Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 6 – Chapitre 3

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Chapitre 3 : Si vous êtes prêt, il n’y a rien à craindre !

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Chapitre 3 : Si vous êtes prêt, il n’y a rien à craindre !

Partie 1

« Aha, c’est donc ça, l’éther liquide… »

Flora m’avait remis une bouteille en plastique transparente contenant environ 50 cl de liquide vert émeraude. On aurait dit du soda au melon. Honnêtement, s’il y avait de la glace dedans, je l’aurais vraiment avalé sans me poser de questions.

« Alors, combien de temps pourrais-je utiliser mon Frame Gear avec une telle quantité ? »

« Tu pourras l’utiliser pendant environ un mois, vois-tu ? »

« Wôw, si longtemps que ça… ? Je pensais que je n’aurais pu l’utiliser quelques heures ou quelque chose comme ça. »

Je supposais ainsi que c’était plus économétrique que l’essence ou le kérosène… En fait, ce n’était probablement pas le cas. Étant donné ce qu’il avait fallu pour produire une si petite quantité, c’était déraisonnable.

« J’ai dit que l’éther liquide était un carburant, sais-tu ? Mais c’est en fait plus proche du système nerveux humain. C’est un fluide catalytique qui répand les intentions du pilote dans tout le Frame Gear. »

« Si cela ressemble réellement aux nerfs ou aux vaisseaux sanguins… est-ce qu’une si petite quantité suffira ? »

« Ce n’est pas un problème, tu sais. Ce n’est pas comme si le liquide se répandait dans l’intégralité du Frame, tu vois ? Il y a un mince squelette tubulaire qui stocke et répand le carburant. »

Franchement, je ne comprenais pas. Mais ça n’avait pas vraiment d’importance. Au final, un Frame Gear n’était rien de plus qu’un outil commode. Je pouvais l’utiliser même si je ne savais pas exactement comment il fonctionnait. J’avais décidé que je ne devrais m’en soucier que lorsqu’il tombera en panne.

« Alors, combien de bouteilles as-tu faites ? »

« Juste celle-ci pour l’instant, vois-tu ? Mais à partir de demain, je devrais pouvoir en faire environ dix. Quant au minerai d’éther… Je pourrais probablement en faire dix de plus jusqu’à ce que la pierre s’use, sais-tu ? »

Donc si j’ai dix Frame Gear… Je pourrais les utiliser pendant quelques mois. Ouais, ça semble à peu près juste… Après tout, on ne les sortira pas tous les jours.

Je quittais le laboratoire d’alchimie et j’apportais l’éther liquide à Monica dans le hangar.

Je lui avais passé le liquide et elle avait immédiatement versé dans le Chevalier, mon Frame Gear produit en série. Elle avait ouvert une partie de l’armure à l’arrière et avait poussé la bouteille contre lui. Avec une sorte de cliquetis de succion, j’avais entendu le bruit de l’air qui se précipitait, et la bouteille s’était rapidement vidée de son contenu.

« Woohoo ! Voilà, tu peux maintenant utiliser pleinement le Frame Gear si tu le veux ! Mais je t’en supplie, ne l’active pas dans cette zone, maître. Tu vas endommager mon précieux hangar si tu tombes ou bouges mal ! »

N’es-tu pas celle qui endommageait ton « précieux » hangar avec ta clé à molette tout le temps !?

Pourtant, elle avait raison. L’activer dans le hangar serait problématique. Il serait plus facile de le ramener au Duché afin d’y faire des tests, mais cela créera ses propres problèmes.

Je ne pensais pas qu’il serait sage de rendre les Frame Gears publics pour l’instant, mais en même temps, il serait prudent d’annoncer leur existence pour mieux nous préparer à l’invasion des Phrases. Je ne voulais pas trop y penser, mais il y avait de fortes chances que je ne puisse défendre que Brunhild. Pour cette raison, je m’étais dit que je devrais obtenir la coopération des autres nations.

Au moins, je n’avais pas encore eu besoin de parler de la Phrase à qui que ce soit. Cela ne ferait que provoquer une panique inutile. J’avais décidé d’informer les autres nations de l’existence des Frame Gear. Ce serait bien si je disais que ce n’était qu’un simple artefact ou quelque chose comme ça. Dans ce cas, ils ne trouveraient probablement pas ça trop étrange.

La principale préoccupation était que d’autres pays pourraient chercher à s’immiscer dans mes affaires après avoir appris l’existence des Frame Gear.

Je ne pensais pas avoir à m’inquiéter des dirigeants de l’alliance occidentale. Ils étaient bien conscients de ce dont j’étais capable et ils ne seraient pas enclins à me trahir. Au pire des cas, ils finiraient probablement par me harceler pour que je les laisse essayer le Frame Gear.

En toute honnêteté, tout pays qui se moquerait de moi le regretterait cruellement, alors je ne m’en inquiétais pas trop. Ils n’auront pas non plus la possibilité de me les voler. Mes Frame Gear seraient rangés en toute sécurité dans le hangar de Babylone.

D’accord, je suppose que je vais devoir mettre cette chose à la surface afin de commencer les tests. Je ne le cacherai pas, mais… Je suppose que je peux me permettre de le montrer à mes serviteurs et à mes chevaliers.

« Milord… qu’est-ce que c’est… ? »

« Wôw ! Incroyable ! C’est un vrai Frame Gear ! C’est vous qui avez fait ça, Votre Altesse !? »

« C’est… réel ? Vraiment ? Ce n’est pas une illusion ? »

Le commandant et ses vice-commandants se rassemblèrent autour de lui. Ils fixaient le Chevalier, la bouche grande ouverte. Divers citoyens et chevaliers, tout aussi abasourdis les uns que les autres, se tenaient également debout. C’était logique, vu l’horreur que ça représentait.

« H, hey, qu’est-ce que c’est que ce truc… ? Il peut bouger ? Peut-il vraiment le faire ? »

« Je parie qu’il essaie de le tester maintenant. Bonté divine, mon gars. Tu as fait quelque chose d’outrageux… »

Yamagata et Baba fixèrent le Chevalier. Eux aussi avaient été émerveillés par sa présence même. Je voulais m’attribuer le mérite, mais ce n’était pas comme si j’étais le créateur ou quoi que ce soit.

Ils avaient probablement supposé que j’avais construit l’armure parce que j’utilisais toujours [Modelage] pour fabriquer ceci et cela. J’avais décidé de ne pas corriger leur erreur. Au moins pour l’instant.

{Kougyoku… tout est bien préparé pour Yae ?}

{Tout est prêt, mon seigneur. Elle est prête et attend d’y aller.}

Yae et Kougyoku étaient tous deux à bord du Chevalier. Je n’avais pas installé de relais de communication, alors j’utilisais mes bêtes invoquées pour le moment. Cela ne me coûtait pas grand-chose, c’était donc une bonne solution de contournement.

Je me demandais si des haut-parleurs externes et des appareils de communication seraient des améliorations possibles pour les Frame Gears. J’avais décidé d’en parler à Rosetta plus tard.

{Roger, dans ce cas… Chevalier, avance !}

Avec un grondement, j’avais entendu quelque chose se mettre à ronronner. Des lumières étaient apparues à l’extérieur de l’Armure. J’avais pensé que c’était une étape de la procédure de mise sous tension. De l’air chaud était évacué par des bouches d’aération situées sur les jambes et la poitrine.

Lentement, mais sûrement, la jambe droite du Chevalier s’était déplacée vers l’avant, faisant un pas lourd et bruyant.

« Ça a vraiment bougé… »

Je n’avais pas vraiment entendu qui avait dit cela, mais cela résumait les sentiments de tous les habitants de la région.

Le Chevalier avait fait un deuxième pas. Il avait commencé à avancer à un rythme régulier, avait fait demi-tour et était revenu à sa position de départ.

Il avait répété la même suite de mouvement, mais cette fois-ci, il était allé encore plus vite. À chaque fois qu’il faisait un pas, de nouvelles vibrations secouaient le sol.

{Très bien, jusqu’à présent les mouvements de jambes semblent plutôt bons. Essaie le haut du corps maintenant.}

À mon commandement, le Chevalier s’était arrêté de marcher. Lentement, il avait sorti la lame attachée à sa taille. Il avait pris plusieurs positions martiales, répétant cycliquement ces positions assez rapidement. Il s’était déplacé sans heurts. Il ne semblait pas y avoir de problèmes.

J’avais choisi Yae comme pilote d’essai initial parce qu’elle était la personne ayant le moins de capacité magique que je connaissais. Je savais que si Yae pouvait se déplacer librement, n’importe qui le pourrait.

Au moment même où je pensais cela, le Chevalier s’était soudainement déséquilibré et s’était renversé sur le côté. Un choc incroyable avait fait vibrer la terre lorsqu’elle avait touché le sol.

{Yae, Kougyoku, allez-vous bien !?}

{O-Owowowowow… Je… Je vais très bien, je vais bien. Il semblerait que cet appareil absorbe très bien les chocs. C’était une sacrée chute, et je me serais sûrement fait mal autrement. Pour l’instant, ma seule blessure est un coude légèrement écrasé.}

La voix de Yae m’avait été transmise à travers ma connexion avec Kougyoku. J’étais content qu’elle n’ait pas été sérieusement blessée.

Rosetta s’était fait un point d’honneur de me mentionner que lorsque le Frame Gear démarrait, divers boucliers magiques étaient érigés autour du cockpit pour atténuer les dommages causés au pilote par les chocs. Je n’avais pas réalisé à quel point ils étaient efficaces jusque-là.

Le Chevalier se releva et se remit à marcher. Son armure extérieure n’était ni fissurée ni bosselée. Il était remarquablement solide.

Le Frame Gear s’était arrêté juste avant de nous atteindre à nouveau. La plaque au niveau de la poitrine s’était repliée vers l’extérieur et cela avait ainsi fait sortir Yae et Kougyoku. En même temps qu’ils sortaient de là, tous les chevaliers rassemblés avaient lancé des applaudissements. Gah, tu m’as fait peur ! Yae avait commencé à saluer lentement sous les acclamations. Ne laisse pas ça te monter à la tête, maintenant !

« Alors, comment était-ce ? »

Je m’étais retourné et j’avais demandé à Yae ce qu’elle en pensait.

« C’était beaucoup plus facile à déplacer que ce à quoi je m’attendais. J’avais aussi pensé que ça secouerait davantage, mais j’étais assez stable. Ce n’était pas du tout différent du simulateur de Frame. »

C’était assez logique pour moi. Les amortisseurs autour du cockpit devaient même supprimer les mouvements subtils de la marche. Au moins, ce serait probablement suffisant pour soulager Linze. Elle avait le mal des transports.

Pendant que je réfléchissais, j’avais de nouveau entendu les sons de démarrage provenant du Frame Gear. Je m’étais retourné pour constater que Chevalier était actif et qu’il se promenait.

« Quoi ? Qui !? »

« Je suis désolé… sœurette vient d’y aller et… »

Linze, dont le visage était terriblement agité, avait commencé à s’excuser abondamment auprès de moi. Merde, Elze ! C’est censé être mon tour ! Elle me volait l’amour d’un homme. C’était le rêve de tous les jeunes hommes que de se promener avec un robot géant ! C’était vrai que j’avais laissé faire le premier tour à Yae pour faire les tests, mais cela ne voulait pas dire que je voulais aussi abandonner le deuxième tour ! J’avais regardé le Chevalier qui courait maintenant, et j’avais un peu tapé du pied. Cependant c’était… vraiment cool. Ses mouvements étaient super intenses. Le Chevalier avait commencé à faire des sauts acrobatiques en même temps que des coups de poing et des coups de pied. Il n’avait pas du tout l’air de bouger avec difficulté. C’était à ce moment que j’avais réalisé à quel point Frame Gears était cool.

Peu de temps après, Elze était apparemment satisfaite. Elle avait sauté de hors de la poitrine, on voyait qu’elle était heureuse.

« Wôw ! Cette chose était tellement amusante ! Il a bougé comme je l’imaginais ! On dirait que mon entraînement dans le simulateur de Frame a payé, hein ? »

« Ouais, t’as été super ! Mais c’était mon tour, tu sais ! »

« Pssh… ne t’en fait pas pour les petites choses. Ne devrais-tu pas plus te comporter comme une personne royale ? Tu es le grand-duc, après tout. »

« Tais-toi, tais-toi ! Tu savais à quel point j’avais envie de monter dedans, bon sang ! Tu m’as volé ma place légitime ! »

Cela m’avait rappelé un incident qui s’était produit une fois à l’arrêt d’autobus. Une dame âgée était arrivée par le côté et était montée dans le bus devant moi. Elle avait fait semblant de regarder les horaires du bus jusqu’à la dernière minute. Quelle horrible vieille sorcière ! Personne ne devrait jamais, jamais couper la queue. C’était ce que faisaient les méchants. Même les bébés le savaient !

Alors que je me perdais dans ce souvenir désagréable, j’entendis une fois de plus le ronronnement du Chevalier au démarrage.

« Hey Hey — Non !! »

J’avais fait demi-tour et, bien sûr, le Chevalier était à nouveau pleinement opérationnel. Pourquoi est-ce que cela arrivait !? C’est mon robot ! Je veux le monter !

« Qui diable est dans le Chevalier !? Réponds-moi ! »

« … C’est Norn. Elle avait soudainement crié qu’elle était la suivante, et elle avait foncé droit devant. »

Yae me répondit avec appréhension, reculant un peu pendant qu’elle parlait.

Gaaah ! Va te faire foutre, salope de louve ! Tu n’es qu’une humble vice-commandante, comment oses-tu !? Alors que je me livrais à de telles pensées colériques, je m’étais retourné et j’avais remarqué que tout le monde faisait la queue et attendait son tour. Hé, quoi !? Qu’est-ce que c’est que ce bordel !? Et mon tour !?

J’avais justement éduqué tout le monde sur l’importance de ne jamais faire la queue, donc je serais damné si j’utilisais ma position royale pour désobéir à mes propres règles… même si c’était frustrant. Ainsi, j’avais rejoint la ligne comme tout le monde, prenant ma place à l’arrière. Tout le monde me suivait avec les yeux, c’était super embarrassant.

Ne me regardez pas comme ça ! Je ne suis pas pathétique, j’attends juste mon tour ! Je supposais que je n’avais pas vraiment le choix, hein… Bon sang… Ça craint !

***

Partie 2

Après que j’ai commencé à utiliser le Frame Gear pour la première fois, le nombre de personnes faisant la queue pour utiliser les simulateurs de Frame Gear devint déraisonnable.

Ce n’était pas que je puisse faire grand-chose pour changer la situation, puisque la salle de jeu était un endroit prescrit pour que les chevaliers passent leur temps libre. À l’unanimité, ils avaient tous décidé de s’entraîner dans les simulateurs immédiatement après leur entraînement quotidien régulier.

Si ce monde avait quelque chose de semblable aux droits et aux devoirs des travailleurs, j’aurais peut-être eu à m’inquiéter d’une action formelle contre moi. Mais ce n’était pas comme si je les forçais à faire quoi que ce soit. Chacun s’entraînait de son plein gré.

Il y en avait aussi d’autres comme Baba et Naito, qui n’étaient pas particulièrement intéressés par le pilotage. Ils y voyaient plus un jeu qu’autre chose. De plus, le Frame Gear lui-même était ma propriété personnelle, plutôt que celle de Brunhild, de sorte qu’ils n’étaient même pas certains d’obtenir l’autorisation de le piloter.

Je m’étais rassuré en me disant que nous n’aurions pas besoin d’utiliser les Frame Gears à moins qu’une Phase intermédiaire ou avancée n’apparaisse, ce qui était certainement peu probable.

Mais cela n’avait pas ébranlé les peurs qui m’habitaient profondément.

« Je suis très heureuse de faire enfin votre connaissance, Grand-Duc de Brunhild. Je m’appelle Relisha Millian. Je suis chef de guilde, et en tant que tel, je m’occupe de toutes les opérations régulières de la guilde à travers le pays. »

J’étais face à une jeune femme d’une vingtaine d’années. Elle se tenait dans ma salle du trône, inclinant la tête. Ses cheveux étaient d’un blond doré éblouissant, assez longs aussi. Sa peau était remarquablement pâle et ses épaules étaient ornées d’un manteau vert. La fille tenait une épée d’argent à la taille.

Elle était vraiment séduisante, mais ce qui m’avait captivé n’était pas son visage éblouissant. C’était ses longues oreilles tranchantes.

« … N’aviez vous jamais encore rencontré d’elfes ? »

« Ah, désolé… excusez mon impolitesse. »

J’avais souri timidement tout en m’excusant par réflexe. Mes soupçons avaient été confirmés, c’était effectivement une elfe. Je ne savais même pas qu’il y avait des elfes dans ce monde.

Je n’avais pas vraiment beaucoup de connaissances sur les univers de fantasy, mais comme je m’en souvenais, les elfes étaient des gens hautains experts en arcs, et souvent doués en magie. Ils avaient aussi tendance à habiter les forêts. Cela dit, les connaissances imaginaires conventionnelles de mon monde n’étaient pas très pertinentes ici. Les règles pourraient être différentes.

Il était même possible que cette femme soit assez âgée malgré ses jeunes traits. Leen la fée, par exemple, paraissait plus jeune que son âge réel.

« Notre guilde est fière de savoir que l’un de ses membres n’est pas seulement un monarque, mais l’un de nos rares aventuriers de rang argent. »

« A-Aha... Eh bien, je ne suis pas le seul responsable, beaucoup de circonstances ont fini par se superposer, et… »

Oublie ça. Je vais juste laisser cela tel quel… J’ai l’impression qu’elle me considérait plus comme un bijou… Ce n’est pas comme si je n’aime pas la manière dont elle me regarde.

« Alors, qu’est-ce qui vous amène ici aujourd’hui ? »

« Ah, oui. Je suis arrivée dans ce magnifique duché de Brunhild avec une affaire en or. J’aimerais vraiment établir une branche de la Guilde des Aventuriers ici. »

« Hein ? Mais pourquoi ? Savez-vous qu’il n’y a pas de bêtes ou de monstres magiques dans le coin, hein ? »

J’avais chassé toutes les créatures locales jusqu’à l’extinction au moment où j’avais fondé le pays. Mais encore une fois, ça faisait un moment… on ne savait pas quel genre de bêtes aurait pu ramper jusqu’ici.

« Pardonnez mon impolitesse, mais si je peux être franche… le massacre des bêtes et des monstres n’est pas la fonction première de la guilde des aventuriers. Non, la véritable marque de fabrique de notre guilde, c’est l’esprit de camaraderie, c’est d’aider les citoyens en difficulté dans leur vie quotidienne. »

« Oh, je vois… »

Elle avait soulevé un point juste. Il n’y avait pas que des quêtes de chasse aux monstres sur les tableaux de la guilde. J’avais juste évité de regarder les demandes diverses. Il était probable que beaucoup d’aventuriers aidaient les gens dans le besoin dans leurs vies quotidiennes. Après tout, c’est en aidant les gens normaux que votre nom se répandait.

Si la Guilde ne s’occupait que des subjugations, il ne serait pas vraiment pratique d’ouvrir une succursale Brunhild.

« Dans ce cas, c’est d’accord. Je ne pense pas que ce sera un problème. Si vous pouviez consulter le vieux Naito pour choisir le meilleur emplacement, je suis heureux de vous avoir. »

« Euh ! Merci beaucoup ! Maintenant… si je peux faire une autre demande. »

Hmm ? Il y a autre chose ? Le nouveau chef de guilde leva lentement la tête tout en souriant doucement.

« Je suis ici pour vous livrer une quête personnelle de la Guilde, cher aventurier de rang Argent, très estimé Mochizuki Touya… Il y a un Béhémoth que nous vous demandons de détruire. »

« Un… Béhémoth !? »

Kousaka, qui se tenait paresseusement près de mon trône jusque-là, perdit soudain tout son sang-froid. Je n’avais aucune idée de ce dont ils parlaient. J’avais décidé de le lui demander.

« Pardon, c’est quoi un Béhémoth ? »

« … Un Béhémoth est, comme son nom l’indique, une énorme bête magique. Je suppose que vous pourriez considérer cela comme une aberration ou une mutation. De temps en temps, une bête de ce type apparaît. Leur taille varie, mais la plupart deviennent considérablement plus grandes que les bâtiments. »

Wôw, merde. On dirait un Kaiju [1]… Je n’avais jamais entendu parler de ces choses avant… Mais s’il s’agissait d’une mutation rare, cela ne devrait pas être surprenant.

« Les Béhémoths sont généralement tués en bas âge en raison de leur horrible potentiel de croissance. Mais, dans de rares cas, la créature peut atteindre sa pleine maturité, sans que personne puisse s’en apercevoir. Cela se produit habituellement si la créature naît au sommet d’une haute montagne, au fond de la mer, ou simplement en territoire inconnu. »

Relisha continua l’explication. On s’attendrait à ce que ce genre de chose se distingue un peu, mais la population totale de ce monde n’étant pas si grande, alors il était logique qu’il y ait des endroits où les monstres pourraient grandir sans être dérangés.

