Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 5 – Chapitre 4

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Chapitre 4 : Améliorons le duché

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Chapitre 4 : Améliorons le duché

Partie 1

« Je veux planer dans le ciel ! »

« C’est un peu, euh... »

Leen et moi étions assis sur le balcon. Alors qu’elle sirotait son thé noir, elle avait plissé les sourcils en entendant ma demande.

Je pensais à ce qui s’était passé à Ramissh quelques jours auparavant, et aussi à ce qui s’était passé pendant le coup d’État avant cela. Ces deux événements avaient impliqué des ennemis volants, et ça ferait toute la différence si je pouvais voler librement tout comme eux.

Bien sûr, je pouvais convoquer un griffon et le monter, mais voler soi-même était bien plus cool que de se battre sur le dos d’une bête mythique. C’était pourquoi j’avais décidé de demander à Leen si elle en savait quelque chose.

« Je veux dire... tu peux te propulser dans le ciel en utilisant la magie du vent, mais en tout cas... Tu ne seras pas capable de voler librement. C’est plus un sortilège pour poursuivre les gens, alors tu ne l’utiliseras qu’à contretemps. Moins de vol, plus de propulsion. »

« Hmmph... dans ce cas, n’y a-t-il pas de sort Néant ou autre chose ? »

« C’est possible. Mais ce n’est pas un sort nul que je connais. »

Hrmph... Je supposais que les fées n’auraient pas besoin de magie de vol, donc aucune d’entre elles n’avait pris la peine de mémoriser le sort qui pourrait le faire.

J’avais rapidement envisagé l’affaire sous un autre angle. La magie Néant était de la magie personnelle. Ce n’était pas comme si la plupart des gens pourraient l’utiliser, même si elle était partagée. C’était probablement pour ça que ça ne servirait à rien d’y regarder de plus près.

Alors je n’ai pas le choix. Je vais devoir regarder dans ces vieux livres de magie poussiéreux. J’avais acheté une tonne d’encyclopédies sur la magie Néant dans différentes librairies et je les avais réunies dans la bibliothèque du château. Les livres contenaient des témoignages de la magie Néant du monde entier, et de différentes époques. Mais, comme il s’agissait d’une liste exhaustive, les sorts allaient de l’utile... à l’absolument inutile. Un des sorts vous permettait de faire marcher les fourmis en ligne droite. Je n’arrivais même pas à savoir comment quelqu’un l’avait découvert ni pourquoi.

« Touya, frangin... tu vas vraiment regarder à travers tout ça ? »

Renne était libre, alors je lui avais demandé de m’aider. Mais après avoir regardé un seul livre, elle semblait intimidée. Je supposais qu’elle avait raison...

La pire chose à propos de tous ces livres était qu’ils avaient tous été publiés indépendamment les uns des autres et à des moments différents. Par conséquent, j’avais vu beaucoup de noms de sorts répétés dans chaque livre. [Porte] était apparemment assez connue. C’était listé dans chacun d’eux.

« Oui, je crois que oui. Je vais tous les parcourir. Lain et Cesca nous aideront plus tard. »

Renne s’était assise sur une chaise et commença à regarder dans les livres. Pendant que nous cherchions ostensiblement de la magie qui me permettrait de voler, je lui avais aussi demandé de garder l’œil ouvert pour tout sort qui pourrait sembler utile.

Je pensais que le sort s’appellerait peut-être [Voler], ou [Vol], mais même si j’invoquais ces noms, rien ne se passait. Je n’étais pas tout à fait sûr de la raison pour laquelle c’était le cas, mais il était probable que j’avais besoin de bien comprendre les effets du sort avant de pouvoir le visualiser et l’utiliser.

Je me le demandais de temps en temps, mais mon pouvoir ressemblait plus à une capacité de copie qu’à autre chose. J’avais répliqué la magie qui existait déjà, et je l’avais faite mienne. Je n’avais jamais vraiment créé la mienne. Cependant, je m’étais dit que de penser à ce genre de choses était un peu inutile.

En feuilletant les livres, j’avais trouvé de temps en temps quelques sorts intéressants. Comme [Censure], un sort qui censurait certains mots et rendait impossible leur prononciation. C’était intéressant, mais je ne savais pas à quel point ce serait utile. Par exemple, je pourrais interdire l’utilisation du mot [Boule de feu], ce qui pourrait empêcher mon ennemi de jeter ce sort, mais il semblerait que l’effet était limité à un mot par personne.

« Oi frangin, qu’en est-il de celui-ci ? »

« ... Nope, on n’en a pas besoin. »

Ce que Renne avait découvert était un sort nommé [Mosaïque]. Je n’en étais pas sûr... mais apparemment, c’était une sorte de sort qui gênait le spectre visuel des gens et permettait de brouiller certains objets de leur champ de vision, mais... cela me faisait penser à quelque chose de sexuellement obscène. Cela me déroutait, car les mosaïques étaient censées être une forme d’art basée sur des motifs ! Je ne savais pas pourquoi cela créait ce genre d’effet.

Parmi les autres sorts, citons [Silence], un sortilège qui calme les choses. [Enceinte], qui rendait tous les sons encore plus bruyants... et [Bouclier], qui créait une barrière invisible pour défendre l’utilisateur.

Heureusement, cela n’avait pas été une totale perte de temps, j’avais trouvé quelques sorts utiles. Comme je le pensais [Silence] n’empêchais pas les sorts d’être lancés. Cela rendait les chants inaudibles, mais ils pouvaient toujours être lancés même sous les effets du sortilège.

Quoi qu’il en soit, nous n’avions toujours pas trouvé ce que nous recherchions pour commencer...

« Oho. »

Ma main s’était arrêtée sur une certaine page.

[Lévitation]. C’était un sort qui permettait aux objets de flotter. Mais il semblait faire flotter que les objets à portée de main du lanceur de sorts. Je m’étais dit alors que ce sort avait une portée de deux mètres. Ce qui voulait dire que ce serait un sort utile pour transporter des choses, mais j’avais déjà [Stockage] pour ça de toute façon. Mais comme je ne pouvais pas utiliser [Stockage] sur des créatures vivantes, alors ça pourrait après tout être utile.

« [Lévitation]. »

J’avais décidé de tester le sort sur le livre. Le vieux tome lourd avait commencé à flotter dans les airs. Whoa, ça flotte vraiment ! J’avais essayé de le déplacer dans les airs. Oui, il peut bouger, mais... comme je m’y attendais, il ne pouvait pas aller plus loin que ma propre portée.

J’avais continué l’expérience. J’avais lancé [Lévitation] sur Renne, mais il semblerait qu’elle ne puisse pas se déplacer librement dans les airs. Elle bougeait comme si elle nageait, mais elle ne bougeait qu’un tout petit peu. Je me demandais si le fait de la propulser avec un ventilateur ou quelque chose comme ça marcherait... Renne avait l’air de s’amuser, mais ce n’était pas vraiment quelque chose qu’on pouvait appeler voler. Elle ne pouvait pas se déplacer à plus de deux mètres, et elle nageait à la vitesse d’un escargot. Mais en la voyant je m’étais demandé si je pouvais l’appliquer dans un tapis afin de le transformer en un tapis volant similaire aux contes des Mille et une Nuits.

« Je suppose que je devrais mémoriser celui-là pour l’instant. »

Ce sort semblait avoir du potentiel, il me fallait juste apprendre à l’appliquer correctement.

Alors que l’après-midi venait de démarrer, Cesca et Lain étaient venus nous aider. Maintenant qu’on était quatre, notre vitesse avait été considérablement augmentée. Après seulement deux heures, Cesca l’avait finalement trouvé.

« [Vol]. Méthode pour se propulser dans les airs grâce à la magie. En effet, ce doit être ça. Il semblerait que le sort consomme une quantité considérable de pouvoir magique, mais je doute que ce soit un problème. »

Selon le livre, la personne qui avait à l’origine utilisé ce sort pouvait voler librement pendant un maximum de trois minutes. Mais apparemment, quand c’était fini, il s’était écrasé contre le sol. J’étais certain que cela ne sera pas un problème pour moi, j’avais après tout le pouvoir pratique de créer des portails de téléportation. Trois secondes devraient suffire pour regagner assez de magie pour en créer une.

Quoi qu’il en soit, il faudrait que je le teste. C’était la première étape.

J’étais arrivé sur le terrain d’entraînement et j’avais commencé à concentrer mon énergie magique. Renne, Cesca, Lain, Nikola et Elze me regardaient tous. Ces deux derniers avaient fait une pause de leur entraînement pour venir nous voir. Le vieux Yamagata et sa compagnie étaient aussi venus. C’était un peu distrayant. Mais, quelle que soit l’attention, je devais me concentrer.

« [Vol]. »

Mon corps s’était soudainement mis à flotter à environ un mètre au-dessus du sol. C’était génial. Mon corps s’était retourné sans que je le veuille réellement, j’avais alors pensé qu’il fonctionnait sur la base de mes pensées les plus fondamentales, comme bouger un membre. J’avais décidé d’essayer de monter un peu plus haut, mais dès que j’y avais pensé, j’étais monté de plusieurs mètres en l’air ! Uwaaaah ! La mise au point laissait vraiment à désirer.

J’avais l’impression de piloter l’un de ces hélicoptères modèles réduits, mais sans contrôleur. Au bout d’un moment, j’étais bien trop en hauteur pour que cela soit confortable. J’avais essayé de voir jusqu’où je pouvais aller, mais j’avais dû m’arrêter quand l’air était devenu si rare et si froid que j’avais commencé à perdre les sensations dans mes membres. J’avais cru que j’allais suffoquer !

Le test suivant consistait à déterminer ma vitesse maximale. Mais encore une fois, j’avais dû arrêter. Le vent sur mon visage était extrême, beaucoup trop extrême ! J’avais dû fermer les yeux et voler à l’aveuglette pendant un moment.

Hrmph... peut-être que ce sera difficile à gérer. Je devrais peut-être utiliser le sort [Barrière] ? J’avais installé une barrière, et ça avait fonctionné comme un pare-brise de fortune. Ouais, ça marche.

Après ça, j’avais décidé d’essayer de faire demi-tour. J’avais commencé à zigzaguer, à m’arrêter soudainement, à piquer du nez, à faire des loopings ! C’était vraiment amusant. Très bien, essayons trois sauts périlleux !

Je m’étais un peu emporté...

« ... Tu as essayé de faire des sauts périlleux et tu es surpris d’avoir la nausée !? »

« Je n’ai pas vraiment d’excuse. »

J’étais complètement épuisé, allongé sous un arbre, la tête sur les genoux d’Elze. Je m’étais calmé un peu, mais l’incident lui-même était encore un peu extrême pour moi.

Je ne savais même pas pourquoi je l’avais fait, je détestais les montagnes russes. Ce genre de truc à grande vitesse n’était pas mon truc. Maintenant que j’y pensais, la balade sur la rivière Great Gau m’avait aussi donné le mal de mer...

***

Partie 2

Pour une raison ou une autre [Rétablissement] ne m’avait pas soulagé la nausée. Quand Baba s’était soûlé au saké, j’avais essayé de faire une sorte de test grandeur nature. Ça l’avait tout de suite dessoûlé, ce que j’avais trouvé hilarant. D’un autre côté, je supposais qu’être ivre de saké et étourdi par le mal des transports étaient deux choses différentes. Au fait, le vieux Baba avait commencé à boire de l’alcool juste après qu’il fut dessoûlé.

« Y avait-il d’autres problèmes ? »

« Non, c’était plutôt bien. J’ai cependant eu super froid quand je suis monté très haut... » Maintenant que j’y pensais, je pourrais probablement utiliser [Censure] pour nier le froid. Mais l’atmosphère était beaucoup trop mince là-haut, et ce n’était pas comme si je cherchais à explorer l’espace.

J’avais levé la tête et je m’étais assis correctement, je n’avais pas l’intention de l’utiliser comme oreiller à genoux pour toujours. Hm, ce genre de choses était devenu moins embarrassant dernièrement. En ce moment, nous ressemblions probablement à l’un de ces couples d’amoureux calmes, hein...

« Hé, Touya... Tu crois que tu pourrais utiliser cette magie sur moi ? Est-ce que je pourrais voler ? »

« Non, je ne pense pas que ce soit possible. Je ne peux pas utiliser ma magie de cette façon. Tu ne peux pas utiliser [Accélération] sur Linze, n’est-ce pas ? C’est la même chose. »

« Je suppose que oui... »

Elze poussa un soupir triste. Je crois qu’elle voulait voler avec moi.

« Tu devrais pouvoir voler si je te tiens dans mes bras. »

« A-Ah, c’est... assez embarrassant. »

Elze devint rouge de betterave et regarda nerveusement vers le bas. Donc cela ne te gêne pas que je mette la tête sur tes genoux, et tu es gênée quand je veux te prendre dans les bras ? Je ne comprenais pas ce qu’étaient ses critères !

