Mushoku Tensei (LN) – Tome 2 – Chapitre 7 – Partie 3

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Chapitre 7 : Une promesse absolue

Partie 3

Une fois la fête commencée, la bouche d’Éris explosa comme une mitrailleuse, parlant de la cuisine et du personnel. J’avais donné de brèves réponses au fur et à mesure que j’écoutais, mais à mi-chemin, ses paroles commencèrent à ralentir. C’était peut-être l’épuisement. Elle parlait de moins en moins, commençant à marmonner jusqu’à ce que, finalement, elle s’assoupisse.

Je n’étais pas certain que l’épuisement était causé par l’excitation ou parce que sa nervosité avait finalement disparu. Quoi qu’il en soit, Ghislaine emmena Éris comme une princesse pour qu’elle puisse dormir dans sa propre chambre.

Dors bien, avais-je pensé.

Sauros et Hilda revinrent à la moitié de la fête. Sauros était devenu maussade après l’intervention de Philip, quand il avait essayé de me donner de l’alcool. Hilda en avait versé un peu au vieil homme à la place, et il avait fini par être complètement cuit. Il était parti dans sa propre chambre avec un sourire ivre et une teinte rouge sur les joues, riant joyeusement.

Hilda se pencha et me donna un dernier baiser d’adieu avant de se retirer dans ses propres quartiers. La plus grande partie de la nourriture avait été mangée à ce moment-là. Les servantes nettoyèrent les dernières assiettes vides avec des regards somnolents sur leurs visages.

Il ne restait plus que Philip et moi. Pendant un moment, Philip avait posé calmement son verre. Du vin, avais-je pensé. J’avais appris pendant l’anniversaire d’Éris que chaque région du royaume Asura avait sa propre forme d’alcool. Dans cette région, il était en grande partie fabriqué à partir de blé, mais le vin de raisin était préparé pour des occasions spéciales.

Philip n’avait pas beaucoup parlé pendant la fête. Il avait réprimandé Sauros et Hilda, mais passa la plupart du temps à veiller sur nous avec le sourire aux lèvres. C’était maintenant, quand nous avions été laissés seuls tous les deux, qu’il avait laissé couler les mots.

« J’ai perdu la bataille pour devenir chef de famille. En ce moment, Éris est ma seule enfant. »

Cela allait donc être une conversation sérieuse. J’avais ajusté ma posture, et je l’avais regardé attentivement.

« Ne te demandes-tu pas pourquoi Éris n’a pas de frères et sœurs ? »

Je hochai la tête doucement.

« Un peu. »

J’étais curieux, mais je n’avais jamais été capable de poser des questions à ce sujet.

« En vérité, ce n’est pas qu’elle n’en a pas. Elle a un frère aîné et un frère cadet. Son frère cadet a probablement le même âge que toi, le crois-tu ? »

« A-t-il été tué dans la bataille pour devenir chef de famille ? »

Philip me regarda, choqué. Je lui avais posé la question un peu trop directement.

« Non, bien sûr que non. Il n’est pas mort. Il a été emmené dans la capitale impériale par mon frère aîné dès sa naissance. »

« Emmené ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »

Je l’avais pressé.

« En surface, il l’a emmené comme un fils adoptif pour lui permettre d’étudier. La vérité est que… je suppose que c’est la tradition. »

Philip expliqua la tradition de la famille Boreas, une tradition liée à la bataille pour devenir le chef de famille.

Sauros avait dix fils. Parmi eux, trois seulement étaient exceptionnels : Philip, Gordon, et enfin, James. On aurait dit le nom d’une locomotive.

Pour décider qui serait le chef de famille parmi ces trois personnes, ils avaient été amenés à rivaliser. Le résultat fut que James devint le prochain chef de famille. Philip et Gordon avaient perdu.

Pendant la première moitié de la lutte pour le pouvoir, James avait d’abord secrètement rassemblé Gordon et la fille de la famille Euros Greyrat. Il manœuvrait les choses pour qu’aucun des deux ne connaisse les antécédents de l’autre, puis il attisa les flammes de leur amour. Gordon s’était trop concentré sur cette histoire d’amour et, comme James l’avait prévu, il s’était marié avec la branche Euros de la famille. Cela l’avait empêché de devenir chef de la famille Boreas.

