Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 6 – Chapitre 2

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Chapitre 2 : Les deux princes

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Chapitre 2 : Les deux princes

Partie 1

J’avais utilisé l’atelier pour faire quelques copies du dispositif d’entraînement Frame Gear, et j’avais veillé à ce que les autres s’entraînent avec lui pendant leur temps libre.

J’en avais fait huit au total, les alignant le long d’un mur lointain dans ma salle de jeu. L’installation faisait un peu penser à une salle d’arcade. Même si c’était un peu plus sérieux qu’un simple jeu.

J’avais été surpris de constater que celles qui s’y étaient le mieux prises étaient Yumina et Linze. Mais c’était logique, étant donné qu’elles étaient les plus douées en magie. Mais, en ce qui concernait l’adaptation au mouvement, Yae et Elze avaient été les plus rapides à se développer et à s’améliorer.

J’avais lancé le sort [Programme] sur les dispositifs d’entraînement Frame Gear pour qu’ils puissent projeter des images de l’extérieur pendant que la personne à l’intérieur le pilotait. Rosetta s’en était servi et avait développé le programme jusqu’à ce qu’il puisse consolider les multiples flux d’images des différentes unités, créant ainsi une image beaucoup plus claire du champ de bataille. Nous pourrions alors observer, en tant que tierce partie, les échecs et les succès des pilotes individuels. J’avais brièvement pensé qu’il serait probablement efficace d’imprégner un dispositif d’entraînement Frame Gear d’un programme qui lui permettrait de combattre de façon autonome.

Mais la quantité de programmes que je devrais créer serait ahurissante, sans parler de la puissance magique qu’il faudrait y consacrer. De plus, il avait fallu deux cents ans à Leen pour programmer Paula à un niveau de réponse standard. J’étais sûr qu’il faudrait encore plus de temps pour créer un drone de combat. Je n’avais certainement pas beaucoup de temps libre.

« Aagh, j’ai perdu ! »

Une des unités à ma droite s’était ouverte et une louve en était sortie, plus précisément, la vice-commandante Norn. D’une autre unité était sorti un homme-renard, le vice-commandant Nikola.

« Enfin, Norn. Tu dois te rappeler qu’un Frame Gear n’est pas ton propre corps. Il a des proportions différentes. Même si tu as l’impression d’avoir esquivé, mon coup pourrait quand même te toucher. »

« Guh… Hé, me traites-tu de grosse ? »

Norn avait reçu un coup fatal de la hallebarde de Nikola sur le flanc du Frame Gear. Elle avait probablement essayé d’esquiver d’un cheveu, mais son physique était différent de celui du Frame, causant une erreur critique.

La salle de jeu était ouverte à tous les membres de l’ordre des chevaliers qui s’entraînaient quotidiennement. J’avais décidé que c’était correct, puisqu’ils avaient besoin d’un moment de détente de temps en temps. Et un chevalier heureux étant un chevalier travailleur, dans un sens, vous pourriez considérer aussi ça comme un avantage de travailler pour moi.

Les simulateurs étaient devenus une autre attraction. Les chevaliers avaient vu un jeu avec lequel ils n’avaient jamais joué auparavant, et ils avaient donc dû l’essayer. Ils étaient régulièrement en compétition les uns contre les autres pour essayer de marquer le plus de points.

Mais, même s’ils avaient utilisé les outils de formation, je ne leur avais pas parlé des Frame Gears eux-mêmes. Pour l’instant, c’était bien que tout le monde traite ça comme un jeu. Ils seraient probablement inquiets s’ils savaient qu’ils s’étaient entraînés pour contrôler une arme aussi monstrueusement puissante. Ça ne me dérangeait pas de les brosser dans le sens du poil secrètement de cette façon. En fait, il était préférable pour eux de traiter cela comme un jeu de simulation, car cela signifierait qu’ils seraient compétents quand le moment serait venu pour eux de mettre leur vie en jeu dans un vrai Frame Gear.

Alors que je réfléchissais à de telles idées, le commandant Lain se promenait dans la salle de jeu. Elle s’était lentement adaptée et s’était habituée à sa position de commandant.

« Ah, Lainy-wainy ! Battons-nous, d’accord ? »

« Norn. Tu dois t’adresser au commandant en tant que commandant. »

Norn avait donné une grande tape à Lain. J’avais été quelque peu amusé de voir Nikola s’interposer avec son expression impassible habituelle.

Lain avait donné un petit sourire aux deux. Elle s’était ensuite approchée de moi.

« Mon seigneur. Le marchand Olba est arrivé et a demandé une audience. »

« Oh ? Super. »

Je me demandais s’il m’a apporté les métaux que j’avais demandés… Je l’espère, sinon la production en série des Frame Gears va être pénible. Je ne pouvais en créer qu’un par jour, et ce, à un rythme constant. Il me faudra trois mois pour en produire juste assez pour les chevaliers du Duché, alors j’aimerais m’y mettre très vite.

J’étais allé voir Olba. Il avait immédiatement tenté de se lever, mais je lui avais fait signe de la main tout en m’asseyant sur un canapé en face de lui.

« J’ai apporté les métaux, conformément à notre arrangement. Le reçu est juste là, tout devrait être en ordre ! Pour l’instant, j’en ai cinq chariots, mais je continuerai à vous en fournir dès que j’en trouverai d’autres. »

Olba m’avait donné son inventaire et je l’avais regardé brièvement. Il y avait une quantité considérable d’acier, de cuivre et d’argent, mais une quantité légèrement inférieure d’or, de mithril, d’orichalque et d’hihi'irokane. J’avais été pour le moins ravi.

« Avez-vous vraiment apporté tout ça ? Je suis impressionné. »

« Et ce qu’il y a de mieux pour mon client le plus généreux financièrement. Tous les pays dans lesquels j’ai vendu vos marchandises les ont dévorées comme de bons petits consommateurs insipides. Pour montrer mon appréciation pour votre brillante intelligence, j’ai chargé mes meilleurs hommes d’acquérir les biens que vous recherchez. »

Wôw, la camelote kitsch que j’avais créée s’était si bien vendue ? Les marchands sont formidables, hein… Je crois que j’ai allumé un feu que je ne pourrais pas éteindre.

« J’ai rencontré un petit problème, un de mes concurrents produisait des produits similaires aux nôtres, tout en les vendant à des prix plus bas… Mais nos produits ont été les premiers sur le marché, et nous avons la bonne image de marque. Ainsi, nous gagnerons. »

Je suppose que c’était logique… Les cerceaux et les toupies de hula-hoops pouvaient être imités assez facilement, mais c’était probablement celui qui les avait introduits sur le marché en premier qui en profitera le plus.

« Je dois dire que c’est une quantité exceptionnelle de métal. Puis-je vous demander votre intention ? Allez-vous construire une grande forteresse en fer ? »

« Mm… Je vais garder ça secret pour l’instant. Ah, c’est vrai. Zanac, le marchand de vêtements, veut vous parler de vêtements de baseball. Il a dit qu’il avait une idée sur les uniformes de baseball, les casquettes de baseball et diverses marchandises de baseball produites et vendues à grande échelle. »

« Ohohoho. C’est très intéressant. Les accessoires de baseball sont en effet un sujet d’actualité en ce moment. »

Olba était parti à la rencontre de Zanac pour affaires, tandis que je me rendais sur le terrain d’entraînement pour récupérer ma cargaison de métal.

Le représentant commercial attendait dans un coin de la zone, afin de ne pas déranger les chevaliers qui s’entraînaient. Je m’étais approché et j’avais signé son reçu, puis je déplaçais tout le métal des chariots à l’atelier.

J’avais déjà déplacé le Frame Gear à reproduire massivement à l’atelier, donc tout ce que Rosetta avait à faire maintenant était de commencer le processus.

Soit dit en passant, la production en série de modèles de Frame Gear était un peu trop compliquée, alors j’avais demandé à Rosetta s’il avait une désignation officielle.

« Oui monsieur ! Ce modèle est le FG-09, monsieur ! », répondit-elle.

Ce n’est pas un nom très accrocheur, mais je suppose que depuis que la production s’est arrêtée, elle n’a jamais eu à trop y penser… J’imagine que je peux maintenant trouver un meilleur nom pour ça !

Hmm… Pourquoi pas Gris ? Il est coloré de cette façon, après tout… mais peut-être que ce serait un terme plus approprié pour une créature extraterrestre qu’un mécha…

Ah ! Et Chevalier ? Ça avait l’air cool, et vu que ce seront de futurs Chevaliers, alors cela devrait être bien.

Une fois cela réglé, j’avais confié la production de masse à Rosetta, et la création du carburant à Flora.

J’avais échangé quelques mots d’adieu avec Olba, et je me préparais à me détendre. Mais bien sûr, tout n’était pas si simple. J’entendis des bruits de pas de taille moyenne derrière moi.

« Touuuuyyyaaaaaaaaaa !! »

« Ughaah !! »

Je m’étais tourné vers la source de la voix, pour me retrouver victime d’un violent tacle. Aïe, bon sang ! Mon mystérieux agresseur m’avait renversé, m’avait chevauché et m’avait agrippé durement par le col. Ce n’était nul autre que Sue.

C’était déroutant en soi, parce que je n’avais aucune idée de ce qu’elle faisait dans mon pays. La jeune héritière de la famille Ortlinde me fixait avec une férocité accrue dans les yeux.

« Touya ! Tu me prendras pour épouse, compris ? Nous nous marierons ! »

« Hein, quoi !? »

J’avais été absolument abasourdi par ce qu’elle avait crié. J’avais d’abord cru qu’elle plaisantait, mais son expression n’exprimait qu’une sincérité absolue. Elle avait l’air encore plus déterminée que Yumina. Mais Sue avait beaucoup voyagé pour guérir la vue de sa mère, alors je n’aurais pas dû être si choqué.

« Touya, tu es attirée par les petites filles, non ? C’est ce que Cesca m’a dit ! Ça devrait aller, car je suis la plus petite fille que tu connaisses ! »

« Qu — !? N’écoute pas cette putain de bonne, elle a perdu la tête !! »

Je savais que chacune de mes fiancées était jeune, mais… il n’y avait qu’un an de différence entre Yae et moi, que deux ans entre moi et les jumelles, et la différence d’âge entre moi et les princesses n’était que de quatre ans ! Ce n’était pas terrible, hein !?

« Ma dame, s’il vous plaît, n’agissez pas si imprudemment. Son Altesse le grand-duc semble perplexe. »

Leim était soudainement sorti de l’ombre et avait pris Sue à part.

Quand diable est-il arrivé ici !? Non, calme-toi… De toute évidence, elle n’aurait pas fait tout ce chemin seule depuis Belfast.

« Désolé, mais quelqu’un peut-il m’expliquer de quoi il s’agit ? »

« Voici ce qui s’est passé, récemment la jeune demoiselle a reçu une demande en mariage. »

« Je ne veux épouser personne d’autre que Touya ! Je refuse l’autre gars ! »

Fiançailles, hein ? Eh bien, c’est sorti de nulle part. Mais vu le statut social de Sue, est-ce logique ? Si je me souviens bien, Sue avait onze ans, et je me souviens que le roi a dit quelque chose sur ce sujet : les personnes de la famille royale décidaient généralement de leurs partenaires de fiançailles à l’âge de quinze ans. De plus, Yumina s’était fiancée avec moi à 12 ans, alors…

« Je vois. Alors, de qui vient la proposition ? »

« Du premier prince du royaume de Lihnea, Zabune. »

Lihnea ? Si je me souviens bien, c’est au nord de Refreese… En d’autres termes, de l’autre côté de l’océan.

Il était sur une île appelée Palnea, qui était divisée en deux royaumes, Lihnea étant le royaume sud de l’île. On suppose qu’ils se lançaient toujours dans de petits conflits militaires avec le royaume du nord de l’île, Palouf. Si je me souvenais bien, Lihnea avait des accords commerciaux non seulement avec Refreese, mais aussi avec Belfast et Regulus.

« Je pense que ça vaudrait au moins la peine d’entendre leur version de l’histoire. Qui sait, c’est peut-être un type bien. »

« Est-ce qu’une personne géniale ferait une demande en mariage à quelqu’un qu’elle n’a jamais rencontré ? Je refuse d’épouser des mecs qui oseraient faire une telle chose ! »

« Comment le duc Ortlinde a-t-il réagi ? »

« Il n’a pas encore donné de réponse. Considérant les relations entre nos deux pays d’un point de vue purement politique, ce ne serait pas une mauvaise chose pour nos deux pays. »

C’était logique, vu que cette proposition venait en plus d’un prince. Si Sue et ce prince se mariaient, cela améliorerait certainement les relations politiques entre les deux pays. Mais cela ne serait rien d’autre qu’un mariage politique né uniquement par commodité.

« Mis à part ça, je suis étonné que tu aies amené Sue jusqu’ici juste pour me dire ça. Le duc est au courant ? »

« Il le sait… d’une certaine façon. Oui, d’une certaine façon au moins… La jeune demoiselle est partie si brusquement que j’ai dû laisser derrière moi une lettre expliquant les circonstances… Et à vrai dire, je suis personnellement contre cette proposition. »

« Tu es contre ? Comment ça se fait ? »

Si ce type était le premier prince, ça voulait dire qu’il serait roi un jour, non ? Si Sue épousait ce type, cela ferait d’elle la future reine de ce royaume, reliant directement la famille du duc à la lignée royale d’un autre pays. Je n’avais pas vraiment pu voir de points négatifs jusqu’à présent.

« La réputation du Prince Zabune n’est pas particulièrement bonne, surtout quand il s’agit des femmes. Selon les informations de l’unité des renseignements secrets de Belfast, Espion, le prince Zabune a fait son chemin avec des filles de nombreux nobles ainsi qu’avec diverses servantes du château. C’est parce qu’il y a de telles rumeurs sur lui qu’il n’a pas encore succédé au trône bien qu’il ait déjà plus de trente ans. »

« Quoi Quoi Quoi Quoi Quoi, que viens-tu de dire ! Ce type a plus de 30 ans !? Et il fait sa demande à une fillette de onze ans !? »

Est-ce convenable ? Il y a à peu près 20 ans de différence d’âge ! Bien sûr il est vrai que même dans mon monde, on voit parfois des émissions de variétés avec des trucs comme « Différences d’âge ! Croyez-le ou non, sa femme a trente ans de moins que lui », mais il s’agissait toujours de choses comme un homme de cinquante ans ayant épousé une femme de vingt ans.

Mais on avait un trentenaire qui fait sa demande à une fille de onze ans ! Est-ce même normal dans ce monde !?

« Est-ce que c’est comme, tu sais, ce genre d’histoires ? Ou alors, seraient-ils juste fiancés pour le moment, et le mariage n’aura lieu qu’une fois qu’elle aura grandi ? » 

« Je crains que non. Le prince souhaite se marier dès qu’il reçoit une réponse à sa proposition. D’après ce qu’il a dit, il a rencontré la jeune fille lors d’une fête commune entre nos pays à Refreese, et il serait tombé amoureux au premier regard. »

« Je refuse de l’épouser, et c’est tout ! »

Bon sang. C’est comme si j’étais en position de parler, mais… est-ce un prince pédophile ou quoi ? Non, attendez, d’après les rumeurs, il aurait d’autres femmes, alors je suppose que ce n’est pas un pédophile. Ce n’est qu’une merde. Avec une telle réputation, comment puis-je lui faire confiance ?

« Touya, s’il te plaît ! Épouse-moi ! Tu n’as même pas à me traiter comme Yumina. Garde-moi à tes côtés. S’il te plaît, Touya ? »

Sue m’avait serré les bras aussi fort qu’elle le pouvait et, incapable de me résoudre à la repousser, j’étais resté là avec elle. D’après ce que j’avais entendu, je ne pensais pas que ce mariage rendrait Sue très heureuse. Cependant, étant donné que cela impliquait Belfast politiquement, ce n’était pas quelque chose dont je pouvais m’occuper juste comme ça.

« … je suppose que je devrais aller en discuter avec tout le monde. »

Ce « Tout le monde » impliquait le duc, le roi et mes futures femmes.

***

Partie 2

« Eh bien, pourquoi pas ? Ça a été long à venir. »

« Je ne vois pas de problèmes à en discuter. »

« Tu sais, j’ai toujours eu le sentiment que les choses allaient finir comme ça de toute façon, je l’ai toujours su. »

« Je suis heureuse que nous ayons une nouvelle compagne ! »

« Tu vois, Touya ? Ça s’est passé comme je te l’avais dit, n’est-ce pas ? »

Vous, pourquoi ? Pourquoi chacune d’entre vous réagissait-elle comme ça !? J’avais essayé de consulter Yumina et les autres au sujet de la situation de Sue, et elles avaient toutes acquiescé de la tête.

« Eh bien, on peut en reparler plus tard… »

Je ne pouvais pas accepter aussi facilement, mais c’était hors de propos. Ce n’était pas la question au départ.

« La question est de savoir comment refuser poliment la proposition du prince Zabune. »

« Ne serait-ce pas bien de dire qu’elle déménage à Brunhild en tant qu’épouse du grand-duc ? »

« Cela aurait des répercussions pour le royaume de Belfast. Le prince Zabune est un homme persévérant et très rancunier. Dans le pire des cas, il pourrait mettre fin au commerce avec Belfast une fois monté sur le trône. Ce serait un coup dur pour notre économie. »

Leim fronça les sourcils en parlant. Je ne pensais pas vraiment que le prince serait aussi mesquin.

Pourtant, il va falloir que l’on s’embarque dans une horrible situation… J’étais vraiment contre le fait que Sue se marie avec une ordure comme lui. Mais je n’étais pas tout à fait sûr de ce qu’on pouvait tirer de nos manches.

Il vaudrait peut-être mieux que l’autre partie change d’avis et ne prenne pas Sue pour épouse.

« Le problème, c’est le rejet lui-même. C’est quand même une affaire d’État. Est-ce vraiment bon d’être à l’écoute de nos suggestions ? »

Hrmph, que faire… ? J’avais croisé les bras et poussé un profond soupir, quand Cesca avait soudainement levé la main.

« La ligne de conduite la plus logique serait de le tuer et d’en finir avec ça. »

« Es-tu folle !? »

Espèce de robot-servante idiote, n’ouvre pas ta gueule ! Cela dit, elle avait raison. Cela résoudrait certainement un grand nombre de nos problèmes immédiats… mais cela en causera d’autres à long terme !

