Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 10 – Chapitre 4

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Chapitre 4 : L’Étranger d’un autre monde

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Chapitre 4 : L’Étranger d’un autre monde

Partie 1

À ma grande surprise, les patrouilles de chats de M. Mittens s’étaient avérées efficaces.

Si elles repéraient des problèmes, elles informaient immédiatement le poste de contrôle le plus proche et appellent les gardes. S’ils voyaient quelque chose de suspect, ils les suivaient et ils observaient leurs actions. Ils avaient également attiré l’attention des adultes lorsque leurs enfants faisaient des choses dangereuses.

Ils s’étaient bien débrouillés, tout cela sans pouvoir parler. Les habitants avaient fini par être tellement reconnaissants envers ces chats que personne ne s’était soucié de les voir se balader partout.

Habituellement, une forte augmentation du nombre de chats signifiait que des poissons pouvaient être volés, ou que des combats pouvaient éclater… Mais je n’avais jamais rien entendu à ce sujet. Apparemment, M. Mittens était un leader très compétent… Au moins quand il s’agissait de chats.

À de rares occasions, des aventuriers en voyage essayaient de maltraiter les chats, mais ils finissaient toujours par être retrouvés dans des ruelles avec leurs vêtements déchiquetés. Leurs corps avaient également été retrouvés couverts d’égratignures. Le nombre de blessures impliquait qu’ils avaient été attaqués par un groupe de taille considérable. Le nombre d’aventuriers qui tourmentaient les animaux pour s’amuser avait fortement diminué après quelques-uns de ces incidents. Les chats étaient des animaux, mais ils étaient toujours capables de se venger. Il semblerait que la plupart des aventuriers qui avaient été victimes de ces attaques avaient fini par avoir tellement peur des chats qu’ils avaient fait leurs bagages et quitté la ville peu de temps après.

Ainsi, les chats avaient gagné la place qui leur revenait à Brunhild.

« En premier lieu, qu’est-ce qui est suspect chez cette personne ? »

« Eh bien… »

M. Mittens et moi étions tapis dans l’ombre, en train de regarder quelqu’un assis dans le bar de la guilde. Fiana était avec Sakura au château, donc M. Mittens n’était pas de garde pour la journée.

Cette personne prétendument suspecte buvait lentement du saké au bord du bar. Je ne pouvais pas voir son visage, car il portait une robe sale avec une capuche, mais je le considérais comme une femme plutôt qu’un homme. C’était plus mon instinct qui parlait.

Ses mains et ses jambes dépassaient de la robe, je pouvais voir qu’elle était vêtue de gants d’armures et de cretons. Cela m’avait amenée à croire qu’elle était chevalier.

Je supposais que si les chats la trouvaient suspecte, il y avait donc de quoi s’inquiéter… mais je ne pensais pas qu’il fallait être aussi prudent. Je ne voulais pas m’immiscer dans sa situation personnelle. Elle aurait pu avoir ses propres raisons de se déguiser ainsi.

« Elle est très méfiante, mais ce qui me dérange dans son déguisement, c’est que… Elle ne sent rien. »

« Pas d’odeur ? Huh… »

« Tout le monde sent quelque chose. Il y a au minimum la sueur et les odeurs corporelles. Le parfum est souvent utilisé pour couvrir cela, mais ne pas avoir d’odeur du tout est piaousitivement inhabituel. »

Pour moi, cela avait suffisamment de sens. Les chats n’avaient peut-être pas un odorat aussi aigu que celui des chiens, mais ils pouvaient quand même mieux sentir que les humains. D’après ce que j’avais entendu, les chats utilisaient l’odorat pour juger de la qualité de leurs repas, et aussi pour marquer leurs propriétaires humains de leurs propres odeurs en se frottant contre leurs pattes.

En d’autres termes, si les chats trouvaient son odeur suspecte, alors elle était probablement suspecte.

« Il y a trois possibilités parfaitement valables ici. »

M. Mittens avait soudainement levé trois de ses « doigts » en l’air. Il était d’une dextérité surprenante pour un chat.

« Tout d’abord, l’odeur est masquée par la magie. Comme si elle utilisait un artefact ou autre chose, miaou. Deuxièmement, elle est morte. Mais au moins, elle sentirait la mort, donc c’est peu probable. Mais elle pourrait être un esprit, ça compterait quand même… Et puis il y a la troisième option ! Elle pourrait être un Golem ou une construction magique. Mais je n’ai jamais vu un Golem de sa taille avant. C’est pourquoi je pense que la première option est la plus probable. »

Il y avait des Golems connus sous le nom de Golems Charnel qui étaient faits de corps, un peu comme le Monstre de Frankenstein… Mais ils étaient toujours considérés comme des créatures mortes-vivantes. On sentait sûrement sur eux la puanteur de la mort.

Si son odeur était effacée par la magie, je ne pouvais même pas chercher à comprendre pourquoi elle faisait ça. Je ne savais même pas qu’un tel sort existait, mais il y avait certainement des sorts Néant avec toutes sortes d’utilisations. On utilisait une magie de type déodorant si l’on puait vraiment, mais cette ville était équipée de bains publics… Si elle pouvait se permettre de boire du saké dans un bar, elle pouvait certainement se permettre de prendre un bain.

« Elle n’a rien fait, n’est-ce pas ? Elle n’a fait que… manquer d’odeur. »

« Tu es trop optimiste, miauneur. Si tu attends qu’elle fasse quelque chose, alors ce sera déjà trop tard, non ? Ne sais-tu pas que nous devons agir avant ? »

Vraiment… ? Elle est juste assise là à boire du saké, ce n’est pas comme si… Oh… ? Deux aventuriers ivres se sont soudainement dirigés vers la femme à capuche. On aurait dit qu’ils essayent de se battre. Elle se démarque nettement, il n’est donc pas trop surprenant qu’elle y soit confrontée à un moment donné…

Je m’étais brièvement demandé si interférer était la bonne chose à faire ou non.

Juste au moment où j’allais faire un geste, l’un des aventuriers qui harcelaient la femme avait été abattu en un clin d’œil. J’avais été stupéfait. Il avait fini par être complètement éjecté du bar, s’écrasant la tête la première sur le sol. La femme cagoulée avait à peine bougé.

L’homme était sacrément grand et costaud, la femme devait donc avoir une sacrée force pour le jeter si loin.

