Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 8 – Interlude 1

Bannière de Dans un autre monde avec un Smartphone ***

Interlude 1 : L’épreuve des Fées

***

Interlude 1 : L’épreuve des Fées

Partie 1

La décision d’épouser Leen m’avait causé beaucoup d’ennuis.

J’avais dû aller d’abord à Mismede pour expliquer la situation. Je devais promettre de nommer un nouvel ambassadeur pour Mismede après les avoir informés que Leen allait démissionner.

Heureusement, ou devrais-je dire sans surprise, Sa Majesté le roi Bestial éclata de rire et me donna sa bénédiction.

À l’origine, Mismede était un pays fondé par les sept grandes tribus demi-humaines.

Dans leur pays, le chef régnait plus ou moins comme roi, mais il y avait beaucoup de situations où les patriarches de chaque tribu respective étaient sur le même pied d’égalité que lui.

Il semblerait que s’opposer à la décision de Leen en tant que matriarche de la tribu des fées aurait été inconcevable pour les autres tribus.

Comme Leen me l’avait dit, les autres tribus avaient donné leur bénédiction en partie parce qu’elle n’était pas très impliquée dans les secrets du royaume.

Il y avait beaucoup de races ayant de longues vies parmi eux. La plupart d’entre eux connaissent Leen depuis longtemps.

Le chancelier du royaume, Glatz, semblait très satisfait de la nouvelle.

Mais il y eut une seule exception parmi toutes les créatures donnant leurs bénédictions.

« Je suis fortement opposé à ça ! »

« Éris… Je l’aurais deviné. »

Une jeune fille célibataire s’était levée pour exprimer son évident mécontentement et le choc de la décision de Leen.

C’était Éris de la tribu des fées, magicienne de la cour du Royaume de Mismede.

Elle avait l’air d’avoir une vingtaine d’années, elle avait une silhouette différente de celle de Leen. Mais étant une fée, elle était probablement plus âgée qu’elle n’en avait l’air. Ses cheveux étaient plus blancs que le blond platine, attachés en une queue de cheval qui lui tombait à la hauteur d’épaules.

Sa silhouette élancée était vêtue d’une jolie blouse blanche ornée d’un ruban orné de bijoux autour de la poitrine. Des bas et des escarpins noirs s’étendaient de la jupe moulante qu’elle portait. Elle portait également un bracelet de cheville ainsi qu'un au poignet droit.

En plus de cela, elle portait une robe verte ouverte ainsi qu’un bâton ayant une sorte de marque blanche qui dégageait un fort sentiment d’intellectualisme. Il n’y avait malheureusement rien de plus faux. C’était l’exact opposé de la fille qui faisait une crise de colère devant tout le monde en ce moment.

« Pourquoi Mlle Leen doit-elle épouser un homme de Brunhild !? Qu’en est-il de ses devoirs en tant que matriarche du clan !? »

« Mais je n’ai rien fait ici depuis 100 ans. Ça ne changera pas grand-chose que je sois là ou pas, non ? Ah, puisque nous y sommes, je te laisse le poste de matriarche. Bonne chance. »

« Est-ce que tu m’écoutes au moins !? »

Elle avait en ce moment même l’air plus bouleversée.

J’avais peur de lui confier tant de responsabilités, mais quand même…

« En plus, pourquoi épouseriez-vous cet enfant !? Il ne vivra même pas un siècle ! Je suis sûre qu’il doit faire pipi au lit tous les soirs ! »

« Tu es en train de dire n’importe quoi. »

Je suppose que je dois passer pour un enfant aux yeux de ces fées centenaires, mais me traiter de bébé, c’est un peu… Je suis quand même le Grand-Duc d’un Duché.

« Mais l’âge n’est qu’un chiffre. Ça n’a rien à voir avec l’amour, n’est-ce pas ? C’est pourquoi ton partenaire est… »

« N, N, N, N’importe quoi ! Quoi qu’il en soit, je n’accepterai pas ça ! Je ne vais pas donner Mlle Leen à un étranger ! »

« Ce n’est pas un étranger. Je te l’ai déjà dit mille fois. C’est le Grand-Duc de Brunhild. »

« Pourquoi toi petit… ! »

C’était une sacrée dure à cuire. J’avais réussi à voir Paula au pied de Leen hausser les épaules avec résignation. C’était un vrai problème.

