Mushoku Tensei (LN) – Tome 10 – Chapitre 1

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Chapitre 1 : Soutien

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Chapitre 1 : Soutien

Partie 1

J’offre ma fidélité à Sylphie, pensais-je en regardant la tache rouge laissée sur les draps. Sylphie m’avait donné quelque chose de précieux, et maintenant c’était mon tour. J’allais faire ce qu’elle voulait de moi. C’était ce que j’avais promis en utilisant un couteau pour découper la tache laissée sur le tissu.

Le problème était que Sylphie exprimait rarement ses sentiments. Je pouvais dire qu’elle voulait être avec moi, mais elle ne l’aurait probablement pas dit explicitement. Peut-être que ça avait quelque chose à voir avec le fait qu’elle soit la garde du corps de la Princesse Ariel. Devrais-je en parler à la Princesse ?

Préoccupé par ces pensées, j’avais pris le morceau de tissu que j’avais retiré des draps de lit, je l’avais mis dans une petite boîte que j’avais créée avec la magie de terre et je l’avais placée dans mon autel. Puis j’avais joint mes mains dans une prière.

Je m’étais enfin senti à nouveau humain.

◇ ◇ ◇

Le jour où j’étais complètement guéri était aussi le jour de notre séance de cours mensuel. Alors que j’étais aux anges, je m’étais séparé de Sylphie, qui marchait avec ses jambes légèrement arquées, et j’avais jeté un coup d’œil dans la classe. A l’intérieur se trouvaient Zanoba, Julie, Linia, Pursena, et enfin Cliff. Comme d’habitude, Nanahoshi n’était pas là.

« Bonjour, Maître. »

« Bonjour, Grand Maître. »

Zanoba et Julie me saluèrent dès qu’ils me virent. Je m’étais alors rendu compte que Julie était plutôt mignonne. Elle allait avoir sept ans cette année. Elle était encore toute petite, mais était déjà mignonne, avec ses cheveux orange qui frisaient vers l’extérieur aux extrémités.

Et alors que je lui tapotais la tête, Julie me regarda avec surprise, mais elle baissa immédiatement son regard et se mit à trembler.

On aurait dit qu’elle avait encore peur de moi. Bon, ce n’était pas comme si j’allais la manger…

« Bonjour, Zanoba. Julie. »

Dès que je les avais salués en retour, Zanoba inclina la tête en faisant un « Hm ? » audible. Il me demanda alors ceci : « Maître, t’est-il arrivé quelque chose de bien ? »

« Quoi ? »

Il l’avait donc remarqué. Zanoba s’était toujours montré inquiet pour moi, j’avais donc voulu lui annoncer la bonne nouvelle le plus tôt possible. Cependant, si j’avais le droit d’annoncer que mon impuissance était guérie, j’aurais du mal à répondre si on me demandait comment c’était arrivé. Je ne pouvais pas révéler la véritable identité de Sylphie.

J’avais pris un siège pendant que je réfléchissais à la question.

« Yo, Patron. Bonjour, miaou. »

« Bonjour. Miam, miam… »

Linia et Pursena avaient pris place comme d’habitude, Linia posant sa jambe jeune et tonique sur son bureau, et Pursena, dont l’uniforme était si serré contre ses courbes qu’il menaçait d’éclater, grignotait un morceau de viande séchée. J’avais pensé à la façon dont j’avais touché leurs poitrines, fait glisser leurs sous-vêtements trempés et jeté un coup d’œil à la terre promise qui se trouvait en dessous. Soudainement, les deux avaient l’air plus mignonnes.

« Miaou ?! »

« Putain ! »

Elles s’étaient couvert le nez au moment où je m’étais approché. Hein ? C’était quelque peu choquant. C’était probablement cette odeur dont elles parlaient toujours, celle de l’excitation. J’étais enfin de retour aux affaires après plusieurs longues années, l’odeur devait donc être probablement intense.

« Que devons-nous faire ? On dirait que le Patron ne peut plus se contrôler. », demanda Pursena.

