Dans un autre monde avec un Smartphone – Tome 1 – Chapitre 2

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Chapitre 2 : Plus on est de fous, plus on rit ! Doublement de joie, moitié moins de chagrin

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Chapitre 2 : Plus on est de fous, plus on rit ! Doublement de joie, moitié moins de chagrin

Partie 1

Diverses quêtes avaient été affichées sur le tableau de la guilde. Certaines impliquaient la chasse aux monstres, tandis que d’autres impliquaient la cueillette d’herbes ou même l’exploration d’endroits inconnus. Il y en avait aussi quelques-unes plutôt simples, comme faire de la garde d’enfants ou faire des corvées.

Puisque nous avions déjà accompli plusieurs quêtes, notre rang avait augmenté la veille. Et ainsi, nos cartes étaient devenues pourpres, ce qui signifiait que nous n’étions plus de simples débutants.

Fondamentalement, cela signifiait que nous pouvions accepter des demandes de niveau supérieur. Nous n’étions plus limités aux quêtes noires, puisque nous pouvions aussi faire des quêtes pourpres.

Pourtant, nous ne pouvions pas relâcher notre vigilance. Nous pourrions échouer dans nos quêtes et, selon la mission, cela pourrait aussi entraîner la mort. Nous avions vraiment besoin de tenir le coup.

« Du nord... ruines... quête de chasse... méga... slimes ? » J’ai essayé de lire l’une des listes de quête pourpre. Avec l’aide de Linze, j’avais finalement atteint un point où je pouvais lire de simples mots. La récompense pour la quête était... huit pièces d’argent. Eh bien, cela ne semblait pas trop mal du tout.

« Hey, alors pourquoi pas celui-ci... »

« Absolument pas. » Les filles refusèrent à l’unisson.

Eh bien, d’accord alors. Elles avaient tous deux des expressions complètement dégoûtées sur leurs visages. Vraiment ? Était-ce si mauvais ? Il s’est avéré que les filles ne supportaient pas d’être dans les alentours de créatures collantes et visqueuses.

« Ces choses dissolvent les vêtements, vous savez ? Nous n’allons en aucun cas nous approcher d’eux ! » Elze avait crié sur moi.

« Ce serait... si bon... »

« Et à propos de ça ? Une demande de livrer une lettre à la capitale. Les frais de voyage sont couverts... La récompense est de sept pièces d’argent... Qu’en penses-tu ? »

« Sept pièces d’argent... nous ne pouvons pas partager cela de manière égale entre nous. »

« Eh bien, nous pouvons juste dépenser le reste pour quelque chose pour nous trois, » répondis-je. Cela avait du sens pour moi.

J’étais allé confirmer les détails de la mission qu’Elze avait signalée. Celui qui avait posté la demande s’appelait Zanac Zenfield... Attendez, est-ce le même Zanac ? J’avais vérifié l’adresse, et en effet elle indiquait « ZANAC LE ROI DE LA MODE ». Eh bien, il n’y avait aucun doute sur ce sujet.

« Combien de temps faut-il pour arriver à la capitale d’ici ? »

« Hm... environ cinq jours de charrette, je suppose ? »

C’était assez loin... La mission allait être mon premier long voyage depuis mon arrivée dans ce monde. Mais bon, j’avais toujours eu la possibilité de faire une [Porte] pour le voyage de retour, ce qui n’était pas si mal. De plus, si je visitais la capitale une seule fois, je serais en mesure d’y retourner quand je le souhaiterais grâce à ce petit sort pratique. J’avais le sentiment que ce serait un atout à l’avenir.

« D’accord, alors, allons-y pour celle-ci. Je connais le gars qui a fait la demande. »

« Vraiment ? Alors, nous allons le prendre. » Elze déchira l’avis de la mission du tableau et le porta à la réceptionniste. Quand elle était revenue, elle nous avait dit que nous allions entendre les détails de la requête lorsque nous irions rencontrer la personne qui l’avait affichée.

Après tout, on dirait que je le reverrai.

« Ah, rebonjour ! Cela fait longtemps. Comment vas-tu ? »

« Très bien, merci pour votre aide cette fois. »

Dès que nous sommes entrés dans le magasin, Zanac m’avait repéré et m’avait appelé. Quand j’avais mentionné que nous étions là en réponse à sa demande de quête, il nous avait conduits dans une pièce à l’arrière du magasin.

« Pour ce travail, je voudrais que vous livriez une lettre au Vicomte Swordrick se trouvant dans la capitale. Si vous mentionnez mon nom, il devrait savoir de quoi il s’agit. Je voudrais aussi que vous reveniez avec une réponse du vicomte. »

« Est-ce une affaire urgente ? »

« Je n’appellerais pas vraiment ça une urgence, mais ce serait problématique si vous laissez traîner ça trop longtemps », dit Zanac. Puis il avait pris la lettre d’un petit tube et l’avait placé sur la table. Celui-ci était scellé avec une substance identique à de la cire et portait d’étranges cachets.

« Du reste, voici vos frais de voyage. J’aurais pu en inclure un peu plus que prévu, mais vous n’avez pas à me retourner ce qu’il reste. Vous pouvez utiliser cet argent pour faire du tourisme dans la capitale, si vous le souhaitez ! »

« Merci beaucoup. »

Après avoir reçu la lettre et l’argent pour nos frais de voyage, nous nous étions mis en route afin d’aller préparer le voyage. Je m’étais procuré un chariot, Linze était allée acheter de la nourriture pour le voyage, et Elze était retournée à l’auberge pour récupérer tous les articles dont nous pourrions avoir besoin le long du chemin.

Une heure plus tard, nos préparatifs étaient terminés, alors nous étions partis en direction de la capitale.

Nous roulions dans une calèche de location, mais cela ressemblait plus à une charrette qu’autre chose, car elle n’avait même pas de toit. Pourtant, c’était bien mieux que de marcher sur toute cette distance.

Je ne pouvais pas contrôler les chevaux, mais heureusement, les jumelles étaient des expertes. Elles m’avaient dit qu’elles avaient côtoyé des chevaux dès leur plus jeune âge parce qu’un de leurs parents possédait une ferme. En conséquence, les deux filles s’étaient relayées sur le siège du conducteur et j’étais simplement resté dans la charrette, m’autorisant à être bercé pendant tout ce temps. Je me sentais mal de ne pas pouvoir aider.

Nord, nord, nous nous sommes dirigés en direction du Nord. Le voyage s’était bien déroulé le long de la route principale, et nous avions parfois échangé des plaisanteries avec d’autres chariots qui passaient.

Nous avions laissé Reflet derrière nous et avions traversé la prochaine ville, un endroit appelé Nolan. Après cela, il ne fallut pas longtemps avant d’arriver juste avant le coucher du soleil à la ville d’Amanesque. Je pensais qu’on devrait passer une nuit à l’auberge, mais... attendez une seconde, j’ai complètement oublié...

Ne pouvais-je pas simplement utiliser [Porte] pour retourner à Reflet et passer la nuit à l’auberge de la lune d’argent ? Ne pouvais-je pas juste le refaire demain pour revenir ici, donc ce n’est pas grave, non ? Malheureusement, quand j’avais proposé l’idée aux filles, elles l’avaient carrément rejetée. Pourquoi... ?

Selon eux, ça aurait été un voyage pour rien.

« Tu ne comprends pas. Les bonnes choses à propos d’un voyage sont la visite de magasins inconnus dans des villes non visitées avant de passer la nuit dans une auberge que l’on ne connaît pas. C’est l’essence même du voyage ! » Elze fut choquée d’avoir même dû me suggérer l’idée.

Même si nous n’avions pas d’argent, il y avait les frais de voyage qui nous avaient été donnés. Elle semblait croire fermement que nous pourrions aussi bien utiliser l’argent par considération envers celui qui nous l’avait donné en premier lieu. Était-ce comme ça que ça fonctionnait... ?

Eh bien, maintenant que c’était réglé, nous étions allés chercher une auberge avant que le soleil ne soit complètement tombé. Nous en avions profité pour rester dans un endroit un peu plus haut de gamme que la lune d’argent. Les filles avaient pris une chambre pour deux personnes pour elles-mêmes, pendant que je louais une chambre individuelle plus petite.

Après avoir réglé notre hébergement, nous avions attaché notre charrette et nous étions allés dîner. L’homme à l’auberge nous avait dit qu’ils faisaient de super nouilles dans les environs. Je me demandais si quelque part, ils servaient des ramens...

Alors que nous cherchions un bon endroit pour manger, nous avions remarqué une bagarre à proximité. Un groupe de spectateurs s’était rassemblé à cet endroit, alors on avait l’impression qu’il y avait du grabuge.

« Qu’est-ce qui se passe ? » Cela avait attiré notre attention, nous avions donc décidé d’aller y jeter un coup d’œil. Nous nous étions frayé un chemin à travers la foule pour trouver la cause de cette agitation. Ce que nous avions trouvé était une fille à l’air étranger entourée de plusieurs hommes.

« ... Cette fille... elle porte des vêtements assez étranges. »

« ... C’est une samouraï ! » Je ne pouvais que donner cette brève explication à Linze.

La jeune fille portait un kimono rose vif avec un hakama bleu foncé, des chaussettes blanches à bout échancré et une paire de sandales avec des bretelles geta noires. Une paire d’épées de type Daisho pendait autour de sa taille. Ses longs cheveux noirs flottants étaient attachés en une queue de cheval et étaient coupés avec une frange droite qui nivelait juste au-dessus de ses sourcils. Sa queue de cheval avait également été coupée directement à son extrémité, se terminant juste au-dessus de ses épaules. La simple petite épingle à cheveux qu’elle portait lui allait bien.

J’avais dit qu’elle était une samouraï, mais elle ressemblait un peu plus au personnage principal de Haikara-san, ce manga shoujo du Japon dans les années 1920. Pourtant, elle ressemblait définitivement à une samouraï à la base.

Une dizaine d’hommes entouraient la samouraï, chacun avec un regard dangereux. Certains d’entre eux avaient déjà tiré leurs épées et leurs couteaux.

« Nous sommes ici pour exprimer nos remerciements pour ce petit incident produit plus tôt, fillette ! »

« ... Qu’‘est ce que cela signifie ? Je n’ai pas souvenir d’avoir fait une telle chose. » Quelle est donc cette manière de parler ? Elle ressemblait à un personnage de film !

« Ne joue pas l’idiote ! Ne crois pas que tu puisses t’en tirer après avoir joué un sale tour à nos copains comme ça ! »

« ... Aah, vous devez être les compagnons de ces bandits que j’ai remis à la garde de la ville plus tôt dans la journée. En vérité, cet incident était entièrement leur faute. Ils n’auraient pas dû se promener en état d’ébriété en plein milieu de la journée. »

« Ferme-la ! Attrapez-la ! » Les hommes chargèrent tout d’un coup, comme si ses paroles étaient le signal qu’ils attendaient.

La samouraï esquiva prestement chacune de ses attaques avant de saisir un homme par le bras, de le faire pivoter et de le lancer. L’homme s’évanouit de douleur alors que son dos percutait directement le sol.

Elle avait bougé dans le même rythme que son adversaire, avait cassé sa posture, puis l’avait jeté... Était-ce... de l’Aïkido ? Du Jujitsu, peut-être ? La fille jeta un deuxième homme, puis un troisième, puis tituba un peu. Ses mouvements étaient devenus un peu lents.

En repérant une occasion, un homme l’avait approchée par-derrière pour l’attaquer avec son épée. Fais attention !

« Venez, Sable ! Tempête de sable obscure : [Sable Aveuglant] ! »

J’avais sorti par réflexe une incantation et canalisé mon sortilège.

« Ah, mes yeux...! » L’homme hurla. 

C’était un simple sort que j’avais appris récemment. Tout ce qu’il avait vraiment fait était de jeter du sable dans les yeux de l’adversaire. Ce n’était pas beaucoup, mais c’était suffisant pour se tirer d’un mauvais pas.

Alors que l’homme avec l’épée était aveugle, je l’avais frappé avec un saut chassé. La samouraï fut surprise par ce soudain nouveau challenger qui s’était lancé dans la bagarre, mais elle semblait avoir jugé que je n’étais pas un ennemi, alors elle reporta son attention sur ceux devant elle.

« Aah, bon sang, pourquoi est-ce que tu dois toujours mettre ton nez là où tu ne le devrais pas ? » Elze laissa échapper un commentaire perplexe alors qu’elle se joignait à la mêlée avec un coup de poing rapide mais lourd. Mais malgré toutes ses plaintes, elle souriait beaucoup.

Il ne fallut pas longtemps avant que tous les hommes soient à plat sur le sol... la moitié d’entre eux avait mordu la poussière en raison de ma bonne amie Elze. Elle m’avait terrifiée alors qu’elle faisait ça.

Les gardes de la ville étaient finalement arrivés, alors nous leur avions laissé le reste et nous avions quitté cette zone.

« Vraiment, je vous suis redevable. Je m’appelle Kokonoe Yae. Ah oui, Yae est mon prénom et Kokonoe est mon nom de famille. »

La samouraï, Kokonoe Yae, se présenta et inclina profondément la tête. Sa présentation de soi m’avait donné un sentiment de déjà-vu.

« Oh, vous venez d’Eashen ? »

« J’en viens, en effet. Je suis venu ici d’Oedo. »

Oedo ? L’ancien nom de Tokyo ? Eashen est-il sérieusement semblable au Japon ?

« Je suis Mochizuki Touya. Touya est mon prénom, et Mochizuki est mon nom de famille. »

« Ooh! Touya — dono, vous êtes aussi d’Eashen, n’est-ce pas ?! »

« Ah, nah. C’est un endroit similaire, mais je viens vraiment d’ailleurs. »

« Huh ?! » Les sœurs jumelles derrière moi avaient été surprises par ma réponse. Oh, c’est vrai... Expliquer d’où je venais était une douleur, alors je leur laissais croire que j’étais d’Eashen.

