Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 8 – Chapitre 2

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Chapitre 2 : Donjons et Dragons

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Chapitre 2 : Donjons et Dragons

Partie 1

« Avance, Feu ! Barrage explosif : [Explosion de la fusée éclairante] ! »

Linze prononça les mots, et immédiatement cinq endroits au loin s’enflammèrent. Tout ce qui s’y trouvait était anéanti.

Ce nouveau sort était une version améliorée de l’[Explosion] ou peut-être serait-il plus approprié de dire que c’était la version originale du sort. C’était à tous les coups à un autre niveau… Le fait que nous ayons décidé de le tester dans les plaines plutôt que sur le terrain d’entraînement me rendait heureux.

« Tu l’as fait ! Hmm… Je me demande finalement si le Feu te va mieux que l’Eau, Linze. »

« Et bien… Je n’ai pas fait tout ça tout seul, tu sais… Je dois surtout remercier Leen de m’avoir amenée jusqu’ici. »

« Je vous ferai savoir que le feu est mon pire élément. Et cela ne m’est pas exclusif. Tous les membres du clan des fées partagent la même faiblesse. Seul un petit nombre d’entre nous peut en faire usage. Cela pourrait avoir un rapport avec le fait que nous sommes historiquement une espèce qui a vécu dans la forêt. »

Hmm… Mais au fait, Leen n’a-t-elle pas une affinité avec six éléments ? Si je me souviens bien, le seul qu’elle ne peut pas utiliser est Ténèbres. Elle avait dit quelque chose à propos d’utiliser Paula pour compenser le fait qu’elle ne puisse pas utiliser la magie d’invocation.

Paula était restée debout, les mains sur les hanches, triomphante, alors que les explosions retentissaient une fois de plus… Mais elle ne semblait pas vraiment être un substitut pour quelqu’un comme Kohaku.

« Leen, as-tu mémorisé des variantes de sorts anciens ? »

« Bien sûr. Bien que le mien soit un sort de type Eau. »

Leen se tenait devant Linze, étendant ses deux bras devant son corps et se concentrant aussi fort qu’elle le pouvait.

« Avance, Eau ! Tourbillon enragé : [Maelstrom] ! »

Une énorme tornade d’eau tourbillonnante apparue, déchirant le sol et dévorant la terre. Elle n’avait pas de cible précise, mais cela semblait de toute façon être une sorte de sort destructeur à grande échelle. Il était incroyablement fort, tout comme celui du feu…

« L’inconvénient est la vitesse à laquelle il draine mes réserves magiques. Mais vu ce qu’il fait, ce n’est que justice. »

Il était logique que des sorts plus puissants sapent rapidement la magie. C’était pourquoi un bon mage savait s’adapter et utiliser les sorts nécessaires pour la situation requise. Ils devaient également tenir compte de la quantité d’énergie magique qu’ils possédaient.

Il n’y avait pas que Leen et Linze qui avaient amélioré leurs compétences grâce à la lecture… Monica et Rosetta ayant assimilé beaucoup d’informations sur les technologies magiques, elles tentaient aussi de nouvelles expériences. Certains livres étaient même écrits par le Docteur Babylone elle-même.

Récemment, Leen avait même enseigné un peu de magie à Sue. Sue avait seulement une affinité pour les sorts de lumière, mais son pouvoir magique était apparemment assez élevé. Leen avait décidé d’enseigner principalement la magie curative, et Sue l’avait pratiquée sur les chevaliers à leur retour d’entraînement.

Mais elle faisait encore son stage de bonne avec Lapis et les autres… Je n’avais vraiment aucune idée du genre de carrière que cette fille espérait poursuivre.

Fam était descendue à la surface et s’était rapidement cachée dans la bibliothèque du château. C’était vraiment un rat de bibliothèque… Même les fous de livres dont j’avais entendu parler chez moi ne pouvaient pas lui tenir tête. Elle s’était aussi adonnée à cette activité pendant environ cinq mille ans, c’était donc une maladie qui s’était répandue dans tout son corps. Pour dire les choses simplement, son affection de type livre était incurable.

Cet après-midi, j’étais parti à la guilde. J’avais décidé de m’y rendre au moins une fois par semaine.

J’avais même accepté quelques quêtes de temps en temps pour me tenir occupé, mais mon principal travail consistait à obtenir des informations du maître de la guilde, Relisha.

Je portais une cagoule dans la guilde, pour essayer de dissimuler mon identité. Honnêtement, j’étais sûr que les gens savaient qui j’étais, même avec la capuche sur la tête… Pourtant, il valait mieux ne pas se faire remarquer.

« Salaud ! Tu veux te battre !? »

« Amène-toi, punk ! »

Deux hommes s’étaient saisis par le col et avaient rapidement décidé de sortir.

Encore une fois… ? On dirait qu’il y a une bagarre chaque fois que je viens ici. Eh bien, je suppose que ça fait partie de la vie de la guilde…

Les aventuriers avaient toujours voulu prouver leur valeur, alors c’était tout naturel. Tant qu’ils s’en occupaient eux-mêmes et qu’ils ne dérangeaient pas les habitants, je les laissais s’en occuper.

« Bonjour. »

« Ah ! Votre A — je veux dire, euh, Touya… Bonjour. »

Je parlais à la réceptionniste aux oreilles de chat. Si je me souvenais bien, elle s’appelait Misha. Ses oreilles de chat bougeaient d’avant en arrière, ce qui était assez mignon.

« Comment se porte la guilde ces derniers temps ? »

« Laissez-moi réfléchir… Il y a beaucoup de quêtes générales qui circulent. Nous avons aussi des missions d’escorte occasionnelles. Mais il n’est pas vraiment possible de faire un gros bénéfice vu la faible quantité de quête que nous avons. Certaines personnes ont été irritées par cela, et la plupart partent après avoir fait quelques missions. Personne ne traîne dans les parages, donc c’est surtout un afflux de nouveaux visages chaque jour. »

En parlant, ses yeux s’étaient tournés vers les deux hommes qui se battaient à l’extérieur. Je vois…

Pour une raison quelconque, beaucoup de débutants avaient tendance à penser qu’ils devaient agir en machos. Ils ne voulaient probablement pas être sous-estimés ou méprisés, mais naturellement, c’était une cause majeure de conflit, car il y avait trop de gens qui mesuraient leur ego.

Cela aurait été bien si ces gens n’étaient que des débutants, mais il y avait beaucoup de gens qui ne pouvaient pas accéder aux rangs supérieurs à cause du manque de diversité des quêtes, donc vous aviez surtout un tas de gens tendus qui se frappaient avant de passer à autre chose.

Ce serait beaucoup mieux si nous avions des aventuriers chevronnés qui traînaient dans le coin pour contrôler les choses… Mais je ne pouvais pas m’attendre à ce que les gens viennent chez nous si nous n’avions rien à leur offrir.

Misha m’emmena au deuxième étage. J’entrais alors dans les quartiers de Relisha. L’elfe, chef de la guilde, était en train de ranger quelques papiers lorsque j’étais entré dans la pièce. Cependant, dès qu’elle me remarqua, elle se dirigea immédiatement vers un canapé voisin.

« C’est bon de vous voir. En fait, vous êtes arrivé juste au bon moment. »

« Oh ? »

Elle posa les documents sur son bureau et en prit un. Elle s’assit ensuite à côté de moi sur le canapé.

« J’ai deux nouvelles, et une proposition. Tout d’abord, des dragons ont été aperçus. »

« Des dragons ? »

« L’un d’eux est apparu au sud de la mer des arbres, dans le royaume brûlant de Sandora. D’après ce qu’on m’a dit, il a semé le chaos dans un petit village du désert, puis s’est envolé vers des régions inconnues, ce qui est assez normal. Mais nous avons ensuite entendu des rapports de Yulong et de Roadmare selon lesquels des dragons attaquaient des villages dans la région. Trois dragons, pour être précis. »

C’est étrange… Les dragons ont tendance à vivre dans les montagnes, loin de la société, et ils attaquent rarement les territoires humains. Même parmi les dragons, il y a des aînés et des juniors. D’après ce que j’ai compris, c’étaient les dragons plus jeunes qui se comportent plus comme des animaux sauvages et qui attaquent les choses de manière imprudente.

À Mismede, il y avait ce dragon noir, et c’était un jeune. Le dragon rouge que j’avais rencontré par la suite était plus âgé, et il semblait être un type beaucoup plus raisonnable.

« C’est peut-être une coïncidence, mais c’est difficile à le dire. Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas sur la race des dragons. Cela pourrait être la saison des amours pour eux, ou un autre événement migratoire. Nous allons quand même poursuivre l’enquête. Passons maintenant à la deuxième question… Eh bien, celle-ci s’accompagne d’une proposition. »

Relisha étala le document sur la table, révélant ainsi qu’il s’agissait d’une carte. Elle ressemblait à une carte maritime, mais il y avait des îles parsemées ici et là.

« C’est un archipel récemment découvert au sud de Sandora. Nous avons trouvé plusieurs ruines anciennes sur ces îles, mais il y a un problème… C’est un endroit éloigné, donc les fouilles et l’exploration sont extrêmement difficiles. »

« Avez-vous utilisé des bateaux ? »

« Oui, mais les îles ne sont pas adaptées aux séjours prolongés. L’environnement fluctue à l’extrême, les températures brûlantes deviennent rapidement glaciales en quelques minutes. La vie sauvage y est aussi plus que dangereuse. Je me suis demandé pourquoi chaque île avait de petites ruines, mais il est possible qu’il s’agît d’une seule grande île à l’époque antique. »

Hm… Une île engloutie ? Ce n’est certainement pas impossible. C’est peut-être aussi la raison pour laquelle elles ne sont plus habitées. Puis les monstres s’y sont installés et le reste appartient à l’histoire… je suppose que c’est possible.

« L’autre problème est le suivant : les ruines sont des donjons de taille considérable. Nous supposons que ce sont des constructions humaines, probablement créées par d’anciens mages ou des individus d’une influence considérable. Si c’est le cas, on peut supposer qu’il y ait un trésor dans les donjons. Naturellement, la guilde ne peut pas manquer une occasion de piller ces vieilles ruines. »

C’est tout à fait vrai. Il pourrait y avoir toute une montagne de trésors en bas. Personnellement, je n’ai jamais plongé dans un donjon, mais d’après ce que j’ai compris, il y a beaucoup de ruines éparpillées dans le monde entier.

« Habituellement, nous publions des avis de quêtes pour des cas comme celui-ci, car c’est à peu près la norme pour l’exploration de donjon. Cependant, l’emplacement des ruines pose un problème… Et c’est là que ma proposition entre en jeu. »

Relisha se pencha un peu plus près de moi.

Qu’est-ce que… C’est mon espace personnel, madame… ? Bien que je suppose qu’avoir une femme comme ça qui se presse contre moi n’est pas la pire chose au monde.

« Je me demandais s’il vous serait possible de relier ces donjons à Brunhild en utilisant l’un de vos sorts de [Porte], Votre Altesse. »

« Hein ? »

Quoi ? Pourquoi relierais-je Brunhild à une série de donjons dangereux ?

« Ce que j’essaie de dire, c’est que j’aimerais que nos aventuriers puissent accéder facilement aux donjons et les défier. Si les aventuriers se rassemblent ici pour explorer un territoire jusqu’alors inexploré, alors la ville se développera également. La compréhension du donjon par la guilde se développera également à mesure que nous y enverrons d’autres aventuriers, et nous profiterons tous de ce qui sera ramené. Qu’en pensez-vous ? »

Oh… C’est vraiment une bonne idée.

Si je faisais quelque chose comme ça, nous aurions une tonne d’aventuriers qui viendraient chercher un moyen de gagner de l’argent rapidement, ce qui augmenterait aussi le chiffre d’affaires de nos auberges et de nos magasins. De plus, le fait que plus de gens soient ici finirait par attirer encore plus de monde. Je ne vois pas d’inconvénient.

Je pourrais facilement faire en sorte que les créatures de l’autre côté ne puissent pas non plus passer par le portail. En d’autres termes, nous utiliserions l’accès au donjon comme un moyen de promouvoir Brunhild.

« J’ai néanmoins quelques questions ? Tout d’abord, est-ce que les îles appartiennent à une nation ? »

« Elles sont actuellement sous la surveillance provisoire de la guilde, et ne sont affiliées à aucune nation, non. Cependant, si vous acceptez cette proposition… Je pense qu’il ne serait pas déraisonnable de considérer que ces terres soient accordées au duché de Brunhild. Eh bien, si vous pouvez promettre que la guilde aura des droits exclusifs sur les trésors excavés et toute information de valeur découverte. »

« Très bien, alors. Une autre question. N’avez-vous pas envisagé le fait que je puisse aller explorer personnellement ces donjons ? Je pourrais facilement monopoliser des trésors et des informations importantes de cette façon. »

« Heheh... Je ne crois pas qu’un homme qui a réuni les dirigeants du monde pour s’opposer à la menace de Phase ferait une chose aussi horrible. Je n’ai pas eu ce travail juste pour mon joli physique, vous savez ? J’ai l’œil pour juger le caractère. »

Huh. Je suppose qu’elle a une très bonne opinion de moi. Eh bien, il vaut mieux ne pas la laisser tomber…

C’était certainement une perspective intéressante. Ce n’était pas moi qui allais explorer l’endroit, mais les aventuriers, les marchands et les membres de la guilde qui avaient intérêt à visiter les lieux.

Même l’explorer au hasard et le cartographier serait profitable. Je ne serais pas surpris de voir des cartographes se joindre aux expéditions.

Plus le donjon était profond, plus les monstres étaient forts. D’après ce que j’avais compris, la densité de la magie dans l’air était d’autant plus forte que l’on voyageait plus profondément, c’était pourquoi les bêtes magiques les plus fortes préféraient se cacher sous terre.

Cependant, tout aventurier digne de ce nom serait conscient des risques, c’était pourquoi j’avais décidé de ne pas trop m’inquiéter des gens qui se blessaient.

« Très bien, alors. Je vais coopérer. »

« Merci beaucoup ! Nous aimerions que vous placiez la [Porte] menante aux donjons près de la guilde, à la périphérie de la ville. »

Nous avions donc acquis une nouvelle attraction, qui était une série de donjons. Avec un peu de chance, la ville allait encore plus prospérer grâce à cela. J’avais décidé de faire un peu d’exploration préventive.

***

Partie 2

Après avoir demandé à Relisha de m’indiquer l’emplacement des îles, j’avais ouvert une [Porte] vers le Désert de Rabbi, qui se trouvait juste à l’extérieur de Sandora. Ensuite, j’activais [Vol] afin de me diriger vers le sud.

Après avoir volé pendant un certain temps, je rencontrais finalement les îles. Elles étaient aussi éloignées qu’elle l’avait imaginé. Même un bateau venant directement de Sandora mettrait beaucoup de temps à arriver.

« Hm… Il devrait y en avoir trois, non ? »

Chaque île avait un donjon différent, et il y en avait trois au total. On m’avait demandé de les nommer, mais j’avais repoussé l’idée. J’espérais un éclair d’inspiration.

« Oho ? »

Je regardais les îles et je vis un bateau au large des côtes. En regardant de plus près, je vis un groupe camper sur la plage d’une des îles. J’avais supposé qu’il s’agissait des responsables de la guilde qui surveillaient les îles. Je débarquais dans le camp. Les hommes surpris sortirent leurs armes.

« Qui êtes-vous ? »

« Je donne suite à une demande du chef de guilde Relisha. En ce moment, je suppose que je suis un aventurier, alors… voici ma carte. »

« Quoi... Or !? Alors vous devez être de Brunhild… Pardonnez-nous, monsieur ! »

Les responsables de la guilde avaient immédiatement rengainé leurs armes. Le pouvoir de la carte de la guilde était vraiment quelque chose. Il semblait impossible de la falsifier, donc la crédibilité d’une carte de guilde était absolue. Mais je me demandais s’il était possible de tromper un officiel de la guilde avec une fausse carte assez convaincante…

« Relisha m’a demandé de relier ces îles à Brunhild… Hm, peut-être que je devrais juste l’amener ici. »

J’ouvrais une [Porte] et j’y fis passer Relisha.

« … C’est effectivement ce que j’ai proposé, oui, mais je n’arrive pas à croire que vous soyez arrivé si vite… »

Je laissais la discussion à Relisha. Celle-ci dit aux responsables de la guilde que leur travail était officiellement terminé.

