Mushoku Tensei (LN) – Tome 3 – Chapitre 5

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Chapitre 5 : A trois jours de la ville la plus proche

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Chapitre 5 : A trois jours de la ville la plus proche

Partie 1

Le lendemain matin, alors que nous quittions tous les trois le village, j’aperçus Rowin debout à son poste près de la porte.

« Bonjour. Tu es encore de garde ? »

« Oui. Je serai là jusqu’au retour des chasseurs. »

Les autres hommes du village n’étaient toujours pas rentrés depuis hier. Rowin était là toute la nuit, comme un garde du PNJ d’un RPG ? Cela m’avait toujours semblé être un travail assez simple… rester au même endroit toute la journée, sans bouger d’un pouce. Allait-il vraiment s’en occuper tout seul jusqu’à ce que les autres reviennent ?

Oh, je suppose qu’il y a le père de Rokkus. Dans un village aussi petit, il doit probablement aussi participer.

« Vous partez déjà ? », demanda Rowin.

« Oui. On a réussi à bien discuter hier soir. »

« Ah. J’espérais t’en demander plus sur ma fille, mais… »

« D’habitude, j’adorerais parler, mais j’ai bien peur qu’on doive prendre la route bientôt. »

« D’accord… »

L’homme était clairement déçu. Le sentiment était réciproque. J’aurais aimé entendre des histoires embarrassantes de l’enfance de Roxy.

« Si je la revois, je lui dirai de vous contacter. »

« S’il te plaît », dit Rowin, inclinant la tête en signe de gratitude.

Je devrais faire une note mentale à ce sujet.

« Oh, ça me fait penser ! Attends une minute. »

Il se précipita dans le village et dans l’une des maisons, probablement la maison d’enfance de Roxy. Après quelques minutes, il en sortit avec une fille qui ressemblait étrangement à mon maître. Au début, je ne savais pas pourquoi il n’avait pas simplement utilisé la télépathie pour l’appeler à l’extérieur, mais ensuite j’avais remarqué qu’il portait aussi une sorte d’épée. Nous donnaient-ils un cadeau ?

« Voici ma femme. »

« Enchanté de vous rencontrer. Je m’appelle Rokari. »

Ah. C’était donc la mère de famille ?

« Je m’appelle Rudeus Greyrat, madame. Je dois dire que je ne m’attendais pas à ce que la mère de Roxy soit si jeune. »

Je m’étais retrouvé à m’incliner légèrement. En un sens, je leur devais beaucoup : ils avaient élevé Roxy, et sans elle, je n’aurais probablement pas été dans ce monde comme je le suis maintenant.

« Oh mon Dieu, quel flatteur ! J’ai 102 ans, savez-vous ? »

« Eh bien… d’après mon livre, c’est encore assez jeune. » Apparemment, les Migurd atteignent la maturité physique entre 10 et 20 ans, et ne vieillissent visiblement que lorsqu’ils ont atteint 150 ans.

« Je dois beaucoup à Maître Roxy, madame. »

« Maître… ? C’est difficile d’imaginer que cette fille puisse apprendre beaucoup de choses à quelqu’un. Elle a dû beaucoup changer… »

« Elle m’a appris toutes sortes de choses. Je lui suis très reconnaissant. »

Rokari rougit un peu et murmura : « Bonté ». On dirait que, d’une façon ou d’une autre, elle s’était fait de fausses idées.

« En tout cas. Je suis content que tu sois venu quand j’étais en service. », dit Rowin.

« Oui. Je suis très heureux de vous avoir rencontrés tous les deux. Roxy a tant fait pour moi, vraiment… Hmm. Peut-être que je devrais t’appeler papa ? »

« Hahahaha... Non. Ne fais pas ça. »

Aïe. Il n’avait même pas souri. Son visage impassible me rappelait un peu celui de Roxy. Ça m’avait rendu un peu nostalgique.

« Toutes blague mise à part, je veux que tu prennes ça », dit Rowin, tenant l’épée.

« Je sais que Ruijerd est avec toi, mais tu dormiras mieux si tu as ta propre arme. »

« Je ne suis pas vraiment sans arme », dis-je en acceptant l’épée et en la tirant de son fourreau.

La lame était large, à simple tranchant, et ne mesurait qu’une soixantaine de centimètres de long. Elle était aussi légèrement incurvée, comme une machette ou un coutelas. Quelques éraflures suggéraient qu’elle avait été utilisée pendant de nombreuses années, mais le bord de coupe lui-même n’était pas du tout ébréché. On aurait dit qu’ils s’en étaient bien occupés. C’était propre, beau même. Mais il y avait aussi quelque chose d’étrangement menaçant. C’était peut-être la façon dont l’acier gris terne brillait d’un vert pâle quand il attrapait la lumière.