« Je serais plus qu’heureuse de mettre fin à la vie d’un pathétique prince idiot de trente ans. Un misérable petit bout de vermine pédophile qui joue avec les femmes pour masquer ses propres faiblesses… il ne gagnera aucune sagesse avec l’âge, seulement de la souffrance. Il vaut mieux l’étouffer avant que sa flamme ne se propage. »

« … C’est facile, Cesca… Comment as-tu l’intention de le tuer, de toute façon ? »

Les paroles méprisantes de Cesca m’avaient déconcerté un instant, puis les autres gynoïdes étaient arrivés avec leurs petites contributions.

« Je vais préparer les balles du sniper, monsieur ! »

« Le cyanure de potassium le tuerait rapidement et douloureusement, sais-tu ? »

« J’aimerais… mettre fin à ce fou avec ma clé à pipe. »

Des coups de feu, des empoisonnements et des coups à l’ancienne ? Vous me faites peur parfois…

J’avais décidé d’ignorer ces robots et de revenir au sujet initial.

« Nous devrions d’abord visiter le domaine du Duc Ortlinde. Je lui expliquerai ce que ressent Sue et on trouvera quelque chose. Il y a peut-être quelque chose qu’on puisse encore faire. »

« … OK. »

Sue hocha la tête doucement. Cela étant décidé, je ne voyais aucune raison de retarder les choses. J’avais ouvert une [Porte] menant sur le domaine d’Ortlinde à Belfast.

« Ce problème me cause aussi beaucoup de stress, je te l’assure. »

Le duc Ortlinde poussa un profond soupir alors qu’il s’enfonçait dans son canapé. Il n’y avait que lui et moi dans la pièce. Malgré mon statut de grand-duc, nous n’avions pas fait de salutation officielle. Même si c’était probablement un faux pas à ce stade, je m’en fichais.

« Le bonheur de Sue est primordial pour moi. Par conséquent, ces fiançailles, si tu veux bien me pardonner mon expression, peuvent foutre le camp tout de suite ! Il y a sûrement une limite à l’audace de ce morveux ! Si le prince était dans cette pièce avec moi, je lui donnerais un coup de poing dans les dents ! »

Je ne pensais pas qu’il donnerait littéralement un coup de poing au prince dans les dents, car cela provoquerait un incident diplomatique, mais je m’inquiétais que la fureur paternelle du duc Ortlinde puisse atteindre des sommets sans précédent. En toute honnêteté, je frapperais probablement aussi le prince.

« D’un point de vue purement politique, c’est évidemment une bonne affaire. Au contraire, Belfast a plus à gagner de l’accord que Lihnea. Les mariages entre nobles sont souvent politiques, c’est tout simplement comme ça que ça marche. Dans une telle perspective, si ma Sue se marie avec lui, son sort sera mieux que d’habitude. »

« Les fiançailles de Yumina avec moi ne sont pas encore publiques, n’est-ce pas ? Je suis surpris que la demande en mariage ait été faite à Sue et pas à elle. »

« Yumina a actuellement des droits de succession directe au trône. D’autres pays supposeraient naturellement qu’elle ne sera pas à la merci d’un étranger, bien que nous savons tous les deux qu’elle devrait déjà être mariée. »

C’était logique. L’ordre de succession actuel pour le trône de Belfast était Yumina, puis le duc Ortlinde, puis Sue. Mais si le bébé de la reine Yuel était un garçon, alors Yumina deviendrait la deuxième dans la liste. Si c’était une fille, le bébé passerait en second.

Si d’autres pays voulaient faire un mariage politique avec Yumina, ils devraient attendre que le bébé soit né. Si le bébé était de sexe masculin, ils seraient libres d’envoyer des propositions à Yumina, car elle ne serait plus liée au trône.

C’était comme ça que l’histoire se passait, même si ça m’avait toujours mis mal à l’aise…

« Ah ouais, il a dit qu’il était tombé amoureux de Sue lors d’une réception à Refreese ou quelque chose comme ça… »

« Bah. Qu’est-ce qu’elle faisait à une fête de toute façon !? »

Le duc Ortlinde fronça les sourcils, apparemment incapable de diriger correctement sa colère. Je pouvais comprendre ses sentiments. En tant que père, il ne pouvait qu’être hanté par la perspective d’un homme d’une trentaine d’années qui essayait de s’en prendre à sa petite fille.

« Malgré son âge, s’il était apprécié des gens, il aurait pu avoir la possibilité de me faire fléchir. Mais plus j’enquêtais, plus je réalisais que ce garçon n’était pas bon. Il ne pourra pas rendre ma Sue heureuse. »

J’avais remarqué que le duc Ortlinde l’appelait garçon, même s’il avait plus de trente ans. Je supposais que cela montrait ce qu’il pensait de lui.

D’après ce que j’avais entendu, le prince était un animal complaisant. Il jouait librement avec les bonnes et les filles nobles qui attiraient son attention, et il envoyait tous les chevaliers qui lui désobéissaient dans les régions éloignées et dangereuses avec des excuses à moitié bidons.

Il vivait aussi comme il l’entendait, dans un luxe total. Il refusait de payer ses impôts et exigeait des dîmes des marchands. Si un commerçant refusait de payer, il se faisait un devoir d’écraser leur entreprise. Et apparemment, sa luxure l’avait tellement asservi qu’on le voyait régulièrement en promenade en train d’arracher des femmes mariées, jouant avec elles jusqu’à ce qu’elles soient brisées, puis ne rien faire lorsque leurs maris se suicidaient. Mais la question de savoir si le suicide avait été assisté ou non n’était pas à l’ordre du jour…

« Pourquoi un prince comme lui n’a-t-il pas été renié ? »

« Wardack, Premier ministre de Lihnea, est le dirigeant suprême. Il gère toutes les affaires de l’État et détient tous les pouvoirs réels. Les rumeurs disent que le roi n’est qu’une figure de proue à ce stade. »

Wardack ? Même le nom sonnait mal.

« Wardack est le cousin de la mère de Zabune, la reine Dacia. Il fait ce qu’il veut en utilisant ça comme moyen de défense. La reine Dacia, à son tour, donne au prince Zabune tout ce qu’il veut. C’est sûrement ce genre de dorlotement qui a créé l’animal qu’il est. »

Hmph… Il n’est pas bon que tout le pouvoir soit détenu par une seule personne. On dirait que le roi ne peut pas tenir tête à la reine non plus… Je ferais mieux de m’assurer que cela ne m’arrive pas !

« Alors, que penses-tu que l’on dit faire pour les fiançailles ? »

« … Qu’est-ce qu’on devrait faire ? »

Ma question m’avait été renvoyée. Naturellement, j’étais contre. Je ne voulais pas que Sue épouse un monstre monstrueux.

« … pourrais-je le tuer ? »

« … Même si ce n’était qu’une plaisanterie, je ne m’y opposerais pas. »

« Haha… ouais… »

Pourtant, c’était juste une blague. Cette Cesca avait dû déteindre sur moi.

Cela dit, ce serait une terrible nouvelle pour Lihnea que de voir cet idiot de prince devenir roi. Oh, mais peu importe qui devrait accéder au trône étant donné qu’il ne sera que le pantin de Wardack. Avoir ce crétin sous contrôle rendrait les choses plus faciles à contrôler.

« Nous pourrions éviter cette situation si tu prends Sue pour épouse, Touya, mais… »

« Mais quoi ? »

« Ce prince idiot dirigerait sûrement toute sa colère contre le duché de Brunhild. »

« Merde. »

Il n’y avait pas eu de contact formel entre le royaume de Lihnea et mon duché de Brunhild, alors je doutais qu’il y ait beaucoup de dégâts, mais… Je ne voulais pas que notre première interaction soit entachée par sa colère débridée.

« N’es-tu pas d’accord ? »

« Ce n’est pas comme si je n’étais pas d’accord, c’est juste… Je ne vois Sue en ce moment que comme une petite sœur mignonne… Je suis aussi fiancé à cinq autres femmes ! »

« Heh, en ce moment, dis-tu ? Alors il y a toujours une chance. Pourtant, il n’y a aucune raison pour qu’un monarque n’ait pas plusieurs épouses, tant qu’il a les moyens de les soutenir et de les aimer toutes. Même le Roi-Bête de Mismede et l’empereur de Refreese ont des concubines. En fait, je crois que le roi du royaume brûlant de Sandora a vingt-six femmes. »

Sérieusement !? C’est un vrai harem ! Mais même le shogunat Tokugawa avait un tas de concubines dans le palais intérieur.

« En fait, tu pourrais te retrouver avec une crise de succession si tu n’avais pas d’autres mariées ou maîtresses… »

Hmph… je suppose que c’est vrai, mais… J’ai l’impression qu’une crise successorale serait encore pire s’il y avait trop d’héritiers.

« Que faire… pour arrêter ça… hm… »

Le duc Ortlinde se tut un moment et se mit à réfléchir sérieusement.

« Cela impliquerait de se mêler des affaires d’un pays étranger, mais… nous pourrions placer le second prince sur le trône à la place de cet idiot. »

« Un second prince ? Tu veux dire qu’il n’y en a pas qu’un ? »

« Oui, l’enfant d’une concubine. Il vit dans une cabane près du palais, détaché des luxes de cette vie. On dit que c’est un jeune homme merveilleux, mais il a une honte profondément enracinée en lui. Pourtant, à l’heure actuelle même un homme ordinaire serait meilleur que cet idiot de prince. »

Une autre mère ? Ce qui veut dire qu’il n’était pas lié au ministre Wardack.

Il avait probablement eu de la chance d’être encore en vie. Étant donné sa position de second prince, il y aurait probablement un camp qui voudrait qu’il soit couronné à la place de son frère aîné. De ce point de vue, il serait probablement considéré comme un parasite par Zabune, alors j’avais été surpris qu’il ne l’ait pas encore fait exécuter.

« Il y avait des familles nobles qui ont suggéré que le jeune prince succède, mais le Premier ministre Wardack les a fait taire. La mère du second prince est aussi mortellement malade et isolée du monde. Il n’a personne pour le soutenir, alors ils peuvent le traiter comme ils le souhaitent. Ils vont le laisser vivre dans la misère jusqu’à sa mort. »

C’est horrible.

D’après ce que m’avait dit le duc Ortlinde, il avait vingt-deux ans, mais n’était pas encore marié. Apparemment, ce stupide prince n’était pas le seul dans sa famille à vivre aussi longtemps sans être marié, du moins selon les normes de ce monde.

« Donc pour que le second prince soit couronné, le premier doit être renié, non ? »

« Oui, c’est exact. »

C’était une situation délicate. S’immiscer dans les affaires d’État d’un autre pays comme celui-ci serait considéré comme une conspiration de haut niveau… En plus, j’étais grand-duc. Je dirigeais mon propre pays ! Ce serait vraiment mauvais si je me faisais prendre là-dedans !

Il était vrai que je devais prendre en compte mes propres affaires politiques. S’il était démontré que j’avais planifié une telle chose, mes relations diplomatiques avec d’autres pays pourraient s’en trouver désastreuses…

J’avais déjà pris ma décision : de toute façon, je n’abandonnerais pas Sue.

« Qu’a dit Sa Majesté ? »

« Il a dit de le rejeter immédiatement. Il a dit qu’on n’a pas besoin de la charité de Lihnea si Sue en était le prix. »

Le duc parla fièrement de son frère avec un léger sourire sur son visage. Sa Majesté le roi de Belfast était vraiment un spécimen étonnant. J’étais heureux d’apprendre qu’il était d’accord. De plus, ce n’était pas comme si nous savions avec certitude que le rejet allait détruire les relations commerciales entre les deux pays. Et même si c’était le cas, ce ne serait pas avant que ce crétin de prince soit mis sur le trône.

Le commerce avec Belfast leur profitait certainement aussi, alors j’avais l’impression que le Premier ministre Wardack n’y mettrait pas fin. S’il n’était pas un idiot, du moins je le pensais.

« Alors on rejette la proposition ? »

« Oui. Je vais le faire. Je suis sûr que d’autres nobles en parleront, mais ils ne pourront en parler qu’après que leurs filles aient été pourchassées. »

Exactement. Au moins Sue pourrait avoir maintenant l’esprit tranquille. Et tandis que je réfléchissais, quelqu’un frappa à la porte. Leim entra dans la pièce.

« Monsieur. Le messager du royaume de Lihnea est arrivé. »

« Oh ? Il a envoyé un messager ? Il a dû s’impatienter, mais il arrive au bon moment ! Faites-le entrer. »

« Très bien. »

J’avais essayé de quitter la pièce, mais le duc Ortlinde m’attrapa par l’épaule.

Au bout d’un moment, un jeune homme qui semblait avoir une vingtaine d’années était rentré. Il s’inclina d’une manière calme et formelle, permettant à ses cheveux châtains attachés de se secouer un peu.

« Très estimé duc Ortlinde. Pardonnez mon impolitesse et mon intrusion, j’ai été envoyé pour recevoir votre réponse suite à la proposition du prince. »

« Ne vous inquiétez pas, vous ne me dérangez pas. Asseyez-vous, je vous en prie. »

Les deux s’installèrent sur des sièges confortables, face à face, un peu loin de moi. Le duc Ortlinde était à ma droite et le messager à ma gauche. Je me sentais presque comme un arbitre au début d’un match de football.

Le messager de Lihnea jeta un coup d’œil dans ma direction et allait ouvrir la bouche, mais le duc Ortlinde s’était mis à parler.

« Bien que nous apprécions la proposition, je crains que nous ne devions la rejeter pour le moment. »

« … Si ça ne vous dérange pas, je peux vous en demander la raison ? »

Hm ? Vient-il de sourire ? Ça ressemblait pourtant à un sourire ironique, et pas à un rictus… Je suppose qu’il s’y attendait.

« En effet, il a été décidé que ma fille épouserait un autre homme. »

Attends… non, ne fais pas ça ! C’est… non !

« … et à qui sera-t-elle fiancée ? »

« À l’homme se trouvant dans la même pièce que nous. Je vous présente Son Altesse le grand-duc de Brunhild, Mochizuki Touya. »

Espèce d’enfoiré sournois ! Tu t’es bien servi de moi !? Si je m’y oppose maintenant, le messager pensera que tu mens ! Je me suis bien fait avoir !

« Cet homme est le souverain du Duché de Brunhild !? »

Les yeux du jeune messager s’élargirent, il était en état de choc. Il s’était immédiatement levé et s’était mis à se prosterner sur le sol. Ah, attends… arrête. Ce n’est pas nécessaire ! Arrête de t’incliner !

« Je n’aurais jamais cru que je pourrais vous rencontrer ici… Dieu merci… oh, Dieu merci !! »

Attends… euh, hein ? N’en fais-tu pas un peu trop ? Calme-toi un peu, mec !

« J’ai entendu parler de vous, Milord ! Des histoires merveilleuses qui inspirent la crainte ! Pardonnez mon égoïsme, mais permettez-moi de vous demander… est-il vrai que vous pouvez utiliser la magie de transport ? »

« Hein ? Euh, oui. C’est vrai… »

« S’il vous plaît, sauvez ma mère ! »

Attends ? Désolé, mais je ne comprends rien. Il y a trop d’intrigues tout à coup ici. Quelle mère ! Quand a-t-il appris que je pouvais me téléporter !? Je suppose qu’il a pu en entendre parler suite au coup d’État, ou peut-être quand j’achetais des choses en vrac… ou peut-être quand je… l’utilisais simplement comme une commodité quotidienne… Je suppose que je ne l’ai pas du tout vraiment caché, hein.

« Désolé, pouvez-vous reprendre tout depuis le début ? Qu’est-ce qui se passe exactement ? »

« Mon nom est Cloud Zeph Lihnea. Je suis le second prince du royaume de Lihnea. »

On se regardait, le duc Ortlinde et moi, la mâchoire relâchée. Nos halètements se chevauchaient. Le second prince ? Ici ? L’héritier illégitime qui avait été traité comme un déchet ? Pourquoi était-il ici en tant que messager ? Était-ce un nouvel acte de cruauté de la part de sa famille ?

« Si vous êtes le deuxième prince, ça veut dire que vous êtes là parce que ta mère est malade… Voulez-vous que je guérisse sa maladie ? »

« Ma mère n’a pas de maladie. En vérité, elle a été enfermée. Elle est dans les griffes de cette sale ordure de ministre Wardack ! »

Cloud, le second prince, leva la tête. Ses yeux brûlaient de rage.

Évidemment, je savais bien que ce genre de choses allaient arriver.

***

Partie 3

Cloud Zeph Lihnea Lihnea, second prince du Royaume de Lihnea, vivait une vie de reclus.

Dès sa naissance, on l’avait enlevé à ses parents et on l’avait fait vivre dans une petite maison loin du château. Le temps qu’il découvre même qu’il était un prince, son frère lui avait déjà inculqué sa propre inutilité. Quand le prince Zabune était de bonne humeur, le second prince recevait des insultes toute la journée, sinon il recevait des coups de pied où il se faisait passer à tabac.

Cela ne le dérangeait pas de se faire insulter. Le jeune prince pouvait l’endurer, mais il ne supportait pas d’entendre sa mère se faire calomnier. Les gardes et autres jeunes fils de nobles familles ne l’aidaient pas non plus. En fait, ils le maintenaient au sol pendant que son frère aîné lui donnait des coups de pied dans les côtes et sur le visage.

Même si la mère du prince Cloud pouvait être considérée comme faisant partie de la noblesse, elle était à l’origine la fille d’une famille marchande. Ce n’est que par hasard qu’elle avait été adoptée dans une famille noble. Un baron et sa femme ne pouvant pas avoir d’enfants, ils avaient adopté la fille et l’avaient traitée comme la leur, lui accordant leur statut dans le processus. C’était pour cette raison que la mère du prince Zabune avait enseigné à son fils qu’il fallait mépriser son jeune frère par principe.

« Franchement, j’ai toujours voulu quitter le pays à cause de mon frère. Mais je ne pouvais pas abandonner ma mère et ils le savaient. Elle avait été faussement diagnostiquée et enfermée. Ma mère était maintenant isolée, cachée du monde. Ils ont dit qu’elle était contagieuse, et de ne pas l’approcher. »

Ils avaient effectivement pris sa mère en otage, laissant le jeune prince à la merci de son frère, sans issue. Le temps qu’il remarqua le statut de prisonnier de sa mère, il était même impossible de lui rendre visite.

