Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 7 – Chapitre 2

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Chapitre 2 : Le premier amour de la princesse chevalière

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Chapitre 2 : Le premier amour de la princesse chevalière

Partie 1

Un mois s’était écoulé depuis l’invasion des Phases, et rien d’étrange ne s’était produit depuis lors. 

Le chef de guilde, Relisha, s’était présenté et avait demandé une explication sur ce qui s’était réellement passé. Apparemment, il y avait une succursale à Yulong qui avait été complètement détruite.

La guerre civile, si on peut même l’appeler ainsi, se poursuivait à Yulong. De temps en temps, un nouveau noble apparaissait et prétendait être l’empereur céleste légitime, pour être finalement tué par un autre noble se déclarant comme le véritable empereur céleste, et ainsi de suite.

Yulong n’était plus en tant que tel un pays unifié, il s’était divisé en plusieurs villes-États sur le territoire du premier pays. Il serait préférable de l’appeler maintenant la « région de Yulong », car elle n’avait plus d’identité nationale singulière. Je me demandais s’ils feraient ce que faisait l’Union Roadmare voisine, et s’ils finiraient par former une alliance unifiée entre les petits États.

« Ces idiots arrogants ne perdureront pas longtemps s’ils poursuivent leurs rêves printaniers. »

« Hm ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Je dis que peu importe comment ils prospèrent, cela ne durera pas éternellement. Comme un petit rêve au début du printemps, leurs idéaux sont éphémères. »

Monica avait l’air confuse face à mon explication, alors j’avais laissé tomber. Après y avoir réfléchi, j’avais réalisé que Yulong avait probablement duré longtemps en tant que nation, donc ma réflexion n’était pas vraiment pertinente.

Le fait que Yulong avait été détruit par de mystérieux envahisseurs n’avait pas tardé à se propager à d’autres nations.

En fin de compte, contrairement à ce que je m’attendais, très peu de nobles de Yulong continuèrent à me calomnier. De plus, j’avais demandé à la guilde d’aider à atténuer les dommages en distribuant des dépliants et de l’information aux aventuriers. L’information concernait la Phase, expliquant à quoi elles ressemblaient, comment elles s’appelaient et le fait qu’elles avaient ravagé le monde dans le passé.

J’avais aussi révélé leurs forces et leurs faiblesses. J’espérais que les aventuriers seraient en mesure de gérer les petites Phases s’ils étaient au courant de cette information.

Après tout, nous n’avions aucune idée de l’endroit où elles allaient apparaître ensuite. Il fallait enfin rendre ces informations publiques.

Pourtant, si je devais croire ce qu’Ende m’avait dit, je n’aurais pas à m’inquiéter d’une autre grande invasion avant un moment.

« Alors, on ne peut avoir que quatre drones Fragarach équipés d’un train d’atterrissage en même temps ? »

« Monsieur oui, monsieur ! Si nous en équipons d’autres, la mobilité du Frame Gear sera entravée, monsieur ! »

Ce n’est certainement pas ce que nous voulions. Un Frame Gear qui ne pouvait pas bien bouger aurait aussi bien pu être un canard assis. La limite de quatre drones n’avait rien à voir avec le pilote, il s’agissait simplement d’une limite technique des schémas des Frame Gears désuets que nous avions en main.

Rosetta venait de terminer l’installation de quatre Fragarachs sur un chevalier baron, alors elle descendit rapidement de son épaule.

Ils étaient disposés en forme de croix sur le dos. Et comme ils étaient en forme d’épée et faits de phrasium, ils pouvaient aussi être utilisés comme armes conventionnelles en un clin d’œil.

L’utilisation d’un Fragarach pour attaquer était quelque chose qui consommait beaucoup d’énergie, donc ce n’était pas quelque chose que je pouvais faire utiliser aux gens trop souvent. J’avais demandé si nous pouvions utiliser [Transfert] à l’avance, pour donner aux pilotes plus de travail, mais apparemment, après synchronisation avec la longueur d’onde du pilote, le Frame Gear rejetait ma magie ou faisait en sorte que seul moi puisse contrôler les drones Fragarach. Aucune de ces deux solutions n’était particulièrement attrayante.

Nous avions fini de fabriquer la nouvelle arme, mais il y avait certainement beaucoup de choses à considérer…

{Mon seigneur, tout se passe bien… ?}

{Hm ? Kohaku ? Je vais bien. Il se passe quelque chose de ton côté ?}

Kohaku était de retour au château royal, alors j’avais été surpris de recevoir un message télépathique.

{Des représentants d’une nation étrangère sont arrivés au château. Ils désirent avoir une audience avec vous.}

{Des représentants étrangers ? S’ils viennent de Yulong, chassez-les, c’est tout.}

{Ils ne sont certainement pas de Yulong. Ils semblent provenir d’un endroit appelé Lestia. Une sorte de royaume des chevaliers.}

Oh, ça me dit quelque chose… N’est-ce pas l’endroit que j’ai survolé ? J’ai aidé cette Hildegard à lutter contre une Phase… ? Ouais, maintenant je m’en souviens ! Je l’ai sauvée et je lui ai donné une épée en phrasium. Je crois qu’elle a dit qu’elle souhaitait se racheter, ou quelque chose comme ça… Je me demande si c’est ça ! J’avais utilisé une [Porte] pour aller dans ma salle du trône, mais il n’y avait personne. Qu’est-ce que c’était que ce bordel ?

« Ah, Votre Majesté. S’il vous plaît, par ici. »

Je regardais autour de moi comme un crétin quand Lapis arriva et me fit signe de le suivre.

« N’y avait-il pas un groupe venu de Lestia ici ? »

« Effectivement… Mais quand je leur ai demandé d’attendre un peu, ils se sont dirigés vers le terrain d’entraînement pour voir notre ordre de chevalier s’entraîner à l’épée. »

Huh, c’est logique. S’ils venaient du Royaume des Chevaliers, ils devaient aimer les bons combats. Je peux comprendre pourquoi ils voudraient voir des soldats étrangers montrer leurs talents. Tant qu’ils regardent, ce n’est pas grave.

J’étais arrivé sur le terrain d’entraînement pour trouver Logan et une chevalière qui se battait en duel avec des épées d’entraînement. Mais ce n’était pas n’importe quel chevalier. C’était la princesse Hildegard ! Je ne savais pas comment réagir.

« Haaah !! »

La princesse chevaleresque porta le coup de grâce en criant à tue-tête pendant qu’elle désarmait son ennemi. L’épée de Logan s’envola en l’air. Elle avait beaucoup de talent, c’est sûr.

« Le match est terminé ! »

La voix de Nikola résonnait dans le champ. La foule, blottie autour d’elle et regardant attentivement le combat, s’était mise à applaudir. Je pouvais voir des membres de mon ordre de chevalier, ainsi que des chevaliers de Lestia.

« Merci beaucoup, vénérable princesse… »

« À vous aussi. »

Les deux échangèrent des plaisanteries, et avec cela le match était terminé. Alors que je me demandais si elle m’avait repéré, j’avais vu la fille accélérer le rythme et se diriger vers moi. Ses longs cheveux blonds scintillaient lorsque le vent doux soufflait dedans. Elle était vêtue de son armure habituelle, mais elle avait le plus joli petit sourire sur son visage. Maintenant que je la regardais mieux, elle avait l’air d’avoir l’âge de Yae.

« Votre Altesse… Ça fait un bail ! »

« Oui, c’est sûr. Mais au fait, que faites-vous ici, Princesse Hildegard ? »

Je l’avais saluée, mais j’avais été surtout surpris de la voir.

« Cette visite est ma façon de vous remercier pour cet incident. Il y a aussi quelque chose que je voulais vous demander… Pourtant, je ne suis pas ici en tant que représentante, mais plutôt en tant qu’accompagnatrice. »

« … Qui s’occupe de qui, exactement ? »

« Ça doit être moi. »

Un vieil homme était sorti du rassemblement des chevaliers de Lestia. Il avait l’air d’avoir près de soixante-dix ans. Il avait une longue moustache blanche sur le visage et boitillait avec une canne noueuse. Même s’il marchait avec une canne, son dos était complètement droit. Il avait un excellent équilibre et semblait en forme pour son âge. Soudainement, j’avais eu une idée de qui il pourrait être…

« C’est un plaisir de faire votre connaissance, Grand-Duc de Brunhild. Je m’appelle Galen Yunas Lestia. Je suis l’ancien roi de Lestia, et un aventurier de rang Or, tout comme vous. »

Le vieil homme prit une carte de la guilde dans sa poche et me la présenta. C’était vraiment sérieux. J’étais presque sûr que ce type était la seule autre personne sur la planète à partager mon rang.

