Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 13 – Chapitre 1

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Chapitre 1 : Début du festival

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Chapitre 1 : Début du festival

Partie 1

« Le chef suprême arrive… ? »

« Oui… Lui et son visage stupide… »

Sakura fit alors la moue, comme chaque fois que son père se manifestait.

Il pleurerait s’il te voyait comme ça, tu sais ?

Leur relation père-fille était plus unilatérale que jamais.

« Je devrais prévenir ma mère… lui dire de me cacher… »

« Non, non… Franchement… Ne le traitons pas comme ça. Tu dois au moins le rencontrer. »

« Hmph… »

Sakura sirotait tranquillement son thé. Il était vrai que le chef suprême était un peu… autoritaire… mais je ne voulais pas avoir de problèmes avec lui. Ce n’était rien de plus qu’un père aimant typique.

« Quant à moi, je suis d’accord pour que mon frère vienne, mais… mon grand-père pourrait causer des problèmes… »

Hilde avait laissé échapper un petit soupir.

Oh… Le vieil homme vient aussi ? C’était la seule personne au monde, à part moi, qui avait atteint le rang or en tant qu’aventurier.

Il deviendrait probablement assez docile si je lui montrais des photos en maillot de bain… Il serait beaucoup plus facile à gérer que le père de Sakura.

« Mon frère aîné va venir escorter Ieyahsu-sama. Cela fait un moment que je ne l’ai pas vu. J’ai hâte de le voir ! »

Yae sourit à elle-même, apparemment satisfaite. Son frère n’était pas seulement là en tant que garde, puisqu’il comptait également participer au tournoi. Il y avait également plusieurs combattants d’Eashen qui venaient se mesurer à eux.

« Franchement, ce festival est devenu vite incontrôlable… »

« Je pense que ça va être amusant, pas toi ? Oh oui, tante Lana et notre cousine Emma viennent aussi. »

« Pas ton oncle ? »

Je m’étais souvenu que l’oncle d’Elze était assez nerveux lorsqu’il s’agissait de côtoyer des membres d’une classe sociale supérieure.

« Il ne viendra pas. Je suis sûre qu’il s’évanouirait sur place et ne se relèverait jamais si on l’emmenait dans un endroit aussi chic qu’un château. »

J’étais d’accord avec ce que disait Linze. C’était dommage, mais c’était comme ça. Bon sang, il aurait probablement la malchance de tomber sur l’empereur de Refreese, son propre souverain. Il aurait probablement une crise cardiaque.

Je suis certain qu’il y aura une montagne de choses à faire lors du jour d’ouverture… Surtout pour moi. J’avais peur de penser au nombre de fois où j’allais devoir utiliser la [Porte]. Pourtant, cela ne devrait pas prendre trop de temps… Je devais juste m’arranger pour rencontrer chaque leader mondial à un endroit précis.

Les membres de l’alliance participants étaient :

Belfast

Regulus

Refreese

Mismede

Ramissh

Roadmare

Lestia

Lihnea

En comptant Brunhild, cela faisait neuf nations au total.

Ensuite, il y avait les pays qui ne faisaient pas partie de l’alliance, mais que nous connaissions bien. Ces nations comprenaient :

Eashen

Xenoahs

Palouf

Felsen

Elfrau

Ryle

Hannock

Sept au total.

Enfin, il y avait les nations avec lesquelles nous n’avions pas grand-chose à voir :

Egret

Horn

Nokia

Trois au total.

Le monde tel que nous le connaissions était composé de ces dix-neuf nations.

Techniquement, il y avait aussi l’île de Palerius, ainsi que les tribus de la Mer des Arbres, mais ce n’étaient pas des régions officiellement reconnues comme des nations. Il y avait aussi des gens qui vivaient encore dans les restes fracturés de Yulong et Sandora, mais ces endroits n’étaient plus vraiment des pays.

Au final, des représentants de toutes les nations du monde se réuniraient à Brunhild… Pour être honnête, j’étais un peu inquiet. J’en avais vraiment trop fait ici. Pourtant, il n’y avait pas de retour en arrière possible.

J’espérais juste que tout le monde pourrait s’amuser.

Je crois que je vais devoir tout donner ! C’est assez excitant !

 

◇ ◇ ◇

Le jour était enfin arrivé.

J’étais allé de pays en pays afin de récupérer les VIP concernés.

Les nobles et les membres de la famille royale s’étaient réunis dans mon château et semblaient, pour la plupart, bien s’entendre. Certains d’entre eux ne s’étaient jamais rencontrés en personne auparavant, c’était donc une sorte d’occasion fortuite de faire connaissance.

Ils devaient venir ici déguisés, donc à première vue, ils ne ressemblaient à rien d’autre qu’à des gens ordinaires. Ceci étant dit, ils se distinguent toujours un peu par leur façon de se comporter, ce qui, en raison de la façon dont ils avaient été élevés, était bien naturel. Je ne pensais pourtant pas que ce soit problématique. Pourtant, ils avaient quelque chose en eux qui leur donnaient un air royal.

« Grand-Duc… Comment fonctionne cet insigne, exactement ? »

Le jeune roi de Palouf prit la parole en épinglant un petit badge en forme d’étoile sur sa poitrine. Il était vêtu de vêtements simples, ce qui le faisait ressembler à un petit garçon ordinaire que l’on pourrait voir se promener dans n’importe quelle ville ordinaire du monde. Il avait vraiment l’air tout à fait banal…

« Vous avez juste besoin de canaliser un peu de votre magie dans l’étoile. La pierre magique à l’intérieur va passer du rouge au jaune, d’accord ? Ensuite, votre apparence devrait être changée. Comme ça, vous voyez ? »

« Mais, Votre Altesse… Ernest ne me semble pas du tout différent. »

La sœur du jeune roi, Lucienne, avait légèrement incliné la tête. Son insigne était en effet devenu jaune, tandis que le sien était toujours rouge.

« C’est parce que vous portez un badge, vous aussi. Les gens qui portent un badge ne voient pas les illusions, ils peuvent donc savoir à qui ils parlent. Si vous enlevez votre badge et que vous regardez le roi de Palouf, vous verrez ce que je veux dire. »

La princesse suivit mes instructions et retira son badge, les yeux écarquillés par le choc en regardant son frère. Il avait l’air d’un parfait inconnu. Je portais également un badge, donc les illusions ne fonctionnaient pas non plus sur moi.

« L’étoile a également une fonction protectrice, alors écoutez attentivement. Si vous y versez de la magie supplémentaire, elle devrait devenir verte. Tant que le badge sera vert, il sera capable de détecter si vous êtes en danger. Si vous êtes en danger, quelle qu’en soit la cause, le badge vous ramènera dans votre chambre d’amis dans ce château. Veillez à ce que l’étoile reste verte pendant toute la durée du festival, et ne l’enlevez pas non plus. »

On avait aussi donné des badges aux gardes chargés de protéger leurs chefs d’État. Mais on leur avait demandé de garder leurs badges jaunes, car ils seraient éloignés de tout danger si l’étoile était verte. Il n’y avait aucune raison qu’ils soient là s’ils ne pouvaient pas protéger leurs monarques.

Ceux qui participaient au tournoi, comme le Roi Bête, avaient été priés de le garder sur le vert en dehors des matchs. Mais comme il n’y avait pas de match le premier jour, tout irait bien. Jutaro et Lyon n’étaient pas vraiment des citoyens de haut rang, ils n’avaient donc pas besoin de déguisements, mais ils avaient tout de même reçu des badges leur permettant de reconnaître les autres.

« Ah, d’accord, prenez aussi ce petit gars… »

J’avais appelé un petit chiot blanc hors d’un cercle d’invocation. Je ne voulais pas donner de smartphones aux personnes qui ne faisaient pas partie de l’alliance, tous les membres de cette catégorie avaient reçu un familier pour les suivre partout.

« Si quelque chose arrive, parlez à ce type. Il sera capable de me contacter. Il est aussi beaucoup plus fort qu’il n’y paraît. »

« Merci ! Oh, il est si mignon ! »

Le roi de Palouf s’accroupit et caressa doucement la tête du chiot. Le chiot répondit en remuant joyeusement la queue. Ce n’était pas vraiment un chien, mais un petit loup. Plus précisément, il s’agissait d’un bébé loup Snorra provenant des terres gelées d’Elfrau.

Rachael, la fille du Duc Rembrandt, se tenait de l’autre côté de la pièce. Elle regardait le chiot Snorra avec beaucoup de curiosité. Il me semblerait qu’elle voulait jouer avec le chiot comme le jeune roi le faisait, mais elle ne voulait pas s’approcher parce que j’étais là.

Merde… Je suis vraiment allé trop loin avec elle… J’imagine que je ne peux pas lui en vouloir.

J’avais dit au revoir au groupe de Palouf et j’avais traversé la pièce. Rachael s’était immédiatement dirigée vers le roi et sa sœur, et ils avaient commencé à jouer avec le chiot. Ça s’était passé comme je l’avais prévu…

J’avais enfin fini de tout expliquer aux membres de la royauté présents dans la salle. Certaines personnes étaient retournées dans leurs chambres d’hôtes, mais pour la plupart, tout le monde semblait s’entendre. Ils profitaient probablement du fait qu’ils pouvaient discuter librement avec des ressortissants étrangers dans un environnement détendu.

J’avais laissé le reste des salutations royales à Yumina et Lu avant d’ouvrir un portail vers l’auberge de la Lune d’Argent dans la ville du château.

J’étais entré dans la salle à manger et j’avais trouvé Elze et Linze en train de prendre leur petit-déjeuner au milieu d’un grand nombre de personnes. Elles étaient assises à côté de leur tante Lana et de ses enfants. Ils étaient sept au total, dont Emma. Emma était la fille aînée, et elle avait à peu près mon âge. Toute la famille prenait son petit-déjeuner ensemble, sauf le fils aîné, qui était assez indépendant pour partir seul.

« Ah, Touya. Est-ce que tout est réglé ? »

« Pour l’essentiel, oui. Comment vont les choses ici ? »

« Les choses vont bien. Personne ici n’a besoin de se déguiser, alors c’est plutôt cool. »

J’avais fait un signe de tête à Elze, puis j’avais salué Lana et Emma. Il y avait aussi quelques personnes de Reflet qui mangeaient leurs repas, comme Barral du magasin d’armes, et Simon du magasin général. Je les avais salués et ils m’avaient répondu avec des sourires.

Tous nos invités allaient avoir leur nourriture et leur pension couvertes par le trésor national. La plupart des personnes séjournant à la Lune d’Argent étaient des gens à qui nous avions demandé de venir.

« Hmm… Où est Dolan ? Je ne le vois nulle part. »

Linze m’avait expliqué la situation.

« Ah, Dolan aide Micah en cuisine. L’auberge est totalement réservée, il y avait donc quelques problèmes de manque de personnel… »

Bon sang, je suppose que le personnel est vraiment occupé par ici… Je me demande comment ça se passe dans les autres auberges.

« Quand est-ce que le festival commence, déjà ? »

« Vers huit heures. Donc, dans une heure environ. Nous ferons une cérémonie d’ouverture officielle, nous accueillerons tous les invités, puis nous organiserons des batailles simulées sur le terrain d’entraînement nord. On va essayer de rendre ça le plus tape-à-l’œil possible. »

« Le terrain nord… Tu vas utiliser des Frame Gears ? »

Le terrain d’entraînement nord était différent du terrain standard que nos chevaliers utilisaient habituellement. C’était une zone plus spacieuse, loin du château, et nous l’utilisions pour effectuer des tests sur les Frame Gears. La plupart du temps, seules les personnes autorisées avaient le droit d’accéder au terrain en raison du danger qu’il pouvait représenter. Nous avions installé une puissante barrière sur le terrain nord pour empêcher tout dommage causé par des sorts ou des balles s’ils s’échappaient d’une certaine zone. Nos tests ayant souvent une… large zone d’effet, la barrière était donc nécessaire pour s’assurer qu’aucun spectateur ne se blesse. Les Frame Gears étaient un peu trop massifs pour rester secrets, on pouvait donc les voir s’entraîner sur le terrain à distance.

Pendant les heures d’entraînement, de nombreux habitants de la ville commençaient à venir voir les Frame Gears s’affronter. C’était devenu un peu une habitude pour eux, et ils semblaient beaucoup aimer ça. C’était pourquoi j’avais pensé qu’une démonstration de Frame Gear serait assez divertissante pour nos visiteurs internationaux.

« Après cela, nous ferons les premiers tours de baseball. Les deux stades accueillent deux matchs, un le matin et l’autre l’après-midi. Cela signifie qu’aujourd’hui, nous aurons quatre matchs à disputer. Ces matchs devraient permettre de décider qui sera qualifié pour les matchs de demain. »

« A-t-on déjà décidé de qui jouera contre qui ? »

« Non. On va faire un tirage au sort pour décider ça dans un moment. »

Il n’y avait que huit équipes, ça ne prendra donc pas longtemps. Le tirage au sort était en fait l’un des événements que j’avais choisis pour rendre le jeu un peu plus amusant.

L’équipe de Brunhild était dirigée par Logan de l’ordre des chevaliers, mais je n’avais pas grand-chose à dire sur l’équipe en général. Elle n’était ni particulièrement forte, ni particulièrement faible. Tout dépendait vraiment de l’adversaire que nous allions avoir… vu que toutes les autres équipes semblaient avoir des forces et des faiblesses plus spécifiques. Quoi qu’il en soit, tout irait bien tant que tout le monde s’amuse.

***

Partie 2

J’avais distribué quelques coupons de réduction à Lana et ses enfants. Ils pouvaient être échangés aux stands du festival contre 50 % de réduction sur certains achats. J’avais fait ensuite un signe d’au revoir avant de me rendre à l’école.

« Whoa! C’est quoi ce bordel ?! »

Je regardais avec incrédulité la foule de chats rassemblés dans la cour de l’école. Il y avait des chats tricolores, des chats tachetés, des chats noirs, des chats blancs, des chats à rayures de tigre… Des chats à perte de vue. Et ils fixaient tous Mr. Mittens… Il se tenait au sommet d’une boîte à mandarines, tenant son épée vers le ciel.

« Mes chers amis à fourrure ! Aujourd’hui est un jour pour moi et vous ! La paix de la ville repose sur nos pattes ! Commencez la patrouille des pattes, mes yeux et mes oreilles de félins ! »

« Miaou ! Miaou ! »

« Si vous voyez quelque chose de suspect, alors gardez un œil sur eux, compris ?! Si quelque chose arrive, courez vers le garde le plus proche et amenez-le à l’incident ! Ensuite, allez miauler là-bas ! »

« Miaou ! Miaou ! Miaou ! »

« Les chats qui se battent pour le bien de l’humanité ! L’humanité qui donne son sang aux chats ! Les cieux pleurent ! La terre pleure ! Les chats pleurent ! Ils seront les témoins de notre chevalerie féline ! La gloire attend ceux qui travaillent dur aujourd’hui ! Un thon séché pour tous, je dis ! Un pour tous ! »

« Miaou ! »

Les chats s’étaient tous dispersés dans diverses directions, se dispersant dans la ville. Son leadership était certainement… incroyable. Il était honnêtement presque trop bon pour être gaspillé sur des chats. Mais encore une fois, le thon séché avait probablement quelque chose à voir avec ça.

« Ah, miaou messire. Vous êtes ici pour purifier la zone ? »

« Eh bien, je suppose que oui. Mais il semblerait que tu as tout pris en charge ici. »

« Mais bien sûr ! Je suis le parfait gardien de cette ville et de la mère de Milady ! Car je suis M. Mitt… Euh… D’Artagnan ! »

Wôw… Il s’était trompé dans son propre nom. C’était plutôt drôle… Oh oui, je devais le prévenir.

« Le seigneur de Xenoahs pourrait vouloir visiter Fiana pendant qu’il est ici… »

« J’ai déjà obtenu une récompense de la princesse ! S’il se comporte de manière insolente devant Dame Fiana, j’ai la permission de le tuer sur place ! »

« N’est-ce pas un peu trop ?! »

Cela causerait un incident international, Sakura… Pardonne ce vieil homme. Je commence sérieusement à me sentir désolé pour ce gars. Il veut juste l’amour de sa fille… Bon sang.

J’avais gentiment demandé à M. Mittens de ne pas assassiner le suzerain, de peur que la déstabilisation politique n’en résulte.

J’avais soupiré tranquillement et vérifié mon smartphone. Le docteur Babylon m’ayant envoyé un mail, je m’étais donc décidé à retourner au château. Les choses semblaient se dérouler assez paisiblement.

Une fois de retour au château, j’avais trouvé Kohaku, Kougyoku, Sango, Kokuyou, et Luli qui m’attendaient pour m’accueillir.

« Mon seigneur, nous envoyons nos propres animaux subordonnés pour surveiller également les rues. »

« Compris. Faites-moi savoir si quelque chose de bizarre se produit. »

Kohaku envoya des chiens et des souris, Kougyoku envoya plusieurs petits oiseaux, tandis que Sango et Kokuyou dispersèrent plusieurs petits serpents dans la zone urbaine. Ils seront une sécurité supplémentaire pour nous. Évidemment, nous ne pourrions pas faire grand-chose des subordonnés de Luli, puisqu’elle gouvernait les dragons. Luli elle-même s’envolerait dans les airs, ce qui lui permettrait d’avoir une vue d’ensemble de tout incident en ville.

J’avais franchi la porte du château et j’avais remarqué un groupe de personnes de Ramissh qui se dirigeait vers la ville. Sa Sainteté le Pape était parmi eux. Je suppose que certains des envoyés étrangers sont déjà en train de visiter la ville du château…

Le pape m’avait remarqué et avait commencé à s’approcher, il y avait un prêtre qui marchait avec elle. Oh ! Je te connais… Tu es Phyllis !