« Tu as peut-être assez de mérite pour demander la main de Melle Leen, mais je ne l’accepterai pas tant que tu n’auras pas fait tes preuves. »

« Comment puis-je faire ça ? »

« Une épreuve ! Si tu peux surmonter l'épreuve des fées, je te permettrai de prendre la main de Mlle Leen en mariage ! Mais si tu échoues, les fiançailles devront être annulées ! »

Les choses avaient dégénéré assez rapidement… Mais ce n’était pas comme si je pouvais m’enfuir. Je ne savais pas ce qu’elle voulait que je fasse, mais j’avais décidé d’essayer.

◇ ◇ ◇

« Les fées sont fières de leurs prouesses magiques ! Nous ne pouvons pas permettre à quelqu’un sans ce don d’épouser notre chef ! Tu auras besoin d’un contrôle magique de très haut niveau. Je vais te demander de me montrer ton pouvoir ! »

L’endroit choisi pour notre match était l’arène derrière le Palais Mismede. C’était le même endroit où je m’étais battue avec le Roi Bête. C’était aussi grand que dans mes souvenirs.

J’avais jeté un coup d’œil aux tribunes et je constatais qu’il y avait des gens qui nous regardaient. Peut-être qu’ils avaient eu vent de notre match et qu’ils étaient venus par curiosité. Naturellement, le Roi était sur un siège spécial, un regard amusé sur son visage. As-tu au moins pensé à faire ton travail, cher roi ?

« Qu’est-ce que je suis censé contrôler ? »

« Je te lancerais des attaques magiques ! Tu vas devoir les annuler ! L’attribut magique n’a pas d’importance ! Mais il ne peut être ni trop faible ni trop fort ! Si ma magie te touche, tu perds ! Ah, juste pour que tu le saches les sorts de barrière sont interdits ! »

Est-ce que ce « Je peux choisir n’importe quelle quantité de pouvoir et d’attributs » n’est-il pas un peu injuste ? Eh bien, peu importe. Je peux annuler les attaques assez facilement.

Eh bien, c’était vrai que vous ne pourriez pas annuler la magie de votre ennemi à moins de pouvoir égaler sa force, mais il y avait d’autres moyens d’annuler les dommages.

« Bref, je gagne si j’annule ta magie avant qu’elle ne m’atteigne, non ? »

« Hmph ! Profite du temps que tu as pour bluffer tant que tu le peux ! Commençons ! Sors, Feu ! Javelot de flammes cramoisi : [Lance de feu] ! »

Une lance enflammée était sortie du bâton qu’elle portait.

Oooh… J’avais entendu dire que les fées n’étaient pas très douées pour utiliser la magie du feu, alors je ne pensais pas que les fées, à part Leen, pouvaient l’utiliser.

Mais je suppose que ce n’était pas le moment d’être surpris. J’avais invoqué ma propre magie pour annuler la sienne.

« [Absorption] ! »

La lance de feu se dissipa et disparut avant qu’elle ne puisse me frapper.

« Hein !? Qu’est-ce qui se passe !? »

« C’est un de mes sorts Néant. C’est une magie qui me permet de transformer ta magie en pouvoir magique, cela pose-t-il un problème ? »

« N’ai-je pas dit que je voulais voir ton contrôle ? L’aspirer est un acte criminel ! »

« Euh… Mais tu as dit que l’attribut n’avait pas d’importance. »

« Pas de magie Néant ! »

Tsk. Sais-tu que tu as besoin de contrôle pour gérer l’utilisation de la magie Néant comme je le veux ?

« Alors tu as le culot d’essayer de me ridiculiser… Je vais te montrer ! Tonnerre, écoute mon appel : [Javelot de foudre] ! »

« D’accord, bon sang ! [Javelot de foudre] ! »

Le choc des deux lances résonna à travers l’arène comme un coup de tonnerre, créant une sphère d’énergie au centre de l’arène. Elles s’annulèrent et disparurent.