« Tu pourrais peut-être voler à mes côtés si j’utilisais aussi [Lévitation], mais tu ne pourras pas voler librement dans ce cas. »

J’avais essayé de faire flotter Elze avec un de mes nouveaux sorts. Elle avait été prise par surprise et avait essayé de s’agiter, ce qui était un peu drôle. Après qu’elle se soit calmée, j’avais essayé de la faire léviter. Comme prévu, elle s’était arrêtée à l’endroit où mes bras pouvaient l’atteindre.

« [Vol]. »

J’avais utilisé mon sort de vol après ça. Comme je m’envolais, Elze s’envolait aussi avec moi. J’avais trouvé la solution. Je serais capable de faire voler les gens de haut en bas en fonction de ma propre position dans les airs. Tant que j’y prêtais attention, je pourrais utiliser [Lévitation] pour faire voler les gens à mes côtés.

J’avais pris soin de tout entretenir, et je m’étais envolé vers le balcon du château. Ouais, pas de problème ! Elze tituba et posa sa main sur sa poitrine, poussant un soupir de soulagement.

« C’était effrayant ! Je ne suis toujours pas habituée. Après tout, peut-être que je n’ai pas besoin de voler... »

Heh, c’était amusant. Mais je pouvais comprendre. Ses mouvements étaient hors de son contrôle, et si elle tombait de cette hauteur, elle mourrait à tous les coups.

Cela mis à part, ma mission était terminée. Ce nouveau sort avait changé un peu la donne pour moi. Des créatures comme la Phrase en forme de Manta n’auront plus de supériorité aérienne sur moi.

« Je vais encore voler. »

« OK, ne sois pas malade cette fois. »

Elze m’avait fait signe de partir, et j’avais fait le tour du château plusieurs fois. Après ça, j’avais traversé la route. En regardant la ville d’en haut, il était facile de voir à quel point elle avait été considérablement agrandie. Pour être tout à fait honnête, c’était un spectacle très émouvant.

Pourtant, cela ressemblait plus à un quartier commerçant qu’à une ville entière... Je m’étais posé dans une ruelle, où j’avais remarqué quelques enfants jouant avec des toupies.

« Uwaaah !? Milord !? Quelle surprise ! »

« Vous venez de descendre du ciel !? »

« C’est incroyable ! »

C’était un peu réconfortant de voir les enfants m’admirer. Je ne voulais pas qu’ils me vénèrent trop fort.

« Quoi !? Oserez-vous penser qu’une putain d’excuse suffit ? Après avoir traité un client comme ça !? »

Une voix masculine grossière résonnait de l’autre côté de la rue. J’avais regardé d’où cela venait, et il semblerait qu’il y avait de l’agitation dans un café.

Deux grands hommes se tenaient sur le patio du restaurant. Ils ressemblaient à des militaires. Plus importants encore, ils harcelaient une serveuse.

« Regarde-moi ça ! Il y a une putain de mégot de cigarette dans ma nourriture ! Comment peux-tu espérer que je vais payer pour ça !? »

« Tu ferais mieux de nous dédommager, salope ! Et si on le mangeait !? Et si on avait mal au ventre !? Heureusement qu’on était attentifs, compris !? »

Ces types étaient des ordures. On aurait dit des escrocs. Il ne faisait aucun doute qu’ils mentaient.

J’étais allé dans le restaurant et j’avais parlé à la serveuse.

« Quelque chose ne va pas ici ? »

« Ces deux messieurs disent qu’il y a un mégot de cigarette dans leur nourriture, mais... aucune des personnes travaillant ici ne fume, donc je ne comprends pas ! »

« Vous entendez ça, les gars ? On dirait que vous vous trompez. Êtes-vous sûrs qu’aucun de vous ne l’a laissé tomber dans la nourriture par erreur ? » La serveuse se tenait derrière moi, et j’avais gonflé ma poitrine. Les deux hommes me lancèrent des poignards avec leurs yeux.

« Hein ? Qu’est-ce que ça peut te faire, connard ? Tu nous regardes de haut, morveux ? Qui diable es-tu ? »

« Ouais, petit merdeux. Tu veux un billet de première classe direction le cimetière ? Avance, connard. »

Les deux hommes se rapprochèrent tout en se faisant craquer les articulations. Eh bien. J’allais pouvoir m’amuser un peu.

J’avais touché les hommes sur leurs bras, je les avais poussés et ils tombèrent facilement. Ils s’étaient envolés du restaurant et avaient atterri au milieu de la route.

« Ghuh !! »

« Aghagh !! »

Ils volaient assez facilement, mais c’était parce que j’avais réduit leur poids avec [Gravité]. Ni l’un ni l’autre ne semblaient comprendre ce qui venait de se passer, mais ils m’avaient quand même attaqué. L’un brandissait une hache, l’autre tenait une épée.

« [Glissade]. »

« Augh ! »

« Argh ! »

Les deux hommes s’étaient écroulés. Puis, j’avais utilisé [Gravité] pour les calmer. Ils étaient complètement immobilisés par l’augmentation de leur propre poids corporel, alors je m’étais promené, j’avais souri et je m’étais accroupi près d’eux.

« A-Augh... c-comm... ! »

« J’aimerais vraiment que vous ne causiez pas d’ennuis dans mon pays. Je ne peux pas vraiment négliger ce genre de choses, étant donné que c’est moi qui dirige le royaume ici. Compris ? »

Les deux hommes se regardèrent choqués, leurs expressions changeant en peur. La surprise qui couvrait leurs visages prouvait qu’ils comprenaient qui j’étais. Bah, ces gars sont vraiment chiants. Que devais-je en faire ?

En fait, nous n’avons pas encore de prison ? Je supposais que je devrais profiter de l’occasion pour en créer une.

J’avais sorti plusieurs pièces de fer de [Stockage] et j’avais créé des cellules de prison de taille décente. Après ça, j’avais appliqué quelques enchantements, et un [Programme]. Puis, après les avoir dépouillés de leur équipement, j’avais jeté les deux hommes à l’intérieur.

J’appelais ça une prison, mais c’était juste une boîte en fer avec un mur transparent. Il n’y avait pas de barreaux non plus. Mais je n’étais pas un monstre. Je mettrais des trous d’aération dans le plafond !

Maintenant, commençons la punition ! Dès que la porte s’était refermée, ils avaient commencé à crier et à hurler. Du moins, on aurait dit que c’était ce qu’ils faisaient. J’avais insonorisé la cellule. Ils couraient tous les deux à l’intérieur de la prison, se bouchant les oreilles et hurlant dans ce qui ressemblait à un inconfort extrême. Malgré l’agitation qui y régnait, pas un seul son ne s’était échappé. J’avais après tout enchanté la cellule avec [Silence].

« Seigneur... Qu’est-ce qui se passe là-dedans ? »

« Hmm, juste un petit cours intensif. »

« Euh, du bruit ? »

« Il y a un son qui retentit là-dedans, à la même fréquence que des craies qui grinçaient d’un tableau noir, où qu’une fourchette qu’on grattait contre une assiette. Encore, encore et encore, encore et encore. »

« Oh mon Dieu... »

La serveuse se glissa un peu en arrière, un soupçon de peur obscurcissant ses yeux pendant qu’elle me regardait, et puis le sol. C’est quoi son problème ?

Finalement, les gardes étaient arrivés en courant. Je leur avais donc remis la clé, placé la prison sous bonne garde et leur avais dit de laisser sortir les gars chaque fois qu’ils le jugeaient approprié.

En voyant cette agitation, j’avais réalisé qu’il y avait beaucoup plus à faire dans mon pays. Je dois absolument améliorer les défenses et l’infrastructure de l’ordre public... Je devrais peut-être enfin établir mon ordre de chevalier.

Je m’étais envolé vers le château, en réfléchissant à ma prochaine action.

***

Partie 3

« ... Et c’est pourquoi je pense que nous devons établir notre ordre de chevalier. »

Tout le monde était assis autour de la table de conférence, mais seul Kousaka s’était levé après que j’avais présenté mon cas.

« Compte tenu de nos intérêts nationaux actuels, je crois que j’ai un plan raisonnable. Pour nos chevaliers, nous commencerons avec trente ex-troupes de Takeda. Ils étaient à l’origine nos subalternes, alors nous les avons déjà examinés en profondeur. On prendra quinze hommes de chez Baba, et quinze hommes de chez Yamagata. De plus, nous intégrerons dix anciens ninjas Takeda, commandés par Tsubaki, pour créer notre agence de renseignement. De plus, nous devrions prendre soixante nouvelles recrues, ce qui nous donnerait au total une centaine de recrues. Qu’en pensez-vous ? »

Soixante nouvelles recrues me semblaient bien. La ville n’était pas particulièrement grande, alors ça semblait un bon début.

À part moi, la salle de conférence était occupée par Baba, Yamagata, Naito et notre chef ninja Tsubaki. Lain, Nikola et Norn étaient également présents. Kousaka, Naito et Tsubaki n’étaient pas vraiment des chevaliers, mais il était logique de les inclure dans les affaires militaires.

« Quelles sont les qualités que l’on attend d’une recrue ? »

Le vieil homme Baba avait posé une question à laquelle j’avais répondu immédiatement.

« Eh bien, voyons voir... Je rejetterai d’emblée toute personne ayant des antécédents criminels. Le sexe n’a pas d’importance. La race n’a pas d’importance. Ni le statut social ni l’âge n’ont non plus d’importance. »

« Est-ce que cela ne fait pas trop gonzesse ? N’aurons-nous pas un essaim de candidats dans ce cas ? »

Yamagata avait raison, mais j’avais décidé qu’en prenant une tonne de candidatures, nous avions de meilleures chances de trouver des gens talentueux.

La mission ici était de séparer le bon grain de l’ivraie et de trouver les diamants à l’état brut.

« Qui va être le commandant, de toute façon ? »

Naito leva la main et posa une question assez innocente. Oh, je n’y avais pas pensé. J’avais jeté un coup d’œil superficiel sur Yamagata et Baba.

« Je suis désolé, mon garçon, mais... Je n’assumerai pas ce rôle. Le rôle de capitaine d’escouade est plus que suffisant pour moi. »

« Moi aussi. Ce n’est pas dans ma nature d’accepter un travail aussi exigeant. »

Ça valait le coup d’essayer. J’avais espéré que l’un d’entre eux accepterait, puisqu’ils avaient servi comme généraux pour Takeda, mais... Je supposais qu’ils en avaient assez de cette vie. Eh bien, il ne me restait plus que...

« Alors je vais devoir choisir l’un de vous trois. »

« Attendez, nous !? »

Les oreilles de lapin de Lain se redressèrent rapidement. Norn et Nikola avaient juste regardé, stupéfaits. Je ne savais pas pourquoi ils étaient si surpris. Le trio loup, lapin et renard étaient pourtant des chevaliers formels de mon royaume.

« Eh bien, il n’y a personne d’autre. »

« Mais on ne peut pas être commandants, c’est impossible ! »

Lain agita soudain ses mains avec effroi. Les deux derrière elle acquiescèrent d’un signe de tête d’un commun accord.

« En cas d’urgence, vous trois, vous m’accompagnez quand même, non ? Je pense juste qu’il est nécessaire d’avoir un commandant en mon absence. En plus, il ne s’agit que de gérer une centaine de personnes. »

« C’est vrai, mais... »

Avoir un commandant était nécessaire. Même s’il n’y avait pas beaucoup de membres, j’avais besoin de maintenir une hiérarchie. Mais la question était de savoir lequel d’entre eux choisir. Ils étaient tous talentueux, mais tous avaient aussi leurs défauts.

Nikola était stoïque et sérieux, mais généralement inflexible. Norn était une personne sociable, mais très téméraire. Lain était une polyvalente exemplaire, mais elle était dangereusement réservée.

« Pour l’instant, que l’un d’entre vous soit le commandant, et les deux autres seront les vice-commandants. D’accord ? »

Nikola leva immédiatement la main.

« Dans ce cas, Lain devrait être la commandante. »

« Oui, je suis d’accord ! Ce poste lui conviendra parfaitement ! »

« Quoi ? Quoi !? »

Lain avait été trahie par ses plus proches camarades ! Elle les avait regardés fixement. Mais elle avait été surpassée à deux contre un, alors j’étais tout à fait d’accord pour aller de l’avant.