Après tout ce qui s’était passé à Ramissh, Phyllis était devenue cardinale. Elle était aussi la seule personne, à part moi et le pape lui-même, à avoir rencontré Dieu tout-puissant.

Toutes les deux portaient leur badge en forme d’étoile. J’avais été heureux de constater que les deux badges étaient verts.

« G-Grand Duc… Sais-tu quand il arrivera… ? »

Il… ? Ah, ça ne peut vouloir dire qu’une seule personne… Dieu tout-puissant ! Je l’avais informée il y a peu de temps qu’il allait descendre pour le festival, et elle avait fini par s’affoler. Heureusement, elle s’était un peu calmée depuis… Mais pas complètement. Il n’y avait rien que je puisse faire à ce sujet.

« Je ne pense pas qu’il viendra aujourd’hui. Il m’a contacté récemment, je pense qu’il sera là à partir de demain. Ne t’inquiète pas trop, je te ferai savoir quand il sera là. »

« Penses-tu qu’il se souvient de moi… ? »

Phyllis s’était tournée vers moi et avait poussé un léger soupir. Elle semblait préoccupée.

« Il s’en souviendra, tu sais ? Il n’est pas encore sénile, tu sais ? »

« Wh-Whoa ! Ne surgis pas de nulle part comme ça, Karen ! »

J’avais sursauté au moment où mon agaçante sœur était apparue de nulle part pour répondre à Phyllis. Il faut que tu arrêtes de faire ça ! Je vais avoir une crise cardiaque, tu as aussi fait peur au pape et à Phyllis !

« Je vais ouvrir un bureau de consultation dans l’église aujourd’hui, tu sais ? Je suis impatiente de résoudre les problèmes des gens ! Je vais leur montrer mes compétences ! »

Hmm… Ça a l’air super au premier abord, mais la façon dont elle le dit me met mal à l’aise… J’espérais tranquillement qu’elle ne causerait pas de problèmes.

« Eh bien, allons-y ! Les agneaux perdus ont besoin de nous, tu sais ? »

« A-Ah, attendez, Dame Karen ! »

« A-Ah, d-désolée, Grand Duc ! On se voit plus tard ! »

Karen attrapa Phyllis et le pape et commença à les traîner vers la ville. Leurs gardes avaient commencé à se précipiter après les trois, visiblement confus. Je me demande s’il est bon de traiter un représentant étranger comme ça… Bon sang, Karen. Tu es techniquement de la royauté ici, agis un peu plus comme tel !

Je ne m’étais cependant pas trop inquiété. Ils étaient incroyablement en sécurité tant qu’ils étaient près d’elle. Cette fille était effrayante quand elle le voulait.

Quelques groupes supplémentaires s’étaient dirigés vers la ville du château. Il était enfin temps de commencer.

La tour de l’horloge au milieu de la ville sonna huit coups, Babylon lança alors plusieurs feux d’artifice dans l’espace aérien.

Sousuke, qui était positionné dans la tour de l’horloge, commença à jouer de son violon, envoyant une mélodie à travers toute la ville. Il jouait Pomp and Circumstance Marches d’Edward Elgar.

J’avais entendu dire que cette chanson était connue sous le nom de The Land of Hope and Glory au Royaume-Uni, et qu’elle y était adorée au point que beaucoup la considéraient comme leur deuxième hymne national. Je trouvais quelque peu amusant qu’une telle chanson soit maintenant jouée dans un autre monde.

Personnellement, je souhaitais que Brunhild devienne une « Terre d’Espoir et de Gloire » à part entière… J’avais doucement souri, puis je m’étais approché d’un microphone relié aux haut-parleurs de la tour de l’horloge. Il était temps que les festivités commencent officiellement.

◇ ◇ ◇

Le premier jour était bien avancé.

Le commerce était en plein essor, la bataille simulée entre les Frame Gears s’était déroulée à merveille, et les rues de la ville du château étaient maintenant animées.

Il y avait toutes sortes d’étals le long des rues, et de merveilleuses odeurs se mêlaient dans l’air. Je voulais goûter à la nourriture du festival…

Nous avions des gardes de l’ordre des chevaliers qui patrouillaient et surveillaient le crime, et quelques gardes belfastiens et réguliens étaient là pour profiter aussi des festivités. En plus de cela, nous avions les chats de M. Mitten, et les animaux subordonnés de mes bêtes célestes dispersés autour. La sécurité était pratiquement garantie.

Je n’avais donc pas vraiment besoin de patrouiller moi-même…

« Je suppose que je vais m’amuser un peu ! »

« Ça me paraît bien. Les leaders mondiaux ont leurs badges et leurs gardes, alors on peut se la couler douce… »

Leen marchait à mes côtés, vêtue de son habituelle tenue gothique Lolita et brandissant une ombrelle noire.

Les autres étaient partis rejoindre leurs propres familles… Sakura était cependant un peu irritée quand le chef suprême avait essayé de lui parler. Elle essayait probablement de l’empêcher de visiter Fiana. Ce type était vraiment désespéré.

Leen avait proposé de passer un peu de temps avec le Roi Bête de Mismede, mais il voulait se promener un peu tout seul. Elle avait donc décidé de m’accompagner à la place. Leen était assez bien considérée à Mismede, elle avait donc invité quelques amis au festival, mais ils n’étaient pas encore arrivés.

Paula trottinait derrière nous également, mais elle était parfois retenue par des enfants excités qui voulaient l’embêter.

« Hm… ? »

J’avais jeté un coup d’œil vers la scène près de la tour de l’horloge et j’avais vu un essaim de jeunes femmes séduisantes se pâmer devant Sousuke.

Tu fais un concert de piano impromptu ou quoi ?

« Il est franchement étonnant… Je n’ai jamais entendu une mélodie aussi belle de ma vie. »

Même Leen semblait enchantée par la musique. Je m’étais demandé si la nature ensorcelante de sa musique était sa propre marque de divinité… Il portait des vêtements assez voyants, presque comme un musicien de la cour… En fait, maintenant que j’y pensais, il était bien notre musicien de cour…

Il jouait un air français sur son piano, une mélodie assez simple.

Bien que, aussi simple qu’elle soit, il allait sans dire que les compétences de Sousuke surpassaient les miennes de loin. C’était certainement naturel pour lui, mais ce n’était pas trop surprenant… C’est un dieu… S’il n’était pas un dieu, je serais sûrement le meilleur, je le jure !

Je voulais continuer à écouter sa chanson, mais nous étions passés devant lui et nous nous étions dirigés vers l’un des stades.

Il y avait quatre matchs à jouer aujourd’hui, deux dans chaque stade. Deux le matin, et deux l’après-midi.

Les matchs se déroulaient de cette manière :

Stade 1

Matin : Brunhild vs Lestia

Après-midi : Mismede vs Refreese

Stade deux

Matin : Belfast vs Roadmare

Après-midi : Regulus vs Lihnea

Ça me semblait assez simple.

Après la bataille simulée plus tôt, nous avions organisé le tirage qui avait déterminé qui jouerait contre qui.

Nous étions contre le Royaume des Chevaliers de Lestia… Leur équipe était axée sur l’offensive, mais cela ne signifiait pas nécessairement qu’ils avaient beaucoup de poids morts. Ils étaient du genre à accumuler lentement des points pour conserver un avantage.

Logan avait dit qu’il était confiant, que les batteurs de Brunhild étaient plus équilibrés et plus capables que ceux de Lestia.

Le premier match était déjà en cours lorsque j’étais arrivé. Le score était toujours à 0-0. Ils en étaient à la deuxième manche, et Lestia venait de finir de lancer.

J’avais regardé dans les tribunes et j’avais vu le Roi Bête avec l’équipe de Mismede, et l’empereur de Refreese avec son équipe également. Ils regardaient attentivement le déroulement du match.

Mismede affronterait Refreese après ça, et le gagnant affronterait celui qui avait gagné ici. C’était logique qu’ils surveillent le jeu.

J’avais regardé dans les tribunes et j’avais vu le roi chevalier de Lestia assis un peu plus loin que la troisième base. Hilde était assise à sa droite, et leur grand-père était assis à sa gauche.

Du côté des tribunes de Brunhild se trouvait le vieil homme Naito. Lui et ses hommes dégustaient des bières et riaient entre eux.

Les personnes qui travaillaient dans l’ordre des chevaliers et au château avaient droit à un jour de congé pendant le festival afin de pouvoir s’amuser. Je voulais qu’ils se reposent également un peu. Il n’y avait pas beaucoup d’opportunités pour eux de s’amuser comme ça pendant les jours de vacances, alors je les avais laissés les saisir quand ils le pouvaient. Mais évidemment, tout le monde ne pouvait pas prendre le même jour de congé, il y avait donc un roulement qui faisait que certains employés étaient en congé le premier jour, d’autres le deuxième, et ainsi de suite.

Les seuls événements du premier jour étant les matchs de baseball, les personnes qui avaient eu ce jour de congé avaient donc probablement tiré la courte paille… Néanmoins, j’étais heureux de voir qu’ils s’amusaient.

« Ah, monseigneur. Vous patrouillez ? »

« Je regarde juste les alentours pour le moment. Tout le monde s’amuse ? »

« Oui ! C’est le festival d’une ville que nous avons nous-mêmes construite, vous savez ? Bien sûr qu’on s’amuse ! »

D’habitude, le vieil homme ne faisait pas grand-chose pour se faire remarquer, mais il semblait être d’une humeur inhabituellement élevée. C’était probablement dû à l’alcool. Naito était responsable de la construction et des développements agricoles, il était donc probablement très fier de ce que Brunhild était devenu.

J’avais construit les fondations de cet endroit, mais ce sont eux qui construisirent dessus et qui le modelèrent. La ville ne serait pas ce qu’elle était aujourd’hui sans eux. Non, le pays entier avait besoin d’eux.

Je leur avais adressé un sourire, j’avais commandé pour Leen et moi-même du pop-corn et des boissons, et nous avions passé du temps à apprécier le match ensemble avec Naito et les ouvriers.

***

Partie 3

« Quel dommage… ! »

« Oui… Si seulement on avait eu ce dernier point… »

Lestia avait gagné contre Brunhild sur un score final de trois à deux. Ce n’était pas comme si Brunhild était la plus mauvaise équipe, c’était juste la façon dont le match s’était déroulé… Parfois, la victoire était juste circonstancielle.

Les joueurs ayant fait de leur mieux, j’avais décidé de leur apporter des snacks et des boissons après le match.

Le match entre Belfast et Roadmare dans l’autre stade s’était terminé par une victoire de Belfast. Apparemment, leur jeu tactique était supérieur sur toute la ligne.

Mismede vs Refreese et Regulus vs Lihnea auront lieu plus tard dans la journée. Ensuite, les matchs finaux entre les équipes gagnantes auront lieu le jour suivant.

En nous promenant dans la ville, nous avions vu l’entourage de Palouf manger dans un café du coin. Le jeune roi était là, ainsi que sa sœur, le duc Rembrandt, et sa fille Rachael. Ils avaient l’air d’apprécier leur déjeuner.

J’avais détaché mon badge un instant et les avais regardés. Leurs déguisements les faisaient ressembler à une famille ordinaire. J’étais heureux de voir que les illusions fonctionnaient correctement. Leen portait également un badge, mais nous n’avions pas besoin des fonctions de déguisement, les nôtres étaient donc inactifs.

« Yo, vous mangez ? »

« Ah, Grand Duc ! Oui, on a beaucoup marché, alors on faisait une pause… »

Je les saluai donc. Le jeune roi nous proposa alors des sièges à proximité. Rachael était assise en face du jeune roi. Elle tenait le chiot Snorra dans ses mains et regardait à peu près partout sauf vers moi. Elle me détestait vraiment…

« Qu’est-ce que vous allez faire cet après-midi ? »

« Nous avions prévu de voir le match de Lihnea. Nous n’avons pas encore fait connaissance avec le baseball… »

La princesse Lucienne avait pris doucement la parole en souriant. C’était probablement le roi Cloud qui leur avait demandé de venir. J’étais heureux d’entendre que les choses se passaient toujours bien entre eux.

« Nous nous sommes promenés ce matin et n’avons certainement pas manqué de distractions… Le temps passa si vite que l’on n’avait même pas remarqué l’heure qu’il était ! C’est une ville merveilleuse. Il y a beaucoup de choses que Palouf pourrait apprendre d’elle… »

Le duc Rembrandt regardait les rues en parlant. J’étais extrêmement heureux d’entendre qu’il avait une si haute opinion de cet endroit.

« Ceci étant dit, nous avons trouvé un endroit qui était un véritable gouffre financier… Ça a fini par être plutôt… malheureux. »

« Ah… »

Le duc Rembrandt avait souri au jeune roi, qui était soudainement devenu un peu rouge. Je me demandais de quoi il parlait.

« Ernie ici présent est devenu plutôt accro aux machines à capsules dans le quartier du marché… Il les a utilisées de nombreuses fois. Nous avions beaucoup d’argent, mais Père finissait toujours par le gronder parce que d’autres personnes voulaient aussi avoir la chance de les utiliser. »

« Je voulais vraiment avoir la figurine du comte brillant, c’est tout… »

Rachael jeta un coup d’œil vers un objet posé sur l’une des chaises voisines, je vis alors un sac en papier rempli de jouets en forme de capsule. On dirait qu’il en avait vraiment fait trop…

Attends, elle vient de me parler ! M’a-t-elle déjà pardonné ? Je m’étais retourné pour la regarder, mais cette dernière avait immédiatement détourné son regard. Franchement…

« Tu as finalement réussi à tous les obtenir ? »

« Euh… Je n’ai pas réussi à avoir Grimgerde… »

« Oh ? Mon Frame Gear ? »

« Hein ? »

Le jeune roi regarda Leen avec une expression perplexe. J’avais expliqué à toute la table que Leen était la pilote de Grimgerde. Ils l’avaient ensuite tous regardé avec surprise.

Elle avait beau avoir six cent douze ans, elle ressemblait encore à une jeune femme. Elle ne correspondait probablement pas du tout à l’image qu’ils avaient dans leur tête. Grimgerde avait déclenché une tonne de destruction pendant la bataille simulée après la cérémonie d’ouverture, ils avaient donc probablement pensé que le pilote était quelqu’un de beaucoup plus effrayant.

Les gens savaient que Leen était la magicienne de la cour de Brunhild, et l’ancienne matriarche du clan des fées. Ils savaient aussi qu’elle était ma fiancée… Mais peu de gens semblaient savoir qu’elle était aussi pilote de Frame Gear.

« Chéri, tu n’en as pas un ? »

Leen enfonça rapidement ses doigts dans mon côté tout en me posant cette question.

« Oh, oui… Mais, je veux dire… Ah, peu importe… »

Je voulais que les gens obtiennent les prix de la bonne manière… mais il avait investi beaucoup d’argent dans ce jeu, lui laisser celui-ci ne me dérangeait donc pas trop.

J’avais ouvert mon [Stockage] et j’avais sorti une petite figurine noire de Grimgerde. Leen l’avait ensuite prise et l’avait tendue au jeune roi de Palouf.

« Voilà pour toi. Assure-toi de bien la traiter. »

« Oh, merci beaucoup ! Maintenant, je les ai tous ! »

« Ahaha, pas tout à fait. Nous allons ajouter le Waltraute de Lu et le Rossweisse de Sakura le mois prochain, donc le set aura de nouveaux ajouts… »

« Ah… »

Le jeune roi fronça un peu les sourcils à la suite de mes paroles, ce qui fit doucement ricaner tout le monde. Je ne devrais probablement pas lui dire que le Waltraute de Lu a quatre variantes… Il y a les types : attaquant, booster, lanceur et défenseur… Ça va être difficile de tous les avoir… !

Olba finira probablement par ouvrir une succursale à Palouf… S’il était patient, j’étais sûr qu’il finirait la collection.

Nous n’avions pas seulement ajouté des figurines de Frame Gear à la collection, il y avait aussi de nouveaux Behemoths. Plus précisément, le Heavy Kong, le Grand Sanglier, le Puissant Bison et le Rat Aiguille de l’île Palerius.

Je m’étais quand même demandé s’il n’y aurait pas une plus grande demande pour des figurines de Béhémoth en vinyle, ou des modèles réduits de Frame Gears en plastique… Je n’étais pas vraiment sûr que nous ayons la technologie pour produire en masse ce genre de choses… Surtout que nous aurions besoin de colle. Ce monde n’avait pas vraiment de plastique, cela pourrait donc être un problème. Mais les os des bêtes magiques avaient une composition similaire.

Hmm… Mais si nous pouvons faire ça, peut-être pourrons-nous trouver comment utiliser la magie pour les produire plus facilement…

Alors que je continuais à réfléchir, Leen me donna un coup sur le côté. Argh ! Bien, je vais garder les pensées professionnelles pour plus tard.

Après avoir terminé notre repas, le groupe de Palouf décida d’aller voir le match de Lihnea.