« Un forgeron qui a erré dans le village il y a quelque temps nous a donné ça. C’est une chose solide. Même après des années d’utilisation, la lame est toujours parfaite. Elle est à toi si tu la veux. »

« Merci beaucoup. Nous la prendrons avec plaisir », avais-je dit.

Ce n’était pas le moment d’être modeste. Pour l’instant, nous avions besoin de toute l’aide possible. Je pouvais me battre comme je l’étais, mais Éris avait certainement besoin d’une arme. Après tout, elle s’était entraînée dans le style du Dieu de l’épée. Elle se sentirait probablement moins anxieuse si elle possédait une épée, même si elle n’avait pas besoin de l’utiliser.

« Voilà aussi un peu d’argent. Ce n’est pas grand-chose, mais ça devrait couvrir au moins deux ou trois nuits dans une auberge décente. »

Ooh, on a de l’argent de poche !

J’avais ouvert la pochette avec enthousiasme et j’avais découvert qu’elle contenait des pièces de monnaie en pierre brute et quelques-unes en métal gris terne. D’après ce que je me souvenais, la monnaie sur le Continent Démon se composait de pièces de minerai vert, de pièces de fer, de pièces de ferraille et de pièces de pierre. Leur valeur était inférieure à celle des monnaies équivalentes ailleurs dans le monde, même les pièces de minerai vert, qui étaient les plus précieuses, valaient à peine autant qu’une grosse pièce de cuivre du royaume Asura. Les pièces de fer étaient assez proches de celles en cuivre.

Si nous disions qu’une pièce de monnaie en pierre valait un yen japonais (0,01 €), voici ce que vaudraient les différentes devises :

Pièces d’or Asura : 100 000 yens. (1 000 €)

Pièces d’argent Asura : 10 000 yens. (100 €)

Grosse pièce de cuivre Asura : 1000 yens. (10 €)

Pièces de cuivre Asura : 100 yens. (1 €)

Pièces de minerai vert : 1 000 yens. (10 €)

Pièces de fer : 100 yens. (1 €)

Pièces en ferraille : 10 yens. (0,1 €)

Pièces en pierre : 1 yen. (0,01 €)

En un coup d’œil, ces valeurs montraient clairement à quel point le royaume Asura était puissant et prospère, surtout si on le compare à la pauvreté du Continent Démon.

Bien sûr, le Continent Démon avait sa propre économie, donc les prix n’étaient pas toujours comparables. Ce n’était pas comme si tout le monde ici mourait de faim.

« … Merci beaucoup. »

« J’aurais aimé qu’on puisse parler un peu plus longtemps de Roxy », murmura Rokari, faisant écho aux paroles de Rowin.

Ils semblaient certainement inquiets pour leur fille. Même si la fille avait quarante-quatre ans maintenant, en années humaines, cela équivalait à… une vingtaine d’années. C’était assez compréhensible.

« Je suppose qu’on pourrait rester un jour de plus, si vous voulez… »

Rowin secoua la tête.

« Ne t’inquiète pas. On sait qu’elle va bien maintenant, et c’est ce qui compte. N’est-ce pas, ma chère ? »

« Oui. Elle a toujours passé un moment difficile ici. Nous étions plutôt inquiets. »

Je pouvais voir à quel point il serait difficile de vivre dans un petit endroit comme celui-ci sans le pouvoir télépathique que tout le monde semblait avoir. En général, on n’entendait pas vraiment les bruits de conversation dans ce village. Tout le monde communiquait probablement en silence en utilisant son esprit. Roxy ne pouvait pas participer à ces conversations, ni même entendre ce que les autres se disaient. Il n’était pas étonnant qu’elle se soit enfuie de chez elle.

« Bon, d’accord. Dans ce cas, j’espère qu’on se reverra un jour. »

« Bien sûr. Mais si c’est le cas, essaie de ne pas m’appeler papa, d’accord ? »

« Hahahaha. D’accord, pas de problème. »

J’ai compris le message, mec…

C’était difficile de savoir quand et où je reverrais Roxy, mais au moins, je devrais certainement leur rembourser l’argent.

◇ ◇ ◇

De toute évidence, la ville la plus proche était à trois jours de marche d’ici.

Peu de temps après notre départ, nous avions compris à quel point Ruijerd était vraiment un atout crucial. L’homme voyageait seul dans la région depuis de nombreuses années maintenant, il connaissait toutes les routes, et il savait exactement comment installer un campement convenable. Sans parler de son « radar » biologique, qui nous alertait longtemps à l’avance des menaces à venir.

C’était ridiculement pratique de l’avoir dans les parages.

