Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 4 – Chapitre 4

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Chapitre 4 : Le Duché de Brunhild

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Chapitre 4 : Le Duché de Brunhild

Partie 1

Un mois s’était écoulé depuis la fin des troubles dans l’empire. L’empereur m’avait honoré et loué comme le héros qui avait sauvé Regulus. J’avais été officiellement reconnu comme un aventurier de Belfast qui se trouvait dans leur capitale le jour de l’incident.

Profitant de cette situation, Régulus avait également annoncé le renouvellement de son amitié avec Belfast, ainsi qu’avec le Duché de Brunhild, qui sera formé à partir des territoires des deux nations.

Et, bien sûr, c’était moi qui étais devenu le grand-duc de ce duché. Beaucoup de gens semblaient surpris de l’annonce soudaine d’une nouvelle nation, mais l’agitation s’était calmée peu après. L’intérêt que j’y avais porté avait en fait duré beaucoup moins longtemps que ce à quoi je m’attendais. Cela ne me dérangeait pas, puisque je n’avais pas l’intention d’y déménager dans l’immédiat.

En plus, ce n’était pas comme s’il y avait des gens qui vivaient là non plus. Cependant, j’avais commencé à réfléchir à ce qu’il fallait faire de la vaste étendue de terre que le duché occupait. J’avais pensé que faire une sorte de verger ou de champ cultivé serait peut-être un bon début.

L’annonce officielle de mes fiançailles avec Yumina et Lu avait été mise en attente délibérément. La raison était que le sexe du bébé porté par la reine Yuel de Belfast était encore inconnu. Le sexe de l’enfant déterminerait aussi ma position, alors nous avions retardé l’annonce jusqu’à ce que cela soit confirmé. Par répercussion, l’annonce de mes fiançailles avec Lu avait également été reportée.

Le général Bazoar et la plupart des hauts gradés de l’armée avaient été condamnés à mort. C’était tout à fait naturel, puisqu’ils avaient commis un crime de haute trahison. Le bracelet bloqueur et le bracelet draineur que le Général avait utilisés furent également confisqués, au cas où ceux qui auraient des ambitions similaires décideraient de reprendre le flambeau.

Il avait été décidé qu’ils seraient détruits, puisqu’ils ne causeraient que des ennuis à Belfast ou Regulus s’ils étaient mal utilisés. Une partie de moi voulait se lever pour dire : « Excusez-moi, mais ce sont d’anciens trésors de Babylone, ce qui fait de moi le propriétaire légitime », mais évidemment je ne pouvais pas faire cela.

J’avais aussi envisagé de créer des faux dans l’atelier et de les remplacer, mais je ne voulais pas tromper le roi ou l’empereur. Après tout, ils allaient tous les deux être mes beaux-pères.

Et donc, devant ce public royal, j’avais écrasé les deux bracelets à plat avec [Gravité]. Je l’avais regretté, mais pour être honnête... Ils sentaient encore mauvais.

Après tout, les deux pays avaient officiellement concédé des terres et me les avaient accordées, ce qui avait été la fondation officielle du duché de Brunhild.

« ... Alors, allons-nous déménager dans le nouveau pays ? »

« Eh... est-on obligés ? »

Je sirotais du thé que Laim m’avait apporté en répondant à la question de Linze. Cela commençait à m’énerver au plus haut point... Il vaudrait mieux rester ici.

« Je ne pense pas que ce soit un sujet d’inquiétude. En fait, je crois que nous avons déjà pris des dispositions pour y déménager. »

« Attends, quoi !? »

« Es-tu un vrai crétin ? Si tes fiançailles avec Lucia et Yumina sont bientôt annoncées, alors vivre ici ne fera que donner l’impression que tu privilégies Belfast. »

Oh, c’est juste. Je suppose que l’Empire prendrait ceci plutôt mal, hein ? Mais honnêtement, je ne voyais pas ça comme une grosse affaire. J’avais [Porte], donc ce n’était pas comme si je ne pouvais pas être à aucun endroit en un éclair...

« Nous n’avons pas d’autre choix que de vivre à Brunhild ? Alors quoi ? Vous voulez que je transporte toute la maison là-bas ? »

« Je pense qu’il serait plus intelligent de laisser cette maison comme telle ici. Elle sera une sorte d’ambassade pour Brunhild. »

D’accord, je supposais que c’était la chose la plus logique... Mais ça voulait dire que je devrais construire une toute nouvelle résidence là-bas. Bon sang...

« Dois-je acheter un manoir et le faire transporter à Brunhild ? Oh, attends, on ne peut pas juste utiliser le complexe de logements que j’ai dans le jardin suspendu de Babylone ? »

« Si nous nous donnons la peine de déménager, pourquoi ne pas construire un château ? À toutes fins utiles, Touya, tu es le chef d’État. Ce serait merveilleux si tu pouvais créer quelque chose de plus grandiose qu’un manoir. »

« Ahh, ça a l’air superbe ! Un magnifique château en briques blanches... Oh mon Dieu... »

Lu avait bien réagi à la proposition de Yumina, et elles se mirent aussitôt à bavarder entre elles sur ce concept. Elles s’entendaient vraiment bien. J’avais l’impression que le fait qu’elles étaient toutes les deux du même âge y était pour quelque chose. Sans parler du fait qu’elles avaient grandi dans des circonstances similaires. Pour être honnête, je préférerais qu’elles s’entendent bien plutôt qu’elles s’arrachent les yeux l’une de l’autre, je ne pouvais pas vraiment me plaindre.

« Hm, un château... »

J’avais sorti mon smartphone et je m’étais connecté à Internet, en faisant une recherche d’images pour « château ». En un éclair, plusieurs images de châteaux avaient été projetées par le biais de l’hologramme.

« Touya, qu’est-ce que c’est ? »

« Heh, je suppose qu’on peut le considérer comme un catalogue de château... ou peut-être plus comme un guide illustré. »

J’avais ignoré la question de Linze, puis j’avais fait défiler chaque image au fur et à mesure qu’elles passaient.

« Bonté divine, il y a même des châteaux qui ressemblent à ceux d’Eashen. »

Comme j’avais cherché « château », il était naturel qu’il y en ait quelques-uns de style japonais dans le mélange. Pour être honnête, il y avait une tonne de châteaux, et plus de types que je ne me l’imaginais. Je voulais voir si je pouvais en voir des semblables à Het Steen. Après tout, ce serait un château approprié pour un lanceur de sorts comme moi.

« Ce château est si beau et blanc... »

Le château dont Lu devenait folle était le château de Hluboka, ce grand château de la République tchèque. C’était blanc, et très beau, mais...

« N’est-il pas un peu trop grand ? Nous n’avons pas de personnel ou de militaires en ce moment, donc un tel endroit ne serait qu’un fardeau. »

« Aw… Je suppose que tu as raison. »

« Pour l’instant, commençons par un château relativement petit, que nous pourrons agrandir au besoin, d’accord ? »

Maintenant que j’y pensais, je ne savais pas vraiment comment construire un château.

J’avais pensé que tant que j’avais les matériaux nécessaires, je pourrais certainement construite un édifice solide avec [Modelage].

Je ne pouvais pas garantir qu’il aurait l’air classe... Sans parler du fait que l’intérieur serait selon toute vraisemblance horrible. Je pourrais peut-être utiliser le château de Belfast comme référence mentale, mais j’avais l’impression que tout cela prendrait plus de temps que je l’avais prévu.

« Je suppose qu’on ne trouvera aucun château de libre sur le marché, n’est-ce pas... ? »

« Monsieur, oui monsieur ! J’avais le pressentiment que cela pourrait arriver, monsieur ! »

Avec un cri guerrier et un bruit fort, Rosetta entra furieusement dans la pièce. Merde, ça m’avait fait peur !

« L’heure est venue, monsieur ! Je peux enfin te montrer le vrai potentiel de l’Atelier, monsieur ! »

Elle serra fermement son poing et le souleva jusqu’aux cieux. Elle avait beaucoup trop d’enthousiasme, si vous voulez mon avis.