Très bien, où devrions-nous aller ensuite…

« Ah… Euh… ! »

Cette voix soudaine me fit tourner la tête, et je vis Rachael qui regardait le sol. Elle tenait fermement le chiot Snorra contre sa poitrine. Je me demandais ce qu’elle voulait…

« Je suis désolée… À propos de l’autre jour… Je… Je comprends maintenant que je suis loin du sommet… »

Oh… On est loin de la petite fille suffisante à qui j’avais parlé récemment. On dirait qu’elle a bien réfléchi. En fait, maintenant que je repense à cette journée, elle a été plus maladroite avec moi que détestable… Je suppose que c’est logique…

« … C’est bon. Souviens-toi juste que tu ne peux pas te considérer comme le meilleur. Il y a beaucoup de gens dans le monde qui peuvent te surpasser de bien des façons. Même moi, il y a des gens que je ne peux pas égaler dans certains domaines, et je perds contre eux tous les jours. »

« Qu-Quoi ?! Vraiment ?! »

Il serait plus juste de les appeler des dieux plutôt que des gens, mais quand même… Je me demandais quand j’arriverais à gagner. J’étais probablement un millier d’années trop jeune…

« Je… dois protéger Ernie… Même si je pensais que j’étais imbattable… J’ai quand même perdu contre toi, alors j’ai réfléchi pour voir à quel point je suis forte… »

Elle commençait à avoir l’air de plus en plus malheureuse, et elle avait laissé sa tête pendre avec honte. Hein… Je suppose que c’est elle qui manque de confiance en elle pour une fois… Bon sang…

Ce n’était pas comme si elle n’était pas forte. Son adversaire était juste un opposant surpuissant… Mais je ne pouvais pas lui dire ça, car elle ne le prendrait pas comme sincère.

J’étais à court de mots, mais Leen avait soudainement ouvert la bouche.

« C’est vrai, si tu deviens forte, tu pourras protéger le roi de Palouf. Mais n’importe quel chevalier fort pourrait le faire, non ? Tu dois réfléchir davantage, jeune fille. Il y a quelque chose que toi seule peux faire. »

« H-Hein… ? »

Les paroles de Leen incitèrent Rachael à lever la tête.

« La vie d’un roi est une vie d’épreuves et de lutte. Parfois, il peut être difficile d’affronter ces choses seul. C’est pourquoi tu dois être son roc. Bien sûr, ses conseillers peuvent soutenir les affaires politiques et militaires, mais tu dois être là pour soutenir son cœur. Tu dois rester à ses côtés, t’inquiéter à ses côtés, rire à ses côtés, sourire avec lui et être là pour lui. Tu n’as pas à le protéger uniquement par la force brute. Tu peux devenir son soutien en étant là pour lui à un niveau personnel. C’est quelque chose que toi seule peux faire. Tu peux devenir un bouclier qui protège le cœur de celui qui compte pour toi… Tout comme moi. », dit Leen en souriant tout en prenant ma main.

O-Oh bon sang, comme c’est embarrassant… Paula avait soudainement porté ses mains à son propre visage comme si elle rougissait. Bon sang, Paula, tes talents de mime sont trop bons !

« Est-ce que je peux vraiment faire ça… ? Puis-je devenir son bouclier… ? »

« Une femme bien peut être exactement cela pour son homme. Elle peut devenir une personne irremplaçable dans sa vie. Si tu veux mon avis, tu es la seule qui puisse faire ça pour lui. J’en suis sûre… Toi seule peux soutenir le cœur du roi, et marcher à ses côtés. Ne perds pas espoir. »

« … D-D’accord ! »

Rachael nous sourit à tous les deux et courut pour rejoindre la délégation de Palouf.

Elle avait certainement obtenu un rétablissement rapide… J’avais fait un petit sourire en la voyant s’accrocher au bras d’Ernest.

« C’était un conseil intéressant que tu lui as donné. »

« Eh bien, ce n’était pas entièrement mon idée… Je n’ai simplement fait que lui dire ce que ta sœur m’a dit, chéri… »

Donc c’était l’idée de Karen… Pas étonnant que ça sonnait si faux… Mais franchement, elle a vraiment un don avec les mots. Et franchement, c’est un peu effrayant.

« Alors, où allons-nous maintenant, Chéri ? »

« Ah… Mon bras… »

Leen tira sur mon bras comme pour me guider dans la rue. J’étais sérieusement embarrassé…

« Hmm ? Tu ne veux pas me serrer le bras, chéri ? Je ne suis peut-être pas douée pour m’accrocher à toi… Tu crois que tu es le seul timide ici ? Je suis celle qui a le courage de prendre l’initiative… Ne devrais-tu pas jouer le jeu ? »

« Ahh… Je suppose que tu as raison. Hm… Il va y avoir un spectacle de marionnettes dans un petit moment. Tu veux aller le voir ? »

« Comme tu le veux, Grand Duc ! »

Leen sourit et fit un clin d’œil pour accompagner sa réponse à moitié sarcastique, et nous étions partis dans la foule.

***

Partie 4

Le deuxième jour était bien entamé.

Les finales de baseball et les matchs préliminaires du tournoi de shogi se déroulaient pendant cette journée. Il y aura ce matin les demi-finales avec Lestia contre Mismede au stade 1, et Belfast contre Regulus au stade 2. Puis, l’après-midi, les équipes gagnantes s’affronteraient dans le match final.

Il y aurait aussi un match pour la troisième place autour du déjeuner. Nous avions veillé à ce que les équipes ne soient pas épuisées. Il y avait beaucoup de potions d’endurance à portée de main de Flora et du laboratoire d’alchimie.

Les matchs de shogi allaient se dérouler du matin au soir. Nous avions eu un nombre étonnamment élevé de participants, plus que ce que nous avions prévu.

Le shogi avait des limites de temps pour les mouvements, mais les règles étaient trop compliquées. J’avais décidé que nous donnerions à chaque joueur un maximum de deux minutes pour effectuer son tour.

Nous avions pu faire respecter cette règle en utilisant des pièces de shogi magiques qui devenaient grises après une minute, puis noires après deux minutes. C’était assez simple.

S’ils jouaient leur tour avant que la pièce ne devienne noire, ils étaient en sécurité. Sinon, ils devaient déclarer forfait.

Nous avions aussi un sablier pour montrer aux joueurs combien de temps il leur restait.

Honnêtement, j’aurais aimé que le tournoi se déroule selon des critères corrects, mais il y avait beaucoup plus de participants que prévu. Le shogi était un jeu qui ne se souciait ni de l’âge ni du sexe, toutes sortes de personnes avaient donc décidé de s’y essayer. J’étais sûr qu’il y aurait aussi des gens qui voudraient faire durer leur tour aussi longtemps que possible pour pouvoir réfléchir.

Quoi qu’il en soit, les préliminaires se terminaient aujourd’hui, et les gagnants s’affronteraient le troisième jour entre eux ainsi que contre les joueurs spéciaux que j’avais invités.

À mon arrivée, la salle était bondée de participants et de spectateurs. Quelques-uns des invités, comme Dolan et le jeune roi de Palouf, observaient déjà attentivement certains matchs.

Personnellement, je ne m’intéressais pas vraiment au shogi, je me contentais donc de me promener un peu.

L’un des participants avait intentionnellement retourné la table alors qu’il était sur le point de perdre, mais nous avions des planches de shogi spécialisées qui enregistraient les positions de chaque pièce. Sa tentative avait été complètement vaine… Il fut bien sûr disqualifié. Certaines personnes n’avaient vraiment pas de manières du tout.

Le vieux Naito était chargé de superviser ces matchs, mais il avait clairement la gueule de bois suite à la soirée de la veille.

« Oui… Je suis sûr qu’il est encore un peu ivre… »

« On dirait quand même que tout le monde s’amuse. Regardez là-bas, un homme plus âgé joue joyeusement avec un adversaire plus jeune… »

Yae pointa du doigt ce qui était probablement un grand-père et son petit-fils jouant un match de shogi ensemble. D’après ce que l’on voyait, le gamin donnait du fil à retordre au vieil homme.

« Oh, mais au fait, Yae… Est-ce bon pour toi d’être loin de Jutaro ? »

Yae et Hilde s’étaient ostensiblement inscrites au service de sécurité de leurs familles, et j’étais curieux de savoir pourquoi Yae était ici au lieu de se promener avec son frère comme Hilde le faisait avec le sien.

« Mon frère va certainement travailler dur pour le tournoi de demain. C’est pourquoi il s’est entraîné sur le terrain depuis ce matin. Je ne veux pas le déranger, donc… J’… J’ai pensé que je pourrais me joindre à toi aujourd’hui, Touya-dono… »

Yae avait légèrement rougi en entrelaçant ses doigts. Je n’avais certainement aucune raison de ne pas l’accompagner, j’étais donc flatté.

« Très bien, devrions-nous aller voir les stades de baseball ? Il devrait être temps que les équipes soient décidées. »

« A-Ah… B-Bien, dans ce cas… je peux aller me changer d’abord, n’est-ce pas ? J’aimerais te retrouver à la Lune d’Argent, je… »

« Hein ? Euh oui, bien sûr… »

Yae hocha la tête et commença à se diriger vers le château. Je ne pensais pas vraiment qu’elle avait besoin de se changer… Mais elle était probablement gênée d’être en sueur après son entraînement matinal.

J’avais commencé à me diriger vers la Lune d’Argent, mais je m’étais arrêté quand quelqu’un tira fort sur l’ourlet de mon manteau. J’avais failli trébucher.

Alors que je me retournais pour me plaindre, j’avais remarqué que c’était la toute petite poivrote… Suika. Mais qu’est-ce qu’elle voulait, bon sang ? !

« … Qu’est-ce que tu fais ? »

« Touya… Le dieu de l’alcool a besoin de ton aide… De l’argent… De l’argent, maintenant… J’ai besoin d’argent… Karina a pris mon alcool ! Donne-moi de l’argent ! C’est un péché de ne pas se bourrer la gueule pendant un festival ! Auuugh ! »

Suika commença à grogner bruyamment tout en s’accrochant à moi.

Lâche-moi ! Tu as le nez qui coule ! Je pensais que, puisqu’elle était le dieu de l’alcool, elle pouvait fabriquer son propre alcool à partir de rien, mais ce n’était pas le cas. Comme cela nécessitait une divinité, elle n’avait pas le droit de le faire ici. En ce qui concerne ses pouvoirs, elle disposait d’une analyse avancée lui permettant d’identifier tout alcool qu’elle buvait, et elle avait également la capacité de rester sobre quelle que soit la quantité d’alcool ingérée. Il semblerait qu’elle n’avait pas vraiment de pouvoirs pratiques.

Mais bon… Je me demande si elle peut utiliser le style du poing ivre… Ce serait effrayant…

« N’as-tu pas une coupe magique qui peut produire de l’alcool à l’infini ? C’est l’un de tes trésors sacrés, n’est-ce pas ? »

« Ne me dis pas ça ! Cette coupe ne peut produire que du vin sacré ! J’en ai marre de le boire, aaagh ! Je ne veux pas boire ça ! Je veux boire les différents trucs de ce festival ! Il y a des trucs de partout ici ! Allez ! Allez ! »

Suika commença à taper du pied comme une enfant. Je pouvais comprendre ses sentiments, mais j’aurais aimé qu’elle agisse de manière un peu plus adulte… Après tout, elle était censée être un être divin. N’avait-elle pas de fierté en tant que déesse ?

On disait qu’on ne pouvait pas gagner un débat contre des enfants ou des ivrognes, et malheureusement, elle était les deux à la fois.

Ah merde… Les gens nous regardent…

Je soupirai doucement et m’accroupis pour que mes yeux soient au niveau des siens.

« Tu pourras boire après la fin du festival. Si tu restes sobre et que tu aides les femmes de chambre, on s’arrangera pour que tu puisses boire des trucs variés après, d’accord ? »

« C’est tout ce que tu avais à dire, patron ! Je ne boirai rien si cela signifie que je peux avoir ce que je veux plus tard ! Promis ! Je vais devenir sobre à partir de maintenant ! »

Honnêtement, c’était un peu bizarre de voir quelqu’un qui ressemblait à une enfant parler de devenir sobre. Mais franchement, ce n’était pas grave. J’étais juste content qu’elle ne soit plus ennuyeuse.

« Très bien, alors. C’est bon ? Juste… prends ça avec toi pour l’instant, ok ? Ça devrait te dépanner. »

J’avais ouvert le [Stockage] et j’avais sorti une pièce d’or, et un sac de viande de bœuf… Ou plutôt, de la viande de dragon séchée, que j’avais ensuite passée à Suika.

Cette pièce était suffisante pour son argent de poche, et j’étais sûr qu’elle le dépenserait en alcool. Bon marché ou cher, l’alcool était de l’alcool pour elle.

D’après Suika, même le goût ne comptait pas tant que ça. Elle disait que même un mauvais alcool avait sa propre nuance et sa propre saveur, ce qui était quelque chose que je n’arrivais pas à comprendre. Honnêtement, j’étais curieux de savoir pourquoi elle voulait savourer les différentes boissons du festival alors qu’elle les avait probablement déjà toutes essayées, mais je ne pouvais pas prendre la peine de le lui demander. Pourtant, avec tout ça, elle devrait pouvoir tenir les trois jours. Au moins, comme ça, je n’avais pas à m’inquiéter qu’elle me harcèle à nouveau.

« Woohoo ! Merci ! Merci beaucoup, Grand Frère ! »

Suika me donna un petit coup de bec sur la joue et s’éloigna rapidement en direction du magasin de spiritueux. Acheter son affection n’avait pas pris beaucoup de temps…

Après l’avoir laissée derrière moi, je m’étais dirigé vers la Lune d’Argent, qui était bien plus fréquentée que d’habitude.

Il était juste avant midi et la salle à manger était bondée de convives. Les invités devaient attendre encore plus longtemps que le premier jour… Il y avait probablement un manque de personnel, car Dolan était parti regarder les matchs de shogi.

D’habitude, il n’y avait pas autant de monde, et donc deux serveurs suffisaient pour gérer la foule un jour normal.

J’avais passé la tête dans la cuisine et j’avais vu Micah travailler désespérément, un plat après l’autre. Elle était clairement en train de mener sa propre guerre là-dedans.

« Hé là. Besoin d’aide ? Pfft. »

« Ah, entrez, entrez ! Je suis vraiment occupée, désolée ! Pouvez-vous amener cette commande à la table 3, s’il vous plaît ?! »

En fait, je plaisantais en disant ça, mais il semblerait qu’elle avait sérieusement accepté mon offre. Elle m’avait immédiatement jeté un plateau de soupe, de viande et de légumes frits. Quoi, sérieusement ? ! Il n’y a aucun moyen de dire que je plaisantais maintenant… Je vais passer pour un con ! J’avais apporté la commande à la table 3, en alignant les plats devant les invités. Et alors que je terminais, un autre client avait levé la main et m’avait fait signe.

« Hé là, sers-nous un ragoût de tato, une salade de légumes, et un polo grillé. »

« Huh ? Ah, d’accord… Ragoût de tato, salade de légumes… Un polo grillé. Entendu. »

D’accord, l’ordre est mémorisé… Attends une seconde. Je ne suis pas un serveur, bon sang !

J’étais retourné à la cuisine et j’avais donné la commande à Micah. Elle m’avait alors tendu un autre plateau et me renvoya dehors.

Attends une seconde, bon sang ! J’avais essayé de parler, mais j’avais été réduit au silence par l’intensité de son regard. Elle me criait pratiquement dessus avec ses yeux. Si c’était une zone de guerre, alors Micah elle-même était un terrifiant seigneur de guerre.

Même moi, grand-duc ou pas, je ne pourrais pas lui tenir tête dans cet endroit.

Je soupirai en signe de défaite alors que j’apportais la commande suivante à la table désignée, me lamentant intérieurement sur mon propre sort.

« Seigneur ? ! Que faites-vous… ? »

La voix venait de Lanz, un de nos chevaliers. Il venait d’entrer dans la pièce et m’avait repéré. Oh, il est ici pour le déjeuner ? Ou peut-être qu’il est là pour voir Micah… Quoi qu’il en soit, je vais pouvoir m’en sortir !

« Lanz ! Je te donne par la présente un ordre royal ! »

« H-Huh ?! Oui Seigneur ! »

« Pour le reste de la journée, tu dois travailler ici à la Lune d’Argent ! Tu es sous le commandement de Micah ! Je vais prévenir l’ordre des chevaliers. Tu dois prendre des commandes et apporter des plats. C’est un devoir vital, Lanz ! »

« Hein ? Mais… Ah… Oui Seigneur ! »

Lanz fit un salut et s’était élancé dans la cuisine. J’étais heureux de voir à quel point il était dévoué. C’était logique, puisqu’il était de Lestia.

Presque immédiatement, il était sorti avec un tablier, portant des plats aux tables et prenant autant de commandes qu’il pouvait.

Ne pense à rien de mal envers moi pour ça, Lanz… Utilise ça comme une chance de te rapprocher de Micah.

Je ne voulais plus être utilisé pour servir des tables, j’étais donc sorti de la Lune d’Argent, laissant Lanz à son sort.

J’avais attendu Yae près de l’entrée et j’avais envoyé un message à Lain pour savoir ce que Lanz allait faire pour le reste de la journée. Il semblerait qu’il n’était pas vraiment nécessaire pour l’entraînement, donc tout allait bien.

***

Partie 5

Dolan va être aussi occupé demain… Micah devrait certainement poster une annonce de travail à temps partiel dans la guilde… Ça lui permettrait probablement d’avoir quelques mains supplémentaires.

« Je suis vraiment désolée de t’avoir fait attendre. »

« Ah… »

Je m’étais tourné vers la voix et j’avais vu Yae. Elle portait un magnifique yukata, et ses cheveux étaient attachés.

Son yukata était violet clair et avait des fleurs imprimées sur le côté, c’était des gloires du matin. Elle portait des sandales geta et un obi bleu pour lier le tout. En bref… elle était éblouissante.