« Cela ne nous pose aucun problème tant que la créature vit tranquillement dans des zones inexplorées, loin de l’humanité, mais de temps en temps, elle rencontre la civilisation et commence à ravager les villes. Lorsque cela se produit, il n’est pas rare que toute l’armée d’un pays soit mobilisée pour tenter de réprimer la bête. Dans de tels cas, les taux de pertes sont abominablement élevés, et même après avoir vaincu le monstre, le pays touché est mis dans une situation désespérée. »

« Alors, où se trouve ce monstre ? »

« Ah, oui. Le Béhémoth est apparu dans la mer des arbres. Mais, d’après des témoins oculaires, il se dirige droit vers l’est et il se rend directement vers le royaume de Ryle. Sa trajectoire actuelle signifie aussi qu’en route, il va saccager et anéantir une petite ville, Tem. »

Ryle… si je me souviens bien, cet endroit borde directement la mer des arbres… Si ce monstre sort de la forêt et attaque, ils seront complètement cuits. J’avais des doutes sur le fait que je puisse le faire tout seul, mais il semblerait que je n’avais pas le choix…

« Mais attendez… pourquoi êtes-vous venu me faire cette demande ? Pourquoi le demande à moi, en particulier ? »

« Avec tout le respect que je vous dois, votre Grand Duché… nous avons entendu des rumeurs selon lesquelles vous auriez quelque chose qui pourrait se battre à pied d’égalité avec le Béhémoth. On dit que le grand-duc de Brunhild possédait un puissant géant au service de son armée, un énorme chevalier. »

Oh. Elle parlait certainement du Frame Gear, hein. Je m’attendais effectivement à ce que quelqu’un le remarque, mais je n’aurais pas cru que la Guilde soit la première à m’en parler.

Hrmph… que dois-je faire ? Mon pays se portera bien si je dis non, mais je serais mal à l’aise si cette ville était détruite.

« Cette demande vient-elle directement du royaume de Ryle ? »

« Effectivement. Naturellement, la récompense sera à la hauteur. »

« Ouverture de carte, dans la région autour de Ryle. Recherchez le Béhémoth. »

« Compris. Affichage de la carte. »

La carte avait été projetée sous mes yeux, et une seule épingle était apparue. Je n’avais jamais vu un Béhémoth auparavant, mais le sort de recherche avait fonctionné parce que je savais à quoi il ressemblait.

Le royaume de Ryle était une nation juste au sud-est de Ramissh. D’après la carte, le Béhémoth était en route pour Tem.

Hm… c’est peut-être une bonne occasion de tester les capacités du Frame Gear, mais… Oho…

« Excusez-moi. En ce qui concerne la récompense… J’aimerais faire une demande supplémentaire. »

« … Oui, et qu’est-ce que ce serait ? »

J’avais fait une petite recherche sur ma carte, puis je m’étais tourné vers Relisha qui était maintenant confuse.

« Dans le royaume de Ryle… euh… ouais, ici. J’aimerais avoir la permission de fouiller ces trois endroits comme récompense. Il y a des pierres de sorts enterrées ici, et je les veux. »

« Ce ne sont pas de trop grosses zones, alors je pourrais probablement en obtenir la permission. Donnez-moi un moment pour le leur demander. »

Hein ? Donnez-moi un instant ? Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? Relisha avait sorti une petite ardoise noire de format B6 et avait commencé à écrire dessus avec un stylo. Peu de temps après, elle s’était éclairée d’une faible lumière et les mots s’y fondirent, tout en disparaissant.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« C’est un artefact connu sous le nom de Tracebook. En fait, ça fait partie d’un ensemble. Tous les mots que vous écrivez sur l’un d’entre eux seront livrés au Tracebook correspondant. C’est un outil puissant qui permet l’échange rapide d’informations… Les guildes s’en servent pour se coordonner. Mais ça n’a de la valeur que pour ceux qui occupent des postes de direction, comme moi et les directeurs des autres succursales. »

Heh, c’était cool. C’était une sorte de boîte mail rudimentaire. C’est en fait bien plus pratique que mes Mirroirs portatifs, puisque la messagerie est instantanée. Je me demande à quel point ils sont rares… il ne devrait pas y en avoir beaucoup.

Les miroirs portatifs étaient cependant pratiques en ce sens qu’ils pouvaient être produits en série. Alors, ils avaient au moins ça pour eux. Mais j’étais le seul à pouvoir les créer. Il était probable que l’artefact du Tracebook avait été utilisé à l’époque de l’ancienne civilisation de Partheno.

J’avais emmené Relisha dans une chambre d’amis plutôt que dans la salle d’audience, car on ne savait pas combien de temps mettrait la réponse pour arriver. Le contact de la guilde à Ryle avait probablement dû courir au château royal et relayer la demande. En attendant, j’avais décidé d’en savoir plus sur ce Béhémoth.

« Alors, ce Béhémoth… quel genre de monstre est-ce ? »

« Pour dire les choses simplement… c’est un énorme scorpion à deux queues. On lui a donné le nom de “Scorpinas”. Nous avons entendu dire qu’il se déplace lentement en raison de son poids élevé… On peut dire la même chose de tous les Béhémoths, quel que soit leur type. Mais ses pinces sont censées être tranchantes comme des rasoirs, et il peut envoyer du venin de sa queue. »

Du venin ? Putain de… D’après ce que j’avais compris, le Frame Gear déployait une barrière de protection de base autour du cockpit… mais je devrais peut-être envisager d’apporter un bouclier ou autre chose.

J’avais appelé Naito et l’avais consulté sur la construction d’une branche de guilde. Ce serait bien de faire venir des aventuriers, mais je ne voulais pas d’altercations ou d’incidents dans ma ville, alors nous avions décidé de la construire dans l’ouest de la ville, plutôt que dans le centre.

Apparemment, un bar approuvé par la corporation devait aussi être construit à côté de la guilde. Après avoir entendu cela, j’avais finalisé les plans pour installer un poste de garde de l’ordre des chevaliers dans la région. Après tout, je ne voulais pas qu’un ivrogne nous cause des ennuis.

Après avoir réglé ces détails, le Tracebook s’était soudainement mis à briller. Relisha avait sa réponse.

« Votre demande a été approuvée. Ils sont tout à fait d’accord pour vous céder les pierres de sorts à ces endroits. Mais uniquement après que la quête soit accomplie, bien sûr. Nous, la guilde, en serons aussi les témoins. »

D’accord ! On pourra créer plus d’éther liquide après ça… c’était donc une réponse positive. J’avais essayé d’utiliser [Modelage] pour rassembler un tas de petites pierres de sorts… mais l’incantation ne fonctionnait pas du tout, donc cette approche était inutile. Même les pierres de sorts du même type ne résonneraient pas ensemble et ne permettraient pas de faire de l’éther liquide. Les différences entre elles, aussi subtiles soient-elles, suffisaient à perturber le flux d’énergie magique entre elles.

Pour le dire simplement… la viande hachée se transformera en hamburger si vous la réduisez en purée, mais elle ne deviendra jamais un faux-filet.

« Très bien, défi accepté. Je m’en occupe tout de suite. »

« Merci. »

Je me séparai de Relisha et je me rendis à Babylone. J’avais demandé à Cesca de se rendre tout de suite en direction du Béhémoth. Je ne voulais pas qu’il atteigne Ryle. Je m’étais dit qu’il vaudrait mieux que Babylone s’y installe le plus tôt possible, au cas où des événements imprévus viendraient compliquer les choses.

Après avoir quitté le jardin, je m’étais dirigé vers le hangar.

J’étais passé devant le garage de Chevalier et j’étais allé au suivant. Dans celui-ci se tenait un chevalier noir foncé ayant une masse et un bouclier lourd.

Celui-ci était un peu plus grand que le Chevalier. C’était une unité de style commandant connue sous le nom de Chevalier Baron. Ce qui attirait le plus l’attention, c’était sa grosse corne qui jaillissait du front. Il n’était pas là à l’origine, mais je l’avais mis là. J’avais pensé qu’une unité de type commandant devrait avoir l’air un peu plus cool.

Rosetta m’avait dit qu’il était environ une fois et demie plus fort que le Chevalier. C’était un chiffre assez précis. Je m’étais demandé si elle deviendrait trois fois plus forte si je la peignais en rouge.

« Hm… ? Maître ? Genre, Babylone est-il vraiment en mouvement… »

Monica faisait quelques ajustements au niveau de l’épaule du Chevalier Baron quand elle m’avait appelé.

« Salut, Monica. Le Chevalier Baron peut-il se déployer ? »

« Je ne vois aucun problème, maître. J’ai fait toutes les modifications nécessaires. Il est aussi totalement alimenté avec de l’Éther liquide ! »

Super. Alors on va l’essayer, le Béhémoth peut être son premier ennemi. Enfin, j’ai l’occasion de le tester dans un combat réel contre un vrai monstre…

Oho, je viens de me souvenir d’une chose… Les matières premières du Béhémoth décédé seront-elles utiles ? Je suis prêt à parier que cela me fournira un sacré pactole, sans compter que la carapace devrait être bonne pour la défense. Je suis un aventurier en mission ! Une mission qui me permettra de me remplir les poches ! Je ferai de mon mieux, bon sang !

Notes

  • 1https://fr.wikipedia.org/wiki/Kaij%C5%AB

***

Partie 3

Après un certain temps, Babylone s’était retrouvé flottant au-dessus du ciel de la théocratie Ramissh. Nous étions en route vers la mer des arbres et le Béhémoth.

« Rosetta, as-tu installé l’appareil de communication comme je te l’ai demandé ? »

« Je parie que je les fais, maître ! Avec cet appareil, tu seras en effet en mesure de transmettre des messages entre les différents Frame Gears, ainsi que directement à Babylone lui-même. Il y a un canal privé et aussi un haut-parleur ! »

L’écoutille thoracique du Frame Gear s’était refermée, et je m’étais retrouvé sur trois canaux. Tous les trois étaient connectés au récepteur de Monica, à l’extérieur.

« Tu me reçois, Monica ? »

« Je te reçois très bien, mon maître. Parfaitement bien, même ! »

Monica avait agité les bras devant la caméra, et j’avais aussi entendu sa voix. C’était bien, il n’y avait aucun problème avec les canaux audio.

Eh bien, je suppose qu’on verra comment ça se passera dehors plus tard. C’était une mission solo, donc ce n’était pas comme si nous pouvions non plus tester la communication entre les Frame Gears individuels.

« Maître. Nous approchons progressivement de notre cible. La bête est dans ma ligne de mire. Elle vient de sortir de la forêt et elle se déchaîne au milieu des bois à la périphérie de Ryle. Une fois que nous serons au-dessus d’elle, prépare-toi à descendre. »

« Entendu. »

La voix de Cesca avait retenti dans le cockpit. J’avais vérifié tous les compteurs, jauges et moniteurs avant de canaliser la magie à travers le dispositif opérationnel. Le moteur avait démarré.

Avec un grondement, le Chevalier Baron s’était enfin réveillé.

Monica, que je voyais sur mon écran, m’avait guidé jusqu’à l’ascenseur. J’y avais emmené le Chevalier Baron avec peu de difficulté. L’ascenseur descendit lentement jusqu’au niveau le plus bas du hangar.

Si c’était un anime, j’aurais pu dire une phrase cliché du type « Décollage ! » ou « Lancement ! » et descendre avec un dispositif catapulté, mais… Je ne volerai pas dans le vide de l’espace, et le Chevalier Baron n’était pas équipé pour voler.

D’une manière un peu indigne, j’avais simplement sauté du hangar par une ouverture à son niveau le plus bas. Nous volions à basse altitude, selon les normes d’un avion, même si nous étions en fait très haut dans les airs. En toute honnêteté, j’avais eu la frousse juste avant de sauter, mais ne le dites à personne.

Ma vitesse de chute avait commencé à diminuer rapidement. J’avais remarqué après avoir jeté un petit coup d’œil que c’était dû aux propulseurs sur les jambes et à l’arrière de l’engrenage du Frame Gear. Je me demandais si cela fonctionnait de la même façon que [Lévitation].

Je continuais à tomber vers le sol, ma chute ralentie par les propulseurs. Une fois que j’avais atterri, je n’avais pas ressenti beaucoup d’impact. Apparemment, j’allais me faire treuiller jusqu’à Babylone avec un câble quand tout ça serait fini. Je n’étais pas sûr que ce soit la façon la plus efficace de procéder… Je m’étais dit que j’utiliserais bien une [Porte] pour revenir.

De ma position sur le terrain, j’avais vu le scorpion à deux queues. Il se déchaînait dans ma direction. C’était énorme. Plus grand que je ne le pensais.

En termes d’échelle… si le Frame Gear était une personne, alors la créature avait sûrement la taille d’un bus à deux étages.

Le contraste était frappant entre son corps bas et plat et ses deux pinces étaient bombées et énormes. Je savais que je serais anéanti si l’un de ces trucs me frappait, Frame Gear ou pas… Ce serait encore pire s’il arrivait à m’attraper.

« … Je suppose que c’est celui qui frappera le premier qui gagnera. »

J’avais saisi ma masse fermement dans ma main droite, et j’établis une position défensive avec le bouclier à ma gauche. Le Chevalier Noir, Chevalier Baron, chargea vaillamment vers Scorpinas.

Soudainement, le Béhémoth s’agita, comme s’il remarquait mon avance. Il pointa ses deux queues dans ma direction. D’une manière qui rappelait celle d’un pistolet à eau, deux jets de liquide violet s’échappèrent de ses queues.

Heureusement, je m’attendais à ce genre de mouvement, et j’avais habilement levé mon bouclier pour le bloquer.

« Si vous êtes préparé, il n’y a rien à cr… Quoi ? Quoi !? »

Une odeur fumante et nauséabonde émanait de mon bouclier. Attendez une seconde… ça fond !? Ce n’est pas que du venin, c’est de l’acide ! Encore quelques attaques comme celles-ci et mon bouclier sera entièrement détruit !

Heureusement pour moi, l’attaque avait un peu ralenti la créature. Je courais le long de son côté et je visais l’une de ses queues, abattant ma masse de toutes mes forces.

Avec un bruit de craquement, la carapace s’était un peu brisée, mais c’était tout. Quoi, c’était si dur que ça !? Les scorpions étaient plus apparentés aux araignées qu’aux écrevisses, n’est-ce pas !? Pourquoi sa carapace était-elle si dure !? La biologie de l’évolution était-elle différente dans ce monde ou quoi !? Comme j’avais été pris par surprise par la carapace ferme du Béhémoth, celui-ci avait attaqué le Chevalier Baron avec ses pinces.

« Oh mon Dieu ! »

Quand la créature s’était mise à bondir, j’avais fait tomber une masse sur la tête de la créature. Une fois de plus, sa carapace avait absorbé la plus grande partie de l’impact, mais elle était encore légèrement décalée. Et avant que j’aie pu faire une nouvelle attaque, il avait encore lancé de l’acide depuis sa queue.

« Merde… »

J’avais levé mon bouclier à nouveau pour bloquer, mais il était gravement affaibli. Profitant d’une petite ouverture, la créature avait continué avec un coup de ses pinces, que j’avais aussi pu bloquer par réflexe avec mon bouclier.

« … Merde ! »

Le scorpion avait attrapé le bouclier dans ses pinces. Sentant le danger, j’avais lâché prise et j’avais sauté en arrière.

Le bouclier à demi fondu s’écrasait facilement sous la pince menaçante. Ce monstre allait devenir un problème sérieux.

« Je suppose que je vais devoir aller jusqu’au bout… Monica, lâche le marteau de guerre ! »

« Oui monsieur ! Par exemple, lâcher totalement le marteau de bataille et tout ça ! »

Un énorme marteau de guerre noir était tombé du ciel. Il avait causé un choc violent en s’écrasant sur le sol. J’avais laissé ma masse sur le côté tout en esquivant habilement les coups du Béhémoth. J’avais saisi l’instrument lourd des deux mains.

« Peaufinage magique. Premier niveau, libérez ! »

Je tournais un interrupteur à côté du joystick de commande, accordant lentement ma magie dans les mains du chevalier baron. Celle-ci coulait de ces mains directement dans le marteau de bataille.

« [Gravité]. »

Le poids du marteau de combat avait été en grande partie réduit, ce qui m’avait permis de le saisir adroitement. J’avais vu une opportunité. J’avais fait un saut en courant vers le Béhémoth. En tombant vers lui, j’avais inversé ma magie, amplifiant à plusieurs reprises le poids par défaut du marteau de combat.

Avec un boom et un cri écœurant, la terre gronda. Scorpinas n’était plus. Son corps convulsait alors que ses organes internes éclataient furieusement dans sa carapace. C’était vraiment affreux à regarder.

« … Remarquable. Tu as réussi, maître. »

Monica parlait silencieusement, elle était étonnée. Ça avait fini par être bien plus dur que ce à quoi je m’attendais. Pourtant, ce n’était pas du tout un mauvais résultat, vu que c’était un ennemi qui était censé être défié par beaucoup plus de gens. Mon bouclier était aussi entièrement détruit. Rosetta allait vraiment me crier dessus. Quel que soit le résultat, j’avais gagné. C’est tout ce qui comptait.

… En ai-je fait peut-être un peu trop… Est-ce qu’au moins quelqu’un voudra acheter ce truc dégueulasse ? Je poussai un soupir défaitiste en regardant les restes mutilés et difformes de ce qui était autrefois Scorpinas.

« Quoi... Je… Je n’arrive pas à croire que tu l’aies déjà vaincu. »

J’avais utilisé une [Porte] pour amener Relisha devant le corps de Scorpinas. Surtout parce qu’elle avait du mal à croire qu’il était mort.

Il semblerait qu’il n’y avait pas de règles fermes sur le rôle à jouer par la Guilde en cas de destruction d’un Béhémoth, car l’idée même d’un travail en solo était impensable. C’était à l’origine un scorpion, alors j’avais pensé que montrer l’une des pinces serait probablement suffisant.

Avec la chef de guilde comme témoin, je n’aurais probablement pas beaucoup d’ennuis. Relisha avait appelé quelques membres du personnel de la guilde de Tem en utilisant son Tracebook, et ils avaient commencé à évaluer et à acheter les matières premières laissées par le monstre. Heureusement, ils s’occupaient aussi de la partie récolte. Honnêtement, c’était dégoûtant, je ne voulais pas toucher à ce truc gluant.

« Eh bien… C’est fait. »

« Hm ? » Relisha m’avait rendu ma carte de guilde. Elle était en or pur. C’était joli, mais peut-être un peu trop voyant.

« Vous avez atteint le rang le plus élevé possible, le rang Or. Les seules personnes au monde qui détiennent ce titre sont vous, Grand-Duc, et l’ancien roi de Lestia, le Royaume des Chevaliers. »

« Lestia ? Il y a un royaume des chevaliers ? »

« En effet, c’est un royaume militaire constitué de chevaliers. Juste à l’est de Ryle. »

Hoho, ça avait l’air intéressant… L’autre rang or doit être extrêmement fort. Ce doit être un roi guerrier ou quelque chose comme ça. Mais elle vient de dire que c’était l’ancien roi, alors il était peut-être à la retraite.

Ce qui m’avait fait rappeler que ma carte de guilde avait aussi trois titres liés à celle-ci. Tueur de dragons, destructeur de Golem, et Tueur de démons… Mais rien n’avait été ajouté cette fois-ci.

Eh bien, ce n’était pas comme si c’était une quête que l’on pouvait raisonnablement s’attendre à ce qu’une personne la fasse en solo, alors ils n’avaient pas de titre pour ça. En plus, Relisha ne me l’aurait certainement pas demandé si elle n’était pas au courant pour le Frame Gear. Eh bien, je supposais que de toute façon, quelque chose comme chasseur de Béhémoth n’aurait pas l’air si cool que ça.

« Au fait… votre guerrier. C’est vraiment un artefact effrayant. Avec un tel pouvoir, l’invasion d’une nation étrangère ne vous poserait pas de problème. », murmura Relisha en regardant le Chevalier Baron.

Comme je m’y attendais, les gens de ce monde ne le prendraient pas à la légère.

« Ça s’appelle un “Frame Gear”. C’est la création d’un docteur de génie (pervers) d’une ancienne civilisation. Il a été créé pour sauver le monde. »

« Pour sauver le monde… ? »

« Vous êtes une chef de guilde, donc vous devriez en savoir plus à leur sujet… à propos des étranges créatures de cristal qui ont surgi dans le monde entier ces derniers temps, comme si elles venaient de nulle part. »

« Quoi… ! »

L’expression de Relisha devint plus sombre. Comme je le pensais, elle les connaissait. La guilde des aventuriers était une organisation qui couvrait le monde entier, donc si quelqu’un devait le savoir, ce serait elle. De plus, avec le Tracebook qui la tenait au courant de tous les événements, il n’y avait aucune chance qu’elle ne le sache pas.

« … Vous avez raison, oui. Nous en avons reçu des rapports de presque toutes les succursales. Les épées ne peuvent pas les trancher, la magie n’agit pas… elles se régénèrent, et elles ont des corps faits de cristal pur. Ils détruisent les bandes de mercenaires et des villages avec facilité, et ils se sont renforcés à chaque apparition. »

« Ces créatures sont des Phases, Relisha. Ce sont des êtres qui sont apparus une fois auparavant, et qui ont détruit le monde antique. »

« Quoi !? »

Le corps entier de Relisha s’était raidi, elle me regarda avec une expression surprise. Je voulais éviter une panique généralisée en révélant la Phase au monde, mais Relisha et sa guilde seraient un atout puissant. Si j’avais sa coopération, ce serait plus facile à coordonner, alors j’avais décidé de la tenir au courant.

Avec un ton calme, j’avais lentement divulgué au chef de guilde des éléments d’information soigneusement choisis.

« La frontière du monde… les envahisseurs d’un autre monde… Si je ne connaissais pas l’existence de ces créatures de cristal, je prendrais cela pour une mauvaise blague, mais… »

Relisha déglutit et murmura à elle-même après avoir entendu mes paroles. Naturellement, j’avais négligé de mentionner Babylone et le noyau souverain, je n’avais pas besoin de lui révéler ces choses pour obtenir son aide.

Pourtant, elle semblait me croire. Au contraire, il valait mieux pour elle qu’elle me croie, car la Phase causait beaucoup d’ennuis à la guilde.

« Je ne sais pas si la Phase commencera une invasion à grande échelle, et je ne sais pas non plus quand elle se produira. Ce que je sais, c’est que si cela se produit, nous serons détruits. C’est pour cette raison que je fais revivre les Frame Gears à l’époque actuelle. »… C’était aussi parce que les robots étaient cool, et que je voulais en piloter un.