J’avais encore fourré mon nez dans les affaires des autres et j’avais failli être frappé par le deuxième aventurier, qui se précipitait vers la porte de la même façon. Ouah ! J’avais reculé et j’avais regardé avec émerveillement l’homme s’effondrer sur le sol près de son ami. Puis, je m’étais retourné dans le bar et j’avais vu que la femme encapuchonnée était retournée à son verre de saké, apparemment insensible à ce qui venait de se passer. Il semblerait que cette femme en avait une sacré paire.

« Hé, espèce de merde ! »

« Tu te prends pour qui, hein !? »

Les deux hommes s’étaient levés en titubant, avaient sorti leurs armes et essayèrent de retourner dans le bar. Ils étaient complètement saouls. Il était temps pour moi d’intervenir.

« Ça suffit. Continuez et il y aura des problèmes. Une bagarre de bar, je peux comprendre, mais au moment où les armes sortent, je ne peux plus l’accepter. Rangez vos armes. »

« Qu’est-ce que c’est, morveux ? ! Tu es un ami de l’idiot à capuche ? »

« Dégage de mon chemin ! Tu veux t’embrouiller !? »

Ils me traitaient sérieusement comme un enfant. Je n’avais plus dix-sept ans, mais physiquement, je n’avais pas vraiment vieilli depuis environ un an, alors parfois les gens me traitaient comme un enfant. Cela rendait encore plus crédible l’idée que ma Divinité avait en quelque sorte arrêté mon vieillissement. J’étais peut-être même devenu un immortel, mais je n’étais pas pressé de tester cela.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? »

« Il y a des aventuriers qui font du boucan. »

« Attendez, c’est le grand-duc ! »

Une foule s’était rassemblée sans que je m’en rende compte. Il y avait même des enfants qui me faisaient signe.

« Allez les chercher, seigneur ! »

« Vous pouvez le faire ! »

« Allez-y, battez-les, seigneur ! »

Attendez, non… Ce n’est pas ça le problème !

J’avais soupiré légèrement et fis un signe de dédain aux enfants, ils semblaient un peu déçus par mes intentions pacifistes. Un des ivrognes avait ensuite essayé de me taillader avec son arme.

« Grargh ! »

Je l’avais esquivé, mais son attaque aurait manqué de toute façon. Toute sa posture était mauvaise et ses pieds étaient instables, il était complètement ivre.

De toute façon, il était dangereux.

Le paralyser d’une balle aurait fait l’affaire, mais je ne voulais pas que la foule pense que je venais de tuer quelqu’un. J’avais décidé de le mettre KO de façon conventionnelle.

J’avais évité sa prochaine attaque et je l’avais touché en utilisant un peu de [Paralysie]. L’autre homme avait vu son camarade tomber comme une marionnette dont les cordes avaient été coupées. Il m’avait attaqué avec sa lame, mais j’ai utilisé [Accroissement de puissance] pour l’attraper entre mes doigts et le faire tomber. C’était de toute évidence une arme bon marché.

« Mais qu’est-ce que… !? »

Ensuite, j’avais utilisé [Paralysie] pour mettre KO le deuxième gars.

« Hmph… »

Juste après que je les ai mis KO, le maître de la Guilde Relisha était sorti pour voir l’agitation.

« Votre Altesse ? Qu’est-ce qui se passe ici ? »

« Ah… Je viens de mettre KO deux ivrognes violents. Ce sont des aventuriers, alors donnez-leur un avertissement formel, si vous le pouvez. »

La guilde ne pouvait pas superviser tous ceux qui décidaient de devenir aventuriers, mais elle avait toujours le pouvoir de les punir s’ils faisaient quelque chose qui nuisait à l’image générale de la guilde. Ces punitions pouvaient aller d’un retrait d’argent jusqu’à la révocation de leur carte de guilde. J’avais même entendu des rumeurs sur l’existence d’une escouade secrète d’assassins de la guilde, mais elles n’étaient pas prouvées.

« Compris. Je vais leur donner un avertissement sévère. S’ils recommencent, nous les traiterons plus sévèrement. Ceci étant dit, essayer d’attaquer un monarque est un délit grave, et justifierait généralement la peine de mort. »

« Eh bien, je vais laisser passer l’infraction cette fois-ci. »

Des membres de la guilde étaient sortis et avaient traîné les deux hommes tombés à l’intérieur. Ils étaient paralysés, mais ils pouvaient encore voir et entendre tout ce qui se passait autour d’eux. Ce qui signifiait probablement qu’ils savaient maintenant qui j’étais. Leurs visages étaient devenus complètement pâles. Ils avaient l’air beaucoup plus sobres qu’il y a quelques instants.

« J’ai une question. »

« Whuh !? »

Je poussais un cri de surprise en entendant la voix mystérieuse et inattendue qui venait de derrière moi. La source de la voix était la fille qui avait bu au bar… Je ne l’ai pas du tout remarquée, c’est quoi ce bordel ? Sa voix est à tous les coups féminine, mais quand même…

« On vous appelait Votre Altesse. Cela fait de vous le souverain de ce pays, pas vrai ? »

« Euh… Souverain est une drôle de façon de le dire, mais oui, je suis le grand-duc. »

« Alors cela veut dire que vous êtes Morcheezooki Towya. Ai-je raison ? »

J’avais maladroitement hoché la tête aux mots de la femme. Même si sa prononciation était un peu guindée.

Qu’est-ce que c’est que ça ? Est-ce un autre assassin étranger ? Mais elle n’a pas l’air d’être de Yulong…

« Nous devons parler. En privé. Je ne prendrai pas beaucoup de votre temps. »

« … Très bien. »

J’étais un peu réticent à suivre quelqu’un d’aussi suspect, mais je n’avais ressenti aucune hostilité de sa part. J’étais également curieux de savoir exactement ce qu’elle voulait me dire.

Marcher derrière la femme à capuche me paraissait étrange, mais j’avais du mal à le mettre en mots. C’était comme si je suivais un robot. Il n’y avait aucune sensation dans la façon dont elle se déplaçait.

J’avais laissé M. Mittens derrière moi, elle m’avait emmené dans la partie est d’une forêt voisine, près d’une rivière.

Elle avait regardé autour d’elle pour s’assurer qu’il n’y avait personne d’autre dans les environs, et laissa tomber sa capuche. Son visage était complètement exposé.