« L’Atelier ne se contente pas de répliquer des choses, tu vois !? Nous avons aussi un système de remodelage automatisé ! Oui, c’est vrai ! Nous pouvons scanner des objets et les remodeler selon tes goûts, monsieur, oui, monsieur ! »

La respiration de Rosetta était irrégulière, car elle expliquait tout cela d’un seul coup. Un système de remodelage automatisé ? Donc on pouvait manipuler des objets qui avaient été scannés ?

« Dépêchons-nous, au pas de course ! Droite gauche, droite gauche, droite gauche ! À l’atelier ! »

Lu n’avait pas pu contenir sa crainte, car elle voyait l’atelier pour la première fois. Nous nous étions tous dirigés vers le grand cube qui abritait l’installation.

Il y avait de plus petits cubes empilés à divers endroits sur le plancher, et une structure ressemblant à un moniteur avait été construite vers le milieu de la pièce. De la même façon, il y avait une chaise pavée composée de cubes blancs juste devant lui. Rosetta avait posé son derrière sur la chaise et avait posé son doigt sur le moniteur.

« Garde-à-vous ! Je vais bien scanner le château de ce pays, monsieur ! »

Babylone avait été déplacée dans le ciel de Belfast, juste au-dessus du château royal, un peu plus tôt. Naturellement, personne ne l’avait remarqué en raison du champ furtif intégré.

J’étais un peu perplexe devant le fait qu’il n’avait même pas projeté une ombre sur la ville, cependant... Peu importe combien de fois je l’avais regardé, c’était déraisonnable d’y penser. Mais peut-être que c’était logique... Les ombres étaient projetées lorsque la lumière était bloquée par un objet, mais dans ce cas, la lumière circulait bien toujours autour de l’objet... ? J’avais décidé qu’il valait mieux ne pas trop réfléchir à la façon dont la magie et la science fonctionnaient. J’en perdrais tout simplement le sommeil sans raison valable.

Le moniteur montrait une vue aérienne du château de Belfast. Soudain, un feu vert avait recouvert le château pendant une fraction de seconde, tout cela afin que l’écran soit remplacé par un modèle tridimensionnel du bâtiment.

« Scan terminé, monsieur ! Je vais maintenant activer le système automatisé ! As-tu quelque chose en tête ? »

Rosetta se retourna et posa une question.

« Euh... quelque chose de spécifique ? Il n’a pas besoin d’être si grand, alors pourrais-tu commencer par enlever certaines pièces ? »

« Ordre de mission reçu, monsieur ! »

Rosetta s’était précipitée ici et là sur l’écran, coupant et découpant diverses pièces sur le modèle 3D. Je me demandais s’il y avait un système d’apprentissage intelligent qui sélectionnait automatiquement les changements par rapport aux coupes et aux ajustements.

« Oh, cette tour de rempart n’a pas de sens non plus. Tu devrais t’en débarrasser. J’aimerais aussi que la cour soit un peu plus large. »

Comme pour répondre à mes caprices, le château se transforma à nouveau. Je pourrais certainement m’habituer à ce genre de fonction de remodelage. C’était très utile. Je ne savais pas que l’atelier pouvait aussi être utilisé pour des conceptions et des rénovations aussi complexes. Mais encore une fois, c’était à peu près la même chose que ce que j’avais fait sur mon Brunhild, mais sur une plus grande échelle.

« Est-ce que d’autres personnes souhaiteraient faire des modifications ? »

« Ah, oui... Je préférerais un balcon plus large. »

« Je désire un magnifique dojo, pour pouvoir m’y rendre et m’entraîner. »

« Oh, si cela est possible, alors je voudrais aussi une zone d’entraînement pour le combat sans armes !! »

« Si ce n’est pas trop, j’aimerais qu’une bibliothèque soit installée... »

« J’aimerais un large fossé, et aussi un magnifique pont-levis ! »

Comme chacune faisait ses propres changements, le modèle du château s’était transformé. Il ne ressemblait plus du tout au château de Belfast, qui en était pourtant le modèle. Il était devenu tout à fait unique. Un fossé, une porte, un pont-levis, même de petits bâtiments autour du château le rendaient maintenant distinct.

« Eh bien, monsieur ! Ce n’est pas grave !? »

« Oui, ça me va très bien. Alors, comment vas-tu le rendre réel ? »

« Une affaire dérisoire, monsieur ! Nous nous rendons simplement à l’endroit désiré et nous traçons ces données. J’aplatis le paysage et je commence l’assemblage automatique ! J’estime que cela prendra trois jours, monsieur ! »

J’avais été étonné qu’elle puisse le faire en si peu de temps. L’atelier avait vraiment été un outil extraordinaire. Pourquoi s’arrêter à un château ? Nous pourrions facilement construire une ville ou un hameau en plus.

« Si les matériaux sont facilement disponibles, monsieur ! »

« ... Désolé ? »

Que voulait-elle dire exactement ? Des matériaux pour le château ?

« Tu veux parler des matériaux de base, n’est-ce pas ? Marbre, brique, métal, et ainsi de suite ? »

« Pas seulement ça, monsieur ! Du bois, du verre, du laiton, du fer, des tissus comme du coton et de la soie ! Tous ces matériaux sont nécessaires pour terminer votre château, monsieur ! »

« Je n’ai pas tout ça ! »

En plus, tu sais combien de temps ça me prendra pour rassembler tout ça !? Au final, cela serait exactement le même prix que l’achat d’un château normal. Non cela me coûterait plus cher ! On économiserait peut-être de la main-d’œuvre, mais ce n’était pas comme si c’était une somme considérable au départ !

« Hum... est-ce que les matériaux doivent être neufs ? »

Lu prit soudain la parole, s’adressant nerveusement à Rosetta.

« Non, madame ! De toute façon, les vieux matériaux seront démontés et reconstruits comme s’ils étaient neufs, madame ! Seul un matériau extrêmement décomposé serait totalement inutile ! »

« Si c’est le cas, alors... il y a un château fort abandonné au nord de l’Empire Regulus. Si on faisait des prélèvements, n’aurions-nous pas assez de matériaux pour notre nouveau château ? »

C’était logique pour moi. Si nous utilisions un bâtiment qui était de toute façon un château, nous économiserions massivement sur les besoins matériels. Même si le matériel était en lambeaux, brisé ou usé, il pouvait être recyclé et réutilisé ! Lu était une génie.

Je ne pensais pas non plus que ce serait grave si un vieux fort abandonné était démoli, alors je m’étais décidé à en demander la permission à l’empereur tout de suite. Le plan avait été ainsi adopté.

Lu avait soudainement exprimé son inquiétude, même si c’est elle qui l’avait suggérée en premier lieu.

« En fait, à propos de cette forteresse, peut-être qu’on ne devrait pas... ou ils pourraient être dérangés... »

« Qu’est-ce qui pourrait être dérangé ? »

« Les... Les fantômes... »

Oh voyons... Était-elle sérieuse ? Un château hanté !?

***

Partie 2

L’histoire racontait qu’à une certaine époque un jeune seigneur bienveillant vivait dans un château fortifié au nord de Regulus. Il avait toute la confiance et le soutien de l’empereur, et les gens l’aimaient pour sa nature aimable, sa merveilleuse éthique de travail et ses politiques généreuses.

Mais un jour, tout avait changé. La femme du jeune seigneur était morte. Par la suite, il était devenu solitaire, s’enfermant à l’intérieur de son château. Peu de temps après, d’étranges incidents avaient commencé à se produire dans les environs...

Un par un, des gens avaient disparu. Et un jour, une jeune fille avait été vue emportée par le même seigneur qui s’était enfermé il n’y a pas si longtemps. Les gens du village étaient tous allés au château, voulant des réponses.

Bizarrement, il n’y avait personne pour garder les grandes portes du château. Plus étrange encore, ils trouvèrent le château complètement vide. Pas de domestiques, pas d’hommes d’armes, pas de gardes.

Les gens avaient continué, désespérés de retrouver leurs familles et amis disparus. Ce qu’ils avaient trouvé à la place... c’étaient des cadavres. Des tas de cadavres, des tas de morts, jetés nonchalamment et éparpillés. Le jeune seigneur avait commis les actes les plus ignobles. Il avait fait des recherches sur l’art de la nécromancie, tout cela afin d’obtenir le retour de sa femme bien-aimée dans le monde des vivants. Ceux qui vivaient à l’intérieur du château avaient été abattus comme des agneaux, utilisés pour ses expériences morbides. Et quand ils furent tous tués, le jeune seigneur commença tout simplement à aller chercher du nouveau bétail dans le village voisin.