« Je croyais que son truc en bas ne fonctionnait pas, miaou ? »

« Ça doit être dû à mon charme irrésistible. Je suis une fille si pécheresse. »

« Alors tu seras sa proie, Pursena, miaou ! Laisse-moi m’occuper de notre village, miaou. »

« Non, non. C’est peut-être toi qu’il cherche, Linia. »

« Mais si tu deviens la femme du patron, tu pourras contrôler le monde entier, miaou ? Tu pourras avoir un buffet de viande quotidien, miaou. »

« … Je… Je suppose donc que je n’ai pas le choix. Je dois le faire pour te protéger. »

Pursena s’était ressaisie après cet étrange échange et s’était approchée de moi. Elle battit des cils de façon adorable et souleva ses seins pour les mettre en valeur.

« Hee hee… Je veux que tu m’aimes… Aïe ! »

Je lui donnais alors un coup de main sur la tête. Qu’est-ce que c’était que ce « hee hee » ? Essayait-elle de se moquer de moi ?

« Assieds-toi. Je ne vais toucher aucune de vous deux. »

Pursena leva ses mains de manière protectrice au-dessus de sa tête et, la queue repliée entre ses jambes, prit place à côté de moi. Il était rare qu’elle s’approche de moi. Linia, quant à elle, s’était glissée dans un siège voisin, juste hors de ma portée. Elle était étonnamment prudente. C’était le contraire de leur comportement habituel.

« Rudeus, qu’est-ce qui ne va pas ? Tu sembles différent de la normale. », dit Cliff en hochant la tête.

Apparemment, ce que l’on disait sur la façon dont le sexe changeait les hommes était vrai. Bien que ce ne soit pas comme si c’était ma première fois.

« Différend dans quel sens ? », avais-je demandé.

« C’est presque comme si… tu débordais de confiance ? Je suppose que c’est comme ça que je le ressens. »

Je jetais un coup d’œil à Zanoba, qui acquiesça. De l’assurance, hein ? En y réfléchissant, l’Homme-Dieu avait dit que je devais retrouver ma confiance en tant qu’homme. C’était donc à ça qu’il faisait référence ? Je n’avais cependant pas vraiment pensé que je me sentirais plus confiant que d’habitude.

« Eh bien, tout le monde, merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. Je ne peux pas entrer dans les détails, mais ma maladie a enfin été guérie. »

Ma déclaration suscita quelques « oh » de la part de la foule. Zanoba hocha la tête d’un air satisfait et Cliff me tapa sur l’épaule. Linia et Pursena avaient échangé un regard, tandis que Julie inclina simplement la tête en signe de confusion.

« En tout cas, félicitations. »

« En effet. Félicitations, Maître. »

« Félicitations. »

« Félicitations, miaou. »

Pour je ne ne sais quelle raison, ils étaient alignés autour de moi et applaudissaient. Il était vrai que c’était une occasion spéciale, mais c’était quand même un peu gênant, presque comme le dernier épisode d’une certaine série animée. Peut-être que l’ordre dans lequel ils m’avaient félicité était l’ordre dans lequel ils allaient mourir.

« Mais si le Patron a été guéri, cela va créer des problèmes, miaou. La chasteté de toutes les étudiantes est en péril maintenant, miaou. »

« Ne t’approche pas trop de lui, sauf si tu veux tomber enceinte. »

Linia et Pursena faisaient des déclarations obscènes.

« Quelle impolitesse ! Je suis un gentleman. »

C’était bien gentil, mais je n’allais pas poser mes mains sur quelqu’un d’autre que Sylphie.

◇ ◇ ◇

Une fois la classe terminée, je m’étais dirigé vers la salle du personnel pour m’inscrire à des cours supplémentaires. Je voulais rattraper le temps que j’avais perdu durant notre voyage de l’autre jour. L’air dans la salle était glacé quand j’étais entré.

Le vice principal Jenius m’avait arrêté.

« Monsieur Rudeus, s’est-il passé quelque chose ? »

J’avais maintenant vraiment l’impression que quelque chose avait changée en moi. Mais pour être vraiment franc, c’était un peu embarrassant.

« Un problème qui me préoccupe depuis trois ans a enfin été résolu. Je me sens soulagé maintenant, c’est tout. »

Il hocha la tête et m’adressa un sourire tendu : « Oh, vraiment ? Heureux de l’entendre. Dans ce cas, envisagez-vous de quitter l’université ? »

« Hein ? », avais-je dit en penchant la tête.