***

Partie 2

« Quoi… !? »

J’avais instinctivement sauté en arrière et j’avais pris mon pistolet, pour immédiatement viser la femme. Le visage sur lequel mon arme était pointée était absolument magnifique, c’était l’une des plus belles filles que j’avais jamais vues.

Mais là n’étais pas le problème. Le problème, c’était ses yeux rouges. Ses yeux rouges et ses « cheveux » durs, la façon dont le soleil brillait et se reflétait sur le dessus de sa tête. Elle brillait comme les créatures que j’avais vues dans Roadmare, puis plus tard dans Xenoahs.

« Une Construction Dominante… !? »

Merde, comment a-t-elle pu infiltrer Brunhild !? Les capteurs ne se sont pas déclenchés !

« S’il vous plaît, attendez. Mon intention n’est pas de vous combattre. »

« … Quoi ? »

Tu ne veux pas te battre ? Quoi ?

« Je suis Lycee. Si vous êtes ce Mocheyzuki Tooya, alors vous connaissez sûrement Endymion ? »

« Endymion… Tu veux dire Ende ? »

Il a un nom comme ça ? Sans déc...

« Endymion n’est pas encore revenu de l’espace entre les mondes. L’effort ne doit pas être monumental. C’est pourquoi j’aimerais vous demander de le retrouver. »

« Retrouver… ? »

J’étais extrêmement méfiant à l’égard de ce poussin et je ne savais pas quoi penser. Soudainement, la fille, Lycee jeta quelque chose vers moi depuis sa robe. C’était un petit prisme triangulaire, d’une dizaine de centimètres de long.

« Si vous y mettez de la magie… Alors Endymion sera appelé ici, normalement. »

« Normalement ? »

« C’est ce que m’a dit Endymion. Je n’ai jamais essayé. Il me manque ce que ce monde appelle le pouvoir magique. Il a dit que si je devais avoir des ennuis, je devais chercher le souverain de Brunhild. Mochizukey Tohya. »

Mais qu’est-ce que… Cette fille est à tous les coups une Construction Dominante, alors pourquoi travaille-t-elle avec Ende ? N’est-il pas un ennemi de la Phase ? C’est peut-être un piège ? J’avais jeté un coup d’œil à Lycee avec des yeux suspicieux, mais je n’avais lu aucune émotion sur elle. Pourtant, quelque chose en elle me semblait différent des deux autres que j’avais déjà rencontrées.

J’avais versé un peu de ma magie dans le prisme, mais rien ne s’était vraiment passé. Est-il brisé… ?

Après cet échec, j’avais progressivement augmenté la quantité de magie que je versais dans le prisme, jusqu’à ce que je le remplisse avec environ un dixième de ma magie totale. Il s’était ensuite brisé en plusieurs petits éclats.

« Whoa ! »

J’avais retiré ma main du prisme éclaté. Les débris flottèrent dans l’air pour former un grand cercle. Ende était soudainement apparue au milieu du cercle, le traversant presque comme si c’était un de mes portails.

« Ah. Touya, hein ? Il était temps… Tu m’as vraiment sauvé. Si tu n’avais pas fait ça, il aurait fallu encore un semestre ou deux avant que je puisse revenir. Merci… Je suis maintenant de retour, Lycee. »

« Je vois que tu es revenu, Endymion. »

Ende souriait comme si rien d’extraordinaire ne se passait. Son écharpe flottait dans la brise alors qu’il remettait les pieds dans ce monde.

◇ ◇ ◇

« Mec, par où devrais-je commencer… »

« Dis-moi tout. J’aimerais connaître tous les détails depuis le début. »

Ende avait commencé à parler en buvant son thé fraîchement infusé. Nous étions tous les deux assis dans mon château. Lycee s’était assise à côté de lui, en sirotant son propre thé comme elle l’avait fait plus tôt avec son saké.

La seule autre personne dans la pièce, c’était moi. Je ne gardais personne d’autre dans l’ignorance, je voulais juste comprendre d’abord moi-même la situation. C’était sérieux.

« Ça signifie que je pourrais finir par parler pendant un moment, c’est bon ? »

« C’est bon. Commençons par quelque chose de simple. Cette fille, Lycee. C’est une des Dominantes ? »

« Effectivement. »

Ende continuait à siroter son thé.

« Les Constructions Dominantes sont le niveau le plus élevé de l’espèce Phase, non ? »

« C’est exact. Les constructions inférieures, les constructions intermédiaires, les constructions supérieures et les constructions dominantes. Au-dessus d’eux, il n’y a que le Souverain. Les Constructions Dominantes, comme leur nom l’indique, exercent une domination sur tout ce qui est inférieur à eux. Ils ont également une plus grande capacité d’intelligence et d’émotion. Mais la plupart du temps, ils ne sont pas très bons pour tout ce qui concerne les émotions. »

Il me fait un sourire ironique en regardant Lycee.

« Laisse-moi alors juste mettre une chose au clair. Cette fille n’est-elle pas une ennemie ? »

« La notion d’ennemi dépend des circonstances, Touya. Si toi et tes alliés décidiez de tuer le Souverain, alors nous serions vos ennemis. »

Ende me jeta un coup d’œil, un subtil soupçon de défi dans ses yeux.

« Es-tu l’un des membres de la Phase, Ende ? »

« J’aurais pu le mentionner dans le passé, mais je suis simplement quelqu’un qui traverse les mondes. On m’a appelé de bien des façons dans le passé. Un vagabond, un marcheur voyageur, l’étranger… La liste est longue. Je suis né dans un monde qui existe “plus haut” sur l’échelle de la réalité, du moins comparé à celui-ci. J’ai la capacité de traverser des mondes, de haut en bas, mais seulement des mondes “en dessous” du mien. Je n’ai pas de pouvoir omnipotent. »

Il peut donc se déplacer entre les mondes… C’est un pouvoir honnêtement incroyable… Il a dit qu’il ne peut traverser que les mondes inférieurs, mais je me demande si cela signifie qu’il pourrait aussi visiter la Terre…

« Au cours de mes voyages, je me suis retrouvé sur une certaine planète. C’était le monde d’où venait la Phase. La planète de cristal, Phrasia. C’est là que j’ai rencontré la Phase Souveraine. Bien que le titre soit neutre, il serait peut-être préférable de la désigner comme une reine dans ce sens. C’était après tout une femme. »

Huh... La Phase Souveraine est une femme ?