« Tu avais dit que ce serait un festival, n’est-ce pas ? Alors j’ai demandé à ma mère que mon frère l’apporte… Tu l’aimes, pas vrai ? »

« Ah… Ça te va vraiment bien, Yae. Je ne sais pas si je peux le dire avec des mots, mais… tu es superbe… »

« A-Ah, c’est vrai ? »

Il y avait aussi d’autres personnes portant des yukatas en ville aujourd’hui, c’était parce que Brunhild avait beaucoup d’immigrants d’Eashen vivant sur ses terres. Dans ce monde, les yukatas étaient traditionnellement portés lors des célébrations d’Eashen.

Cependant, de toutes les personnes que j’avais vues aujourd’hui, c’était Yae qui avait l’air la plus à l’aise dans son yukata. Je suis probablement partial puisque je l’aime, mais…

« J’ai sûrement dû laisser mon katana derrière moi. »

« Eh bien, c’est logique… »

Un katana et un yukata… Ça n’aurait pas été très joli si elle avait opté pour un look plus masculin cette fois-ci. J’étais heureux de voir que Yae avait choisi d’être plus féminine, plutôt que de ressembler à un samouraï sans seigneur.

« Ne t’inquiète pas. Je cache une dague dans ma poitrine. »

Cela lui ressemble vraiment.

« Très bien, dirigeons-nous donc vers le stade. Maintenant que j’y pense, les finalistes ont probablement déjà été déterminés. Le match de consolation est probablement en cours. »

« Ah, très bien… A- Ah… Touya-dono… ? Pouvons-nous nous tenir la main ? »

Yae avait nerveusement tendu une main vers moi, et je l’avais prise d’une poigne ferme. Nous étions tous deux clairement embarrassés, des rougeurs sur le visage, mais nous avions joyeusement continué à traverser la ville.

Honnêtement, je n’aurais jamais cru que cet événement attirerait autant de monde. D’après le rapport du premier jour, un tas de gens avaient monté des tentes à l’extérieur de la ville parce qu’ils ne trouvaient pas de logement. Nous avions probablement besoin de plus d’auberges si nous devions refaire ça.

Nous avons déjà beaucoup de logements, alors… peut-être devrions-nous avoir des auberges spéciales qui ne seront ouvertes que pendant la période du festival ?

Nous étions arrivés au stade 2 à temps pour voir le match de consolation en cours qui déterminera la troisième place. Les résultats du match étaient affichés sur un grand panneau.

« Le gagnant du stade 1 est Mismede, et le gagnant du stade 2 est Belfast… »

« Ça veut dire que le match de consolation est entre Lestia et Regulus, c’est ça. »

Ça semblait correct. Nous étions entrés dans le stade pour trouver le match à sa troisième manche. Le score était toujours nul des deux côtés. Regulus était à la batte.

Au moment où on s’était assis, une acclamation jaillit du banc des batteurs. J’avais levé les yeux et j’avais vu la balle blanche s’envoler dans le ciel. Oh, elle se dirige par ici… ? Oh, elle est là ! Oh, elle a atterri.

Les rires et la joie résonnèrent dans le stade en un éclair. C’était un home run spectaculaire !

Le batteur leva son bras en l’air en parcourant les bases. Regulus avait beaucoup de frappeurs lourds, probablement les meilleurs du monde entier.

Le score était maintenant de zéro à deux. Le match semblait entrer dans le vif du sujet, et l’équipe adverse pourrait faire une remontée. Nous avions tous deux décidé de regarder le match pendant un moment…

À la fin, Regulus continua à avoir deux points d’avance et Lestia n’avait pas pu les rattraper.

Ainsi, la troisième place était déterminée.

Il ne restait plus que le match final entre Mismede et Belfast dans le stade 1.

« Je me demande vraiment qui va gagner. »

« Mismede est définitivement meilleur en termes de force physique, mais il leur faudra plus que ça pour gagner. Belfast a une équipe plutôt bien équilibrée. Ils ont une bonne attaque, une bonne défense, et de la vitesse. »

Le public commença à se diriger vers le stade 1, il semblerait que la plupart d’entre eux avaient l’intention d’assister au dernier match.

On avait aussi pris ce chemin, et on était tombé sur le groupe de Belfast en chemin. Ils portaient leurs badges et ressemblaient probablement à des gens ordinaires pour les spectateurs.

Yumina parlait à son père, qui était apparemment à la salle de shogi jusqu’à récemment.

« Vous êtes venu voir les finales ? »

« Oui, mais je voulais continuer à regarder le shogi… Touya, mon garçon… La prochaine fois que nous ferons quelque chose comme ça, s’il te plaît, ajuste mieux les horaires. Ça a été une journée plutôt mouvementée pour moi. »

J’avais hoché doucement la tête vers le roi. Franchement, tu devrais être reconnaissant que j’ai réussi à faire ça… C’était un plan de dernière minute que j’ai sorti de mon cul !

Il semblerait que le roi de Belfast voulait voir autant de shogis que possible en raison du fait qu’il participerait le jour suivant.

Le Duc Ortlinde était resté dans la salle de shogi, puisqu’il participerait aussi au tournoi du lendemain. Je me demandais si Sue allait se lasser de le côtoyer et nous chercher…

Yae et Yumina discutaient ensemble quand soudainement...

« Oncle ! Touya ! Oh ! Yumina et Yae aussi ! »

Sue fonça vers nous à toute vitesse, accompagnée de Leim, le majordome de la famille Ortlinde. Elle s’était faufilée dans mon dos comme un insecte et s’était accrochée.

Elle montrait vraiment son côté enfantin quand elle agissait comme ça… Mais c’était quand même adorable.

« Donc tu es venu, après tout… Regarder le shogi t’ennuyait-il tant ? »

« Oui ! C’était juste des gens qui faisaient des trucs ennuyeux et qui applaudissaient ! Père regardait juste le plateau de jeu et marmonnait pour lui-même tout le temps. Pas drôle du tout… ! »

Sue avait gonflé ses joues et fit la moue. Elle était certainement plus orientée vers l’action. Regarder du shogi, un jeu aussi analytique devait être ennuyeux pour elle. Quoi qu’il en soit, j’étais d’accord pour qu’elle se joigne à nous. J’étais d’accord pour que nous regardions tous le baseball.

Sue était descendue de mon dos et avait tourné son attention vers Yae.

« C’est si joli, Yae ! C’est un Kim mono ? Euh… Kim-oh-no ? »

« C’est un yukata ! Nous les portons pendant les festivals à Eashen. »

« C’est pourtant très beau… On devrait tous préparer nos propres yukatas pour le prochain festival ? »

« J’aime cette idée, Yumina ! Je veux en porter un, oui ! »

« Alors j’apprendrai davantage de ma mère. Celui-ci a été fait par elle. Linze-dono pourrait aussi m’aider à ce sujet. »

J’avais écouté sans rien faire leurs discussions de filles pendant que nous marchions vers le stade.

La finale du tournoi était sur le point de commencer.

◇ ◇ ◇

Ils s’étaient précipités. Deuxième base… puis troisième… et une charge téméraire vers le marbre !

La balle était lancée comme un rayon laser et se dirigeait vers le receveur. Le coureur de Mismede était aux prises avec le receveur de Belfast, et c’était très serré…

Un nuage de poussière s’était soulevé entre les deux alors que le coureur glissait vers le marbre… La foule entière était sous tension, se taisant dans l’attente de la décision. Le silence était brisé par la voix de l’arbitre.

« Sauvé ! »

Une acclamation éclata dans la foule. Les joueurs de Mismede s’étaient précipités hors des bancs et avaient commencé à soulever le coureur qui avait réussi à atteindre le marbre.

La finale s’était soldée par un match nul pendant les neuf dernières manches, avec un score nul de chaque côté. Mais Mismede l’avait finalement emporté avec un score final de deux à un.

Ainsi, Mismede remporta le premier tournoi international de baseball du monde. Belfast était arrivé en deuxième position, et Regulus en troisième.

Des confettis et des serpentins sous forme de ruban argenté avaient été lancés au-dessus de nos têtes, célébrant la victoire de l’équipe.

Bon sang, c’était un grand match… Les deux équipes ont vraiment tout donné.

Un tonnerre d’applaudissements retentit dans le stade, étouffant tout autre son. Après cela, il y avait eu la cérémonie de remise des prix.

En tant que dirigeant de la nation hôte, j’avais remis un trophée et un bouclier commémoratifs au capitaine de l’équipe, puis des médailles aux autres joueurs.

J’avais travaillé sur un système similaire à celui des Jeux olympiques, dans la mesure où le type de médaille différait en fonction du rang. La troisième place recevait des médailles hihi'irokane, la deuxième des médailles en mithril, et la première des médailles en orichalque.

Habituellement, aux Jeux olympiques, les participants recevaient une prime en espèces de la part du pays hôte, mais j’avais laissé cette tâche à leur pays d’origine cette fois-ci.

Le trophée et les médailles étaient tous gravés de l’inscription « Premier tournoi international ». Et même si certaines nations n’avaient pas participé, c’était quand même le premier… J’espérais que plus de pays participeraient à de futures célébrations comme celle-ci.

Le public était toujours aussi enthousiaste et continua à faire des éloges aux participants sous forme d’ovation. J’avais décidé qu’en guise de prime spéciale, l’équipe gagnante serait autorisée à célébrer sa victoire dans le château de Brunhild. J’avais personnellement acheté de la nourriture et de l’alcool, et j’avais décidé de leur offrir un festin somptueux. J’espérais qu’ils ne feraient pas sauter les bouchons de champagne ou autre… Je ne voulais pas que la pièce soit en désordre. Mais encore une fois, je ne pensais pas que ce monde avait ce genre de coutume, donc tout irait probablement bien.

Ainsi, le tournoi de baseball s’était terminé sans incident majeur.

Il était presque quatre heures de l’après-midi, et les matchs de qualification de shogi battaient toujours leur plein.

Yae, Yumina et Sue m’avaient suivi pendant que je retournais à la salle de shogi.

Il n’y avait pas autant de monde que dans la matinée. La plupart des gagnants et des perdants avaient probablement déjà été déterminés.

« Oh, Père ! »

Sue avait rapidement désigné le Duc Ortlinde et s’était dirigée vers lui.

« Eh bien, il semble que Mismede ait gagné le tournoi de baseball, hm ? La nouvelle s’est déjà répandue ici. »

« C’est en effet un peu dommage pour Belfast. »

« Eh bien, il y a un sens à la victoire et à la défaite, mon frère. La deuxième place est une raison plus que suffisante pour que nous soyons fiers de notre patrie. »

Le match aurait vraiment pu basculer d’un côté comme de l’autre, et tous les spectateurs de la finale le savaient aussi. C’était une victoire bien méritée et un match serré.

« Et comment vont les choses ici ? »

« Je dois dire que tout se passe plutôt bien. Il y a quelques joueurs formidables dans la course ici… Franchement, des gens avec qui je préférerais même éviter de me mesurer. »

C’était intéressant de l’entendre exprimer son inquiétude de cette façon. En comptant les invités et les personnes qui étaient passées, il y avait un total de trente-deux participants au tournoi du troisième jour.

Si tout se passait bien, un gagnant serait désigné dans la soirée… Néanmoins, j’étais curieux de savoir comment la pression de jouer plusieurs tours consécutifs affecterait les performances des participants. Il aurait été bon d’augmenter un peu le temps entre les matchs, mais nous avions beaucoup plus de participants que prévu… Il fallait qu’ils s’y fassent.

***

Partie 6

Notre plan était d’utiliser un écran pour diffuser les matchs, afin que plus de gens puissent les voir. J’aiderais Monica et Rosetta à installer l’écran avant le début des matchs.

Ça allait être un travail difficile, mais ça devait être fait. Mon smartphone s’était alors mis à vibrer, je l’avais donc sorti de ma poche de poitrine.

« Ah, veuillez m’excuser… »

J’avais fait signe à Yumina et aux autres avant d’utiliser la [Téléportation] pour rejoindre une église à la périphérie de la ville.

« Alors, il vient demain ? ! Qu-Quand ? »

« À midi, je pense. Mais ça pourrait être plus tôt ou plus tard, tout dépend vraiment de lui. »

Je parlais au pape du message que j’avais reçu sur mon téléphone. Sa respiration était soudainement devenue irrégulière et désordonnée… Elle paniquait vraiment. Allait-elle s’en sortir ? Elle est assez âgée, alors j’ai peur qu’elle ait une crise cardiaque ou autre… Elle n’a pas genre… 60 ans, au moins ? Eh bien, ce n’est pas comme si j’allais demander… Ce serait malpoli.

« Que… Que devons-nous faire, Votre Sainteté ? »

« Calmez-vous, Phyllis. Il n’y a rien à gagner à prendre de l’avance… »

Les prêtres qui les accompagnaient n’avaient aucune idée de ce que nous étions en train de faire, alors ils étaient restés bouche bée pendant un moment. Seule la cardinale Phyllis avait compris les implications de ce dont on parlait, ce qui lui avait valu une gestuelle anxieuse. Je suppose que c’était logique. J’étais le seul ici à pouvoir gérer une visite du Dieu Tout-Puissant avec autant de désinvolture.

Karen marmonnait pour elle-même pendant que les deux femmes Ramissh se chamaillaient.

« C’est un peu étrange, vous savez ? Le dieu des mondes qui descend dans le royaume des mortels… Cela n’a pas été observé depuis des millions d’années, vous savez ? »

Il est pourtant déjà descendu une fois… Techniquement, c’était plutôt un avatar… donc il serait plus approprié de dire que les deux dernières fois où je l’ai rencontré dans ce monde, c’était juste une partie de lui… Son pouvoir doit être vraiment immense.

Je ne savais pas s’il allait refaire le coup de l’avatar, ou bien sauter dans un corps humain et descendre comme les autres dieux.

« Je-J’espère qu’on ne le contrarieras pas… Si nous nous retrouvons responsables de l’apocalypse, je… »

« Ça n’arrivera pas. Je te rappelle qu’Il a une politique de non-interférence ? Ne t’inquiète pas de sa venue, il est juste là pour se détendre un peu. »

J’avais essayé de calmer Phyllis avant qu’elle ne s’emballe à nouveau. Je me demandais si elle irait vraiment bien… Elle ne se comportait pas comme une cardinale.

« En plus, mes sœurs et moi serons là, d’accord ? Rien ne va mal se passer. »

« A-Ahh… En fait, toute cette histoire avec le dieu servile est encore en suspens, donc… J’espère qu’il n’est pas en colère contre moi, tu sais ? »

Karen soupira et croisa les bras.

Il pourrait l’être… S’occuper de ce dieu NEET était bien ton boulot, non ? Et maintenant, il est parti et s’est fait absorber par cette méchante bête Divine, et il est complètement hors de notre portée…

Elles auraient pu m’aider à le vaincre lors de la dernière rencontre, mais Karen avait fait en sorte que Moroha et elle soient en retard au rendez-vous…

La méchante bête divine n’avait rien fait depuis. C’était une bonne nouvelle à certains égards, mais c’était aussi inquiétant. Les Petites Phases apparaissaient ici et là et étaient généralement vaincues par des aventuriers de haut rang.

Mais oui… je traînais trop. Je devais vraiment trouver un moyen de réparer la frontière du monde.

J’en étais certain, c’était techniquement possible. Le Monde Inversé que le Vieux Palerius étudiait était probablement la clé de tout cela.

Ma théorie actuelle était que l’un des Gollems du Monde Inversé avait pu être amené dans ce monde par l’une des expériences de Palerius… Et il aurait pu avoir une sorte de pouvoir spécial.

Il était possible qu’en utilisant ce pouvoir, Palerius ait pu réparer la barrière. Mais je n’avais rien d’autre qu’une hypothèse pour avancer, là.

Alors que je réfléchissais, j’avais soudainement entendu un grand bruit… Comme un animal qui miaulait au loin. Est-ce un chat ?

Je m’étais retourné et j’avais vu des dizaines de chats se ruer vers l’église. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?!

Ils continuaient à miauler encore et encore en sautant sur moi. Ce n’était pas comme s’ils m’attaquaient, mais plutôt comme s’ils essayaient de m’inciter à les suivre… Mais où ? J’avais utilisé une [Porte] pour attraper Kohaku dans le château. Elle pouvait après tout comprendre le langage des chats.

Les chats s’étaient immédiatement calmés en présence du Monarque Blanc.

« Alors, qu’est-ce qu’il y a ? »

« Ah… Il semblerait que M. Mittens soit engagé dans un duel… Ils vous demandent de l’arrêter et d’interrompre le combat. »

« Ce chat est en train de se battre en duel ? ! Avec qui ?! »

« … Le maître de Xenoahs. »

TU TE MOQUES DE MOI !

Le sabre et la rapière s’entrechoquèrent, faisant voler des étincelles. M. Mittens lâcha une rafale de coups vers le chef suprême. Mais le chef démon ne se laissait pas battre si facilement. Il utilisait son sabre pour parer les coups et s’était approché pour effectuer une frappe tranchante horizontale. Cependant, M. Mittens était un chat agile, il avait ainsi habilement évité la lame.

« Assez, Seigneur Chat ! »

« Il est hors de question que je mette un terme à ce combat ! Je ne peux pas du tout dire que je suis apte à garder Dame Fiana si je ne suis même pas capable d’en faire autant ! »

M. Mittens avait fait un sourire et avait rétréci ses yeux.

Tous deux s’approchèrent l’un de l’autre sur le terrain vide de l’école alors que le soleil se couchait au loin derrière eux. Ils avaient donné un coup de pied au sol en tandem, réduisant la distance entre eux… Ils étaient tous deux prêts à porter des coups mortels, quand…

« [Glissade] ! »

« Gwah ! »

« Miaou ?! »

Ma magie les avait fait à la place tomber sur leurs fesses. Ces deux-là étaient complètement stupides.