Dans la seconde moitié de la lutte, Philip et James étaient à égalité. Ils avaient continué à se battre en manipulant les gens dans les coulisses.

Mais ce n’était pas comme si un développement dramatique s’était produit. La bataille s’était simplement terminée par la défaite de Philip. C’était une question d’influence. James avait six ans de plus que Philip, était connu dans toute la capitale et avait servi d’assistant au ministre. Il avait des relations, de l’argent et, plus que tout, du pouvoir politique.

Philip était un excellent candidat, mais cet écart de six ans était presque impossible à combler. Lorsque James devint chef de famille, il fit de Philip le maire de Roa. À cette époque, Philip n’avait pas encore abandonné. Il essaya de formuler une stratégie de retour, mais les terres de Fittoa étaient en grande partie rurales, ce qui rendait difficile l’établissement d’un pouvoir politique.

Pendant que Philip se brisait le dos en essayant de faire ce qu’il pouvait, James était resté dans la capitale et s’était construit une position de ministre solide comme un roc. Cela avait rendu l’écart entre eux impossible à combler. Puis, quand le fils de Philip était né, James l’avait revendiqué comme fils adoptif.

« N’est-ce pas un peu tyrannique de sa part de te prendre tous tes fils ? »

« Non, c’est bon. C’est la tradition. »

Dans la lignée Boreas Greyrat, tous les fils nés dans la famille étaient élevés sous la garde du chef de famille. Cela avait empêché ceux qui avaient perdu dans des luttes de pouvoir antérieures de participer à de futures luttes de pouvoir. Cela leur permettait de s’assurer qu’ils ne s’impliqueraient pas pour accroître l’influence de leur propre fils dans la prochaine lutte pour le pouvoir.

C’était un problème commun, un problème qui s’était produit dans tout le royaume d’Asura. Apparemment, la famille Euros dans laquelle Gordon s’était marié avait une tradition différente, mais Philip avait obéi à la tradition Boreas et avait remis tous ses fils à James alors qu’ils étaient encore jeunes et n’avaient aucune conscience du monde. Le seul père qu’ils reconnaîtraient était James.

« La situation aurait été inversée si j’avais gagné. »

La façon dont Philip avait calmement accepté la situation m’avait fait penser qu’il n’était peut-être pas le vrai enfant de Sauros après tout.

On ne pouvait pas en dire autant de sa femme. Hilda était d’une famille noble normale. Se faire enlever son nouveau-né n’était pas quelque chose qu’elle pouvait accepter avec autant de calme. Après avoir perdu son fils aîné, elle était tombée dans la dépression pendant un bon moment. Une fois Éris née, elle semblait s’en remettre, mais quand le frère cadet d’Éris avait été enlevé, elle était redevenue instable.

« Elle te détestait. Après tout, pourquoi le fils d’un étranger aurait-il pu défiler ici comme s’il était propriétaire, alors que ses propres fils ne pouvaient même pas le faire ? »

J’avais déjà compris qu’elle me détestait. Au moins maintenant, je savais qu’elle avait une raison.

« De plus, notre dernier enfant, Éris, s’était avéré être un garçon manqué au lieu d’une dame. Je croyais que tout espoir était perdu. »

« Que veux-tu dire par là ? »

« Il serait difficile d’utiliser Éris pour renverser James. »

Par renversement, voulait-il dire… ? Ah, il n’avait toujours pas renoncé à devenir le chef de famille.

« Mais dernièrement, après t’avoir vu, j’ai commencé à ressentir un peu d’espoir. »

« Hein ? »

« Ton jeu est assez bon pour même tromper Hilda et mon père. »

Alors, il avait remarqué que je faisais la comédie. Mais le mot « tromper » ne sonnait pas très bien. J’avais juste essayé d’agir d’une manière qui ne rendrait pas les choses désagréables.