« Guh ! Perce, ô glace ! Pointe Glacée : [Aiguille de glace] ! »

« [Aiguille de glace]… »

Même résultat, les aiguilles glacées s’annulèrent au milieu de l’arène. Il était facile d’annuler un sort en utilisant le même sort. Bien qu’il ne serait pas si difficile de faire également la même chose avec des éléments opposés. Elle était assez facile à lire.

« Viens, ô Lumière ! Duo Brillant : [Flèche de lumière] ! »

« [Flèche de lumière]. »

Les flèches lumineuses s’annulèrent comme les aiguilles glacées.

Après cela, la même chose se produisit avec des lances de feu et des balles de pierre.

« Attends un peu ! Combien d’éléments peux-tu gérer ? Six si on compte la magie Néant !? Es-tu du même niveau que Mlle Leen !? »

« Euh, pas vraiment… »

« Éris, il peut utiliser tous les éléments. Ça le rend meilleur que moi. »

« Hein !? »

Ses yeux étaient aussi larges que des soucoupes. Il semblerait qu’Éris puisse utiliser le feu, l’eau, le vent, la terre et la lumière. Avoir des aptitudes pour deux éléments était un exploit. Linze et Yumina pouvaient en gérer trois. La matriarche des fées, Leen, en gérait six. Le fait que cette fille puisse en utiliser cinq était plus qu’étonnant en soi.

« Pourquoi toi… ! Ne nous emballons pas ! »

Elle tendit les mains et commença à recueillir du pouvoir magique. Oh ?

« Viens, Feu ! Duo Enflammé : [Flèche de feu] ! Sors, Eau ! Sens ma lame, froide et claire : [Couteau Aquatique] ! »

Elle conjura deux sorts à la fois et les fit voler vers moi. Oh, elle peux donc lancer deux types de magie en même temps ?

« Argh… [Flèche de feu] [Couteau Aquatique]. »

J’avais jeté comme elle deux sorts en même temps, ceux-ci s’annulèrent.

Son visage avait été submergé par la surprise, mais il ne lui avait pas fallu longtemps pour qu’elle soit emportée par une rougeur enrager. Ce fut suivi d’un barrage ininterrompu de magie et de bavardages colériques.

« Prends ça ! Et ça ! Espèce de petit… ! »

« Whoa! Là ! Hah! »

Je m’assurais de confirmer l’ordre de la magie aléatoire qu’elle m’avait lancée, et je l’avais contrée avec une magie du même type. D’une certaine façon, plus elle était agitée, plus je me sentais calme. En fait, j’ai commencé à penser à quel point ce serait bien si elle faisait une feinte ou quelque chose du genre…

« Guh… Hahh… Hahh… »

Éris semblait instable, elle s’appuyait sur son bâton pour obtenir du soutien. Ses jambes tremblaient, je me demandais si elle allait bien. Leen, l’arbitre, leva la main.

« C’est ça. Éris n’a plus de pouvoir magique. »

« Je peux continuer! »

« Ce serait bien si tu arrêtais d’être si têtue. »

Paula s’était rendue à l’endroit où Éris se tenait debout et lui toucha les jambes. Elle ne mit pas une seconde pour tomber à genoux. Elle était à bout de souffle, c’est sûr.

« Pouah… »

« Tu vois ? Être à court de magie est une question de vie ou de mort pour les magiciens. Je t’ai dit de toujours garder au moins 10 % de ta magie pour des cas d’urgence, pas vrais ? »

« Je, je suis désolée… »

Leen utilisa le [Transfert] pour redonner du pouvoir à l’Éris affaibli.

Elle se leva immédiatement, son regard me lançait des poignards.

« Ce n’est pas fini ! Tu te trompes lourdement si tu penses que les prouesses magiques à elles seules suffisent à faire de toi le partenaire idéal pour Mlle Leen ! »

Et maintenant… ? Elle était vraiment jolie, mais tout le reste chez elle me décevait. J’ai l’impression de m’occuper d’un petit enfant ou de quelque chose du genre.

« Tu pensais à quelque chose de grossier tout à l’heure, pas vrai ? »

« Hm ? Non. »

Elle était au moins plus futée qu’elle n’en avait l’air.