« Elle est toujours en vie, non ? »

« Effectivement. Il y a une fille qui s’occupe de ma mère, ou du moins elle s’en est occupée. Cette fille est aussi une subordonnée d’un noble qui s’occupe de moi, donc je sais qu’elle est vivante grâce à ça. »

Pourquoi feraient-ils une chose pareille ? Est-ce que le grand frère est juste jaloux du plus jeune, ou quelque chose comme ça ?

« Mon frère s’attaque aux faibles. Il m’utilise pour des boulots comme celui-ci, pour montrer à tout le monde à quel point je suis pathétique. En m’utilisant comme messager, tout le monde voit que ma place dans le monde est celle d’un humble garçon de courses. Je ne suis rien de plus. »

C’est vraiment n’importe quoi. Je ne l’ai même pas encore rencontré et je le déteste.

« Et le roi ? Il n’en parle pas ? »

« Mon père ne peut pas s’élever contre le Premier ministre Wardack. Je crains qu’il ne soit tué s’il résiste aux caprices de cet homme. Les familles nobles qui soutenaient mon père ont aussi été chassées les unes après les autres. Mon père n’a pas d’amis dans cet endroit. »

Les mains du prince tremblèrent lorsqu’il répondit au duc Ortlinde. C’était bien pire que je ne le pensais. Le Premier ministre songeait probablement à remplacer le roi par quelqu’un qui faisait partie de sa famille. Cependant, le traiter de la même manière qu’une ampoule à remplacer était dingue. Attendez, attendez…

« Alors… la demande en mariage, c’était pour… »

« Je le crois aussi. L’intention serait d’annoncer son mariage en même temps qu’il prendrait le trône. »

Tout cela avait du sens… Ça voulait dire qu’il aurait pu choisir n’importe qui pour se marier, non ? Ou peut-être avait-il délibérément choisi Sue parce qu’elle était jeune et qu’elle se croyait faible ? Et même s’ils étaient mariés, un type comme Zabune ne laisserait pas une femme sur le même pied d’égalité que lui. Si Sue épousait ce crétin, elle pourrait finir par être maltraitée, tuée ou pire encore… c’était dégoûtant.

« Quand il a fait de moi son messager, j’ai vu qu’une opportunité se présentait. Je savais que le duc Ortlinde et Votre Altesse étaient de bons amis, alors j’avais l’intention de prier le duc Ortlinde de vous rencontrer. Mais je ne m’attendais pas à pouvoir vous rencontrer aujourd’hui. »

« Alors vous voulez que je sauve votre mère, c’est ça ? »

« Oui, absolument ! »

Le Prince Cloud recommença à s’agenouiller. Je me demandais quoi faire. Utiliser [Porte] serait assez facile. Trouver sa mère ne serait probablement pas impossible non plus, mais il pourrait y avoir quelques complications.

« Grand-Duc de Brunhild, si vous permettez… »

Le duc Ortlinde ouvrit soudain la bouche pour parler. Hm ? C’est quoi ce ton ? Est-il si mal de bavarder comme ça devant une tierce personne ou quoi ?

« Nous devrions convoquer immédiatement une réunion d’urgence des puissances occidentales. Nous ne devons pas nous contenter d’entendre l’opinion de Belfast. Il serait sage que nous écoutions également Regulus, Mismede et Refreese. Il serait raisonnable que vous soyez impliqué. »

Quoi !? Est-ce si important que ça !? Je ne suis pas opposé à entendre une seconde opinion, mais c’était un peu trop.

« Si le Prince Cloud le juge approprié, je crois que d’autres nations pourraient passer à l’action. Cet imbécile de premier prince devrait être destitué, et le prince Cloud devrait prendre le trône. »

QUOI !? Duc Ortlinde souriait alors qu’il parla avec une grande confiance. Tout ce que Cloud et moi avions pu faire, c’était le regarder fixement.

« … voici en gros la situation ! »

Les dirigeants de l’alliance occidentale étaient tous réunis dans une salle de réunion du château de Brunhild. Étaient présents des représentants du Royaume de Belfast, du Royaume de Mismede, de l’Imperium Refreese, de l’Empire Regulus et de la Théocratie Ramissh. Ramissh était devenu un nouveau membre de l’alliance.

Je leur avais donné un aperçu de la situation, leur expliquant que nous devions décider de notre prochaine ligne d’action.

« En fait, nos rapports de renseignements reflètent à peu près les mêmes informations. Le Premier ministre de Lihnea a largement plus de pouvoir que le roi. »

L’empereur de Régulus murmura cela, confirmant qu’il savait la même chose.

« Mon peuple n’a pas grand-chose à voir avec Lihnea, je ne pense pas avoir grand-chose à ajouter ici. »

Le Roi-bête se tapa le menton avec un doigt pendant qu’il parlait. Lihnea semblait avoir des relations régulières avec Belfast, Refreese et Regulus, mais pas avec Mismede ou Ramissh. Il en était de même pour Brunhild.

« Cela étant dit. Le premier prince et le Premier ministre m’offensent personnellement. J’ai pitié des citoyens. »

« En effet ! J’ai entendu dire que les habitants de Lihnea ont été lourdement taxés ces dernières années. L’excuse donnée était qu’ils préparaient un effort de guerre contre le royaume de Palouf. C’est vraiment gênant… »

Sa Sainteté le pape soupira et secoua la tête.

« Je ne me soucie pas de l’ascension du prince Cloud sur le trône. Il semble certainement qualifié, mais est-ce que cela va réparer les dommages déjà causés ? Je doute qu’un membre du gouvernement l’écoute, car ce dernier est rempli de proches corrompus du Premier ministre. »

Sa Majesté Impériale de Refreese avait également un but. Changer la tête ne changerait pas grand-chose si le corps lui-même était malade. Il faudrait retirer le mal à la racine.

« Qu’en pensez-vous ? »

J’avais pris la parole, m’adressant au prince. Celui-ci était stupéfait et s’était mis à babiller. L’Œil mystique de Yumina m’avait confirmé que c’était une bonne personne, et le pape était facilement capable de me dire s’il mentait.

« Eh bien… J’ai l’intention de me servir des gens que le Premier ministre a évincés ou exilés. Depuis plus d’une décennie, de nombreux nobles et ministres ont été mal traités en raison de leurs liens sociaux, y compris de nombreuses personnes talentueuses. La situation actuelle est que si vous ne pouvez pas payer Wardack, vous ne pouvez pas garder votre position. »

Le prince parla d’une manière désobligeante, et la bête secoua la tête en réponse.

« Immonde… et tellement corrompu… Ah, mes excuses. Je ne voulais pas dire du mal de votre nation. »

« Non, c’est… c’est vrai. »

Le prince Cloud baissa les yeux, ses yeux étaient remplis de tristesse. D’un autre côté, il avait de plus en plus l’air d’un homme bon et honnête.

« Avez-vous des nobles puissants ou compétents à vos côtés ? »

« Absolument. Le marquis Koupe est l’ancien premier ministre. Il a aussi le soutien et la confiance de la plupart des familles nobles, et c’est la personne qui m’a souvent soutenu dans l’ombre. »

Le prince Cloud répondit instantanément à la question du roi de Belfast. Il semblerait qu’il avait des amis aussi bien que des ennemis. On aurait dit qu’il y avait un grand nombre de familles puissantes qui n’aimaient pas Wardack. Si nous pouvions les unifier, le pays fonctionnerait bien même avec Cloud sur le trône.

« Mais à part ça, prince Cloud. Qu’est-ce que vous désirez réellement ? Si vous vouliez seulement aider ta mère, alors fuir le pays est une option tout aussi valable, non ? »

« … Non. J’en vu beaucoup trop de personnes souffrir entre les mains de mon frère et celle du Premier ministre Wardack. Je suis faible, impuissant. Je ne peux pas les aider. Mais si je peux faire quelque chose, même si mon aide arrive beaucoup trop tard, je veux le faire. »

« Ça voudrait dire que vous êtes prêt à commencer une révolution à Lihnea. Même si le Premier ministre détient le vrai pouvoir, vous serez en opposition avec le roi. Ça ne vous dérange pas d’aller à l’encontre de votre père ? »

« Si je dois le faire, alors je le ferais. »

Le jeune homme parlait avec confiance. Même si ce n’était pas dirigé contre le roi, c’était quand même un coup d’État. Dans l’idéal, cela se ferait sans mobilisation d’une force militaire.

« Alors, les amis ? Que dirions-nous de soutenir Lihnea… ? Non, la révolution du prince Cloud ? », avais-je demandé à tout le monde assis à table.

« Notre pays soutient le prince Cloud. La vile corruption à Lihnea pourrait s’étendre à nos patries si rien n’est fait. »

« Bravo, bravo ! »

Le roi de Belfast fut le premier à prendre la parole, suivi peu après par l’empereur de Refreese.

« L’Empire Regulus ne peut pas ignorer cela. Bien que nous ne puissions pas fournir activement des forces, nous offrons toujours notre soutien. »

L’empereur de Régulus avait également pris la parole. Ils ne s’étaient pas encore remis du récent coup d’État, de sorte que leur force militaire n’était pas à son apogée. Il était naturel qu’ils n’aient pas pu utiliser des ressources.

« Bien que notre pays n’ait rien à voir avec ce gâchis, je m’engage quand même à vous appuyer, vous et nos alliés. Je ne peux pas me résoudre à tolérer Lihnea telle qu’elle est maintenant. »

« Notre Sainte Nation ressent la même chose. Nous aussi, nous soutenons le Prince Cloud. »

Le Roi-bête et Sa Sainteté le pape avaient également promis leur soutien. Avec cela, tous les pays de l’alliance occidentale soutenaient Cloud comme le prochain roi de Lihnea. Il ne restait plus qu’à renverser le Premier ministre et ses larbins.

Idéalement, nous devrions éviter la guerre ou les campagnes militaires. J’étais sur le point de consulter les autres, quand ils se furent tous exprimés en même temps.

« Eh bien alors, Touya. Bonne chance ! »

Excusez-moi ! Êtes-vous en train de me dire que je devrais régler cette affaire tout seul !? Si ce n’est que sauver sa mère c’est possible, mais gérer toute la révolution !? Pas moyen !

« Désolé pour le dérangement, vraiment. Merci beaucoup pour votre aide. »

« A-Ah… non… C’est… C’est bon… »

J’avais souri raidement au Prince Cloud, qui était parti et avait recommencé à s’incliner. Qu’ils aillent tous au diable, je ne peux pas gagner ! Ensemble, ils étaient formidables, mais je supposais qu’ils n’étaient pas tous des dirigeants expérimentés sans raison. Ils étaient plutôt bons, je pouvais au moins leur donner cela…

« D’accord, camarades monarques ! On soutient tous Prince Cloud ? Bien. Maintenant, puisque nous sommes tous à Brunhild… nous devrions probablement aller améliorer nos relations diplomatiques. »

« Très bien. »

« Ah, enfin. »

« Hehe… »

À la remarque du roi de Belfast, les autres monarques commencèrent à sortir de la salle de conférence. Je savais ce qu’il voulait dire par améliorer leurs relations diplomatiques, car ils se dirigeaient tous vers la salle de jeu.

Il ne restait plus que moi, le prince Cloud et le pape. Ces deux derniers restèrent avec moi, probablement parce qu’ils n’avaient aucune idée de ce qu’était la salle de jeu.

« Bon sang… Vous devriez vous joindre à eux, Votre Sainteté. Il y a aussi du thé et des sucreries en bas. C’est sa façon préférée de se détendre. »

« Hein ? Alors, j’adorerais. »

Bien sûr, la personne dont je faisais référence n’était autre que Dieu. Il avait récemment commencé à venir et à voler des collations dans ma salle de jeu. Je n’avais aucune idée de la façon dont il était capable de détecter leurs présences. Même le dieu de l’amour était venu de temps en temps et avait fini par manger plus de la moitié de mes bonbons.

J’avais été surpris de constater qu’ils avaient déjà trouvé les unités d’entraînement et qu’ils les pilotaient avec joie. Rosetta et Monica étaient là pour faire de la maintenance, et avaient apparemment décidé de s’arrêter et d’enseigner à tous les monarques de l’alliance occidentale comment utiliser un simulateur de robot géant.

Ils avaient été développés au point où quatre joueurs pouvaient jouer en même temps. L’écran externe montrait les quatre Frame Gears présents dans la simulation, ils étaient colorés respectivement en Rouge, Bleu, Jaune et Mauve. Mais je ne savais pas qui pilotait quoi. Mais cela n’avait pas d’importance, parce que chaque pilote était vraiment mauvais. Ils avaient tous sauté dans la mauvaise direction, puis avaient perdu l’équilibre et s’étaient effondrés. C’était plutôt drôle.

« Votre Altesse, qu’est-ce que c’est ? »

« Eh bien… »

Le prince Cloud et Sa Sainteté furent frappés de surprise. C’était naturel, il y avait beaucoup de trucs étrangers ici.

« C’est ma salle de jeux. C’est une pièce faite pour la détente et le jeu. Une fois par mois, les dirigeants de l’alliance occidentale viennent ici après s’être réunis dans mon château. »

Mais dernièrement, je me demandais s’ils avaient utilisé les réunions comme prétexte pour venir jouer. Au moins, cette fois-ci nous avions réglé un problème important.

Je m’étais demandé si je devais ou non commencer à former des pilotes d’autres pays. Après tout, la menace de la Phrase se rapprochait de plus en plus…

Si une quantité massive de Phrases franchissait la barrière, Brunhild seul ne serait certainement pas suffisant pour s’en occuper. En prêter à d’autres pays serait probablement une bonne idée. Ce serait bien de les rendre plus accessibles. Avoir seulement les dirigeants de chaque pays suffisamment formés pour piloter un Frame Gear serait un désastre en soi.

Alors que je réfléchissais à mon prochain plan d’action, j’avais demandé à Cesca et Lapis d’apporter des collations pour le prince Cloud et Sa Sainteté le pape. J’avais certainement beaucoup de choses à faire, mais je n’avais pas pu m’empêcher de penser que le leader le plus occupé dans la salle ce jour-là était moi.

***

Partie 4

J’avais utilisé [Rappel] pour récupérer les souvenirs du prince Cloud de sa maison, et de là, j’avais ouvert une [Porte] vers le royaume de Lihnea. Honnêtement, je n’aimais pas utiliser ce sort sur les garçons, mais j’étais bien obligé de le faire. Je ne voulais pas lui tenir la main, encore moins pousser mon front contre le sien.

Pour sauver la reine Erya, la mère du Prince Cloud, nous avions formé un groupe de cinq personnes. Il y avait le prince lui-même, moi, Elze, Yae et Kohaku. Nous voulions faire usage de mobilité et de discrétion plutôt que d’utiliser une force brute écrasante. Les autres membres du groupe resteraient à la maison en attendant. Après tout, je ne voulais pas amener trop de monde.

Nous étions sortis de la [Porte] et nous nous étions retrouvés à Nimue, la capitale de Lihnea. Le prince Cloud était un peu désorienté, mais c’était tout à fait normal puisque c’était la première fois qu’il voyageait par le portail.

« W-Wow… Nous avons vraiment atteint Lihnea en quelques instants… »

Nous étions apparus dans une ruelle pour ne pas être vus. Heureusement, il semblerait que personne ne nous ait détectés.

De là, nous allons appliquer à la lettre le plan que nous avions conçu. J’avais dit au prince Cloud de rapporter la réponse de la proposition, et de le faire comme si de rien n’était.

Après tout, je n’avais pas encore rencontré le premier prince ou le Premier ministre. J’avais besoin de voir de mes propres yeux quel genre de personnes ils étaient. J’avais choisi [Invisibilité] pour que chaque membre de notre groupe soit indétectable. Tous sauf le prince Cloud.

« Quel sort incroyable… ! Je ne vous vois pas du tout… »

« Nous ne sommes invisibles que pour les yeux. Si quelqu’un nous cogne, on nous sentira. S’il vous plaît, guidez-nous, puisque nous ne connaissons pas bien l’endroit. »

Le prince Cloud fit un petit signe de tête avant de retourner au château à un rythme légèrement plus lent que la moyenne.

Nous avions marché le long d’une route plus calme avec moins de monde, jusqu’à ce que nous soyons enfin arrivés au château. Les gardes jetèrent un petit coup d’œil vers Prince Cloud, n’offrant guère plus qu’un grognement. Je me sentais mal à l’aise. On pouvait vraiment dire qu’il avait été malmené par toutes les personnes du château, malgré son statut de prince.

Nous étions entrés dans la salle du château, et quelqu’un était venu de l’autre côté. Le prince Cloud se raidit, gela sur place et inclina lentement la tête.

« … Je suis rentré, grand frère. »

« Haha. Cloud ? C’était rapide, n’est-ce pas ? Qui aurait cru qu’une limace comme toi pouvait ramper si vite ? Ce doit être un mauvais présage, je planifie la pluie demain… »

Il était plus petit que Cloud, et assez décharné. Il avait une coupe au bol. Les côtés de sa bouche se courbaient en pointes malveillantes lorsqu’il gloussait. J’avais su alors que c’était le Premier Prince, Zabune. Il portait des bottes dorées, un foulard de soie fantaisie et des vêtements de style bariolé sur tout le corps.

« … Quel goût horrible ! »

J’avais entendu Elze marmonner, mais heureusement Zabune ne l’entendit pas.

Baisse d’un ton, imbécile ! Ta voix n’est pas inaudible ! Derrière lui se trouvait deux hommes qui ricanaient, et une femme qui regardait le sol. Les hommes étaient probablement ses disciples, et la femme… semblait être une esclave. Elle portait l’un de ces colliers autour du cou, comme celui que j’avais vu à Sandora. Je n’avais jamais entendu que Lihnea avait des pratiques d’esclavage.

« Eh bien ? Crache le morceau. Quelle a été la réponse ? Une bonne nouvelle, j’espère ? »

« Ah, non… il semblerait que la fille de Duke Ortlinde ait déjà un fiancé… C’est pour cette raison qu’ils ont refusé. »

« … Excuse-moi ? Qu’est-ce que tu viens de dire ? Parle plus fort. »

« … J’ai dit qu’ils ont décl —» THWACK ! Avant que Cloud ne puisse finir sa phrase, Zabune l’avait frappé à la mâchoire.

« Petit oursin inutile. Pourquoi ne l’as-tu pas enlevée !? Si tu l’avais amenée, j’aurais pu lui mettre un collier et il n’y aurait plus eu de problèmes. Espèce de petite merde stupide et peu intuitive ! »

Whoa... Qu’est-ce qu’il vient de dire ? Mettre un collier sur Sue ? C’était ce qu’il avait en tête !?

