Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 10 – Interlude 1

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Interlude 1 : Père et fille

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Interlude 1 : Père et fille

Partie 1

Il y a quelque temps…

« Eh bien, maintenant Sakura et Touya sont officiellement fiancés… »

Sakura fit un signe de tête silencieux en réponse aux mots de Yumina.

Le jardin de Babylone avait plusieurs belvédères où l’on pouvait passer l’heure du thé. L’un d’entre eux était un belvédère blanc de forme ennéagonale, qui servait d’endroit favori aux filles. Une variété de toutes les fleurs imaginables fleurissait fièrement autour du belvédère, et de l’eau fraîche et rafraîchissante coulait dans un canal voisin. C’était le plus bel endroit du jardin.

« Maintenant que la neuvième personne prophétisée par le Docteur Babylone est apparue, il n’y aura plus de nouvelles venues, n’est-ce pas ? »

Hilde parla avec une expression soulagée. Elle était probablement soulagée que la neuvième femme ne soit pas une femme étrange et inconnue.

« Je me le demande. L’avenir a tendance à changer par moments, donc je pense qu’il est trop tôt pour être soulagé, » dit Leen tout en sirotant le thé en tête de la table ronde avec une expression calme.

« Tu sembles assez calme malgré cela. »

Yae fronça les sourcils en grognant face aux mots de Leen.

« Je dis juste que nous ne devrions pas nous reposer sur nos lauriers, c’est tout. J’avoue que je ne suis pas non plus une experte en matière de romance, mais ayant vécu dix fois votre vie, j’ai vu un bon nombre de cas similaires. L’amour et la passion peuvent s’épuiser et se refroidir, et des trahisons peuvent se produire. Il ne faut pas prendre son amour pour acquis. Si vous voulez qu’il vous aime toujours, faites un effort pour que son amour pour vous reste fort. C’est vrai pour les hommes comme pour les femmes. »

« Ouah… On dirait presque Karen, Leen… » dit Lu tout en soupirant d’admiration.

Leen avait en fait déjà entendu ces mots de Karen, mais continua à siroter son thé avec un calme feint. Maintenir ce genre de prétention faisait partie du fait d’être plus âgé. Malgré tout, le fait d’être la seule à être beaucoup plus âgée que les autres donna à Leen une sorte de complexe.

« En tout cas, nous sommes toutes les neuf également les fiancées de Touya. Faisons de notre mieux pour compenser nos fautes mutuelles, car nous soutenons notre mari. »

« D’accord, d’accord. Touya a après tout ses moments d’insouciance. »

« C’est vrai. Et j’aimerais beaucoup qu’il s’installe et qu’il ne soit pas aussi stressé… »

Lu posa une main sur sa joue et poussa un soupir.

« Quelque chose ne va pas ? »

« Oh non, c’est juste que… Touya peut utiliser la [Porte] pour aller librement de pays en pays ? Et il résout assez souvent des problèmes pour d’autres pays. Mais, voyez-vous, les pays ont… des procédures pour ce genre de choses ? »

Même s’il est dans une position où l’on négocierait normalement avec l’autre pays pour de l’argent ou d’autres conditions aussi favorables, Touya avait agi sans tenir compte de cela. En ce qui concernait Touya, il réglait vraiment leurs problèmes « en douce », une attitude que Lu, qui avait été élevé comme un membre de la royauté, désapprouvait.

« Mais ceci fait partie intégrante de la personnalité de Touya. »

« Je comprends cela, bien sûr. Je trouve que cette partie de lui est également charmante. Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce qui arriverait si quelqu’un essayait de profiter de sa gentillesse… Cela m’inquiète. »

« Touya est naïf. Un homme de son caractère serait normalement inapte à diriger un pays. »

Sue prit un biscuit dans une des assiettes et l’engloutit en une fois.