« C’est un plaisir, monsieur. Je suis Mochizuki Touya. J’ai déjà entendu parler de vous. Maître Relisha vous a fait des éloges. »

« Ohohohohohohohohhhh… Vous avez ma gratitude, jeune homme. Vous nous avez apporté quelque chose de merveilleux récemment. Je me demandais si je pourrais vous remercier et faire le tour de Brunhild pour voir ce que cette belle nation a à me montrer. »

« Je suppose que ça peut s’arranger… Il ne se passe pas grand-chose en termes de visites touristiques, mais vous seriez mon invité d’honneur si vous décidiez de rester ici un moment. »

J’avais tendu la main pour serrer la main de l’ancien roi, mais d’une certaine façon… J’avais raté quelque chose. Attends, quoi ?

« Eeek !! »

Je m’étais retourné en réponse à ce cri soudain, et Lapis s’était mise à regarder son derrière et à trembler violemment. L’ancien roi avait en quelque sorte fait un pas rapide derrière elle, et faisait un mouvement de tâtonnement avec sa main.

Quoi ?

« Oh, vous devez me pardonner… C’est juste l’une de mes habitudes. Bonté divine… Quel cul exceptionnellement ferme ! Je peux vous dire que vous n’êtes pas une simple bonne, puisqu’elle est tonique à la perfection. »

« Grand-père, s’il vous plaît ! Nous sommes invités, nous ne sommes pas à Lestia ici ! Maîtrisez-vous… ! »

« Pardonnez-moi, ma main bouge instinctivement quand elle sent un fessier ferme. J’ai été assez patient jusqu’à présent, me retenant dans une magnifique mer de culs, mais je suis presque à ma limite, le savez-vous ? Bwahahahahahaah… »

Hildegard s’était soudainement fâchée contre l’ancien roi. C’était un peu choquant. Vu sa réponse, j’avais dû supposer que son comportement ici n’était pas anormal. Si je me souvenais bien, elle semblait un peu réservée quand j’avais mentionné l’ancien roi lors de notre dernière rencontre. Je comprenais maintenant pourquoi.

Mais plus important encore, je n’avais aucune idée de comment et quand il m’avait dépassé. Lapis était aussi une ancienne membre des Espions, c’était une espionne bien entraînée, il était donc impossible qu’il puisse la suivre avec autant de précision et de rapidité.

Le vieil homme n’était absolument pas une personne ordinaire. Il n’était clairement pas un aventurier de rang or pour rien. Là encore, il aurait pu être exceptionnellement doué pour être un pervers.

« Pardonnez-nous, s’il vous plaît ! C’est juste… les réflexes de mon grand-père qui s’installent. Une fois qu’il vous a touché, il vous laisse tranquille, alors ne vous inquiétez pas. »

« Haha… Bonté divine… »

Qu’est-ce que c’est que ce réflexe ? Je n’arrive pas à croire qu’il ait régné sur un royaume de chevaliers. Ce n’est pas du tout le genre de gars que j’imaginais !

Nous étions pour l’instant retournés au château de Brunhild. Ensuite, nous avions emmené le groupe de chevaliers de Lestia vers la caserne de notre propre ordre de chevaliers. Bien sûr, certains d’entre eux décidèrent de rester en tant qu’escortes pour la royauté en visite.

Nous étions entrés dans le château, et j’étais sur le point de les guider, quand…

« Eeek !! »

« Ohohohohohohohohhhhh… »

« Grand-père ! »

L’incident ne cessait de se répéter. Nos femmes de ménage n’avaient même pas eu la moindre chance. Honnêtement, j’avais peur qu’il finisse par provoquer un incident diplomatique.

J’avais été très tenté de le retenir avec [Gravité], quand…

« Oho… C’est Touya. Comment vas-tu ? »

Ma sœur… Karen avait marché tout à coup dans le coin. En un éclair, l’ancien roi de Lestia se tourna vers elle, sa main se faufilant vers elle.

Mais avant que je puisse cligner des yeux, le vieil homme était au sol, roulant dans la direction opposée.

« Quoi… »

De mon point de vue, la posture de Karen n’avait pas changé. Elle était clairement dans la même position. C’était comme si elle n’avait pas bougé. Le vieil homme abasourdi resta par terre, les yeux fixés dans l’espace.

« Hé, mon frère, c’est qui ce type ? »

« C’est l’ancien roi du royaume des chevaliers de Lestia. »

« Oh, mon Dieu… C’est certainement un vieil homme plein d’entrain, pas vrai ? »

J’avais présenté Karen à nos visiteurs de Lestia, qui avaient été tout aussi surpris que moi. Étant donné que Karen se faisait passer pour ma sœur, cela avait fait aussi d’elle techniquement un membre de la royauté.

« Pardonnez à ma sœur, elle peut être un peu… effrontée. »

« Non, mon Dieu, non ! C’était notre faute depuis le début ! Je pense honnêtement que mon grand-père avait besoin de quelque chose comme ça. Une petite punition divine, ahahaha. »

Elle n’avait aucune idée à quel point elle était proche de la vérité. Mais j’avais fermé ma gueule. Son grand-père avait eu la chance d’être légèrement blessé après avoir essayé de peloter le cul d’une vraie déesse.

« Mais vraiment, vous êtes incroyable. Comme attendue de la sœur aînée de Son Altesse ? C’est la première fois que je rencontre une femme qui peut repousser l’avance de mon grand-père… ces… ces… Euh… Il y a quelque chose sur mon visage ? »

Karen regardait attentivement Hildegard. Ses yeux étaient larges, comme si elle fixait l’âme de la pauvre fille et cherchait des secrets. Au bout d’un moment, Karen prit brusquement la parole.

« Vous êtes amoureuse, pas vrai ? »

« Quoi ? Quoi !? »

Hildegarde poussa un cri, se rétractant alors que du rouge virevoltait sur ses joues. Son expression calme avait complètement disparue, remplacée par un front abondamment transpirant et des yeux paniqués.

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? L-amour !? L’amour !? HAHAHAHA ! Ha ! Ne soyez pas bête, madame ! »

« Mfuhuhuhu… L’amour ne peut jamais échapper à mon regard, voyez-vous ? Voulez-vous que je vous donne quelques conseils ? Vous devriez venir dans ma chambre plus tard, je vous apprendrai l’étiquette de la cour. »

Ma chère sœur aînée était partie vers la salle à manger après avoir laissé un étrange commentaire au passage. Hildegarde était rouge comme une betterave, les deux mains sur le visage. Je n’arrivais pas non plus à comprendre ce qu’elle marmonnait.

« Hé, euh, ça va ? »

« Hein !? Ouais ! HAHA ! Je vais très bien ! En fait, je vais vraiment, vraiment très bien. Merci beaucoup d’avoir demandé, mais je suis en pleine forme ! »

Es-tu sûr de ça… ? Si tu devenais plus rouge, il y aurait de la vapeur qui sortirait de tes oreilles.

Mais si Karen avait dit qu’elle était amoureuse, elle devait vraiment l’être. Quand la Déesse de l’Amour disait quelque chose à ce sujet, j’aurais tendance à y croire. Il semblerait qu’au final, même les femmes chevalières avaient le cœur de belles demoiselles. Rien qu’en pensant à l’homme qu’elle aimait, son visage était devenu si rouge. Ce type a de la chance.

Je me sentais un peu gêné, car elle n’arrêtait pas de me regarder de temps en temps. Elle avait dû être gênée que je l’aie vue dans un tel état.

« Quoi qu’il en soit… Princesse Hildegard, et euh, ancien roi… on y va ? »

« Ne m’appelez pas Hildegard, s’il vous plaît. Une telle formalité n’est pas nécessaire. J’aimerais que… vous m’appeliez Hilde. C’est comme ça que je préfère être appelé par mes proches… »

La princesse avait fait une demande timide. Ça ne me dérangeait certainement pas, puisque son nom était un peu trop long. Sur ce, j’avais décidé d’honorer sa demande pour ma propre convenance.

« D’accord, alors. Vous serez à partir de maintenant pour moi Hilde. »

« Super ! »

« Ohohohohohohhhh… »

La princesse Hilde sourit largement, mais son grand-père gloussait en arrière-plan.

Qu’est-ce qu’il y avait de si drôle, vieil homme !?