Les gens, horrifiés, grimpèrent et s’enfuirent en courant du château. Ils s’étaient adressés directement à l’empereur et avaient témoigné. L’armée avait été envoyée, et le jeune seigneur avait été facilement attrapé. Il fut exécuté sans procès.

Mais cela ne s’était pas arrêté là. Peu de temps après, un nouveau seigneur fut nommé au château. Il mourut d’une maladie desséchante. Un autre avait été nommé, mais celui-ci tomba de cheval et se cassa le cou. Le troisième seigneur ? Poignardé à mort par sa femme dans une rage furieuse.

Des rumeurs se répandirent, le jeune seigneur avait laissé derrière lui une malédiction des plus diaboliques. Le quatrième seigneur affecté au territoire refusa de vivre dans le château, et celui-ci se délabra lentement, sans que les habitants n’aient pu s’y installer.

Naturellement, la structure abandonnée attirait la lie de la société. Brigands et bandits s’y étaient logés, y voyant une base parfaite. Mais aucun d’entre eux n’y était resté longtemps. Tous les voleurs capturés n’avaient qu’une chose à dire...

« Un esprit vengeur marche dans ces couloirs... »

« C’est ce château, n’est-ce pas ? »

« Eh bien, cette histoire date d’il y a plus de cent ans. »

Un château maudit... Ce genre de chose pouvait sembler très effrayant la nuit, mais le jour, ce n’était pas vraiment le cas. L’air était pur, et il n’y avait pas un nuage dans le ciel. Au contraire, c’était très agréable.

J’avais amené mon équipe habituelle, plus Lu, au château. Mon trio de monarque, composé de Kohaku, Sango et Kokuyou, était avec nous également. Devant nos yeux se trouvait un vieux château énorme et sinistre. J’avais inconsciemment croisé les bras. Ça donnait l’impression qu’une sorte de monstre allait en sortir.

« On a la permission de l’empereur, non ? »

« Oui, c’est vrai ! Détruisez-le, recyclez-le, reconstruisez-le, nous sommes autorisés à faire ce que nous voulons. »

Ça m’avait l’air bien. J’avais pensé que la meilleure solution serait d’enlever tout ça d’un coup. Le château était un peu plus grand que celui que nous avions conçu à l’atelier, donc il y avait même une chance pour que nous puissions obtenir tout le matériel dont nous avions besoin ici. Même si ce n’était pas assez, j’étais sûr que nous aurions les moyens d’acheter les éléments manquants dont nous aurions besoin.

« D’accord, je dois agrandir un portail sous ce truc pour tout transférer à Brunhild ? »

« Veuillez patienter un instant... On ne devrait pas s’assurer qu’aucun danger ne se trouve à l’intérieur avant de faire ça ? Il est possible que des voleurs, des monstres ou des morts-vivants habitent cet endroit en ce moment. »

« Peut-être même le fantôme, h-heh... »

Elze s’était soudainement interposée suite à la suggestion de Linze. Linze ne croyait certainement pas à cette vieille histoire, mais Elze avait l’air un peu nerveuse...

Quoi qu’il en soit, l’argument mis en avant était valide. Il était probablement important que nous vérifiions au moins l’intérieur avant de déplacer quoi que ce soit de potentiellement dangereux sur ma terre. J’espérais ne pas tomber sur ces slimes bizarres. (NDT Référence au chapitre bonus du tome 2 : le château des slimes)

Nous avions franchi les portes puis nous étions entrés dans le château, nous nous étions dirigés vers le hall d’entrée. L’intérieur était tout aussi sombre et oppressant que l’extérieur, la poussière et les toiles d’araignée étaient partout.

« Très bien, les gars, on se sépare et on cherche des indices. Nous pouvons nous mettre par deux, et que les Bêtes Célestes aillent avec chaque groupe qui n’est pas le mien. De cette façon, nous pourrons rester en contact télépathique au cas où quelque chose tournerait mal. Kohaku, tu vas avec Yumina et Lu, Sango et Kokuyou, vous allez avec Linze et Yae. Elze peut venir avec moi. »

« Quoi ? C’est bon... ? Alors, allons par là, Hahahah... ! »

Elze prit la parole bruyamment et effectua une marche rapide vers l’intérieur. Elle s’était brusquement arrêtée une fois qu’elle était allée assez loin puis elle se retourna pour me crier dessus.

« H-Hey, Touya ! Vas-y, elle est déjà loin ! »

Linze sourit soudainement tout en lâchant un petit rire. Je me demandais si elle savait qu’Elze finirait comme ça. J’avais marché vivement pour rattraper mon adorable partenaire, puis j’avais commencé à marcher à ses côtés. Les autres groupes s’étaient tous dispersés dans leurs directions respectives.

J’avais regardé à l’extérieur, j’avais vu une accumulation de nuages. C’était étrange, il faisait beau tout à l’heure, non ?

« Alors, Elze. Tu es du genre à avoir peur des fantômes, hein ? »

« Hein !? Attends, qu’est-ce que tu dis !? Des fantômes, où ça !? Les fantômes n’existent pas... »

« Alors c’est quoi ce truc blanc derrière toi ? »

« Eeeek !! »

Elze avait crié fortement tout en s’accrochant à moi.

Oh, aïe ! C’était censé faire du bien, ne me serre pas comme ça ! Cela ressemblait étrangement à un câlin fait par un putain d’ours !

« Désolé... c’était... le rideau... Je ne peux pas... respirer... »

« Le rideau ? »

Elze se retourna pour voir un vieux rideau légèrement jauni qui soufflait maintenant légèrement dans la brise. Après s’être assurée que ce n’était pas un fantôme, elle m’avait relâché.

Bon sang, j’avais vraiment cru qu’elle allait me briser la colonne vertébrale.

« Bien sûr que c’était juste un rideau... »

Une expression de soulagement était venue sur Elze alors qu’elle plaçait une main sur sa poitrine.

« Alors tu ne te sens pas bien avec eux, hein ? »

« Argh... »

Elze se tourna vers moi, ses joues étaient d’un pourpre brillant. Sa bouche s’ouvrait et se fermait comme un poisson. Honnêtement, je pensais qu’elle essayait de trouver une excuse.

« Il n’y a pas de honte à avoir peur, tout le monde à une ou deux phobies ! »

« Eh bien, je suppose que c’est le cas... Je ne m’attendais pas à ce que tu dises quelque chose comme ça. »

« C’est juste qu’on ne peut pas les frapper, alors c’est tout simplement pénible à affronter... »

Elze fronça les sourcils et me tourna le dos. Son visage était de toute façon encore rouge. Cette raison me semblait plutôt faible. Je ne pensais pas qu’Elze avait un problème avec les squelettes ou les zombies, donc les fantômes n’auraient pas dû lui faire si peur.

J’avais attrapé Elze par la main.

« Arhh ! »

« Tu n’as pas besoin de faire semblant avec moi. Si tu as peur, prends ma main. »

« ... O-Ok... »

Elze hocha la tête, juste un petit peu. Les mains jointes, nous avions commencé à chercher des choses suspectes. Nous avions commencé à jeter un coup d’œil dans les pièces pour confirmer s’il y avait quelqu’un autour de nous.

Comme on pouvait s’y attendre, le château était remarquablement grand, mais il était également couvert de poussière, ce qui montrait qu’il était largement inutilisé. Pour qu’il y ait une telle accumulation de poussière et de toiles d’araignées... on voyait bien qu’il n’y avait plus personne qui y vivait depuis longtemps. Juste au moment où je tombais dans cette confortable ligne de pensée, quelque chose bougea dans le coin d’une pièce que nous vérifiions.

« A-Agh ! »

Elze avait paniqué et avait plaqué tout son corps contre mon bras. Deux objets doux et ronds étaient aussi serrés contre mon bras.

Cela me convenait parfaitement.