En y réfléchissant, il avait raison. Je m’étais inscrit ici dans le but de guérir mon impuissance. Maintenant que c’était fait, ce serait une bonne idée de me rendre à Begaritt pour retrouver ma famille. Mais…

beaucoup de choses s’étaient passé l’année dernière. J’avais été réuni avec Zanoba et nous avions adopté Julie. J’étais devenu ami avec Linia et Pursena, et je m’étais aussi lié avec Cliff. Et puis il y avait Nanahoshi, la fille de mon ancien monde qui avait été transportée ici. J’avais le sentiment que notre rencontre n’était pas une coïncidence. Le véritable objectif de l’Homme-Dieu était peut-être même de m’amener ici pour que je rencontre Nanahoshi, Sylphie n’étant que la cerise sur le gâteau.

Bien sûr, Sylphie était ce qui comptait le plus pour moi. Un garde du corps de la Princesse ne pouvait qu’être confronté au danger, et même si je n’avais pas grand-chose à offrir, je voulais la protéger de toutes mes forces.

La Princesse Ariel était actuellement dans sa cinquième année. Elle resterait probablement jusqu’à la remise des diplômes, mais je me demandais ce qu’elle avait prévu après cela. Si elle avait l’intention de retourner au Royaume d’Asura, serait-il bon pour moi de les accompagner ? Maintenant que ma maladie était guérie, je sentais que je devais prendre contact avec Paul avant de me déplacer à travers le pays. Je lui avais régulièrement envoyé des lettres depuis que je m’étais inscrit ici. Je n’avais aucun moyen de savoir si l’une d’entre elles lui était parvenue, mais si c’était le cas et qu’il y répondait, sa réponse me manquerait si je quittais l’université.

J’avais donc décidé d’attendre pour le moment. Au minimum, je resterais dans cette ville jusqu’à ce que je reçoive une réponse de Paul.

« Non. Je ne suis pas sûr de rester jusqu’à l’obtention du diplôme, mais je vais continuer ici en tant qu’étudiant pour le moment. », avais-je dit à Jenius.

« Oh vraiment ? Heureux de l’entendre », avait-il dit avec un sourire crispé. Je ne pouvais pas dire si ce sourire signifiait qu’il était heureux ou non.

◇ ◇ ◇

Même si mon impuissance avait été guérie, Nanahoshi n’y avait pas fait attention. Nous ne conversions pas beaucoup, alors peut-être qu’elle ne faisait pas vraiment attention à moi.

Même lorsque nous parlions, je ressentais souvent le fossé générationnel entre nous. Une fois, j’avais abordé le sujet d’une certaine collégienne qui punissait les gens au nom de la lune. J’étais convaincu que Nanahoshi reconnaîtrait la référence, mais s’était contentée de hocher la tête comme pour me dire : « Mais de quoi parles-tu ? » Apparemment, les enfants de nos jours n’avaient jamais entendu parler de Sailor Moon. Nanahoshi était même apparemment une lectrice assidue de mangas et de romans. Je lui avais demandé si elle connaissait la série où les personnages rassemblaient sept boules de dragon, mais elle m’avait répondu qu’elle en avait entendu parler.

Dans notre monde précédent, elle avait dix-sept ans et moi trente-quatre. J’avais donc deux fois son âge. Elle était aussi arrivée dans ce monde dix ans après moi, donc nos âges cumulés étaient encore plus éloignés maintenant.

Je ne pouvais rien y faire. C’était juste le fossé entre les générations. Quant au fait de ne pas connaître Sailor Moon, c’était peut-être une évidence, vu les dates de diffusion de la série à la télévision. Pourtant, cela m’avait surpris. C’était peut-être ce manque de points communs qui avait fait que la question suivante s’était échappée de ma bouche.

« Mlle Nanahoshi, qu’attendrais-tu d’une personne si tu dois sortir avec elle ? »

Sa main glissa involontairement. Elle chiffonna alors le papier sur lequel elle griffonnait et le jeta.

« Qu’est-ce qui te prend subitement ? Tu parles d’amour ? »

« Quelque chose comme ça. »

« Au cas où je ne me serais pas fait comprendre, je veux rentrer chez moi le plus vite possible. Peux-tu prendre ça au sérieux ? Tu es toujours en train de bavarder. On avancerait plus vite si tu te taisais et si tu bougeais tes mains au lieu de ta bouche. »

Malgré ce qu’elle disait, Nanahoshi ne détestait pas le badinage. En fait, elle était parfaitement ouverte à un petit bavardage ici et là pendant que nous travaillions, tant que cela restait à un niveau raisonnable. Le fait qu’elle ait répondu de cette façon ne pouvait signifier qu’une chose.

