Mushoku Tensei (LN) – Tome 2 – Chapitre 7

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Chapitre 7 : Une promesse absolue

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Chapitre 7 : Une promesse absolue

Partie 1

Après tout ça, j’allais finalement avoir dix ans.

J’avais consacré la majeure partie des deux dernières années à l’étude des langues. En plus de la langue du Dieu Bestial et de la langue du Dieu Démon, j’avais aussi appris la langue du Dieu Combattant. Elle était extrêmement proche de la langue humaine, donc c’était facile. Leur différence était similaire a celle qui y avait entre l’allemand et l’anglais. Les bases de la grammaire étaient les mêmes que celles de la langue humaine, les seules différences étaient les expressions et le vocabulaire.

Les langues de ce monde n’étaient pas si difficiles. Une fois que vous en aviez appris une, vous pouviez l’utiliser comme base pour apprendre les autres. C’était probablement un effet secondaire de la guerre entre les races.

Cependant, il n’y avait pas de littérature dans la langue du Dieu Céleste ou de Dieu de la Mer, et très peu de gens utilisaient ces langues ici, donc je n’avais pas pu les apprendre. Eh bien, parler quatre langues était plus que suffisant pour moi.

Quant à l’épée, mes compétences approchaient du niveau Intermédiaire. En seulement deux ans, Éris était passée du niveau Intermédiaire au niveau Avancé, donc je n’étais plus à la hauteur. Vous pouviez vraiment sentir l’écart dans nos capacités.

C’est comme ça, pensais-je. On dirait qu’elle a passé ses jours de congé à s’entraîner très fort, donc c’est tout à fait normal. Pendant que je passais mon temps libre à apprendre les langues, elle passait le sien avec l’épée. Le fossé qui nous séparait était tout à fait naturel.

Quant à la magie, je ne m’entraînais qu’en faisant des figurines. J’avais pu les rendre de plus en plus détaillées, ce qui signifiait probablement que je m’améliorais. Il était vrai que je m’étais heurté à un mur. Bien sûr, cela sera résolu une fois que j’aurais commencé à apprendre à l’Université de Magie. Inutile d’être impatient.

Dix ans s’étaient écoulés depuis que j’étais venu au monde, hein ? Cette pensée m’avait rendu un peu émotif.

◇ ◇ ◇

Comme mon anniversaire était dans un mois environ, les gens du manoir commencèrent à s’agiter, Éris en particulier.

Qu’est-ce qui se passe ? me demandais-je. Quelqu’un d’important était censé venir ? Comme un autre membre de la famille Greyrat, ou peut-être le fiancé d’Éris ? Impossible, c’est impossible. Éris avec un fiancé ? J’avais l’impression qu’un rire étrange allait éclater de moi. Mais l’agitation m’avait rendu anxieux, alors j’avais décidé d’enquêter.

Après avoir fait un magnifique travail de filature d’Éris, je l’avais vue bavarder joyeusement avec une bonne dans la cuisine. Ghislaine était aussi là, mais elle ne m’avait pas remarqué. L’épéiste musclée aux oreilles d’animaux était distraite par la viande qui avait été préparée pour notre prochain repas.

« J’ai hâte de voir la surprise sur le visage de Rudeus ! Il pourrait même pleurer de joie ! »

« Je n’en suis pas certain. C’est du Seigneur Rudeus dont il s’agit. Même s’il était surpris, il ne le laisserait pas paraître. »

« Mais tu penses qu’il sera heureux, n’est-ce pas ? » demanda Éris.

« Oui, bien sûr. En tant que membre d’une autre branche de la famille, je suis sûr qu’il a eu des moments difficiles. »

Je n’avais pas vraiment eu de moments difficiles. Mais de quoi parlaient-ils exactement ? Est-ce que les gens bavardaient à mon sujet ? J’étais assez sûr d’avoir fait du bon travail, mais j’étais peut-être le seul à le penser et les autres personnes de cette maison me trouvèrent désagréable.

Si c’était le cas, j’étais sûr que je pleurerais. Plus précisément, j’étais sûr de créer plus de travail pour les bonnes en utilisant mon oreiller comme mouchoir en papier pour absorber toutes mes larmes.

« Je dois m’assurer que ce soit prêt à temps ! », dit Éris.

« L’impatience n’arrangera pas les choses. »

« Si je n’y arrive pas, crois-tu qu’il ne le mangera pas ? »

« Non, le Seigneur Rudeus mangera tout ce que tu lui feras », répondit la servante.

« Vraiment ? »

« Oui, tant que le Seigneur Sauros est présent. »

Ah. Je savais ce que ça devait être. Les préparatifs pour une fête surprise, hein ?

« Si seulement Rudeus n’était pas né dans cette maison. »

Il y avait de la pitié dans la voix d’Éris quand elle avait dit ça.

Maintenant que je savais de quoi il s’agissait, j’avais décidé de prendre congé.

Il s’était avéré que j’étais quelqu’un qui devait être tenu à l’écart du regard du public. Dans le passé, j’aurais pu penser qu’ils voulaient me cacher à cause de l’identité de mon père, mais maintenant je savais que ce n’était pas ça.

C’était quelque chose que j’avais appris au cours des deux dernières années. Le vrai nom de Paul était Paul Notos Greyrat. Notos était le nom de la noble famille de Paul. Il y a très, très longtemps, Paul avait été renié par la famille Notos, et son cousin ou frère cadet était devenu le chef de famille à sa place.

Cela ne me dérangeait pas, car c’était le passé. Sauf qu’il y avait ceux qui ne voulaient pas, ou plutôt ne pouvaient pas, laisser ces choses dans le passé. Ceux qui étaient au pouvoir étaient remplis de paranoïa. Dans le pire des cas, ils pourraient envoyer des assassins après moi. C’était pourquoi il fallait me cacher.

D’ordinaire, j’aurais dû être traité comme plus important qu’Éris depuis mon enfance, mais au lieu de cela, j’étais traité comme un serviteur. Même la célébration du dixième anniversaire, l’une des coutumes nobles les plus importantes, avait dû être limitée dans son ampleur pour moi. C’était pour ça que tout le monde n’arrêtait pas de dire : « Pauvre petite chose, c’est affreux. »

C’était pourquoi Éris était allée voir son grand-père pour la première fois depuis longtemps pour demander une fête secrète pour moi. Une fête pour les gens du manoir. Une modeste fête familiale spécialement pour moi.

Cependant, ce n’était pas passé loin. J’étais content d’avoir écouté, car bien que je connaisse les coutumes de la région, un dixième anniversaire ne m’avait rien apporté de spécial. En fait, ma propre idée de la fête était une fête familiale, et pas cette gigantesque célébration qu’Éris avait eue pour son anniversaire. Si quelqu’un m’avait dit qu’il allait m’organiser une fête d’anniversaire, ma réaction serait plutôt plate. Quelque chose du genre : « Oh, vraiment ? Merci ».

Mais c’était l’idée d’Éris. J’étais le seul de son âge par ici, c’était la première fois qu’elle faisait quelque chose comme ça. Si je n’avais pas l’air excité, elle serait déçue.