« Cette petite salope m’a regardé et a rigolé pendant la fête à Refreese ! Elle ! Une simple fille de duc qui se moque de moi ! Une fois que je l’aurai, je l’attacherai, puis j’entraînerai son corps. Je vais lui briser l’esprit ! Alors on verra qui rira le dernier ! »

Qu’est-ce que c’est que ce bordel… ? Si tu portais cette tenue stupide à la fête, alors il est probable que toutes les personnes présentes auraient ri, salaud… ! Les autres invités ont dû se retenir par politesse. Mais Sue n’est qu’une enfant ! Fous-toi du plomb dans le crâne, ordure !

« Tsk. Je n’arrive pas à croire que tu sois aussi inutile. Quelle misérable merde j’ai pour un jeune frère… ! Eh bien ? Qui est le fiancé ? As-tu au moins découvert son identité, n’est-ce pas ? »

« … Il s’agit du grand-duc de Brunhild, Mochizuki Touya. »

« Brunhild… ? Cette nation naissante ? Pah ! À quoi pensent ces débiles ? Ils ne vont rien gagner s’ils la marient à une si petite nation ! »

Petite !? Quel trou du cul… ! C’est bien une chose que je peux dire, mais pas lui !

Le prince Zabune se mit à regarder Cloud. Tout à coup, il s’était mis à réfléchir à quelque chose, puis il avait commencé à sourire méchamment.

« Hé, Cloud. Retourne à Belfast tout de suite, et tu vas commencer à raconter certaines histoires. »

« Je ne comprends pas ? »

« Va répandre la rumeur que le grand-duc de Brunhild est un pervers qui utilise et abuse des femmes. Si cela se répand, ce pathétique petit Ortlinde pourrait reconsidérer la situation… Après tout, il ne voudrait pas que sa fille se retrouve dans le lit d’un tel homme. Ne suis-je pas malin ? »

Mec, j’ai vraiment envie de le gifler. Je vais vraiment frapper ce type… attends que je règle ton putain de compte.

« … Si je répands cette rumeur, pourrais-je revoir ma mère ? »

« Quoi ? Ne te l’ai-je pas déjà dit ? Ta mère est malade, elle est contagieuse. Espèce d’abruti. Et si tu tombais malade aussi ? Qu’est-ce qu’on ferait alors ? Hm ? Eh bien ? Tu devrais être reconnaissant que je veille sur toi en tant que ton vénérable frère aîné. Hah… je te le redis encore une fois, elle pourrait mourir d’une minute à l’autre. »

Zabune avait souri à la fin de sa dernière phrase, à laquelle Cloud répondit avec les poings serrés et un regard furieux. L’expression du prince Zabune changea immédiatement.

« … Qui es-tu pour me regarder de cette manière ? »

De nulle part, Zabune avait frappé Cloud dans le ventre. Cloud sentit la douleur l’envahir tandis que Zabune le frappait encore. Puis, il lui donna un troisième coup de pied impitoyable.

« Espèce de petite merde pathétique ! Espèce de misérable petit asticot visqueux ! Comment oses-tu ! Comment oses-tu !! Tu devrais être reconnaissant d’être encore en vie… Tu devrais lécher mes bottes et embrasser le sol sur lequel j’ai marché, tu comprends !? Peut-être que tu apprendras un peu de respect si je te l’enfonce, petite merde ! »

L’agression brutale du prince Zabune s’était finalement calmée, tandis qu’une autre personne entra dans la pièce.

« Zabune ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Ah, Mère… J’étais en train d’éduquer mon petit frère turbulent, n’y pense plus. »

Ce qui au départ semblait être un cochon dans une robe rouge voyante était en fait une femme humaine. La créature voyante, obèse et maquillée, s’était pavanée dans les escaliers recouverts de tapis rouge avec plusieurs bonnes derrière elle. C’était clairement la reine Dacia, la mère de cet idiot. Ils ne se ressemblaient presque pas, la seule caractéristique commune étant leurs bouches sales et leurs regards corrompus.

« Oh mon Dieu, Cloud… Tu devrais vraiment comprendre ta position ici. Contrairement à toi, Zabune est celui qui portera l’avenir de notre nation. Ne l’ennuie pas avec des choses aussi insignifiantes, d’accord ? Bien que, je suppose que tu ne peux pas t’en empêcher… Tu dois avoir tellement de sang de roturier en toi du côté de ta mère qu’une telle stupidité vient naturellement, hm ? »

Elle fixa Cloud de ses yeux froids et glacés, avant de se tourner soudain vers Zabune avec un sourire chaleureux. La vitesse de son changement d’expression était pour le moins inquiétante.

« Que s’est-il passé avec la demande en mariage, Zabune ? »

« Cloud a tout gâché. Il est inutile. »

« Oh, mon pauvre petit bébé… Eh bien, Belfast est un petit pays stupide… Je suis sûr qu’il va bientôt se délabrer ! »

Au lieu de me sentir en colère, je m’étais trouvé plus surpris et étonné par l’échange que je voyais. Ces gens étaient vraiment des personnes peu ordinaires.

« Une fois assis sur le trône, je ne manquerai pas de punir tous ceux qui m’ont déçu. En parlant de ça, maman… J’aimerais vraiment devenir roi. Je n’ai pas besoin de me fiancer. »

« Très bien… Allons en discuter avec Wardack. »

« Oui, s’il te plaît ! »

Ils étaient partis tous les deux, emmenant leur entourage avec eux, oubliant complètement Cloud.

C’est un duo mère-enfant qui ne pouvait plus être sauvé… Ils sont beaucoup trop corrompus. Pourquoi le roi a-t-il épousé ce porc ? Est-ce un mariage politique ou l’ont-ils fait chanter ?

« Venez, Lumière ! Confort apaisant : [Magie curative] ! »

Le prince Cloud s’était levé en titubant après que je lui avais jeté la magie de rétablissement. Sa respiration était cependant lourde.

« Est-ce que ça va ? »

« Ça va… Ça ne fait plus mal. Merci beaucoup… »

La douleur physique avait disparu, mais j’étais sûr que les cicatrices mentales restaient. Son poing était encore serré et tremblant. Je pouvais voir le blanc de ses articulations. Je me demandais combien de temps il avait dû endurer ce traitement. Pour moi, c’était un miracle que Cloud ait survécu à tout cela sans être complètement brisé.

« Quel type dégoûtant… ! »

« En effet… j’ai senti l’envie de le mettre en pièces. »

Elze et Yae avaient parlé. Leur ton collectif débordait de colère. Mais je les comprenais. Je voulais faire du mal à Zabune aussi. Et salement en plus.

« Mais c’était quoi ce collier d’esclave… ? »

« Notre pays interdit ostensiblement l’esclavage… Cependant, mon frère aîné achète encore des colliers à un marchand de Sandora qui est passé il y a quelque temps. »

Si je n’avais pas été là, Sue aurait pu finir esclave… J’avais alors décidé que je ne laisserais pas Zabune partir avec une simple raclée… Pourtant, je pensais que j’agissais trop rapidement.

Nous nous étions déplacés dans une zone non visible derrière une colonne, puis nous avions annulé le sort d’invisibilité. De là, j’avais pris la fille esclave comme cible et j’activais une [Porte].

« Whuh… Hein ? »

J’avais ignoré son mouvement de panique après avoir été soudainement attiré vers ma position, et j’avais immédiatement utilisé [Apportez] pour lui enlever cet appareil dégoûtant.

Ses mains étaient montées jusqu’au cou quand elle avait vu le collier dans mes mains. Dès qu’elle avait réalisé qu’elle ne le portait plus, des larmes avaient commencé à couler de ses yeux comme de la pluie.

« C’est enlevé… Le collier est… h-ha… il est enlevé ! »

J’avais révélé notre identité à la jeune fille nouvellement libérée et je l’avais ramenée à Brunhild par une autre [Porte]. Après avoir brièvement expliqué la situation à Yumina, je lui avais demandé de s’occuper de la fille. Puis, j’étais retourné à la mission.

Peu de temps après, le prince et son entourage revinrent dans un état d’agitation, mais nous avions réactivé le sort [Invisibilité] et nous nous étions remis à l’abri.

« H-Hey ! Mon jouet n’était-il pas ici !? »

« Non, je ne l’ai pas vue. »

Zabune roula les yeux suite à la réponse de Cloud, puis se retourna rapidement. Lui et ses copains avaient commencé à monter les escaliers. J’avais brièvement pensé à me servir de [Glissade] pour leur faire une sale chute, mais avant que j’aie pu le faire, l’idiot de prince s’était arrêté de monter. 

« Quelque chose ne va pas, prince Zabune ? »

« Wardack ! Mon jouet a disparu ! Elle a disparu, comme ça ! »

Un homme d’une cinquantaine d’années était arrivé en se promenant en haut des escaliers. Il était vêtu d’une longue robe noire. Wardack… ?

« Effectivement, c’est le Premier ministre Wardack. », chuchota Prince Cloud d’une voix si faible que nous pouvions à peine l’entendre.

Wardack avait le visage d’un bouledogue… C’était certainement le visage d’un méchant, probablement.

« N’as tu pas donné l’ordre qui la force à revenir ? »

« Je l’ai fait, mais elle n’est pas venue ! »

« Dans ce cas, déclenche l’ordre de tuer. À quoi sert un jouet qui refuse de fonctionner ? On va trouver son cadavre, le retirer et te trouver un jouet fonctionnel. »

Le Premier ministre haussa les épaules, exhortant cet imbécile de prince. J’étais dégoûté. Comment un agent de l’État pouvait-il se comporter ainsi ?

« Putain, c’est quoi ce bordel… ! Je n’ai même pas encore pu profiter pleinement d’elle. Tous ses membres sont intacts, ce n’est pas juste ! »

Zabune soupira, mais tandis qu’il parlait, le collier dans ma main avait rapidement rétréci… Si elle l’avait encore sur le cou, ça l’aurait lentement tuée.

Leur manque de respect pour la vie humaine avait fait bouillir mon sang. Ils faisaient des choses contre nature comme si c’était parfaitement naturel, et leur incompréhension de la nature vile derrière leurs actes était déroutante. Ces gens étaient cruels. Leurs comportements étaient pires que ceux des animaux. Et il fallait les arrêter.

« Bonjour, prince Cloud. Tu es déjà rentré de Belfast, n’est-ce pas ? As-tu réglé la proposition ? »

Wardack se déplaça jusqu’en bas des escaliers, les yeux fixés sur Cloud. Il n’était en aucun cas poli, son ton était presque moqueur. Il regardait clairement le jeune prince de haut.

« Je suis désolé de dire que cela a été refusé… »

« Ah. Eh bien, peu importe. En fait, c’est très bien. Tu vas avoir une nouvelle mission, de toute façon. Tu devras te rendre au Royaume de Palouf pour délivrer un message. »

« À Palouf ? Pour quoi faire ? »

Le Premier ministre Wardack avait simplement souri, ricanant sans cesse, il se retourna et quitta la pièce sans dire un mot avec Zabune. Le prince aîné avait l’air d’être encore de mauvaise humeur.

J’avais invoqué une petite souris et l’avais rendue invisible, et je lui avais demandé de suivre Wardack. J’avais l’impression que son sourire, à l’instant même, était celui d’un intrigant. Je savais qu’il valait mieux enquêter plutôt que de le laisser faire.

La souris les avait vite rattrapés et leurs voix avaient été projetées dans mon esprit.

« Wardack… pourquoi envoyer Cloud à Palouf ? Y a-t-il de jolies petites filles nobles ou royales pour remplacer mon jouet manquant ? »

« Non, ce n’est pas pour le mariage. »

« Pour quoi alors ? »

« Une déclaration de guerre, mon garçon. Le prince Cloud déclarera la guerre au royaume de Palouf. »

Je le savais… Il avait mis au point un plan misérable.

***

Partie 5

La plus grande île de la région occidentale était Palnea. C’était une île composée d’un royaume au nord et d’un royaume au sud. Le royaume du nord était connu sous le nom de Palouf, le royaume du sud était connu sous le nom de Lihnea.

Les deux pays s’étaient confrontés à plusieurs reprises et n’avaient pas de traité de paix officiel, mais ils ne s’étaient jamais engagés dans une guerre à grande échelle. Ils se livraient des escarmouches, puis cessaient les hostilités, puis ils répétaient le processus.

Les forces nationales de chaque pays étaient à peu près égales. Si l’un des camps déclarait la guerre à l’autre, le vainqueur remporterait une victoire à la Pyrrhus. Les dommages causés aux deux pays seraient beaucoup trop importants.

Mais ces dernières années, cet équilibre avait commencé à changer. Le roi de Palouf mourut tragiquement, et leur Premier ministre bienveillant mourut peu de temps après. De plus, en raison de mauvaises conditions climatiques, les récoltes avaient commencé à se détériorer à Palouf, offrant peu de rendement. Lihnea avait pour la même raison également subi quelques pertes, mais le plus gros des pertes avait frappé la nation du nord. C’était en raison de ce choix du moment stratégiquement opportun que le Premier ministre Wardack de Lihnea avait pris la décision d’unifier Palnea.

Wardack avait commencé les préparatifs en secret il y a quelque temps, tout cela pour porter le coup décisif à Palouf.

« Est-il d’usage d’envoyer le second prince déclarer la guerre ? »

« Je crois qu’ils complotent. Si le jeune prince délivre la lettre comme d’habitude, mais que son contenu est une déclaration de guerre… alors le destinataire se mettra en colère et tuera le messager. »

« Ce n’est certainement pas impossible… Ce n’est probablement pas leur objectif premier, mais je peux imaginer Wardack utiliser ma mort comme une sorte de tragédie pour souiller l’effort de guerre… »

Le prince Cloud avait rit amèrement. De toute évidence, il avait bien cerné la personnalité de Wardack. Il avait dû réaliser à quel point il était peu apprécié par les gens qui auraient dû être sa famille.

« Nous devons commencer à nous préparer. Cloud, je te le demande une dernière fois. À partir de maintenant, nous allons nous opposer à Wardack et à ses alliés. Es-tu d’accord avec ça ? »

« Parfaitement. Je le combattrai si c’est ce qu’il faut pour sauver ma mère. »

Il me regardait fixement, et sa volonté indomptable brillait clairement dans ses yeux.

La première phase du plan consistait en une rencontre avec l’ancien premier ministre, M. Koupe. On aurait besoin de son aide. C’était un marquis, donc il pourrait influencer d’autres familles nobles et nous aider à créer une faction pour soutenir Cloud. Plus important encore, il pourrait avoir des informations sur la mère du second prince.

Peu importe ce qui s’était passé, nous devrions agir vite.

« Je suis heureux de voir que vous avez une telle détermination, prince Cloud. Et comme vous avez le soutien de l’alliance occidentale, je sais maintenant qu’il n’y a plus rien à craindre. »

Le marquis Koupe s’agenouilla au sol devant Cloud tout en inclinant la tête. C’était la première fois que je le voyais être traité comme une personne de la famille royale. Il semblerait qu’ils se trouvaient dans un endroit assez éloigné de la capitale pour que l’opinion de l’idiot de prince ne compte pas beaucoup. Après tout, le manoir de Koupe était à la campagne. Et c’était un bel endroit.

« Naturellement, je vais coopérer avec vous… mais je veux éviter de nuire au pays. Si possible, pouvons-nous le faire sans recourir à la force ? »

« Ça veut juste dire que les seuls obstacles sont Zabune et Wardack. Si on arrête le Premier ministre et qu’on renie l’idiot de prince, tout sera parfait. »

Le marquis Koupe se leva et se tourna vers moi. J’avais du mal à croire qu’il avait plus de 60 ans. Ses muscles étaient dingues. Il avait perdu beaucoup de cheveux, et le peu de cheveux qui lui restait était blanc, mais il était difficile d’imaginer qu’une personne âgée puisse être aussi bien bâtie.

« Vaincre le Premier ministre ne sera pas une tâche très difficile… Mais faire perdre à Zabune son droit à la succession sera difficile. »

« Ne peut-il pas être déshérité pour les crimes odieux qu’il a commis jusqu’à présent ? »

Yae déclara tout haut ce qu’elle pensait, mais le marquis Koupe secoua simplement la tête.

« Il n’y a tout simplement pas assez de preuves. Le Premier ministre a couvert tout cela. Les personnes concernées craindraient également des représailles. Ils n’ont pas voulu témoigner contre lui. Sans la parole directe du roi, Zabune ne peut être déshérité… »

Mais je suppose que le roi ne peut pas s’opposer à la reine Dacia, hein… En fait, pourquoi pas ? Après tous, le faisait-elle chanter ?

« Dans le pire des cas… nous pourrions prendre le roi en otage et le forcer à remettre le trône au prince Cloud, mais… cela ne serait pas bon pour nous. »

« … Ouais, j’espère qu’on pourra éviter de faire ça. Nous ne voudrions pas que le prince soit vu comme un usurpateur qui a volé le trône. »

Ce serait la pire situation possible. Mais il fallait quand même faire vite, car la guerre avec Palouf était inévitable à ce rythme. Hmph… peut-être que Cesca est sur une bonne piste quand elle a suggéré de tuer cet abruti et d’en finir avec ça…

« Pour l’instant, nous devrions nous concentrer sur le sauvetage de la mère de Cloud. »

« La reine Erya est assignée à résidence dans la forteresse de Gallia. C’est un endroit qui a des attaches profondes avec Wardack. Un de mes subordonnés a réussi à s’infiltrer et a confirmé qu’Erya n’avait pas cette maladie. Mais c’est un endroit horrible. Si elle y reste plus longtemps, elle pourrait tomber malade. »

Si la situation était telle que Koupe l’avait décrite, je ne pourrais pas me permettre de perdre mon temps. Nous avions décidé que la forteresse de Gallia était notre premier arrêt.

Très bien, il est temps d’utiliser [Rappel] et de localiser l’endroit grâce à la mémoire du Marquis… Ugh, dégueu… Je dois tenir la main d’un vieil homme musclé et… oh mon Dieu, pas le front !

Après avoir fait cela, j’avais instinctivement enlacé Elze. Cela soulageait un peu…

Elle m’avait frappé.

La forteresse de Gallia était raisonnablement grande, mais pas aussi grande que le château de Brunhild. Cela ressemblait à un château niché dans les montagnes, mais il s’étendait aussi sur toute la longueur d’un col de montagne, bloquant le passage.