« Cela signifie-t-il que tu es l’une de ces personnes ? Quelqu’un qui n’a aucune expérience romantique ? »

« Tch ! »

Elle avait claqué sa langue durement.

« Même moi, j’ai déjà été amoureuse. Mais on s’est battus et ça s’est terminé comme ça. »

En y réfléchissant, n’était-elle pas en pleine querelle d’amoureux lorsqu’elle avait été convoquée ici ? Je ne savais pas si elle n’aimait qu’un seul de ses prétendants, ou si elle était la vedette de son propre harem inversé, mais qu’elle ait l’intention de s’excuser ou de poursuivre leur dispute, elle devait quand même rentrer chez elle.

En fait, maintenant que j’y pense, il y avait de fortes chances que les deux autres aient été transportés ici également. Mais je n’avais pas entendu de rumeurs sur des gens comme ça en dehors de Nanahoshi, il était donc également possible qu’ils ne l’aient pas été. Là encore, la probabilité de survie après avoir été jeté dans ce monde tout seul et sans mana serait… Non, je ne devrais pas dire ça. Peut-être que Nanahoshi avait déjà fait ces calculs, en se basant sur la chance qu’elle avait eue d’arriver jusqu’ici… et sur ce qui arriverait à quelqu’un s’il n’était pas aussi chanceux.

Les lèvres de Nanahoshi s’étaient durcies en un froncement de sourcils alors qu’elle marmonnait : « Si la personne que tu aimes reste à tes côtés, c’est amplement suffisant. »

On aurait dit qu’elle passait un moment difficile. Je n’aurais pas dû demander.

***

Partie 2

C’était la pause déjeuner, mais je n’étais pas allé à la cafétéria. J’avais à faire ailleurs aujourd’hui, plus précisément dans la salle du conseil des élèves. Si je devais avoir une véritable relation avec Sylphie, je devais le faire savoir à Luke et à la Princesse. Ils avaient travaillé pour que nous soyons ensemble, donc dans un sens, ils avaient déjà approuvé notre relation. Mais je voulais que mes intentions soient claires.

Je m’étais rendu au dernier étage du bâtiment principal, où se trouvait une porte un peu fantaisiste sur laquelle étaient gravés les mots Salle du conseil des élèves. J’avais frappé.

« Qui est là ? »

C’était la voix de Luke.

« Rudeus Greyrat. Il y a un certain sujet dont j’aimerais discuter. »

Après un bref silence, j’avais pu entendre la clameur paniquée des pas. Je n’avais après tout pas pris rendez-vous. Peut-être que c’était ma faute.

« E-Entrez ! »

Sur l’ordre légèrement agité de Luke, j’avais ouvert la porte et j’étais entré.

La Princesse Ariel était assise sur une chaise de luxe, ses magnifiques cheveux blonds tressés derrière sa tête. Bien qu’elle soit évidemment magnifique, son corps était plutôt moyen pour son âge. Elle avait la même quantité de muscles que n’importe quelle autre fille, avec des seins qui n’étaient ni gros ni petits.

Sylphie, avec ses lunettes de soleil, se tenait au garde-à-vous à côté de la princesse. Elle avait l’air très digne lorsqu’elle travaillait. Et pimpante, presque comme un officier militaire. La petite timide pleurnicheuse n’était nulle part, pas plus que la fille douce et légèrement enfantine à laquelle j’étais habitué. Elle semblait presque froide. Non, elle était en fait plutôt cool.

C’était logique. Si c’était l’image qu’ils voulaient que « Fitz » projette, il valait mieux que Sylphie reste silencieuse.

« C’est un plaisir de faire votre connaissance. Mon nom est Rudeus Greyrat. »

J’avais fait la révérence du noble, m’étais agenouillé devant elle et avais baissé la tête. Je n’avais pas appris l’étiquette à utiliser pour saluer la royauté, mais c’était probablement suffisant.

