Mushoku Tensei (LN) – Tome 1 – Chapitre 9 – Partie 1

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Chapitre 9 : Réunion familiale d’urgence

Partie 1

Zenith avait appris qu’elle était enceinte. J’allais avoir un petit frère ou une petite sœur. Notre famille grandissait. Oh, Rudy, t’es vraiment un mec chanceux !

Zenith s’inquiétait depuis quelques années de son incapacité à concevoir un autre enfant. Je l’avais entendue murmurer et soupirer de temps en temps sur le fait qu’elle ne pouvait peut-être plus avoir d’enfants, mais environ un mois plus tôt, ses envies de manger avaient changé, de même que des nausées, des vomissements et un sentiment général de fatigue. En d’autres termes, elle avait les symptômes de nausées matinales classiques. Ses sentiments lui étaient familiers et une visite chez le médecin avait confirmé que son auto-diagnostic était vraisemblablement le bon.

La famille Greyrat était en ébullition suite à cette annonce. Comment nommerons-nous le bébé s’il s’agit d’un garçon ? Comment allons-nous l’appeler si c’est une fille ? Nous avons encore des chambres, non ? Oh, on peut utiliser les vieux vêtements et les vêtements neufs de Rudy. Il n’y avait pas de fin aux sujets de discussion.

Ce fut une journée de joie pétillante et d’innombrables sourires. Honnêtement, j’étais très heureux, dans l’espoir de me retrouver avec une petite sœur. Un jeune frère pourrait casser toutes mes choses précieuses (avec une batte de baseball).

Les problèmes ne se posèrent qu’un mois plus tard environ.

◇ ◇ ◇

Notre bonne, Lilia, avait aussi découvert qu’elle était enceinte.

« Je suis vraiment désolée. Je suis enceinte. », dit-elle à la famille en s’asseyant à table.

À cet instant, la famille Greyrat s’était figée. Qui était le père ? Mais vu les circonstances, personne ne pouvait se résoudre à le lui demander.

Tout le monde à un certain niveau au moins s’en était rendu compte. Lilia était notre bonne. Elle envoyait la quasi-totalité de son salaire à sa famille. Contrairement à Paul, qui se rendait souvent en ville pour régler des problèmes, ou à Zenith, qui aidait à la clinique locale à certaines heures, Lilia ne quittait presque jamais la maison à moins que ce ne soit pour le travail, et personne n’avait entendu dire qu’elle avait développé une relation particulièrement étroite avec quiconque. Peut-être s’agissait-il d’une simple amourette ?

Mais je connaissais la vérité.

Depuis que Zenith était tombée enceinte, Paul avait été forcé de se passer de sexe. Et il s’était faufilé dans la chambre de Lilia au milieu de la nuit. Si j’avais été un vrai gamin, j’aurais cru que c’était juste pour jouer aux cartes.

Malheureusement, je ne savais que trop bien ce qui se passait vraiment. Ils ne jouaient pas au pouilleux. Il y avait des jeux, et il y avait une servante impliquée, mais ce n’était pas une simple partie de cartes.

Mais j’aurais aimé qu’ils soient plus prudents. C’est probablement aussi ce qu’ils pensaient tous les deux.

Mesdames et Messieurs, bonjour ! Le thème du jour est « Tu peux le faire ! » Aujourd’hui, nous allons tout apprendre sur l’importance de la contraception !

Une partie de moi voulait le dire à Paul au visage complètement pince-sans-rire, mais je n’étais pas sûr que le concept de contraception soit une chose connue dans ce monde. Et évidemment, ce n’était pas comme si je voulais détruire toute la famille en crachant le morceau. Et si je m’en prenais à la bonne, j’étais sûr qu’elle ne me le pardonnerait jamais.

Cependant, au même instant, Zenith avait jeté un coup d’œil sur Paul, son visage montrant qu’elle savait qui était le responsable.

De manière assez commode, nos regards se posèrent tous les deux sur Paul, ils étaient assez appuyés.

« Euh, désolé. Cet enfant est, euh… probablement le mien. », avait-il avoué.