« S’il vous plaît, vous deux... ! Nikola n’est-il pas plus adapté au rôle que moi ? »

« Non, tu es bien meilleure pour ça. Norn est négligente, elle risque de devenir une commandante négligente. Elle aime aussi se détendre. Moi, je suis quelqu’un de strict, donc je ne pense pas que je traiterais les gens de façon particulièrement juste. La rigidité n’est pas une caractéristique que l’on recherche à la tête d’une organisation. On dit qu’il faut savoir manier la carotte et le bâton pour faire avancer les choses, mais je ne suis qu’un bâton. Je dirais que tu es la carotte qu’il nous faut, Lain. »

Hm, laissez-moi regarder objectivement... Cette affaire m’avait rappelé l’Hijikata Toshizo, vice-commandant du Shinsengumi. Il était connu sous le nom de Vice-Commandant Démoniaque à cause de son attitude. Alors que Kondo Isami assumait le rôle de commandant du Shinsengumi, Toshizo restait sur le bord de la route et appliquait sévèrement les règles. Un type comme ça était vraiment le meilleur sur la ligne de touche, grognant et fixant.

« Très bien, dans ce cas, Lain est le nouveau commandant. »

« Ça nous convient parfaitement ! »

« Quoi ? Quoi !? Attendez un instant, s’il vous plaît ! »

Tous les trois s’étaient considérablement renforcés au cours des derniers mois. Yamagata et Baba les avaient vraiment mis à l’épreuve, et les résultats étaient là. Ils s’étaient même entraînés souvent avec des vétérans de Régulus et de Belfast. Ils avaient tous de vaillantes personnalités, et ils étaient naturellement doués dans les arts martiaux simplement parce qu’ils étaient des hommes-bêtes.

Cela mis à part, mettre Lain au sommet de mon ordre de chevalier était aussi un geste social pratique. C’était une femme-bête, j’avais pu faire une pierre deux coups. Avec Lain comme commandant, tout le monde saurait en un coup d’œil que Brunhild était un pays progressiste qui ne faisait pas de discrimination fondée sur le sexe ou la race.

« S’il te plaît, ne t’inquiète pas tant. Même s’il s’agit d’un titre de commandant, il n’est pour l’instant comparable qu’à celui de chef d’un petit peloton. Ne t’énerve pas, tout ira bien. Tes deux vice-commandants te soutiendront aussi pleinement. »

« Oui monsieur. »

« Entendu ! »

Nikola était stoïque et sérieux, tandis que Norn donnait une réponse pétillante. Lain s’était assise simplement sur sa chaise, nous fixant d’un air vide et babillant doucement. Ses oreilles de lapin s’étaient affaissées en signe de résignation.

C’était un peu gênant, mais j’étais sûr qu’elle ferait de son mieux. J’avais également décidé de la soutenir par tous les moyens possible.

Il ne restait plus qu’à créer des brochures et des dépliants, puis à les distribuer. J’étais sûr que les mettre dans des endroits comme la guilde de Regulus et de Belfast serait plus que suffisant.

Nous avions tous décidé d’organiser l’entretien au bout d’un mois.

Et puis, un mois plus tard...

« Hein ? »

« Permettez-moi de me répéter. Plus d’un millier de candidats sont ici pour pourvoir les soixante postes disponibles. C’est à la fois inattendu et sans précédent. »

Kousaka avait répété, mais je n’arrivais toujours pas à comprendre ce qu’il disait. Comment avions-nous attiré autant de monde ? Bien sûr, on avait placé des tracts partout, mais plus d’un millier, vraiment ? Il y avait plus de candidats que de citoyens !

« Comment est-ce arrivé ? »

« Votre Majesté... vous êtes le seul aventurier classé rang Argent à Belfast. Vous avez écrasé un coup d’État militaire à Régulus. Vous avez tué un dragon dans Mismede ! Ces gens ont été naturellement attirés ici en raison de vos grands accomplissements. Le bouche-à-oreille est puissant. Mais bien sûr, il y a aussi des espions d’autres pays parmi les candidats. »

C’était assez logique. Il valait quand même mieux avoir une tonne de candidats que pas de candidats.

« Alors, comment comptez-vous les traiter ? Et qu’en est-il des critères que vous recherchez chez un chevalier ? »

« Hrmm, je ne suis pas vraiment sûr de la meilleure ligne de conduite à adopter. Je n’ai toujours pas compris ça. »

Je ne savais pas comment je pourrais interviewer d’autant de gens.

« Eh bien, Votre Majesté... cela dépend du genre d’individu que vous voulez prioriser dans les rangs de Brunhild. Franchement, si vous pensez que la force est tout ce qui compte, pourquoi ne pas les laisser se bagarrer jusqu’à ce qu’il n’en reste que soixante ? Hohoh... »

C’est facile à dire pour toi. S’ils sont voyous ou grossiers, je ne veux pas qu’ils travaillent ici. Je suppose que l’idéal que je recherche chez un chevalier est quelqu’un qui regarde les citoyens et les considère comme sa priorité. Des gens ayant un bon cœur avec des attitudes dévouées. Je suis sûr que beaucoup de gens sont venus avec des attentes différentes, mais je n’allais pas les changer.

Pourtant, interroger chaque candidat les uns après les autres va être pénible. Que devrais-je faire...

◇ ◇ ◇

« Les candidats à l’ordre de chevalier Brunhild sont priés de venir ici. Alignez-vous en rang. »

Le bureau était aux portes du château. J’avais demandé aux candidats de venir un par un pour écrire leur nom complet, leur sexe, leur âge, leur lieu de naissance, leur race et leurs déclarations personnelles sur un document. Après ça, Lapis leur donna un badge numéroté. Puis, ce même numéro avait été estampillé sur le dos de leur main. L’entrevue proprement dite était prévue dans les deux jours à venir.

Les insignes devaient être portés sur la poitrine ou dans n’importe quel endroit où ils étaient facilement visibles. Leur port était obligatoire.

Les insignes constituaient secrètement la première partie de l’examen. J’avais demandé à tous les citoyens de la ville de noter le numéro d’insigne de toute personne qui leur donnait du fil à retordre ou leur faisait une mauvaise impression. Je leur avais demandé d’indiquer la raison de cette préoccupation et la nature du harcèlement.

Un candidat intelligent comprendrait probablement la signification de l’insigne dès le départ.

Ce n’était pas un test pour trouver ceux qui avaient les bonnes qualités, mais plutôt un test pour déceler ceux qui avaient les mauvaises qualités. Ceux qui avaient été inconsidérés, ceux qui n’avaient pas réfléchi à la signification de l’insigne ou aux personnes qu’ils allaient protéger ? Je ne voulais pas que ces gens s’approchent de mon pays.

J’avais utilisé [Mirage] sur les subordonnés de Tsubaki pour les faire passer pour des races démoniaques et des races bestiales. Puis je les avais fait errer dans la ville. Je voulais voir si quelqu’un ferait de la discrimination active contre eux, parce que c’était le genre de personnes que je voulais virer.

Environ un tiers des candidats étaient des demi-humains, donc naturellement, si je les engageais, je voulais qu’ils travaillent aux côtés de personnes qui ne les discrimineraient pas ou ne les mépriseraient pas. Ce serait chiant si j’avais des gens qui me disaient : « Waouh, tu es plutôt bon pour une bête de somme ». Même amicale, cette discrimination était raciste.

J’avais convoqué cent chats et je les avais envoyés en ville. Leur mission était de me rendre compte de la situation.

« Miaou... il y a un type qui embête un marchand ! C’est l’insigne numéro six cent quatre-vingt-cinq. »

« Miaou, il y a un groupe d’ivrognes qui se disputent dans un restaurant. Le barman essaie de garder la situation sous contrôle, miaou ! Ce sont les badges numéro 82 à 85 ! »

« Miaou, un grossier personnage m’a jeté une pierre... C’est l’insigne numéro deux cent cinquante-huit ! »

J’avais été surpris que tant de rapports arrivent si vite. C’était assez difficile pour moi de prendre note de tout cela tout seul. J’avais décidé de demander de l’aide à Kohaku.

Kohaku était le monarque qui gouvernait les bêtes terrestres, de sorte que le tigre ne devrait avoir aucun problème à recevoir des messages télépathiques des chats. Renne et Laim étaient venus m’aider à tout enregistrer.

Plus d’un millier de candidats s’étaient présentés, de sorte que l’auberge de Micah était au-delà de ses limites. En fin de compte, la plupart des demandeurs avaient dû camper dans les plaines en dehors de la ville. Heureusement, il n’y avait pas d’animaux sauvages dangereux dans la région.

Cependant, une grande variété de personnes s’était présentée. Je m’étais déguisé avec [Mirage] et j’étais allé visiter la ville. Il y avait beaucoup d’aventurières, probablement parce que j’avais mentionné que le sexe n’avait pas d’importance. Beaucoup d’hommes-bêtes et d’hommes-démons s’étaient également présentés, la plupart du temps ils étaient réunis en groupes.

J’avais décidé de rejeter les humains racistes contre les hommes-bêtes et les hommes-démons, mais j’avais aussi décidé de rejeter les hommes-bêtes et les hommes-démons qui étaient racistes envers les humains. C’était vrai, ils avaient peut-être tous eu des circonstances personnelles qui les avaient amenés à se sentir ainsi, mais je ne voulais pas que des personnes racistes soient dans mon territoire, qu’il soit juste ou non.

Une fois cette première vague terminée, les pires d’entre eux seraient probablement isolés et éliminés. Mais l’écrémage devait quand même avoir lieu.

Mon idée d’utiliser [Paralysie] sur tous les candidats et de laisser ceux qui ont une grande résistance magique passer au tour suivant avait été rejetée. Je suppose que ça n’avait pas grand-chose à voir avec la chevalerie. Et cela ne me permettra pas non plus de savoir si la personne était bonne ou mauvaise.

J’avais décidé de me fier aux Yeux Mystiques de Yumina pour ce petit détail, mais j’avais décidé de ne l’inclure qu’après avoir considérablement réduit le nombre de candidats.

Les choses allèrent vraiment devenir plus corsées.

***

Partie 4

C’était le jour de la sélection. Les personnes dont les numéros de tickets avaient été signalés par les subordonnés de Tsubaki et les chats n’avaient pas le droit de passer la porte du château. Bien sûr, certaines personnes traînèrent dans les parages, mais la plupart étaient rentrées chez elles de mauvaise humeur, se plaignant à eux-mêmes de ce qu’ils auraient pu faire pour aider le pays. Ainsi, une cinquantaine de personnes avaient été rejetées, ce qui laissait environ neuf cent cinquante personnes. Il n’y avait donc eu qu’un vingtième des candidats de recalé. Ce n’était pas suffisant.

Les candidats s’étaient rassemblés dans le terrain d’entraînement du château. Je me tenais sur la scène construite à la hâte aux côtés de Lain, Norn, Nikola, Baba et Yamagata. Elze, Linze, Yae, Yumina, Lu, et Tsubaki attendaient tous dans les coulisses à côté de la scène.

J’avais utilisé mon sort Néant [Enceinte], ce qui avait fait briller les côté de la scène comme des symboles magiques se dirigeant vers les galeries.

Ces deux symboles magiques, d’une trentaine de centimètres de diamètre, flottaient dans le ciel alors qu’un autre symbole plus petit apparaissait devant ma bouche. Tout ce que je dirais dans celui-ci s’écoulerait dans les plus grosses enceintes avec un volume amplifié.

« Tout d’abord, permettez-moi de vous souhaiter à tous la bienvenue dans le Duché de Brunhild. Je suis Mochizuki Touya, le grand-duc. Nous sommes sur le point de procéder à la sélection pour voir qui se joindra à mon ordre de chevalier ducal. Mais laissez-moi être franc avec vous tous, nous ne payons pas beaucoup. En tant que chevaliers, non seulement vous défendrez ce duché, mais vous aurez de nombreux autres rôles à remplir. Comme vous pouvez le voir avec les hommes-bêtes derrière moi, votre race ou votre position sociale ne vous rendra pas service ici. Je ne demande qu’à ceux qui sont d’accord avec ce que j’ai dit de rester ici. »

Je l’avais ainsi déclaré, et les requérants avaient commencé à marmonner entre eux. Finalement, plusieurs d’entre eux étaient sortis par la porte du château. Je ne m’attendais pas à ce que tout le monde restait après ça. S’ils n’étaient pas d’accord avec ce que j’avais dit, j’aurais préféré les voir partir immédiatement.

« Dans ce cas, je veux que vous me montriez tous votre force. S’il vous plaît, sortez par la porte, et faites un tour autour des douves du château. »

Une expression de perplexité était apparue sur les visages de la foule lors de ma dernière déclaration. La distance autour du château était d’environ deux kilomètres. Ils pensaient probablement que la distance était trop petite pour tester la force.

« Peu importe aussi que vous arriviez en premier ou en dernier. J’aimerais que vous le fassiez à votre propre rythme. Ceux qui trouvent cela trop difficile et qui veulent abandonner doivent enlever l’insigne qu’il porte. Vous serez téléporté ici et autorisé à partir. Cela dit, commençons ! »

Au fur et à mesure que les requérants commençaient à déposer leur demande, j’avais lancé ma magie.

« [Gravité]. »

« Argh !? »

Tout le monde s’était effondré au sol sous son nouveau poids.