J’avais laissé échapper un soupir tandis que les deux personnes… Ou plutôt, l’homme et l’animal, se roulaient et se frottait leurs coccyx blessés.

« Qu’est-ce que vous pensez être en train de faire, Seigneur ? »

« A-Ah ! Grand-Duc ?! Je vous promets qu’il n’y avait aucune mauvaise intention, j’essayais simplement de vérifier la force du chat qui défendait Fiana ! »

Fiana était la directrice de l’école de la ville du château de Brunhild, et M. Mittens était un chat qui avait été invoqué par Sakura pour l’aider.

Il avait dit qu’il voulait évaluer la puissance du chat, mais quelque chose me semblait louche. Il était plus probable qu’il était simplement jaloux du fait que M. Mittens avait l’attention de la fille et de l’ancienne amante qui l’avait éconduit.

Pourtant, il n’avait pas l’air d’y aller à fond. Il n’avait même pas utilisé de magie.

La magie de Sakura s’intensifiait rapidement, probablement en raison de la divinité qu’elle recevait du fait de sa proximité avec tant de dieux. Je n’avais pas été en mesure de le vérifier, mais je soupçonnais fortement qu’elle surpassait maintenant le chef suprême en termes de potentiel magique. Il était possible que M. Mittens devienne également inutilement puissant en raison de son association avec son biorythme magique vu que c’était l’une de ces invocations.

Quoi qu’il en soit, M. Mittens était probablement en faute pour avoir accepté de se battre en duel avec un leader mondial.

Bien sûr, le suzerain était tout aussi stupide vu qu’il s’était aussi battu, mais cette situation était tellement désordonnée que je ne voulais pas y penser.

« Tu veux t’expliquer, minou ? »

« M-Miaou ! La princesse m’a dit de ne pas retenir mes griffes quand le suzerain est apparu ! Je ne faisais que suivre les ordres ! Elle m’a dit d’essayer de lui casser les jambes ! »

« Whuh ?! »

Le suzerain se serra la poitrine et tomba à genoux. … Allez mec… C’est quoi ce mélo ?

Il était clair qu’il avait été émotionnellement endommagé par le manque de considération de sa fille. Mais ce type était une épave totale… J’étais un peu effrayé par l’influence que Sakura semblait avoir sur lui.

Si Sakura et moi finissions par lui donner un petit-enfant… Cet enfant pourrait un jour se tourner vers lui et l’appeler « ennuyeux »… Il mourrait probablement d’une crise cardiaque sur le champ.

« … L’as-tu fini, M. Mittens ? »

L’une des fenêtres de la classe s’était ouverte et Sakura passa la tête à l’extérieur. Elle semblait assez nonchalante sur le fait qu’elle venait d’ordonner à un chevalier chat suralimenté de briser les jambes de son père, mais… eh bien… elle avait le sang du chef suprême en elle, et elle était techniquement un démon…

Au moment où elle était apparue, le chef suprême s’était levé de sa position affaissée et chargea vers elle.

« Farneeeeeese ! Je suis enfin là, s’il te plaît ! Je ne vais pas rester longtemps ici ! Laisse-moi parler avec Fiana juste un peu ! »

« Mère est occupée pour le moment. Partez, Chef Suprême ! »

Sakura claqua la fenêtre avec un bruit sourd.

Tu n’aurais pas pu dire ça en termes plus gentils… ? Le gars est devenu pâle à cause du choc !

« Grand-Duc… Est-ce que… y-a-t-il une chance que ma fille me déteste ? »

« Non… Je suis sûr qu’elle aurait été beaucoup plus cruelle si elle te détestait à ce point… Je ne peux pas en être sûr, mais… Je ne pense pas qu’elle te méprise. »

« Tu oses dire que ce n’est pas cruel ? ! Mon cœur menace de sortir de ma poitrine ! »

Pour être honnête, il était difficile de dire ce que Sakura pensait la plupart du temps. Elle ne le détestait probablement pas tant que ça, mais elle ne se souciait pas tant que ça de lui. Elle ne semblait pas avoir envie de lui parler. N’ayant pas eu de relation père-fille dans son enfance, elle n’avait donc pas eu le temps de créer un lien avec lui. Elle ne voyait pas vraiment le suzerain comme son père, mais plutôt comme un vieil homme bizarre qui avait commencé à la suivre partout.

Il y avait définitivement une grande distance entre eux deux… Et je me suis demandé si je serais capable de la combler.

« Je sais à quoi ressemble la situation, mais Fiana et Farnese… Ça m’a brisé le cœur de les abandonner, je te le promets… Je l’ai fait dans le but de leur donner une vie heureuse et sûre… Tu comprends… elle est née sans les cornes de ma lignée. Même si elle a le sang du suzerain, elle n’a pas les cornes… Il n’y avait tout simplement aucune chance que la noblesse de mon pays lui permettre de prendre place dans mon palais… Ils auraient fait de sa vie un enfer. Celle de Fiana, aussi. Je souhaitais qu’elle reste à une certaine distance, comme une fille normale… Si je pouvais remonter le temps, tout recommencer… Je serais un homme plus fort, et je les aurais laissés rester… Je les aurais protégées ! Mais c’est hors de mon contrôle maintenant, ce qui est fait est fait. »

Bon sang… C’est assez dur… Sakura peut sûrement comprendre qu’il y avait plus que le simple fait qu’il les ait abandonnées, elle et sa mère…

Pour être honnête, Sakura n’évitait probablement pas le suzerain par mépris pour ce qu’il avait fait, elle ne voulait probablement pas déterrer des souvenirs douloureux pour elle et sa mère.

Même si c’était le cas, traiter avec lui n’aurait pas été plus facile pour autant. De plus, je me retrouvais souvent dans la position délicate de le faire partir.

Je soupirais doucement, me demandant comment le faire partir quand Fiana était sortie de l’école avec Sakura à ses côtés.

« A-Ah ! Fiana… ! Ça fait si longtemps… »

« En effet, mon suzerain. J’espère que vous trouverez Brunhild à votre goût… »

Fiana salua le démon triste avec un sourire sérieux, ce qui fit que Sakura fut choquée.

Sakura, ta mâchoire vient de s’ouvrir complètement.

***

Partie 7

« Je suis désolé pour les problèmes et le chagrin que ma fille a dû vous causer. S’il vous plaît, trouvez dans votre cœur la force de lui pardonner. »

« Ah, n-non… C’est bon… C’était vraiment ma faute, j’ai débarqué de nulle part… Je suis venu ici plus tôt, mais Farnese m’a repoussé… »

« Vraiment ? »

Fiana jeta un regard surpris à sa fille, ce qui poussa Sakura à détourner le regard, honteuse. Il semble que Fiana n’ait pas été informée de tout cela.

« … J’ai simplement pensé qu’il serait un obstacle à tes tâches quotidiennes, Mère… Tu étais assez occupée à préparer l’assemblée… »

« L’assemblée ? »

Le suzerain avait légèrement froncé les sourcils.

Ah oui, même moi j’avais oublié ça.

« Elle parle de la façon dont ils vont inviter tous les enfants de la ville à l’école demain. Ils vont raconter des histoires et organiser des petits événements, pour que même les enfants analphabètes puissent s’amuser. »

« Oh… »

Les livres n’étaient pas très bon marché dans ce monde, et une quantité massive de personnes n’étaient pas capables de lire. Les livres d’histoires n’étaient pas non plus très courants pour les enfants. Les histoires étaient souvent racontées par des bardes itinérants ou des conteurs professionnels, de sorte que l’art de raconter une histoire était encore un peu théâtral dans la plupart des nations. Il y avait aussi des pièces de théâtre, mais elles étaient généralement un peu trop inabordables pour les enfants.

De plus, la majorité des pièces avaient été jouées tellement de fois que la plupart des gens dans le monde connaissaient déjà les histoires.

J’avais téléchargé quelques livres électroniques sur mon téléphone, j’avais donc demandé l’aide de Linze et Sakura pour les vocaliser dans la langue de ce monde.

Nous avions dû changer certains termes, car ce monde n’avait par exemple pas de voitures ou de feux de circulation. Heureusement, nous n’avions pas eu à changer grand-chose aux contes de fées que j’avais téléchargés.

J’avais envie de faire un autre spectacle de marionnettes, mais nous n’avions pas vraiment de personnel… Et de toute façon, Linze devait s’occuper de sa famille.

Alors que je réfléchissais, le chef suprême avait soudainement pris la parole.

« Très bien ! Laissez-moi vous aider avec cette assemblée, s’il vous plaît ! »

Il avait soudainement lâché une phrase déconcertante avant de se tapoter la poitrine.

… Franchement, à quoi pense ce gars… ? Je ne vais pas le traiter d’agaçant à haute voix, mais il y a une chose qui est vraie, c’est qu’il est trop impatient.

« Non, nous ne pouvons pas demander ça… »

Fiana tenta d’émettre un léger refus, mais le chef suprême s’était interposé et avait continué à parler.

« Vraiment, ce n’est pas un problème. Tu es occupée, non ? Je vais t’aider, et bien mieux que ce minou, là. »

« Miaou, tu oses ! Je te ferai savoir que je suis une aide estimée ! »

Des étincelles proverbiales jaillirent du regard du démon et du chat. Je me demandais si j’allais encore devoir les faire tomber sur leurs fesses. Pourtant, c’est peut-être une bonne occasion… Ils pourraient commencer à recoller les morceaux de leur relation.

Au final, il ne faisait qu’aider sa fille et son ex-amante, il ne comptait donc pas comme un ressortissant étranger aidant Brunhild… En plus, il portait l’insigne de déguisement. Cela semblait être une bonne idée, et cela pourrait même amadouer Sakura un peu plus.

D’accord, je pense que je vais faciliter un peu les choses. Je m’étais tourné vers Fiana et j’avais pris la parole.

« S’il veut aider, je dis qu’il faut le laisser faire. Nous sommes après tout un peu en sous-effectif. »

« Quoi qu’il en soit… »

« De plus, il pourrait apprendre quelque chose qui pourrait servir aussi à Xénoahs. Si tu y réfléchis, c’est comme un échange culturel. »

« C’est vrai ! »

Le suzerain hocha rapidement la tête, comme pour suggérer que c’était son plan depuis le début. C’était franchement un sacré numéro, mais j’avais admiré son enthousiasme.

Sakura avait l’air un peu frustrée et avait décidé de ne pas tenir compte de ce que je disais.

« M. Mittens est bien suffisant pour tout ça… Il peut même lire des livres… »

« Bien sûr, il peut lire des livres, mais il miaule constamment et remplace les mots par des jeux de mots de chats, n’est-ce pas ? »

« Miaou ! Tu oses dire une telle chose ! Je suis positif et je sais très bien lire ! »

Monsieur Mittens cria à haute voix, prouvant complètement mon point de vue. J’avais décidé de le tester.

« Très bien, alors dis la phrase suivante. Je peux parler parfaitement, je ne plaisante pas. Tu t’es peut-être trompé, mon ami. Répète-la. »

« Ha ! Je peux parler parfaitement… Je ne suis pas un chaton ! Peut-être que tu avais juste tort, bout de chou ! Oh… Oh non. »

Ainsi, mon argument était pleinement prouvé. M. Mittens était tombé sur le sol, vaincu. Sakura avait fait la moue.

« Écoute, même en mettant tout ça de côté, il n’y a aucune raison de refuser une offre d’aide. Tu veux que l’assemblée se déroule bien, n’est-ce pas Sakura ? »

« Je le veux… Bien, il peut aider… »

Sakura accepta l’offre à contrecœur, ce qui fit naître un énorme sourire chez le chef suprême.

« Assure-toi juste de rester hors du chemin de maman… Et n’effraie pas les enfants, ou ne leur apprends rien de bizarre… »

« Je te le promets ! Fais-moi confiance ! »

Fiana regarda entre les deux avec un doux sourire. C’est un peu subtil, mais ils agissent presque comme père et fille… Oh, c’est vrai.

« Fiana, peux-tu te mettre là une seconde ? »

« Hm ? Ici ? »

« Yep, et tu te tiens ici, Seigneur Suprême. Sakura, tu vas entre eux. Reste tranquille, d’accord ? »

« D’accord… ? »

Je les avais fait se placer l’un à côté de l’autre avec Sakura entre eux, puis je m’étais accroupi un peu et j’avais sorti mon smartphone.

« D’accord, dites “cheese” ! »

Un petit son était sorti de mon smartphone alors que je prenais une photo d’eux.

Tout ce que j’avais à faire était de sortir du papier du [Stockage] et d’utiliser [Dessin] pour l’imprimer.

Il était possible d’utiliser [Dessin] pour imprimer des choses sans photo, mais le fait d’avoir une référence visuelle sous la main rendait les résultats plus précis. Le docteur Babylon avait dit qu’elle allait fabriquer un artefact similaire à une photocopieuse que d’autres personnes pourraient utiliser, mais pour l’instant, elle se concentrait sur des choses interdimensionnelles.

Une fois que j’avais fini d’imprimer trois copies, je les avais tendues à chacune des personnes en face de moi.

« Bonté divine… »

« Oh… Incroyable ! »

« Hmph… »

Les trois personnes avaient réagi très différemment aux photographies qu’elles tenaient dans leurs mains.

« G-Grand Duc, puis-je emmener cette photo chez moi ?! »

« Oui, vas-y. Utilise-la comme souvenir d’aujourd’hui. »

« Merci beaucoup… ! »

Le chef suprême sautait pratiquement de joie, mais l’expression de Sakura était beaucoup plus modérée. … S’il te plaît, ne le coupe pas de la photo, il est littéralement debout juste là.

Sakura n’était pas allée aussi loin, heureusement. Elle avait juste pris une expression grincheuse envers son père surexcité. Je pouvais comprendre ses sentiments, au moins un peu… Il sautait partout comme un petit enfant, mais d’après ce que j’avais entendu, il devait avoir plus de 100 ans.

Fiana baissait les yeux sur sa copie avec un sourire chaleureux.

Ah, oui…

J’avais sorti l’un des smartphones blancs fabriqués en série de [Stockage] et je l’avais tendu à Fiana. Elle semblait en mériter un, étant donné qu’elle était responsable de l’éducation du pays. Sakura serait capable de lui montrer comment l’utiliser.

Le chef suprême me posa des questions sur le téléphone et, quand je lui avais expliqué, il en avait aussi demandé un. Je lui avais dit que c’était seulement pour les employés du gouvernement de Brunhild et les membres de l’alliance… Il m’avait alors dit qu’il souhaiterait que Xenoahs puisse s’y joindre immédiatement. Choisis une meilleure raison de t’inscrire que la possession d’un téléphone, vieil homme…

Xenoahs avait été assez isolé pendant une longue période, c’était donc probablement une bonne chose qu’ils s’ouvrent plus aux autres nations… Cependant, j’avais sérieusement un problème avec le fait que « je veux un smartphone » soit la raison pour laquelle tout cela avait commencé. Le suzerain affirma que Xenoahs cherchait en fait à ouvrir des discussions avec d’autres nations depuis que Yulong s’était effondré, mais je n’étais pas sûr de le croire…

Que Xenoahs rejoigne ou non l’alliance n’était pas une décision que je pouvais prendre seul, nous verrions tout cela après le festival.

Au vu des récents événements, nous devions envisager d’inviter d’autres pays comme Hannock, Felsen, Ryle, Elfrau et Eashen… Ah, je ne pouvais pas non plus oublier l’île de Palerius.

À ce rythme, nous allions probablement devoir changer le nom. Mais tout dépendrait de l’acceptation ou non de notre invitation par les nations.

J’avais laissé échapper un soupir en pensant à la complexité de la situation.

◇ ◇ ◇

Le troisième jour du festival avait commencé.

Le tournoi de shogi avait commencé dans la matinée et était bien avancé.

Nous avions installé quatre grands moniteurs pour projeter un total de seize parties en même temps à un public plus large.

Nous étions assis à regarder de loin, en mangeant de la soupe miso et des pommes de terre bouillies, assis sur quelques chaises près de quelques stands de nourriture. Cette dernière avait vraiment bon goût. Les radis étaient croquants et les pommes de terre étaient tendres, créant une dynamique délicieuse. La cuisine orientale avait en fin de compte définitivement ma préférence.

« Les finales de shogi et les qualifications du tournoi de combat ont lieu aujourd’hui, non ? »

Yumina, à mi-chemin d’une pomme de terre, s’était retournée pour me poser cette question.

« Oui. Belfast, Regulus, Refreese, Palouf, et Roadmare participent tous à la finale de shogi. Mismede, Felsen, Lestia, et Eashen participent au tournoi de combat. »

Ah oui… Je suppose que le vieux Baba et Yamagata représentent aussi Brunhild…

Le roi chevalier de Lestia sera probablement le vainqueur, mais comme la magie était autorisée, le roi-bête pouvait utiliser son [Accélération] pour donner du fil à retordre à ses adversaires.

Cette ville était remplie d’aventuriers, même les jours ordinaires, je ne serais donc pas surpris de voir arriver des concurrents sans nom. Il y aura probablement quelques personnes qui se joindront à nous juste pour tester leurs propres capacités.

« Quel est ton plan pour aujourd’hui, Touya ? »

Lu nota exactement comment ces pommes de terre avaient été si bien cuites à la vapeur avant de se retourner et de me poser une question.