J’avais décidé de m’entraîner à faire de fausses larmes avec de l’eau magique. Parce que j’étais un homme qui savait agir en fonction de la situation.

◇ ◇ ◇

Mon anniversaire.

J’avais fait semblant de ne pas remarquer à quel point tout le monde dans le manoir était anxieux. Une fois les cours de l’après-midi terminés et notre pause terminée, Ghislaine était venue dans ma chambre. Elle était exceptionnellement nerveuse, la queue pointue et rigide.

« Il y a une magie que je veux que tu m’apprennes. »

Son regard, habituellement inébranlable, était soudain sournois. Apparemment, elle voulait me garder dans cette pièce.

D’accord. Je vais mordre à l’hameçon.

« Ohh ? Comme quoi ? » avais-je demandé, sachant que la réponse qu’elle me donnera était sûrement planifiée.

Elle me regarda droit dans les yeux et d’une voix très sérieuse, elle m’a répondu :

« Veux-tu me montrer à quoi ressemble la magie de rang Saint ? »

« Bien sûr, mais ça va endommager la ville. »

« Quoi ? Quel genre de magie est-ce ? »

« La magie de l’eau de rang Saint implique des vents violents et de gros orages. Si j’y vais à fond, je peux probablement submerger toute la ville. »

« C’est incroyable… J’aimerais que tu me montres ça la prochaine fois. »

Elle était bizarrement excitée à ce sujet. Ça devait faire partie du plan.

Très bien, on va la taquiner un peu.

« Si ça t’intéresse à ce point, faisons-le. Si nous partons environ deux heures, nous devrions être dans une zone de sécurité. Partons maintenant. »

Sa joue tremblait.

« Deux heures !? N-Non, attends. Si on part maintenant, on rentrera tard. Les monstres sortent la nuit. Même les plaines ne sont pas sûres. »

« Vraiment ? Mais ça devrait aller tant que tu seras là. Tu as dit que les bêtes sont sensibles au son, alors tu es aussi vigilant la nuit que le jour, non ? »

« C’est vrai, mais il n’est jamais bon de se surestimer. »

« C’est vrai. De plus, j’utilise beaucoup de magie quand je jette des sorts de rang Saint. Dans ce cas, faisons-le lors de notre prochain jour de congé. »

« Oui, d’accord. C’est une bonne chose. Faisons cela. »

J’avais trouvé un bon moyen de laisser tomber cette conversation. Normalement, rien ne pouvait énerver Ghislaine, alors la taquiner comme ça était plutôt divertissant. Sa queue était aussi devenue rigide quand elle avait perdu son sang-froid. Un seul mot de ma part l’avait fait trembler. C’était suffisant pour m’amuser.

« Oh ouais, je suis désolé, je ne t’ai pas servi de thé. Laisse-moi aller chercher de l’eau chaude. »

« Non, c’est bon. Ne t’inquiète pas pour ça. Ne bouge pas. Je n’ai pas soif. »

« Très bien. »

En fait, je pouvais faire l’eau chaude moi-même, mais elle ne semblait pas s’en rendre compte, alors je l’avais gardée pour moi.

Je pouvais voir qu’elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour me garder ici. Il était peut-être temps de s’amuser un peu.

« Au fait, c’est l’une des Figurines que j’ai faites récemment. »

De mon étagère, j’avais pris une figurine à l’échelle 1/10 de Ghislaine sur laquelle je travaillais encore. J’étais sûr d’avoir fait beaucoup de progrès depuis que j’avais commencé à les faire. La sculpture de la musculature était un travail professionnel.

Ghislaine laissa échapper une petite bouffée d’air en la regardant.

« Est-ce moi ? Tu es devenu plutôt bon à ça. Tu as fait du bon boulot quand tu as fait Dame Éris, mais celle-là, c’est… Hm ? Il n’y a pas de queue. »

« Malheureusement, je n’ai qu’une vague compréhension des queues. J’ai l’habitude de les créer à partir de mon imagination, mais cette fois-ci, je suis très pointilleux parce que je veux qu’elle ressemble le plus possible à la vraie. »

« Hm. »

Sa queue tremblait comme si elle était en pleine réflexion profonde.

J’ai hâte de voir quel genre de visage tu feras, pensai-je.

« Me laisserais-tu voir la tienne ? J’aimerais voir la base de ta queue. »

« Pas de problème », dit-elle.

Elle s’était retournée et enleva son pantalon. Elle n’avait même pas hésité. Juste en face de moi se trouvait son ferme et musclé derrière ainsi que la base où sa queue était attachée.

Incroyable ! Je savais qu’elle le ferait ! Elle est si intrépide ! On ne pourra jamais gagner contre elle, avais-je dit silencieusement.

Non ! Je ne pouvais pas hésiter, en tout cas plus maintenant. Ghislaine était toujours sur ses gardes, mais ma curiosité m’avait vaincu.

« Pourrais-je y toucher un instant ? »

« Bien sûr. Vas-y. »

C’est dur, pensai-je. Hein !? Attends une seconde, c’est son cul, non ? Pas vrai ?

C’était dur comme de l’acier. Mais en même temps, il y avait une certaine douceur. L’équilibre idéal, la quantité parfaite de muscles. Un mariage parfait des propriétés des muscles rouges et blancs ! N’importe quel homme, quel qu’il soit, admirerait ça. C’était pourtant difficile de trouver ça sexy.

Seigneur des Muscles, Dieu du Sexe, comme je vous suis reconnaissant pour votre existence, même si vous êtes le contraire polaire de moi, pensai-je. Je vous suis si reconnaissant, tellement reconnaissant. S’il vous plaît, bénissez-moi de tels muscles.

« Très bien, ça suffit. »

J’avais levé les mains de son derrière, me sentant mentalement battu.

Ghislaine ajusta son pantalon puis se retourna pour me faire face.

« J’ai vu un artiste peindre un portrait de Lady Éris. En voyant cela, j’ai voulu quelque chose de semblable, quelque chose qui pourrait capturer l’état actuel de mon corps. J’ai hâte de voir le produit fini. »

Elle avait l’air vraiment heureuse quand elle me l’avait confié.

J’avais l’impression d’avoir perdu en tant qu’homme dans une bataille de masculinité. N’y avait-il aucune chance que je puisse gagner contre quelqu’un d’aussi belle que Ghislaine ?

« C’est l’heure de dîner, non ? »

« H-hm, je pense qu’il est encore un peu tôt. »

Je lui avais fait tressaillir la queue une dernière fois avant que la bonne vienne nous appeler pour dîner.

« Très bien, Rudeus. C’est l’heure de manger, allons-y. »

Elle se leva rapidement, comme si elle essayait de me presser. Apparemment, le vrai spectacle allait commencer.

***

Partie 2

J’étais entré dans la salle à manger sous les applaudissements. J’avais déjà rencontré au moins une fois toutes les personnes réunies ici. Bien sûr, Sauros, Philip et Hilda, dont les présences étaient généralement rares, étaient également présents.