« S’attendre à ce que mon chéri agisse comme un roi est inutile dès le départ. Même ses vêtements sont les mêmes que ceux qu’il portait à l’époque où il était aventurier. »

« Oh, ça. Je crois qu’il a dit quelque chose du genre : “Les vêtements voyants et brillants, ce n’est pas mon truc” ? »

Elze sourit avec ironie, se souvenant de cette époque. Il était vrai que la garde-robe d’un roi était souvent brodée d’or ou d’argent, ce qui la rendait parfois assez voyante. Mais cela devait dégager une aura de majesté et de richesse, et ne devait pas refléter les goûts personnels du roi.

« J’aimerais bien voir Touya dans une tenue correcte un jour, mais… »

« Je suis d’accord. Je pense qu’une armure de chevalier lui irait bien… »

« Hein ? Est-ce à ça que tu pensais… ? »

Linze avait l’air surprise par la réponse de Hilde. Peut-être que c’était la norme à Lestia ?

« J’ai vu un guerrier en armure l’autre jour, mais le masque a ruiné toute la tenue. »

Yae baissa les bras et pencha la tête, en marmonnant de façon grognonne.

« Je pense que s’habiller simplement convient parfaitement à Touya. Je serais plus gênée s’il se mettait à s’habiller chic et que des femmes étranges se mettaient à le coller à cause de ça. »

« Oui, ce serait un problème. »

Sakura fit un signe de tête grave aux mots de Sue. Les autres semblaient toutes d’accord sur ce point.

« En parlant de ça, que fait Touya aujourd’hui ? »

« Voyons voir… Je crois qu’aujourd’hui il est à Xenoahs. Le château Pandemonium a été endommagé lors de l’attaque de la Construction dominante l’autre jour, il est donc allé aider à le réparer, étant donné qu’il a lui-même participé à certains des dégâts… »

Hilde avait répondu à la question de Linze, un sourire ironique aux lèvres. La bataille de Touya avec Gila avait laissé le château de Pandemonium en pagaille. Les travaux de réparation commencèrent immédiatement, et Touya offrit volontiers son aide.

« Nous en parlions justement, et le voilà reparti… J’aimerais vraiment qu’il se calme un peu. »

Lu soupira de nouveau.

« N’aurais-tu pas dû aller avec lui, Sakura ? »

« Le maître suprême est ennuyeux, alors je n’irai pas. Si j’étais allée avec Touya, quelque chose de gênant serait arrivé. Je vous le garantis. »

Sakura détourna son visage de façon maussade. Il semblerait que l’établissement d’une relation avec son père n’était pas facile pour Sakura. Le seigneur, qui ne l’avait jamais traitée comme un père jusqu’à présent, changea soudainement d’attitude. Sakura ne savait plus comment le traiter (même si elle savait qu’il y avait une bonne raison à ce changement d’attitude). Mais plus que tout, le fait que le maître suprême soit devenu terriblement susceptible lui donna soudainement la chair de poule.

« Eh bien, les pères peuvent être comme ça parfois… »

« Hé hé, crois-tu que Touya va devenir comme ça ? »

« J’ai l’impression qu’il le deviendra. Je pense que vous l’avez toutes remarqué, mais chéri peut vraiment être adorable quand il s’agit de la famille. Je pense qu’il deviendra plus un père aimant que le seigneur suprême le jour où il aura une fille. »

« Oooh, je peux voir ça arriver. Il sera à tous les coups un père aimant. »

Le goûter se poursuit, les filles discutèrent avec enthousiasme de leur fiancé absent. Cette rencontre deviendra plus tard une coutume régulière pour elles, et sera connue sous le nom de « Thé des Reines ».

 

◇ ◇ ◇

« Je pense que ça avance enfin, » murmurais-je à moi-même tout en regardant l’une des tours de château Pandemonium retrouver lentement sa gloire d’antan.

Elle avait après tout été soufflée par le canon à particules de Gila… C’était une bonne chose qu’il n’y ait personne dedans.

Je pensais que la réparer ne prendrait que peu de temps avec l’Atelier de Babylone, mais comme pour le château de Brunhild et le pont de l’île d’Enlush, il ne pouvait pas le concevoir tout seul et j’avais dû rester pour aider.

Plus précisément, j’avais adouci la pierre utilisée pour la construction avec un usage limité de [gravité], et j’avais fabriqué certaines des décorations les plus subtiles avec [modélisation].