Bon sang de bonsoir. Vraiment ? Eh bien non, je supposais que je devrais féliciter cet homme d’être honnête. Il me disait constamment d’« être honnête » et d’« être un vrai homme », de « protéger les femmes » et de « ne jamais remettre en cause votre sens de l’honneur » et d’autres choses aussi fortes comme ça. Je supposais que le moins qu’il puisse faire était de mettre en pratique ce qu’il m’enseignait jour après jour.

Eh bien, peu importe. Je ne pouvais pas dire que je le détestais pour ça.

Quoi qu’il en soit, c’était vraiment le pire des scénarios. Ce sentiment s’était renforcé lorsque j’avais vu Zenith se hisser jusqu’à sa taille, le visage furieux, la main en l’air.

C’était ainsi qu’avait été convoquée une réunion familiale d’urgence, Lilia y étant incluse.

◇ ◇ ◇

C’était Zenith qui avait rompu en premier le silence. Elle avait l’autorité dans cette réunion.

« Alors, qu’est-ce qu’on va faire ? »

D’après ce que j’avais pu voir, Zenith était aussi calme que n’importe qui d’autre. Au lieu de faire une crise d’hystérie sur la façon dont son mari l’avait trompée, elle s’était contentée d’une seule claque. Une marque rouge comme une feuille d’érable était visible sur la joue de Paul.

« Après avoir assisté à la naissance de la dame de la maison, je suppose que je prendrais congé de chez vous. », dit Lilia.

Elle avait l’air d’être au même niveau. Peut-être que c’était un événement courant dans ce monde ?

Paul était blotti dans un coin. Tant pis pour la dignité paternelle.

« Et pour l’enfant ? », demanda Zenith.

« Je pensais accoucher ici, à Fittoa, puis élever le bébé dans ma ville natale », répondit Lilia.

« Tu es originaire du sud, hein ? »

« C’est exact. »

« Tu vas être physiquement épuisée après la naissance. Tu ne seras pas en état de faire un long voyage. », dit Zenith.

« Peut-être, mais je n’ai nulle part où aller. »

La région de Fittoa se trouvait dans la partie nord-est du royaume d’Asura. D’après ce que j’avais compris, il faudrait près d’un mois pour atteindre ce que l’on considérait comme « le sud » dans ce contexte et il faudra passer d’une diligence à l’autre. C’était quand même un mois de voyage dans des terres sûres avec du beau temps et rouler en diligence n’était pas très pénible.

Mais cela ne valait que pour un voyageur lambda. Lilia n’avait pas d’argent. Elle n’avait pas les moyens de monter sur des diligences, elle aurait dû ainsi voyager à pied. Même si les Greyrats avaient payé ses frais de voyage, cela n’en aurait pas moins rendu les choses moins risquées. Ce serait une femme, voyageant seule, et qui avait accouché récemment. Si j’étais un méchant et que je l’avais repérée, que ferais-je ?

Je l’attaquerais. Ce serait une cible facile, suppliant pratiquement quelqu’un de lui tirer dessus. Je prendrais l’enfant en otage, distrairais la mère avec des promesses vides. Pendant ce temps, je prendrais tout son argent et ses biens. J’avais compris que l’esclavage était une chose de courante dans ce monde, alors en fin de compte, je vendrais la mère et l’enfant, et ce serait tout.

Même si les gens disaient que le Royaume Asura était la nation la plus sûre du monde, cela ne signifiait pas qu’il était complètement dépourvu de malfaiteurs. Je parierais qu’il y avait encore une forte probabilité d’être attaqué.

Et comme Zenith l’avait dit, il y avait aussi l’aspect physique à considérer. Même si Lilia avait suffisamment d’endurance physique pour y arriver, qu’en était-il de l’enfant ? Un nouveau-né pourrait-il faire un voyage d’un mois comme ça ? Probablement pas.

Bien sûr, si Lilia ne survivait pas au voyage, l’enfant non plus. Même si elle tombait simplement malade, si elle n’avait pas d’argent pour voir un médecin, elle était foutue. Soudainement, j’avais eu l’image mentale de Lilia raide morte au milieu d’un blizzard, berçant son bébé dans ses bras. Pour ma part, je ne voulais pas qu’elle subisse ce genre de destin.