***

Partie 2

« Cet endroit s’appelle la forêt perdue. On dit que tu seras perdu à jamais si tu ne peux pas lire le cœur de la forêt. Ce n’est qu’une tâche insignifiante pour nous les fées, mais un simple humain peut-il aller dans cette forêt et en sortir ? »

Elle croisa les bras et me regarda avec arrogance.

Nous étions dans une forêt au sud de Mismede, près de la mer des arbres.

La forêt était un territoire qui appartenait à la tribu des fées.

Parce qu’il était facile pour les étrangers de se perdre, Éris était suffisante et très sûre d’elle. À moins de se lier à la forêt ou d’avoir l’aide d’une fée, ils ne pourraient pas s’échapper.

En fait, il était interdit d’y entrer pour des raisons de sécurité publique.

« As-tu la frousse ? Ça ne me dérange pas si tu veux t’arrêter ici. En échange, je ne veux plus jamais te voir près de Mlle Leen. »

« Éris, ça suffit. »

Leen soupira face à la provocation d’Éris. Une fois de plus, l’ours en peluche, Paula, haussa les épaules avec résignation.

« J’y vais si c’est ce que tu veux. Comment veux-tu que ça se passe ? »

« Il y a un pommier géant au milieu de la forêt. Prends un fruit et reviens ici. Si tu peux même y arriver en premier lieu, bien sûr. Si tu n’as pas réussi à sortir dans deux jours, je viendrai à ton secours. »

Un sauvetage, hein… Le fait qu’elle souhaite venir à mon secours me semble un peu suspect.. eh bien.

« Pour information, tu ne peux pas utiliser la magie à l’intérieur de cette forêt. Pas de magie de transport ou de magie de recherche, m’entends-tu ? »

« Argh. »

Et moi qui étais sur le point d’utiliser la carte pour trouver la pomme et qui comptais revenir en utilisant un portail. Elle vient de m’abattre. Tsk.

“Es-tu sûr que ça va aller ? Tu sais que tu n’as pas à suivre tout ce que dit Éris.”

Leen parla avec un léger froncement de sourcils sur son visage. Elle semblait s’inquiéter pour moi.

« C’est bon. Je me débrouillerai même sans magie. »

« Hmph ! J’espère que tu prends du plaisir à essayer de te la jouer, parce que ça ne durera pas longtemps ! », dit à nouveau Éris, souriante et confiante. Je n’essayais pas vraiment de paraître cool ou quoi que ce soit.

Eh bien, je suppose que parler ne me servira pas à grand-chose, alors je ferais mieux de finir ça le plus rapidement possible.

« D’accord, je m’en vais. »

J’avais fait mon premier pas dans la forêt perdue et je leur avais fait le signe du départ.

… Une heure plus tard…

« Pourquoi !? Comment as-tu réussi aussi rapidement !? Qui est cette fille !? »

Éris me cria dessus alors que je mangeais une pomme.

Il y avait une fille aux cheveux verts avec une expression perplexe à mes côtés. Ses longs cheveux coulaient comme une cascade d’émeraudes. Ils allaient parfaitement avec sa robe verte. La confusion était claire dans ses yeux de jade alors qu’elle regardait la fille qui divaguait devant elle.

« Je me demandais si ma voix pouvait atteindre quelqu’un puisque l’endroit est si proche de la mer d’arbres, elle m’a vraiment sauvé. »

« Oh non, je n’ai rien fait… Heh… Umm, est-ce qu’elle va bien ? »

« Ne m’ignore pas ! C’est pour ça que j’ai demandé qui elle était ! »

Je l’avais ignorée exprès, et devinez quoi, elle s’était fâchée à nouveau. Je la taquinais peut-être un peu trop. Désolé, Éris.

« C’est l’esprit de la forêt. Un des avatars du grand arbre qui règne sur la mer des Arbres. Tout s’est bien passé quand je lui ai demandé de me guider. »

« Hein ? »

« Monsieur Touya est un mécène de la mer des Arbres. Cette aide n’a pas d’importance. En plus… » Whoa là, ne va pas lui révéler ma divinité… J’avais attiré son attention et j’avais mis mon index sur ma bouche pour empêcher l’esprit de parler davantage.

Leen n’avait pas manqué le geste, elle avait mis ses mains sur ses hanches et elle poussa un soupir exaspéré. Même Paula, qui se tenait à ses pieds, l’avait copiée.