« Ruijerd, pourrais-tu nous apprendre ce que tu fais ? »

« Pourquoi ? »

« Pour qu’on puisse se rendre utile. »

Étant donné le long voyage qui nous attendait, Éris et moi avions tous les deux besoin d’un cours intensif sur les techniques de base du camping.

Heureusement, Ruijerd s’était avéré être un professeur assez disposé

« Commençons par faire du feu. Malheureusement, le Continent Démon n’a pas de bois adapté à cet usage. »

Hm. Notre première réunion avait eu lieu autour d’un feu de camp, donc il y avait évidemment un autre moyen, mais…

« Y a-t-il autre chose que tu utilises à la place ? » avais-je demandé.

« Oui. Nous brûlons des parties d’un certain monstre. »

« Ah. »

Honnêtement, ça aurait dû être ma première supposition. Ici, presque tout ce dont vous aviez besoin pour survivre semblait venir de la chasse aux monstres.

« Heureusement, il y en a un tout près d’ici. Attends ici un moment, mon garçon. »

« Attends, Ruijerd ! »

L’homme se détournait déjà, mais j’avais réussi à saisir son épaule avant qu’il ne puisse s’enfuir.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Allais-tu te battre tout seul ? »

« Bien sûr. La chasse est le travail des guerriers. Les enfants restent derrière. »

OK. Donc apparemment, il prévoyait de continuer à faire les choses comme ça éternellement. Pour être juste, l’homme était en vie depuis plus de 500 ans… nous n’étions même pas assez vieux pour être ses arrière-arrière-arrière-petits-enfants. Et il était probablement plus qu’assez fort pour faire face seul à tous les combats.

Pourtant, il y avait toujours une chance que quelque chose tourne mal. Si Ruijerd mourait ou était incapable de se battre, Éris et moi serions obligés de nous débrouiller seuls. Et pour l’instant, nous n’avions aucune expérience de combat réel. Que se passerait-il si nous le perdions alors que notre groupe traversait une forêt profonde et dangereuse… ou au milieu d’une bataille avec un groupe féroce de monstres ?

Je n’aimais pas nos chances de survie dans une telle situation. Nous avions besoin d’acquérir de l’expérience maintenant, pendant que nous en avions l’occasion.

Ce serait bien si je pouvais convaincre Ruijerd de nous apprendre à nous battre, mais…

Non. Ce n’était pas la bonne façon de voir les choses. C’était une relation de compromis, nous étions tous sur le même pied d’égalité, travaillant ensemble pour atteindre nos objectifs. Il fallait qu’on trouve tous les trois comment se battre en tant que groupe.

« D’accord, mais nous ne sommes pas que des enfants. »

« Si, tu l’es. »

« Euh… écoute, Ruijerd. »

Je devais être ferme et clair à ce sujet. L’homme avait encore l’impression qu’il était notre tuteur, il avait besoin de comprendre que ce n’était pas le cas.

« Nous t’aidons, et tu nous aides. Nos objectifs sont différents, mais nous allons nous battre ensemble… Donc nous sommes tous les trois des guerriers, pas vrais ? »

J’avais rencontré le regard de Ruijerd de la manière la plus sévère que j’ai pu trouver, et j’avais attendu sa réponse.

Il ne lui avait fallu que dix ou quinze secondes pour prendre une décision.

« … Très bien. Alors vous êtes des guerriers. »

Je ne pouvais pas dire qu’il avait l’air particulièrement convaincu, mais au moins, il allait nous laisser le suivre à partir de maintenant. C’était le principal.

« Tu entends ça, Éris ? Tu vas te battre aussi, hein ? »

Éris cligna des yeux avec surprise, mais réussit à balbutier un « O bien sûr ! » et hocha vigoureusement la tête. Gentille fille.

« Très bien, Ruijerd. Peux-tu nous mener à ce monstre, s’il te plaît ? », dis-je tout en reprenant mon comportement habituel.

Il n’y avait plus de raison d’être agressif. Il fallait être énergique quand on négociait, c’était tout.

***

Partie 2

Le premier ennemi auquel nous avons fait face en tant que groupe était un monstre connu sous le nom de « Tréant de pierre ».

Tréant était un terme générique pour désigner les monstres de type arbre. Il s’agissait typiquement de plantes ordinaires qui avaient aspiré trop d’énergie magique et qui avaient muté en créatures violentes.

Il y avait une grande variété de monstres spécifiques qui entraient dans cette vaste catégorie. D’abord, vous avez le Petit Tréant, que l’on trouve dans le monde entier. Il s’agissait de jeunes arbres mutants qui avaient tendance à imiter les arbres ordinaires jusqu’à ce qu’une cible s'approche à une certaine distance. Ils étaient assez faibles et lents pour qu’un adulte moyen sans véritable formation puisse les tuer sans trop de difficulté.