« Chérie, elle pouvait sûrement rester — », commença Paul

« Ferme ta gueule ! »

Zenith, hystérique, lui coupa la parole. Il s’était recroquevillé comme un enfant grondé. C’était certainement un cas où il n’avait pas le droit de parole. Paul était inutile ici.

Zenith se rongea les ongles avec un regard de consternation. Elle était, elle aussi, clairement en conflit. Elle ne voulait pas que Lilia souffre, au contraire, elles étaient toutes les deux de très bonnes amies. Compte tenu de la façon dont elles avaient passé les six dernières années à diriger cette maison ensemble, il était probablement juste de dire qu’elles étaient les meilleures amies.

Sauf que Lilia portait maintenant un enfant de Paul.

Si Lilia était tombée enceinte dans d’autres circonstances, Zenith l’aurait incontestablement protégée et l’aurait autorisée à le faire — non, elle aurait insisté pour qu’elle élève l’enfant chez nous.

D’après cette conversation, j’avais supposé que l’avortement n’était pas facilement accessible dans ce monde.

Zenith semblait aux prises avec deux émotions distinctes : son affection pour Lilia et son sentiment de trahison. Vu les circonstances, j’avais trouvé Zenith assez incroyable d’avoir pu mettre de côté ses émotions sur ce dernier point. Si j’étais elle, j’aurais cédé à la jalousie.

Le fait que Zenith ait pu garder son sang-froid semblait lié à l’attitude de Lilia. Elle n’avait pas essayé de s’en sortir et avait pris l’entière responsabilité de la trahison d’une maison qu’elle servait depuis si longtemps.

Si vous me le demandiez, c’était Paul qui devrait prendre ses responsabilités ici. C’était bizarre de rejeter la faute uniquement sur Lilia. C’était très, très bizarre.

Je ne pouvais pas laisser passer cette séparation dans des conditions aussi étranges.

J’avais décidé que j’allais aider Lilia.

J’avais une dette envers elle. Nous n’avions pas fait grand-chose ensemble, et elle ne m’avait presque jamais parlé, mais elle avait toujours été là pour m’aider. Elle avait mis de côté une serviette pour m’essuyer la sueur quand je pratiquais l’art de l’épée, elle m’avait fait couler un bain quand je m’étais fait avoir par la pluie, elle m’avait apporté des couvertures quand il faisait froid, elle avait réorganisé les étagères quand je remettais un livre au mauvais endroit.

Mais le plus important, plus que tout autre chose.

Elle connaissait l’existence de ma culotte chérie et avait gardé le silence à ce sujet.

Oui, Lilia était au courant. C’était arrivé quand je pensais encore que Sylphie était un garçon. Il avait plu, alors j’étais dans ma chambre en train de lire et de réviser mon encyclopédie botanique quand Lilia était arrivée et avait commencé à nettoyer. J’étais tellement absorbé par la lecture que je n’avais pas remarqué que son nettoyage l’avait amenée près de ma cachette secrète sur l’étagère. Le temps que je m’en rende compte, il était trop tard. Lilia avait déjà ma précieuse culotte dans sa main.

J’avais été si stupide. Pendant près de vingt ans, j’avais été complètement enfermé, laissant mes affaires éparpillées, insouciant à l’idée que quelqu’un d’autre puisse trébucher dessus. J’avais même mon dossier porno sur mon bureau. Peut-être que mon habileté à cacher des choses était devenue rouillée à cause de cela, mais je ne m’attendais pas à ce que mes affaires soient trouvées aussi facilement. En fait, j’avais moi aussi fait du bon boulot en le cachant ! Était-ce un super pouvoir que les bonnes avaient ?

Au fond de moi, j’avais senti que quelque chose commençait à s’effriter, et je pouvais entendre le sang commencer à s’écouler de ma tête.

L’interrogatoire avait commencé.

Lilia demanda : « Qu’est-ce que c’est ? »

J’avais répondu : « Oui, qu’est-ce que c’est ? Ahahahahahahahahah. »

Lilia ajouta : « Elle sent mauvais. »

J’avais répondu : « Oui, je crois que c’est peut-être comme de l’huile de sésame ou quelque chose comme ça, hein ? »

Lilia avait demandé : « À qui sont-elles ? »

J’avais répondu : « Je suis désolé, c’est à Roxy. »

Lilia me dit ensuite : « Ne devrais-tu pas la faire laver ? »

J’ai répondu : « Oh, non, ne la lave pas ! »

Lilia avait reposé silencieusement ma culotte de valeur dans sa cachette sacrée. Puis, comme je tremblais de peur, elle quitta la pièce.