***

Partie 2

« Alors, qu’est-ce qui vous amène tous les deux ici ? »

La princesse Hilde et son grand-père étaient assis sur un canapé à trois places dans la salle de réunion du château. Je m’étais assis en face d’eux, pour les écouter.

Ils m’avaient informé qu’ils avaient voyagé incognito, et qu’ils n’avaient pas l’intention de donner leur statut social pendant le voyage. En y regardant de plus près, leur armure ne portait pas le cimier royal de Lestia.

L’ancien roi était un grand aventurier, donc il avait des contacts partout. Grâce à cela, ils étaient arrivés ici sans problème. Ce type était vraiment quelque chose.

D’après ce que j’ai entendu dire, ils s’étaient déguisés en roturiers et avaient combattu des criminels… Un peu comme Mito Komon de l’émission dramatique. Je les imaginais presque faire face à des criminels en criant : « Savez-vous qui est cet homme !? C’est le grand Galen, l’ancien roi du pays ! » et puis ils seraient tous écriés ainsi « Ha-haaaa ! » ou quelque chose comme ça… Cependant, ce ne devait probablement pas être ressemblant à la série. Pourtant, je n’avais pas vraiment de problème avec le fait qu’il punisse les malfaiteurs.

« Oui, nous aimerions discuter de l’incident de Yulong avec vous… »

Hilde aborda le sujet assez rapidement. Tout bien considéré, je n’avais pas été trop surpris.

L’incident avait impliqué plusieurs membres de pays étrangers, et Yulong avait répandu toutes sortes de mensonges sans fondement et incohérents sur ce qui s’était passé, de sorte que la plupart des nations qui n’étaient pas impliquées n’avaient aucune idée de ce qui s’était réellement passé. Cette question était surtout répandue dans l’est du continent, car les alliés occidentaux connaissaient tous la vérité.

Il était quelque peu amusant de constater que l’Ouest en savait davantage sur la situation à l’Est, étant donné qu’il s’agissait au départ d’une situation qui concernait les pays de l’Est.

La guilde avait fait circuler la vérité sur le sujet, mais les faits semblaient plus étranges que la fiction. Des bêtes non affectées par la magie, avec des capacités de régénération complexes, et qui émergeaient d’une déchirure dans l’espace ? Personne n’avait jamais entendu parler d’une telle chose, il était donc raisonnable de ne pas le croire.

Je leur avais détaillé exactement ce qui était réellement arrivé, puisqu’il n’était pas nécessaire de mentir.

« Wôw… Il y a donc vraiment eu une invasion par ces créatures nommées Prase… Donc vous dites que Belfast, Regulus, Mismede, Refreese, Ramissh et Lihnea se battaient tous ensemble ? »

« Les Phases sont des ennemis que nous n’aurions pas vaincus si nous n’étions pas unis. Une seule de leurs créatures supérieures a effacé Shenghai de la carte en une seule attaque. »

« Quelle affreuse histoire… ! Pensez-vous que cela pourrait se reproduire ailleurs ? »

Les inquiétudes de l’ancien roi étaient certainement justifiées. Après tout, un petit groupe de Phase était apparu à Lestia il y a quelque temps. J’avais décidé de ne pas mentir à ces deux-là, et je leur avais dit la vérité.

« Je ne pense pas qu’une telle chose se produira avant un certain temps, mais il y a toujours une réelle possibilité que cet événement se répète ailleurs. C’est pour cette raison que j’ai préparé des contre-mesures. »

« Ce sont les Frame Gears, n’est-ce pas ? Les guerriers géants ? »

J’avais été surpris par le fait qu’ils le connaissent par son nom, mais en même temps, je savais que la nouvelle finirait par se répandre.

J’avais décidé dans ce cas qu’il valait mieux montrer plutôt que raconter. Nous nous étions déplacés dans la plaine ouest à l’extérieur du château. Avec leurs escortes, bien sûr.

L’ancien roi, la princesse et leur escorte furent tous pris par surprise alors que je les faisais passer par mon portail. J’oubliais que les gens n’y étaient pas habitués. Ils avaient été encore plus surpris quand j’utilisais la [Porte] pour matérialiser un chevalier noir sur le terrain.

« C’est un de mes Frame Gears. Je l’appelle le Chevalier Baron. C’est l’une de nos armes principales pour combattre la Phase. »

Les gens de la région étaient absolument sans voix. Je pris une radio de [Stockage] et je contactais Monica. Elle était bien sûr assise dans le cockpit.

« D’accord, montre-leur le Chevalier Baron en action. Mais ne fais pas l’imbécile. »

« Comme tu le veux, Maître. »

Monica avait commencé à montrer différents mouvements avec le Frame Gear. Elle avait marché, couru, sorti une arme, attaqué par préformation, et par tranchant.

« Et ces… Frame Gears… Combien en avez-vous déployé à Yulong ? »

« Environ deux cent cinquante d’entre eux, y compris les unités de réserve. C’était tout juste suffisant, étant donné qu’il y avait environ treize mille Phases. »

« Deux cents… Qu’est-ce que Brunhild a l’intention de faire de cette puissance militaire ? »

Les yeux de l’ancien roi tombèrent sur moi, comme s’il essayait de me sonder pour obtenir des informations. Je ne pouvais pas lui en vouloir. N’importe qui soupçonnerait les intentions de quelqu’un s’il possédait autant de pouvoir.

« Vous pouvez me croire ou non, mais je n’ai pas l’intention d’utiliser ce pouvoir pour conquérir. Je ne les utiliserais que dans des circonstances graves. Leur but premier et principal est de combattre la Phase. Je peux vous promettre que même les autres membres de l’alliance occidentale n’en posséderaient pas, à moins qu’une véritable crise ne survienne. »

« Et comment définissez-vous une vraie crise ? »

« Si un Béhémoth devait émerger, ou si nous devions sauver des gens de catastrophes naturelles. Ce sont des situations de crise pour moi. »

En fait, j’avais prêté des Frame Gears à quelques pays alliés pour des situations comme celle-ci. S’ils sauvaient des vies, je les laisserais utiliser mon pouvoir. C’était donc une preuve de bonne foi de ma part. Mon but premier était d’inspirer confiance aux nations étrangères, de les rassurer sur le fait que je n’allais pas prendre le contrôle de leurs maisons. Cela étant dit, je les obligerais à me dédommager si les Frame Gears étaient endommagés en combattant des Béhémothes ou autre.

« Supposons, par exemple… si Lestia s’alliait à Brunhild, aurions-nous aussi accès à ces Frame Gears ? »

« Si vous les utilisez pour des situations honnêtes et non pour la guerre, alors oui. »

Ils me demandèrent si je craignais que des pays étrangers ne volent la technologie et n’en fassent de la rétro-ingénierie. Je les avais mis au défi de me montrer un endroit dans le monde qui pourrait le faire. Même mon atelier n’avait pas pu produire un Frame Gear à partir de zéro. À moins qu’un génie du même niveau que le docteur Babylone n’arrive, je n’avais pas à m’inquiéter.

Ils pourraient désassembler un Frame Gear, mais ils seraient tout au plus capables de répliquer les membres. Ils ne pourraient pas non plus distiller l’éther liquide. Si un pays démontait l’un de mes Frame Gears au point où il ne pourrait plus être assemblé, je le mettrais simplement sur une liste noire pour qu’il ne puisse plus l’emprunter.

« Je suis venu à Brunhild pour établir des relations amicales. Je ne peux pas formellement proposer une alliance sans mon fils, mais je suis sûr qu’il ne la rejetterait pas. »

« Je serais heureux de forger une alliance avec Lestia, mais je devrais d’abord consulter mes autres alliés. »

Je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’il y ait des objections, mais les formalités restaient toujours des formalités. J’avais été très satisfait de mon image de Lestia jusqu’à présent. Étant un Royaume de Chevaliers, ils sembleraient être des gens dévoués, honnêtes et nobles. Ce vieil homme tâtonnant était probablement la seule tache sur cette image jusqu’à présent.

Je m’étais brièvement demandé si l’alliance occidentale devrait changer de nom si Lestia adhérait. Après tout, ce pays se situait dans la partie est de la carte. C’était un détail mineur, alors j’avais décidé de m’en inquiéter plus tard.

***

Partie 3

« Haaaaaaaah !! »

« Hiyaaaaaaaaah !! »

Les deux épéistes s’arrêtèrent quelques centimètres avant que leurs épées de bois n’entrent en contact avec le corps de leur ennemi. L’épée de la princesse Hilde reposait sur la taille de Yae, tandis que celle de Yae planait juste derrière la nuque de Hilde. Elles étaient toutes les deux extrêmement talentueuses à l’épée.