« Laisse tomber... Tu semblais avoir des pertes d’équilibre dans ce combat là-bas. Tu n’es blessée nulle part, n’est-ce pas ? »

« Non, je suis indemne, j’en suis certaine. Cependant... j’avoue à ma grande honte que j’ai abandonné mon argent de voyage. Par conséquent... » *Grrrrooowwwwllll*

Comme si c’était fait exprès, l’estomac d’Yae laissa échapper un énorme grondement. Son visage devint tout rouge presque immédiatement et elle hissa curieusement ses épaules vers l’intérieur.

Et ainsi, la samouraï affamée avait rejoint notre groupe.

***

Partie 2

Comme de toute façon, nous devions chercher un endroit pour manger, alors nous avions décidé de prendre Yae avec nous. Yae avait répondu en nous disant quelque chose à propos de ne pas vouloir profiter de la gentillesse d’autrui. Alors elle n’avait même pas eu l’idée au départ d’accepter notre proposition.

« Bien alors, raconte-nous des histoires à propos d’Eashen. En retour, nous allons t’inviter au restaurant. Ce n’est pas de la charité, c’est du donnant-donnant, » avais-je proclamé. Elle avait dit que c’était acceptable, et avait commencé à commander quelque chose... Cela s’est passé plus facilement que prévu.

« ... Je vois. Alors, Yae, tu es dans un périple afin de devenir plus fort ? »

« Oui... Munch... en effet. Je suis issue d’une famille de guerriers depuis des générations. Mon frère aîné doit hériter du patrimoine, et donc, je suis partie en voyage afin d’améliorer mes compétences. Donc oui, c’est effectivement le cas. »

« Ouah, ça a l’air difficile, tu dois être d’un bon niveau dans ta famille, hein ? » Elze regarda Yae, visiblement émerveillée par la fille qui se jetait bruyamment sur des brochettes de bœuf. J’étais plutôt indifférent en écoutant son histoire, je voulais simplement qu’entre manger et parler, elle en choisisse un et garde l’autre pour plus tard !

« Alors, Yae, as-tu un plan de bataille pour l’avenir ? Par exemple, est-ce qu’il y a un endroit en particulier où tu dois aller ? »

« ... Il y a quelqu’un, dans la capitale de ce pays, qui a beaucoup fait pour aider mon père dans le passé. J’envisageais de rencontrer cette personne moi-même. » Yae avait répondu à ma question entre plusieurs pauses, alors qu’elle s’extasiait devant son bol de ce qui ressemblait être du kitsune udon.

Oh, franchement, est-ce que personne ne t’a jamais appris à ne pas parler avec la bouche pleine ?

« Eh bien, n’est-ce pas une coïncidence ? Nous nous dirigeons vers la capitale afin de terminer une quête. Veux-tu venir avec nous ? Il devrait encore y avoir de la place pour une autre personne dans la charrette. Ce serait plus facile pour toi aussi, n’est-ce pas, Yae ? »

« Dites-vous la vérité ? Je ne pourrais espérer avoir une offre plus attrayante, je ne pourrais pas... Cependant, êtes-vous tous d’accord, avec une personne comme moi ? » Yae répondit à la suggestion d’Elze alors que ses joues étaient remplies d’une substance ressemblant à du takoyaki. Attendez une seconde. Combien cette fille avait-elle même mangé exactement jusqu’à présent ?!

« Ça ne te dérange pas, n’est-ce pas, Touya ? »

« Moi ? Non, ça ne me dérange pas vraiment, mais... » Je semblais être le seul présent qui craignait que le coût moyen de nos repas augmente de façon exponentielle avec cette fille.

Yae semblait être satisfaite pour le moment, ayant dévorée sept tranches de pain, des brochettes de bœuf, du yakitori, du kitsune udon, du takoyaki, du poisson grillé, un sandwich et un steak de bœuf. Nous avions donc réglé l’addition et avions quitté le restaurant. Merde... je n’ai jamais pas tenu compte de cela dans notre budget de voyage...

Sur le chemin du retour, nous avions décidé de nous revoir le lendemain juste avant de partir. Juste au moment où les jumelles et moi étions sur le point de retourner à l’auberge, quelque chose m’avait traversé l’esprit. J’avais alors demandé une dernière chose à Yae avant de nous séparer.

« Yae. Où as-tu réservé pour la nuit ? »

« Oh, eh bien, j’avais prévu de dormir dehors, je pensais faire ainsi... » Bien sûr qu’elle le pensait. La fille n’avait pas un sou.

« Dormir dehors, sérieusement... ? Écoute, viens dormir dans la même auberge que nous. Nous te prêterons l’argent, alors rends-le-nous plus tard. »

« C’est dangereux de dormir dehors tout seul... » murmura Linze humblement.

« Pas du tout, je ne pourrais pas vous être encore plus redevable, je ne le pourrais pas. » À cause de sa nature trop polie, tout la faisait ressembler de plus en plus à une personne qui était originaire du Japon. Même si nous essayions de lui donner l’argent pour l’auberge, elle refuserait poliment de le prendre. Je devais trouver une solution... Une idée me vint soudainement à l’esprit alors que je réfléchissais à la situation.

« Yae, est-ce que tu envisagerais de me vendre cette épingle à cheveux ? »

« Mon... épingle à cheveux, c’est ça ? » Yae prit son épingle à la main. Il y avait un motif avec des taches jaunes et brunes.

« C’est une épingle à cheveux bekko, non ? Je l’ai vraiment voulu pendant un moment. Je pense que ce serait un bon cadeau pour quelqu’un à qui je dois beaucoup. »

« Bekko ? Qu’est ce que c’est ? » Elze s’adossa, cherchant apparemment une explication de ma part sur ce mot inconnu.

« C’est un accessoire fabriqué à partir d’une carapace de tortue. Ce sont des choses très précieuses là d’où je viens. » Je n’étais pas vraiment sûr de cela, mais j’étais sûr d’avoir au moins entendu quelque chose comme ça dans le passé.

Bien évidemment, le fait que j’en voulais une depuis longtemps était un mensonge. C’était juste un prétexte pour que cette fille accepte de l’argent. Elze et Linze avaient toutes les deux compris cela rapidement, et avaient décidé qu’il serait préférable de jouer le jeu avec mon histoire à dormir debout.

« Si vous voulez vraiment un humble bijou comme celui-ci, alors ça ne me dérange pas, je ne... »

« Très bien, marché conclu ! Alors, je vais l’acheter pour une grosse somme. » Elle me passa l’épingle à cheveux bekko et, en échange, je pris une pièce d’or de mon portefeuille et la lui enfonçai dans la main.

« C’est beaucoup trop ! Je ne peux pas accepter autant pour ça, je ne peux tout simplement pas ! »

« C’est bon, c’est bon. Regarde, Touya cherche une de ces épingles depuis si longtemps, tu sais ? Cela montre juste à quel point cela vaut pour elle. Maintenant, allez, nous allons t’emmener dans cette auberge. »

« Non, atte- Elze-dono ?! » Elze saisit Yae par le bras et l’entraîna. Au fur et à mesure que leurs silhouettes disparaissaient, Linze s’approcha de moi pour me parler.

« ... Cette épingle à cheveux est-elle vraiment précieuse ? »

« Qui sait ? Si c’est vrai, alors ce serait très utile d’où je viens, mais je ne suis pas vraiment expert dans les prix courants des bijoux. »

« Tu ne connais pas sa valeur, mais tu as payé une pièce d’or pour ça... ? »

« Eh bien, ça semble plutôt bien fait. Même si je ne connais pas son prix, je suis sûr que c’était un prix raisonnable. À tout du moins, je n’ai pas l’impression d’avoir fait une mauvaise affaire ici, n’est-ce pas ? » J’ai souri avant de glisser l’épingle dans ma poche, puis nous étions retournés tous les deux à l’auberge.

Yae avait pu réserver une chambre pour la nuit et ainsi, elle avait pu avoir une bonne nuit de repos. Et ainsi, elle avait rejoint notre groupe hétéroclite le jour suivant.

Nous sommes partis d’Amanesque et nous nous sommes dirigés encore plus au nord. Le pays où nous étions était le Royaume de Belfast, situé sur la partie occidentale du continent. C’était aussi le deuxième plus grand des pays occupant cette région. Peut-être à cause de cela, il n’a pas fallu longtemps après avoir quitté une ville pour que tous les bâtiments disparaissent complètement hors de notre vue. Bientôt, il n’y avait plus que des montagnes et des forêts à l’horizon. Peut-être que la population n’était tout simplement pas assez grande pour combler la surabondance de terres.

Nous étions tombés sur une seule personne ou un seul chariot une fois par paire d’heures, et parfois nous n’avions rencontré personne au cours d’une journée entière. Cela changerait sûrement à mesure que nous nous approchions de la capitale.

J’avais réchauffé mon siège dans le chariot comme d’habitude, jetant parfois des coups d’œil à Yae, qui était assise sur le siège du conducteur. Elle était aussi douée avec les chevaux, c’était ce qu’elle nous avait dit, alors les trois filles avaient décidé de se relayer en tenant les rênes. J’avais presque honte de mon manque d’expérience. Je commençais à comprendre les sentiments de ces personnages qui seraient toujours juste bons à réchauffer le chariot...

Comme pour compenser cela — enfin, en partie, de toute façon — je m’étais assis sur les fesses et m’étais plongé dans mes études de magie. De mes leçons avec Linze, il était apparu que j’étais capable d’utiliser différents types de sorts qui rentraient dans la catégorie Néant, c’est-à-dire, la magie sans élément.

Notre premier indice était venu quand j’avais essayé d’imiter le sort [Puissance] qu’Elze avait utilisé, et il s’était activé pour moi sans problème. Plus tard, j’avais entendu parler d’un sort appelé [Augmentation de puissance] par un autre aventurier de la guilde qui pouvait l’utiliser, et ça s’était passé sans accroc quand je l’avais testé.

De manière simplifiée, cela signifiait que tant que je connaissais le nom du sort et son effet, je pouvais utiliser à peu près n’importe quelle sorte de magie non élémentaire. Les jumelles étaient depuis longtemps surprises par l’une de mes capacités, alors elles l’avaient traitée comme l’un de mes traits de caractère à ce stade. Bien, peu importe. C’était très pratique, donc je n’avais eu aucune plainte. Merci Dieu.

Néanmoins, il y avait quelques problèmes. Néant, ou magie non élémentaire étaient une catégorie magique presque entièrement personnalisable. Fondamentalement, chaque sort individuel pourrait facilement être quelque chose que tout le monde, à l’exception des utilisateurs eux-mêmes, n’avait jamais entendu parler.

En ce sens, c’était comme leur atout. Il y avait évidemment des gens qui voulaient garder quelque chose comme ça secret, sinon les autres pourraient s’en rendre compte à l’avance. D’un autre côté, il y avait des personnes comme cet aventurier qui m’avaient appris le sort [Augmentation de puissance], des gens qui supposaient que les autres seraient incapables de l’imiter de toute façon, donc il n’y voyait aucun mal à en parler. Désolé d’avoir volé ton sort [Augmentation de puissance], mec.

Pourtant, malgré leur rareté, il y avait beaucoup de sorts de type Néant qui étaient très largement connus. J’avais acheté des livres sur des sorts non élémentaires enregistrés à travers l’histoire, et je m’étais mis à les étudier pour essayer d’en acquérir autant que possible.

Maintenant, le deuxième problème. Il y en avait beaucoup trop. Même les sorts non élémentaires connus étaient suffisants pour remplir un annuaire téléphonique.

Parce que la majorité des sorts non élémentaires étaient de la magie personnalisée, il y avait toutes sortes de sorts avec un usage extrêmement limité. Magie pour garder les bâtonnets d’encens brûlant plus longtemps ; la magie pour rendre la couleur du thé plus attrayante ; magie pour lisser la surface du bois éclaté... La liste s’allongeait encore et encore, et ces types de sorts mondains constituaient la majorité d’entre eux.

En outre, il y avait beaucoup de sorts qui possèdent des effets similaires. Même [Augmentation de puissance] et [Puissance] se chevauchent un peu. Les deux étaient après tout des sorts utilisés pour fortifier physiquement l’utilisateur. Pourtant [Puissance] était plus facile à utiliser, car il avait aussi des effets comme augmenter la capacité de saut ou accorder des niveaux explosifs de puissance dans les attaques physiques.

Comme je n’avais aucun moyen de savoir quel sortilège serait utile dans quelle situation, je pensais que je les passerais en revue un par un. Mais même si Dieu m’avait amélioré la mémoire, je ne savais toujours pas que je pourrais mémoriser tout un répertoire de sorts.

Faire face à face avec ce répertoire pour trouver des sorts qui me semblaient utiles était un vrai cauchemar. C’était comme chercher des aiguilles dans une botte de foin. C’était ennuyeux ! Là encore... mais ce n’était pas comme si j’avais mieux à faire. Je parcourais le livre quand un sortilège en particulier se démarquait. Oh-ho...

« Un sort qui permet au lanceur de récupérer de petits objets de loin, hein... Je me demande si je peux utiliser celui-ci. »

« Pourquoi ne pas l’essayer ? » Linze jeta un coup d’œil à la page. Bon point, cela semblait assez simple à tester.

« [Apportez] ! » M’exclamai-je.

Cependant, rien ne s’était passé. Huh? J’avais vraiment ressenti la sensation de quelque chose qui m’attirait...

Elze m’appela quand elle remarqua que le sort n’avait pas réussi à s’activer correctement.