Ces îles étaient désormais le territoire étendu de Brunhild… Mais elles étaient plutôt stériles. Elles n’étaient composées que de montagnes, de plages de sable, d’un ciel bleu et d’une jungle agitée.

« Alors, où est le donjon ? »

« Allez tout droit dans la jungle et vous arriverez à un flanc de montagne. Grimpez un peu et vous arriverez à une grotte. Là, vous trouverez des escaliers rocheux qui mènent vers le bas. C’est l’entrée du donjon. Cette île étant entourée d’une grande plage de sable, une grande partie est submergée, mais elle est aussi très étroite. Le donjon se trouve probablement sous le niveau de la mer. Il est sûrement relié aux donjons des autres îles. »

S’il était vrai que cet endroit était autrefois une grande île, il serait logique que les cachots soient reliés d’une manière ou d’une autre. Mais il n’y avait qu’une seule façon de le savoir avec certitude.

« Je vais essayer d’y aller pour l’instant, mais qu’en est-il des autres ? »

« Je vais m’occuper de la procédure à Brunhild, si vous pouvez me renvoyer. Ah, désolé, mais pourriez-vous aussi renvoyer les autres membres de la guilde à Sandora ? »

Ce n’était pas du tout un problème. J’avais rapidement renvoyé Relisha à Brunhild.

Après cela, les autres démontèrent leur camp et montèrent à bord de leur navire. Ils semblaient tous assez heureux de partir. Je pouvais imaginer que rester assis à attendre les ordres était probablement ennuyeux. Je pouvais comprendre cela.

Une fois tout le monde à bord, j’avais transféré le navire au port principal de Sandora. C’est tout.

Et maintenant, la partie la plus amusante, j’allais visiter le donjon.

J’avais décidé d’y aller à pied. Ce serait plus facile de voler, mais j’avais profité de la promenade pour abattre des arbres et créer une route pavée en utilisant la magie de terre.

J’avais été attaqué pendant ce temps par un loup à six pattes et un serpent à deux têtes, mais il s’agissait de menu fretin et il n’avait pas fallu beaucoup d’efforts pour les tuer.

Finalement, j’étais sorti de la jungle et je fis un chemin lisse jusqu’à la montagne. Ensuite, je gravais des escaliers dans la falaise pour terminer le chemin vers le donjon.

Une fois là, j’entrais dans la grotte et je regardais les marches qui menaient à l’abîme.

« … Mec, c’est sombre. Ce n’est cependant pas trop surprenant. »

Je lançais une [Orbe de lumière]. Celle-ci émit une petite sphère de lumière. Le donjon devenait de plus en plus humide à mesure que je descendis à l’intérieur. Mais j’étais probablement sous la mer, donc l’humidité était naturelle.

Après avoir erré un moment, je m’étais retrouvé dans une vaste pièce. L’endroit était certainement fait par l’homme. J’avais pu voir à quel point les murs et le plafond étaient anormalement sculptés.

Je regardais autour de moi et je trouvais trois chemins différents. Gauche, droite et tout droit. Allons donc… Une division en trois dans la première pièce ? Si c’est un jeu, ce ne serait pas aussi compliqué… Mais je suppose que ce n’est pas un jeu, alors je devrais arrêter de m’en faire.

Je ne voulais pas me perdre, alors j’étais allé tout droit. Il m’était évidemment impossible de me perdre puisque j’avais accès à la [Porte] et tout.

J’avais continué tout droit jusqu’à ce que j’atteigne une autre bifurcation. Cette fois-ci, c’était à droite ou à gauche.

Hm… Je suppose que c’est de ma faute, j’ai pensé que le chemin serait droit. Attends…

« Ça ne marchera peut-être pas, mais… affichez la carte. Affichez le premier sous-sol de ce donjon, et ma position actuelle. »

« Affichage. »

Mon smartphone répondit. Il projeta une carte de l’étage actuel à côté de ma position actuelle. Cela a fonctionné… Wôw, ça a vraiment marché ! Attends, merde… Je ne voulais pas que ça marche.

Il montrait aussi les escaliers qui menaient au deuxième étage. Il semblait y avoir quatre étages au total.

Argh… Je viens de me spoiler moi-même, non ? Je peux probablement faire du profit en vendant cette carte, mais… je ne le ferai pas. Il serait préférable que les aventuriers découvrent les secrets de cet endroit par eux-mêmes sans que je gâche tout le plaisir. En plus, ce serait bien plus cool de les regarder explorer cet endroit, comme un parc d’attractions. Bon, peu importe… je suppose au moins que je peux toujours explorer le premier étage.

« Whoa ! »

Je m’étais tourné vers le passage menant à l’escalier du deuxième étage, et je m’étais retrouvé face à face avec des monstres. Il s’agissait de petites créatures à tête de chien appelées Kobolds, et il y en avait deux au total.

Les Kobolds étaient des monstres instinctifs qui ne comprenaient pas mes mots. D’autres créatures comme les loups-garous ou les vampires, par contre, comprenaient.

Les Kobolds m’attendaient, apparemment. Du moins, c’était ce qu’il semblait d’après leur timing d’expert, alors qu’ils descendaient leurs haches de pierre vers ma tête. J’avais rapidement sorti Brunhild et je les avais tous les deux touchés. Heureusement pour eux, j’avais fait charger des balles de paralysie. Ils avaient échappé de justesse à une fin douloureuse.

J’avais réalisé que mon orbe de lumière était probablement un moyen facile de savoir que j’arrivais. C’était pratiquement une balise qui disait « embuscade » ou quelque chose du genre. J’aurais vraiment dû y penser.

Je passais les Kobolds effondrés et je commençais à me diriger vers les escaliers. Je m’étais arrêté un moment quand je découvris un petit passage latéral avec un ensemble de doubles portes au fond. J’avais pris la décision d’aller voir. Après tout, il n’y avait rien de mal à faire un détour.

Je m’étais dirigé vers le passage et j’ouvris les deux portes au bout. Là, je trouvais une petite pièce avec un coffre au trésor dans le coin. Ce genre de chose était assez courante dans les jeux vidéo, mais c’était un peu bizarre à voir dans la réalité.

Je voulais en quelque sorte demander pourquoi il y avait un coffre au trésor dans un endroit comme celui-ci, mais j’avais décidé de l’ouvrir à la place.

Mon cœur battait plus vite quand je me suis approché du conteneur, et… Je fis une pause pendant un moment, craignant brièvement un piège. Je ne voulais vraiment pas exploser. J’avais décidé de soulever un peu le couvercle, histoire de ne pas tenter le diable. Il n’était en tout cas pas verrouillé. J’avais donc ouvert le couvercle en faisant un petit clin d’œil, mais aucun piège n’était posé ! En regardant dans le coffre ouvert, je vis…

« Qu’est-ce que… »

Un couteau rouillé, une sacoche sale, un morceau de poteau qui semblait bancal et une hache en pierre faite à la main. La hache ressemblait à celle que les Kobolds d’avant brandissaient. Il semblerait que je sois tombé sur leur cachette secrète. Eh bien, c’était des déchets pour moi, mais probablement un trésor pour eux. Pourtant, il n’y avait aucune chance que la guilde veuille acheter ce genre de merde. Je regardais de plus près et je vis quelque chose qui brillait dans le coin du coffre. Ce que je vis n’était autre qu’une petite bande d’or. Il n’y avait pas de bijoux incrustés dedans, mais c’était certainement une bague en or. Si elle était vraie, elle aurait certainement une valeur.

En y pensant, où ont-ils trouvé le coffre au trésor ? Il était possible que le coffre ait contenu un trésor à un moment donné, mais les monstres avaient pu y retirer des choses une par une… En peu de temps, les Kobolds n’avaient plus qu’à s’en servir comme d’un autre récipient de stockage.

Le coffre au trésor aurait même pu provenir d’un autre étage. Il était possible que quelqu’un, ou… quelque chose l’ait traîné tout en haut depuis un étage inférieur.

Le véritable trésor aurait pu être pillé par les habitants du donjon et caché dans différentes cachettes… Il était tout à fait possible que les vrais trésors soient maintenant en possession de monstres.

Je pris l’anneau, mais je laissais le reste des affaires derrière moi. Bonne chance, petits Kobolds… Beaucoup de gens vont passer par chez vous et essayer de vous tuer.

Une fois au deuxième étage, j’utilisais la [Porte] pour retourner au bureau de Relisha.

« C’est une bague ordinaire sans enchantement particulier… Bien que, c’est effectivement de l’or. »

Wôw, c’est donc authentique… Je suppose que ça veut dire que les donjons contiennent de vrais trésors.

Le but de tout aventurier était de trouver des trésors dans les anciennes ruines et les donjons, et aussi de récolter des matériaux rares auprès des monstres. Il semblerait que beaucoup de créatures vivant dans les donjons avaient différemment évolué, et que les matériaux rares soient donc monnaie courante dans les niveaux inférieurs.

« Alors, puis-je vous acheter la bague ? »

« Bien sûr, allez-y. Combien vaut-elle ? »

« Voyons voir… Étant donné le mauvais travail manuel et la surface éraflée… Deux pièces d’argent est un bon prix. »

Hm… Deux pièces d’argent pour une bague en or… Ce serait le tarif demandé pour une semaine dans une auberge. Vu que je n’ai pas passé beaucoup de temps à explorer, ça semble assez juste. Mais j’ai peut-être eu de la chance de trouver ça…

Je m’étais rappelé que, si nous avions plus d’aventuriers, je devrais probablement améliorer nos logements. La Lune d’Argent n’avait probablement pas assez de chambres disponibles.

« Il y a autre chose, Votre Altesse. Les portes qui relient Brunhild et les îles… Qu’allons-nous faire pour le péage ? »

« Euh, le péage ? »

« Oui, le péage qu’un aventurier doit payer. Je pense que vous devriez au moins faire payer un droit d’entrée… Aviez-vous prévu de le rendre gratuit ? »

« Hm… Je suppose qu’une pièce de cuivre est probablement suffisante, non ? »

Elle me répondit que c’était assez bon marché, mais qu’il y avait toujours une chance que l’aventurier ne revienne pas. Je voulais que le plus grand nombre possible de personnes puissent rentrer chez elles en toute sécurité et utiliser les services disponibles à Brunhild.

La gratuité aurait été gênante, car nous n’aurions pas pu suivre les allées et venues. Je ne voulais pas que nous perdions la trace de ceux qui passaient et ne revenaient jamais, c’était pourquoi il valait mieux prévoir une redevance pour la tenue de la comptabilité. La carte de guilde était le moyen le plus simple de contrôler cela. En fin de compte, le péage ne générait pas beaucoup de revenus, mais de toute façon ce n’était pas vraiment son but.

Nous aurions probablement besoin de potions, de médicaments, d’armes, et d’armures aussi… Je ne voulais pas m’avancer, mais j’avais décidé de parler aux commerçants de la ville pour faire des provisions pour l’avenir. Il était possible que je finisse par avoir besoin d’un maître forgeron pour réparer les armes et aussi les armures.

J’étais un peu excité de voir où ce projet allait nous mener.

***

Partie 3

De gros flots d’aventuriers avaient commencé à se rassembler à Brunhild. Pourquoi ? Parce que la nouvelle concernant les donjons s’était rapidement répandue.

Après tout, c’était un territoire inexploré. Et en raison de leur situation isolée, ils étaient non répertoriés et intacts. L’attrait des trésors était bien trop grand pour qu’on y renonce, tant de gens étaient venus chercher fortune.

En fait, c’était le premier arrivé, premier servi. Tous les aventuriers voulaient être les premiers à explorer les donjons. Au fait, je les avais nommés Amaterasu, Tsukuyomi et Susanoo.

Dans le passé, j’avais délibérément limité les connaissances de mon sort [Porte] parce que je ne voulais pas être regardé avec attention ou suspicion. Mais il semblerait qu’il était aujourd’hui reconnu comme ma magie « signature ». Je suppose que c’était inévitable, j’avais fini par l’utiliser énormément pendant l’invasion de Yulong.

Quoi qu’il en soit, j’étais déjà dans une position de grande puissance. Je ne m’attendais pas à ce que quelqu’un se retourne contre moi à ce moment-là. Il n’y avait donc pas de réel problème à révéler mes merveilles. Même s’ils essayaient, je les remettais à leur place.

Tout bien considéré, les portails qui reliaient Brunhild aux donjons étaient simplement acceptés comme quelque chose de lié à mon pouvoir.

Les donjons n’étaient pas seulement vastes, ils étaient dangereux. En raison de l’absence de civilisation dans la région depuis si longtemps, l’endroit était devenu un lieu de reproduction privilégié pour les bêtes magiques. Et bien que l’exploration n’ait pas duré très longtemps, il semblerait que certains groupes étaient déjà arrivés jusqu’au troisième étage.

La guilde était satisfaite, car elle voyait un accroissement des objets rares, des matières premières précieuses et des trésors.

Au début, je m’inquiétais du nombre d’aventuriers en ville, ce qui perturbait l’ordre public, mais ce n’était pas aussi grave que je le pensais. Il y avait néanmoins quelques rudes types et quelques fauteurs de troubles aux côtés des chercheurs de fortune.

Donc, même si ce n’était pas à grande échelle, il y avait une augmentation lente, mais constante des imbéciles qui pensaient pouvoir déranger mes citoyens et harceler les ouvriers des magasins.

Je ne connaissais pas les normes en vigueur dans les autres pays, mais je ne les laisserais certainement pas faire à leur guise. Quiconque était pris en train de causer des ennuis était traîné à la prison de Whisper (un espace clos rempli du bruit constant de clous sur un tableau noir), ou au Hellish Aroma Pen (un autre espace clos rempli d’une fraction d’un slime d’odeur). Cela leur donnerait amplement le temps de réfléchir à leurs attitudes.

J’avais aussi construit un hôpital en ville, et pas seulement à l’intention des aventuriers. J’avais plusieurs spécialistes de la magie de type de Lumière et quelques médecins qui y étaient stationnés, pour soigner les blessures et les maladies. J’avais aussi demandé à Flora de créer plusieurs médicaments pour les habitants de la ville.

Nous les facturions à un prix raisonnable, mais les enfants dont les parents étaient citoyens de Brunhild étaient soignés gratuitement. Si vous aviez moins de treize ans dans ce monde, alors vous étiez encore un enfant. Je ne voulais pas les exclure des soins de santé simplement parce qu’eux ou leurs familles n’en avaient pas les moyens.

J’avais dit que c’était gratuit, mais cela signifiait simplement que cela ne leur coûterait pas d’argent. Leurs parents devraient quand même travailler un jour ou deux sur des projets nationaux pour compenser. Mais s’ils pouvaient se permettre de payer en liquide, ils pourraient toujours éviter cela et payer les médicaments comme tout le monde.

Il y avait quelques stands alignés le long des portails, remplis d’huile à lampe, de corde, de rations, de médicaments, de bandages et d’autres produits de première nécessité pour les aventuriers. Il semblerait que chaque stand avait une spécialité différente. L’un vendait des couteaux, un compas, une cantine, etc.

Je m’étais approché de l’un des étalages et j’avais appelé le marchand. Celui-ci se tourna vers moi.

« Salut. Comment vont les ventes ? »

« Ah, pas mal du tout… Je pourrais bien finir par changer de carrière à ce rythme ! »

Cet homme était l’un des ninjas de Brunhild. En d’autres termes, c’était un ancien agent de Takeda, et un subordonné de Tsubaki.

Je l’avais fait assigner ici. Il était déguisé en vendeur et surveillait les gens qui passaient. Je ne voulais pas paraître suspect en lui parlant trop longtemps, alors j’avais commencé à ramasser des articles sur son étal pendant que je parlais.

« Des problèmes ? »

« Non, rien de grave. Bien qu’il y ait eu, ici et là, diverses disputes entre les groupes. Des choses mineures. »

Les combats liés aux trésors n’étaient pas vraiment des sujets nouveaux. Les conflits individuels étaient acceptables, à condition qu’ils n’impliquent pas des spectateurs sans lien de parenté.

