Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 1 – Interlude 2 – Partie 1

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Interlude 2 : Une journée dans la capitale

Partie 1

« La raison pour laquelle j’ai choisi Touya... ? »

« Oui, oui. Je veux dire, vous êtes une princesse et tout, et il est juste un aventurier. Normalement, vous n’imaginez pas un couple comme ça se marier, pas vrai ? Quelle était la raison qui vous a donné envie de l’épouser ? Y avait-il même une chose en particulier, ou était-ce vraiment juste un coup de foudre ? » Yumina était assise dans la salle à manger de la Lune d’Argent, inclinant sa tête d’un air narquois face à l’interrogatoire d’Elze.

Elle était capable de l’expliquer, bien sûr, mais elle n’était pas entièrement sûre de pouvoir le faire comprendre aux autres. Assis à côté d’Elze, Linze et Yae regardaient Yumina dans l’attente de sa réponse.

« Voyons voir... Eh bien, est-il exact que vous connaissiez mes Yeux Mystiques ? »

« Je me souviens d’avoir entendu de la part de Touya-dono que vous pouviez utiliser vos yeux pour juger la nature d’une personne. » Il y avait une théorie selon laquelle les Yeux Mystiques étaient une autre forme de magie Néant. C’était soi-disant sa propre magie personnalisée fusionnée en permanence avec l’une de ses parties du corps — dans ce cas, les yeux.

Par exemple, si le sort[Mer de Feu] résidait dans les yeux d’une personne, cela leur donnerait les Yeux Mystiques de conflagration. Et si le sort Néant [Paralysie] devait demeurer dans les yeux, ils deviendraient les Yeux Mystiques de pétrification. Yumina était d’accord avec cette hypothèse et pensait à ses propres Yeux Mystiques de la même manière.

« Mes propres yeux sont connus comme les Yeux Mystiques de l’intuition. Ils me permettent de percevoir visuellement la corruption de l’âme d’une personne. »

« Donc, en résumé... est-ce fondamentalement un sens aigu de l’intuition ? Comme quand on peut regarder quelqu’un et penser “cette personne a l’air gentille” ou “cette personne me semble suspecte...” qui serait poussée à l’extrême ? »

« Oui. C’est la meilleure façon de l’expliquer, » Yumina acquiesça aux paroles de Linze. En vérité, ce n’était pas aussi simple que cela, mais Yumina décida qu’il serait déroutant d’essayer de l’expliquer davantage.

« Je peux comprendre maintenant pourquoi vous regardez Touya-dono et constater qu’il n’est pas une mauvaise personne. Cependant, ce qui nous intéresse, voyez-vous, c’est de savoir comment cela conduirait immédiatement à une décision de mariage. » Cette fois, les jumelles acquiescèrent d’un signe de tête.

« Alors je vais continuer. Vous voyez, c’est quand mon père était sur le point de mourir que Touya est apparu et a sauvé sa vie comme si c’était la chose la plus naturelle au monde. Pensant naturellement qu’il était peut-être en train de comploter quelque chose, j’ai utilisé mes Yeux Mystiques pour essayer de détecter ces arrière-pensées, mais je n’ai pas ressenti une seule pensée corrompue dans son esprit. »

« Eh bien, je veux dire, normalement dans cette situation, tu aurais au moins une idée derrière la tête vis-à-vis de ce que tu serais capable de réclamer, n’est-ce pas ? Une sorte de récompense pour avoir sauvé la vie du roi en quelque sorte ? »

« Je le crois aussi, oui. Même si ce n’était pas le véritable motif, je pense que l’idée me traverserait au moins brièvement l’esprit, » cela, en soi, n’était pas nécessairement une mauvaise chose. Toutes les personnes dans le monde avaient tendance à avoir au moins un petit sentiment de risque et de récompense, un désir égoïste de calculer les choses à faire dans leur meilleur intérêt.

Yumina avait vu beaucoup de types de personnes de son temps dans le château. Parfois, il était nécessaire de faire appel à des personnes talentueuses pour maintenir le pays, même si ces personnes travaillaient sous des motifs totalement corrompus. Même si Yumina utilisait ses Yeux Mystiques et jugeait que quelqu’un était un méchant complet et une fripouille, elle ne pouvait en aucun cas s’en servir comme une excuse pour chasser quelqu’un du château. Si c’était si simple, des gens comme le comte Balsa auraient été renvoyés il y a très longtemps.

Yumina avait appris dès son plus jeune âge qu’il était nécessaire que le roi d’un pays — et aussi par extension, la famille royale — soit assez ouvert d’esprit pour s’associer avec des gens de tous les milieux.