« D’accord. Le match est fini. »

Je m’étais porté volontaire pour être arbitre, alors j’avais utilisé ce pouvoir pour en finir.

Hilde avait dit qu’elle voulait affronter le plus grand épéiste de mon pays, alors j’avais décidé que Yae serait le meilleur choix. Après tout, quand il s’agissait de l’art de la lame, elle était encore plus habile que le vieux Yamagata.

Au cours de l’année dernière, j’avais montré à Yae d’innombrables sites Web et vidéos sur l’art traditionnel du sabre. Elle avait absorbé l’information comme une éponge absorbait l’eau, et avait étudié presque tous les jours. Son style avait vraiment commencé à s’épanouir. Bien sûr, le style Kokonoe de sa famille l’avait marquée, mais elle évolua au-delà.

Pourtant, le fait que la princesse Hilde pouvait se battre contre Yae et faire un match nul était stupéfiant en soi.

Toutes les deux baissèrent leurs armes et respirèrent lourdement.

« C’était un match très amusant. Vous avez vraiment un chevalier merveilleux, Votre Altesse. »

« Hm ? Ah, je ne suis pas l’un de ses chevaliers. »

« Hein ? »

Hilde secoua la main de Yae, mais inclina la tête dans la confusion devant ses paroles.

« Je suis fiancée à Touya-dono. »

« Euh… excusez-moi ? »

« Ah, c’est ma fiancée. »

J’étais intervenu pour clarifier les choses, mais Hilde s’était soudainement arrêtée de bouger. Hein ? Quel est le problème ? Elle se tourna lentement vers moi, grinçant presque en me fixant. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait, mais ses yeux semblaient complètement sans vie.

« Fiancé… Vous êtes… fiancé… ? »

« Hm ? Eh bien, oui… N’y a-t-il pas eu une grande annonce pour mon mariage avec Lu et Yumina ? »

« Yumina… ? Lu… ? »

C’était comme si Hilde voulait savoir qui elles étaient. Elle n’avait pas du tout reconnu les noms. J’avais pensé que la nouvelle ne s’était pas encore répandue dans l’est du monde.

« Ce sont les princesses de Régulus et de Belfast. Comme moi, ce sont aussi les fiancés de Touya. »

« Quoi !? Il a trois fiancés… ? »

« En fait, il en a six. »

« SIX !? » Hilde était restée sans voix. Hmm… Je suppose qu’elle est surprise. Même si la polygamie est normale dans ce monde, il est inhabituel pour les nobles ou les marchands fortunés d’avoir deux ou trois épouses, et les membres les plus scandaleux de la royauté se limitaient généralement à cinq.

Beaucoup de marchands et de nobles avaient des femmes, mais aussi de nombreuses concubines.

Apparemment, une fois qu’un homme né haut dans ce monde avait pris une femme, il avait des relations intimes avec plusieurs femmes au cours des années suivantes. Mais les gens comme moi qui avaient plusieurs partenaires de mariage étaient considérés comme rares.

« Je… Eh bien, je… Je ne m’attendais pas à ça. Excusez-moi. »

Hilde murmura à elle-même, son visage était un peu froncé. J’avais agité ma main devant son visage, mais elle était complètement perdue dans sa propre bulle.

« Ça ressemble à un boulot pour Grande Sœur, pas vrai !? »

« Gah ! Ne fais pas ça ! »

J’avais sursauté de surprise face à cette voix soudaine.

Karen était apparue de nulle part, prenant une pose dramatique. Son souffle était lourd, plein d’excitation.

Cette fille peut se téléporter ou quoi !? Eh bien, je suppose que, vu que c’est une déesse et non une fille… elle peut surgir comme bon lui semble….

« Salut, ma chérie. Tu souffres d’un amour unilatéral non partagé, pas vrai ? Et la cible de cet amour est Touya, hein ? »

« Eeep ! Qu’est-ce que vous dites !? Quoi !? Hahahaha ! QUOI !? C’est trop bête ! Comment avez-vous !? Comment avez-vous deviné tout ça !? »

Karen avait pointé du doigt Hilde, et la fille avait pratiquement explosé en rougissant profondément. Quoi… ? Pourquoi panique-t-elle ? Elle ne peut pas… Non… Mais on ne s’est rencontrés que deux fois, non ! Ce n’est pas possible ! S’il vous plaît, non… Ne me dites pas que c’est ça !

Je tirais Karen sur le côté et je lui avais soudainement murmuré à l’oreille.

« Attends une seconde ici… Utilises-tu une sorte de pouvoir divin ici ? Lui as-tu lancé un rayon d’amour invisible ou quoi ? »

« Ne sois pas si grossier, Touya ! Je n’interviendrais jamais comme ça, sais-tu ? Cette petite fille là-bas a de l’amour pour toi dans son cœur depuis le tout début. En fait, je peux le voir et le sentir. C’est son premier amour. C’est absolument époustouflant, sais-tu ? »

Pourquoi est-ce si évident pour toi !? Suis-je juste lent ou quoi ? C’est son premier amour, sérieusement !? Alors… Qu’est-ce que je fais ici ? Je n’avais aucune idée de ce que je devais faire, et Hildegard avait l’air extrêmement gênée. Avant que j’aie pu penser à quelque chose, Yae s’était soudainement approchée de la pauvre fille. J’espérais vraiment qu’elle ne se battrait pas.

« Hilde-dono, aimez-vous Touya-dono ? »

« Eeep ! Je… Non ! Euh, c’est-à-dire… Je ne savais pas qu’il avait une fiancée, surtout pas une aussi belle que vous, Yae. Je… S’il vous plaît, pardonnez-moi. Je dois vous causer du chagrin. »

« C’est tout le contraire. Je connais très bien vos sentiments. J’ai déjà été dans la même position que vous. »

Hilde, qui regardait le sol avec honte, leva lentement la tête.

« Quand Touya-dono a été fiancée à Yumina-dono, j’étais simplement sa compagne. J’ai enterré l’affection que j’avais au fond de mon cœur. Mais au final, Touya-dono et Yumina-dono m’ont accepté. »

« Je vois… »

« C’est pourquoi cela ne me dérange pas que vous rejoigniez nos rangs en tant que fiancée, Hilde-dono. »

« Pardon !? »

Hilde et moi avions crié la même chose en même temps. Comment était-ce arrivé !? Qu’est-ce qui se passait ici !? J’avais pris Sue pour fiancée récemment, alors n’était-ce pas un peu tôt pour la numéro 7 !?

« Pour l’instant, la limite nuptiale de Touya est fixée à trois de plus. Il a été décidé qu’il aura neuf femmes au total. »

« Neuf !? »

Hilde avait élevé la voix en état de choc. Tu lui dis aussi ça maintenant !? Je n’étais même pas d’accord !

« Toujours aussi populaire, petit frère… Ta grande sœur est super fière de toi, sais-tu ? »

« N’en dis pas plus ! » J’avais regardé ma sœur idiote, qui avait commencé à siffler au loup à partir depuis les coulisses. Je suis content que quelqu’un voie le côté drôle de tout ça !

« Voulez-vous dire qu’il ne peut prendre que trois autres mariées ? Qu’après ça, les femmes ne seraient plus que ses maîtresses ? Si c’est le cas, alors j’accepte volontiers ! Je serai heureuse d’être la septième, Yae ! »

« Très bien, je vous présenterai aux autres plus tard. Je suis ravie qu’une personne comme vous se joigne à nous. »

« Merci beaucoup, Yae ! »

La princesse Hilde saisit fermement la main de Yae.

Attends, qu’est-ce qui vient de se passer ? Mon opinion a-t-elle été entièrement oubliée ? Est-ce que je ne compte pas !? C’est mauvais… C’est totalement mauvais ! Ça va se passer comme ça s’est passé avec Yumina et Lu. Qu’est-ce que je peux faire ? Si je dis quelque chose maintenant, je lui ferais du mal… Le mariage dans ce cas n’est pas qu’une relation amoureuse, cela va aussi servir pour approfondir les liens politiques et sociaux. Je suppose que nous ne nous connaissons pas, c’est bien pour eux parce que c’est une société qui privilégie l’amour aux mariages politiques, mais… Agh ! Je ne sais pas quoi faire, c’est sûrement quelque chose comme une étrange coutume de la haute bourgeoisie… !