« Nous avons échangé entre nous sur de nombreux sujets. Nous avons passé de nombreuses années ensemble sur ce monde… C’était bien. Finalement, elle, eh bien… Elle souhaitait vivre avec moi. Moi aussi, je voulais passer le reste de ma vie avec elle. Mais mon peuple, les Voyageurs… Nous ne pouvons pas nous installer. Nous ne pouvons pas nous enchaîner à un seul monde. Nous, les Voyageurs, sommes animés par le sens de l’exploration et de la liberté qu’apporte un nouveau monde. C’est pourquoi elle a décidé de venir avec moi. Il y a après tout des génies dans d’autres mondes… Cela lui a pris du temps, mais elle a trouvé sa solution. Sa méthode pour traverser les mondes. »

C’est logique. Ce n’est pas parce qu’un monde est plus bas sur une échelle qu’il est nécessairement inférieur. Le progrès scientifique sur Terre est bien au-delà de ce qui se fait dans ce monde, mais les trucs issus de la magi-tech qui peuvent être appliqués ici dépassent largement certains de nos trucs. Après tout, nous ne pouvons pas guérir instantanément les blessures sur Terre comme ils le font ici avec la magie. Mais quand même… traverser des mondes comme ça…

« Donc tu me dis qu’elle est devenue le Noyau Souverain, a franchi les frontières des mondes, a commencé à absorber l’énergie des gens des nouveaux mondes, et a utilisé cette énergie pour s’élever… N’est-ce pas ? »

« C’est ça. Son hypothèse était que si elle atteignait les hauteurs d’où je venais, elle pourrait acquérir une méthode pour devenir une existence comme moi. Alors, et seulement alors, nous serions capables de vivre une vie complète ensemble. C’était son plan. »

Ende regarda vers le bas, jetant un triste froncement de sourcils au sol. Lycee ne semblait pas y prêter beaucoup d’attention. Elle croquait les biscuits de Lu comme une petite créature des bois. Des petites bouchées prudentes. Elle appréciait le saké, puis le thé, et maintenant les biscuits… Mais elle mangeait très lentement. Je me demandais si elle avait déjà essayé ces choses-là. Je m’étais détourné d’elle et je regardais de nouveau Ende qui parlait une fois de plus.

« Les Constructions Dominantes ont bien sûr protesté. La plus véhémente de ses protestataires est celle que j’ai rencontrée l’autre jour, Ney. »

« Vous avez rencontré Ney, Endymion ? »

Lycee avait arrêté son lent ronronnement pour interroger son compagnon.

« Hm ? Oh, oui. Elle a l’air en bonne santé. »

« Je vois. »

Lycee haussa les épaules et recommença à manger les biscuits. Elle n’exprimait pas beaucoup d’émotions, mais il semblerait qu’elle connaissait Ney dans une certaine mesure.

« Oui. J’ai été attaquée après ça, en fait, par quelqu’un qui se fait appeler Gila. »

« Oh, ce type ? C’est une vraie tête brûlée. Sais-tu que c’est l’une des personnes qui veut son pouvoir ? »

Oui, ça ne me surprend pas du tout. Il a l’air d’un type pompeux.

« Revenons à mon histoire… les Dominants ont protesté contre sa décision de voyager à travers les mondes. Ils avaient bien sûr tous leurs raisons. Certains avaient peur pour sa sécurité, d’autres voulaient garder sa force dans l’écosystème du monde, d’autres encore voulaient simplement s’approprier son pouvoir. La Souveraine est la force vitale de toutes les Phases, et leur donne leur résilience surnaturelle. Sans la Souveraine, toute l’humanité des Phases perdrait ce pouvoir. Ils avaient peur de ce qui pourrait arriver. Aucun d’entre eux n’a réalisé qu’il leur suffisait de se mettre d’accord sur un nouveau Souverain pour maintenir l’unité de l’espèce. Même s’ils n’avaient pas le même pouvoir qu’elle, ils pourraient continuer. Elle espérait qu’ils s’en rendraient compte à temps, et qu’ils la laisseraient enfin quitter le monde de la Phase avec moi. »

« Alors c’était comme si vous vous étiez enfuis parce que sa famille avait protesté contre le mariage, hein… ? »

Ende sourit un peu amèrement à mon commentaire.

« Je suppose que c’est une analogie appropriée, oui. Je ne l’ai évidemment pas kidnappée, nous avons simplement souhaité la même chose. Nous nous sommes bien débrouillés pendant un certain temps. Nous avons fait l’ascension des mondes ensemble. Quand son noyau faisait un arrêt pour rassembler suffisamment d’énergie, je passais mes journées à explorer le nouveau monde, à rencontrer des gens et à visiter des lieux. J’étais seul, mais elle était avec moi en esprit. Quand il était temps pour elle de bouger, je bougeais avec elle. Une fois qu’elle avait émergé du corps des formes de vie locales, je pouvais sentir sa présence, et je savais qu’il était temps de partir. Mais un jour, une chose sans précédent s’est produite. La Phase a commencé à envahir un monde dans lequel nous restions. »

« Attends. Veux-tu dire qu’un autre Phrase a gagné le pouvoir qu’elle avait de se déplacer à travers les mondes ? »

« Dans un sens, oui. Elle a essayé plusieurs méthodes différentes pour traverser la frontière. La plus facile était de déchirer le tissu entre les mondes, et de forcer son passage. Mais elle et moi avons convenu qu’une telle méthode était risquée, et avons décidé de ne pas l’employer. Après tout, faire sauter la frontière de la barrière protectrice d’un monde laisserait ce monde complètement vulnérable aux menaces extérieures. Nous voulions éviter la perte de vies innocentes dans notre poursuite de plus hauts sommets. C’est pourquoi elle est devenue un noyau dans un état proche de la mort, et a utilisé une méthode plus bénigne pour voyager. Mais, de retour sur le monde d’origine, une certaine faction de Phase a découvert le chemin le plus dangereux, et a commencé à démolir de force des mondes pour nous suivre. »

Ce qui me vint à l’esprit était l’image d’Ende s’enfuyant avec la fille d’un parrain de la mafia, avec des criminels qui le poursuivaient violemment.

