Mushoku Tensei (LN) – Tome 1 – Chapitre 6 – Partie 2

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Chapitre 6 : Motif de respect

Partie 2

Quand ma vision fut revenue, j’avais vu que le cheval s’était effondré, de la fumée s’échappant de son corps. Roxy posa les mains sur le corps du cheval et se mit rapidement à incanter.

« Oh, déesse de l’affection maternelle, referme ses blessures et redonne de la vigueur à son corps, Guérison large ! »

L’incantation de Roxy avait été agitée, mais peu de temps après, le cheval s’était réveillé. Il n’était donc pas si proche de la mort : Un sort de Guérison de niveau Intermédiaire comme celui-là ne pouvait pas ramener les morts à la vie.

Le cheval avait l’air alarmé, et la sueur avait perlé sur le front de Roxy.

« Ouf ! Ce n’était pas loin ! »

Ouais, très bien, je dirais qu’on n’était pas très loin. C’était le seul cheval de ma famille ! Paul s’en occupait consciencieusement tous les jours et l’emmenait de temps en temps faire de longues promenades, un sourire éclatant sur son visage. Il n’avait pas un pedigree particulièrement intéressant ou quoi que ce soit d’autre, mais Paul et ce cheval avaient traversé beaucoup de choses au fil des ans. Ce n’était pas exagéré de dire qu’après Zenith, Paul aimait ce cheval plus que tout. Voilà à quel point c’était important.

Bien sûr, pour avoir vécu avec nous ces deux dernières années, Roxy était bien consciente de cela aussi. Je l’avais vue plus d’une fois avec son visage ravi alors qu’elle espionnait Paul et le cheval, pour ensuite s’éloigner.

« Pourrions-nous, ah, pourrions-nous garder ça secret, s’il te plaît ? » dit Roxy, les larmes aux yeux.

C’était une maladroite. Des quasi-accidents et des égratignures de ce genre étaient fréquents chez elle. Pourtant, elle avait tout donné. Je savais qu’elle se couchait tard tous les soirs pour planifier des leçons pour moi, et je savais qu’elle faisait de son mieux pour se donner un air de dignité afin que les gens ne l’abandonnent pas à cause de son âge.

J’aimais ça chez elle. Sans notre différence d’âge, j’aurais voulu l’épouser.

« Tu n’as pas à t’inquiéter. Je ne dirai rien à mon père », avais-je dit.

Ses lèvres tremblèrent.

« S’il te plaît, ne dis rien. »

Bien qu’au bord des larmes, Roxy secoua rapidement la tête, gifla ses propres joues et retrouva son sang-froid.

« Très bien, Rudy. Vas-y, fais un essai. Je veillerai à la sécurité de Caravage. »

Le cheval avait encore l’air effrayé, prêt à s’enfuir à tout moment, mais Roxy marcha devant lui, bloquant son chemin avec son petit corps. Elle ne pouvait certainement pas maîtriser physiquement un cheval, mais peu à peu, la créature nerveuse devint plus docile. Roxy avait tenu sa position et avait murmuré une incantation en un murmure.

Tous les deux avaient été engloutis par un mur de terre, qui s’était transformé en un dôme de terre, un peu comme un igloo. C’était une forteresse de Terre de niveau Avancé. Ça devrait suffire pour les protéger de l’orage.

Très bien. C’était à moi de le faire. J’allais être tellement génial que ça allait époustoufler Roxy.

C’était quoi déjà cette incantation ? Ah, oui.

« Ô esprits des eaux magnifiques, je supplie le Prince du Tonnerre ! Accorde-moi mon vœu, bénis-moi de ta sauvagerie, et révèle à cet insignifiant serviteur un aperçu de ta puissance ! Que la peur frappe le cœur de l’homme quand ton divin marteau frappe son enclume et recouvre la terre d’eau ! Viens, ô pluie, et emporte tout dans ton déluge de destruction, Cumulonimbus ! »

J’avais prononcé les mots en une fois, et les nuages avaient commencé à s’envoler et à gonfler.

Maintenant j’avais compris la nature du sort de Cumulonimbus : En plus de conjurer des nuages au-dessus de votre tête, vous deviez simultanément gérer une série complexe de mouvements pour les transformer en nuages orageux, ou quelque chose du genre. Vous deviez continuellement canaliser la magie dans le sort ou les nuages s’arrêtaient de bouger et se dissiperaient. Laissant la magie de côté, devoir rester ici les deux mains levées pendant plus d’une heure était vraiment craignos.

Attendez, non. Attendez un peu. Les magiciens étaient créatifs. Ils n’auraient pas besoin de tenir une pose comme ça pendant une heure pour faire les choses. Il fallait que je me souvienne : C’était un test. Je n’étais pas censé rester immobile pendant une heure. Après avoir créé les nuages, j’avais besoin d’utiliser une sorte de magie combinée pour maintenir le sort.

C’était le moment de vérité. J’avais besoin de faire appel à tout ce que j’avais appris.