« J’ai utilisé la magie du poids sur vous tous. Veuillez compléter la course dans ces conditions. Si vous voulez abandonner, faites ce que je vous ai dit tout à l’heure et enlevez votre badge. Vous serez alors téléporté ici. »

Les candidats avaient commencé à se lever un par un, puis ils sortirent lentement par la porte. Ils n’allaient pas tout à fait à la vitesse d’un escargot, mais c’était beaucoup plus lent que la vitesse de marche normale.

Je ne les avais pas rendus trop lourds pour qu’ils ne puissent pas bouger. Ils devraient donc toujours pouvoir marcher correctement, mais il leur faudra une force incroyable. J’avais aussi envoyé les ninjas pour surveiller tout le monde, au cas où quelqu’un tenterait de se faufiler, ou tomberait accidentellement dans les douves.

« Leur position n’a pas d’importance ? »

« Hmm... J’en tiendrai compte, mais ce test n’a pas pour but de voir leur force physique. »

J’avais répondu à la question de Laim. Je serai certainement en mesure de déterminer à quel point ils seront forts dans ce domaine. Mais ce n’était pas ce que je voulais savoir.

« Si ce n’est pas un test de force physique, alors c’est quoi ? »

« Un test de volonté. »

« Leur volonté ? »

Je voulais voir à quel point ils étaient motivés. Quiconque abandonnait immédiatement ne nous serait d’aucune utilité. Ce seront les premiers à abandonner quand les choses deviendront difficiles. Et cela pourrait nous mettre tous en danger.

Après un certain temps, j’avais l’intention d’envoyer des secours à ceux qui n’étaient pas revenus. Mais quiconque abandonnera avant cela sera instantanément disqualifié. Toute personne qui, à ce moment-là, s’efforcerait encore d’atteindre cet objectif serait considérée comme un candidat retenu et passerait à l’étape suivante.

J’étais en train d’expliquer tout cela à Laim quand des gens commencèrent à se téléporter, après avoir abandonné. C’était beaucoup trop tôt ! Mettez-y au moins un peu de bonne volonté !

J’avais retiré [Gravité] d’eux, et j’avais utilisé [Rafraîchissement] pour restaurer leur force avant de les renvoyer rapidement chez eux. Hm, combien en restait-t-il...

On avait commencé avec neuf cent cinquante, mais il n’en restait plus que quatre cent cinquante !? Cela signifiait que la moitié d’entre eux avaient déjà abandonné !

Les premiers à arriver étaient tous des hommes-bêtes et des hommes-démons qui avaient naturellement des corps renforcés, mais ce n’était pas très important ici. Tant qu’une personne avait la force mentale de continuer sans abandonner, elle passait. Quelle que soit la raison pour laquelle ils avaient abandonné qu’ils croient que leur emploi consisterait uniquement à faire du lèche-vitrines ou qu’ils se soient rendu compte de leur propre manque de force, cela ne me concernait pas non plus. J’avais quand même apprécié leurs efforts.

Après un certain temps, j’avais utilisé la magie du rétablissement sur tous ceux qui luttaient encore. J’avais aussi jeté mon sort sur tous ceux qui avaient réussi à passer l’épreuve.

Maintenant, passons au prochain test.

« Ensuite, nous allons passer à l’examen de compétences pratiques. Vous pouvez utiliser les armes que vous préférez. Quiconque parviendra à me vaincre dans les trente minutes qui suivent sera qualifié. J’utiliserai cette épée en bois. Vous pouvez commencer. »

J’avais déclaré le début de l’épreuve et je pris mon épée de bois, mais pas une seule personne n’avait foncé vers moi. Je me disais à quel point c’était bizarre qu’ils ne fassent rien, quand quelqu’un s’était finalement levé timidement.

« Dans quel ordre sommes-nous censés vous attaquer ? »

Ahh, c’était donc ça.

« Ça n’a pas d’importance. Vous pouvez tous m’attaquer en même temps. Donnez tout ce que vous avez, par tous les moyens. »

Ils auraient pu penser que je me moquais d’eux, parce qu’ils commencèrent tous à me charger en même temps, leurs armes fétiches en main.

« [Accélération]. »

J’avais utilisé ma magie accélératrice pour me glisser entre eux, et je commençais à frapper les candidats non protégés avec mon épée. Étant donné le grand nombre de personnes, elles avaient continué à affluer vers moi. Mais j’avais continué à esquiver, et à frapper quand j’en avais l’occasion.

Je m’étais fait un point d’honneur de ne pas attaquer quelqu’un qui maintenait une garde ferme. Au cours de ce test, Baba, Yamagata, Elze et Yae avaient jugé les compétences des participants. S’il était déterminé et qu’ils se situaient au-dessus d’un certain niveau, leur nombre était alors enregistré. Je me sentais mal à l’aise pour les gens que je voyais clairement ne pas être à ce niveau, mais je les frappais quand même. Cela signifiait qu’ils avaient échoué.

Il m’arrivait à l’occasion d’être attaqué, mais [Accélération] rendait ça insignifiante. Finalement, la moitié des gens étaient tombés, et les autres se tenaient encore debout, hors de souffle, autour du champ.

« C’est assez. Fin ! »

Laim avait annoncé la fin du test. Et avec ça, tout le monde s’était effondré au sol. Je m’étais aussi rappelé que j’avais vu quelques personnes que j’avais reconnues pendant la bagarre.

J’avais jeté un coup d’œil sur eux deux, qui était aussi effondré sur le sol. Ha ! Wôw, c’était Rebecca et Logan.

C’étaient les deux aventuriers que j’avais rencontrés dans le désert de Rabbi. Aux dernières nouvelles, ils gardaient encore mon café de lecture à Belfast. Je me demandais ce qui les avait amenés ici. Ils avaient tous les deux remarqué mon regard et m’avaient fait un petit signe de la main. Je voulais leur parler, mais il y avait beaucoup trop de monde. Je ne voudrais pas qu’ils sachent que je connaissais ces candidats. Ils pourraient commencer à penser que j’allais leur accorder un traitement de faveur.

J’avais jeté la magie de rétablissement sur tout le monde, et j’avais pris les notes de Baba et des autres.

« Je vais maintenant vous donner les résultats. Ceux dont je vais lire les numéros viendront par ici. Si je ne lis pas votre numéro, je m’excuse, mais vous avez échoué. S’il vous plaît, sortez par les portes du château. Je vais maintenant commencer. Nombres trois, quatorze, vingt et un... »

Il ne restait plus qu’une centaine de personnes. Les gens que j’avais attaqués avaient évidemment échoué, mais ceux qui n’avaient pas essayé de m’attaquer également. C’était leur chance de montrer leurs propres capacités, donc c’était logique.

Pour information, Rebecca et Logan avaient réussi à passer. Et comme ce n’était pas moi qui avais décidé ça, ce n’était pas comme si je leur avais accordé un traitement de faveur.

Nous avions considérablement réduit leur nombre... Maintenant, il devrait y en avoir assez pour la phase d’entretien.

Nous avions emmené les candidats retenus au château et nous nous étions dirigés vers la caserne des chevaliers. Laissant les candidats dans une seule pièce, nous avions commencé à préparer celle qui se trouvait à côté pour les entrevues. Ceux qui devaient mener ces entrevues devaient être moi-même, Laim, Yumina et une autre personne. Je l’avais appelé au duché, car son aide était nécessaire.

« Désolé de vous avoir fait venir ici. Votre aide sera très appréciée. »

« Oh non, ce n’est rien. Je vous dois déjà beaucoup plus que ce que je ne pourrai jamais vous rembourser. »

Son Éminence le Pape me répondit en souriant. J’avais contacté la théocratie Ramissh pour demander de l’aide. Ses gardes, plusieurs paladins sacrés, l’attendaient aussi au fond de la salle. Nous allions réaliser ces interviews en utilisant la capacité du pape à voir à travers les mensonges, et la capacité de Yumina à voir leur vraie nature.

Sa Sainteté était un peu célèbre, alors j’avais utilisé [Mirage] pour dissimuler son apparence. Quand je l’avais fait, elle m’avait demandé de la faire paraître jeune. Puisqu’elle aurait l’air d’une autre personne, je ne pensais pas que ça comptait vraiment... Mais je supposais que le cœur d’une femme pouvait être compliqué et capricieux.

« Très bien, appelez-les par groupe de cinq. »

Nikola avait quitté la pièce, il était revenu avec cinq candidats. Il y avait deux hommes-bêtes et trois humains. Je leur avais demandé de s’asseoir dans les chaises au centre de la pièce.

« Si vous pouviez tous donner vos noms, votre âge et votre lieu de naissance, de gauche à droite. »

Laim et moi avions commencé à poser des questions plutôt inoffensives alors que Yumina vérifiait leur vraie nature.

Chaque fois que nous posions une question, Sa Sainteté serrait ou ouvrait la main gauche. C’était un signal que nous avions mis en place à l’avance. Si elle ouvrait sa main à plat, cela voulait dire qu’ils disaient la vérité. Mais si elle serrait fermement son poing, cela voulait dire qu’ils mentaient. J’avais continué à poser des questions en observant cela.

Le fait de mentir ne vous disqualifiait pas immédiatement. Il y avait des choses dont les gens ne voulaient pas parler, et des choses qui pourraient être dangereuses si elles étaient révélées. Mais je ne pouvais pas faire confiance à quelqu’un qui mentirait sur tout et n’importe quoi.

Cela ne signifiait pas non plus que les gens qui répondaient honnêtement à des questions telles que « Qu’est-ce qui est le plus important, vous ou votre pays ? Qu’est-ce que vous feriez si vous étiez riche ? » étaient automatiquement sélectionnés.

Une fois l’entrevue terminée, nous avions permis aux cinq candidats de quitter la salle avant que Yumina ne commence à parler.

« Nous devrions rejeter les personnes en troisième et cinquième position à partir de la gauche. Je crois qu’ils avaient des intentions malveillantes dans leur esprit. »

« Ils ont en effet dit beaucoup de mensonges. Ils avaient cependant de merveilleux visages impassibles. »

« Visages impassibles... ? Ahh, tu veux dire la technique où tu empêches ton adversaire de lire ton expression pendant les parties de cartes. »

Pour l’instant, nous avions décidé de rayer ces deux personnes de la liste, et Nikola avait appelé les cinq prochaines. On va devoir faire ça vingt fois ? Quelle plaie... !

« Ahh, je suis épuisé... ! »

Nous avions enfin fini les entretiens, ce qui signifiait que ma tête pouvait s’écraser sur le bureau. Si vous me le demandiez, je vous dirais que se battre contre beaucoup de gens était beaucoup plus facile.

Nous avions fini par avoir affaire à quelques personnes qui avaient menti en souriant comme si de rien n’était. Ça m’avait fait un peu flipper. Pourtant, il semblerait que la capacité de discerner les mensonges de la vérité soit en réalité un fardeau.

« Je fais de mon mieux pour ne pas l’invoquer trop souvent. Parfois, il vaut mieux ne pas savoir. »

Son Éminence avait raison. Si vous passiez votre vie à mettre tout le monde complètement à nu, vous pourriez finir par vous méfier des gens en général. J’espérais qu’elle n’en ferait pas un peu trop. J’avais décidé de l’inviter à dîner plus tard pour m’excuser.

Après avoir exclu les candidats disqualifiés, il me restait soixante-quatre candidats. C’était juste un peu plus que prévu, mais j’étais d’accord pour les accepter tous.

Il y avait trente-sept hommes et vingt-sept femmes. En fait, il y avait plus de femmes que je ne l’avais prévu.

Cependant, c’était probablement parce que les ordres des chevaliers des autres pays ne permettaient pas aux femmes de se joindre à eux. Mon tract avait précisé que le sexe, la croyance ou la race n’avaient pas d’importance, alors, naturellement, quelques dames talentueuses avaient fait leur chemin jusqu’à mon duché.

C’était précisément la raison pour laquelle Rebecca était venue à Brunhild. Logan était aussi venu, disant qu’il cherchait un travail stable. J’avais demandé s’ils avaient l’intention de se marier, mais ils m’avaient tous les deux crié dessus à l’unisson avec surprise. Apparemment, ils sortaient avec quelqu’un d’autre. Tu parles d’une situation embarrassante...

Vingt-deux des candidats étaient des hommes-bêtes et des hommes-démons. Je pouvais comprendre qu’il y ait tant d’hommes-bêtes qui vinrent, parce que mon trio commandant était aussi des hommes-bêtes, mais le nombre d’hommes-démons m’avait définitivement ébranlé.

Les hommes-démons étaient une espèce typiquement bipède et d’apparence semblable à celle des humains. Mais même s’ils étaient généralement considérés comme semi-humains, ils étaient pour la plupart beaucoup plus proches des monstres conventionnels. Les membres de leur race comprenaient des vampires, des lamias, des ogres et des alraunes. Ils étaient tout à fait capables de communiquer et ils étaient tout aussi intelligents que les humains, même s’ils avaient tendance à garder leurs distances avec la race humaine.

