Mushoku Tensei (LN) – Tome 12 – Chapitre 15 – Partie 1

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Chapitre 15 : Carnage

Partie 1

Il restait cinq personnes dans le salon : Sylphie, Norn, Aisha, Roxy, et moi-même. Il y avait aussi le tatou (Dillo, comme je l’avais appelé) affalé près de la cheminée avec un air bienheureux sur le visage, mais on pouvait difficilement le compter parmi nous.

Lilia aidait Zenith à prendre son bain. Avant d’entrer, elle était venue me demander si tout allait bien, et j’avais acquiescé. Je voulais en finir avec cette discussion sans compter sur son aide.

Plutôt que de retourner dans sa chambre, Norn s’était attardée. Elle passait un mauvais moment, reniflant toujours de manière audible. Elle avait été incroyablement attachée à Paul, et prenait cette perte exceptionnellement mal.

« Eh bien, il y a une dernière chose dont je dois parler. »

Après en avoir dit autant, les trois autres personnes étaient retournées à leurs sièges. J’avais échangé un regard avec Roxy qui s’était approchée de moi en silence.

« … »

En voyant à quel point le ventre de Sylphie était gonflé, j’avais hésité, mais j’avais une responsabilité. Roxy allait finir par être dans le même état de grossesse. Si Sylphie refusait de la prendre en charge, Roxy accoucherait-elle toute seule ? C’était l’accord que nous avions passé, mais si cela se produisait vraiment, j’avais l’intention de la soutenir de toutes les manières possibles, financièrement ou autrement.

« J’aimerais prendre Roxy comme seconde épouse », avais-je lâché.

« … Hein ? »

La personne qui exprima sa confusion n’était pas Sylphie, mais plutôt Norn. Sylphie avait juste un regard vide sur son visage.

« De quoi parles-tu ?! », demanda Norn.

« Laissez-moi tout vous expliquer dans l’ordre. »

J’avais commencé par raconter ce qui s’était passé sur le continent de Begaritt — comment Paul était mort et comment j’avais sombré dans une profonde dépression. Je leur avais raconté comment Roxy avait été celle qui m’avait sauvé, et que j’avais développé des sentiments pour elle en conséquence. Que je la respectais profondément et que je voulais qu’elle fasse partie maintenant de notre famille.

« Ce n’était pas mon intention de trahir Sylphie, mais au final, j’ai rompu ma promesse. Je suis désolé. »

Je m’étais mis à genoux. Il y avait un tapis étendu sur le sol, mais les hivers dans les Territoires du Nord étaient froids, et donc naturellement le tapis l’était aussi. Je m’étais penché en avant et j’avais appuyé ma tête sur le sol.

« Huh, quoi-Rudy ?! »

J’avais entendu la voix paniquée de Sylphie appeler d’en haut.

« J’aime toujours autant Sylphie qu’avant, mais il semble que j’ai peut-être mis Roxy enceinte. Je dois en prendre la responsabilité. »

Plus je parlais, plus mes mots semblaient maigres, même s’il s’agissait de mes vrais sentiments.

Quand j’avais levé les yeux, Sylphie avait un regard troublé sur son visage. Elle était peut-être confuse. Je ne pouvais pas lui en vouloir pour ça. Je lui avais dit que je l’aimais, juré que je reviendrais quoi qu’il arrive. Et au final, j’étais revenu en lambeaux, sans un membre de ma famille ni ma main gauche. Elle aurait pu penser qu’elle pouvait au moins se réjouir parce que j’étais sain et sauf, mais j’étais là, à dire que je voulais prendre une autre femme pour épouse. À sa place, j’aurais gémi, crié et m’en serais pris à elle.

Mais quand même, j’avais demandé l’impossible.

« Sylphie, s’il te plaît, pardonne-moi. »

« Il n’y a pas moyen qu’elle puisse ! »

Celle qui m’avait répondu en hurlant était Norn, pas Sylphie. Elle s’était approchée et m’avait attrapé par le col de ma chemise.

« Comment peux-tu dire ça ? Tu sais ce qu’elle a ressenti pendant tout le temps où elle attendait que tu rentres à la maison ?! »

« … »

« Tous les jours, elle disait : “J’espère que Rudy va bien”, “Rudy me manque”, “Je me demande si Rudy mange en ce moment”. Sais-tu à quel point elle avait l’air seule ?! »

Je ne le savais pas. Je ne le savais pas du tout, mais je pouvais l’imaginer. L’expression sur son visage pendant qu’elle m’attendait. Comment elle avait l’air seule. Comment elle pouvait s’asseoir sur une chaise sans rien d’autre à faire que de taper du pied en attendant.

« Je me suis dit que je ne pouvais pas t’en vouloir de ne pas avoir pu sauver Père. Si les choses étaient si difficiles au point où tu as même perdu ta main gauche, alors il n’y avait rien à faire. Il semblait donc injuste de t’en vouloir. Mais maintenant, tu me dis que tu as eu assez de sang-froid après tout ça pour coucher avec une autre femme ? Et maintenant, tu veux en faire ton épouse ?! »

« Non ! Je n’étais pas du tout calme. J’étais déprimé ! C’est pourquoi Roxy a mis ses propres sentiments en jeu pour me sauver ! »

« Mlle Sylphie aurait fait la même chose pour toi si elle avait été là ! », répliqua Norn.

Bien sûr que Sylphie m’aurait sauvé si elle avait été là. Elle avait quand même guéri mon impuissance. Mais ce fut Roxy qui m’avait vraiment sauvé. Même si elle avait des sentiments pour moi, même si elle savait que j’avais déjà quelqu’un. Elle s’était résolue à le faire, même en sachant qu’elle pourrait être mise de côté après.

