Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 4 – Interlude 2

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Interlude 2 : Grand-mère et petite-fille

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Interlude 2 : Grand-mère et petite-fille

Partie 1

Même si j’avais obtenu des terres — ou plutôt un pays — de Regulus et de Belfast, je vivais toujours dans la capitale de Belfast.

Les effets du coup d’État à Régulus étaient encore en cours de traitement, nous avions donc dû reporter la déclaration quant à la création du nouveau pays et l’annonce de mon mariage, celui de Yumina et celui de Lu.

C’était à ce moment qu’une certaine personne avait visité ma demeure à Belfast.

« Ça fait un moment, Seigneur Touya. »

« Bienvenue à Belfast, Carol. »

Le visiteur s’appelait Carol. Elle était chevalière de la famille des Rillettes et l’une des « Douze lames de l’Empire », un groupe qui servait Regulus depuis que le premier empereur avait pris le trône.

En raison d’un manque de réalisations notables pendant de nombreuses années, la famille Rillettes était sur le point de s’effondrer, mais elle avait été reconnue pour sa « précieuse contribution » pendant le coup d’État et avait ainsi restauré l’honneur de sa famille.

J’avais même entendu dire qu’elle allait obtenir un rang important parmi les chevaliers. Et franchement, ça me mettait mal à l’aise.

« Alors, qu’est-ce qui t’amène ? Tu viens voir Renne, c’est évident, non ? »

« Oui. Puis-je la voir ? »

Il y avait peu de temps, il était apparu que Renne, l’ancienne voleuse qui travaillait pour nous maintenant, était en fait la fille de la sœur aînée de Carol, ce qui signifiait qu’elles étaient tante et nièce.

Mais ce n’était pas complètement confirmé, alors il était nécessaire que tout soit clair.

J’avais appelé Lapis, notre femme de chambre, pour qu’elle amène Renne au salon.

« Avez-vous besoin de quelque chose, monsieur ? »

Soit parce qu’elle était tendue à cause de la présence de l’invitée, soit simplement parce qu’elle n’avait pas l’habitude de dire ces mots, tout cela me paraissait un peu bizarre. Alors je faisais un sourire ironique, je l’avais fait venir vers moi.

« Renne. Je peux te demander quelque chose ? »

« Que voulez-vous savoir, monsieur ? »

« Oh, ce n’était pas la peine de me parler comme ça. Connais-tu le nom de ta mère ? »

« ... Maman ? »

Visiblement perplexe, elle s’était mise à réfléchir.

« Umm... Je crois que c’était “Steph”. J’ai entendu papa le dire souvent quand il était ivre. Mais je ne lui ai rien demandé de plus. »

J’avais jeté un coup d’œil à Carol, qui m’avait fait un léger signe de tête. Il n’y avait pas de malentendu, hein ?

« Renne, tu peux me montrer ton pendentif ? »

« D’accord, mais pourquoi ? »

« C’est extrêmement important, alors s’il vous plaît. »

Le fait que Carol — l’invitée — avait dit cela avait rendu Renne quelque peu confuse, mais elle n’avait pas mis longtemps à retirer le pendentif de son cou et à le poser sur la table.

Comme la dernière fois que je l’avais vu, il avait la forme d’un triangle vers le bas et contenait une grande pierre magique de type vent.

Carol l’avait prise en main, l’avait retournée et avait examiné l’écusson sur le dos.

« Il n’y a plus aucun doute possible. Ceci appartenait bien à ma sœur. C’est un héritage de la famille Rillettes. »

« Quoi !? »

Rendue perplexe par ses paroles, Renne se plaça sur la défensive face à Carol.

« P-Père m’a dit que c’était un souvenir de maman ! Je ne l’ai pas volé, je... »

« Je sais, je sais. Ceci appartenait à ma sœur. Et maintenant, il vous appartient. »

« Eh... ? »

« Ma sœur s’appelait Stéphanie. Stéphanie Rillettes. Il est plus que probable que c’était votre mère. »

Tandis que Renne se raidissait et que sa bouche s’ouvrait de surprise, je lui avais gentiment dit de s’asseoir.

« Écoute, Renne. Ta mère était une fille de la noblesse de l’Empire Regulus. Mais elle s’est enfuie de chez elle après s’être disputée avec son père. Puis, elle a rencontré ton père et t’a donné naissance. »

« Alors cette dame est... »

« Je suis la petite sœur de votre mère... Ça fait de moi votre tante. Je m’appelle Caroline Rillettes. Je suis une chevalière de l’Empire Regulus. »

« Tante... »

Quand Renne avait dit ce mot, Carol s’était agrippée à sa poitrine, car son visage était déformé.