« Qu’est-ce que tu as essayé d’attraper ? »

« Le katana d’Yae. Je pensais essayer de lui faire une petite frayeur. Hmm... Oh, peut-être que c’était trop gros ? Il dit que cela ne fonctionne que sur de petits objets, après tout. » J’avais essayé encore une fois avec une image plus claire à l’esprit.

« [Apportez] ! »

« Fwah?! » J’entendis la voix paniquée d’Yae venant du siège du conducteur.

Dans ma main se trouvait le cordon qu’elle utilisait pour attacher ses cheveux en arrière.

« On dirait que ça a marché. Cela pourrait être un sort assez pratique, mais c’est aussi une chose assez redoutable », avait averti Linze.

« Qu’est-ce qui est effrayant à propos de moi, utilisant ce sort ? »

« Je veux dire, il saisit les choses sans laisser de trace derrière lui. Avec une telle capacité, quelqu’un pourrait voler tout ce qu’il voulait. »

« Je vois... C’est en fait un peu effrayant, hein ? Vous pourriez utiliser ce pouvoir pour voler librement tout l’argent et les bijoux que vous vouliez. »

« ... N’ose pas l’utiliser pour ça. »

« ... S’il te plaît, ne l’utilise pas pour cela... » Elze et Linze me rencontrèrent toutes les deux avec mépris. Quelle accusation grossière !

« Ne soyez pas ridicule, je ne ferais jamais ça ! Oh... Je me demande si les sous-vêtements sont une cible valable pour ce sort... » Elze et Linze se redressèrent toutes les deux et s’éloignèrent un peu plus de moi. Oh, allez, c’était une blague !

« Euh... mes cheveux volent partout dans le vent en ce moment, c’est... » Yae se tourna vers moi, demandant clairement que je lui rende son cordon pour qu’elle puisse attacher ses cheveux. Oups, j’avais oublié ça pendant un instant.

***

Partie 3

Dès lors, nous avions traversé plusieurs petites villes, et trois jours s’étaient écoulés depuis notre départ.

J’avais confirmé sur ma carte que nous étions juste à mi-chemin de notre destination. J’avais l’impression que plus de gens et de voitures passaient aussi récemment.

Quant à moi, je poursuivais mon combat acharné contre l’annuaire des sorts. Grâce à mes efforts, j’avais réussi à en maîtriser deux nouveaux intéressants. Un qui avait considérablement réduit les effets de la friction sur le sol pendant une courte période de temps, et qui avait élargi les sens de l’utilisateur pour couvrir une zone de détection plus grande.

L’avantage au sujet de ce dernier sort était que si je me concentrais vraiment, je pourrais depuis ma position percevoir des événements spécifiques se produisant sur une portée d’un kilomètre.

Maintenant, avant de parler des dangers de ce sort, j’avais seulement décidé de l’apprendre parce que je sentais que la capacité de voir, d’entendre et d’enquêter sur des choses sans avoir à y aller directement était évidemment utile. Les filles, cependant, avaient exigé avec véhémence que je jure de ne jamais l’utiliser pour lorgner les femmes. Pour quel genre de personne me prenaient-elles... ? Je testais les effets de ce sort [Sensibilité élargie], et j’avertissais quand quelque chose d’étrange se produisait dans un rayon d’un kilomètre.

C’est... C’était... l’odeur du sang ? Mon sens aigu de l’odorat l’avait détecté très clairement. Quand je m’étais mis à regarder vers l’endroit à l’origine de l’odeur, j’avais vu une calèche de standing, entourée d’hommes en armure... Ils ressemblent à des soldats, pensai-je. Ils étaient attaqués par une meute de ce que je ne pouvais décrire que comme des hommes-lézards portant une armure de cuir. Bien qu’il y avait aussi un homme en robe noire parmi eux.

La moitié des soldats étaient déjà abattus et couchés par terre. Les autres se battaient pour protéger la voiture contre les hommes-lézards qui marchaient vers elle, clairement armés de lances et d’épées incurvées.

« Yae ! Il y a des gens qui sont attaqués par des monstres ! Pleine vitesse ! »

« Ah... ! Compris, Ok ! » Yae avait fouetté les chevaux et nous avions accéléré. J’avais gardé ma vision sur cette zone lorsque nous nous étions rapprochés, afin que je puisse garder un œil sur la situation. Les hommes-lézards avaient transpercé les soldats un par un. Il semblait y avoir un vieil homme blessé et un enfant dans la voiture. Serions-nous capables de le faire à temps... ?! Ils sont là... !

« Venez, Feu ! Spirale tourbillonnante : [Tempête de feu] ! » Linze avait lancé un sort de feu depuis l’intérieur du chariot. Quelques dizaines de mètres plus loin, une tornade de feu avait éclaté au centre de la meute des hommes-lézards.

En utilisant ceci comme signal, nous avions sauté du chariot au moment où il avait traversé la meute. La première à en sortir fut Elze, suivi de moi, enfin Yae ferma la marche. Nous avions laissé les rênes dans les mains de Linze.

« Kshaaaaa !!! » Un seul Homme-Lézard s’était tourné vers nous, se jetant directement sur moi. J’avais concentré mon énergie afin de lancer l’un des nouveaux sorts que je venais d’apprendre.

«  [Glissade] ! »

Toutes les zones de contact entre les pieds de l’Homme-Lézard et le sol avaient disparu en un instant, et cela s’était terminé par une pirouette tellement ridicule qu’elle aurait même été exclue d’un spectacle de comédie.

« Gurghagh !!! » J’avais porté le coup mortel au premier Homme-Lézard, puis en avais abattu un second au moment où il bondissait pour m’attaquer.

À côté, Elze avait attrapé l’épée incurvée d’un troisième Homme-Lézard avec ses gantelets, tandis qu’Yae profitait de l’ouverture ainsi créée pour trancher le flanc du monstre. Beau travail d’équipe.

Alors que j’étais totalement absorbé par cette scène, une lance de glace fila à toute allure devant moi et empala un quatrième Homme-Lézard, qui s’était faufilé sur moi alors que j’avais le dos tourné. Cela devait signifier que Linze avait réussi à arrêter les chevaux et s’était jointe à la bataille.

Alors que l’issue du combat penchait en notre faveur, nous avions coupé les Hommes-Lézards les uns après les autres. Pourtant, il y avait quelque chose d’étrange dans toute cette situation... Il y avait beaucoup trop d’ennemis dans cet endroit, non ? Nous avions déjà fortement réduit leur nombre. Les hommes-lézards eux-mêmes n’étaient pas des monstres particulièrement forts, mais c’était assez compliqué de combattre autant d’ennemis à la fois...

« Sortez, Ombre ! Je cherche le vrai héros : [Homme-Lézard] ! » L’homme à la robe noire était derrière l’armée d’Hommes-Lézards, et il incantait. Quand il eut fini, plusieurs autres Hommes-Lézards sortirent de l’ombre autour de ses pieds. Qu’est-ce que c’était que ça ?!

« Touya, c’est de la magie d’invocation ! Cet homme en robe noire est celui qui invoque tous les hommes-lézards ! » Cria Linze dans ma direction.

Les invoquant... Il a donc utilisé la magie de type Ombre. Pas étonnant que nous n’ayons pas été capables de réduire leur nombre. Il aurait pu continuer à invoquer des monstres aussi longtemps que sa magie reste en place, quelle plaie... Très bien, alors. Je sais ce qu’il me reste à faire.

« [Glissade] ! »

« Gah ?! » Les pieds de l’homme vêtu s’envolèrent sous lui et il fut projeté à terre avec un bruit sourd. Il se dépêcha de se relever, mais s’effondra de nouveau sur le sol une fois de plus.

« Grr...! »

« Prépare-toi. » Yae lui sauta dessus à une vitesse incroyable et coupa proprement la tête de l’homme. Whoa, c’est devenu un petit peu lugubre là-bas... La tête de l’homme était tombée par terre et avait roulé un peu avant qu’elle ne s’arrête. Repose en paix.

Puisque le cas de l’invocateur avait été réglé, les hommes-lézards restants s’étaient simplement évaporés. Je supposais qu’ils étaient retournés là où il les avait pris.

« On dirait que c’est fini... Tout le monde va bien ? »

« Je vais bien, » répondit Elze.

« Je-je vais bien aussi, » marmonna doucement Linze.

« Tout comme moi aussi. » Nous nous en étions sortis, mais les personnes qui avaient été attaquées avaient subi de lourdes pertes. L’un des soldats restants se dirigea vers moi, traînant la jambe derrière lui.

« Merci, vous nous avez sauvés... »

« Ne le mentionne pas... Quel est le nombre de victimes ? »

« De dix gardes du corps... ils en ont tué sept d’entre nous... Bon sang ! Si seulement nous les avions remarqués plus tôt... ! »  L’homme avait tremblé de frustration et avait serré le poing. Je ressentais la même chose, d’une certaine manière. Si seulement nous étions arrivés un peu plus tôt... mais il ne servait à rien d’insister sur de telles choses plus longtemps.

« Que quelqu’un ! Est-ce qu’il y a quelqu’un ? Papy... Papy est... ! » Nous nous étions tous tournés vers la calèche quand nous avions soudainement entendu la voix d’une fille. En pleurant et en criant, une petite fille aux longs cheveux blonds en descendit. Elle avait l’air d’avoir seulement dix ans.

Nous courûmes vers la calèche, et à côté de la petite fille vêtue de blanc, il y avait un vieillard aux cheveux gris, vêtu d’un costume noir. Le sang coulait de sa poitrine alors qu’il souffrait de douleur.

« S’il vous plaît, sauvez Papy ! Il a été frappé par une flèche... ! » La jeune fille, le visage trempé de larmes, nous avait suppliés de l’aider. Ce vieil homme devait être très important pour elle.

Les soldats avaient fait descendre le vieil homme de la voiture et l’avaient étendu sur l’herbe.

« Linze ! Tu ne peux pas utiliser ta magie curative sur lui ?! »

« ... Je-je ne peux pas. La flèche doit avoir cassé, et une partie de celle-ci est encore logée dans la plaie. Si je le guéris dans cette condition, la pointe de la flèche sera coincée dans son corps... Même ça, à part... ma magie ne serait pas efficace sur une blessure aussi grave... ! » Les paroles de Linze étaient entrecoupées d’excuses et de regrets.

Dès que la petite fille avait entendu ce que Linze avait à dire, son visage s’était empli de désespoir. Elle agrippa fermement la main du vieil homme alors qu’elle pleurait, et il semblait qu’elle n’arrêterait jamais de pleurer.

« Mademoiselle... »

« Papy... ? Papy ! »

« J’ai peur... que nous devions nous séparer ici... Mais sachez que... les jours que j’ai passés avec vous... étaient parmi les plus heureux de ma vie ! Ack ...! »

« Papy, ça suffit ! » Bon sang... le vieil homme toussait et crachotait. N’y avait-il vraiment rien que nous puissions faire ? Je n’avais jamais essayé de magie majeure auparavant, mais j’avais étudié le sujet grâce aux livres que Linze m’avait laissé emprunter. Je connaissais l’incantation aussi. Ce n’était pas impossible pour moi de le lancer... probablement.

Devrais-je prendre un pari ici ? Mais même si je le guéris avec la flèche cassée toujours logée dans sa blessure, on ne sait pas ce qui pourrait arriver. La blessure qui guérit pourrait même faire enfoncer la flèche plus profondément, ce qui lui ferait percer le cœur... Attends... si je pouvais juste tirer la flèche... hors de la plaie... C’est tout !

« S’il vous plaît, éloignez-vous ! » J’avais repoussé les soldats et je m’étais agenouillé devant le vieil homme. Après cela, j’avais rapidement sorti l’une des autres flèches d’un des côtés de la calèche et j’avais gardé la forme de la pointe de la flèche en mémoire. Ensuite, je m’étais concentré sur cette image dans mon esprit.

« [Apportez] ! »

En un instant, j’avais fermement saisi une pointe de flèche sanglante et brisée dans ma main.

« Incroyable ! Tu as utilisé le sort pour récupérer la flèche ! » Elze regarda ma main et faillit crier de joie. Mais je n’avais pas encore fini, il y avait un pas de plus.

« Venez, Lumière ! Confort apaisant : [Magie curative] ! »

Alors que je jetais le sortilège, la blessure dans la poitrine du vieil homme commença doucement à se régénérer. C’était presque comme regarder une vidéo se rembobiner. Cela continua comme ça jusqu’à ce que l’ouverture déchiquetée soit complètement fermée.

« ... Qu’est-ce que c’est ? La douleur... disparaît ? Qu’est-ce qui se passe, ça ne me fait plus mal ? Ça ne fait plus mal... Je suis guéri ? »

« Papy ! » Le vieil homme était assis là, complètement déconcerté, mais indemne, alors que la petite fille l’entourait de ses bras. Elle pleura d’innombrables larmes de joie, refusant de lâcher le vieil homme pendant tout ce temps. Regarder ce spectacle nous avait tous fait sortir des soupirs de soulagement. Nous nous étions effondrés sur le sol.

« Ouf... » Eh bien, j’étais content que tout se soit bien passé.

***

Partie 4

Nous avions aidé à faire des tombes dans la forêt voisine pour les sept soldats qui étaient morts. Je n’aurais pas pu les laisser là, mais les emmener avec nous n’était pas une option non plus.

Des trois survivants, le plus jeune soldat avait creusé des tombes dans un silence complet. Apparemment, son frère aîné avait été parmi ceux qui étaient décédés. Quand nous avions fini d’ériger les tombes, il s’était incliné profondément devant nous. Le vieil homme se tenait à côté de lui et s’inclina aussi.

« Vraiment, vous avez été de la plus grande utilité pour nous. Comment pouvons-nous même faire pour vous remercier...? »

« S’il vous plaît, ne vous inquiétez pas à ce sujet. Mais le plus important encore, j’ai guéri ta blessure, mais tu as encore perdu pas mal de sang. Tu devrais vraiment te reposer maintenant. »Je trébuchai un peu sur moi-même alors que le vieil homme gardait la tête baissée. C’était comme ça avec Dieu aussi, mais il semblait vraiment que j’étais faible face aux vieillards.