La fête se tenait dans le même réfectoire que d’habitude. Il avait été magnifiquement décoré pour l’occasion. Les tables étaient garnies avec un assortiment de plats raffinés que je n’avais jamais vus avant. Bien sûr, ce n’était pas dans la mesure de ce que j’avais vu à la fête d’Éris, mais bien que la quantité n’ait pas été aussi prétentieuse, il y avait une certaine chaleur.

J’avais fait une grimace comme si je ne savais pas ce qui se passait et j’avais regardé autour de la pièce.

« Qu’est-ce que c’est… ? » 

Derrière moi, Ghislaine applaudissait.

« Hein ? Hein ? »

J’avais l’air agité.

« Rudeus ! Joyeux anniversaire ! »

Éris portait une robe rouge vif et avait un grand bouquet de fleurs dans les bras.

J’avais gardé l’air abasourdi sur mon visage en les acceptant d’elle.

« Oh, c’est vrai. J’ai dix ans aujourd’hui. »

J’avais récité ces lignes comme je les avais pratiquées, comme si je venais de réaliser que c’était mon anniversaire.

Puis, comme je l’avais prévu, je m’étais froissé le visage et je m’étais couvert les yeux de ma manche. En même temps, j’utilisais la magie de l’eau pour faire tomber les larmes de mes yeux. Après quelques instants, j’avais pleurniché.

« Je-Je suis désolé. C’est la première fois depuis mon arrivée ici… J’ai toujours pensé que je ne pouvais pas merder, que je n’étais pas le bienvenu ici… Que si je merdais, ça causerait des problèmes à mon père... Je n’aurais jamais pensé que vous fêteriez tout ça pour moi comme ça. Sniff… »

J’avais levé ma manche pour voir leurs réactions, mais Éris avait l’air rabat-joie. Philip et Sauros et tous les autres dans la salle avaient cessé d’applaudir. Ils se tenaient tous debout, la bouche pleine d’agapes.

Merde. Je me demande si mon jeu d’acteur est trop ringard.

Non, ce n’était pas ça. C’était le contraire. C’était trop bon.

J’avais merdé, j’aurais dû agir avec modération. Soupir. J’étais vraiment un adulte horrible pour dès le départ avoir concocté ce plan. Trop tard, mieux valait continuer comme je l’avais prévu.

Éris, agitée, se tourna vers le majordome et lui demanda : « Que dois-je faire ?? »

Mes larmes étaient-elles si importantes que ça ? Sa réaction avait été si mignonne que j’avais mis mes bras autour d’elle. Puis, d’une voix nasale, je lui avais murmuré des mots de gratitude à l’oreille.

« Éris, merci. »

« Ce n’est pas grave ! Tu es après tout de la famille ! C’est évident que je ferais ça ! Ce n’est rien pour la famille Greyrat, pas vraie, père ! Grand-père ! »

Normalement, elle dirait : « Tu ferais mieux d’être reconnaissant ! » Mais au lieu de cela, elle cherchait des excuses et se tourna vers Philip pour obtenir du renfort.

C’était à ce moment-là que Sauros se leva, aboyant :

« Guerre ! Nous irons en guerre contre Notos ! Nous tuerons Pilemon et installerons Rudeus à la tête de la famille ! Philip ! Alphoooonse !! Ghislaaaaaine ! Suivez-moi ! Rassemblons les troupes ! »

Et c’était ainsi qu’avait débuté la guerre entre les familles Boreas Greyrat et Notos Greyrat. Ce fut une querelle sanglante qui enveloppa également les deux autres familles de la branche Greyrat, entraînant tout le royaume d’Asuras dans ce qui allait devenir une grande et longue guerre civile.

Non, bien sûr que non. Ce n’était pas ce qui s’était passé.

« Père, retiens-toi ! S’il te plaît, retiens-toi ! »

« Philiiiip ! Tu comptes te mettre en travers de mon chemin !? Espèce de salaud ! Toi aussi, tu penses sûrement que Rudeus serait un chef de famille plus approprié que ce bouffon ridicule !? »

« Oui, bien sûr que oui. Mais calme-toi ! Aujourd’hui est un jour de fête ! En plus, la guerre n’est pas une bonne chose, nous nous ferions des ennemis de Zephyros et d’Euros ! »

« Imbécile ! Je vaincrai tout le monde tout seul ! Relâche-moi, relâche-moi ! »

Sauros quitta la pièce, traînant Philip derrière lui. Même après son départ, j’entendais encore sa voix.

J’étais abasourdi.

« A-ahem », Éris se racla la gorge une fois.

« Laissons grand-père de côté pour le moment. Aujourd’hui, j’ai préparé quelque chose qui te surprendra, Rudeus ! »

Elle devint rouge alors qu’elle riait et gonflait sa poitrine avec fierté.

C’était adorable. Elle avait récemment commencé à porter des soutiens-gorge maintenant que ses seins avaient commencé à grandir. Pour l’instant, ils étaient tout simplement mignons, mais un jour, ils deviendraient quelque chose d’incroyable. C’était ce que disait le vieil ermite sage. Merci, vieil ermite sage.

« Quelque chose qui me surprendra ? », avais-je répondu en écho.

« Qu’est-ce que tu crois que c’est !? »

Quelque chose qui me surprendrait… Qu’est-ce que ça pourrait être ? Quelque chose qui me plairait… Un ordinateur portable et un jeu érotique ? Non, non. Je dois penser à quelque chose qu’Éris allait probablement trouver.

J’avais réfléchi à ma situation actuelle. J’étais loin de mes parents et j’étais seul depuis plusieurs années. Elle avait dû penser que j’étais seul, surtout pour mon anniversaire.

Si c’était Éris, que voudrait-elle ? Que Ghislaine ou son grand-père viennent fêter ça avec elle, non ? Si je m’appliquais ça à moi, alors…

« Ne me dis pas que mon père est ici… ? »

Son visage s’était assombri dès que j’avais dit ça. Pas seulement le sien, mais aussi celui des domestiques et des majordomes. C’était un regard de pitié. Mauvaise supposition.

« Monsieur Paul… n’a pas pu venir parce que les monstres sont devenus plus actifs dans la forêt dernièrement, dit-il. Mais il a dit que de toute façon tu n’avais pas besoin de lui ici. Quant à Mlle Zenith, elle a dit que les deux enfants sont soudainement tombés malades avec de la fièvre et qu’elle ne pouvait pas venir non plus. »

Éris me donna une explication agitée.

Ahh. Alors, ils les avaient invités. Eh bien, on ne pouvait rien y faire. Le village comptait beaucoup sur Paul, et si les deux filles étaient malades, Zenith ne pouvait pas laisser leurs soins à Lilia seule. Ça aurait été sympa de les revoir, puisque ça faisait si longtemps, mais bon.

« U-uh, um, Rudeus. Tu sais, euh… »

Éris recommença à trébucher sur ses mots. C’était mignon, comme un chat qui se mettait dans le pétrin après avoir été si dur tout le temps.

Mais ne t’inquiète pas. Il est préférable que Paul ne soit pas là, pensai-je

« Oh, je vois. Alors mon père et ma mère ne sont pas venus. »

Je voulais donner l’impression que ça ne me dérangeait pas, mais comme j’avais arrêté de pleurer, ma voix était toute nasale. J’avais probablement l’air complètement déprimé à la place.