Je ne pensais pas qu’il était possible détruire des Phases intermédiaires ou avancées sans Frame Gear. De plus, dans le cas des plus avancés, je n’étais même pas sûr qu’une équipe entière de Frame Gears puisse se dresser contre eux et gagner. C’était pourquoi j’avais dû commencer à faire mes préparatifs beaucoup plus rapidement. Après tout, nous ne savions pas combien de temps il nous restait pour nous préparer.

Après un certain temps passé à fixer mon chevalier noir, Relisha se tourna vers moi et prit la parole.

« Très bien. Je transmettrai cette information au quartier général central de la guilde. J’obtiendrai autant d’informations que possible sur ces créatures, et je vous en tiendrai informé, Votre Altesse. »

« Merci infiniment. Mais s’il vous plaît, gardez l’information sur l’invasion imminente pour vous. Ce n’est après tout pas encore certain. »

« Oui, bien sûr. Il n’y a aucune raison de créer une panique inutile à grande échelle. Toutes ces informations resteront avec moi. »

Maintenant que j’avais obtenu la coopération de la guilde, je pouvais être au courant des incidents dès qu’ils se produisaient. Ce n’est pas que je voulais savoir si des incidents se produisaient vraiment, je préférerais que la Phase reste à la maison.

En raison de l’énorme quantité de matériel traité, la guilde avait conclu un accord avec moi pour me verser l’argent un peu plus tard.

Relisha décida de rester dans la salle de la guilde afin de s’occuper de la partie administrative, j’en profitais pour ramener le Chevalier Baron au hangar en utilisant [Porte].

Ensuite, j’avais utilisé le [Vol] pour me rendre sur les sites de fouilles et déterrer les pierres de sorts une par une. Il y avait trois pierres au total. Une bleue, une verte et un jaune. Avec ces pierres de sorts sécurisées, je pourrais créer plus d’éther liquide, et ainsi créer plus de Frame Gears.

Je plaçais les trois pierres dans le [Stockage], puis j’ouvris une [Porte] pour retourner à Babylone.

***

Partie 4

Alors que l’on continuait la production de Frame Gear et d’Éther liquide, ma vie quotidienne n’avait pas du tout changé. C’était bien sûr normal.

Après quelques jours, la guilde m’avait versé la récompense et l’argent que j’avais gagné en vendant les matières premières. Honnêtement, le montant était franchement obscène. J’avais décidé de le garder en cas d’urgence, au cas où il y aurait un problème avec un Frame Gear entre autres.

J’avais utilisé ma [Porte] pour me diriger droit vers le hangar. Une fois arrivé, j’avais jeté un coup d’œil dans le hangar du Chevalier Baron et j’avais vu Rosetta et Monica grogner pendant qu’elles retiraient son blindage.

« Quoi de neuf ? »

« On travaille dur, maître ! Les bras du Chevalier Baron sont endommagés, alors on les répare. »

Hein ? Mais il n’avait été déployé qu’une seule fois. Je n’avais même pas remarqué que les bras étaient endommagés.

« Monsieur, ce Frame Gear n’est pas endommagé à cause des dégâts subis par l’ennemi pendant le combat, monsieur ! Ce Frame Gear a été endommagé par la puissance de ta magie, monsieur ! »

« Hein ? »

« Uhm, comment le dire… ton pouvoir magique est bien trop puissant. Ta magie est extrêmement pure, donc quand le Frame Gear l’amplifie… Eh bien, les pièces fixées sur le chevalier baron ne peuvent tout simplement pas le supporter. »

C’était comme ça que ça marchait ? Ça voudrait dire que je ne pourrais pas tout faire ?

« Le Chevalier et le Chevalier Baron sont tous deux de vieux modèles, monsieur ! Nous pourrions améliorer cela sur des modèles plus récents, monsieur ! »

« Nouveaux modèles ? »

« Les modèles laissés par le professeur comme documents préparatoires, etc. Nous avons des modèles qui servent de base à d’autres unités planifiées, les Frame Gears de bases. Il y avait des plans pour un Frame Gear spécialisé dans le combat rapproché, un autre pour le combat à distance, un autre automatisé et divers autres types différents utilisant le châssis squelette comme base. Et, euh… ce serait totalement personnalisable et tout ça ! De cette façon, vous pourriez le rendre super-méga unique et spécialisé pour chaque pilote individuel ! Hypothétiquement, ces Frame Gears n’auraient même pas besoin d’éther liquide pour fonctionner. Mais pas un seul d’entre eux n’a porté ses fruits. Ce ne sont après tout que des dessins. »

Eh bien, ça avait l’air génial. Avoir un Frame Gear spécifiquement adapté à mon style serait cool. Tout comme la possibilité d’échanger des pièces… Ce serait cool d’en faire au moins un.

« Alors, où est le plan pour celui-ci ? »

« Normalement, ils sont tous dans l’entrepôt… »

Ouaip. C’est ce à quoi je m’attendais. Si je me souvenais bien, le gynoïde de l’entrepôt était aussi une sorte de maladroite… Je me demandais si après tout ce temps, ces plans étaient encore présents.

Considérant que tant d’artefacts étaient déjà dispersés à travers la surface du monde… Ce serait un miracle si ces plans n’étaient pas brûlés en enfer.

« Eh bien, mon maître… Je pense qu’il est prudent pour le moment que tu t’abstiennes d’utiliser la magie à l’intérieur d’un Frame Gear. »

« Sérieusement ? »

« Je suis totalement sérieuse ! Je ne veux pas, par exemple, avoir à réparer ou à jeter un Frame Gear à chaque fois ! Après tout, il n’y a que nous deux comme membre du personnel d’entretien. »

Hmph… Je suppose que je ne pouvais rien dire quand elle me présentait cela comme ça. Même si les Frame Gears étaient fabriqués en permanence dans l’atelier, je devais toujours compter sur ces deux-là pour maintenir les Frame Gears dans le hangar… Attendez, attendez.

« Ne pourrions-nous pas simplement utiliser l’atelier pour fabriquer un nouveau Frame Gear à partir des restes du chevalier Baron ? »

« Tu es en train de nous suggérer que nous devrions utiliser des matériaux de production pour, euh… prendre les pièces des autres Frame Gears afin de les utiliser pour renforcer le Chevalier Baron ? C’est un traitement peu orthodoxe… »

« Oh, non… je veux dire juste jeter ce Frame Gear brisé dans l’atelier et le décomposer en pièces, alors… »

« Monsieur ! Avec tout mon respect, monsieur ! Si nous démontions ce Frame Gear dans l’atelier, toute sa mémoire de combat et ses données de réglage seraient complètement perdues, monsieur ! Veux-tu vraiment lutter encore et encore avec un Frame Gear de niveau 1 pour le reste de tes jours misérables, monsieur !? »

Elles me regardèrent toute les deux avec mépris. On dirait que j’avais dit quelque chose que je n’aurais définitivement pas dû dire.

« Et bien… si nous extrayions simplement ces données de combat et que nous les transférions dans un nouveau Frame Gear… »

« Bien sûr, dis-nous juste qui se chargerait de ce travail. Je ne crois pas que tu dois tout à fait au courant ni du processus fastidieux ni du temps qu’il faudrait pour transférer les données d’un simple Frame Gear de niveau deux. »

« Excuse-moi monsieur ! Et avec tout le respect que je te dois encore, monsieur ! Cela doit être très bien d’entraîner le sergent à nous crier dessus sur quelque chose que tu ignores complètement, monsieur ! Quand nous remplaçons ne serait-ce qu’une seule pièce, nous devons restaurer tous les circuits de mana et peaufiner tous les réglages… et maintenant tu nous demandes de tout faire à partir de zéro à chaque fois que ta pauvre personne sort et détruit nos créations… monsieur !? »

Des sirènes d’avertissement retentissaient dans ma tête. Les deux m’avaient regardé avec des yeux froids et morts. À la fin, elles m’avaient doucement fait pression pour que je me taise. Leurs yeux me suppliaient de ne plus casser de Frame Gear. Les dégâts subis lors des combats étaient normaux, mais ce que je faisais était la même chose que de détruire mes propres jouets.

Je m’étais vite enfui avant qu’elles ne me tabassent ou quelque chose du genre.

Je supposais que même elles avaient leurs limites. Naturellement, elles seraient en colère, c’était comme dire à votre réparateur de PC ce qui n’allait pas avec votre ordinateur tout en insistant sur le fait que vous aviez besoin de toutes ces barres d’outils gratuites sur votre navigateur internet. C’était vrai, je n’avais que la connaissance provenant du Japon moderne. Je parlais sans rien connaître sur le sujet et j’aurais vraiment dû me retenir la langue.

J’avais décidé de laisser le hangar seul pendant un petit moment. Je ne voulais plus que ces deux-là se fâchent contre moi… Après avoir fui la colère de Rosetta et de Monica, j’avais décidé de faire une petite promenade. Il y avait beaucoup de rizières et de parcelles de terres agricoles cultivées dans la partie est de Brunhild à ce moment-là, alors je leur avais rendu visite.

« Oho, Votre Altesse ? »

Je m’étais tourné vers la voix, et je m’étais retrouvé face à face avec une jeune femme.

C’était une femme, mais pas une femme ordinaire. Elle se tenait debout avec du lierre enroulé autour de son corps, des fleurs ornant ses cheveux de couleur verte, une jupe en forme de pétale ornaient sa taille, et des feuilles coulaient sur son dos comme des ailes. C’était une femme, mais pas une femme humaine. C’était une alraune.

Elle était l’une des cinq demi-humaines que j’avais recrutées pour mon ordre de chevalier.

« Oh hey. Tu t’appelles bien… Lakshy, c’est ça ? »

« Exactement ! Je suis un membre de l’ordre des chevaliers, Lakshy l’Alraune. »

Elle m’avait fait un petit sourire innocent, puis elle m’avait salué… Tu n’es pas une policière, tu sais.

« Pourquoi êtes-vous ici, mon seigneur ? »

« Eh bien… J’étais juste ici pour inspecter l’endroit. Et toi, alors ? »

« Eh bien, aujourd’hui est mon jour de congé alors… J’aidais sur le terrain ! »

Wôw, c’était impressionnant. Les Alraune étaient des démons… mais c’était aussi des plantes. Je supposais que l’agriculture était une sorte de vocation pour eux.

« Comment t’es-tu adaptée à la vie ici, Lakshy ? »

« Très bien, merci. Tout le monde est très gentil avec moi. Je me débrouille très bien et je fais de mon mieux. De temps en temps, il y a des voyageurs qui ont peur de me voir, mais cela ne me dérange pas ! »

Les démons et leurs semblables avaient fait l’objet d’un préjudice extrême. Dans certains pays, ils étaient même ségrégués et ostracisés. Bien qu’ils fassent rarement l’objet de mauvais traitements. Les démons étaient beaucoup plus forts que la plupart des humains.

Les gens avaient tendance à les éviter, simplement à cause de la façon dont ils étaient nés. Dans certains endroits particulièrement cruels, il y avait même des rumeurs selon lesquelles toucher quelqu’un d’ascendance démoniaque vous tuera ou vous maudira. C’était plutôt le bordel.

« Si je me souviens bien… tu viens du pays des démons, non ? »

« C’est exact. Je viens d’un endroit très éloigné de l’autre côté de la mer, au nord-est. Le pays s’appelle Xenoahs. L’environnement est dur, mais les miens ne sont pas trop dérangés par ce genre de choses. »

Le royaume des démons, Xenoahs… Rien que par son nom, cela projetait l’image d’une nation cruelle qui cherchait à dominer le monde, mais apparemment il fonctionnait simplement comme une nation normale.

Les citoyens qui s’y trouvaient étaient des démons, et ils n’interagissaient généralement pas avec les nations humaines. Ce n’était pas qu’ils étaient naturellement isolés ou quoi que ce soit d’autre, ils ne semblaient tout simplement pas très intéressés à ouvrir le dialogue avec les autres nations. De ce fait, on ne savait pas grand-chose sur le pays lui-même.

Le chef du pays était connu comme le seigneur suprême, et ses plus proches collaborateurs étaient connus comme les quatre seigneurs… Cela n’aidait pas vraiment à redorer leur image, du moins dans mon esprit. Lakshy m’avait dit que c’était un endroit assez agréable.

Pour être honnête, je ne pensais vraiment pas que les humains et les démons avaient besoin d’être aussi inquiets les uns pour les autres. Le plus grand problème était juste qu’une bonne partie de l’humanité craignait sans raison valable les démons. J’étais presque certain que s’ils interagissaient normalement, rien n’empêcherait les membres des deux espèces de devenir amis.

Eh bien, on pourrait aussi dire que le problème venait des démons, parce qu’ils n’essayaient pas d’être plus ouverts avec l’humanité… C’était probablement plus prudents et timides, plutôt qu’à une haine féroce contre l’humanité.

« Ce pays est aussi très agréable. Je suis heureuse d’avoir fait le grand saut et d’avoir demandé d’intégrer l’ordre. »

« Je suis heureux de l’entendre, Lakshy. Je compte sur toi. »

« Oui, mon seigneur ! »

Je ne voulais pas trop m’immiscer dans le travail sur le terrain, alors j’avais laissé Lakshy à ses fonctions et j’étais retourné en ville. Là, j’avais vu un autre démon. Il se tenait à l’endroit où la guilde était en construction.

Il mesurait environ trois mètres de haut et avait un corps brun-rouge. Ses bras étaient comme des troncs d’arbre et deux cornes dépassaient de ses cheveux blancs. C’était un ogre.

Il se baladait, torse nu. Il semblerait qu’il transportait du bois pour l’équipe de construction. Sa puissance correspondait à celui de cinq hommes bien entraînés. Un homme effrayant, en effet.

« Och, patron. C’est bon de vous voir. »

« Salut, Samsa. N’êtes-vous pas non plus en service? »

« Bien sûr que oui. Comme je mange autant que trois gars… mon salaire de base n’est donc pas très élevé, hein ? J’en avais parlé à Naito, et il m’avait arrangé ce boulot. Maintenant, mon ventre est plus plein que jamais ! »

Samsa l’ogre souriait le plus largement possible, ce qui… faisait un assez large sourire. C’était certainement l’homme qu’il fallait pour ce travail. Sa force n’était pas quelque chose dont on pouvait se moquer. Je n’avais aussi aucun doute sur le fait qu’il soit capable de manger abondamment au bar de la guilde, puisqu’il allait clairement être celui qui en construira la plus grande partie.

Apparemment, Samsa n’était pas vraiment une personne axée sur le combat, ce qui m’avait un peu surpris. Ce n’était pas comme s’il n’avait pas le corps pour ça, c’était certainement le cas… c’était que sa personnalité n’était pas bien adaptée pour ça. Pour parler franchement, il y avait une partie de lui qui avait peur de se battre.

Je ne voyais pas ça comme un défaut fatal pour un chevalier comme Samsa. L’ordre des chevaliers n’était pas seulement une force de frappe, il devait aussi être là pour aider le peuple, et c’était quelque chose que l’ogre amical était tout à fait disposé à faire.

Sa force profitait à l’heure actuelle à l’ensemble de la nation et il n’y avait pas un seul ennemi blessé en vue.

« Continue ton bon travail. Tiens, prends ça… Assure-toi d’en profiter avec tout le monde quand le travail d’aujourd’hui sera fini, d’accord ? »

J’avais sorti deux énormes morceaux de viande de sanglier enveloppé de tissu depuis mon [Stockage], puis je les avais posés sur le sol.

« Étonnant… Merci beaucoup, patron. Je vais tout donner, d’accord ? »

Samsa avait trimballé son bois et m’avait fait un sourire sincère. Il était certainement travailleur. J’avais réfléchi un peu à son sujet, pensant que sa grande carrure devait causer des problèmes de temps en temps. Je doutais qu’il puisse entrer dans la plupart des bâtiments, étant donné qu’il était plus large qu’une porte… Mais il avait l’air heureux, alors je n’avais pas trop insisté.

J’avais décidé que je voulais rendre le pays meilleur pour mon peuple. Des bâtiments plus civiques seraient une bonne idée. Une école était absolument nécessaire. Je ne pouvais pas négliger la jeunesse de demain.

Je marchais lentement jusqu’à mon château, réfléchissant à ce que je pouvais faire de plus pour mon peuple pendant que je regardais un groupe d’enfants courir vers leurs maisons.

***

Partie 5

« Whoa, incroyable ! Cela vole réellement !? »

« Hey, hey… Seigneur ! Est-ce une sorte de magie !? Vraiment !? »

« Non, il n’y a pas du tout de magie. C’est juste un principe physique de base, j’utilise le vent pour le faire voler. »

Je supposais que ce que je faisais était une sorte de magie. J’avais tiré une ficelle dans ma main, ce qui avait permis à mon cerf-volant de s’élever en douceur dans les airs. Les enfants avaient regardé dans le ciel, complètement stupéfaits lorsqu’il naviguait dans les vents.

Au bout d’un moment, j’avais passé le cerf-volant à l’un des enfants, et j’en avais vite fait une tonne de plus pour empêcher leurs yeux envieux d’augmenter de plus en plus.

Ils avaient tous commencé à manipuler leurs cerfs-volants avec une finesse surprenante. Je n’avais même pas eu besoin de leur montrer grand-chose.

Pendant qu’ils jouaient, mes yeux balayaient instinctivement les environs à la recherche d’Olba le marchand. Je m’attendais à ce qu’il apparaisse comme s’il venait de nulle part afin de me demander les droits sur le produit. Mais hélas, il ne l’avait pas fait. Ce n’était pas comme si cela aurait été raisonnable pour lui de surgir de nulle part.

Je m’étais assis à l’ombre d’un arbre et j’avais posé mon cerf-volant, en prenant soin de ne pas emmêler la corde dans les branches. J’avais bougé dans un endroit isolé, loin de la ville, pour ne pas déranger les gens avec mon jeu.

Mec… cela détendait vraiment… Ce serait bien si chaque jour était aussi paisible que celui-ci.

Rosetta et Monica travaillaient dur pour réparer mon chevalier Baron brisé. Elles avaient rejeté mon idée d’en construire un nouveau chaque fois.

Apparemment, si vous continuiez à utiliser le même Frame Gear au combat, son temps de réponse et son affinité magique deviendraient plus accordés et plus aigus. J’avais pensé que ce serait une bonne idée d’accumuler beaucoup d’expérience et de stocker des données dans une image, puis de les porter sur un nouveau Frame Gear à un moment donné dans le futur… Si on réussissait à en faire de nouveaux, bien sûr.

En termes de jeu, ce serait comme… niveler un personnage dans un jeu, puis être capable d’utiliser ses statistiques dans la suite.

Nous n’avions pas beaucoup de personnel de maintenance, alors ce serait probablement la meilleure façon de procéder.

J’avais fait part de mes préoccupations au sujet des limites du personnel de Rosetta, et elle m’avait dit qu’il y avait des robots réparateurs miniatures qui étaient conçus pour réparer de façon autonome les dommages causés aux Frame Gears. Apparemment, il y en avait pas mal, et ils réparaient les Frame Gears en un clin d’œil.

« Des robots comme ça résoudraient tous nos problèmes ! Où sont-ils, alors ? »

« Dans l’entrepôt, monsieur ! »

« Gah ! »

Cette doctoresse Babylone protégeait trop sûrement ses affaires… C’était ennuyeux qu’elle ait mis tant de choses importantes dans cet entrepôt… elle ne semblait pas vraiment du genre méthodique.

Tandis que je boudais distraitement à propos de ce médecin irritant, j’avais entendu une paire de voix me crier dessus.

« Touyaaaaaaa ! »

« T,Touya… ! »

« Hm ? Yumina ? Et Lu aussi ? »

Je m’étais levé du sol et je m’étais dépoussiéré, pour me retrouver immédiatement agressé des deux côtés par leur étreinte.

Les deux filles avaient maintenant été officiellement annoncées comme mes fiancées. Comme notre relation avait été officiellement rendue publique, elles avaient toutes les deux tendance à s’accrocher à moi sans réserve chaque fois qu’elles le pouvaient. J’étais un peu gêné, en toute honnêteté, mais je ne voyais pas non plus la nécessité de gâcher leur plaisir.

« Je me demandais où tu t’étais enfui… Mais j’ai vu cette chose étrange, et j’ai su que tu devais être ici ! »

Lu montra le cerf-volant du doigt, naviguant toujours librement dans le ciel. C’était assez logique pour moi. Après tout, j’étais plutôt connu comme le gars qui faisait des trucs inhabituels par ici.

« Tu sais, Touya… ce n’est pas gentil à toi de nous laisser derrière pour aller jouer avec les enfants. Ne devrais-tu pas passer un peu plus de temps avec tes femmes ? »

« Dans l’absolu, vous n’êtes pas encore mes femmes, mais… »

« Mais nous le serons bientôt, hein ? C’est mon rêve… d’être heureux en ménage avec toi, Touya… Dans un mariage affectueux et monogame. Ah… enfin, pas monogame. Le point restait toujours d’actualité. »

C’était effectivement le cas. La monogamie et la polygamie n’étaient après tout pas si différentes dans ce monde. Juste au moment où j’avais montré à Lu un sourire ironique, un lourd tumulte de sabots passait. Une caravane marchande passait devant nous à grande vitesse.

Toute une série de chariots nous avait dépassés alors que nous les regardions trotter en direction de Belfast.

Les marchands assis sur les voitures regardaient tous les cerfs-volants qui passaient à côté d’eux. Cela ne me tenait vraiment pas à l’esprit. J’étais plus que certains qu’au moins un de ces types avides essaierait d’imiter mon idée avant longtemps.