Qu’est-ce que tu fous, bon sang ?

« Qu’est-ce qui ne va pas... ? »

« Eh bien, c’est juste que... c’est difficile à exprimer en mots, mais le fait d’être appelé ainsi pique légèrement... »

« Pourquoi ? Vous êtes une tante, n’est-ce pas, tante Carol ? »

« Arrêtez de le répéter ! Je sais que je le suis ! Vous n’avez pas tort, mais c’est juste... ! »

Les larmes aux yeux, Carol avait commencé à se tordre.

Franchement, elle est vraiment chiante. Mais c’était vrai qu’elle allait rentrer dans une zone de turbulence au vu de son âge...

« Renne. Au lieu de “tante”, veuillez utiliser “Carol”, “Lady Carol”, ou quelque chose comme ça... Je sais que c’est pénible, mais quand même. »

« Eh ? Alors pourquoi pas... Sœurette ? »

« Ah, c’est parfait ! »

Carol avait approuvé avec enthousiasme le choix de Renne.

« Sœurette », hein... ? Elle m’appelait bien « Frangin », donc je supposais que c’était approprié.

Apparemment, le pendentif que Renne avait était en fait un artefact. Il était imprégné de la magie du vent qui ne pouvait être activée que par des membres de la lignée des Rillette.

Nous étions allés dans le jardin, Carol tenait le pendentif dans la main et avait prononcé un mot-clé qui avait fait apparaître un mur défensif de vent autour d’elle.

Était-ce une sorte de [Mur Cyclonique] ? Les artefacts étaient des outils qui permettaient à ceux qui n’avaient aucune aptitude pour la magie d’utiliser des sorts, mais ceux qui ne pouvaient être activés que par une certaine lignée sanguine semblaient être une rareté.

Je me demandais si c’était programmé pour faire ça. Devrais-je supposer que c’était comme l’épée sacrée fantastique préférée des JDR, qui ne pouvait être maniée que par les descendants du héros légendaire ?

Comme confirmation finale, j’avais aussi demandé à Renne de l’activer, et cela avait fonctionné sans problème. Il était clair que le sang qui coulait dans ses veines était celui de la famille Rillettes.

Au fait, rien ne s’était produit quand c’était moi qui l’avais essayé.

« Renne. Avec ça, c’est évident que tu es un membre de la famille Rillettes. Ce qui veut dire que tu es l’une des nobles de l’Empire Regulus. »

« Je, Je vois... »

Renne avait l’air complètement embrouillée. C’était tout à fait naturel. Elle ne savait pas comment réagir à ça. Après tout, c’était une bonne à qui on venait de dire qu’elle était en vérité une fille issue de la noblesse.

« Alors... qu’en dis-tu ? Veux-tu aller dans l’Empire Regulus ? »

« ... Je... Je veux rester ici. »

Bien que le volume soit faible, sa voix était claire.

« Tu seras juste une bonne ici, tu sais ? Mais dans l’empire, tu seras une fille d’une famille noble. Cela ne te rendrait-il pas plus heureuse ? »

« Je déciderai de ce qui me rend heureuse ! J’aime vivre ici. J’aime tout le monde ici ! C’est pour ça que je veux rester ici pour toujours ! Tout le monde ici est ma famille... ! »

« Je vois... »

Tandis que Renne pleurait et s’accrochait à moi, je la retenais doucement. Si c’était ce qu’elle avait décidé, je ferais de mon mieux pour protéger son mode de vie. C’était tout ce que j’avais à dire.

« J’avais le sentiment que ça arriverait... »

Carol avait parlé avec un sourire ironique sur son visage. Elle s’était ensuite dirigée vers Renne et s’était accroupie pour mettre leurs yeux au même niveau.

« Si c’est ce que tu veux, je ne dirai rien contre. Cependant, n’oublie pas que ce n’est pas ta seule famille. »

« Tante — »

« Guh !? »

« Sœurette... Merci. »

J’avais été exposé à une scène où une nièce était en train de considérer une tante qui tenait sa poitrine, essayant de supporter une douleur mystérieuse. C’était quoi ce bordel ?

Bientôt, Carol se leva et me fit de nouveau face.

« Ça ne me dérange pas qu’elle vive ici, mais j’aimerais qu’elle rencontre ma mère au moins une fois. Cette fille est après tout sa seule petite-fille. »

« Hein ? Tu n’es pas mariée, sœurette ? »

« Ghuh !? »

Wôw ! Elle avait été poignardée dans le dos par sa nièce nouvellement découverte !