Une des servantes renifla.

J’avais fait une grosse bêtise. Je n’avais pas l’intention de rendre l’atmosphère si sombre. Désolé, les gars, on dirait que je ne pouvais pas lire l’atmosphère.

Juste au moment où je le pensais, Hilda s’était précipitée et m’avait pris dans ses bras. J’avais fait tomber le bouquet de fleurs que je tenais par accident.

« Argh ! »

J’avais à peine parlé à Hilda. Elle avait les mêmes cheveux roux qu’Éris et l’aura d’une veuve encore dans la fleur de l’âge, rayonnant de sexualité. Quelqu’un qui pourrait apparaître dans un jeu érotique avec « jeune femme » ou « veuve » dans le titre. Bien sûr, elle n’était pas veuve tant que Philip était en vie.

Elle cria en me serrant fort.

« Tout va bien, Rudeus, tu peux te calmer. Tu fais partie de notre famille maintenant ! »

Hein ? Elle ne me détestait pas ?

« Je n’entendrai aucune plainte ! Tu seras notre adopté… Non, épouse Éris ! C’est ça ! C’est une idée géniale ! Fais ça ! »

« Mère !? »

Hilda avait perdu la raison. Le mariage, avait-elle dit. Même Éris avait été surprise.

« Éris ! Tu as un problème avec notre Rudeus !? »

« Il n’a que dix ans ! »

« L’âge n’a rien à voir avec ça ! Arrête de t’excuser et passe ce temps à te peaufiner comme le font les dames ! »

« C’est ce que je fais ! »

Hilda était déchaînée et Éris riposta. On m’avait dit qu’elle s’était mariée dans la famille, mais je supposais qu’elle était effectivement une Greyrat. Elle avait la même présence sauvage que Sauros.

« D’accord, d’accord, faisons cela une autre fois. »

« Argh ! Chérie ! Qu’est-ce que tu fais ? Lâche-moi ! Ce pauvre enfant, je dois le sauver ! »

Philip avait gracieusement escorté sa femme hors de la scène après qu’il se soit occupé de Sauros. Chaque fois qu’une situation se présentait, il y faisait face avec un sang-froid glacial, tandis que les autres restaient stupéfaits. Il était cool, comme un maître magicien. Un homme sur qui on pouvait compter, quelqu’un qu’on pouvait consulter sur n’importe quoi.

« Alors, quelle est donc cette surprise dont tu me parlais », demandai-je après avoir ramassé le bouquet sur le sol.

Éris croisa les bras, souffla sur sa poitrine et sortit le menton. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu cette pose.

« Hmph ! Alphonse ! Apportez-le ici ! »

Elle claqua des doigts comme pour émettre un son aiguisé et affirmé, mais il sortit terne et plat. Ses joues rougissaient, mais Alphonse semblait imperturbable alors qu’il amenait un bâton à partir de l’ombre d’une sculpture.

Un bâton, le même que celui que Roxy avait utilisé. Un bâton de magicien. Il était fait à partir d’un bois rugueux. À son extrémité se trouvait un grand cristal magique à l’aspect coûteux. Je l’avais su dès que je l’avais vu. Ce bâton coûtait cher. Je le savais parce que j’avais fait deux baguettes moi-même.

Le rang d’un bâton était déterminé par le bois et la pierre à son extrémité. Chaque type de magie avait une certaine affinité avec différents types de bois. Les sorts de feu et de terre se marient mieux avec le bois de kaki, tandis que l’eau et le vent se marient mieux avec le bois de pagode.

Mais même si les affinités ne correspondaient pas, cela ne signifiait pas que le pouvoir d’un sort était diminué. L’important n’était pas le bois, mais le cristal magique. Canaliser la magie à travers le cristal augmentait la puissance d’un sort. Il y avait de nombreuses qualités de cristal, mais plus le cristal était grand et transparent, plus il était efficace. Le prix d’un cristal augmentait de façon astronomique avec son efficacité.

Les cristaux que j’avais utilisés pour faire les baguettes d’Éris et Ghislaine valaient une pièce d’argent chacune. Il y en avait des moins chers, mais je m’étais souvenu de la taille approximative de la baguette que Roxy m’avait donnée et j’avais choisi quelque chose de semblable. Ils étaient à peu près aussi gros que le bout de mon plus petit doigt.

Celui-ci était aussi gros qu’un poing et valait facilement plus de cent pièces d’or. Surtout avec sa teinte outremer. Un cristal ayant sa propre couleur augmentait considérablement la puissance de sa magie.

Combien a-t-elle dépensé pour ce truc ? me demandais-je.

D’ailleurs, les cristaux magiques que l’on trouvait dans les labyrinthes n’avaient pas d’effet amplifiant. Au lieu de cela, ils portaient leurs propres pouvoirs magiques, donc ils étaient soit utilisés dans des objets magiques, soit utilisés pour compléter le coût en mana d’une personne lorsqu’elle utilisait un sort puissant.

« On dirait que tu as pris goût à ça ! » dit Éris avec un signe de satisfaction en l’examinant.

« Alphonse, explique ! »

« Oui, ma dame. Le bois de cette canne provient de la branche d’un sureau vivant dans la partie est de la grande forêt du continent Millis. Je suis sûr que vous le savez déjà grâce à vos connaissances approfondies, Seigneur Rudeus, mais on dit qu’un tronc d’un sureau est une sous-espèce supérieure du petit tronc, née des sources des fées. C’est une créature magique de premier ordre qui peut manipuler la magie de l’eau. Le cristal provient de la partie nord du continent Begaritt, d’un dragon de mer errant. C’est un autre article de premier ordre. L’artisan est Chein Procyon, le plus grand artisan de l’état-major, le créateur de baguette de la guilde des Mages du palais royal d’Asura. »

Incroyable. Cela semblait avoir été spécialement conçu pour la magie de l’eau. Mais c’était cher, non ?

« Veuillez accepter le bâton de la Jeune Maîtresse. »

Le bâton avait été passé à Éris, et Éris me l’avait offert.

Je n’allais pas m’inquiéter de son coût pour l’instant. J’avais dit à Éris de ne pas dépenser d’argent de façon frivole, mais pour un jour comme celui-ci, c’était bon. Il semblerait qu’elle l’avait commandé spécialement pour moi, alors je n’avais pas eu le cœur à le refuser. L’argent existait pour ce genre de choses.

« Son nom est Le Roi Dragon d’Eau Arrogant. »

J’avais fait une pause. J’avais l’impression d’avoir entendu quelque chose de vraiment ringard.

« Prends-le ! C’est un cadeau de la famille Greyrat ! Mon père et mon grand-père l’ont demandé ! Tu es un grand magicien, Rudeus, alors il est étrange pour toi de ne pas avoir ton propre bâton ! »

La voix d’Éris m’avait ramené à la raison et j’avais accepté le bâton.

Contrairement à son apparence, il était assez léger. Je l’avais pris dans mes deux mains et je l’avais balancé. Il était facile à soulever et à retourner. Malgré le gros cristal à son extrémité, il était bien équilibré. Ce n’était pas surprenant, vu le prix. Bien que le nom soit un peu… spécial.