Cependant, s’il arrivait qu’un Petit Tréant absorbe suffisamment d’éléments nutritifs d’une des fontaines de la Grande Forêt, il finirait par mûrir pour devenir un Tréant Aîné. Le pouvoir magique très concentré des Fontaines donnait à ces monstres la possibilité d’utiliser divers sorts d’eau.

Il y avait aussi les Vieux Tréants, qui étaient déjà massifs avant leur mutation, et les Tréants Zombies, des arbres qui se transformaient après leur dépérissement… parmi tant d’autres. Bien sûr, il y avait de nettes différences entre toutes ces variétés, mais leurs comportements de base étaient très similaires. Ils faisaient semblant d’être des arbres normaux et attaquaient tous ceux qui s’approchaient trop près. Au bout d’un certain temps, ils produisirent des graines qui permirent de faire fructifier leur espèce.

Le Tréant de pierre était cependant un cas particulier. En fait, il se déguisait en pierre.

Vous vous demandez peut-être comment un arbre pouvait posséder un tel camouflage. La réponse était simple en fait : Les tréants de pierre avaient muté en monstres à l’époque où ils étaient encore des graines. Ils pouvaient rester sous leur forme de graines alors même qu’ils devenaient énormes, et étaient capables de se transformer brusquement en monstres arboricoles dès que quelqu’un s’approchait trop près.

Dans leur forme normale, ils étaient complètement discrets. Ils n’avaient pas une forme distinctive comme une graine de tournesol. Au premier coup d’œil, ils ressemblaient vraiment à des blocs rocheux grumeleux et avaient une apparence qui ressemblait à une pomme de terre.

« Y a-t-il quelque chose qu’on devrait garder à l’esprit pendant que l’on combat ce truc ? »

« Hm. Tu es magicien, pas vrai ? »

« C’est exact. »

« Dans ce cas, n’utilise pas de sort de feu. »

« Oh. Cela ne fonctionne pas sur lui ? »

« On ne peut pas l’utiliser comme bois de chauffage si on le brûle jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. »

« Ah, c’est vrai. Bien sûr. »

« Pas de magie de l’eau non plus. »

« Parce qu’on ne veut pas que le bois soit détrempé ? »

« Exactement. »

OK, je comprends. Pour Ruijerd, il s’agissait moins d’une menace que d’un morceau de bois vivant. Cela signifiait que cela ne représentait aucun danger réel pour nous tant que nous étions avec lui. Nous pourrions le combattre sans grand risque.

« Très bien alors. Essayons qu’Éris et moi allions combattre ce monstre pour l’instant. Ruijerd, tu interviens juste pour aider Éris si elle est en danger, OK ? »

« Ça sert à quoi de me garder en réserve ? »

« Je veux juste voir comment Éris et moi nous pouvons nous débrouiller dans une vraie bataille. Après celle-ci, on te regardera en action et on verra ce qu’on peut apprendre. »

« Très bien. »

Une fois cela réglé, on s’était mis dans une simple formation de combat, Éris devant et moi à l’arrière. C’était le meilleur choix, vu ses talents de combattante à l’épée.

J’hésitais un peu à mettre mon adorable petite pupille en première ligne, bien sûr, mais elle n’allait pas être d’une grande utilité si on la mettait au milieu d’une formation. Ce genre de position avait pour but de soutenir votre avant-garde, et Éris n’était pas douée pour ce genre de travail d’équipe. De plus, Ruijerd n’aurait probablement pas besoin de beaucoup de renfort de toute façon. Nous ferions mieux de laisser Éris se battre librement, avec Ruijerd et moi pour la soutenir.

« Très bien, Éris. Je vais l’affaiblir avec un bon tir à distance. Après ça, tu l’engages et tu le finis. J’essaierai au moins de dire les noms des sorts que j’utilise, mais si les choses deviennent trépidantes, je n’en aurai peut-être pas le temps. Garde ça à l’esprit, d’accord ? »

Éris acquiesça d’un signe de tête énergique, donnant à sa nouvelle épée quelques balancements expérimentaux.

« Pas de problème ! »

La fille était clairement impatiente d’y aller.

J’avais levé mon bâton et je m’étais arrêté pour réfléchir. Le feu et l’eau étaient inutilisables, et rien qu’en regardant la chose, je savais que le vent n’avait pas l’air très efficace. Il ne me restait plus d’autre choix que d’utiliser la Terre. La Terre me convenait. Je m’en étais plutôt bien tiré après toutes les figurines que j’avais faites.

C’était quand même la première fois que je me battais contre un vrai monstre. Je ferais mieux de tout donner.

Tout en fermant les yeux, je respirai profondément, puis j’avais canalisé mon énergie magique vers et à travers mes mains. C’était quelque chose que j’avais déjà fait des dizaines de milliers de fois, à ce moment-là, j’aurais pu lancer des sorts en me coupant les deux jambes.