Avec une expression vraiment peinée, Carol se tourna vers Renne avec un son grinçant et força un sourire.

« Oui... Je ne suis pas encore mariée... »

« R-Renne, juste pour que tu le saches, les femmes chevalières peuvent être tellement occupées qu’elles n’ont aucune chance de rencontrer la bonne personne ! »

Je ne voulais pas que cette atmosphère sinistre puisse se répandre davantage, alors j’avais pris l’initiative d’aider Carol. Il y avait probablement de nombreuses raisons pour lesquelles elle ne pouvait pas se marier, mais je croyais réellement que cela pourrait être l’une d’elles.

« Je vois. Elle est jolie et cool, donc ça m’a paru étrange. Tu es belle, donc si tu n’étais pas chevalière, les hommes ne te laisseraient jamais seule. »

« Oh ! Quelle gentille fille ! »

Carol enlaça rapidement sa nièce.

***

Partie 2

Si vous vouliez mon avis, c’était cet aspect de sa personnalité qui faisait d’elle une personne si... regrettable... Cependant, je ne dirai rien.

« Le manoir des Rillettes... La maison de Carol se trouve dans la capitale de l’Empire Regulus, n’est-ce pas ? »

« Oui. Bien que l’on vive dans un quartier non au centre, notre résidence se trouve dans le quartier noble. Mais je vis dans la maison des chevaliers en semaine et je n’y rentre que le week-end, donc la plupart du temps, il n’y a que ma mère et mes serviteurs. »

Je pourrais facilement me rendre à la capitale en utilisant une [Porte].

« Avez-vous dit à votre mère..., en avez-vous déjà parlé à la grand-mère de Renne ? »

« Oui. En fait, elle voulait se joindre à moi pour venir ici à Belfast, mais je l’ai arrêtée, évidemment. »

Eh bien, n’était-ce pas normal... ? La distance qui nous séparait de la capitale de l’Empire Régulus était assez grande. Même si c’était parfaitement viable pour Carol, qui était chevalier, le voyage serait certainement éprouvant pour une personne âgée. Sérieusement, ils devraient même camper dehors.

Hmm... On ne dirait pas qu’elle fuit Renne. Je supposais que c’est une bonne idée de les laisser se rencontrer. Alors tu ferais mieux de te dépêcher.

« Très bien, allons voir la grand-mère de Renne. »

« Eehh !? Tout de suite !? »

Ignorant sa surprise, j’étais allé chez Lapis, je lui avais dit que j’emmenais Renne pour un moment, puis j’étais allé dans la chambre de Lu et je l’avais fait venir avec nous.

Si nous allions à Regulus, avoir Lu avec nous permettrait de faire mes affaires beaucoup plus rapidement. À Belfast, je pouvais faire ce que je voulais parce que je connaissais des gens, mais on ne pouvait pas en dire autant de Regulus.

« Mes excuses, Princesse. Je suis désolée de devoir vous impliquer dans nos affaires familiales... »

« Ne vous en faites pas pour cela, Carol. Sans vous, je n’aurais sans doute jamais eu la chance de rencontrer Touya. Alors c’est le moins que je puisse faire. »

En voyant Carol qui inclinait la tête, Lu avait tout simplement souri. Debout à côté d’elles, Renne s’inclinait à la hâte. Avant que je m’en rende compte, Renne tenait un sac à main. Se pourrait-il que ce soit des souvenirs de sa grand-mère ?

« Très bien, allons-y. Lapis, occupe-toi de tout. »

« Prenez soin de vous. »

Une fois que j’avais ouvert une [Porte], Carol, Renne, Lu et moi étions passés par là.

Nous étions sortis dans une ruelle de Gallaria, au cœur de l’empire Regulus.

Une fois dans la rue, nous étions entourés d’une telle agitation qu’il était difficile de croire qu’il y avait eu un coup d’État il y a quelques semaines à peine. Par rapport à Belfast, Regulus semblait avoir beaucoup plus de « sang-froid » à ce sujet.

Les rues de Regulus étaient surtout rectilignes, tandis que celles de Belfast étaient surtout incurvées. Le paysage ordonné de la ville était entouré d’une aura qui montrait qu’elle avait tenu un rôle majeur dans l’histoire, ce qui lui donnait une lueur d’espoir quant à son importance en tant que capitale. Sans être trop voyante, elle avait néanmoins une certaine personnalité. C’était une bonne description de cette ville.