« Chéri, je ne pense pas qu’utiliser un esprit comme guide soit approprié. »

« Cela ressemblait plus à de la médiation qu’à des conseils, en fait. Quelque chose dans le genre : ne pas laisser la forêt perdue se mettre en travers de mon chemin. »

De plus, le cœur de la forêt dont Éris parlait dans un premier temps était les esprits qui y vivaient. Le grand esprit des arbres était de même nature que les petits esprits qui égaraient ceux qui entrent dans la forêt.

En gros, ils étaient libres de faire ce qu’ils voulaient. Le fait qu’ils égaraient les gens était probablement dû à leur rôle de protecteurs du pommier. C’était après tout un endroit où tous les petits esprits pouvaient s’amuser et se détendre.

Les fées étaient les amies des esprits de la forêt, alors elles ne s’égaraient pas.

« Pourquoi un esprit de la forêt doit-il te guider !? C’est inexcusable, n’est-ce pas !? Allez, admets-le ! »

« Éris, es-tu consciente de l’attitude agressive que tu prends contre le dirigeant d’une nation entière, n’est-ce pas ? Cette personne est le Grand-Duc de Brunhild. Tu es une magicienne de la cour de Mismede. Un pas dans la mauvaise direction peut signifier la fin des relations diplomatiques, tu le sais, non ? Tu ferais bien de réfléchir avant de parler quand tu as une partie du poids de tout le pays sur tes épaules. »

« Uuuh... »

Éris avait un peu bronché quand la personne qu’elle respectait tant lui parla comme ça. Eh bien, moi (et probablement le roi de Mismede) ne m’en souciais pas tant que ça, mais cela ne s’appliquait peut-être pas au reste des nations. Ce serait mal si elle offensait une autre nation en public.

« Estime-toi heureux d’avoir eu la chance de rencontrer un esprit ! Si tu ne l’avais pas fait, tu te serais perdu et tu aurais supplié et crié à mon aide !!! »

« Oui, oui. J’ai compris. C’est fini maintenant ? »

« Bien sûr que non ! Ne crois pas que tu sois compatible avec Mlle Leen ! Même si elle approuve, tu n’as pas l’approbation des anciens du clan ! »

« Les anciens de la tribu des fées ? »

J’avais regardé Leen, celle-ci avait une expression anormalement troublée sur son visage. Je me demandais ce qui se passait.

« Les anciens… Je suis sûre que tout ira bien. Je leur ai écrit une lettre leur expliquant les circonstances. »

Quelque chose n’allait pas. Elle fronçait les sourcils. Son joli visage habituel semblait troublé.

« C’est quoi le problème avec les anciens ? Ont-ils un statut supérieur au tien ? »

« Dans un sens. Les anciens se succèdent dans notre clan. C’est leur travail de guider les chefs actuels et de les former sur la manière de gérer la tribu des fées. »

« Tu n’en as jamais vraiment parlé. »

La voix de Leen était devenue un faible murmure. D’après ce que j’avais compris, les anciens de la tribu guidaient la nouvelle génération avant de transmettre leurs titres à leurs successeurs.

« Mlle Leen ! Ils n’ont tout simplement pas répondu parce qu’ils n’en ressentaient pas le besoin ! Tu as fait beaucoup pour notre peuple. »

Ça m’avait semblé juste. Pour autant que je le sache, Leen avait très nettement amélioré la position des fées à Mismede.

« Tu dois toujours les rencontrer pour approbation ! »

« Non, ce n’est pas nécessaire. »

J’avais regardé Leen.

« Eh bien, je pense que je devrais probablement les rencontrer. Même s’ils n’ont pas beaucoup de temps libre, c’est important. »

« Hmph. Alors tu souhaites les rencontrer ? Les anciens ont récemment joué à ce jeu appelé shogi. Ils n’ont pas eu beaucoup de temps libre. »

Les paroles d’Éris m’avaient surpris. Je ne savais pas que le shogi s’était répandu aussi loin. Mais encore une fois, Olba était mon distributeur principal, et il était de Mismede… Ce n’était pas si bizarre que ça.

« Si tu veux rencontrer les anciens du village de fées, je peux t’y emmener. »

L’esprit de la forêt se fit entendre. C’était certainement pratique.