Le porteur de ma bonne fortune, en l’occurrence un rat, s’était précipité dans un coin et avait quitté la pièce.

« C’était un rat... »

« Tu n’as pas peur des rats, n’est-ce pas ? »

Normalement, on s’attendrait à ce que les filles aient peur de choses comme les souris, les rats et les cafards, mais les filles de ce monde étaient très dures. Je ne pensais pas que ça l’ébranlerait autant.

« Va-t-on vérifier le deuxième étage ? »

En montant les escaliers, j’avais remarqué un portrait massif accroché en haut du palier. Il s’agissait d’une femme assez jeune, vêtue d’une jolie robe verte. Elle était assise dans une chaise plutôt luxueuse et regardait dehors avec un sourire.

C’était la femme du dernier seigneur qui avait vécu ici ? Elle était vraiment très belle. Et ils étaient aussi assez gros...

« Qu’est-ce que tu regardes ? »

« Hein !? Rien ! Rien du tout ! »

Elze m’avait surpris. Alors tout ce que j’avais pu faire, c’était de détourner le regard. Elle ne perdrait certainement pas contre Yumina ou Lu en ce qui concernait la taille de la poitrine, mais peut-être s’inquiétait-elle d’en avoir un peu moins que sa sœur. Ce n’était pas comme si je m’en souciais, mais c’était probablement ce qu’elle ressentait.

***

Partie 3

Tenant toujours la main d’Elze, nous nous étions dirigés vers le deuxième étage. J’avais regardé de nouveau à l’extérieur d’une fenêtre voisine et j’avais remarqué que les nuages devenaient de plus en plus sombres et intenses. Le ciel était pourtant si clair tout à l’heure que ça n’avait aucun sens pour moi.

{Kohaku, Sango, Kokuyou. Au rapport ! Que se passe-t-il de votre côté ?}

{Rien à signaler, mon maître. Pas même une souris.}

{Il n’y a rien à signaler ici non plus.}

{Il n’y avait qu’un rat ici, un peu ennuyeux si tu veux mon avis.}

Il semblerait que rien ne se passait nulle part.

S’il était vrai qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce que six personnes fouillent chaque pièce de la maison en si peu de temps, des voleurs ou des brigands se seraient certainement déjà fait connaître. Sans parler du fait que les pièces où nous nous trouvions jusqu’à présent étaient clairement abandonnées depuis longtemps. Chaque recoin de l’endroit était couvert de poussière. Nous avions même laissé des empreintes de pas à certains endroits. Si un animal, un monstre ou une personne avait été ici, ils auraient sûrement laissé une trace.

« Hum, après tout, cela ne pourrait-il être que des rumeurs ? »

« Oui, comme je le pensais... il n’y a aucune chance que des fantômes existent, n’est-ce pas ? »

« Il y avait probablement des esprits dans ce monde, comme les revenants, les fantômes et les spectres, alors je supposais qu’on pouvait considérer que les monstres présents ici étaient des fantômes. En fait, pas plus tard qu’hier, Linze était — . »

« Augh ! Tais-toi, tais-toi ! Je ne veux pas t’entendre, je ne t’entends pas ! »

Elze mit ses doigts dans ses oreilles pour essayer de ne pas entendre mes paroles. Comme c’était puéril de sa part.

Des monstres comme les revenants et les fantômes étaient bien connus dans ce monde, mais il n’y avait aucune preuve qui les reliait réellement aux âmes des défunts. Cela dit, je pensais qu’il avait été prouvé que les zombies et autres monstres morts-vivants étaient encore liés à des êtres vivants.

Hm... ? Oh, il pleut.

J’avais jeté un coup d’œil à l’extérieur, et j’avais remarqué de grosses gouttes de pluie qui tombaient du ciel. J’espérais que le toit ne fuirait pas ou quoi que ce soit d’autre, mais étant donné que le bâtiment avait plus de cent ans, c’était une certitude.

Elze s’accrochait à mon bras de plus en plus fermement, je pénétrais plus profondément dans le château. Il faisait beaucoup plus sombre qu’à l’entrée.

Peu de temps après, nous étions arrivés au bout du couloir, devant une grande porte double. Je me demandais si c’était la porte menant à la chambre du seigneur. J’avais tourné la poignée. Elle grinça lentement tout en faisant un bruit effrayant, la porte s’ouvrit.

La pièce était immense et le plafond était très haut. Un beau lustre avait sûrement été placé là-haut une fois dans le passé, mais maintenant c’était un tas de verre brisé et dispersé sur le sol. Les parties métalliques avaient dû certainement rouiller.

Il y avait une vieille commode usée près d’une cheminée en ruines qui était surmontée d’une rangée de vases. Dans le coin de la pièce se trouvait une vieille armure rouillée qui donnait une impression inhabituelle à la situation dans son ensemble.

« Quelque chose ne va pas dans cet endroit... »

Elze se blottissait de plus en plus sur moi. Elle avait l’air audacieuse pour une fille si effrayée.

Il y avait aussi un portrait sur le mur de cette pièce. Celui-ci représentait un homme d’allure robuste en tenue militaire, arborant une belle barbe. À côté de lui se trouvait une femme à l’allure assez simple, vêtue d’une robe simple.

Était-ce le seigneur qui avait tué tous ses serviteurs ? Attendez, ça ne pouvait pas être cela. La propriété de ce château avait changé de mains trois fois après sa mort. Alors, est-ce que ça faisait de lui le dernier habitant du château, hein... ?

Soudain, j’avais eu des frissons dans le dos. Quelque chose n’allait pas du tout.

Attendez, mais... ce n’était pas possible. Si la femme dans ce portrait était la dernière épouse du seigneur, alors... pourquoi n’étaient-ils pas aussi gros ?

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« La personne sur ce portrait... elle n’est pas la même que celle dans le portrait de tout à l’heure, n’est-ce pas ? »

« Oh ! Peut-être que tu as raison... »

Juste au moment où je me retournais pour regarder de plus près le portrait, la porte grande ouverte que nous avions franchie pour entrer dans la pièce s’était refermée, elle avait été claquée avec éclat.

« E-E-Eeeek !? »

Elze avait crié et m’avait serré encore plus fort.

Ow, ow, ow, ow !! N’étais-tu pas en train de lancer [Renforcement], femme !?

« Était-ce le vent ? »

« Le vent ? »

Cet endroit était en train de s’écrouler, donc je ne serais pas surpris s’il y avait un mur avec un trou laissant passer le vent quelque part... Attendez, qu’est-ce que c’était ? J’avais redressé les oreilles et j’avais soudain entendu un léger cliquetis.

Encore un rat ? Non, ça ressemblait plus à... un vase qui tremble ? L’un des vases au sommet de la commode tremblait et tournait comme un fou.

Soudain, il s’était arrêté de tourner et s’était jeté sur nous.

« Gah ! »

J’avais sauté hors du chemin, traînant Elze avec moi. Le vase s’était brisé sur le mur derrière où nous nous tenions.

C’était quoi ce bordel !? Cela ne ressemblait-il pas à un stéréotype de film d’horreur !?

Un autre vase avait sauté vers nous de la même façon. Je l’avais cassé en plein vol avec mon Brunhild. Juste après, un vieux stylo à encre et une paire de ciseaux posés sur un bureau nous fonçaient dessus, puis des livres étaient sortis des étagères.

Je les avais tous abattus avec une relative facilité. Elze n’était pas du tout utile dans cette situation. Juste au moment où je pensais qu’il n’y plus aucun projectile à lancer, j’avais entendu un grincement venant du coin de la pièce. La vieille armure rouillée avait dégainé son épée, puis avait commencé à tituber vers nous.

« H, Hé maintenant... »

Devant la fenêtre, la foudre s’était écrasée et le tonnerre avait grondé. De fortes pluies avaient continué à tomber brutalement.

L’armure marcha tout en frappant, se frayant lentement un chemin vers moi.

« Votre force, Lumière ! Lance scintillante : [Javelot brillant] ! »

La lance de lumière s’empalait sur l’armure, et passa même à travers le mur derrière elle. L’armure elle-même avait été réduite à des morceaux de métal tordu.