Philip poursuit : « Tu comprends l’importance de l’argent et tu sais faire preuve de diplomatie. Et tu ne rechignes pas à la nécessité de te mettre en danger pour gagner le cœur des gens. »

Il faisait probablement référence à l’incident du kidnapping. Ou le fait que je sois resté dans les parages même si quelqu’un de mon âge (Éris) me frappait tout le temps.

« Mais surtout, Éris a énormément grandi sous ta supervision. »

Philip avait l’air de n’avoir jamais pu imaginer ça.

Paul lui avait dit à quel point j’étais exceptionnel, mais en tant que fils de quelqu’un qui passait tout son temps à retourner des jupes à mon âge, il pensait probablement que je serais le même type de délinquant. Il pensait que quelque chose d’intéressant pourrait arriver en dressant sa fille indisciplinée contre moi, comme l’observation des réactions chimiques d’une expérience scientifique. Apparemment, tout s’était à peu près passé comme il se l’imaginait.

« Je me souviens encore du jour où Paul est arrivé en courant ici en pleurant », murmura Philip à lui-même.

J’avais demandé à Philip de me l’expliquer. Il m’avait dit que Paul était venu en pleurant parce qu’il allait se marier, mais qu’il n’avait pas les moyens de se payer un logement et qu’il avait besoin d’un emploi stable. Mais en même temps, Paul ne voulait pas retourner dans sa noble famille. Apparemment, il s’était mis à genoux pour moi, ce qu’il n’avait pas fait même quand l’incident avec Lilia était arrivé. Et bien, de toute façon c’était un évènement du passé.

« Éris n’aurait-elle pas trouvé un moyen même sans moi ici ? »

« Trouvé un moyen ? Bien sûr que non. Même moi, je pensais qu’Éris était sans espoir. Je pensais qu’elle n’avait aucun avenir en tant que membre d’une famille noble. C’était pourquoi j’avais engagé Ghislaine pour qu’elle apprenne le maniement de l’épée afin qu’elle puisse au moins devenir une aventurière. »

Après avoir dit cela, Philip raconta plusieurs de ses épisodes passés avec Éris, tous douloureux à écouter.

« Alors, qu’en dis-tu ? Veux-tu épouser Éris et m’aider à prendre le contrôle de la famille Boreas ? Si c’est le cas, je vais lui attacher les mains et la mettre dans ton lit tout de suite. »

C’était une offre alléchante… Mon esprit me fit voir l’image d’un écran pop-up comme ceux d’un jeu, disant, « Es-tu sûr de vouloir t’en débarrasser (de ta virginité) ? Une fois qu’elle sera partie, elle sera partie pour toujours ! »

Non, non, attendez, attendez, attendez ! Ce n’est pas une blague. Relis la ligne précédente, je m’en étais donné l’ordre. Prendre le contrôle de la famille Boréas ?

« Qu’est-ce que tu essaies de me faire faire ? J’ai dix ans ! »

« Tu es aussi l’enfant de Paul, non ? »

« Je ne parle pas de ça ! »

« C’est moi qui vais prendre le contrôle de la famille. Tu n’as qu’à t’asseoir. Si tu veux des femmes, je te les donne. »

Il pensait vraiment que j’écouterais juste parce qu’il avait dit qu’il me donnerait des femmes ? La mauvaise réputation de Paul était vraiment répugnante.

« Je ferais comme si tu avais dit tout ça sous le coup de l’ivresse. »

Philip avait ri tranquillement quand j’avais dit ça.

« C’est ça, vas-y, fais-le. Tous ces trucs sur la famille Boreas mis à part, tu es libre de poursuivre la relation que tu veux avec Éris, sais-tu ? Je n’ai aucune responsabilité pour elle. Même si je la faisais épouser quelqu’un, elle reviendrait tout de suite. Je préférerais te la remettre à la place. »

Un autre rire sourd suivit.

S’il faisait qu’Éris épouse quelqu’un, elle frapperait probablement son mari à mort en quelques jours. Je pouvais facilement l’imaginer. Aussi facilement que je pourrais m’imaginer danser sur l’air de Philip si je l’acceptais.

« Très bien, mais il est temps d’aller dormir. »

« Oui, bonne nuit », répondis-je.

Ainsi se termina la fête d’anniversaire qu’Éris avait organisée pour moi.

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