Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 6 – Chapitre 2 – Partie 8

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Chapitre 2 : Les deux princes

Partie 8

« Nous avons fouillé votre manoir. Il est très voyant, n’est-ce pas ? Il est certainement bien trop extravagant pour un homme au service de son pays. Corruption, détournement de fonds… contrebande, chantage… C’était une affaire lucrative, hein ? Ne vous inquiétez pas, le roi a toutes les preuves. »

« Et nous connaissons tous les nobles qui ont travaillé sous vos ordres. Ils ne nous échapperont pas non plus. »

Le marquis Koupe regarda la foule des nobles. Certains d’entre eux avaient l’air paniqués, tandis que d’autres se contentaient de regarder les gens autour d’eux avec surprise.

« Je suis vraiment un homme pathétique. C’est… tout est de ma faute. Tu as profité de ma faiblesse, en faisant tout ce que tu veux à cause de mon incapacité à agir. En vérité, le peuple serait mieux loti avec Cloud comme roi que moi… Pourtant, cet acte même pourrait être considéré comme un simple transfert de responsabilité. »

« Père, ne soyez pas stupide. Il y aura des moments où j’aurai besoin de vos conseils dans les jours à venir. N’hésitez pas à guider ma main quand je me tromperai de direction. »

« C-Cloud… Je suis vraiment désolé… »

Le roi prit les mains de son fils dans les siennes, les larmes aux yeux. C’était un spectacle émouvant. Enfin, après des années dans l’ombre, le Prince Cloud pouvait enfin rejoindre son père dans la lumière.

« Assez de ça ! Ne vous foutez pas de moi ! C’est mon pays ! Gardes, tuez-les ! Coupez-les ! Je vous donnerai l’argent, un statut, n’importe quoi !! »

Zabune avait commencé à parler comme un demeuré. Il en avait l’air aussi, puisque le sang coulait encore le long de son nez. Je me demandais si le « les » comprenait aussi le roi… Naturellement, personne ne lui obéit, de sorte qu’il ne restait de son ordre qu’un faible écho qui s’éteignit misérablement.

« J’ai vraiment de la peine pour lui maintenant. »

« Sérieusement… Quand on élève des enfants, il faut s’assurer qu’ils soient bien élevés… ou ils vont se transformer en, eh bien… ça. »

J’étais d’accord avec eux deux. Si ce type était mon fils, eh bien… Rien que l’idée me dégoûtait.

« Cesse donc ce spectacle dégoûtant. Tu n’es ni un prince, ni mon fils. Qui t’écouterait maintenant ? Non… il est temps que tu t’assoies, pour une fois. Va t’asseoir et va réfléchir à tous tes comportements odieux. »

Les dents de Zabune s’unirent dans un grincement terne, et son visage devint rouge furieux. Ce comportement odieux était apparu quand on avait enquêté sur les crimes de Wardack…

Nous avions entendu parler de toutes les femmes avec lesquelles il avait joué, de tous les paysans qu’il avait tués pour se divertir et de toutes les personnes qu’il avait enlevées et réduites en esclavage… Sans parler des gens qu’il avait violés devant leurs parents. Il semblait particulièrement heureux d’entendre leurs parents implorer leur pitié.

Cet homme, qui avait fait toutes sortes de choses perverses, ne regrettait rien. Il ne s’assoirait jamais et ne réfléchissait pas sur lui-même, alors il ne s’en souciait pas. Même face aux preuves, il serait du genre à dire qu’il avait raison et que tous les autres avaient tort.

À la fin de la journée, on se rendit compte à quel point Zabune était un enfant gâté. Je ne pensais pas qu’il fallait faire preuve de clémence.

« Votre Majesté… Que comptez-vous faire des trois traîtres ? »

« En ce qui concerne les charges, ils seront tous mis à mort. C’est la seule chose logique à faire pour sauver la face. Ce qui s’est passé finira bien par se savoir, alors nous devons nous occuper rapidement des auteurs. »

La liaison et la tromperie de la reine, le faux prince… le Premier ministre qui détenait le vrai pouvoir politique. Il va sans dire que cela donnera une mauvaise image de lui aux yeux des étrangers. Pourtant, il semblerait qu’il l’ait déjà accepté, alors au moins, il était prêt à atténuer les dégâts.

« E-Exécution !? Tu es devenu fou ! Ne t’avise pas ! »

Zabune se tortillait encore comme un ver, criant comme une banshee [1]. Honnêtement, je commençais à en avoir assez de lui. J’aurais aimé qu’il la ferme.