« Quand je suis allé au donjon, il n’y avait que des kobolds au premier niveau. Quelle est la situation dans les étages les plus profonds ? »

« Les monstres communs au premier niveau comprennent les kobolds, les gobelins, les rats géants, les chauves-souris géantes et les lapins solitaires. Les monstres communs du deuxième niveau comprennent les hobgoblins, les archers gobelins, les squelettes et les orcs. Quant au troisième étage… J’ai entendu dire qu’il y avait des mantes tueuses et des Dullahans. »

Hein, Dullahans ? Je me souviens d’avoir combattu l’un d’entre eux il y a une éternité. J’avais eu beaucoup de mal à l’époque. Il pourrait être difficile de combattre sans un utilisateur de magie de lumière, ou au moins sans armes anti-morts-vivants.

« Les monstres dans chaque donjon semblent être très variés. Amaterasu semble avoir une abondance de bêtes magiques, tandis que Tsukuyomi a un afflux de morts-vivants. Susanoo, par contre, semble avoir des types de monstres plus génériques. »

Apparemment, la différence entre un monstre ordinaire et une bête magique tenait simplement aux caractéristiques bestiales qu’ils possédaient. Je ne savais pas vraiment pourquoi ils avaient pris la peine de faire une telle distinction. Mais je me demandais quand même pourquoi les différents donjons semblaient favoriser différents types de monstres. C’était peut-être simplement un cas d’instinct de prédateur. Les bêtes magiques se mangeaient même entre elles, alors peut-être que les autres classifications de monstres gravitaient loin de leur terrain principal.

J’avais remercié le ninja et m’étais dirigé vers le portail. Il y avait maintenant trois portes au total, chacune menant à l’entrée d’un donjon différent.

Cependant, l’emplacement réel des îles était en fin de compte la même. Rien n’empêchait quelqu’un de nager vers une autre plage ou de construire un bateau pour se rendre aux autres endroits. Mais la plupart des aventuriers trouvaient plus pratique de revenir à Brunhild et de passer par une autre [Porte].

Même s’ils devaient présenter leur carte de guilde et payer une pièce de cuivre, c’était toujours plus facile que de se déplacer d’île en île à l’ancienne.

Une seule pièce de cuivre était l’équivalent d’un repas dans ce monde, alors je m’étais dit que cela représentait environ mille yens. Mais si c’était le cas, alors j’avais l’impression que faire payer deux pièces de cuivre par nuit à la Lune d’argent était probablement un peu bon marché. D’autant plus que cela comprenait trois repas. Mais cela signifiait quand même que cela coûterait environ soixante mille yens pour un mois entier. Vu sous cet angle, le prix était probablement assez élevé. Hmph…

Quoi qu’il en soit, comparer la monnaie entre ce monde et mon ancien monde était un exercice inutile. J’avais décidé de ne pas trop y penser.

« Touya-dono ! »

« Touya… ! »

« Hm ? Yae et Hilde ? Quoi de neuf ? »

Je m’étais retourné pour trouver un duo d’épéistes qui courait vers moi. Elles semblaient vraiment plus proches ces derniers temps, probablement parce qu’elles s’affrontaient toujours ensemble.

« Nous avons convenu de nous mettre en route et d’enquêter sur les ruines tout en nous entraînant en même temps. Hilde-dono n’a néanmoins pas autant d’expérience que moi dans le combat contre les bêtes magiques. »

« Oui ! Regardez, j’ai même reçu une carte de guilde ! Bien qu’elle soit encore noire… Elle n’est pas tout à fait comparable à la tienne, Yae. »

Hilde brandit timidement sa carte de guilde. Elle semblait heureuse.

 

 

Sa carte était noire, la couleur du débutant. Le niveau le plus bas possible… Le fait de penser que la Princesse chevalière de Lestia était considérée comme débutante était un peu drôle. Ça ressemblait à une mauvaise blague. J’avais décidé qu’on allait travailler pour réparer ça. Celle de Yae était rouge. Cela était dû au fait qu’elle avait vécu des aventures avec moi pendant un certain temps.

Cela dit, passer au niveau rouge en si peu de temps était pratiquement impensable. Pourtant, je ne pouvais pas être si surpris que ça. Yae était remarquablement puissante, elle l’était même avant que je ne l’aie rencontre.

« Qu’est-ce qui t’amène ici, Touya-dono ? »

« Oh, moi ? Je fais juste une petite inspection de sécurité. »

« Ah, si tu as fini, voudrais-tu venir avec nous ? »

« Oh, bien sûr. Allons-y. »

Nous avions franchi la porte d’Amaterasu et étions arrivés sur les sables blancs nacrés.

Ne vous inquiétez pas, j’avais payé la redevance comme tout le monde. Je ne voulais pas qu’on fasse des histoires, du genre que mes fiancées et moi avions eu un traitement spécial. Cela nous ferait trop remarquer aussi. Normalement, je n’aurais utilisé que ma propre [Porte], mais j’avais décidé d’en profiter pour vérifier que celles-là fonctionnaient bien.

L’archipel était composé de sept îles. Certaines grandes, d’autres petites. Il n’y avait cependant pas de donjon sur la plus grande île. C’était juste une région sauvage, gouvernée par des monstres et des bêtes magiques.

Il y avait beaucoup de monstres végétaux sur cette île, alors les gens devaient faire très attention quand ils regardaient autour d’eux. Il semblerait qu’il y avait quand même des gens qui s’aventuraient sur l’île principale. Ceux-ci finissaient parfois par se blesser, mais en fin de compte, ce n’était pas mon problème.

Il semblerait que l’île contenait des herbes, des noix et des baies inhabituelles, il y avait parfois des quêtes de guilde visant à aller les chercher.

J’avais invoqué [Orbe de lumière] alors que nous approchions de l’entrée du donjon. Amaterasu était le donjon dans lequel j’étais entré à l’origine, et il semblerait y avoir une quarantaine d’aventuriers à l’intérieur en ce moment. Si je suppose qu’un groupe était composé de quatre personnes, cela signifie qu’il y avait une dizaine de groupes en bas.

« Il y a forcément des conflits avec tant de groupes en bas, n’est-ce pas ? »

« Eh bien, c’est assez grand là-bas. Même s’ils se croisent, ils peuvent se saluer et se séparer à nouveau. Ils pourraient même s’échanger des provisions. Je suis sûr qu’ils n’auront pas encore de lutte de territoire pour les trésors. »

Trois loups solitaires sautèrent et nous attaquèrent alors que nous entrions dans le donjon. Avant que Yae ou moi n’ayons pu réagir, Hilde avait sauté en première ligne et les tua tous. Elle devenait de plus en plus coriace.

« Que dois-je faire avec ça ? Ces cornes n’ont-elles pas de la valeur ? »

« Oui, mais juste les cornes. Leur viande est trop dure à manger, et leur peau est trop fibreuse. »

« On peut donc prendre la corne et laisser le reste ? »

« Oui, il suffit de les pousser contre les parois pour que personne ne trébuche dessus. J’imagine qu’ils deviendront des repas pour d’autres bêtes magiques. Sinon, elles attireront les slimes quand elles commenceront à se décomposer. »

***

Partie 4

Les slimes vivaient apparemment dans toutes sortes de donjons. Ils attaquaient les gens de temps en temps, mais pour la plupart, c’était des charognards inoffensifs. En gros, ils mangeaient et dissolvaient les déchets des donjons.

Les cadavres et les déchets ne faisaient pas non plus exception à cette règle. Par conséquent, la plupart des donjons restaient assez propres. Que les slimes soient loués.

Même si les slimes fonctionnaient comme des aspirateurs vivants, il semblerait qu’ils évitaient le contenu des coffres aux trésors. Mais ils avaient aussi tendance à éviter le métal en général. Si je me souvenais bien, les slimes purifiaient en fait les masses d’eau dans lesquelles ils entraient. Il s’agissait donc probablement de différents slimes ayant des spécialités de nettoyage différentes.

Il y avait une théorie selon laquelle les slimes étaient en fait des créations humaines de l’époque antique. C’était certainement possible. Après tout, je n’avais aucune idée de l’origine des slimes. C’était probablement l’œuvre d’un stupide magicien. J’avais décidé de faire des recherches dans la bibliothèque plus tard.

Hilde traîna les loups solitaires sur le côté et leur coupa les cornes. Les cornes ne valaient pas grand-chose, mais la guilde était tout à fait disposée à nous les retirer des mains.

Par la suite, Hilde avait habilement tué des chauves-souris géantes, des rats géants et de nombreux lapins. Il y avait effectivement beaucoup de bêtes magiques ici. Bien que nous ayons vu de temps en temps un gobelin ou un kobold sortir sa tête.

J’avais décidé de ne pas afficher la carte, ni même de révéler que j’en avais une aux filles. Après tout, nous n’étions pas là pour dresser la carte du donjon. En plus, c’était plus amusant de faire une visite aveugle de l’endroit… Bien que les filles aient fini par découvrir les escaliers du deuxième étage beaucoup plus vite que je ne l’avais prévu.

Nous descendîmes les escaliers et arrivâmes dans une autre grande salle. Il y avait un chemin à gauche et un chemin à droite. Nous avions décidé de nous diriger vers la droite. Nous étions arrivés à un autre carrefour, puis à un autre.

« Maintenant que j’y pense… Nous devrions investir à la fois dans une carte et une boussole. Si vous vous perdez, vous risquez de ne pas pouvoir revenir. »

Hilde avait raison, la plupart des aventuriers avaient certainement fait cela. Moi, en revanche, je pouvais me permettre d’être paresseux sur des sujets comme celui-ci. Je n’avais pas à m’inquiéter de me perdre grâce à mon sort [Porte].

Nous avions continué avec désinvolture, jusqu’à ce que nous soyons arrivés devant une grande paire de doubles portes. Nous entrâmes et nous nous retrouvâmes dans une petite pièce. Il y avait aussi un coffre au trésor dans le coin. Je m’étais demandé si c’était la cachette secrète d’un monstre.

J’imaginais un personnage de jeu stéréotypé envahissant la maison de quelqu’un et ouvrant tous ses meubles à la recherche d’un trésor.

Hilde avait l’air extrêmement excitée. C’était, après tout, son tout premier coffre au trésor. Moi, par contre, je me sentais juste mal à l’aise.

Le coffre contenait des poignards. Beaucoup, beaucoup de poignards. Certains étaient rouillés, d’autres n’étaient que des manches de poignard. Il n’y avait que des déchets. C’était ce que je pensais. Rien de tout cela n’avait de la valeur.

Mais je ne savais pas pourquoi, il n’y avait que des poignards… Peut-être que la personne ou la créature qui les avait cachés là n’était qu’un fanatique. Mais certains animaux comme les corbeaux et les chiens aimaient collectionner des trucs bizarres.

« Comme c’est décevant… »

« Voyons, Hilde. Les vrais trésors ne sont pas si faciles à trouver. »

« Patiente un peu, Touya-dono. N’est-ce pas un poignard en argent ? »

J’avais regardé ce que Yae me montrait, bien sûr, et même si c’était poussiéreux et au tout au fond du coffre… il y avait un poignard en argent pur. C’était un simple poignard, pas très orné, mais il serait certainement assez bon pour être vendu. Un trésor était un trésor, après tout.

« Je ne pense pas qu’il se vendra cher, mais qu’en penses-tu ? »

« Non… Je vais garder ça en souvenir. Un souvenir du jour où j’ai commencé à ma vraie carrière d’aventurière. »

Hilde glissa la lame dans une poche à sa taille. Si elle ne voulait pas la vendre, je n’allais pas l’en empêcher.

Comme Hilde souriait, je souriais aussi.

◇ ◇ ◇

« Voilà, ça devrait le faire. »

« Wôw… Tu es fou… Mais je suppose que c’est la norme maintenant, hein… »

Je venais de finir de rénover la Lune d’argent, alors j’avais sauté du toit.

Il y avait trop d’aventuriers et trop peu de chambres, alors j’avais agrandi le premier bâtiment et j’en avais construit un deuxième pour faire bonne mesure.

En plus de cela, le nouveau bâtiment avait été officiellement reconnu comme une auberge d’aventuriers affiliée à la guilde. En d’autres termes, la deuxième bâtisse était associée à la guilde et construite près des portails pour que les aventuriers puissent facilement y séjourner après être sortis des donjons.

J’avais apporté quelques modifications à la bâtisse principale et augmenté un peu le prix du séjour, afin qu’elle puisse être le lieu de séjour principal pour les commerçants et les voyageurs. Je n’avais pas trop augmenté le prix, je ne voulais pas que les gens nous traitassent d’escrocs. Compte tenu de ce que l’endroit offrait en termes de commodités, le prix était plus qu’équitable.

« Vous êtes seulement venu demander si quelques rénovations seraient acceptables… Je ne m’attendais pas à ce que vous fassiez tout ça en quelques heures. Je suis étonné… »

« Oui… C’est vraiment quelque chose… »

Micah, la propriétaire, et Fleur, l’une de ses employées, regardaient la nouvelle Lune d’Argent améliorée avec de grands yeux émerveillés.

« Oui, c’est facile. Il ne reste plus qu’à décider du nombre de personnes à embaucher. »

« Ah, dans ce cas… J’ai en fait quelques lettres de candidature ici. Il y a quelques personnes de chez nous à Reflet qui ont exprimé le désir de s’installer ici. »

Des amis de chez Reflet, hein… Ça me paraît bien. J’avais ouvert une [Porte] et j’avais emmené Micah dans la ville endormie de Reflet.

Nous avions commencé à parler avec les gens dont Micah avait parlé, et il semblerait qu’ils étaient tous plus qu’heureux de venir travailler à Brunhild.

Certains d’entre eux avaient même dit qu’ils voulaient commencer à travailler tout de suite, alors nous les avons envoyés faire leurs bagages et nous les avions fait revenir avec nous sur le chemin du retour. C’était un peu comme voler des citoyens, mais bon, ils voulaient travailler.

Nous avions du temps libre après cela, alors Micah était allée parler à Dolan, son père. J’avais décidé de faire une petite promenade, car je ne voulais pas m’immiscer dans les affaires père-fille.

Je ne m’étais pas rendu à Reflet depuis longtemps, alors c’était un peu nostalgique. En marchant, j’avais pensé un peu à l’avenir de Brunhild.

« Je suppose que nous devons nous réapprovisionner en armes, en armures et en marchandises pour aventurier… Le magasin d’Olba à Brunhild est aussi probablement en train de se vider… Mais quand même, le transport des marchandises vers et depuis Brunhild prend du temps… Les transports ne peuvent pas aller plus vite. »

Olba avait un artefact qui lui permettait de transporter des marchandises plus petites plus rapidement que les autres marchands, mais il avait quand même ses limites.

J’avais abandonné l’idée au départ… Mais peut-être que je devrais après tout faire une voiture ? Non, si je devais faire quelque chose, ce devrait être un train…

Mais bon… les voitures à chevaux sont assez rapides, peut-être que si je pourrais augmenter leur capacité de transport… Attendez. Je ne peux pas appliquer la [Gravité] pour alléger les voitures ? Oui, c’est une excellente idée. Je peux faire une voiture à chevaux légère et polyvalente. Olba l’achèterait, même si c’était cher. En plus, si je l’enchantais avec [Stockage], elle pourrait en transporter beaucoup plus !

Je m’étais demandé quelles étaient les variantes de véhicules que je pouvais réaliser. Il serait possible de faire un carrosse avec des enchantements défensifs pour les membres de la famille royale ou les nobles. Cette idée me fit penser que mes écuries royales ne contenaient pas de chevaux. Vu que nous utilisions la [Porte] pour nous déplacer, ce n’était donc pas nécessaire.

Tout cela mis à part, les choses s’amélioraient à Brunhild. Les donjons connaissaient un grand succès. Personne n’était encore mort, mais il y avait un certain nombre de blessés qui passaient chaque jour. Apparemment, après le premier étage, la puissance des monstres et des bêtes magiques s’était considérablement accrue. Si les aventuriers ne pouvaient pas faire le bon choix, ils finissaient par être gravement mutilés.

D’après ce que j’avais entendu, Amaterasu avait été exploré jusqu’au quatrième étage. Plusieurs groupes avaient acquis des trésors précieux dans des salles isolées à ce niveau également. Les rumeurs s’étaient répandues, et le nombre de chercheurs de trésors ne tardera certainement pas à augmenter à nouveau.

Alors que je réfléchissais en moi-même, je regardais vers ma gauche et je me retrouvais devant le magasin de Zanac. Comme c’était nostalgique. C’était le premier magasin que j’avais vu en me retrouvant dans ce nouveau monde.