« O misérables démons qui osent envahir mon château... Je vais vous tuer... vous tuer tous... ! C’est le châtiment divin... Partez maintenant, c’est votre dernière chance... »

Une voix désincarnée résonnait dans la pièce. J’avais été surtout surpris par le fait que cela nous donnait une chance de partir. Je m’attendais à ce que ce soit plus déraisonnable, pour être honnête.

« Donc vous dites que si on part, vous ne nous ferez rien de mal ? »

« C’est vrai... il ne se passera rien si vous partez. »

« Alors je refuse. »

Sur ce, j’avais tiré d’autres lances de lumière dans un mur voisin. Un énorme trou s’était ouvert, exposant la pluie battante à l’extérieur.

{Kohaku, Sango, Kokuyou. Dites à tout le monde de sortir et de se mettre à l’abri. Je vais combattre le fantôme seul ici.}

{Très bien. Laissez-nous nous occuper de la sécurité de ces dames.}

{Bien sûr, chéri.}

J’avais tiré une autre lance de lumière en envoyant mon message télépathique. J’avais fait irruption dans la chambre d’à côté. Le pilier principal était encore intact, je n’avais donc pas encore à m’inquiéter de l’effondrement du toit.

« Vous, qu’est-ce que vous croyez faire ? »

« Je suis en train de saccager l’endroit. Tout s’effondre de toute façon, donc peu importe comment je le fais ! »

« Attendez, vous voulez dire... vous allez détruire le château !? Euh, arrêtez ça tout de suite, mortel ! La malédiction vous coûtera la vie ! »

Quelque chose ne tournait pas rond. Je n’avais ressenti aucune sorte de pression ou d’intensité de la part de ce soi-disant esprit malin.

« Hé, fantôme... Es-tu vraiment un fantôme ? »

« *Toux, toux * ! C’est... C’est exact ! Je suis un méchant fantôme, lié à ce château par le destin ! »

Ce truc venait de tousser. Pourquoi un fantôme tousserait-il ?

« Si tu es lié à ce château, alors tu disparaîtras avec lui ! »

« C’est vrai, euh... Attendez, non ! Ça ne l’est pas ! Même si vous détruisez cet endroit, je vivrai et vous hanterai pour toujours. »

Tu ne m’impressionnes plus vraiment, faux-fantôme. Même Elze, qui était complètement terrifiée, regardait droit devant avec une expression vide.

« Salut, fantôme. Qui es-tu, alors ? Si tu m’expliques ce qui se passe, j’écouterai. Mais voici mon dernier avertissement, si tu ne m’expliques rien, je transformerai cet endroit en ruines. »

« ... »

Le fantôme n’avait pas répondu. Je n’avais aucune idée de qui il était, mais il était bien dans ce château. Avec cela à l’esprit, j’avais pensé qu’il pourrait être prêt pour une discussion raisonnable.

« Très bien, si tu n’as rien à dire, je vais détruire cet endroit. »

« Agh !! Attendez, s’il vous plaît ! J’ai compris, j’ai compris ! Je vous expliquerai tout très clairement, retournez au palier. »

« Le palier ? »

Nous quittâmes la chambre du seigneur, maintenant extrêmement délabrée, pour retourner à l’escalier. Comme avant, le portrait de la femme en vert était là. J’avais regardé l’image de la femme qui se tenait debout avec une chaise derrière elle.

Comme je le pensais, ils étaient vraiment gros... Ce portrait n’était donc pas un portrait de la dernière femme du seigneur.

« Attendez une minute... »

« Quelque chose ne va pas ? »

Ce portrait... cela ne pouvait pas être la femme du premier seigneur qui avait vécu ici, n’est-ce pas ? Cet endroit avait déjà changé de mains trois fois et je n’aurais certainement pas mis une photo de la femme d’un fou mort dans mon couloir.

Et attendez, la femme de ce portrait n’était-elle pas assise tout à l’heure !? Pourquoi était-elle debout maintenant !?

« Agh, attends... »

« Quoi ? Quoi !? Comment ça... T-Touya, quelqu’un sort du tableau ! C’est un fantôme ! »

Elze s’était encore une fois accrochée à moi, protégeant sa chère vie. Elle n’était plus douce, délicate et enjouée. Cela me causait une douleur extrême, alors je voulais qu’elle arrête !

***

Partie 4

« Je ne suis pas un fantôme. Je suis un être magique. Le cadre du portrait est mon vrai corps, et cette forme n’est qu’une projection de ma volonté. »

Un être magique ? Donc c’était une créature faite avec quelque chose comme de la magie ? Elle voulait dire que c’était peut-être identique à un homoncule ou un golem ? Mais pourquoi de toutes les choses existantes fallait-il que ce soit un cadre d’image ?

« Je vois... De toute évidence, quelque chose comme ça pouvait te faire confondre avec un fantôme. Pourquoi as-tu essayé de nous chasser ? »

« C’est parce que des voleurs et des bandits venaient ici, et qu’ils mettaient le bordel. Mon vrai corps est ce cadre, donc s’il devait être endommagé ou détruit, alors je pourrais mourir ! »

Hm, je m’en rappelais, j’avais entendu dire que des voleurs et des bandits avaient plusieurs fois fait de cet endroit leur repère... Elle les avait chassés ou quoi ?

« Alors c’est toi qui as tué chaque nouveau seigneur qui a emménagé ? »

« N-Non, c’est un malentendu ! Je n’ai tué personne, vous entendez !? Le premier seigneur a eu une terrible maladie et est mort dans la nuit. Le deuxième seigneur est tombé de son cheval et est mort d’un accident tragique ! Le troisième seigneur s’est vraiment disputé avec sa femme tarée, et elle l’a poignardé ! C’est vrai ! »

Tandis qu’elle parlait, elle pointait Elze du doigt avec un flair dramatique. Elze avait soudain hurlé tout en faisant quelques pas en arrière.

Les seigneurs féodaux assassinés n’avaient donc pas été assassinés par un fantôme... En fait, ils n’avaient même pas du tout été assassinés !

« Après ça, personne n’est venu ici pendant longtemps. Parfois, des voyous venaient à l’intérieur et commençaient à saccager l’endroit juste pour s’amuser. C’est alors que j’ai commencé à m’inquiéter des dommages causés à mon précieux cadre... »

« Alors tu as revêtu l’apparence d’un esprit vengeur pour protéger ta propre vie. »

La femme du cadre hocha la tête et fit un petit salut.

« Qui a créé quelque chose comme toi ? »

« Un brillant docteur d’une civilisation morte depuis longtemps. C’était une vrai génie, mais certainement un peu décalée et excentrique. »

« ... Attends un peu. »

Docteur, femme, excentrique, et génie... ? Quand tous ces mots-clés s’alignaient, je ne pouvais qu’imaginer le sourire suffisant d’un certain individu...

« ... Quel était le nom de ce docteur ? »

« Docteur Regina Babylon ! »

« Cette salope ! »

Je supposais que le mot salope n’était pas vraiment approprié, mais pourquoi encore elle !? Pourquoi est-ce qu’elle continuait à causer des ennuis, et pourquoi ces ennuis me tombaient toujours dessus !? Qu’est-ce que c’était que cette sorcellerie !? J’en avais assez, bon sang ! Argh...

J’avais décidé qu’il n’était pas sage de paniquer, alors je m’étais calmé et j’avais décidé d’aborder la situation de façon sensée.

« Alors, tu es un artefact que le docteur Babylon a créé, mais pourquoi es-tu ici ? »

« Uhmm, eh bien... pendant très longtemps, j’avais flotté dans le stockage dans le ciel, mais l’administratrice là-haut était super maladroite, et il y a environ trois cents ans elle avait complètement cassé une partie du mur du stockage ! Donc, par accident, moi et quelques autres objets intéressants étions tombés jusqu’au sol. Heureusement, nous étions à basse altitude, j’étais donc tombée sur une montagne enneigée, alors je m’en suis sorti intacte. »

« Attends... parles-tu bien de l’Entrepôt de Babylone !? »

« Oh mon Dieu, tu le savais ? »

J’avais l’impression que beaucoup d’événements anciens se répétaient.