« C’est une caravane marchande de Régulus. Hoh, ils ont même une escorte armée derrière eux. »

« Il y en a beaucoup… Je me demande s’ils transportent quelque chose d’important. »

Vu le nombre de gardes, ils transportaient probablement des produits de luxe ou des objets d’art. Une telle sécurité était excessive pour une marchandise régulière. Ce n’était certainement pas une question que j’avais envisagée, puisque j’avais la [Porte]. Je pourrais certainement gagner beaucoup d’argent si j’ouvrais un service de livraison express avec ma [Porte]. Mais je ne pourrais livrer que dans les endroits que j’avais visités.

Ce serait mieux s’ils avaient des camions de livraison, cela serait utile pour toutes sortes de choses. Oh, en fait… un train de marchandises pourrait être plus utile encore…

« Un… train. »

« Touya ? »

Un train… un train ! La construction d’un chemin de fer ne changerait-elle pas tout pour le mieux ? Rosetta pourrait faire un train à vapeur rudimentaire si je lui demandais… Bien que… hm. Peut-être que je m’avance un peu. Serait-il sage d’introduire les trains dans un monde comme celui-ci ? Les gens qui ignorent tout des chemins de fer pourraient finir par jouer sur les voies ferrées… Des bandits de grand chemin et des bandes de voleurs de trains pourraient faire leur apparition… Des pierres et des débris pourraient s’accumuler sur les voies et causer des déraillements, aussi…

Bah, penser à ces questions est une source de tracas. Ce n’est pas comme si je pouvais les résoudre. Chaque fois que je pense à un nouveau concept, je suppose que je devais également tenir compte des risques associés à la sécurité. Mais je supposais que c’était un peu fort de ma part, puisque j’ai introduit les Frame Gears au monde par imprudence.

Hmph… Je suppose que le plan du train est mort avant même d’avoir vu le jour. Ah eh bien…

« Oh, Oh, Oh, Oh !! »

« … Qu’est-ce que tu crois faire ? Pourquoi rêvasses-tu au lieu de faire attention à nous !? »

Pendant que j’étais au pays des rêves en matière de santé et de sécurité, Yumina en avait profité pour me pincer brutalement la joue. C’était totalement déplacé, si vous voulez mon avis.

{Monseigneur, êtes-vous disponible ?}

{Hm ? Kohaku ?}

Alors que je frottais ma joue, un message télépathique s’était propagé directement dans mon cerveau. Yumina m’avait vu m’arrêter sur mes pas et s’était mise à gonfler ses joues. Elle semblait un peu ennuyée, probablement parce qu’elle pensait que je rêvais encore.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Se passe-t-il quelque chose ? »

J’avais répondu de façon audible, afin de leur montrer que je ne faisais pas que de les ignorer.

{Maître ! C’est Rosetta, monsieur ! Nous n’avons plus d’Orichalque, monsieur ! La quantité que vous aviez pour la production de Frame Gear est à sec, monsieur !}

J’avais entendu la voix de Rosetta grâce au lien télépathique de Kohaku. Elle avait besoin de plus d’Orichalque. Il semblerait que la quantité qu’Olba avait reçue pour moi était déjà épuisée.

C’était irritant : il me fallait maintenant trouver une autre source.

« Compris. Je vais devoir régler ça. »

{Merci beaucoup, monsieur !}

« S’est-il passé quelque chose, Touya ? »

Lu s’approcha soudainement de moi et me demanda ce qui s’était passé.

« Rosetta m’a demandé un peu plus d’Orichalque. Et je ne sais pas trop où en trouver… »

« Nous pourrions probablement en trouver au marché à minéraux, mais… Je suppose que ce ne sera pas suffisant, n’est-ce pas ? »

« L’orichalque est un métal très rare tel qu’il est… Ce sera certainement très cher à acquérir en gros. »

Ce n’est pas que ce soit un problème d’argent. La mort du Béhémoth auquel je m’étais livré l’autre jour avait fini par me faire gagner une grosse somme. Idéalement, j’aurais aimé épargner ce genre d’argent pour les situations d’urgence. Il nous restait un peu de mithril, peut-être qu’on pourrait… oh… oho…

« Est-ce que l’une de vous sait si un Golem d’orichalque existe ? »

Penser au Mithril me rappelait qu’il existait des golems de Mithril, donc ça ne pouvait pas faire de mal de demander.

« Un Golem d’orichalque ? Je ne peux pas dire que j’ai déjà entendu parler de quelque chose comme ça… »

« Moi non plus. Même si quelque chose comme ça existe, ce ne serait probablement pas une promenade de santé pour se battre… »

Hmph… Je supposais qu’avoir un Golem d" orichalque qui se pavanait quand j’en ai besoin serait un peu trop pratique, hein ? Juste pour en être sûr, j’avais allumé ma carte et j’avais essayé de faire une recherche. Je n’avais jamais vu un Golem d’orichalque auparavant, mais il était facile d’imaginer une telle créature. Cela devrait être un gros monstre rocheux, couvert d’Orichalque scintillant. Je pourrais sûrement reconnaître quelque chose comme ça, donc ce serait facile à chercher.

« Recherche : Golem d’orichalque. »

« Recherche en cours… Recherche terminée. Affichage des résultats. »

Plusieurs épingles étaient tombées sur la carte, les unes après les autres.

« … Donc ils existent. »

« … je suppose que oui. »

Nous avions tous été pris par surprise pendant un court instant. Après tout, le monde était plus vaste que ce que nous en savions. Eh bien, il y avait beaucoup d’endroits que l’humanité n’avait pas encore visités dans ce monde. Des canyons profonds et vastes, de larges vallées qui s’étiraient, de hauts sommets… Il était tout à fait possible qu’ils vécussent dans des endroits que les mains humaines n’avaient jamais touchés.

« D’accord, je vais aller en tuer un. »

« Ah… alors peut-on aussi venir… ? »

« Non, j’y vais tout seul. C’est un endroit où je ne suis jamais allé, alors je vais utiliser le [Vol] pour y aller. »

Dès que j’avais parlé de mon sort de vol, elles avaient arrêté de protester. Elles n’aimaient vraiment pas ce truc. Je les avais renvoyées toutes les deux au château de Brunhild par une [Porte], puis j’avais remis ma carte à l’écran.

« Hm… Je suppose que l’endroit le plus proche où je suis allé est… à Eashen. »

Les golems étaient situés dans les montagnes un peu à l’ouest d’Oedo. Eashen ressemblait à bien des égards au Japon, alors je m’étais demandé s’il avait aussi sa propre version du mont Fuji.

Venir d’Oedo en volant semblait assez simple. Très bien, allons-y.

En m’élançant, j’avais fantasmé à l’idée d’utiliser une grande quantité d’Orichalque pour créer un Frame Gear ayant une armure dorée. Faire un Chevalier d’or aurait cependant pu être un peu trop voyant à mon goût…

***

Partie 6

« Wôw… C’est vraiment brillant et doré… »

Loin à l’ouest d’Oedo, j’avais trouvé le golem d’orichalque reposant dans une vallée profonde, blotti entre quelques montagnes géantes.

Il était un peu plus grand qu’un golem en Mithril, et son corps doré reflétait les rayons du soleil quand ils descendaient dans la vallée. Il brillait magnifiquement lorsqu’il se promenait. J’avais su ce que c’était dès que je l’avais vu. La créature avait à peu près la taille d’un Frame Gear.

Il y avait probablement un noyau à l’intérieur, un peu comme un Golem en Mithril.

Son corps robuste et caillouteux possédait deux grands bras. Il avait de minuscules petites jambes et un torse large. Dans l’ensemble, il ressemblait beaucoup à un Golem en Mithril, alors j’avais supposé que le noyau serait au même endroit.

« Tout ce que j’ai à faire, c’est de détruire sa poitrine, ça devrait être assez simple. [Glissade]. »

Avec un grand fracas, une puissante secousse secoua la vallée. Le golem doré s’était écrasé au sol.

« [Gravité]. »

Je n’avais pas perdu de temps à l’épingler au sol avec un sort de soutien. J’avais rapidement utilisé [Stockage] pour extraire un petit fragment de phase. J’y avais versé de la magie, le remodelant en une forme de balle de baseball, tout en augmentant sa résistance jusqu’à ce qu’il soit plus dense que l’orichalque.

« [Porte]. »

J’avais ouvert un portail et j’avais tranquillement lancé la petite balle à travers lui, en appliquant la [Gravité] dans le processus.

Le portail de connexion était juste au-dessus de la poitrine du golem, et en quelques secondes à peine, la minuscule boule de cristal avait traversé le corps du golem et avait touché sa cible. La balle, qui était plusieurs centaines de fois plus lourdes qu’elle n’aurait dû l’être, avait complètement oblitéré le corps du golem. Un fracas monstrueux retentit, et le golem se tut enfin.

C’était mon combo breveté [Glissade], [Gravité] et [Porte]… Peut-être qu’il était un peu surpuissant.

J’avais prudemment approché le corps du golem pour confirmer qu’il était mort. Comme je m’y attendais, son noyau se trouvait dans sa poitrine.

J’avais rouvert mon [Stockage] et j’avais commencé à récolter le cadavre du golem. Mission accomplie ! Mec, c’était simple.

Soudain, un bruit était venu de nulle part, je m’étais tourné pour voir un cerf sortir de la broussaille. J’avais failli être surpris, mais il n’était certainement pas inhabituel de voir un cerf se promener.

Le cerf ne m’avait pas jeté un second coup d’œil, mais il s’était plutôt dirigé vers une rivière voisine. Il ne semblait pas avoir peur des gens.

Un cerf, hein… Je devrais peut-être ramener du gibier à la maison… Non, non, contrôle-toi, Touya. C’était un joli petit cerf qui ne craignait pas l’homme, je ne devrais pas le découper et manger sa chair tendre…

Comme mon attention était concentrée sur le cerf, j’avais soudainement remarqué quelque chose sur la berge de la rivière. Qu’est-ce que c’était… ? J’avais fait un pas en avant pour essayer d’avoir une meilleure vue d’ensemble, et lentement j’avais réalisé ce que c’était. J’avais commencé à courir plus vite. C’était une personne, une personne blessée.

« Hé ! Hé ! Hé là ! Est-ce que ça va !? »

Je m’étais dirigé vers le bord de la rivière. La personne effondrée semblait être une jeune femme.

Elle avait le même âge qu’Elze et Linze. Ses vêtements avaient l’air en lambeaux et déchiré, mais ses cheveux étaient longs, purs et blancs. Elle était couverte d’égratignures, de coupures et de blessures tout le long de son corps. Je m’étais brièvement demandé si elle avait été emportée par le courant de la rivière.

Je l’avais prise dans mes bras et l’avais tirée hors de la rive. Immédiatement, j’avais remarqué quelque chose d’inhabituel au niveau de sa jambe droite. Hein… Est-ce qu’elle était cassée ? Oh… Oh non… J’avais roulé son hakama [1] pour inspecter sa jambe, mais ce que j’avais trouvé… c’est qu’il n’y avait plus rien à partir du genou. Elle avait été déchiquetée et réduit en pâte, comme un morceau de viande crue. J’avais rapidement constaté que sa main droite était dans un état similaire, tranchée au niveau du poignet.

Je l’avais bien regardée et j’avais trouvé d’énormes entailles dans son dos. Elle avait été clairement tranchée avec une épée.

Je pensais qu’elle était morte, mais je l’entendais respirer durement. Si je ne l’avais pas rencontrée, elle se serait probablement noyée. Mais survivre aussi longtemps l’avait rendue plus tenace.

J’avais décidé d’arrêter de réfléchir et de commencer à la guérir !

« Viens, Lumière ! Le calme de la déesse : [Mega Guérison] ! »

J’avais jeté mon sort de guérison le plus puissant, et toutes les blessures sur son corps s’étaient refermées en même temps. Ses ecchymoses s’étaient aussi estompées. Sa blessure à la jambe s’était aussi refermée, mais la chair manquante ne s’était pas régénérée. J’avais décidé de lancer [Récupération] pendant que j’y étais. Je ne voulais pas découvrir qu’elle avait été empoisonnée ou quoi que ce soit d’autre.

« … Gh… »

« Hé ! Tu es avec moi ? »

Ses yeux s’ouvrirent lentement, des orbes violets s’élevèrent sur moi.

« … Ah… »

Elle essaya de parler… mais elle ferma rapidement les yeux et s’évanouit à nouveau.

« Je vais l’emmener au laboratoire d’alchimie. Je crois que Flora avait dit qu’il serait possible de régénérer des membres là-bas… J’espère qu’on pourra restaurer sa jambe. »

J’avais bercé la fille dans mes bras, tout en ouvrant une [Porte] vers le laboratoire d’alchimie en même temps.

« Où est la fille ? »

« Elle dort dans une capsule de Lazare dans le labo d’alchimie. Flora et Lu s’occupent d’elle en ce moment. »

J’avais répondu à la question de Linze en m’asseyant sur ma chaise. Je voulais aussi m’occuper d’elle, mais Yumina et Lu m’avaient vite mis dehors. Ce n’est pas comme si je voulais reluquer une fille nue qui se faisait régénérer son corps tout en flottant dans une capsule de liquide régénérant… Franchement.

Apparemment, elle était sur le point de mourir. Flora m’avait dit que si je l’avais trouvée quelques minutes plus tard, elle ne serait plus de ce monde. Peut-être que ce cerf était un guide venant d’en haut…

« Et combien de temps prendra le processus de régénération, Touya-dono ? »

« On dirait que ça va prendre une journée. »

« C’est vraiment incroyable qu’une main et une jambe manquantes puissent repousser en un seul jour… »

Ça l’est vraiment. La technologie de Babylone est une force avec laquelle il faut compter. C’est fou de penser que ça pouvait même faire des trucs comme des clones ou des homuncules… Quand je pense que j’étais en train de regarder quelque chose comme ça en ce moment…

Mes yeux regardaient constamment sur Cesca alors qu’elle me servait une tasse de thé. Ces gynoïdes terminaux étaient composés de parties biologiques et des parties mécaniques, donc cela ressemblait plus à des cyborgs selon moi. Ou peut-être qu’elles étaient plus proches des formes de vie mécaniques, comme ceux de cette vieille émission de télévision ou comme ces types de robots qui pouvaient se transformer en voitures, etc... Hm… Je trouverais étrange qu’elles puissent faire cela.

« … Maître, je peux sentir ta vive excitation me transpercer et me masser la peau. Je comprends, tu m’ordonnes silencieusement de te présenter mon corps afin que tu puisses en faire ce que tu en veux ce soir… »

Je ne pensais pas avoir à m’inquiéter pour elle. C’était une excuse inutile pour une gynoïde.

Elle serra son corps contre le mien, je m’étais levé pour sortir de son étreinte dès le moment où elle commença à se tordre et à se frotter contre moi. J’étais allé à l’atelier. Après tout, je devais remettre mon orichalque durement gagné à Rosetta.

En arrivant, j’avais trouvé Rosetta en train de faire quelques ajustements au nouveau Chevalier. Rosetta était très pratique, elle avait appliqué les dernières mises au point et mises à jour à n’importe quel robot qui était produit et assemblé.

« Heyo, je t’ai apporté de l’Orichalque. »

« Effectivement, vous avez fait vite, monsieur ! Toutes mes excuses, monsieur ! J’ai arrêté la production en série parce que je pensais que ça prendrait plus de temps, monsieur ! »

J’avais sorti le corps du Golem orichalque de [Stockage], en m’assurant de couper la partie juste en dessous du coude droit afin de le garder pour moi.

Avec cela, la production en série pourrait recommencer.

« Bonté divine, monsieur… ! Ça fait beaucoup d’orichalque ! Il y en a même trop ! »

« Hein ? Vraiment ? »

« Oui monsieur ! Comparés à d’autres matériaux, nous n’avons pas besoin d’autant d’Orichalque ! Peu importe, je suppose qu’en avoir trop est une bonne chose, monsieur ! Nous pouvons probablement produire beaucoup de Frame Gear avec cette quantité, monsieur ! »

Pendant qu’elle parlait, le sol de l’atelier s’était ouvert autour du golem et l’avait avalé en entier.

« Maintenant, cher maître, j’aimerais vous parler du chevalier lourd, le Chevalier. Et plus précisément de son équipement, monsieur. Par défaut, il est équipé d’une épée, mais il possède aussi d’autres composants supplémentaires ! Un bouclier lourd, une masse, un marteau de combat, une lance, une hallebarde et une hache de combat ! Est-ce suffisant, monsieur ? Ou devrais-je vous en donner 20 de plus ? »

« Euh, non. Ça a l’air plutôt bien. Je suppose que combattre la Phase ressemblera plus à un échange de frappe, vu qu’ils sont résistants à la magie et tout. »

Je m’étais dit qu’une stratégie solide consistait simplement à les frapper sans cesse avec le marteau de combat, mais je n’aurais pas été contre des capacités à longue distance. Cela dit, la quantité de poudre nécessaire pour une arme de cette taille était tout simplement irréalisable… Puis, une autre idée m’était venue.

« Pourrais-tu me faire… des armes à distance ? Comme un arc ? »

« Je pourrais, monsieur… mais je doute sincèrement qu’elle puisse faire grand-chose contre la dure carapace d’une phase, avec tout le respect que je vous dois. Ça pourrait marcher si vous vous rapprochez et tirez à fond, monsieur ! Mais cela irait à l’encontre d’une attaque à distance. »

Oh, elle marque un point… je supposais que les attaques de longue portée étaient inutiles. Eh bien, ça craint.

« Que dirais-tu d’une arme de mêlée avec des capacités à longue portée ? Comme une arme avec une grosse boule de fer sur une chaîne qu’on peut brandir. »

« Vous voulez parler d’un fléau d'arme, monsieur ? C’est faisable. »

J’étais presque sûr que les étoiles du matin n’étaient pas si flexibles et ressemblaient plus à des armes de mêlée, mais j’avais laissé tomber. Cela devait fonctionner comme ça dans ce monde.

Après avoir quitté l’atelier, j’étais allé au laboratoire d’alchimie pour voir comment allait la fille Eashen.

Mais, comme le destin l’avait voulu, Lu m’avait refusé l’accès.

« Ses blessures seront probablement guéries d’ici demain, mais… On ne sait pas quand elle reprendra connaissance. »

« Hrmph… ce serait mal si elle était traumatisée ou quelque chose comme ça… »

D’après ces blessures, elle avait été attaquée par quelqu’un. Dans un monde idéal, être si près de la mort ne laisserait pas de cicatrices mentales durables, mais… Je savais que ça ne finirait pas comme ça.

« Ah, Touya. Prends ça. »

Lu m’avait passé un objet. C’était un petit médaillon d’environ dix centimètres de diamètre. Il était fait d’un métal brillant et entouré d’une corde d’argent.

« La fille le portait autour du cou. Cela pourrait nous aider à l’identifier, d’une façon ou d’une autre… »

Le médaillon portait une gravure complexe, qui avait clairement été réalisée par quelqu’un d’extrêmement compétent. L’autre côté était complètement plat et sans décoration. Sur la face avant, je n’avais pas vraiment compris ce que représentait la sculpture, mais elle ressemblait un peu au soleil. Ça ne ressemblait pas du tout à des armoiries de famille.

J’avais décidé de le garder pour le moment.

Il n’y avait plus grand-chose à faire, alors j’étais retourné au château. Alors que je me promenais dans les couloirs, Lapis s’était pointée.

Lapis et Cécile servaient ma famille depuis l’époque où nous vivions dans le manoir de Belfast. Ils étaient maintenant des résidents officiels de Brunhild.

Pendant qu’elles nous servaient à Belfast, elles étaient restées avec nous. C’était des espions qui agissaient au nom des services secrets de Belfast. Mais quand mes fiançailles avec Yumina avaient été officiellement annoncées, elles avaient démissionné et étaient devenues nos bonnes à plein temps à Brunhild. Pour l’instant, Lapis était la femme de chambre de Brunhild.

« Votre Altesse, il faut qu’on parle. »

« Hm ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

« J’aimerais qu’on augmente le personnel ici. Moi-même, Cécile, Renne et Cesca ne suffisons pas pour bien nettoyer toutes les pièces ainsi que pour divertir tous les invités possibles… »

C’était raisonnable. Je pouvais voir ce qu’elle voulait dire. Il était déraisonnable de s’attendre à ce qu’elles s’occupent de toutes les tâches, du nettoyage à l’accueil des invités, en passant par notre prise en charge. D’après ce que j’avais entendu dire, certains membres des services de renseignements de Tsubaki avaient aidé ici et là, mais ils avaient aussi leur propre travail à faire.

« Bien sûr, alors. Je vais essayer d’embaucher plus de personnel. Combien de personnes voudrais-tu ? »

« Je crois qu’il faudrait embaucher une dizaine de bonnes de plus. Nous avons besoin de domestiques pour nous occuper de la blanchisserie, des appartements des femmes, des servantes pour le salon et la cuisine. Ceux assignés à la cuisine serviront directement sous le chef Créa, et ceux qui travaillent dans le salon serviront directement sous Cécile. »

C’était une forte augmentation de personnel, mais je pensais que c’était justifié.

« Nous n’embaucherons pas non plus par l’entremise de la Guilde des bonnes, mais par le biais de nos relations personnelles. Nous aimerions que vous conduisiez les derniers entretiens, Votre Altesse. De plus, Renne et Cesca seront les servantes chargées de répondre directement à vos besoins. »

Hm… ça ne me dérangeait pas d’avoir Renne, mais… J’étais un peu mal à l’aise à l’idée d’avoir Cesca avec moi. Mais encore une fois, il serait mieux que cette servante gynoïde perverse me serve directement, plutôt qu’elle en vienne à déranger nos invités.