Et au milieu de tout cela apparut un garçon mystérieux chez qui les yeux d’Yumina ne reflétaient pas des choses aussi complexes que la pureté ou la corruption. Il était ce genre de personne qu’Yumina n’avait jamais vu auparavant dans sa vie. Le fait que son visage si paisible était vraiment à son goût était tout simplement la cerise sur le gâteau.

« Pour m’écarter du sujet un instant, je devrais mentionner que la famille royale de notre royaume n’a actuellement aucun héritier masculin au trône. Si les choses continuent comme elles sont, je finirai par être couronné reine régnante, et je devrais prendre un mari comme Prince Consort... et alors notre fils aîné succéderait au trône. C’est comme ça que ça se passe normalement, mais je ne veux pas avoir à épouser quelqu’un pour qui je n’ai même pas de sentiments. » C’était un trait relativement particulier de la famille royale de Belfast, mais il y en avait beaucoup parmi eux, en particulier — qui étaient monogames dans leurs relations.

Dans ce monde, la polygamie était considérée comme la norme. Bien que naturellement, il fallait être capable de soutenir financièrement leur ménage pour autant de partenaires qu’ils avaient.

En dépit de cette liberté, le roi de Belfast et même son frère cadet, le duc Ortlinde, ne prirent chacun qu’une seule femme.

Mis à part le duc, il était beaucoup plus logique pour un roi d’avoir plusieurs concubines pour augmenter les chances de naissance d’un digne successeur, mais le roi rejeta fermement l’idée.

Quand on remonte dans l’arbre généalogique, le père des deux frères monogames — l’ancien roi, le grand-père d’Yumina — n’avait également pris qu’une seule femme et n’avait eu que deux fils.

Même son prédécesseur, et le prédécesseur avant cela, remontant des générations, l’arbre généalogique royal était comme une longue et étroite marche sur la corde raide. C’était presque un miracle que leur lignée ait duré si longtemps, mais maintenant qu’il n’y avait pas encore de successeur masculin, la famille royale commençait à sentir le poids de cette responsabilité.

« Alors, parce que tu ne voulais pas épouser quelqu’un pour qui tu n’as pas de sentiments, tu as décidé de tirer parti de Touya ? » Linze fronça légèrement les sourcils.

« Non, ce n’est pas ça non plus. Mon père n’aurait jamais donné sa bénédiction si cela avait été le cas. Mais il aurait eu du mal à traiter les cas de prétendants potentiels si je les rejetais simplement parce que je ne les aimais pas vraiment. Il serait [...] quelque peu difficile de faire croire à la société que c’était simplement parce que nous n’étions pas faits pour être ensemble. »

« Hm...? Ahh je vois. À cause de tes Yeux Mystiques, c’est ça ? »

« Oui, c’est vrai. Parce que mes Yeux Mystiques sont connus du public, la société verrait potentiellement quelqu’un que j’ai rejeté comme étant inapte à succéder au trône. Ils pourraient facilement être soupçonnés d’avoir des motifs immondes ou une personnalité tordue, même si ce n’était pas vraiment le cas. Cela pourrait potentiellement causer des ennuis non seulement pour l’homme lui-même, mais même pour ses amis et parents. » Si le prétendant était un aristocrate du même pays, alors les choses auraient pu encore fonctionner, mais s’il était le prince d’un autre pays, alors de la manière, de gros problèmes pourraient se déchaîner. La vérité était qu’Yumina elle-même voulait trouver un partenaire romantique avant qu’elle atteigne l’âge où des problèmes comme celui-là pourraient commencer à apparaître.

« La première fois que j’ai posé les yeux sur Touya, je me suis dit : “C’est lui.” Je ne peux pas dire avec certitude si c’était un effet secondaire de mes Yeux Mystiques, si c’était un coup de foudre ou une décision calculée pour mon propre intérêt égoïste. Le fait est que je suis vraiment et complètement tombée amoureuse de lui. »

« L’amour dès le premier regard est une chose, mais un mariage au premier regard, n’est ce pas un peu extrême ? »

« Si je n’avais pas pris une décision aussi extrême, alors ma relation avec Touya aurait pris fin à ce moment-là. Comme tu l’as dit avant, Elze, je suis une princesse et Touya est un simple aventurier. Je devais être la seule à agir, sinon notre relation serait restée celle de la Princesse et de l’Aventurier ; ni plus ni moins. Le problème de notre différence de statut social reste encore aujourd’hui, mais cela le deviendra de moins en moins au fil des jours. » Touya était un génie - des niveaux de compétence dans tous les types de magie élémentaire, et avait même le monarque blanc lié à lui en tant qu’esclave. Ces faits seuls l’avaient placé dans une ligue catégorielle totalement différente de l’aventurier lambda. Il était clair comme le jour à quiconque avait des yeux pour voir qu’il continuerait à faire des choses magnifiques. Seul Touya lui-même était ignorant de tout cela.