Ici et là, je pouvais encore voir les blessures que le coup d’État avait laissées sur cette ville. Certaines maisons étaient encore en cours de reconstruction et certains lampadaires étaient encore en cours de réinstallation.

Certaines maisons avaient été complètement détruites par le Seigneur Démon. Ça allait prendre un peu de temps pour que tout redevienne normal.

« Touya. Par ici. »

Tandis que je regardais autour de moi, Lu avait pris ma main et commença à me conduire quelque part. Lorsque le coup d’État avait eu lieu, les incendies n’avaient touché que les quartiers populaires et les bidonvilles, tandis que le quartier résidentiel noble n’avait pas du tout été touché.

Je supposais que ce général ne voulait pas se faire d’ennemis parmi les gens les plus importants.

Après un moment de marche, nous avions atteint un quartier avec des résidences de différentes tailles. Dans un coin, à une courte distance des autres, se trouvait notre destination. C’était une demeure de taille moyenne — ni trop grande, ni trop petite. Elle avait un toit rouge qui avait évidemment protégé de nombreux hivers, ce qui lui donnait un aspect « ancien ». Ses portes étaient assez impressionnantes. Il y avait deux griffons munis d’un bouclier à ses côtés et un cimier arborant des épées croisées et un laurier au-dessus de lui.

« Lady Carol ! »

Dès que nous nous étions tenus devant les portes, un homme qui semblait mesurer plus de deux mètres nous avait appelés de l’intérieur. Il avait les cheveux blancs, une moustache et le visage d’un homme d’une soixantaine d’années. Cependant, sa musculature le faisait paraître beaucoup plus jeune.

Qui est donc ce vieil homme... ?

« Je m’appelle Robinson. Je suis majordome au service de cette famille depuis des années. »

« Je... Quoi ? »

Il n’y avait pas que moi. Renne et Lu avaient également été stupéfaites. Effectivement, il portait les vêtements du majordome. Cependant, il ressemblait plus à quelqu’un dont la vocation dans la vie était les arts martiaux.

« Je suis content de vous revoir si vite ! Oh... Ohh ! C’est Lady Renne !? »

« En effet, c’est elle. C’est la fille de Stéphanie. »

« Je le savais ! Elle ressemble à Lady Steph quand elle était jeune ! Oh, cela me fait me souvenir de tant de choses... Vraiment, c’est le cas... Mon Dieu, il faut que j’en informe Madame ! Madame ! Madame ! »

« Ah, hé, Robinson ! »

Un instant plus tard, le majordome musclé se retourna et s’enfuit dans le jardin.

... Qu’est-ce que j’étais censé penser de ça ?

« Ce stupide majordome... ! C’est bien d’être excité pour Renne, mais ne pas saluer la princesse est inexcusable ! »

« Ça ne me dérange pas. Cette fois, je ne suis qu’une figurante. »

Tandis que Lu riait, Carol se retourna et ouvrit les portes. Une fois que nous étions entrés dans le domaine, Carol nous avait conduits à la porte d’entrée.

Bien que la famille Rillettes soit au bord de l’effondrement, l’édifice était à la fois élégant et grandiose.

« C’est la maison de maman ? »

« Oui. Steph a vécu ici jusqu’à ses 17 ans. »

Carol répondit à Renne alors que la jeune fille levait les yeux vers le domaine.

La mère de Renne s’était enfuie quand elle avait 17 ans, hein ? Cela avait dû être une étape de rébellion assez forte...

Comme pour répondre à mes pensées nonchalantes, Carol avait commencé à parler d’elle.

« Bien qu’étant une femme, ma sœur avait un talent pour l’épée. C’est pour cela que notre père l’a fait passer par un entraînement sévère. Cependant, il était clair que ma sœur n’aimait pas faire partie d’une famille de chevaliers et qu’elle ne voulait pas être soumise à toute cette rigueur. Elle était un peu libre d’esprit. »

« En effet. Elle détestait être bridée et essayait toujours de résister à son père. Cependant, c’était quand même une enfant gentille. »

J’avais regardé d’où venait cette voix inconnue et j’avais vu une femme aux cheveux aussi blonds que ceux de Carol. Elle avait l’air d’avoir la cinquantaine. Ses vêtements étaient décontractés et plutôt simples. Cependant, par-dessus ses vêtements, elle avait une cape qui, bien que non voyante, avait l’air vraiment bien faite.

Était-il sûr de supposer qu’elle était... ?