Mais c’était un peu différent maintenant. Pour commencer, il était presque deux fois plus grand qu’à l’origine. Et maintenant, ils vendaient des choses comme des uniformes scolaires et des maillots de bain, ils faisaient donc probablement beaucoup de profit avec leurs designs inhabituels et exotiques. J’avais décidé de jeter un coup d’œil à l’intérieur.

« Bienvenue ! Bienvenue au roi de la mode Zanac ! »

J’étais entré dans la boutique et j’avais été accueilli par une fille un peu plus âgée et souriante… Je supposais que c’était dans sa description de poste de saluer les gens comme ça…

Ce magasin avait également une succursale à Brunhild, je savais donc très bien à quel point l’endroit était tape-à-l’œil et surfait.

J’avais demandé à la servante d’appeler Zanac, et peu de temps après, l’homme lui-même était là devant moi.

« Ohoho. Eh bien, si ce n’est pas Son Altesse en personne. Qu’est-ce qui vous amène à Reflet en cette belle journée ? Une question urgente, peut-être ? »

« Nous cherchions simplement à recruter d’autres employés pour travailler à la Lune d’argent à Brunhild. J’ai fini par venir avec Micah pour en parler à quelques personnes. Maintenant, je suis là, puisque j’avais du temps à tuer. »

« Oho, je vois… Est-ce que ça veut dire que vous pourriez commander des uniformes d’employés ? »

Oh, il marque un point. Ça m’avait complètement échappé. Mais Zanac était très fort. Il avait l’œil opportuniste d’un trader.

Je n’avais pas pu me décider à l’époque, car je ne connaissais pas la taille des nouveaux employés, alors j’avais dit à Zanac que je passerais la commande à la succursale de Brunhild de son magasin plus tard.

« Oh, c’est vrai. J’avais une petite affaire dont je pensais pouvoir vous parler, Votre Altesse. Un noble de Roadmare a passé commande d’une robe au design inhabituel et unique. Si cela ne vous dérange pas, je me demandais si vous pourriez avoir… des idées créatives sur des robes qui ne ressemblent à aucune autre. »

« Un design de robe unique, hein… Hmm. Puis-je avoir du papier blanc ? »

Alors que l’employé s’enfuyait pour aller me chercher du papier, j’avais sorti mon smartphone et j’avais commencé à chercher des robes fantaisies. J’avais choisi une vingtaine de modèles intéressants. J’avais ensuite utilisé [Dessin] pour imprimer les dessins et les avais remis à Zanac.

« Bonté divine… Je n’ai jamais rien vu de tel. Je suis sûr que le client sera satisfait de l’un d’eux, merci ! »

« Oui, je suis presque sûr qu’aucune des familles royales n’a de robes comme celles-ci. Donc si c’est quelque chose d’unique qu’il recherche, alors il ne trouvera sûrement pas mieux ailleurs. »

Si le noble voulait quelque chose d’unique, il avait de la chance que sa commande arrive au bon moment pour que je l’aide.

Et au moment où j’imprimais quelques dessins pour des gants et des chaussures assortis, un homme fit soudain irruption par la porte d’entrée avec une présence et une force excessives.

***

Partie 5

Il s’agissait de Barral, le propriétaire de l’armurerie des Huits Ours. C’était une surprise. Mais, avant même que je puisse réagir à l’imposante entrée dramatique de l’homme…

« Z-Zanac ! Il y a un dragon ! Un Dragon attaque Reflet, tu dois sortir d’ici ! »

« Quoi !? »

Un dragon !? J’étais sorti en trombe et je levais les yeux. Je vis une créature verte qui tournait au-dessus de moi.

Elle avait des yeux rouges profonds, une peau rugueuse et des épines qui dépassaient de sa queue. Elle était à peu près de la même taille que le dragon noir que j’avais affronté à Mismede.

La seule différence était que ce dragon vert avait deux pattes arrière, et que ses ailes fusionnaient avec les deux membres de devant. Contrairement au dragon noir que j’avais combattu auparavant, qui avait quatre pattes et un ensemble d’ailes séparé, celui-ci était visuellement distinct. C’était une wyverne !

« Groaaargh ! »

La ville était tombée dans la panique lorsque la bête poussa un terrible rugissement. Elle se couvrit le cou et commença à lancer des germes de flamme de sa bouche.

« Gh… ! »

J’utilisais [Vol] pour m’envoler et, me faufilant habilement entre les projectiles enflammés, je m’étais approché de la créature. Puis, j’avais tendu mon bras droit.

« [Absorption]. »

Les boules de feu se dissipèrent rapidement, s’écoulant dans mon corps comme une énergie magique brute. [Absorption] était une autre de mes récentes acquisitions de la magie Néant. Elle transformait les effets magiques en énergie magique, et l’accordait à celui qui lançait le sort d’absorption. Le souffle d’un dragon était simplement la conversion de l’énergie magique en flammes, il était donc naturellement affecté.

Mais c’était encore très proche. Si l’une de ces explosions avait touché la ville, cela aurait été une catastrophe totale.

« GRAUUUUUUURGH !! »

Les yeux de la Wyverne se braquèrent sur moi. Il me regardait avec des yeux qui disaient : « Ne t’approche pas de moi, peste ».

Hé, ne me regarde pas comme ça ! C’est toi qui es le fauteur de troubles ici !

J’accélérais vers la wyverne. Je lui donnais un coup de pied sévère dans les tripes. J’avais aussi appliqué un certain effet magique à côté du contact.

« [Gravité]. »

La créature s’était soudainement précipitée vers le bas en raison de l’amplification de son propre poids. Il s’écrasa dans la rue principale. Heureusement pour moi, l’endroit avait été complètement évacué. La bête n’avait plus maintenant aucun moyen de s’échapper.

Je regardais la wyverne avec un ricanement. Elle luttait désespérément pour s’envoler, mais son corps était bien trop lourd. J’invoquais [Gravité] sur moi-même pour augmenter massivement mon propre poids et, d’une hauteur de plusieurs dizaines de mètres, je m’étais effondré sur la pathétique créature. J’avais entendu un bruit de craquement distinct lorsque la colonne vertébrale de la créature se brisa et éclata. Elle était morte.

« Purée… Quel emmerdeur ! »

Des acclamations jaillirent de tous les côtés alors que j’examinais le corps draconique qui tremblait. Peu à peu, une fois le danger passé, les habitants de la ville étaient venus se rassembler autour de moi.

« Bonté divine… Incroyable… Vous avez tué un dragon comme ça, un dragon en l’air en plus… Dieu merci, vous étiez en visite aujourd’hui, Votre Altesse… »

Zanac marmonnait doucement en regardant de haut en bas la wyverne morte. Barral me regardait fixement, perdu dans ses mots. Micah et Dolan se précipitèrent hors de la foule.

« Ce… Seigneur, vous êtes parti et vous avez encore fait quelque chose de fou. Je suis content que la ville aille bien, mais… qu’est-ce que vous allez faire avec ça ? »

« Je n’en ai pas vraiment besoin. Tu peux prendre la viande, Dolan. D’après ce que j’ai entendu, la chair de dragon est censée être très savoureuse. Zanac, tu peux avoir sa peau. Si tu la tannes, tu devrais pouvoir faire de bonnes vestes et ainsi de suite. Barral, tu peux avoir les os. Ils feront de bons matériaux pour la fabrication d’armes. »

Tout le monde dans les environs avait été choqué par mes paroles, mais c’est Micah qui avait vraiment pris la parole.

« A-A-Attendez une seconde ! Vous savez que les matériaux de dragon sont de première qualité, n’est-ce pas ? ! Êtes-vous sûr que ça ne vous dérange pas de le donner comme ça ? »

« Oui, comme je l’ai dit, je n’en ai pas besoin. Cela devrait aider un peu tout le monde. Je serais heureux que vous le preniez tous. Après tout, vous avez été gentils avec moi quand je suis arrivé. »

Je n’avais passé qu’un peu de temps à Reflet, mais c’étaient vraiment des gens bien. J’avais une dette envers eux. Alors s’ils acceptaient quelque chose comme ça, cela m’aiderait à donner l’impression de redonner un peu.

« Ah, fais attention quand tu enlèves la queue, d’accord ? Ces barbes ont l’air venimeuses. »

« Oh ? J’ai compris. Merci. »

Après mon avertissement, Dolan commença à enlever soigneusement les barbes de la queue de la bête.

Pourtant… Pourquoi y avait-il une wyverne ici ? Si elle avait faim, il y avait une bande de loups solitaires dans la forêt du sud… On dirait qu’elle visait directement cette ville.

Relisha m’avait dit que des témoins oculaires avaient rapporté d’autres attaques de dragons ces dernières semaines.

De faibles dragons étaient apparus dans Yulong, Sandora et Roadmare. Les wyvernes étaient une sous-espèce de dragon, mais étaient toujours classées comme des dragons faibles. Je m’étais cependant demandé pourquoi elles attaquaient les gens. Il devait sûrement y avoir une raison cachée à tout cela.

« Hm. Qu’est-ce que c’est... »

Dolan leva le front en pelant quelques écailles. Il avait enlevé la tête, mais s’arrêta quand il remarqua quelque chose d’inhabituel sous la peau.

J’avais regardé ce qui préoccupait Dolan, et j’avais trouvé quelque chose enfoncé profondément dans le crâne du dragon.

Je le retirais. C’était une sorte d’objet pointu, d’une trentaine de centimètres de long. Cela ressemblait vaguement à une brochette, c’était assez épais. D’après l’aspect des choses, il avait creusé dans le crâne du dragon et pénétré dans son cerveau. Je pouvais sentir une très faible, mais très réelle impulsion de pouvoir magique parcourir l’étrange dispositif.

« … Ne me dites pas que le dragon était contrôlé par cette chose. »

Je regardais ce pieu étrange, en fronçant un peu les sourcils. Une idée m’était venue. C’était peut-être un autre objet qui était tombé de l’entrepôt. Cette pensée m’avait troublé pendant un moment. Je mis l’objet dans le [Stockage]. J’avais décidé de demander à Cesca et aux autres gestionnaires si elles le reconnaissaient plus tard. Si c’était un objet de l’entrepôt, elles le connaîtraient sûrement.

Mais quand même, la présence de cette chose était troublante en soi. Si le dragon était manipulé par cet artefact, alors il y avait une sorte de personne qui le contrôlait. Un marionnettiste qui tirait potentiellement les ficelles de toute une espèce.

J’étais inquiet. Surtout parce que je le sentais dans mes os. C’était un sentiment sombre, le sentiment que quelque chose, quelque part, était sur le point de mettre en danger beaucoup de gens. À mon grand regret, j’avais su à ce moment-là que mes sentiments n’étaient pas faux. Quelque chose de terrible allait se produire. J’aurais parié ma vie là-dessus.

◇ ◇ ◇

« Je peux dire avec une absolue certitude que ce n’est pas l’une des créations du Docteur Babylone. »

« Sérieusement, Cesca ? Ça ne vient pas de l’entrepôt ? »

« C’est exact. »

Une wyverne avait attaqué Reflet. Il avait une étrange aiguille dans le cerveau, alors j’avais décidé de la montrer à Cesca. Elle avait immédiatement rejeté ma théorie. Rosetta prit alors l’aiguille dans sa main, et l’étudia avec soin.

« Monsieur ! Il semble que ce soit une Aiguille à Résonance Dominante ! Sûrement l’œuvre du Professeur Elks, oui, messieur ! »

« Euh… Professeur Elks ? »

« Professeur Deborah Elks. Au temps de la splendeur de Partheno, elle était connue comme un maître des artefacts magiques. Elle était cependant plusieurs degrés inférieurs à notre cher Docteur Babylone. »

Huh… Je suppose qu’il ne m’est jamais venu à l’esprit qu’il pourrait y avoir plus de gens comme elle. Je suis quand même content de savoir que ça ne vient pas de l’Entrepôt. Je me sens un peu moins responsable de ça, maintenant. En fin de compte, un outil n’est pas plus méchant que son possesseur, donc le responsable est évidemment celui qui a mis ce truc dans la tête de cette wyverne !

Le bracelet protecteur, le bracelet draineur, et ce bijou bizarre qui rendait les gens immortels… Ils étaient tous maniés par des gens méchants qui finissaient par être consumés par leurs désirs. L’Épée Sainte Lestienne, par contre, était justement maniée par un roi juste qui était aimé de tous ceux qui le suivaient. Il ne s’agit en fait que de la personne qui se trouve derrière l’objet. Mais même si c’est le cas… ce n’est pas comme si j’allais rater le gynoïde terminal à l’entrepôt. C’est de sa faute, elle a été si négligente au départ !

« Il y a beaucoup à dire sur le professeur Elks, monsieur ! Elle tenait madame Babylone en très basse estime, oui monsieur ! Elle fabriquait beaucoup d’artefacts, et Madame Babylone disait toujours qu’ils étaient solides, mais elle négligeait toujours les dispositifs de sécurité, ou les imprégnait d’effets étranges qui finissaient par causer des ennuis à leurs utilisateurs ! Chaque fois que le Professeur Elks apportait des objets à Madame Babylone, elle lui disait que ses objets étaient intéressants, mais sans inspiration ! »

« Oui, le Docteur Babylone a eu une relation tendue avec Elks. Les créations du docteur étaient toujours de bien meilleure qualité, au grand dam d’Elks. »

Mais c’est probablement comme ça que ce satané docteur était. Elle a probablement pris un réel plaisir à taquiner Elks. Ça me rappelle un peu le cas d’Akechi Mitsuhide et Oda Nobunaga. Un génie et un jeune prodige ne sont pas du tout dans la même classe. Babylone ne considérait probablement même pas Elks comme un adversaire ou une rivale… Ça devait être nul d’être le moindre des deux.

« Alors, c’est quoi cette histoire d’aiguille à résonance dominante ? »

« Ah, oui monsieur ! Une Aiguille de Résonance Dominante est un artefact conçu pour prendre le contrôle de bêtes magiques, monsieur ! Elle est remplie de magie et une fois transpercée à travers le crâne, permet à l’utilisateur de contrôler la créature affectée à volonté ! Elle fait ressortir le plus grand potentiel de la créature affectée, mais diminue aussi rapidement sa durée de vie. Il y avait également des risques associés à l’atteinte de l’esprit de l’utilisateur, puisqu’il force un lien mental entre les deux, monsieur ! C’est pourquoi il a finalement été jeté à la poubelle ! »

Je vois… C’est solide, mais aussi extrêmement dangereux. J’ai compris. Quiconque essaierait de l’utiliser finirait par porter un fardeau incroyable. Mais je ne pense pas que Babylone était en mesure de juger, vu qu’elle a fabriqué ce gros bijou d’immortalité… Mais attendez, cela signifie-t-il que la personne qui contrôlait la wyverne ne savait pas ce qu’elle faisait ? Ou peut-être qu’il est toujours conscient du risque. Quand bien même, contrôler un dragon est mauvais. Ils sont censés être les plus forts, donc en avoir un tas sous votre contrôle est un danger certain… Si un dragon rouge comme celui que nous avons rencontré à Mismede était sous le contrôle de ce mystérieux homme… Ce serait terrible. Pourtant, je ne pense pas qu’une créature intelligente comme ça puisse être si facilement influencée, artefact ou pas.

« Est-ce que je vous dérange ? »

« Hein ? Kougyoku ? Quoi de neuf ? »

Kougyoku était entré en volant par une fenêtre voisine. Après s’être perchée sur la table, elle tourna la tête vers moi.

***

Partie 6

« Si je peux me permettre, puis-je suggérer que nous fassions appel au monarque d’azur et que nous nous renseignons sur des questions de nature draconienne ? »

Attendez… Le monarque d’azur ? Comme… l’un autre des quatre monarques ? Le Dragon d’azur de l’est, n’est-ce pas ? Kohaku règne sur les bêtes, Sango et Kokuyou règnent sur les créatures aquatiques et à écailles… et Kougyoku est le maître des oiseaux, n’est-ce pas… ? Ensemble, ils forment les Bêtes célestes, mais je ne pensais pas qu’ils contrôlaient les bêtes magiques…

« Strictement parlant, les dragons ne sont pas vraiment des bêtes magiques. Ce sont des créatures indépendantes et elles sont toutes liées au monarque d’azur. Les ramifications de leur espèce comprennent les lézards, les crocodiles, etc... Mais ces créatures relèvent davantage du domaine du monarque noir. En tout cas, j’ai pensé que nous pourrions faire appel au monarque d’azur si nous nous opposons aux dragons. Je n’ai pas non plus vu son visage depuis un certain temps, donc ça pourrait être une réunion agréable. »

« Seigneur, je refuse humblement ! » 

Kohaku fit soudainement irruption dans la pièce, claquant les portes à pleine puissance sous la forme d’un tigre blanc.