« Je m’occuperai aussi de former le personnel aux techniques essentielles de combat. »

« Attendez, un entraînement au combat !? C’est un truc dont vous avez besoin ? »

« Nous ne saurons jamais où est l’ennemi, Votre Altesse. Une fille faible qui ne peut pas subvenir à ses besoins est un échec en tant que femme de chambre. Une vraie bonne doit être capable de faire face à toutes les situations possibles. »

Lapis inclina la tête, souriant doucement. Les femmes de ménage menaient apparemment une vie dure.

Je m’étais soudain souvenu qu’Angie de Lihnea était aussi une combattante de mêlée talentueuse, alors je m’étais demandé si l’étude des tactiques de combat n’était pas quelque chose que les servantes apprenaient ici.

C’était bien d’avoir des femmes de ménage qui savaient aussi prendre soin d’elles-mêmes, alors j’avais donné mon feu vert.

Je m’interrogeais sur la participation de Renne à de telles choses, alors j’avais demandé juste pour être sûr.

« Renne est déjà bien éduquée par Cécile. Les voyous d’ici ne seront pas de taille contre sa splendide technique au poignard. »

Qu’est-ce que tu lui apprends !? Lui as-tu appris des trucs bizarres pendant que je tournais la tête ? Quel groupe effrayant ils représentaient !

Je soupçonnais sournoisement que les servantes de ce monde étaient vraiment quelque chose.

Notes

1https://fr.wikipedia.org/wiki/Hakama

***

Partie 7

« Je sais que c’est étrange, mais enfin, vu que cela ait était fait par Touya… »

« … Bon sang… Je sais que c’est comme ça, mais on devrait vraiment se considérer comme chanceux… »

« Hm… comment ça ? »

Je m’étais accidentellement retrouvé en train d’écouter une conversation entre l’empereur de Régulus et le roi de Belfast. Ils levaient les yeux vers le Chevalier tout en bavardant entre eux.

« Eh bien, pensez-y de cette façon. Si le garçon était trop ambitieux ou imprudent, il aurait pu facilement effacer n’importe quel pays de la carte. Il possède une puissance militaire effrayante, et aucun d’entre nous ne pourrait vraiment lui résister s’il voulait nous être hostile. »

« Hm, peut-être, mais… Je ne pense pas vraiment qu’il serait du genre à faire un tel revirement. Quel genre de personne faudrait-il être pour s’attendre à une telle chose ? »

L’empereur de Refreese et le Roi-bête de Mismede s’interposèrent également. Il était honnêtement difficile de dire si j’étais loué ou critiqué.

« Touya n’est pas du genre ambitieux et hostile, je peux vous l’assurer. Je sais qu’il est bon et juste, et il est sûrement notre ami et allié. »

Sa Sainteté le pape de Ramisch avait parlé, une expression calme sur son visage. D’une certaine façon, elle était la seule personne dans la pièce à connaître ma vraie nature. Cela étant dit, je n’étais certainement pas le messager sacré qu’elle pensait que j’étais. Aussi malheureux que cela ait pu être, je n’étais pas un ange.

« Cela mis à part, cette chose est incroyable… Peut-il vraiment bouger ? »

« En effet, il en est capable. Il fonctionne de la même façon que les simulateurs de Frame Gear. »

Cloud, roi de Lihnea, regardait le Frame Gear, avec de l’étonnement dans les yeux.

J’avais rassemblé tous les chefs de l’alliance de l’ouest à Brunhild pour leur montrer les Frame Gears. Les gardes du corps chevaleresques que chaque chef d’État amenait avec lui le regardaient avec des expressions étonnées ou choquées. Ce n’était pas trop surprenant, tout bien considéré.

« Alors… à quoi sert ce truc ? »

« Je suppose qu’on pourrait appeler ça une sorte de passe-temps… pour l’instant. Mais formellement, c’est une mesure anti Béhémoth. »

« Ah, les Béhémoths. Effectivement, cette chose pourrait certainement réduire les dégâts causés par ces bêtes. »

Le roi de Belfast hocha la tête avec confiance, comme s’il était d’accord avec son utilisation. Il était bien évident que j’allais les utiliser pour une autre raison que celle-là.

Je ne pouvais pas me permettre de le dire tout de suite aux dirigeants du monde, alors pour l’instant, je ne laisserais que Relisha, la chef de guilde, être au courant au sujet de la Phase. Son réseau de renseignements était assez précieux pour que je la mette dans la confidence. De plus, je ne voyais pas l’intérêt d’impliquer des pays étrangers dans des situations qui pourraient ou non se produire. Sans parler du fait que je n’avais aucune preuve réelle pour l’instant.

J’avais décidé que pour l’instant, la meilleure chose à faire était de se préparer tranquillement, de sorte que la situation devait empirer… Nous serions en mesure de faire face à la situation. J’avais dû réfléchir à ce qui était le mieux pour tout le monde.

Révéler l’existence des Frame Gears au public était une étape nécessaire à cette fin.

« Hm… Touya… Pourrions-nous peut-être faire un tour ? »

« Oui, bien sûr ! C’est une question très importante ! »

Le roi de Belfast et le Roi-bête de Mismede me fixaient, je voyais de la passion dans leurs yeux. Leurs regards troublants se concentraient entièrement sur moi, criant silencieusement : « Allons-y. »

« Eh bien… Je n’y vois pas d’inconvénient, mais… Je crois qu’il vaudrait mieux qu’un garde s’en occupe d’abord, pour assurer la sécurité. N’est-ce pas, Gaspar ? »

« Hm… ? Moi ? »

Le commandant militaire borgne de l’Empire Regulus, Gaspar, me regarda avec une expression curieuse. Tous les gardes d’ici s’étaient après tout entraînés avec les simulateurs de Frame Gear dans la salle de jeux. C’était pour cette raison que je ne pensais pas qu’ils auraient des problèmes avec les Frame Gears.

« Tu n’as vraiment rien à craindre. J’ai installé une fonction spéciale en cas de circonstances imprévues. Il y a une fonction d’arrêt d’urgence. »

Par mesure de sécurité, j’avais fait installer un arrêt d’urgence sur le Frame Gear. Il était commandé à partir de mon smartphone, sa fonction était de limiter les mouvements d’un Frame Gear. Par exemple, si Gaspar décidait d’utiliser le Frame Gear pour attaquer tout le monde dans les environs… il ne serait plus du tout capable de bouger. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’un homme bon comme lui fasse une telle chose.

Après le succès de l’essai de Gaspar, il y avait eu une petite dispute pour savoir qui monterait le Frame Gear en premier, mais sinon il n’y avait pas grand-chose à craindre. Tous les chefs (à l’exception de Sa Sainteté le pape) avaient eu la chance de piloter le Frame Gear, et… étonnamment, ils avaient tous manié le Frame Gear avec beaucoup de finesse.

J’avais également promis de prêter le Frame Gear aux nations attaquées par les Béhémoths. J’avais également décidé de donner à chaque nation six simulateurs de Frame Gear, afin que les pays puissent former des pilotes. Comme ça, ils n’auraient pas à compter sur moi.

Le raisonnement que je leur avais donné était que chacun des six simulateurs permettrait à leurs chevaliers de se détendre et de s’entraîner.

Le vrai raisonnement était, bien sûr, une préparation discrète à l’invasion potentielle des Phases. S’ils étaient entraînés à la guerre sans le savoir, cela ne leur ferait pas de mal.

Comme Belfast et Régulus avaient tous deux de vastes territoires, il y avait une plus grande probabilité pour qu’un Béhémoth puisse y apparaître. J’avais accepté de leur prêter le Frame Gear en cas de besoin à cause de ça. Ramissh et Mismede bordaient aussi la mer des arbres, il était donc possible qu’un Béhémoth puisse charger à partir de la forêt et qu’il commence à faire des ravages, donc il était assez logique que je m’engage à les aider là aussi.

Gaspar grimpa et monta à bord du Chevalier, après avoir, bien sûr, obtenu la permission de l’empereur.

« Qu’en pensez-vous ? Ce n’est pas trop différent d’un simulateur de Frame Gear ? »

« Oui… Vous avez raison, j’en reconnais les commandes. »

« Alors, je vous en prie. Essayez un peu. »

Je communiquais avec Gaspar par l’intermédiaire d’un module de réception, et j’avais dit à tout le monde autour du Frame Gear de prendre du recul.

J’entendais le ronronnement familier du démarrage, et le lourd équipement du Chevalier avait pris vie.

Lihnea n’était pas vraiment susceptible d’être agressée par un Béhémoth… donc il était peu probable qu’ils n’aient jamais besoin d’obtenir mon soutien à travers les Frame Gears. Mais bon, le pire des scénarios pourrait toujours arriver, alors je m’étais engagé à les protéger également. Après tout, un Béhémoth pourrait toujours surgir de l’océan.

J’avais été heureux d’entendre que tous les pays présents avaient accepté mes conditions avec peu de protestations et qu’ils semblaient tous satisfaits.

J’avais peur qu’ils me demandent de leur fabriquer leurs propres Frame Gears ou qu’ils essaient d’intégrer cette technologie dans leurs armées, mais cela ne semblait pas être le cas.

On m’avait dit que la fille que j’avais sauvée à Eashen s’était enfin réveillée, alors je m’étais dirigé directement vers le laboratoire d’alchimie. Quand j’étais arrivé, elle n’était plus dans la capsule de Lazare, mais dans une chambre du laboratoire. Elle était assise dans son lit, vêtue de vêtements légers, tel un pyjama.

Sa main droite, posée sur la couverture, s’était entièrement régénérée. Je ne pouvais pas voir sa jambe, mais j’avais supposé qu’elle était dans le même état.

J’avais remarqué que ses cheveux, que j’avais d’abord cru être d’un blanc pur, avaient en fait une petite teinte de rouge. Ses cheveux étaient d’un rose très pâle, comme la nuance d’une fleur de cerisier. J’espérais que ce n’était pas un mauvais présage, que ces cheveux n’avaient pas été souillés par le sang ou autre chose.

« … Ah… »

Dès qu’elle posa les yeux sur moi, une petite voix sortie de sa bouche. Elle avait l’air de me reconnaître.

Flora, assise sur une chaise à proximité, vint vers moi et me salua.

« Elle s’est complètement régénérée, n’est-ce pas ? »

« Ah… En quelque sorte… tu sais… »

Flora fronça les sourcils doucement, et sa réponse sonna aussi un peu faux. Je me demandais ce qui n’allait pas.

« Eh bien… la fille a perdu la mémoire, tu sais ? »

« Quoi ? »

D’après Flora, la fille n’avait aucun souvenir de quoi que ce soit jusqu’au moment où je l’avais sauvée. Elle ne se souvenait ni de son nom, ni de l’endroit où elle était née, ni même de la raison pour laquelle elle était si blessée.

« Ce n’est pas un effet secondaire de ce traitement régénérant, n’est-ce pas… ? »

« C’est impossible, tu sais !? Peut-être que si c’était son cerveau qui se régénérait… Mais une perte de mémoire due à la repousse d’une main et d’une jambe !? C’est absurde, tu sais ! T’aimerais peut-être tester cela toi-même, tu sais ? Je sais ! Je couperai ta petite bite et je te plongerai dans une capsule de Lazare ! »

« C-Calme-toi ! »

Ne fais pas l’imbécile ! Je n’irai pas si loin juste pour tester ta théorie sur les animaux ! Et si c’était vraiment un effet secondaire, je perdrais aussi la mémoire ! Cela mit à part... Que savait-elle ?

« Tu te souviens de moi ? »

La jeune fille hocha la tête lentement. Donc elle avait encore ses souvenirs de moi en train de la sauver. Tout de suite après, elle avait suivi le traitement de régénération, il était donc beaucoup plus probable que l’attaque sur sa vie elle-même soit la cause de sa perte de mémoire post-traumatique.

« Quel est ton nom ? »

« … je n’en suis pas sûr. »

« Comment as-tu été blessée ? »

« … je ne sais pas. »

Qu’est-ce qui se passait ici… ? J’avais sondé sa mémoire pendant un moment après ça, lui posant des questions sur des choses et d’autres. Sur sa compréhension générale du monde, son bon sens, la lecture, l’écriture, les chiffres et sur Eashen, tout était intact. Elle connaissait également Belfast et Regulus.

Mais tous ses souvenirs personnels avaient disparu. Elle ne connaissait pas son nom, son lieu de naissance, sa date de naissance, ses goûts et ses aversions, ni sa situation familiale. En dernier recours, j’avais essayé de lui appliquer à nouveau [Récupération], mais c’était inutile.

« Hm… Je suis sûr que d’une façon ou d’une autre tu retrouveras tes souvenirs. »

« … Vous… »

« Moi ? »

La fille sur le lit se retourna pour me regarder, ses yeux violets clairs me regardant à travers tout mon être.

« … Qui êtes-vous… ? »

« Ah, je suis Mochizuki Touya. Je suis le grand-duc ici… Ici, c’est le Duché de Brunhild. »

« … Grand-Duc… »

La jeune fille avait montré une expression surprise pendant deux secondes, puis elle était immédiatement revenue à une expression neutre. Elle n’avait pas l’air d’avoir beaucoup de portée émotionnelle.

« … On est à Brunhild ? »

« Oui, c’est exact. Je t’ai amené ici d’une région rocheuse d’Eashen, puisque tes blessures étaient si grandes. »

« Comment… ? »

« J’ai utilisé une magie de transport. »

Ses yeux s’étaient à nouveau élargis pendant deux brèves secondes. Puis l’expression neutre s’installa à nouveau. C’était d’une certaine manière assez drôle.

Il aurait été assez mauvais de révéler l’existence du laboratoire d’alchimie à un étranger, alors j’avais immédiatement utilisé [Porte] pour transférer la chambre à coucher, toutes les personnes et tout ce qui s’y trouvait dans une pièce libre du château.

« Quoi… ? »

La jeune fille regarda soudainement autour d’elle, ses yeux se jetant dans la pièce, tandis que le paysage changeait brusquement. J’avais pensé que ce serait suffisant pour qu’elle me croie au sujet de ma magie de transport.

Sur ce, j’avais décidé qu’elle pouvait rester à Brunhild pour le moment. Avec un peu de chance, elle retrouvera bientôt sa mémoire.

Je pourrais toujours la ramener à Eashen, mais le fait qu’elle n’avait aucun souvenir et le fait qu’elle était probablement visée n’étaient pas de bon augure pour elle. Je n’avais donc pas le choix.

« Ce serait mal si tu n’avais pas de nom, tu sais. Est-ce qu’on devrait t’en donner un en attendant ? »

« Un… Nom… Je serais… d’accord avec celui que vous choisiriez. À vous de décider, Seigneur. »

Hmm… c’était un peu brusque, laisse-moi y réfléchir ici… Je pense a un nom qui a une forte consonance d’Eashen serait mieux qu’un nom traditionnellement occidental… Voyons voir… Aha, j’ai trouvé.

« Hm… Dans ce cas, pourquoi pas Sakura ? »

« Sakura… ? »

« Tes cheveux sont d’un beau rose, alors je t’ai donné le nom des cerisiers en fleurs dans mon pays natal. Si ça ne te plaît pas, j’en trouverai un autre. »

C’était un nom assez simple. Mais de toute façon, la fille secoua la tête.

« Sakura c’est… un joli nom. Merci… »

J’avais remarqué que Sakura, qui semblait plutôt muette sur le plan émotionnel, souriait un tout petit peu.

***

Partie 8

Un certain temps s’était écoulé, mais Sakura ne semblait pas avoir retrouvé ses souvenirs.

En termes de santé physique, cependant, elle était en pleine forme. Pas une seule tache ou cicatrice n’était restée sur sa peau.

J’avais essayé de lui remettre le médaillon qu’elle avait sur elle, mais elle l’avait regardé avec confusion. Quoi qu’il en soit, c’était le sien, alors j’avais insisté pour qu’elle le garde. J’espérais que ça pourrait déclencher certains de ses souvenirs ou quelque chose comme ça.

J’avais suggéré de retourner dans la vallée où je l’avais trouvée, mais elle avait immédiatement et fermement refusé. Je ne pouvais pas dire que je lui en voulais. Aller à l’endroit où vous aviez failli mourir devait être traumatisant.

Il semblait presque qu’elle évitait activement le retour de ses souvenirs… Je commençais à me demander si elle était vraiment bien amnésique ou quelque chose du genre…

Je n’avais jamais moi-même connu l’amnésie, donc je ne pouvais pas vraiment me mettre à sa place, mais je me demandais si sa personnalité actuelle était la même qu’avant, et si cela causerait une sorte de crise d’identité au final… Bien que je supposais que ce soit plus un trouble lié à une double personnalité plutôt qu’un problème d’amnésie.

J’avais lu un livre quelque part qui expliquaient que les personnalités fonctionnaient comme ça. Commençons par appeler la personnalité par défaut d’une personne A. Si une personne traverse une période exceptionnellement difficile de sa vie, alors A peut créer un ego nommé B. B va expérimenter toutes les choses difficiles, et ne remontera à la surface que pendant les périodes de stress, alors que A est protégé des expériences difficiles. D’une certaine façon, on pourrait appeler cela un mécanisme de défense, quelque chose qui protège la personne en lui donnant l’impression que c’est arrivé à quelqu’un d’autre.

J’avais décidé qu’il était inutile d’essayer de lui faire se remémorer ses souvenirs. J’étais sûr qu’avec le temps, ils remonteraient à la surface.

Sakura avait finalement repris assez de force pour se déplacer à nouveau, et la première chose qu’elle avait dite, c’était qu’elle voulait visiter mon pays. Je n’avais pas vraiment de problème avec ça, mais j’avais assigné Sango et Kokuyou comme gardes du corps, pour plus de sécurité.

Elle semblait particulièrement aimer se promener dans les zones de construction et les fermes. Je l’avais même vue se promener avec Linze de temps en temps. Je pensais qu’elles s’entendaient probablement parce qu’elles étaient à la fois calmes et réservées, du point de vue de leur personnalité.

« Cette fille est vraiment quelque chose… Elle est forte même face aux souvenirs perdus. »

« Je ne sais pas si c’est de la force ou un manque de sensibilité. Elle ne sait pas qui ou ce qu’elle était, ou quoi que ce soit sur son ancienne vie… Alors j’imagine qu’il serait dur de faire son deuil. »

Je creusais des trous dans le sol en répondant aux pensées de Julio, puis je commençais à planter des cerisiers en fleurs dans la terre fraîchement enfouie.

Je ne pensais pas que ça réveillerait la mémoire de Sakura, mais j’avais l’intention d’apporter des fleurs de cerisier d’Eashen depuis un moment. Cependant, l’hiver approchait… Ils ne fleuriront pas avant un bon moment.

C’était un peu tard pour y réfléchir, mais je m’étais même brièvement demandé s’ils allaient réellement fleurir. Apparemment, le climat de Brunhild était similaire à celui d’Eashen… mais je ne pouvais en être certain. Je m’étais dit que si ça ne marchait pas, je pourrais facilement demander à Flora de créer une espèce qui le ferait.

Le climat dans ce monde était plutôt peu fiable et généralement instable. Apparemment, cette instabilité serait l’œuvre des esprits.

Sur un plan tangentiel, je pensais que ce que représentaient les cerisiers en fleurs dépendait aussi de la région. Ainsi les cerisiers en fleurs étaient considérés comme un symbole d’adieu à l’ouest du Japon, mais un symbole de nouvelles opportunités à l’est. Je suppose que c’était aussi différent qu’une cérémonie de remise des diplômes et un examen d’entrée.

Je me souvenais d’avoir rendu visite à un parent à Aomori pendant la Golden Week, et d’avoir été surpris que les cerisiers ne soient pas en fleurs là où il était.

« Julio, as-tu déjà manipulé des fleurs de cerisier ? »

« Non, je ne l’ai pas fait. Mais ce pays semble avoir beaucoup d’influence d’Eashen, donc je ne pense pas que je dois trop m’en inquiéter. »

C’était certainement vrai. Beaucoup de gens à Brunhild étaient après tout d’anciens résidents d’Eashen. Tsubaki et ses ninjas, ainsi que les anciens membres du groupe de l’élite des quatre de Takeda. Nous étions certainement un groupe animé ! Nous avions même eu des hommes bêtes et des démons qui travaillaient pour nous.

Brunhild était plutôt multiculturel, ce qui permettait aux gens de toutes croyances et tous héritages culturels de travailler et de vivre librement. Trouver un emploi n’était pas difficile à cause de ça.

« Voulez-vous que je plante une rangée de cerisiers en fleurs le long de la route qui mène au château ? Je pense que cela sera joli quand ils fleuriront. »

« Oui, ça a l’air bien. »

J’avais passé la matinée avec Julio, en écoutant attentivement ce qu’il avait à dire. Après ça, j’étais allé écouter le rapport de Tsubaki.

« Les relations entre Palouf et Lihnea sont en voie de guérison. La guerre est extrêmement improbable à l’heure actuelle. »

« C’est bien. Après tout, le roi de Lihnea travaille dur. J’espère qu’ils pourront conclure un traité de paix un jour. »

Les agents de Tsubaki s’étaient dispersés sur tout le continent et avaient transmis des informations concernant d’autres pays par l’intermédiaire des miroirs portatifs que chacun d’entre eux possédait. Je n’avais pas d’agents stationnés dans les palais royaux d’autres pays : ce n’était donc pas de l’espionnage. Je les avais fait se mêler aux habitants de la ville et ils recueillaient des informations de la manière qui me convenait.

« Actuellement, je dirais que le problème le plus urgent est l’instabilité croissante à Eashen. »

« Hein ? À Eashen ? »

J’avais demandé plus d’informations à Tsubaki, me demandant si cela avait quelque chose à voir avec Sakura. Ce n’était pas du tout le cas. Apparemment, il y avait un tas d’escarmouches entre les seigneurs féodaux et leurs maisons respectives. Rien à grande échelle pour l’instant, mais ça ne se présentait pas bien.