Comme on pouvait s’y attendre, il y avait beaucoup de préjugés et de discrimination contre les hommes-démons à travers le monde. Plusieurs pays opprimèrent même activement les membres de leur espèce, dont la théocratie Ramissh avant sa réforme.

Les entretiens avec les hommes-démons étaient particulièrement stricts et approfondis en raison du potentiel de méfiance ou de leur mauvaise volonté envers l’humanité. Mais les cinq qui avaient réussi avaient été approuvés entièrement par les yeux mystiques de Yumina. Sa Sainteté le pape avait également déterminé qu’ils étaient tous honnêtes. Ils souhaitaient tous réellement vivre parmi les humains, alors je les avais acceptés. Il y avait un vampire, un ogre, une alraune et deux lamias.

En passant, le candidat vampire ressemblait à un vampire stéréotypé, mais il semblait que cela ne lui dérangeait pas de ne pas boire de sang. Apparemment, chez les vampires, le sang était perçu comme quelque chose de similaire à la façon dont les humains voyaient l’alcool et les cigarettes. Certains aimaient en prendre, mais d’autres n’y voyaient aucun intérêt, ou bien même le détestaient. Le vampire qui avait rejoint nos rangs avait déclaré qu’il était en fait plutôt mal à l’aise avec le sang. C’était assez choquant, vu que selon mes propres convictions, un vampire avait une faim insatiable.

J’avais commencé à me demander comment mes chevaliers ducaux allaient finir par travailler. Il y avait quelques détails à prendre en compte, comme la disposition des équipes, mais nous avions certainement une pléthore de personnages très divers dans nos rangs. Cela ne me dérangeait pas, cependant, car il me semblerait que les choses seront plus amusantes ainsi.

***

Partie 5

À cause de l’augmentation soudaine de nos troupes, j’avais dû créer une seconde caserne. Les hommes et les femmes n’avaient pas non plus besoin de partager un logement. Bien que je leur ai fourni les baraquements pour qu’ils y vivent, je serais aussi d’accord pour qu’ils vivent dans la ville s’ils payaient eux-mêmes.

J’avais aussi suivi les conseils du vieil homme Baba et j’avais construit un centre d’entraînement souterrain.

« Pour l’instant, ces trois-là sont le commandant et les vice-commandants, non ? De quoi auraient-ils l’air aux yeux des débutants s’ils voyaient Yamagata et moi les frapper ? »

Il n’avait pas tort. Tous les trois étaient vraiment forts, mais ils n’étaient toujours pas assez puissants pour tenir une chandelle aux vieillards. Si les nouvelles recrues les voyaient se faire tabasser par Yamagata et sa compagnie, elles pourraient perdre confiance en Lain et considérer les anciens plus aptes à diriger. Ce serait mauvais !

C’était la raison pour laquelle nous avions décidé de créer un centre de formation exclusif pour les membres de l’élite, situé profondément sous terre. Alors qu’ils entraient dans l’endroit, qui n’était en fait qu’un gymnase auquel était attaché un terrain d’entraînement, ils avaient tous regardé autour d’eux les inventions que j’avais placées, ils étaient joyeux. Comme des enfants, ils avaient couru et utilisé le vélo d’appartement, le tapis de course, les haltères, etc. Ils finiraient par souffrir d’une fatigue musculaire extrême s’ils en faisaient trop. Ce n’était pas des jouets !

Maintenant, j’avais quelque chose à faire ce jour-là. Le duché était bien géré, alors j’avais décidé de régler enfin quelques problèmes personnels.

Bien que j’aurais dû le faire depuis longtemps, j’avais décidé qu’aujourd’hui était le jour... Pour dire aux parents des filles à qui j’avais demandé la main que nous étions fiancés.

J’avais déjà réglé le cas de Yumina et Lu, mais je n’en avais pas parlé à la famille de Yae ni à Elze et Linze.

Je connaissais déjà le père et la mère de Yae, mais les parents biologiques d’Elze et de Linze étaient morts. Je savais que leur oncle et leur tante vivaient à Refreese, qu’ils vivaient dans un village agricole et qu’ils élevèrent des jumeaux.

J’avais décidé de rencontrer les parents de Yae en premier. J’avais ouvert un portail et nous nous étions retrouvés tous les deux à Oedo.

« Cela fait longtemps que je ne suis pas allé à Eashen. »

J’avais trouvé cela un peu drôle, car environ la moitié des citoyens de Brunhild étaient des gens natifs d’Eashen. Nous étions passés par la porte du dojo de Kokonoe, et Ayane, leur servante, était venue nous saluer.

J’avais été amené à voir ses parents, Jubei et Nanae. Je leur avais parlé franchement de mes fiançailles. À ma grande surprise, ils n’avaient répondu qu’avec un regard silencieux entre eux deux.

« Tu vois ? C’est comme je l’avais dit. »

« Je suppose que tu avais raison. Et bien je t’en remercie. S’il vous plaît, prenez soin de notre Yae comme vous le ferez pour vos autres mariées, Touya-dono. »

Ils baissèrent la tête devant nous et nous leur avions rendu le geste. J’étais plutôt content de voir que tout se passait bien. Je m’attendais à ce que ça se transforme en une situation du genre « Si tu veux ma fille, bats-toi contre moi ! ».

« Mais, je dois avouer... Je ne m’attendais pas à ce que vous deveniez noble, Touya-dono. Je ne m’attendais pas non plus à ce que ma Yae se marie dans la maison d’un monarque... la vie est certainement pleine de surprises ! »

Jubei avait exprimé honnêtement ses sentiments. Je ressentais à peu près la même chose que lui. Je n’aurais pas pu prévoir ce qui se passe actuellement il y a un an.

« Excusez-moi, Touya-san. Pourriez-vous nous conduire à Brunhild ? Je veux voir où ma fille va passer sa vie. »

« Hm ? Je ne suis pas contre, mais gardez à l’esprit que nous ne sommes pas encore très bien développés. »

Ça ne me dérangeait pas que la mère de Yae s’intéresse à l’endroit où vivra sa fille, alors j’avais accepté. Nous avions attendu que le frère de Yae rentre chez lui et je les avais tous emmenés avec moi. Ayane était aussi venue, car elle n’avait jamais jusqu’alors quitté Eashen.

« Bienvenue, Votre Altesse. »

« Bienvenue à la maison ! »

Cécile et Renne étaient venues nous accueillir à l’entrée du château. La famille de Yae commença à regarder autour d’elle l’intérieur du château, levant haut la tête pour tout regarder.

« C’est la famille de Yae. Ils vont visiter les lieux pendant un moment, alors s’il vous plaît, prenez bien soin d’eux. »

« Oh mon Dieu, la famille de Dame Yae... Par ici, s’il vous plaît. Je vais vous montrer vos chambres. »

Cécile les avait guidés un par un jusqu’à leur chambre. J’avais décidé que nous nous arrêterions pour déjeuner dans la salle à manger, puis que nous les emmènerions faire un tour de la ville. Mais il n’y avait pas grand-chose à voir. Le frère de Yae et son père préférerait probablement visiter nos terrains d’entraînement.

Comme je m’y attendais, ils me l’avaient demandé ! J’y étais allé avec eux deux, tandis que Yae faisait faire le tour de la ville à Ayane et Nanae.

Les nouvelles recrues de mon ordre de chevalier s’entraînaient avec un zèle mortel. J’étais content de le voir, parce que la seule chose que j’avais vue sur le terrain d’entraînement auparavant, c’était Lain et les autres se faire battre à plate couture par des hommes âgés.

Après un bref moment d’observation, Jubei et Jutaro avaient dit qu’ils voulaient participer à la formation. C’était tout à fait naturel, c’était après tout des membres de la famille de Yae, et c’était une folle de l’épée.

J’avais fait signe à Yamagata et je lui avais demandé de faire un match d’entraînement avec Jubei. J’avais pensé qu’un affrontement entre un ancien membre de l’élite des quatre de Takeda et le maître épéiste de la maison Tokugawa serait vraiment quelque chose de beau à voir.

Dès le début de la bataille, tout le monde avait été captivé par la démonstration stupéfiante de leur jeu d’épée. Même Jutaro, qui se tenait juste à côté de moi, était ravi en regardant ces lames dansantes.

J’avais regardé l’affrontement des deux pendant un moment, avant de les rappeler prématurément. De toute façon, il serait préférable pour la fierté des deux hommes que cela se termine par un match nul.

À la fin de la bataille, les chevaliers se mirent à crier autour de Jubei et le supplièrent de leur apprendre le maniement de l’épée. J’avais été ravi de les voir tous si désireux de s’améliorer.

Yamagata attira alors l’attention de Jutaro, qui le défia immédiatement. Après tout, le garçon n’avait pas pu résister à l’opportunité de se mesurer à un ancien membre de l’élite des quatre du clan Takeda.

Il n’était pas au même niveau que son père, mais le frère de Yae avait vraiment livré un combat incroyable contre le vieux Yamagata. Il était définitivement plus fort que Lain et les vice-commandants. Il avait été élevé avec une lame à la main et avait aussi connu la guerre. Si ce n’était pas un talent naturel affiné par l’expérience, qu’est-ce que c’était ?

Ils avaient donc rejoint les recrues chevaliers et commencèrent à s’entraîner, ce qui m’avait laissé un peu de temps libre. J’avais pensé les laisser sous la garde de Yamagata afin de rentrer pour m’occuper d’autres choses, mais j’avais quelques craintes à abandonner ceux qui étaient maintenant devenus mon frère et mon beau-père. J’avais décidé qu’il n’était pas raisonnable de partir immédiatement, alors j’avais attendu un peu.

Pendant que je m’asseyais sur le banc et que je les regardais s’affronter, Rebecca s’était approchée de moi pour me saluer.

« Vous avez du temps libre, Touya ? Oh, euh... je veux dire, mon seigneur, n’est-ce pas ? »

Elle parlait avec un sourire collé sur son visage. Je ne me souciais pas vraiment de la façon dont elle m’appelait, mais elle devrait absolument essayer d’agir de façon formelle avec moi devant les autres.

« Je ne m’attendais pas du tout à ce que tu viennes ici, Rebecca. Pour quelle raison es-tu venue ici ? »

« J’avais envie de rejoindre un ordre de chevaliers ducaux. Mais une femme a peu ou pas de chance de rejoindre un ordre sans sang noble, où sans amis haut placés. J’avais commencé ma vie d’aventurière afin de perfectionner mes compétences, puis j’avais sauté sur l’occasion quand j’avais vu cet avis d’embauche sans discrimination. »

C’était assez logique pour moi. Il y avait beaucoup de femmes parmi les candidats que j’avais eus. Apparemment, suite à l’invitation de Rebecca, Logan l’avait suivie, mais ils ne savaient pas que j’étais à la tête du pays.

« Mais Will n’est pas venu ? »

« Il est coincé dans l’ordre des chevaliers de Belfast, je crois. Le vice-commandant Neil a pris un réel plaisir en lui. En plus, Wendy habite là-bas, donc il n’y a aucune chance qu’il parte. »

Selon Rebecca, Wendy travaillait toujours au Lecteur Lunatique, Will y occupait donc souvent des postes de garde.

Il était un peu tard pour y réfléchir, mais je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer avec ce café. Est-ce que le fait qu’il appartienne au dirigeant d’un pays étranger poserait un problème ? Je ne doutais pas que le roi de Belfast soit d’accord.

Je leur avais fait envoyer des rapports sur les recettes, les dépenses et les bilans mensuels par l’intermédiaire d’un miroir-portail. Je leur avais aussi livré de nouveaux livres tous les mois. Tout était très bien géré et le café semblait très populaire. Je me demandais si je devais envisager d’ouvrir une deuxième succursale à Brunhild.

« Aussi... J’ai une requête à vous adresser, Votre Altesse... »

« Une requête ? »

« Oui, vous voyez... on devrait avoir un équipement qui permettrait de nous identifier comme membres d’un ordre de chevalerie, non ? Comme une armure, un bouclier ou une épée distinctifs. Vous ne pensez pas qu’on devrait avoir quelque chose comme ça ? Quelque chose d’emblématique ? »

Rebecca avait fait sa proposition en rougissant légèrement. Elle avait soulevé un point auquel je n’avais pas pensé, à savoir que nous n’avions rien d’unique ou de distinctif. Les chevaliers de Brunhild seraient plus faciles à reconnaître s’ils avaient un équipement qui les mettait en valeur.

« Hmm... tu marques un point, Rebecca ! Ce serait super pratique si les citoyens pouvaient vous reconnaître comme membre de l’ordre des chevaliers en un coup d’œil. »

« Pour de vrai !? »

Rebecca sourit en applaudissant. On dirait que je l’avais frappée sur la tête. Elle avait cependant l’air trop excitée. Je supposais qu’elle avait toujours rêvé de rejoindre un ordre de chevalier. De plus, un chevalier stéréotypé avait l’air très cool et se distinguait des autres, je m’étais dit qu’elle voulait avoir ce genre d’apparence.