« Il semble que vous ayez dû prendre en compte de nombreux facteurs lorsque vous avez demandé Touya-dono en mariage. »

« C’est vrai, mais je n’ai aucun regret. J’ai déjà décidé que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que Touya tombe amoureux de moi. »

« Et si... juste, hypothétiquement, que se passerait-il si Touya tombait amoureux d’une autre personne ? » S’exclama Linze, ses mots teintés de nervosité. Yumina, d’un autre côté, répondit avec un sourire sur son visage et sans aucune hésitation.

« Ça ne me dérangerait pas du tout. Je devrais juste faire l’effort supplémentaire de me faire aimer au même niveau que cette fille. Je ne suis pas particulièrement décidée à garder Touya pour moi, compte tenu des circonstances. Cela ne me dérangerait pas du tout s’il avait une maîtresse, voire deux ou trois. » Les trois filles assises de l’autre côté de la table s’étaient retrouvées complètement muettes par la déclaration de la jeune princesse.

« Pourquoi demandez-vous cela, est-ce que quelqu’un en particulier vous est venu à l’esprit ? »

« N-Non, pas du tout ! Je voulais juste dire, eh bien, tu sais, c’était purement hypothétique... » Linze donna à la hâte une réponse aussi évasive que possible. Yumina sourit légèrement alors qu’elle regardait le visage de Linze devenir rouge vif.

« Par curiosité, quelle sorte d’impression laisse Touya sur vous, en tant que personne ? »

« Hmm... eh bien, il a beaucoup de connaissances vraiment étranges dans le crâne. Juste l’autre jour, il est allé et a donné un petit outil bizarre à Aer. »

« Un Ex-Ricer, c’était comme cela qu’il l’a nommé ? » L’objet auquel Yae faisait référence ici était un trancheur d’œufs. Un ustensile de cuisine pour trancher des œufs durs rapidement et uniformément.

« Aussi, récemment, il aidait Micah à gérer le livre de comptes de la Lune d’Argent. Il a dit que c’était juste parce qu’il s’ennuyait. Il était très rapide avec ses calculs mathématiques. Il semble être extrêmement instruit dans ces domaines. »

« Je suis sûr que Touya a dit qu’il venait d’Eashen... Pensez-vous qu’il est le fils d’une importante famille aristocrate d’Eashen ? » Si c’était le cas, alors la différence de statut social entre eux serait pratiquement devenue sans intérêt. Hélas, Yae qui venait d’Eashen secoua la tête.

« Non, il a prétendu ne pas être d’Eashen lui-même quand je lui ai posé la question. Même s’il l’était, il n’y a pas de clan Mochizuki à ma connaissance, j’en suis certaine. Je crois qu’il est plus de chance qu’il soit de sang d’Eashen, mais je devine qu’il est né et élevé dans un autre pays. » Chaque fois que Touya lui-même a été interrogé sur sa patrie, il avait balayé la question avec une réponse vague. Tout le monde avait simplement supposé qu’il avait ses raisons, et avait décidé de ne pas fourrer notre nez plus loin.

« Et bien qu’il ait toutes ces connaissances bizarres en tête, il y a plein de choses dont il n’avait aucune idée. »

« Savais-tu qu’au début, il ne connaissait même pas les bases les plus fondamentales de la magie ? »

« Il ne peut même pas gérer correctement un cheval, en fait. Crois-tu donc qu’il a peut-être tout simplement mené une existence recluse ? »

« Non, je pense avoir mené une vie bien plus recluse. » Yumina baissa les épaules avec un certain sens d’échec, alors Elze essaya précipitamment de suivre ce qu’Yae avait dit.

« Nah, tu vois, tu es une princesse, Yumina, alors c’est naturel pour toi. Cependant, Touya, eh bien... Vous pensez qu’il est secrètement le prince d’un pays ou d’un autre. Ne nous cache-t-il pas quelque chose sur ce point ? » Malgré ses aspects princiers, concrètement la plupart du temps Touya dégageait l’aura d’un roturier. Toutes ces caractéristiques incompatibles s’étaient réunies pour former une image patchwork de la personne connue simplement comme Mochizuki Touya.

« En bref, c’est juste un drôle de type. »

« Je pense que c’est une étrange personne... »

« En effet, il a un drôle de caractère en lui. »

« Il peut être bizarre, mais il est mon prince charmant. » Les trois filles regardèrent Yumina sourire et rougir, et étaient à ce moment-là convaincues que c’était simplement un coup de foudre pour elle. En même temps, tous les trois se sentaient un peu embarrassés par le fait qu’elles comprenaient en quelque sorte ce qu’elle ressentait.

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Un commentaire

  1. Merci pour le chapitre. Cette demande en mariage impromptue a plus de logique 🙂

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