Après tout, c’est une princesse… C’est peut-être une décision politique ? Mais aucune fille ne choisirait d’épouser quelqu’un qu’elle n’aime pas…

Les deux filles commencèrent rapidement à bavarder sous mes yeux. J’étais impuissant à les arrêter, mais heureusement, je n’avais pas eu à le faire.

« Ne nous emballons pas, je ne peux pas permettre ce mariage ! »

« Grand-père !? »

« Bonté divine, dans quelle situation étais-je… ? »

L’ancien roi était apparu comme s’il sautait de nulle part, les mains tendues et avec une expression sérieuse sur son visage. C’est quoi, une sorte de pièce de kabuki ?

J’ai un peu peur que ça se transforme en une situation du genre « Si tu veux ma petite-fille, tu dois passer à travers moi ! »… Ce n’est pas du tout ce que je veux !

« Prendrais-tu la position de princesse de Lestia à la légère… ? Bats-toi contre moi, prouve ta valeur ! »

Bingo. Welp, je suppose que c’était prévisible. C’est quand même une situation un peu chanceuse, je peux tout simplement faire exprès de perdre. Je n’ai pas l’intention de prendre la princesse Hilde pour épouse, du moins pour l’instant. Elle est mignonne, mais je ne sais rien d’elle !

En plus… l’ancien roi est un aventurier de rang Or. Malgré son âge, cela pourrait être âpre, même si je ne le combats pas sérieusement…

« Tu dois accepter honorablement ce duel. Montre-moi ta force, vaincs-moi, et je l’accepterai ! Bats-toi maintenant, Hilde ! »

« Très bien, grand-père ! Je vais te frapper ! »

Attendez… Quoi !?

***

Partie 4

« À toutes personnes opposées aux fiançailles entre Touya et la princesse Hildegard de Lestia, levez la main maintenant, » avait dit Yumina, mais personne ne leva la main.

« Alors j’accepte volontiers la princesse Hildegard comme une âme sœur. Elle, comme nous, soutiendra consciencieusement Touya, s’efforçant de devenir une bonne épouse et une bonne mère. »

« Merci beaucoup ! Je travaillerai dur. »

Hilde versa une petite larme tandis que les six autres se tenaient autour d’elle et applaudissaient. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait.

Il y avait huit personnes dans la pièce. Moi-même, mes fiancés et la princesse Hildegard. C’était ce qu’elles appelaient une conférence nuptiale, et l’intention était d’approuver mes fiançailles avec Hilde. Bien que, pour une raison quelconque, j’étais assis loin des autres.

« Allez, les filles… Allez-vous vraiment ignorer mon avis ? »

À mon commentaire, Yumina s’était retournée et fronça les sourcils.

« N’aimes-tu pas la princesse Hilde ? »

« Eh bien, non. Je ne vois aucune raison de ne pas l’aimer. »

« Alors la trouves-tu peu attirante ? »

« Bien sûr que non ! Elle est vraiment jolie. »

« Alors sa personnalité n’est-elle pas bonne ? »

« Non. C’est une travailleuse acharnée et elle donne tout pour sa patrie. En toute honnêteté, je suis vraiment impressionné. »

« Dans ce cas y a-t-il un problème avec son héritage ? »

« Non, pas ça non plus. C’est une princesse comme toi et Lu. »

« Alors il n’y a rien à objecter. »

« Argh… »

Yumina termina son interrogatoire et me fit un sourire. Je regardais la princesse Hilde et je la vis rougir profondément tout en regardant le sol. C’était vrai que je n’avais pas de raison de la refuser, mais… J’avais l’impression que si je cédais sur ce point, elles me marcheraient dessus pour toujours. J’avais déjà du mal à tenir tête à l’une d’entre elles individuellement… Alors les sept ensemble ! Je ne serais plus qu’une marionnette que l’on maltraite. La polygamie ressemblait au rêve d’un homme au début, mais j’avais vite compris que si ses épouses unissaient leurs forces, il serait fichu.

« … Est-ce que vous êtes toutes d’accord avec ça ? »

« J’aurais levé la main dans ce cas. »

« En ce qui nous concerne, tu es comme nous. Nous te considérons comme une bonne amie, et nous aimerions t’avoir dans la famille. Nous en sommes toutes venues à aimer Touya à notre façon… »

Elze et Linze rassurèrent Hilde. Je me demandais comment elles pouvaient parler d’elle avec autant de confiance, mais c’était probablement grâce à l’Œil mystique de Yumina. Ça expliquerait tout.

Chaque fois que Yumina utilisait son Œil mystique, elle pouvait lire l’aura d’une personne. Une personne au cœur pur lui semblerait brillante et étincelante, mais une personne aux intentions malveillantes semblerait boueuse et immonde.

Je n’en connais pas tous les détails, mais elle ne pouvait pas lire grand-chose au-delà des intentions superficielles dans leur cœur. Finalement, Yumina m’avait dit qu’elle jugeait en fonction de la couleur qu’elle voyait et de sa propre intuition.

En d’autres termes, elle savait des choses sur les gens d’une manière détournée. Elle pouvait faire la différence entre une mauvaise personne portant un déguisement chevaleresque et une bonne personne qui essayait d’agir brutalement. Yumina avait dû évaluer Hilde de cette façon, ou du moins c’est ce que je pensais, mais…

« C’est définitivement une opportunité pour nous. Yumina et moi sommes des princesses, mais nous ne venons que de l’ouest. Hilde est originaire de l’est, et après l’incident de Yulong, elle est la princesse de la plus grande nation du pays… Relier l’Est à l’Ouest nous conférera une effroyable puissance. »

Lu marmonnait ceci et cela au sujet des rouages politiques. C’était un peu dangereux, honnêtement.

Forger une alliance forte avec Lestia serait utile, mais je ne voulais pas le faire uniquement pour des raisons politiques.

« Mais, je veux dire… »

« Touya, tu dois parler pour toi-même. Aie plus confiance en toi et en tes décisions. Comme l’a dit ta sœur, tu es un homme populaire ! »

« … Suis-je vraiment si populaire ? »

« Bien sûr que tu l’es ! Tout le monde ici t’aime énormément ! »

Les mots de Sue rendirent mes joues écarlates. Gah ! Je ne sais pas si je suis heureux ou juste embarrassé… ! Argh… Merde, je préfère ne pas être si mollasson après tant de temps, mais c’est juste comme ça que je suis…

Je regardais la princesse Hilde, et ses yeux nerveux rencontrèrent les miens. J’étais un peu inquiet, car on aurait presque dit qu’elle allait pleurer.

« … Très bien, alors. Si tout le monde est d’accord, c’est bon. »

Tout le monde s’était soudainement rassemblé autour de la princesse Hilde et avait applaudi. En écoutant leurs rires stridents et féminins, je m’étais rappelé une fois de plus que je n’avais aucun pouvoir contre elles. Un malaise s’était installé quand j’avais pensé à mon avenir.

« Hey, Princesse Hilde. Et votre bataille avec l’ancien roi ? »

« Appelle-moi simplement Hilde, s’il te plaît. Désormais, je suis à la fois ta fiancée et ton premier chevalier. »

La princesse Hilde, ou juste Hilde s’était tournée vers moi avec un sourire.

« Très bien, Hilde. Alors, à propos de cette dispute avec l’ancien roi… Y a-t-il une chance que tu puisses le battre ? »

« Si tu veux vraiment savoir le fond de ma pensée, je ne pense pas que cela soit probable… La probabilité que je me batte et l’emporte contre mon grand-père est d’environ un sur dix. »

Ces probabilités étaient sérieusement basses. C’était à peu près ce à quoi je m’attendais. Le vieil homme devait être puissant. Pourtant, une chance sur dix était toujours une chance.

« Et… les fois où j’ai gagné contre lui, je dois dire que ce n’était pas à cause de mes compétences. C’était juste un cas où j’ai eu de la chance… »

« Ha… Donc tu dis que ta victoire était du a de la chance ? »

« Oui… »

Allez, Sue. Ne le dis pas comme ça. Elle a l’air assez déprimée comme ça !

Au contraire, j’avais pensé que son grand-père finirait peut-être par être pris au dépourvu. S’il ne la prenait pas assez au sérieux, elle pourrait l’utiliser à son avantage et en sortir gagnante.

L’arme du duel devait être une épée, et ce ne serait qu’un test de prouesses physiques. Aucune magie ne devait être permise.