« Comment ose-t-il ? Comment oses-tu ? N’attends-tu pas depuis longtemps ta punition, misérable petit veau ? Tu n’es pas un prince. Tu n’es rien de plus qu’un vulgaire criminel. Personne ne viendra te sauver. Personne ne viendra te protéger ou te représenter. Accepte-le et sois un homme pour une fois. »

« Tais-toi ! Ta gueule, ta gueule, ta gueule, ta gueule ! Espèce de merde ! Je vais te tuer ! Tu ferais mieux de te souvenir de moi, compris !? Souviens-toi de ce visage ! Ton pays, tes femmes, je les baiserai toutes les deux ! »

« … Excuse-moi ? »

Qu’est-ce que tu viens de dire ?

Lentement, j’avais sorti Brunhild de son étui. Puis, j’avais visé la jambe droite de Zabune et je tirais. Les balles réelles avaient pénétré sa chair, faisant jaillir du sang depuis le point d’impact.

« Gyaaaaaaaaaaaah !! »

Zabune s’était effondré en un tas pathétique et tortillant, s’agrippant à la blessure. Sa voix était plus que dégoûtante. Je voulais qu’il se taise.

« Qu’est-ce que tu… !? »

« … Tu ferais quoi à celles qui me sont chères ? Tu jures de faire quoi à ma maison ? Tu crois vraiment que je te laisserais vivre, espèce de sale petite merde, après avoir osé menacer tout ce à quoi je tiens ? »

J’avais tiré une autre balle, cette fois-ci sur sa jambe gauche.

« A-Ahgh !! S’il te plait, cesse… ! Je… Je suis désolé ! Ne me tue pas… ! Je ne veux pas mourir !! »

« … Ces innocents que tu as torturés ne voulaient pas mourir. Tu t’es moqué d’eux. Tu as pris plaisir à leur souffrance. Pourquoi ne te ferais-je pas la même chose ? »

J’avais piétiné le bras de Zabune avec mon pied, le tenant en place sous ma chaussure. Après ça, j’avais posé le canon du Brunhild dans la paume de sa main droite. Puis, j’avais appuyé sur la détente.

Un grondement identique à un cri bestial et animal s’était frayé un chemin à travers ses lèvres. Soit par peur de la mort, soit par simple tourment, le misérable animal en habit humain connu sous le nom de Zabune… s’était évanoui.

J’avais rapidement utilisé la magie réparatrice pour soigner les blessures que j’avais faites. Je n’avais après tout jamais eu l’intention de le tuer. Il m’avait énervé, alors je voulais juste lui faire mal. Il n’y avait rien de plus. Punir Zabune n’était pas mon fardeau.

Il allait sans dire que ce bâtard irait tout droit en enfer, mais les gens dont il avait ruiné la vie ne seraient pas satisfaits si on lui donnait une mort aussi rapide. Ce qui lui arrivera dépendra maintenant du jugement du Prince… euh, du Roi Cloud.

« … Désolé. Je crois que j’ai un peu exagéré. »

Je m’étais excusé auprès du père de Cloud.

« Non, cela peut simplement être considéré comme une autre forme d’expiation. Bien que j’aie déclaré la peine de mort, ce qui lui arrivera est entre les mains de Cloud. J’ai quitté le trône, après tout. »

« Gardes, emmenez-les au donjon ! »

Sur l’ordre de leur nouveau roi, les gardes royaux entrèrent et appréhendèrent le méchant trio. C’est drôle, vu comment ils avaient complètement méprisé Cloud l’autre jour.

« Ça va, Touya ? »

« … Ouais, je me suis juste un peu énervé. »

Dès qu’il avait dit qu’il ferait des choses impliquant mon duché, Elze, et les autres… J’avais perdu mon sang-froid. Ce n’était pas comme s’il était capable de faire n’importe quoi, mais juste l’idée m’avait fait bouillir le sang.

C’était comme quand ces petits chevaliers s’étaient battus avec moi à Belfast. Je n’avais pas l’air de m’en faire, mais je n’arrivais pas à garder mon sang-froid quand les gens à qui je tenais étaient calomniés. Ce n’était pas ma faute si je pouvais si rapidement perdre la tête. J’avais vraiment besoin d’apprendre un peu plus de maîtrise de soi…

Pendant que je réfléchissais à de telles choses, j’avais vu Wardack, Dacia et Zabune se faire entraîner dans les cachots, donnant des coups de pied et hurlant tout le temps.

Juste après avoir succédé au trône, le prince, ou plutôt, le roi Cloud, avait commencé à mettre en place de massives réformes.

Sa première action avait été de réintégrer le marquis Koupe au poste de Premier ministre. Après cela, il avait fait examiner par les autorités toutes les preuves du détournement de fonds et de la corruption de Wardack. Les preuves avaient ensuite été utilisées pour arrêter les maisons marchandes qui avaient conspiré avec lui.

Il avait également veillé à purger la capitale royale des familles nobles qui avaient soutenu la campagne de terreur de Wardack.

