Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 12 – Chapitre 4

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Chapitre 4 : Le petit roi et la fille prodigieuse

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Chapitre 4 : Le petit roi et la fille prodigieuse

Partie 1

Cela faisait trois jours que j’étais revenu du Monde Inversé.

J’avais donné à chacune ses souvenirs, et juste après Leen et le docteur Babylon s’étaient retirés dans le laboratoire de recherche. Linze et Fam s’étaient également terrées dans la bibliothèque.

Il ne restait plus que Rosetta et Monica qui travaillaient dans les garages. Elles avaient au moins leurs mini-bots pour les aider.

Les deux gynoïdes prirent chacune un mini-bot et les regardèrent.

« Alors les Gollems sont un peu comme ces gars, hein ? »

Les petits minibots inclinèrent la tête comme pour demander : « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Une fois reposé, ils coururent rejoindre leurs frères, fringants de joie. Selon Doc Babylon, c’était des automates sans esprit qui obéissaient de la même manière que les bêtes convoquées.

Comparés aux Gollems, les mini-bots n’étaient pas tout à fait à la hauteur. Le Monde Inversé semblait être supérieur en termes d’autonomie.

« Mon Frame Gear semble plutôt bien… »

Yumina se tenait à côté de moi, regardant le Frame Gear qui était en construction à proximité.

Il était incomplet, mais on pouvait le voir s’assembler assez nettement. Il s’agissait clairement d’un Frame Gear argenté bien blindé.

« As-tu déjà pensé à un nom pour ça, Touya ? »

« Oui, j’y ai pensé. Brünnhilde. »

L’attaquant à longue portée, le Frame Gear Brünnhilde. Il avait été conçu pour délivrer de puissants tirs de sniper à distance. Il était équipé d’une armure argentée, conçue pour l’aider à se camoufler dans son environnement. C’était basiquement ce que nous utilisions pour un type d’assaut plus subtil.

« Brünnhilde… Ne devrais-tu pas contrôler le Frame Gear qui porte le nom du pays ? »

« Ah, c’est juste que… Tous les autres Frame Gears portent le nom des neuf guerrières, non ? Je pense que tu devrais garder ce nom afin de compléter la série… De plus, Brünnhilde est proche de Brunhild, mais ce n’est pas tout à fait la même chose. »

Les noms de tous les Frames Gears avaient été tirés des noms des Walkyries du célèbre opéra de Richard Wagner, « Der Ring des Nibelungen. »

■ Brünnhilde

Frame Gear de Yumina de type sniper

Couleur primaire : argent

■ Gerhilde

Frame Gear de type mêlé, spécialisé dans le combat au corps à corps

Couleur primaire : Rouge

■ Ortlinde

Frame Gear de Sue de type défensif

Couleur primaire : or

■ Waltraute

Frame Gear de Lu de type guérilla, spécialisé dans le combat adaptatif

Couleur primaire : vert

■ Schwertleite

Frame Gear de Yae de type de mêlée, spécialisé dans le maniement de l’épée

Couleur primaire : violet

■ Helmwige

Frame Gear de Linze de type de support aérien

Couleur primaire : bleu

■ Siegrune

Frame Gear de Hilde de type mêlée lourde, spécialisée dans le maniement de l’épée

Couleur primaire : orange

■ Grimgerde

Frame Gear de Leen de type de bombardier lourd

Couleur primaire : Noir

■ Rossweisse

Frame Gear de Sakura de type support, spécialisé dans les compétences de zone d’effet

Couleur primaire : blanc

Toutes les connaissances acquises lors de la création de ces Frame Gears seront incorporées dans ma propre machine, qui devait être créée après celui de Yumina.

Ce n’était pas comme si je n’étais pas capable de me battre seul… Mais affronter des Constructions Hautes ou des créatures plus fortes m’avait vite fatigué. Je voulais avoir une machine suffisamment puissante au cas où le jour viendrait où la Phase pourrait passer librement à travers la barrière du monde en ruine.

C’était pourquoi j’avais décidé de créer le Frame Gear ultime et de me le faire attribuer. De plus, pour être honnête, qui ne voudrait pas avoir son propre robot géant ?

« Ainsi, Brünnhilde est équipée d’un fusil de type sniper pour les attaques à longue distance, mais possède également quatre lames volantes Fragarach pour l’interception à moyenne distance. Tu peux aussi te cacher avec celui-ci grâce à la fonction de furtivité intégrée à l’armure. Bien que l’armure se distingue un peu quand sa fonction furtive n’est pas activée… »

« O-Oui, c’est un peu voyant. »

« Eh bien, c’est la meilleure couleur pour tirer le meilleur parti de la fonction de furtivité, donc ça ira. Je suis sûr que tu t’y habitueras. »

Il ne se distinguait qu’au début de la bataille, une fois activé, il passera assez inaperçu.

« L’autre monde a quelque chose de similaire aux Frame Gears, non ? »

« Ehh… Ils ressemblent plus aux mini-bots. Ils ressemblent aussi aux créatures invoquées, en ce sens qu’ils obéissent aux ordres de leurs maîtres. Il y en a même qui ont des pouvoirs spéciaux et magiques ! »

« J’aimerais les voir à un moment donné. »

« J’ai juste besoin de construire un portail de l’autre côté, nous pourrons ensuite aller et venir comme nous le voudrons. Après ça, je vous emmènerai faire le tour de la ville. »

« Alors, c’est une promesse. »

Yumina sourit et enroula ses bras autour de l’un des miens.

Il me fallait quand même obtenir un terrain dans l’autre monde pour créer un endroit où loger le portail. Il semblerait que j’avais vraiment besoin de faire quelques voyages supplémentaires.

◇ ◇ ◇

« Donc, l’affaire concernant l’île de Palerius progresse bien. Une fois que la procédure sera terminée, notre navire sortira et… Oh, non ! »

Le roi de Lihnea se leva et grogna. Nous étions au stade de baseball, en train de regarder un match entre Lestia et Regulus. Regulus venait de marquer un double.

C’était un match amical puisque nous venions de terminer notre réunion d’alliance. Les leaders se détendaient ici et là, en regardant le match.

Apparemment, le roi de Lihnea était très ami avec le roi chevalier de Lestia, il soutenait donc l’équipe de Lestia.

Le roi de Lestia lui-même était sur le banc, puisqu’il était l’entraîneur de l’équipe. Les dames de l’alliance, c’est-à-dire le pape Ramissh et le doge Roadmare, traînaient avec mes fiancées au château.

« Ne sois pas naïf… Je suis sûr que Regulus ne tombera pas dans le panneau. Je me demande s’ils vont gagner ou perdre lors de la prochaine manche… »

« Non, tu dois surveiller le lanceur. Il n’a pas du tout changé de vitesse. »

Le roi de Belfast et l’empereur de Refreese regardaient tous deux le terrain les bras croisés. Des rires bruyants sortirent de leurs bouches alors qu’ils faisaient leurs propres prédictions.

Vous avez l’air un peu sinistre, les gars…

Le roi de Lihnea se dirigea vers l’équipe de Lestia pour la consoler.

Il semblait que Cloud et Reinhard soient devenus d’assez bons amis.

« Les matchs sont un bon moyen d’évacuer le stress et de passer un bon moment ! C’est exactement comme ce que ce garçon, Touya, a dit ! Ce genre de sport est un échange culturel ! Bwahaha ! »

Le roi bête parlait joyeusement alors qu’il était assis dans la zone VIP, les yeux complètement fixés sur le match. Ses oreilles de léopard tremblaient d’impatience.

« Sais-tu qu’il n’y a pas que le baseball ? On pourrait faire d’autres sports. Oh, je me demande si nous pourrions organiser quelque chose comme des Jeux olympiques… »

« Les yeux eaux lampe hic ? Qu’est-ce que c’est ? »

« Ah, non. Les Jeux olympiques. C’est un événement qui a lieu tous les quatre ans. Des équipes de différents pays du monde entier se réunissent et font du sport et des jeux pendant plusieurs jours. C’est une façon de déterminer les meilleurs athlètes du monde. Comme euh… le gagnant du match olympique de baseball sera la meilleure équipe de baseball du monde. »

« Hoho ! La meilleure du monde, hein ? Ça me semble bien ! Ça m’intéresse ! »

Mais ce monde n’était pas encore assez unifié ou globalisé pour faire des Jeux olympiques. Beaucoup de pays ne seraient pas prêts pour les Jeux et il y avait encore beaucoup de pauvreté dans le monde, ainsi que le risque de voir des bêtes et des monstres magiques. Il y avait même des régions du monde où il y avait de dangereuses bandes de bandits ou des cultes bizarres. Il faudrait d’abord rendre la planète plus sûre.

Yulong et Sandora avaient disparu, ce qui empêchait toute menace de guerre mondiale à grande échelle, mais les petits criminels qui avaient été tenus en échec par ces deux nations étaient maintenant libres de sévir.

Les assassins de Yulong, par exemple, étaient devenus des tueurs à gages, des voleurs ou des brigands. Pendant ce temps, ceux qui avaient l’habitude de capturer des esclaves pour Sandora finissaient par se tourner vers d’autres activités sur le marché noir.

Et maintenant, c’était les pays concernés qui devaient s’en occuper. Dans un sens, j’avais détruit deux grands problèmes et répandu plusieurs petits problèmes sur la carte. C’était pourquoi j’étais plus que prêt à coopérer pleinement au cas où l’un de ces criminels deviendrait une menace majeure.

« Mais au fait, mon garçon. Tu nous as montré ce euh… riz cully, non ? C’était vraiment, vraiment bon. J’aimerais voir plus de ce truc à Mismede, mais le riz ne peut être cultivé qu’à Eashen, non ? »

Le repas connu sous le nom de « cully » était originaire de Mismede dans ce monde. Ils n’avaient pas accès au riz, alors ils le mangeaient en y trempant du pain. Ils le mangeaient donc en même temps que le pain. Puis, quand j’avais « eu l’idée » d’y ajouter du riz, c’était devenu une sensation gustative. Quand le plat fut finalement arrivé à Mismede, les gens en réclamaient davantage.

« J’ai un contact à l’échelon supérieur d’Eashen en ce moment. Je lui ai demandé s’il pouvait envisager d’exporter du riz à Mismede. Si nous pouvions envoyer quelques agriculteurs d’Eashen, peut-être pourraient-ils également commencer à cultiver le riz à Mismede. »

Le climat de Mismede était beaucoup plus chaud que celui de Brunhild, mais on pouvait quand même y cultiver du riz. Après tout, il y avait la Grande rivière Gau comme source d’eau douce. Le seul problème prévisible auquel je pouvais penser était les insectes dangereux de la mer des arbres ou la possibilité que des bêtes magiques attaquent la rizière.