Naturellement, dans ce genre d’histoire, le héros serait mis en pièces si jamais on les retrouvait.

« Nous avons quitté ce monde avant qu’ils ne puissent la trouver, et nous nous en sommes sortis indemnes. Mais nous avons appris plus tard que le monde que nous avions fui fut anéanti. C’est alors que j’ai rencontré Lycee, et elle m’a informé de ce qui se passait. Depuis lors, nous avons été poursuivis, en essayant de ne pas rester trop longtemps et en espérant que d’autres ne soient pas blessés. »

« Je comprends que vous voyagiez, mais cette fille… Lycee ? Qu’en est-il d’elle ? »

***

Partie 3

Je n’avais pas compris. Si Ende avait pu emmener quelqu’un, pourquoi la souveraine s’était-elle donné la peine d’entrer dans un état de mort imminente ?

« Je peux emmener une ou deux personnes à travers les mondes, ça prend juste un peu plus de temps. Mais ce que le Souverain… Ce qu’elle souhaitait n’était pas un simple mouvement. Elle voulait la croissance, l’évolution. Elle voulait se déplacer à mes côtés, pas seulement à cause de moi. »

En quelque sorte, c’était assez logique. C’était plus comme si son but était de renaître, de passer d’une Phase à un autre être entièrement. Dans un sens, cela la rendait semblable à moi. J’étais le seul à l’avoir réussi.

Mais j’avais été directement changé par Dieu Tout-Puissant lui-même. Si elle montait lentement l’escalier en colimaçon de la hiérarchie mondiale, alors j’avais pris l’ascenseur express jusqu’au sommet et j’avais obtenu des privilèges spéciaux.

« Nous avons gravi les mondes un par un, mais ils se cachaient à l’extérieur de chacun d’entre eux, nous attaquant au bon moment alors que nous quittions la protection de la barrière. Il existe des mondes aux frontières plus solides que d’autres. Chaque fois que nous étions dans un monde avec une frontière faible, ils se déversaient à travers et essayaient de récupérer le Souverain. Beaucoup de mondes en étaient capables, eux aussi. Beaucoup de races d’autres mondes étaient capables de les repousser. Naturellement, je leur ai aussi prêté mon aide. Tout comme j’ai aussi travaillé dans ce monde. Je les tuais partout où je pouvais, les retenant et les empêchant de lui faire du mal. Finalement, nous avons atteint ce monde, il y a quelques milliers d’années… Et c’est ici qu’une invasion massive de Phases a eu lieu. »

C’était la grande invasion d’il y a cinq mille ans, alors… Donc Ende était vraiment ici à l’époque.

« J’ai dû aussi intervenir à l’époque. Le Souverain était tout près d’être trouvé, l’humanité était fait tuée assez durement. Je m’étais battu aussi fort que j’ai pu, mais j’étais seul. Lycee ne m’a pas aidé. »

« Je n’ai pas l’intention de lever la main sur mes proches. Je souhaite simplement voir où le Souverain arrivera à la fin. »

« Elle est comme ça… »

Ende haussa un peu les épaules. Lycee n’avait clairement pas l’intention de lutter contre la Phase.

« À l’époque, la frontière protégeant ce monde était complètement déchiquetée. La Phase s’est déversée, débordant et détruisant tout sur leur passage. Il y avait aussi des Constructions Dominantes partout. C’était une invasion à grande échelle. L’humanité et les races animales étaient incapables de faire quoi que ce soit. Honnêtement, j’allais abandonner. J’allais trouver la Souveraine, l’emmener, et sauter dans un autre monde. Mais au moment où les choses avaient atteint leur point le plus bas… la barrière avait été réparée. Je ne savais pas comment ni pourquoi. Mais je savais qu’il y avait quelque chose que je pouvais faire. J’ai utilisé mes capacités pour déplacer toutes les Constructions Hautes et les Constructions Dominantes en dehors de la barrière. Comme je l’avais fait pour Ney la dernière fois, mais à une bien plus grande échelle. Mais la pression que cela avait exercée sur mon corps m’avait fait perdre mes pouvoirs pendant cinq mille ans. Je n’étais plus capable de traverser les mondes. J’étais piégé entre deux mondes, flottant jusqu’à présent. Après que je nous ai tous déplacés à l’extérieur, les gens de ce monde avaient apparemment diligemment tué toutes les Constructions Petites et Intermédiaires. Puis, après le retour de mes pouvoirs, je suis tombé sur toi, Touya. »

La longue explication d’Ende m’avait pris par surprise.

C’est une assez grande échelle, une sacrée merde… Combien de mondes a-t-il traversés, je me demande... Depuis combien de temps est-il en vie… ?

« Je pense qu’il est malheureux qu’en essayant d’empêcher d’autres mondes de se mettre en danger, vous avez en fait dirigé le danger vers eux. »

« En effet. Je ne m’excuserai pas ici. Si nous n’étions pas venus ici il y a 5 000 ans, beaucoup de gens auraient survécu. Nous avons sacrifié la sécurité d’autres mondes, de millions de formes de vie, pour nos propres fins égoïstes. Mais il n’y a pas moyen d’arrêter maintenant. Nous avons parcouru tant de chemin que s’arrêter maintenant serait un affront à notre promesse initiale. Je l’emmènerai, quoi qu’il arrive. Même si chaque monde devient mon ennemi. »

La détermination d’Ende était visible dans son regard. Il était déterminé, mais ô combien irresponsable ! Il était égoïste, et elle était égoïste. Ils ne pensaient vraiment qu’à eux-mêmes. Mais il l’avait reconnu et l’avait avoué, et il avait quand même continué. Je ne pouvais pas l’admirer pour cela, mais je pouvais respecter l’incroyable volonté dont il avait besoin pour vivre avec une telle culpabilité.

« Maintenant, tu as entendu mon histoire, Touya. Que feras-tu de cette connaissance ? »

« … Vraiment, il n’y a rien que je puisse faire dans la situation actuelle. Ce monde s’écroulera si la Phase acquiert le Noyau Souverain, car il faudrait probablement qu’ils massacrent des millions de personnes pour le trouver. M’occuper de toi ne fera honnêtement pas grand-chose. Je ne veux pas que la Phase nous tue. J’éliminerai toutes les Constructions Supérieures ou Dominantes qui viendront à nous. Peu importe ce que vous voulez faire, c’est mon plan. »

Je fixais Lycee pendant que je faisais ma déclaration, sachant très bien qu’elle ne voulait probablement pas que son espèce meure. En réponse, elle avait ouvert la bouche.