« OK, je crois me souvenir d’avoir vu ça à la télé une fois. Alors, quand les nuages sont encore en train de se former… »

Certains des nuages que Roxy avait créés plus tôt s’attardaient encore. Si je me souvenais bien, je pourrais conjurer un tourbillon d’air horizontal et réchauffer l’air en dessous pour créer un courant ascendant. Et puis, si je refroidissais l’air au-dessus du courant ascendant, il prendrait de la vitesse et…

En faisant tout cela, j’avais fini par brûler la moitié de mes réserves magiques. Mais j’avais fait ce que j’avais pu. Je voulais juste voir si ça durerait une heure. Satisfait, je m’étais dirigé vers le dôme que Roxy avait créé, la pluie tombant sur moi pendant que le tonnerre grondait dans le ciel.

Roxy était assise contre un côté du dôme, les rênes du cheval serrées dans ses mains. En me voyant, elle avait fait un petit signe de tête.

« Ce dôme disparaîtra dans environ une heure, donc tout ira bien, en supposant qu’il ne disparaisse pas d’ici là. », dit-elle.

« D’accord. »

« Ne t’inquiète pas. Caravaggio va très bien. »

« D’accord. »

« Eh bien, si tout va bien, alors retourne là-bas. Tu te souviens que tu dois contrôler ces nuages orageux pendant une heure. »

Hein ?

« Les contrôler ? »

« Hmm ? Eh bien, oui. Qu’y a-t-il de si étrange ? », demanda Roxy.

« Juste… Je dois juste les contrôler ? »

« Bien sûr. C’est un sort magique d’eau de niveau Saint, et si tu ne gardes pas ton sort alimenté par la magie, tes nuages vont se dissiper. »

« Mais j’ai déjà pris des mesures pour m’assurer qu’ils ne le feraient pas », dis-je.

« Hein ? Oh ! »

Roxy avait commencé à se précipiter hors du dôme comme si elle avait soudainement réalisé quelque chose. C’était à ce moment que le dôme avait commencé à s’effondrer.

N’oublie pas de contrôler ta magie ou tu enterreras le cheval vivant.

« Oups ! »

Roxy avait vite repris le contrôle de son sort, puis était sortie. Elle regarda le ciel, étonnée.

« Je vois ! Tu as créé un tourbillon diagonal pour pousser les nuages vers le haut ! »

Les cumulonimbus que j’avais créés continuaient de croître, apparemment sans limite.

Pas mal, si je devais le dire moi-même.

Il y a longtemps, j’avais vu une émission scientifique spéciale sur la formation des super-cellules. Je ne me souvenais pas des détails exacts, mais j’avais gardé une vague impression visuelle du processus. En partant de là, j’avais réussi à créer quelque chose d’assez similaire.

« Rudy, tu as réussi. », dit Roxy.

« Hein ? Mais ça ne fait pas encore une heure. »

« Ce n’est pas la peine. Si tu es arrivé à faire cela, tu es plus que compétent. Maintenant, peux-tu le faire disparaître ? », avait-elle répondu.

« Euh, bien sûr. Mais ça va prendre un peu de temps. »

J’avais refroidi le sol sur une grande surface, puis réchauffé l’air au-dessus afin de créer un courant descendant, utilisant finalement un peu de magie du vent pour disperser les nuages.

Une fois que j’avais fini, Roxy et moi étions restés là, tous les deux trempés jusqu’aux os. « Félicitations, tu es maintenant un magicien d’eau de niveau Saint. », dit Roxy.

Elle était éblouissante, sa main effleurant sa frange mouillée, un sourire bien trop rare sur son visage.

Je n’avais rien accompli dans ma vie antérieure. Mais j’avais fait quelque chose maintenant. Dès que je m’en étais rendu compte, une curieuse sensation s’était développée en moi. Et je savais ce que c’était.

C’était un sentiment d’accomplissement.

Pour la première fois depuis que j’étais venu au monde, j’avais l’impression d’avoir vraiment fait mon premier pas.

◇ ◇ ◇

Le lendemain, Roxy se tenait à l’entrée de notre maison dans sa tenue de voyage, c’était le portrait craché de la personne qui était arrivée deux ans auparavant. Mon père et ma mère n’avaient pas l’air très différents non plus. La seule chose qui avait changé, c’était que j’étais plus grand.

« Roxy, tu es plus que la bienvenue pour rester. J’ai encore plein de recettes que je pourrais t’apprendre. », dit Zenith

Paul l’avait suivi.

« C’est vrai. Ton rôle de tuteur à domicile a peut-être pris fin, mais nous te sommes redevables de ton aide pour la sécheresse de l’année dernière. Je suis sûr que les villageois seraient heureux que tu puisses rester dans le coin. »

Mes parents étaient là, essayant d’empêcher Roxy de partir. À mon insu, ils étaient apparemment devenus de bons amis. Ce qui était logique, elle était libre une grande partie de ses après-midi, et je supposais qu’elle l’avait passé à élargir son cercle social. Elle n’était pas seulement un intérêt amoureux pour un jeu vidéo, dont les circonstances n’avaient changé que lorsque le personnage principal avait fait quelque chose.