La reine Erya, la mère du prince Cloud, était enfermée dans la chambre la plus haute de la plus haute tour par la forteresse.

Grâce aux souvenirs du marquis Koupe, nous avions pu contourner cette haute sécurité. Nous nous étions glissés à l’intérieur de la forteresse. Le prince Cloud prit la parole alors qu’il regardait l’endroit où se trouvait sa mère.

« Les défenses ici sont assez fortes… Pourtant, nous devrions pouvoir tout contourner avec ton sort d’invisibilité… J’espère juste qu’on pourra joindre ma mère et la mettre bientôt en sécurité… »

« Cible verrouillée : Soldats de la forteresse. Invocation de [Paralysie]. »

« Verrouillage de la cible, succès. Invocation de [Paralysie]. »

J’entendis plusieurs halètements et grognements de partout dans la forteresse, et les soldats alignés le long de la porte d’entrée tombèrent au sol. Au moins, ce sort avait pu s’occuper de la plupart des soldats. [Paralysie] ne fonctionnerait pas sur les gens ayant une grande défense magique, ou ceux qui portaient des talismans, mais il était peu probable qu’il y en ait beaucoup qui répondraient à ces critères.

« Allons-y… »

« … Hm. »

J’avais appelé les autres tout en fonçant vers l’avant. Le prince Cloud me regardait, le visage livide. Yae avait soudainement posé une main sur son épaule et l’avait regardé dans les yeux. Elle secoua la tête comme pour dire :

« Ne t’en fais pas. Si tu t’inquiètes pour ça, tu t’inquiéteras sans cesse. »

Je n’avais aucune idée de ce que cela voulait dire.

Nous avions regardé les soldats effondrés alors que nous nous promenions dans le fort. Pour une raison ou une autre c’était très bien gardé. Maintenant que j’y pense, c’était même mieux gardé que le château royal. Une fois que nous étions entrés dans le château, j’avais remarqué qu’il y avait encore des gens qui bougeaient. Essentiellement des aides, du personnel subalterne… C’était logique, après tout j’avais spécifié les soldats. Eh bien…

Quand nous étions arrivés, ils coururent tous dehors, paniqués. Ils criaient quelque chose à propos d’une épidémie. Je supposais que de leur point de vue, mon action ressemblait un peu à ça.

Je les avais ignorés et j’étais entré dans la tour. J’avais pris les clés de la porte d’un soldat immobile, puis j’avais commencé à monter un escalier en colimaçon raide.

Vers la moitié de l’escalier, nous nous retrouvâmes face à face avec une jeune fille aux cheveux noirs d’une vingtaine d’années. Elle n’avait pas apparemment été affectée par le sort. C’était naturel, elle ne ressemblait en rien à un soldat.

« Nommez-vous ou j’appelle les gardes tout de suite ! »

« Je suis Cloud, second prince de Lihnea. Ma mère est ici, et je suis venu pour elle. S’il vous plaît, laissez-nous passer. »

« Prince Cloud !? »

La bonne aux longs cheveux noirs s’agenouilla soudainement. Elle inclina la tête. Oh, est-ce que ça pourrait être… ?

« Veuillez excuser mon comportement. Je m’appelle Angie. Je suis la femme de chambre personnelle de la reine Erya. Sur ordre du marquis Koupe, je l’ai protégée ici. »

« Ah, vous êtes Angie ? Koupe m’a tout dit sur vous. Merci beaucoup de nous avoir donné des informations concernant ma mère. Je vous suis très redevable. »

« Vos paroles m’honorent beaucoup trop… »

Je le savais ! C’est la servante de Koupe, celle qui avait été envoyée pour espionner.

« Votre mère n’est pas très loin d’ici. Continuez de grimper… »

« C’est quoi tout ce boucan !? »

Un soldat solitaire était venu nous attaquer d’en haut. Comme je m’y attendais, il y en avait au moins un qui avait résisté à mes effets.

Juste au moment où je dégainais Brunhild pour l’immobiliser, Angie s’était accroupi et lança un puissant coup de pied volant à la mâchoire de l’homme. Sa démonstration de vitesse et de force dépassait de loin mes attentes. Whoa...

« Angie… c’est vraiment une combattante. Elle bouge comme une pro… », marmonna Elze époustouflée.

Une femme de ménage combattante !? Si elle espionnait pour le Marquis, il lui faudrait bien plus qu’un simple minois.

« Très bien, allons-y. »

Angie avait pris les clés du soldat évanoui et avait commencé à nous conduire en haut des escaliers. Nous l’avions suivie consciencieusement.

Après avoir continué notre marche vers le haut des escaliers, nous étions arrivés devant une petite porte articulée à l’intérieur d’un mur. Il n’y avait plus de place pour monter. On était arrivé au sommet.

Angie l’ouvrit avec la clé, et le prince Cloud fonça tête baissée dans la pièce. Une femme seule était assise sur une petite chaise à bascule dans un coin, tricotant quelque chose. Elle avait l’air d’avoir la quarantaine. Elle ressemblait vraiment à Cloud. Je pouvais voir l’esprit doux dans ses yeux.

« Maman ! »

« C-Cloud… ? C’est… vraiment toi !? Cloud ! »

Le parent et l’enfant versèrent des larmes de joie en s’enlaçant. J’avais entendu quelque chose derrière moi et je m’étais rapidement retourné. Yae pleurait ouvertement. Elle devait être totalement chamboulée. Eh bien, je pouvais en comprendre la raison… Yae était certainement une fille ayant un beau cœur.

Je pris un mouchoir de ma poche et je le donnais à Yae. Elle s’était mouché délicatement avec, puis elle s’était essuyé les yeux. Pfft…

« Cloud… tu as tellement grandi… Je suis si contente d’avoir survécu en voyant ça… Je suis si contente… ! »

« Mère… quittons cet endroit immédiatement. Votre Altesse, si vous voulez bien… »

« Je m’en occupe. »

« Altesse… ? »

J’avais tout de suite ouvert une [Porte], et la reine Erya me jeta un regard perplexe. J’avais pensé les ramener directement à Brunhild, mais j’avais rapidement décidé que le manoir du marquis Koupe serait le mieux pour le moment.

Le prince Cloud prit sa mère confuse par la main et la conduisit à travers la [Porte]. Angie avait été tout aussi surprise, alors nous l’avions encouragée à passer.

Sur ce, la mission de sauvetage était terminée. Avec cela, le prince Cloud n’était plus enchaîné… Et avec ça, on pouvait enfin commencer la révolution.

Heheh… Maintenant, voyons voir… Comment vais-je m’y prendre avec ce salaud de rat qui voulait faire de Sue une esclave… ? Ohohoho… Je ne vais pas y aller mollo avec lui… Maintenant il n’y a plus rien qui me retient… J’avais gloussé en moi-même.

« … Touya fait encore une tête effrayante. »

« Il prépare sûrement quelque chose de malveillant, c’est vrai. »

Je ne suis pas malveillant !

***

Partie 6

N’ayant plus rien qui le retenait, le prince Cloud abandonna le palais royal.

Le marquis Koupe hébergea Cloud et sa mère. Fort heureusement, ils n’avaient pas été découverts ou poursuivis. Ce n’est pas que comme si cela était important. Si quelqu’un les avait poursuivis, j’aurais pu le supprimer, ou bien utiliser une [Porte] pour nous enfuir.

La disparition soudaine du second prince avait provoqué un grand remue-ménage parmi les membres de la famille royale. J’avais utilisé mes petits espions pour voir ce qui se passait là-bas.

« Comment ça, Erya a été enlevée de Gallia !? Vous voulez dire que le Prince Cloud l’a enlevé !? Et les soldats, faisaient-ils la sieste ? »

« A-Ah bien… Le message du pigeon voyageur disait que tout le monde était soudainement immobilisé. Ils ne pouvaient rien faire ! »

Le Premier ministre Wardack frappa du poing contre son bureau pendant que le messager racontait son histoire. L’homme tremblant baissa rapidement la tête avant de s’enfuir de la pièce.

« Ne te l’avais-je pas dit, prince Zabune ? Il aurait été bien plus sage de… retirer ce garçon de ce monde. »

« C-Cloud, sale enfant bâtard ! Comment oses-tu te rebeller contre tes maîtres… ? »

L’idiot de prince ne semblait pas trop investi dans sa colère, mais la reine Dacia était devenue hystérique.

Une petite souris se cachait à l’ombre d’un rideau. Cette jolie petite chose était ma caméra d’espionnage parfaite.

Grâce à la magie, j’avais pu synchroniser mon sens de la vue et de l’ouïe avec ceux de la souris, ce qui m’avait permis de jeter un œil sur ce qui se passait.

« Si le prince Cloud et le marquis Koupe unissaient leurs forces, cela pourrait nous causer des ennuis légitimes… Pour l’instant, nous devrions nous concentrer sur le fait que Sa Majesté le roi cède le trône au Prince Zabune. Après ça, Cloud sera détenu et emprisonné. L’accusation spécifique n’étant que peu importante, du moment qu’on l’arrête. »

« Mais qu’en est-il de la guerre avec Palouf, Wardack ? »

« … Malheureusement, nous devons la reporter. Ce qui est important maintenant, c’est d’empêcher les graines de la révolution de prendre racine. »

« Tch… J’avais tant hâte de déguster la princesse Palouf, moi aussi… Eh bien, ça ne me dérange pas. J’aurais tout le temps pour ça une fois que je serai le roi de Lihnea. »

Zabune avait souri, probablement à la perspective de monter sur le trône, puis il avait quitté joyeusement la pièce.

Hm… Que faire ? Il vaudrait peut-être mieux attendre et laisser l’idiot de prince devenir roi, alors l’opinion publique ne serait pas si dure si nous le renversions…

Non, on ne peut pas faire ça. Plus on attendra, plus il y aura de victimes… J’avais décidé de la suite des choses.

« La chose la plus inquiétante est l’enlèvement d’Erya. Si la nouvelle parvient aux oreilles de ce roi stupide, eh bien… Il vaudrait mieux qu’il cède le trône à Zabune avant que cela n’arrive. »

Hein ? Wardack avait changé de ton… Il avait laissé tomber toutes les plaisanteries envers le roi, et n’appelait pas non plus Zabune par son titre officiel… C’était donc comme cela qu’il était véritablement, hein ? Pourtant, il était avec la reine Dacia… était-il bien pour lui de parler comme ça près d’elle parce que c’était sa cousine ?

« Après tout ce qui s’est passé, nous avons besoin que le garçon lui succède. Nous avons besoin de l’accord du roi pour sanctionner le marquis Koupe… Malédiction ! Pourtant, il ne sait probablement pas qu’Erya nous a été enlevée, mais… tant qu’on peut le garder dans l’ignorance, ça devrait aller. Même si tu dois utiliser la force, assure-toi que le roi déclare Koupe ennemi. Même s’il n’est pas d’accord, tant qu’il pense qu’on a Erya, il obéira. »

Hé, attends un peu… Erya n’avait pas été prise en otage pour garder Cloud sous leur coupe ? Cela signifiait-il que le roi a été un otage pendant tout ce temps ? S’il tient tant à Erya, il avait sûrement été transformé en un pantin disant oui à tout, sachant que sa femme était menacée de mort… C’était quand même une opportunité pour moi… Je vais les prendre sur le fait. J’avais utilisé la [Porte] pour envoyer mon smartphone à la souris, puis j’avais commencé un enregistrement.

« Si Erya et Cloud reviennent du côté du roi, ça nous posera un problème. Nous devons bloquer immédiatement le palais royal. Que personne n’entre ni ne sorte. Le premier point à l’ordre du jour sera que le roi cède son trône à Zabune devant les nobles. »

« Et qu’adviendra-t-il du roi une fois qu’il l’aura remis ? »

« Il sera éliminé. Normalement, je ne voudrais pas le faire si vite, mais les actions de Cloud signifient que nous pourrions avoir des mécontents ou un soulèvement bientôt. Nous devons nous assurer que le trône soit incontestable. »

Eh bien, c’est à peu près tout ce qu’il me fallait. Ils complotaient pour assassiner le roi en ce moment. De plus, la reine Dacia était aussi coupable que Wardack ! Cette preuve devrait permettre d’éviter que le Prince Cloud soit considéré comme un rebelle suspect. Maintenant, il y avait des preuves et des raisons de se rebeller.

« Après ça, Cloud sera tué dans certaines circonstances… Nous ne pouvons permettre à personne de la lignée royale de vivre. »

Hein ? Qu’est-ce que c’était ? Cela ne collait pas… Même si Cloud et le roi mouraient, Zabune serait toujours… Oh. Oh non. Non… ne me dites pas… Cela expliquerait pourquoi Zabune avait toujours été mieux traité que… Cloud…

« Notre famille revendiquera enfin le trône royal. Personne ne se mettra sur notre chemin. »

« Oui, après toutes ces années perdues, notre fils s’élèvera comme roi… »

« Ahaha ! C’est la naissance d’une toute nouvelle lignée royale, je suis si excitée… »

Les deux personnes ricanaient ensemble, des sourires tortueux étaient peints sur leurs visages.

***

« Notre famille revendiquera enfin le trône royal. Personne ne se mettra sur notre chemin. »

« Oui, après toutes ces années perdues, notre fils s’élèvera comme roi… »

« Ahaha ! C’est la naissance d’une toute nouvelle lignée royale, je suis si excitée… »

La lecture vidéo était terminée. J’avais regardé dans la pièce. Tout le monde était assis là dans un silence stupéfait.

« Alors… Le prince Zabune est le fils de Wardack et de la reine Dacia !? Ce n’est donc pas un coup d’État ? C’est une tentative de prendre le contrôle de la famille royale ? »

Le marquis Koupe se leva de sa chaise, les poings serrés. Il avait l’air furieux. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Comme il l’avait dit, c’était une tentative d’usurpation du trône. Si j’étais à sa place, je ne pourrais pas rester calme. Wardack avait maintenu la ruse au sujet du droit d’aînesse de Zabune pendant plus de trente ans. Il avait pris le contrôle de la structure politique du pays, puis il avait menacé le roi. C’était ainsi qu’il était devenu Premier ministre il y a dix ans, et sa corruption n’avait fait que s’aggraver.

Le fait était que Wardack avait probablement organisé la destitution de Koupe en tant que Premier ministre, tout comme il avait organisé tout le reste.

« C’était surprenant… Pourtant, la preuve est là. »

« Je suis d’accord. Cloud et ce misérable morveux ne partagent aucune caractéristique physique. Ils n’ont même pas un seul parent en commun. Ils ne sont pas du tout frères. »

Elze et Yae avaient parlé raisonnablement. Il était vrai qu’il n’y avait vraiment aucune ressemblance entre Cloud et Zabune, mais Zabune avait certainement les yeux méchants de Wardack et Dacia.

Il y a quelque chose dans le règne animal qu’on appelle le « parasite du couvain ». Certaines espèces d’oiseaux, comme le coucou, pondent leurs œufs dans des nids d’oiseaux complètement différents. Ces oiseaux élèveraient alors sans le savoir les coucous comme s’ils étaient les leurs, ce qui absoudrait les vrais parents de toute responsabilité. Cette situation m’avait fait penser à ça.

J’avais regardé le Prince Cloud, qui tremblait un peu dans son siège. Le prince entrelaça ses doigts, posant ses coudes sur ses genoux. Puis, il s’était soudainement levé.

« Mon frère, je veux dire Zabune… n’a donc aucun lien de parenté avec moi. Je n’ai plus de raison d’hésiter. Dans l’intérêt de ma mère, dans l’intérêt de mon père… dans l’intérêt de mon pays qui a été si monstrueusement méprisé, je vais me battre. Je m’opposerai aux traîtres qui tentent d’usurper ma nation. »

« Bien dit, Prince Cloud ! Vous êtes après tout le véritable héritier. Cette famille pathétique ne prendra jamais ce qui est à vous par droit d’aînesse ! »

Le marquis Koupe avait raison. Nous étions du côté de la justice. Nous avions sauvé la reine Erya, dont la vie servait de monnaie d’échange pour que le roi se conforme. L’adversaire n’avait plus d’atout à utiliser. Tout ce qu’on avait à faire, c’était de les forcer à dire la vérité. Mais d’abord, j’avais décidé de faire une petite enquête concluante.

J’avais utilisé [Invisibilité], j’avais coupé des cheveux de Wardack et de Zabune, puis je l’avais rapporté à Flora au laboratoire d’alchimie. Elle fit un test ADN, nous avions ainsi pu déterminer qu’ils étaient bien père et fils. Ainsi, nous avions des preuves que Zabune n’était pas le fils du roi. Ils n’étaient pas du tout liés.

Je devais le faire, juste pour en être sûr. C’était pour ma tranquillité d’esprit.

« Fufufu… Je referais le test à la naissance de vos enfants. »

« … Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? » Pourquoi me parlait-elle subitement de mes futurs enfants… ? Je ne pensais pas avoir à m’inquiéter sur le fait d’être leur père ou non.

Je commençais à comprendre pourquoi le shogun empêchait les hommes d’accéder au palais intérieur pendant la période Edo…

« Tu vas avoir beaucoup d’enfants, le savais-tu ? Le docteur a dit que tu vas en avoir, le savais-tu ? »

« Le docteur Babylon a dit que… ? Ne me dis pas qu’elle regardait si loin dans l’avenir… » Est-ce qu’elle utilisait encore cet artefact lui montrant le futur ? Jusqu’où regardait-elle ? Je supposais que j’aurais des enfants quand j’aurai 18 ans, hein… ? Est-ce que j’allais vraiment céder facilement à ce désir !?

Laissez-moi réfléchir… Ce sera donc dans un an et demi… Ah, attendez. La grossesse dure neuf mois, donc… Au plus tôt, cela pourrait se produire dans deux ans… Oh, mais dans ce monde, une année n’est pas composé de trois cent soixante-cinq jours… En fait, cela correspond à un peu plus d’un an sur Terre. Donc avec ça en tête, j’aurai peut-être plus de temps.

« Il y aura neuf mariées, chacune portant des enfants de toi, le savais-tu ? Tu seras un grand monarque avec de nombreux héritiers. »

Quoi !? Neuf enfants ou plus… On dirait que ça allait devenir problématique… Attends un peu. Neuf ? Elle avait dit neuf ?