« Très bien… »

Projectile : Rocher en forme de balle.

Dureté : Aussi résistant que possible.

Forme : Nez retroussé, avec de multiples rainures.

Modifications : Rotation à grande vitesse.

Taille : Légèrement plus grand que le poing d’un homme.

Vélocité : Aussi rapide que possible.

« Canon de Pierre ! »

Alors que les mots sortaient de ma bouche, un roc de pierre sorti de mon bâton le frappa férocement. Il s’élança dans une ligne horizontale presque parfaite et écrasa le tréant de pierre camouflé qui attendait devant nous.

Avec un son déchirant les oreilles, le monstre se décomposa en minuscules morceaux. Je lui avais donné une mort extrêmement douloureuse.

Éris avait déjà commencé à courir vers l’avant, mais après que mon attaque ait tué le monstre, elle s’arrêta net et se tourna vers moi, tout en me lançant un regard boudeur.

« Je croyais que tu ne devais que l’affaiblir, Rudeus !? Ne suis-je pas censée le transformer en cadavre !? »

« Désolé. Je n’ai jamais fait ça avant non plus, tu sais ? Je suppose que j’ai utilisé trop de force… »

« Ugh! Reprends-toi ! »

Éris n’était pas vraiment contente que j’aie ruiné sa première vraie bataille, mais je ne m’attendais pas vraiment à tuer cette pauvre chose aussi facilement. Tout ce que j’avais vraiment fait, c’était d’ajuster le sort standard du Canon de Pierre en donnant au projectile la forme d’une balle à pointe creuse. Chez nous, sur Terre, les gens avaient eu de mauvaises idées…

À ce moment-là, j’avais remarqué que Ruijerd me regardait également. Ou, pour être plus précis, mon bâton.

« Cette arme est-elle une sorte d’instrument magique ? »

« Non, c’est juste un bâton. Il est néanmoins de très bonne qualité. »

« Mais tu n’as pas récité d’incantation ou utilisé de cercle magique… »

« C’est vrai. Il n’est pas possible de changer la forme du projectile si vous utilisez l’incantation, alors je saute juste cette partie. »

« … je vois. »

À ce moment, Ruijerd tomba dans un silence en réfléchissant. L’homme était peut-être vivant depuis plus de 500 ans, mais il n’avait pas l’impression d’avoir vu fréquemment des incantations silencieuses.

« En tout cas… est-ce ta magie la plus puissante ? »

« Eh bien, non. Je pourrais aussi faire exploser ce projectile au moment où il touchera la cible. »

« Hmm. Je pense qu’il vaut mieux s’abstenir d’utiliser tes sorts quand l’ennemi est proche de tes alliés, Rudeus. »

« Euh, ouais. Bon point. »

C’était la première fois que je touchais quelque chose avec ce sort, mais c’était assurément… plus destructeur que je ne le pensais. Avec ce sort même une éraflure pourrait tuer instantanément. Idéalement, j’aurais dû utiliser un sort de soutien, mais rien ne m’était vraiment venu à l’esprit. Jusqu’à présent, je n’avais pensé qu’à me battre seul.

De toute façon, comment les autres magiciens abordaient-ils leur rôle au combat ?

« Ruijerd, si je voulais te soutenir avec ma magie, que devrais-je faire ? »

« Je ne sais pas. Je n’ai jamais combattu aux côtés d’un lanceur de sorts. »

Eh bien, peu importe. Nous avions un guerrier superd chevronné de notre côté. Nous n’avions pas besoin d’imiter la façon de faire des groupes normaux. Je devrais penser à faire coordonner nos mouvements plus tard. Pour l’instant, il était plus important qu’Éris et moi ayons une véritable expérience du combat.

« D’accord… Je déteste m’imposer, mais pourrais-tu nous trouver un autre ennemi ? »

« Très bien. Il y a cependant quelque chose que nous devons faire d’abord. »

« Oh ? Qu’est-ce que c’est ? »

Était-ce à ce moment que l’on devait prier pour la créature qu’on avait tuée ?

« Nous devons ramasser le bois. Tu l’as éparpillé partout. »

Utilisant la magie du vent, j’avais commencé à rassembler les morceaux brisés du Tréant.

***

Partie 3

Notre groupe continua d’avancer jusqu’au coucher du soleil, livrant un total de quatre batailles. Nous avions affronté un autre tréant de pierre, une grande tortue, un loup acide et un groupe de Pax Coyottes.

Ruijerd avait abattu la grande tortue en une seule attaque. Il courut jusqu’au monstre et lui planta son trident dans le crâne. Ses mouvements étaient admirablement fluides et efficaces. L’homme était dans la chasse aux monstres en solo depuis 500 ans, et ça s’était vraiment vu. Je me sentais un peu stupide d’avoir été suffisant pour avoir tué un seul tréant de pierre.