« Eh bien, je vais devoir annoncer les gagnants du tournoi de shogi et de combat plus tard… Donc, je suppose que je vais faire le tour de quelques endroits aujourd’hui. Ah, je dois aussi passer à l’église plus tard. »

Je n’étais pas trop inquiet pour le tournoi de combat puisque Moroha et Karina étaient là et agissaient en tant qu’arbitres, et Nikola avait également un œil attentif sur le tournoi de shogi.

« Et vous deux, au fait ? Belfast et Regulus participent à la finale du shogi, non ? »

Le chevalier commandant Gaspar représentait en quelque sorte Regulus dans le tournoi de combat, mais il était là incognito.

La participation d’un chevalier commandant à un tournoi libre n’était probablement pas la meilleure image pour une nation, il était donc logique qu’il soit déguisé. Si je me souviens bien, le général Léon de Belfast participerait aussi. Tout irait bien, je me suis dit. Ils ne seraient pas découverts.

« Père et ses amis vont participer au shogi, c’est vrai… Mais je ne dois pas m’inquiéter pour eux. Je n’ai donc rien de prévu. »

« C’est vrai. Nous avons toutes les deux du temps libre aujourd’hui… Alors nous avons pensé le passer avec toi. »

Ahh… C’est pour ça que vous m’avez fait venir ici ce matin. Eh bien, ça me semble bien.

Nous avions payé notre nourriture et remis les bols vides au propriétaire de l’étal, puis nous étions partis nous promener.

***

Partie 8

Lu et Yumina s’étaient blotties contre moi, Lu à ma droite et Yumina à ma gauche. C’était un peu difficile de marcher avec elles accrochées à moi comme ça, mais… Elles étaient heureuses, donc je n’avais pas vraiment de raison de me plaindre. Je ne peux pas me débarrasser d’elles ainsi…

Elles avaient toutes les deux grandi depuis notre rencontre, elles étaient un peu plus grandes… Mais leur petite taille les faisait encore paraître incroyablement jeunes.

Bien que, de ce que je pouvais sentir contre mes bras… Il n’y avait pas eu beaucoup de croissance dans une zone importante…

Pour être honnête, les spectateurs penseraient probablement que nous sommes un grand frère et ses petites sœurs.

« Touya ? »

« Hm ? Ah, ce n’est rien. »

Ces filles avaient des sens aiguisés, je ne pouvais pas leur faire savoir à quoi je pensais.

« Oh. »

J’avais soudain entendu un air et j’avais réalisé que Sousuke devait jouer de son piano dans la tour de l’horloge. C’était une chanson occidentale…

Mes goûts musicaux avaient été fortement influencés par mon grand-père, j’aimais donc beaucoup les vieux trucs. J’aimais surtout la musique des années 1950 et 1960. À mon tour, j’avais fini par montrer à Sousuke ce genre d’airs, et il les avait bien aimés.

La chanson qu’il jouait en ce moment était un morceau populaire de rock and roll des années 50. L’original était si apprécié qu’il avait été inclus dans les disques d’or du vaisseau spatial Voyager, qui avait ensuite été envoyé dans l’espace lointain.

Il y avait un film dans lequel le protagoniste conduisait une voiture qui était aussi une machine à remonter le temps. Il finissait par jouer la même chanson à la guitare lors d’un bal d’école dans le passé. C’était un très bon film.

Tout le monde écoutait la chanson et bougeait son corps en rythme, c’était un spectacle à voir…

J’avais regardé d’un peu plus près et j’avais remarqué qu’il y avait plus de gens sur la scène que le simple Sousuke, ils jouaient des instruments à cordes et des percussions à ses côtés.

« Huh… »

« C’est un groupe de voyageurs. Ils passaient par là et ont pensé à se joindre à nous. Ils l’ont aussi accompagné hier. »

L’un des marchands d’un kiosque à nourriture à proximité prit la parole pour m’expliquer la situation. J’avais reconnu la voix alors je m’étais retourné pour voir qui c’était… Ce n’était nul autre que le dieu de l’agriculture, mon oncle Kousuke. Attends, pourquoi es-tu là ?!

« N’est-ce pas évident ? Je vends de la nourriture faite avec mes produits. Je veux aussi participer au festival. »

Kousuke avait faiblement souri. Le chariot de nourriture avait du curry… Ou plutôt, du cully, et du riz. A côté, il y avait une grande boîte de légumes frais. J’avais remarqué un jeune homme à côté de lui, qui épluchait studieusement des carottes et des pommes de terre, encore et encore.

« Oh ! Tu es euh… Charon, c’est ça ? »

« H-Huh ? Je-Je veux dire… Je suis Charon, oui… Mais… »

Il m’avait regardé, incertain de qui j’étais. C’était probablement à cause du badge. Il n’affectait pas Kousuke, mais il était activé en ce moment, donc j’étais déguisé. Je l’avais rapidement mis en état de désactivation.

« V-Votre Altesse ?! »

Charon écarquilla les yeux et se montra confus en me fixant du regard.

C’était l’un des chevaliers qui avait rejoint notre ordre à peu près en même temps que Lanz.

Il était issu d’une lignée d’herboristes, ce qui faisait qu’il connaissait bien les plantes et la médecine naturelle. C’est pourquoi nous l’avions assigné à la charge de Naito et l’avions fait travailler dans le développement agricole.

« Ce garçon est très prometteur. C’est pourquoi je lui ai demandé de m’aider aujourd’hui. »

C’était logique. Je pouvais certainement comprendre pourquoi Kousuke avait dit ça. Pendant l’examen de chevalier, il avait réussi à survivre parce qu’il pouvait identifier les aliments qu’il pouvait manger sans danger, et les plantes qu’il devait éviter.

Je m’étais demandé si cela faisait aussi de lui un bénéficiaire de la divinité de Kousuke, alors… Ça ne pouvait pas être une mauvaise chose d’être favorisé par lui.

« Il n’y a donc que vous deux qui dirigiez cet étal ? »

« Non. Nous avons cette jeune fille Lakshy qui nous aide aussi. Elle est dehors à chercher les assaisonnements. Elle ne peut pas être près des flammes… Donc la cuisine est entre nos mains. »

Lakshy était une Alraune, une démone descendant d’une lignée de plantes. La voir éviter le feu était donc logique. Elle faisait également partie de l’équipe agricole, elle avait donc probablement la bénédiction du dieu de l’agriculture.

Je dois admettre que je veux essayer un peu de ça… Mais j’ai déjà mangé les pommes de terre plus tôt…

Avant d’oublier, je m’étais approché pour chuchoter à l’oreille de Kousuke.

« Ah, d’accord… Cet après-midi à l’église… »

« Karen m’en a déjà parlé. Ne t’inquiète pas pour moi, d’accord ? »

« Es-tu sûr ? Ça doit faire un moment que vous ne vous êtes pas rencontrés, je suis sûr… »

« Deux mille ans, mais pour un dieu, ce n’est pas si différent d’un jour ou deux. Si je veux le rencontrer, j’irai le rencontrer. Je n’en ai cependant pas besoin. »

Bon, d’accord. Si c’était comme ça qu’il le voit, qu’il en soit ainsi.

Nous avions quitté la place principale et regardé les étals qui bordaient les différentes rues.

« Ooh… »

« Ce totem est une icône populaire du nord de Regulus. »

Lu me donna une explication à propos de la petite figure en bois que je regardais. C’était la sculpture d’un ours tonnerre tenant un poisson bizarre dans sa bouche.

Dans mon monde, il y avait aussi des artisans qui fabriquaient ce genre de choses, mais ils étaient en déclin ces dernières années…

« Ohh, c’est… »

« C’est une petite poupée utilisée comme un charme. On dit qu’elle symbolise le bonheur pour toute une lignée familiale. »

C’était une poupée qui avait l’air plutôt cylindrique. Vous pouviez l’ouvrir horizontalement, et une plus petite poupée se trouvait à l’intérieur. Puis vous pouviez l’ouvrir pour révéler une autre poupée plus petite à l’intérieur, et ainsi de suite… Jusqu’à ce qu’il y ait une toute petite poupée au milieu qui ne s’ouvre pas.

C’était certainement similaire à quelque chose que j’avais déjà vu auparavant. Plus précisément, ces poupées traditionnelles de Russie. Celle-ci était cependant beaucoup plus simple dans sa conception.

Faire le tour des étals et voir les différentes marchandises était assez intéressant. Il y avait des bibelots semblables à ceux de mon monde, ainsi que des choses qui semblaient complètement différentes. Nous avions passé toute la matinée à nous promener et à acheter sans but précis diverses choses.

Vers l’heure du déjeuner, nous avions décidé de nous diriger vers l’église.

L’église était située un peu en dehors de la ville. Elle se trouvait sur une petite colline et était gérée par deux personnes de Ramissh, un prêtre et un pasteur. Mais actuellement, deux autres personnes de Ramissh étaient là.

Elles portaient les badges que je leur avais donnés pour masquer leur apparence, mais il s’agissait du pape de Ramissh, Elias Altra, et d’un des cardinaux de Ramissh, Phyllis Rugit.

Il y avait dans la région des gens qui ressemblaient à des aventuriers, mais ce n’étaient en fait que les gardes templiers de Ramissh qui agissaient incognito.

Brunhild n’avait pas vraiment de personnes qui croyaient au dieu de la lumière prêché par Ramissh, mais étant donné que Phyllis et Elias prêchaient techniquement la parole de Dieu Tout-Puissant maintenant, on pouvait dire que j’étais aussi un croyant.

Pourtant, vénérer quelqu’un qui était comme un grand-père pour moi à ce stade me laissait un goût bizarre, je n’étais donc jamais vraiment allé dans l’église.

Nous étions entrés dans l’église et avions entendu le pape donner un sermon sur quelque chose qui s’était passé à Ramissh.

Son histoire s’appelait « Le miracle d’Isla. »

L’histoire racontait que le dieu de la lumière était descendu dans la ville sainte d’Isla il y a un an, et avait vaincu le mauvais esprit des ténèbres qui tentait de consumer la ville et ses habitants.

L’histoire avait fini par se répandre dans le monde entier, car il y avait plusieurs témoins oculaires, y compris ceux qui n’adhéraient même pas à la foi de Ramissh.

Beaucoup de gens pensaient que c’était une absurdité, mais un grand nombre de personnes ne pouvaient pas nier ce que leurs yeux leur avaient montré.

Ceci étant dit, l’histoire était en fait basée sur un tour que j’avais fait.

Ramissh avait fait du bien depuis. Apparemment, toutes les personnes mal intentionnées qui avaient fait toutes sortes de mauvaises choses au nom de Dieu avaient toutes été chassées des positions de pouvoir.

Le pape avait terminé son récit, et la foule s’était lentement dispersée.

J’étais sur le point d’aller les saluer, mais elle et Phyllis avaient fini par se précipiter vers moi.

« G-Grand Duc ! Il est déjà là ?! »

« Uhh… Non… Pas encore. »

Ces deux-là semblaient déçus par mes paroles.

« Détendez-vous, les filles. Il va bientôt arriver, d’accord ? »

« En fait, je suis là. »

« Wuh ?! »

Quelqu’un présent à côté de moi se mit à parler, ce qui m’avait fait peur.

Je m’étais retourné et j’avais vu que c’était bien Dieu Tout-Puissant, le maître des mondes lui-même. Il avait une expression douce et était habillé sobrement, comme toujours. Woah, ça m’a fait peur ! Les dieux doivent arrêter de surgir comme ça !

« Gah ! Ne me fais pas peur comme ça. Attends ! Ça fait combien de temps que tu es là ? »

« Hmhm… J’ai utilisé une petite magie de téléportation il y a un moment. Ah, ça fait un moment, vous deux. »

Le dieu des mondes s’était adressé à Sa Sainteté le Pape, et au Cardinal Phyllis. Toutes deux avaient immédiatement commencé à se prosterner devant lui dans une panique frénétique, mais il les avait arrêtées dans leur élan.

« Veuillez considérer vos positions sociales, mesdames. Il serait inconvenant pour des personnes comme vous de vous prosterner devant un vieil homme. Cela ne me dérange pas, donc c’est bon. »

« A-Ah, ok ! »

La plupart des gens ne connaîtraient pas leur statut grâce aux badges qu’elles portaient, mais toutes deux étaient de toute façon trop pointilleuses, donc c’était bien. Moroha et Karen leur avaient dit d’arrêter de les révérer trop de fois pour être comptées.

Néanmoins, étant donné qu’il était venu ici en utilisant la magie de téléportation, cela signifiait qu’il n’était pas ici en tant qu’avatar en ce moment. Il s’était probablement humanisé comme le reste de ma famille divine.

« Um… Touya ? Qui est-ce ? »

Yumina avait légèrement incliné la tête en signe de confusion. Lu avait aussi une expression perplexe.

Oh, mon Dieu… Comment expliquer… !

« Bonjour, mes chers enfants. Mon nom est Mochizuki Shinnosuke. Je suis le grand-père du jeune Touya. »

Shinnosuke, hein… C’est assez simple… Tu as même le terme japonais pour dieu dans ton nom… Mais que signifie donc ce « jeune » Touya ?

J’avais souri maladroitement alors que Lu et Yumina ouvraient de grands yeux sous le choc.

« Le… Grand-père ? Mais comment est-ce possible ? Touya vient d’un autre monde… »

Le Dieu Tout-Puissant porta son doigt à ses lèvres et leur avait fait un clin d’œil complice. Elles semblaient comprendre le sens de ses gestes. J’espérais qu’elles comprendraient qu’il voulait dire qu’il était identique à Karen et Moroha.

« A-Ah, alors… S’il vous plaît, pardonnez-moi. Je suis Yumina Urnea Belfast. Je suis l’une des neuf personnes ayant le privilège d’être la fiancée de Touya. »

« E-Et je suis Lucia Leah Regulus ! Je suis aussi fiancée à Touya, désolée pour nous être présentée aussi tardivement ! »

« Ce n’est pas un problème. Bonté divine, vous êtes toutes deux de très belles jeunes femmes, n’est-ce pas ? Le jeune Touya doit être très heureux, fiancé à des personnes comme vous. »

Il leur sourit gentiment alors qu’elles inclinaient la tête. Heh, on dirait qu’elles sont reconnaissantes pour les compliments… Elles deviennent toutes rougissantes. C’est si mignon…

« Donc vous êtes aussi capable d’utiliser la téléportation ? »

« Ah, oui. C’est effectivement le cas. Je peux utiliser la plupart des formes de magie. »

« Cela semble bien correspondre à la famille de Touya… »

Je ne serais pas surpris qu’il ait tous les attributs et quasiment aucune limite de puissance magique… En fait, il n’a probablement pas du tout de limites.

« Ah… Papy Monde… Papy. Tu as déjà vu Karen ? »

« Papy ? Aha… Papy… J’aime bien ça. Ah, Karen ? Karen… Ah, oui ! Bien sûr, je vois de qui tu parles. Après tout, c’est aussi ma petite-fille. Je n’ai encore parlé à aucun d’entre eux, mais je suis sûr que nous le ferons bientôt. »

Yumina et Lu s’échangèrent un regard curieux. Vu comment il se comportait, cela semblait juste.

***

Partie 9

Elles savaient que je venais d’un autre monde, mais elles n’avaient probablement aucune idée que ce type était le dieu de tous les dieux.

« Je pensais aller faire un tour en ville après avoir parlé un peu avec le pape aujourd’hui. Qu’en pensez-vous ? »

« Et l’église ? »

« A-Ah, bien ! C’est parfait ! Nous serons aussi ouverts plus tard dans l’après-midi ! »

Phyllis avait répondu nerveusement, tandis que le pape hochait la tête à plusieurs reprises. Je me demandais si elles allaient vraiment s’en sortir… Elles étaient certainement tendues toutes les deux.

Je me demandais de quoi ils allaient parler…

 

◇ ◇ ◇

Lorsque le monde venait à peine d’être créé, les esprits et la magie étaient déjà présents.

Ils agissaient comme des membres des dieux, formant le contenu du monde et faisant apparaître de nombreux aspects de la nature.

L’esprit de l’eau avait rempli les océans du monde, tandis que l’esprit de la terre avait créé la terre et le sol. L’esprit du feu provoquait l’éruption des volcans, tandis que l’esprit du vent faisait souffler de l’air chaud dans l’atmosphère.

L’esprit des forêts fit naître les arbres et les bois denses, tandis que l’esprit de la lumière apporta l’illumination au monde. L’esprit des ténèbres apporta la nuit et la paix du silence.

Des exploits miraculeux de ces esprits naquirent des créatures liées aux aspects primordiaux de la nature, et le monde se retrouva peuplé.

Les fées, les bêtes célestes, les arbres de l’Esprit saint, et ainsi de suite… On disait que parmi les dernières créatures à naître se trouvaient les humains, ainsi que des demi-hommes comme les hommes-bêtes, les nains et les elfes.

Le dieu de ce monde, satisfait de sa création, remonta au ciel et laissa le monde aux nouveau-nés.

Ce monde était un paradis que le peuple pouvait s’approprier, il s’était donc dit qu’il était préférable de le leur laisser.

« Mais pourquoi Dieu est-il retourné au ciel ? »

Un petit garçon assis au premier rang posa une question après avoir entendu le sermon de Shinnosuke.

« Parce qu’il croyait que nous devions faire de ce monde le nôtre. Si vous comptez sur Dieu pour vous sauver chaque fois qu’il y a un conflit, vous ne pouvez pas forger votre propre chemin. Un enfant doit devenir indépendant de ses parents pour devenir un adulte. »

En bref, les dieux ne pouvaient pas interférer avec les royaumes mortels de leur propre création. C’était la raison pour laquelle je ne pouvais pas renaître dans mon ancien monde. Mon monde n’avait aucune méthode pour ramener quelqu’un d’entre les morts, cela n’aurait pu être donc vu que comme un miracle.