De plus, il avait réduit les taxes imposées à la population. Et en plus de cela, il avait utilisé les gains mal acquis que Wardack avait accumulés et les avait redistribués à la population, créant plusieurs projets de travaux publics pour améliorer la qualité de vie à Lihnea.

Le manoir que Zabune appelait son chez-soi avait également fait l’objet d’une descente et un cachot avait été découvert dans le sous-sol. Plusieurs esclaves y vivaient en esclavage, tous munis d’un collier. J’avais rapidement enlevé leurs liens avec ma magie, libérant ainsi les innocents maltraités qui s’y trouvaient.

Wardack abusait de sa position depuis plus de dix ans. Il semblerait qu’il avait consacré tout son budget et toutes ses ressources nationales au renforcement de l’armée. Son but depuis le début était clairement la guerre.

En déclarant la guerre à Palouf et en réunissant l’île de Palnea sous une seule bannière, Wardack serait entré dans l’histoire comme un homme étonnant qui aurait accompli l’impossible.

En raison de cette orientation militariste, les gens avaient beaucoup souffert et les problèmes internes n’avaient pas été réglés. Il n’était même pas certain que Lihnea aurait été capable de gagner la guerre.

Dans l’ensemble, la puissance nationale de Lihnea n’avait jamais été aussi faible. J’espérais qu’ils pourraient éviter un conflit avec le royaume de Palouf, mais étant donné que le nord avait souffert d’une mauvaise récolte et qu’ils avaient aussi des problèmes en interne, il ne semblait pas que l’une ou l’autre des parties était en état de combattre. Ils continueraient probablement leur paix relative dans un avenir proche.

« Mais je me demande si je pourrai construire des relations amicales avec le royaume de Palouf. Il est peut-être difficile de guérir de vieilles blessures, mais je pense que ça en vaudrait la peine. »

« Oui… Oh, mais qu’est-ce que vas faire l’ancien roi ? »

« Père a passé chaque instant de sa vie avec Mère. En gros, il l’adore de toutes les façons possibles. Je pense qu’il essaie de se racheter de ne pas avoir été là pour elle durant la trahison de Wardack. »

Le roi Cloud était assis dans la salle de conférence de Brunhild, en train de discuter avec moi.

Après l’incident, j’avais fini par enquêter sur la façon dont le pays avait reçu la nouvelle, et j’avais été agréablement surpris de constater que le peuple avait pitié du roi qui avait été trompé par Wardack et Dacia. Ils le considéraient comme un homme malheureux qui avait été traité avec cruauté et induit en erreur. L’image du roi semblait bien conservée et la haine du peuple se concentrait davantage sur Zabune, Dacia et Wardack.

Le comportement hédoniste de Zabune était également bien connu des habitants de la ville du château, et l’opinion apparemment populaire dans le pays était que Lihnea allait connaître sa fin sous le règne du roi Zabune. Lorsqu’il avait été révélé que ce n’était qu’un prince imposteur, et qu’il serait dûment puni par la loi, les citoyens avaient été positivement exaltés. La haine pour cet idiot était clairement profonde.

« Alors, qu’est-il arrivé à ces trois-là à la fin ? La peine de mort ? »

« Non, en fait… Ils ont subi un sort beaucoup plus cruel. Leurs victimes ne pourraient pas reposer en paix si je les laissais partir avec quelque chose d’aussi définitif que la mort. »

« … Alors qu’est-ce que tu as fait ? »

« Les colliers d’esclaves que Zabune avait avec lui, eh bien… Je les ai utilisés. Ces trois-là ont été mis en esclavage et vendus à un marchand de Sandora. Ils sont probablement en train de travailler sous la houlette d’un maître sévère. »

C’était… hardcore.

Apparemment, Sandora entreprenait de très importantes fouilles, et l’opération avait été menée presque entièrement par des esclaves venus de tous les coins du pays. D’après ce que j’avais compris, la plupart de ces esclaves étaient d’odieux criminels, forcés de travailler de l’aube à la nuit tombée. C’était une vraie vie de prisonnier, un enfer inéluctable.

« Zabune n’a jamais levé le petit doigt de sa vie, alors j’imagine que c’est particulièrement désagréable pour lui. Pourtant, c’était une punition nécessaire. S’il mourait sans avoir goûté un peu de ce qu’il infligeait aux autres, les défunts ne pourraient jamais être satisfaits. »

Je supposais que c’était une question de perspective… était-ce cruel ou généreux ? D’un côté, c’était un travail infernal, mais de l’autre… ils étaient encore en vie. En fin de compte, c’était une question de point de vue.

C’était des criminels, il était donc juste qu’ils éprouvent une partie des souffrances qu’ils avaient infligées aux autres. Et comme je n’avais aucune sympathie pour eux, cela ne me dérangeait pas.

Notes

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