« Je vous remercie. Pour la fête, et pour m’avoir offert un cadeau si cher. »

« Ne t’inquiète pas du prix ! Vite, reprenons la fête ou le festin que nous avons préparé va refroidir ! »

Éris était de bonne humeur alors qu’elle me tirait dessus, me guidant vers le siège d’anniversaire qui avait été installé devant un gigantesque gâteau.

« J’ai aussi aidé ! »

Mis à part les premiers plats faits maison d’Éris, qui étaient atroces, le reste de la nourriture était délicieuse.

***

Partie 3

Une fois la fête commencée, la bouche d’Éris explosa comme une mitrailleuse, parlant de la cuisine et du personnel. J’avais donné de brèves réponses au fur et à mesure que j’écoutais, mais à mi-chemin, ses paroles commencèrent à ralentir. C’était peut-être l’épuisement. Elle parlait de moins en moins, commençant à marmonner jusqu’à ce que, finalement, elle s’assoupisse.

Je n’étais pas certain que l’épuisement était causé par l’excitation ou parce que sa nervosité avait finalement disparu. Quoi qu’il en soit, Ghislaine emmena Éris comme une princesse pour qu’elle puisse dormir dans sa propre chambre.

Dors bien, avais-je pensé.

Sauros et Hilda revinrent à la moitié de la fête. Sauros était devenu maussade après l’intervention de Philip, quand il avait essayé de me donner de l’alcool. Hilda en avait versé un peu au vieil homme à la place, et il avait fini par être complètement cuit. Il était parti dans sa propre chambre avec un sourire ivre et une teinte rouge sur les joues, riant joyeusement.

Hilda se pencha et me donna un dernier baiser d’adieu avant de se retirer dans ses propres quartiers. La plus grande partie de la nourriture avait été mangée à ce moment-là. Les servantes nettoyèrent les dernières assiettes vides avec des regards somnolents sur leurs visages.

Il ne restait plus que Philip et moi. Pendant un moment, Philip avait posé calmement son verre. Du vin, avais-je pensé. J’avais appris pendant l’anniversaire d’Éris que chaque région du royaume Asura avait sa propre forme d’alcool. Dans cette région, il était en grande partie fabriqué à partir de blé, mais le vin de raisin était préparé pour des occasions spéciales.

Philip n’avait pas beaucoup parlé pendant la fête. Il avait réprimandé Sauros et Hilda, mais passa la plupart du temps à veiller sur nous avec le sourire aux lèvres. C’était maintenant, quand nous avions été laissés seuls tous les deux, qu’il avait laissé couler les mots.

« J’ai perdu la bataille pour devenir chef de famille. En ce moment, Éris est ma seule enfant. »

Cela allait donc être une conversation sérieuse. J’avais ajusté ma posture, et je l’avais regardé attentivement.

« Ne te demandes-tu pas pourquoi Éris n’a pas de frères et sœurs ? »

Je hochai la tête doucement.

« Un peu. »

J’étais curieux, mais je n’avais jamais été capable de poser des questions à ce sujet.

« En vérité, ce n’est pas qu’elle n’en a pas. Elle a un frère aîné et un frère cadet. Son frère cadet a probablement le même âge que toi, le crois-tu ? »

« A-t-il été tué dans la bataille pour devenir chef de famille ? »

Philip me regarda, choqué. Je lui avais posé la question un peu trop directement.

« Non, bien sûr que non. Il n’est pas mort. Il a été emmené dans la capitale impériale par mon frère aîné dès sa naissance. »

« Emmené ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »

Je l’avais pressé.

« En surface, il l’a emmené comme un fils adoptif pour lui permettre d’étudier. La vérité est que… je suppose que c’est la tradition. »

Philip expliqua la tradition de la famille Boreas, une tradition liée à la bataille pour devenir le chef de famille.

Sauros avait dix fils. Parmi eux, trois seulement étaient exceptionnels : Philip, Gordon, et enfin, James. On aurait dit le nom d’une locomotive.

Pour décider qui serait le chef de famille parmi ces trois personnes, ils avaient été amenés à rivaliser. Le résultat fut que James devint le prochain chef de famille. Philip et Gordon avaient perdu.

Pendant la première moitié de la lutte pour le pouvoir, James avait d’abord secrètement rassemblé Gordon et la fille de la famille Euros Greyrat. Il manœuvrait les choses pour qu’aucun des deux ne connaisse les antécédents de l’autre, puis il attisa les flammes de leur amour. Gordon s’était trop concentré sur cette histoire d’amour et, comme James l’avait prévu, il s’était marié avec la branche Euros de la famille. Cela l’avait empêché de devenir chef de la famille Boreas.

Dans la seconde moitié de la lutte, Philip et James étaient à égalité. Ils avaient continué à se battre en manipulant les gens dans les coulisses.

Mais ce n’était pas comme si un développement dramatique s’était produit. La bataille s’était simplement terminée par la défaite de Philip. C’était une question d’influence. James avait six ans de plus que Philip, était connu dans toute la capitale et avait servi d’assistant au ministre. Il avait des relations, de l’argent et, plus que tout, du pouvoir politique.

Philip était un excellent candidat, mais cet écart de six ans était presque impossible à combler. Lorsque James devint chef de famille, il fit de Philip le maire de Roa. À cette époque, Philip n’avait pas encore abandonné. Il essaya de formuler une stratégie de retour, mais les terres de Fittoa étaient en grande partie rurales, ce qui rendait difficile l’établissement d’un pouvoir politique.

Pendant que Philip se brisait le dos en essayant de faire ce qu’il pouvait, James était resté dans la capitale et s’était construit une position de ministre solide comme un roc. Cela avait rendu l’écart entre eux impossible à combler. Puis, quand le fils de Philip était né, James l’avait revendiqué comme fils adoptif.

« N’est-ce pas un peu tyrannique de sa part de te prendre tous tes fils ? »

« Non, c’est bon. C’est la tradition. »

Dans la lignée Boreas Greyrat, tous les fils nés dans la famille étaient élevés sous la garde du chef de famille. Cela avait empêché ceux qui avaient perdu dans des luttes de pouvoir antérieures de participer à de futures luttes de pouvoir. Cela leur permettait de s’assurer qu’ils ne s’impliqueraient pas pour accroître l’influence de leur propre fils dans la prochaine lutte pour le pouvoir.

C’était un problème commun, un problème qui s’était produit dans tout le royaume d’Asura. Apparemment, la famille Euros dans laquelle Gordon s’était marié avait une tradition différente, mais Philip avait obéi à la tradition Boreas et avait remis tous ses fils à James alors qu’ils étaient encore jeunes et n’avaient aucune conscience du monde. Le seul père qu’ils reconnaîtraient était James.

« La situation aurait été inversée si j’avais gagné. »

La façon dont Philip avait calmement accepté la situation m’avait fait penser qu’il n’était peut-être pas le vrai enfant de Sauros après tout.