« Touya-dono… N’y a-t-il rien que nous puissions faire ? »

« Hm… Eh bien, nous pourrions toujours enchanter l’arme d’Hilde avec une sorte de poison aveuglant, ou faire exploser la poignée de son épée ou quelque chose du genre… Ou peut-être que je pourrais juste enchanter les armes et l’armure d’Hilde pour avoir une tonne d’effets de buff ? »

« Une victoire comme celle-là serait plutôt… creuse, et contraire au code de la chevalerie. »

Je veux dire, je suppose que oui… mais il y a beaucoup de façons de gagner ici. Les règles disaient que la magie ne pouvait pas être utilisée directement pendant le duel, donc techniquement ce n’est pas de la triche ! Heheheheheheh…

« Tu fais encore ta tête de méchant. »

« … Tu es probablement en train de trouver quelque chose de cruel et sournois, n’est-ce pas ? Je ne sais pas si c’est une bonne chose. »

« Je suis un peu inquiète… »

Ne soyez pas méchantes ! Je ne pense à rien de méchant ou de sournois, promis !

Pas cette fois, du moins.

***

Partie 5

Au moment où le match commença, l’ancien roi accula Hilde. Elle avait été forcée à se mettre dans un coin, mais elle avait quand même réussi à s’en sortir, à parer son épée de bois et à l’éloigner d’elle.

« Qu’est-ce qui ne va pas, petite-fille !? Tes sentiments pour le grand-duc sont-ils si pitoyables que tu hésiterais ici !? »

« … Je crois en Touya ! Si je bouge selon ses instructions, alors je gagnerai sûrement ! » 

« Selon ses instructions !? Dans ce cas, montre-le-moi ! »

La vitesse de ses attaques augmenta, frappant Hilde encore et encore dans un assaut imparable. Les défenses de la jeune fille commencèrent lentement à s’effriter. Elle bloqua ses coups avec un bouclier, mais chaque coup lui causait des vibrations contre le bras. Si cela continuait, ses mouvements finiraient par être entravés.

La bataille se déroulait dans l’arène souterraine. Seuls moi et mes fiancées étions présents. J’avais fait attendre les gardes dehors.

Hilde se défendit au mieux de ses capacités. Je lui avais dit de se concentrer sur la défense et de garder les yeux ouverts pour pouvoir le contrer facilement. Avec ça, elle serait capable de terminer le combat en un seul coup.

Hilde frappa son épée de bois sur le côté à l’aide de son bouclier et créa de l’espace entre les deux. Elle manquait clairement d’énergie. Sa respiration était irrégulière et instable.

D’un autre côté, le vieil homme avait l’air d’avoir la vie en lui. Un petit sourire se peignit sur son visage.

« Hmph… Il est fort, il l’est. Son style est violent et non raffiné, comme un tourbillon. Si Hilde-dono est une personne forte, alors c’est vraiment un monstre. Il utilise son arme comme une tempête redoutable qui favorise la brutalité plutôt que la technique. »

« Mais elle résiste plutôt bien. Je pense qu’ils sont de même niveau. »

« C’est juste parce qu’elle se concentre uniquement sur la défense en ce moment. Elle ne peut pas gagner si elle continue comme ça. Même si elle se concentre sur ses défenses, elles finiront par s’effondrer. C’est là qu’elle perdra. »

Yae, Elze et Lu… Les trois principales combattantes de mon entourage offrirent leurs points de vue professionnels. J’avais été particulièrement surpris par la fermeté de Lu récemment. Il était difficile de croire que c’était elle qui se recroquevillait dans la peur pendant le coup d’État. Il était cependant possible qu’elle soit sous le choc à ce moment-là.

Elle n’était pas encore au niveau de Yae ou d’Elze, mais elle était vraiment douée. Elle avait fini par manier ses armes d’une manière qui combinait mes techniques de combat et celles de Yae, donc elle s’était surtout entraînée elle-même.

« Ça ne devrait plus tarder… J’espère qu’elle ne manquera pas l’ouverture. »

« Mais l’ancien roi laissera-t-il une ouverture ? Il est puissant, et c’est toujours une adversaire qu’il faut prendre au sérieux jusqu’à la fin… »

« Il ne fera pas d’ouverture. Heheheheh… Je vais faire l’ouverture. »

J’avais ignoré une Yumina confuse et j’avais commencé à concentrer ma magie. J’avais parcouru Internet à la recherche d’une vidéo pratique, et maintenant il était temps de la mettre en pratique.

L’ancien roi fonça vers Hilde, clairement déterminé à porter le coup de grâce. C’était ma chance ! J’avais utilisé [Mirage] pour projeter une image de quelque chose à environ deux mètres derrière Hilde.

« Quoi ? »

Les yeux de l’ancien roi s’ouvrirent et il s’arrêta soudain de bouger. Hilde n’avait aucune idée de ce qui s’était passé, mais elle avait saisi sa chance. Elle frappa de toutes ses forces avec son épée d’entraînement le corps de son grand-père.

« Ghaugh !!! »

Si ça avait été une vraie épée, le coup l’aurait coupé en deux. Sur ce, le vieil homme s’effondra et tomba par terre. Je l’avais fait !

« … Touya. »

« Oui ? »

« … Qui était cette femme derrière Hilde ? Celle qui est apparue pendant une fraction de seconde et qui portait un bikini string. »

Une pin-up luxuriante, vêtue d’un minuscule micro-bikini, était actuellement sur l’écran de mon téléphone. Je n’avais aucune idée de qui elle était, mais sa tenue était très agressive. Elle avait la peau bronzée, des yeux magnifiques et un corps voluptueux.

« Je l’ai fait ! C’est ma victoire ! Oh, Touya, je l’ai fait ! J’ai gagné ! »

Hilde avait l’air ravie, alors je lui avais fait signe. Mes autres fiancés souriaient aussi, mais je pouvais entendre leurs marmonnements bas et terrifiants.

« … C’était une ouverture pratique… »

« Les hommes sont vraiment les pires… »

« Je m’en occupe, sœurette… »

« Sa poitrine était plutôt généreuse… »

« … Est-ce le genre de maillot que tu préfères ? »

« Hm ? Où vas-tu, Touya ? »

Tout le monde sauf Sue me regardait avec des yeux noirs. Je ne pouvais certainement pas rester après avoir employé l’un des trente-six Stratagèmes ! J’étais descendu des gradins et je m’étais approché pour féliciter Hilde. J’avais senti des regards perçants perforer mon dos, mais je ne m’étais pas retourné.

« Touya, j’ai vraiment gagné ! Je peux t’épouser ! »

Hilde n’avait pas l’air de trop réfléchir à la perte suspecte de son grand-père. Elle faisait simplement la fête alors que le vieil homme gémissait et ronchonnait par terre.

« Tu as bien fait de me vaincre… Mais sache ceci… la deuxième et la troisième fois que tu viendras vers moi, cela ne sera pas aussi simple… Ce n’est même pas… ma forme finale ! »

« … Bon sang, qui donc es-tu, un Archidémon sorti d’un JRPG… ? »

J’avais lancé ma magie de rétablissement sur l’ancien roi. Honnêtement, c’était incroyable pour moi de savoir que ce type était le roi d’une noble société chevaleresque. Cependant, j’avais entendu dire qu’il avait été adopté par la génération qui l’avait précédé… ce qui expliquait en quelque sorte pourquoi il n’avait pas l’image chevaleresque traditionnelle.

L’ancien roi se leva et se tourna vers Hilde, apparemment complètement guérie et déjà rétablie.

« Je connais maintenant les défauts de ma maturité. Une défaite est en effet une défaite. Ta détermination est claire comme de l’eau de roche pour moi, ma chère. Ainsi, tu peux te marier librement… Quant au garçon, je ne me plains pas non plus. À partir de maintenant, tu n’es plus chevalier de Lestia, alors assure-toi de devenir un fier chevalier de Brunhild. »

« Grand-père… »

« Touya, fils… Ma petite-fille n’a que du talent à l’épée, mais je vous la confie jusqu’à la fin des temps. »

« … Je comprends, monsieur. Je m’occuperai d’elle. »

L’ancien roi inclina la tête devant moi.

« Aussi… qui était ce joli petit minois en maillot de bain !? Laissez-moi-la revoir ! Même si ce n’est qu’une dernière fois, permettez-moi de graver sa forme voluptueuse dans mon esprit ! »

« … Maillot de bain ? »

« Ah… Monsieur, si euh… Si vous voulez bien m’accorder un moment, d’accord. Je ne peux pas le faire ici, donc si on peut juste aller dans une autre pièce… »

« Ohohoho, pas de problème ! Hilde, va avec les autres. Elles prendront soin de toi, j’en suis sûr. Touya, Touya ! Allons-y ! »

L’ancien roi m’attrapa par le bras et commença à me traîner. J’avais été un peu surpris qu’il ne se soit pas encore plaint de l’injustice de l’ouverture… mais une partie de moi se demandait s’il n’avait pas fait exprès de perdre ce combat.