« Je suppose que tu dois être Renne ? Vraiment, tu ressembles à Steph. »

« U-Umm... Êtes-vous ma grand-mère ? »

« Grand-mère... Eh bien oui, c’est bien ça. Oh, mon Dieu, c’est assez accablant. Il semble que d’avoir une si grande petite-fille m’ait laissé un peu perplexe. »

La dame était devenue maladroite, timide et embarrassée en même temps.

Mets-toi à l’aise. Tu n’es pas aussi mauvaise que ta fille.

« C’est un plaisir de vous rencontrer. Je suis Renne. »

« Oh mon Dieu, quelle politesse. Je m’appelle Mary. Mary Rillettes. Il se trouve que je suis la chef de famille des Rillettes. Eh oui, je suis ta grand-mère. »

Mary répondit en souriant tandis que Renne inclinait légèrement la tête.

C’était un peu dur, vu qu’elles étaient apparentées, mais je supposais qu’il fallait s’y attendre. Après tout, elles venaient juste de se rencontrer.

Un instant plus tard, Mary me regarda et me salua profondément.

« Vous êtes donc Mochizuki Touya. Je tiens à vous remercier pour vos actes durant la tourmente... et pour avoir sauvé la capitale. Vous avez même aidé ma fille et ma petite-fille... Je ne sais même pas quoi dire... »

« Ah, pas besoin de ça. Vraiment, ce n’est rien. »

« Et cette dame est... Oh ? Non, ce n’est pas possible... »

Au moment où Mary avait tourné son regard vers Lu, son visage s’était raidi. Soudain, elle s’agenouilla et inclina à nouveau la tête.

« Votre Altesse !? Pourquoi portez-vous ce... ! Non, pourquoi honorez-vous cette résidence par votre présence ? »

« C’est parce que Mochizuki Touya est mon chéri. Il n’y a rien d’étrange à ce que je sois ici, Mary. »

« Je... Je vois. »

Complètement décontenancée, Mary passa de moi à Lu, qui portait un ensemble de vêtements décontractés et faciles à porter.

Je ne savais pas que Lu et Mary s’étaient déjà rencontrées.

Plus tard, j’avais découvert que chaque nouvelle année, il y avait un événement où les nobles de l’Empire Regulus avaient une audience avec l’empereur. Naturellement, Mary, la chef de la famille Rillettes, y avait aussi participé. Et, comme elle était la troisième princesse, Lu y participait également.

***

Partie 3

« Debout. Cette fois, je ne suis venue ici qu’en tant que figurante. Ça ne me dérange pas si vous ne m’accordez pas de traitement de faveur. »

« Je vois... alors, je ferai ce que vous dites. »

Lu avait souri alors que Mary, toujours visiblement tendue et perplexe, se leva. Elle nous avait ensuite invités à l’intérieur.

Alors que j’avais été impressionné par l’architecture de la chambre d’amis, qui n’était pas très gaie, mais tout de même apaisante, le majordome musclé nous avait apporté du thé. Dans ses mains, les tasses à thé ressemblaient à des jouets. Nous avions ensuite raconté à Mary tout ce qui s’était passé avec Renne, ainsi que sa décision. Carol lui avait déjà parlé de la mort de Stéphanie, alors elle nous écoutait sans dire un mot.

Le majordome, cependant, s’était mis à pleurer. Apparemment, il s’occupait d’elle depuis qu’elle était jeune, donc il était logique qu’il réagisse comme ça. On m’avait aussi dit que la mère de Renne avait été enterrée dans un cimetière près d’une petite église dans un village de Belfast.

« Je me demande si elle était heureuse... »

« Je ne sais pas... Mais papa disait qu’elle souriait beaucoup quand elle me regardait. Mais je ne m’en souviens pas... »

Après tout, elle venait de naître.

J’espérais que ses parents étaient heureux de vivre ensemble au ciel. Ce serait encore mieux s’ils pouvaient aussi rencontrer son grand-père et qu’ils peuvent commencer à s’entendre.

« Je suis heureuse de te voir dans la résidence des Rillettes... Mais je comprends pourquoi tu hésites à vivre avec nous dans ta famille. Sans parler du fait que ta mère s’est enfuie parce qu’elle détestait ce genre de choses. Si je t’obligeais à devenir noble, j’ai l’impression qu’au moment où je devrais partir, si je la rencontre dans l’au-delà, Stéphanie se fâcherait contre moi. »

« Je suis désolée... Cependant, je veux rester avec Touya et les autres. Tout le monde est très gentil et m’apprend beaucoup de choses. »

« En outre, bien qu’elle sera une bonne, elle travaillera dans le palais du nouveau pays. Elle sera traitée aussi bien que les servantes de la Maison Impériale. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. »

Lu ajouta cela aux paroles de Renne.