« Je ne peux pas approuver, mais je ne peux pas non plus me mettre en travers de votre chemin. Si vous devez vraiment vous battre avec mes proches, alors je resterai spectatrice. »

Je suppose que ça veut dire qu’elle ne fera rien même si je déclare la guerre. Bien.

« Alors vous ne vous plaindrez pas si je commets un génocide contre la Phase ? »

« Pour commencer, c’est notre espèce qui s’est déplacée pour attaquer d’autres mondes. Nous sommes immoraux. Si la Phase doit mourir à cause de son orgueil, alors j’accepterai que ce soit le destin de mon espèce. »

Une partie de moi se demandait si elle ne se battait pas pour ne pas être tuée elle aussi. Après tout, La Phase ne s’éteindra pas tant qu’elle serait en vie.

Oh, attendez… Je suppose qu’il y aura encore des Phases qui doivent traîner dans leur monde. Ceux qui attaquent ce monde se sont après tout séparés de l’espèce originelle. Comme une force rebelle.

« Je voudrais que quiconque s’en prend à mon Souverain meure. Je suis plus qu’heureux d’utiliser ta force pour que cela arrive, Touya. En fait… J’ai une question à te poser… Est-ce que… es-tu vraiment un humain de ce monde, Touya ? »

Il me frappa en plein dans le mille. Mais en tant que vagabond, il pouvait probablement reconnaître certaines parties de moi qui n’étaient pas à leur place ici.

« … Effectivement, je ne le suis pas. Je ne suis pas né dans ce monde. Ceci étant dit, je ne peux pas voyager à travers les mondes comme vous le faites. Je considère ce monde comme ma maison maintenant. »

« Tu ne peux pas traverser les mondes… Alors comment es-tu venu ici… ? Oh, peut-être as-tu été pris dans une sorte de catastrophe naturelle ? Un vagabond aléatoire, alors ? »

« Eh bien, quelque chose comme ça… »

Si tu peux considérer que Dieu lui-même est une catastrophe naturelle, alors oui.

◇ ◇ ◇

La Phrase Souveraine était dans un état qui ressemblait beaucoup à la mort, donc elle n’était probablement pas consciente de ce qui se passait. En fin de compte, les personnes qui la poursuivaient pour lui enlever son pouvoir ne m’avaient paru être que des harceleurs effrayants et sans vergogne.

Malgré tout, j’avais l’impression que si elle s’était rendue, les autres mondes auraient probablement été en sécurité. Franchement, je pense qu’elle aurait dû leur parler davantage avant.

Apparemment, Ende l’avait conseillée à ce sujet et lui avait fait nommer un successeur avant leur départ, mais elle était tout simplement trop talentueuse pour une grande partie des Phases pour accepter le nouveau chef. Le monde intérieur des Phases se divisait en deux factions distinctes. Celles qui obéissaient à la volonté du nouveau chef, et ceux qui ne le faisaient pas. Ceux qui n’avaient pas acquis le pouvoir de voyager de force à travers les mondes, et commencèrent à poursuivre leur Souverain.

Il semblerait y avoir des génies parmi les Constructions dominantes, mais aucun ne s’approchait d’elle en termes de compétences. Il semblerait aussi que beaucoup de ces constructions avaient leurs propres objectifs en ce qui concerne ce qu’elles voulaient faire d’elle, et ils avaient tous des idées différentes sur la façon de procéder.

Lycee était absolument déterminée à ne pas interférer avec l’une ou l’autre des parties au conflit. Elle avait voyagé avec Ende, mais n’avait offert son aide ni à lui ni à son espèce. Malgré cela, certaines des Constructions Dominantes la considéraient comme une renégate.

Si vous me le demandez, il était un peu hypocrite de leur part de la qualifier de traîtresse alors que c’était eux qui ne respectaient pas la volonté de leur chef. Une bande de traqueurs ennuyeux et hypocrites.

Ils ressemblaient à des enfants qui ne pouvaient pas supporter d’être séparés de leurs parents.

Mais cela m’avait rappelé quelque chose que Kousaka m’avait dit. Que je ne pouvais pas laisser les gens dépendre constamment de moi pour régler tous leurs problèmes.

Si Brunhild continuait à compter sur moi pour tout régler, ils pourraient finir par se tromper de la même manière que la Phase.

Ce n’était pas mon pays. C’était le pays de mon peuple. Je m’étais engagé à ne jamais l’oublier.

Le dragon d’Ende scintillait sous le soleil du matin alors qu’il se tenait dans un champ en dehors de la ville. J’avais fini de le rafistoler, je le lui avais donc rendu.

Apparemment, la carte de détection n’avait pas réagi à Lycee parce qu’elle était une Construction Dominante, et notre équipement n’avait tout simplement pas les bons paramètres pour la détecter. Je voulais profiter de l’occasion pour déterminer quelle sorte de longueur d’onde émettait une Construction Dominante, mais Lycee m’avait informé qu’une Phrase de son niveau de force pouvait facilement couper ces ondes, même pour d’autres Phases.

Apparemment, ils se maintenaient dans un état de non-génération d’ondes afin d’éviter toute interférence avec leurs subordonnés. C’était comme un mode furtif intégré… Lycee était fonctionnellement indétectable, mais comme elle n’était pas hostile, cela ne me dérangeait pas. Je lui avais demandé si nous pouvions enregistrer un échantillon au cas où, mais elle avait carrément refusé. C’était pénible, mais je n’avais pas insisté.

J’avais appelé Ende.

« Et maintenant ? »

« Je continuerai à chasser toutes les Phases qui passent, comme je l’ai fait. Je le ferai jusqu’à ce qu’elle soit prête à quitter ce monde. »

Quand est-ce que ce sera, je me le demande... Même si nous épargnons ce monde, le prochain ne sera-t-il pas dans la même situation ?

Personne ne savait où le Souverain irait ensuite. Il était probable que même elle ne le savait pas. Mais Ende continuerait à la suivre loyalement. Il continuerait à la protéger de ses poursuivants.