« Eashen était divisé entre neuf maisons. Date, Uesugi, Tokugawa, Takeda, Oda, Hashiba, Chosokabe, Mouri et Shimazu. En raison de l’incident dans lequel vous étiez impliqué, la maison des Takeda a été dissoute. En conséquence, le pouvoir d’Oda et de Tokugawa s’est accru. Puis Hashiba a fusionné avec Oda. Tokugawa et Oda ont actuellement une relation amicale, mais Oda est beaucoup plus puissante en ce moment. »

Je me demandais comment ça se passerait. Dans mon monde, c’est Tokugawa qui avait pris le pouvoir. Je me demandais si, dans ce cas, Oda pilerait le mochi, Hashiba pétrirait le mochi et Tokugawa s’assiérait dessus et dévorerait le mochi.

Je m’étais soudainement souvenu d’avoir rencontré Tokugawa Ieyahsu, et d’avoir vu sa carrure petite et trapue et sa petite moustache… Cela m’avait fait soupçonner que l’histoire pourrait bien se dérouler de la même façon dans ce monde également. Mais je ne pouvais pas le dire avec certitude, ce n’était pas comme si Eashen était identique au Japon ou quoi que ce soit d’autre.

J’étais inquiet pour Eashen, mais j’avais décidé de laisser cette question de côté pour le moment. Si Oedo devenait une zone dangereuse, j’avais l’intention de l’évacuer… au moins la famille de Yae.

Après que Tsubaki eut fait son rapport, je m’étais dirigé vers le Hangar de Babylone.

Des Frame Gears de type chevaliers lourds, les Chevaliers, étaient tous alignés dans leurs garages. Il y avait aussi deux chevaliers Barons. Pour ce qui était du ratio, il y avait neuf Chevaliers pour un Chevalier Baron.

Il était facile de compter le ratio, mais le taux de production était un peu plus complexe. Il avait fallu beaucoup plus de ressources pour créer un Chevalier Baron, et c’était un engin de type commandant, donc il fallait beaucoup plus de contrôle pour le manier correctement. S’il était simple à contrôler, il ne servirait à rien de créer des Chevaliers.

En l’état actuel des choses, les Chevaliers excellaient en défense, tandis que les Chevaliers Barons excellaient en attaque. Rosetta et Monica avaient également travaillé dur pour mettre au point un nouveau type de Frame Gear.

J’étais entré dans un garage où je n’étais jamais allé auparavant, et je m’étais retrouvé à regarder un Frame Gear rouge et mince.

Il avait des propulseurs massifs sur le dos et à la taille, ainsi que des roues gigantesques sur les pieds. Par rapport aux autres Frame Gears, il se démarquait complètement. J’avais vu Monica et Rosetta régler les propulseurs à la taille, et je les avais appelés.

« Alors, combien de temps ça va prendre ? »

« Eh bien, monsieur, ça devrait être fait d’ici demain, monsieur ! As-tu déjà choisi un pilote pour ce Frame Gear, monsieur ? »

« C’est un Frame Gear un peu capricieux, donc il est plutôt inadapté à la production de masse. Tu dois vraiment choisir la bonne personne pour le boulot ! »

C’était un Frame Gear de type Chevalier Dragon, le Dragoon. Si le Chevalier avait été construit pour la défense, et le Chevalier Baron pour l’attaque, alors le Dragoon avait été construit pour être le plus mobile possible.

Il avait une faiblesse. Pour le rendre plus rapide, son armure était relativement mince. Elle était également relativement faible. En toute honnêteté, je n’étais pas sûr que cela puisse constituer une menace pour la Phase. J’étais cependant pratiquement sûr que cela conviendrait bien face à un Béhémoth. L’un était déjà dans le hangar, puis j’en avais fait faire un autre, donc il y en avait deux au total.

J’avais essayé de faire un essai pilote, mais il était incroyablement difficile à manier. Lorsque j’avais déclenché le mode vitesse extrême et qu’il avait déployé ses roues, il était presque impossible de maintenir son équilibre. Cela allait sans dire… les choses allaient vite.

J’avais également chuté lorsque mon équilibre avait atteint un point de basculement, et Frame Gear avait en conséquence fini par être endommagé. Ce n’était pas suffisant pour le briser ou quoi que ce soit, mais je pouvais voir que cela pouvait facilement se produire si le pilote tombait à plusieurs reprises.

Il fallait donc beaucoup de finesse pour bien manier ce Frame Gear. Le pilote devait être habile, mais même à ce moment-là, il n’avait pas beaucoup de puissance et ne pouvait donc pas non plus utiliser d’armes lourdes. Je ne savais pas comment l’utiliser au mieux. Hmph…

Il serait probablement capable d’utiliser une arme faite de fragments de Phases. Il devrait probablement même être capable de percer une Phase si j’y canalisais assez d’énergie magique.

J’avais dit que je devrais parce que je n’avais pas encore eu l’occasion de tester une arme faite de Phase sur une Phase.

Si j’équipais le Frame Gear de type Chevalier Dragon avec quelque chose comme la lame Touka de Yae, alors je pourrais mieux utiliser sa mobilité au combat.

Pourtant… cela signifierait que je devrais utiliser des fragments de Phases comme matériaux. Il m’en restait encore un peu en stock, mais je n’en avais pas vraiment assez pour fabriquer un équipement efficace pour un Frame Gear.

J’étais retourné au château, Kougyoku s’était mis à voler frénétiquement dans ma direction.

« Que se passe-t-il ? »

« J’ai reçu un rapport de mes éclaireurs. Une ruine ancienne a été découverte, comme celle de l’île isolée. »

Une île isolée ? Oh… la ruine qui m’avait amené au hangar de Monica… ! C’est une bonne nouvelle !

« Où est-elle ? »

« À l’est du royaume de Ryle, dans le royaume des chevaliers, Lestia. Elle est située dans une ruine abandonnée dans le sud du pays. »

Oh, Lestia… C’est l’endroit gouverné par le Roi Chevalier, si je me souvenais bien. Et son père était un aventurier de rang d’or, tout comme moi.

Je voulais en savoir plus sur l’énigmatique Roi Chevalier, mais mes priorités étaient différentes. Babylone avait pris le dessus. Si les ruines m’emmenaient à l’Entrepôt de Babylone, j’aurais l’avantage tactique et je serais capable d’améliorer mes Frame Gears de diverses façons. Je pourrais même être capable de créer un avion. Mec, ce serait sympa. Mon propre jet privé…

Je me demandais quelle serait ma prochaine ligne de conduite. Lors de toutes mes excursions précédentes, j’allais vers la Babylone tout en emmenant tout le monde, mais maintenant que j’avais [Vol], il serait beaucoup plus pratique d’y aller moi-même.

Finalement, j’avais dit à tout le monde que la cinquième Babylone avait été localisée, mais j’avais l’intention d’y aller seul. Elles s’y étaient d’abord opposées, mais j’avais pensé que j’irais beaucoup plus vite en volant, et que j’étais le seul à avoir besoin d’y aller de toute façon, étant donné mes aptitudes pour tous les éléments. Par la suite, elles avaient accepté à contrecœur. Elles m’avaient cependant fait promettre de les amener avec une [Porte] au moment où j’aurais mis le pied sur la nouvelle Babylone.

En y pensant, Sue était devenue l’une de mes futures mariées, mais elle ne savait toujours rien de Babylone. Je ne lui avais pas non plus encore donné de bague de fiançailles.

Je m’occuperais de la bague plus tard, mais je ne savais pas si elle était prête à apprendre l’existence de la forteresse flottante.

Je n’étais pas sûr de pouvoir le dire à Sue. Lors de notre première rencontre, je lui avais raconté une histoire basée sur un vieux dessin animé, et elle m’avait immédiatement dit qu’elle voulait chasser ce château dans le ciel… Elle était vraiment impatiente, mais… Il y avait une chance qu’elle le dise au Duc Ortlinde, puisqu’elle était très proche de son père.

J’avais demandé conseil à Yumina.

« Sue est une fille intelligente, il faudra vraiment lui expliquer les bases. Mais d’un autre côté, elle pourrait devenir trop excitée et elle essaiera de chercher les choses par elle-même ou quelque chose comme ça… »

C’était à tous les coups une possibilité. Sue était beaucoup trop énergique pour tout ce qu’elle appréciait. Ce ne serait pas un problème si elle avait la force de faire correspondre son énergie, mais je pouvais la voir s’attirer des ennuis.

J’avais donc décidé de me taire un peu plus longtemps.

J’avais dit à tout le monde de s’occuper de Sakura. J’avais ouvert une [Porte] à l’endroit où j’avais combattu le Béhémoth plus tôt, juste à la frontière entre Ryle et la mer des arbres.

En m’en servant comme base, j’avais utilisé [Vol] et je filais vers l’est. Grâce à mon sort [Bouclier], toute la pression du vent avait été annulée. Voler était… un jeu d’enfant.

Après avoir volé un moment, j’avais fait une pause pour ressortir ma carte. J’étais cependant pratiquement certain d’être sur le territoire du Royaume des Chevaliers.

« Voyons voir ici… Ah, un peu plus au sud et à l’est… Bien reçu. »

J’avais éteint ma carte et, au moment où j’étais sur le point de m’envoler de nouveau, j’avais aperçu un objet inhabituel du coin de l’œil. C’était quoi cette… fumée ? Quelque chose couvait au loin. Non, quelque chose était en feu.

« [Sens élargi]. »

J’avais utilisé ma magie d’espionnage pour voir ce qui se passait là-bas. Ce que j’avais vu était une ville. Une ville en feu. Il y avait des gens qui fuyaient en masse. Ils étaient défendus par des chevaliers en armure brillante. Ils se défendaient contre des créatures horribles qui ravageaient l’endroit sans pitié.

Des monstres faits de cristal scintillant. Des Phases.

« Ghah... !! »

Cela peut sembler insensible, mais les gens avaient eu beaucoup de chance. Ils n’étaient pas trop gros. Ils ressemblaient à la Phase du type cricket que j’avais rencontrée il y a si longtemps.

Mais il y en avait beaucoup. Je pouvais en voir une dizaine dans les environs.

Ils avaient la même forme que les coléoptères. Ce n’était pas le scarabée typique comme le rhinocéros japonais, mais il était plus proche par sa forme des scarabées hercules.

J’avais vu quelqu’un balancer sa lame dans la direction de la Phase de type scarabée. Elle était vêtue d’une armure d’argent, ses cheveux d’or coulant galamment derrière elle. Avec un coup d’épée florissant, le chevalier avait repoussé quelques-unes des Phases de type scarabée, mais n’avait causé que quelques égratignures en surface. Des égratignures qui avaient guéri très vite.

« Pas d’hésitation, pas de reddition ! N’êtes-vous pas des chevaliers !? Nous devons gagner du temps afin que les habitants de la ville soient en sécurité ! Ne chancelez pas, ne cédez même pas un pouce de terrain ! »

C’était une fille. Elle tourna la tête sur le côté, donnant des ordres aux chevaliers derrière elle. Elle avait l’air d’avoir à peu près le même âge que moi. J’avais supposé qu’elle était la chef.

L’une des Phases de type Coccinelle fixa comme objectif la jeune fille, étendit sa corne et chargea comme si elle tentait de percer son armure.

La chevalière esquiva habilement la frappe, exécutant une roulade sur le côté dans le processus.

Ce n’était pas le moment de regarder ! J’avais annulé mon [Sens élargi] et je commençais à foncer à toute allure vers eux.

***

Partie 9

Les Chevaliers de Lestia attaquèrent de toutes leurs forces la Phase de type scarabée. Mais plusieurs d’entre eux étaient cloués sur place, impuissants face aux carapaces implacablement dures de leurs ennemis.

« Pourquoi ne peut-on pas les percer… !? »

Se déplaçant derrière l’une des créatures, la chevalière entailla sa lame en direction de ses pattes relativement maigres.

Mais la jambe n’était pas cassée. Ce qui s’était brisé, c’était sa lame.

« Quoi… !? »

Elle s’arrêta de bouger, prise par surprise, et un autre des coléoptères en profita pour charger sa corne en premier.

« Bon sang… ! »

J’étais soudainement descendu du ciel, j’avais utilisé [Stockage] pour sortir une épée en cristal de Phase et j’avais tranché la corne de la bête pour commencer.

Et, tout en enchaînant le mouvement, j’avais poursuivi mon attaque en plantant ma lame directement dans le noyau de la bête.

Dès que j’avais percé son centre de commande, la créature s’était fissurée et s’était effondrée.

C’était un test grandeur nature très utile pour moi : il me semblait qu’ils étaient faibles face aux lames faites de leur propre corps. Du moment que j’y avais mis suffisamment de magie pour rendre l’épée très dure. Je devrais m’en souvenir, de peur de foirer et de les frapper avec des coups faibles.

Les Phases ici étaient de la caste la plus basse de leur espèce, donc je pouvais facilement les tuer en arrachant leurs noyaux avec [Apport], mais je voulais tester un peu plus les capacités de coupe de l’épée en cristal.

« Mais qui êtes-vous… ? »

« Arrêtez de bavarder. Évacuez les habitants de la ville. On en reparlera plus tard. Pour l’instant, laissez-moi m’en occuper. »

« Très bien, dans ce cas ! Je laisse tout entre vos mains ! »

Très bien…

« Lancez la recherche. Localisez toutes les Phases dans un rayon d’un kilomètre. En excluant ceux qui ont été détruits. »

« Recherche en cours… Recherche terminée. Onze Phases au total. »

Cela signifiait donc qu’il y en avait douze… Voyons voir, deux, quatre, six… Je n’en voyais que huit dans les environs immédiats… Très bien.

« Dansons ! [Puissance accélératrice] ! »

J’avais utilisé mon sort combiné, mélangeant le meilleur de la fortification corporelle et de la vitesse. J’avais sauté en avant, coupant proprement en deux les noyaux de deux Phases. J’avais sauté avec un certain angle, j’avais donné un coup de pied sur le mur d’une maison et j’avais plongé vers le bas, perçant un troisième noyau avec ma lame pendant que je me posais.

J’avais fait irrésistiblement irruption dans la ville, coupant une Phase au niveau de sa corne. J’avais gracieusement sauté sur le côté, coupant à travers son noyau dans le processus. J’avais utilisé mon élan pour me tourner et couper une autre Phase de la même manière.

Il en restait trois. J’avais raccourci la distance en une seconde, en transperçant deux noyaux pendant que je chargeais. Le dernier était juste devant moi, et je l’avais simplement poignardé par devant.

« Lancez la recherche. Les trois autres Phases. »

« Compris. Affichage. »

J’avais confirmé l’emplacement des trois dernières sur la carte, puis j’avais sauté et couru le long des toits. J’en avais vu une en dessous de moi, pris dans un conflit avec quelques chevaliers. En un éclair, j’avais sauté et je l’avais réduit en pièces.

Ignorant les chevaliers confus, j’avais foncé tête baissée vers les deux dernières.

Tandis que j’esquivais habilement les attaques de leurs cornes, je me déplaçais tout en tournoyant et je fauchais les deux dernières. Sur ce, tout était fini.

Il n’y avait même pas une égratignure ou une fissure dans l’épée que j’avais utilisée pour les couper tous. Comme je l’espérais, la lame en cristal de Phase était absolument parfaite pour ce travail.

J’avais cessé de fournir mon pouvoir magique à la lame, j’avais sorti un fourreau de [Stockage], et je l’avais mise à l’intérieur. Puisque la gaine était aussi faite d’un fragment de Phase, les deux types se mélangèrent dans un combo indiscernable.

Je regardais les alentours, et j’avais vu la chevalière de tout à l’heure me fixer. Elle semblait indemne, c’était un soulagement. Je l’avais appelée.

« Alors, quels sont les dégâts ? »

« Hm ? A-Ah… Eh bien, il y a beaucoup de morts. Des citadins et des chevaliers. La plupart des citoyens ici sont gravement blessés. »

« Je vois… C’est dommage que tant de gens soient morts, mais je peux au moins soigner les gens qui restent. »

La jeune fille semblait confuse par ce que j’avais dit, et avait regardé certains des chevaliers tombés, mais je l’avais ignorée. Avec cela, j’avais déclenché [Multiplication] et j’avais appliqué une magie de guérison sur tous les blessés dans un rayon d’un kilomètre.

Les blessés étaient tous enlacés par des fils de lumière, et leurs blessures se refermaient. Certains chevaliers tombés dans la rue s’étaient également levés, comme si de rien n’était. La fille avait regardé les chevaliers, les yeux écarquillés, et ensuite moi.

« … Qui êtes-vous, étrange sauveur ? Comment saviez-vous qu’on avait besoin d’aide ? Qui diable êtes-vous… ? »

« Je m’appelle Mochizuki Touya. Touya est mon prénom. Il se trouve que je passais par là. Et vous, qui êtes-vous ? »

« A-Ah… S’il vous plaît, pardonnez mon comportement impoli. Je suis la première princesse du royaume des chevaliers de Lestia. Hildegard Minas Lestia. Nous vous sommes très redevables aujourd’hui. »

Attendez ! quoi ? C’était une princesse ? J’avais juste pensé que c’était un chevalier… Elle maniait bien l’épée. Je supposais que c’était ce à quoi je devrais m’attendre d’un royaume des chevaliers, hein. Je l’avais encore regardée. Elle était grande et mince, avec un corps bien proportionné. Ses cheveux étaient longs et blonds, ses yeux étaient bleus comme un ciel clair et sa peau était claire. Elle avait certainement le look élégant d’une princesse.

Son armure semblait être aussi faite de Mithril. Il y avait des ornements dorés ici et là, et si je ne m’étais pas trompé, je pensais que je pouvais sentir quelques enchantements dessus aussi. Les autres Chevaliers de Lestia n’avaient pas non plus les mêmes marques que les siennes. Ce qui semblait être l’emblème de la famille royale de Lestia était gravé sur son plastron. J’avais reconnu le symbole, puisque je m’étais un peu documenté concernant ce pays. D’autant que je sache, elle disait la vérité.

Et bien, dans ce cas je supposais que je ferais mieux de me présenter correctement.

« Non, c’est moi qui ai été impolie. Je n’avais pas réalisé qui vous étiez. Je viens de l’ouest, un pays situé entre Belfast et Regulus. Permettez-moi de me présenter officiellement. Je suis Mochizuki Touya, grand-duc de Brunhild. »

« Brunhild !? Je connais un tel endroit… Il est dirigé par un simple aventurier qui a gravi les échelons, passant de la misère à la richesse… Le médiateur de génie qui se mêle des affaires des nations occidentales, résolvant tous leurs problèmes… »

Une fois que j’avais changé de ton et que je m’étais officiellement présenté, Hildegard semblait absolument déconcertée.

Hein, un médiateur ? Est-ce de cette façon que l’on me voyait maintenant ? Où que j’aille, je faisais ce que je voulais, et j’organisais les réunions de l’Alliance de l’Ouest… Mais j’étais aussi assez impartial. Ce n’était pas comme si je choisissais qui j’aidais en me basant sur des relations personnelles.

Elle avait demandé à voir ma carte de guilde, juste au cas où, alors je l’avais prise dans ma poche et je le lui avais remise.

« É-Étonnant… C’est en effet le même type de carte dorée que celle de mon grand-père… S’il vous plaît, pardonnez mon impudence. Je m’excuse d’avoir pu émettre le moindre doute. »

« Honnêtement, n’en parlez pas. Plus important encore… Faisiez-vous allusion à l’ancien roi tout à l’heure ? J’aimerais bien rencontrer l’homme qui a le même rang que moi. »

Je voulais savoir quel genre de gars il est. C’est probablement un combattant incroyable. Quand j’avais dit que je voulais le rencontrer, la princesse avait fait un petit sourire gêné. Je me sentais un peu mal à l’aise.

« Eh bien… Je vous demanderais seulement… J’espère que votre rencontre répondra à vos attentes. »

« Hein ? »

« Non, ne faites pas attention à mes pensées oisives. Honnêtement, vous êtes incroyable. La totalité de notre groupe ne pouvait rien faire contre ces misérables bêtes, mais vous les avez abattues d’un seul coup… »

La princesse murmura cela en regardant les fragments brisés de la Phase. Es-tu stupide ? C’est encore plus étonnant que vous les ayez parés sans aucune aide magique, et que vous ayez réussi à les retenir. C’est vous les vrais héros ici !

« Ces créatures s’appellent Phase. Elles absorbent la magie et leur résistance physique est inégalée. Malgré leur corps robuste, elles sont dangereusement agiles. Elles ont aussi la capacité de se régénérer. Pour les tuer, vous devez détruire le noyau de contrôle de leur corps. »

« La Phase… »

La princesse chevalière commença à raconter son histoire. Apparemment, elle et son groupe allaient s’entraîner. Mais tout à coup, elle entendit parler d’une ville attaquée par des monstres qui venaient d’apparaître de nulle part. Ils avaient fait un détour et étaient arrivés en vitesse à la ville. Mais, ils avaient découvert que leurs armes n’étaient pas capables de blesser ses créatures, alors ils avaient décidé de les retenir et de laisser au moins le temps aux civils de se mettre à l’abri. Alors qu’elle me racontait son histoire, ses poings s’étaient un peu serrés.

Je n’en avais vu qu’un aperçu, mais Hildegard était clairement douée pour le maniement de l’épée. Je n’étais même pas sûr qu’elle perdrait contre quelqu’un comme Yae.

Ce qui s’était passé ici, c’était qu’elle était tombée sur un adversaire qui était tout simplement trop difficile à gérer pour un seul humain. C’était tout ce qu’il y avait à faire.