Si j’étais mort dans ce monde, me ressusciter aurait pu alors être une possibilité. Après tout, il y avait des moyens magiques de ressusciter les gens ici. Le risque de mort était beaucoup plus élevé en moyenne.

« Le dieu suprême nous a confié ce monde. Je suis sûr qu’il serait heureux de savoir que chacun d’entre nous fait de son mieux pour rendre ce monde meilleur. »

Dieu tout-puissant regarda la foule de personnes assistant à son sermon. Il portait une robe de prêtre qu’il avait empruntée au pape.

« Faites aux autres ce que vous voudriez que l’on vous fasse. Faites tout ce que vous pouvez, même si c’est peu. Cela suffit. La bonté est une base solide. Tous sont égaux aux yeux de Dieu. Hommes, femmes, enfants, adultes, princes et indigents. Nous pouvons tous vivre pleinement notre vie. C’est ce qui rendra Dieu le plus heureux. »

Il s’était incliné devant la foule avant de quitter la zone avant.

Huh… Donc les esprits ont vraiment aidé les dieux à former le monde ? Je n’avais rencontré que celui de la forêt et l’esprit des ténèbres à Ramissh… Je n’avais pas réalisé qu’ils étaient si puissants.

Peut-être ont-ils perdu leur pouvoir avec le temps ? Ou peut-être ont-ils perdu le pouvoir de façonner le monde après que les dieux n’en aient plus eu besoin ? Ils n’ont pourtant pas l’air si puissants que ça…

Surtout l’esprit des ténèbres… Je l’ai battu assez facilement. Mais apparemment, les esprits sont immortels, il finira donc probablement par revenir.

« Merci pour le sermon. C’était fascinant… »

« Ah, aucun souci pour ça. En général, je n’ai à parler avec les autres dieux que quand ceux-ci ont des problèmes, alors c’était sympa de discuter un peu. »

Elias et Phyllis étaient déjà en train de s’extasier sur le sermon de Dieu.

« Non, c’était vraiment incroyable ! Merci beaucoup, nous veillerons à ce que les générations futures relatent ce récit et le prennent à cœur ! »

« Eh bien… Vous pouvez faire ce que vous voulez, mais je ne pense pas que c’était si intéressant que ça… »

Dieu Tout-Puissant sourit doucement au pape. Vous savez, mon vieux… Vous ne le réalisez probablement pas, mais vous venez de donner à ce monde un solide mythe de la création.

« Où vas-tu après ça, grand-père ? Je pensais te présenter aux autres. »

« Je ne suis pas tout à fait sûr… J’allais demander si tu pouvais me laisser rester ici pour une nuit, afin que je puisse rencontrer les autres ce soir. Pour l’instant, j’aimerais visiter la ville. Pourrais-je demander à quelqu’un de me guider ? »

« Je vais le faire, tu sais ?! »

Karen était apparue comme si elle sortait de nulle part pour s’immiscer dans notre conversation. Qu’est-ce que j’ai dit à propos de vous, les Dieux, et de vos absurdités de téléportation instantanée ? Montrez-vous normalement pour une fois !

Le Dieu tout-puissant sourit à Karen, apparemment insensible à son apparition soudaine.

« Cela fait un moment, ma chère. Es-tu en bonne santé ? »

« J’ai la chance d’avoir un quotidien plutôt amusant grâce à toi, tu sais ? Je vais te faire visiter, alors ne t’inquiète pas pour ça… Et si tu arrêtais de t’immiscer dans le rendez-vous de Touya, grand-père ? »

« Hmm ? Ohh… Je vois. Je n’avais pas réalisé que je m’imposais. Veuillez me pardonner, mes enfants. »

« N-Non, c’est bon… »

Lu et Yumina étaient devenues rouges. Elles agitèrent leurs bras dans un mouvement de panique.

Pourtant, j’étais reconnaissant que Karen s’occupe de lui maintenant. Même si quelque chose arrivait, elle serait plus que capable de s’en occuper elle-même.

De plus, il allait de soi que Phyllis, le pape et les gardes de Ramissh les accompagneraient également.

Yumina, Lu et moi avions quitté l’église et nous étions dirigés vers la salle de shogi. La première série de parties venait de se terminer, et les secondes commençaient.

Il y avait beaucoup plus de monde que le matin et beaucoup de gens qui avaient déjà terminé leurs parties. L’écran affichait les noms des gagnants et des perdants.

« Uhhm… Aha, on dirait que les choses avancent… »

Barral et Simon du Reflet, l’empereur de Refreese et le doge de Roadmare avaient tous perdu leur match.

Tous, à l’exception des citoyens de Reflet, s’y étaient inscrits avec des pseudonymes.

« Ah, mon père a été vaincu… », marmonna Lu à elle-même après avoir remarqué le nom de son père.

Si je me souvenais bien, son adversaire était le roi de Palouf. On dirait que le gamin était en train de botter des fesses.

J’avais regardé autour de moi et j’avais vu deux personnes assises sur des chaises devant un écran. C’était les chefs de Regulus et Refreese.

Nous nous étions approchés du groupe.

« Bonjour. Désolé pour la défaite. »

« Oh, Touya ! En fait, je me suis bien amusé. J’aimerais organiser un tournoi comme celui-ci l’année prochaine… »

« Le fait que j’ai perdu est regrettable, mais j’ai réussi à en apprendre un peu plus sur mes propres défauts. Je ne perdrai pas la prochaine fois. »

Ces deux-là n’avaient pas l’air de se soucier de leurs défaites, alors j’étais content.

J’avais regardé l’écran et j’avais vu une tuile générale argentée être déplacée sur une table. Les deux monarques avaient laissé échapper des sons mitigés en réponse à la vue.

« Qui est-ce ? »

« C’est le match entre le roi de Belfast et le roi de Palouf. C’est une bataille plutôt intéressante. »

Huh… Je vois… On dirait que le roi de Belfast passe un mauvais moment. Pas étonnant qu’il ait réussi à battre l’empereur de Regulus. J’avais regardé attentivement comme le jeune roi avait déplacé sa pièce générale en argent…

« Ne va-t-elle pas être prise par la tour du roi de Belfast ? »

« Non, c’est un sacrifice tactique. C’est un coup stratégique visant à détruire l’équilibre du jeu. Si vous ne regardez pas d’un œil attentif, cela pourrait être considéré comme imprudent… »

J’avais regardé l’écran après que l’empereur de Regulus ait parlé. Bon sang… Je n’arrive vraiment pas à suivre…

La vitesse à laquelle les gens de ce monde s’améliorent sur le plan tactique était en fait assez incroyable, mais c’était aussi un monde qui manquait de divertissement. Cela signifiait qu’ils pouvaient se concentrer sur leurs défauts individuels avec peu de distraction, et continuer jusqu’à ce qu’ils les surmontent.

Leur enthousiasme était quelque chose que je leur enviais vraiment. J’étais déjà complètement surclassé par les meilleurs joueurs de ce monde.

Il semblerait que le tournoi de shogi allait encore durer un peu plus longtemps que prévu… Nous nous étions donc décidés à aller voir le tournoi de combat en attendant.

 

◇ ◇ ◇

Dans l’arène, six combattants s’affrontent sans pitié.

Ils s’attaquaient, se défendaient, esquivaient, tailladaient et poignardaient. Ils s’écroulaient au sol les uns après les autres.

Tous les participants tombés au sol avaient été immédiatement téléportés hors de l’arène où notre personnel médical qualifié avait pu les prendre en charge.

Nous avions installé de nombreux dispositifs dans l’arène de combat pour protéger la vie des participants, le téléporteur n’était qu’une de ces méthodes.

Les deux derniers participants debout avaient croisé leurs lames. L’un d’eux était un aventurier armé d’un sabre, et l’autre était un homme d’Eashen armé d’un katana.

J’avais reconnu l’homme d’Eashen. C’était Kokonoe Jutaro, le frère de Yae.

Nous avions fourni les armes pour le tournoi, mais cela n’avait pas toujours aidé. Même avec un bord émoussé, une épée pouvait infliger des blessures sévères ou même la mort.

Tant que la mort n’était pas instantanée, nous pouvions aider la personne à se remettre. De plus, je faisais confiance à Moroha en tant qu’arbitre pour arrêter le combat avant que quelque chose de mortel n’arrive.

Jutaro continuait d’esquiver les coups de l’épée blanche avec agilité.

L’homme au sabre était celui qui semblait mettre le plus de pression sur son adversaire, mais Jutaro cherchait clairement les failles. Comme je m’y attendais, il avait profité d’une accalmie dans les mouvements de son adversaire pour s’élancer en avant.

Il dansa comme un éclair et frappa son katana dans la poitrine de l’homme à l’épée large.

L’homme tomba au sol avec un bruit sourd et s’était téléporté hors du champ de bataille.

« Match terminé ! Le vainqueur du Groupe G est… Kokonoe Jutaro ! »

Le public lança frénétiquement des applaudissements et des acclamations au moment où Moroha annonça la victoire.

Jutaro inclina la tête avant de se diriger vers la salle d’attente des participants.

« Il n’a même pas transpiré… »

« Mon frère est vraiment doué. »

Yae avait fièrement souri tout en acquiesçant à la déclaration de Yumina.

Yumina et Lu m’avaient accompagné à l’arène, où nous avions retrouvé Hilde et Yae.

Les préliminaires se déroulaient bien. La moitié des gagnants avaient déjà été déterminés. Il y avait tellement de participants que nous avions fini par opter pour une structure de bataille royale.

« Est-ce que le roi des chevaliers… Est-ce que Reinhard s’est déjà qualifié ? »

« Oui, mon frère faisait partie du Bloc A. Il est en bas, dans la salle d’attente, en train de regarder les autres matchs. »

Hilde pointa du doigt l’endroit où les gagnants étaient tous en train de socialiser.

Oh, c’est vrai… Je suppose que les frères de Yae et Hilde vont finir par se battre l’un contre l’autre… Lequel devrais-je encourager ? Je pouvais difficilement encourager les deux…

« Quelqu’un que nous connaissons est également qualifié ? »

« Le Commandant Gaspar, le Général Léon, et Baba l’ont fait ! »

Mince, même le vieux l’avait fait… J’espère qu’il n’en faisait pas trop.

***

Partie 10

Tout de même, ce n’était pas trop surprenant. Ce type était un membre des quatre d’élite de Takeda. J’étais sûr qu’il pouvait même donner du fil à retordre à Reinhard.

« Ah, Touya… Regarde… »

« Hm ? »

J’avais regardé et j’avais remarqué un visage familier parmi les participants du Groupe H.

C’était une fille à la peau légèrement plus foncée, aux oreilles pointues, avec des écailles sur son corps ici et là. Elle avait deux cornes draconiques pointant sur sa tête, et une queue épaisse dans son dos.

« Ahh… Je ne savais pas que Sonia était ici. »

C’était une combattante draconique, une aventurière. Une amie que nous avions rencontrée lors des combats dans la Mer des Arbres. Elle nous avait également aidés contre l’empereur céleste de Yulong il y a quelque temps.

Apparemment, elle continuait à parcourir le monde en tant qu’aventurière, et elle était même allée plusieurs fois sur les îles donjons de Brunhild. Je n’avais pas été trop surpris de sa participation, étant donné qu’elle avait commencé à parcourir le monde à la recherche de prouesses martiales.

Cela signifiait probablement que Rengetsu participerait aussi. Il était le porteur de bâton avec la tête chauve. Si je me souvenais bien, ces deux-là étaient des compagnons de voyage qui avaient la même philosophie du combat.

Je me souvenais d’eux avec émotion lorsque le match commença, et l’arène s’était immédiatement transformée en une véritable mêlée.

Sonia frappa un homme armé d’une hache avec son gantelet, le mettant presque hors jeu.

Et alors qu’il était sur le point de se remettre de ce coup stupéfiant… Un second impact invisible l’avait envoyé s’écraser hors des limites du terrain. Il avait été immédiatement disqualifié.

C’était une partie du pouvoir de Sonia… Et c’était vraiment un pouvoir redoutable.

Au final, Sonia fut déclarée vainqueur des guerriers du groupe H, et elle était passée au tournoi principal. Léon de Belfast s’était battu de manière très similaire à elle, mais j’avais le sentiment qu’elle était peut-être encore plus douée que lui…

Quoi qu’il en soit, il fallait prendre en compte plusieurs facteurs pour espérer gagner, au-delà de la simple compétence.

« Je voulais aussi me joindre… »

« Moi aussi… »

« Allez, vous deux… Ne soyez pas tristes. On a besoin de nous ici pour assurer la sécurité des gens, compris ? »

Yae et Hilde semblaient abattues, j’avais donc souri et je leur avais rappelé à quel point elles étaient importantes.

C’était ma raison extérieure, mais en toute honnêteté, les laisser participer à un tournoi comme celui-ci me rendait inquiet… Je n’aurais pas non plus laissé Elze le faire.

Elles avaient après tout la bénédiction de plusieurs dieux qui brillaient sur elles. Je ne voulais pas que les première, deuxième et troisième places soient dominées par Brunhild. L’événement aurait pu être considéré comme ennuyeux, ou même truqué si cela s’était produit.

« On dirait que le tournoi se déroule bien… Allons voir un peu plus loin. Oh, nous pourrions peut-être rendre visite à Sakura… »

Au moment où je suggérais aux autres quelque chose à faire, l’une de mes bêtes convoquées déploya un message télépathique à mon intention.

« … Désolé, il y a eu un imprévu. Je dois y aller. »

« Huh ? »

Je n’avais pas pu répondre à leur confusion. J’avais utilisé la [Téléportation] précipitamment afin de quitter l’arène.

J’avais atterri dans une ruelle pour ne pas attirer l’attention, avant de sortir dans la rue principale.

Je m’étais frayé un chemin à travers la foule et j’avais vu un homme portant un bandana noir. Il était suivi par un des subordonnés de Kohaku, une petite souris. Ce fut comme ça que je sus que c’était le bon gars.

Je m’étais mis devant l’homme au bandana.

« Quelque chose ne va pas, crétin ? »

« Oui. Veuillez rendre la chose que vous avez dans votre poche. »

« Je ne vois pas de quoi tu parles. »

« Le sac à main volé. Donnez-le-moi. »

L’homme fit claquer sa langue et ricana, avant de sortir un couteau et de le pointer droit sur moi. Quel crétin il était… ! Il aurait eu plus de chance s’il avait essayé de fuir.

Il s’était élancé, j’avais esquivé le couteau et j’avais attrapé sa main avant de la tordre et de la tenir vers le haut. J’avais plié son bras en arrière, ce qui lui fit pousser un cri de douleur et lui fit perdre par réflexe sa prise sur le couteau. Il était tombé au sol à côté de lui lorsque j’avais lâché prise.

« H-Hey, enfoiré ! Putain ?! »

C’est toi qui as commencé. J’avais soupiré pendant que la petite souris sortait le sac de la poche de poitrine de l’homme. Il était fait d’un matériau très chic, certainement un niveau de salaire supérieur à celui de ce ruffian.

D’après le message de la souris, il avait volé la bourse à un marchand ambulant. J’étais le plus proche de la zone, donc j’avais pu m’en occuper.

Certains de nos chevaliers avaient entendu l’agitation et étaient venus arrêter le type.

L’homme avait immédiatement commencé à faire des histoires et avait essayé de faire croire que je lui avais volé son sac, mais j’avais utilisé [Rappel] pour projeter une image de ses crimes dans l’air, directement à partir des souvenirs de la petite souris. Quand il comprit que j’étais le grand-duc de Brunhild, toutes ses protestations devinrent vaines.

Les chevaliers avaient alors emmené le voleur. Puis j’avais vérifié à qui appartenait réellement la bourse. Celle-ci contenant beaucoup d’argent, je devais donc m’assurer qu’il reviendrait à son propriétaire légitime.

J’avais encore utilisé les souvenirs de la souris pour découvrir qui était la victime.

J’avais ouvert ma carte et j’avais facilement trouvé le gars, il était devant une échoppe juste un peu plus loin dans la rue.

Je m’y étais dirigé et je vis un commerçant à l’air grassouillet se disputer avec une femme plus âgée. Les souvenirs de la souris étant en noir et blanc, je n’avais pas réalisé à quel point les vêtements du marchand étaient d’un rouge aveuglant et criard. Pas étonnant que le voleur ait pensé que ce type était une cible facile.

« Qu’est-ce que tu veux dire, tu n’as pas d’argent ! Tu essayais de dîner et de t’enfuir… ?! »

« Je… je n’essayais pas ! J’ai juste… J’ai dû perdre mon porte-monnaie, ou peut-être qu’on m’a volé mon argent ! »

Bon, je ferais mieux de m’occuper de ça avant que ça n’empire… Ça pourrait mal tourner.

« Excusez-moi. Est-ce votre porte-monnaie ? »

« Hm ? Ohh ! Je… c’est le mien ! »

Je le lui avais donné. Merci mon Dieu.

J’avais expliqué la situation à la femme qui tenait le stand de nourriture, cette dernière ayant joyeusement pris le paiement de lui.

« Merci beaucoup ! Vous m’avez vraiment sauvé… »

L’homme s’était incliné devant moi. J’étais en fait assez curieux à son sujet.

Ses vêtements rouges étaient vraiment intéressants, tout comme son turban. C’était un homme rond, mais il semblait en bonne forme pour un homme qui devait avoir une quarantaine d’années. Tout cela, combiné à sa barbe noire, donnait l’image stéréotypée d’un marchand arabe. Mais plus que tout cela, ce qui avait attiré mon attention était la couleur de sa peau.