« Merci, Touya ! Tu n’as pas seulement sauvé Papy, tu m’as sauvé la vie aussi ! » La petite fille blonde m’avait adressé des paroles de remerciements comme si elle était la reine du monde. J’avais adressé un sourire en coin et pensé en moi-même qu’elle devait être la jeune fille de quelque noble ou autre.

La calèche était de qualité supérieure à celle de Zanac. De plus, il y avait un grand nombre de gardes du corps, un vieil homme à la recherche de sa famille, et une petite fille hautaine, donc j’avais senti que je n’étais probablement pas loin de la vérité.

« Toutes mes excuses pour ces présentations tardives. Mon nom est Leim, et je suis un serviteur de la noble famille Ortlinde. La jeune fille est la fille du duc, Sushie Urnea Ortlinde. »

« Je suis Sushie Urnea Ortlinde ! C’est un plaisir de faire votre connaissance ! » La fille d’un duc ? Je suppose que j’avais mis en plein dans le mille. Elle avait l’air d’être de la noblesse, après tout.

Alors que je confirmais intérieurement ma théorie, les jumelles et la samouraï à mes côtés restaient toutes figées comme si elles avaient été transformées en pierre.

«  ... Quoi de neuf ? »

« Comment peux-tu être aussi familier ? C’est la fille du duc, tu sais ! »

« ... Le rang de duc est... le plus haut rang social qui puisse être attribué... Contrairement aux autres titres, celui de duc n’est généralement donné qu’aux membres de la famille royale... »

La famille royale... Hein ?

« Oui en effet ! Mon père est le duc Alfred Urnes Ortlinde, frère cadet de Sa Majesté le Roi ! »

« Alors, je suppose que ça fait de vous la nièce du roi. C’est plutôt incroyable. »

« ... Tu ne sembles pas surpris. Tu dois être toi-même une personne accomplie, Touya. » Hein ? Je me retournai pour trouver les jumelles et la samouraï à genoux, inclinant la tête vers le sol.

Quoi, nous prosterner maintenant ? Est-ce ainsi que je suis censé agir ici ?

« Euh... Mlle Sushie ? Devrais-je être... sur le sol avec eux ? »

« Vous pouvez m’appeler Sue. Nous ne sommes dans aucun cadre formel, donc vous n’avez pas besoin vous incliner. Vous n’avez pas besoin de parler formellement non plus. Comme je l’ai déjà dit, je te dois ma vie. Au contraire, je devrais être celle qui devrait incliner la tête. Je vous en prie, relevez-vous. » Les filles se relevèrent et levèrent la tête comme Sue l’avait indiqué. Il semblait qu’une partie de la tension dans l’air avait été dissipée, mais ils avaient toujours des expressions rigides sur leurs visages.

« Alors, que fait la fille du duc dans un endroit comme celui-ci ? »

« Nous revenions de chez ma grand-mère... du côté maternel. Il y avait une question que nous examinions, vous voyez. Nous sommes restés un mois et nous retournions dans la capitale. »

« Et puis vous avez été attaqué dans les parages... Ça ne ressemble pas vraiment à une attaque d’un vieux groupe de voleurs. »

Je ne pouvais pas vraiment imaginer des voleurs attaquant avec de la magie d’invocation. De plus, alors qu’il y avait beaucoup d’hommes-lézards, il n’y avait qu’un seul homme en robe noire qui les commandait. Il était plus logique de supposer que l’assaillant savait que la fille du duc était dans cette calèche. Dans ce cas, son motif était probablement un assassinat ou un enlèvement...

« Eh bien, l’assaillant est mort maintenant. Nous n’avons aucun moyen de savoir qu’il y était ou sur les ordres de qui il agissait. »

« Je m’excuse de l’avoir fait... » Yae baissa la tête d’un air découragé. Oh, c’est vrai, Yae avait été celle qui envoyait sa tête voler. Cela aurait eu certainement plus de sens d’essayer de le retenir pour l’interroger. Après tout, il y avait toujours la possibilité que nous puissions savoir qui l’avait envoyé ou démêler une grande conspiration qui se passait ou quelque chose comme ça.

« Ne vous dispersez pas en réflexions inutiles. Je vous l’ai dit, je vous suis reconnaissante. Vous avez mes louanges pour avoir vaincu cette menace. »

« Ces mots gentils... vous les gaspillez. » Yae s’inclina de nouveau.

« Eh bien, Sushi, Sue. Que comptez-vous faire ensuite ? »

« En ce qui concerne cette question... » Leim, qui avait reculer de quelque part dans les environs, s’exprima d’un ton contrit.

« Plus de la moitié des gardes ont été abattus, et si nous sommes à nouveau attaqués, je crains que nous ne soyons pas capables de garder la jeune demoiselle en sécurité. Envisageriez-vous de nous prêter vos services en tant que gardes du corps ? Je veillerai à ce que vous soyez correctement payé dès que nous atteindrons la capitale en toute sécurité. Voulez-vous nous aider ? »

« Travail de garde du corps, hein... » Eh bien, nous allions tous au même endroit de toute façon, et je ne pouvais pas me résoudre à les laisser là. Cela ne me dérangeait pas vraiment, mais j’avais besoin de savoir ce que les autres pensaient.

« Ça a l’air bien, non ? Je veux dire, nous y allions de toute façon », déclara clairement Elze.

« Ça ne me dérange pas du tout. »

« Je ne suis déjà qu’une passagère, je vais donc vous laisser la décision, Touya-dono. » On aurait dit que nous étions tous d’accord.

« D’accord, nous allons prendre le travail ! À la capitale, alors ? »

« Effectivement ! Nous nous placerons entre tes mains compétentes ! »Le visage de Sue laissa paraître un large sourire.

Donc, nos deux véhicules avaient continué. Le vieux chariot avançait derrière la calèche de Sue, et, devant nous, il y avait deux soldats à cheval, qui ouvraient la route.

Le soldat restant avait pris son cheval et était parti en avant pour livrer une lettre que Sue avait écrite expliquant la situation à la famille du duc.

J’étais monté dans la voiture comme garde du corps personnel de Sue. Comme je maîtrisais à la fois la magie et l’épée, il avait été décidé que c’était la meilleure position possible pour moi.

Je me suis assis dans un siège de grande classe qui m’était totalement inconnu, Sue s’était assise directement en face de moi, Leim étant à ses côtés pendant tout ce temps.

« ... Et avec cela, le vaillant Momotaro a tué le méchant Oni et a ramené divers trésors au village. »

« Ooh! Incroyable ! » Sue battit des mains en écoutant mon récit. Je me demandais si cela était bon. On m’avait demandé de raconter une histoire. Tout en expliquant que c’était un conte héroïque transmis dans ma ville natale, je récitais l’histoire de Momotaro. Je ne savais pas comment elle réagirait, mais Sue semblait assez contente.

Sue avait parlé assez étrangement pour quelqu’un de son âge. Apparemment, son discours était comme ça parce qu’elle essayait toujours d’imiter sa grand-mère, alors sa grand-mère devait aussi être quelqu’un de très haut placé.

« Voulez-vous me permettre d’entendre une autre histoire, Touya ? »

« Bien, d’accord. Voyons voir... Il y a longtemps, dans la ville-château d’un royaume lointain, vivait une fille nommée Cendrillon... » Je n’aurais jamais cru que je raconterais des histoires de sorcières ou de magiciens dans un monde où la magie existait vraiment... Pourtant, Sue semblait assez heureuse, alors ça ne me dérangeait pas vraiment.

Après cela, je m’étais épuisé en récitant tous les contes de fées imaginables, et avant que je le sache, je m’étais retrouvé à raconter les histoires de mangas célèbres et de films d’animation populaires.

Je n’en étais pas revenu quand Sue avait crié vouloir partir à la recherche du Château dans le Ciel, mais Leim avait réussi à la calmer.

Il semblait que la jeune femme aimait particulièrement les histoires d’aventure. Quelle fille étrange.

Et donc, nous avions passé le temps paisiblement dans la calèche alors que nous nous dirigions vers la capitale.

***

Partie 5

« Ooh, nous sommes presque arrivés ! C’est la capitale ! » Sue poussa un cri alors qu’elle passait la tête par la fenêtre. Je regardais dehors et au loin je distinguais un château blanc entouré de hauts murs, bordés par une grande cascade à l’arrière.

La capitale royale, Alephis. Située sur la rive du lac Palette, un grand plan d’eau qui s’est formé à la base de la chute d’eau, était également connue comme « La capitale au lac ».

Situé sur la partie occidentale du continent, le royaume de Belfast possédait un climat agréable. Cela plus les lois justes du roi régnant en avait fait un pays relativement paisible. Les produits en soie fabriqués dans la région de Killua à Belfast étaient réputés comme étant de la plus haute qualité au monde. Ils étaient légers et doux, robustes et beaux. Ces marchandises étaient populaires parmi les nobles et même des familles royales étrangères, ainsi ce commerce était la fierté du royaume, et soi-disant une source indispensable de revenu.

En y repensant, Zanac n’avait-il pas des vêtements de soie à vendre dans sa boutique ?

Alors que nous nous rapprochions de plus en plus de la capitale, j’avais été une fois de plus choqué par la hauteur des murs du château. Jusqu’où pouvait-elle aller ? Elle avait l’apparence d’une forteresse de fer conçue pour repousser tous les assaillants. Je ne voulais pas dire qu’elle était faite de fer ou de quoi que ce soit.

Plusieurs soldats effectuaient des inspections aux portes de la ville avant de permettre aux gens d’entrer dans la capitale. Cependant, nous avions été autorisés à passer dès que le garde avait aperçu les visages de Sue et Leim. On dirait qu’ils étaient assez bien connus dans ce quartier. Sans doute que les armoiries de la famille du duc sur le flanc de la calèche jouaient aussi un rôle.

La voiture continua tout droit en direction du château, traversant un pont de pierre qui enjambait une grande rivière en bas du chemin. Il y avait un autre point de contrôle au milieu du pont, mais nous étions encore une fois passés à travers.

« Au-delà de ce point est le quartier résidentiel des nobles. » J’avais donné un petit « je vois » à l’explication de Leim. Ainsi, la capitale avait été divisée en deux zones : le quartier des roturiers, et le quartier des nobles. Ce qui signifiait que l’endroit que nous venions de quitter devait être le quartier le plus fréquenté.

Nous avions voyagé à travers une rue remplie de rangées de beaux bâtiments et nous étions arrivés en face d’un imposant manoir. Les murs aux alentours étaient aussi énormes. Quand nous nous étions finalement arrêtés devant l’entrée, cinq, puis six soldats avaient lentement ouvert les très grandes portes, vraisemblablement lourdes. Ce n’était que maintenant que nous étions en face d’elle, que je constatai que le blason sur la porte était exactement le même que celui présent sur le flanc de la calèche.

Donc c’était la propriété du duc. C’était imposant. Tout du jardin à la maison était inutilement immense. Pourquoi tout était-il si vaste ?

La calèche s’arrêta devant l’entrée, et Sue ouvrit la porte avec grand enthousiasme.

« Bienvenue, jeune mademoiselle ! »

« Pourquoi cet accueil ! » Un mur de servantes apparut et inclina la tête à l’unisson. Je m’étais simplement assis dans la voiture, complètement ébahi jusqu’à ce que Leim me pousse à sortir. Je me sentais... complètement et totalement pas à ma place. Quand nous étions entrés dans le hall, un homme était descendu de l’escalier rouge devant nous.

« Sue ! »

« Père ! » Sue s’était dirigée droit vers l’homme et avait bondi pour l’embrasser.

« Dieu merci... Dieu merci, tu es saine et sauve ! »

« Je vais bien, père. Ne te l’ai-je pas écrit dans ma lettre ? »

« Quand cette lettre est arrivée, j’avais l’impression que mon cœur s’était arrêté dans ma poitrine... » Il semblerait que l’homme était le père de Sue, le duc Alfred Ortlinde, le frère du roi. Il avait des cheveux blonds, un corps fort qui m’informa d’un coup d’œil de sa bonne santé, mais malgré sa robustesse, il avait un visage doux qui lui donnait un air charmant.

Finalement, le duc se sépara de son étreinte avec Sue et se dirigea vers nous.

« ... Vous devez être les aventuriers qui ont sauvé ma fille. Vous avez ma plus sincère gratitude. Vraiment, merci beaucoup pour votre aide. » J’étais surpris. Le duc nous avait approchés seulement pour incliner la tête. Le frère du roi s’inclinait devant nous.

« S’il vous plaît, il n’y a pas besoin de baisser la tête. Nous avons seulement fait ce que n’importe qui ferait dans cette situation ! »

« Je vois. Vous êtes assez modeste, n’est-ce pas ? Néanmoins, vous avez toute ma gratitude. » Après qu’il eut fini de parler, le duc prit ma main dans la sienne et la secoua fermement.

« Vous le savez sans doute déjà, mais permettez-moi de me présenter officiellement. Je m’appelle Alfred Urnes Ortlinde. »

« Je suis Mochizuki Touya. Oh, Touya est mon prénom et Mochizuki est mon nom de famille. »

« Oh, seriez-vous d’Eashen ? »

... S’il vous plaît. Pas encore ça.

« Je vois... Alors vous êtes venus dans la capitale pour livrer une lettre à la suite d’une demande de la guilde ? » Nous nous étions assis sur la terrasse du deuxième étage donnant sur le jardin, en dégustant une tasse de thé.

Bien que les seuls qui appréciaient réellement leur thé étaient le duc et moi, car les trois autres étaient tendues et s’assirent comme des planches de bois. Sue avait quitté son siège et n’était plus là. Je me demandais où elle s’était enfuie.