Allez, mec ! Je t’avais dit de ne pas te montrer comme ça dans le château !

« Le Seigneur Touya peut absolument résoudre ce problème sans avoir à faire appel à ce misérable, Kougyoku ! Mon seigneur, je vous demande humblement de reconsidérer votre décision. »

Whoa, du calme ! Et ne t’approche pas de moi sous cette forme avec ces yeux ! Tu es terrifiant en ce moment ! Ne me mange pas !

« Allons, le monarque d’azur nous aiderait bien, n’est-ce pas ? »

« La petite chatte est toujours en mauvais termes avec Bluey-wuey, hm… ? Quel délicieux désespoir, mon chéri... Hehehehee... »

Sango et Kokuyou avaient rapidement suivi, nageant gracieusement dans les airs. Soudainement, j’avais compris pourquoi Kohaku flippait.

« Ghh… C’est vrai, mais quand même… Les choses iraient mal si cette stupide bête à grosse cervelle s’interposait entre nous, mon seigneur ! Ce n’est rien d’autre qu’un bavardage mélancolique, comprenez-vous !? Même me souvenir du monarque d’azur me fait bouillir le sang ! »

Kohaku avait réduit sa taille, mais ne s’était pas moins fâché. Honnêtement, il ressemblait à un gamin faisant une énorme crise de colère… J’avais été étonné de voir Kohaku y apporter des sentiments, surtout après avoir été d’habitude si cool et si recueilli.

« Le monarque d’azur est sage et rationnel… C’est un mélange terrible pour Kohaku qui est impétueux et impulsif. Les deux sont comme de l’eau et de l’huile. Mais plutôt que d’être en mauvais termes tous les deux, je pense que c’est plutôt qu’ils ont du mal à coopérer. Ils reconnaissent sûrement les qualités de l’autre, et ils sont tous les deux aussi têtus. »

« Assez, Kougyoku ! La seule chose que je reconnais chez cet idiot bleu stupide, c’est son incapacité totale à lire l’ambiance ! »

Kohaku sauta sur la table et se mit à crier sur Kougyoku.

Très bien, ça suffit. On n’arrivera à rien comme ça.

« Kohaku, je comprends tes sentiments… mais je vais quand même essayer la convocation. »

« Nooon ! »

« Oui. Je ne vais pas vous forcer à vous entendre, donc vous n’avez pas besoin d’être amis. Mais je veux saisir cette chance, alors au moins tolérez-vous les uns les autres. Je vais m’énerver si vous vous disputez, compris ? »

Je m’étais dirigé vers la cour, Kohaku m’avait suivi tranquillement, la queue entre les jambes. Il n’y avait personne autour, alors j’avais immédiatement commencé la convocation.

Je dessinais le cercle d’invocation en utilisant une pierre de magie comme craie, et j’y avais versé de la magie élémentaire noire.

Un nuage noir s’était formé et commença à s’épaissir progressivement. Nous avions alors mélangé la magie de Kohaku et des trois autres. Ainsi, la préparation était bel et bien terminée.

« Le maître du printemps, des arbres, du domaine de l’Est et des rivières à grand débit… Tenez compte de mon appel. Apparaissez devant moi ! »

En réponse à mes paroles, le brouillard noir commença à se gonfler puis se dispersa. À sa place se trouvait un énorme dragon azur. Ses écailles étaient comme des saphirs, ses yeux étaient du plus profond des bleus. Contrairement à la wyverne, il était clairement à quatre pattes et avait de magnifiques ailes qui dépassaient de son dos. Compte tenu de ses similitudes mythologiques avec les légendes de mon monde, je m’attendais à ce qu’il ait l’air d’un dragon chinois, mais c’était plutôt un dragon d’apparence plus typiquement occidentale.

« … Hmhm. J’ai cru sentir un soudain élan de nostalgie m’envahir. Quand je pense que c’était vous… Pourquoi m’avez-vous appelé ici ? »

Le dragon d’azur parla d’une voix calme et sereine. On aurait dit une gentille maîtresse. Ou du moins une femme en position de pouvoir.

« Ça fait un moment, monarque d’azur. »

« Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu, Bluey. »

« Tu as l’air en forme, monarque d’azur. »

Sango, Kokuyou et Kougyoku saluèrent le nouvel arrivant, mais Kohaku tourna la tête et il grogna légèrement.

Allons… N’est-ce pas un peu grossier ?

« Hm, bien alors… Il semblerait qu’il y ait une voix calme qui ne veut pas parler. Mais ça n’a pas d’importance. Je suis celle qui s’élève au-dessus de telles questions. »

« Tais-toi ! Espèce de lézard bleu insolent ! Tu n’es au-dessus de rien, compris !? »

« Hm ? Il a décidé de parler après tout ? Dommage… Si tu n’as rien de gentil à dire, tu ne devrais rien dire du tout. »

« Quoi !? »

« Très bien, vous deux, calmez-vous. »

J’avais soupiré, en ramassant le mini-Kohaku. Les yeux du dragon d’azur étaient intenses, mais elle ne bougeait pas. Finalement, elle se tourna vers moi et me parla.

« C’est vous qui m’avez convoqué ici, humain ? Nommez-vous, si vous le voulez bien. »

« Je suis Mochizuki Touya. Je suis le grand-duc de cette nation. »

« Intéressant. Je pourrais comprendre le cas de Kougyoku ici, mais je me demande comment vous avez réussi à obtenir la coopération du duo Tigre blanc et Tortue noire. »

« Ce n’est pas une question de coopération. C’est notre adorable maître, comprends-tu ? »

« … Pardon ? »

Le dragon d’azur s’arrêta net. Elle me regardait avec des yeux larges et curieux.

En un éclair, elle commença à dégager une aura intimidante. Cela ne m’avait pas vraiment affecté, mais j’avais senti l’atmosphère changer. Cela m’avait rappelé la force que j’avais ressentie lorsque j’avais invoqué Kohaku pour la première fois. Finalement, elle s’arrêta et poussa un petit soupir.

« … Pour résister à ma pression spirituelle à ce point… Qui donc êtes-vous, mon garçon ? »

Avant que j’aie pu répondre au Dragon d’azur, Kohaku avait soudain pris la parole.

« Pourquoi ne pas le découvrir par toi-même, lézard bavard ? Après tout, notre seigneur ici présent veut conclure un contrat avec toi. Ne veux-tu pas goûter par toi-même au pouvoir auquel nous obéissons ? »

« Hmph… Bien que je déteste tes bavardages, petit chaton, je suis certainement curieuse. Très bien. Je vais tester vos capacités, humain. »

Je n’avais pas manqué le sourire qui se formait sur le visage de Kohaku. Je pouvais dire exactement ce que le petit tigre espérait.

Comme la cour était un peu exiguë pour qu’un événement majeur se produise, j’avais tracé un autre cercle de convocation dans les plaines de l’ouest et j’avais appelé le monarque d’azur.

Nous avions décidé que nous allions nous affronter dans un combat. Les plaines étaient suffisamment éloignées de la ville pour ne déranger personne, et les seules personnes ici étaient les autres Bêtes célestes.

« D’accord, c’est bon ? Êtes-vous prêts ? »

« Hmph. Je suppose que c’est le cas. En tout cas, tout ce que je souhaite, c’est de mesurer vos compétences. Ne vous inquiétez pas, humain. Je ne vous tuerai pas. »

En réponse à l’audacieuse déclaration du Dragon d’azur, les bêtes célestes spectateurs éclatèrent de rire.

Oh mec, c’est plutôt bien, en fait. Incroyable, même…

« Très bien, alors, allons-y. Je vais venir. Es-tu sûr que tu es prête ? »

« Il n’est pas nécessaire d’attendre davantage. Venez vers moi, humain. »

« Très bien. Je ne me retiendrai pas, alors. [Accélération]. »

Je donnais un coup de pied au sol et je courais à fond vers le dragon. Je ne voulais pas qu’elle s’envole, après tout. J’avais décidé de mettre fin à la bataille aussi vite que possible.

« Quoi !? »

« [Gravité]. »

« Gwuagh !? »

J’avais touché le corps du dragon et j’avais déclenché mon sort de modification du poids. En quelques secondes, elle avait été clouée au sol, en tremblant violemment. Ma stratégie était bonne. Je l’avais simplement battue avant qu’elle ne puisse battre des ailes. C’était facile comme bonjour.

« Guh… Quel genre de… m-magie est-ce… !? Comment pouvez-vous… manier quelque chose de ce… niveau !? »

« Gaahahahahaha !! Tu l’as vraiment mal jugé, sale lézard bavard ! Tu n’as pas pensé à lire l’ambiance ? Nous sommes tous ici, nous sommes tous matérialisés, et nous sommes tous maintenus par la magie de notre seigneur. Es-tu si stupide ? Ne réalises-tu pas ce que cela signifie ? »

« Oh… ! »

Le dragon d’azur ouvrit les yeux en état de choc. Kohaku continua à la taquiner tout en faisant des cercles autour de son corps immobilisé. Il semblait un peu trop content, en toute honnêteté.

« En y repensant… Non, ce n’est pas possible ! Pour que vous restiez tous matérialisés dans le royaume des mortels… et moi aussi… ! Combien de magie possède cet homme !? »

« Huhuhu… Laisse-moi te dire quelque chose, grosse tronche. La magie de notre seigneur ne s’est même pas un peu affaiblie, même avec nous tous ici. Même si nous étions des centaines, ça ne ferait aucune différence ! »

« I-Impossible… ! »

« Bwahahaaa ! Tu as l’air désolée maintenant ! C’est le pouvoir de notre seigneur ! Du Seigneur Mochizuki Touya ! Qu’est-ce que tu disais à propos de ne pas le tuer ? ! Bwahaha ! Idiote, idiote ! »

je veux dire, c’est vrai, mais… tu ne devrais pas faire le con sur ce sujet, allez. De toute façon, tu ne devrais pas faire de l’esbroufe comme si c’était toi qui avais le pouvoir… Je veux dire, je suppose que tu as beaucoup de pouvoir toi-même, mais quand même !

« Tu sembles heureux, petit tigre… Heheh... »

« Eh bien, tes sentiments sont certainement compréhensibles, Kohaku. »

« Je pense que vous devriez vous calmer un peu. Laissez-la tranquille, hein ? »

Tu vois, non ? Même les autres pensent que tu vas un peu trop loin.

Le dragon d’azur semblait frustré par les taquineries constantes de Kohaku, alors elle fit une nouvelle tentative pour se lever. Lentement mais sûrement, ses genoux et sa queue tremblèrent lorsqu’elle se leva. J’avais été impressionné.

Mais ensuite, j’appliquais plus de poids, et elle s’effondra à nouveau comme un essuie-tout mouillé.

« G-Gaaah ! »

« Alors, vas-tu déjà abandonner ? »

« … O-Oui, je vais… Je cède. Formons un contrat, humain. »

Après avoir parlé, je l’avais libéré des liens de la [Gravité]. Libéré du poids écrasant, le dragon d’azur s’était lentement levé.

« … C’était mon erreur de vous sous-estimer. Très bien, Mochizuki Touya. Donnez-moi un nom, et je serai à votre service. »

« Un nom… Oh, c’est vrai. Kohaku, Sango, Kokuyou et Kougyoku sont tous nommés d’après des pierres et des minéraux précieux, alors… je vais t’appeler Luli. »

« … Luli ? Je… vois. »

« Ouep. C’est une contraction de Lapis Lazuli. C’est une pierre bleue précieuse, comprends-tu ? »

***

Partie 7

J’avais brièvement pensé à Seigyoku, qui signifie Saphir, mais cela sonnait un peu trop proche de Kougyoku à mon goût. Luli était vraiment bien meilleure.

« Très bien, à partir de maintenant, je suis Luli. »

« Mhm... Bienvenue à bord. Mais ne t’acharne pas trop sur Kohaku, d’accord ? Je vais me fâcher contre vous deux. »

« Je supporterai la présence de ce tigre du mieux que je peux, ne vous inquiétez pas. »

« Toi !? Je serai le seul à endurer, lézard bavard ! »

Kohaku s’était immédiatement rétracté face au commentaire narquois de Luli. J’avais le sentiment qu’ils allaient être un réel problème.

Luli s’était soudainement transformée en un tout petit dragon, à l’image des autres. J’avais poussé un petit soupir alors que le regard intense de Kohaku et elle persistait.

 

 

« Mais pourquoi êtes-vous comme ça ? »

« L’inimitié entre les femmes est quelque chose de naturel. Même vous, vous seriez en danger si vous vous mettiez entre elles. »

« Mon Dieu… Les femelles sont effrayantes, qu’on les appelle ou non… »

Kokuyou laissa échapper un petit rire à mon commentaire tandis que je hochais la tête. Mais quelque chose cliqua alors dans mon cerveau.

Attends. Qu’est-ce qu’il vient de dire ?

« Euh… Attendez, entre femmes ? Euh, attendez, de quel genre êtes-vous ? »

« Nous sommes toutes des filles, évidemment. »

« Ne lui mens pas, Kokuyou. Tu es le seul d’entre nous qui soit un homme. »

Sango rejeta la remarque de Kokuyou. Mais c’était un peu bizarre… J’avais compris que Kokuyou était un peu un gars féminin, mais… les autres étaient des filles… Pas moyen… J’ai cru que Kohaku était un mec pendant tout ce temps ! Je n’ai même pas pensé aux autres. Je veux dire, la voix de Kohaku est un peu haute, c’est sûr, mais… Je me suis dit que ça faisait partie de l’esthétique du tigre !

Je vais… je suppose que je vais me taire à ce sujet pour l’instant. Je me demande si Yumina le savait depuis le début… Oui, elle le savait probablement. Je lui demanderai plus tard de confirmer… Au moins, je sais que Kohaku est un tigre, et non un lion. Je ne suis pas si bête.

◇ ◇ ◇

« Il y a beaucoup de types différents de Dragons, il est donc difficile de les généraliser. »   

Luli s’était mise à parler, comme je le lui avais demandé. Elle m’avait dit qu’elle ne pouvait rien faire contre cette histoire d’aiguille de domination, même si les dragons étaient contrôlés par elle.

Mais elle avait aussi mentionné que les puissants dragons, connus sous le nom d’Anciens, seraient capables d’exercer une volonté suffisante qui les empêcherait de tomber sous son contrôle.

Les dragons ne s’étaient pas développés de manière conventionnelle. Au lieu de cela, ils subirent des transformations évolutives. Au début, ce n’étaient que des dragons naissants, puis de jeunes dragons, puis des dragons adultes. Ils étaient ensuite devenus des dragons aînés. Apparemment, le stade de pouvoir au-delà même de cela était un type connu sous le nom de dragon aîné.

Mais seules certaines espèces draconiques pouvaient évoluer en aînés. Les créatures de niveau inférieur, comme les wyvernes, ne pourraient jamais atteindre ce niveau.

La différence d’intelligence était aussi assez grande. Les jeunes dragons, comme celui que j’avais tué à Mismede, pouvaient comprendre le langage humain, mais ils ne pouvaient pas le parler. L’aiguille pouvait fonctionner sur tout dragon inférieur à Aîné, ce qui signifiait que seuls les deux niveaux de pouvoir les plus élevés restaient inchangés. C’était effrayant.

« Il n’y a pas beaucoup de dragons pour commencer, donc je suis sûr que ça ira. »

« Même les jeunes dragons sont puissants, il faut donc beaucoup de pouvoir pour en vaincre un. C’est pour cette raison qu’ils n’ont pas besoin de se reproduire autant que vous, les bêtes terrestres. Il est vrai qu’ils ne sont pas nombreux, mais il serait insensé de les laisser pour cette seule raison. Ton esprit est-il encombré de fourrure, petit chat ? »

« Pourquoi devrais-je… ! » 

Luli et Kohaku recommencèrent à se chamailler, je les avais ignorés et j’avais commencé à réfléchir intérieurement.

C’est un peu inquiétant… La Wyverne n’avait pas vraiment l’air d’être manipulée. Elle avait l’impression de bouger de son plein gré. Cependant, je pense que si elle fait partie de la caste inférieure des inintelligents, il serait plus approprié de dire que je pensais qu’elle se déplaçait selon son propre instinct.