Finalement, il m’avait convaincu d’utiliser [Dessin] pour imprimer une tonne de photos de maillot de bain de pin-up afin qu’il puisse les emporter chez lui. Je me demandais vraiment d’où venaient ses pouvoirs pervers…

J’étais retourné dans ma chambre, épuisé, pour trouver tout le monde sauf Sue et Hilde qui m’attendaient. Elles m’interrogèrent violemment pendant un certain temps, m’interrogeant sur mes préférences en matière de femme. Elles me demandèrent si les seins plus gros étaient meilleurs, si je préférais les femmes minces et toniques, ou si je préférerais qu’elles changent leur tenue habituelle pour des versions plus risquées et coquines.

À la fin, je m’étais incliné sur le sol et je les avais suppliés de bien vouloir arrêter cela. Surtout au moment où elles m’avaient proposé d’obtenir pour elles des micro-bikinis. Je ne pouvais certainement pas les laisser faire ça, ça aurait été beaucoup trop.

… Mais ça aurait été sympa à voir.

***

Partie 6

Quelques jours plus tard, j’avais ramené nos invités de Lestia dans leur royaume par une [Porte].

J’avais été guidé vers leur palais royal et j’avais finalement rencontré le Roi Chevalier, Reid Yunas Lestia. Bien que j’aie eu la bénédiction de l’ancien roi, j’avais pensé qu’il était prudent de venir ici et d’expliquer la situation par moi-même.

Je pensais que les choses avançaient un peu vite, mais j’étais trop profondement dans la situation pour me fier au bon sens. Je me demandais s’il était plus comme moi ou comme le grand-père d’Hilde… Je me demandais s’il finirait par être un vieux pervers bizarre comme l’ancien roi.

« C’est peut-être un peu tard pour le dire, mais la façon de faire de mon père est certainement un peu folle. Dans l’ensemble, je n’ai aucune objection à l’égard du mariage d’Hilde. Grand-Duc Touya, je dois vous féliciter d’avoir pris une fille aussi… difficile que Hilde. C’est certainement un garçon manqué dans ses activités, mais je suis content qu’elle soit à votre goût. Nous vous en sommes vraiment redevables. »

« Je suis d’accord, merci de l’avoir acceptée. Je suis fière de toi, Hilde. Tu trouveras sûrement le bonheur… »

« Félicitations, Hilde. S’il vous plaît, Grand-Duc, prenez soin de ma petite sœur. »

Wôw… Ces types, euh… sont très corrects. Le roi, la reine et le prince… sont tous des gens bien. Ce vieux cinglé m’a vraiment jeté dans le pétrin ! Je pensais que ces types seraient aussi mauvais que lui, mais ils sont plutôt normaux.

Ou c’est peut-être parce qu’ils étaient autour de ce type… C’est un excellent exemple de la façon de ne pas se comporter.

Ils avaient tous l’air agréables et gentils, alors j’étais content. Le roi semblait avoir une cinquantaine d’années. Ses cheveux étaient brun foncé et coupés courts et sa moustache avait des poils gris ici et là. J’avais le sentiment qu’il était probablement un mec populaire dans sa jeunesse.

La reine Esther avait l’air d’avoir la quarantaine. Elle avait une aura douce, semblable à celle de Cécile. La femme était noble et belle, elle avait probablement été de même pendant toute sa vie. Elle m’avait paru très maternelle.

Le frère aîné de Hilde, le prince Reinhard, avait l’air d’avoir le rôle principal. Il avait une vingtaine d’années et avait les cheveux blonds dorés comme sa sœur. Ils l’avaient probablement hérité de leur mère. Même si je détestais l’admettre, le gars était aussi vraiment beau… J’avais entendu dire qu’il était aussi fiancé. D’après ce que j’avais pu comprendre, il était digne, habile avec une épée et rapide d’esprit. C’était un candidat idéal pour être le prochain roi.

« Père, mère, frère… je promets de trouver mon propre bonheur ! »

Hilde versa des larmes de joie et entraîna sa mère dans une étreinte. C’était une belle scène à regarder, mais je ne pouvais m’empêcher de me sentir mal à l’aise. C’était une famille heureuse et aimante, et j’étais là, debout.

« En vérité, il y a une raison pour laquelle je suis content de faire avancer vos fiançailles. J’ai l’intention d’abdiquer le trône à Reinhard… mais il y a un petit problème avec notre épée de cérémonie. »

« Hm ? Qu’est-ce que c’est ? »

« Ah, c’est une épée sainte qui est dans notre famille royale depuis des générations. C’est la Sainte Épée Lestia. C’est la lame qui a donné son nom à notre pays, et c’est le symbole de notre lignée royale. »

Comme j’entendais l’explication d’Hilde, un chevalier entra dans la chambre et remit une longue boîte en bois au roi.

Le Roi Chevalier y jeta un sort silencieux, j’entendis un cliquetis lorsque la boîte s’était déverrouillée. J’avais aussi entendu le sifflement de l’air qui s’échappait. C’était un putain de conteneur hermétique ! La boîte s’ouvrit enfin pour révéler une belle épée.

C’était une épée ornée d’argent et d’or. À côté se trouvait un magnifique fourreau orné. C’était certainement quelque chose qu’on pourrait facilement appeler l’épée d’un roi.

« Oh, je vois… »

J’ai froncé un peu les sourcils en voyant le problème. La lame éblouissante avait été cassée en deux, fendue au milieu. Elle était complètement ruinée.

« Voici la Sainte Épée Lestia. Elle n’est utilisée qu’à des fins cérémonielles, ou si notre nation est en guerre… Sinon, elle est fermée hermétiquement. La dernière fois qu’elle a été utilisée, c’était lors de l’initiation officielle de Hilde en tant que chevalier, il y a trois ans. »

« Une fois que j’avais décidé d’abdiquer de mon trône en faveur de Reinhard, j’avais enlevé le sceau afin de préparer sa cérémonie… mais l’épée était comme ça. Je ne sais pas pourquoi la lame est cassée… Ce que je sais, c’est que la cérémonie ne peut se dérouler ainsi. J’étais préoccupé par tout cela et je pensais faire une épée d’imitation en dernier recours, mais alors… J’ai entendu parler de vous par Hilde, Grand-Duc. »

Le Roi Chevalier dégaina la lame à sa taille, la tenant doucement dans ses mains. C’était l’épée que j’avais donnée à Hilde.

« Oui, nous pensons qu’un homme capable de faire une épée aussi glorieuse que celle-ci pourrait sûrement réparer Lestia. C’est pourquoi je suis allé à Brunhild au nom de mon fils. Bien que je doive avouer, je m’intéressais personnellement à toi, Touya. Je voulais savoir quel genre d’homme ma petite Hilde avait rêvé. J’ai voulu juger ton caractère. »

« Grand-père… ? »

« Ces derniers mois, Hilde ne parlait que de toi, Grand-Duc. Elle soupirait avec nostalgie et regardait l’épée que vous lui avez donnée. Elle pensait qu’on ne s’en rendrait pas compte, mais comment pourrais-je ignorer le fait qu’elle interrogeait toujours les marchands ambulants sur Brunhild ? »

« Toi aussi, mon frère !? »

J’avais jeté un coup d’œil de côté vers la Hilde agitée, mais j’étais plus intéressé par l’épée. C’était… à tous les coups ancien. Ce qui ressemblait à une écriture ancienne était gravé sur la lame elle-même. Il y avait aussi un cristal incrusté dans la poignée.

« Puis-je la prendre dans mes mains ? »

« Allez-y. »

J’avais pris la lame cassée par la poignée, en la regardant bien. Je sentais aussitôt de la magie résiduelle à l’intérieur.

« Cette épée était-elle enchantée d’un effet spécial ? »

« Ha, c’est que vous êtes très perspicace. Je suis étonné que vous puissiez le dire rien qu’en regardant. L’épée a un effet régénérateur pour son manieur. Il soigne les blessures mineures, et régénère même les blessures graves. »

Je vois… Donc je suppose que ce truc est imprégné de [Guérison] ou quelque chose comme ça. Ou était, plutôt… Dans l’état actuel des choses, l’effet ne se déclenche pas.