« Ce n’est pas le palais royal ici. Nous ne sommes tous deux que des étudiants. Veuillez lever la tête. »

J’avais levé la tête à sa demande. Mais comme je ne voulais pas risquer d’embarrasser Sylphie, j’étais resté agenouillé. Il serait sage de rester humble devant le patron de ma partenaire.

« Alors, qu’est-ce qui amène quelqu’un d’aussi renommé dans cette école que vous, Maître Rudeus, devant moi aujourd’hui ? »

Je pouvais sentir mon cerveau picoter en écoutant sa voix. C’était agréable. Voilà donc ce que les gens appelaient le charisme, hein ? Ou peut-être était-elle aussi une enfant bénie. Je pouvais facilement croire qu’il existait un Enfant béni dont la voix ressemblait à une magie qui hypnotisait l’auditeur.

« Je suis sûr que Sylphie — je veux dire Sylphiette — vous a déjà raconté pas mal de choses. Je suis venu ici dans l’espoir d’en discuter plus longuement avec vous. »

La Princesse Ariel avait une expression sérieuse. Bien qu’elle se soit retirée à l’université, elle n’avait apparemment pas renoncé au trône. Au moins, c’était la raison pour laquelle elle prenait de telles mesures pour établir des connexions avec des personnes puissantes pendant son séjour ici.

« Sylphie a guéri ma maladie. J’ai entendu dire que vous l’avez aidée, Votre Altesse. Donc si vous deviez avoir besoin de mon aide, n’hésitez pas à me la demander. », avais-je poursuivi.

Ariel digéra lentement ces mots. Puis elle jeta un coup d’œil à Luke, qui hocha la tête avant de dire : « Je pensais que vous évitiez les luttes de pouvoir des nobles d’Asura ? »

« C’est vrai que je n’ai aucune envie de me retrouver au milieu de querelles politiques. Mais si quelqu’un qui m’est cher est impliqué, cela change les choses. »

J’avais regardé Sylphie après avoir dit cela. Ses joues s’étaient colorées.

« Je ne peux pas rester là alors qu’elle pourrait être en danger. »

« Aha. »

Ariel avait l’air surprise. Luke aussi. Avais-je dit quelque chose d’étrange ?

« N’avez-vous aucune affection pour les Notos, la famille que votre père a fuie ? Ou pour le Boreas, qui vous a donné des ordres ? », dit Luke.

« Je trouve regrettable que le seigneur Sauros ait été exécuté, mais à part ça, pas particulièrement. »

Quelque chose dans cette conversation n’était pas normal. Ah, attendez ! Avaient-ils supposé que je détestais la famille Boreas ? Ce n’était pas du tout le cas. Ils m’avaient très bien traité, et je leur devais une dette de gratitude. Enfin, Éris m’avait abandonné, mais c’était une autre histoire.

« Bien que… Maître Luke semble ne pas m’apprécier », avais-je ajouté.

Luke fronça les sourcils.

« C’est parce que vous êtes un idiot stupide qui ne comprend pas ce que ressentent les filles. »

« Je n’ai rien à dire sur le sujet. »

Après tout, je n’avais même pas réalisé que Sylphie était une fille durant toute une année. Je n’avais rien à dire pour défendre mon étourderie.

« Et toi, tu es un merdeux qui joue avec les sentiments des filles, Luke », dit Sylphie dans un murmure étouffé.

C’était une surprise. Et c’était étonnamment dur de sa part. Ou alors n’était-elle timide qu’avec moi ? Luke et Sylphie étaient camarades depuis six ans, ce qui signifiait que Luke avait passé plus de temps avec elle que moi. C’était peut-être pour ça qu’elle se sentait assez à l’aise avec lui pour ne pas retenir ses mots.

Sincèrement, ça m’avait rendu un peu jaloux. Je me demandais si elle finirait par atteindre ce niveau de confort avec moi.

« Quoi, alors même que tu n’as pas l’ombre d’un sex-appeal, tu vas prendre le parti des filles ? », demanda Luke.

« Moi aussi, j’ai du sex-appeal. Après tout, Rudy m’a remercié. N’est-ce pas, Rudy ? », avait-elle répondu en me regardant pour que je l’aide.

Ça ne me dérangeait pas d’entrer dans leur routine comique assez longtemps pour dire « Et c’est tout, les amis ! ». Mais rien que l’idée de le faire devant la Princesse Ariel me mettait mal à l’aise. Je l’avais regardée, réalisant soudainement qu’elle avait des miettes de pain autour des lèvres. Elle devait être en train de déjeuner quand j’étais arrivé.