En toute honnêteté, je voulais effacer la Phase pendant qu’ils visaient encore ce monde. Je ne pouvais pas supporter de penser à ce qui pourrait arriver s’ils attaquaient la Terre.

Mais je comprends le point de vue d’Ende sur la question. Si j’étais obligé de choisir entre les personnes auxquelles je tiens ou de nombreuses personnes qui ne signifient rien pour moi, plus j’étais âgé, plus j’aurais pu être en conflit. Mais le moi actuel sacrifierait d’innombrables étrangers afin de protéger les personnes qui comptent.

Si quelqu’un me disait maintenant que si je ne détruisais pas le noyau souverain, tous ceux que j’aime mourraient, alors je me battrais immédiatement contre Ende.

Si nos positions étaient inversées, j’aurais peut-être pris la même décision que lui. Je pouvais sentir un étrange sentiment de parenté dans nos philosophies.

***

Partie 4

Ende grimpa dans le cockpit. Lycee remit sa capuche et grimpa dans la paume de la main du Frame Gear. Puis, il avait abaissé les roues jusqu’au sol, passant en mode haute vitesse.

« Eh bien, Touya. Je te rejoins plus tard. »

« Yep. »

Le Dragoon commença à prendre de la vitesse, glissant sur le sol et soulevant un nuage de poussière. Sa forme s’était lentement effacée dans le lointain.

« Te voilà, Touya. »

« Oh, Yumina. »

Je m’étais retourné pour voir Kohaku et Yumina. La veille, j’avais raconté aux autres l’histoire d’Ende. Ils avaient été surpris, mais nous avions quand même décidé de nous en tenir à notre plan actuel. Si la Phase continuait à nous attaquer, alors nous allions leur résister.

Yumina se tenait à mes côtés alors que le petit dragon à l’horizon s’éloignait de ma vue.

« Si… Si tu retournais dans ton ancien monde, Touya, alors… »

« Hm ? Qu’est-ce que c’est que cette soudaine ligne de pensée ? »

« J’y pensais, et… Si je ne pouvais pas vivre avec toi, Touya. Je ne voudrais pas continuer. J’aurais aussi cherché une méthode pour voyager à travers les mondes. »

On aurait dit qu’elle avait pensé à Ende et à la Souveraine. Ils s’aimaient et donc, il s’agissait de la raison pour laquelle ils étaient si déterminés à être ensemble. Le fait que leur détermination ait déclenché tant de désespoir pour tant de gens était tragique, mais si je devais retourner dans mon monde, je ferais de mon mieux pour rencontrer aussi à nouveau Yumina et les autres filles.

Si je disais quelque chose comme « j’essaie de trouver un moyen de voyager dans un autre monde » de retour sur Terre, alors ils penseraient probablement que je suis fou. Mais je ne laisserais pas cela m’arrêter. Même si je devais recourir à des moyens suspects ou occultes, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour y parvenir.

Si je ne pouvais pas vivre avec les filles qui comptaient tant pour moi, alors il n’y aurait plus aucune raison de vivre.

J’avais posé ma main sur l’épaule de Yumina et je l’avais prise dans mes bras.

« C’est bon. Je n’irai nulle part. Même si je suis emmené dans un autre monde, je reviendrai vers toi. Je demanderai à Dieu, et il me rendra service. J’en suis sûr. »

« Dieu, hein… Ce serait bien s’il écoutait tes prières. »

Yumina sourit doucement. Heh... Tu sais, je ne plaisantais pas.

Je vais protéger ce sourire. Je vous garderai toutes à mes côtés, pour toujours. Je marcherai vers le futur avec vous toutes, main dans la main. Je ferai de mon mieux, je vous le promets.

Je l’avais serrée dans mes bras alors que je faisais ma déclaration silencieuse.

« Ah, Touya. »

Nous passions devant le terrain d’entraînement. Lu était assise sur un banc voisin et elle nous avait fait un signe. Elle était légèrement vêtue et avait deux courtes épées d’entraînement en bois à ses côtés. Elze était assise de l’autre côté d’elle, s’essuyant le visage en sueur avec une serviette.

Yae et Hilde se livraient un combat acharné dans la zone d’entraînement. Leur entraînement avec Moroha avait considérablement augmenté leurs capacités. Elles étaient vraiment maîtresses de leur art à ce moment-là.

Les autres chevaliers les observaient attentivement de loin.

Alors que nous marchions vers le duo assis sur le banc, Elze regarda le sol et murmura d’une voix insatisfaite.

« Hmph… Alors, qu’est-ce que vous faites tous les deux ? Avez-vous été ensemble toute la matinée ? »

« Aussi tard dans la matinée. Est-ce que euh, tout va bien ? »

« Oui, ça va. Je ne suis pas de mauvaise humeur ! »

Elze, visiblement énervée, s’était encore essuyé son visage rouge avec la serviette. Je pouvais lire en elle comme dans un livre. Cette facette de sa personnalité était aussi adorable.

« Où sont les autres ? »

« Linze et Leen ont été enlevées par le docteur. Je crois qu’elles sont sur Babylone en ce moment,. Elles sont en train d’ajuster leur équipement personnel. »

« J’aimerais aussi que mon Frame Gear soit bientôt construit. »

« C’est bon, c’est bon. Ne t’inquiète pas. Elles préparent quelque chose qui fonctionnera bien, alors il faut attendre encore un peu. »

J’avais fait un sourire à Lu, mais elle avait l’air un peu boudeuse. Je n’avais pas non plus encore de Frame Gear. Le mien serait cependant probablement gardé pour la fin. Je pourrais après tout me mettre à pied d’égalité avec les constructions hautes, même sans équipement. De plus, tout le monde sait que vous gardez le meilleur pour la fin.

Alors que je me réjouissais tranquillement en moi-même, Sakura, Spica et Sue étaient venues du château.

« Touya ! »

« Oh, Sue. Nous rends-tu visite aujourd’hui ? »

Sue s’était précipitée vers moi et m’avait serré dans ses bras. Elle vivait avec ses parents à Belfast, mais elle avait un portail prêt à l’emploi dans sa chambre pour pouvoir me rendre visite à tout moment. Elle venait généralement l’après-midi.

« Mhm. Tu sais, je suis ta future mariée. Je ne peux pas me permettre de négliger mes préparatifs de mariage. Je vais rester ici toute la journée. Et aussi, Papa m’a donné la permission de rester pour la nuit, donc je vais dormir dans ton lit ce soir ! »

« Ehh... Vraiment… ? »

Toutes mes autres fiancées tournèrent leur regard vers moi. Leurs yeux étaient rétrécis.