Mais de tels risques pouvaient se produire dans n’importe quel type de terre agricole, et j’étais sûr que les agriculteurs professionnels en savaient plus que moi. Dans le pire des cas, je pouvais simplement demander de l’aide à l’oncle Kousuke. Après tout, c’était le dieu de l’agriculture.

Eashen se remettait encore de l’incident avec le singe… ou plutôt, Hideyooshi. Ieyahsu s’était installé au cœur du gouvernement d’Eashen pour s’occuper des affaires, et ils avaient finalement réussi à mettre en place l’exportation de marchandises.

En fait, Brunhild devait récolter son propre lot de riz à l’automne. J’attendais cela avec impatience.

Oh, trois exclus.

L’équipe de Lestia était vraiment plus offensive que l’autre.

Lestia était un pays de chevaliers, il était donc logique qu’ils aient des yeux perçants. Mais ce qu’ils avaient en finesse, ils ne l’avaient pas en force brute. Il n’y avait donc pas de gros bras parmi eux. Ils ne prenaient pas non plus de risques avec des coups potentiellement dangereux. Ils se contentaient de tirer des coups dont ils étaient sûrs.

Regulus avait une équipe assez équilibrée, ses joueurs étaient donc assez polyvalents. Franchement, leur équipe était assez bonne pour affronter n’importe quelle équipe adverse.

J’étais un peu désolé pour le roi de Lihnea, mais il semblerait que Regulus avait la meilleure équipe.

Le public était en délire devant le match, ce qui était bien. Les gens dans les tribunes étaient pour la plupart des gens de Brunhild, mais ils n’avaient pas mis longtemps à se décider de quelles équipes ils préféraient chacun.

Ce monde n’avait pas beaucoup de moyens de passer le temps de manière amusante, ils appréciaient donc juste le jeu lui-même au lieu de se lancer trop dans l’aspect compétitif.

***

Partie 2

Même si leur équipe favorite avait perdu, j’avais remarqué que tous les spectateurs regardaient les gagnants avec des sourires et des applaudissements.

Ils n’avaient jamais ricané, lancé quoi que ce soit. Ils ne s’étaient généralement pas mis en colère si leurs joueurs préférés se trompaient. J’avais été heureux de constater que tout le monde dans la région faisait preuve d’un bon esprit sportif.

Les joueurs étaient aussi tous de bons sportifs, mais cela avait un sens. Leur travail principal était après tout de travailler dans l’ordre des chevaliers. Ce n’étaient pas des joueurs de base-ball professionnels qui comptaient sur ce sport pour gagner de l’argent. C’était pourquoi, même s’il s’agissait d’équipes nationales officielles, les matchs avaient toujours une ambiance très décontractée.

J’étais simplement heureux d’avoir créé un espace où chacun pouvait s’amuser.

Je m’étais retourné et je vis soudainement Sue s’élancer vers la loge VIP. Hm ? Pourquoi est-elle si pressée ?

Elle était passée devant les hommes qui gardaient la loge et ouvrit la porte avant de crier de toutes ses forces.

« Touya ! Nous avons un enfant ! »

Tous les dirigeants du monde dans la loge VIP s’étaient soudainement retournés et me fixèrent du regard.

Quoi ? Attendez. Yumina m’a dit que Sue n’avait même pas encore commencé ses règles… Non, attendez… Je n’ai même pas touché à Sue, c’est quoi ce bordel ? !

« D’accord. Attends une seconde, Sue. Qu’entends-tu par enfant, exactement ? »

Ça ne peut pas être le mien… non ? Ça n’a pas de sens.

« C’est l’enfant de mon père et de ma mère ! Je vais avoir un petit frère ou une petite sœur ! »

Oh… OK. Ouf… Bon sang… Je ne sais même pas ce que… bon sang…

J’avais poussé un grand soupir de soulagement au moment où le roi de Belfast s’était approché de Sue.

« Sue ? Al va avoir un autre enfant ? »

« Oui, oui ! M. Raul l’a dit ! »

Sue faisait référence au Docteur Raul, le médecin royal de Belfast. Cela signifiait que c’était probablement vrai. Il semblerait que Sue ait appris la nouvelle par les miroirs portail du château de Brunhild, et qu’elle avait ensuite couru directement ici.

Cela signifiait que le roi de Belfast allait avoir une nouvelle nièce ou un nouveau neveu. Si c’était un garçon, alors ce gamin deviendra le serviteur principal du prince Yamato lorsqu’il montera sur le trône.

Cependant, si le duc Ortlinde devait avoir un enfant… alors il n’y avait qu’une seule explication. Il fallait que ce soit grâce à l’objet que je lui avais prêté.

La famille royale d’Elfrau m’avait accordé un artefact spécial après avoir tué le Béhémoth Loup de Snorra.

On disait que l’artefact facilitait la grossesse des femmes si elles le portaient pendant l’acte sexuel, je l’avais donc prêté au Duc Ortlinde pour voir si l’artefact tiendrait toutes ces promesses… et apparemment, ça avait marché.

J’avais attendu la fin du match et j’avais renvoyé tous les dirigeants du monde chez eux. J’avais envoyé Sue, le roi, et ses gardes chez le Duc Ortlinde au travers une [Porte]. Ensuite, j’avais envoyé Sue avec un message adressé au duc, lui demandant de rendre l’artefact maintenant qu’il en avait fini avec lui.

Je suppose que la vision de l’avenir du Docteur devient de plus en plus claire chaque jour, hein… ? Mais… neuf enfants ? Peut-être plus que neuf ? C’est juste… fou.

Eh bien, j’allais épouser neuf femmes, cela faisait donc partie intégrante du décor. Je suppose qu’à la fin, je devais être prêt à donner à chacune d’elles au moins un enfant. Mais si je les épousais à dix-huit ans, cela signifiait que je serais père de neuf enfants à dix-neuf ans… Oh, non, il me faudrait encore quelques années avant que j’épouse Sue… Mais l’idée d’en avoir huit au lieu de neuf ne me faisait pas sentir mieux

H-Hrm… Pour une raison inconnue, l’idée était beaucoup plus effrayante que la Phase ne l’avait jamais été. Honnêtement, je vais finir par avoir un nombre ridicule d’enfants… Ils ne vont tout de même pas tous naître en même temps, non ? Ce n’est pas comme si j’allais coucher avec toutes mes femmes en même temps… Non ?

 

◇ ◇ ◇

« Bonjour, Touya. »

« … Bonjour, Yumina. Qu’est-ce que tu fais ici ? »

Je m’étais réveillé de mon sommeil pour voir une fille aux yeux hétérochromes chevaucher la couverture sous laquelle j’étais allongé.

« … N’ai-je pas fermé la porte de l’intérieur la nuit dernière ? »

« Effectivement. Je viens de la déverrouiller. »

J’avais regardé Yumina comme pour lui demander comment elle avait pu faire une chose pareille. Elle me fit alors un clin d’œil ainsi qu’un sourire angélique.

« C’est l’une de mes sept capacités spéciales, c’est tout. »

Quel genre de réponse est-ce là ? ! Allez ! Et que sont censés être les six autres ? ! Ça ne me dérangeait pas vraiment d’être réveillé par une jolie fille, mais c’était vraiment mauvais pour mon cœur. En plus, Yumina avait l’air totalement innocente et mignonne en pyjama, c’était donc une attaque extrapuissante. Cela faisait deux ans que nous nous étions rencontrés, et elle avait certainement grandi. Elle était certainement beaucoup plus féminine en termes d’apparence physique, mais elle n’arrêtait pas de me surprendre avec des trucs bizarres comme ça.

Quoi qu’il en soit, elle n’avait que quatorze ans. Je ne pensais pas qu’il était approprié de faire autre chose que des câlins.

« Ne t’inquiète pas, Touya. J’ai souvent vu ton visage endormi, alors je me contenterai de ça pour l’instant. »

« Attends, quoi ? ! Depuis combien de temps es-tu ici ? »

Je ne t’ai même pas remarquée… J’avais demandé à Yumina de quitter la chambre, je m’étais alors vite changé.

Avant le petit-déjeuner, j’étais sorti sur le terrain d’entraînement et j’ai vu Yae, Hilde et Elze faire leur entraînement matinal quotidien.

Je ne voyais Lu nulle part, elle était probablement dans la cuisine en train de préparer le petit-déjeuner. Cela signifiait que nous allions avoir un repas de style japonais… J’avais hâte d’y être.

« Yo, Touya. Bonjour à toi. Hé, ça te dérangerait de t’entraîner un peu avec moi ? »

Je saluais tout le monde quand soudainement, Moroha apparut de nulle part.

Bon sang… J’aurais dû mieux surveiller l’endroit.

« … Bon, d’accord. Mais pourrais-tu y aller doucement pour une fois ? »

« Hmph, vraiment ? Tsk, bien. Allons-y, sans magie ni divinité, compris ? »

Elze s’était portée volontaire pour être l’arbitre, j’avais donc pris une épée en bois en main et je m’étais préparé à affronter ma sœur. Même si les épées étaient en bois, elles avaient été enchantées afin de leur donner une durabilité accrue. Sinon, le premier coup les aurait brisées en morceaux.

Elles étaient certainement assez solides pour briser des os, mais je ne pensais vraiment pas que ni moi ni ma sœur ne causerions assez de dégâts pour briser quoi que ce soit si nous parvenions à nous toucher l’un l’autre. Mais bon, au final, ça ferait toujours mal, je ne voulais donc pas qu’elle me tape dessus.

« Ouff ! »

Moroha faucha ma jambe et me fit perdre l’équilibre, cela avait été immédiatement suivi par une frappe vers l’avant, qui m’avait fait trébucher en arrière. Elle n’avait pas fait un seul mouvement inutile.

Je roulais sur le côté, parais la frappe qui arrivait, puis je m’étais stabilisé avec mon bras avant de sauter à nouveau sur mes pieds. Allez ! Arrête un peu… N’avais-je pas dit d’y aller doucement avec moi, Moroha ? !

J’avais l’impression qu’elle jouait avec moi, comme un chat avec sa proie. Je la regardais fixement alors que ma prise sur l’épée se resserrait.