« Merci, esprit. »

« … Si tu insistes. »

Leen n’avait pas l’air si enjouée. Elle devait vraiment mépriser les anciens de sa tribu. Je me demandais s’ils avaient vraiment autant de problèmes qu’elle le suggérait.

Quoi qu’il en soit, je voulais faire ça dans les règles. Si je devais épouser Leen, je voulais que tout le monde le sache.

L’esprit de la forêt toucha un grand arbre à proximité, et le tronc s’ouvrit pour former un passage.

« Ceci te mènera aux anciens du village des fées. Je t’en prie, fais-en bon usage. »

« Compris ! »

Éris sauta dans le passage. Paula sauta aussi, tirant sur le bras de Leen. J’avais suivi derrière eux. Le tunnel s’était ensuite refermé derrière nous.

« Hm… ? »

Finalement, nous étions sortis de l’autre côté du tunnel. Nous étions bien sûr encore dans la forêt.

Il y avait beaucoup de maisons dans les arbres. On aurait dit des cabanes en rondins. Des ponts reliaient aussi tous les arbres ensemble. Et naturellement, il y avait aussi des gens sur ces ponts et dans ces maisons.

Les fleurs et l’herbe se balançaient dans la brise. C’était un endroit magnifique.

Un homme qui marchait dans les parages nous avait aperçus, il se mit à regarder dans notre direction. Il avait des ailes d’insecte sur le dos, comme Leen. Il ressemblait à un homme de 20 ans.

« Hein ? Leen est là ? »

« Ah… Sureigis… Ça fait un bail. »

Leen sourit doucement. Il avait l’air plutôt jeune, alors je ne pensais pas qu’il était un des anciens. Mais encore une fois, il aurait pu l’être… Les fées cessèrent de vieillir à un âge donné. Il aurait pu être très, très vieux.

***

Partie 3

« Je vais te le dire ! Ça fait 400 ans ! Depuis que tu as quitté la ville après avoir fait sauter la maison d’Ermela… »

« Je ne me souviens pas de choses insignifiantes comme ça. »

Leen fixa légèrement Sureigis. Qu… Elle a fait sauter la maison de quelqu’un !?

« Mon Dieu… La méchante fée Leen s’est enfin montrée pour affronter les anciens… As-tu enfin accepté ton… rôle… de… matri… arche… ? »

La voix de l’homme se ralentit peu à peu et devint plus calme. Leen le dévisageait, faisant claquer des boules de feu entre ses doigts comme s’il s’agissait de simples jouets. Paula frissonna dans une sorte de fausse peur.

Je me souvenais que Leen était douée avec la magie du feu, ce qui était rare pour une fée.

« Bonté divine, Sureigis… Veux-tu tellement qu’on te fasse cuire ? »

« N, non ! A-Ah, regarde l’heure ! Je ferais mieux d’aller informer tout le monde de ton arrivée, hahaah ! »

Sureigis s’était enfui comme si le vent le portait. Il savait courir…

Leen poussa un petit soupir. Comme elle le fit, les boules de feu disparurent.

Elle était un peu gênée quand elle remarqua que je la regardais fixement.

« Ah… Eh bien… Il y a eu un incident il y a quelque temps, je… Je n’étais qu’une enfant ! Aaagh ! Je ne suis plus si excitée maintenant, je te le promets ! C’était le passé, le passé ! »

Les joues de Leen devenaient rouges alors qu’elle s’énervait. Je me demandais si c’était la raison pour laquelle elle hésitait à rencontrer les aînés. Peut-être ne connaissaient-ils Leen que comme une fouteuse de troubles.

Elle détourna le visage et essaya de se ressaisir. Elle avait l’habitude de montrer une expression calme et froide, alors la voir comme ça était une rare surprise.

« Ne ris pas… »

« Désolé, désolé. Mais tu ne devrais pas t’énerver. Tout le monde fait des choses stupides quand ils sont gosses. Même moi, j’en ai fait. »

« Hmph. De mon point de vue, tu es encore un enfant. »

« Oh, tais-toi. Je suis beaucoup plus mature qu’avant. Quand j’avais treize et quatorze ans, j’étais particulièrement pénible… »

C’était amusant de penser à… C’était seulement un an ou deux avant que Dieu ne m’envoie dans ce monde nouveau… Mais j’avais l’impression que c’était il y a une éternité.