« Un beau travail, seigneur. Le pandémonium est restauré en un clin d’œil. »

« Oh, bonjour. »

Je m’étais retourné, en baissant la tête vers la personne qui se tenait devant moi. C’était Sirius, l’elfe noir. C’était le père de Spica, qui était inscrit dans notre ordre des chevaliers, et aussi le chef de la maison Frennel, l’une des cinq grandes maisons nobles de Xenoahs. Mais on ne pouvait pas dire tout cela d’après son jeune âge.

Les membres de la maison Frennel maîtrisaient depuis des générations un art martial spécial appelé la technique du bouclier, qu’ils utilisaient pour protéger la dynastie du seigneur suprême. En d’autres termes, ils formaient un clan de gardes du corps.

Chaque membre de la famille royale avait un garde du corps du même sexe désigné pour les protéger. Dans le cas de Sakura, c’était Spica qui avait été désignée comme son garde.

Et il allait sans dire que le chef de la famille, Sirius, avait également quelqu’un qu’il était chargé de garder. Cette même personne m’avait regardé avec une expression aigre sur son visage, dans le dos de Sirius.

« Dites-moi, Grand-Duc… Pourquoi ? Pourquoi Farnese n’est-elle pas venue avec vous ? Puisque vous venez au Royaume des Démons, ne serait-ce pas une bonne idée de l’emmener ? N’avez-vous pas pensé à emmener sa mère, Fiana, aussi ? Une gamine si inconsidérée… »

« Vous savez… »

Le maître suprême traînait dans le coin depuis un certain temps, marmonnant ses plaintes comme s’il chantait une sorte de malédiction.

C’est pourquoi votre fille vous évite, monsieur. Je veux dire, savez-vous que je l’ai invitée ? Je lui ai correctement demandé : « Sakura, veux-tu venir avec moi à Xenoahs ? » Et vous savez ce qu’elle a dit ? « Non, parce que le maître suprême est ennuyeux. » C’est vous le problème ici.

« Enfin bon, Votre Monstruosité. C’est grâce au grand-duc ici présent que la reconstruction du château de Pandemonium se déroule si bien, vous devriez lui en être reconnaissant. »

« Hmph. Je suis reconnaissant pour cela. Vous êtes d’une grande aide, Grand-Duc. Je vous en remercie vivement. »

« N’en parlez pas. Après tout, j’ai participé à la destruction du château… »

En fait, c’était la faute de Gila si le château avait été détruit. L’idiot courait partout, laissant des dégâts sur son passage.

D’après l’enquête menée plus tard, Gila était apparue dans les montagnes au nord d’ici. Il avait fait sauter toute une montagne et était venu jusqu’ici.

La Phase pouvait entendre les battements de cœur des gens, il s’était donc probablement précipité ici, où il y avait une concentration de présence humaine.

« De toute façon, vous avez restauré le château Pandemonium. Il est presque midi, alors pour quoi ne pas vous joindre à nous pour un déjeuner festif ? »

« Hmm, ce n’est pas une mauvaise idée. J’ai encore beaucoup de choses à vous demander sur ma fille, bon seigneur… »

La main du seigneur frappa mon épaule de manière légère. Ah, votre sourire n’atteint pas vos yeux… J’ai été négligent.

J’avais maudit ma propre insouciance. Je n’aurais jamais dû me joindre à eux pour ce repas. J’aurais aimé pouvoir revenir 30 minutes en arrière et faire sortir cette idée de ma stupide tête.

« Qu’y a-t-il, Grand-Duc ? Vous ne touchez pas à votre nourriture. »

« Non, ce n’est rien… Ahaha, ça a l’air délicieux… »

J’étais assis là, pétrifié, la cuillère que j’avais trempée dans la soupe devant moi prise dans la main. En prenant la cuillère dans le liquide violet, j’avais trouvé un globe oculaire, de la taille d’une bille, qui flottait dedans. J’avais dû me féliciter de ne pas avoir jeté la cuillère tout de suite après.