On ne pouvait pas en dire autant de sa femme. Hilda était d’une famille noble normale. Se faire enlever son nouveau-né n’était pas quelque chose qu’elle pouvait accepter avec autant de calme. Après avoir perdu son fils aîné, elle était tombée dans la dépression pendant un bon moment. Une fois Éris née, elle semblait s’en remettre, mais quand le frère cadet d’Éris avait été enlevé, elle était redevenue instable.

« Elle te détestait. Après tout, pourquoi le fils d’un étranger aurait-il pu défiler ici comme s’il était propriétaire, alors que ses propres fils ne pouvaient même pas le faire ? »

J’avais déjà compris qu’elle me détestait. Au moins maintenant, je savais qu’elle avait une raison.

« De plus, notre dernier enfant, Éris, s’était avéré être un garçon manqué au lieu d’une dame. Je croyais que tout espoir était perdu. »

« Que veux-tu dire par là ? »

« Il serait difficile d’utiliser Éris pour renverser James. »

Par renversement, voulait-il dire… ? Ah, il n’avait toujours pas renoncé à devenir le chef de famille.

« Mais dernièrement, après t’avoir vu, j’ai commencé à ressentir un peu d’espoir. »

« Hein ? »

« Ton jeu est assez bon pour même tromper Hilda et mon père. »

Alors, il avait remarqué que je faisais la comédie. Mais le mot « tromper » ne sonnait pas très bien. J’avais juste essayé d’agir d’une manière qui ne rendrait pas les choses désagréables.

Philip poursuit : « Tu comprends l’importance de l’argent et tu sais faire preuve de diplomatie. Et tu ne rechignes pas à la nécessité de te mettre en danger pour gagner le cœur des gens. »

Il faisait probablement référence à l’incident du kidnapping. Ou le fait que je sois resté dans les parages même si quelqu’un de mon âge (Éris) me frappait tout le temps.

« Mais surtout, Éris a énormément grandi sous ta supervision. »

Philip avait l’air de n’avoir jamais pu imaginer ça.

Paul lui avait dit à quel point j’étais exceptionnel, mais en tant que fils de quelqu’un qui passait tout son temps à retourner des jupes à mon âge, il pensait probablement que je serais le même type de délinquant. Il pensait que quelque chose d’intéressant pourrait arriver en dressant sa fille indisciplinée contre moi, comme l’observation des réactions chimiques d’une expérience scientifique. Apparemment, tout s’était à peu près passé comme il se l’imaginait.

« Je me souviens encore du jour où Paul est arrivé en courant ici en pleurant », murmura Philip à lui-même.

J’avais demandé à Philip de me l’expliquer. Il m’avait dit que Paul était venu en pleurant parce qu’il allait se marier, mais qu’il n’avait pas les moyens de se payer un logement et qu’il avait besoin d’un emploi stable. Mais en même temps, Paul ne voulait pas retourner dans sa noble famille. Apparemment, il s’était mis à genoux pour moi, ce qu’il n’avait pas fait même quand l’incident avec Lilia était arrivé. Et bien, de toute façon c’était un évènement du passé.

« Éris n’aurait-elle pas trouvé un moyen même sans moi ici ? »

« Trouvé un moyen ? Bien sûr que non. Même moi, je pensais qu’Éris était sans espoir. Je pensais qu’elle n’avait aucun avenir en tant que membre d’une famille noble. C’était pourquoi j’avais engagé Ghislaine pour qu’elle apprenne le maniement de l’épée afin qu’elle puisse au moins devenir une aventurière. »

Après avoir dit cela, Philip raconta plusieurs de ses épisodes passés avec Éris, tous douloureux à écouter.

« Alors, qu’en dis-tu ? Veux-tu épouser Éris et m’aider à prendre le contrôle de la famille Boreas ? Si c’est le cas, je vais lui attacher les mains et la mettre dans ton lit tout de suite. »

C’était une offre alléchante… Mon esprit me fit voir l’image d’un écran pop-up comme ceux d’un jeu, disant, « Es-tu sûr de vouloir t’en débarrasser (de ta virginité) ? Une fois qu’elle sera partie, elle sera partie pour toujours ! »

Non, non, attendez, attendez, attendez ! Ce n’est pas une blague. Relis la ligne précédente, je m’en étais donné l’ordre. Prendre le contrôle de la famille Boréas ?

« Qu’est-ce que tu essaies de me faire faire ? J’ai dix ans ! »

« Tu es aussi l’enfant de Paul, non ? »

« Je ne parle pas de ça ! »

« C’est moi qui vais prendre le contrôle de la famille. Tu n’as qu’à t’asseoir. Si tu veux des femmes, je te les donne. »

Il pensait vraiment que j’écouterais juste parce qu’il avait dit qu’il me donnerait des femmes ? La mauvaise réputation de Paul était vraiment répugnante.

« Je ferais comme si tu avais dit tout ça sous le coup de l’ivresse. »

Philip avait ri tranquillement quand j’avais dit ça.

« C’est ça, vas-y, fais-le. Tous ces trucs sur la famille Boreas mis à part, tu es libre de poursuivre la relation que tu veux avec Éris, sais-tu ? Je n’ai aucune responsabilité pour elle. Même si je la faisais épouser quelqu’un, elle reviendrait tout de suite. Je préférerais te la remettre à la place. »

Un autre rire sourd suivit.

S’il faisait qu’Éris épouse quelqu’un, elle frapperait probablement son mari à mort en quelques jours. Je pouvais facilement l’imaginer. Aussi facilement que je pourrais m’imaginer danser sur l’air de Philip si je l’acceptais.

« Très bien, mais il est temps d’aller dormir. »

« Oui, bonne nuit », répondis-je.

Ainsi se termina la fête d’anniversaire qu’Éris avait organisée pour moi.

***

Partie 4

Quand j’étais retourné dans ma chambre, Éris, qui aurait dû dormir, était assise sur mon lit.

« Oh, bon retour parmi nous ! »

Elle portait un déshabillé rouge extrêmement sexy.

J’étais sûr qu’elle n’avait jamais porté quelque chose comme ça avant. Qu’est-ce qui se passait ? N’était-elle pas censée dormir ?

« Que fais-tu ici à cette heure-ci ? »

Quand je lui avais demandé cela, ses joues rougirent et elle détourna les yeux.

« Je pensais que tu te sentirais seul, alors j’allais dormir avec toi ce soir ! »

Apparemment, elle s’inquiétait encore de ce que j’avais dit pendant la fête, de savoir si mes parents venaient. Après tout, elle s’accrochait encore à ses parents à l’âge de douze ans. Peut-être qu’imaginer être sans eux pendant trois ans l’avait poussée à venir ici.

Non. Aussi improbable que cela puisse paraître, c’était peut-être l’idée d’Hilda. Peut-être qu’elle avait réveillé Éris, l’avait forcée à se changer et l’avait envoyée ici.

« … »

J’avais jeté un coup d’œil à Éris. Son corps n’était pas encore complètement mûr, mais il commençait à le devenir. Probablement à cause de la pratique de l’épée, ses bras et ses jambes étaient bien tonifiés. Que ce soit dû au fait qu’elle était plus grande que la fille moyenne ou à cause du déshabillé qu’elle portait, elle avait aussi l’air plus grande que d’habitude.