Ce soir-là, je m’étais préparé à l’inévitable réunion de famille, sauf qu’elle n’avait jamais eu lieu. J’avais passé toute la nuit à trembler de peur dans mon futon, mais même le matin venu, il n’y avait rien. Elle ne l’avait dit à personne.

Je me devais de rembourser cette dette.

« Maman ? Comment se fait-il que tout le monde soit si lugubre sur le fait que je vais avoir deux nouveaux frères et sœurs à la fois ? » avais-je demandé, tout en gardant mon ton aussi enfantin que possible.

Je voulais donner l’impression de naïveté : hé, si Lilia est enceinte, ça voudra dire que notre famille s’agrandira encore plus ! Hourra ! Pourquoi tout le monde est-il si contrarié ?

« Parce que ton père et Lilia ont fait quelque chose qu’il n’aurait pas dû faire », dit Zenith avec un soupir, une rage insondable mêlée à ces mots.

Mais elle ne s’adressait pas à Lilia, Zenith savait très bien qui était le plus durement blâmé ici.

« Oh, je vois… Mais Lilia peut-elle aller contre la volonté de Père ? », avais-je dit.

« Que veux-tu dire par là ? », demanda Zenith.

Il était temps pour Paul de récolter ce qu’il avait semé.

« Je sais que Père a une certaine influence sur elle. »

« Quoi ? C’est vrai ? », dit Zenith tout regardant Lilia avec surprise.

Lilia avait toujours le visage de pierre, bien que celle-ci haussait les sourcils, comme si mon affirmation avait été à la hauteur de la réalité. À ce moment-là, j’avais vu qu’il y avait une ouverture.

« Il y a quelque temps, je me suis levé au milieu de la nuit pour aller aux toilettes, et en passant devant la chambre de Lilia, j’ai entendu papa dire quelque chose comme… “Écarte les jambes !” »

« Hein !? Merde, Rudy, c’est quoi ce bordel ? », lâcha Paul.

« Toi ! Fermes là ! », dit Zenith, le mettant sous contrôle.

« Lilia, est-ce vrai ? »

Le regard de Lilia errait.

« Hum, donc, eh bien, en fait… »

Jouait-elle le jeu ?

« Ah, je vois. Tu ne peux pas te résoudre à le dire à haute voix. », répondit Zenith, qui semblait comprendre comment les choses s’étaient passées.

Les yeux de Paul clignèrent encore et encore, sa bouche s’ouvrant et se fermant à plusieurs reprises comme celle d’un poisson rouge, aucun mot n’en sortait.

Parfait. Il était temps d’en finir.

« Maman, je ne pense pas que ce soit la faute de Lilia. »

« Je suppose que non. »

« Je pense que c’est la faute de Père. »

« Je suppose que oui. »

« Ce n’est pas juste que Lilia soit dans une position si délicate à cause d’un acte dont mon père est le seul fautif. »

« Hmm. Je suppose. »

Les réponses de ma mère avaient été moins engageantes que je ne l’espérais. Je devais juste pousser un peu plus loin.

« Je m’amuse beaucoup en jouant avec Sylphie tous les jours, alors je pense que ce sera vraiment bien que mon petit frère ou ma petite sœur ait quelqu’un du même âge avec qui être ami ! »

« Je… suppose, oui. »

« Et d’ailleurs, Mère, ils seront tous les deux mes petits frères et sœurs ! »

« Très bien, Rudy. J’ai compris. Tu as gagné. »

Zenith poussa un grand soupir.

Quelle façon de m’en faire baver, maman !

« Lilia, j’insiste pour que tu restes avec nous. À partir de maintenant, tu es une membre de notre famille ! Je ne te laisserai pas faire quelque chose d’aussi stupide que de partir ! », prononça Zenith.

Elle avait rétabli l’ordre. Les yeux de Paul s’élargirent, Lilia porta sa main à sa bouche, retenant ses larmes.

Et c’était ainsi que se referma cette réunion familiale d’urgence.

 

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