« Taisez-vous, tous les deux, s’il vous plaît », dit la princesse.

Sylphie et Luke s’étaient tus. J’avais l’impression que c’était un échange familier pour eux.

« Rudeus Greyrat. Cela me réconforterait grandement de savoir que nous pouvons compter sur votre aide. »

« Je suis heureux de l’entendre », avais-je dit.

« Très bien. »

La Princesse Ariel jeta alors un coup d’œil à Sylphie. Puis son expression s’assombrit, comme si elle trouvait sa prochaine question difficile à poser.

« Que comptez-vous faire ? »

« Faire ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

« Je m’excuse d’être brusque, mais j’ai entendu parler de votre objectif en venant dans cette école. J’ai été surpris d’apprendre que vous étiez ici pour un traitement médical, mais vous avez maintenant atteint votre objectif, hein ? »

« … Effectivement. »

En d’autres termes, mon impuissance était guérie. Je n’avais aucun doute là-dessus. J’avais atteint mon objectif. Ce qui voulait dire que mon prochain objectif devrait être de retrouver Paul. C’est à ça qu’elle faisait référence, non ?

« Je dois encore rechercher les membres de ma famille disparus. Si vous avez l’intention de partir immédiatement pour le Royaume d’Asura et d’y revendiquer le pouvoir politique, je ne pourrais pas vous aider. », avais-je ajouté.

« Oui, je suis consciente de cela. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous attendiez pour m’aider que vos problèmes familiaux soient réglés. »

J’étais reconnaissant pour cela, bien que cela signifiait que je lui serais redevable à l’avenir. Avec un peu de chance, j’aurais au moins réglé les choses avec Paul avant qu’elle n’obtienne son diplôme. Il ne me restait plus qu’à retrouver Zenith, et Elinalise m’avait assuré qu’elle n’était pas en danger.

« Alors, qu’est-ce que vous comptez faire ? »

« Pardon ? »

J’avais un peu penché la tête, ne sachant pas de quoi elle parlait. Je venais de lui dire ce que j’allais faire, n’est-ce pas ? Avons-nous en quelque sorte remonté le temps ?

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

« Ne me dites pas que maintenant que votre impuissance est guérie, vous allez juste dire au revoir à Sylphie et partir à la recherche de votre père ? »

« Il est évident que je ne ferais pas une chose pareille ! Je vais être avec elle ! »

J’élevai la voix sans le vouloir à cette suggestion impensable. Il était hors de question que je me laisse séparer de Sylphie. Pas question !

Je comprenais cependant pourquoi Ariel posait la question. Les voyages prenaient tellement de temps dans ce monde que cela pourrait prendre des mois, voire des années, avant que je ne retrouve Paul, et même si je pouvais revenir avant que la princesse ne se lance sérieusement dans la course au trône, il serait difficile d’emmener Sylphie. Après tout, elle avait déjà son propre emploi à plein temps en tant que garde du corps de la Princesse Ariel.

« Alors, qu’est-ce que vous comptez faire ? »

« … »

« Vous ne laisseriez pas Sylphie être une marchandise endommagée, sans prendre aucune responsabilité personnelle, pas vraie ? »

« Bien sûr que je vais en prendre la responsabilité. »

Ma réponse avait été instantanée. En partie parce qu’elle l’avait provoquée, en partie parce que ma décision était déjà prise.

« Je vais l’épouser. »

Sylphie plaqua une main sur sa bouche devant ma déclaration sans retenue. Luke hésita, rompant sa posture formelle alors que le choc se lisait sur son visage. Même Ariel avait l’air complètement abasourdie. J’avais encore dit quelque chose de bizarre ? Ils avaient peut-être pensé que j’allais trop vite.

« Allez-vous épouser Sylphie ? »

« Oui. »

Évidemment c’était assez rapide. Je n’avais réalisé que récemment que Maître Fitz était en fait Sylphie. Une partie de moi pensait qu’on devrait sortir ensemble pendant plusieurs mois, pour apprendre à mieux se connaître d’abord. De plus, si nous nous marions, je ne pourrais pas partir à l’improviste, même si je recevais une lettre urgente de Paul. Pourtant, même en tenant compte de tout cela, je pensais ce que j’avais dit.