J’avais l’habitude de m’amuser avec des bandes de motards, et j’avais aidé à ruiner la vie sociale d’un professeur remplaçant qui essayait de se faire une petite amie parmi ses élèves…

En y repensant, j’avais fait des conneries imprudentes. Même si j’avais de bonnes intentions, il y avait de meilleures façons de procéder… Je ne savais pas vraiment à quel point j’avais mûri… Mais je savais que j’étais un homme différent dans ce monde.

« Mes sentiments pour toi ne changeront pas, Leen. En fait, je suis content du passé que tu as eu et le passé que j’ai eu. Sans l’un ou l’autre, nous ne nous serions jamais rencontrés. »

« Hehe... J’… J’aime ça… Merci, mon chéri. »

Leen me serra doucement dans ses bras. C’était rare. Quand les autres fiancés étaient là, Leen restait généralement en arrière-plan. On aurait dit qu’elle prenait ses chances dès qu’elle pouvait les avoir.

« Qu’est-ce que vous faites tous les deux !? Arrêtez de vous enlacer en public ! Dégoûtants ! Perdants ! »

Éris gâcha le moment en nous séparant physiquement, Leen et moi. Paula me serra doucement dans ses bras. M,merci…

« Wôw, c’est vraiment Leen… »

« Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu, tu vas bien ? »

« Nena, Ati… Je suis contente de vous voir. »

Une fille qui avait l’air d’avoir une vingtaine d’années, et une fille qui avait l’air d’avoir huit ans se sont toutes deux précipitées vers nous.

Nena ressemblait à une petite villageoise typique. Ses cheveux étaient blancs et tressés, ceux-ci coulaient le long de son front. Je me demandais si cette enfant était une aînée.

Ati, par contre… Elle était aussi plate qu’une planche. Si ses cheveux n’étaient pas longs, on l’aurait facilement prise pour un homme. Elle semblait distante, un peu comme une sœur aînée sévère.

« Nous avons appris la nouvelle ! Félicitations ! »

« La rumeur est-elle vraie ? On a entendu dire que tu t’étais pris un petit ami. »

« Gh — ! Comment le sais-tu déjà !? On vient juste de le dire au Roi ! »

Leen avait l’air complètement décontenancée, Ati lui répondit en retour.

« Heh… Sais-tu que les aînés ont leurs propres sources d’information ? Tout le monde est déjà au courant. »

« Quoi !? »

Leen semblait un peu ennuyée. Mais, avant même de nous en rendre compte, nous avions été emmenés à un grand banquet aux côtés des anciens du village.

« Applaudissez Leen et le Grand-Duc de Brunhild ! Santé ! »

« Santé ! »

Des lucioles illuminaient la nuit comme des lanternes magiques alors je saluais chaque aîné un par un. Leen me suivait. J’avais fini par entendre beaucoup d’histoires sur son passé. Mais Leen en était souvent gênée ou irritée. C’était marrant.

Étonnamment, tout le monde était heureux. Nous avions célébré toute la nuit. Personne ne s’était opposé au mariage. Eh bien. Personne à part Éris, qui grognait encore dans son coin.

« Hrmph... »

Apparemment, tout avait été réglé depuis un moment. Les anciens avaient oublié depuis longtemps les tracas qui avaient poussé Leen à quitter le village.

« Éris… »

« Mlle Leen… »

Leen était allée parler à Éris. Elle posait problème, mais elle tenait beaucoup à Leen. Elles étaient en un sens de la même famille.

« Allez… N’est-ce pas suffisant ? Tu sais que je ne suis pas idiote… Ne me fais-tu pas confiance ? Hé, Éris… Tu sais… Ton approbation était plus importante pour moi que celle des anciens. »

« Je… Je… Je ne veux pas que tu nous quittes, Leen… Tout le monde s’en va… Alors que nous avons enfin formé une nation pour les gens de notre race… Elle n’existe que depuis vingt ans, et… Et tu t’en vas ! »

Leen soupira, puis fit un petit câlin à Éris.