« Si vous n’aviez pas accepté cette requête, Sue aurait très bien pu être kidnappée ou assassinée... Je suis reconnaissant à la personne qui vous a demandé de venir ici. »

« Avez-vous une idée de qui aurait pu être derrière l’attaque ? »

« Je souhaiterais presque pouvoir dire que je ne le sais pas... mais compte tenu de ma position, je suis sûr qu’il n’y a pas pas mal de politiciens véreux qui me voient comme une gêne. Il pourrait même y en avoir parmi les nobles qui chercheraient à kidnapper ma fille et à l’utiliser comme levier contre moi pour me faire agir selon tous leurs caprices. » Le duc fit une grimace amère et sirota son thé en disant cela. On aurait dit qu’il y avait toutes sortes d’individus, même parmi la noblesse.

« Je suis de retour, Père. Désolé pour l’attente. » Sue était sorti sur la terrasse. Elle portait une robe à volants rose pâle et, dans ses cheveux, un bandeau orné d’une rose très pâle assortie. Cela lui allait très bien.

« As-tu parlé avec Ellen ? »

« Oui, je l’ai fait. Cependant, je me suis bien gardée de lui dire que j’avais été attaqué. Je ne voulais pas l’inquiéter. » Sue sortit et s’assit à côté du duc. Leim arriva un instant plus tard en portant plus de thé avec lui.

« Ellen ? »

« Je suis désolé qu’elle ne puisse pas venir à votre rencontre, même si vous êtes venu au secours de notre fille... Elle est devenue totalement aveugle, vous voyez ».

« Votre femme est aveugle, est-elle ? » Yae prit la parole, on sentait clairement le cœur lourd derrière ses mots.

« Elle est tombée malade il y a cinq ans... Ils ont réussi à lui sauver la vie, mais pas sa vue. » Le duc laissa tomber son regard en parlant de son histoire triste. Sue le remarqua, et posa sa main sur la sienne. Elle devait être inquiète pour son père. Elle était vraiment une charmante petite fille.

« ... A-Avez-vous essayé de le traiter avec de la magie ? »

« J’ai appelé les pratiquants de la magie de guérison à travers tout le pays, mais... c’était inutile. Ils ont dit que si cela avait été causé par une blessure physique, alors la magie aurait peut-être aidé dans une certaine mesure, mais cela n’aurait eu aucun effet sur les séquelles d’une maladie. » Le duc répondait implacablement à la question de Linze.

Donc, même la magie de guérison ne pouvait pas l’aider... Je pensais que nous pourrions être en mesure de guérir avec [Soin Réparateur] ou quelque chose de ce genre, mais... Ce sont dans des moments comme ceux-là où je ressentais plus que jamais ma propre incompétence.

« Si seulement mon grand-père était encore en vie... » murmura Sue d’une petite voix regrettable. Elle avait dû remarquer ma curieuse expression, parce que le duc s’était levé pour expliquer.

« Le père de ma femme... Le grand-père de Sue, c’est-à-dire mon beau-père, pourrait utiliser une sorte de magie très spéciale. Il était capable de guérir toute anomalie dans le corps. La raison pour laquelle Sue est partie en voyage était d’en savoir plus sur sa magie et de trouver un moyen de la recréer. »

« Si nous avions la magie de grand-père, nous serions capables de guérir les yeux de maman. Même si nous ne pouvions pas utiliser cette magie, il y avait la possibilité que le fait d’en savoir plus à ce sujet nous ait permis de le remplacer par un sortilège d’une autre école de magie. C’est ce que j’ai entendu de la magicienne de la cour, tout au moins. Sinon nous pourrions essayer de trouver quelqu’un qui pourrait utiliser la même magie que grand-père... » Sue serra le poing de frustration.

« Elle a dit que cette possibilité était malheureusement assez faible, Sue. La magie non élémentaire est principalement de la magie personnalisée. Il n’y a presque pas deux personnes qui peuvent utiliser exactement le même sort. Mais je suis sûr qu’il doit y avoir quelqu’un qui peut utiliser un sort similaire. Je vais certainement trouver cette personne, d’une manière ou d’une autre... »

« “‘AAAAH !!!’” » Les trois filles assises à côté de moi avaient soudainement sauté de leurs sièges et avaient laissé échapper des bruits très forts. Whoa, ça m’a fait peur ! Mais que diable se passe-t-il ici ?!

« C’est Touya ! »

« Touya, c’est toi ! »

« Touya-dono, ça doit être toi, sûrement ! »

« De quoi parlez-vous ? » Les filles me pointèrent du doigt à toute vitesse, et je m’éloignai par réflexe.

Vous m’effrayez sérieusement... Est-ce que toute cette tension vous a rendue folle ? Regardez, le duc et sa fille s’éloignent aussi. Vous faites peur à tout le monde ici !

« Vous pourriez être en mesure d’utiliser ce sort ! » S’exclama Elze.

« La magie non élémentaire est principalement de la magie personnalisée... ce qui signifie que deux personnes ne peuvent pas utiliser le même sort. À part... ! »

« Touya-dono, tu peux utiliser n’importe quel sort de type Néant, n’est-ce pas ?! »

« Hmm... ? Oh ! Alors c’est donc la signification de tout ce raffut ! » J’avais finalement compris ! Oui, si le sort n’était pas élémentaire, alors...

« De quoi... parlez-vous ...? Voulez-vous dire que vous pouvez...? »

« Touya ! Pouvez-vous vraiment guérir ma mère ? » S’exclama Sue. Le duc me regarda avec une expression de stupéfaction sur son visage. Pendant ce temps, Sue s’accrochait à mon bras comme si elle n’allait jamais le lâcher.

« Honnêtement, je ne serai pas capable de vous dire si je peux la soigner ou non sans avoir essayé d’abord. Mais s’il y a un espoir... Du moment que je connais le nom du sort et les détails de ce qu’il fait. »

« Oh, mon dieu, avons-nous des invités ? » La dame assise sur le lit dans la chambre où nous étions entrés ressemblait beaucoup à Sue. La regarder m’avait presque fait entrevoir à quoi ressemblerait Sue à l’avenir. La seule différence était qu’elle avait les cheveux châtain clair contrairement à sa fille qui était blonde.

Sa blouse blanche et sa jupe bleu pastel lui donnaient un air éphémère. Pour la comparer à une fleur, elle ressemblait moins à une rose ou à un lys, et ressemblait plus à une gypsophile. Elle était encore jeune. Probablement pas encore trente ans. Mais j’avais l’impression que sa jeunesse focalisait davantage l’attention sur ses yeux aveugles. Ses yeux étaient toujours ouverts, mais son regard donnait l’impression de ne jamais se poser sur rien. Cela m’avait presque poussé à demander ce que ces yeux pouvaient contempler.

« Je m’appelle Mochizuki Touya. C’est un plaisir de vous rencontrer, Duchesse Ellen. »

« Tout le plaisir est pour moi. Chéri, ce jeune homme est-il un de tes amis ? »

« Effectivement, c’est quelqu’un qui s’est occupé de Sue pendant son voyage... et en entendant parler de vos yeux, il a dit qu’il aimerait voir ce qu’il pouvait faire. »

« Mes yeux...? »

« Mère, s’il te plaît, détends-toi un moment. » Dit Sue. Je levai tranquillement ma main et la portai devant les yeux de la duchesse Ellen. Mon esprit se concentrait entièrement sur eux alors que je jetais le sort que j’avais appris il y a un instant. Allez, s’il te plaît, marche...

« [Restauration]. »

Une douce lumière sortait de la paume de ma main pour aller dans les yeux de la Duchesse Ellen. Quand la lumière s’était évanouie, j’avais retiré ma main.

Son regard erra un moment avant de s’installer progressivement. Après avoir cligné des paupières plusieurs fois, elle se tourna doucement vers son mari et sa fille.

« ... Je-je peux... voir ? Chéri...! Je peux voir ! » Les larmes avaient commencé à couler des yeux de la Duchesse Ellen.

« Ellen...! »

« Mère ! » Ils se serrèrent tous les trois et se mirent à pleurer. En voyant enfin son mari et sa fille pour la première fois en une demi-décennie, la duchesse Ellen sourit brillamment à travers ses larmes. Elle avait simplement continué à regarder leurs visages à travers ses yeux embués de larmes. Les visages de sa famille bien-aimée.

Leim, qui observait tranquillement la scène de près, tourna son visage vers le haut et commença à renifler aussi.

« Uwah... Je suis tellement heureuse ! » Elze s’étrangla.

« Je suis tellement content pour eux aussi... »

« Je suis vraiment content pour eux... ! »

Attends, pourquoi êtes-vous en train de pleurer ? Huh? Attends, est-ce que le fait d’être le seul à ne pas pleurer peut faire de moi une horrible personne ? Je me sens très ému par toute cette scène aussi, vous savez ! C’est juste que je mettais mis tellement de pression pour m’assurer d’obtenir un résultat que je suis plus soulagé qu’heureux maintenant... Ah, oublie ça.

Pour le moment, nous avions juste regardé chaudement la famille se réjouir.

***

Partie 6

« Je vous suis grandement redevable. Vraiment, vous n’avez aucune idée de ce que tout cela signifie pour moi. Vous avez non seulement sauvé ma fille, mais vous avez en plus guéri ma femme... Merci, merci beaucoup. » Le duc s’inclinait à nouveau. Je n’étais vraiment pas bon dans des situations comme ça. Je ne pouvais pas supporter le fait de voir cet homme s’incliner devant moi.

Sue était toujours dans la chambre de la duchesse Ellen. Nous avions été amenés dans le salon, où nous étions assis dans de luxueuses chaises, en face du duc.

« S’il vous plaît, n’en parlons plus. Sue est en sécurité, et votre femme est guérie. Je suis juste content que tout aille mieux maintenant. »

« Non, je ne peux pas en rester là. Je dois vraiment vous montrer toute ma reconnaissance. Leim, amenez-le. »

« Bien sûr, monsieur. » Leim avait apporté un plateau d’argent avec plusieurs objets disposés dessus.

« Tout d’abord, prenez ceci. C’est votre récompense pour avoir sauvé ma fille. En plus de l’avoir escortée jusqu’à sa maison en toute sécurité. » Leim m’avait tendu un sac dans lequel je supposais avoir de l’argent à l’intérieur.

« Vous devriez trouver quarante pièces de monnaie en platine. »

« Hein ?! » « Quoi ?! » « Eh ?! » Les filles semblaient saisir immédiatement la situation, mais je n’étais pas sûr de ce que le duc voulait dire. Je connaissais tout à propos des pièces d’or à ce moment-là, mais qu’est-ce qu’une pièce de platine ? J’avais demandé à Elze, qui était assise à côté de moi.

« Hey Elze, qu’est-ce qu’une pièce de platine ? »

« ... C’est une pièce se situant un niveau au-dessus des pièces d’or. Une seule pièce de platine équivaut à dix pièces d’or... »

« Dix pièces d’or ?! »

De tout mon temps passé dans ce monde jusqu’à présent, je savais qu’une pièce en or équivaut à peu près à cent mille yens... Donc, si une pièce en platine équivaut à un million de yens, alors j’ai... quarante... millions... yens... ?! 

« Att-Attendez, je ne peux pas accepter ça ! C’est beaucoup trop ! » Après avoir réalisé la valeur de ce que l’on nous donnait, je m'étais empressé de le refuser. Il n’y avait aucun moyen que le travail que nous avions accepté valait autant d’argent que cela.

« Ne dites pas cela, s’il vous plaît, acceptez-le. Si vous envisagez de gagner votre vie en tant qu’aventuriers, je suis sûr que vous atteindrez un point où vous aurez besoin d’argent comme ceci. Considérez ceci comme un fonds de réserve pour les moments difficiles. »

« Eh bien... » Il avait raison, l’argent serait probablement utile. Je détestais l’admettre, mais il y avait des choses dans ce monde qui ne pouvaient être résolues qu’en faisant circuler de l’argent. D’ailleurs, d’après ce que je savais de la personnalité du duc, il n’allait pas laisser tomber jusqu’à ce que j’accepte la récompense.

« En outre, je voudrais donner à chacun d’entre vous l’une d’elles. » Le duc aligna quatre médailles sur la table devant lui. Chacune avait un diamètre d’environ cinq centimètres. La conception de la médaille comportait un bouclier au centre et une paire de lions face à face. Attendez... n’est-ce pas...

« Ce sont des médailles arborant le blason de ma famille. Avec cela, vous serez en mesure de passer à travers n’importe quel point de contrôle avec une relative facilité, et vous serez également en mesure d’accéder à des établissements normalement réservés aux nobles. Si quelque chose devait vous arriver, elles vous garantiraient du soutien de ma famille. C’est une sorte de pièce d’identité, on pourrait tout à fait le dire. »

Selon le duc, ces médailles étaient normalement distribuées aux marchands exclusifs de la famille ou à d’autres personnages puissants. Un seul mot unique était gravé sur chacune d’elles, ce qui signifiait qu’il ne pouvait y avoir de doublons. C’était apparemment pour s’assurer qu’ils ne pourraient jamais donner lieu à des abus si jamais nous les perdions.

Ma médaille portait le mot « Tranquillité », celle d’Elze « Ferveur », celle de Linze « Philanthropie » et celle d’Yae « Sincérité ». La tranquillité, eh... Eh bien, la paix est ce qu’il y a de mieux, après tout.

Quoi qu’il en soit, ces médailles avaient certainement l’air de choses très utiles à posséder. En fait, il nous sera ainsi plus facile de rendre visite à Sue. Être arrêté aux points de contrôle tout le temps devait être pénible. Bien qu’en cas d’urgence, je pourrais de toute façon toujours lancer [Porte] pour contourner tous les points de contrôle.