Quelques nobles étaient déjà au courant de la création du nouveau pays. Au début, il y avait eu une certaine agitation, mais cela s’était calmé dès qu’ils s’étaient rendu compte qu’il n'était un pays que de nom.

Après tout, le pays était de petite taille. De plus, ils pensaient probablement qu’un aventurier seul ne pouvait pas faire grand-chose. Il était en fait plus petit que les plus petits territoires de Belfast et de Regulus. C’était une raison suffisante pour qu’ils croient qu’il était inoffensif.

On pouvait supposer sans risque de se tromper que les informations sur mes fiançailles avec Yumina et Lu n’avaient toujours pas été divulguées. La réaction pourrait changer lorsque cela sera annoncé.

Après avoir entendu les paroles de Lu, Mary inclina la tête devant moi.

« Prenez bien soin d’elle. »

« Certainement. Vous n’avez pas à vous inquiéter. Renne est une fille intelligente ayant beaucoup de tact. Elle apprend vite, elle aussi. Je suis sûr qu’elle deviendra une femme parfaite. »

Mes louanges avaient fait que Renne était devenue timide tout en baissant les yeux. Cependant, elle eut bientôt une idée et se tourna vers Mary.

« Puis-je emprunter ta cuisine ? »

« La cuisine ? Je m’en fiche, mais pourquoi ? »

« Créa... le chef du manoir m’apprend à cuisiner. J’aimerais que tu goûtes un peu de ma nourriture, grand-mère... »

« Oh mon Dieu ! Oh, mon Dieu, c’est merveilleux ! Steph et Carol... mes filles n’ont jamais été bonnes en cuisine. En fait, je ne me souviens pas qu’elles m'aient déjà donné quelque chose qui n’était pas trop ou pas assez cuit. Leur maniement à l’épée s’est peut-être amélioré de jour en jour, mais aucune d’entre elles ne semblait même avoir une once de féminité. »

L’attention de Carol avait été détournée par les paroles de Mary.

Était-ce pour ça qu’elle ne pouvait pas se marier... ? Le sourire aux lèvres, Mary regarda le majordome conduire Renne, qui tenait encore son sac, vers la cuisine.

« Quelle gentille fille ! Je n’en attendais pas moins de la fille de Stéphanie. Tu pourrais apprendre d’elle une chose ou deux, Carol. »

« Maman... on dirait que je suis incapable de faire quoi que ce soit. »

« Je m’inquiète pour une fille qui n’est toujours pas mariée à un tel âge. Tu devrais au moins apprendre à cuisiner. Est-ce que tu te lèves correctement le matin quand tu es à la caserne ? Ou est-ce que tu dis « juste cinq minutes de plus » comme tu le fais quand tu es à la maison ? Les hommes sont extrêmement perspicaces face à une telle négligence, tu sais ? S’il te plaît, fais tout ce que tu peux pour faire entrer un bon gendre dans la famille Rillettes. Je crois vraiment que tu ne veux pas aller là où se trouve Steph avant d’avoir vu les visages de tes enfants. »

En un instant, Mary changea de classe de « grand-mère » à « mère » et commença à abattre Carol avec ses paroles.

Pendant ce temps, Carol écoutait Mary, l’air sérieusement fatigué. On dirait qu’une mère réprimande toujours son enfant, quel que soit son âge.

« Avez-vous essayé d’organiser des réunions de mariage ? »

Apparemment intéressée, Lu s’était jointe à leur échange.

Compte tenu de la situation, Carol deviendra le prochain chef de famille des Rillettes. Cela l’empêchera de pouvoir trouver un marié selon sa propre volonté. Quelqu’un qui voudrait être le marié devrait venir la voir à sa place.

En supposant qu’il soit un noble, cela ne pourrait jamais être le fils aîné parce que c’était lui qui héritera de la maison. Cela signifiait que seuls le deuxième, le troisième ou d’autres fils pourraient être de futurs mariés.