« Mon seigneur, allez-vous bien ? »

« O-o-oui… je vais bien… »

Kohaku me donna un petit coup de patte alors que la douleur traversait tout mon corps.

Elle n’y avait pas été de main morte avec moi… Son statut de déesse n’était pas là que pour faire joli.

J’avais utilisé [Guérison] et [Rafraîchissement] pour me remettre en forme. Sans cette magie, je n’aurais pas pu bouger d’un pouce. Combattre avec Moroha était vraiment un jeu dangereux. J’avais été complètement vaincu, même avec mon corps anormalement puissant. Il lui avait fallu moins de trois minutes pour m’épuiser complètement.

Moroha était déjà passée à sa prochaine proie, les chevaliers qui s’entraînaient sur le terrain.

Tout bien considéré, j’étais content d’avoir eu un entraînement aussi rigoureux avant le petit-déjeuner.

J’étais arrivé dans la salle à manger, j’avais trouvé Linze, Lu et une Leen à moitié endormie en train de prendre leur petit-déjeuner.

Mes fiancées et moi avions tous des courses à faire, il n’était donc pas courant que nous soyons tous autour de la table du petit-déjeuner en même temps. Sakura, par exemple, mangeait avec sa mère Fiana environ trois ou quatre jours par semaine.

Le petit-déjeuner était, comme je m’y attendais, le festin japonais de Lu. Nous avions de la soupe miso avec des radis daikon, du riz, du poisson grillé des îles donjons, des œufs frits, de la bardane hachée, du tofu et divers légumes marinés.

Je m’étais demandé si Lu essayait de faire des plats que j’aimais particulièrement. Elle s’améliorait sans aucun doute dans les plats de style japonais, allant même jusqu’à interroger les natifs d’Eashen sur leurs repas traditionnels. J’avais un peu peur de devenir gros en raison de tous ses bons produits.

J’avais fini mon petit-déjeuner et j’étais sur le point d’aller m’occuper de quelques papiers quand mon smartphone s’était soudainement mis à sonner.

Huh… C’est bizarre. L’appelant était Reinhard, mon futur beau-frère. Ou plus formellement, le chevalier roi de Lestia.

« Bonjour. »

« Oh ! Grand Duc ! Je suis vraiment désolé de vous déranger, mais j’ai besoin de votre avis sur quelque chose… Plus précisément, le roi de Lihnea. »

« Qu’en est-il de lui ? »

Reinhard, chevalier roi de Lestia, et Cloud, roi de Lihnea, étaient des amis proches. C’était probablement dû au fait qu’ils avaient à peu près le même âge.

Cloud n’avait jamais eu beaucoup d’amis quand il était jeune. Il était constamment tourmenté par Zabune, le faux héritier du trône. Reinhard n’avait pas vraiment de gens avec qui il pouvait traîner, surtout parce qu’on attendait de lui qu’il agisse d’une certaine manière en tant que prince. Ils avaient des personnalités similaires, il était donc agréable de voir leur amitié s’épanouir lentement.

J’étais toutefois curieux de savoir de quoi le chevalier-roi voulait parler par rapport à son ami.

« Je me repose pour l’instant, mais je serais là-bas dans dix minutes, d’accord ? Je vous retrouve à la porte du château de Lestia. »

« Très bien. Merci. »

J’avais mis fin à l’appel, rapidement feuilleté quelques documents et dit à Kousaka où je me rendais. J’avais envisagé d’emmener Hilde, mais j’avais eu l’impression que cela allait probablement être une conversation d’homme à homme sur les amis et la royauté, je ne pensais pas qu’elle aurait sa place dans cette conversation.

***

Partie 3

J’avais utilisé une [Porte] pour me rendre au château de Lestia, deux chevaliers étaient déjà là pour m’accueillir. Ils m’avaient conduit dans le château. Je m’étais finalement retrouvé dans un salon décontracté. Reinhard se détendait à l’intérieur.

« Salut, désolé de vous avoir pris à l’improviste. Je ne savais pas vraiment à qui d’autre en parler, c’est tout… »

Reinhard s’était levé du canapé sur lequel il était allongé et m’avait salué. Je n’avais pas vraiment apprécié ce rendez-vous pris à la dernière minute, mais il me semblait que cela allait être une conversation sérieuse, qui ne pouvait pas se régler par le biais d’un appel téléphonique.

Reinhard tapota l’espace du canapé à côté de lui. Je m’étais donc assis. Il ordonna ensuite aux chevaliers de quitter la pièce et commença à parler de ce qui le préoccupait.

« Vous vous rappelez que Palouf et Lihnea ont été au bord de la guerre ? »

« Oh oui, tout le problème était lié au plan du Premier ministre Wardack. La situation a été stressante pendant un certain temps, mais quand Cloud monta sur le trône, il a réussi à négocier la paix. Y a-t-il quelque chose qui ne va pas là-bas ? »

La plus grande île de ce monde était une masse terrestre située au nord-ouest et connue sous le nom de Palnea. Elle était divisée en deux territoires. Palouf au nord, et Lihnea au sud. Ils étaient dans une impasse depuis des années et ne se battaient pas activement.

La nation de Palouf, au nord, était maudite par des hivers rigoureux, ce qui affectait la récolte de ses cultures. Ils avaient également connu divers malheurs liés à une crise de succession et à la mort de leur roi. Wardack, l’ancien premier ministre de Lihnea, tenta d’utiliser ces diverses faiblesses pour conquérir rapidement Palouf et s’emparer de son territoire.

Nous avions réussi à intervenir et à éviter la guerre, tout en éliminant la menace que représentait Wardack. Ensuite, Cloud s’était élevé en tant que nouveau roi de Lihnea et réussit à négocier avec succès des relations pacifiques avec Palouf.

« Les relations avec Palouf vont toujours bien. Leur roi est mort, et son fils a été couronné, ce qui a réglé la plupart des problèmes internes. Les échanges commerciaux se révèlent également favorables. Mais il y a un petit souci… »

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Le défunt roi de Palouf avait deux enfants. Le premier est la princesse Lucienne Dia Palouf, et le second est son frère cadet, Ernest Din Palouf. La princesse, Lucienne, s’entend plutôt bien avec le roi Cloud… On pourrait même dire cela fait des étincelles, vous comprenez ? »

« Ohoho, j’ai compris… »

Je suppose qu’il est assez vieux pour commencer à s’intéresser à ça, hein ? Il a fait du chemin depuis que son idiot de demi-frère le menait en bateau… J’espère qu’il pourra vraiment profiter de sa jeunesse à l’avenir. C’est vraiment un type formidable.

Mais on pouvait se demander quel était au juste le problème.

« Le problème est lié au Prince Ernest. Il hérite du trône, mais c’est un garçon de seulement dix ans. Il a encore un long chemin à parcourir, et il est soutenu par son oncle et les serviteurs royaux… Cependant, il est très collant quand il s’agit de sa sœur. »

« Ah… Il se méfie donc du roi de Lihnea parce qu’il ne veut pas que sa précieuse sœur lui soit ôtée ? »

« Ahaha... Oui, absolument. Ce n’est pas comme si je ne pouvais pas comprendre ses sentiments, étant donné votre relation avec ma propre sœur. Mais pour l’instant, c’est ce qu’il ressent. »

Reinhard m’avait souri avec ironie en disant cela.

À mon avis, le petit garçon n’avait pas vraiment tort. Son père était mort, il s’était retrouvé soudainement dans une situation de grande responsabilité, et maintenant il avait l’impression de perdre sa sœur. Ce genre de chose serait presque impossible à gérer pour un enfant de dix ans.

« Qu’ont donc dit les serviteurs de Palouf ? »

« Ils favorisent la relation entre les deux. Ils pensent que ce serait un moyen parfait de solidifier les liens entre Lihnea et Palouf. »

« Et qu’en est-il des deux eux mêmes ? »

« Le roi Cloud prendrait sans aucun doute la princesse Lucienne comme reine. La princesse, par contre, est un peu… »

« Un peu quoi ? Réticente ? »

« Pas exactement. C’est plutôt qu’elle ne veut pas laisser son petit frère derrière elle. Elle a dix-neuf ans en ce moment, ce qui pose un problème. Si elle attend que le jeune Ernest devienne adulte, elle finira par se marier très tard. Le roi de Lihnea doit également s’assurer un héritier dès son jeune âge. S’il attend trop longtemps, il devra peut-être chercher ailleurs. »

Le prince Ernest, ou plutôt le roi Ernest, sera considéré comme adulte à l’âge de quinze ans, ce qui signifierait qu’il devait encore attendre cinq ans… La princesse devra donc attendre ses vingt-quatre ans.

Dans ce monde, les femmes se mariaient généralement au plus tard vers l’âge de vingt ans. Mais dans la royauté et la noblesse, on se mariait généralement beaucoup plus jeune. Les fiançailles à l’âge de treize et quatorze ans étaient courantes. Vingt-quatre ans étaient considérés comme un âge anormalement tardif pour se marier, surtout pour une princesse, c’était donc une question assez sensible.

La princesse Lucienne avait déjà eu un fiancé parmi les nobles de Refreese, mais il était mort de maladie avant même qu’ils ne se rencontrent. Après cela, la question de la mort de son père se posa, ce qui retarda encore plus la procédure de mariage pour elle.

Le roi Cloud était apparemment d’accord pour attendre qu’Ernest devienne adulte, mais en tant que dirigeant de la nation, d’innombrables pressions politiques pesaient sur ses épaules. Ce n’était tout simplement pas une décision qu’il pouvait prendre seul.

Sans parler du fait que Cloud était le seul héritier restant de la famille royale de Lihnea. Il était probable que les serviteurs et les nobles du pays réclamaient un nouvel héritier. J’étais également sûr que de nombreuses familles de haute naissance lui offriraient leurs filles pour tenter de lier leurs familles à la famille royale.

Mais là encore, c’était un monde polygame. Il y avait encore la possibilité qu’il puisse prendre une de ces filles nobles et épouser la princesse plus tard.

« Vous pensez probablement qu’il pourrait prendre une fille noble et épouser la princesse plus tard. Ce n’est malheureusement pas possible. Une fille d’une famille noble comme première épouse, et une princesse légitime comme seconde ? Les habitants de Palouf considéreraient cela comme un affront à leur fierté nationale. Si le roi de Lihnea était dans une position similaire à la vôtre et était fiancé à de nombreuses princesses, alors peut-être que la situation serait différente, quoi que… »

Oups. Je suppose que j’ai pris la plupart des princesses disponibles.