Nous avions divisé l’argent à parts égales entre nous, donc dix pièces de platine chacun. Pourtant, une pièce en platine équivalait à dix pièces d’or, donc cela représentait un million de yens... Je devais être absolument sûr de ne jamais en laisser une tomber.

Nous avions décidé que c’était trop risqué de se promener avec autant d’argent, alors nous avions chacun pris une seule pièce et avions demandé au duc de livrer le reste à la guilde pour nous. Apparemment, cela avait été mis en place afin que nous puissions retirer notre argent de n’importe quel bureau de guilde dans n’importe quelle ville. Je pensais que c’était comme l’équivalent d’une banque dans notre monde.

Nous avions décidé qu’il était temps de continuer notre route, et lorsque nous étions retournés au hall, Sue et la duchesse Ellen étaient venues nous voir.

« Venez bientôt nous visiter ! C’est un ordre, vous entendez ?! » Après une scène d’adieu émouvante, nous étions remontés dans notre chariot et nous nous étions rendus dans le domaine du vicomte Swordrick afin de livrer cette lettre, juste comme Zanac nous l’avait demandé.

« Eh ? La lettre que l’on vous a demandé de remettre était donc pour le vicomte Swordrick. » Oh, nous n’avions pas encore parlé de ça à Yae ? Étrangement, j'avais croisé le regard surpris d’Yae alors que le chariot nous balançait d’un côté à l’autre.

« Est-ce que tu le connais ? »

« Est-ce que je le connais ? L’homme que j’ai déjà mentionné, c’est lui. Celui qui a aidé mon père dans le passé, l’homme que je suis venu rencontrer ici, c’est lui ! » Huh, c’était une curieuse coïncidence. Le monde est petit après tout.

Nous fûmes ballottés à l’arrière du chariot tandis qu’Elze nous conduisait dans un quartier huppé, suivant les indications que le duc nous avait données avant de s’arrêter devant la propriété du vicomte.

Cela peut sembler impoli, mais venant avant ça du domaine du duc, celui du vicomte avait semblé beaucoup plus... étroit, comparativement. Pourtant, il n’y avait aucun doute que c’était un endroit vraiment génial. Il était assez ancien, ou plutôt, chargé d’histoires. J’avais entendu dire que beaucoup de nobles ayant des biens dans la capitale possédaient aussi des terres ailleurs, donc cela pouvait même être juste la villa du vicomte.

Quand nous avions donné le nom de Zanac au portier, il avait dit qu’il ferait en sorte que le vicomte nous rejoigne. Peu de temps après, nous avions été conduits dans le manoir, où un homme que j’avais supposé être un majordome nous avait conduits dans la salle de réception.

Une fois de plus, comparé au salon de la maison du duc, l’endroit était un peu... eh bien... Des pensées impolies coururent dans ma tête pendant que nous attendions, quand sortit un homme héroïque aux cheveux roux. Ce gars... était fort. Je pouvais dire même à travers ses vêtements que sa musculature était assez importante. Même ses yeux étaient pointus, nous surveillant comme un faucon qui repère sa proie.

« Je m’appelle Carlossa Galune Swordrick. Êtes-vous les messagers envoyés par Zanac ? »

« Nous le sommes. Nous sommes ici pour vous livrer cette lettre à sa demande. On nous a aussi demandé de recevoir une réponse de votre part que l’on doit prendre avec nous. » Je lui tendis le tube contenant la lettre de Zanac. Le vicomte l’avait pris et avait enlevé le cachet de cire avec un couteau avant de lire le contenu.

« Attendez ici un moment. Je dois écrire une réponse. » Après avoir parlé, le vicomte quitta la pièce. En sortant, une femme de ménage y entra et nous prépara du thé, mais comparer au thé que nous avions eu chez le duc... Non, c’était assez. Pas besoin de manquer de respect au vicomte. Je n’aurais pas dû le comparer au duc en premier lieu.

« Désolé de vous avoir retenue. » Le vicomte était revenu avec une lettre scellée à la main.

« C’est entendu, donnez ceci à Zanac. Aussi, attendez un moment. Avant que vous partiez... » Alors que le vicomte me tendait la lettre, son regard se porta sur Yae.

« Depuis que j’ai posé les yeux sur toi la première fois, je me demandais... Avons-nous... Non, je ne pense pas que nous nous soyons déjà rencontrés auparavant. Pourtant... Comment t’appelles-tu ? » Le vicomte pencha la tête comme s’il essayait de se souvenir de quelque chose. Yae le regarda droit dans les yeux et lui donna son nom.

« Je m’appelle Kokonoe Yae ; je suis la fille de Kokonoe Jubei. »

« ... Kokonoe... Oh, Kokonoe ! Je vois. Alors tu es la fille de Jubei ! » Le vicomte plia le genou, laissa échapper un large sourire, et donna à Yae une fois de plus un sourire radieux sur son visage.

« Oui. Il n’y a pas de doute. Tu es l’image crachée de Nanae. Je suis content que vous preniez les traits de votre mère et non de ce vieil homme ! »Le vicomte rit comme s’il avait soudain été mis de bonne humeur, et Yae avait simplement souri sans un mot.

« Uhm... alors comment connaissez-vous Yae ... ? » Demandai-je.

« Hmm ? Oh, c’est vrai. Vous voyez, son père, Jubei, était un instructeur épéiste pour la famille Swordrick. À l’époque où je n’étais encore qu’un morveux pleurnichard, il m’a vraiment fait passer à la moulinette. C’était un vrai défi, je vous le dis. Difficile à croire que c’était il y a vingt ans maintenant. »

« Mon père parle toujours de la façon dont, parmi les escrimeurs qu’il a formés, aucun n’était aussi sage ou aussi talentueux que vous, Vicomte-dono. »

« Ohoho? Je suis content d’entendre ça ! Même si c’est de la flatterie, c’est réconfortant de savoir que mon vieux professeur parle si bien de moi. » Le vicomte sourit joyeusement, fidèle à ses paroles. Mais Yae continua à lui parler avec une expression sérieuse sur le visage.

« Il m’a aussi dit que si jamais j’avais l’occasion de vous rencontrer, je devrais demander votre avis en matière d’épée. »

« Oho... » Le vicomte plissa les yeux, apparemment enthousiasmé par les paroles d’Yae.

Huh? Qu’est-ce qui se passe avec ce changement dans l’atmosphère tout à coup... ?

***

Partie 7

Le jardin du vicomte possédait un dojo.

En entrant, je ne pouvais pas retenir ma surprise. Après tout, il ressemblait exactement à un dojo de kendo japonais.

Un plancher de bois poli, plusieurs épées de bois accrochées au mur... avec un véritable sanctuaire.

« Ce bâtiment a été planifié par M. Jubei, et il a été construit par mon père. Il a été conçu pour avoir une esthétique d’Eashen, comme vous pourriez le constater. »

« Cela me rappelle le dojo à la maison... Ça me rend nostalgique. »

Comme ça on est deux, Yae. Aller à Eashen va bientôt être en tête sur ma liste des priorités.

« Choisissez l’épée en bois qui vous convient le mieux. Ils sont alignés par la taille de leur prise. » Après s’être vêtu d’une tenue d’entraînement, le vicomte fixa sa ceinture et saisit une épée de bois. Yae, d’un autre côté, prit quelques épées et essaya plusieurs fois de les balancer avant de décider laquelle lui conviendrait le mieux. Peu de temps après, elle se tenait face à face avec l’homme.

« Est-ce que l’un de vous maîtrise la magie de guérison ? »

« ... Nous connaissons un ou deux sorts. » J’avais répondu en levant ma main et en regardant Linze.

« Alors il n’y aura pas besoin de se retenir. Viens à moi avec tout ce que tu as. » Quand il avait dit cela, nous étions allés nous asseoir au bord du dojo pour ne pas entraver leur combat.

Frappé par une idée subite, j’avais sorti mon smartphone. Très bien...

« Qu’est-ce que tu fais ... ? » S’exclama Linze, l’air confus.

« Juste un petit quelque chose pour le futur. » Pendant que je répondais, Elze avait pris le rôle de l’arbitre et avait pris sa place entre les combattants.

Après avoir confirmé qu’ils étaient complètement prêts, elle avait signalé le début.

« Maintenant alors... commencez ! » Alors que la voix d’Elze résonnait dans le dojo, Yae se précipita vers le vicomte à la vitesse d’une balle. Il avait arrêté le premier coup de plein fouet et paré soigneusement chacune des nombreuses attaques qui avaient suivi.

Yae recula momentanément et tenta d’adapter sa respiration. Cependant, malgré l’occasion en or, le vicomte ne l’avait pas attaquée. Au lieu de cela, il avait juste regardé ses mouvements.

Face à face, ils se serrèrent les uns contre les autres comme s’ils dessinaient une spirale intérieure. Peu à peu, la distance entre eux se rétrécit jusqu’à atteindre un point qui provoqua un autre échange d’épées de bois... commençant une autre série de coups vicieux.

Cependant, Yae était la seule qui attaquait réellement. Le vicomte avait simplement paré, esquivé et dévié, ne montrant aucun signe de prise d’initiative.

« Je vois... Alors c’est comme ça. » Il déplaça son épée dans une position inférieure. Yae avait fixé sa cible et avait respiré pendant que ses épaules se déplaçaient de haut en bas dans une succession rapide. Il était évident qu’elle manquait d’endurance.

« Votre maîtrise de l’épée est correcte. J’irais même jusqu’à l’appeler exemplaire, car je ne vois même pas un seul mouvement inutile. C’est exactement la manière dont Jubei m’a appris. »

« Y a-t-il un problème avec ça, n’est-ce pas ? »

« Pas le moindre. Cependant... vous n’avez pas dépassé ce niveau. »

« Quoi — ?! » Le vicomte avait déplacé son épée dans une position aérienne et avait montré son premier geste d’agressivité. Je pouvais même sentir son aura électrique.

« En garde ! » Il fit un pas en avant, et avant même que je ne le remarque, bondit rapidement et réduisit la distance entre lui et Yae. L’épée qu’il tenait au-dessus de sa tête descendit rapidement vers sa tête. Yae avait répondu en positionnant son épée au-dessus d’elle-même.

Cependant... au moment suivant, elle était tombée par terre avec un son très déplaisant. Je l’entendais gémir alors qu’elle tenait un de ses côtés.

« À-assez ! » Elze avait proclamé la fin du match. Si cela avait été une vraie bataille, Yae aurait été soigneusement divisée en deux.

« Guh... »

« S’il vous plaît, évitez de bouger trop. J’ai probablement cassé quelques-unes de tes côtes. Si vous leur en donnez la possibilité, ils peuvent percer vos poumons. Vous ! Venez la guérir. »

« Ah, c’est vrai. »

Alors qu’Yae se tordait de douleur, j’avais placé ma main sur son flanc et lancé un sort de Guérison. Plus tôt que prévu, probablement en raison de la douleur déclinante, son expression était devenue calme.

« Je vais bien maintenant » après m’avoir remercié, Yae se leva et salua sincèrement le vicomte.

« Je suis reconnaissante pour vos conseils. »

« Ta maîtrise de l’épée n’a pas de côté obscur. Tu mélanges des feintes et des attaques réelles, charges et recules si nécessaire... C’est à la fois féroce et ouvert. Cependant, la manière dont tu manies l’épée ne rompt pas les limites de l’entraînement de dojo. Maintenant, je ne dis pas que c’est une mauvaise chose. Après tout, la vraie force diffère d’une personne à l’autre. » Les yeux perçants du vicomte transpercèrent Yae.

« Qu’attendez-vous de votre épée ? » Elle n’offrit aucune réponse à ses paroles. Au lieu de cela, elle leva simplement les yeux vers son épée de bois.

« C’est la première chose que tu dois apprendre. Ensuite, tu trouveras ton vrai chemin. Et quand tu l’auras fait, n’hésite pas à revenir vers moi. » Avec ces derniers mots, le vicomte sorti du dojo

« Hé, eh bien... Ça ne te dérange pas trop ! Les batailles sont toutes basées sur la chance. Si tu as perdu, tu étais vouée à l’échec de toute façon ! »

« ... Elze-dono... vous ne m’aidez pas du tout, là... » Yae regarda Elze avec une expression sévère, ce qui la fit éclater de rire.

Linze avait pris le contrôle du chariot pour nous amener au poste de contrôle par lequel nous pouvions quitter le quartier noble.

« Que vas-tu faire à partir d’ici, Yae ? Nous retournons à Reflet », avait proclamé Elze.

« Qu’est-ce que je devrais faire, je me le demande... »

Merde, elle a l’air vraiment faible. Cela me rappelait un employé inutile qui avait perdu tout espoir. Assise du côté de nos bagages, Yae regardait le ciel au loin avec son menton posé sur ses mains.

« Si tu n’as nulle part où aller, tu devrais venir avec nous à Reflet ! Ensuite, tu pourras rejoindre notre guilde, faire la fête et même parfois t’entraîner avec nous ! » Parfois ? Eh bien, j’ai un peu compris ce qu’allait faire Elze. Nous étions devenus de bons amis, donc ça aurait été un peu dommage si nous nous séparions à ce moment-là.

« Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée, sûrement pas. »

« D’accord, c’est décidé ! »

« Vous, vous êtes si puissant... » L’efficacité d’Elze m’avait fait adopter un sourire ironique. Elle avait profité pleinement de la déprime d’Yae... ou peut-être qu’elle était juste attentionnée à sa façon ? Tout en y réfléchissant, notre chariot avait atteint le point de contrôle. Les soldats au poste étaient venus vers nous, et quand Linze leur avait timidement montré la médaille que nous avions reçue du duc, ils n’avaient pas hésité à nous laisser passer. Mon Dieu, ce duc vaut le coup.