« Que veux-tu dire exactement par neuf !? Je ne me souviens de rien à propos de neuf ! »

« Ne t’inquiète pas trop pour le moment, sais-tu ? »

Je vais sérieusement avoir autant de femmes… ? Quel genre d’avenir est-ce là !? Attends, attends un peu… Elze, Yumina, Linze, Yae et Lu… Cela en fait déjà cinq. Si j’ajoutais provisoirement Sue à ce chiffre, cela en fait six. Ça veut dire qu’il reste encore trois filles à découvrir ? Qui va me conduire vers elles ?

« … L’as-tu dit à quelqu’un ? »

« Je ne l’ai pas encore fait, sais-tu ? »

« Ne le dis à personne. Tu pourrais causer des dommages inutiles. »

Des dommages pour moi, surtout… Qu’est-ce que t’as pu bien faire, futur moi ?

« Oho. Alors j’accepterai ta proposition, sais-tu ? Je serais heureuse d’être l’une de tes épouses potentielles. »

« Quoi ? Non. La ferme ! Ne m’as-tu pas déjà dit que tu ne pouvais pas avoir d’enfants ? »

« Si nous combinons le laboratoire de recherche et les installations du laboratoire d’alchimie, il devrait être possible de créer un clone de toi, Maître. Ce serait comme si on avait un bébé, sais-tu ? »

« Absolument pas ! »

Je ne me sentais pas à l’aise d’avoir un « fils » clone parfait qui me suivrait partout. Après avoir averti Flora de ne pas parler inutilement, j’étais retourné chez le marquis Koupe.

J’avais dit à Elze et aux autres le rapport que j’avais reçu. Avec cela, il n’y avait aucun doute que Zabune était un faux héritier. Nous n’avions plus aucune raison d’hésiter.

« Il me reste donc une dernière chose à faire. »

« Tu vas quelque part, Touya-dono ? »

Yae avait penché sa tête sur le côté. Bien sûr, j’avais déjà décidé de ma destination.

« Je vais voir la première victime de tout ça. Il mérite de connaître la vérité. »

Pendant que je parlais, j’avais ouvert une [Porte].

***

Partie 7

Deux jours plus tard, toute la noblesse de Lihnea était réunie dans le palais royal. Pour un étranger, cela ressemblerait à une convocation régulière du roi, mais en vérité, Wardack les y avait tous appelés.

Moi et mon groupe, Koupe et Cloud étions tous entrés dans le palais. Nous nous étions cachés avec [Invisibilité] et nous nous étions tenus à l’écart des nobles rassemblés.

M. Wardack avait largement souri en s’adressant à tous ces gens.

La reine Dacia se tenait debout, souriante, sur le côté du trône, et le prince Zabune se tenait un peu en retrait du trône. Il avait cependant toujours ce sourire irritant sur son visage.

Juste au moment où les murmures dans la pièce atteignaient son paroxysme, une forte trompette retentit.

« Voici Sa Majesté le roi. »

Les nobles se turent devant les paroles du messager, tout en baissant la tête. Le roi de Lihnea se déplaça dans la pièce. L’homme avait facilement la cinquantaine. Il s’était tenu droit, et m’avait honnêtement rappelé un peu le Prince Cloud, mais son visage dégageait une aura beaucoup moins fiable.

Il portait une robe blanche accentuée d’un manteau rouge foncé sur les épaules. L’aura que cet homme dégageait était bien celle d’un roi. Il s’était assis sur son trône.

« J’irai droit au but, chers sujets. Je vous ai appelé pour exprimer mes intentions d’abdication. Je vais bientôt abandonner le trône. »

Le roi de Lihnea parla haut et fort, les nobles commencèrent à bavarder entre eux suite à cela. Seules trois personnes dans la pièce n’étaient pas surprises. Naturellement, ces trois-là étaient Wardack, Dacia et Zabune. Tous les trois se jetèrent des regards subtils, des sourires maladifs se répandirent sur leurs visages.

« Maintenant, à vous tous réunis ici, permettez-moi d’annoncer officiellement le prochain roi de Lihnea. Je transfère tous mes obligations, pouvoirs et devoirs à mon fils. Je démissionne officiellement. L’héritier de mon trône n’est, bien sûr, autre que le premier prince… »

Tous les regards s’étaient tournés vers Zabune. Cet idiot de prince à la coupe — souriait joyeusement tandis que les attentes des classes supérieures le submergeaient. Mais… tout n’allait pas se passer comme il s’y attendait.

« … Cloud. Je cède mon trône au Premier Prince Cloud Zeph Lihnea. »

Les nobles émirent tous des voix étonnées. Cependant, les voix les plus choquées et les plus terrifiées appartenaient au trio malicieux.

C’était à ce moment que je poussais le Prince Cloud dans le dos, désactivant ainsi le sort [Invisibilité].

Le marquis Koupe le suivit, presque comme s’il était l’escorte du jeune homme. J’étais resté invisible, moi comme les autres. Nous étions des étrangers ici, donc il valait mieux rester observateur.

« Quoi… ? Cloud, petit… ! »

Le prince Cloud ignora complètement les mots dédaigneux de Zabune et se dirigea vers le roi. Une fois au pied du trône, il s’agenouilla et s’inclina respectueusement.

« Merci, mon Père. J’en assumerai humblement la responsabilité. Je vous rendrai fier en tant que roi, je vous le promets. »

« Oui, mon fils. Je vous fais confiance. »

« Attendez une minute, bordel ! Qu’est-ce qui se passe ici !? »

Le prince Zabune ne pouvait pas s’empêcher de crier. Les nobles environnants étaient devenus agités en raison de cette déclaration soudaine, mais ils se calmèrent de nouveau quand Wardack se rendit vers le trône.

« Votre… Majesté ! Pardonnez mon impolitesse, mais… selon les lois mêmes de cette nation, le successeur doit être le premier prince. Même vous, vous ne pouvez pas briser une telle tradition, sûrement… »

« Oui, vous avez tout à fait raison. C’est pourquoi le Prince Cloud me succédera, au lieu de Zabune. J’ai dit que j’abdiquais en faveur du Premier Prince Cloud, n’est-ce pas ? »

« Vous — ! Mais… Ne soyez pas stupide ! Le premier prince est Zabune, pas Cloud ! Assez de cette mascarade ! »

La reine Dacia perdit complètement son sang-froid, criant après le roi. Le roi se mit à rire après l’avoir entendue parler, et bientôt son rire sifflant retentit dans toute la salle du trône. Dacia n’avait pas tardé à se laisser troubler par le comportement étrange du roi.

« Mascarade, Dacia ? Mascarade ? Comment oses-tu ? »

Le roi Schlaf de Lihnea se leva de son trône, ses yeux étaient ceux d’un faucon. Ils avaient été posés directement sur sa femme. Le roi complaisant et faible avait complètement disparu. Tout ce que j’avais vu en lui, c’était une fureur totalement libérée.

« Maintenant… mes chers nobles rassemblés, écoutez s’il vous plaît. Il y a une nation nichée entre Belfast et Regulus. Elle est toute récente. C’est un Grand Duché, le Duché de Brunhild. Elle est présidée par un grand-duc. Cet homme, un aventurier de rang Argent, a vaincu un dragon noir qui terrorisait Mismede. De plus, il a empêché un dangereux coup d’État dans l’empire Regulus, sauvant ainsi de nombreuses vies. L’homme qui a sauvé ce pays est aussi venu nous sauver. »

« Grand-Duc, avancez, s’il vous plaît. »

Le prince Cloud nous ayant appelés, j’avais alors désactivé le sort d’invisibilité. Elze et Yae étaient respectivement à ma gauche et à ma droite, tandis qu’un Kohaku de grande taille flânait tranquillement devant moi.

« Grand-Duc Touya, voulez-vous bien montrer aux gens ici présents ce que vous m’avez montré ? »

« … En es-tu sûr ? »

« Je le suis, mon garçon. Même si j’ai l’air d’un vieil homme misérable qui a été trompé pendant trois décennies… c’est une vérité qui doit être révélée. »

Le roi de Lihnea riait d’une manière auto-dérisoire.

« Très bien, dans ce cas. »

J’avais sorti mon smartphone et l’avais utilisé pour projeter une vidéo dans les airs. Il s’agissait d’un écran assez grand, clairement visible pour tout le monde dans la salle.

« Et qu’adviendra-t-il du roi une fois qu’il l’aura remis ? »

« Il sera éliminé. Normalement, je ne voudrais pas le faire si vite, mais les actions de Cloud ne me laissent pas le choix… »

« Attendez, ça… ! »

Wardack et Dacia avaient commencé à transpirer dès qu’ils avaient réalisé ce qu’ils voyaient. C’était des imbéciles… Ils n’auraient jamais dû parler d’assassiner le roi avec autant d’effronterie.

« Oui, après toutes ces années perdues, notre fils s’élèvera comme roi… »

« Ahaha ! C’est la naissance d’une toute nouvelle lignée royale, je suis si excitée… »

« Arrêtez ! Arrêtez ça tout de suite ! »

Wardack s’était furieusement jeté sur moi, mais il s’était retrouvé retenu par la masse puissante de Kohaku. Les nobles rassemblés avaient recommencé à murmurer entre eux.

« Ceci est un enregistrement de ce qui s’est passé pendant une réunion privée entre Wardack et Dacia. C’est un sort Néant de ma propre conception. J’ai tout regardé avec les yeux de mon familier. »

« C’est grotesque ! Votre Majesté, il y a sûrement une erreur… »

Wardack avait bafouillé et s’était clairement creusé la cervelle pour trouver une excuse. Le roi aurait pu le croire, s’il avait été un homme loyal et honnête. Cependant, Wardack n’était rien d’autre qu’un homme cruel qui n’utilisait que les menaces et la tromperie. Le roi n’avait aucune raison de croire en ses mensonges.

« Une erreur ? Hm… La seule erreur avait été de croire en votre histoire. J’ai dû sûrement passer pour un imbécile à vos yeux, hein ? Votre fils a été traité comme le premier prince. Je ne pouvais rien faire pour empêcher cela, car j’étais ignorant. Avez-vous trouvé ça drôle, Monsieur le Premier Ministre ? »

Wardack s’était écroulé quand les paroles du roi étaient sorties. Ses yeux s’élancèrent dans la pièce tandis que des torrents de sueur coulaient sur son front. Il n’avait rien d’autre à ajouter.

En fin de compte, le pouvoir de Wardack n’était qu’une version volée du pouvoir du roi. Avec la perte d’Erya, ils avaient l’intention d’échanger le roi marionnettiste contre Zabune. Et maintenant, tout cela était terminé, en quelques minutes seulement. Il avait été écrasé.

« Maintenant que ma chère Erya est en sécurité… Je n’ai aucune raison d’être clément. Wardack, vous êtes démis de vos fonctions. J’ai été bête. J’ai laissé mon inquiétude pour la santé d’Erya prendre le dessus sur mon esprit. J’aurais dû m’occuper de mon pays, mais vous avez profité de mes sentiments pour usurper mon pouvoir. Je ne suis rempli que de regrets, mais je ne peux pas changer le passé. Il est peut-être vrai que j’étais un roi sans valeur, mais c’est dix fois plus que vous, salaud. Vous êtes un Premier ministre sans valeur. »

« Père… » Le roi regarda le sol avec honte tandis que son fils le regardait tranquillement. La reine Dacia était simplement tombée à genoux en état de choc, stupéfaite.

Toute cette situation avait commencé par son infidélité. Aussi misérable qu’elle avait l’air, je n’avais aucune sympathie pour elle. Cette femme n’avait pas de conscience. Elle était plus que disposée à trahir son mari, à le tromper continuellement et à le faire tuer. Alors que je réfléchissais à de telles choses, l’idiot avait parlé.

« C’est quoi ces bêtises !? Je suis le premier prince ! Je suis le prochain roi ! Ce stupide petit veau ne peut pas prendre ma position légitime ! Wardack et maman ont planifié ta mort, je n’ai rien à voir avec ça ! Ce n’était pas moi ! Ce n’est pas juste ! »

« … Tu n’es qu’un stupide morveux, et il n’y a pas moyen de te racheter. »

Je ne pouvais rien faire d’autre que de soupirer devant les pitreries de Zabune. Tout ce qu’il faisait, c’était de prendre ses distances avec l’accusé. Quel égoïste ! Cela lui ressemblait parfaitement. Il ne s’était pas écoulé deux minutes et il essayait déjà de se sauver. C’était un idiot sans pareil.

« Stupide !? Comment oses-tu ! Qu’est-ce que tu es ? Tu n’es rien ! T’es un grand-duc, la belle affaire ! Ton pays n’est rien, tu m’entends !? Ne prends pas tes grands airs avec moi juste parce que tu as le droit de mettre ça dans la fille d’Ortlinde ! »

« [Gravité]. »

« Ghaugh !! »

Ma magie d’altération du poids avait fait s’effondrer cet idiot de prince. Attendez, ce n’était plus un prince. Ce n’était plus qu’un simple idiot. L’idiot en question était si pressé contre le sol qu’il avait l’air d’un cadavre sur la route.

Une fois le choc dissipé, il s’était mis à crier encore plus fort. Il ne comprenait vraiment pas sa position. Le prince Cloud était venu et m’avait parlé tout en soupirant.

« Votre Altesse, désactivez ce sort. »

« Hein ? Mais… »

« S’il vous plaît. »

J’avais fait ce que le Prince Cloud m’avait demandé. Zabune sauta sur ses pieds et lança un petit sourire courtois dans la direction de Cloud.

« Cloud, brave garçon ! Tu sais assez bien que je suis le seul d’entre nous à avoir le truc pour être le nouveau roi. Je pardonnerai tes transgressions, ne t’inquiè… »

« Silence. »

Le prince Cloud parla tranquillement à Zabune. Il tremblait. Zabune s’arrêta de parler, et une seule goutte de sueur coula sur son visage. Lentement, Cloud leva le poing en l’air.

« … Hé, qu’est-ce que tu fais là ? Tu veux vraiment me frapper ? Je ne te pardonnerai jamais. Les frères ne devraient pas se battre entre eux, compris ? »

« Tu… n’es… pas.. mon… Frère. »

Avec une férocité que je ne m’attendais pas à voir en lui, Cloud enfonça son poing dans le visage de Zabune. Ce dernier vola à reculons suite à l’impact, fit un petit tonneau et s’écrasa au sol en un tas froissé. Eh bien, cela devrait être suffisant maintenant.

« Z-Zabune ! »

Dacia courut vers son fils. L’idiot saignait abondamment du nez. Le roi de Lihnea avait simplement regardé tout cela se dérouler. Il jeta un regard froid sur Dacia, puis il se mit à parler.

« Même une cochonne comme toi aime son propre fils, hein ? J’éprouve de l’empathie. Mon propre fils m’est cher, après tout. Je crois que je comprends comment tu as réussi à traiter si mal Cloud. Je n’étais pas du tout contrarié de voir Zabune tomber. »

Wardack et Dacia avaient géré l’éducation de Zabune, de sorte que le roi avait été activement empêché de participer à sa vie la plupart du temps.

Ils se rencontrèrent bien quelques fois dans l’année, et le roi ne connaissait Zabune que par les rumeurs de ses mauvaises actions. Mais Wardack empêchait le roi de porter plainte contre Zabune. Ainsi, le roi de Lihnea n’avait jamais entretenu aucune affection paternelle envers Zabune.

La triste vérité était que si le roi avait été autorisé à élever correctement Zabune, il aurait pu l’élever avec amour dans son cœur. Alors, ses yeux n’auraient pas été si froids, même s’il avait appris que Zabune était l’enfant d’un autre homme.

« Gah ! »

Wardack avait réussi à sortir de son choc et tenta de quitter la pièce, mais je n’étais pas prêt à laisser cela se produire.

« [Gravité]. »

« Ghaaaaah !! »

L’homme au visage de bouledogue était tombé là où il se tenait. Amusant, il avait réagi à peu près de la même façon que Zabune. Il fallait s’y attendre, puisqu’ils étaient père et fils.

***

Partie 8

« Nous avons fouillé votre manoir. Il est très voyant, n’est-ce pas ? Il est certainement bien trop extravagant pour un homme au service de son pays. Corruption, détournement de fonds… contrebande, chantage… C’était une affaire lucrative, hein ? Ne vous inquiétez pas, le roi a toutes les preuves. »

« Et nous connaissons tous les nobles qui ont travaillé sous vos ordres. Ils ne nous échapperont pas non plus. »

Le marquis Koupe regarda la foule des nobles. Certains d’entre eux avaient l’air paniqués, tandis que d’autres se contentaient de regarder les gens autour d’eux avec surprise.

« Je suis vraiment un homme pathétique. C’est… tout est de ma faute. Tu as profité de ma faiblesse, en faisant tout ce que tu veux à cause de mon incapacité à agir. En vérité, le peuple serait mieux loti avec Cloud comme roi que moi… Pourtant, cet acte même pourrait être considéré comme un simple transfert de responsabilité. »

« Père, ne soyez pas stupide. Il y aura des moments où j’aurai besoin de vos conseils dans les jours à venir. N’hésitez pas à guider ma main quand je me tromperai de direction. »

« C-Cloud… Je suis vraiment désolé… »

Le roi prit les mains de son fils dans les siennes, les larmes aux yeux. C’était un spectacle émouvant. Enfin, après des années dans l’ombre, le Prince Cloud pouvait enfin rejoindre son père dans la lumière.

« Assez de ça ! Ne vous foutez pas de moi ! C’est mon pays ! Gardes, tuez-les ! Coupez-les ! Je vous donnerai l’argent, un statut, n’importe quoi !! »

Zabune avait commencé à parler comme un demeuré. Il en avait l’air aussi, puisque le sang coulait encore le long de son nez. Je me demandais si le « les » comprenait aussi le roi… Naturellement, personne ne lui obéit, de sorte qu’il ne restait de son ordre qu’un faible écho qui s’éteignit misérablement.

« J’ai vraiment de la peine pour lui maintenant. »

« Sérieusement… Quand on élève des enfants, il faut s’assurer qu’ils soient bien élevés… ou ils vont se transformer en, eh bien… ça. »

J’étais d’accord avec eux deux. Si ce type était mon fils, eh bien… Rien que l’idée me dégoûtait.

« Cesse donc ce spectacle dégoûtant. Tu n’es ni un prince, ni mon fils. Qui t’écouterait maintenant ? Non… il est temps que tu t’assoies, pour une fois. Va t’asseoir et va réfléchir à tous tes comportements odieux. »

Les dents de Zabune s’unirent dans un grincement terne, et son visage devint rouge furieux. Ce comportement odieux était apparu quand on avait enquêté sur les crimes de Wardack…

Nous avions entendu parler de toutes les femmes avec lesquelles il avait joué, de tous les paysans qu’il avait tués pour se divertir et de toutes les personnes qu’il avait enlevées et réduites en esclavage… Sans parler des gens qu’il avait violés devant leurs parents. Il semblait particulièrement heureux d’entendre leurs parents implorer leur pitié.