Sa peau était d’un rouge sombre, encore plus sombre que celle de Sonia. Il était juste… Rougeâtre, c’était bizarre. Cela m’avait donné envie de demander…

« Excusez-moi, monsieur… Pourriez-vous être un du Peuple Rouge… Er… Du Clan de l’Arcane ? »

« Oh ? Vous connaissez mon peuple ? »

Je le savais… L’ancien clan qui vénérait la couleur rouge… Les gens qui ont scellé une phase sous l’ancienne capitale de Belfast, et laissé derrière eux un message… Ceux qui ont visité Elfrau il y a longtemps, aussi… Je savais que ce type était lié à eux !

Après avoir entendu l’histoire de la reine d’Elfrau, j’avais essayé de les trouver, mais je n’avais pas eu de chance.

Après tout, je n’avais aucune idée de l’apparence d’une personne du clan des Arcanes au premier coup d’œil. Ma magie ne serait pas capable de trouver des personnes dont je n’avais qu’une vague idée.

J’avais remarqué une amulette autour de son cou qui ressemblait à un blason celtique. Ça aurait pu être un indice… C’était certainement quelque chose de tangible que je pouvais utiliser pour mon sort [Recherche], à condition que ce soit un emblème familial ou autre.

« Ah… Eh bien… Si vous êtes du Clan des arcanes, pouvez-vous répondre à une question pour moi ? »

« Hm ? »

J’avais utilisé [Stockage] afin de sortir plusieurs impressions pour lui. Il s’agissait de photos des lettres que j’avais trouvées sur le mur sous la capitale de Belfast, lors du premier incident au cours duquel j’avais rencontré la Phase.

J’espérais qu’il serait capable de lire les lettres. Je les lui avais tendues et il les avait regardées de haut en bas en levant un sourcil.

« Ce sont… Ce sont des mots transmis dans le clan des Arcanes depuis des générations… Il n’y a presque personne dans le monde qui serait capable de les lire. »

« Mince… Alors vous ne le pouvez pas non plus… »

« Ce n’est pas du tout ce que j’ai dit, en fait. Ma grand-mère était une prêtresse de notre peuple dans l’ancien temps, et elle m’a appris les mots. Je dirais qu’il existe aujourd’hui environ cinq personnes, moi y compris, qui peuvent les lire. »

Ce n’est pas beaucoup… Apparemment, les lettres n’étaient utilisées que pour les textes les plus importants, donc pas assez souvent pour qu’elles soient bien conservées. C’était logique, même si c’était dommage.

« Uhh… Voyons voir… Il est dit que… Notre peuple, le Peuple Rouge, enregistre cette histoire. Les monstres scintillants sont sortis du puits et ont sacrifié notre peuple. Comme la ville était sur le point de tomber en ruine, deux petits chevaliers ont été appelés par notre chef vénérable. Un chevalier noir, et un chevalier blanc. À travers le temps et l’espace lui-même, ils ont lancé les bêtes scintillantes. Ils ont réparé la fosse et sont retournés d’où ils venaient. Nous avons laissé une enveloppe scintillante ici pour que, si jamais cet incident se répète… Ce cadavre peut servir d’avertissement. Ne laissez pas la vie revenir dans son enveloppe, de peur qu’elle ne se déchaîne à nouveau… »

J’étais surtout confus par ce que j’avais entendu.

Les monstres scintillants étaient clairement la Phase, et le puits d’où ils venaient était probablement la déchirure du monde.

Mais… Je n’avais aucune idée de qui était censé être ces chevaliers noirs et blancs… De plus, cet avertissement sur le fait de ne pas donner vie à cette chose était inutile, puisque j’avais fini par le faire à l’époque.

« Où avez-vous trouvé ça ? »

« Dans des ruines sous l’ancienne capitale de Belfast. »

« Fascinant… Il a été dit dans mon clan que certains de nos membres se sont séparés et ont migré dans cette direction… Ces mots ont probablement été laissés par eux. »

La Phase avait envahi Belfast il y a plus de mille ans. Ils avaient probablement laissé ce message derrière eux pour avertir la prochaine génération… Mais alors pourquoi avait-il été enterré et oublié… ? Il était possible qu’ils aient simplement suivi les instructions et que l’information se soit perdue au fil du temps… Mais les ruines n’avaient pas été utilisées spécifiquement pour abriter une Phase morte, mais pour en sceller une… Ce n’était cependant pas le principal sujet d’inquiétude.

En tout cas, ce qui était écrit dans les ruines était probablement vrai. Les Phases avaient envahi la capitale et provoqué une catastrophe majeure…

Puis ils furent sauvés par des individus qui avaient apparemment repoussé la Phase.

Les Chevaliers Noirs et Blancs… Ils étaient la clé de tout cela. Je m’étais demandé si c’était un duo qui avait été appelé du Monde Inversé… Ou peut-être qu’ils étaient littéralement juste deux chevaliers.

Le mystère était encore entier, et je n’avais aucune idée de ce que cela signifiait. Il semblerait que je n’avais pas d’autre choix que de retourner dans le Monde Inversé pour trouver plus d’indices.

« Merci beaucoup, vous m’avez vraiment aidé. »

« Pas du tout, vraiment. Cet argent était vital pour mes opérations dans ce pays, ça aurait été donc une lourde perte. Merci du fond du cœur. »

Apparemment, le peuple rouge, le clan Arcana, avait été nomade jusqu’à ce qu’ils se soient finalement installés sur une île entre Hannock et Xenoahs.

Apparemment, le clan vivait en harmonie avec les démons qui étaient natifs de cette île.

***

Partie 11

Le marchand, qui s’appelait Polunga, avait quitté l’île alors qu’il était encore un jeune homme et était devenu un marchand itinérant. Depuis, il n’avait cessé de parcourir le monde. Son but à Brunhild était d’acquérir des marchandises inhabituelles que l’on ne pouvait trouver nulle part ailleurs.

Afin de le remercier un peu plus, je lui avais présenté la société d’Olba Strand. Après tout, cet endroit s’occupait de la vente de beaucoup de choses bizarres.

Je lui avais dit au revoir après ça, mais je pensais encore à ce qu’il avait dit…

« Deux chevaliers… Hmm… »

Franchement, je n’ai vraiment aucune idée de ce dont ça parlait. Je suppose que je ne peux rien faire avec cette info pour l’instant.

« Ah, hey ! Touya ! »

Je m’étais retourné et j’avais vu Yumina et Lu se frayer un chemin dans les rues bondées.

« Je vous félicite pour m’avoir retrouvé. »

Je ne m’étais pas téléporté si loin, mais le duo m’avait retrouvé assez rapidement. Je leur avais demandé comment elles savaient où j’étais, et elles s’étaient contentées de se regarder avec une expression gênée.

« Eh bien, comment puis-je dire ça… ? Dernièrement, j’ai, en quelque sorte…, su ? J’ai une vague idée de l’endroit où tu es. Lu aussi… »

« Oui, c’est un peu vague… Mais j’ai dans ma tête une sorte d’intuition me donnant l’endroit où tu es à tout moment… Je crois que c’est la même chose pour les autres filles… »

Attendez, quoi ! Depuis quand avez-vous toutes des détecteurs mentaux de Touya ?! Est-ce à cause de ma divinité ? Je suppose qu’il serait logique que des capacités comme celle-là se renforcent avec le temps… Kohaku et les autres bêtes célestes peuvent faire quelque chose de similaire.

Mais… Je ne suis pas sûr d’avoir envie qu’elles sachent où je suis à tout moment… N’est-ce pas un peu gênant ? Et si j’avais une liaison ? ! N-Non pas que je le ferais, haha…

« Où sont Yae et Hilde ? »

« Elles étaient plus intéressées par le tournoi. Elze les a aussi rejointes. »

Elles étaient le trio de tête de ma famille, il était donc logique qu’elles passent beaucoup de temps ensemble.

Elze, Yae, et Hilde formaient la clique des combattants… Linze, Leen et Sakura formaient la clique des mages… Ce qui veut dire que Yumina, Lu, et Sue devaient former la clique royale… Mais là encore, Hilde et Sakura étaient aussi royales.

Nous nous étions dirigées vers l’événement de contes que Sakura et sa famille organisaient. Apparemment, un groupe d’artistes de rue s’était joint à eux pour divertir les enfants avec des reconstitutions d’histoires. Je m’étais aussi occupé de quelques ivrognes perturbateurs.

Le chef suprême était là, faisant la lecture aux enfants avec un… visage franchement terrifiant. Plusieurs des enfants pleuraient. Sakura l’avait réprimandé pour avoir bouleversé les enfants… Je ne comprenais pas pourquoi il pensait que prendre une voix effrayante était une bonne idée.

Je ne voulais pas qu’il nous remarque et nous retienne, nous nous étions rapidement retournés à la salle de shogi.

Nous étions arrivés pour trouver les quatre moniteurs affichant la même image. C’était le match final.

« Ohh… C’est le roi de Palouf, et il affronte Dolan ! »

Beaucoup de personnes dans le public avaient été surprises.

Il s’agissait du roi de Palouf, Ernest Din Palouf. Il s’était inscrit sous le faux nom d’Ernie Palous.

Grâce au badge qu’il portait, le public le voyait comme quelqu’un de complètement différent, mais il avait toujours l’apparence d’un enfant pour eux.

L’idée qu’un garçon de dix ans puisse battre plusieurs adultes et accéder à la finale ? Pas étonnant qu’ils aient tous été choqués.

« Cet enfant est vraiment un génie… Rachael est une chose, mais ensemble ils sont incroyables… »

J’avais regardé à travers la foule et j’avais vu Rachael qui regardait son match. Les gardes de Palouf étaient là aussi.

Rachael avait un air tendu sur le visage, elle était totalement captivée. De temps en temps, elle se tournait vers le duc Rembrandt et demandait une explication de ce qui se passait. Elle semblait inquiète pour le garçon.

Pendant ce temps, le jeune roi était entièrement concentré sur le jeu. On ignorait si c’était parce qu’il savait qu’elle regardait ou non.

Son adversaire était Dolan, propriétaire de la Lune d’Argent à Reflet, il fixait l’échiquier avec des yeux bridés. Son expression était effrayante même dans un bon jour. Assez effrayante pour faire fuir un petit enfant en pleurs.

Ses pièces étaient grisées, ce qui signifiait que son temps était presque écoulé. Il avait rapidement tendu la main et déplacé un général argenté en diagonale vers la droite.

Le garçon fronça les sourcils à cause du mouvement soudain. Dolan sourit et retourna le sablier. Les couleurs des pièces étaient redevenues normales, et c’était au tour du garçon.

« Qui va gagner… ? »

« Mm… On dirait que c’est Dolan qui gagne. »

J’avais dit ce que je pensais à Lu, mais je n’en étais pas entièrement certain. Le cours de la bataille aurait pu être renversé assez facilement.

Le public échangeait tranquillement ses opinions sur le match alors que le temps imparti continuait de s’écouler.

Les deux hommes dégageaient une aura si intense que même ceux qui connaissaient peu le shogi ne pouvaient s’empêcher de s’y intéresser.

Les couleurs des pièces avaient commencé à changer, signalant l’approche de la fin du tour d’Ernest.

Il avait bougé sa main, amenant son cheval en diagonale.

Ses pièces étaient revenues à leurs couleurs normales. Il avait retourné le sablier et regarda Dolan.

L’expression de Dolan était devenue carrément sinistre. Il semblait que le jeune roi l’acculait dans un coin… Mais je n’étais pas sûr non plus.

Oui, je n’arrive vraiment pas à suivre le match, je devrais engager un commentateur la prochaine fois.

Dolan déplaça sa pièce, mais il était clairement stressé par ce mouvement. L’atmosphère était si tendue que personne dans le public n’avait élevé la voix. Personne n’avait encouragé l’un ou l’autre camp… Ils avaient simplement regardé le duo enfermé dans un combat mortel, psychologique.

◇ ◇ ◇

« … J’abandonne », soupira Dolan en signe de défaite, ce qui provoqua des applaudissements de joie de la part des membres de l’audience de Palouf.

Le roi Cloud de Lihnea avait rapidement rejoint les applaudissements aux côtés de la grande sœur d’Ernest.

Rachael fondit en larmes, ce qui avait amené son père à la réconforter doucement. Elle était probablement extrêmement soulagée qu’Ernest ait gagné… La pression avait dû être trop forte. Le garçon lui-même s’était affalé sur sa chaise avec une expression épuisée. Il avait fait tout ce qu’il pouvait, et maintenant la fatigue mentale le frappait… Il n’était après tout qu’un enfant.

Dolan croisa les bras, fronça les sourcils et ferma les yeux.

C’était dommage qu’il ait été vaincu, mais il avait tout de même obtenu la deuxième place. Il était extrêmement talentueux et avait probablement beaucoup appris de cette épreuve.

« … Le début de l’année prochaine. »

« H-Hm ? »

Dolan avait ouvert les yeux et avait commencé à murmurer vers le jeune roi. Le roi s’était soudainement penché en avant et avait essayé de fixer sa posture.

« Nous organiserons un tournoi de shogi dans ma ville natale au début de l’année prochaine. Tu veux y participer ? Ce ne sera pas aussi spectaculaire qu’ici… Mais nous pourrons régler nos comptes à ce moment-là… »

« A-Ah, oui ! Oui, bien sûr ! Je veux bien ! »

Dolan tendit alors sa main, que le jeune garçon s’empressa de saisir.

Dolan… Tu ne le sais peut-être pas, mais tu viens d’inviter le roi d’une nation à Reflet.

Quoi qu’il en soit, il semblerait que ce duo ait formé un lien indéfectible, un lien qui n’était pas affecté par l’âge ou le statut social. Il aura aussi probablement besoin de l’insigne pour le tournoi de Reflet.

La guerre était maintenant terminée. Il ne me restait plus qu’à m’occuper de la cérémonie de remise des prix… Je remettrais un bouclier et une médaille aux gagnants, comme pour le tournoi de baseball.

Le grand champion était Ernie Palous, qui était secrètement le roi Ernest Din Palouf. La deuxième place était revenue à Dolan de Reflet. Et la troisième place était revenue à un type dont j’avais déjà oublié le nom. C’était un roturier qui avait fait de son mieux.

Chacun d’entre eux souriait avec la médaille autour du cou. La médaille du roi de Palouf était en orichalque. Il la contemplait avec des étoiles dans les yeux.

Il était manifestement heureux. La médaille était la preuve tangible qu’il avait gagné par son propre mérite, et avec un peu de chance, elle serait une source de confiance pour le gamin.

« Félicitations. »

« A-Ah, merci ! Je vais garder ça précieusement pour le reste de ma vie… »

Il était presque sur le point de pleurer.

La cérémonie de remise des prix s’était terminée et tout le monde avait commencé à quitter la scène. À ce moment-là, Rachael courut vers Ernest et le renversa presque dans ses bras. C’était amusant.

« Tu l’as fait ! Tu l’as fait ! Je savais que tu pouvais, Ernie ! »

« Hh… R-Rachael, t-tu serre… Trop… »

Le garçon commença à haleter pour respirer alors que son visage devenait bleu, Rachael continua à le serrer dans une pure joie. Je ne pouvais pas dire si la scène était réconfortante ou mortifiante, mais j’étais heureux qu’il ait quelqu’un qui se souciait de lui à ce point.

Le tournoi de shogi était terminé, ce qui ne laissait que le tournoi de combat. Le festival s’était terminé par une cérémonie de clôture.

Le festival semblait s’être déroulé sans accroc. Incroyable, quand on sait à quelle vitesse j’avais tout organisé.

Et… juste à ce moment-là, alors que je me réjouissais tranquillement de la façon dont les choses s’étaient déroulées… Mon smartphone s’était mis à vibrer.

C’est Relisha… Pourquoi ai-je un mauvais pressentiment tout d’un coup ?

J’avais répondu à l’appel.

« Oh, comment va ? »

« Grand Duc, c’est Relisha. Nous avons détecté un événement d’émergence de Phase à grande échelle. C’est dans le territoire oriental de ce qui était autrefois Yulong. Ils sont un millier, mais nous n’avons détecté aucune construction supérieure. »

C’était une mauvaise nouvelle… Mais cela faisait un moment que nous n’avions plus entendu parler de la Phase.

« Y a-t-il des centres de population à proximité ? »

« La ville la plus proche est Feihang, à environ cinquante kilomètres… Mais personne n’y vit, elle a été abandonnée lorsque Yulong s’est effondré. Ceux qui y vivent ne seraient que des hors-la-loi. »

« Quand est-ce qu’ils sortent ? »

« Ce soir, dans environ cinq heures. »

Tsk… C’est ennuyeux… Donc vers 22 heures, hein…

S’ils étaient entre 500 et 1000, et qu’il n’y a pas de Constructions Supérieures, alors 30 Frame Gears devraient suffire. D’après les combats menés jusqu’à présent, même avec un millier de Phases, les Constructions intermédiaires ne représentaient que dix ou vingt pour cent des forces, tout au plus.

Si nous formons un groupe comprenant les filles et leurs Valkyries, le combat sera assez facile.

J’avais terminé ma conversation avec Relisha avant d’appeler Rosetta et Monica. Je leur avais dit de se préparer à un déploiement à petite échelle.

En y réfléchissant, c’est la première bataille nocturne contre la Phase… L’entrepôt n’a pas quelque chose que nous pouvons utiliser pour aider… ? Je suppose que je vais en parler à Parshe…

Il semblerait qu’une longue nuit m’attende…

 

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