« Hmm... alors essayons. »

« Attendez, tout de suite ? »

J’avais pris un morceau de mithril de mon stockage magique, ignorant complètement le fait que Rebecca était totalement déconcertée.

J’avais utilisé un autre de mes sorts de confiance pour commencer à le façonner correctement. J’avais fait une armure typique des anime et des jeux de fantaisie, car je voulais que cette armure ait un style totalement différent des armures que l’on trouvait communément dans ce monde.

J’avais fait un plastron, un ensemble de protection d’épaule, des jambières et une minerve. J’avais demandé à Rebecca de l’enfiler, puis j’avais ajusté la taille pour l’adapter à sa forme. Je l’avais créé de telle manière à ce que cela lui permette de bouger librement, mais aussi de donner à la tenue un sentiment de féminité. Enfin, j’avais fabriqué un casque avec une visière transparente ayant un large champ de vision.

Je devais m’assurer qu’elle n’entravait pas le mouvement, alors j’avais demandé à Rebecca de faire divers mouvements tout en le portant. C’était du mithril, donc ça ne devrait pas peser bien lourd.

« C’est incroyable ! C’est comme si je portais du tissu ! »

Tandis que Rebecca se blottissait encore un peu plus dans l’armure, j’avais pris un fragment de Phrase et je l’avais transformé en une lame, un bouclier et un fourreau. J’avais ensuite chargé les objets avec une petite quantité de ma magie. J’avais aussi fait en sorte qu’une partie de la structure centrale de l’épée soit en mithril.

La quantité de magie que j’avais déversée dans l’épée et le bouclier les rendait plus résistants que le mithril lui-même. Je m’étais cependant assuré qu’elle n’était pas aussi tranchante que le Touka de Yae. Je ne voulais pas qu’on le vole et qu’on provoque un chaos absolu avec une lame incroyablement tranchante.

J’avais terminé en utilisant un autre de mes sorts fidèle pour réduire le poids de l’équipement. Et, juste comme ça, j’avais créé une épée de cristal et un bouclier.

Il était possible de fabriquer des armures en utilisant aussi des fragments de Phrase, mais elle sera alors transparente, j’avais donc décidé de ne pas le faire. J’avais ajouté des attaches pour que le bouclier soit porté dans le dos, et l’épée à la taille, et tout était terminé.

« Alors, comment est-ce ? »

« C’est vraiment incroyable ! » Rebecca leva triomphalement son bouclier et sortit sa lame. Le scintillement avait rapidement attiré l’attention de presque tout le monde, et nous avions rapidement été encerclés.

J’avais surpris Logan parmi les spectateurs et je l’avais appelé. Je l’avais ensuite utilisé comme modèle tout en prenant connaissance des réactions des autres chevaliers pour créer une variante masculine de l’armure. J’étais ensuite allé à l’atelier et j’avais fabriqué l’armure en série pour que tout le monde puisse la porter.

Seule la forme de la base avait été produite en série. J’avais dû appliquer les enchantements moi-même. Heureusement, j’avais pu tout faire d’un coup.

Je l’avais réglé pour que l’armure s’adapte intelligemment à la taille de la personne qui le porte. J’avais également ajouté un emblème à l’image de Brunhild [1], la jeune fille au bouclier germanique qui avait donné son nom à mon arme et à mon pays. Il était situé sur les boucliers.

J’avais fabriqué des armures spéciales et uniques pour le commandant, les vice-commandants et les capitaines d’escadron. Puis j’avais dû créer des armures sur mesure pour les hommes-démons de mon armée. Le vampire était d’accord pour porter l’armure standard.

C’était leur équipement de service, il serait donc préférable qu’ils ne l’utilisent pas pour s’entraîner. Leurs lames étaient faites de tessons de Phrase, de sorte que leur pouvoir magique finirait par s’épuiser s’ils l’utilisaient à mauvais escient, et ce ne serait pas bon...

J’étais retourné sur le terrain d’entraînement avec les armures avec moi. Tout le monde s’était précipité en avant, désespéré d’être le premier à mettre la main dessus. Ils avaient tous souri et avaient commencé à toucher le métal. Quand ils étaient tous équipés de leur armure assortie, ils avaient vraiment donné l’impression d’être un groupe de chevaliers ducaux.

Plus tard, en raison de leurs épées et de leurs boucliers, les chevaliers de Brunhild seront connus sous le nom de « l’Ordre à la Lame de Cristal ». Mais cette histoire sera pour un autre jour.

1https://en. wikipedia. org/wiki/Brunhild

***

Partie 6

En fin de compte, j’avais été soulagé de pouvoir compter sur le soutien total de la famille de Yae, mais maintenant je devais aller rendre visite à la famille de Linze et d’Elze.

« Honnêtement, cela n’est pas nécessaire... »

Pour une raison quelconque, Elze hésitait. Il semblerait qu’Elze et Linze aient envoyé une lettre qui expliquait en gros la situation. Elles avaient dit qu’elles étaient fiancées au même homme, que cet homme était le dirigeant d’un pays, etc.

Leur oncle, qui était le frère cadet de leur mère, possédait une ferme dans un petit village appelé Colette. Le village se trouvait dans l’Empire Refreese, près de la frontière de Belfast. Elze et Linze y avaient vécu jusqu’à l’âge de douze ans, date à laquelle elles étaient parties en quête d’indépendance. Apparemment, elles ne voulaient pas accabler leur tante et leur oncle avec trop de bouches à nourrir.

Les gens de ce monde étaient certainement indépendants... Dans mon ancien monde, il y avait des gens qui restaient à la charge de leurs parents jusqu’à leurs vingt ans... et certains d’entre eux trouvaient cela normal.

En tout cas, si elles avaient déjà expliqué les circonstances, je voulais au moins aller saluer leur famille. Je leur avais demandé si elles voulaient voler avec moi grâce à [Vol], mais elles avaient dit que c’était trop effrayant. Après tout le mal que je me suis donné pour apprendre ce sort...

Finalement, j’avais juste encaissé le coup, j’avais donc utilisé [Évocation] sur Linze pour voir le village de Colette. Nous nous y étions tous rendus en passant par une [Porte].

Je pouvais voir ce qui semblait être un verger au loin. Des fruits rouges pendaient aux arbres.

La région ressemblait beaucoup à une zone champêtre. Cependant, une grande clôture avait été érigée autour du périmètre.

Je me demandais si des sangliers venaient et détruisaient des récoltes ou quelque chose du genre... Il y avait une grande maison au toit rouge au loin. Elle était très grande, une atmosphère rustique se dégageait de cette vieille maison.

« Cela fait longtemps que nous n’étions pas revenues là... »

« Cela n’a pas du tout changé. »

Nous nous étions dirigés vers la maison au toit rouge, pendant que les deux filles observaient le paysage. La nostalgie leur embrouillant les yeux, je m’étais donc dit que l’on devait être au bon endroit.

Deux personnes surveillaient le champ devant la maison. L’un d’eux, un homme, leva la tête et nous regarda. Il portait le chapeau classique des fermiers.

« Quoi... ? Elze ? Linze !? »

« Yo, ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu, oncle Joseph ! »

« Ça fait un bail, mon oncle. »

Elze et Linze levèrent les mains pour lui faire signe. L’autre personne qui s’occupait du champ, une jeune femme, avait également levé la tête.

« Elze, Linze !? Je n’en crois pas mes yeux, vous êtes rentrées !? »

Un sourire radieux s’épanouissait sur son visage. Elle avait couru à travers le champ et avait tiré les jumelles vers elle pour un gros câlin. Ses cheveux étaient longs et bruns, tous attachés en tresse. Elle n’avait qu’une vingtaine d’années... Était-ce vraiment leur tante !?

« Heya soeurette. On est à la maison ! »

« On est à la maison, Emma. C’est bon de te revoir. »

« Bon sang, vous n’êtes jamais revenues, même pas une seule fois, même après que vous me l’ayez promis ! »

Elze avait dû se rendre compte que j’avais été laissé pour compte, parce qu’elle s’était séparée de l’étreinte.

« Touya, voici ma sœur. Elle s’appelle Emma. C’est la fille de mon oncle, c’est donc notre cousine. »

Cousine ? Hm, je vois... Elle leur ressemblait un peu... Je me demandais si Elze et Linze allaient lui ressembler en grandissant.

Comme je me perdais dans mes pensées, l’oncle d’Elze et de Linze enleva son chapeau de paille et s’avança. Il avait des yeux de fouine et des cheveux blancs, il avait l’air d’avoir aussi une cinquantaine d’années. Une aura de simple paysan se dégageait de lui, mais ce n’était pas du tout péjoratif.

« Ah, je suis content que vous ayez décidé de revenir un peu. Tout le monde va être très heureux. Mais dites-moi qui est ce beau garçon ? » Leur oncle m’avait regardé, puis Linze, puis Elze. Il avait plissé son front.

« Nous t’avons envoyé une lettre, n’est-ce pas ? Voici Mochizuki Touya. C’est notre euh... f-f-f-f-futur ma... huh... !! »

« C’est notre fiancé. »

Les deux filles étaient devenues rouges comme des betteraves lorsqu’elles m’avaient présenté à leur oncle. Bon sang, vous deux... si vous continuez comme ça, vous allez aussi me faire rougir !

« ... Oh. La lettre... c’est vrai. Ce type vient donc du Duché de Brunhild, dont tout le monde parle en ce moment ? »

« En effet. Je suis le grand-duc du Duché de Brunhild. Je m’appelle Mochizuki Touya. Touya est mon prénom. Je suis redevable à Elze et Linze pour leur gentillesse... »

« Qu-Qu-Quoi !? Oh mon Dieu... ! »

Leur oncle était soudainement tombé par terre et s’était prosterné devant moi. C’était quoi ce bordel ? Je n’avais tendu la main que pour faire une poignée de main.

« Ahhhh, bon sang. Tout est en train de se passer exactement comme prévu... ! »

« ... Typique. »

Elze et Linze se regardaient avec des sourires ironiques. Elles poussèrent de petits soupirs. Leur oncle refusait de bouger de sa position prostrée, il avait même l’air de trembler. Je ne savais pas vraiment quoi faire, quand Emma avait soudainement commencé à parler.

« Pops est plutôt mal à l’aise et montrait une faible volonté quand il voit une personne noble. Apparemment, il s’est passé quelque chose quand il était gosse, alors il devient comme ça quand il y a une personne ayant statut supérieur à proximité. »

Quoi, attends... ne le décris pas comme ça ! C’est au-delà de l’inconfort ! Il cachait clairement une sorte d’événement traumatisant ! Sérieusement ! Je m’inquiétais de ce qui était arrivé à ce type quand il était petit !

« Votre Altesse, Sire Mochizuki Touya. Je suis tellement privilégié et encouragé par votre présence dans mon humble demeure. Je suis désolé, je n’ai rien pour vous divertir, mais je vous demande respectueusement de rester indulgent... s’il vous plaît, ne nous punissez pas pour nos transgressions. »

C’était... bizarre. Vraiment très bizarre. Il me prenait pour une bombe à retardement ? J’avais tourné la tête vers Linze et Elze, en les regardant. Elles avaient haussé les épaules et n’avaient rien fait. Ne m’aidez-vous pas, les filles ?

« Hé, papa. Tu l’offenses. Lève-toi maintenant. »

« Je l’offense !? Je suis vraiment désolé, seigneur ! Pardonnez-moi, ayez pitié ! »

Il s’était levé avec une énergie débordante et avait commencé à parler d’une voix agitée. J’avais maintenant compris pourquoi Elze était si réticente à m’amener ici. Ce mec était vraiment un phénomène. J’avais décidé de ne plus le tourmenter et je m’étais éloigné pour parler avec Emma.

« Désolé... Je suis venu ici pour me présenter à la famille, mais est-ce que cela va aller pour lui ? »

« Ne vous en fais pas. Papa est juste comme ça. Tout le monde sera ravi de vous rencontrer, honnêtement. Venez aussi rencontrer maman et les autres. »

Les autres ? J’avais été pris au dépourvu par ce qu’elle m’avait dit, et avant que j’aie pu en comprendre le sens...

« Ils disaient la vérité ! Elze et Linze sont rentrées ! »

« Bon retour parmi nous ! »

« Hourra !! Les jumelles sont de retour ! C’est Linze et Elze ! »

Wôw... Les petits gosses exubérants étaient arrivés en masse et avaient embrassé les jumelles. Un... deux... trois... six petits enfants ! On dirait qu’il y avait deux garçons et quatre filles.

J’avais regardé fixement, abasourdi, pendant qu’Emma riait un peu.