En matière de mariage, je ne me souciais pas vraiment de ces trucs comme les premières et les deuxièmes duchesses. Mais aux yeux du monde, Yumina serait probablement la « Première Reine » tandis que Lu prendrait la position de « Deuxième Reine ». En y réfléchissant bien, Hilde serait probablement la troisième.

Elze, Linze et Yae étaient toutes des roturières, donc Sue serait la suivante. Puis Leen, puis Sakura. Sakura était la fille du maître de Xenoahs et avait son sang dans les veines, mais c’était une enfant illégitime. Ce fait avait également été caché au public. Mais Leen avait une très bonne réputation auprès des fées, il était donc possible qu’elle ait surclassé le statut de noble de Lu…

Quoi qu’il en soit, je n’avais vraiment pas l’intention de classer mes fiancées par ordre d’importance. Je les aimais toutes à leur manière.

Cependant, cela n’empêcherait probablement pas d’autres pays de spéculer.

« Eh bien, je pense que j’ai compris l’essentiel de la situation. Mais qu’est-ce que je dois faire ? »

« Franchement ? C’est le roi Ernest… Il est, eh bien… un de vos fans, Grand-Duc. Il ne s’intéresse pas vraiment au roi Cloud, mais quand il entend des histoires sur vous, on me dit que son attention est absolument ravie. Je suppose qu’il est bien naturel pour un enfant d’idolâtrer ses héros. »

« … Vous moquez-vous de moi ? »

Argh… C’est un peu contradictoire… Je suis content que le gamin m’aime bien, mais… Je fais à peine les choses que font les héros… Ce n’est pas comme si je sortais pour chercher le danger ou commettre des exploits héroïques. Pour la plupart, je ne faisais que réagir simplement au monde qui m’entoure… C’est assez épuisant. Est-ce que j’ai vraiment des fans ? Pourquoi s’intéresseraient-ils à mes exploits banals… ?

« Alors, laissez-moi résumer… Je pense que j’ai une idée de ce que vous attendez que je fasse… »

« C’est comme vous l’avez peut-être deviné, oui. Grand-Duc, je souhaite que vous parliez au roi Ernest. Je souhaite que vous le persuadiez de prendre le meilleur chemin pour l’avenir collectif de Lihnea et Palouf. »

Je ne peux pas dire que je suis surpris.

J’étais convaincu que le gouvernement de Palouf voudrait que la relation progresse vers le mariage, mais évidemment, un petit garçon qui perd sa sœur aînée au profit d’une autre nation serait potentiellement traumatisant.

Je ne voulais pas le faire changer d’avis par la force ou quoi que ce soit d’autre, si je pouvais faire en sorte qu’il envoie sa sœur avec joie, cela serait parfait. Après tout, ce n’était qu’un petit garçon.

« Pour l’instant, nous devrions aller voir le roi de Lihnea et écouter ce qu’il a à dire. Je suis sûr qu’il a sa propre opinion, non ? »

En tant qu’étranger, je ne voulais pas me mêler de ses affaires. S’il ne voulait pas de mon aide, je n’allais pas m’en mêler et la lui donner.

J’avais pris mon smartphone et j’avais appelé le roi Cloud. Il venait de faire annuler une réunion, donc il était libre de nous rencontrer. Mais au moment où je partais, le roi chevalier s’était souvenu qu’il avait des affaires à régler, j’avais donc fini par y aller seul. Il s’était excusé, mais me dit qu’il espérait que je puisse débloquer la situation… Il devait vraiment être un bon ami de Cloud.

J’avais ouvert une [Porte] et j’avais passé à travers, à la grande surprise d’un des gardes.

Oups, j’aurais dû la traverser dans un endroit sans témoin.

Un autre garde attendait mon arrivée et envoya un message au château. Finalement, j’avais été accueilli par un vieil homme que je n’avais pas vu depuis longtemps.

« Et ben… Si ce n’est pas le grand-duc de Brunhild. Qu’est-ce qui vous amène ici ? »

« Ah, marquis Koupe ! Ou devrais-je dire Premier ministre Koupe… C’est bon de vous voir. »

Son corps était vraiment résistant, c’était comme s’il n’appartenait pas à un homme aussi vieux. Il s’accrochait clairement à la vie, bec et ongles, pour pouvoir voir une Lihnea complètement revitalisée et restaurée avant de mourir.

« Le chevalier roi de Lestia a demandé mon l’aide pour une certaine affaire… Une affaire concernant le Roi Cloud et une princesse voisine. »

« Oh, je vois… Oui. C’était certainement une affaire intéressante. Le roi n’a montré aucun signe de vouloir choisir une autre femme comme épouse… Je suppose que c’est probablement la faute du roi précédent. Le jeune roi Cloud croit qu’un mariage fondé sur autre chose que l’amour ne mènerait qu’à la déchéance. »

C’était vraiment logique. Je pouvais voir pourquoi il pensait de cette façon.

Le père de Cloud, l’ancien roi de Lihnea, avait contracté un mariage sans amour avec l’ancienne reine Dacia. Cela l’avait finalement conduit à sa chute, car elle l’avait délibérément trompé et avait commencé à manipuler sa vie. Cloud ne voulait probablement pas répéter les erreurs du passé et s’engager dans un mariage politique.

Cela dit, c’était un roi… Il avait parfois besoin de considérer son pays plutôt que ses propres sentiments. Malgré tout, c’était assez dur.

***

Partie 4

D’après ce que j’avais entendu, l’ancien roi Schlaf et sa femme, Erya, vivaient heureux ensemble après que le trône avait été remis à Cloud.

Mais je ne ferai strictement rien sans avoir parlé à Cloud au préalable. Le Premier ministre m’avait alors guidé dans la salle de réception du château, où j’avais enfin pu en parler à Cloud.

« Je souhaite épouser la princesse Lucienne et en faire ma reine. Cependant, les sentiments du jeune roi sont également importants. Je ne souhaite pas les blesser. Attendre qu’il grandisse me convient parfaitement. »

« Mais qu’en est-il de vos serviteurs ? »

« Roi Cloud… Bien que ce ne soit pas à moi de le dire, il y a certainement beaucoup de pression de la part de la noblesse locale ces jours-ci… Notre gouvernement se concentre principalement sur l’arrivée d’un futur héritier, et si le pire devait arriver…, »

Koupe parla, le visage ferme et presque triste. La situation était assez dure dans l’ensemble. Cloud n’ayant ni frère ni sœur, la lignée royale de Lihnea s’éteindrait s’il venait à mourir un jour. Personnellement, je ne pensais pas que c’était si grave. Cloud étant très jeune, il ne devrait pas y avoir de problème… Sauf en cas d’accident malheureux.

« Ne pouvons-nous pas simplement annoncer officiellement leurs fiançailles ? »

« Les fiançailles ont été faites, mais nous ne pouvons pas l’annoncer et dire que le mariage aura lieu dans cinq ans. Il y aurait un tollé. La raison serait découverte par la suite, et des rumeurs aigres sur le jeune roi de Palouf commenceraient à se répandre… On pourrait même le qualifier d’égoïste pour avoir souhaité rester avec sa sœur. Cela aurait pour effet d’aigrir nos relations avec eux, très certainement… »

Koupe s’exprima une fois de plus avec une expression solennelle. Il n’avait pas tort, mais en même temps, le roi était fondamentalement un enfant. Je ne voulais pas penser que le monde le traiterait d’égoïste alors que ce n’était qu’un petit garçon.

« Et les serviteurs de Palouf ? Est-ce qu’ils soutiennent l’union ? »

« Oui, ils la soutiennent. Il n’y a qu’une seule famille qui s’y oppose, et c’est parce qu’ils souhaitent que la princesse épouse l’un des leurs. »

Hmm… Je me demande si cette famille a pu influencer l’enfant… Peut-être qu’ils lui disent que sa sœur va vivre une mauvaise vie à Lihnea ou quelque chose comme ça…

Pour être honnête, la réputation de la famille royale de Lihnea n’était pas si bonne que ça. Le prince Zabune et son comportement l’avaient tuée. Il était possible que les gens aient une mauvaise opinion de Cloud juste parce que c’était le frère de Zabune. Mais là encore, Lihnea avait publié une déclaration montrant qu’il n’y avait pas de lien de sang entre Cloud et cet idiot, cela n’aurait donc pas dû être un problème.

« Hmm… Eh bien, je comprends où tu veux en venir, Cloud. J’aimerais rencontrer le roi de Palouf si c’est d’accord. Peux-tu m’arranger ça ? »

« Oh ? Très bien, ça pourrait être utile. En fait, je pense qu’il aimerait beaucoup te rencontrer. C’est l’un de tes fans, Grand-Duc. »

C’était un peu drôle, mais bizarre en même temps… L’idée que le monarque d’une nation soit fan d’un autre leader mondial. Je voulais le rencontrer et utiliser cette chance pour le persuader de laisser sa sœur partir. Ce serait certainement bon pour lui et son pays si elle avait un peu d’indépendance.

De plus, je ne voulais pas qu’il s’attache trop à elle… Sa dépendance vis-à-vis d’elle risquerait de s’accroître au cours des cinq ans.

Eh bien, je suppose que je dois trouver une solution à ce problème… Bon sang.

◇ ◇ ◇

« Je suis ravi de vous rencontrer, G-Grand Duc ! Je suis Ernest Din Palouf, Roi de Palouf ! O-oh mon Dieu, je l’ai dit… Bon sang… »

J’avais rencontré le petit garçon dans la cour du château de Palouf. Il bégaya sa phrase, puis il recula en sifflant. On aurait presque dit que le fait de me parler lui aurait pris toute son énergie. Il avait l’air incroyablement tendu.

« C’est un plaisir, Votre Majesté. Je suis le grand-duc de Brunhild, Mochizuki Touya. Veuillez me pardonner pour cette visite soudaine. Je suis très heureux de vous rencontrer. »

« N-Non ! Non ! N-Ne vous inquiétez pas pour ça ! »

Alors que je faisais mes salutations, le petit roi commença à secouer frénétiquement la tête. Il avait l’air terriblement troublé. Toutes ses réactions étaient incroyablement enfantines.

Il avait dix ans, ce qui le rendait un peu plus jeune que Sue. Ils étaient à peu près de la même taille. Il avait des cheveux blonds bien soignés et parfaitement coupés. Il portait également une cape blanche aveuglante et quelques vêtements fantaisistes mal adaptés en dessous. Honnêtement, ce look ne lui convenait pas. Il ressemblait à une petite poupée que quelqu’un avait habillée de façon fantaisiste.