« Le meilleur forgeron de Lestia s’est aussi retrouvé incapable de faire quoi que ce soit. On m’a dit que le matériau de l’épée lui était complètement inconnu. La capacité de régénération a également disparu… Je crains qu’elle ne soit complètement ruinée… »

« Que disent ces lettres ? »

« Ah, je n’en ai aucune idée. Rien n’a été mentionné à ce sujet dans l’histoire de notre famille. La langue semble être celle de l’ancienne civilisation, le Parthéno. »

Huh… Je suppose qu’il n’y a qu’un moyen de le savoir !

« [Lecture] : Ancien langage parthéno. »

J’avais un sort Néant pratique, bien que celui-ci n’ait pas été utilisé depuis un moment. Il me permettait de lire n’importe quelle langue, pourvu que je sache avec quelle langue elle était au départ.

« Qu’est-ce que… »

Mes épaules s’affaissèrent, sans énergie. J’avais été complètement embobiné. Le lettrage sur la lame était une signature. Le genre de chose que quelqu’un avait gravé dans son travail pour prouver que c’était le sien. Et, avec [Lecture], j’avais pu voir qui c’était. Je n’avais aucune idée de ce à quoi je m’attendais, mais certainement pas à ça.

« Conçu par Regina Babylon. »

Pourquoi fallait-il qu’elle soit là ? Pourquoi cette bonne à rien de docteur était-elle dans le business de la fabrication d’épées ? Je m’étais brièvement demandé si c’était le destin, mais… en ce qui la concernait, je n’avais aucune idée de ce qui avait été conçu ou non.

« Quelque chose ne va pas, Touya ? »

« Non, c’est… juste que… Cette épée a été fabriquée par la même personne qui a fait les Frame Gears… »

« Quoi !? »

L’ancien roi avait les yeux écarquillés. Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle cette épée était ici, et je ne m’attendais pas à la trouver… Bien que cela m’ait fait me demander si ce n’était pas plus une épée excitante qu’une épée sacrée, étant donné les inclinations de ce médecin pervers.

« … Cela fait plus de cinq mille ans, donc il est possible que le pouvoir magique soit épuisé. Vous l’avez fait sceller tout ce temps, n’est-ce pas ? Et vous l’utilisiez seulement de temps en temps pour des cérémonies ? Il est possible qu’elle s’affaiblisse petit à petit parce qu’elle a été coupée de la magie résiduelle de l’air. »

Je pensais que si elle n’avait pas été affaiblie suite à la disparition de la magie, la magie aurait pu la garder intacte. Elle n’aurait certainement pas beaucoup de temps pour absorber la magie si elle ne sortait que brièvement de temps en temps. Il n’y avait vraiment rien d’étonnant à ce que ça se casse comme ça.

C’était un peu comme un animal qui ne recevait pas beaucoup de nourriture chaque jour et qui perdait lentement du poids jusqu’à ce qu’il meure.

« Cinq mille ans… ? Mais… c’est la lame de notre fondateur royal. Je ne crois pas que notre histoire remonte aussi loin. »

« Quand Lestia a-t-elle été fondée ? »

« Il y a environ trois cents ans… Deux cent quatre-vingt-onze ans pour être précis. On disait que notre fondateur maniait Lestia, et qu’il avait utilisé son pouvoir pour unifier les tribus qui se disputaient dans la région, créant ainsi le royaume des chevaliers de Lestia. »

Je crois que j’ai compris. Ce que le prince vient de dire… Tout cela avait un sens. Non, ce n’est pas que cela avait un sens, j’étais pratiquement certain que c’était ce qui s’était passé. J’ai déjà vu cette situation ! Je sais ce que c’est ! Cette chose est définitivement tombée de l’entrepôt ! Alors, un chevalier errant a dû la ramasser… Et puis il a utilisé son pouvoir pour mettre fin à la guerre dans la région… et a finalement fondé le royaume des chevaliers de Lestia. C’est vraiment incroyable.

Honnêtement, le gynoïde en charge de l’entrepôt avait été maladroite et irritante, elle avait fini par me causer beaucoup de problèmes. Mais j’avais pensé que c’était un exemple de ce qui pourrait se passer de façon positive. En fin de compte, ce qui importait, c’était la façon dont l’article était utilisé.

« Eh bien, je pourrai la réparer. Il ne devrait pas y avoir de problème. Je pourrai aussi réappliquer l’enchantement. »

Je l’avais moulé et je l’avais assemblé à nouveau. L’enchantement précédent avait disparu à cause de cela, mais je pourrais facilement réappliquer l’effet. J’avais aussi augmenté la réserve magique que l’arme contenait. Tant qu’ils ne la renfermaient pas dans cette boîte, ils n’auraient pas à s’inquiéter qu’elle s’épuise.

« Oooh ! »

« Nous y voilà. Elle est redevenue normale. »

« Je vous remercie. Nous pouvons maintenant procéder à la cérémonie comme prévu. Nous vous en sommes redevables. »

Le roi prit l’épée sainte dans sa main droite et l’utilisant pour couper un peu son propre bras gauche. Le sang coulait de la plaie, mais la coupure s’était refermée presque immédiatement.

« Ça marche comme avant… En fait, ça semble un peu plus rapide. »

Oh mince… est-ce que je lui ai accidentellement donné un effet plus fort ? La magie devrait s’épuiser plus vite si cela arrive… Mais honnêtement, c’est mieux comme ça.

L’épée absorbera la magie de l’air et l’accumulera lentement au fil du temps, puis elle utilisera cette magie pour se préserver et guérir son propriétaire, mais naturellement cela épuisera lentement la réserve.

Mais c’était très bien, parce que l’arme ne ferait que continuer à récupérer cette réserve par les airs. C’était un processus lent qui s’était accumulé au fil du temps. Idéalement, vous ne voudriez pas tout utiliser d’un seul coup, sinon l’épée n’aurait pas de fonction spéciale pendant un certain temps.

Elle ne pouvait probablement lancer qu’une dizaine de sort [Soin de rétablissement] ou de cinq sorts [Grande guérison]… alors ce n’était pas parfait, mais en un clin d’œil je savais que c’était bon. J’avais quand même augmenté sa réserve magique pour qu’elle puisse stocker un peu plus qu’avant, donc je m’étais dit que ce ne serait pas un problème.

La Sainte Épée Lestia telle qu’elle était avant n’était pas exactement parfaite non plus, donc ça irait bien. La guérison gratuite à l’infini n’était tout simplement pas possible.

Ou, eh bien… peut-être que ce n’était pas… J’avais l’impression que je pourrais probablement faire quelque chose comme ça si j’y mettais toute mon énergie. Dans le pire des cas, je finirais par créer quelque chose comme ce joyau d’immortalité que j’avais rencontré à Eashen… J’avais décidé de ne pas y penser. Une personne pouvait tout aussi bien se débarrasser de son humanité si elle avait un objet qui l’empêchait de mourir.

« C’est peut-être un peu différent de ce qu’elle était avant, désolé… »

« Non, non, non… Vous nous avez rendu un grand service. Merci beaucoup. »

Le roi rengaina l’épée, mais cette fois il ne l’avait pas mise dans la boîte scellée. Il n’avait pas besoin d’aller si loin. J’avais fini par lui expliquer que tant qu’il l’exposait à l’air frais pendant une journée entière chaque année, tout irait bien. En fin de compte, il avait accepté que le sceau de la boîte soit défait une fois par an, le jour anniversaire de la fondation du pays.

Après cela, il était temps de célébrer l’ascension du prince sur le trône. J’avais décidé de lui offrir une épée en phrasium. J’en avais donné une à l’ancien roi, Hilde, et au roi… mais à l’époque je ne savais pas qu’il y avait un prince.

Je l’avais conçu de la même manière que celle de Lestia. Elle avait été conçue pour être légère, tranchante et indestructible. C’était la lame parfaite pour le combat. Par contre, elle ne serait pas bonne pour les combats d’entraînement ou les duels. C’était bien trop tranchant. Si une épée entrait en collision avec elle, la lame la plus faible se briserait sûrement.

« C’est un cadeau merveilleux. En vérité, mon fils nous enviait un peu pour nos belles lames, mais maintenant la sienne est la plus belle de toutes… Dans l’ensemble, je suis tout à fait satisfait. C’est un merveilleux cadeau pour lui, merci. »

J’étais heureux qu’il soit heureux. Il allait être mon beau-frère, alors j’espérais maintenir de bonnes relations.

Quelques jours plus tard, un nouveau roi fut couronné à Lestia. En même temps que son ascension, l’engagement de la Première Princesse Hildegard fut annoncé. Hilde était ainsi devenue officiellement ma fiancée.

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