« Le monde est un très grand endroit, c’est... Je ne pensais pas que je faisais face à quelqu’un de si fort... J’ai un long chemin devant moi, je le sens... » Yae murmura lentement ces mots.

Alors elle était toujours accrochée à ça... Ça a dû être un choc.

« Le coup final surtout... Je ne comprends pas comment c’est arrivé, je ne comprends pas. Je pensais que j’allais parer l’épée telle qu’elle venait d’en haut... mais elle m’a frappé sur mon côté... »

« C’était quelque chose ! J’étais juste à côté de toi, mais je n’ai même pas vu ce qu’il s’est passé ! C’était comme si je clignais des yeux et que tu étais soudainement allongé sur le sol, tu sais ? » Pour aider Yae à le traiter, Elze commença à expliquer avec enthousiasme ce qu’elle voyait.

« C’est vraiment dommage... Si seulement je pouvais voir cette attaque une fois de plus, si seulement... »

« Mais tu le peux, » expliquai-je.

« ... Excuse-moi ? » Mes mots nonchalants poussèrent Yae à adopter une expression plutôt stupide et à cligner des yeux à plusieurs reprises.

J’avais sorti mon smartphone, puis j'avais affiché le match que je venais d’enregistrer, et j’avais lancé la vidéo pour elle.

« Qu-Qu’est-ce que c’est ?! Ah ! Att-Attends ! Ça, c’est moi ! Et vicomte-dono ! Elze-dono, elle aussi ! »

« Whoa, c’est quoi ce bordel ?! Ça bouge ! Mais je suis juste là ! Eh ? Attends, c’est vraiment Linze ?! Sœurette ?! Non, elle est ici aussi ! Que se passe-t-il ?! »

« Calmez-vous. »

« Ow! » « Aïe...! » J’avais laissé tomber une tape légère sur le dessus de leurs petites têtes paniquées. Elles avaient vraiment besoin de se calmer. Cependant, ce n'était pas comme si ce n’était pas drôle.

« C’est... un peu comme une magie Néant personnalisée qui permet l’enregistrement d’événements pour que vous puissiez les revoir plus tard. Je l’ai utilisé pour enregistrer votre match. »

« Cette magie est réellement incroyable ! »

« Eh ? Quel est le nom de ce sort ? »

« Ah... smartphone, je suppose ? »

« Smawtforn... n’a jamais entendu parler de ça avant. Bien, peu importe. C’est une magie non élémentaire après tout. » Elze croisa les bras et inclina la tête. Yae, d’un autre côté, prit mon smartphone et regarda intensément l’écran. Assez tôt, elle était arrivée au moment où elle avait été vaincue.

« Juste ici, oui ! » L’épée qui était censée tomber sur sa tête était en fait sur mon côté tout le temps. Huh? J’étais tout à fait sûre que c’était une frappe aérienne...

« Qu’est-ce que ça veut dire...? »

« Je ne sais pas... » Demandai-je à Elze, qui la regardait à mes côtés, mais elle semblait aussi ignorante que moi.

« T-Touya-dono ! C’est possible de le revoir, n’est-ce pas ?! »

« Bien sûr que oui. Autant de fois que tu veux. Devrais-je revenir au début ? Ou juste avant ta défaite ? »

« Avant ma défaite ! »

J’avais défini le point de départ et remis le téléphone à Yae. Le vicomte s’approcha d’Yae et la frappa directement sur le côté. Il n’avait jamais visé la tête. Mais j’étais tout à fait sûr que...

« Épée de l’ombre... »

« Épée de l’ombre ? » J’étais troublée par les mots qu’elle murmura tranquillement.

« C’est une technique qui transforme un fort esprit combatif en une lame. Étant une illusion, elle n’a aucune substance. Cependant, puisqu’il est fait d’esprit, elle a une présence que vous pouvez ressentir, sûrement... C’est pourquoi, avant de le réaliser, vous reconnaissez son existence. Le vicomte a probablement attaqué avec l’ombre par le haut alors qu’il a frappé avec sa vraie lame dans mon côté. L’attaque d’en haut était constituée de son puissant esprit combatif... tandis que la vraie, que je ne pouvais pas sentir, venait du côté, il l’a fait ! Oui... J’ai mordu à l’hameçon qu’il a posé, moi ! »

Alors on lui avait montré une illusion ? Je pensais que cette douche froide la rendrait encore plus déprimée, mais elle souriait réellement. Et ça ne ressemblait pas au sourire de quelqu’un qui avait abandonné... C’était comme si elle avait réalisé quelque chose. Ses marmonnements me firent pourtant sérieusement peur.

« Mon sabre n’a pas de côté obscur, c’est sur. Maintenant, je vois ce qu’il voulait dire, oui. Parfois, vous n’attendez pas l’ouverture chez votre ennemi, mais créez-la vous-même... C’est intéressant, réellement... »

« Hey, Yae. Ça va ? »

« Je vais bien, oui. Merci, Touya-dono. Vous m’avez vraiment aidé, sincèrement. » Comme Yae semblait satisfaite, j’avais repris mon smartphone et l’avais placé dans ma poche. Eh bien, c’était bon de l’aider à retrouver le moral.

« Je vais m’entraîner beaucoup et devenir encore plus forte... Avec vous tous à mes côtés, je le ferai ! »

« C’est mieux comme ça ! Je ne l’aurais pas dit autrement ! » Yae et Elze avaient échangé un tope-là. Ah, les joies de la jeunesse.

« H-Hey, ne m’oublie pas... » Une voix légèrement amère était venue de l’avant du chariot. Oh, ce n’est pas comme si l’on t’avait vraiment oublié ! Désolé, Linze.

***

Partie 8

Puisque nous étions déjà dans la capitale royale, nous avons décidé de ne pas louper cette occasion. Nous n’étions certainement pas à court d’argent, nous avions donc ainsi décidé de faire du shopping. Ou plutôt, cela avait été décidé à ma place. Il me manquait ce qu’il fallait pour résister à la volonté des trois filles.

Nous avions laissé notre chariot à l’auberge, même si cela allait nous coûter un peu d’argent parce que nous n’avions pas prévu de rester la nuit, et avions décidé que nous nous réunirions là dans trois heures.

Les trois filles étaient allées quelque part ensemble, mais j’avais choisi de faire quelque chose par moi-même. Je ne voulais vraiment pas être leur porteur. Sans oublier qu’il y avait quelque chose que je voulais m’acheter moi aussi.

J’avais donc sortit mon smartphone, trouvé ma position sur la carte et... j’avais réalisé que la capitale était énorme. Honnêtement, je n’aurais pas attendu à moins. Y a-t-il une fonction de recherche ? Très bien, a-r-m-u-r-e-r-i-e...

Assez rapidement, plusieurs épingles étaient apparues sur la carte, montrant les emplacements des boutiques d’armures dans la région. La plus proche était... juste en face de moi ? J’avais levé la tête pour voir une boutique d’armure avec un signe de bouclier devant elle. Je n’avais même pas eu à la chercher...

« Bienvenue ! » J’étais entré dans le magasin pour voir une abondance absolue de boucliers, d’armures, de gantelets et de casques. Derrière le comptoir au fond de la pièce, j’avais vu un commerçant à l’air chaleureux qui me souriait.

« Excusez-moi, puis-je jeter un coup d’œil ? »

« N’hésitez pas ! Essayez aussi ce que vous voulez. » M’ayant donné sa permission, j’avais commencé à regarder attentivement les pièces d’armure. Je m’étais dévolu à l’armement depuis que j’avais acheté un katana pour effectuer ma première requête de la guilde, et à ce moment-là, j’avais en quelque sorte remis l’achat de l’armure à plus tard. Mais être ici m’avait donné une bonne occasion d’en profiter, et je n’étais pas sur le point de la manquer. C’était la capitale royale, après tout, alors je pensais que je pourrais aussi bien obtenir quelque chose de génial.

D’accord, maintenant... J’apprécie beaucoup la mobilité, donc je ne pense pas que je sois adapté à une sorte d’armure métallique. Se déplacer en armure complète doit être un véritable enfer.

Mon choix allait donc se porter sur des types d’armures plus légères, comme le cuir...

« Excusez-moi, quelle est la meilleure armure que vous avez ? Ah, non métallique, je veux dire. »

« Non métallique ? Ce serait probablement cette armure de rhinocéros tacheté. »

« Rhino tacheté ? »

« Exactement, un rhinocéros avec des taches dessus. L’armure faite à partir de sa peau est plus dure et plus durable que celle fabriquée à partir de cuir standard. » J’avais essayé de frapper avec mes poings sur l’armure et c’était très dur, en effet.

« Et c’est encore plus léger que l’armure métallique ? »

« Eh bien... à moins que ça ne soit enchanté, c’est comme ça la plupart du temps. »

Enchanté... C’est la chose où ils ajoutent des effets magiques à l’équipement, non ? J’avais entendu dire que certains objets enchantés hautement convoités pouvaient être trouvés dans des ruines antiques, mais le royaume magique en Extrême-Orient les avait produits en grand nombre.

« Vendez-vous des armures enchantées ? »

« Désolé, mais nous n’en vendons pas. Un équipement comme celui-là est vraiment cher. Je pense que Berkut, l’armurerie de l’avenue de l’Est, vend des choses comme ça, mais c’est exclusif aux nobles. » Le commerçant avait répondu avec une expression troublée.

Exclusif aux nobles, hein ? Assez problématique — attendez. « Me laisseraient-ils entrer si je leur montrais ça ? »

« Qu’est-ce que c’est... ? c-c’est le duc... ! Êtes-vous un proche du duc, monsieur ? » En voyant la médaille que j’avais reçue du duc, le commerçant avait immédiatement changé d’expression.

« Tout devrait aller, alors. Si le duché vous approuve, il n’y aura pas de problème du tout. » Je lui avais donné une pièce d’argent pour compenser le temps perdu, puis j’avais quitté le magasin. Après cela, en faisant référence à ma carte, j’étais parti à la recherche de l’armurerie Berkut.

En traversant la capitale royale, je ne pouvais cacher ma surprise face à toutes les races non humaines qui erraient ici et là. Il y en avait beaucoup, toutes avec leurs traits uniques, mais ce qui attira davantage mon attention étaient les hommes bêtes.

Je n’en ai pas vu un seul dans Reflet, mais ici, vous ne pouviez pas les manquer même si vous essayiez. Ces hommes bêtes n’étaient pas ceux avec des corps humains et des têtes d’animaux, comme, disons, le Minotaure — ils étaient comme la fille-renard marchant devant moi. Les oreilles et la queue mises à part, elle n’était pas différente d’un humain normal. Grande, cheveux blonds avec des oreilles de renard tout aussi lumineux, sauf pour les pointes noires. Une grande queue moelleuse avec une extrémité blanche. Elle avait également une autre paire d’oreilles, des oreilles humanoïdes, tout comme les nôtres. Linze avait dit quelque chose à propos des deux paires ayant une relation principale-subordonnée, mais je n’avais pas vraiment compris les détails...

Oh ? Cette fille-renard semblait vraiment perdue et confuse... Cherchait-elle quelqu’un ? Son expression semblait vraiment troublée. Et pourtant personne ne l’aidait. Les gens de la capitale semblaient aussi froids que ceux de mon monde.

C’est bon, je suppose que je vais devoir aller lui parler.

« Euh... tout va bien ? »

« O-Oui ?! Qu’est-ce que ch'es ?! »

Oups, je l’ai tellement surprise qu’elle a oublié comment prononcer des mots. Elle m’avait regardé avec les yeux grands ouverts. Je devais la faire se calmer. Après tout, je n’étais pas un pervers bizarre ou quoi que ce soit... Ou du moins, c’est ce que je pensais. Pourquoi était-elle si effrayée, j’avais commencé à perdre confiance dans ma réussite.

« Eh bien, il semblait que tu avais des ennuis. Je me demandais juste ce qui se passait. »

« Ah, euh... j’ai... j’ai perdu mon compagnon... »

Ah, alors elle était perdue après tout.

« N-Nous avons décidé où nous allions nous rencontrer si jamais nous étions séparés, m,-mais je ne sais pas où est cet endroit... »

La voix du petit renard devenait peu à peu faible. Je pourrais jurer que je venais de voir ses oreilles et sa queue s’affaisser d’une manière profondément triste.

« Comment s’appelle cet endroit ? »

« Euh... je pense que c’était un magasin de magie appelé Luca... ? »

Un magasin de magie nommé Luca... j’ai compris. J’avais sorti mon smartphone, j’avais fait une recherche sur la carte... Et voilà. C’était sur le chemin vers celui de Berkut. Pratique.

« Je peux t’y conduire. C’est de toute façon sur le chemin de l’endroit où j’allais. »

« Vraiment ?! Merci inchiniment ! » Oh, elle a mal prononcé à nouveau. Quelle charmante petite créature ! Elle était probablement plus jeune qu’Elze et Linze. Douze, peut-être treize ans... ?

En suivant la carte, nous avions marché dans les rues. Sur le chemin, j’avais appris qu’elle s’appelait Arma.

« Êtes-vous un touriste ici, monsieur Touya ? »

« Non, j’avais du travail à faire. Cependant, il est déjà terminé. Et toi, Arma ? »

« Ma sœur avait du travail à faire ici, et je l’ai rejointe. Je voulais voir la capitale, » Arma laissa paraître un sourire éclatant. C’était presque comme si l’expression troublée d’avant n’avait jamais existé.

Comme nous passions notre temps à bavarder, nous arrivâmes assez rapidement à la boutique de magie. Il y avait une bête en face d’elle. En remarquant Arma, elle avait rapidement couru vers nous.