J’avais amené Elze et Linze avec moi, et elles s’étaient présentées à lui. Il n’était pas aussi agité qu’il l’était en me saluant, mais il semblait certainement un peu hors de lui.

J’avais décidé d’amener les jumelles avec moi pour une assez bonne raison. Les jumelles Silhoueska avaient beaucoup de petits cousins, et ils se chamaillaient souvent. Elze et Linze étaient douées pour s’occuper des petits enfants, j’avais pensé qu’elles étaient les personnes parfaites à amener pour les soutenir.

J’avais d’abord envisagé d’amener l’une des sœurs, mais cela aurait tourné au drame.

« Le roi de Palouf était impatient de vous rencontrer, Grand-Duc. Il a après tout beaucoup entendu parler de vous à travers moi. », dit le roi Cloud se tenait à côté de moi, ce qui fit apparaître du rouge vif sur les joues du petit roi. Il se cacha rapidement derrière une femme qui se tenait à côté de lui.

La femme lui sourit doucement et inclina la tête.

« Je suis désolée, cher Grand-Duc. Il est un peu timide avec les étrangers… S’il vous plaît, ne le trouvez pas grossier. »

« Ce n’est pas un problème. »

Cette femme était la princesse Lucienne Dia Palouf. C’était la sœur aînée du roi de Palouf, et la bien-aimée du roi Cloud. Ses cheveux étaient blonds, comme ceux de son frère. Elle les portait longs et ondulés. Ses yeux étaient d’un beau vert jade. Pour être honnête, elle n’était pas exactement le genre de personne que l’on pouvait qualifier de belle au premier coup d’œil. Elle dégageait cependant une atmosphère très douce et apaisante.

Elle n’était pas jolie comme une rose et ne se démarquait pas comme un tournesol, et elle n’avait certainement pas la grâce raffinée d’un lys. Je suppose que si elle était une plante, elle serait un… pissenlit ? Elle était très simple. Elle avait ce genre de charme de fille d’à côté. Elle ne faisait pas tourner les têtes quand elle marchait dans la foule, mais elle était douce.

« Voyons, voyons… N’as-tu pas quelque chose à demander au grand-duc ? »

« Hmm ? »

Sur l’insistance de sa sœur, le petit roi s’était timidement approché de moi. Je me demandais ce qu’il voulait.

« Uhm… Peut-être pourrais-je voir le grand soldat humanoïde ?! »

« … Le grand quoi maintenant ? Oh ! Vous devez vouloir parler du Frame Gear. Je pourrais vous le montrer… Mais est-ce qu’on peut en faire apparaître un ici ? »

Je ne voulais pas faire soudainement apparaître un robot géant dans la cour du château d’une autre nation, alors j’avais tourné mon regard vers les serviteurs royaux comme pour demander la permission.

L’un d’eux commença à s’approcher un peu plus près. C’était un homme à l’air calme qui semblait avoir la cinquantaine, il était vêtu d’une robe blanche. Je n’étais pas sûr de savoir qui il était exactement.

« C’est le duc régent, Donovan Rembrandt. C’est le frère cadet de l’ancien roi, donc c’est l’oncle du roi actuel… »

J’étais sauvé. Heureusement, Linze avait repéré ma confusion et m’avait murmuré la réponse. Même si j’avais appris des choses, de temps en temps, j’en oubliai un peu… Il y avait après tout beaucoup de noms et de visages dans ce monde. J’avais besoin de m’améliorer dans ce domaine.

« Ça ne me dérange pas. Si le roi Ernest le souhaite, alors montrez-lui le guerrier géant coûte que coûte. J’aimerais moi-même le voir… »

Rembrandt sourit, sa robe se froissant un peu alors qu’il hochait la tête. Sa permission accordée, je claquai du doigt et un portail s’ouvrit au-dessus de ma tête.

Un énorme tremblement retentit à travers le sol alors que le gigantesque mécha atterrissait sur le sol et secouait la cour. C’était un Chevalier, je ne pensais pas qu’il était utile de leur montrer un Frame Gear spécial.

« Woooooow ! »

Le petit roi fixa le Frame Gear avec des étoiles dans les yeux.

J’avais utilisé mon smartphone pour faire s’agenouiller le Chevalier et ouvrir la trappe de son cockpit. Les crochets en fil de fer qui permettaient de monter là-haut descendirent lentement.

« Voulez-vous vous asseoir dans le cockpit ? On ne pourra pas le déplacer, mais je peux vous montrer l’intérieur. »

« Ah… ! O-Oui s’il vous plaît ! »

J’avais porté le petit roi dans mes bras et j’étais monté dans le cockpit. Il s’était assis sur le siège principal et avait saisi les systèmes de contrôle, sa petite tête bougeant avec l’émerveillement d’un enfant.

Heh… Je suppose que les petits enfants de ce monde aiment aussi les robots géants…

« Alors c’est comme ça qu’on bat ces gros trucs de cristal et les gros Béhémoths ? ! Je parie que je pourrais le faire si je montais un de ces trucs ! »

« Hmm… Ne le prenez pas personnellement, mais je ne pense pas que vous puissiez en piloter un pour l’instant. Il faut beaucoup d’entraînement pour devenir un vrai pilote de Frame Gear. Il faut aussi plus que des connaissances de base en pilotage. Il faut avoir une certaine expérience du combat pour bien le faire. »

« Oh… »

Franchement, le roi de Palouf avait l’air d’un enfant docile. Il semblait être du genre à rester à l’intérieur et à lire des livres au lieu de jouer dehors.

Vu que c’était un roi, ce n’était pas comme s’il pouvait sortir très souvent, et il n’était pas nécessaire qu’il soit particulièrement dur. Mais je croyais quand même qu’il valait mieux qu’il puisse se défendre. C’était mon grand-père qui m’apprit à prendre soin de moi… C’était assez dur.

« Grand-Duc… N’est-ce pas effrayant de blesser les autres ? N’avez-vous pas peur quand les autres vous détestent ou vous poursuivent pour des choses que vous avez faites ? Je pense que c’est vraiment effrayant… Que je sois blessé ou non. »

« Eh bien, je suis d’accord. J’aimerais accomplir toutes ces choses sans blesser les gens. Mais il y a des choses que je dois protéger. Je serais bien plus effrayé si j’échouais à faire ça. Si vous n’avez pas de force quand vous devez vous battre, alors vous ne pouvez rien faire… Et je pense que vous ne pouvez pas vivre votre vie comme ça. Vous avez sûrement quelque chose que vous voulez protéger, non ? »

« Mhm… »

Le garçon regarda en bas et hocha un peu la tête. Il regardait sa sœur à travers l’écran, qui discutait tranquillement avec le roi Cloud.

***

Partie 5

« Elle compte beaucoup pour vous, non ? »

« … Oui. Je veux vraiment qu’elle soit heureuse. Je sais que le roi Cloud veut aussi en faire sa reine… Mais vous savez, j’ai peur. Je ne veux pas que ma sœur s’en aille… Je ne sais pas si je peux être roi si elle n’est pas là pour m’aider. »

Eh bien, que je sois damné, ce gamin est plus attentif que je ne le croyais. Il est au moins un peu plus mature qu’il n’en a l’air.

Il était probablement mal à l’aise à cause d’un manque de confiance en lui, et je n’étais guère en mesure de l’aider de cette façon. C’était un enfant, et il était normal qu’un enfant soit en insécurité. Mais malheureusement, un roi ne pouvait pas se le permettre.

J’aurais pu facilement résoudre le problème en reliant les châteaux royaux de Lihnea et de Palouf via une [Porte] permanente que seule la princesse Lucienne pouvait franchir, mais cela aurait posé des problèmes.

Les deux nations étaient certainement amies ces jours-ci, mais elles avaient une longue histoire de conflits et d’escarmouches à petite échelle, qui s’étendait sur des centaines d’années. S’il était de notoriété publique que la princesse Lucienne pouvait librement passer dans l’une ou l’autre des deux nations en quelques secondes, alors elles auraient de gros problèmes.

Il était possible que des rumeurs commencent à courir selon lesquelles elle ferait de l’espionnage pour l’un des deux pays. Brunhild subissait beaucoup de rumeurs, je ne pouvais donc pas exclure la possibilité que cela se produise ici.

Le vrai problème était d’apprendre au petit roi à être plus indépendant, mais je ne pensais pas être assez proche de lui pour aborder ce genre de sujet.

Il avait au moins beaucoup de serviteurs sur lesquels il pouvait compter, ils pouvaient donc probablement s’occuper de la plupart des affaires quand celui-ci était trop timide. Il était probablement en train de s’adapter à la vie de roi, à toutes les réunions et aux nouvelles personnes que cette position lui apportait. Au moins, il semblait faire confiance à son oncle Rembrandt, qui était régent pour le moment.

S’il commençait à croire un peu plus en lui, j’avais aucun doute à ce qu’il devienne un roi capable.

« Hé, vous avez une spécialité ? Êtes-vous doué pour la magie ou peut-être pour le maniement de l’épée ? »

« U-Uhm, bien… Je ne suis pas très bon pour utiliser les armes… et je n’ai l’aptitude que pour un élément… »

Les épaules du garçon s’affaissèrent légèrement pendant qu’il marmonnait.

Ah merde ! J’aurais pu juste partir et endommager sa confiance ! J’avais commencé à réfléchir à la façon de le faire se sentir mieux lorsque le garçon tourna soudainement son regard vers la caméra.

« Oh… »

« Hm ? »

En réponse à son murmure, je m’étais retourné pour voir ce qu’il regardait. Il semblait regarder le Duc Rembrandt, une petite fille se tenait à ses côtés.

Hmm… Était-elle toujours là ? Au fait, pourquoi regarde-t-elle ici si intensément ?

« Qui est cette petite dame ? »

« Uhm, elle est de chez mon oncle… uhm, de la maison du Duc Rembrandt… Elle s’appelle Rachael… Devrais-je la considérer comme ma fiancée ? C’est au moins une candidate. »

Ohoho… Donc même un petit gars comme ça peut se trouver une fiancée, hein… ? Et bien, je suppose qu’il est de la famille royale, donc ce n’est pas si déplacé… Quand même, se fiancer avec sa cousine ? Eh bien, je suppose que je ne devrais pas juger.