« Je pense que je devrais enquêter un peu plus là-dessus. Ce dragon rouge du sanctuaire de Mismede pourrait être en mesure de m’aider. »

Le dragon rouge semblait être un Dragon Aîné, il ne serait donc probablement pas sous le contrôle de qui que ce soit.

J’avais décidé de me téléporter à Mismede avec Luli. Puis, je m’étais dirigé vers le sanctuaire du dragon avec mon sort [Vol].

« Si je me souviens bien, la forêt au pied de cette montagne est un sanctuaire, n’est-ce pas ? »

Si je me souviens bien, cela signifie que nous devrions déjà y être. Juste au moment où je pensais à ça, j’avais remarqué quelque chose au loin.

Je m’étais arrêté dans l’air. Ce que je vis n’était autre qu’un énorme dragon rouge qui venait vers nous. Je l’avais reconnu immédiatement comme étant le dragon rouge qui était apparu après que j’avais vaincu le dragon noir à Mismede.

Luli, qui volait à mes côtés, retrouva sa taille d’origine. Le dragon rouge et le dragon d’azur hochèrent tous les deux la tête.

« Je suis ici pour vous accueillir et vous féliciter pour votre manifestation, ô monarque d’azur. »

« Je ne me suis manifestée qu’en raison des conflits entre les membres de ton peuple, jeune homme. Comprends-tu pourquoi nous sommes venus ? »

« Oui… Veuillez accepter mes plus sincères excuses. »

Le dragon rouge baissa la tête et ferma les yeux. Nous étions descendus sur le sol et avions commencé à discuter de la situation avec lui.

Apparemment, les Jeunes Dragons s’étaient déchaînés récemment. Ce qu’on m’avait dit me rappela le comportement effronté du dragon noir que j’avais tué il y a si longtemps. D’après ce que j’avais compris, les dragons étaient sages et puissants, mais cela se transformait souvent et refaisait surface sous la forme d’une arrogance due à leur statut dans le monde. Après tout, ne disait-on pas que les dragons étaient le sommet de l’évolution naturelle ?

Même s’ils vivaient en sécurité dans le sanctuaire, certains des plus jeunes dragons allaient dans le monde pour terroriser l’humanité.

Et même si l’on pouvait considérer qu’il s’agissait d’une erreur de jeunesse, de tels débordements finissaient souvent en catastrophe.

Il semblerait que, quelle que soit l’espèce, il y avait toujours des mômes indisciplinés qui défiaient leurs aînés. Malgré cela, les choses étaient pires que jamais.

On m’avait rapidement informé que tout avait commencé après avoir tué le dragon noir.

« Quoi ? J’ai causé ça ? »

« Le dragon noir que vous avez tué n’avait rien de spécial, même parmi ses pairs, et pourtant ils ont réclamé justice après qu’il ait été tué. Beaucoup de jeunes dragons parmi nous se sont ralliés à la justice et exigèrent que nous exercions des représailles. »

« C’est quoi ce bordel ? C’est lui qui a quitté le sanctuaire et qui nous a attaqués en premier ! »

« En effet, et pour la plupart, nous avons convenu qu’il s’agissait d’un meurtre justifié. Seule une partie des jeunes se rallièrent et crièrent. La plupart ont dit que se quereller avec l’humanité était une erreur. Ainsi, les jeunes en difficulté parmi nous se sont tus à contrecœur. »

Mais l’histoire ne s’était pas arrêtée là. Les dragons avaient des nids et des sanctuaires partout dans le monde. Mismede n’était qu’une colonie.

Un de ces endroits était situé loin au sud-ouest. Au-delà de la mer des arbres et entre le royaume de Ryle et le royaume de Sandora, se trouvait une petite masse terrestre connue sous le nom d’île des dragons.

Un jour, un messager de cette île apparut dans le sanctuaire. Il déclara que le Roi Dragon avait élu domicile sur l’île des dragons et que tous devaient devenir ses subordonnés.

« Le Roi Dragon ? Je pensais que Luli était celle qui contrôlait les dragons. »

« C’est comme ça que ça devrait être, oui. Cette situation est dans l’ensemble assez anormale. C’est moi qui ai décrété à l’origine que les dragons ne devaient pas faire la guerre à l’humanité, et l’espèce suit mes lois depuis de nombreuses années. C’est la première fois qu’on me défie vraiment. »

« Il y a des milliers d’années que tu as quitté ce monde, ô Dame d’azur. Certains des Jeunes Dragons ne vous connaissent même pas. »

Kohaku et les autres Bêtes célestes ne s’étaient manifestées qu’une fois tous les quelques siècles. En ce moment, ils étaient dans le monde parce que je les avais convoqués, ce qui était plutôt rare. Mon invocation de Kohaku était purement fortuite, mais chaque fois par la suite, j’avais fait spécifiquement appel aux Bêtes célestes.

Il semblerait que Luli, la souveraine des dragons, se manifestait encore moins souvent que les autres. C’était logique, car les dragons vivaient longtemps et se reproduisaient peu.

« Alors, qui est ce Roi Dragon ? Est-ce un des Dragons aînés ? »

« Non, c’est un homme. Un demi-homme du clan du dragon. Il est apparu sur l’île des dragons, a pris le contrôle des jeunes et a massacré tous les dragons aînés qui y vivaient. Puis, les adultes restants ont été soumis de force. »

Un demi-humain… Alors il n’y a aucun doute dans mon esprit. Ce type a utilisé l’Aiguille de Résonance Dominante pour prendre le contrôle. Il a probablement utilisé les plus jeunes Dragons pour tuer les plus vieux, puisqu’il ne pouvait pas les contrôler.

« Tous nos jeunes ont fui vers l’île des dragons après avoir entendu des rumeurs sur le pouvoir du Roi Dragon. Ils ont été tentés par la force et la promesse de ne plus être liés par les lois de notre sanctuaire. Certains d’entre eux sont revenus, encore plus puissants que nous ne l’avions prévu. Quelques-uns ne sont pas encore revenus, mais nous craignons qu’ils ne commencent à se déchaîner dans le monde entier à tout moment. »

J’en avais déjà vu des exemples dans Reflet, et j’en avais entendu parler par Relesha. Les Jeunes Dragons se déchaînaient. Ils tuaient sans discernement, comme s’il s’agissait d’un jeu, en faisant ce qu’ils voulaient à des innocents. Ils étaient comme ce dragon noir.

« Quelle misérable histoire… ! Cela ne fait que quelques milliers d’années. Ma couvée est-elle vraiment si faible de cœur ? »

« Je suis désolé, Dame d’azur… Je ne peux pas dire grand-chose pour notre défense… »

« Hm… Eh bien, je crois que j’ai compris l’essentiel. Le Roi Dragon mène la barque, mais ceux qui se sont mis à courir voulaient quand même faire du mal aux gens, non ? Donc cela ne vous posera pas de problème si je les tue tous. »

« … Un dragon qui se débarrasse de son orgueil n’est qu’un lézard. C’est le mantra que le monarque d’azur nous a laissé avant son décès. Ces jeunes ne sont plus les nôtres. Débarrassez-vous d’eux comme vous le souhaitez. »

« L’orgueil engendre facilement l’arrogance. Ces Jeunes Dragons ne sont pas de ma famille, ils regardent simplement le monde de haut. J’ai récemment été assez fou pour regarder de haut cet humain, et je n’ai gagné qu’une terrible honte. »

Luli parla doucement en me regardant. Il y avait un dicton qui disait que « les branches qui portent le plus pendent le plus bas », ce qui signifiait que celles qui avaient le plus de force étaient souvent les plus modestes. Je ne pensais pas que cette phrase s’appliquait vraiment aux dragons.

***

Partie 8

Pourtant, l’humanité n’était pas si bête. Peu importe la puissance d’un dragon, les humains pouvaient toujours se dresser contre eux. Les dragons, contrairement à la Phase, étaient toujours affectés par des sorts. Un mage de type vent talentueux pouvait même faire descendre un dragon au sol.

Malgré cela, les dégâts seraient immenses. Le capitaine Garm de Mismede m’avait dit un jour qu’il fallait une centaine de soldats pour abattre un dragon déchaîné. Je ne voulais pas que des vies soient perdues à cause de cette stupide situation. Pourtant, s’il y avait des soldats compétents ou des mages talentueux parmi eux, ils auraient peut-être moins de mal à s’en sortir. Mais on en trouverait moins dans les petites villes que dans des endroits comme les capitales.

Peut-être que s’ils avaient de la chance, ils auront de bons aventuriers dans leurs guildes, mais il n’y avait pas de tel défenseur partout. Les gens qui avaient le titre de « Tueur de dragons » l’obtenaient après les avoir tués dans un groupe de cinq personnes ou moins. Pour y parvenir, il fallait au moins cinq aventuriers rouges, et ils étaient peu nombreux.

« … Maintenant, je suis cependant un peu confus. On dirait qu’ils ont une rancune stupide, mais légitime. Je me demande même si leur esprit est contrôlé par les aiguilles… »

Il semblerait que les dragons affectés faisaient ce qu’ils voulaient, plutôt que d’être dominés par une entité unique.

Il se pourrait que les dragons aient simplement été piqués par des aiguilles qui leur permettaient de jouir de tout leur pouvoir… Mais qu’ils aient été conscients ou non, que cette aiguille drainait leur durée de vie était une tout autre question.

Mais les dragons avaient vécu des milliers d’années, il s’agissait donc peut-être d’un compromis insignifiant.

« La solution la plus simple serait de s’occuper du Roi Dragon, n’est-ce pas ? Mais est-ce que le tuer va vraiment calmer les dragons déchaînés ? »

Ce n’était pas un cas où les dragons mourraient tous si l’autre perdait la vie. Au contraire, ils échapperaient à son contrôle et deviendraient probablement fous. Mais quand même, dominé ou non, je tuerais tous ceux qui menaceraient l’humanité, donc je suppose que l’ordre dans lequel je m’occupais d’eux n’avait pas beaucoup d’importance.

« Occupons-nous des Dragons pour l’instant… »

J’avais sorti ma carte et j’avais cherché des dragons. Whoa, il y en a beaucoup ! Mince, c’est plus que je ne l’espérais. Même s’il n’y a pas autant de dragons que d’humains, c’est quand même pas mal. Hm… Je suppose que je peux réduire la liste… J’essayais une approche différente. Au lieu de chercher des dragons seulement, je cherchais des dragons ayant l’Aiguille de Résonance Dominante intégrée en eux.

L’Aiguille de Résonance Dominante ressemblait un peu à une épingle à marquer. Comme sa tête était exposée, je pouvais l’identifier de l’extérieur si je regardais la tête d’un dragon. Grâce à ce petit détail, j’avais pu lancer une recherche avec succès.

Même si la recherche avait été affinée, il y avait beaucoup de… Ils étaient assez dispersés dans le monde entier, volant à leur guise, et naturellement il y avait aussi un groupe concentré sur l’île des dragons.

Hein ? Qu’est-ce que… ?

« Attendez une seconde… ! »

Un groupe s’était envolé de l’île des dragons. C’était aussi un groupe assez important. Puis, je remarquais leur destination.

« Ils sont sur un vol direct pour Brunhild ! »

C’est quoi ce bordel ? Essaient-ils de se venger du dragon noir !? Mais pourquoi seraient-ils au courant pour moi ? Comment !?

Je pensais qu’ils avaient probablement été informés par le Roi Dragon. Il ne serait pas difficile de demander à tout le monde qui était le célèbre tueur de dragons qui avait sauvé un village à Mismede, ce qui signifiait que leur but était incroyablement évident.

« Luli. Nous sommes dans le pétrin. On doit rentrer à la maison, maintenant ! »

« Comme vous le souhaitez. »

Ces stupides dragons font-ils vraiment cela ? Très bien, alors ! Amenez-vous ! Je me fiche de qui tu es, Dragon, humain ou autre chose ! Personne n’attaque ma maison.

Je vais vous écraser jusqu’au dernier, bâtards arrogants !

◇ ◇ ◇

« Effectivement, il y a une horde de dragons qui arrive en ce moment même. Mais je vais les éliminer, alors ne t’inquiète pas. »

« … Baba-dono, je ne sais pas quoi dire à ce jeune homme en ce moment. »

« Eh bien, Yamagata. On est deux. »

J’étais dans la salle de conférence avec Yamagata et Baba. Les deux vieux hommes s’étaient tournés vers moi en état de choc.

J’avais réuni tous les membres importants de mon ordre de chevaliers et je les avais informés de la situation. J’étais retourné à Brunhild en utilisant une [Porte], ce qui signifie que j’avais encore une bonne avance sur les dragons. Tout le monde me regardait, ne sachant pas quoi dire. Mais finalement, Nikola rompit le silence. Il soupira légèrement et se leva.

« Votre Majesté, s’il vous plaît… Euh, et bien… Quand vous dites Dragons, faites-vous référence aux créatures qui volent dans le ciel et qui crachent du feu de leur bouche ? Ces dragons ? »

« Oui, c’est ça. Apparemment, certains de leurs jeunes sont devenus arrogants. Il y a maintenant une horde d’entre eux qui se dirige vers nous. »

« Une… horde, dites-vous. Combien au juste ? »

« Une vingtaine de dragons réguliers, plus ou moins. Mais il y a aussi une centaine de wyvernes de moindre importance qui voyagent avec eux. C’est à peine comparable à la phase que nous avons combattue récemment, n’est-ce pas ? »

« A-Attendez, attendez, attendez ! »

Le commandant Lain avait demandé combien il y avait de dragons, mais après ma réponse, elle et Nikola commencèrent à paniquer.

« Ça va bien se passer, n’est-ce pas ? Le chef s’occupera d’eux sans problème, comme il le fait d’habitude… N’est-ce pas ? »

Norn se montra un peu inquiète lorsqu’elle prit la parole. Ses oreilles de lupin tremblaient légèrement.

« J’y ai pensé, puis j’ai réalisé que c’était une occasion en or. »

« Une… occasion ? »

« Yep. Quel meilleur exercice d’entraînement pourrait-il y avoir pour notre ordre de chevaliers ? Ces dragons feront des cibles parfaites, ne pensez-vous pas ? »

« Excusez-moi ! »

Lain me regardait avec une incrédulité totale. Pour être honnête, je pensais que l’ordre des chevaliers de mon pays était une chose merveilleuse. Nous étions forts, mais nous vivions aussi dans un pays avec peu de monstres, et nous étions situés directement entre deux territoires amis. Il serait bon pour eux de faire un exercice d’entraînement approprié.

« Notre ordre de chevaliers ne compte même pas une centaine de personnes, et cela inclut notre corps de renseignements ! Nous pouvons difficilement faire confronter une personne à un dragon, non plus ! Et de toute façon, comment sommes-nous censés combattre les dragons volants ? »

« Je vais faire descendre les dragons volants. Après cela, il suffira de se concentrer sur l’esquive de leur souffle mortel. Vous devriez être en quelque sorte capable de le faire… Je veux dire, vos boucliers peuvent résister au feu ! »

« En quelque sorte, hein… ? »

J’avais pris des mesures de sécurité. Après tout, je n’allais pas mettre leurs vies en jeu. De plus, mes fiancées et les rois célestes devraient servir de renfort. Je ne pensais pas que les dragons seraient des boulets, donc c’était normal.

Même si c’était un combat difficile, ce serait bien de le faire. Nous étions un pays nouvellement établi, donc nous étions probablement méprisés par la plupart des autres pays. Si la rumeur se répandait, que notre ordre de chevaliers avait réussi à repousser plus d’une centaine de dragons, nous n’aurions probablement plus de problèmes avec des pays comme Yulong.

« Nous serons capables de battre les dragons facilement avec les Frame Gears… N’est-ce pas ? »

« Nous n’utiliserons pas les Frame Gears pour cette bataille. »

« Quoi !? »

Je veux montrer à ces lézards arrogants la puissance de l’humanité. Je vais leur montrer qu'ils ne devraient pas juger un livre à sa couverture. Après tout, ils nous attaquaient à cause d’une colère mal placée. Rendons-leur la pareille.

De toute façon, ce serait une victoire bien trop facile si j’appelais les « Frame Gears ». Nous n’aurions pas beaucoup d’expérience du combat réel. Et je ne voulais pas que mon ordre de chevaliers confonde la puissance des Frame Gears avec leur propre puissance.