« J’apprécie l’offre, mais j’ai peur de ne pas pouvoir l’accepter. Enseigner à votre fils m’a fait réaliser à quel point je suis vraiment impuissante, alors je vais faire le tour du monde pour affiner ma magie. », répondit Roxy.

Elle avait dû être un peu choquée que j’aie atteint le même rang qu’elle. Et elle avait déjà dit que le fait d’avoir un élève qui dépassait ses compétences la mettait mal à l’aise.

« Je vois. Je suppose qu’on n’y peut rien. Je suis désolé que notre fils t’ait fait perdre confiance en toi. », dit Paul

Hé ! Tu n’avais pas à le dire comme ça, papa !

« Oh, non. Je vous suis reconnaissante de m’avoir montré à quel point j’étais vaniteuse. », dit Roxy

« Je ne dirais pas que tu es vaniteuse quand tu es capable d’utiliser la magie d’eau de niveau Saint. », avait répondu Paul.

« Même si je n’y arrivais pas, l’ingéniosité de votre fils m’a montré que je suis capable d’utiliser une magie encore plus forte. »

Avec une petite grimace, Roxy avait posé sa main sur ma tête.

« Rudy, je voulais faire de mon mieux pour toi, mais je n’avais pas ce qu’il faut pour t’apprendre. »

« Ce n’est pas vrai. Tu m’as appris toutes sortes de choses, Mlle Roxy. »

« Je suis heureuse de l’entendre », dit Roxy.

« Oh, et ça me fait penser ! »

Elle avait tendu la main dans les plis de sa robe, avait fouillé partout et avait sorti un pendentif ficelé avec un cordon de cuir. Il était fait d’un métal qui brillait d’un lustre vert, façonné en forme de trois lances imbriquées.

« C’est pour commémorer ta remise de diplôme. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour le préparer, mais j’espère que ça suffira. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

« C’est une amulette de la tribu des Migurd. Si tu rencontres des démons qui te posent problème, montre-leur ceci et mentionne mon nom, et ils devraient te laisser tranquille… probablement. »

« J’en prendrais soin. »

« Souviens-toi, ce n’est pas une garantie. Ne sois pas trop sûr de toi. »

Puis, à la toute fin, Roxy avait fait un petit sourire et était partie.

Avant de m’en rendre compte, je pleurais.

Si je ne l’avais jamais rencontrée, je serais probablement encore en train de faire ce que j’étais avant, à tâtonner avec mon manuel de magie dans une main.

Mais plus que tout, elle m’avait emmené dehors.

Elle m’avait emmené dehors. C’est tout ce que j’avais à dire. C’était si simple. C’était Roxy qui avait fait ça pour moi. Et ça voulait dire quelque chose. Roxy, qui était venue dans ce village il y a à peine deux ans. Roxy, qui ressemblait à quelqu’un qui ne s’entendait jamais bien avec des étrangers. Roxy, un démon que les villageois auraient dû considérer comme bien inférieur à eux.

Ce n’était ni Paul ni Zenith, c’était Roxy qui m’avait emmené dans le monde extérieur, et ça voulait dire quelque chose.

Je dis qu’elle m’avait emmené dans le monde extérieur, alors qu’en fait, tout ce qu’elle avait fait, c’était me faire traverser le village. Pourtant, la perspective de quitter la maison avait été très traumatisante pour moi, et elle m’en avait guéri, simplement en me faisant traverser le village. C’était suffisant pour me remonter le moral. Elle n’avait pas essayé de me réhabiliter, mais j’avais quand même fait une percée grâce à elle.

Hier, après notre retour à la maison, trempé d’eau, je m’étais tourné vers la porte d’entrée et j’avais fait un pas de plus. Et juste là, il y avait le sol. Juste le sol, et rien de plus. Mes angoisses m’avaient quitté.

Maintenant, j’étais capable de marcher dehors tout seul.

Elle avait réussi à faire quelque chose pour moi que personne d’autre n’eût jamais fait, pas même mes parents ou mes frères et sœurs de ma vie antérieure. C’était elle qui l’avait fait pour moi. On ne m’avait pas donné des paroles irresponsables, mais un sens du courage responsable.

Ce n’était pas son but : je le savais. Elle l’avait fait pour elle-même, et je le savais aussi. Mais je la respectais. Aussi jeune qu’elle fût, je la respectais.

Je m’étais promis de ne pas détourner le regard jusqu’à ce que Roxy disparaisse de la vue. Dans mes mains, j’avais saisi la baguette et le pendentif qu’elle m’avait donné. J’avais toujours tout ce qu’elle m’avait appris.

Puis j’avais réalisé : Dans ma chambre, j’avais encore l’une de ses culottes que j’avais volées il y a quelques mois.

Désolé pour ça, Roxy.

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