La fille à l’écran avait les cheveux blonds et ondulés, retenus par un bandeau noir. En fait, elle ressemblait beaucoup à une version plus jeune de Lucienne. En regardant le duo, on pourrait penser qu’elles étaient sœurs. Après tout, elles étaient cousines.

Elles émettaient cependant des auras différentes. Lucienne avait une nature chaleureuse, tandis que Rachael semblait incroyablement aiguisée. L’atmosphère autour d’elle était tendue. Sans parler du fait qu’elle regardait fixement le cockpit, les mains sur les hanches.

« Quel âge a-t-elle exactement ? »

« Le même âge que moi… »

Elle était même plus jeune que Sue, mais l’intensité dans ses yeux était à un autre niveau… Volontaire, garçon manqué, effronté… On aurait dit qu’elle était toutes ces choses au premier coup d’œil.

« Rachael est vraiment cool… Elle peut utiliser quatre éléments de magie, et elle peut même battre des adultes au combat à l’épée… Ils l’appelaient un, euh, prodige… Le genre de personne qu’on ne voit qu’une fois dans sa vie… »

Cela semblait certainement impressionnant. C’était probablement sa nature prodigieuse, combinée à son sang noble, qui avait fait d’elle une candidate au mariage avec le roi. Avec de tels traits, il n’était pas surprenant qu’elle semble si intense, il aurait même été étrange qu’elle ait l’air d’une petite fille normale. Cependant…

« Pourquoi est-ce qu’elle jette un regard furieux ici… ? »

« Ah… Uhm… c’est… c’est ma faute. J’avais prévu de prendre le thé avec elle aujourd’hui… mais quand j’ai appris que vous veniez, euh… j’ai annulé… »

Qu… Quoi ? ! Oh non, elle nous regarde ainsi parce qu’elle est en colère ! Elle est probablement en colère contre moi parce que j’en suis aussi la raison ! Bon… Réfléchis bien, Touya… Elle sera encore plus en colère si on continue à rester ici, alors il est temps de redescendre…

La fille rétrécit ses yeux et enfonça son pied dans le sol. Elle avait vraiment l’air furieuse. Nous étions redescendus au sol avec le crochet métallique. La jeune fille se mit alors à marcher rapidement dans notre direction. Elle s’était tenue devant moi, pinça délicatement l’ourlet de sa jupe et fit une rapide révérence. Elle connaissait certainement ses manières.

« C’est un plaisir de vous rencontrer, Grand-Duc. Je m’appelle Rachael Rembrandt, de la famille Rembrandt, et je suis la fiancée du roi Ernest. »

« Oh, quelle politesse. C’est un plaisir. »

Tu t’appelles donc fiancée, hein ? Ernest a dit que tu n’es qu’une candidate… Quand même, je suppose que ta décision est déjà prise.

« Veuillez nous excuser de ne pas vous avoir accueilli assez chaleureusement, mais vous êtes arrivé assez précipitamment. À l’avenir, vous pourriez peut-être suivre la procédure habituelle et prévoir une réunion avec une certaine marge de manœuvre. »

« Ah… Ahaha… O-Oui, je ferai ça la prochaine fois. »

Elle souriait, mais je pouvais voir le poison sur sa langue. Elle était absolument en colère contre moi. Elle était probablement contrariée par le fait que j’ai fait annuler le rendez-vous de l’après-midi qu’elle attendait avec impatience… Qu’elle soit prodigieuse ou non, elle n’était encore qu’une gamine.

« R-Rachael… Tu devrais parler un peu plus… »

« Oh ? Tu te ranges du côté du grand-duc, Ernie ? »

« U-Uhm… p-pas exactement, mais… »

Oh, bon sang… Si ces deux-là se marient, je peux déjà dire qui va porter la culotte dans cette relation. Peut-être qu’elle est la raison pour laquelle le petit gars est si mou.

Elle correspondait parfaitement à la définition même d’une fille riche et insistante. Je ne voulais pas vraiment qu’elle piétine le roi de Palouf.

Elle fronça les sourcils en silence avant d’épousseter ses mains et de se retourner pour me faire face une fois de plus.

« Eh bien, si j’ai raison, vous êtes un aventurier classé rang d’or, hein ? J’aimerais beaucoup que vous me le montriez. »

« Pardon ? »

« J’aimerais que vous fassiez preuve de cette prétendue force qui vous caractérise et dont on parle si affectueusement dans les rumeurs. Voulez-vous me rendre service ? »

La fille commença à me faire un sourire menaçant, comme si elle me lançait un défi.

Sérieusement, elle ne cherche pas à se battre, hein ?

 

◇ ◇ ◇

« Je ne m’attendais pas vraiment à ce que cela se passe ainsi aujourd’hui… Êtes-vous sûr que cela ne vous dérange pas ? »

Je marchais vers le terrain d’entraînement des Chevaliers de Palouf avec le Duc Rembrandt au moment où je lui avais demandé s’il pensait que c’était bon.

Honnêtement, je voulais savoir ce que le père de Rachael pensait vraiment de l’idée que je me batte contre elle.

« Hmm… Je pense que c’est une bonne chose. C’est une fille très forte, même si n’importe quel père parle de son enfant en bien. Cela étant dit, sa force s’est transformée en arrogance ces derniers temps. J’apprécierais beaucoup, Grand-Duc, si vous pouviez briser un peu son esprit. Je pense que cela serait préférable pour elle plutôt que de subir une certaine humiliation à long terme. »

Je m’étais demandé si les autres chevaliers n’avaient pas été trop gentils avec elle en raison de son jeune âge et de son sang noble, mais apparemment, ce n’était pas du tout le cas.

Il semblerait que ce monde, tout comme ma maison, avait aussi des prodiges. L’une des choses les plus importantes à surveiller chez les enfants prodigues, c’était leur ego. Vous ne vouliez pas prendre le risque de les voir devenir trop arrogants.

Ce qui pouvait commencer comme une simple confiance pouvait très facilement se transformer en arrogance ou même en dédain. Mais là encore, le contraire était également un problème. Le jeune roi avait peu ou pas du tout de confiance en lui.

Le duc lui-même ne semblait pas avoir de problème avec le combat, mais… battre un petit enfant me mettrait probablement mal à l’aise. En même temps, je pouvais difficilement me permettre de perdre exprès. J’aurais l’air pire !

« Ça va, Touya ? »

« Oui, je crois… que je n’ai pas vraiment le choix. Tu as vu sa tête ? Elle avait l’air sacrément sûre d’elle. »

« Les petits enfants ont toujours cette période où ils pensent qu’ils sont les meilleurs… Même moi, j’ai vécu quelque chose comme ça. »

Elze marmonnait doucement. Je pouvais vraiment l’imaginer être comme ça. Linze avait soudainement poussé un doux soupir.

« Tu as été comme ça pendant un bon moment, sœurette… Je pouvais à peine te suivre… »

« Ahaha… Comme je l’ai dit, la plupart des enfants ont ce genre de choses, non ? Je parie que tu as eu une période où tu te comportais bizarrement aussi, pas vrai Touya ? »

« … Pas de commentaire. »

Je savais que si je mentais, Elze pourrait voir clair en moi. Je ne voulais pas que quelqu’un connaisse ma phase d’énervement…

« Pourtant, un enfant confiant peut toujours être capable… Mais ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas vulnérable. Assure-toi qu’elle l’apprenne pendant le combat avec toi, d’accord ? Ne perds pas, et n’essaie pas de faire croire qu’elle n’était pas loin. Tu pourrais nourrir son ego. »

Hm… Je suppose… Mais je ne veux pas la battre complètement. C’est encore une petite fille, je ne veux pas la faire pleurer.

***

Partie 6

Nous étions arrivés sur le terrain et avions trouvé Rachael qui faisait déjà sa routine d’échauffement. Elle avait mis un survêtement et balançait son sabre en bois. Elle avait l’air extrêmement enthousiaste.

Bien. Il n’y a rien d’autre à faire… Même si ça me fait mal paraître, je ne peux pas me retenir. Il est temps d’écraser un enfant au sens propre. Son père a dit que je peux, alors c’est bon, non ? !

Quand même… C’est une petite fille… Je vais faire de mon mieux pour ne pas la blesser.

Le terrain d’entraînement était entouré d’une barrière magique qui empêchait les attaques magiques de s’échapper, le public n’était donc pas en danger.

Je m’étais dirigé vers Rachael et j’avais ramassé une petite branche d’arbre qui était par terre tout près.

« … C’est quoi ce bâton, Grand-Duc ? »

« C’est mon arme. Ça devrait être plus que suffisant pour quelqu’un comme vous. »

« Tch… ! Dans ce cas, ne dites pas que je ne vous ai pas prévenu quand ce sera fini ! »

Oh, mon Dieu… Elle est folle. Mais ce n’est pas comme si je m’en soucie vraiment… D’ailleurs, sa colère provoquera sa perte si elle ne se concentre pas. Il me semble qu’elle est assez facile à provoquer.

Un jeune membre de l’ordre des chevaliers s’interposa entre nous pour servir d’arbitre.

« Les deux parties sont prêtes ? Très bien, battez-vous ! »

Au moment où le signal avait été donné, Rachael se propulsa vers moi. Elle était étonnamment agile. Cependant, j’avais facilement esquivé l’attaque en faisant un pas sur la gauche, et j’avais suivi le mouvement vers le haut en lui tapant légèrement sur la tête avec le bâton.

« Tsk ?! »

« Vous ne devriez pas vous lancer dans la bataille de manière imprudente, Rachael. Vous devez comprendre comment votre ennemi se déplace avant de faire quoi que ce soit. Et quand vous sautez, assurez-vous de l’enchaîner par une attaque. »

Rachael fit soudainement un bond en arrière avec un bruit sourd, avant de lever sa main gauche et de chanter rapidement un sort.

« Avancez, Feu ! Javelot de flammes cramoisi : [Lance de feu] ! »

La fille m’envoya une lance de feu de la main gauche. J’étais assez impressionné qu’elle puisse le faire ça à un jeune âge… Mais ce n’était pas assez bien.

J’avais fait un pas vers la droite, et la lance m’avait dépassé. Celle-ci frappa la barrière et se dispersa rapidement.

« Les sorts de lance sont extrêmement faciles à éviter. Il vaut mieux l’utiliser sur un adversaire handicapé ou dans le cadre d’une attaque combinée. Vous pourriez peut-être l’utiliser sur quelqu’un qui courait dans la direction opposée. Dans tous les cas, il est inutile de l’utiliser dans un combat comme celui-ci. »

« Guh… ! »

La fille fronça les sourcils avant de préparer son arme et de charger à nouveau vers moi. Mais dès qu’elle se mit à bouger, j’avais jeté un sort.