« Et voici la chose la plus importante de toutes. »

« Hm ? »

« Nous pourrons récolter les cadavres de dragons pour obtenir des matériaux rares, et en tirer un grand profit. »

« … »

Tout à fait. Cuir, os, cornes… Si c’est draconique, ça vaut beaucoup. Un seul dragon est une fortune en soi, donc en tuer plus de cent est une chance incroyable de faire une tonne de fric.

« Ça aiderait beaucoup le pays si on avait cet argent. »

« … »

« Je pourrais aussi utiliser les recettes pour verser une énorme prime à tous mes travailleurs les plus acharnés. »

« Booyah ! »

« Allons vaincre ces dragons !! »

Si facile à manipuler…

« Je les vois au loin. Ils sont à environ trois minutes de l’arrivée. »

Luli m’avait averti, j’utilisais alors [Détection lointaine] pour voir par moi-même. Il y avait beaucoup de dragons, c’est sûr. Nous étions dans les plaines du sud, juste à l’extérieur de la ville du château de Brunhild, attendant l’arrivée des dragons. Nous voulions éviter tout dommage réel à notre nation, alors nous avions choisi un grand espace ouvert comme champ de bataille.

« Ils sont bruyants… »

« Ils parlent le langage draconien, disant des choses comme “tuez-les tous” et “faites-les rôtir vivants”… Il y a aussi beaucoup de rires désagréables. En vérité, ces bêtes ne sont pas de ma famille. Ils sont bien trop humbles pour ça. Ou peut-être que leur esprit a été infesté par cet artefact maudit… »

Je ne parlais pas le langage draconien, alors j’avais fait traduire Luli. J’étais heureux de savoir qu’elle avait un si bon sens de l’ouïe. J’étais cependant un peu irrité d’entendre ce qu’ils disaient… Mais ça m’avait donné une bonne raison de tout faire pour les tuer.

Il n’y avait pas de place pour la discussion ici, alors j’avais décidé de leur couper l’herbe sous le pied.

Une fois que vous aviez identifié votre ennemi, battez-les avant que la bataille ne commence. C’était ce que mon grand-père disait toujours.

« Avance, ô Tempête ! Que des millions de lames soient portées par l’air : [Tempête] ! »

J’avais invoqué un ancien sort de vent que j’avais appris dans un livre de la bibliothèque.

Une grande tempête était soudain apparue, aspirant les dragons en son cœur. Elle déchiqueta leurs ailes.

« GRAUGUUUUUUUH !! »

« GUYOOOOOOGH !? »

Les dragons, hurlant horriblement, s’écroulèrent sur le sol. Si j’étais sérieux, j’aurais pu les tuer tous à ce moment-là, mais je ne voulais les mutiler que pour l’instant.

Kougyoku, qui avait pris sa forme habituelle de phénix, lança une pluie de feu sur les dragons au sol.

« Ordre des Chevaliers de Brunhild, chargez !! »

« HOOOAAAAAAAH !! »

Mes chevaliers brandirent leurs épées et leurs boucliers de cristal, et chargèrent en réponse à l’ordre du commandant Lain.

Les dragons s’étaient soudainement tournés vers eux, crachant un torrent de flammes. Mais soudainement, un mur d’eau apparut entre les deux forces, réduisant massivement la chaleur.

« Pas de chance, mes chéris… Essayez encore, hm ? »

« Nous sommes en effet les maîtres de la défense, laissez-nous vous le montrer. »

Kokuyou et Sango étaient chargés de se défendre contre le souffle du feu. Je me tenais au sommet de la coquille de Sango, puisqu’ils étaient tous les deux de retour dans leur forme originale, et je regardais mon ordre de chevalier charger contre les dragons.

Kohaku était aussi dans sa forme originale, chargeant vers un groupe de Wyvernes. Il rugit, libérant une onde de choc qui fit reculer tous ceux qui étaient pris dedans.

« Je vais aussi y aller. Après tout, je ne peux pas tout laisser à cet imbécile. »

« Fais de ton mieux pour soutenir tout le monde de manière égale. »

« Comme vous le souhaitez. »

***

Partie 9

Luli déploya ses ailes, laissant échapper un rugissement assourdissant alors qu’elle s’envolait vers le ciel. Presque en réponse, les dragons la regardèrent et se figèrent. Si je devais deviner, je dirais qu’elle leur avait crié quelque chose, mais je ne savais pas quoi.

Même mon sort de traduction ne pouvait pas déchiffrer le draconien, probablement parce que c’était une langue animale. J’aurais probablement besoin d’un sort de télépathie pour comprendre ce qu’ils disaient. Et pour être honnête… Je parie que je pourrais trouver un tel sort si je regardais.

Luli s’était envolée. Elle lançait des boulets de feu sur les dragons groupés. Quelques dragons avaient été soufflés au loin.

Hé, c’est mon argent ! N’en lance pas trop aussi loin !

Luli n’avait rien à dire non plus sur mon projet de vendre les cadavres, alors j’avais supposé qu’elle avait vraiment abandonné. J’avais pensé que c’était un peu froid de sa part, mais elle avait juste eu la mentalité la plus apte à la survie.

« Nous soutiendrons aussi tout le monde. »

« En effet. »

Linze et Yumina s’étaient tournées vers moi avant de lancer des sorts à large zone d’effet. Elles avaient fait plus de lecture à la bibliothèque que moi.

« Avancez, Feu ! Barrière brûlante : [Barrière de feu] ! »

« Avancez, Vents… Bénis soit les courants descendants : [Tourbillon] ! »

Tous les membres de l’ordre des chevaliers s’étaient retrouvés engloutis dans des lumières rouges et vertes. Ces deux sorts leur avaient conféré une résistance accrue aux flammes et une plus grande agilité.

« Aux boucliers lourds ! À ceux en première ligne ! À tous les corps d’assaut, foncer leur dedans ! »

« Compris ! »

Dix soldats ayant de grands boucliers formèrent une rangée et bloquèrent le souffle d’un dragon. Derrière eux, plusieurs chevaliers brandissant des lances de cristal enfoncèrent leurs armes dans les brèches des boucliers, poignardant la bête.

« Gwaruuugh !? »

L’écaille de dragon, plus dure que l’acier, n’était pas encore à la hauteur des armes au phrasium. Le dragon était plus confus que blessé, mais ne pas savoir pourquoi il était en train de mourir n’allait pas le sauver.

« Haaa ! »

Lain, utilisant ses qualités innées de lapin, sauta par-dessus les boucliers lourds et atterrit sur le dragon. Son épée de cristal plongea dans la tête du dragon, mettant fin à ses flammes.

Le dragon eut des spasmes et des convulsions à deux ou trois reprises, puis il s’immobilisa. Lain retira l’épée de la créature et transmit d’autres ordres.

« Au suivant ! »

« Aye ! »

Bon travail, Lain… et bon travail, chevaliers ! Mis à part la magie, qu’une dizaine de personnes puisse éliminer un dragon est tout simplement incroyable. De plus, l’aiguille dans leur cerveau les rend plus forts que les dragons adultes. Je suppose que l’entraînement de ma « sœur » commence enfin à porter ses fruits.

« Touyaaa… Veux-tu dire que je ne peux vraiment pas y aller aussi ? »

« Moroha. Ce ne sera pas un exercice d’entraînement si tu y vas et que tu les élimines tous en quelques secondes, pas vraies ? »

La déesse des épées se tenait à mes côtés, alors qu’elle était visiblement en colère de ne pas pouvoir se battre. Elle voulait se battre, mais elle n’avait même pas une épée de cristal. Son arme était ébréchée. Cela dit, j’avais le sentiment qu’elle allait frapper tous les dragons à mort avec la poignée de son épée ou quelque chose comme ça… Elle était ce genre de fille.

« On ne sait jamais, Touya. Ça pourrait se transformer en scénario catastrophe. Ne serait-il pas mieux si j’étais dans la mêlée ? »

« Argh… Très bien, peu importe. Tu peux aller… Mais seulement en tant que soutien, d’accord ? Compris ! Ne t’avise pas de leur faire la totale ! »

« Ahaha ! Bien, peu importe ! Donne-moi déjà une épée ! »

J’avais soupiré. J’ouvris [Stockage] et je lui donnais une grande épée en cristal à Moroha.

Elle sauta joyeusement vers les dragons, tranchant les pattes de toutes les bêtes malchanceuses qu’elle croisait. Je venais de lui dire de ne pas en faire trop, et elle leur causait déjà des blessures considérables… Mais au moins, cela signifiait que nous n’avions aucune chance de perdre. Après tout, je venais d’envoyer notre arme la plus meurtrière.

« Ne pouvons-nous sérieusement pas aider… ? »

« Maintenant que ma sœur est dehors, certainement pas. Aucun ordre de chevalier ne pourrait faire quoi que ce soit si vous y alliez tous. »

Elze, Yae, Lu et Hilde boudaient toutes à proximité. Mais j’avais pris ma décision, et leurs visages grognons ne pouvaient pas me faire changer d’avis. Moroha suffisait amplement.

Si j’envoyais n’importe qui là-bas, le combat se transformerait vite en mêlée générale. J’avais Kougyoku qui donnait des tirs d’appui, Sango et Kokuyou qui protégeaient tout le monde, et Kohaku et Luli menaient les chevaliers vers leurs cibles. C’était plus que suffisant.

Quant à moi, je traquais les blessés et les soignais avec de la magie de récupération. Comme Sango et Kokuyou neutralisaient les souffles du feu, je ne pouvais pas imaginer que quelqu’un soit trop gravement blessé, à moins qu’il ne soit touché directement par un coup.

« Hm ? »

J’avais vu une wyverne qui essayait de voler avec ses ailes en lambeaux. Elle avait fait une dizaine de mètres avant d’être frappée au visage par une des boules de feu de Kougyoku. Heh. Joli.

« HAAAH !! »

Le vieux Baba rugit comme un animal lorsqu’il plongea une lance dans la tête d’un dragon. Il l’avait écrasée en un seul coup.

Il était vieux, alors je le voulais à l’arrière comme soutien… mais il m’avait complètement ignoré et chargea sur les lignes de front. Yamagata était tout près, balançant son grand sabre sur une Wyverne alors qu’il taillait les talons d’un dragon à côté de lui.

« Hé, hé, hé ! Venez par ici, bande de crétins écailleux ! Sentez la puissance d’un vrai homme ! »

Le combat durait depuis un certain temps, alors les choses devenaient assez tendues.

Les deux vieux hommes refusaient de monter à bord des Frame Gears chaque fois que nous les utilisions. Ils avaient dit qu’ils n’avaient pas l’impression que c’était un vrai combat quand ils les pilotaient, mais ils sembleraient vraiment apprécier le combat rapproché et le fait de mettre leur vie en danger. J’étais une personne qui mettait la sécurité au premier plan, donc je ne comprenais pas vraiment leur attitude imprudente.

« Fuh ! »

« Hiyaaah ! »

Nikola secoua sa hallebarde, et Norn taillada avec ses deux lames. Je les avais empêchés d’apporter leurs montures, et naturellement cela s’était aussi étendu à Lain.

Je voulais qu’ils voient le champ de bataille depuis le sol. S’ils avaient monté un griffon ou un pégase, ils auraient eu une meilleure vue, mais une moins bonne défense. Ils auraient pu facilement dévier les attaques enflammées avec leurs boucliers, mais leurs montures auraient encaissé le coup.

Avant que je ne m’en rende compte, la plupart des dragons étaient à terre, décédés.

Un des dragons restants semblait crier quelque chose, mais je n’avais aucune idée de ce qu’il essayait de dire. J’avais demandé à Kokuyou, qui était enroulé autour des jambes de Sango.

« Qu’est-ce qu’il dit, celui-là ? »

« Juste une tirade d’abus, mon chéri. Il vous traite de créatures inférieures, et vous critique pour les avoir attaquées en groupe. C’est misérable, si vous voulez mon avis. »

Bon sang… Ce sont eux qui sont venus nous attaquer en groupe !

Luli s’était soudainement tournée vers le dragon gémissant et déclencha un torrent de flammes bleues qui le réduisirent en cendres. Eh bien, voilà comment part mon profit.

« La petite Luli est positivement furieuse. Mais c’est tout naturel… Je serais moi aussi enragé si mes proches agissaient de la sorte. »

Kohaku gifla un dragon qui était sur le point de mordre un membre de mon ordre de chevalier, puis lui arracha les yeux avec ses griffes. Après cela, elle le laissa incapable de se battre, mais toujours vivant. C’était presque comme si elle disait qu’il était indigne de lui faire face.

« Ce sera bientôt fini. »

« Ces types sont-ils vraiment plus forts que les dragons adultes ? Ils semblent trop faibles. »

« Peut-être qu’ils sont simplement plus forts dans le cas d’un contre un, chéri. Il se peut qu’ils ne soient pas bons contre les groupes. Ils ne travaillent pas en tandem, alors ils attaquent comme ils veulent. Leur grande force n’a pas permis de tempérer leurs faibles esprits. Il n’y a pas de remède à l’idiotie. S’il n’y avait qu’un seul dragon aîné parmi tous, ils auraient pu avoir une chance de se battre. »

Les dragons n’étaient pas des créatures qui chassaient en groupe, donc c’était logique. Ils attaquaient simplement comme ça, de façon non coordonnée.

Comme l’avait dit Kokuyou, c’était à peu près terminé. Les dragons qui restaient étaient abattus un par un.

Finalement, ils étaient tous morts. Notre équipe avait également souffert de blessures mineures. Ce fut une victoire complète et décisive.

« Élevez vos cris de guerre, Victoire ! »

« HOOORAAAAAAAH !! »

Un cri de victoire explosa à travers les plaines.

Eh bien, nous avons gagné. Je ne peux pas m’empêcher d’être un peu déçu de la façon dont cela s’est passé.

Je ne l’avais pas remarqué pendant le combat, mais nous avions fini par rassembler une foule de spectateurs. Ce n’était pas trop surprenant, car notre combat avait généré beaucoup de bruit. C’était surtout des gens de la ville qui étaient venus voir l’agitation. J’avais aussi reconnu beaucoup d’aventuriers venus de l’extérieur de la ville parmi la foule.

« Votre Majesté… Que s’est-il passé ici… ? »

Le chef de guilde Relisha se précipita vers moi en dehors de la foule. Plusieurs membres du personnel de la guilde la suivirent de près. Elle jeta un bref regard à Sango et Kokuyou, la peur peinte sur son visage. Au bout d’un moment, elle comprit qui ils étaient et se calma un peu.

« Je suis allée au château parce que nous avions entendu parler d’une horde de dragons se dirigeant vers Brunhild, mais vous n’étiez pas là… Les chevaliers non plus, alors je ne savais pas quoi faire ! »

« Ahaha... Désolé pour ça. On dirait qu’on vient de se manquer. Mais ne t’inquiète pas, on s’en est occupé. »

« Je… peux voir ça, oui. »

Relisha regarda le champ de dragons morts avec un regard émerveillé sur son visage. J’avais décidé de faire jouer aux aventuriers leur rôle dans cette petite histoire. Ils seraient capables de faire connaître à d’autres pays ce qui s’était passé ce jour-là.

« Oui, nous l’avons bien fait. Alors, la guilde pourra-t-elle les acheter ? »

« Qu — Vous voulez dire tous ! Je… Je veux dire, nous pouvons certainement les acheter, oui… Mais s’il vous plaît, laissez-moi arranger les fonds avant que je les achète tous… Au premier coup d’œil, je pourrais probablement en payer dix en utilisant notre trésorerie actuelle de Brunhild… »

« C’est bien. Je vais stocker le reste. Pour le moment, au moins. »

J’avais invoqué [stockage] pour éviter qu’ils ne se décomposent entre-temps. Il ne restait plus qu’à découper quelques cadavres et à les faire cuire. La viande de dragon rôtie était censée être un mets délicat, alors j’avais voulu la partager avec tous les habitants de Brunhild.

J’utilisais mon smartphone pour projeter une image de moi-même au-dessus de tous les chevaliers sur le terrain.

« Bon travail, tout le monde ! Vous avez fait vos preuves en tant que grands chevaliers de Brunhild aujourd’hui. Je vais faire rôtir un tas de viande de dragon, alors mangez à votre faim ! Et bien sûr, je vous donnerai un petit bonus financier à tous. »

« Hourra ! Nous l’avons fait ! »

« On dirait que la viande est de retour au menu, les gars ! »

« Mec, je suis affamé… »

« Dieu merci, maintenant je peux payer mes dettes de jeu. »

« Brunhild pour toujours !! »

Les chevaliers se réjouirent. J’étais heureux pour eux aussi.