« Norn, tu devrais comprendre ce que l’on ressent, en s’enfermant dans sa chambre, en ayant l’impression d’être si profondément dans un trou que l’on ne voit pas la lumière au bout du tunnel. Comment es-tu censé rejeter la personne qui t’a sauvé de ça ? », avais-je argumenté.

« Je le sais ! Je te suis reconnaissante de m’avoir aidé à traverser cette épreuve, mais c’est une question totalement différente ! Le Seigneur Millis ne permettrait jamais à quelqu’un de prendre une seconde épouse ! »

Oh, c’était vrai. Norn était une disciple de Millis. Non, sa religion n’était pas le problème ici. Peut-être que c’était juste moi. Peut-être que je faisais quelque chose de mal, et que j’essayais de forcer les choses pour être dans le vrai.

« D’ailleurs, pourquoi cette petite fille ? ! Elle n’est pas différente de moi ! »

Norn lança un regard noir à Roxy.

Roxy retourna le regard de la jeune fille avec son habituel visage impassible. Elle était plus grande que Norn, mais à peine, peut-être même de moins de quelques centimètres. Et face au regard hostile de ma petite sœur, Roxy resta imperturbable et marmonna : « Je suis peut-être petite, mais je suis toujours une adulte. »

Je m’étais demandé ce qu’elle allait dire. Sa voix tremblait, une porte ouverte sur son cœur, mais les mots étaient tel qu’ils pouvaient être interprétés comme impertinents.

Norn était furieuse : « Si tu es si adulte, n’as-tu pas l’impression d’être impudique ?! »

« … »

« Tu ne te sens pas mal de faire irruption dans leur relation ?! »

« Norn, c’est aller trop loin. C’est moi qui ai dit que je voulais l’amener dans notre famille. Roxy n’a rien fait de mal. C’est elle qui a essayé de faire marche arrière », avais-je objecté d’une voix ferme.

Norn ne m’avait même pas regardé, mais continua son attaque verbale sur Roxy.

« Tu restes tranquille ! De plus, si elle a vraiment essayé de se retirer, alors pourquoi est-elle encore là, à s’accrocher à toi ? Elle ne fait que profiter de ton offre ! », me cria-t-elle dessus.

J’avais honnêtement pensé à la gifler, mais, et cela va sans dire, je n’avais pas le droit de faire une telle chose. Si je la giflais, j’avais l’impression que je serais vraiment une vraie ordure.

« … »

Roxy s’était tue lorsque Norn l’avait rabrouée. Elle semblait aussi indifférente que d’habitude, les yeux tournés vers le sol. Finalement, elle leva la tête et l’inclina vers Norn.

« Tu as raison. C’est impudique de ma part. Je m’excuse. »

Puis elle s’était redressée et s’était dirigée vers le bord de la pièce. Elle ramassa ses bagages, posa son chapeau sur sa tête et se dirigea rapidement vers la sortie.

Je ne pouvais même pas l’arrêter. Je savais que nous rencontrerions de la résistance, je savais qu’il ne fallait pas sous-estimer la difficulté pour tout le monde d’accepter cela, mais j’avais pensé que je pourrais les convaincre. C’était naïf. Maintenant, nous en étions là, et Roxy avait été critiquée pour son rôle. Elle avait probablement l’impression de marcher sur un lit de clous, et les choses pourraient continuer à être aussi douloureuses pour elle si elle restait ici.

Personne ne choisirait de rester en pensant à cette possibilité. Même moi, je me précipiterais vers la porte, incapable d’y résister.

Je ne pouvais pas la laisser partir d’ici avec un goût aussi amer dans la bouche. Ce n’était pas comme ça que je voulais que ça se termine. Je voulais la remercier pour tout ce qu’elle avait fait, pas l’amener ici juste pour qu’elle soit traînée dans la boue. Je l’avais amenée ici pour pouvoir la rendre heureuse.

Et pourtant, peu importe ce que je ressentais, je ne pouvais pas l’arrêter. Je ne pouvais pas la retenir. Peut-être que je ne pouvais pas la rendre heureuse ?

Non, réfléchis ! Roxy serait à la porte d’une seconde à l’autre. Je devais au moins l’arrêter ! Même si cela signifiait gifler Norn, même si cela signifiait que ma petite sœur me détesterait, je…

« Attendez ! Mlle Roxy, attendez s’il vous plaît ! », une voix l’appela de derrière.

C’était Sylphie. Elle s’était levée et s’était précipitée vers Roxy en l’attrapant par la main. Roxy s’était retournée, les yeux pleins de larmes.

« Pourquoi l’arrêtes-tu ?! Laisse-la partir ! », haleta Norn.

« Norn, pourrais-tu te taire ? »

Abasourdie, Norn fit un « Huh ? ».

« Tu as été beaucoup trop dure tout ce temps. Je n’ai jamais exprimé la moindre objection », dit Sylphie.

Norn se figea, ne sachant plus quoi dire.

« S’il vous plaît, asseyez-vous », dit Sylphie, tournant le dos à Norn pour guider Roxy vers une place sur le canapé. Roxy s’y assit de bon gré, sans aucun signe de résistance. Puis Sylphie prit place à côté d’elle.

« J’étais un peu confuse au début… Il semble donc que ce soit vous qui avez sauvé Rudy, Mlle Roxy ? »

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2 commentaires :

  1. merci pour le chapitre

  2. Merci pour le chapitre

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