Au déjeuner, ils m’avaient fait découvrir la cuisine nationale de Xenoahs. Leur… cuisine nationale. C’était une chose importante, donc je le répète deux fois pour que ce soit bien clair.

Le climat de Xenoahs était inhospitalier pour la plupart des êtres vivants. Bien sûr, cela s’appliquait aussi à leurs cultures. Étant donné l’environnement dans lequel ils vivaient, il était habituel de manger tout ce qu’on pouvait manger. Et si vous ne pouvez pas manger quelque chose, eh bien, vous faites un effort pour le manger quand même. Le goût n’était pas vraiment une priorité, le leitmotiv était que si vous pouvez manger quelque chose, vous le mangez.

Les bêtes magiques étaient donc un gibier parfait, et toute partie d’entre elles qui était comestible comestible devait être mangée. La soupe au lézard violet et aux yeux qui se trouvait devant moi était une recette de cuisine issue de ces coutumes.

De toute façon, les globes oculaires étaient interdits. De ce que j’en savais, ils avaient peut-être bon goût, mais visuellement parlant, c’était impossible.

Ouais, je suis une mauviette ! Vous avez un problème avec ça !? J’avais posé ma cuillère, et j’avais replongé le globe oculaire dans la mer de soupe. Et cette fois, j’avais essayé de ne manger que la soupe. Elle était violette et ressemblait à de l’eau de marais polluée, et l’odeur était assez piquante aussi ! Ça avait la même odeur qu’une personne qui venait de sortir de son cours de gym !

« Qu’est-ce que c’est ? N’allez-vous pas la manger ? »

Poussé par les réprimandes du seigneur, je m’étais endurci. J’avais mis la cuillère dans ma bouche. Pendant un instant, tout ce qui se trouvait dans mon champ de vision s’était agité et déformé.

Quelle est cette saveur ? Était-elle amère ? Ou non, peut-être salé ? Aigre ? Je ne sais pas ! C’était Sale-Amer-Acide !

« Qu’est-ce que vous en pensez ? C’est bon, n’est-ce pas ? Ce délice est difficile à trouver, même à Xenoahs. »

« C’est… vraiment quelque chose… Le goût est si… écrasant, mon corps ne cesse de trembler… »

***

Partie 2

Mes mains n’arrêtaient pas de trembler, et je transpirais abondamment. Manger plus de ça me tuerait ! J’avais ouvert furtivement mon [Stockage] et j’en avais sorti un bol en bois profond, que j’avais placé sur mes jambes, caché sous la nappe. J’avais ensuite ouvert une petite [Porte] dans ma bouche, avec précaution, pour qu’il ne remarque rien, afin que, même si j’avais l’impression de manger, toute la soupe soit transportée dans le bol. Cela éliminait le goût, bien sûr, mais l’odeur était toujours aussi terrible ! Alors que je me frayais un chemin silencieux à travers la soupe, les portes du réfectoire s’ouvrirent et Sirius entra.

« Pardonnez mon retard, il y avait des documents que je ne pouvais pas remettre… Oh ? »

Sirius, qui était arrivé en retard, s’arrêta quand il vit mon assiette.

« Est-ce la soupe de lézard violet au sirop ? »

« O-Ouais. C’est euhh, un vrai régal. »

« Je suis surpris que tu aies réussi à la manger. Même les démons le mangent à peine. »

« … Pardon ? »

Ma cuillère s’était arrêtée à la suite des mots de Sirius.

« N’était-ce pas une délicatesse rare de la cuisine nationale de Xenoahs ? »

« Une délicatesse… Eh bien, je suppose que ça pourrait l’être pour ceux qui l’aiment, mais la majorité des démons n’y toucheront pas. Je me souviens avoir entendu dire que dans un passé lointain, le rite de passage à l’âge adulte d’un certain clan impliquait de boire ceci, et vous ne seriez pas considéré comme un adulte autrement. Je suppose qu’on pourrait appeler cela un test de courage. »

Un test de courage ? J’avais fixé mon regard sur le maître suprême et Sirius répondit en souriant. Il avait juste détourné le regard et sifflé innocemment. Ce petit… c’est un crime de conscience !