« De plus, nous allons tous emmener les Frame Gears sur l’île des dragons demain. Le plan est d’exterminer jusqu’au dernier dragon là-bas, alors assurez-vous de bien dormir, et je vous verrai tous demain matin. »

« ATTENDEZ, QUOI !? »

Tous les chevaliers étaient aux taquets. Honnêtement, c’était sacrément amusant.

***

Partie 10

L’île des dragons.

Elle était un peu plus petite que Brunhild. Le volcan au dragon se trouvait au centre de l’île et crachait des cendres. C’était essentiellement un terrain vague inhabitable.

Les dragons vivaient principalement sur les plages qui bordaient l’île. Ils avaient tendance à manger de gros poissons, ou des bêtes aquatiques magiques. De temps en temps, ils quittaient l’île pour chasser le gibier dans les grandes forêts, loin de la civilisation.

Mais les choses étaient différentes maintenant. Ils attaquaient les fermes, s’en allaient avec le bétail, faisaient des raids sur les bateaux de pêche et se déchaînaient.

Il n’y avait plus un seul dragon aîné sur l’île des dragons, il n’y avait donc personne pour garder les jeunes sous contrôle.

Luli et moi étions arrivés sur l’une des plages de sable. Dès notre arrivée, elle poussa un rugissement furieux qui résonna sur toute l’île. Essayes-tu de me faire éclater les tympans !? En réponse à ses cris, plusieurs grincements revinrent de loin. Les dragons avaient alors commencé à se montrer en masse. Wyvernes, dragons des mers, dragons de terre… Toutes sortes de sous-espèces étaient en route vers nous.

« Nous sommes encerclés. » 

« Que leur as-tu dit à l’instant ? » 

« Je les ai appelés les humbles bêtes qui ont perdu leur fierté. Et puis je leur ai demandé s’ils étaient prêts à mourir. » 

Eh bien… Je suppose que c’est juste. Après tout, je suis venu ici pour les tuer. Mais quand même… la subtilité est un art perdu pour toi, hein ?

« Assez de hurlements ! Mes oreilles vont lâcher… ! »

Je n’avais aucune idée de ce qu’ils disaient, mais il était évident qu’ils protestaient contre son commentaire. Mais ça m’a semblé être un tas de conneries.

« Ohoho, bonté divine ! Quelle sorte de dompteur de dragon est-ce là ? »

Un humanoïde draconien marcha sur le sable, en passant devant quelques dragons de terre.

Le clan des dragons comptait beaucoup de personnes grandes et robustes, et cet homme ne faisait pas exception. Il mesurait environ deux mètres. Son armure était magnifique aussi, tout comme la cape qui se répandait sur son dos. Il avait les cheveux roux et les yeux dorés. Il avait aussi des cornes et une queue, caractéristiques facilement reconnaissables d’un demi-homme dragon.

« Je suppose que tu es le roi dragon ? »

« Ohoho ? Je vois que ce que j’avais annoncé se répand déjà, merveilleux. Et tu es ? »

« Je suis le grand-duc d’une petite nation appelée Brunhild. »

Je vis le front de l’homme légèrement excentrique. Il semblait savoir qui j’étais.

« … Ohoh. Bienvenue dans mon humble demeure, alors. Il semblerait que tu as fait du bon travail contre mes subordonnés. »

« Du bon travail ? Ce n’était même pas des ennemis intéressants. Au fait, votre Aiguille de Résonance Dominante est défectueuse. Il vaut mieux jeter un artefact comme ça à la poubelle. »

« Qu — !? »

L’homme adopta une expression paniquée sur son visage. Après tout, il ne savait probablement pas que je connaissais son secret.

« Donc, juste au cas où je me tromperais… laissez-moi vous le demander afin d’être sur. C’est vous qui manipules les dragons, n’est-ce pas ? »

« Manipuler ? Comme c’est pittoresque. Je les ai libérés de l’esclavage, c’est tout ! Des chaînes de leurs aînés ! Des chaînes de leurs lois ! Un dragon est puissant, noble, sage. Pourquoi les dragons doivent-ils s’éloigner de l’humanité, alors qu’ils sont le sommet de l’évolution ? »

« Noble ? Sage ? Chaque dragon ici est un idiot ignorant. »

« Je suis d’accord », ajouta Luli.

J’étais heureux de voir qu’elle était d’accord. Après tout, s’ils étaient vraiment intelligents, ils se seraient enfuis il y a longtemps.

Donc, au final, ce type était exactement ce que j’attendais. Un suprémaciste racial. Un suprématiste draconien. D’après ce que j’ai compris, le clan du dragon était une bande d’orgueilleux qui étaient partis dans le monde pour affûter leur propre corps et leur esprit. Ils avaient forgé leurs propres chemins.

Mais comme nous l’avions vu, l’orgueil se transforme facilement en arrogance. Tout comme les dragons eux-mêmes, les hommes et les femmes draconiques étaient susceptibles de tomber dans les mêmes pièges.

« Vos puissants dragons n’ont-ils pas perdu contre des humains chétifs ? »

« Silence ! Il est impossible pour un dragon de perdre dans un combat en tête-à-tête avec une créature de moindre importance ! Les petits humains n’ont qu’un seul avantage, ils se reproduisent plus vite. Comme les insectes, presque. Vous n’avez pas le droit de parler de nous de cette façon ! »

« Si vous argumentez comme ça, alors vous pourriez dire que la fertilité est la force de l’humanité, et que nous devrions être plus que dans notre droit de nous battre en nombre. Ce n’est pas que cela importe. Je pourrais tuer tous ces dragons tout seul. »

Pour être juste, j’étais techniquement un demi-dieu à ce moment-là, donc on peut discuter sur le fait que j’étais encore un humain… Néanmoins, j’étais aussi assez sûr que Yae ou Elze pouvaient vaincre les dragons seules, donc je n’étais pas totalement à côté de la plaque.

« Et tu es venu sur mon île pour cette raison ? Impressionnant, humain. Tu as beaucoup de cran. Mais c’est de la bravade mal placée ! Ne vois-tu pas le pouvoir que j’exerce ? Je pourrais conquérir le monde entier ! Tu oses me défier ? »

Le roi dragon me cria dessus, mais il transpirait abondamment. Vraiment, maintenant ? Je veux dire, bien sûr… il y a plus de cinq cents dragons ici et tout, mais… pouvez-vous vraiment conquérir le monde avec ça ? Je n’y crois pas.

« Eh bien, qu’en penses-tu ? Joins-toi à moi, mon enfant, et je t’accorderai la moitié du monde. Nous devons… »

« Snrk… »

« Pourquoi ris-tu !? »

Comment pourrais-je ne pas rire ? ! Tu es un idiot, roi dragon ! Qui diable dit ce genre de conneries clichées dans la vraie vie ? Je ne suis pas vraiment un héros ou quoi que ce soit, mais ma réponse est un non catégorique.

« En ce moment, vos dragons sont juste une foule en colère, n’est-ce pas ? C’est un rassemblement inutile d’idiots sans aucune direction. Voulez-vous que je vous dise ce que je pense, roi dragon ? Je pense que vous ne les commandez pas. Vous ne faites qu’exploiter leur pouvoir et les envoyer sans aucune coordination. Vous parlez de grandeur, en disant que vous pouvez commander les dragons à votre guise, mais… Je parie que vous ne pouvez en contrôler qu’un ou deux avant que la tension ne soit trop forte pour votre petit cerveau, n’est-ce pas ? »

« Guh !! »

En plein dans le mille. Il semblerait que Cesca ait eu raison de dire que cette aiguille était un produit de mauvaise qualité. On dirait que ce gars compte plus sur la bravade que sur le pouvoir réel.

« Ha… Hahaha… Idiot. Pourquoi aurais-je besoin de manipuler directement ceux-là, de toute façon ? Tu es un ennemi pour notre espèce, Tueur de dragons. Tous ces dragons ici attendent mes ordres. Je n’ai besoin de dire qu’un simple mot, et ils vont tu — AHGUGUUUHGHAH !! »

En un éclair, le haut du corps de l’homme disparu de ma vue. Il avait été englouti dans la gueule d’un dragon noir. J’entendis un craquement.

Putain de merde. Le bas de son corps s’était affaissé sur le sol, laissant couler le sang de sa blessure suintante. C’était dégoûtant. Le sable de la plage saupoudra ses organes collants en les faisant éclater. Ces dragons ne pouvaient pas parler de langues humaines, mais ils pouvaient certainement comprendre ce qu’on leur disait.

Après tout, ils étaient arrogants. Il était naturel de penser qu’ils seraient réticents à servir sous les ordres d’un semi-humain, même s’il les rendait plus forts. Mais il semblerait qu’ils le suivaient parce qu’ils pensaient qu’il pouvait les contrôler à volonté. Cependant, une fois qu’ils avaient découvert que cette peur était sans fondement, il n’y avait plus de raison de le garder dans les parages. C’était la raison la plus probable des actions du dragon noir. Le fait que le roi-dragon avait révélé sa propre faille lui avait été fatal.

« Eh bien, je suppose qu’il a eu ce qu’il méritait, mais… cela ne résout pas le problème principal. »

« Ils commencent déjà à crier des choses sur le fait de verser du sang, et de tuer des humains… Quel genre terrible… ! »

« Purée, quelle plaie ! Commençons par sortir les poubelles. »

J’avais claqué des doigts, et une [Porte] s’était ouverte. Une série de bruits sourds annonça l’arrivée de plusieurs Frame Gears sur l’île.

Les dragons focalisèrent leur attention vers les envahisseurs soudains. Je pouvais sentir leur irritation. J’avais convoqué cinquante Frame Gears au total. C’était seulement le dixième du nombre de dragons ici, mais j’avais senti que c’était suffisant.

« Tout le monde, écoutez. Ne vous retenez pas, allez-y à fond. Nous allons faire un barbecue de dragon ce soir ! »

« Hourra !! »

J’avais parlé par radio et j’avais informé tous les pilotes du plan. Ce serait une bataille beaucoup plus facile que la précédente. Les dragons n’étaient pas aussi forts que la Phase, et la magie fonctionnait aussi bien sur eux.

En fait, j’étais plus inquiet de voir les cinquante Frame Gears trop en faire. Si on réduisait les dragons en purée, on ne pourrait pas les vendre… Mais nous ne pouvions pas non plus nous permettre d’y aller doucement.

De toute façon, il était trop tard pour s’inquiéter de ça. Nous nous battions pour le bien des humains qui avaient été mis en danger, ainsi que pour celui des vrais nobles dragons qui ne nous voulaient aucun mal, et pour garnir les coffres de Brunhild avec de l’or en abondance. Nous ne pouvions pas nous permettre de nous retenir. Ce serait manquer de respect envers ceux qui avaient déjà été victimes.

« Chevaliers de Brunhild, chargez ! »

« HOOOAAAAAAAH !! »

À mon commandement, les Chevaliers avancèrent. Les dragons lancèrent un souffle de feu et des boules de feu, mais ils furent facilement repoussés par les boucliers. En quelques instants, plusieurs dragons perdirent la tête.

Les dragons tentèrent de s’envoler, apparemment après avoir réalisé la puissance des Mécas. Mais il était trop tard. Plusieurs d’entre eux libérèrent la magie du vent et firent en sorte que les créatures aériennes s’écrasaient au sol.

Le liquide d’éther qui alimentait les Frame Gears transmettait également de la magie sur toute la surface des Mécas, permettant de canaliser des sorts à travers eux. Cela ne fonctionnait pas vraiment pour les sorts de restauration ou autres, mais cela leur permettait de lancer des sorts tout en pilotant. En effet, l’éther liquide avait les mêmes propriétés que les pierres à sorts.

Les Chevaliers arrivèrent sur les dragons tombés, finissant ainsi le travail. Cela ne me dérangeait pas vraiment de voir des têtes voler à cause de la décapitation, ou leur chair être transpercées par des lances… mais j’avais expressément interdit l’utilisation de masses et de marteaux pour ce combat. La viande de dragon broyée ne se vendait pas vraiment très bien. Attendez, ne les piétinez pas ! Ils ont de la valeur, bon sang ! Le dragon noir qui avait mangé le Roi-dragon (je n’ai même pas saisi le nom de ce type), jetait un regard inquiet sur le champ de bataille. Il regardait ses camarades mourir les uns après les autres, et je pouvais sentir la fureur qui émanait de lui. Luli le remarqua aussi, et fit un pas vers lui.

« Luli ? »

« Permettez-moi de punir cet enfant. Il s’est débarrassé de sa fierté de dragon. Je lui montrerai le vrai pouvoir de ma famille. »

« Euhh… D’accord. Je vois où tu veux en venir. »

« Je t’en suis redevable. »

Luli se retourna et poussa un rugissement assourdissant. S’il y avait eu des verres à vin à proximité, j’étais sûr qu’ils auraient été cassés. Merde, mes oreilles ! Le dragon noir rugit en réponse, mais comparé à Luli, sa voix était misérable et faible.

Je m’étais demandé s’il comprenait sa situation, mais il secoua soudainement la tête et tira une boule de feu directement sur Luli. Elle ne broncha pas, elle n’avait même pas bougé.

J’avais été un peu surpris de voir qu’elle n’était pas du tout blessée. Pas une seule de ses écailles d’azur ne semblait déplacée.

Le dragon noir paniqua et fit quelques pas en arrière. Cependant, il était trop tard pour cela. Luli s’était avancée et prit sa gorge entre ses mâchoires. Le grincement des écailles et des os retentit sur la plage. Urgh… C’est… Je vais vomir…

Le dragon mort tomba sur le sable. Luli releva la tête, émettant une fois de plus un son assourdissant.

Soudainement, plusieurs dragons cessèrent leurs protestations et se blottirent effroyablement sur le sol. Un message était passé sur ma radio.

« Votre Majesté… Beaucoup de dragons ont cessé de se battre… »

« Luli… Est-ce une reddition ? »

« Exactement. Je leur ai juste dit d’abandonner s’ils accordaient de la valeur à leur vie. Je leur ai dit que toute résistance était futile. Je leur ai dit que, s’ils ne voulaient pas devenir des cendres, ils abandonneraient au nom du monarque d’azur. »

Penses-tu que je te laisserais les transformer en cendres ? Ils ont trop de valeur pour ça !

Toute blague mise à part, il semblerait qu’il y avait quelques dragons parmi eux qui connaissaient le monarque d’azur. Mais pas tous. Il y en avait encore qui essayaient d’attaquer.

« Ne combattez pas les dragons qui se sont rendus. Mais n’hésitez pas à tuer ceux qui sont encore agressifs. Il y a toujours la possibilité qu’ils fassent semblant de se rendre, alors ne baissez pas votre garde. »

« Compris ! »

Au bout d’un certain temps, nous avions tué trois cent cinquante des quelque cinq cents personnes qui se trouvaient là à l’origine. Ensuite, nous avions retiré les aiguilles des vivants et des morts. Cet artefact m’emmerdait vraiment, mais j’étais sûr qu’on les avait tous obtenus. Il était possible qu’autrefois, elles aient été rassemblées quelque part pour être éliminées, mais qu’elles n’aient pas pu être détruites pour une raison ou une autre. Et puis après des milliers d’années, quelqu’un les avait toutes retrouvées et comprit ce qu’ils pouvaient faire… Je voulais en savoir plus sur les aiguilles, mais il ne restait plus que la moitié du corps du gars qui les avait trouvées, je n’avais vraiment pas eu de chance.

J’avais enterré le roi-dragon, ou du moins la partie inférieure de son corps, près de la côte. J’avais aussi enterré le dragon noir qui l’avait tué tout près. Je ne l’avais pas fait par sens de l’honneur ou par compassion ou quoi que ce soit d’autre, bien que… Je ne voulais simplement pas ramener le dragon noir et m’occuper du demi-corps dégoûtant qui se trouvait dans son ventre.

Si vous abusez de quelque chose de puissant, vous risquez d’en être victime à la fin. C’est la leçon que j’avais tirée de cet incident.

Un grand pouvoir s’accompagne d’une grande responsabilité. Si vous ne le reconnaissez pas, vous êtes peut-être déjà mort.

***

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Un commentaire :

  1. Haa, la fin... J'aurai pas di' mieux.

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