Les loups acides étaient de gros chiens qui pouvaient cracher une sorte de liquide caustique de leur bouche. Nous n’en avons croisé qu’un seul, et Éris l’avait abattu, s’avançant brusquement pour faire voler sa tête en une seule frappe. Comparé à Ruijerd, ce n’était pas vraiment élégant, mais c’était quand même une victoire instantanée.

Malheureusement, le sang du loup s’était répandu partout sur Éris, alors elle n’était pas d’humeur à faire la fête. Je craignais que son sang ne soit également dangereux, mais apparemment ce n’était pas le cas. Selon Ruijerd, elle s’en était assez bien sortie, étant donné que c’était sa première vraie bataille.

Sur cette note, j’avais éliminé le deuxième tréant de pierre d’un seul coup. J’espérais infliger des dégâts modérés pour qu’Éris puisse s’entraîner davantage, mais il s’était avéré étonnamment difficile de rendre mon sort moins mortel. Jusqu’à ce que j’aie l’habitude de modérer mon pouvoir, je devrais éviter de l’utiliser sur les gens. Même si j’avais besoin de tuer quelqu’un, il n’y avait pas besoin de le faire de cette manière.

Les Pax Coyotes étaient notre dernière rencontre de la journée, et la plus difficile. Ces monstres avaient tendance à attaquer par dizaines. Il ne s’agissait pas exactement d’« animaux de meute », mais un seul coyote formait son propre groupe en se reproduisant par division, presque comme une amibe. Heureusement, ce n’était pas comme si de nouveaux ennemis apparaissaient constamment au milieu d’une bataille. Ils ne pouvaient se reproduire qu’une fois tous les quelques mois environ. Malgré tout, la taille de chaque groupe augmentait régulièrement au fil du temps, et tous les nouveaux coyotes seraient sous le contrôle total de leur chef. Si ce chef tombait au combat, un autre coyote prendrait immédiatement sa place. Leur force résidait surtout dans leur nombre, mais leur parfaite coordination et leur discipline les rendaient vraiment dangereux.

Le groupe que nous avions combattu était composé d’une vingtaine d’individus. Ils auraient probablement pu tuer n’importe quel aventurier ordinaire, mais Éris releva le défi avec gaieté, faisant osciller sa nouvelle épée d’avant en arrière alors que Ruijerd donnait un flot constant de conseils. La jeune fille n’avait jamais risqué sa vie au combat avant aujourd’hui, mais elle n’avait pas l’air particulièrement tendue. Toute cette pratique avec Ghislaine lui avait clairement donné un peu de confiance en elle, et il semblait que l’acte de tuer ne la dérangeait pas beaucoup.

Pour ma part, j’étais resté les bras croisés et je vis Éris abattre un coyote après l’autre. J’avais prévu d’intervenir et d’aider si nécessaire, mais Ruijerd jouait son rôle de soutien si parfaitement que cela aurait pu être contre-productif. Pourtant, ne rien faire était assez ennuyeux, et j’avais commencé à me sentir un peu à l’écart après un certain temps. Trouver un moyen pour nous de nous battre en tant que groupe devait être ma priorité absolue.

En tout cas, Éris était vraiment une combattante remarquable. Elle avait atteint le niveau avancé dans le style du Dieu de l’épée juste avant mon anniversaire, non ? À ce stade, je n’avais probablement aucune chance contre elle à moins d’utiliser la magie. Mince, même Paul n’était qu’un épéiste de niveau avancé… bien qu’il ait atteint ce rang à la fois dans les styles du Dieu de l’Eau et du Dieu du Nord, et qu’il avait beaucoup plus d’expérience de combat dans la vie réelle. Pourtant, Ghislaine avait dit qu’Éris avait plus de talent brut que Paul n’en avait jamais eu. Elle lui ferait probablement mordre la poussière en un rien de temps.

Mange ça, vieil homme.

« Rudeus ! Par ici ! »

À un moment donné, ils avaient achevé le dernier des monstres, Ruijerd sortait ses couteaux alors que je m’approchais.

« Les peaux des Pax Coyotes sont précieuses. Nous avons eu la chance d’en trouver un si grand groupe. Aide-moi à les dépecer. »

Mais j’avais autre chose à faire en premier.

« Attends une seconde. »

En marchant vers Éris, je l’avais trouvée haletante… et blessée à trois endroits différents. Moins de trente minutes s’étaient écoulées depuis le début de la bataille, Ruijerd s’étant consacré à son rôle de soutien, il lui avait fallu tuer la grande majorité des monstres. Il était certain qu’elle serait épuisée.