« Ce sont mes frères et sœurs. Du plus vieux au plus jeune, il y avait Sheena, Allen, Kurara et Kirara, Allan et Reno. Ils avaient tous un frère aîné, qui était juste un peu plus jeune que moi, il s’appelle Aaron. Mais il était parti pour la capitale il y a quelque temps. »

Huit enfants, vraiment ? Ce pauvre oncle... Voici donc la raison pour laquelle Elze et Linze avaient décidé de partir si jeunes, elles avaient dû avoir l’impression d’alourdir le fardeau d’une famille déjà très occupée. Rien que de penser aux dépenses alimentaires que cette maison devait faire face me faisait tourner la tête.

À part Allen et Allan, c’était toutes des filles. Kirara et Kurara avaient l’air d’être jumelles aussi. Dans mon monde, on disait qu’une famille avec des jumeaux avait généralement beaucoup de jumeaux. Je me demandais si c’était la même chose dans celui-ci.

J’avais regardé vers la maison, et une grosse femme potelée était sortie en titubant.

« Bon sang... C’est Elze et Linze !? Venez par ici, bande de vauriennes ! »

« Tante Lana ! »

« Oui, c’est nous. On est à la maison, tante Lana. »

Elze et Linze avaient couru vers la femme et lui avaient fait un gros câlin. Apparemment c’était leur tante. C’était une femme ronde et corpulente. Mais elle avait beaucoup de caractère.

Lana avait tapoté sur la tête des jumelles avec un sourire chaleureux, puis elle s’était tournée vers moi.

« Vous devez être Touya, alors. Vous êtes exactement comme les deux vous ont décrit dans leur lettre... vous semblez être véritablement une bonne personne ! Ohoho, ces deux-là ont très bien décrit leur fiancé bien-aimé. »

« Tata Lana ! »

« ... Garde ce que nous avons mentionné dans la lettre secret. »

Toutes les deux étaient devenues rouges comme des betteraves tout en exprimant leur irritation à leur tante. J’étais curieux de savoir ce qu’elles avaient écrit, mais j’avais décidé de ne pas y donner suite. J’avais le sentiment que ça me causerait des ennuis.

« C’est un plaisir de vous rencontrer, je suis Mochizuki Touya. Touya est mon prénom. »

« Je m’appelle Lana. Je suis la tante des jumelles. Vous êtes plutôt humble pour une personne membre de la royauté, n’est-ce pas ? »

« Ahaha... eh bien, je ne peux pas vraiment me permettre de ne pas l’être. De toute façon, cela ne fait pas longtemps que je suis noble. »

Contrairement à son mari, Lana semblait un peu plus confiante. Elle était vraiment sympathique et plutôt bavarde. Je me demandais s’il s’agissait d’un cas d’attraction des contraires.

« J’étais nerveuse quand j’ai appris que les jumelles allaient se marier avec un souverain, mais il semble que mes craintes étaient sans fondement. Je peux voir dans leurs yeux que vous êtes un homme bon. »

« Merci pour votre gentillesse. »

Les mots de Lana me mettaient un peu à l’aise. Juste à ce moment-là, un petit garçon qui semblait avoir environ sept ans (je crois qu’il s’appelait... Allen, ou quelque chose du genre.) s’approcha en titubant et tira sur le tablier de sa mère.

« Maman... est-ce que cet homme est un roi ? »

« En quelque sorte, mon cœur. C’est le grand-duc de Brunhild. Un pays loin d’ici. »

« Waouh... est-il fort ? Peut-il battre les Thunderbears ? »

« ... Thunderbears ? »

Je m’étais rappelé que c’était des bêtes magiques qui lancèrent des éclairs de leurs corps. C’était un monstre généralement attribué aux aventuriers de rang bleu, ils étaient donc deux niveaux plus bas que mon rang Argent.

« Y a-t-il des Thunderbears ici ? »

« Ah, il y a eu quelques observations présumées ces derniers temps. Ils disent que des éclairs s’étaient abattus récemment en pleine nuit dans les montagnes. Les récoltes avaient été endommagées par des incendies occasionnels, alors les villageois de la région avaient mis leur argent en commun et ont lancé une requête à la guilde. »

Je n’avais même pas pensé qu’il y aurait des problèmes, comme des fermes endommagées de façon collatérale. Cela semblait être un problème qui pourrait devenir assez grave s’il n’était pas réglé. Non seulement cela, mais si les monstres étaient suffisamment proches pour endommager les champs, ce ne serait qu’une question de temps avant que les gens ne commencent à être blessé, ou pire. Je me demandais combien il y avait de monstres.

Je m’étais souvenu que des gens disaient que les Thunderbears étaient des animaux solitaires et qu’ils ne se regroupaient pas beaucoup. Il était probable qu’il n’y en ait que quelques-uns et peut-être quelques oursons.

Cependant, j’avais entendu parler d’un type spécial de Thunderbear qui présentait une étrange série d’épines sur le dos, de la tête aux pieds. Il pouvait les utiliser pour commander d’autres Thunderbears.

Si l’une de ces créatures était impliquée, cela pourrait facilement créer un grand groupe de Thunderbears. Dans ce cas, la quête passerait immédiatement au rang rouge, ce qui n’était pas du même niveau que le rang bleu.

« Quand exactement avez-vous soumis la quête à la guilde ? »

« Il y a trois jours. Nous n’avons pas de guilde ici, alors nous avons envoyé la demande à la grande ville la plus proche, Senka. Nous sommes presque sûrs que la quête devrait être disponible dans la guilde d’ici demain à la même heure. »

En supposant que la quête soit reçue et acceptée le lendemain, il faudra encore trois ou quatre jours avant que l’aventurier qui l’a prise n’arrive dans le village. J’avais décidé de frapper pendant que le fer était encore chaud afin d’éviter d’autres calamités. Contacter la guilde par la suite serait sûrement une bonne chose.

« Je vais m’occuper de votre problème avec les Thunderbear. »

« Votre Altesse, vraiment ? Êtes-vous sûr que ça va aller ? »

« Tout ira bien pour moi. Malgré mon apparence, je suis après tout un aventurier du Rang Argent. »

J’avais sorti une petite carte en argent de ma poche et je l’avais montrée à Lana, qui avait l’air vraiment stupéfaite. Naturellement, je n’allais pas non plus prendre l’argent de la récompense au village. J’avais décidé de le vaincre rapidement et de rentrer chez moi.

« Tu veux aussi qu’on vienne ? »

« Non. Elze et toi avez beaucoup de choses à dire avec ton oncle et les autres, alors je vais m’en occuper en solo. »

J’avais décliné l’offre de Linze et je flottais dans les airs avec ma magie de vol. Les enfants m’avaient regardé, haletant d’étonnement et mettant leurs mains devant leur bouche. Je regardais les enfants émerveillés, puis je m’étais tourné vers les montagnes et je m’étais envolé.

Après avoir atterri dans les montagnes, j’avais sorti mon smartphone et j’avais lancé la recherche suivante : Thunderbears. Il y en avait plus que ce à quoi je m’attendais. Il y en avait même trop. C’était plus que ce à quoi on s’attendrait pour un rassemblement régulier, de toute façon. Cela m’avait fait croire sans l’ombre d’un doute qu’un Thunderbears spécial devrait être dans le coin.

Cependant, même si cela était fort probable, il n’y avait aucun moyen d’en être certain. Avec le nombre d’ours ici, le village avait eu la chance de n’être que légèrement endommagé. Les dommages dans les champs du fermier n’avaient pas été aussi graves qu’ils auraient pu l’être, c’était certain. En plus, aucune personne n’avait été attaquée par un ours. La nature sauvage environnante était probablement pleine de petits animaux, de baies et de noix, de sorte que les Thunderbears n’avaient pas besoin de fouiller dans des terres cultivées.

« Très bien, finissons tout cela... »

J’avais verrouillé tous les Thunderbears de la région. Mais j’avais fait une pause. Il n’y aura plus aucun Thunderbears si je les tuais tous avec un sort de masse.

***

Partie 7

Je me souviens que la peau du Thunderbears était très précieuse. Leur foie était également un ingrédient d’un médicament puissant et à action rapide. Leur viande était un peu dure, mais pas non plus tout à fait horrible. Si je les brûlais tous avec un sort, je perdrais leurs peaux. Ce ne serait pas économiquement intelligent de ma part.

J’avais décidé que la meilleure façon de les tuer était d’utiliser une épée, car les poignarder endommagerait le moins la fourrure. Puis j’avais changé d’avis et j’avais décidé qu’il serait peut-être plus intelligent de les empoisonner, ou peut-être de les étouffer, ou de leur faire faire un arrêt cardiaque. Je ne pensais pas que mon sort de paralysie serait assez fort pour provoquer des crises cardiaques.

« Confirmez le nombre de Thunderbears dans la région. »

« Calcul en cours... Vingt-trois ours, oursons inclus. »

Bébé ou pas, je ne pouvais pas me permettre d’avoir pitié. Je ne voulais pas courir le risque que les petits oursons grandissent et fassent des ravages. Je me sentais un peu mal à l’aise, mais... c’est la vie.

Il serait probablement préférable de leur tirer dessus dans les cœurs, un par un, hein... J’avais pensé qu’il ne me faudrait qu’environ une heure pour mettre fin à leur vie. Alors que je réfléchissais à la meilleure façon de les éliminer efficacement, j’avais ouvert un portail vers le premier ours.

« Hrmph... C’était vraiment une galère... »

Le Thunderbear spécial avait été beaucoup plus coriace que je ne le pensais et il ne m’avait pas vraiment laissé beaucoup de place pour l’attaquer. Je ne pouvais viser nulle part, sauf le cœur, alors j’avais dû éviter un tas d’éclairs qui me tiraient dessus dans tous les angles. C’était vraiment difficile à éviter, mais j’avais fini par le vaincre. Je l’avais mis avec le reste des cadavres d’ours.

Et ainsi, la montagne avait été libérée de ses Thunderbears. Tout ce que j’avais à faire, c’était d’aller à la guilde. Tout d’abord, j’avais besoin d’échanger les morceaux bruts de l’ours contre de l’argent. Ensuite, je devrais les informer que la quête fixée par la ville devait être annulée. Cependant, ce ne serait probablement pas une annulation, puisque la quête n’avait probablement pas encore atteint le tableau de la guilde.

« Uhh... comment elle s’appelait, déjà ? Euh... Je crois que c’était, Senka. Direction la ville de Senka. »

J’avais cherché sur ma carte. Direction plein ouest.

J’avais déclenché ma magie de vol et j’avais commencé à m’y rendre immédiatement. Vraiment, c’était l’un de mes sorts les plus commodes. Si j’étais au sol, je pourrais probablement atteindre la même vitesse avec [Augmentation de l’accélération], mais cette méthode était plus facile. Cela dit [Vol] était un peu plus lent et n’avait pas augmenté mon traitement de la pensée comme l’avait fait [Accélération]. Les deux sorts avaient leurs avantages et leurs inconvénients, c’était à moi de les utiliser au bon moment.

Alors que de vaines pensées trottaient dans ma tête, j’avais fini par apercevoir une ville à travers une couche de nuages. C’était Senka.

Je ferais des bêtises si je finissais par atterrir en plein centre-ville, alors j’avais atterri un peu à l’extérieur. Puis, après avoir confirmé l’emplacement de la guilde sur ma carte, je m’étais dirigé directement dans les rues animées.

La Guilde des Aventuriers de Senka était considérablement plus petite que celle de la capitale Belfast, mais l’intérieur était en fait très agréable. Comme d’habitude, le tableau de quêtes était placé sur un mur du fond avec plusieurs emplois affichés. Je jetai un coup d’œil de côté avant de me diriger vers la réception.

« Bienvenue ! En quoi puis-je vous aider ? »

« Je voudrais vendre des matériaux que j’ai récoltés sur des monstres. De plus, une quête arrivera du village de Colette demain. Je voudrais l’annuler. »

« Je ne comprends pas très bien. »

La réceptionniste me jeta un regard suspicieux, alors je lui présentai ma carte de guilde et je lui expliquai la situation. Elle était surprise de voir un rang Argent, mais elle crut en mon histoire.

Après cela, j’avais déposé les Thunderbears à l’extérieur et j’en avais fait vérifier la qualité. J’avais également mis de côté deux cadavres de Thunderbears à ramener au village comme preuve.

« Cela va nous prendre un peu de temps, ça vous convient ? »

Cela ne me dérangeait pas, car il y en avait beaucoup. C’était une chose que j’avais faite sur un coup de tête, il serait donc déraisonnable de s’en plaindre. J’avais décidé de tuer le temps en rôdant autour de la guilde. En me rendant au tableau des quêtes, j’avais lu quelques requêtes.