D’abord ce foutu bijou que possédait Kansukay, puis le combo bracelet bloqueur et bracelet draineur que possédait le Général Bazoar, et maintenant ça. Le coupable devait être cette gynoïde administrative qui dirigeait cet endroit. Je vais devoir la trouver et rendre justice.

« Je ne suis qu’un cadre, donc ce n’est pas comme si je pouvais faire grand-chose. J’ai attendu qu’un randonneur me trouve, et de là, j’ai été traitée comme une antiquité. J’ai juste suivi le mouvement, vous voyez ? Pour une raison quelconque, une fois que ce vieux seigneur a mis un portrait de sa femme morte dans mon cadre, j’avais acquis la capacité d’utiliser la magie ! Alors je me promenais en pleine nuit, mais petit à petit ce type devenait complètement fou... »

Oh non... N’importe qui deviendrait fou s’il voyait sa défunte femme se promener tous les soirs, n’est-ce pas ?

« Alors finalement, il commença à faire des recherches sur des trucs vraiment bizarres. Et juste au moment où je pensais profiter d’un peu de paix et de tranquillité, l’armée royale était arrivée et l’avait tué ! Après ça, un nouveau seigneur avait emménagé. Je voulais voir quel genre de personne il était, alors je suis allé dans sa chambre au milieu de la nuit. Quand il m’a vu, il s’est soudainement arrêté de bouger et en est mort ! Puis, le seigneur suivant m’a vu alors qu’il montait son cheval. Dès qu’il l’a fait, il a perdu le contrôle et est tombé !! Le seigneur qui est venu après, et bien, sa femme devait être folle. Elle a couru partout en criant qu’il était infidèle, et qu’il cachait une autre femme dans leur maison ! Puis elle l’a poignardé ! »

« Mais ça voulait dire — »

« Elze, ne fais pas ça. »

J’avais coupé la parole à Elze, qui essayait de dire l’évidence. Cette personne dans le cadre était clairement la source de tout et elle ne s’en rendait même pas compte.

Le premier seigneur était devenu fou devant le supposé fantôme de sa défunte femme errant dans ses couloirs. Le second était clairement tombé en état de choc ou avait eu une crise cardiaque lorsqu’il pensait qu’un esprit s’approchait de sa personne frêle et malade. Le troisième avait manifestement paniqué sur son cheval après l’avoir vue et en avait perdu le contrôle. Et la femme du dernier seigneur ici présent avait dû confondre la femme du cadre avec l’amante secrète de son mari.

C’était très désagréable.

« Quelque chose ne va pas ? »

« Non, pas vraiment... Mais maintenant au moins nous connaissons tout de l’histoire, je peux donc ainsi démolir le château sans aucun souci. »

« Attendez, quoi !? Comment pouvez-vous être si méchant ? »

« Au moins, écoute-moi d’abord. Je t’offre un autre logement. Si tu viens avec nous, tu pourras vivre librement et ne pas avoir à t’inquiéter d’être saccagé. Qu’en dis-tu ? »

« Oh, vraiment ? C’est vrai !? J’en serais ravie ! »

Sur ce, les négociations étaient terminées. Je l’avais fait revenir dans la peinture, puis j’avais détaché le cadre du mur. Ce faisant, quelque chose avait frappé ma curiosité, je m’étais demandé pourquoi tous les autres seigneurs avaient gardé le tableau de la femme du premier seigneur. Typiquement, on s’attendrait à ce qu’une peinture comme celle-ci soit enlevée pendant le processus de redécoration.

« Ils voulaient plusieurs fois me jeter dehors, mais il s’avérait que le type qui avait peint ce truc était vraiment célèbre, alors ils l’avaient gardé pour ça ! »

Eh bien, c’était logique. L’œuvre d’art elle-même avait donc une grande valeur. Je me demandais si je ne devais pas enlever la peinture et la vendre. De toute façon, ce n’était pas comme si je voulais garder le portrait de la femme d’un seigneur mort depuis longtemps. Je pourrais mettre une autre peinture dans le cadre et la personne qui vivait dans le cadre se porterait probablement bien.

Nous étions retournés à l’entrée, nous avions retrouvé les autres. Je leur avais expliqué en gros les circonstances et leur avait fait connaître la vérité derrière l’histoire du fantôme. Vestige de l’ancienne civilisation ou pas, cela m’avait causé beaucoup de problèmes. Pourtant, c’était à peine quelque chose que je pouvais changer à ce stade.

Maintenant que le problème avait été réglé, j’avais ouvert un portail et j’avais aspiré tout le château jusqu’à Brunhild. Comme on pouvait s’y attendre, j’étais un peu nerveux à l’idée de déplacer quelque chose d’aussi massif pour la première fois, mais tout s’était très bien passé.

Après cela, j’étais allé à l’atelier et j’avais parlé avec Rosetta. Selon elle, nous n’avions toujours pas assez de matériel. Cependant, il n’en manquait que très peu, juste du bois, du verre et du tissu. Je n’avais pas d’autre choix que d’en assumer moi-même le coût. Le verre serait assez facile à acquérir à partir d’anciennes structures, mais le tissu devra probablement être acheté neuf. Il semblerait que vous ne pouviez recycler et réutiliser le tissu que jusqu’à un certain point.

« D’accord, monsieur ! Apportez le matériel pertinent à l’atelier chaque fois que vous le pouvez ! Ils y seront automatiquement transportés et ajoutés au site de construction sur la base de mes données de projection, monsieur ! Ah, une question, monsieur ! Où devra se trouver le château ? »

J’avais indiqué sur la carte de mon territoire l’endroit où il devrait se trouver. C’était tout à fait naturel, Brunhild ayant un terrain assez plat, il serait donc facile de le déplacer et de pouvoir faire plus tard des travaux d’expansions.

À mon avis, c’était très raisonnable de positionner le château en son milieu. Après tout, nous n’avions pas d’autres plans de construction à l’époque. Si ça causait un problème, je pourrais déplacer le château à nouveau en utilisant une [Porte].

Il faudra trois jours pour terminer la construction du château, je devrais donc me mettre au travail pour trouver les matériaux restants...

***

Partie 5

« Ça n’a vraiment pris que trois jours... »

« Oui monsieur ! C’est le pouvoir de mon atelier, monsieur ! »

Rosetta avait fièrement gonflé sa poitrine. Ce n’était pas comme s’il y avait vraiment quelque chose à exhiber.

J’avais regardé le moniteur dans l’atelier. Il exposait mon tout nouveau château blanc. Bien qu’il soit d’assez petite taille, il était quand même beaucoup plus grand que mon manoir à Belfast.

Apparemment, les tissus et les chiffons usés ne pouvaient pas retrouver leur intégrité même si nous les recyclions, alors j’avais fini par acheter la plupart de ces produits tout neufs. J’aurais pu aller récolter des cocons de vers à soie, mais c’était plus simple de tout acheter. Faire des trucs à partir de matières premières, c’était de toute façon chiant. Je préférais dépenser de l’argent plutôt que du temps et des efforts.

Cela dit, j’avais coupé beaucoup de chêne et de hinoki pour le bois. C’était plus rapide et plus facile que de l’acheter.

Ainsi, avec un peu d’huile de coude, le château fut finalement construit.

Nous avions descendu le pont-levis au-dessus de nos vastes douves et nous avions avancé vers les murs intérieurs. L’eau des douves était limpide et provenait d’une rivière voisine. Le purificateur d’eau était semblable à celui utilisé dans le jardin suspendu de Babylone.

Il était également possible de manipuler l’écoulement de l’eau en utilisant des vannes situées en amont et en aval. Ce serait pratique en cas d’inondations soudaines ou de fortes pluies.

Nous avions franchi les murs du château, par la porte robuste. Nous avions pris le temps d’admirer les bâtiments défensifs de la zone. Il y avait un poste pour les gardes, ainsi que des tours bien construites pour les hommes à l’intérieur. Il y avait aussi un sentier qui menait à un terrain d’entraînement entièrement équipé à l’arrière.

Nous avions continué vers un bel escalier en marbre qui donnait sur un magnifique jardin avec une fontaine d’eau à son milieu.