Cela ne pouvait pas faire de mal de soigner ces blessures maintenant…

« Que ce pouvoir divin soit comme une nourriture satisfaisante, donnant à celui qui a perdu sa force la force de ressusciter, guérison. »

« Merci. »

« Ça va, Éris ? »

« Haha ! Bien sûr ! J’ai à peine brisé un… »

Son sourire suffisant avait l’air un peu horrible avec ce sang de monstre sur tout son visage. J’en avais essuyé une partie avec ma manche. L’expérience ne l’avait pas le moins du monde ébranlée. C’était… assez impressionnant. Personnellement, j’étais sur le point de vomir à cause de l’odeur.

« Hmm. Pas de problème, hein ? Tu sais que c’était ta première vraie bataille. »

« Et alors ? Je sais me battre. Ghislaine m’a tout appris. »

C’est vrai. Entraîne-toi comme tu combats, et combats comme tu t’entraînes. Éris absorbait toujours chaque mot des leçons de Ghislaine. Ce ne serait peut-être pas si surprenant si elle pouvait appliquer tout ce qu’elle a appris au combat.

Je veux dire, si vous vous concentriez sur le combat comme on vous l’avait appris, quelle différence cela faisait-il si vos ennemis saignaient réellement ?

« Bon sang… »

Avec un sourire ironique, je m’étais détourné et j’étais retourné vers Ruijerd, qui nous observait depuis tout ce temps.

« Pourquoi as-tu demandé à Éris de se battre, Rudeus ? »

« Je ne serai pas toujours là pour la protéger. Je veux m’assurer qu’elle puisse se débrouiller seule quand les choses tournent mal. »

« Ah, je vois. »

« À ce propos, que penses-tu d’elle jusqu’à présent ? »

Ruijerd acquiesça de la tête avant de parler.

« Si elle s’applique, elle sera une maîtresse épéiste un jour. »

« Vraiment !? Génial ! »

Éris sauta littéralement en l’air, son visage brillait de joie.

Ça devait être agréable d’entendre quelque chose comme ça d’un guerrier légendaire. Cela ne me dérangeait pas non plus, si Ruijerd reconnaissait les talents d’Éris en tant que guerrier, nous avions de bien meilleures chances de trouver un moyen de travailler en équipe.

« D’accord, Ruijerd. À partir de maintenant, qu’Éris se batte à l’avant pendant que je reste à l’arrière. »

« Et que devrais-je faire ? »

« Tu n’as pas de position définie, alors bouges librement et couvres nos angles morts. Oh, et si l’un d’entre nous se met en danger, prends les choses en main et dis-nous quoi faire. »

« Compris. »

Pour l’instant, notre formation de combat de base avait été mise au point. J’espérais que cela nous permettrait, à Éris et à moi-même, d’acquérir plus d’expérience au combat au cours des deux prochains jours.

◇ ◇ ◇

Vint ensuite l’entraînement du camping.

Pour le dîner, nous avions mangé de la viande de tortue géante. Il y en avait beaucoup trop pour être mangé en une seule fois, alors nous avions commencé par en sécher la plus grande partie pour plus tard, sous la direction de Ruijerd, bien sûr.

Pour être franc, c’était un peu vil. Son odeur était accablante et c’était douloureusement difficile à supporter. Apparemment, l’approche normale consistait à le ramollir dans un ragoût frémissant pendant des heures, mais Ruijerd avait opté pour la méthode rapide et facile, il l’avait rôti sur un feu ardent.

Au moins, le feu lui-même n’était pas trop difficile à allumer. De toute évidence, les tréants de pierre s’asséchèrent très rapidement après leur mort, de sorte que nous n’avions pas besoin de laisser notre bois au soleil ou quoi que ce soit d’autre. Pas étonnant que Ruijerd ait vu ces choses comme des bûches de bois ambulantes.

« … Guh. »

Honnêtement, cette viande est vraiment dégoûtante. Qui a dit que c’était « délicieux » ?

Attends, c’était probablement toi, Ruijerd. Tu as dû tellement en manger ! Je veux dire… peut-être que si tu couvrais l’odeur avec du gingembre, ça pourrait être comestible ? Peut-être ? Mec, je n’ai jamais eu plus envie d’un peu de bœuf que maintenant. Et avec du riz…

Une phrase mémorable d’un certain manga me traversa l’esprit : « La viande grillée est glorieuse. Et c’est glorieux parce que c’est savoureux. » Des mots plus vrais n’avaient jamais été prononcés. Une viande qui n’était pas savoureuse n’était pas du tout glorieuse.

Rétrospectivement, j’avais très bien mangé dans le royaume Asura. Le pain était peut-être l’aliment de base là-bas, mais ils le complétaient habituellement avec de la viande, du poisson, des légumes et une sorte de dessert, avec toute la variété d’un restaurant trois étoiles. Et j’avais passé la plus grande partie de mon temps là-bas, à la campagne. Une petite princesse gâtée comme Éris n’allait-elle pas avoir encore plus de mal à s’adapter ?