« Ah oui, cela ne vous dérange pas si je ramasse les morceaux des Phases ? »

« Hm ? Ah… Oui, cela ne me dérange pas. C’est après tout vous qui les avez tués, Votre Altesse… »

Une règle tacite parmi les aventuriers était que le vainqueur repartait avec le butin. Les groupes divisaient souvent leur butin, mais les combattants solitaires n’avaient pas besoin de s’inquiéter de telles choses. J’avais rassemblé tous les fragments de Phases brisées en une seule fois, et je les avais aspirés dans [Stockage]. Une bande de chevaliers avait sauté par surprise alors que les monstres morts s’enfonçaient dans le sol.

Super. C’est un vrai coup de chance ! Bien sûr, « ils étaient tous de bas niveau, mais il y en avait douze, donc je pouvais certainement faire un tas de trucs avec ça. Bien que… Il y en avait douze. Le fait que tant de Phases soient apparues en même temps était vraiment troublant.

« Votre lame… est-ce qu’elle faite du même matériau que la Phase ? »

Hildegarde regardant vers l’épée de cristal. Elle avait l’air très intéressée. Elle avait l’œil vif. Mais je supposais que c’était un peu évident, vu que ma lame et les corps de Phase étaient faits du même cristal.

« Vous avez raison. Les chevaliers de mon pays portent tous des lames et des boucliers en cristal comme équipement par défaut. Je suis le seul à pouvoir les faire, avec ma magie du Néant. »

J’avais décidé d’ajouter ce dernier petit commentaire pour leur suggérer subtilement qu’ils ne devraient pas se donner la peine d’essayer de la reproduire. Je ne voulais pas qu’on me demande soudainement de rendre les morceaux que j’avais ramassés tout à l’heure. Même s’il fallait le sort [Modelage] pour créer les épées, il fallait aussi une tonne d’énergie magique pour les rendre fermes et assez tranchantes, sans parler du fait que [Gravité] était aussi nécessaire pour les rendre plus légères… J’étais vraiment le seul à pouvoir fabriquer de tels équipements comme celle-là.

« Incroyable… Je vous mentirais si je vous disais que je ne vous enviais pas un peu. J’espère qu’un jour, je pourrai manier une lame aussi magnifique. »

Héhé… Donc elle aime tant que ça l’épée, hein… Je suppose que c’est pour ça qu’elle regardait si attentivement.

Hmm… J’ai une idée. Je ne perdrais certainement rien si je faisais aujourd’hui un bon geste envers la Princesse de Lestia.

J’avais activé [Stockage] afin de produire deux autres épées en cristal ainsi que leurs fourreaux. J’avais pris les deux, et la troisième que je venais de manier, et j’avais utilisé [Modelage] pour sculpter l’emblème royal de Lestia dans les poignées. Puis, j’avais passé les trois épées à la princesse Hildegard.

« Voilà. Ce sera une façon de se souvenir de notre rencontre fortuite. Une pour vous, Princesse, une pour votre père et une pour votre grand-père. »

« Non… Vraiment !? »

Hildegard semblait stupéfaite. Elle ne s’attendait vraiment pas à tenir l’une de ces épées, encore moins d’en obtenir trois. Quand je les lui avais passées, elle avait adopté une expression très agitée. C’était mignon.

« Êtes-vous sûr que ça ne vous dérange pas ? Ces armes ne sont elles pas pour Brunhild des choses classées secrète défense ? »

« Non. Peu importe qui les connaît, je suis le seul à pouvoir les produire. Les matériaux ne sont pas si communs, même si tous les chevaliers de Brunhild en possèdent une. Mais ces trois-là sont spéciales. Ce sont celles que j’ai faites pour mon usage personnel, alors elles surclassent celles que mes chevaliers manient. Versez juste un peu de magie en elles et elles tourneront à plein régime. Si vous placez le bord de la lame légèrement sur quelque chose qui ressemble même à un morceau de fer, elle devrait passer à travers lui comme dans du beurre. Et elles ne devraient jamais se briser. Si elles se cassent ou se fissurent, elles se régénèrent en un instant. »

La princesse Chevalier avait dégainé l’une des épées et l’avait tenue devant la lumière. Elle fixa l’épée scintillante, y canalisa tranquillement un peu de magie et la frappa très faiblement contre le mur en ruines d’une maison qui s’écroulait à proximité. Le mur de briques était en effet tranché aussi facilement que du beurre.

« É-Étonnant… Je ne sens même pas son poids dans ma main. Je vous en remercie beaucoup… Si une autre de ces créatures Phases apparaît… je la vaincrai. »

J’avais un peu souri quand j’avais vu le visage heureux de la princesse, mais une pensée lancinante au fond de mon esprit m’avait dit que ce ne serait pas si facile pour elle de combattre la Phase, même si elle était d’un rang inférieur à celles que j’avais tuées aujourd’hui. J’avais chassé cette pensée au moment où elle était apparue, car je ne voulais pas que son bonheur disparaisse.

OK, je ferais mieux d’y aller. Je ne voulais pas qu’on se demande pourquoi un monarque étranger était ici. Je ferais mieux de partir d’ici avant que ça n’arrive inévitablement.

Je devrais peut-être nommer quelqu’un pour m’occuper des affaires de l’État pendant que je faisais ce genre de choses… Je veux dire, tant qu’ils me rendraient le trône quand je rentrerais à la maison.

Je devrais peut-être envisager de rédiger une loi qui faciliterait la cession du trône à quelqu’un d’autre. Je n’étais roi que de mon vivant… Je pourrais même nommer Kohaku chef de l’État à ma place. Je me demandais si les gens finiraient par appeler Kohaku le roi Tigre, ou quelque chose du genre… Comme ce char allemand.

J’en parlerai à Kousaka quand je rentrerai à la maison… Mais peut-être que je ne devrais pas… En fait, vous savez quoi ? Ce n’est pas la peine. Il allait me crier dessus.

« Maintenant, j’ai des affaires à régler, alors veuillez m’excuser. C’était un plaisir de vous rencontrer. J’adorerais vous revoir. »

« Tout le plaisir était pour moi, Votre Altesse. Merci pour votre cadeau à ma famille. Je vous promets de rendre la pareille à votre duché un jour. »

Ça ne me dérangeait pas vraiment… Mais j’étais curieux de savoir ce qu’elle avait en tête, de toute façon.

J’avais invoqué [Vol] et la princesse sembla encore plus surprise. Je lui avais souri, j’avais laissé échapper un petit rire et je m’étais envolé vers les cieux.

Eh bien, c’était amusant… Mais maintenant, je dois me concentrer. Babylone, j’arrive !

***

Partie 10

Après m’être séparé de la princesse Hildegard, je m’étais déplacé vers le sud. Finalement, les ruines étaient apparues. Mais on aurait dit des bâtisses abandonnées. Il y avait un tas de murs de pierre qui s’effritaient, et des piliers rocheux ici et là.

J’avais vu ce qui m’avait semblé être des châteaux et des forteresses délabrés, ce qui avait certainement attiré mon attention. Tous leurs murs étaient dans un état de délabrement avancé.

Quand j’avais atterri, un petit oiseau chanteur bleu survola les arbres environnants. C’était l’un des éclaireurs que j’avais envoyé il y a quelque temps.

L’oiseau chanteur vola au-dessus de ma tête et se dirigea vers le centre des ruines en chantant comme s’il me faisait signe de le suivre.

« Hein… Qu’est-ce que c’est ? »

Au milieu des ruines, il y avait un objet inhabituel dont la composition ressemblait à celle des objets précédents que j’avais rencontrés dans les ruines de Babylone… Mais la forme était bizarre.

Le premier était de forme cylindrique, le second avait la forme d’une pyramide… Mais celle-ci ressemblait à une bague. C’était un énorme anneau d’environ quatre mètres de diamètre. Il était juste là, au milieu des ruines.

Les fondations et la moitié inférieure de l’anneau étaient complètement enterrées, il aurait donc été plus approprié d’appeler cela une arche. L’anneau en lui-même mesurait environ 50 centimètres de large… et une épaisseur d’environ 30 centimètres.

J’avais essayé de le traverser, mais il ne s’était rien passé. J’avais essayé d’y toucher, mais rien ne s’était passé non plus.

« C’est quoi ce truc ? »

Je me demandais si, c’était par hasard une chose semblable aux autres endroits que j’avais visités, et que cela n’avait peut-être rien à voir avec Babylone.

Maintenant que j’y pense… Il n’y avait pas quelque chose comme ça dans un film que j’avais vu une fois ? Je me souviens que l’anneau dans ce film était une sorte de portail sous forme de cadran et qui pouvait vous emmener sur d’autres planètes.

J’avais pensé que c’était peut-être la clé, alors j’avais essayé de tourner l’anneau entier comme un cadran. Elle n’avait pas tourné. Je commençais à manquer d’idées.

J’avais fait le tour de l’anneau, en le regardant. Puis j’avais aperçu une pierre rouge logée sur le côté. Qu’est-ce que c’est, une pierre de sort ? J’avais levé les yeux et j’avais vu une pierre de sort bleue logée aussi sur le côté. J’avais utilisé [Vol] pour vérifier la bague sous tous les angles, et j’en avais trouvé encore plus. Vert, brun, jaune et violet. Il y avait six pierres de sorts logées dans ce truc.

Heh, j’avais compris. Donc l’anneau lui-même était une sorte de porte, et je n’avais qu’à la déclencher de la façon habituelle.

J’avais versé de la magie du feu dans la partie du cercle avec la pierre rouge, et l’espace entre les deux côtés jusqu’aux pierres suivantes était devenu rouge. J’avais répété le processus de versement de magie dans chaque pierre, jusqu’à ce que l’anneau entier soit maintenant un bel arc-en-ciel de six couleurs.

Enfin, j’avais déversé ma magie Néant à mes pieds, et les six couleurs s’étaient mélangées avec le septième ajout. J’étais enveloppé de lumière, et tout était devenu blanc.

Quand j’avais ouvert les yeux, je m’étais retrouvé entouré de ce paysage familier de Babylone. Un anneau, un peu comme celle des ruines, était derrière moi.

« Hoh. »

Je pouvais aussi voir un anneau similaire à proximité. Cet endroit semblait pour une raison quelconque plus grand qu’une île standard de Babylone.

J’avais levé les yeux au loin et j’avais vu une énorme tour blanche s’élever bien au-delà des arbres. Au moins, ce n’était pas la Tour Noire.

Hm… Ça voudrait dire que c’est la tour ? J’aurais préféré par contre que cet endroit soit l’entrepôt…

Même si je l’appelais une tour, elle n’avait pas de fenêtres, de décorations ou de protubérances visibles. Et la partie inférieure était gonflée vers l’extérieur, donc ça ressemblait à un Erlenmeyer.

« Bienvenue dans la Tour de Babylone. Et bienvenue sur mon rempart. »

Soudainement, une voix avait retenti. Surpris, je m’étais retourné frénétiquement. Une fille se tenait là, elle était un peu plus petite que moi. Elle faisait à peu près à la taille de Flora… Mais ses seins étaient loin d’être aussi impressionnants. Elle était plate !

Elle portait une tenue semblable à celle de Cesca quand je l’avais rencontrée pour la première fois. Une grande différence était une jupe à fines rayures. En dessous de ladite jupe se trouvaient deux jambes minces enveloppées dans des collants. Ses cheveux étaient courts, un peu ondulés et très légèrement bleus.

« En effet, je suis la Gynoïde terminale chargée de gérer le rempart. Je m’appelle en effet Preliora. Vous pouvez m’appeler Liora. »

« Le rempart ? Je croyais que c’était la tour. »

Peut-être qu’elle était défectueuse : Je considérais que ceci était vraiment une tour. En la fixant, je lui avais fait connaître ma surprise.

« En effet, c’est la Tour de Babylone. Mais il est également vrai que le rempart est également stationné ici. L’anneau de transfert de la Tour a en effet été détruit par l’explosion d’un volcan il y a environ cinq cent vingt-sept ans. Après cela, moi, la Gynoïde terminale du rempart, j’ai effectivement rencontré la Gynoïde terminale de la Tour il y a environ trois cent soixante-quatorze ans. En effet, c’est notre rencontre fortuite qui nous a amenés à nous amarrer ensemble et à attendre ensemble la personne possédant les attributs appropriés. »

Liora inclina lentement la tête pendant qu’elle parlait. Hm… Alors la tour et le rempart se sont amarrés ensemble, hein… C’est super pratique pour moi ! Deux en un.

« Je prends en effet note du fait que vous êtes effectivement une personne ayant toutes les aptitudes requises pour tous les éléments. Cependant, cela ne veut pas dire que vous êtes la bonne personne. »

« En êtes-vous sûr ? Les filles du jardin, de l’atelier, du laboratoire d’alchimie et du hangar me reconnaissent toutes. »

« S’il est vrai que vous êtes devenu le maître de quatre Babylones, alors… Il n’y a pas de problème en effet. Le rempart est à vous. »

Hein ? C’est si… facile. Tu ne vas pas montrer ta culotte ou me faire toucher ta poitrine ? Tu ne vas pas me balancer une clé à tuyau ? Soudainement, je m’étais souvenu de toutes les bêtises que j’avais faites et je m’étais demandé s’il n’y avait pas une raison à cela.

Je ne peux pas m’empêcher d’être un peu insatisfait. N-Non, calmes-toi… Tu ne voudrais pas devoir faire face à un procès pour perversion bizarre. C’était mieux comme ça.

« En effet alors. La gynoïde numéro 20, Preliora, va être transférée à vos soins. Prenez bien soin de moi, maître. »

Liora s’inclina devant moi. Numéro 20 ? Je suppose que cela te rend plus vieille que Flora. Ou… plus jeune ? Monica était la numéro 28, donc je n’étais pas sûr des règles. Je supposais cependant que les nombres passent de vingt à vingt-huit.

« En effet, maître. Je vais vous emmener vers le gynoïde terminal de la tour. Par ici, par ici. »

J’avais suivi Liora, j’avais vu quelqu’un dormir à l’ombre d’un arbre.

Pendant une fraction de seconde, je m’étais demandé si elle était blessée ou handicapée, mais elle ne faisait que faire une sieste.

Elle portait un gros ruban semblable à celui de Liora, et le même type d’uniforme que les autres gynoïdes. Elle était beaucoup plus petite que Liora, mais ses seins étaient un peu plus développés. Ils se soulevèrent alors qu’elle ronflait. Elle dormait vraiment profondément.

Ses cheveux couleur améthyste atteignaient presque sa taille et étaient regroupés à deux endroits sur le devant de son corps avec de petits fermoirs.

Et, il y avait autre chose…

« Euh, sa jupe… »

« En effet. Ça ne me dérangerait pas. C’est comme ça qu’elle dort d’habitude. »

Non, ça me dérangeait vraiment ! Sa jupe était complètement retroussée, sa culotte était exposée à mes yeux ! Elle était rayée ! Elle portait une culotte rayée ! La fille avait de la chance que seuls deux gynoïdes vivaient ici, sinon elle se mettrait en danger.

« D’accord, eh bien… Essayez donc de la réveiller. »

« En effet, je le ferai. Noel. Il est temps de se réveiller. Pamela Noël, réveille-toi. »

Liora secoua doucement la dormeuse par les épaules, mais elle ne bougea pas. Liora avait ensuite placé ses mains sous les aisselles de la fille pour la soulever, mais elle n’avait toujours pas remué.

« … Est-elle comme ça d’habitude ? »

« En effet. Nous, les Gynoïdes terminaux de Babylone, nous partageons les différents aspects de la personnalité du Docteur Babylon. Ces traits de personnalité se manifestent et s’amplifient en nous, devenant le noyau de notre être. Celle-ci… Noël… est en effet l’amplification parfaite des tendances paresseuses, apathiques et procrastinatrices du Docteur. »

Oh, alors c’est comme ça, hein… Leur personnalité était dictée par certains aspects de la personnalité du Docteur, et elles s’étaient développées à partir de ceux-ci. C’était pour cela qu’elles affichent de temps en temps l’attitude de cette méchante perverse…

Liora avait cependant l’air d’aller plutôt bien… Je me demande si elle contenait la seule bonne partie de la personnalité de cette bonne à rien de docteur.

« Maître… Avez-vous peut-être de quoi manger ? »

« Hein ? Je n’ai rien sur moi… Pourquoi ? As-tu faim ? »

« Non, ce n’est pas pour moi. Il sera peut-être nécessaire de fournir de la nourriture à cette fille. »

Quoi ? De la nourriture pour la réveiller ? J’avais sorti des brochettes grillées du [Stockage] et je les avais passées à Liora. Elles étaient encore très chaudes, car je les mettais dans l’espace de rangement immédiatement après les avoir cuites.

Liora les tenait dans sa main gauche, déplaçant sa main droite avec un mouvement d’éventail, faisant flotter l’odeur dans la direction de Noël.

Le nez de la fille endormie avait commencé à trembler, sa tête se cabrant inconsciemment vers l’odeur. Finalement, elle se leva, titubant dans la direction de Liora… Ses yeux étaient encore fermés.

« Réveille-toi, Noël. Tu auras des brochettes à manger si tu te réveilles. »

Comme pour répondre aux paroles de Liora, les yeux de Noël s’étaient ouverts. Ses yeux étaient féroces, rivés sur leur cible. La cible étant bien sûr les brochettes dans la main de Liora.

« … Mmh… J’ai faim… Je n’ai pas eu un bon repas depuis quatre mille neuf cent sept ans… Ça te dérange si je mange un morceau ? »

« Euh… Vas-y… »

Dès qu’elle avait entendu mon approbation, Noël avait arraché la brochette des mains de Liora. Elle s’était immédiatement mise à manger et à avaler le tout en un clin d’œil.

Elle a l’air un peu bizarre, mais bon sang… Si elle n’a vraiment pas mangé depuis près de cinq mille ans, c’est incroyable… Mais Cesca m’a dit qu’elles ne sentaient plus la faim depuis qu’elles avaient été mise dans un sommeil profond. Apparemment, elles tiraient leur énergie de quelques mélanges médicinaux et de la photosynthèse, de sorte qu’elles n’avaient pas vraiment besoin de manger.

« Miam. Ce truc est délicieux. »

« Content que tu le penses. »

Je ne savais pas si c’était en raison de la bonne nourriture ou si elle se sentait juste un petit peu plus à l’aise, mais la fille s’était tournée vers moi.

« C’est quoi ton nom ? »

« Mochizuki Touya. Je viens juste d’être reconnu comme une personne apte à contrôler le rempart, alors j’aimerais que la Tour en fasse autant. »

« … Certaines conditions doivent être remplies pour que vous soyez considéré comme la personne convenable pour la Tour. Si tu remplis ces conditions, alors je t’accepterai. »

Noël s’était levé et m’avait regardé d’un air aiguisé. Je ne peux pas te prendre au sérieux à la vue de la sauce de brochette que tu as sur le visage…

« D’accord, quelles conditions ? »

« De la nourriture délicieuse. Et un lit chaud. Donne-moi ça, et je t’accepterais. »

… C’est… simple. La fille elle-même semble l’être également. Je me demande si tout se passera bien juste avec ça…

« Bien sûr, alors. Je peux arranger ça. »

« D’accord, d’accord. Dans ce cas, je te reconnais. À partir de maintenant, la gynoïde numéro vingt-cinq, Pamela Noël, est à ta charge. Nourris-moi bien, Maître. »

Je vois que ton esprit est dans ton estomac. Mais je ne suis pas du genre à revenir sur mes promesses. J’avais ouvert [Stockage] et j’en sortais d’autres brochettes. Noël, les yeux écarquillés et souriants, les attrapa et les dévora tous.

« Incroyable, maître. Je savais que je pouvais te faire confiance. Youpi… »

Après avoir tout mangé, elle s’était mise à lécher la sauce sur ses doigts. Yae aimait beaucoup manger, mais j’étais sûr que cette gynoïde pourrait faire jeu égal avec elle. Elle me faisait penser à un ours juste avant l’hibernation.

Noël s’était soudainement tournée vers moi, m’avait fait un petit signe de tête et s’était approchée, comme si elle avait oublié quelque chose. Avant même que je puisse commencer à lui demander ce qu’elle faisait, elle m’avait volé mes lèvres.

« Mghh !? »

Sa langue avait commencé à envahir ma bouche, elle tourbillonnait et tournoyait autour de la mienne. A-Ah… Ce goût, c’est si sucré… Non, c’est aussi salé ! C’est cette foutue sauce ! Finalement, elle avait séparé ses lèvres des miennes, avait sorti sa langue et s’en était servie pour s’essuyer les lèvres de tout le jus restant.

« Enregistrement terminé. J’ai ton code génétique maintenant, maître. La tour est sous ton commandement… Maintenant, nourris-moi. Nourris-moi davantage. »

« Bon sang… » J’avais porté ma manche à ma bouche pour essuyer la sauce collante que Noël m’avait mise, mais Liora était sortie de nulle part. Elle m’avait saisi fermement par le menton et m’avait volé un baiser de la même manière.

« Mghh !? »

Elle m’avait pris par surprise, je n’avais pas pu me libérer. Elle m’avait complètement saisi de toutes ses forces. Il m’était impossible de résister, la langue de Liora se tortillait, se tordait et vibrait doucement dans ma bouche violée.

Qu’est-ce que… ? En fait, cela faisait du bien… C’était différent, ahhh… Ses mouvements alternant le rugueux et le doux, elle tétait avidement mes lèvres avec une vigueur passionnée.

Ça prend du temps, n’est-ce pas !? Cela faisait déjà un moment que cela durait, alors j’avais essayé de reculer plus fortement, mais elle ne m’avait pas laissé partir. Lentement, j’en étais arrivé au point où j’étais penché vers l’arrière, le bras s’étendant vers le ciel en désespoir de cause. Juste au moment où je pensais que j’allais m’évanouir, ses lèvres avaient libéré les miennes, et j’étais tombé par terre. Dans un certain sens, elle m’avait fait tomber encore plus bas.