Nous avions traversé le jardin jusqu’à ce que nous traversions enfin les doubles portes de l’intérieur du château. Nous avions ouvert les grandes portes puis nous étions entrés. Ce qui nous y attendait, c’était un magnifique couloir avec un plafond haut. Un beau lustre était suspendu au milieu de la pièce, juste au-dessus d’un vaste escalier.

L’escalier se divisait en deux parties, l’une à droite et l’autre à gauche, menant à deux autres entrées. Les escaliers étaient également recouverts d’un beau tapis rouge.

Cet escalier aux courbes douces me rappelait vraiment le château royal de Belfast. Mais ça n’aurait pas dû être surprenant vu qu’il avait servi comme base à la construction de ce château.

« Ah, c’est merveilleux. Il y a quelque chose de calme dans cet endroit. »

Yumina semblait ressentir la même chose. C’était probablement parce que l’endroit était basé sur le lieu où elle s’était sentie chez elle presque toute sa vie.

Nous étions montés au deuxième étage et nous arrivâmes devant une énorme porte qui donnait sur une vaste pièce. Il y avait une immense lucarne au plafond, qui semblait concentrer la lumière en un seul rayon sur une chaise surélevée d’une extrême beauté. Était-ce la salle d’audience royale ?

« N’est-ce pas un peu trop extravagant ? »

Qui était censé s’asseoir là, moi ?

« C’est sûrement la salle où tu recevras les visiteurs d’autres nations et ainsi de suite. Si ce n’est pas un peu voyant, on pourrait te mépriser. La magnificence de mon cher Touya doit resplendir à tout moment ! »

Je pouvais comprendre ce que Lu voulait dire, mais je trouvais ça gênant. Après m’avoir autant forcé la main, tout le monde m’avait finalement convaincu de m’asseoir sur le trône. Je me sentais extrêmement mal à l’aise. Mais tout le monde avait dit des trucs comme « Wôw ! » et « Incroyable ! » sans tenir compte de mes sentiments.

Qui allait envoyer des représentants dans un pays où il n’y avait rien ? Nous n’avions pas de vassaux non plus. Cette pièce allait probablement rester inutilisée pendant un bon moment.

Après avoir quitté cette pièce, tout le monde s’était dispersé pour visiter le château à sa guise. J’avais essayé de regarder autour de moi aussi, mais je n’avais pas pu voir toutes les pièces en une seule fois. Celles que j’avais regardées comprenaient une salle de bal, une salle à manger, une bibliothèque, une salle de musique, une salle d’entraînement et une belle cour.

Cet endroit n’était-il pas un peu grand ? Je pensais que le plan était de le rendre petit et gérable...

Après que tout le monde ait fini de regarder autour de lui, nous nous étions tous rassemblés pour nous détendre dans une grande pièce avec un balcon attaché à l’extérieur.

« C’est certainement spacieux ici. Nettoyer tout ça sera tout un exploit... »

« Non, tout ira bien. Tout le château est enchanté avec [Protection], donc la saleté et l’usure ne l’affecteront pas. Eh bien, je suppose que la poussière va quand même s’accumuler... »

Tandis que je répondais à Yae, j’avais regardé vers le balcon et j’avais vu Yumina et Lu bavarder joyeusement l’une avec l’autre et regarder le paysage. Ah, la jeunesse... C’était un moment si énergique. Attendez, je vais ressembler à un vieil homme.

Lapis, Cécile, Renne et Cesca étaient entrées dans la pièce avec du thé et des gâteaux. Comme d’habitude, Laim suivait consciencieusement derrière elles.

« Ah, monsieur, c’est un magnifique château. Je ne pensais pas servir à nouveau dans un château un an après mon retour au service. »

« Ah, je suis désolé, Laim. Tu as arrêté de travailler dans un château, tu es finalement devenu maître d’hôtel, et puis j’ai fait ça... »

« Ne vous en faites pas, monsieur. Les jeunes d’aujourd’hui ont certainement l’air d’avoir plus de sang chaud. Je suis sûr que les choses deviendront encore plus excitantes au fil des jours. »

Laim laissa échapper un petit rire pendant qu’il parlait. S’il n’avait pas peur de travailler à nouveau dans un château, ça ne me dérangerait pas non plus.

« Maître, il y a un jardin ici avec une fontaine, mais j’aimerais l’aménager. »

Cesca avait fait une demande curieuse pendant qu’elle servait mon thé. Elle gérait le jardin flottant de Babylone, il allait donc sans dire que le jardinage était sa spécialité. Julio s’occupait de la cour, alors j’avais décidé de laisser Cesca faire ce qu’elle voulait avec le jardin en général.

« Au fait, où puis-je trouver la salle d’entraînement aux plaisirs coquins ? »

« Assez ! »

Cette fille ne savait vraiment pas quand s’arrêter ! Quand je pris ma tasse à thé, Renne m’apporta une sélection de gâteaux.

Renne devenait peu à peu une servante très compétente. Elle aidait beaucoup plus qu’au début. Parfois, elle faisait des bêtises, mais ce n’était pas grand-chose. Soit dit en passant, il semblerait que Renne était heureuse d’échanger presque tous les jours des lettres avec sa grand-mère vivant dans l’empire. Elle faisait bon usage du miroir portail.

« Hé, monsieur. Ce n’est pas un peu gênant pour nous de vivre ici ? Ce sera difficile pour nous d’aller acheter des trucs, vous savez ? »

Cécile avait parlé avec son ton doux et allongé habituel. Elle n’avait pas tort. Il n’y avait rien d’autre que ce château dans ce pays, donc on ne pouvait pas du tout faire de shopping ici.

« Eh bien, le plan actuel, du moins pour le moment, est de relier le château à notre maison de Belfast par une [Porte]. Ce n’est pas l’idéal, mais ça devrait aider. »

J’avais l’intention de créer une [Porte] spéciale qui ne pourrait être utilisée que par certaines personnes. En combinant [Recherche] et [Porte], il devrait être assez simple de créer un portail qui ne s’ouvrirait que pour certaines personnes. Mieux vaut prévenir que guérir, après tout.

« Je vais demander à Tom et Huck de continuer à être les gardiens du manoir. Comme ça, s’il se passe quelque chose là-bas, ils pourront nous contacter à ce sujet. Quant au garde ici... dois-je convoquer Cerbère et le laisser vivre dans le jardin ? »

« C’est le chien de garde le plus puissant qu’on puisse demander. »

Elze avait gloussé. Le Chien des Enfers était maintenant mon chien de garde. J’étais presque sûr qu’il serait capable de repérer les intrus avec son nez puissant.

Ça devrait être bien d’appeler des hommes-lézards et des loups-garous pour garder le château, non ? Attendez, non... si j’allais si loin, les gens pourraient commencer à penser que c’était une sorte de territoire pour monstre ou quelque chose comme ça...

« Hm... ? Qu’est-ce que c’est... ? C’est un chiot ? Non, attendez, c’est... un ours ? C’est un ours en peluche... ? »

Lu, qui était dehors sur le balcon, s’était soudainement levée. Un ours en peluche ? Ce n’était pas possible...

***

Partie 6

J’avais couru vers le balcon et j’avais déplacé mon regard vers l’endroit où Lu regardait. Effectivement, il y avait un petit ours en peluche qui se promenait à travers les portes du château. Un petit ours en peluche accompagné de sa maîtresse, qui se promenait avec un parasol noir...

« Bonté divine, je détourne mon regard un instant de toi et tu finis par devenir grand-duc... C’est un grand pas en avant, n’est-ce pas ? Je suis surprise. »

Leen buvait du thé et commentait ma situation alors qu’elle s’allongeait sur un canapé. Paula était toute proche, se prosternant et frottant ses pattes l’une contre l’autre dans ma direction. La programmation de cet ours n’avait jamais cessé de m’embrouiller.

« Sans parler du fait que tu as revendiqué la princesse de l’Empire Regulus... Quelle vie insouciante que tu vis maintenant ! »

Le caractère moqueur de sa phrase n’était pas passé inaperçu. Ce n’était pas comme si j’avais revendiqué quelqu’un, j’avais même obtenu une princesse et un pays dans le cadre d’un accord global.