« J’aime personnellement cette soupe. Oui, en effet, c’est un régal. Je suis heureux que vous l’aimiez aussi, Grand-Duc. »

« Probablement parce que votre lignée peut réduire leur sens du goût à un certain degré, Votre Grâce. Nous, les elfes noirs, n’avons aucun moyen de le faire. »

Ce mensonge… ! C’est de l’intimidation pure et simple ! Eh bien, si c’est comme ça qu’il veut jouer à ce jeu…

« Oh, j’oubliais, Sakura m’a préparé un déjeuner pour que je puisse manger ici. »

Les mains du maître suprême s’étaient tordues et s’étaient arrêtées.

« O-Oh… Le déjeuner fait main de Farnese… ha… ha… ha… Mon Dieu, je vous envie… »

Le maître suprême leva le visage, un sourire raide sur son visage. Oh, il est excité, bien. J’avais sorti un panier de [Stockage], j’avais pris un sandwich et je le lui avais offert.

« En voulez-vous, Maître Suprême ? »

« V-Vraiment !? Puisque vous l’offrez, je suppose que je pourrais en prendre un ! Après tout, c’est le déjeuner fait par les mains de Farnese ! En tant que père, je dois le manger ! »

Le seigneur s’était approché de moi avec excitation. Heheheh… Après tout, il ne coupera pas son sens du goût au moment où il va manger la cuisine de sa fille.

« Elle dit qu’elle est très fière de la façon dont le poulet frit a tourné. »

« Elle l’a vraiment fait ! »

J’avais montré au chef suprême, qui regardait dans le panier, du poulet frit à une distance juste suffisante pour qu’il soit hors de portée.

Je lui en avais donné un sur un pic, et il l’avait mis avec joie dans sa bouche.

« Hmm… Buh, baa, buhhh- ! »

Le seigneur se lamenta vers le ciel, comme s’il allait cracher du feu de sa bouche. Son visage était déformé par l’agonie, ses yeux pleuraient et sa langue était sortie, comme celle d’un chien.

« Oups, ce poulet frit, c’est celui qu’Elze a fait. C’est ma faute… »

Je m’étais excusé auprès du maître suprême en lui faisant un signe du pouce et un clin d’œil.

Le morceau de poulet frit qu’Elze avait fait était tellement épicé qu’il était considéré comme une forme de torture. Mais malgré le fait que c’était si dangereux, même moi je ne pouvais pas me résoudre à jeter quelque chose que ma fiancée avait cuisiné avec amour pour moi. Je suis heureux d’avoir pu en faire bon usage. Mais il fallait que je lui cache tout cela.

Le chef suprême prit un pichet sur la table et commença à en boire directement l’eau. Incapable de s’en empêcher, il s’était rempli la bouche avec la glace du pichet et avait commencé à la mâcher. Il semblerait que même sa capacité à couper son sens du goût avait ses limites.

De mémoire, le goût était divisé en cinq saveurs : amertume, douceur, aigreur, salinité et saveur. Le piquant, en revanche, n’était pas ressenti par le sens du goût, mais par le sens de la douleur. C’était peut-être pour cela ?

« Heh... Heh heh... C’était un goût très… particulier… »

« Oh non, je suis sûr que cette soupe a un meilleur goût à cet égard… »

Nous avions échangé nos impressions avec de grands sourires. Cet homme allait devenir mon beau-père, et malgré le fait qu’il était beaucoup plus âgé que moi, je ne pouvais pas m’empêcher de le voir comme quelqu’un du même âge que moi. Je pouvais imaginer que nous aurions beaucoup de ces échanges plus tard.

« Vous deux êtes censés diriger un pays, et c’est ce que vous faites… ? » dit Sirius, en soupirant d’une manière exaspérée.

◇ ◇ ◇

« Bien, donc nous sommes tous là. »

« Oui, c’était juste un petit moment, mais j’étais content de revenir chez moi. »

Tous ceux qui étaient originaires de Xenoahs étaient réunis devant moi. Lushade du clan des vampires, les jumelles lamia Charette et Mulette, Samsa du clan des ogres et Lakshy du clan des alraunes.