Cependant, quand je l’avais regardée, je l’avais trouvée en train de ronger avec contentement son propre morceau de viande.

« Hé, ce n’est pas si mal. »

Attends, sérieusement !?

Eh bien… peut-être que c’était logique. Quand on donnait à un enfant qui n’avait mangé que des aliments sains un peu de malbouffe, il en devenait toujours fou, non ?

« Quoi ? » dit Éris en la fixant.

« Euh, ce n’est rien. Aimes-tu ça ? »

« Ouais ! J’ai toujours… mngh… voulu essayer quelque chose comme ça ! »

Je savais qu’Éris adorait écouter les histoires de Ghislaine sur sa vie d’aventurière. Peut-être cela s’était-il traduit par des fantasmes comme manger de la viande dure et horrible autour d’un feu de camp ? C’est un fantasme bizarre, mais compréhensible.

« Sais-tu que c’est même comestible cru, » commenta Ruijerd.

Les yeux d’Éris brillaient de curiosité, et un petit frisson me parcourut la colonne vertébrale. Heureusement, j’avais réussi à parler avant qu’elle n’ouvre la bouche.

« La réponse est non. N’y pense même pas. »

Pour l’amour de Dieu. Tu veux des vers ? Parce que c’est comme ça qu’on attrape les vers.

◇ ◇ ◇

Ruijerd donnait une leçon à Éris sur l’entretien de base des armes avant que nous nous couchions pour la nuit. Faute de mieux à faire, j’avais écouté.

La lance de Ruijerd n’était pas en métal, et l’épée d’Éris avait été forgée dans des matériaux spéciaux et d’une manière très spécifique. Apparemment, ni l’un ni l’autre n’avaient à s’inquiéter de la rouille ordinaire. Mais cela ne signifiait pas qu’ils pouvaient sauter leur entretien quotidien. Laisser du sang séché sur une épée ou une lance en émousserait progressivement les bords et attirerait d’autres monstres. Du point de vue de Ruijerd, bien prendre soin de son arme était une énorme responsabilité en tant que guerrier.

« Maintenant que j’y pense, de quoi est faite cette lance de toute façon ? » avais-je demandé, soudain curieux.

À en juger par celle que Ruijerd portait, les tridents superds étaient d’un blanc pur, totalement sans ornement. Elle était aussi assez petite pour une lance. D’après ce que j’avais vu, tout était fait d’une seule matière, je ne voyais aucune jointure entre le manche et la tête.

« C’est fait de moi. »

« … Pardon ? »

« La lance d’un Superd est faite de leur âme. »

Putain. Je ne m’attendais pas à une réponse aussi… philosophique.

OK, je comprends. C’est vrai. Donc ta lance est, euh, ton âme. Et ton âme est ton mode de vie, non ? Ton mode de vie est tout ce qui se trouve dans ton cœur… et ton cœur sait exactement ce que tu aimes. Donc en gros, tu aimes ta lance avec passion… ou quelque chose comme ça ?

Heureusement, Ruijerd avait élaboré avant que je me fasse des nœuds au cerveau.

« Chacun d’entre nous est né avec sa propre lance, voyez-vous. »

Les Superds naissaient avec une queue à trois pointes. Elle grandissait avec eux jusqu’à ce qu’ils atteignent un certain âge. À ce moment-là, elle se raidissait et tombait. Pourtant, même une fois séparée, elle faisait toujours partie de leur corps. Plus ils l’utilisaient, plus elle devenait tranchante et mortelle. Avec assez de temps et d’efforts, ces tridents pouvaient devenir des armes hors pair, pratiquement incassables et capables de percer pratiquement tout.

« … Et c’est pourquoi nous ne devons pas jeter nos lances jusqu’au jour de notre mort. »

Le visage de Ruijerd était plein de regrets amers devant l’erreur qu’il avait faite il y a quatre siècles.

À ce moment-là, sa lance était probablement plus dure et plus tranchante que celle de n’importe quel autre Superd dans le monde. J’étais vraiment content qu’il soit de notre côté.

Pourtant, sa vision du monde… m’inquiétait parfois. L’homme était aussi rigide que son arme. Si vous ne pouvez pas vous plier un peu parfois, vous n’apprendrez jamais à accepter les autres tels qu’ils sont. Et ça veut dire qu’ils ne vous accepteront jamais non plus. Il y aura trop de principes, le sais-tu ?

En tout cas… après trois jours de combat contre les monstres et de camping à la belle étoile, notre petit groupe avait réussi à atteindre la ville la plus proche.

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