« Je ne vais pas t’ennuyer avec les détails, mais voici le point le plus important. À partir d’aujourd’hui, je vais vivre ici en tant qu’ambassadeur de Mismede. Ouais, ouais, ouais. Ravie d’entrer à votre service, Monsieur le Grand-Duc. »

« Quoi !? Attends une seconde, n’es-tu pas en ce moment ambassadeur à Belfast ? »

« J’ai déjà délégué ce rôle à un autre. Cet endroit est bien plus intéressant. »

Était-ce pour de vrai... ? Ce n’était pas que ça me dérange, mais changer de lieu de travail sur un caprice aussi stupide n’était pas vraiment une bonne chose... Mais si Sa Majesté n’y voyait pas d’inconvénient, ce n’était pas grave.

« J’ai aussi une demande personnelle à te faire. Il y a quelques jeunes qui m’ont demandé s’ils pouvaient travailler ici... Pourrais-tu leur autoriser ? »

« Ils veulent travailler ici... dans ce pays ? »

« C’est exact. Ils veulent servir le Duché de Brunhild. »

H, Hrmph... c’est vrai que nous n’avons pas beaucoup de personnel en ce moment, mais je ne voulais employer personne inutilement. Je ne voulais pas que les choses se compliquent ou que de mauvaises personnes finissent par être employées par moi. Au pire, Yumina avait ses Yeux Mystiques. Je supposais que je pouvais utiliser cela pour voir si quelqu’un avait de mauvaises intentions.

« Eh bien, je ferais aussi bien de les rencontrer. Où sont-ils ? »

« Ils t’attendent à l’extérieur des portes. »

J’avais emmené Yumina et Leen jusqu’au bout de notre pont-levis. Il y avait trois jeunes gens là-bas. J’avais dit des jeunes, mais ce n’était pas comme si j’étais vieux. Ils avaient à peu près mon âge, peut-être étaient-ils plus jeunes. Quand ils m’avaient vu arriver, ils avaient plié le genou tout en baissant la tête avec respect.

Argh, debout ! Ce n’est pas confortable ni pour moi ni pour vous !

Ces trois personnes sont des hommes bêtes... Il y a un garçon lapin, un garçon renard et une louve... Attends une seconde... ce lapin, ne l’aurais-je pas déjà rencontré quelque part... ? Oh, je sais !

« Excuse-moi, tu es bien Lain ? »

« Hahaha... ça fait longtemps, mais je suis content que vous vous souveniez de moi, Seigneur Touya. »

Le petit rouquin m’avait souri.

C’était l’un des subordonnés du loup-garou Garm, de l’excursion à Mismede. Mais attends, dans ce cas, ne devrait-il pas être au service du Royaume de Mismede ?

« J’ai quitté mon emploi dans mon pays, alors je viens vous demander si je peux servir votre nation à la place. »

« Je vois... Mais pourquoi ? Garm avait l’air de t’aimer, alors j’étais sûr que tu allais rester dans cette armée. »

« Seigneur Touya, quand je vous ai vu abattre le Dragon noir, je... J’ai été ému au-delà des mots. Quand j’ai su que vous aviez fondé un pays, j’ai su que je devais venir vous servir ici. J’ai immédiatement demandé vos coordonnées à Madame Leen. »

Wôw, en voilà du dévouement. Je ne méritais pas du tout ce genre de dévotion... Pendant que Lain parlait, la louve à côté de lui avait émis un petit rire.

« Maintenant, Lain, calme-toi un peu. Tu vas faire fuir le Seigneur Touya ! »

« A-Ah... Pardonnez mon ton trop zélé. »

Lain devint rouge comme une betterave et inclina la tête avec honte. La louve aux cheveux argentés me jeta un coup d’œil de biais, inclinant la tête.

« Je m’appelle Norn. Vous avez travaillé avec mon grand frère il y a quelque temps. »

« Votre frère ? »

« Norn est la petite sœur de Garm, Sire Touya. »

Lain m’avait fourni cette brève explication.

Ah, c’était logique.

Le garçon renard était le seul qui restait. Il inclina rapidement la tête. Il avait l’air du genre trop sérieux. D’après son apparence, il avait l’air d’avoir un ou deux ans de plus que moi. C’était plus clair de près. Il était aussi très grand. Ses oreilles de renard couleur blé frémissaient, et sa queue remuait consciencieusement.

« Nikola Strand. Tout le plaisir est pour moi, mon seigneur. »

Il se tenait au garde-à-vous pendant qu’il parlait, sa posture ferme et droite.

S’il te plaît, ne dis pas « mon seigneur »... Je sais que je suis le chef de ce duché, mais apparemment le terme « duc » était un peu plus flexible dans ce monde. Mon titre était différent de celui du Duc Ortlinde. Dans mon cas, je supposais qu’il était équivalent à celui de « roi d’une nation ». Eh bien, il n’y a pas de raison de s’inquiéter pour ces petits détails. Plus important encore...

« Avez-vous dit Strand ? Êtes-vous de la famille d’Olga Strand ? »

« Olga est l’une de mes cousines du côté de mon père. Son père, le célèbre marchand Olba Strand, est mon oncle. »

C’était bien ce que je pensais. Attends, ça ne voulait-il pas dire que tous ces gars avaient un lien personnel avec moi ? Eh bien, je suppose que ce n’était pas déraisonnable. Je venais tout juste de fonder ce pays, donc seules les personnes qui m’étaient proches, même si cela n’avait été qu’occasionnellement, se donneraient la peine de venir travailler pour moi.

« Ces trois-là sont plutôt habiles, ils sont donc plus que capables de protéger ton château. »

Après avoir entendu la recommandation de Leen, j’avais regardé Yumina. Elle me regarda en réponse, ne faisant qu’un petit signe de tête et un sourire silencieux. Il semblerait que ses Yeux Mystiques de l’Intuition n’avaient rien remarqué de mauvais à leur sujet.

« Hm... Eh bien, rien n’est encore définitif. Je n’ai pas non plus d’ordre de chevalier officiel ou d’armée permanente, alors je pense que vos tâches consisteront surtout en de petits boulots pour l’instant. Si ça ne vous dérange toujours pas, je serais ravi de vous avoir ici. »

« Merci de nous recevoir ! »

Tous les trois dirent ces mots à l’unisson. J’avais été heureux de leur réponse.

Maintenant, pour l’instant... où devraient-ils dormir ? Je devrais probablement diviser leurs quartiers par sexe. Je suppose qu’ils pouvaient vivre dans le château pour l’instant... J’avais décidé d’y penser plus tard.

S’ils finissaient par devenir la base d’un ordre de chevalier officiel, alors je finirais probablement par leur donner un bâtiment séparé.

« D’accord, deux hommes et une femme. Ce n’est pas encore assez pour appeler ceci un ordre de Chevalier, mais je suis presque sûr que nous y arriverons un jour... ? »

L’atmosphère autour de Lain s’était alourdie pendant que je parlais. Norn avait souri un peu maladroitement et détourna les yeux, tandis que Nikola regardait le sol comme s’il venait d’entendre quelque chose d’horrible.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Ai-je dit quelque chose de stupide ?

« Espèce de crétin absolu. Ne sais-tu pas que Lain est une fille. »

« ... Quoi ? »

Leen avait soudainement sorti ces mots, et j’avais remarqué que Paula mettait ses pattes sur son propre visage comme pour dire, « Oh mec, qu’est-ce que tu fais ? » La sueur avait commencé à couler de tous mes pores quand j’avais commencé à réaliser mon erreur.

Attends, sérieusement ? J’avais lentement tourné la tête vers Lain, qui semblait maintenant un peu déprimée, les oreilles de lapin montrant des signes de résignation.

Mais... ces cheveux courts... ce beau visage androgyne... Je supposais que cela avait effectivement l’air un peu féminin quand on le regardait d’assez près... Oh, mon dieu, oh non.

« ... C’est une femme. »

« Oh non, je suis désolé ! Vraiment !! »

Je m’étais mis à genoux pour m’excuser. Il était sans précédent pour un souverain de se prosterner devant son subordonné, mais c’était de cette manière qu’avait commencé la vie de mon pays.

***

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2 commentaires

  1. Merci pour le chapitre.

  2. Thanks for the chapter.

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