« [Glissade]. »

« Eeek ! »

Comme elle tombait sur le dos, je m’étais approché et je l’avais frappée sur la tête avec le bâton.

« Je… je suis tombée ! Ça ne compte pas comme une défaite ! »

« Désolé, ma petite dame… Mais vous êtes tombée à cause d’un de mes sorts. Il vous a fait glisser. Ce sort fait partie des meilleurs au monde, selon la façon dont il est utilisé, bien sûr. »

Les sorts étonnants ne devaient pas forcément être destructeurs. C’était ce que Leen m’avait dit récemment.

« Nngh ! »

Elle s’était mise debout et essaya de me frapper sur les côtés. Elle était vraiment précise dans son but. La façon dont elle se déplaçait de gauche à droite, en essayant de faire une attaque par feinte… C’était un vrai prodige. Le fait qu’elle ait dix ans me semblait presque irréel.

Mais j’avais évité ces attaques avec facilité et j’avais porté quelques coups plus forts sur son corps. Je ne m’étais pas entraîné avec un véritable dieu du combat presque tous les jours, sans que rien n’en ressorte, je pouvais lire tous ses mouvements.

Je me demandais si c’était ce que Moroha ressentait quand d’autres personnes la combattaient.

« Enserre donc, Terre ! Terre maudite : [Lien de terre] ! »

« Hoh ? »

Le sol s’était soudainement soulevé et s’était enroulé autour de mes chevilles. On aurait dit qu’elle avait concentré sa magie sans que je m’en aperçoive.

« Viens, Éclair ! Pur Javelot Étincelant : [Lance du tonnerre] ! »

Ha ! Elle fait ce que je lui ai dit de faire. Je suppose qu’elle est au moins douée pour écouter… Mais ce n’est toujours pas suffisant, gamine !

« Rassemble-toi, Eau ! Bouclier tourbillonnant : [Bouclier Aquatique] ! »

L’éclair avait été dispersé par un mur d’eau et devint inerte.

« Hiyaaah ! »

Au moment où mon [Bouclier Aquatique] s’était dissipé, celle-ci pointa son arme vers moi. Elle s’était rapprochée.

Mais ce n’était toujours pas suffisant. Je lui tapais fortement la main.

« Owie ! »

« Écoutez. Espèce. D’imbécile. Ne chargez pas imprudemment. Utilisez votre tête. »

« Taisez-vous ! Vous m’avez à peine frappé ! Attaquez-moi, s’il vous plaît ! Vous ne faites que courir, idiot ! »

Son attitude a changé, elle est un peu plus honnête maintenant. Elle ne va pas s’arrêter avant que j’essaie vraiment, pensais-je.

Eh bien, gamine, si vous voulez vraiment que je… Bien.

« Allume-toi, Glace ! Secousse tourbillonnante Gelée : [Vortex de Brume] ! »

« Gaaah ! »

Rachael avait été frappée par un éclair. Son corps était engourdi et elle tomba par terre. Je m’étais retenu et j’avais réduit la puissance du sort, ça n’aurait donc pas dû lui faire si mal… Probablement.

« Quel était ce sort ? ! »

« Un sort combiné. J’ai utilisé la magie de l’eau et du vent pour créer un brouillard qui anéantit mes ennemis. »

« Quoi ? ! Ce n’est pas juste ! Je n’ai jamais entendu parler de ça ! »

Juste ou pas, c’est comme ça. Ne vous plaignez pas, c’est vous qui l’avez demandé ! Mais je suppose que je vais faire une croix sur les trucs fantaisistes.

« En avant, Terre ! Caillou du sol : [Balles de pierre] ! »

« Hngh ! »

Rachael s’était vite tordue pour éviter le caillou que j’avais fait exploser sur son chemin. C’était un sort de base de type Terre. Elle s’était tournée vers moi. J’avais alors lancé une autre pierre sur son chemin.

« Mieux vaut faire attention. »

« Argh ! »

« Et une autre. »

« Eek ! »

« Et une autre. »

« S-Stop ! Comment pouvez-vous continuer à me tirer dessus ?! Vous ne faites même pas les chants ! Arrêtez ça ! »

Les chants servaient finalement de guide pour aider à connecter le lien mental nécessaire au bon sort. Si vous aviez assez d’expérience, vous pouviez sauter entièrement cette partie. Vous ne pouviez pas l’utiliser pour lancer deux sorts différents en même temps, car ils s’annulaient l’un l’autre.

Rachael se leva et se mit à se tordre, essayant désespérément d’éviter les pierres que je lui lançais dessus. Pfft… C’est assez amusant, en fait.

« [Glissade]. »

« O-Ouch ! »

Un petit caillou frappa son front carré au moment où elle tombait et atterrissait sur ses fesses. Il n’avait pas été lancé très fort, mais ça avait dû lui faire mal. Les larmes commencèrent à monter dans ses yeux.

« Vous en avez eu assez ? Je pense que nous devrions mettre fin à cela bientôt, puisque… »

« Je n’ai pas fini ! »

« Franchement… »

Vous ne vous rendez pas compte du nombre de fois je vous ai déjà frappée, petite ? Si c’était un vrai combat et que je maniais une vraie arme, vous seriez morte. Je me suis même retenu de faire de la magie, et vous êtes pourtant si amochée.

« Haaah ! »

Rachael avait saisi son épée et recommença à charger vers moi. J’avais facilement paré toutes ses attaques et j’étais curieux de savoir pourquoi elle était si frustrée. Elle était probablement en colère parce que je n’avais pas bien géré mes attaques. Honnêtement, les gens comme elle étaient chiants.

« Si vous voulez vraiment que je me donne à fond, alors qu’il en est ainsi. Préparez-vous, car la prochaine attaque mettra fin au combat. »

« Ha, d’accord ! Je ne sais pas ce que vous préparez, mais je ne perdrai absolument pas… »

« [Porte]. »

« Quoi ? ! »

J’avais ouvert un portail juste sous ses pieds, et elle s’y était enfoncée comme une pierre. Puis, un cri terrifiant retentit… du haut des airs.

« Auuuuuuuuuuuuuuugh ! »

Rachael était à cinq cents mètres de hauteur, et elle était projetée vers la terre à une vitesse incroyable. J’utilisais subtilement la magie du vent pour la maintenir sur sa trajectoire, afin qu’elle atterrisse juste devant moi.

« R-Rachael ?! »

Le jeune roi regardait fixement vers le haut avec une horreur absolue, son visage pâlissant alors qu’il regardait sa fiancée descendre en flèche vers le sol.

« Eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeek !! »

« Souffle, Vent ! Envole-toi, rafale tournoyante : [Tourbillon] & [Lévitation] ! »

J’avais ralenti sa vitesse de chute avec la magie du vent et l’avais brusquement arrêtée à environ un mètre de l’impact avec le sol. Je m’étais demandé si elle avait apprécié sa chute libre.

« Argh… Khah… H-Hah… ! »

« Vous abandonnez maintenant ? »

Le corps entier de Rachael tremblait. Ses yeux étaient vitreux, et sa bouche s’ouvrait et se fermait comme un poisson. Malgré tout, elle réussit à faire un petit signe de tête.

… Oh, oh non. Ce n’est pas bon… Je pense que j’en ai un peu trop fait ici.

« Viens, Eau ! Pluie nettoyante : [Chute d’eau] ! »

« Ghah ! »

Une énorme quantité d’eau était soudainement apparue au-dessus de la jeune fille, puis s’était écrasée sur elle. Elle était trempée de la tête aux pieds.

Les gens qui regardaient n’avaient aucune idée de la raison pour laquelle j’avais fait cela, mais Rachael avait simplement baissé la tête, honteuse, pendant que je la ramenais doucement sur le sol.

Et mince… Elle a le vertige ou quoi ? Elle a dû avoir très peur si ça l’a affectée à ce point… Mais personne ne devrait remarquer ce qu’elle a fait maintenant qu’elle est couverte d’eau, du moins… On pourrait penser qu’avec tout le travail de préparation qu’elle a fait avant le combat, elle n’aurait pas trouvé le temps d’aller aux toilettes…

« R-Rachael ! Est-ce que ça va ? ! »

« Je-je vais bien ! Bien, oui ! »

La petite fille trempée se leva, me regarda à travers des yeux tachés de larmes, et s’enfuit du terrain.

Welp. J’en ai vraiment trop fait. J’ai l’impression que je viens probablement de créer un souvenir traumatisant pour quelqu’un… est-ce que ce monde a des thérapeutes ?

« … Oh, mon dieu, on dirait que j’ai vraiment tout gâché maintenant. »

J’aurais vraiment dû gérer ça avec un peu plus de tact. J’avais soupiré doucement au moment où le Régent Rembrandt s’approcha de moi.

« On dirait que je n’avais pas de raison de m’inquiéter, mon garçon ! Il semblerait que la jeune fille ait appris le sens de l’humilité, hein ? Elle est encore une débutante, et elle a encore un long chemin à parcourir ! »

… Je ne sais pas, je me sens un peu comme l’inexpérimenté ici. C’est littéralement arrivé comme ça et je le regrette déjà. Je viens d’intimider une fille de dix ans au point où elle s’est pissée dessus.

***

Partie 7

Je m’étais tourné vers les spectateurs, j’avais remarqué leurs sourires un peu trop marqués. Je ne pouvais pas vraiment les blâmer, après avoir vu cela.

Je m’étais demandé quelles rumeurs allaient sortir de ce… probablement des trucs sur le fait que le grand-duc de Brunhild n’avait pas de pitié pour les enfants, ou que j’avais le sang-froid; quelque chose de ce genre…

« Je suis vraiment désolé, Roi Ernest. Pourriez-vous vous excuser auprès de Rachael en mon nom, plus tard ? Je ne pense pas qu’elle voudra me revoir de sitôt… »

« O-Oui. Je comprends, ne vous inquiétez pas. Mais je ne pense pas que Rachael soit fâchée contre vous, grand-duc. Je pense qu’elle s’en veut de ne pas être assez forte. »

Vraiment… ? Je n’en suis pas si sûr… Et puis, être réconforté par un petit enfant me fait me sentir encore plus mal…

« U-Uhm… Eh bien… Merci pour votre aide, grand-duc… »

Le roi Cloud me regarda avec une petite grimace. Je n’étais pas trop surpris qu’il ait des sentiments mitigés sur tout ça. J’avais en quelque sorte fait une gaffe, je m’étais vanté de mon robot géant cool, et j’avais ensuite battu une petite fille.