Sakura avait refusé de venir, mais j’avais décidé d’essayer d’inviter toutes les personnes qui étaient originaires de Xenoahs. J’avais invité Spica, l’elfe noire, mais elle pensait qu’il n’y avait aucune raison qu’elle vienne si Sakura ne venait pas aussi.

J’avais donc pris un congé et je les avais amenés à Xenoahs à travers une [Porte] il y a deux jours.

« Quand j’ai acheté un souvenir à ma mère, elle était vraiment heureuse ! Quand je leur ai dit que j’étais chevalier à Brunhild, mes petits frères étaient très excités. »

« C’est super. »

« Quand nous sommes rentrés à la maison, nos parents n’arrêtaient pas de nous harceler à propos du mariage et de nous demander quand nous allions pondre des œufs, alors on a fini par s’enfuir. »

« C’est vrai !? »

Alors que l’histoire de Samsa était réconfortante, les jumelles lamia ne se plaignaient que de leurs parents. Je supposais que les familles étaient les mêmes dans tous les pays du monde. Mais… les lamias sortaient des œufs, hein… ?

Quoi qu’il en soit, j’avais ouvert une [Porte] pour nous ramener à Brunhild, nous avions ainsi fait le trajet retour.

Les démons étaient retournés à la caserne, emportant leurs souvenirs du Royaume des Démons. Ces souvenirs n’étaient pas de la nourriture comme cette soupe ? En fait, le maître suprême m’avait fait aussi rapporter un cadeau, mais… Il avait dit que je devrais le donner à Sakura et aux autres fiancés, mais devrais-je vraiment le leur donner si c’était quelque chose comme ça… ? Eh bien, je doute qu’un père aimant comme lui envoie quelque chose de mal à sa fille bien-aimée.

J’avais ouvert une [Porte] pour me transporter dans le jardin de Babylone.

Tout le monde prenait le thé, dans cet endroit entouré de fleurs. J’avais pensé qu’elles pourraient être ici.

« Je suis de retour. »

« Touya ! Viens-tu de rentrer de Xenoahs ? »

Sue s’était levée de sa chaise et s’était précipitée pour me saluer. Whoa là, pas de plaquage !

« J’ai réussi à réparer le château de Pandemonium, d’une manière ou d’une autre… Bon sang, c’était le bordel. »

« Bon travail, et bon retour. »

Linze m’avait remercié avec un sourire. Yep. Tout ce travail en valait la peine. Oh, j’ai presque oublié de leur donner le souvenir. J’avais sorti une boîte de papier épais du [Stockage].

« Sakura, c’est un cadeau du seigneur suprême. »

« S’il y a une longue lettre attachée, tu peux le jeter. »

Mon dieu. En a-t-elle vraiment marre de toi, Seigneur Suprême ? Je veux dire, est-ce qu’il lui envoie vraiment des lettres ?

En y repensant, j’avais donné à Xenoahs un miroir portail, donc ce ne serait pas étrange si Kousaka recevait des lettres de leur part. Kousaka avait peut-être transféré une lettre du Seigneur Suprême à Sakura… j’avais eu l’impression qu’elle avait été jetée sur le champ.

« Il n’y avait pas de lettre… Hein ? Il y en a une. »

L’enveloppe attachée sur le côté était de la même couleur que la boîte, donc je ne pouvais pas le savoir. Mais le contenu de cette lettre ne me semblait pas énorme.

J’avais retiré la lettre de la boîte et je l’avais retournée pour trouver une écriture sur l’autre côté : « Aux dames du grand-duc. »

Elle n’était pas adressée à Sakura.

Il veut dire Yumina et les autres… ? Bien qu’elles ne soient pas encore techniquement « mes dames. »

Alors que je me tenais là, perplexe, Leen m’avait arraché la lettre des mains et avait ouvert le sceau. C’était agile.

« Je vous envoie l’un des plaisirs préférés de Lady Farnese. J’espère que vous l’apprécierez toutes. Signé, Swellra Frennel… ? »

Une fois que Leen eut fini de lire la lettre à haute voix, Sakura tira la boîte vers elle et défit les rubans.