Sue restait généralement avec Yumina quand elle dormait ici, c’était donc une demande assez inhabituelle.

« Y a-t-il un problème ? Tu me détestes, Touya ? »

« Je ne te déteste pas, Sue… C’est juste un peu tôt pour ça. Ça pourrait aussi être mauvais pour ma réputation… »

« Ta réputation ? On ne fait que dormir ensemble… »

Sue pencha innocemment la tête sur le côté, il semblerait qu’elle n’avait aucune idée de ce à quoi je pensais, et réciproquement.

Eh bien, j’ai compris. Ce à quoi Sue pense est… différent de ce à quoi je pense. N’allez cependant pas croire que j’allais quand même faire quelque chose ! J’avais commencé à transpirer légèrement, j’avais jeté un regard de côté à Yumina, la suppliant silencieusement de m’aider.

Elle l’avait remarqué et avait souri doucement. Puis elle s’était mise à parler.

« Tu sais, Sue… Partager un lit avec un homme célibataire, fiancé ou non… cela ne sera pas bien vu ni pour lui ni pour toi. Tu t’en souviens, tu es noble ? »

« Est-ce comme ça que ça marche, Yumina ? »

« C’est comme ça. C’est pour ça qu’on doit toutes coucher avec Touya en même temps. Comme ça, il n’y aura pas de problèmes. »

« Attendez, quoi ? ! »

Qu’est-ce que tu viens de dire, Yumina ? ! Il n’y a aucune chance qu’on fasse ça !

« Attends, attends ! Où as-tu eu cette idée !? »

« Un problème ? On va juste dormir dans le même lit, non ? Cela pose problème… ? Ou est-ce que tu as… des intentions précises pour nous ? »

« … Hmph. »

Je n’avais pas pu contrer l’attaque parfaite de Yumina. Je suppose que si l’on ne faisait que dormir…

« A-Attends, Yumina ! Est-ce que ça nous inclut toutes !? »

« Bien sûr, Elze. Ou bien veux-tu être la seule laissée de côté ? »

« Mhh… Ghh… Je veux dire, dans ce cas je n’ai pas le choix… Mais… Ghh… »

« Ça ne me dérange pas. »

Sakura semblait plutôt à l’aise avec l’idée… Jusqu’à ce que je regarde son visage. Malgré son ton calme, ses yeux se promenaient et son visage était rouge comme une betterave. Spica se tenait à côté d’elle avec un regard calme et mécontent.

« Moi aussi, ça me va, Touya… Dormons ensemble, ça va être amusant ! »

« Pourquoi es-tu si bruyante, Lu… ? »

J’avais rapidement couvert la bouche de Lu, elle semblait paniquée.

Mais qu’est-ce qui se passe ? ! À l’aide, quelqu’un ! C’est extrême ! Mes prières avaient été soudainement exaucées quand mon smartphone s’était mis à vibrer. C’était la chef de guilde Relisha, mon sauveur.

« Ouais ! Quoi de neuf !? »

« Désolé de vous déranger, Votre Altesse. Le Royaume de Ryle a reçu des informations qui suggèrent qu’un groupe de mille Phases va bientôt émerger près de leur territoire. Il n’y a pas de constructions supérieures parmi eux. Ils devraient apparaître dans environ trois heures. »

« Trois heures !? »

En général, nous avions une petite marge de manœuvre, mais cela m’avait inquiété… Il semblerait que la frontière protectrice du monde s’affaiblissait à nouveau.

« Ils ne peuvent pas se réfugier ou envoyer suffisamment d’hommes, donc… Nous n’avons pas d’autre choix que de vous le demander. J’ai la permission du roi de Ryle. »

« Pas de problème. Envoyez-moi un message avec plus d’informations et de détails. J’enverrai nos chevaliers. »

« Merci. »

J’avais posé mon téléphone. Le brouhaha de mes fiancées s’était enfin calmé, et maintenant elles avaient les yeux rivés sur moi. J’avais été sauvé par un ensemble de héros improbables. Je devais vraiment remercier la Phrase cette fois-ci.

J’avais rassemblé les chevaliers et je leur avais expliqué la situation.

« Le Royaume de Ryle s’attend à une invasion d’un millier de Phases. Ils vont apparaître dans environ trois heures. Nous allons y aller et les écraser tous ! Contactez tous ceux qui ne sont pas occupés. Vous avez une heure pour vous préparer à partir ! Rompez ! »

« Hoo-rah ! »

Tous les chevaliers s’étaient précipités pour commencer leurs préparatifs. Ils s’étaient débarrassés de leurs armures pour pouvoir se dépêcher de contacter leurs alliés.

Je devais appeler Lain, Nikola et Norn au téléphone pour leur dire ce qui se passait. Ensuite, je devais dire à Baba et Yamagata de surveiller le château en mon absence. Il fallait que je me dépêche !

« Purée, quelle galère… ! »

« Quel chagrin… ! Cela vient certainement de plomber l’ambiance, mais… protégeons la planète ! Protégeons la planète ! »

Yumina avait souri et elle fit une petite déclaration qui ne lui ressemblait pas du tout en regardant les nuages.

Il s’était passé beaucoup de choses depuis que j’étais arrivé dans ce monde. C’était dur de vivre ici, beaucoup plus dur que sur Terre.

Mais j’aimais ce monde. Tous ceux qui comptaient pour moi vivaient dans ce monde. C’était un monde pour lequel j’étais fier de me battre. Un monde que j’étais fier de protéger.

« On y va ? »

Toutes les filles hochèrent la tête.

J’étais arrivé dans ce monde avec un seul smartphone. Mais maintenant, j’avais d’innombrables amis et partenaires sur lesquels je pouvais compter.

Je suis sûr que beaucoup d’autres choses vont se produire à partir de maintenant… Mais je sais qu’elles m’aideront à traverser ces épreuves, tout comme je les aiderai. Je le sais.

J’avais ouvert une [Porte] vers Babylone avec une grande détermination.

En passant, les filles avaient fini par rester au lit ensemble pour pouvoir discuter en privé… J’avais fini par dormir sur le canapé cette nuit-là après mon retour…

***

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