Après tout, Éris avait déjà douze ans. Elle commençait à grandir.

Mon corps était encore immature. Je n’avais pas encore atteint la puberté, bien que cela m’arriverait sûrement dans quelques années. Peut-être qu’alors, j’aimerais bien avoir l’occasion de perdre ma virginité avec cette loli tsundere gâtée.

Au moment où cette pensée me traversa l’esprit, je m’étais senti à nouveau comme ce pervers de trente-quatre ans, sans-abri et sans-emploi. J’avais vu une image de lui avec le visage couvert d’acné et les lèvres couvertes d’un sourire dégoûtant, descendant sur Éris.

J’avais repris mes esprits. Non, je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas la toucher. Ce serait jouer directement dans la main de Philip. Je planterais mon pied au beau milieu d’une lutte de pouvoir intense. Ce même Philip avait déjà perdu et Paul s’était enfui.

Je ne voulais pas m’impliquer dans quelque chose qui semblait avoir si peu de bénéfices. Alors j’avais prié pour que je puisse m’en sortir paisiblement.

Elle détestait les avances sexuelles, alors peut-être que je pourrais dire quelque chose à cet effet pour l’effrayer ?

« C’est… c’est vrai ! Je me sens assez seul, alors si tu ne pars pas, je pourrais te faire quelque chose de pervers ! »

C’est du moins ce que je pensais, mais j’avais reçu une réponse improbable.

« Tu peux le faire. Juste un petit peu ! »

Sérieusement !?

Tu es vraiment audacieuse aujourd’hui, Éris ! Comment suis-je censé résister quand tu le dis comme ça ? Que faire...

J’avais débattu avec moi-même et j’avais finalement décidé d’accepter son offre. Juste un petit peu.

« … »

Je m’étais assis à côté d’elle. Le lit fit un petit grincement. Si j’étais encore mon ancien moi, ça aurait sûrement fait gémir beaucoup plus fort, tuant l’ambiance.

Je ne pensais plus à rien de compliqué. Étais-je en train de faire le jeu de Philip ? Très bien, et alors. Il y a trois ans, Éris avait été si tsun, mais maintenant elle me montrait enfin son côté dere. Comment refuser alors qu’elle s’offrait volontiers ? Dans ces moments-là, il valait mieux prendre le risque et faire le grand saut, non ?

« Tu bégayes », avais-je dit.

« C’est juste ton imagination. »

« Vraiment ? »

Je lui avais caressé la tête. Ses cheveux étaient si doux. Même s’il s’agissait d’une famille très noble, il n’y avait pas de bain dans le manoir, donc ce n’était pas comme si on pouvait se laver les cheveux tous les jours. Ses cheveux étaient normalement rugueux et rêches parce qu’elle passait chaque jour à l’extérieur à s’entraîner au maniement de l’épée du matin jusqu’au soir. Elle avait dû les laver aujourd’hui pour moi. Pour moi.

« Tu es si mignonne. »

« De quoi parles-tu tout d’un coup ? »

Elle détourna le regard, le visage rouge aux oreilles. Je lui avais enroulé les bras autour des épaules et lui avais planté un baiser sur la joue.

« Hngh ! » Son corps s’était raidi, mais elle n’avait pas essayé de courir.

Ah, elle donc est vraiment d’accord avec ça ? avais-je pensé. Elle était du genre à courir si elle n’aimait pas quelque chose.

« Je vais te toucher maintenant. »

J’avais attrapé sa poitrine. Ses seins étaient petits et commençaient à peine à pousser. Pouvoir les toucher était la preuve qu’elle m’en avait donné la permission. C’était à travers une couche de vêtements, mais il n’y avait aucun doute qu’en ce moment, je les avais entre mes mains.

(NdT : la version WN ajoute un détail intéressant : c’était complètement différent du temps habituel, où j’avais toujours essayé de me préparer timidement à être frappé, parce que j’avais essayé de toucher ses seins. Et même si j’étais vêtu, j’étais maintenant en train de peloter les seins d’Éris.)

« Hm… »

Ce n’est pas le plaisir qui l’avait fait fredonner, j’en étais sûr. Elle s’était rendu compte à quel point ce qu’on faisait était embarrassant. Je le savais bien. Elle me regardait les lèvres serrées les unes contre les autres, les larmes aux yeux alors qu’elle luttait pour apaiser sa gêne et sa confusion.

Je lui caressais le dos avec réconfort. Grâce à son entraînement à l’épée, elle était ferme et musclée. Pas autant que celle de Ghislaine, bien sûr, mais bien tonique et lisse.

Éris ferma les yeux et me saisir les épaules comme si elle s’accrochait à moi. Est-ce que ça voulait dire qu’elle me donnait le feu vert ? Elle était consentante, n’est-ce pas ? Si c’était le cas, j’allais aller jusqu’au bout. Tout de suite.

D’accord, faisons ça alors, je m’étais dit.

J’avais tendu ma main vers l’intérieur de sa cuisse. C’était la première fois que je touchais une fille là-bas. C’était chaud et doux, bien sûr, mais ferme et musclé.

(NdT : encore une fois, la version WN va plus loin en parlant de partie intime et non de cuisse)

« Nooon ! »

Elle me repoussa. Puis elle me gifla assez fortement la joue. J’atterrissais sur le sol avec un bruit sourd après avoir reçu un coup de pied. Elle poursuivit son attaque, les sons de ses coups remplissant la pièce.

Rendu complètement sans défense par ma propre confusion, j’avais encaissé toute la force de son attaque. Une fois que c’était fini, je l’avais regardée, à plat sur le dos.

Éris se tenait au-dessus de moi. Ses joues étaient rouges. Elle me regardait fixement.

« Je te l’ai dit juste un peu, n’est-ce pas !? Espèce de crétin ! »

La porte avait été laissée grande ouverte après qu’elle ait donné un coup de pied et en était sortie.

◇ ◇ ◇

J’avais regardé le plafond d’un air vide. La chaleur fébrile qui avait pris le dessus s’était complètement dissipée.

« C’est pour ça que tu es vierge. »

J’étais rempli de dégoût de moi-même. J’avais complètement mal lu l’ambiance. J’étais allé beaucoup trop vite. À mi-chemin, j’avais oublié qu’elle était encore une enfant.

Je m’étais complètement oublié.

« Ah, merde, à quoi pensais-tu !? »

Après avoir joué à tant de jeux érotiques, j’avais pensé que j’avais peut-être compris ce que ressentaient les héroïnes. Dans ma vie antérieure, j’avais l’habitude de voir des protagonistes entêtés être inconscients, et je me disais : « Dépêche-toi de bouger, alors ce sera fini. »

Ce que je venais de faire était le résultat de cette réflexion. En tant que joueur, on pouvait voir le dialogue interne de l’héroïne. La protagoniste, quant à elle, n’avait aucune idée de ce qu’elle pensait. C’est pourquoi la plupart des protagonistes étaient conscients qu’une telle chose pouvait arriver, même s’ils savaient que l’autre personne les aimait. Ils avaient donc pris leur temps et avaient lentement développé la relation à la place.