« Mais pourquoi avez-vous utilisé ce sort de l’eau à la fin ? »

« A-Ah… Eh bien, euh… elle avait un peu chaud à la tête, alors j’ai voulu la refroidir. »

J’avais donné une réponse assez vague. Je n’avais pas voulu mentionner la vraie raison parce que cela aurait été un affront à l’honneur de Rachael. Mais j’avais vraiment fait quelque chose de terrible.

« … Vous êtes un homme très gentil, grand-duc. »

La princesse Lucienne me sourit gentiment. Elle était restée debout à regarder avec son frère.

« Hein ? »

Oh… Vous êtes perspicace.

« Ernest. Je vais m’occuper de tes devoirs pour le moment, alors va t’occuper de Rachael. »

« Oh, mais… »

Le petit gars semblait un peu hésitant à partir, il regarda alors sa sœur et moi. Je lui avais fait un petit signe de tête. Celui-ci sourit avant de partir à la poursuite de Rachael. J’avais le sentiment qu’il voulait aller lui remonter le moral.

J’espère qu’elle ira bien… J’avais poussé un petit soupir, mais mes yeux rencontrèrent Elze et Linze.

« Touya… C’était… un peu excessif, non ? »

« Eh bien, tu as fait une belle action à la fin, mais quand même… »

Je n’avais pas besoin qu’elles le disent. Je savais que j’en avais trop fait. Elze semblait aussi avoir remarqué pourquoi j’avais lancé [Chute d’eau] à ce moment-là.

Même en tenant compte de ce dernier acte généreux, j’étais toujours dans l’erreur.

« Grand Duc, nous avons préparé le thé. Voulez-vous me suivre ? »

La princesse Lucienne commença à nous guider vers le château. Je réfléchissais tranquillement à la difficulté d’avoir un enfant comme ennemi. J’espérais que tout se passerait bien avec Sue, Renne et les enfants de Brunhild… Honnêtement, après tout cet étalage ridicule, j’avais en quelque sorte perdu confiance en moi.

 

◇ ◇ ◇

Nous prenions le thé sur le balcon du château de Palouf, j’avais réussi à me calmer un peu mieux.

Je n’avais pas besoin de tomber dans le piège de la haine de soi. J’avais certainement dépassé les bornes, et certaines personnes avaient probablement trouvé mes actions un peu drastiques… Mais ce ne serait pas nécessairement un problème s’ils me détestaient pour cela.

La princesse Lucienne se tourna vers moi.

« Veuillez nous pardonner pour le comportement discourtois que ma cousine Rachael vous a montré aujourd’hui… »

« Non, ne vous inquiétez pas. Ce n’est qu’une enfant, après tout. »

Je n’avais certainement pas de problème avec ça, mais je me demandais à moitié si la princesse s’attendait à ce que je me fâche et que j’exige l’exécution de Rachael. Je n’étais certainement pas un tyran ! Ce genre de personnes était le pire.

« Le combat que nous avons eu était séparé des affaires sociales. Je ne le verrais pas comme un affront contre moi ou mon pays, alors ne vous inquiétez pas. »

Mais je ne m’attendais pas à ce que la petite fille me pardonne si facilement…

« Je suis contente que vous le preniez comme ça. Ernest et moi vous sommes reconnaissants, Grand Duc. »

« Au fait, Grand Duc, que pensez-vous du roi de Palouf ? »

Le roi Cloud me posa une question, ce qui les avait fait se tourner vers moi, curieusement, de l’autre côté de la table.

« Voyons, hm… Je pense qu’il prend bien l’instruction… Mais je suis inquiet de son manque d’estime de soi. »

J’avais l’impression qu’il était du type soumis et négatif. Je ne pensais pas forcément que c’était mauvais, c’était au moins mieux que d’être simple.

Quand j’y avais réfléchi, j’avais réalisé que le garçon et sa sœur étaient assez différents, mais semblables de la même façon. Aucun des deux ne semblait particulièrement adapté à la royauté, et ils ne se souciaient pas trop de l’étiquette de la cour. Et pourtant, j’agissais comme ça tout le temps.

« Le roi de Palouf a-t-il des talents particuliers ? »

Linze se tourna vers la princesse et lui posa une question. Linze manquait de confiance en soi. Elle s’était améliorée récemment, mais son estime de soi n’était pas très bonne. Elle voyait probablement une partie d’elle-même en Ernest et voulait voir s’il avait des qualités rédemptrices.

« Des talents… Non, pas vraiment. Il n’a aucun talent pour le combat et aucun pour la magie. Il peut en quelque sorte jouer de la flûte ? Mais pas d’une manière que je qualifierais d’impressionnante… »

Bon sang… Donc le gamin est simplement médiocre ? Eh bien… Je veux dire, c’est un roi. Au moins, il a ça.

Si je grandissais avec un génie comme Rachael près de moi, je finirais probablement par trouver ma confiance diminuée de jour en jour.

« Ah, mais… »

« Hmm ? »

Lucienne semblait se souvenir soudainement de quelque chose. Elle était retournée à l’intérieur et était vite ressortie avec une petite boîte et une planche pliée. Je l’avais reconnue.

« C’est une planche de shogi. »

« Oui. Connaissez-vous ce jeu, Grand-Duc ? »

Écoutez madame, c’est moi qui l’ai importée dans ce monde.

On débarrassa nos tasses et nos assiettes, puis on posa la boîte. Comme je le pensais, c’était le shogi. Eh bien, il était un peu différent. Les pièces étaient carrées au lieu d’être à cinq côtés.

« Le roi de Palouf peut-il en jouer ? »

« Oui. Il y jouait du matin au soir, mais il a arrêté dès qu’il s’est trouvé à court d’adversaires. »

Je suppose que c’est logique. Je doute qu’une femme de chambre quelconque puisse jouer au shogi avec le roi… De plus, avec sa personnalité, il ne se contenterait pas d’en parler à quelqu’un. Il est bien trop timide avec les étrangers.

« Il jouait généralement contre moi ou notre oncle, mais je n’étais pas un adversaire particulièrement forte. »

« A-t-il joué contre Rachael ? »

« Oui, mais il l’a complètement battue… Ce qui l’a énervée. Elle a ensuite renversé la table. Ils n’ont plus joué après ça… »

Et ben… Ce sont vraiment des enfants… C’est plus évident quand j’entends des trucs comme ça.

Quand même, ça ne me dérangerait pas de jouer avec lui. Je me demandais s’il était bon.

Comme par magie, au même moment, le roi Ernest était sorti sur le balcon.

« Désolé pour mon absence ! »

« Ne vous inquiétez pas pour ça. Comment va Rachael ? »

« Elle va bien. En quelque sorte, en tout cas. Elle est enfermée dans sa chambre, mais elle fait toujours ça quand elle est en colère… »

Hmm… Elle va donc probablement bien. J’espère cependant qu’elle finira par en sortir.

« Hm… ? Oh ! »

Le gamin remarqua le shogi posé sur la table.

« Votre sœur m’a dit que vous aimiez beaucoup ce jeu. Savez-vous que c’est moi qui ai créé le jeu ? Je ne pensais pas qu’il était déjà arrivé jusqu’à Palouf. »

« Attendez, vraiment ?! »

« Vraiment. Voulez-vous jouer ? »

J’avais souri, en proposant un match, ce qui avait incité le petit roi à commencer à hocher la tête de haut en bas. Il y avait pratiquement des étoiles dans ses yeux.

Nous nous étions dirigés vers l’intérieur et nous nous étions assis à une petite table carrée. Puis nous avions aligné nos pièces de jeu.

D’accord, voyons voir… Ça fait un moment, mais ça devrait aller.

« … Je ne peux pas croire que j’ai perdu. »

« Bien joué, Grand-Duc. »

J’avais baissé la tête, et le petit roi fit de même. Trois fois. Il m’avait battu trois fois.

« Pfft… Comme c’est misérable. Je ne t’ai jamais vu perdre si vite, Touya. »

Elze avait légèrement gloussé en me jetant un regard de côté. Ce gamin était exceptionnellement bon au shogi. J’étais moi-même assez bon à ce jeu. Mais le fait de jouer contre ce gamin m’avait permis de comprendre à quel point j’étais surclassé. J’avais été impressionné.

« Vous êtes vraiment bon. Je dirais que vous êtes probablement la meilleure personne contre qui j’ai jamais joué. »

« V-Vraiment ? J’ai seulement joué contre mon oncle pour la plupart, cependant… »

Je me demande si le Duc Rembrandt était aussi bon… Hmm… J’ai une idée. Le timing était un peu court, mais je devrais pouvoir y arriver. Voyons voir si on peut donner un peu de confiance en soi à ce gamin… J’avais ouvert la bouche pour faire part de mon idée.

« Vous savez… Brunhild organise un tournoi de shogi dans une dizaine de jours. Voulez-vous y participer ? »

« Qu… Quoi ? ! Est-ce que quelqu’un comme moi peut vraiment faire ça ? »

« Honnêtement, ce n’est pas un problème. Vous ne serez pas le seul membre de la royauté à participer. Il y en aura d’autres, déguisés bien sûr. On garantira aussi votre sécurité. »

Elze et Linze me regardèrent comme pour me dire : « Quel tournoi ? »

Évidemment, j’avais fait de la publicité sur place, donc je n’avais pas de réponse à leur donner.

Le tournoi était peut-être truqué, mais j’étais sûr que le Duc Ortlinde et le roi de Belfast voudraient y participer, ce n’était donc pas un mensonge.

De plus, si je faisais un tournoi et que je ne le leur disais pas, ils s’énerveraient plus tard.

Je me contenterais de recruter des gens dont je savais qu’ils étaient des joueurs talentueux, et le tournoi se construirait de bouche à oreille après cela.

« O-Oh, mon Dieu… »

La princesse Lucienne remarqua que son frère commençait à s’agiter, elle s’était alors mise à lui parler.

« N’y pense pas trop, Ernest. Un petit voyage à Brunhild pourrait même te faire du bien ! Je peux aussi venir, tu sais ? »

« … Alors oui, je veux jouer… »

« Ça me semble bien. »

J’avais souri, puis j’avais tapé dans mes mains.

Il semblerait que j’avais du pain sur la planche, mais le résultat final allait probablement être assez amusant.

***

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