Cet homme, qui avait fait toutes sortes de choses perverses, ne regrettait rien. Il ne s’assoirait jamais et ne réfléchissait pas sur lui-même, alors il ne s’en souciait pas. Même face aux preuves, il serait du genre à dire qu’il avait raison et que tous les autres avaient tort.

À la fin de la journée, on se rendit compte à quel point Zabune était un enfant gâté. Je ne pensais pas qu’il fallait faire preuve de clémence.

« Votre Majesté… Que comptez-vous faire des trois traîtres ? »

« En ce qui concerne les charges, ils seront tous mis à mort. C’est la seule chose logique à faire pour sauver la face. Ce qui s’est passé finira bien par se savoir, alors nous devons nous occuper rapidement des auteurs. »

La liaison et la tromperie de la reine, le faux prince… le Premier ministre qui détenait le vrai pouvoir politique. Il va sans dire que cela donnera une mauvaise image de lui aux yeux des étrangers. Pourtant, il semblerait qu’il l’ait déjà accepté, alors au moins, il était prêt à atténuer les dégâts.

« E-Exécution !? Tu es devenu fou ! Ne t’avise pas ! »

Zabune se tortillait encore comme un ver, criant comme une banshee [1]. Honnêtement, je commençais à en avoir assez de lui. J’aurais aimé qu’il la ferme.

« Comment ose-t-il ? Comment oses-tu ? N’attends-tu pas depuis longtemps ta punition, misérable petit veau ? Tu n’es pas un prince. Tu n’es rien de plus qu’un vulgaire criminel. Personne ne viendra te sauver. Personne ne viendra te protéger ou te représenter. Accepte-le et sois un homme pour une fois. »

« Tais-toi ! Ta gueule, ta gueule, ta gueule, ta gueule ! Espèce de merde ! Je vais te tuer ! Tu ferais mieux de te souvenir de moi, compris !? Souviens-toi de ce visage ! Ton pays, tes femmes, je les baiserai toutes les deux ! »

« … Excuse-moi ? »

Qu’est-ce que tu viens de dire ?

Lentement, j’avais sorti Brunhild de son étui. Puis, j’avais visé la jambe droite de Zabune et je tirais. Les balles réelles avaient pénétré sa chair, faisant jaillir du sang depuis le point d’impact.

« Gyaaaaaaaaaaaah !! »

Zabune s’était effondré en un tas pathétique et tortillant, s’agrippant à la blessure. Sa voix était plus que dégoûtante. Je voulais qu’il se taise.

« Qu’est-ce que tu… !? »

« … Tu ferais quoi à celles qui me sont chères ? Tu jures de faire quoi à ma maison ? Tu crois vraiment que je te laisserais vivre, espèce de sale petite merde, après avoir osé menacer tout ce à quoi je tiens ? »

J’avais tiré une autre balle, cette fois-ci sur sa jambe gauche.

« A-Ahgh !! S’il te plait, cesse… ! Je… Je suis désolé ! Ne me tue pas… ! Je ne veux pas mourir !! »

« … Ces innocents que tu as torturés ne voulaient pas mourir. Tu t’es moqué d’eux. Tu as pris plaisir à leur souffrance. Pourquoi ne te ferais-je pas la même chose ? »

J’avais piétiné le bras de Zabune avec mon pied, le tenant en place sous ma chaussure. Après ça, j’avais posé le canon du Brunhild dans la paume de sa main droite. Puis, j’avais appuyé sur la détente.

Un grondement identique à un cri bestial et animal s’était frayé un chemin à travers ses lèvres. Soit par peur de la mort, soit par simple tourment, le misérable animal en habit humain connu sous le nom de Zabune… s’était évanoui.

J’avais rapidement utilisé la magie réparatrice pour soigner les blessures que j’avais faites. Je n’avais après tout jamais eu l’intention de le tuer. Il m’avait énervé, alors je voulais juste lui faire mal. Il n’y avait rien de plus. Punir Zabune n’était pas mon fardeau.

Il allait sans dire que ce bâtard irait tout droit en enfer, mais les gens dont il avait ruiné la vie ne seraient pas satisfaits si on lui donnait une mort aussi rapide. Ce qui lui arrivera dépendra maintenant du jugement du Prince… euh, du Roi Cloud.

« … Désolé. Je crois que j’ai un peu exagéré. »

Je m’étais excusé auprès du père de Cloud.

« Non, cela peut simplement être considéré comme une autre forme d’expiation. Bien que j’aie déclaré la peine de mort, ce qui lui arrivera est entre les mains de Cloud. J’ai quitté le trône, après tout. »

« Gardes, emmenez-les au donjon ! »

Sur l’ordre de leur nouveau roi, les gardes royaux entrèrent et appréhendèrent le méchant trio. C’est drôle, vu comment ils avaient complètement méprisé Cloud l’autre jour.

« Ça va, Touya ? »

« … Ouais, je me suis juste un peu énervé. »

Dès qu’il avait dit qu’il ferait des choses impliquant mon duché, Elze, et les autres… J’avais perdu mon sang-froid. Ce n’était pas comme s’il était capable de faire n’importe quoi, mais juste l’idée m’avait fait bouillir le sang.

C’était comme quand ces petits chevaliers s’étaient battus avec moi à Belfast. Je n’avais pas l’air de m’en faire, mais je n’arrivais pas à garder mon sang-froid quand les gens à qui je tenais étaient calomniés. Ce n’était pas ma faute si je pouvais si rapidement perdre la tête. J’avais vraiment besoin d’apprendre un peu plus de maîtrise de soi…

Pendant que je réfléchissais à de telles choses, j’avais vu Wardack, Dacia et Zabune se faire entraîner dans les cachots, donnant des coups de pied et hurlant tout le temps.

Juste après avoir succédé au trône, le prince, ou plutôt, le roi Cloud, avait commencé à mettre en place de massives réformes.

Sa première action avait été de réintégrer le marquis Koupe au poste de Premier ministre. Après cela, il avait fait examiner par les autorités toutes les preuves du détournement de fonds et de la corruption de Wardack. Les preuves avaient ensuite été utilisées pour arrêter les maisons marchandes qui avaient conspiré avec lui.

Il avait également veillé à purger la capitale royale des familles nobles qui avaient soutenu la campagne de terreur de Wardack.

De plus, il avait réduit les taxes imposées à la population. Et en plus de cela, il avait utilisé les gains mal acquis que Wardack avait accumulés et les avait redistribués à la population, créant plusieurs projets de travaux publics pour améliorer la qualité de vie à Lihnea.

Le manoir que Zabune appelait son chez-soi avait également fait l’objet d’une descente et un cachot avait été découvert dans le sous-sol. Plusieurs esclaves y vivaient en esclavage, tous munis d’un collier. J’avais rapidement enlevé leurs liens avec ma magie, libérant ainsi les innocents maltraités qui s’y trouvaient.

Wardack abusait de sa position depuis plus de dix ans. Il semblerait qu’il avait consacré tout son budget et toutes ses ressources nationales au renforcement de l’armée. Son but depuis le début était clairement la guerre.

En déclarant la guerre à Palouf et en réunissant l’île de Palnea sous une seule bannière, Wardack serait entré dans l’histoire comme un homme étonnant qui aurait accompli l’impossible.

En raison de cette orientation militariste, les gens avaient beaucoup souffert et les problèmes internes n’avaient pas été réglés. Il n’était même pas certain que Lihnea aurait été capable de gagner la guerre.

Dans l’ensemble, la puissance nationale de Lihnea n’avait jamais été aussi faible. J’espérais qu’ils pourraient éviter un conflit avec le royaume de Palouf, mais étant donné que le nord avait souffert d’une mauvaise récolte et qu’ils avaient aussi des problèmes en interne, il ne semblait pas que l’une ou l’autre des parties était en état de combattre. Ils continueraient probablement leur paix relative dans un avenir proche.

« Mais je me demande si je pourrai construire des relations amicales avec le royaume de Palouf. Il est peut-être difficile de guérir de vieilles blessures, mais je pense que ça en vaudrait la peine. »

« Oui… Oh, mais qu’est-ce que vas faire l’ancien roi ? »

« Père a passé chaque instant de sa vie avec Mère. En gros, il l’adore de toutes les façons possibles. Je pense qu’il essaie de se racheter de ne pas avoir été là pour elle durant la trahison de Wardack. »

Le roi Cloud était assis dans la salle de conférence de Brunhild, en train de discuter avec moi.

Après l’incident, j’avais fini par enquêter sur la façon dont le pays avait reçu la nouvelle, et j’avais été agréablement surpris de constater que le peuple avait pitié du roi qui avait été trompé par Wardack et Dacia. Ils le considéraient comme un homme malheureux qui avait été traité avec cruauté et induit en erreur. L’image du roi semblait bien conservée et la haine du peuple se concentrait davantage sur Zabune, Dacia et Wardack.

Le comportement hédoniste de Zabune était également bien connu des habitants de la ville du château, et l’opinion apparemment populaire dans le pays était que Lihnea allait connaître sa fin sous le règne du roi Zabune. Lorsqu’il avait été révélé que ce n’était qu’un prince imposteur, et qu’il serait dûment puni par la loi, les citoyens avaient été positivement exaltés. La haine pour cet idiot était clairement profonde.

« Alors, qu’est-il arrivé à ces trois-là à la fin ? La peine de mort ? »

« Non, en fait… Ils ont subi un sort beaucoup plus cruel. Leurs victimes ne pourraient pas reposer en paix si je les laissais partir avec quelque chose d’aussi définitif que la mort. »

« … Alors qu’est-ce que tu as fait ? »

« Les colliers d’esclaves que Zabune avait avec lui, eh bien… Je les ai utilisés. Ces trois-là ont été mis en esclavage et vendus à un marchand de Sandora. Ils sont probablement en train de travailler sous la houlette d’un maître sévère. »

C’était… hardcore.

Apparemment, Sandora entreprenait de très importantes fouilles, et l’opération avait été menée presque entièrement par des esclaves venus de tous les coins du pays. D’après ce que j’avais compris, la plupart de ces esclaves étaient d’odieux criminels, forcés de travailler de l’aube à la nuit tombée. C’était une vraie vie de prisonnier, un enfer inéluctable.

« Zabune n’a jamais levé le petit doigt de sa vie, alors j’imagine que c’est particulièrement désagréable pour lui. Pourtant, c’était une punition nécessaire. S’il mourait sans avoir goûté un peu de ce qu’il infligeait aux autres, les défunts ne pourraient jamais être satisfaits. »

Je supposais que c’était une question de perspective… était-ce cruel ou généreux ? D’un côté, c’était un travail infernal, mais de l’autre… ils étaient encore en vie. En fin de compte, c’était une question de point de vue.

C’était des criminels, il était donc juste qu’ils éprouvent une partie des souffrances qu’ils avaient infligées aux autres. Et comme je n’avais aucune sympathie pour eux, cela ne me dérangeait pas.

Notes

***

Partie 9

« Touya, mon garçon, on commence ? »

« Oh, c’est vrai. Désolé, je réfléchissais un peu. »

Le roi de Belfast s’éclaircit la gorge et se tint debout sur sa chaise. En regardant les autres dirigeants du monde réunis dans ma salle de conférence, il avait passé en revue l’ordre du jour de la réunion.

« Levez la main si vous désapprouvez l’adhésion du royaume de Lihnea à l’alliance occidentale. »

Pas un seul représentant ne s’y était opposé. Belfast, Refreese, Mismede, Regulus et Ramissh étaient tous d’accord. Manifestement, je ne m’y étais pas opposé non plus.

« Alors nous sommes tous d’accord. Accueillons Lihnea dans notre bercail. »

Cloud, le roi fraîchement couronné de Lihnea, inclina la tête. Tout le monde s’était rassemblé et avait applaudi. Son entrée officielle dans l’alliance signifierait que les autres membres seraient en mesure de l’appuyer comme il se doit. Bien qu’évidemment personne ne s’attendait à ce que quelqu’un fasse tout pour soutenir Lihnea.

« Ainsi… l’ordre du jour d’aujourd’hui est officiellement clos, dans ce cas… »

« Nous allons devoir approfondir nos liens en tant que dirigeants, hein ! »

« Hoho, je ne perdrai pas cette fois ! »

Encore ça !? Pssh… c’était déjà suffisamment problématique de le faire une fois par mois, mais je me demandais s’ils avaient convoqué la réunion plus tôt juste pour jouer au lieu de s’occuper de la situation de Lihnea… Eh bien, peut-être que ce serait amusant.

J’étais sorti de la salle de conférence avec le Roi-bête de Mismede et le roi de Belfast.

« Touya, mon garçon. Sont-ils au stade ? »

« … Ouais, mais cela m’a pris du temps. Veuillez me prévenir la prochaine fois… »

J’avais regardé les deux rois tout en poussant un petit soupir.

« Il y a un match entre Mismede et Belfast aujourd’hui, le savais-tu ? Tu devrais venir aussi, jeune roi. »

« Hm ? Un match ? Veux-tu parler d’un type de barrière ou quelque chose comme ça ? »

« C’est un match de baseball ! N’en as-tu jamais entendu parler ? Ne t’inquiète pas, je t’apprendrai tout ça ! »

Les empereurs de Régulus et de Refreese vinrent tous deux vers le Roi Cloud comme des vautours. Le pape les suivait rapidement… mais je me demandais si c’était par souci pour Cloud ou pour assister au match.

Quand avaient-ils eu le temps d’organiser un match ? Devoir transporter tous les joueurs ici à la dernière minute était un peu ennuyeux… Je suis quoi, un putain de bus !? J’étais un peu fâché, mais ce n’était pas grave.

Je l’avais communiqué aux chevaliers royaux, et ils avaient tous l’air impatients. Je me demandais si ceux qui avaient du temps libre étaient déjà allés au stade.

Hm… un match de baseball… Je me demandais si je devrais préparer du pop-corn. Le pop-corn au caramel serait pour l’instant une bonne idée… Je pouvais probablement me faire une tonne d’argent en même temps si j’utilisais aussi la magie. Le pop-corn allait donner soif à tout le monde, donc je devrais probablement aller chercher des rafraîchissements, comme des bières… Attendez… j’entre de plus en plus dans la peau d’un homme d’affaires là…

Alors que je réfléchissais à de telles choses tout en me rendant à la cuisine, j’entendis soudain le bruit de petits pieds qui couraient régulièrement dans ma direction. Attends un peu… ce bruit…

« Touuuuyyyyyaaaaaaaaa !! »

« Gwaugh ! »

Comme si cela venait de nulle part, j’avais été frappé par une féroce attaque latérale. O-Ow ! Ça fait vraiment mal, bordel.

« Père m’a tout raconté, Touya ! Tu l’as battu… Tu as battu ce méchant vieux prince juste pour moi ! Ah, tu es incroyable, Touya ! T’es vraiment stupéfiant ! Tu es fait pour être mon mari, Touya ! Je le savais, c’est tout ! »

Je m’étais évanoui. Tout d’un coup, Sue m’avait caressé la tête. Eh bien… C’est Cloud qui l’a tabassé.

« Eh bien, je veux dire… Je ne laisserais certainement pas un prince idiot comme lui t’avoir, mais je ne suis pas si sûr d’être un mari potentiel… »

« P-Père a dit que tu m’avais déjà approuvé… Suis-je vraiment si inutile pour toi ? »

Ne commence pas à pleurer comme ça. Si tu continues comme ça, tu finiras peut-être par être l’une des neuf mariées que Babylone avait vues…

Cinq mariées, c’était assez intimidant, pour sûr. Bien qu’il soit vrai que tout le monde avait approuvé, d’une manière ou d’une autre… C’était plus un fardeau qu’autre chose !

Sue était vraiment mignonne. Elle débordait d’énergie, et son visage était… eh bien, plus que joli, pour être juste. Elle était parfois un peu tête en l’air, mais pas d’une manière intolérable. J’étais certain qu’elle serait d’une grande beauté quand elle aura fini de grandir.

Pour l’instant, je ne peux pas te considérer comme autre chose qu’une petite sœur, Sue… Mais je veux dire… J’ai l’impression que je pourrais finir par te voir comme je vois les autres, avec le temps. Non, je n’ai pas pu… Je le ferai probablement. La même chose s’est de toute façon produite avec Yumina.

« Hic… »

Merde ! Je dois dire quelque chose ou elle va se mettre à pleurer !

« … Puis… comme pour les autres… Je ne t’épouserai pas avant mes 18 ans. Est-ce acceptable ? »

« Oui… Ça ne me dérange pas du tout. Merci beaucoup, Touya ! »

Les petits bras de Sue me serrèrent chaleureusement… Peu importe, au moins elle était heureuse.

J’avais repris mon chemin vers la cuisine tout en emmenant Sue pour faire du pop-corn. En fin de compte, le pop-corn et la bière avaient fini par remporter un énorme succès. J’avais préparé du pop-corn salé et du pop-corn au caramel. Le premier avait fini par être le best-seller au début, mais avec le temps, la saveur caramel était devenue plus populaire. J’appris que le maïs soufflé était une collation courante dans ce monde, mais l’aromatisation au caramel était quelque chose de nouveau. J’étais surpris, puisque le sucre était monnaie courante dans ce monde. C’était un peu bizarre, mais j’avais fait avec.

Dans le cas de la bière, j’avais préparé des tasses en bois et j’avais offert un rabais d’un tiers à tous ceux qui apporteraient leurs propres tasses. J’avais décidé de ne pas utiliser de gobelets en papier ou en plastique parce que cela aurait pu causer une augmentation de la pollution. Les gobelets en bois étaient meilleurs, on pouvait facilement les emporter à la maison et les réutiliser, donc il n’y aurait pas de déchets. Tout le monde était gagnant dans ce cas.

Cela s’était tellement bien passé que j’avais décidé de faire des hamburgers ou des hot-dogs lors du prochain match.

Tandis que de telles pensées me traversaient la tête, Olba apparut de nulle part, du pop-corn à la main et un sourire plâtré sur son visage. Le sens du commerce de cet homme était de haut niveau.