J’étais complètement myope par rapport à eux. Surtout après cette conversation avec Philip. Qu’est-ce qui m’avait pris de dire que je ferais comme s’il avait dit tout ça parce qu’il était ivre ? Ce que j’avais dit et ce que j’avais fait étaient en totale contradiction.

Je savais ce qui arriverait si je couchais avec Éris. On coucherait ensemble, elle tombera enceinte, on se marierait. Une grande série d’événements qui feraient de moi un membre officiel de la famille Boreas. Ou, après tout cela, est-ce que je finirais par détester cette vilaine lutte de pouvoir qui suivra, est-ce que je m’enfuirais ? Aurais-je l’intention de ne pas assumer la responsabilité de mes actes ? Est-ce que j’allais simplement faire passer cela pour un amour sans lendemain ?

Imbécile. Je m’en prendrais sans doute à Éris tous les soirs. Ma libido était assez forte dans ma vie antérieure, et j’avais l’impression, sans même considérer Paul comme un exemple, que c’était peut-être la même chose pour mon corps actuel. Il n’y avait pas moyen que je sois satisfait d’une seule fois. Elle était peut-être venue me voir aujourd’hui, mais la prochaine fois, c’est moi qui irai la voir.

Philip et Hilda l’espéraient sûrement. Personne ne m’en empêcherait. Je prendrais l’appât de la satisfaction temporaire et tomberais dans le piège sale qui était la lutte de pouvoir interne de la famille Boréas.

« Ah ! »

Le bâton qui se tenait dans le coin de la pièce attira mon attention.

Je ne pouvais pas non plus oublier les sentiments d’Éris. L’argent venait peut-être de Philip et Sauros, mais c’était elle qui avait planifié la fête pour moi et avait eu l’idée de me donner ce bâton. C’était elle qui s’était inquiétée de notre conversation à la fête et qui était venue me réconforter ce soir avant que je m’endorme. Elle avait pensé à moi toute la journée.

Pourtant, il y a un instant, j’étais sur le point de la violer par désir. Il y avait une fille qui considérait sincèrement mes sentiments en tant que personne, et j’avais essayé de faire ce que je voulais avec elle.

Tu te souviens comme elle avait l’air heureuse quand elle parlait avec cette bonne avant ? Tu viens d’essayer de piétiner tout ça.

« Haha… »

Je n’étais qu’un petit merdeux. Je n’avais pas le droit de juger Paul. Je n’avais le droit de ne faire la morale à personne. J’étais une merde dans ma vie antérieure et rien n’avait changé en venant dans cet autre monde. Demain, je rassemblerais mes affaires et je partirais. J’irais mourir sur le bord de la route comme l’ordure que j’étais.

« Ah ! »

J’avais soudain réalisé qu’Éris se tenait dans l’embrasure de la porte. Seule une partie de son corps était visible, son visage sortant de derrière la porte.

J’avais paniqué et j’avais essayé de m’asseoir, sans me lever… Non ! Dois-je me prosterner ?

« Je suis désolé pour ce qui vient de se passer. »

Je m’étais agité comme une tortue, me prosternant devant elle.

« … »

J’avais jeté un coup d’œil.

Le regard d’Éris était à la dérive alors qu’elle bougeait, ses jambes se frottant l’une contre l’autre avec le mouvement. Puis elle chuchota lentement :

« Aujourd’hui est un jour spécial, alors je vais faire une exception et te pardonner. »

Elle m’a pardonné !

« En plus, je sais déjà que tu es un pervers. »

Qui diable lui a dit ça !

Non, c’était quand même la vérité. C’était bien moi. J’étais le pervers. C’était de ma faute. Que tout le monde regarde par ici. C’est moi, le pervers.

« Mais, c’est encore trop tôt pour qu’on le fasse, alors… cinq ans ! Dans cinq ans, une fois que tu auras bien grandi, ainsi… marmonne… jusque-là, tiens-toi tranquille ! »

« Hahah ! »

Je m’étais effondré en avant.

« Eh bien, je retourne me coucher maintenant. Au revoir, Rudeus. Bonne nuit. Je te reverrai demain. »

Après cet adieu agité et désordonné, Éris disparut de ma vue. Je pouvais entendre le rythme de ses pas alors qu’elle s’en allait.

J’avais attendu que le son s’estompe complètement avant de fermer la porte.

« Pheeeeeeeeeew. »

Je me tenais contre la porte, alors que je m’effondrais.

« Dieu merci ! »

J’étais content qu’aujourd’hui soit mon anniversaire. J’étais heureux qu’aujourd’hui soit un jour spécial. J’étais content de ne pas avoir fait quelque chose de pire que ce que j’avais fait.

« Et oui ! »

Dans cinq ans. Une promesse absolue ! De la part d’Éris ! Une promesse !

D’accord, plus d’avances hypocrites jusque-là, me suis-je dit.

Dans cinq ans, j’aurais 15 ans. C’était encore loin, mais je pouvais tenir le coup. S’il y avait un prix garanti à la fin, je pourrais travailler dur. Jusque-là, je serais un gentleman. Pas un pervers, mais un gentleman. J’arrêterais toutes mes avances sexuelles.

Le vin n’avait de la profondeur en bouche qu’après des années d’attente. Une attaque chargée avait d’autant plus de puissance qu’elle s’accumulait. Je deviendrais le genre d’homme qui ne céderait pas, peu importe le genre de tentation que je rencontrerais. Cette fois, je voudrais être ce protagoniste borné. J’appuierais sur le bouton A et je ne le relâcherais pas jusqu’à ce que ces cinq années se soient écoulées. C’est la promesse que je me suis faite.

Attends, dans cinq ans… ? Le protagoniste borné ? Une image du visage pâle et angélique de Sylphie et de son doux sourire apparu soudainement à l’arrière de ma tête.

◇ ◇ ◇

Le lendemain matin, je m’étais réveillé avec des sous-vêtements souillés. Apparemment, j’avais accidentellement relâché le bouton A. Oh bien, il faudrait que je recommence demain.

J’avais dit un mot à la femme de ménage qui était venue chercher notre linge et lui avait demandé de rester silencieuse à ce sujet afin qu’Éris ne le découvre pas. Elle rigola, un air enjoué dans les yeux. C’était un peu gênant.

◇ ◇ ◇

NOM : Éris B. Greyrat

OCCUPATION : Petite-fille du seigneur féodal de Fittoa.

PERSONNALITÉ : Parfois violente, parfois douce, selon la situation.

FAIS : écoute proprement

LECTURE/ÉCRITURE : Pratiquement parfait

ARITHMÉTIQUE : Peut faire des divisions

MAGIE : Ne peux pas faire de sorts sans les chanter, les sorts de niveau intermédiaire sont aussi un défi.

ESCRIME : Style du Dieu de l’épée — Niveau Avancé

ETIQUETTE : Étudie actuellement l’étiquette difficile de la cour impériale

LES GENS QU’ELLE APPRÉCIE : Grand-père, Ghislaine

PERSONNE QU’ELLE AIME : Rudeus

***

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