À l’intérieur se trouvait une grande tarte ronde, décorée de framboises rouges sur le dessus.

« Mon Dieu ! Ça a l’air délicieux, vraiment ! »

« Une tarte aux framboises, je vois ! »

« Hmm. Swellra en faisait très souvent. C’est ma préférée. »

C’est vrai, Swellra est la mère de Spica, et la femme de Sirius… ce qui veut dire que ce n’est pas un cadeau du seigneur suprême, mais de Swellra ? Alors, pourquoi ne l’a-t-il pas dit...

« On dirait qu’elle nous en a fait deux. »

« Je mangerai donc l’autre plus tard avec Mère et Spica. Celui-là est pour tout le monde. »

C’est logique. Mlle Fiana et Spica voudraient certainement avoir un peu de cette tarte.

Nous étions dix personnes, moi y compris, nous devions donc couper la tarte en dix morceaux. C’était un peu ennuyeux. Oh attendez, n’y a-t-il pas une application pour couper un gâteau en morceaux égaux ?

Je l’avais cherchée sur mon smartphone. J’en avais trouvé une immédiatement et je l’avais téléchargée. J’avais ensuite placé l’écran sur la tarte et, après avoir marqué les lignes directrices qui apparaissaient sur l’écran, je l’avais coupée en dix morceaux bien nets.

Chacune prit une assiette et reçut sa part de tarte. Et pendant que nous étions occupés avec la tarte, Sue m’avait versé une tasse de thé.

« Mangeons. »

J’avais coupé un morceau de la tarte avec ma fourchette et je l’avais porté à ma bouche. C’était délicieux. Une saveur et un arôme doux-amer s’étaient répandus dans ma bouche. La tarte était excellente, mais la framboise était délectable à elle seule.

« C’est tellement bon ! »

« Délicieux, dis-je ! C’est croquant et délicieux ! »

« C’est génial… Mmm… Je me demande si je pourrais faire ça aussi… »

Seule Lu semblait apprécier la tarte sous un angle différent, mais il semblerait que tout le monde aimait la tarte de Swellra.

« Cela me rappelle des souvenirs… »

Sakura savoura la tarte, un léger sourire aux lèvres. Sakura avait été élevée dans la maison Frennel, donc pour elle, la saveur de ce gâteau devait porter les souvenirs d’un foyer chaleureux.

Alors que les filles discutaient bruyamment de la tarte aux framboises, j’avais remarqué un morceau de papier plié en deux, fixé sur le côté intérieur du couvercle de la boîte.

En me demandant ce que c’était, je l’avais sorti, trouvant une lettre signée par le seigneur suprême qui disait simplement : « Si vous revenez à Xenoahs, vous pourrez manger cela tous les jours. »

Le maître suprême… n’essaie-t-il pas de la séduire avec de la nourriture… ne jouez vous qu’à des jeux mesquins ? En voyant à quel point Sakura était heureuse, j’avais décidé qu’il valait mieux ne pas lui montrer cette lettre. Si elle découvrait que le seigneur suprême avait essayé de profiter de ses souvenirs avec Swellra, elle le rejetterait avec d’autant plus de véhémence, et je ne voulais pas qu’elle le fasse non plus.

« Qu’y a-t-il, Grand-Duc ? »

« Hein ? Ah, non, ce n’est rien. »

J’avais souri suite à l’expression douteuse de Sakura tout en froissant le papier dans ma main. La prochaine fois que je rencontrerai le maître suprême, je devrai probablement lui conseiller d’éviter de faire ça.

Je pense qu’il a hâte de regagner l’affection de sa fille pour compenser tout le temps où il n’a pas été impliqué dans sa vie, mais plus il essaiera de s’imposer à Sakura, plus elle s’éloignera de lui. Comme on dit, c’est la lenteur et la régularité qui font gagner la course. Je pense que prendre le temps d’approfondir progressivement leur relation serait une meilleure façon de procéder.

« Sakura, que ressens-tu pour le maître suprême ? »

« Il est agaçant. »

… Mais il y a du chemin à faire jusqu’à ce que ça porte ses fruits.

***

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