« Arma ! »

« Ah, Sœurette ! » Arma courut directement dans la poitrine de sa grande sœur. La dame l’avait instantanément étreinte. Aussi évident que cela puisse paraître, elle était aussi une femme-renard et aussi clairement plus âgée. Probablement une adulte. L’aura de dignité qui l’entourait la faisait ressembler à un soldat.

« J’étais si inquiète ! Comment peux-tu te perdre... ?! »

« Je suis tellement désolée... Mais ça va ! Monsieur Touya m’a aidé à arriver ici. » Constatant enfin ma présence, la dame me fit un salut sincère.

« Avez-vous aidé ma sœur ? Merci beaucoup. »

« Ce n’est rien, vraiment. Je suis juste content de l’avoir rencontrée. »

Elle avait voulu me récompenser, mais j’avais refusé parce que j’avais des affaires à régler. Ce que j’avais fait ne valait pas le moindre remboursement. Après une brève présentation, j’avais pris congé. Arma ne pouvait pas s’arrêter de me faire des signes de la main alors que je m’éloignais.

Alors que je me dirigeais vers Berkut après les avoir laissées derrière, je ne pouvais pas m’empêcher de remarquer que les bâtiments et les magasins autour de moi devenaient de plus en plus raffinés. Après un moment, j’avais finalement atteint ma destination.

« Bon sang, cet endroit a l’air vraiment cher... » Ce bâtiment officiel en brique m’avait fait me sentir un peu timide. C’était comme un magasin de marque.

Je ne me sentais pas à ma place. Il me semblait qu’ils prendraient même un droit d’entrée. Eh bien, ce n’était pas comme s’il y avait des gardes ou quoi que ce soit. Sachant que rester planté là ne m’amènerait nulle part, j’avais pris une profonde inspiration et je suis entré.

En franchissant la porte grandiose, j’avais été rapidement accueilli par une jeune femme.

« Bienvenue à Berkut. Êtes-vous ici pour la première fois, monsieur ? »

« Effectivement. Je n’ai jamais été ici auparavant. »

« Eh bien. Pourriez-vous avoir un moyen de prouver votre statut social ou une invitation vous permettant de faire des achats ici ? »

Je vois. Aucun opportun autorisés, hein ? Uniquement les nobles et leurs invités. J’avais sorti la médaille du duc et l’avais montrée au commerçant. Contrairement à l’homme du magasin précédent, la dame n’était pas du tout perplexe et ne faisait que baisser la tête.

« Tout est pour le mieux, alors. Merci beaucoup. Maintenant, pour quelle affaire êtes-vous venu ici ? »

« J’aimerais jeter un coup d’œil à vos armures enchantées. »

« Entendu. » Je l’avais suivie jusqu’à un coin de la boutique, où j’avais rencontré un éventail d’armures variées, des plaques brillantes avec une lueur mystificatrice aux gants de cuir bon marché qui ne semblaient en aucune manière spéciaux.

« Sont-ils tous enchantés ? »

« C’est exact. Par exemple, ce Bouclier de Miroir d’Argent est enchanté pour réfléchir les sorts offensifs, alors que ce Gantelet de Force de Demi-Dieu a un enchantement de renforcement musculaire placé directement dessus. » ... Eh bien, je pourrais certainement ressentir de la magie venant d’eux. Maintenant, quand est-ce que je suis devenu capable de percevoir cela ? Probablement une intervention divine. Je ne devrais pas trop y penser.

« Monsieur, que cherchez-vous exactement ? »

« Ah, quelque chose de non métallique... Fondamentalement, une armure légère, mais durable. »

« Dans ce cas... pourrais-je suggérer cette veste en cuir ? Elle est enchantée pour résister aux lames, aux flammes et à la foudre. » Hmm... Ça sonnait bien, mais le design était juste... Le mot ringard était un bien faible mot pour dire à quel point c’était de mauvais goût. En outre, la broderie draconique sur le dos était tout simplement embarrassante.

Soudainement, j’avais remarqué un manteau blanc qui pendait au coin de la boutique. C’était un long manteau avec des fourrures sur les manches et le col.

« Et à propos de celui-là ? » Dis-je en pointant du doigt le manteau que j’avais remarqué.

« Il est enchanté pour être résistant à la lame, la chaleur, le froid et les coups. De plus, il a une résistance élevée à la magie offensive, mais il y a un petit problème avec ça... »

« Qu’est-ce que c’est ? »

« La résistance à la magie ne fonctionne qu’avec les affinités magiques du porteur. Non seulement cela, mais cela leur fait subir des dommages doubles pour des affinités qu’ils n’ont pas. »

... Donc, quelqu’un avec une affinité au Feu serait très résistant au feu, mais s’il n’avait pas d’affinité avec le Vent, la résistance à la foudre serait non seulement inefficace, mais aussi lui ferait double dommage... Une vraie épée à double tranchant. Cela ferait des merveilles si le porteur combattait des monstres du même élément, mais quand ils allaient au-delà, les risques étaient bien trop grands...

Eh bien, ce n’est pas comme si cela avait de l’importance pour moi ! Après tout, j’ai une affinité pour tous les éléments ! Gagné !

« Puis-je l’essayer ? »

« Allez-y. »

J’avais pris le manteau, examiné la texture et l’avais mise sur moi. La taille était bonne. J’avais essayé de bouger un peu, et cela n’avait pas semblé nuire à ma mobilité, et je ne l’avais pas senti non plus. Je l’avais donc bien aimé.

« Combien pour celui-ci ? »

« Nous le faisons bon marché et nous le vendrons pour huit pièces d’or. »

Chacun d’eux avait à peu près la taille d’une pièce de cinq cents yens et avait la gravure d’un animal ressemblant à un lion. Et c’était après l’avoir rendu bon marché ? C’était un sacré coup à mon portefeuille, si vous me le demandez... était-ce un prix correct, cependant, compte tenu des effets. Mon sens de la valeur de l’argent était vraiment déformé...

« D’accord, je vais le prendre. Voici le paiement. »

« Une pièce de platine, comprise. S’il vous plaît, attendez un moment. » Elle retourna au comptoir et revint avec un plateau d’argent contenant deux pièces d’or. Je les pris, les plaçai dans mon portefeuille et me dirigeai vers la sortie.

« Merci beaucoup pour votre achat. Nous attendons avec impatience votre prochaine visite ! » Elle inclina la tête et me vit partir alors que je quittais Berkut.

Et donc, j’ai finalement eu une bonne armure. Elle m’a coûté un bras et une jambe, bien que...

***

Partie 9

Après avoir acheté le manteau, j’avais pris un repas dans un restaurant voisin et j’étais retourné visiter le magasin de magie, Luca, où j’avais laissé Arma. Cependant, ni elle ni sa sœur n’étaient là.

Après en avoir fait tout le tour pendant un moment, j’avais acheté un livre sur la magie Néant. En ce qui concerne les six éléments, les gens achetaient normalement des livres d’affinité appropriée, apprenaient les sorts, pratiquaient et en faisaient les leurs. Cependant, la magie Néant était unique à chaque individu. N’y avait-il pas quelque chose de particulier à propos de cette publication ?

Il y a même eu un dictionnaire énumérant tous les sorts mystérieux jamais signalés dans ce monde. Et, bien sûr, une très grande partie était non-élémentaire. C’était un vrai trésor pour quelqu’un comme moi.

Plutôt bon marché aussi. Mais c’était tout simplement évident. Après tout, ce n’était pas vraiment destiné à enseigner la magie. Je n’aurais pas été surpris si cela avait été écrit en pensant aux touristes.

Par la suite, j’avais acheté un souvenir pour Micah — une boîte assortie de biscuits — et j’étais retourné là où je devais retrouver les autres. Il commençait à faire nuit.

« Ah, il est enfin là. Tu es trop lent ! » Dis Elze, me réprimandant clairement.

« Hein ? Vous êtes toutes en avance. Ce n’est même pas l’heure à laquelle nous nous sommes mis d’accord. » Les trois m’attendaient à l’auberge, à côté de notre chariot, transportant clairement une charge plus importante qu’avant. Simplement combien ont-elles payé ?

« Oh ? C’est quoi ce manteau, Touya ? » Elze parla d’un ton espiègle et commença à examiner mon achat.

« Ah, ce manteau est enchanté. Il réduit les effets de toute magie offensive... et donne de la résistance face aux lames, à la chaleur, au froid et aux attaques contondantes. »

« Résistance à toute la magie offensive ? Waouh... Combien cela a-t-il coûté ? »

« Huit pièces d’or. »

« Huit ?! Vous vous êtes fait avoir o — attendez, en fait, compte tenu de l’effet, cela pourrait être acceptable... » Apparemment, les sens des affaires d’Elze n’étaient pas les meilleurs non plus.

Après que nous soyons finalement tous rassemblés, nous étions montés sur le chariot et nous étions partis. Yae avait pris les rênes et, comme nous étions un peu surchargés, j’avais décidé de m’asseoir à côté d’elle.

Nous pourrions utiliser une [porte] pour retourner instantanément à Reflet, mais je ne voulais pas que nous nous démarquions trop. Par conséquent, nous avons décidé de l’utiliser après notre départ de la capitale royale.

En partant, nous n’avions même pas eu à montrer nos médailles lorsque nous avions franchi à nouveau le point de passage. Conduisant nonchalamment le chariot, j’attendis que la capitale soit vraiment à une certaine distance avant de demander à Yae de s’arrêter.

« Qu’est-ce que nous allons faire ici, Touya-dono ? » Yae, n’ayant pas la moindre idée à propos de la [Porte], me le demanda avec une expression perplexe sur le visage.

« Devrais-je choisir l’une des routes près de la ville au lieu de la ville elle-même ? »

« Ouais, ça a plus de sens. » En entendant la confirmation d’Elze, j’imaginai l’endroit où je voulais apparaître et concentrai ma magie.

«  [Porte]. »

Une gigantesque porte de lumière apparut devant nous. Je l’avais remodelée pour que le chariot puisse passer.

« Qu-Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est ? »

« Bien, avance, avance. » Ignorant le regard perplexe d’Yae, je l’avais poussé pour qu’elle fasse déplacer le chariot à travers la [Porte]. Une fois que nous avions traversé le portail, nous avions pu admirer la vue d’un beau coucher de soleil caché derrière les montagnes à l’ouest de Reflet.

« Cette magie est tellement utile... Je ne peux pas assez insister sur ça ! », proclama Linze.

« Après tout, il réduit un voyage de cinq jours à un seul moment. »

« Dommage que tu ne puisses pas aller dans des endroits que tu n’as pas encore visités auparavant... »

« Quelqu’un va-t-il enfin me dire ce qui se passe ici, n’est-ce pas ? » Alors qu’Yae se perdait dans une confusion totale, nous étions submergés par le soulagement de pouvoir finalement rentrer à la maison. Il faisait déjà nuit, nous avions donc décidé de laisser le rapport à Zanac pour demain.

Nous nous étions arrêtés devant la Lune d’Argent et étions entrés afin d’informer Micah de notre retour. Aussi évident que cela puisse paraître, l’endroit n’avait pas changé d’un iota. Après tout, cinq ou six jours n’étaient pas une longue durée. Cependant, il y avait eu un changement qui s’était vraiment démarqué.

« Bienvenue ! Vous restez ? » La personne qui nous saluait derrière le comptoir était un homme à l’air dur avec une barbe rousse.

Huh? Qui est-ce ?

« ... Euh, nous restons ici... et nous venons de rentrer d’un travail... »

« Ahh, alors vous étiez là avant, hein ? Désolé, c’est après tout la première fois que je vous vois. »

« Hum, où est Micah ? »

« Hein ? Vous êtes déjà de retour ? Vous travaillez tellement vite. » Une Micah vêtue d’un tablier sortit de la cuisine.

« Ah oui, vous ne l’avez pas encore rencontré, n’est-ce pas ? C’est mon père. Quand vous êtes parti, il est revenu à ce moment-là d’un réapprovisionnement à longue distance. »

« Mon nom est Dolan. Heureux de vous rencontrer. »

« Je... vois. » Il tendit la main, et je lui répondis par réflexe.

Eh bien, lui et Micah avaient la même couleur de cheveux. Et il semblait qu’ils pourraient aussi partager beaucoup de traits de caractère... Comme le manque de soin pour les petits détails. Mais honnêtement, j’étais juste content qu’elle n’ait pas hérité de son visage. Apparemment, Dolan achetait des épices dans les terres du sud. Il était difficile d’obtenir du sel, du poivre et d’autres assaisonnements localement, alors il allait souvent en acheter beaucoup, assez pour tous les magasins d’ici.

« Oui, très bien ».

Je poussai doucement Yae devant le comptoir. Au cours du processus d’enregistrement, nous avions commencé à transporter nos affaires dans nos chambres. Elze était partie pour garer le chariot.

« Oh, Micah. Je t’ai apporté un souvenir. »

« Wôw merci ! Comment était la capitale ? »

« C’était énorme. » Je lui avais donné des biscuits et, en plaisantant, j’avais donné une réponse simple à sa question.

Nous avions après tout quitté l’endroit assez rapidement. On n’avait même pas passé une journée là-bas. J’avais toujours eu la possibilité d’y retourner avec la [Porte], donc j’avais envisagé de faire une visite plus correcte la prochaine fois.

Micah avait célébré notre retour avec un dîner copieux. Nous avions tous mangé beaucoup de ce qu’elle nous avait apporté, mais aucun d’entre nous n’avait pu tenir la comparaison avec Yae, qui avait mangé plusieurs fois autant que chacun d’entre nous. Son métabolisme était vraiment quelque chose d’extraordinaire. Même Micah et Dolan étaient complètement sans voix.

En fin de compte, Yae avait été la seule à devoir ajouter des frais de nourriture à ses frais d’hébergement. Et c’était tout à fait justifié, si vous voulez mon avis.

***

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Un commentaire

  1. L'expression ''le sexe faible'' est à bannir dans ce chapitre 🙂

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