« Il y a eu pas mal de demandes... Cependant, selon ce que Robinson a découvert, la plupart d’entre eux avaient des caractères extrêmement douteux. En fait, certains d’entre eux avaient été arrêtés pendant la rébellion. »

« Voilà ! Tu vois, maman ? Si je me dépêche, je risque de me retrouver avec la mauvaise personne. Je veux être complètement certaine de mon choix. »

« Oh, combien de fois ai-je entendu ça... ? À ce rythme, Renne se mariera avant toi. »

Franchement, il n’y avait aucune chance que... attendez, si Renne se mariait à 16 ans, il lui resterait environ 8 ans pour le faire. Ce n’était peut-être pas complètement impossible.

Il y avait des tonnes de femmes célibataires dans la trentaine dans mon monde précédent, mais elles étaient assez rares ici.

Même si elle ne pensait pas que c’était un problème, ceux qui l’entouraient commençaient à trouver ça bizarre. Cela amenait beaucoup d’entre eux à croire qu’il y avait une raison pour laquelle elle ne pouvait pas se marier. Par conséquent, la difficulté de Carol à se marier ne ferait qu’augmenter.

Était-ce moi ou était-elle vraiment désespérée ?

Alors que cette pensée grossière me traversait l’esprit, Renne et Robinson avaient ouvert la porte de la pièce et étaient revenus. Tous les deux poussaient une table avec de la nourriture dessus.

Pendant que nous nous asseyions autour de la table, nous avions tous une assiette en bois sur laquelle reposait une autre en fer. Bon sang, nous y voilà.

La plaque de fer chaud émettait un son grésillant et l’arôme de la nourriture.

« Je n’ai jamais vu ce plat... Est-ce un animal qui se tortille ? »

« Ce n’est pas un ver, n’est-ce pas ? »

Mary et Carol avaient des expressions perplexes.

Eh bien, je suppose qu’il est naturel pour la plupart des gens qui le voient pour la première fois d’être surpris. Même si cela ne s’appliquait pas aux gens d’Eashen.

« Cela se prépare avec un katsuobushi, qui est un poisson séché par chauffage, que l’on réduit en morceaux fins. Ils sont si minces, qu'en vérité, la chaleur de la nourriture les force à bouger et cela donne l’impression de danser. »

« Katsuobushi... Alors, c’est du poisson ? »

« C’est l’un des ingrédients de base de la cuisine d’Eashen. Mais ce n’est pas bien connu ici, dans les pays occidentaux. »

Une fois qu’elles avaient découvert quels étaient les objets en mouvement, les deux femmes avaient soupiré, soulagé.

Cela mis à part, j’avais été un peu surpris de voir que c’était la nourriture que Renne avait choisi de faire.

Mais ce n’était pas comme si c’était un plat difficile. On prenait de la farine, des légumes, des œufs et de la viande et c’était fini.

On pouvait supposer sans risque que le sac de Renne contenait du katsuobushi, de la sauce et de la mayonnaise.

« Comment appelles-tu ce plat ? »

« C’est « okonomiyaki ». C’est un plat populaire au manoir. »

Renne avait répondu à la question de Mary. C’était moi qui l’avais initiée en donnant la recette à Créa.

C’était à la fois savoureux et facile à préparer. Vous pouviez également utiliser les ingrédients de votre choix. Fruits de mer, nouilles... tout pouvait marcher. En raison de sa flexibilité, c’était un choix populaire chaque fois que les domestiques étaient occupés.

« Quelle bonne odeur ! Ça stimule certainement mon appétit. »

Lu, qui était assise à mes côtés, s’intéressait aussi beaucoup à l’okonomiyaki.

Oh oui, elle n’avait pas encore pu y goûter.

« C’est mieux quand on le mange chaud. Renne, je vais commencer à manger. »

J’avais pris le couteau et la fourchette dans mes mains. J’aurais préféré manger avec des baguettes, mais je n’étais pas chez moi, alors j’avais dû m’adapter.

Un instant après moi, Mary et les autres avaient pris leurs propres ustensiles.

Une fois que j’avais mis le couteau dedans, le fromage s’en était répandu en grandes quantités.

Je ne m’attendais pas à ça. Ça avait l’air vraiment bon.

Quand j'avais mis un morceau de cet okonomiyaki dans ma bouche, un goût familier et nostalgique avait submergé mes papilles. La compatibilité entre la texture moelleuse et la sauce sucrée salée était tout simplement parfaite. Le fromage aussi était épais et riche en goût.

« Oh, oh mon Dieu ! C’est délicieux ! »

« C’est vraiment... C’est tellement bon ! Je n’ai jamais rien mangé de tel ! »

« Je suis tout à fait d’accord ! Alors c’est de l'okonomiyaki... ! »

Les trois avaient l’air surpris, mais dans le bon sens du terme. Les mains qui portaient leur nourriture à leur bouche ne montraient aucun signe d’arrêt. Renne nous avait regardés, clairement satisfaite de son travail.