« Hm... Un Mega Slime... dans une grotte à l’est, hein. »

Toutes les filles de mon groupe détestaient toutes les espèces qui étaient même de loin similaires aux Slimes. Je m’étais battu contre beaucoup de monstres et de démons depuis que j’étais arrivé dans ce nouveau monde, mais rarement contre des monstres gluants comme des Ropers et des Slimes.

Alors que je parcourais les quêtes, quelqu’un passa par l’entrée de la guilde. De nombreux aventuriers allaient et venaient, alors je n’y faisais pas beaucoup attention, mais... ça alors quelle surprise.

« Eh bien, si ce n’est pas Touya. Qu’est-ce qui t’amène ici ? »

« Ende... !? »

C’était lui, le garçon monochrome. Avec son teint pâle, ses cheveux blancs comme neige, son foulard blanc caractéristique et sa tenue sombre...

« Que fais-tu ici, Ende ? »

« Je devrais te demander la même chose, n’est-ce pas ? Je reviens juste d’une quête d’extermination d’un singe roi qui se déchaînait dans le coin. »

Ende m’avait souri ironiquement tout en me donnant sa réponse. Je savais de quoi il parlait. C’était un gros monstre de type singe. C’est sur qu’ils n’étaient pas très intelligents. Du moins, ceux que j’avais combattus ne l’avaient jamais été.

« Non, ces détails ne sont pas importants. J’ai beaucoup de choses à te demander, Ende. »

« Tu as quelque chose à me demander ? Je veux dire, vas-y, mais laisse-moi un moment. Je dois faire valider la quête. »

J’avais regardé Ende aller à la réception et lui remettre sa carte de guilde. Elle était rouge. Après avoir empoché sa récompense, nous étions allés dans un coin de la guilde et nous nous étions assis.

« Que veux-tu savoir de moi, Touya ? »

« La Phrase. Je veux savoir ce que c’est. »

Ende semblait plongé dans ses pensées, mais il commença finalement à parler.

« En ce qui concerne la Phrase... il y a des choses que je peux te dire, et des choses que je ne peux pas te dire. Tu es toujours d’accord avec ça ? »

« ... C’est très bien. Dis-moi juste ce que tu peux. »

Ende s’était penché en avant sur son siège et avait commencé à me parler.

« Tu auras peut-être du mal à le croire, Touya. Mais les Phrases ne sont pas des entités originaires de ce monde. Il serait plus approprié de les appeler des visiteurs venus d’un autre monde. »

« Visiteurs ? Ne nous sont-ils pas hostiles pour cette raison, non ? On dirait plutôt des envahisseurs. »

« Je ne pense pas qu’il soit approprié de les traiter d’envahisseurs. Ils n’ont pas d’intentions envahissantes. La seule raison pour laquelle ils sont dans ce monde, c’est pour trouver leur chef. »

La Phrase Souveraine. C’était ce qu’Ende m’avait dit la dernière fois. Donc le but de cette phrase était de localiser son chef.

« Alors pourquoi tuent-ils des gens !? »

« ... S’il te plaît, essaye de comprendre ce que je te dis maintenant, il y a des détails que je devrai exclure. La chose qui maintient une Phrase vivante est le noyau. Tant que le noyau de la Phrase est intact, la créature ne mourra pas et absorbera lentement la magie résiduelle de l’atmosphère jusqu’à ce qu’elle puisse éventuellement régénérer son corps. Les Phrases sont ici pour trouver le noyau souverain, parce que ce noyau est quelque part dans ce monde. Ils tuent des humains dans le but de le retrouver et de le récupérer. »

« Mais ça n’a pas de sens. Quel est le rapport entre trouver le noyau souverain et tuer des gens ? »

« Cette recherche est précisément la raison pour laquelle ils tuent des gens. Parce que le noyau souverain est à l’intérieur du corps de quelqu’un qui vit dans ce monde. »

Cela me semblait insensé. Le noyau souverain était réellement à l’intérieur d’une personne ?

« Cela n’est pas seulement limité aux humains. Il pourrait habiter dans un homme-bête, où dans un homme-démon, n’importe quelle créature ayant un degré raisonnable d’intelligence pourrait abriter le noyau souverain. Il est actuellement en dormance. À toutes fins utiles, il est dans un état de mort imminente. Pendant que le noyau souverain est en dormance, il s’accroche au corps d’une personne vivante et évolue en son sein, dans l’attente de la prochaine étape de son cycle de vie. La Phrase a remarqué que des “ondes” étaient pulsées par le noyau dormant, et c’est pourquoi ils savent qu’il est dans ce monde. Mais ils ne peuvent pas discerner sa position exacte, parce qu’il y a trop d'interférences qui étouffent le signal. Ils n’entendent pas correctement le bruit du noyau souverain à cause du battement du cœur de son hôte. Par conséquent, ils massacrent les humains sans aucune retenue, tout cela au nom de l’élimination du bruit d’interférence. »

Si ce qu’il disait était vrai, c’était insensé ! Les Phrases n’arrêtaient pas de tuer jusqu’à ce qu’ils finissent par retirer leur chef d’un cadavre.

« Qu’est-ce que c’est que ces Phrases ? »

« À l’origine, c’étaient des êtres qui évoluaient et vivaient dans un autre monde. Mais, après un certain temps, leur chef a disparu. Depuis lors, ils ont voyagé à travers le monde à la poursuite du noyau souverain, afin de retrouver leur chef. Le noyau souverain a aussi ses propres intentions et son propre plan. Ce sont des créatures grossières et non raffinées. Je sais que leurs méthodes sont brutales. Mais tu dois comprendre qu’ils n’agissent pas par malice, mais par instinct. »

La situation me rappelait les ruches d’abeilles et les fourmilières, comme lorsque la colonie se déplaçait selon le désir de la reine. Ils se rassemblaient ici comme si quelque chose les attirait. Mais je m’étais demandé ce qu’Ende voulait dire quand il avait dit que le noyau souverain avait un programme.

« Quand le noyau souverain se rend dans un nouveau monde, il infeste le corps de quelqu’un qui y vit. Peu à peu, il absorbera la force vitale et la magie de cette personne, puis il entrera dans un nouvel hôte lorsque le précédent arrivera à la fin de sa vie. Ce processus se répétera jusqu’à ce que le noyau souverain ait absorbé assez de puissance pour voyager dans un autre monde. »

« ... Alors c’est tout ? Les Phrases viennent ici chercher le noyau souverain, tuant sans discernement dans le processus, et ensuite ils suivront le Noyau dans l’autre monde après qu’il soit parti ? »

« C’est à peu près cela, oui. »

C’était absolument insensé. Je ne pouvais pas croire ce que j’entendais. Ils étaient comme des sauterelles qui se déplaçaient d’un champ de culture à l’autre, les vidant de leur ressource. Ils avaient parcouru des mondes sans se soucier de rien, tuant les gens à l’intérieur d’eux et allant de l’avant. Pour empirer les choses, ils ne semblaient même pas conscients de cette destruction. Ils le faisaient simplement parce que c’était leur travail. Ce n’était même pas un cas de bien ou de mal pour eux. Ils ne faisaient que suivre leur instinct.

« ... Ende, tu as dit que tu chassais aussi le noyau souverain. Cela veut-il dire que tu as tué des humains ? »

« Ne sois pas bête, maintenant. Je ne voudrais pas que tu te fasses de fausses idées. J’attends simplement que le noyau termine son cycle et sa transition vers un autre monde, et ensuite je le suivrai. Ne me mets pas dans le même sac que les monstres. »

Les intentions d’Ende étaient complètement confuses pour moi, je n’arrivais pas du tout à le cerner. Je me demandais s’il n’était pas une sorte de tuteur assigné au noyau souverain... Cela n’avait cependant pas changé le fait que la présence du noyau souverain ici était la raison pour laquelle tout allait mal.

« Tu voulais dire quoi quand tu parlais de la frontière du monde ? »

« Hm... c’est un peu difficile à expliquer. Essayons d’y penser comme un escalier. Chaque marche est reliée à la marche immédiatement au-dessus et en dessous, n’est-ce pas ? Tu peux faire un pas sans problème, mais faire dix pas à la fois n’est pas possible, n’est-ce pas ? Tu peux considérer la hauteur entre les marches comme étant l’écart entre les mondes. Pour monter de dix marches, il faut monter toutes les marches entre celle où l’on se trouve et l’objectif des dix marches... bien que l’on puisse sauter une ou deux marches en cours de route.

Les mondes qui se côtoient ont des caractéristiques communes, mais des mondes très éloignés les uns des autres sont très différents. Mais cela mis à part, il y a généralement une barrière en place qui empêche les êtres de traverser vers d’autres mondes. Donc tu ne devrais même pas être capable de faire un seul pas. »

J’avais l’impression de comprendre en grande partie son explication. Il y avait des traits communs entre mon monde et le monde dans lequel je vivais maintenant, donc il n’y avait probablement pas trop de distance entre eux.

« J’ai peut-être mentionné quelque chose comme ça, je ne m’en souviens pas... mais la frontière n’est pas comme un mur. C’est plus une membrane translucide. Les petites choses inoffensives ne sont généralement pas prises en compte et peuvent passer librement. C’est la raison pour laquelle le noyau souverain dépense tout son pouvoir en réserve pour voyager, le laissant flotter dans son état de dormance mortel. C’est une capacité que seul le noyau souverain peut utiliser. »

C’était assez logique pour moi, du moins avec les informations que j’avais. Je me demandais ce que cela faisait physiquement de passer dans un autre monde dans son propre corps...

« Normalement, il ne devrait pas être possible de franchir la membrane, mais... faire une déchirure est possible, et une créature individuelle pourrait s’y frayer un chemin. Si cela se produit plusieurs fois, le déchirement finira par devenir de plus en plus important, jusqu’à ce que la barrière tombe et ne puisse plus faire son travail, permettant à qui que ce soit de s’échapper. C’est ce qui s’était passé il y a cinq mille ans. »

C’était l’invasion des Phrases dont le docteur Babylone m’avait parlé. Elle avait dit que le monde était sur le point d’être détruit... Maintenant, tout avait un sens.

« À l’époque, la barrière fut réparée et la menace des phrases disparut. Les autres Phrases avaient toutes été vaincues, et ce monde avait été épargné du sort qu’avait connu beaucoup d’autres mondes. J’avais aussi aidé à chasser les restes. »

C’est alors que j’avais su qu’Ende n’était pas humain. Il n’était absolument pas une personne ordinaire, et il parlait avec tant de légèreté et de familiarité des événements qui s’étaient produits il y a cinq mille ans.

Mais ses paroles m’avaient fait demander ce qui avait permis de restaurer la barrière. Il semblerait qu’Ende n’était pas sûr non plus, ce qui m’avait rendu encore plus curieux.

« J’ai pensé que je pourrais me détendre un peu, mais les choses ont recommencé à devenir bruyantes. La barrière commençait à se fragiliser de nouveau. Elle tient à peine, et ce ne sera qu’une question de temps avant que les Phrases de haut niveau ne la traversent. Je ne peux pas te dire si cela arrivera dans un an ou dans cinquante ans... »

« Ende... es-tu un allié ou un ennemi de l’humanité ? »

« Hm... Je me pose des questions à ce sujet. J’ai chassé les Phrases, mais c’est plus une façon de tuer le temps qu’autre chose. Si la barrière s’effondre, je pourrais m’asseoir et laisser la nature suivre son cours. Cela dit, je n’ai pas vraiment envie d’être un allié des Phrases. »

Je ne comprenais pas du tout les intentions d’Ende, et encore moins ses motivations. J’avais décidé de laisser tomber, parce qu’au moins il ne fricotait pas avec l’ennemi.

« J’ai quelque chose dont je dois m’occuper, maintenant. Pouvons-nous considérer notre discussion comme terminée ? »

Ende se leva et se dirigea vers la sortie.

« ... Juste une dernière question. Ende, qui ou qu’est-ce que tu es ? »

« Moi ? Tu peux m’appeler un “vagabond”. À bientôt, Touya. »

Ende était sorti de la guilde, ne me laissant que ces mots.

La mission de la phrase, le noyau souverain... la barrière...

J’avais appris beaucoup de choses incroyables d’Ende ce jour-là. Quand la réalité de la situation m’était parvenue, j’avais réalisé que les choses étaient plutôt terribles. Il y a cinq mille ans, la crise avait été évitée parce que la barrière avait été réparée... Mais cette fois-ci, qu’en était-il ? Pourrait-on même arrêter les Phrases ? Elles allaient clairement tuer des humains sans discernement dans leur quête du noyau souverain. Ce n’était pas comme si ce monde avait beaucoup d’opposition pour eux. Nous n’avions pas la technologie de pointe que le monde avait à l’époque, alors s’ils apparaissaient par vagues, nous serions complètement foutus.

Comme ces vérités incertaines et inconfortables s’étaient répandues dans ma tête, j’avais reçu mon argent de la réceptionniste et j’avais quitté la guilde.

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Un commentaire

  1. Merci pour le chapitre.

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