C’était un vrai marchand, et il vendait toujours bien, donc je n’avais aucune raison de ne pas lui faire confiance. Il n’était pas non plus formellement employé par Mismede, ce qui signifie qu’il pouvait faire ce qu’il voulait.

Mais je voulais aller voir le match avant de lancer des négociations commerciales. Je m’étais rendu à la cabine VIP transparente en haut des gradins. Les dirigeants de Lihnea, Regulus, Refreese et Ramissh étaient déjà là, mangeant du pop-corn.

Les chevaliers de chaque nation étaient également présents, probablement pour accomplir le devoir de garde du corps. Gaspar, le chevalier borgne de Regulus, maniait la lance enflammée qu’il avait gagnée au bingo il y a quelque temps. Comme je l’avais réglé de façon à ce que la magie soit annulée dans la loge VIP, la lance était ainsi devenue une lance ordinaire.

« Comment se déroule le match ? »

« Ah, Grand-Duc ! C’est très intéressant… J’espère qu’un jour, quand mon pays sera dans un meilleur état, nous aurons aussi une équipe nationale. »

Les yeux du prince, euh, du Roi Cloud brillaient, pleins d’excitation et d’espoir.

« Je me demande qui va gagner… »

« Je parie que Mismede va gagner puisqu’ils sont menés 3-2 à la fin de la 7e manche. Les hommes-bêtes ont après tout des qualités physiques exceptionnelles. Pour eux, ce qui serait normalement un triple se transformerait en un home run. »

« Ne sous-estime pas Belfast, mon ami. Ils ont ce lanceur qui est un expert des balles courbes. Une fois sur le terrain, Mismede ne pourra plus marquer. »

Les deux empereurs échangèrent leurs opinions sur la situation. Belfast avait besoin d’un autre run, d’une façon ou d’une autre. Pendant qu’ils bavardaient, le pape de Ramissh s’asseyait tranquillement, mâchouillant son pop-corn bruyamment.

« Ah, Seigneur Touya… »

« Pas besoin d’être si formel, te souviens-tu ? »

« Je le sais, mais… Je ne peux tout simplement pas parler au messager de Dieu comme à un homme ordinaire, mais cela mis à part... Ce “caramel”, c’est bien comme cela que vous l’appeliez ? Serait-il possible d’en faire aussi dans mon pays ? »

« Bien sûr. C’est assez simple, en fait. Je vais mettre la recette sur papier, alors donne-la à ton cuisinier. J’ai aussi fait des bonbons au caramel dans la cuisine il y a quelque temps. Veux-tu en goûter ? »

J’avais sorti plusieurs plaques de bonbons de [Stockage] et je les lui avais remises. Sa Sainteté en avait mis un petit morceau dans sa bouche, l’avait un peu mâché et avait adopté un visage étonné.

« C’est incroyable… ! Je sais que les enfants vont adorer ça. J’aimerais que cela devienne une source de financement pour nos orphelinats… »

« Oh, c’est super. Je vais t’écrire la recette pour celle-ci aussi. C’est bon de savoir que l’argent ira aux enf — »

À ce moment-là, j’avais senti un regard sur moi par-derrière. Trois regards, pour être exact. Trois personnes avides…

Je donnais donc du caramel aux empereurs et à Cloud. Ils l’avaient tout de suite mis dans leur bouche et l’avaient mâché avec bonheur. J’avais aussi distribué des morceaux de caramel à tous les hommes de garde… Mais c’était seulement parce que je sentais aussi leurs regards se former sur moi.

Le match s’était poursuivi jusqu’à la neuvième manche, trois à deux pendant tout ce temps. Belfast était à la batte, avec une personne sortie. Ils avaient un coureur sur la 1re base. S’ils réussissaient un home run, ils pourraient facilement faire un retour en force.

Subitement, l’extérieur de la loge VIP devint très agité. Les gardes étaient brièvement sur les nerfs, mais ils s’étaient rapidement calmés en réalisant qui c’était. Laim, mon majordome, était venu nous voir. Le fait qu’il avait fait tout ce chemin était rare en soi. Ce qui était encore plus rare, c’est qu’il courait.

« Se passe-t-il quelque chose ? »

« Monsieur… le miroir portatif… de Belfast… ! »

Sa respiration était saccadée, donc il avait clairement couru jusqu’au stade. Il m’avait passé un morceau de parchemin, et que j’avais ouvert à la hâte. Ce que j’avais vu m’avait fortement ébranlé.

« Cette… Oh non ! »

J’avais essayé d’utiliser une [Porte] pour atteindre immédiatement la loge de Belfast, mais dans ma hâte, j’avais oublié que j’avais annulé la magie dans la loge VIP. Je m’étais précipité dans les tribunes habituelles, j’avais réessayé et j’y étais arrivé immédiatement.

***

Partie 10

Debout comme un chef d’équipe, aux côtés de son frère, se trouvait Sa Majesté le roi de Belfast. Il était intensément concentré sur le jeu, mais s’était vite étonné quand il m’avait vu surgir de nulle part.

« Whoa, Touya ? Se passe-t-il quelque chose ? Es-tu là pour arbitrer la partie ? »

« N-Non, pas ça ! L-Le travail, Votre Majesté !! Travaille ! »

« Hein ? Le travail ? Tu veux dire, comme, travailler ? »

Non, bon sang ! Bien que Sa Majesté n’ait pas compris de quoi je parlais, le duc Ortlinde avait tout de suite compris.

« Ta femme est en travail, c’est ce que j’essaie de dire, Votre Majesté ! Un message vient d’arriver de Belfast ! Ton enfant arrive ! »

« Oh, je vois. ATTENDEZ. QUOI !? »

Tu parles d’une réaction lente ! Je pensais que le bébé arriverait bientôt, mais ce n’était pas le bon moment !

J’avais envoyé le roi agité à Belfast via une [Porte], puis j’avais demandé au duc de rester pour suivre le jeu. Le match s’était terminé comme je m’y attendais après deux autres retraits, mais ce n’était pas important.

Comme la reine était déjà en plein travail, nous n’avions pas le droit d’entrer dans la pièce. Je pouvais comprendre pourquoi on m’avait interdit de le faire, mais j’avais vraiment été assez surpris que le roi ne puisse pas y assister. Garder le mari à l’écart était quelque chose que je trouvais juste déroutant. Je me demandais si c’était une coutume royale ou une superstition. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas comme si ma présence pouvait aider quoi que ce soit.

Pour l’instant, nous attendions dans la chambre à côté de la suivante. Nous étions restés éloignés en considération pour la voix de la reine, mais de temps en temps ses cris parcouraient les deux pièces et atteignaient nos oreilles…

Le roi avait commencé à faire les cent pas, alors je l’avais brièvement laissé seul et j’avais ouvert une [Porte] pour appeler Yumina et les autres. C’était après tout la naissance de son jeune frère.

Yumina était immédiatement allée voir la reine, comme le reste de mes futures épouses, alors il n’y avait plus que moi et le roi après tout ça.

Je n’avais rien pu faire pour aider, alors j’avais laissé Kohaku derrière moi en cas d’urgence, puis j’étais retourné brièvement à Brunhild.

Il s’était avéré que Mismede avait gagné le match trois à deux. J’avais renvoyé chaque joueur et chaque monarque dans leurs pays respectifs. J’étais très anxieux au sujet de cette naissance, alors j’avais décidé de retourner immédiatement à Belfast. J’avais promis d’envoyer une lettre par le miroir portatif dès la naissance de l’enfant.

J’étais retourné avec le duc Ortlinde et Sue, pour découvrir que le roi faisait encore les cent pas.

« Ça prend du temps, hein… ? »

« En fait, Yumina était née assez rapidement. Mais je suppose que chaque naissance est différente. »

Une heure venait tout juste de s’écouler, mais elle s’était écoulée très lentement. Chaque fois qu’on entendait un gémissement de douleur de la reine, je fronçais les sourcils. Nous, les hommes, nous ne pouvions pas les empêcher de souffrir. Honnêtement, c’était un peu décourageant.

Je n’étais pas sûr de pouvoir d’endurer cela si c’était la naissance de mon propre enfant.

Attendez, attendez… Si ce que le docteur Babylon a dit était vrai, ça voudrait dire que je devrai ressentir ce genre d’anxiété au moins neuf fois !?

« Je n’arrive pas à le croire… »

Le roi faisait des allées et venues sans raison particulière. Je le suivais des yeux, me demandant si je serais bientôt à sa place.

Je me demandais combien de temps l’accouchement durait en moyenne, mais avant de pouvoir le chercher sur mon smartphone, j’avais entendu un bébé pleurer de près.

Tout d’un coup, le roi courut hors de la pièce. Je l’avais suivi en toute hâte.

Pourtant, comme c’était le cas auparavant, le roi n’avait toujours pas accès à la salle d’accouchement. Nous avions attendu que quelqu’un vienne nous annoncer la nouvelle. Au bout d’un moment, Linze avait jeté un coup d’œil à sa tête.

« L’enfant est né. C’est un petit garçon et il est en bonne santé. La mère et l’enfant vont bien. »

« Quoi ? Quoi !? Un petit garçon !? Et ils vont bien tous les deux ? »

Le roi s’approcha joyeusement de la porte. Le Duc Ortlinde et moi avions pensé qu’il ne serait pas approprié d’aller voir la reine immédiatement après l’accouchement, alors nous avions attendu dehors.

« Un petit garçon… ce qui fera de lui un prince. Cela signifie que tu ne seras plus dans la course pour devenir roi de Belfast, Touya… Quel dommage ! »

« Franchement, ne t’inquiète pas pour ça dans un moment pareil. »

Plaisanterie ou pas, ce que le duc avait dit m’avait soulagé. Avec la naissance du prince, tout était réglé.

Au bout d’un moment, la porte s’ouvrit, et le roi sortit, tenant un précieux petit bébé enveloppé dans du tissu blanc.

« Il est là ! L’héritier du trône de Belfast ! »

« Félicitations, grand frère ! »

« Félicitations. »

Le nouveau-né était ridé, un peu comme un singe. Il était tout petit. Il avait l’air assez fragile pour se briser si on ne touchait un peu. Yumina m’avait appelé en plaisantant grand-frère, parce que le petit gars était essentiellement mon plus jeune beau-frère. Si l’on considérait les choses ainsi, cela faisait un peu bizarre.

« Au fait, Touya. Nous aimerions beaucoup que tu deviennes le parrain du garçon, alors… peux-tu lui trouver un bon nom ? »

« Quoi, moi !? »

Me faire cette demande est très étrange, mais je suppose que je ne peux pas m’y dérober… Hm… Si sa sœur aînée s’appelait Yumina, alors…

« Yamato… Je pense que ce serait bien. »

« Yamato… Hm, oui. Yamato. Yamato Urnes Belfast. Un nom fort en effet. J’aime ça ! Très bien, le garçon se nommera Yamato. Prince Yamato. »

Yumina était constituée d’une suite de trois syllabes de base, alors je m’étais dit que cela devrait être aussi le cas pour Yamato. C’était aussi un nom plutôt solide. Eh bien… si nous donnions le même nom à notre premier cuirassé, ce serait peut-être un mauvais présage, mais… c’est un monde différent, donc il valait mieux ne pas s’inquiéter.

Le roi éleva son fils bien haut, souriant tout le temps.

« Whoosh… Woooooooh… »

« Waaaah !! »

Le prince s’était mis à pleurer, ce qui avait fait flipper le roi et l’avait renvoyé dans la salle d’accouchement. Il avait réagi vraiment de façon excessive… C’est cependant plutôt mignon. C’est donc ainsi que les gens se comportaient quand ils avaient des enfants ? Les enfants sont incroyables…

La naissance du prince fut officiellement annoncée peu après.

La nouvelle s’était répandue dans la capitale royale en un rien de temps, et les gens avaient afflué dans les rues pour faire la fête. J’avais aussi eu le droit d’allumer des feux d’artifice pour fêter ça. Eh bien, techniquement, ils avaient été largués depuis Babylone, mais je m’écartais du sujet.

Parallèlement à cette annonce, l’engagement de Yumina avait également été formalisé. Son fiancé avait été annoncé comme un grand-duc prometteur. En d’autres termes, moi. Les ragots n’avaient pas mis longtemps à se répandre à ce sujet également.

Apparemment, l’histoire était devenue très populaire au sein de la guilde. Une sorte d’histoire à succès à propos d’un modeste aventurier qui avait gravi les échelons, qui était devenu un monarque et s’était fiancé à une belle princesse.

Les fiançailles de Yumina n’étaient pas les seules annoncées. Dans Regulus, les fiançailles de la princesse Lucia avaient également été rendues publiques. J’imaginais que les gens bavarderaient de la même façon là-bas aussi.

Grâce à cette annonce, j’imaginais que les citoyens seraient beaucoup plus confiants dans une possible alliance entre Belfast et Regulus.

Les autres filles n’avaient pas reçu d’annonces de fiançailles officielles, mais cela ne les dérangeait pas vraiment. Seul Sue était un peu grincheuse.

Sue avait été acceptée comme ma fiancée, mais je n’avais pas à cœur de la ramener à Brunhild avec moi. J’imaginais que le duc Ortlinde et Ellen se sentiraient seul.

En guise de compromis, j’avais créé une [Porte] permanente dans sa chambre dans le domaine d’Ortlinde, qui était reliée à sa propre chambre dans mon château. Je lui avais dit qu’elle pouvait y passer n’importe quand.

« Ah… Je suis contente que le gamin soit né en bonne santé. »

« En effet. J’ai été très impressionné par sa détermination. »

Les filles, qui avaient assisté à la naissance du prince Yamato, étaient assises sur un canapé, épuisées. Nous étions tous dans une chambre d’amis qui nous avait été fournie. Yumina et Sue n’étaient pas présentes. Il n’y avait que moi, Elze, Linze, Yae, et Lu. Ils semblaient plus que détendus pour en finir avec tout ça.

« … Nous aurons un jour des enfants, n’est-ce pas… ? »

Linze parla doucement, ce qui fit rougir les autres et les poussa à marmonner entre elles.

Qu’est-ce qu’elle y avait à ajouter... Même moi, je suis en train de devenir rouge !

Des festivités se tenaient dans les rues ce soir-là. Le palais royal distribuait gratuitement de l’alcool et tout le monde célébrait la naissance du prince.

Les Miroirs portatifs que j’avais mis en place avaient tous connu un pic d’activité, des vœux de bonheur de diverses nations arrivant en masse. Le roi souriait doucement, ce qui, honnêtement, me rendait un peu nerveux… Je n’étais pas sûr d’être prêt à être comme ça.

Les problèmes de Lihnea avaient été réglés et le prince Yamato était enfin né… Il était temps de se reposer… c’est du moins ce que je pensais.

« Bonjour, je m’appelle Fleur. Grand-Duc, merci beaucoup de m’avoir sauvée. »

« Ah… Ce n’est vraiment pas grand-chose… »

Une jeune femme aux cheveux brun clair se tenait devant moi. Elle semblait avoir une vingtaine d’années. C’était la femme esclave que j’avais libérée de Zabune. En toute honnêteté, je l’avais un peu oubliée.

Comme il s’était passé beaucoup de choses, ce n’était donc pas vraiment ma faute. Apparemment Fleur vivait dans mon château depuis que je l’avais ramenée… Et ce n’était que maintenant qu’elle avait pu me rencontrer. Ou plutôt, c’était seulement maintenant que je m’étais souvenu de son existence.

« Zabune a été envoyé sur le site de fouilles de Sandora, donc tu es libre. Si tu veux que je te ramène chez toi, dis-le-moi. »

« Ah, non… J’aimerais savoir si je peux travailler ici. Je ne veux pas retourner à Lihnea, et je sais que tout se passe bien dans ma maison sans moi, donc… »

Je suppose que c’était une esclave là-bas… Même si l’endroit est différent maintenant, elle a probablement encore plein de mauvais souvenirs.

« Euh… Bien sûr ! L’un de mes amis tient une auberge dans la ville, aimerais-tu y travailler ? »

« Oui ! J’adorerais ! »

J’avais donc envoyé Fleur travailler à la Lune d’Argent. Micah avait facilement accepté l’offre, c’était une opportunité pour moi.

Je lui avais donné diverses potions de haute qualité faites dans le laboratoire d’alchimie. Il serait utile d’avoir ce genre de choses à l’auberge, juste au cas où des gens seraient blessés là-bas.

« Comment vont les clients ? Est-ce que l’auberge tourne bien ? »

« Je dirais que oui, on fait des bénéfices ! Les chambres sont rarement vides de nos jours. En fait, beaucoup d’aventuriers et de voyageurs de Belfast et de Regulus passent par ici. Ah, je m’en souviens… ils échangèrent souvent des histoires, et j’en ai entendu une intéressante récemment. »

« Hm ? Qu’est-ce que c’était ? » Bien que la succursale de l’auberge de la lune d’argent de Brunhild soit apparemment un hôtel, c’était aussi un point important pour la collecte de renseignements. Presque tout le personnel était des ninjas autrefois associé à la maison Takeda. C’était leur travail d’observer les individus suspects et d’écouter les histoires curieuses. Après tout, leur rôle était d’écouter les potins à ma place.

« Il y a un petit village au sud de l’Union Roadmare. Apparemment, un monstre cristallin y est apparu récemment. C’est censé avoir la taille d’un ours, avec un corps en forme de mante. »

« … Quoi ? »

Ça devait être une Phrase. Probablement l’un des plus faibles, compte tenu de la taille indiquée… Probablement au même niveau que la Phrase en forme de cricket que nous avions rencontrée il y a bien longtemps.

« Alors, qu’est devenu ce monstre ? »

« La guilde de Roadmare a émis une quête de subjugation, et un groupe s’est formé pour le tuer. Mais… il y a eu d’énormes pertes. Le village a été anéanti, et le groupe a failli mourir. »

Wôw, ils l’ont tuée ? Je suis impressionné… mais quand bien même, subir autant de dégâts contre une faible Phrase…

Pourtant, j’entendais de plus en plus ce genre d’histoire récemment… Petit à petit, ils apparaissaient de plus en plus souvent. Je me demandais si la frontière du monde devenait encore plus tendue.

Ende ne s’était pas présenté, ce qui voulait probablement dire qu’il ne considérait pas la Phrase faible assez importante.

« Je suppose que je ferais mieux de me dépêcher… »

J’avais demandé à Micah de s’occuper de Fleur, puis j’avais rapidement ouvert une [Porte] vers Babylone.

***

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Un commentaire :

  1. Merci pour le chapitre.

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