Le temps que tout le monde ait vidé son assiette, Renne et Robinson nous avaient apporté du thé.

Oh ? C’était du thé vert, n’est-ce pas ? Je suppose qu’elle a apporté aussi ça du manoir.

Il avait été fait à partir des feuilles de thé de haute qualité que j’avais reçues d’Ieyahsu. Je les avais remises aux servantes et leur avais donné la permission de les utiliser comme elles l’entendaient.

« Ce thé est aussi délicieux. Merci, Renne. »

« Non, merci, merci. Je ne sais pas ce que j’aurais fait si ça ne t’avait pas plu, grand-mère... »

Renne sourit timidement. En voyant Mary sourire en retour, j’avais réalisé que la distance entre elles s’était raccourcie, ce qui m’avait mis à l’aise.

J’avais sorti une paire de miroirs de mon [Stockage] et je les leur avais remis.

« Qu’est-ce que c’est ? »

En prenant son exemplaire, Mary inclina la tête dans la confusion.

« C’est un artefact que j’ai fait. Quand on met une lettre dans ce petit miroir, elle sort par l’autre. Utilisez-le pour échanger des lettres avec Renne. »

« Touya... êtes-vous sûr qu’on peut avoir ça ? »

« Oui. Les capitales étant assez éloignées l’une de l’autre, ça prendrait ainsi du temps pour que vos lettres arrivent. Des chevaux plus rapides coûteraient cher. Je t'enverrai aussi ici quand tu auras des jours de congé consécutifs, pour que tu puisses voir ta grand-mère assez souvent. »

« Merci beaucoup, frangin ! »

Avec un sourire éclatant sur son visage, Renne s’était accrochée à moi.

Quoi, maintenant ?

Une fois que je l’avais serrée dans mes bras, Lu m’avait regardé, la bouche grande ouverte.

« C’est tellement injuste ! Je veux aussi m’accrocher à Touya ! »

« Euh, Lu... »

« Hein !? »

Une fois qu’elle avait remarqué les regards étranges, Lu s’était éclairci la gorge et apporta élégamment sa tasse de thé sur ses lèvres. Ce ne sera pas suffisant pour passer inaperçu, tu sais ?

« C’est une enfant, après tout. Il n’y a pas besoin de s’énerver pour ça. »

D’accord, tu mentais. Tu t’étais sérieusement énervée tout à l’heure. Ça m’embrouillait et me rendait heureux.

Lu semblait avoir un côté compétitif. Mais cela ne servait à rien de rivaliser avec Renne.

Tout le monde essayait de contenir son rire en voyant à quel point Lu semblait charmante à l’instant. Renne, qui semblait simplement confuse, était la seule exception.

***

« Je vois. Je suis heureuse de savoir que ça s’est bien passé. »

« Ouais. Après tout, avec Renne, cette maison devient un endroit beaucoup plus joyeux. Ne pas l’avoir dans les parages serait triste, donc je suis contente que ça se passe comme ça. Continuez à prendre soin d’elle, d’accord ? »

« Certainement. »

J’avais raconté à Laim ce qui s’était passé dans la capitale de l’Empire Regulus et je lui avais encore une fois demandé de veiller sur notre petite servante. Depuis que Renne avait choisi de rester, je ne voulais rien faire qui lui aurait fait regretter cette décision.

Pendant que j’étais assis sur le balcon et que je sirotais le thé que Laim m’avait préparé, je levais les yeux vers la lune dans le ciel nocturne.

« Où est Renne, au fait ? »

« Je l’ai déjà renvoyée dans sa chambre. Elle a demandé à Cécile de lui donner du papier et des enveloppes, alors je pense qu’on peut supposer qu’elle écrit déjà une lettre à la capitale de l’empire. »

Je vois. Une partie de moi était envieux. Après tout, aucune des lettres que je pourrais écrire ne parviendra à ma famille.

Cependant, la famille que j’avais ici dans ce monde m’était tout aussi chère. Et ça aurait pu être une belle chose.

« Vous en voulez encore ? »

« Oui, s’il vous plaît. »

Laim prit la tasse de thé vide et quitta la chambre.

En levant les yeux vers la lune dans le ciel nocturne, j’avais prié Dieu pour le bonheur de la famille que j’avais laissée derrière moi.

***

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2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Merci pour le chapitre . 👍

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