avais incliné la tête devant lui en signe de gratitude et j’avais remarqué que mes mains tremblaient.

Calme-toi. Calme-toi. Ce genre de chose arrive tout le temps. Respire profondément.

« Hoo... haa... hoo... haa... »

C’était difficile de me calmer. Mon cœur ne voulait pas s’arrêter de battre. J’avais jeté un coup d’œil sur Éris, me demandant comment elle gérait tout cela. Et à ma grande surprise, elle n’avait pas du tout l’air effrayée. L’expression sur son visage disait en gros, « Tu m’as un peu effrayé, mais je suppose qu’une ordure comme ça méritait de mourir ».

OK, peut-être qu’elle ne pensait pas vraiment à quelque chose d’aussi cruel. Mais elle se tenait debout dans sa posture typique : les bras croisés, les pieds écartés, le menton en l’air. Si la fille était secouée, elle faisait de son mieux pour ne pas le montrer.

Et j’étais là, à paniquer alors que tout le monde me voyait. Tu parles d’un pathétique.

Mes mains avaient finalement cessé de trembler.

« Bien. Revenons à l’interrogatoire, OK ? »

En essayant d’ignorer l’odeur du sang encore présent dans l’air, je m’étais forcé à sourire.

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Un commentaire :

  1. Crystal Boy ? Je suis tombé sur l'homme de verre, un pirate de l'espace, adversaire de Cobra. C'est a lui que l'on fait référence ?

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