« Enregistrement terminé. Les gènes du maître sont en effet conservés. Le rempart est formellement à vous, Maître. »

Liora me sourit tout en inclinant la tête, comme pour me demander si j’allais bien. Comment pourrais-je aller bien après ça !? Elle m’avait presque réuni avec le vieil homme.

« Veuillez accepter mes excuses les plus sincères, maître. Je n’avais jamais embrassé un homme auparavant. »

« … Un homme ? »

« Oui, en effet. Dans un passé lointain, j’étais la préposée de nuit… du docteur Babylone. Si vous le souhaitez, je pourrais assumer le même rôle avec vous, Maître. Je veux bien être pénétré, mais ça me ne me dérange pas d’être pénétrante. »

« QUUOOII !? »

N’est-ce pas un peu explicite !? Est-ce qu’elle a acquis cette technique grâce à son expérience !? Mais qu’est-ce qu’elle veut dire par être pénétrante, comment comptait-elle faire ça !? Comment avait-elle pu me dire ça !? Je te croyais bonne, Liora, mais t’es qu’une bonne à rien bizarre ! Bon sang, tu es la plus effrayante ! Attends, ça voudrait dire que le Docteur était aussi passé par là !? Aimait-elle les nanas ? J’avais la tête complètement hébétée. Je ne savais pas trop comment me sentir. C’est bon. Je vais bien. J’avais repoussé ces mauvaises pensées et je m’étais convaincu que tout allait bien.

***

Partie 11

Même si on l’appelait la Tour, elle ne faisait que 6 ou 7 étages de haut. Il n’y avait pas non plus beaucoup de fenêtres. Un étrange motif s’élevait le long des côtés, avec des formes géométriques variées. Les murs de couleur blanc craie reflétaient intensément les rayonnements du soleil.

« Laisse-moi t’expliquer. La tour est… Zzzzz… »

« S’il te plaît, réveille-toi. »

… Tu fais déjà la sieste ? Tu viens de manger ! Tu vas grossir, idiote !

Noël ferma les yeux et commença à somnoler profondément, alors Liora reprit là où elle s’était arrêtée.

« En effet, la tour capte le mana de l’atmosphère et en amplifie la quantité accumulée. D’une certaine façon, je te prie de la considérer comme un réacteur magique fonctionnel. Il est effectivement vrai que chacune des îles de Babylone a quelque chose de similaire qui les alimente, mais même toutes les Babylone combinées ne peuvent pas égaler le rendement de la Tour. On pourrait en effet la considérer comme le cœur de Babylone dans son ensemble. »

Donc si Babylone était un vaisseau, la tour en serait le moteur. S’il s’amarre avec le reste des Babylone, elle fournira une tonne de puissance.

Selon Liora, Babylone pourrait voler beaucoup plus vite avec la Tour amarrée. Mais plus important encore, la puissance supplémentaire augmenterait l’efficacité des autres pièces. Nous serions en mesure d’augmenter la vitesse de production des Frame Gears et de l’éther liquide. C’était en fait une trouvaille assez précieuse.

« La Tour est également unique en ce qu’elle nécessite très peu d’entretien. Il faut juste peaufiner la chose de temps en temps, donc c’est un jeu d’enfant… C’est pourquoi je peux faire de longues siestes… Bonne nuit… »

Noël, qui s’appuyait maintenant contre un arbre, ouvrit les yeux pour ajouter cela, puis se rendormit. Hé, mais j’y pense… Est-ce que Babylone se portera bien si le responsable de son moteur est comme ça ? Ou… alors… Il est possible que Noël soit responsable de la tour à cause du peu d’entretien qu’elle nécessite. Elle ne se réveillait pas même après l’avoir secouée un peu, alors j’utilisais [Lévitation] pour l’amener avec nous.

« Wow… Zzzzz… C’est nouveau… Zzzzz… Ça fait du bien… Zzzzz. »

Tais-toi… Si tu dis que tu dors, alors dors !

Liora m’avait conduit ailleurs, et finalement nous étions arrivés devant un château blanc. Il était situé de l’autre côté de l’île, à l’opposé de la tour. C’était un peu plus petit que mon château à Brunhild, mais c’était quand même un château.

On dirait le château du Disneyland de Tokyo… Ce qui, maintenant que j’y pense, ne devrait pas s’appeler Tokyo Disneyland. Il se trouvait à Chiba. Eh bien, peu importe… Il ressemblait au château de Neuschwanstein, en Allemagne.

« Je vais te présenter le Rempart. C’est le système défensif central de Babylone. Il peut repousser les attaques physiques et magiques en déployant un bouclier. Des fonctionnalités telles que le contrôle de la température, le bouclier d’invisibilité, la régulation de l’accès, la détection de l’ennemi et le pilotage de Babylone dans son ensemble sont également présentes ici. »

Hoho… Donc, en termes de navires… Si le rempart était le navire, cette chose en serait le pont.

Néanmoins… Un bouclier qui peut se défendre contre les attaques physiques ? Ça me rappelait un peu ce Blockbracer qui avait fini par être utilisé pendant le coup d’État de Regulus.

« En effet. Le Blockbracer a été créé selon un principe similaire à celui du rempart. »

Ils étaient donc apparentés… C’était en fait plutôt effrayant. Mais si je pouvais détourner l’énergie de la tour vers le rempart, je pourrai mettre en place un bouclier assez puissant. C’était un super contournement.

Oh, maintenant que j’y pensais… Il y avait cette Phase de type Manta que j’avais rencontrée il y a quelque temps. Je me demandais si nous avions des contre-mesures pour ce genre de choses.

« As-tu quelque chose qui puisse intercepter des ennemis volants ? »

« En effet. Les orbes satellitaires devraient très bien se débrouiller. »

« Euh… Les orbes satellitaires ? »

« En effet. Un orbe satellitaire est une arme sphérique d’une vingtaine de centimètres de diamètre. Ils sont faits d’Orichalque et ont des fonctions de vol automatisées, de suivi automatisé. Ils sont de densité variable et possèdent des boucliers miniatures. »

… Huh, c’est plutôt gros. Je suppose qu’ils ont une taille comparable à celle des boules de bowling… non ?

En gros, les orbes satellitaires étaient des armes sphériques qui interceptaient les ennemis aéroportés en les percutant à une vitesse incroyable. C’était vraiment une façon efficace de détruire la Phase.

Il y avait vingt-quatre Orbes Satellites au total, et ils étaient tous en orbite autour du rempart à l’état dormant. Dans les situations d’urgence, ils s’activaient et s’enfonçaient sans discernement dans les ennemis qui s’approchaient.

Ils m’avaient fait penser à quelque chose se trouvant dans un vieux dessin animé de mécha. Mais la fonction était un peu différente.

J’avais suivi Liora et j’étais entré dans le château. Le hall d’entrée était absolument magnifique. Il était incroyablement bien entretenu et avait une aura royale. Si je ne savais pas d’où venaient les Babylone, je n’aurais jamais cru qu’ils avaient environ cinq mille ans. Je dirais que l’endroit avait été enchanté par quelque chose comme [Protection] afin de le protéger de l’usure et aux dégâts.

Pourtant, ça ressemblait à un château ordinaire.

C’était plutôt sympa. Mais ce qui avait attiré mon attention, c’était les petites choses qui se déplaçaient sur le sol.

Ils avaient des têtes rondes et des corps cylindriques. Ils avaient des mains et des pieds arrondis avec des membres qui ressemblaient à des soufflets. Qu’est-ce que c’est que ces trucs ? En fait, je savais en quelque sorte ce que c’était. C’était clairement des robots. Ils mesuraient environ deux têtes de haut. J’avais vu quelque chose de semblable dans un vieux dessin animé qui avait été rediffusé une fois. C’était un robot assistant basé sur ces vieilles poupées Karakuri1 de l’époque d’Edo. Ces petits robots ressemblaient un peu à ça… Mais ils n’avaient pas de chignons.

Je ne pensais pas non plus qu’ils étaient aussi grands. Mais ce n’était pas comme si j’avais ce robot avec moi.

Il y en avait presque dix qui s’occupaient de leurs affaires. Il semblerait qu’ils mesuraient une trentaine de centimètres de haut. Ils tenaient dans leurs mains des plumeaux, des balais et des débarbouillettes. Est-ce qu’ils… nettoyaient ?

« Rassemblement. »

Liora avait donné un ordre, et les robots avaient tous titubé tout en faisant un petit salut. Il y en avait neuf au total.

« Désormais, le vénérable Mochizuki Touya sera notre maître. Ne soyez pas grossier avec lui. »

Les mini-robots m’avaient regardé et m’avaient encore salué. Je me demandais si ces choses étaient les petits robots dont Rosetta m’avait parlé plus tôt. Je pensais cependant qu’ils étaient tous dans le dépôt… Mais je m’étais dit qu’il était possible que certains d’entre eux aient aussi été stationnés sur le Rempart.

« Hé… Est-ce que ces choses peuvent aider à maintenir les Frame Gears ? »

« En effet, mais seulement pour des tâches simples. Ils sont incapables d’accomplir une tâche trop complexe ou spécialisée. »

« Ils sont tous là ? »

« Non. Il devrait y en avoir six autres dans le château. En comptant ceux qui sont ici, ça en fait quinze au total. »

Quinze, hein… Eh bien, ça permettra à Monica et Rosetta de se détendre un peu. J’avais demandé si on pouvait en reproduire à l’atelier, mais apparemment ce n’était pas possible. Ils avaient été enchantés par une magie spéciale et exclusive au Docteur Babylone, et programmés avec sa propre séquence. C’était une honte. Apparemment, ils étaient aussi à la bonne taille. S’ils étaient plus grands, leurs fonctions autonomes pourraient aller de travers.

Je leur avais ordonné de continuer à nettoyer pour le moment, et les petits drones avaient continué leur travail.

J’avais transporté Noël, qui flottait encore à mes côtés, dans l’une des pièces du château. Puis je l’avais couchée sur un lit.

La tour et le rempart étaient tous deux partis dans la direction de Brunhild, j’avais ouvert une [Porte] pour rencontrer tout le monde à la maison.

« C’est… assez irréel. Il m’a fallu environ deux cents ans pour programmer Paula avec ce niveau de complexité… »

Leen fixa un mini-bot et le mit sous ses bras, murmurant tout le temps.

Paula, désespérée, leva les bras et s’écrasa jusqu’aux genoux, sa pose signifiant sûrement : « J’ai été vaincue ! » Elle s’était alors mise à mimer en criant vers le ciel, mais il n’y avait évidemment pas de larmes. Merde, Paula… Tu n’es pas si mal non plus, ne t’inquiètes pas.

La Babylone que j’avais trouvée n’était pas la bibliothèque que Leen voulait désespérément trouver, mais elle ne semblait pas trop triste parce qu’elle contenait quelque chose qui avait retenu son attention.

« … Donc tu es l’aînée des sœurs, Liora ? »

« Je ne mettrais pas beaucoup d’importance au fait que nous soyons sœurs, mais… En effet. En ce qui concerne la numérotation Babylone, j’ai été créé en premier. »

Liora répondit sèchement à la question de Linze. Noël faisant la sieste seule à l’intérieur du château du Rempart, c’était donc à Liora d’expliquer les détails des deux nouveaux Babylone. Au bout d’un moment, Liora avait commencé à poser ses propres questions, et cela ressemblait un peu plus à une discussion mutuelle qu’à une interrogation.

J’étais très à l’aise à l’intérieur du Rempart. Il y avait beaucoup de meubles qui me rappelaient mon propre château à Brunhild. Selon Liora, le docteur Babylone avait en fait jeté un coup d’œil dans le futur, regardé mon château et copié mes choix esthétiques avant même que je les aie faits.

« Alors… Yumina, Lucia, Yae, Elze, Linze… Vous êtes bien les femmes de mon maître, n’est-ce pas ? »

« Femmes, haha… Eh bien, c’est certainement cela… »

Elze répondit timidement à la question de Liora. Pourquoi a-t-elle demandé ça… ?

« Effectivement, j’en compte cinq. Mais où sont les autres ? »

« … Les autres ? Aha. Tu veux parler de Sue-dono. Elle réside actuellement à Belfast. »

« Cela en fait maintenant six. Mais qu’en est-il des trois autres ? »

« GAAAAAAH !! »

Ma voix m’avait trahi, j’avais dit ensuite des bêtises. La ferme ! La ferme ! La ferme, bon sang ! Ne dis plus rien ! Toutes les filles m’avaient regardé fixement.

« … Pourquoi as-tu crié tout à l’heure !? »

« AUCUNE RAISON ? JUSTE… J’AVAIS ENVIE DE CRIER. C’EST… HAHA… CE N’EST RIEN, LINZE. JE T’EN FAIS LA PROMESSE ! »

DANGER. DANGER. Même moi, je savais que je n’avais pas du tout l’air convaincant. Je sentais leurs regards passer de la confusion au mépris glacial. J’en avais eu des sueurs froides. Les choses étaient soudainement devenues terriblement tendues.

Yumina se retourna et commença à parler à Liora.

« Liora… Qu’est-ce que tu voulais dire quand tu as dit “les trois autres” ? »

« Ah oui. C’est quelque chose que j’ai entendu du Docteur, mais le maître le fera… »

« Non ! Non ! Non ! Nooon ! Temps mort, Liora ! Je crois qu’il est temps que tu ailles faire une sieste avec Noël ? Ne parlons pas de ces choses délicates si vite et sans raison, d’accord ? » ! »

« Yae. Fais-le. »

« Très bien. »

L’ordre tacite de Yumina avait été facilement écouté par Yae, qui m’avait serré les bras dans le dos. Pourquoi êtes-vous si synchronisées !? Et pourquoi travaillez-vous le mieux ensemble quand il s’agit de me torturer !?

« Alors, tu disais ? »

« Ah oui, en effet. La vision d’avenir du Docteur a révélé que le maître aura un total de neuf épouses. C’est pour cette raison que Babylone était fragmentée en neuf morceaux. »

« NEUF !? »

Elles crièrent toutes les cinq en même temps. C’était sorti. Le secret était dévoilé. Tout le monde sauf Leen et Liora criait. Même Paula. Pourquoi paniquait-elle !?

« Si Sue est la sixième, alors… Ça veut dire qu’il y en aura trois de plus ? »

« Je ne sais même pas quoi dire… Je n’ai pas de mots… »

Elze et Lu parlaient lentement, comme si elles étaient sous le choc. Attendez, pourquoi vous énervez-vous !? Je n’ai encore rien fait !

« … Touya. »

« A-Argh ! »

« À genou. »

La voix froide de Linze me transperça le cœur. Je ne pouvais rien faire d’autre que ce qu’on m’avait dit. Je me levai de ma chaise, m’accroupis jusqu’au sol, et je m’inclinai abondamment. Malgré mes pensées, tout le monde m’avait déjà qualifié de pécheur.

Je n’étais pas du tout d’accord. Ce n’était pas moi qui avais fait quoi que ce soit, c’était le futur moi !

« Ne bouge pas, chien. »

« H-Hein ? »

Les filles s’étaient blotties les unes contre les autres et s’étaient dirigées vers le coin le plus éloigné de la pièce, marmonnant quelque chose. Hé maintenant… Je me sens un peu à l’écart ici…

« Heheh... Je me demande quelle punition elles vont te donner… »

« Ne dis pas ça ! »

Leen me murmura ceci à voix basse tout en riant légèrement. La fée ne faisait que fixer la scène qui se déroulait là, avec un méchant sourire sur son visage. Elle était absolument ravie. Paula me tapota doucement sur l’épaule comme pour me réconforter. Au moins, tu es de mon côté, Paula…

Au fur et à mesure que mon lien social avec cet ours en peluche s’était resserré, tout le monde était revenu.

« Eh bien ? Le verdict est-il rendu ? Héhé… Quelle est sa sentence ? »

« Ne dis pas ça, bon sang ! »

Alors que j’essayais d’ignorer les cruelles paroles de Leen, j’attendais patiemment mon destin. J’avais même accepté le fait d’être puni.

Yumina poussa un petit soupir, et commença à me raconter la conclusion à laquelle elles étaient parvenues.

« … En fin de compte, il n’y a pas beaucoup de différence entre six et neuf. On a déjà fait tout ce chemin. Je t’avais déjà dit que tu pouvais avoir autant de maîtresses ou de concubines que tu voulais. Sans parler du fait que ce n’est pas encore arrivé. Te blâmer ne résoudra rien, alors… C’est bon. »

Oh… Oh mon Dieu… Oh, mon Dieu, merci !

J’avais presque cru entendre la voix de Dieu me dire : « Ça n’avait rien à voir avec moi », mais j’étais d’humeur trop soulagé pour m’en soucier.

« … Cependant. »

Lu avait repris là où Yumina s’était arrêtée. Hein ? Je suis innocent, n’est-ce pas ? Libérez-moi ! Libérez-moi ! Linze avait ensuite repris le petit discours, la continuant ainsi :

« … Nous avons réalisé que tu étais au courant depuis un certain temps et que tu avais gardé le silence, Touya. Garder des secrets comme ça… C’est sûrement un problème dans une relation entre un homme et ses femmes, n’est-ce pas ? »

« Par conséquent, nous vous déclarons… »

« Coupable. »

Quoi !? Non ! Mon Dieu, aide-moi ! Aide-moi, mon Dieu ! Emmène-moi, Dieu ! J’avais presque cru entendre la voix de Dieu qui disait : « Je te l’ai dit, ça n’a rien à voir avec moi ! » Dieu, espèce de salaud ! Aide-moi sinon je vais te tuer ! J’avais l’impression que mon pouvoir personnel diminuait avec chaque nouvelle femme que j’obtenais… Que leur puissance combinée était suffisante pour mettre un terme à ma vie. C’était à ce moment-là que j’avais commencé à réfléchir aux avantages de la monogamie. Quel bâtard avait dit qu’avoir un harem était le rêve de tous les hommes !? J’aurais aimé pouvoir l’amener ici et lui montrer la dure réalité.

« Alors… Qu’attendez-vous de moi… ? »

« Nous te pardonnerons… Si tu nous embrasses, une par une. Tes actions nous ont mis notre relation avec toi dans l’embarras, Touya… Tu as la responsabilité de nous faire nous sentir mieux. »

Oh… Oh mon dieu. J’avais déjà embrassé Yumina et Linze, mais… pas les trois autres.

J’avais regardé autour de moi pour voir que Yumina sourirait, Linze rougissait, Lu tenait sa main à son cœur qui battait vite, Yae s’agitait avec son hakama, et Elze agitait ses mains.

En toute honnêteté, j’étais très embarrassé. J’avais pensé que ce serait le meilleur moment pour m’échapper et laisser leur demande insatisfaite, mais je n’avais nulle part où aller.

Alors, avec Leen et Paula qui se moquaient de moi… C’était moi qui l’avais fait. Je les avais embrassées une par une. C’était bizarre.

Mais… après avoir embrassé chacune d’elles… Lu prit une teinte écarlate et s’enfuit, Yae me saisit par le bras et me jeta à travers la pièce en criant… Tandis qu’Elze retira son bras et me roua de coups au niveau de la poitrine, m’envoyant voler en arrière. Ghah !! Même si vous êtes gêné, nul besoin de me tirer comme un tire-bouchon ! Je commençais à craindre que ma vie ne soit en fait menacée si je ne faisais pas des choses romantiques un peu plus régulièrement et si je ne passais pas plus de temps avec mes femmes.

Comme je perdais conscience, je m’étais posé une petite et profonde question dans ma tête. Est-ce de la misère ou de la joie ?

Notes

***

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4 commentaires :

  1. Merci pour le chapitre et bon courage pour la suite !

  2. Merci pour les chapitres.

  3. je suis de plus en plus désepérer... L'histoire est génial, même si il est un peu trop puissant, mais son caractère de carpette est de plus en plus difficile à supporter.
    Personne ne lui demande jamais son avis pour quoi que ce soit, les autres prennent les décisions le concernant, et cela va du plus basique au plus extrème... Sérieux qui dans le monde se vois imposé ses propres femme sans la possibilité de parler? Les dirigeant du monde entier décide de s'incruster chez lui sans demander, attendent de lui qu'il résolve seul les problèmes internationaux... Et le pire les femmes en question... toujours en train de se plaindre et/ou de le frapper pour un oui ou pour un non. Sérieusement, dans notre société, le comportement de Elze et Yae pourrait leur valoir la prison.... Je suis particulièrement énervé par l'ironie de Yumina disant qu'elle devrait n'accepter que les femmes qui s'inquiete plus de Touya que de leur famille. Sérieusement aucune d'elle ne s'inquiete de Touya, elle lui demande plein de chose, mais aucune d'elle ne lui à jamais demander ce qu'il voulait, ce qu'il en pensait, ou même si il était heureux, elle ne pense qu'à leur propre intérêt et à ce qu'elle estime mérité...

    J'adore vraiment l'histoire, et la relation entre les dieux et Touya, mais je ne sais pas si je vais arriver à supporter de continuer a lire toute les autres interaction social ou il se fait toujours marcher dessus comme-ci c'était normal. Au début c'était plaisant, le coté comique du héro maladroit socialement était bien, mais a force d'utilisé sans arrêt ça, ça transforme Touya en lavette sans personnalité et c'est lourd.

    • Ouah

      Quel commentaire !!!

      Pour faire simple c'est vrai que ce côté très potache peut sembler un peu lourdingue par endroit, mais cela vient aussi alléger une ambiance qui va devenir de plus en plus sombre et froide.

      Le tome 6 marque vraiment le début de l'histoire des méchas et de la phrase, et la suite sera vraiment plus axé combat.

      Concernant les fiancées de Touya, elles sont vraiment inquiète pour lui, elles sont durs car sa gentillesse pourra lui valoir des problèmes.

      Je n'ai pas trop envie de spoiler et j'en ai suffisamment dit.

      Bonne lecture tout de même, la suite est vraiment sympa.

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