J’avais repensé à Éris. Sylphie pourrait aussi me quitter si je tournais encore une fois autour du pot au lieu d’être clair et honnête sur mes sentiments. Je ne pensais pas pouvoir encaisser un autre coup comme celui-là. Je ne laisserais rien au hasard cette fois-ci.

« Le mariage. Quelle magnifique décision ! »

La princesse Ariel hocha la tête en signe de satisfaction et regarda Sylphie.

« Sylphiette Greyrat. »

« Quoi ?! Huh ?! Greyrat… Quoi ?! »

Sylphie s’était énervée.

« Il a dit ce qu’il voulait faire, qu’en est-il de toi ? »

« O-oui ! Moi, Fitz — je veux dire moi, Sylphie — je continuerai à te servir comme je l’ai toujours fait, Princesse, et je veux aussi travailler dur en tant que femme de Rudy — je veux dire Rudeus ! »

« Maintenant que Rudeus a dit qu’il te prendrait pour épouse, ma protection n’est-elle pas inutile ? »

« Princesse Ariel, s’il te plaît, ne dit pas ça. »

« … Merci. »

Après un moment de silence significatif, Ariel poussa doucement Sylphie.

Sylphie était venue vers moi, se grattant l’oreille avec embarras. Comme c’était mignon. Ça m’avait donné envie de lui lécher l’oreille. Je m’étais retenu pour l’instant, nous étions après tout devant la princesse Ariel.

« Um, uh, um, R-Rudy, um, je me réjouis de notre futur ensemble. »

« Oui, moi aussi. »

Nous nous étions maladroitement inclinés l’un vers l’autre.

Pendant quelques minutes, Sylphie s’était agitée avant de se retourner. Elle et la princesse se regardaient fixement. Puis la princesse prit soudain la parole.

« Sylphie, puisque tu vas devenir la femme de Rudeus, tu n’as plus besoin de t’habiller en homme. Retourne t’habiller comme une femme. »

Je l’avais interrompu : « Mais sans Maître Fitz comme couverture, elle… »

« En échange, Rudeus, je vais utiliser votre nom. Il n’y a pas une personne par ici qui n’ait pas entendu parler de vous, et beaucoup pourraient tirer leurs propres conclusions lorsqu’ils apprendront que je vous ai confié mon bras droit. »

Elle voulait probablement dire que puisque Sylphie et moi serions ensemble, les gens pourraient penser que j’étais lié à la princesse. Donc, au lieu de se servir de mes pouvoirs magiques, elle se servirait de ma réputation. Le résultat final était à peu près le même, mais la façon dont elle l’avait formulé était amusante.

« Je serais tout aussi d’accord pour vous servir dans le cadre d’un rôle officiel. »

Je devais retrouver Paul à un moment donné, mais c’était une autre affaire. J’étais d’accord pour qu’elle fasse une déclaration définitive sur ma loyauté — même si ce n’était pas en tant que sympathisant de sa cause, mais plutôt en tant que personne liée à elle par Sylphie.

« Inutile. Votre pouvoir est bien trop grand pour que mes mains puissent le contenir. »

Je ne suis pas sûr d’être aussi fort, avais-je pensé, dubitatif. Mais ce serait quand même pénible d’avoir à la suivre partout et à devoir faire ses courses. J’avais décidé de la croire sur parole.

« Et bien sûr, s’il vous arrivait quelque chose, vous êtes libre d’utiliser mon nom en cas de besoin. Malgré ma situation actuelle, le nom de la deuxième Princesse du Royaume d’Asura pourra vous être utile. »

« J’apprécie cela. »

Ça ne faisait jamais de mal d’avoir plus d’amis haut placés. Ce n’était pas non plus comme si j’obtiendrais des choses gratuitement. Je ne doutais guère qu’elle hésiterait à faire appel à mon aide lorsqu’elle serait prête à passer à l’action, mais je décidai de ne pas m’attarder sur cette partie pour le moment.

Sylphie enleva ses lunettes de soleil, inclina la tête et dit : « Princesse Ariel, Luke… merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. »

J’avais suivi son exemple et m’étais également incliné.

Et ainsi, j’étais devenu membre du cercle intime d’Ariel, et le fiancé de Sylphie.

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