« Hey maintenant… C’est ma maison, Éris. Et j’ai confiance en toi pour ces responsabilités. Je te confie ça à cause de ce que tu représentes pour moi, d’accord ? Tu es la matriarche, et tu seras merveilleuse. Un jour, tu transmettras aussi le titre… Nous transmettons nos sentiments de cette façon. Je veillerai sur toi, et je te guiderai aussi. Tout comme les anciens. »

« Mlle Leen… »

« Prends soin de toi, Éris… Il ne faut pas être têtu. Tu es dans une position importante maintenant, et tu dois diriger notre peuple avec soin et grâce. Promets-moi que tu te battras contre l’injustice. Dans ou hors de Mismede. Si tu ne le fais pas… Je vais… Pincer ton nez ! »

« Gah ! »

Leen sourit en serrant doucement le nez d’Éris. Paula, qui était aux pieds de Leen, s’était graduellement déplacée pour faire ses propres choses.

Au bout d’un moment, Éris était venue me voir. Elle pointa un doigt dans ma direction.

« Toi… J’… J’admets à contrecœur que tu comptes beaucoup pour Mlle Leen ! Mais sache que je viendrais te voir si tu ne la rends pas heureuse ! »

« Cela va sans dire… Mais je te le promets que je rendrai Leen aussi heureuse que possible. »

« Hmph ! »

Éris s’était retirée avec un peu de rougeurs sur son visage. Je croyais l’avoir surprise en train de sourire quand elle était retournée vers les anciens.

« Mec, je suis fatigué… »

« Eh bien hé… On a sa bénédiction. »

Leen s’était assise à côté de moi. Nous avions traversé beaucoup de choses, mais nous avions finalement tout réglé.

« J’aurais aimé qu’elle soit honnête depuis le début. Cette fille a une personnalité troublante… Mais son cœur est bon. »

Leen sourit et soupira. J’étais tout à fait d’accord avec cela. Je me demandais si elle sera bien en tant que nouvelle matriarche.

« J’ai demandé aux anciens de la surveiller de près. C’est à Éris et aux fées de décider, pas à nous. »

Leen posa sa tête sur mon épaule. J’étais un peu gêné, mais… On était fiancés, donc c’était bien.

Éris l’avait accepté, tout comme les autres.

{... Mon seigneur, vous m’entendez ? Vous m’entendez ?}

« Que se passe-t-il... »

J’entendais la voix de Kohaku dans ma tête. Je me demandais s’il s’était passé quelque chose.

{Euh… Attendez, comment dois-je dire ça encore une fois... Ah… Ah oui ! Oui, je vous entends !}

{Touya ! Où es-tu en ce moment ?}

La voix de Yumina entra dans ma tête, mon sang avait refroidi.

Oh merde. Je ne leur avais pas dit que je rentrerais tard ! Je l’avais encore fait !

« A, ah… Yumina… Uhm. En ce moment, je suis au village des fées avec Leen. »

{D’accord, merci. On devrait tous y aller un jour ou l’autre ! J’espère que tu t’amuses bien. Il se fait tard, alors n’oublie pas de nous tenir au courant la prochaine fois.}

Putain de merde. J’avais vraiment besoin de me rappeler le fait que je peux utiliser la messagerie télépathique… Paula frissonnait comme une folle. Calme-toi, ça va…

{Quoi qu’il en soit, je dois te dire…}

« C’est bon ! On rentre à la maison tout de suite ! Je serai là dans 30 secondes ! »

Je ne voulais pas d’une autre conférence, alors j’avais coupé la transmission, j’avais dit aux aînés que nous devions partir, j’avais attrapé Leen et Paula, puis j’avais ouvert une [Porte] dans laquelle je fonçais à toute vitesse.

« … je te souhaite le meilleur ! »

Alors que nous traversions le portail, j’entendis les mots de séparation d’Éris. Elle semblait un peu ivre, mais… Nous avons souri tous les deux.

« Oui, soyons heureux ensemble, chéri… »

« C’est prévu au programme. »

Paula mima un petit rire pendant que je répondais à Leen.

***

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, informez-nous en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée s’il vous plaît. Il est conseillé de se connecter sur un compte avant de le faire.

Laisser un commentaire